Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 18:45

Une nouvelle contribution de Wackes Seppi, publiée un peu tardivement. Avec mes excuses à l’auteur. A.S

 

 

 

Silence médiatique en France

 

L'événement est passé quasiment inaperçu en France.  Une recherche sur « riz doré » et « Philippines » ne produit qu'un seul résultat dans les actualités, un article de M. Yann Kindo, du 13 août 2013, sur son blog de Médiapart, « Aux Philippines : Les Faucheurs...de vitamine A ! » [1].

 

L'événement n'a, semble-t-il, inspiré ni notre AFP nationale, ni les journaux si prompts à faire l'article pour le monde alter et anti, et notamment ces délinquants qui se nomment Faucheurs volontaires.  Des délinquants qui viennent de signer une lettre ouverte sur les « OGM cachés » (du 29 juillet 2013) au Ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll [2] ; avec neuf autres organisations dont la Confédération paysanne, l'Union des apiculteurs de France (Unaf), Nature et Progrès, le Réseau semences paysannes, et Demeter/Agriculture bio-dynamique, tous d'ardents défenseurs de l'agriculture et des agriculteurs, n'est-ce pas ? Lequel ministre trouve normal de répondre dans la presse [3], sans se soucier le moins du monde de la présence parmi les signataires d'une entité sulfureuse, sans structure ni existence légale, et aux objectifs illicites [4].  Le fraichement nommé Ministre de l'écologie Philippe Martin a aussi répondu – en donnant des signaux encourageants aux signataires – également sans se préoccuper de l'incongruité.  Il est vrai qu'il est un soutien des délinquants [5], en faveur desquels il a témoigné à plusieurs reprises [6].

 

Mais fermons cette parenthèse navrante, en fait inquiétante pour le civisme et la démocratie en France.  Non sans avoir interpellé le Ministre de l'éducation nationale Vincent Peillon : comment peut-on préconiser l'introduction de l'enseignement de la morale laïque du primaire au lycée quand cette morale est bafouée au plus haut sommet de l'État ? Interpellons aussi le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault et le Président François Hollande : comment peut-on expliquer à des jeunes qu'il ne faut pas commettre d'incivilités quand on nomme ministre un personnage (ancien préfet de surcroît...) qui soutient des vandales et s'exhibe avec eux [6] ?

 

Revenons donc à cet événement plus choquant encore.

 

Tellement choquant que, à notre sens, la mouvance sectaire n'a pas osé lancer des cris de joie, ni même alerter les médias complaisants ; médias qui ont évidemment rechigné à diffuser l'information qu'ils ont pu glaner sur des journaux étrangers, de peur de susciter un rejet de l'action, et par voie de conséquence de celles de leurs amis.

 

 

Destruction d'un essai de la recherche publique...

 

L'événement, c'est la destruction, le 8 août 2013, d'un essai de riz doré à Camarines Sur, aux Philippines, par 400 activistes [7] [8] [9].

 

L'essai avait été mis en place par l'Institut international de recherche sur le riz (IRRI) – une des institutions du groupe consultatif pour la recherche agricole internationale [10] –, le Département de l'agriculture des Philippines et l'Institut philippin de recherches sur le riz [7].

 

Cela doit nous rappeler, en France, les destructions d'un essai de vigne OGM, potentiellement résistante au court-noué, à Colmar et, plus encore, le saccage des essais de riz transgénique et des serres du Centre international de recherches agronomiques pour le développement (CIRAD), le 5 juin 1999, à Montpellier ; un vandalisme dans lequel s'illustra un certain José Bové, victime d'un Oedipe mal négocié (son père fut un éminent chercheur de l'INRA...).

 

 

...Au bénéfice des plus pauvres...

 

Les essais du CIRAD avaient eu pour objet d'analyser les gènes du riz et d'étudier des plants de riz transformés par génie génétique pour devenir résistants à des insectes nuisibles, le tout au bénéfice des paysans des pays pauvres.

 

Le riz doré, quant à lui, a été modifié par transgénèse pour produire du β-carotène, précurseur de la vitamine A.  Il est tout particulièrement destiné aux populations pauvres qui se nourrissent essentiellement de riz, avec un régime alimentaire peu diversifié, et qui sont par conséquent exposées aux ravages de la carence en vitamine A.

 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 190 millions d'enfants d'âge préscolaire et 19 millions de femmes enceintes souffrent de carence en vitamine A.  L'Asie consommatrice de riz est particulièrement touchée.  Aux Philippines – pays du forfait – la carence touche quelque 1,7 millions d'enfants de 6 mois à 5 ans, et la carence sub-clinique, une femme enceinte sur dix.  On estime que 670.000 enfants meurent chaque année dans le monde du fait de la carence en vitamine A, et que 350.000 en deviennent aveugles [11].

 

Les enfants atteints de carence sont de santé fragile ; le risque de succomber à des maladies telles que la rougeole, la diarrhée ou la malaria est augmenté de 23 % [12].

 

 

...Un gros problème de santé publique... et des arguments dérisoires...

 

L'avitaminose A est donc un important problème de santé publique.  On peut y remédier par la diversification de l'alimentation (et de la production vivrière), par la supplémentation en vitamines A (pilules) ou la fortification des aliments couramment utilisés tels que l'huile alimentaire.  Mais force est de constater que, malgré le déploiement de ces mesures, souvent en combinaison, le problème persiste.  Ce qui, du reste, rend l'argumentaire des anti-OGM – déployer les mesures qui ont fait la preuve de leur impuissance à résoudre le problème dans sa totalité – particulièrement ignoble.

 

Le riz doré sera – le futur, et non le conditionnel, est de rigueur car il ne fait aucun doute que la filière est riche de perspectives – un outil de plus dans la lutte contre la carence en vitamine A.  Un outil d'autant plus intéressant qu'il pourra toucher – à coût marginal nul – les populations les plus pauvres et celles vivant dans les endroits les plus reculés.  Au stade actuel, un bol de riz doré est capable de fournir la moitié de la dose journalière de provitamine A pour un adulte.

 

L'action de destruction a été revendiquée par deux organisations [7].  Si certains médias (non francophones...) affirment que ce sont des paysans qui ont envahi les essais, les organisateurs sont sans conteste des groupes plus larges, connectés à la bourgeoisie repue qui pense pouvoir mordre la main qui la nourrit [13].

 

On peut voir sur certains sites une pancarte affichant : « Je veux savoir ce que je mange » [14]... alors que le riz doré se reconnaît du premier coup d'oeil [15].

 

Ça, c'est pour l'anecdote.  Si on cherche dans les articles de presse, etc., on trouve tous les arguments éculés de l'anti-OGMisme primaire.  De la prétendue manoeuvre des multinationales aux dangers pour l'environnement et la santé.

 

 

La main de Greenpeace, etc...

 

Il faudrait une bonne dose de masochisme pour se lancer dans le catalogue de slogans et d''éléments de langage prémâchés.  Nous nous limiterons donc à deux déclarations.

 

Mme Beau Baconguis, chargée de programme de Greenpeace Southeast Asia, basée aux Philippines, s'est dite inquiète du fait que : « il n'y a pas assez de tests de sécurité sur les plantes GM » [9].

 

C'est d'une suprême ironie – ou plutôt mauvaise foi – puisque Greenpeace revendique l'arrêt des essais et fomente en sous-main les destructions d'essais [16].  Et Greenpeace a fait du tapage médiatique [17], y compris en France [18], autour d'un essai conduit en Chine sur des enfants [19] dans des conditions qui ne semblent pas avoir été totalement éclaircies.  Mme Margaret Wente avait écrit une opinion incendiaire sur The Globe and Mail (Canada), « Greenpeace’s Golden Rice stand should appall us all » [20].  Oui, nous devrions tous être scandalisés par la position de Greenpeace ; mais cette opinion n'a guère eu d'écho en France...  M. Mark Lynas a également eu des mots très durs dans son désormais célèbre (enfin...) discours de la Farming Conference du 3 janvier 2013, à Oxford [21] :

 

« C'est, à mon sens, immoral et inhumain, que de priver les gens dans le besoin de quelque chose qui pourrait les aider, eux et leurs enfants, en raison de préférences esthétiques de  personnes riches qui, très loin de là, n’ont rien à craindre de la carence en vitamine A. Greenpeace est une multinationale de 100 millions de dollars par an, et, en tant que telle, elle a des responsabilités morales tout comme toute autre entreprise importante. »

 

À l'immoralité et l'inhumanité s'ajoute en l'occurrence la mauvaise foi : par la généralité de sa déclaration, Mme Baconguis met en cause tous les OGM.  On est tenté d'ajouter : à l'exception du riz doré, puisqu'elle n'a pas pu le vilipender nommément... et pour cause : il fait l'objet d'essais dont l'un vient d'être détruit.

 

Mme Baconguis a aussi ajouté que le riz doré est un support publicitaire (« poster boy ») pour l'industrie.  « C'est jouer avec la vie des gens lorsque vous utilisez le riz doré pour promouvoir davantage d'OGM dans notre alimentation ».

 

En clair : pas de riz doré – pas de vies sauvées – pour ne pas avoir d'aubergine Bt...  Immoral et inhumain !

 

Il va de soi qu'en d'autres occasions, Greenpeace  a aussi proclamé que le riz doré ne servait à rien et qu'il y avait d'autres alternatives [22].

 

 

...Et de quelques chercheurs-militants, dont qui vous savez...

 

M. Bert Autor, coordinateur de l'une des organisations et secrétaire général de l'autre (tiens donc...) a pour sa part déclaré : « Ils [les paysans] n'ont pas pu contrôler leurs émotions ».  Tiens donc ! On aurait envoyé 400 personnes sur le terrain pour un sit in [23] ? Et il fait aussi remarquer que les paysans ont « fait le travail » en quinze minutes ?

 

Il a ajouté que les agriculteurs avaient été incités à l'action par des avertissements « de concerned scientists et de leaders paysans » sur les « dangers » du riz doré et du riz GM pour la santé et sur les menaces sur la biodiversité.

 

« Concerned scientists » peut se traduire à notre sens par une expression qu'ils récuseront : chercheurs militants.

 

Et devinez qui a fait une tournée aux Philippines, en février-mars 2012, à l'invitation de Greenpeace [24] ?

 

 

...Mais restons poli !

 

Un produit de cette tournée est « Don't let Pinoys be guinea pigs for GMOs, scientist urges » (« un chercheur avertit : "Ne permettez pas que les Philippins servent de cobayes pour les OGM" ») [25], une resucée d'un opus de Greenpeace [26]... un Greenpeace qui déplore le manque de tests, comme on vient de le voir...

 

Mais il y a pire.  Sur le site de la Fondation Denis Guichard, M. Gilles-Éric Séralini se félicite de ce que l'aubergine Bt ait été interdite de commercialisation aux Philippines – sans nul doute en partie grâce à son intervention [26].  Il conclut : « Champagne ! Des vies et environnements merveilleux seront protégés. »

 

Champagne ? Dans notre cas, pour rester poli, c'est plutôt une bordée de caractères spéciaux que nous voudrions faire gicler, de ceux qu'on voit sur des bandes dessinées pour exprimer la colère.

 

Car, dans le cas du refus de l'agrément de l'aubergine Bt, ce sont des vies, somme toute peu nombreuses, d'agriculteurs obligés de traiter leurs aubergines « conventionnelles » contre les insectes foreurs et victimes d'une intoxication sévère, ou peut-être chronique, qui sont à inscrire au passif.

 

Déjà, mettre sur le même plan des vies et des environnements, fussent-ils « merveilleux », il fallait oser.

 

Dans le cas du riz doré, dont l'agrément a déjà été retardé par les manoeuvres de la mouvance dont il est une figure de proue, ce sont des centaines de milliers de vies, voire des millions, majoritairement d'enfants, qui sont sacrifiées sur l'autel de l'idéologie et de l'hystérie.

 

Wackes Seppi

 

[1]  http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/130813/aux-philippines-les-faucheursde-vitamine

 

[2]  Pour la lettre :

http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=1823&PHPSESSID=500bvtcj79piqu985jqnbgahf7

Pour la liste des signataires, par exemple :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/colzas-et-tournesols-tolerants-dix-organisations-demandent-a-le-foll-de-s-opposer-a-leur-developpement-75630.html

Pour la réponse, par exemple :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/varietes-tolerantes-aux-herbicides-le-foll-et-martin-rappellent-qu-il-ne-s-agit-pas-d-ogm-75669.html

La FDSA de l'Isère a produit un excellent communiqué de presse en juillet 2012 :

http://www.bastamag.net/IMG/pdf/CP_FDSEA_38.pdf

 

[3]  Voir par exemple :

http://www.franceinfo.fr/environnement/les-vth-ne-sont-pas-des-ogm-rappelle-le-ministre-de-l-agriculture-1087985-2013-07-30

 

[4]  http://www.ecolopedia.fr/?p=3171

 

[5]  Voir par exemple :

http://www.metronews.fr/toulouse/du-gers-a-paris-philippe-martin-poursuit-sa-mission-pour-l-environnement/mmgd!uACPcWQkaMvOQ/

 

[6]  Voir par exemple :

http://maplanete.blogs.sudouest.fr/archive/2013/07/03/phlippe-martin-nouveau-ministre-socialiste-ecolo-compatible.html

 

[7]  http://www.biofortified.org/2013/08/golden-rice-trial-vandalized/

 

[8]  http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-23632042

 

[9]  http://www.newscientist.com/article/dn24021-militant-filipino-farmers-destroy-golden-rice-gm-crop.html#.Ug39xNK-2dk

 

[10]  http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_consultatif_pour_la_recherche_agricole_internationale

 

[11]  http://irri.org/index.php?option=com_k2&view=item&id=10227&lang=en

 

[12]  http://www.childinfo.org/vitamina.html

 

[13]  http://bulatlat.com/main/2013/08/09/farmers-in-bicol-uproot-golden-rice/

 

[14]  http://www.activistpost.com/2013/08/philippines-protesters-trample-uproot.html

Il n'est pas sûr que cette pancarte ait été utilisée par les faucheurs.

 

[15]  http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-23581877

Voir la photo...

 

[16]  http://www.greenpeace.org/seasia/ph/News/greenpeace-philippine-blog/no-room-on-our-plates-for-golden-rice/blog/42640/

 

[17]  http://www.greenpeace.org/seasia/ph/press/releases/Greenpeace-alarmed-at-US-backed-GMO-experiments-on-children/

 

[18]  http://agriculture.greenpeace.fr/du-riz-ogm-americain-teste-sur-des-enfants-chinois

On notera que le riz doré, fruit d'un effort philanthropique international, est qualifié sans vergogne de « riz OGM américain ».

 

[19]  http://ajcn.nutrition.org/content/89/6/1776.full

 

[20]  http://www.theglobeandmail.com/commentary/greenpeaces-golden-rice-stand-should-appall-us-all/article4541042/

 

[21]  http://www.marklynas.org/2013/01/lecture-to-oxford-farming-conference-3-january-2013/

 

[22]  Par exemple, le chapitre final, « Golden rice is neither needed nor necessary », de :

http://www.greenpeace.org/seasia/ph/PageFiles/462570/Golden%20Illusion.pdf

 

[23]  http://www.businessmirror.com.ph/index.php/en/business/agri-commodities/17657-farmers-uproot-golden-rice-in-camsur-experiment

 

[24]  http://www.imposteurs.org/article-gilles-eric-seralini-en-australie-et-aux-philippines-une-tournee-qui-tourne-court-105668021.html

 

[25]  http://www.gmanetwork.com/news/story/250771/scitech/science/don-t-let-pinoys-be-guinea-pigs-for-gmos-scientist-urges

 

[26]  http://www.greenpeace.org/seasia/ph/press/releases/Leading-scientist-deplores-lax-Philippine-rules-on-GMO-trials-/

 

[27]  http://fondationdenisguichard.com/spip.php?article92

 

 

Repost 0
11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 11:56

OGM, la peur française de l’innovation

Gérard Kafadaroff

Éditions Baudelaire, 20 euros

Préface de Maurice Tubiana

Depuis plus de quinze ans, un débat âpre, passionnel et souvent violent sévit en Europe -et particulièrement en France - sur les OGM à vocation agricole, alors que ceux développés en médecine sont largement acceptés. Pour la première fois dans l’histoire de l’agriculture, l’amélioration génétique des plantes est contestée.

Comment expliquer cette attitude de la société face à des plantes bénéficiant des avancées scientifiques majeures en biologie, massivement adoptées dans la plupart des grands pays agricoles mais interdites en France ? Présentent-elles des risques sanitaires ou environnementaux avérés ? Leurs bénéfices pour l’agriculture et la société sont-ils réels, mal compris, étouffés par une désinformation partisane ? Les OGM sont-ils devenus un symbole cristallisant les peurs et les affrontements idéologiques de notre société ?

Le progrès génétique et l’innovation doivent-ils être refusés alors que les agriculteurs français sont confrontés à des problèmes de compétitivité et que l’agriculture a pris une place stratégique pour répondre aux importants défis alimentaires, énergétiques et environnementaux du XXIème siècle ?

S’appuyant sur des éléments factuels ou validés par la science, l’auteur, ingénieur agronome de formation et fondateur de l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV), développe ici ces sujets, affirmant par-là même un regard qui s’écarte de la pensée unique.

Repost 0
10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 11:59

À propos d'une cochonnerie pseudo-scientifique,

la contribution de Wackes Seppi


C'est intitulé « A long-term toxicology study on pigs fed a combined genetically modified (GM) soy and GM maize diet » [1].  C'est d'une équipe – d'une association de fortune – australo-états-unienne dirigée par Mme Judy A. Carman.  Et c'est publié dans un obscur journal australo-néozélandais, le Journal of Organic Systems.

Et c'est (presque) aussi lamentable que le désormais illustrissime « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize » de Gilles-Éric Séralini et al. [2] ; cet article publié dans Food & Chemical Toxicology en même temps que douze commentaires ou lettres à l'éditeur critiques, voire ravageuses pour la réputation scientifique et même personnelle des auteurs de l'article.

Mme Carman ne sera toutefois pas aussi célèbre que M. Séralini.  Le tapage médiatique n'a pas été aussi intense ; elle n'a pas bénéficié des relais qu'offrent en France des journaux complaisants, à la recherche de gros tirages, et des journalistes qui ont depuis longtemps jeté la déontologie aux orties au profit de la propagation de leur idéologie et de leurs fantasmes et phobies ; et elle évolue dans un milieu moins sensible (jusqu'à quand ?) à la désinformation des marchands de peur.

Mais il est intéressant d'examiner les étonnantes convergences.


L'escalade de la maltraitance : après les rats, les cochons


M. Séralini avait maintenu en vie des rats complètement déformés par des tumeurs, pour les besoins de sa campagne médiatique, suscitant des accusations de « manquements vis-à-vis des principes éthiques communément respectés en recherche animale » [3].

Dans l'étude Carman, les porcs ont été manifestement maltraités.  Deux groupes de porcs ont été élevés pendant 22,7 semaines (159 jours) aux États-Unis d'Amérique, dans une porcherie d'engraissement ; l'un a été nourri avec une ration de maïs et de soja OGM (le maïs contenant trois événements), et l'autre avec une ration non-OGM [4].  À la fin de l'étude, la mortalité a été de 14 % pour le témoin et de 13 % pour le traitement.  Les auteurs ont osé noter que cela correspondait aux normes de la production porcine aux États-Unis d'Amérique.  L'analyse post mortem a aussi montré que près de 60 % des porcs survivants des deux groupes souffraient de pneumonie.

Deux conclusions s'imposent : les animaux n'ont pas été bien traités ; et il est difficile de tirer des conclusions d'une expérience avec des animaux malades.


On ne fait pas mentir le dogme !


L'expérience a été affligée de malfaçons, comme chez...  Il manque d'importantes données, comme chez...  L'analyse statistique est contestée, comme chez [5]...

Avec toutefois une différence de degré, à l'avantage incontestable de Carman et al.  En fait, leur étude n'aurait pas été scrutée avec autant d'assiduité si elle avait été interprétée correctement et honnêtement.

         RAS !

Selon le résumé :

« Il n'y avait pas de différences entre les porcs ayant eu une alimentation GM ou non GM pour la consommation, le gain de poids, la mortalité et les analyses biochimiques de routine du sang.

Paraphrasons : RAS !

Précisons toutefois : une absence de preuve de nocivité – telle qu'elle ressort de la citation ci-dessus – ne vaut pas preuve de l'absence de nocivité.  Tout au plus indice.


            Une pêche aux (« bonnes ») différences significatives


Ah, mais il y a la suite !  Nous respecterons le charabia (sachant que l'inélégance du style est souvent le reflet de la confusion de la pensée) :

« L'alimentation GM était associée à des différences gastriques et utérines chez les porcs.  Les porcs nourris aux OGM avaient des utérus qui étaient 25 % plus lourds que les porcs nourris au non-OGM (p = 0,025).  Les porcs nourris aux OGM avaient un taux d'inflammation sévère de l'estomac plus élevé avec un taux de 32 % des porcs nourris aux OGM, à comparer à 12 % pour les porcs nourris au non-OGM (p = 0,004).  L'inflammation sévère de l'estomac était plus grave chez les mâles nourris aux OGM d'un facteur 2,2 par rapport aux mâles nourris au non-OGM (p = 0,041) et chez les femelles nourries aux OGM d'un facteur 4,0 par rapport aux femelles nourries au non-OGM (p = 0,034). »

Les auteurs ont analysés des dizaines de paramètres.  L'expérience n'avait en définitive pas pour but de vérifier une hypothèse, mais de trouver de quoi étayer une conclusion prédéfinie, à savoir « OGM = mauvais » ; car c'est sur ces deux paramètres que les auteurs se sont empressés de communiquer.

Qu'ils aient trouvé deux différences qui soient significatives dans ces conditions tient davantage du hasard que de l'effet de l'alimentation, d'autant plus que le lien de causalité n'est pas du tout évident.  Cette étude est un bel exemple de sophisme du tireur d'élite texan.


            Les utérus : moyennes et médianes – ou (0,12 – 0,10)/0,10 = 25 % ?


Selon le tableau 2, le poids de l'utérus était en moyenne de 0,10 % (non-GM) et 0,12 % (GM) du poids total.  La différence ne fait pas 25 % ! Sur les médianes (0,086 % et 0,105 % respectivement), c'est 22 %.  Alors, erreur ou volonté de tromper ? Ou cours de maths chez Ma & Pa Kettle [6] ?

Le réponse est dans le texte : les médianes sont devenues 0,084 et 0,105 % après élimination d'une valeur jugée extrême chez les coches témoins.  C'est peut-être acceptable sur le plan de la méthodologie statistique, mais on peut se demander si la valeur écartée (selon le tableau 2, ce doit être 0,31 %) est vraiment aberrante sur le plan biologique ; et quelle aurait été la signification statistique (qui, rappelons le, n'est pas forcément une signification biologique ni une preuve de relation cause-effet) sans cette correction.

La différence a, évidemment, été présentée comme une preuve de la nécessité de mener des recherches complémentaires parce que, selon les auteurs, une telle différence de poids pourrait être le reflet de toutes sortes de problèmes (hyperplasie endométriale ou carcinome, endométrite, endométriose, etc.).  Mais les auteurs n'ont pas cherché à en savoir plus par un examen plus approfondi... et pour cause ! Formuler des hypothèses anxiogènes – dans le cadre d'une industrie du doute – était plus utile à leur projet que de les analyser !

Les analyser et peut-être trouver que la différence n'avait aucune signification dans le cadre de l'expérience.  Car elle peut s'expliquer par d'autres facteurs que le caractère GM de l'alimentation, par exemple par la teneur en isoflavones des sojas (qui peut varier naturellement de 700 mg/kg à près de 10,000 mg/kg [4]), les mycotoxines, ou l'entrée en puberté [7] [8].


            Les estomacs : la couleur ne fait pas l'inflammation !


Il y a des photos, comme chez...  Elles sont  peu compréhensibles... comme chez...

Enfin... quand même plus compréhensibles et plus utiles que chez le maître en manipulation médiatique.  Ce sont des photos d'estomacs censées illustrer les quatre degrés d'inflammation, pas des photos de rats affligés de tumeurs énormes, dont la seule utilité a été de renforcer et de pérenniser l'impact médiatiques ; ici, les photos d'estomacs sont banales, et on a inclus des témoins (quoique le choix eût pu être fait différemment puisque les deux groupes sont affligés des mêmes inflammations ; ou que l'on eût pu présenter sans problème ces photos sans les attribuer à un groupe ou un autre).

Les auteurs ont procédé à une observation visuelle des estomacs et procédé à un classement en quatre groupes (inflammation absente, faible, modérée et sévère).  Les critiques ont porté sur la méthode, notamment le fait qu'il y a eu tri sélectif des résultats, les différences disparaissant si l'on ne fait que deux groupes, et sur l'exploitation statistique [9] [10].  En gros comme chez...  Encore que...  Chez celui-ci, il y a eu martèlement de résultats sans analyse statistique (il paraît du reste qu'on ne peut pas faire de statistiques sur des nombres entiers...).

Mais la critique la plus grave porte sur le manque de signification de l'observation visuelle, sur l'absence de corrélation entre couleur et inflammation [11] :

« le Dr Robert Friendship, un professeur du Département de médecine des populations au Collège vétérinaire de l'Ontario, Université de Guelph, et spécialiste de la gestion de la santé des porcs [...] a conclu qu'il "était incorrect pour les chercheurs de conclure qu'un groupe présentait plus d'inflammations de l'estomac que l'autre groupe parce que les chercheurs n'ont pas examiné l'inflammation des estomacs [...]". »

Le verdict est sans appel ! Et extraordinairement humiliant pour les auteurs.  Comme pour...

De plus, il n'y a pas d'indications sur des affections qui seraient liées, biologiquement parlant, à des inflammations stomacales sévères [12].

Comme dans le cas des utérus, il n'y a pas eu de vérification histologique[11].  Une erreur fatale... enfin à moins de considérer que l'objectif était l'alimentation de l'industrie du doute et de la peur.

Nous ajouterons pour notre part qu'il y a une différence non négligeable entre les sexes, relevée par les auteurs, sans qu'il y ait d'explication évidente.  Une différence selon les sexes – oups ! les « genres » ? Mais cela rappelle quelqu'un !

L'extraordinaire découverte de Carman et al. pourrait donc se réduire à une... histoire de couleur et une manipulation scientifique et médiatique comme celle dénoncée dans un dessin célèbre [13].  Et comme pour...

 

         Les différences qui gênent


Á regarder de plus près, l'essai pourrait très bien s'interpréter comme... une supériorité de la ration GM... comme chez...

Il suffit de consulter le tableau 3 qui résume la proportion d'animaux affectés par une pathologie.  Neuf organes étudiés, les poumons et l'estomac faisant l'objet d'un examen plus détaillé, ce qui donne 18 valeurs au total.  Aucune anomalie dans trois cas, y compris les reins dont l'illustre professeur-militant de Caen ne cesse de clamer qu'ils sont affectés par les OGM, et les intestins.  Davantage de problèmes chez les témoins dans quatre cas, y compris le foie, autre organe sensible, avec six anomalies contre trois ; et davantage de problèmes dans trois cas pour le traitement.

L'examen des estomacs a fait l'objet d'une classification pour les (prétendues) inflammations et les ulcères.  Il y moins d'estomacs sans inflammations dans le témoin que dans le traitement (8 contre 4), plus d'érosions (63 contre 58), et autant d'ulcères, pris ensemble (28), mais moins d'ulcères francs (15 contre 17) et hémorragiques (0 contre 2).

Certes les valeurs ne sont pas statistiquement significatives, mais cela n'interdit pas une analyse biologique des résultats au moins indicative.  Et l'indication, c'est à vue de nez l'absence de signe sérieux de problème lié à une alimentation GM.

 


Les petits gros plus


         Une étude en aveugle ?

La question a été posée, comme pour...

Dans les commentaires sur l'excellent Biofortified [4], M. Chris Preston a relevé une déclaration de l'un des auteurs de l'étude, M. Howard R. Vlieger (voir ci-après), sur le comportement des lots [14] qui laisse entendre que les éleveurs connaissaient l'identité des groupes.

Et, comme par hasard, les porcs nourris à l'OGM étaient, prétendument, plus irritables et plus agités que les témoins...  Et si nous interprétions : moins apathiques ?


         Une auteure « engagée »

L'auteur principal, Judy A. Carman, est une militante anti-OGM, comme...

Comme..., elle fait état dans son article de son affiliation à une officine de désinformation, en l'occurrence l'Institute of Health and Environmental Research [15].  Comme pour... c'est essentiellement une boîte aux lettres et un site internet sans personnel et, notamment, sans aucune capacité d'expérimentation [16].

Comme..., elle offre ses services à Greenpeace [16].  Comme..., elle est intervenue dans le « débat » sur l'aubergine Bt en Inde [17].


         Un auteur « intéressé »

Le second, Howard R. Vlieger, en plus d'être un militant très actif, est un co-fondateur de Verity Farms, un groupe qui « fait » dans le bio et le « naturel » [18] ; il en est (ou était) le président .  Ce n'est pas indiqué dans l'article, mais les porcs avaient été élevés dans une ferme de ce groupe, apparemment la sienne.  C'est comme chez... dans le cas de son étude sur les vertus magiques de détoxification de produits dont l'identification était transparente [19].

M. Mark Lynas, un militant anti-OGM qui a fait son chemin de Damas, a soulevé cette question [20].  La réponse de Mme Carman vaut le détour [21] : « Les auteurs ne sont pas des activistes [anti-]OGM ; ce sont des experts hautement compétents » !


         Un financement « philanthropique »


L'étude a été financée, selon l'article, par l'IHER (cette boutique australienne d'apparence criigénique) et Verity Farms, la participation de l'IHER ayant elle-même été financée par le Gouvernement de l'Australie occidentale et un particulier, M. George Kailis.  Enfin rien que des philanthropes, comme dans le cas de...

Réponse de Mme Carman [21] à M. Lynas [20] : « Le financement de l'étude a en fait été dérivé d'un supporter actuel de la technologie GM ».  Voilà une tentative de dissimulation qui rappelle...

Mme Carman a même l'audace d'écrire :

« Il est clairement indiqué dans l'article que le principal financier de la participation de l'IHER dans l'étude est le Gouvernement de l'Australie occidentale, et le gouvernement actuel est en faveur des cultures GM. »

Un énorme mensonge de plus !


         Un banditisme politique et financier

Il y a tout lieu de croire que ce financement public a été de AU$92.000 (à peu près autant en US$) ou du reliquat de cette somme.  La subvention avait été accordée par un ministre de l'agriculture violemment hostile aux OGM, aux méthodes peu banales [22], et au prix d'un véritable abus de pouvoir [16].  Et ce, en... novembre 2005 [23].  Les preuves ou les indices ? Il n'y a aucune étude d'alimentarité sur le site de l'IHER ou de Mme Carman avant celle examinée ici.  Et c'est confirmé par ailleurs.

L'emploi des fonds a été tenu secret après le changement de gouvernement, ce qui a provoqué quelques communiqués percutants du nouveau ministre, M. Terry Redman [24], et en réponse de Mme Carman, qui n'a pas hésité à se mettre en scène à la troisième personne avec des éloges dithyrambiques [25].  Tiens, un égo démesuré...


         Elle ment effrontément...


Il est clair que les  AU$92.000 sont une miette par rapport aux 168 porcs élevés au départ, ou aux 145 restant à l'arrivée du fait d'une mortalité anormale.  C'est donc un mensonge et une imposture d'écrire : « « Le financement de l'étude a en fait été dérivé d'un supporter actuel de la technologie GM ».  Car ledit financement, si tant est qu'il ait été utilisé pour l'expérience et non pour la recherche de partenaires, ou d'autres usages, ne peut qu'être accessoire.  Il est du reste significatif que les auteurs de l'article se sont gardés de préciser quand les porcs avaient été élevés.

Le gouvernement actuel de l'Australie occidentale est libéral-national.  Ce gouvernement est en faveur de la technologie GM.  Il est aussi sceptique au sujet des résultats de Mme Carman et de M. Vlieger et de leurs associés, et apparemment prêt à en découdre sur la question du détournement de fonds [26].

Tout cela ne permet donc pas à Mme Carman de répondre comme elle l'a fait, sans rictus facial (« with a straight face »)que l'étude a été financée par « un supporter actuel de la technologie GM » : des fonds lui avaient été alloués par un autre gouvernement, de surcroît de manière incontestablement illicite, en novembre 2005 ; elle n'a su qu'an faire et d'est donc réfugiée dans le mutisme sur l'emploi des fonds pendant quelques années, le temps qu'on lui présente un partenaire inespéré (voir ci-après).


         Pas de conflits d'intérêts

         « The authors declare that there are no conflicts of interest. »

À ce stade, tout commentaire devient superfétatoire.

Sur Biofortified [4], un commentateur note par ailleurs que les tests ADN ont été réalisés par Genetic ID, Fairfield, Iowa, US, une entreprise liée au mouvement anti-OGM, qui a donc un intérêt financier à convaincre les gens que les OGM sont dangereux.  Elle est dirigée par M. John Fagan [27].

Pas de conflits d'intérêts ? Comme pour...


        

  D'extraordinaires remerciements

Sur ce plan, il n'y a pas de comparaison.  Mme Carman et al. ont produit une liste de... 38 noms.

Dont M. Kim Chance, cet ancien ministre de l'agriculture du gouvernement de l'Australie occidentale qui a débloqué des fonds au mépris des règles applicables ; M. John Fagan, activiste anti-OGM lié au mouvement de la méditation transcendantale [26] [27] ; M. Jack Heinemann, un scientifique militant anti-OGM notoire ; M. Arpad Pusztai, qu'on ne présente plus ; M. Jeffrey Smith, autre anti-OGM notoire, anciennement professeur de danses de salon et adepte du vol yogique [28] [29].

M. Mark Lynas n'a pas manqué de relever les curiosités Fagan, Pusztai et Smith [20].  Réponse de Mme Carman [21] : deux d'entre eux sont (seraient) des scientifiques aux compétences reconnues ; on est mort de rire...

Quant à M. Smith, il a été remercié, en résumé, pour avoir établi le lien entre Mme Carman et M. Vlieger.  Ce qui pose d'intéressantes questions sur l'emploi des fonds alloués par M. Kim Chance sur la cassette du gouvernement de l'Australie occidentale et sur l'attitude hostile de Mme Carman face aux demandes d'explications du gouvernement suivant sur l'utilisation des fonds et l'avancement de l'étude que ces fonds étaient censés financer.

        

Une obscure publication

Comme pour... on aurait pu s'attendre à ce que les extraordinaires découvertes de Mme Carman et al. soient publiées dans une revue prestigieuse, Nature ou Science, par exemple.  Il n'en fut rien.  Le Journal of Organic Systems [30] est un obscur journal australo-néozélandais.

De plus sans références dans le domaine couvert par l'article de Mme Carman et al.

De plus sponsorisé par l'Organic Federation of Australia, la fédération australienne de l'agriculture biologique [31], ou l'Econation néozélandaise qui prône l'alimentation biologique [32].

          

Une formidable agressivité

Mme Carman est l'heureuse bénéficiaire d'un site [33] conçu selon le même principe que celui qui prétendument soutient un certain...  Prétendument car, dans les deux cas, les propriétaires du site ont toutes les caractéristiques de faux-nez.

Elle y est présente avec une extraordinaire agressivité et pratique l'ad hominem sans vergogne.  En témoigne par exemple sa réponse à M. Mark Lynas [21].  Nous avons déjà vu ça avec..., quoique sur d'autres sites...

Et il y a aussi une autre tactique commune : les menaces de plaintes en diffamation [34].

Wackes Seppi



[1]  http://www.organic-systems.org/journal/81/8106.pdf

[2]  http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512005637

[3]  http://www.recherche-animale.org/methodologie-de-letude-de-g-e-seralini

[4]  Pour une discussion sur la ration : Lack of care when choosing grains invalidates pig feeding study :

http://www.biofortified.org/2013/06/pig-feeding-study-gmo/

[5]  On trouvera quelques critiques ici (avec liens) :

http://www.biotech-now.org/food-and-agriculture/2013/06/more-junk-science-is-the-carman-pig-study-seralini-2-0#

[6]  http://www.youtube.com/watch?v=Bfq5kju627c

[7]  http://www.forbes.com/sites/henrymiller/2013/07/17/you-can-put-lipstick-on-a-pig-study-but-it-still-stinks/

[8]  http://www.foodstandards.gov.au/consumer/gmfood/Pages/Response-to-Dr-Carman's-study.aspx

[9]  http://www.sciencemediacentre.org/expert-reaction-to-new-study-on-gm-pig-feed-and-stomach-inflammation/

[10]  http://weedcontrolfreaks.com/2013/06/gmo-pig/

[11]  http://tdaynard.com/2013/06/14/full-statement-by-professor-robert-friendship-university-of-guelph-on-study-by-carman-et-al-on-feeding-of-genetically-modified-corn-and-soybeans-to-pigs/

[12]  http://sleuth4health.wordpress.com/2013/06/13/the-new-pig-study-gets-an-f-in-science/

[13]  http://xkcd.com/882/

[14]  http://www.foodsafetynews.com/2013/06/study-says-gmo-feed-may-harm-pigs/#.Ue1gY9K-2dk

[15]  http://www.iher.org.au/

[16]  http://www.onlineopinion.com.au/view.asp?article=6042

[17]  Notamment :

http://www.iher.org.au/Image/Docs/2ndSubmissionGMbrinjal.pdf

[18]    http://oneradionetwork.com/health/howard-vlieger-gmos-and-glyphosate-residue-in-crops-are-proven-to-disrupt-digestion-in-the-entire-food-chain-including-us-november-6-2012/

Sinon, une simple recherche sur la toile dévoile les « capacités » de ce personnage.

[19]  http://www.imposteurs.org/article-la-probite-scientifique-a-dose-homeopathique-par-wackes-seppi-77922370.html

[20]  http://www.marklynas.org/2013/06/gmo-pigs-study-more-junk-science/

[21]  http://gmojudycarman.org/a-specific-reply-to-mark-lynas/

[22]  http://gmopundit.blogspot.fr/2007/10/kim-chance-in-wa-accused-of-misleading.html

[23]  http://gmojudycarman.org/western-australia-unprecedented-political-attack-on-gm-scientist/

[24]  http://www.farmweekly.com.au/news/agriculture/cropping/general-news/wa-rejects-gm-study/1668291.aspx

[25]  http://gmojudycarman.org/western-australia-unprecedented-political-attack-on-gm-scientist/

[26]  http://www.northqueenslandregister.com.au/news/agriculture/cropping/general-news/new-gm-study-questioned/2659892.aspx?storypage=0

[27]  http://www.veda.fr/Fagan.html

[28]  http://en.wikipedia.org/wiki/Jeffrey_M._Smith

[29]  http://academicsreview.org/reviewed-individuals/jeffrey-smith/

[30]  http://www.organic-systems.org/

[31]  http://www.ofa.org.au/

[32]  http://www.econation.co.nz/index.html#.UfQBJNK-2dk

[33]  http://gmojudycarman.org/about-us/

[34]  http://www.farmweekly.com.au/news/agriculture/cropping/general-news/threats-prompt-gm-rethink/2638189.aspx?storypage=0

Repost 0
20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 14:48

Vous savez peut-être que des essais de riz doré ont été récemment détruits aux Philippines par des faucheurs volontaires (1) . Ce riz transgénique, modifié pour produire du β-carotène, est destiné à lutter contre les carences en vitamine A qui affectent de nombreux pays en voie de développement, dont les Philippines. 500.000 enfants dans le monde deviendraient aveugles chaque année à cause de ces carences, et de 1 à 3 millions en mourraient. Dans la mesure où le riz est à la base de l’alimentation dans de nombreux pays touchés par le fléau, l’introduction du riz doré apparaît comme une solution simple et efficace (2), aux yeux de tout individu non englué dans son dogmatisme. C’est sans doute pour cela que ce projet a fait dès le départ l’objet de violentes attaques de la part de Greenpeace et  de la mouvance anti-OGM. Malgré l’invraisemblable débauche de moyens déployés pour discréditer et empêcher le lancement du riz doré, le projet, (trop) lentement, mais sûrement, a avancé, et il est sur le point d’aboutir. Des études ont mis en évidence la bonne bioconversion du β-carotène en vitamine A, et la possibilité d’en fournir la dose nécessaire sur la base d’une ration quotidienne normale de riz cuit. En 2014, les agriculteurs philippins pourraient bénéficier gratuitement de ce riz doré (3).

 

         Malgré le retard pris par le projet, Greenpeace n’aura pas réussi à le faire capoter (4). Ce qui explique sans doute que les disciples philippins de José Bové aient pris le relais sur le terrain. L’obscurantisme des faucheurs, qui a déjà de graves conséquences sous nos latitudes, devient criminel dans le cas du riz doré, quand bien même il ne ferait que retarder le projet. Rappelons-le, une fois de plus, c’est de la santé et de la vie de millions de personnes dont il est question. Quel argument pseudo-philosophique ou pseudo-scientifique (5)  peut-on opposer à cette urgence sanitaire ?

 

grande faucheuse

 

Une faucheuse volontaire…

 

 

Le dégout qu’inspire cet acte de vandalisme a abouti à cette pétition  dont on peut simplement regretter le titre : « Global scientific community condemns the recent destruction of field trials of Golden Rice in the Philippines » .  En effet, il serait crucial que, bien au-delà de la seule communauté scientifique, n’importe quel individu ordinaire prenne conscience de la gravité de ces actes, et les condamne. Cela dit, scientifique ou pas, rien ne vous empêche de la signer.

 

Anton Suwalki

Sur le même sujet :

 

  http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/130813/aux-philippines-les-faucheursde-vitamine

http://www.imposteurs.org/article-22310309.html

http://www.imposteurs.org/article-ogm-a-qui-profitent-les-mensonges-de-jacques-testart-115733820.html

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article506

 

Notes :

(1) http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-23632042

(2) Des alternatives ont bien sûr été envisagées, mais elles ne sont pas forcément faciles à mettre en œuvre, Cf. La longue marche du riz doré, et ses embuches. 

(3) Mis à disposition gratuitement pour tous ceux dont le revenu annuel est inférieur à 10.000 $

(4) Nous avons appris récemment que l’organisation faisait du lobbying auprès des évêques philippins pour qu’ils condamnent le riz doré !

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-sauvez-les-baleines-oubliez-les-enfants-112729351.html

(5) Bien entendu, les activistes n’ont pas manqué de sortir de leur chapeau l’éternel lapin de l’innocuité « non prouvée » du riz doré, et Greenpeace de protester contre le fait que des enfants chinois aient servi de « cobayes » dans des études de nutrition. Le comble du cynisme lorsqu’on sait que des millions de vie sont en jeu !

http://agriculture.greenpeace.fr/du-riz-ogm-americain-teste-sur-des-enfants-chinois

Repost 0
4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 15:45

Voilà un titre susceptible d'être confondu avec OGM : le vrai et le faux de Louis-Marie Houdebine.  Mais, sur le fond, la confusion est impossible.

 

L'auteur – titulaire d'un DESS d'ingénierie de l'environnement–  s'est proposé de démêler le vrai du faux, évidemment dans le cadre général d'un extraordinaire matraquage anti-OGM.  Une telle entreprise est une gageure.  Trois options s'offrent : soit on procède à une démystification complète et on devient inaudible, accusé qu'on sera d'être à la solde des industriels et, notamment, de cette compagnie que beaucoup de gens aiment haïr – « une firme qualifiée par une célèbre journaliste de néfaste pour l'humanité » (page 135) ; soit on en laisse sous la plume et on démonte quelques mythes, mais en en laissant subsister d'autres et, d'une certaine manière, en les renforçant ; soit, enfin, on botte en touche.  Les deux dernières ont prévalu.

 

Le texte – 156 pages et plus de 30 chapitres, pour grand public – ne pouvait que rester superficiel.  Ce n'est pas a priori un défaut : un ouvrage vite lu peut avoir un impact bien supérieur à un pensum truffé de notes ou, pire, de digressions et autres enfumages (que celui qui ne fait pas, ici, un lien avec « une célèbre journaliste » lève le doigt...).  À condition, évidemment, de toucher le lectorat.  On regrettera à cet égard une couverture qui n'a rien d'engageant.

 

Mais le texte est plutôt trompeur.  Après une introduction qui réjouira les opposants au séralinisme pseudo-scientifique et médiatique, on tombe rapidement dans les approximations.  Une lecture attentive et critique montre que l'auteur reste largement sur la ligne de l'anti-OGMisme, mais sans sombrer dans l'exagération et l'hystérie.  La bibliographie en témoigne à notre sens.  Mais un , journaliste, conférencier, auteur et directeur d’ouvrages scientifiques souffre d'une sorte de conflit d'intérêts et doit rester « politiquement correct ».

 

En résumé, c'est donc : aujourd'hui pas vraiment, demain peut-être.  Quoique ! « Nous finirons peut-être un jour par nous convaincre que les OGM, si peu utiles soient-ils, sont un formidable objet de recherche » (page 142).  Pourquoi seulement « de recherche » ?  Le texte se poursuit certes par : « Qu'il serait hasardeux de les rejeter, sous prétexte qu'ils sont mauvais : les risques économique et scientifique, pis, philosophique d'un abandon sont plus lourds que les risques environnementaux et sanitaires, survalorisés par nos peurs et notre manichéisme. »  Le texte se poursuit encore sur le lien que l'on fait en France entre OGM et productivisme.  L'analyse, largement sociologique qui suit est intéressante, mais il manque l'essentiel : ce lien est tout à fait artificiel et n'a pas lieu d'être.

 

« Dans le domaine de l'agriculture, l'utilité des maïs, colza, soja et coton transgéniques reste à démontrer », écrit l'auteur à la page 123.  Et, à la page 124, « [i]ls ne sont pas socialement utiles ».  Ainsi donc, les quelque 170 millions d'hectares cultivés en PGM en 2012, les quelque 17,3 millions d'agriculteurs (dont 15 millions de petits agriculteurs pauvres) utilisant des PGM, les taux d'adoption supérieurs à 90 % dans les pays qui autorisent des PGM, etc. ne démontrent pas leur utilité...  Cela permet d'éluder grandement la question de la culture des PGM en France – sachant par ailleurs que l'Europe est devenue grande importatrice de produits issus de PGM et que la France ne se prive pas de soja GM pour l'alimentation animale.  « Les agriculteurs feront de l'OGM, parce que c'est une technique comme une autre qui, demain, pourrait – admirez le conditionnel – se révéler bénéfique » (page 145) est un peu court.

 

Pour minimiser la question qui fâche, il fallait donc minimiser les bénéfices tirés des événements (au sens du génie génétique) existants.  L'auteur s'est intéressé plus particulièrement au MON 810 et au NK 603.

 

Pour le premier, nous avons droit à des sophismes.  « Est-ce que la plante parvient réellement à se défendre seule contre son principal parasite ? Autrement dit, est-ce que la culture permet au cultivateur d'épandre moins de pesticides néfastes à la santé ? Il n'y a aucune certitude : tout dépend des régions où le maïs est implanté et, surtout, de son niveau d'infestation par la pyrale » (page 48).  Est-ce si compliqué de comprendre que les agriculteurs – un terme bien plus adéquat que le démodé cultivateur – ne traitent pas quand la pyrale n'est pas un problème, et qu'ils n'ont pas besoin dans ce cas (sauf s'ils jouent la sécurité) de la version GM du maïs ? Et comment peut-on passer sous silence l'importante réduction de l'utilisation d'insecticides de synthèse du fait du caractère Bt ? Un réduction même admise par le controversé OGM-sceptique Charles Benbrook dont un article (pas le plus récent...) est cité dans la bibliographie ?

 

Pour le second, l'auteur expose à juste titre les avantages du glyphosate du point de vue pratique, toxicologique et écotoxicologique.  Comment maintenir alors le doute ? « Ce qui inquiète les spécialistes – lesquels ? – n'est pas tant le glyphosate... » mais le POEA « ...tenu pour responsable principal de la toxicité très aiguë du RoundUp®, testée... par des suicidaires » (page 51).  Suit une phrase surprenante : « Ces molécules ne sont pas codées par les gènes transfectés aux plantes RoundUp Ready. »  Et, plus que le doute, le rejet ? « Un maïs tel que le NK603 ne peut que favoriser la pulvérisation d'herbicides.  En effet, puisque la plante ne craint rien, l'exploitant agricole peut y aller de bon coeur pour éradiquer les "mauvaises herbes" » (page 52)  Comme si l'exploitant agricole gaspillait son argent avec un pulvérisateur...

 

On touche là d'autres limites de l'ouvrage : les lacunes dans le domaine de la science de la transgénèse, et même de la simple génétique mendélienne (on devrait, incidemment, s'interroger sur la formation dispensée dans les écoles et universités).  Le lecteur même très moyennement averti sera par exemple surpris de lire que les sélectionneurs créent (le mot est entre guillemets chez l'auteur, ce qui n'est pas anodin...) des variétés et des races « [e]n mariant des lignées pures, qu'on appelle F1, pour obtenir des hybrides F2 » (page 58).  Ou encore que « [c]es plantes ont été modifiées de façon à résister d'elles-mêmes à leurs pesticides (15 %)... » (page 63).

 

C'est peut-être, dans ce dernier cas, une de ces bourdes qui peut échapper aux relectures.  Contrairement à la légende urbaine, peut-être reprise hâtivement, qui veut que les principales PGM sont « [d]es cultures intensives, sur de très grandes surfaces » (page 63).  C'est là, aussi, un reflet d'une méconnaissance des réalités de l'agriculture.  « [S]oja et maïs sont les ingrédients majoritaires de l'ensilage » (page 83) et « trois vaches sur quatre sont en France nourries principalement aux OGM » (page 84), peut-on lire par ailleurs !

 

Mais l'ouvrage est loin d'être négatif.  Dans le chapitre « La fin du productivisme ? », l'auteur présente le bilan des variétés tolérant un herbicide comme neutre – tout en taxant l'intérêt de discutable – du fait d'une substitution d'herbicides, et celui des variétés résistantes à des bioagresseurs d'a priori positif pour l'environnement.  On ne voit pas ce raisonnement tous les jours (il est du reste fausse si l'herbicide de substitution a un meilleur profil que les précédents) ! Le chapitre « Agriculteurs et semenciers : un mariage qui dure » démonte le mythe de la dépendance accrue des agriculteurs ensuite des PGM.  Les PGM ont un « potentiel important » (page 116) dans le chapitre « Les OGM, sésames en pays pauvres ».  Mais tout ceci est associé à des considérations, souvent confuses, dans l'autre sens.  Comme s'il fallait produire, malgré tout, de quoi nourrir toutes les chapelles, ne mécontenter personne.

 

L'auteur note à juste titre que « [t]out croyant s'arrange pour ne lire, ne voir et n'entendre que ce qui le conforte » (page 133).  Encore faut-il être bien clair.  Il termine son chapitre « Le gène des peurs collectives » par : « Donc, les OGM sont sales.  Le progrès est sale.  Il faut s'en méfier ».  C'est, il nous semble, sur le mode ironique.  Mais sera-ce compris ainsi par tous les lecteurs ?

 

Enfin, on se permettra de douter de la justesse du dernier argument – que les OGM aient été et sont une fabrique de contestation et de démocratie.  Contestation oui, démocratie certainement pas.  Ce qui est attribué aux OGM revient en fait à l'Internet, qui offre aux démagogues en tout genre une tribune quasiment planétaire.  La démocratie n'y a rien gagné, au contraire.

 

Alors ? Mérite le détour ?

 

Oui.  La mécanique intellectuelle est séduisante.  Les non-croyants avec un préjugé négatif y trouveront matière à réflexion, avec les limites exposées ci-dessus et les dangers qui en résultent.  Ceux qui sont impliqués à un titre ou un autre dans la question s'intéresseront à la manière d'aborder les questions et d'y répondre et, surtout, à ce qui est critiquable.  Car les erreurs, approximations, etc. sont aussi, en partie, le reflet des insuffisances de leur propre communication (si tant est qu'ils en aient une).  Et autant de pistes pour une meilleure vulgarisation des réalités, défis et enjeux des OGM.


Wackes Seppi

Repost 0
18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 14:31

Encore un livre sur les OGM, pour quoi faire me direz-vous ? Certes l’affaire Séralini, qualifiée à juste titre de désastre par l’auteur, y est abordée, mais le livre, restant très généraliste, se devait d’apporter une « plus-value » par rapport à tous ceux qui ont déjà été publiés sur le sujet. Pari en partie réussi à notre avis. Assez facile à lire, sans grand difficulté technique, il est accessible au plus grand nombre. Un autre mérite est d’avoir construit une véritable problématique et de s’y tenir du début à la fin. Last but not least, c’est l’honnêteté intellectuelle qui se dégage de la lecture de l’ouvrage, une qualité suffisamment rare pour être soulignée : Frédéric Denhez a à l’évidence voulu éviter de faire un livre « pro » ou « anti » OGM, et rester sur le terrain des faits, malgré beaucoup trop d’approximations .

 

Nous soulignerons tout de même quelques-uns des défauts de ce livre.

 

Tout d’abord, l’honnêteté évidente de l’auteur ne semble pas le prémunir totalement contre un certain langage que Philippe Joudrier qualifie de dérive sémantique : Ainsi, pourquoi parler de « contamination » à propos de l’éventuelle pollinisation d’une plante conventionnelle ou sauvage par une plante génétiquement modifiée ? On passe  ici de la description neutre d’un fait , dont on pourrait certes discuter des conséquences, à une formulation qui induit dans l’esprit du lecteur un effet pathogène.

 

Frédéric Denhez parle  à ce propos du maïs mexicain, ayant probablement en tête l’ « affaire Chapela et Quist », lorsqu’il affirme, qu’ « au Mexique, on a des sueurs froides [au sujet de l’éventuelle « contamination » par des plantes transgéniques, NDLR] ». Ce qui est l’occasion de constater qu’il ne s’est pas beaucoup documenté à ce sujet, puisqu’il écrit que ce sont des variétés sauvages qui avaient été « contaminées », alors que les allégations de Chapela et Quist portaient sur du maïs cultivé, et non pas du maïs sauvage. Lorsqu’il affirme d’autre part que « si d’aventure,  une variété de maïs transgénique telle que le MON 810 venait à transmettre ses gènes (sic !) au maïs sauvage, le téosinte, il n’y aurait plus de fait de maïs sauvage, c’est-à-dire de fait, l’irremplaçable banque de gènes à partir de laquelle les sélectionneurs continuent de créer des variétés », on se dit tout de même qu’il aurait été bien inspiré de faire relire son manuscrit par… des sélectionneurs. Généralisant le problème aux variétés classiques courant selon lui le risque d’être « OGmisé », l’auteur semble ignorer l’existence de banques de semences « pures » d’une immense variété qui garantissent qu’on saura toujours recréer des plantes « pures », dans le cas où des transgènes poseraient problème.

 

Les approximations de Frédéric Denhez ne s’arrêtent pas là : ainsi, il qualifie le riz doré, destiné à lutter contre les carences en vitamine A, d’échec ! Sans autre forme de procès ! Au risque d’être démenti d’ici deux ou trois ans, si la campagne de Greenpeace contre le riz doré ne porte pas ses fruits politiques !

 

Nous ne ferons pas tout le tour de ces approximations ou « des gènes muets qui se mettraient à palrer », du fait de l’insertion d’un transgène. Comme si cette éventualité n’était pas systématiquement testée lors de l’évaluation scientifique des OGM. Ce qui soulève une question : l’auteur s’est-il sérieusement documenté à ce propos ?

 

 Signalons aussi, à propos des herbicides et des plante génétiquement modifiées qui les tolèrent, que l’auteur semble s’être exclusivement basé sur les affirmations de Charles Benbrook , commissionné par Greenpeace et par une organisation américaine de promotion de l’agriculture biologique (the Organic Center). Peut-être que la simple connaissance d’un compte d’exploitation moyend’un agriculteur lui aurait évité de croire que celui-ci pulvérise de « bon cœur » un herbicide, alors qu’il a tout au contraire intérêt à économiser ses intrants.     


C’est sur le plan de la toxicologie (toxicité potentielle) et de l’interprétation statistique des études sur les OGM que le livre pêche le plus. Sur ce plan, il faut dire que l’auteur est particulièrement confus, ce qui pourrait expliquer, entre autres, qu’il ne fasse pas de différence entre l’étude de Séralini et celles qui ont servi à l’autorisation des PGM, mises sur le même plan, quelle blague ! Signalons notamment cette affirmation assez comique selon laquelle « plus le nombre de rats[dans une étude de toxicologie, NDLR] est important, plus le temps de l’expérience est long ». Ici, Frédéric Denhez se mélange visiblement les pinceaux : plus l’expérience est longue, et plus le nombre de rats requis pour l’expérience est important, et non pas l’inverse !

 

En dépit de ces défauts, nous conseillons la lecture de ce livre, et nous sommes bien entendu, ouverts à  un dialogue constructif avec l’auteur.

 

 

Anton Suwalki

 OGM : Le vrai du faux, Frédéric Denhez, éditions Delachaux et niestlé

 

 

 

Repost 0
8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 12:30

Un essai déjà vieux de dix-huit ans

Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) a été requis de donner, qui un avis (le Comité scientifique – CS) [1], qui une recommandation (le Comité économique, éthique et social – CEES) [2], sur une demande, formulée par l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), de prolongation d'un essai en culture de peupliers GM.

Il s'agit, pour l'INRA de continuer à étudier les performances technologiques, agronomiques et environnementales de dix lignées de peuplier grisard (Populus x canescens), issues d'un même clone femelle, en conditions réalistes pour l’industrie de taillis à très courte rotation (recépage tous les deux à trois ans), notamment du point de vue de la production de bioénergie [3].  Les lignées avaient été modifiées en ce qui concerne la quantité et la qualité des lignines, ce qui influence les caractères papetiers et la qualité du bois, ainsi que l'aptitude à la production de bioéthanol.

L'essai avait été mis en place en 1995 pour une durée de huit ans, sur autorisation du Ministre de l'agriculture.  Il avait été prolongé, pour la dernière fois, pour cinq ans après avoir reçu un avis favorable en septembre 2007 du prédécesseur du HCB, la Commission du génie biomoléculaire (CGB) [4]  L'INRA demande donc une nouvelle prolongation de cinq ans.

On insistera : la « dissémination » dans l'« environnement » a eu lieu il y a quelque dix-huit (18) ans.  Et, sauf erreur, il y a déjà eu quatre évaluations.

Les procédures sont les procédures...  Mais on peut aussi s'interroger, dans ces conditions, pourquoi tout ce ramdam.

L'ultra-précautionnite à l'œuvre à l'INRA et la CGB

La CGB avait considéré qu'un isolement de la parcelle n'était pas nécessaire, la stérilité mâle (l'espèce est dioïque, un arbre est soit mâle, soit femelle) permettant d’éviter tout risque de dissémination par le pollen, et les éventuels bourgeons femelles étant éliminés avant la floraison (éventuels car les arbres sont recépés avant qu'ils n'atteignent leur maturité sexuelle).  Elle avait cependant recommandé quatre mesures pour éviter la dissémination de gènes par drageonnage ou dispersion de graines ; des mesures qui relèvent de l'overkill des anglophones et donnent à penser que la frilosité était déjà de mise en 2007.

Ainsi fallait-il installer un double film plastique d'un mètre de profondeur sur toute la périphérie de la parcelle (quelque 13 ares à Saint-Cyr-en-Val, près d'Orléans) pour contenir le drageonnage ; et suivre et éliminer les « éventuels drageons qui pourraient apparaître au delà du film plastique ».  Les drageons ne partent pourtant pas à l'aventure, sur des kilomètres...  Il fallait aussi étêter les plants à 10 mètres et éliminer manuellement les chatons.  Et détruire non seulement les plants à l'issue des essais, mais aussi toute végétation, au glyphosate.

En fait, cet excès de précaution avait été l'oeuvre de l'INRA elle-même : les mesures recommandées par la CGB figurait déjà dans un protocole d'exprimentation bétonné pour amadouer les éventuels opposants.

Parfaite illustration d'un cercle vicieux : pour obtenir l'autorisation de son essai, l'INRA déploie un luxe – au sens propre – de précautions ; pour rester crédible face à une opinion publique matraquée par l'anti-OGMisme et face à un gouvernement frileux, la CGB recommande ce luxe de précautions ; ce luxe accrédite la thèse de la dangerosité des OGM ; ce qui renforce les doutes et questionnements, et surtout les oppositions, et impose d'autres précautions encore...

L'extrême minutie du CS du HCB

Le Comité scientifique du GCB s'est livré, quant à lui, à une analyse minutieuse de tous les risques imaginables.  Exercice obligé !

Ainsi, fallait-il par exemple un paragraphe sur l'évaluation des risques pour la santé publique...  On imagine sans peine la réaction de la mouvance anti-progrès si le CS du HCB n'avait pas abordé ce point, même si le peuplier n'est pas destiné à être consommé !.  Idem pour la réaction d'un ministre de l'agriculture fondamentalement anti-OGM et attentif aux manipulations médiatiques de la mouvance anti-progrès.  Le CS a donc estimé que « cette expérimentation ne présente pas de risque particulier pour la santé du personnel qui entretient la plantation, récolte et manipule les échantillons de peupliers ». 

C'est encore l'illustration d'un cercle vicieux.  L'opposition idéologique aux OGM pourra bien argumenter que ce paragraphe répond (évidemment mal) à un problème potentiel, et ainsi manipuler l'opinion publique.  Le glissement médiatique a déjà commencé à Inf'OGM, dont l'article comporte un sous-titre qui se lit : « Les risques sanitaires et environnementaux semblent faibles » (c'est nous qui graissons) [5].

Le CS avait conclu que « l’expérimentation [...] ne présente pas de risques identifiables pour la santé humaine ou animale ou pour l’environnement. »  Nouveau problème : comme l'absence totale de risque est indémontrable – comme l'inexistence des fantômes – il fallait bien un qualificatif, lequel laisse entrevoir l'existence d'un risque... et permet à Inf'OGM de jouer sur la peur.

Quoi qu'il en soit, le CS recommande une surveillance – parfaitement normale et évidente – après la fin de l'expérimentation pour s'assurer d'une absence de drageonnage, ainsi que la fourniture de rapports annuels.

Pour le CEES croupion, c'est niet

            CEES croupion ?

On se souviendra qu'à l'automne 2011 et au début de l'année 2012, plusieurs membres du CEES représentant les milieux économiques et syndicaux avaient démissionné avec fracas, tirant ainsi l'inéluctable conclusion d'un débat impossible au vu de l'intransigeance de la mouvance anti-OGM et anti-progrès et de leur obstruction systématique [6].  Aucune mesure n'a été prise pour les remplacer [7] !  Faut-il s'en étonner ou y voir une sorte de soulagement de la part des instances dirigeantes ou politiques ?

À moins qu'il y ait eu des abstentions, non signalées, lors de la délibération finale, ce sont quatorze (14) membres et la présidente qui étaient présents lors de la séance d'adoption de la recommandation du 28 mars 2013 [8].

Quatorze sur vingt-six (ou plutôt vingt-cinq, le décret N° 2008-1273 du 5 décembre 2008 relatif au Haut Conseil des biotechnologies n'ayant jamais été correctement appliqué [9]) !  Ou quatorze sur les vingt restants !  Soit six défections supplémentaires !

Outre deux personnes qualifiées (en raison de leurs compétences, l'une, en économie et, l'autre, en sociologies) qui n'ont pas de suppléants, il y avait la CGT – qui a donc, vraisemblablement, emboîté le pas à la CFDT.  Et – excusez du peu – trois institutionnels : l'Association des maires de France, l'Association des Régions de France et l'Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).

Ce grand nombre d'absences ne peut qu'être attribué, au moins en partie, à des défections, et non à des empêchements fortuits.

         Et c'est niet ?

La majorité [8] est « défavorable à la poursuite de l’essai envisagé et considère qu’en l’état, il ne devrait pas être reconduit ».  ou encore : « la demande d’extension ne devrait pas être satisfaite. »

En résumé :

« Même si le risque direct est minime et quel que soit le montant des dépenses finalement engagées – qui, même réduites, pourraient être affectées à d’autres recherches - , ils ne voient pas de réel intérêt à procéder à un nouvel essai dont les objectifs sont mal définis, l’argumentaire flou, l’utilité collective limitée et les éventuels débouchés industriels à terme porteurs de nombreuses interrogations aux plans socio-économique et éthique. Ils recommandent donc que l’autorité publique rejette la demande de prolongation de l’essai et que le pétitionnaire, qui avait annoncé la destruction de son expérimentation en 2013, respecte cet engagement. »

Ce qui précède est le résumé final et, en l'absence d'objection dirimante à l'essai envisagé, nécessairement un argumentaire flou.  Il est utile d'en voir le détail.

         Pas de risques de dissémination, mais...

Le CEES croupion a ratiociné sur la sécurité de l’expérimentation – dont on rappellera que le dispositif est déjà en place depuis 18 ans.  Cette question relève du CS, mais la direction du HCB et la présidence du CEES laissent faire...

Le comité croupion (ou simplement le fonctionnaire rédacteur) a pris note du dossier et de l’avis du CS : « en l’état des connaissances, aucun impact n’a été identifié pour la santé humaine ou pour l’environnement. »  Fort bien.

Mais...

Mais, s'agissant du contrôle du drageonnage – une opération ultra-simple à laquelle s'adonnent, contraints et forcés, de nombreux jardiniers amateurs – le comité croupion note que « les mesures de contrôle et d’éradication proposées (et appliquées lors des précédentes expérimentations) semblent constituer de bonnes garanties » (c'est nous qui graissons).  Comme il ne saurait contredire le CS, il crée le doute...

Et il ajoute : « ...même s’il aurait été bon que le dossier précise les moyens alloués à ce suivi, pendant et après l’expérimentation. »  Ce n'est toujours pas dans son mandat.  Et c'est de mauvaise foi : il suffisait de demander.

De plus, selon la note 3, « [c]ertains membres observent néanmoins que si les risques de pollinisation de peupliers non OGM sont effectivement très réduits dans le cadre de cet essai, ce ne serait pas le cas plus en aval, en cas de culture à des fins commerciales, avec un risque important de pollution génétique d’arbres sauvages ou cultivés. »

C'est encore en dehors du mandat, et encore davantage en dehors de la compétence des membres du  comité croupion.  Et manifestement débile, s'agissant de clones femelles.

         Les gènes de résistance à des antibiotiques

Encore une fois, il s'agit d'un essai destiné à en savoir plus, notamment, sur l'intérêt de peupliers à lignine modifiée ou réduite ; un essai conduit avec des plants déjà âgés, issus de la première génération de PGM ; donc des clones modifiés produits à l'aide de marqueurs constitués par des gènes de résistance à la kanamycine et l'hygromycine.

Il s'agit là d'un aspect purement historique.  Si les filières de transformation étudiées par l'INRA s'avèrent intéressantes, et que la mise en culture de peupliers génétiquement modifiés est autorisée en principe, les clones modifiés seront produits sans ces gènes de résistance.  Néanmoins, le comité croupion s'épanche sur cette question.  Il « déplore simplement que le pétitionnaire n’ait pas cherché à confirmer ce point – le transfert éventuel des gènes nptII et hpt à des bactéries du sol – par davantage d’analyses durant toutes ces années depuis lesquelles l’expérimentation est en place ».

Qu'en dit le Comité scientifique de ce transfert (selon le comité croupion) ? Le transfert éventuel « aurait un impact négligeable ».  Ce qui n'empêche pas la contestation et la fabrication de doutes : « ...certains membres du CEES se demandent si les gènes de résistance aux antibiotiques intégrés dans les peupliers GM pourraient, s’ils étaient transmis à certains microorganismes telluriques, conduire à des populations susceptibles de modifier l’équilibre biologique des sols. »  M. Frédéric Jacquemart, représentant la FNE se livre à ce sujet à une autocitation [10].

         Nos chères abeilles

« Certains membres du CEES remarquent que les peupliers sont une source importante de propolis pour les abeilles. Ils s’interrogent sur d’éventuelles modifications de la composition de cette propolis qui pourrait découler de la transformation génétique et réclament une étude sur ce sujet, soulignant que ces modifications pourraient avoir un impact sur les insectes pollinisateurs et sur l’activité économique des apiculteurs. »

La question n'est pas dénuée de pertinence – en théorie.  En pratique, il est difficile de concevoir le lien entre le métabolisme des lignines et celui des substances résineuses, gommeuses et balsamiques qui mènent à la propolis.  Quoi qu'il en soit, on s'étonnera qu'elle n'ait été posée qu'à ce stade tardif des expérimentations ; et que les « certains membres » n'aient pas cherché à se renseigner.

On s'étonnera... à moins de considérer que les « certains membres » connaissaient la réponse technique et se sont donc abstenus de poser la question pour ne pas compromettre l'instrumentalisation du CEES croupion au service de leur industrie du doute.

         Ça nous dépasse... donc ça n'a aucun intérêt

C'est ainsi qu'on peut résumer la première sortie sur la partie « [a]ptitude de l’expérimentation à fournir des connaissances scientifiques ».

Le comité croupion admet – peut-être contraint et forcé – que l'essai a produit des résultats sous forme de publications, mais « reste perplexe quant à l’intérêt de l’essai ici envisagé et quant à son aptitude à fournir de nouveaux développements scientifiques. »

L'explication vaut son pesant.

« En effet, même s’il est toujours difficile de prévoir sur quelles nouvelles connaissances une expérimentation est susceptible de déboucher... » Effectivement : la prévision est un art difficile, surtout quand elle concerne l'avenir.

« ...le dossier de demande qui a été soumis au HCB paraît confus et semble ou bien viser des objectifs de recherche appliquée [...] ou bien viser à approfondir des connaissances fondamentales, pour la plupart déjà obtenues lors des précédentes expérimentations [...] ou qui, pour la plupart des membres, pourraient, du moins pour certaines d’entre elles, être obtenues en serre. »   Recherche appliquée... Connaissances fondamentales... L'INRA voulant ratisser large avec un extraordinaire outil de recherche, et la plupart des membres du comité croupion n'étant pas des spécialistes, le dossier ne peut être que confus.

Mais ce qui choque le plus, c'est, d'une part, l'opinion implicite que des connaissances fondamentales déjà obtenues ne doivent pas être approfondies et, d'autre part, l'objection tirée du fait que certains résultats pourraient être obtenus en serre.  C'est bien la preuve d'une opposition fondamentale à ce que la loi appelle une « dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés » [11] (qui n'est ici qu'une mise en culture sur quelque 13 ares).

         Beurkh ! De la recherche industrielle

« Plus que l’acquisition de nouvelles données, la demande [...] poursuivrait – notez le conditionnel – prioritairement un objectif de recherche industrielle visant à tester l’intérêt du bois issu des lignées génétiquement modifiées dans l’éventuelle mise en place d’une filière de production de peuplier cultivé pour la production de bioéthanol. »

Et, bien sûr, « ... le CEES [...] se pose des questions d’ordre socio-économique et éthique quant à la pertinence de s’engager dans une telle voie puisque l'accomplissement d'un essai n'est pas neutre quant aux voies technologiques empruntées ultérieurement. »  En bref, c'est : « n'allons pas voir, restons dans l'ignorance pour ne pas succomber, éventuellement, à la tentation ».

La mouvance anti-OGM dure explique doctement dans une note de bas de page que « la situation écologique actuelle, avec une érosion de la biodiversité considérable, un réchauffement climatique global critique, une artificialisation galopante des terres, oblige à examiner dans ce contexte les dossiers qui sont présentés au HCB ».  Avec pour résultat une foule d'objections – toutes formées de supputations – qu'il serait fastidieux d'examiner en détail ici mais qui conduisent en définitive au refus de toute évolution technique et socio-économique ; et, partant, au refus même de savoir si une évolution est possible et, compte tenu de tous les enseignements, souhaitable.

         Une éclatante démonstration de l'ineptie des « sciences citoyennes »

Conclusion générale de l'évaluation – si on ose employer ce terme – du projet de recherche :

« Sans chercher à ce stade de réponses claires aux multiples questions que suscite le projet, le CEES constate que l’orientation choisie par ce dernier demeure floue faute d’éléments dans le dossier, et suscite pour la majorité des membres de fortes interrogations voire d’importantes réserves. »

« Sans chercher... » ? C'est plutôt : « Après avoir déroulé le catalogue classique d'objections... »

C'est aussi l'affirmation d'un refus revendiqué d'exécuter le mandat confié au CEES – qui est précisément d'apporter des réponses claires, ou tout au moins aussi claires que possibles.

Et c'est également la manifestation de l'instrumentalisation du CEES pour la diffusion, avec le concours d'une instance étatique, de « réserves ».

Sur le fond, il est parfaitement clair que tout fait ventre quand on lit, par exemple : « Plus généralement, enfin, il conviendrait de s’interroger dès l’amont sur le bilan carbone global de cultures de peupliers en taillis à très courtes rotations » et que : « Bien qu'un tel bilan ne soit pas aisé à calculer, particulièrement au stade d’un essai, l'ADEME aurait pu fournir des données de base utiles à l'appréciation du projet [...] ».

D'une manière plus générale, ces recommandations émanant principalement du consortium anti-OGM illustrent le destin qu'aura une partie importante de notre recherche nationale (enfin, de ce qu'il en reste) si l'on met en oeuvre le dernier « truc » à la mode, les « sciences citoyennes ».  C'est-à-dire, dans sa version hard, l'implication des « citoyens, essentiellement représentés et organisés dans des associations » [12] dans la définition des politiques de recherche et des projets

            Une farce ? Non, un scandale !

Le HCB a été mis en place par la loi n°2008-595 du 25 juin 2008 relative aux organismes génétiquement modifiés (OGM) [11], sous la présidence Sarkozy.  L'objectif inavoué, mais incontestable, était précisément de diluer l'expertise scientifique par des « recommandations » d'un CEES conçu puis organisé pour donner une tribune de premier plan à la mouvance anti-OGM militante, pure et dure ; et pour fournir au gouvernement une plus grande marge de manoeuvre pour ses décisions d'autorisation (ou de refus d'autoriser).

M. Kuntz a traité la dernière production du CEES, à juste titre, de « nouvelle farce » sur son blog [13].  Son résumé :

« Au sujet de ces peupliers, le CEES s’est autoproclamé expert dans la sécurité de l’expérimentation, a péroré sur l’ "aptitude de l’expérimentation à fournir des connaissances scientifiques", a disserté sur la "transparence de l’expérimentation" et en conclusion s’est déclaré "défavorable à la poursuite de l’essai", ce qui n’est pas une surprise eu égard à la composition baisée de ce Comité.

Il n'est pas sûr qu'il ait aussi inclus les extraordinaires déficiences institutionnelles et procédurales dans sa réflexion, notamment l'absence des représentants des milieux économiques sans a priori défavorable aux PGM.

Dans une instance précédente, l’infâme article de G.-E. Séralini et al., Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize, la recommandation du CEES avait été adoptée, selon le rapport, « à l’unanimité des organisations actuellement représentées au sein du CEES », sans que l'on ait pris le soin de préciser l'identité de ces « organisations » [14].  Le problème se situe donc à plusieurs niveaux : conception, mise en place, fonctionnement et gestion administrative du CEES, et du HCB en général.

Soyons audacieux, et peut-être injuste ; ou peut-être pas : ces organes, ici le HCB, une fois mis en place, ne sont-ils pas gérés par leurs dirigeants comme une petite entreprise au service, entre autres, de leur plan de carrière plutôt que de la Nation ?

La présidente du CEES, Mme Christine Noiville, ne fait-elle pas preuve d'aveuglement quand elle attribue les démissions de fin 2011 et début 2012 à « un contexte de double campagne électorale » (présidentielles et chambres d'agriculture, celles-ci ayant eu lieu... un an après... et ne concernant pas, par exemple, la CFDT ou l'Ania !) ? Et à une manifestation d'« agacement vis-à-vis d'une politique [plutôt] que pour des raisons propres au fonctionnement du CEES » ? Lorsque, pour expliquer les difficultés de fonctionnement du CEES en formation complète (avant les démissions), elle prétend que « [c]ertains sont arrivés avec une culture du débat contradictoire, d'autres dans l'espoir de convaincre et d'obtenir un consensus », jetant un voile pudique sur le talibanisme anti-OGM [15] ?

M. Jean-François Dhainaut, président du HCB, procède à la même analyse sociologique à un sou dans son rapport au Premier Ministre commandité par M. François Fillon et remis à M. Jean-Marc Ayrault le 18 juin 2012 [16].  Comment peut-il aussi poser, en quelque sorte négligemment, que « les membres démissionnaires [...] posent la question de la participation au CEES de membres soutenant ce type d’actions illégales » (la destruction de l'essai de Colmar) ? Et écrire : « on notera que c’est en connaissance de cause que le Gouvernement a nommé au CEES des membres soutenant des actions illégales » ? Pour conclure, en Ponce Pilate : « Il n’appartient pas au HCB de revenir sur ce choix dont on notera du reste la pertinence dans une perspective de débat contradictoire » ?

Résumons ce point d'un rapport d'autosatisfaction lénifiante : selon le président du HCB, il est pertinent, dans une perspective de débat contradictoire sur les OGM, de ménager une place importante à des organisations qui soutiennent – en fait, pour certaines, organisent – des actions illégales anti-OGM !

Selon le rapport Dhainaut [16], certains membres du CEES – à l'évidence les démissionnaires dont la démarche a été grandement minimisée, voire occultée – « mettent ainsi l’accent sur le fait que les avancées et convergences obtenues en séance ne sont généralement pas relayées en dehors du HCB ; quels que soient les éléments de convergence identifiés dans les recommandations, certaines organisations en reviennent en effet ultérieurement à leur communication et positionnement habituels en matière d’OGM, ce qui peut être source de frustrations et de tensions au sein du comité ».

« ... ce qui peut être source de frustrations et de tensions... » ? Quel euphémisme !

M. Dhainaut a certes abordé la question de l'élaboration d'une charte « pour une vision commune du HCB », mais il renvoie la balle au Gouvernement qui « doit clarifier ses attentes vis-à-vis du HCB ». La charte « concernera au minimum les points suivants : [...] les obligations des membres du Haut Conseil : strict respect de la légalité, confidentialité, loyauté et investissement dans les travaux du HCB [...] ».  On notera l'emploi du futur dans la citation précédente, comme si la charte était une affaire en cours.  Une rédaction qui relève de l'enfumage.

Quoi qu'il en soit, c'est une illusion que de croire que la « loyauté » qui serait exigée des membres du CEES engagerait leurs organisations respectives à ne pas pratiquer le double jeu et le double langage et à ne pas instrumentaliser le CEES pour leur communication.

En résumé, c'est un rapport Potemkine.  On ne le trouve même pas sur le site du HCB.  Aucune suite ne lui a été donnée, en partie au moins pour manque de propositions et d'engagements clairs.

En résumé aussi, le Gouvernement et la direction du HCB se contentent – sinon se réjouissent – de l'existence d'un CEES sans représentation des acteurs économiques et dominé par l'activisme anti-OGM et anti-économique.

         Où va la France ?

L'affaire des peupliers ne s'arrête pas là : le Ministère de l'agriculture – déjà fort d'un avis du CS du HCB et d'une recommandation du CEES du HCB – a lancé une consultation du public [17].  Sur quelle base juridique, sachant que les peupliers ont déjà fait – il y a dix-huit ans – l'objet d'une « dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés à toute autre fin que la mise sur le marché » ? Qu'en espère-t-il, sinon davantage de confusion encore ?

L'addiction au double jeu et au double langage évoquée ci-dessus se manifeste à nouveau.  Alors même que, majoritaires avec leurs compagnons de route de l'intransigeance anti-OGM au sein du CEES croupion, ils ont été en mesure de forger les recommandations de ce même CEES croupion à l'aune de leurs convictions et dans l'intérêt de leur fond de commerce, les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la FNAB, Greenpeace et l’UNAF ont en effet d'appelé le public à refuser l'essai par un communiqué commun [18] – relayé par des médias amis et complices tel le Monde [19], ou peut-être seulement négligents tel FR3 Centre [20], ainsi que par la blogosphère.  En portant des accusations graves contre l'INRA, et avec des arguments spécieux.

Exemple simple : le mensonge par omission : le communiqué passe sous silence l'avis positif du CS (et instrumentalise le CEES croupion).

Exemple simple : le mensonge caractérisé : « Car au delà d’un simple essai, c’est bien de mise en culture qu’il s’agit. » L'expérimentation ne contient pas en germe, horresco referens, l'exploitation économique : c'est déjà celle-ci...  À l'évidence pourtant, la culture devra faire l'objet d'une nouvelle procédure d'autorisation.

Exemple simple : l'argument dont il est admis qu'il est sans fondement : « l’usage affiché concernerait les dernières terres non encore artificialisées et riches en biodiversité, (c’est ce que veut dire terres marginales) mais ceci n’a aucun intérêt économique ».

Exemple simple : l'argument exagéré et sans fondement : « un usage économiquement viable sur des terres agricoles destinées à l’alimentation grâce aux primes PAC et autour d’une usine d’éthanol ».  Où se trouvent les peupleraies d'aujourd'hui, sinon sur des terres marginales ? Où sont les primes PAC ?

Exemple moins simple : le gloubiboulga pseudo-écologique : « un bilan carbone immédiatement désastreux dès qu’on a l’honnêteté de prendre en compte le changement d’affectation des sols dont les surfaces exploitées ne sont extensibles qu’au détriment des dernières forêts indispensables pour conserver un climat viable sur terre, mais aucun élément de réflexion ne figure non plus dans le dossier ».

Mais ce qui doit nous intéresser est l'objectif prétendument poursuivi avec l'essai : « Pour que la recherche publique serve des brevets à l’industrie [...] ».

En bref, pour ces luddites, la recherche publique ne devrait pas avoir vocation à mener à des brevets susceptibles de protéger les technologies françaises.  Ni à permettre à l'industrie de se développer et à la France de prospérer.

Malheureusement, les faucheurs de science [21], au sens large, ont l'oreille de bon nombre de nos dirigeants politiques, dont ceux qui ont le pouvoir de décider sur ce dossier.

Les recherches sur des arbres à teneur réduite en lignines se poursuivent dans de nombreux pays, preuve de l'intérêt potentiel de la démarche sur le plan agronomique, industriel et économique.  Se poursuivront-elles en France ? Rien n'est moins sûr.

Le Figaro a déjà tiré la conclusion de ce fiasco : « Les jours du dernier essai OGM sont comptés » [22].

Il est vrai que quand on entend un Ministre de l'agriculture pontifier sur l'agroécologie à bâtons rompus – au mépris du decorum qu'exige sa fonction – au titre d'un discours d'ouverture, on peut en effet craindre que le Gouvernement plie devant l'obscurantisme antiscience et antitechnologie [23].

« La technologie d'aujourd'hui est le pain de demain – la science d'aujourd'hui est la technologie de demain ».  Remplacez le mot « pain » par « emplois » et vous mettez à jour cette citation, fameuse en Allemagne, de Richard von Weizsäcker (qui fut président de la République fédérale d'Allemagne de 1984 à 1994).

Monsieur le Ministre comprendra-t-il qu'en succombant à cet obscurantisme, il sabotera la recherche, en l'occurrence publique, et assassinera l'avenir ?

Wackes Seppi

________________

Notes :

[1]  http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/130422_Essai_Peupliers_Avis_CS_HCB.pdf

[2]  http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/130422_Essai_Peupliers_Recommandation_CEES_HCB-2.pdf

[3]  Pour plus de détails sur le projet :

http://www.ogm.gouv.fr/IMG/pdf/D_130213_FIP_fiche_public_peupliers_INRA_Orleans-V2_cle43171c.pdf

[4]  http://www.infogm.org/spip.php?article3237

http://www.ogm.gouv.fr/IMG/pdf/Avis_de_la_CGB_sur_le_dossier_B-FR-03-06-01_cle8ba468.pdf

[5]  FRANCE - Des peupliers OGM pour des projets industriels aberrants :

http://www.infogm.org/spip.php?article5405

[6]  Voir notamment sur ce site :

http://www.imposteurs.org/article-demissions-en-cacade-au-comite-economique-ethique-et-social-cees-du-hcb-98859394.html

Avec liens vers les articles précédents.

Les démissionnaires sont l'Ania (Association Nationale des Industries Alimentaires), la CFDT, la FNSEA, le GNIS, les Jeunes Agriculteurs et l'UFS (Union française des semenciers).

La lettre de démission de l'Ania et de la FNSEA est accessible à partir de :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/biotechnologies-ogm-la-fnsea-demissionne-du-haut-conseil-des-biotechnologies-artFa-53277.html

[7]  On peut, malgré tout, lire sur le site du HCB,

http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/spip.php?rubrique20

que « Les 26 membres actuels du CEES ainsi que sa Présidente Christine Noiville ont été nommés par le décret du 30 avril 2009 pour un mandat de 5 ans », ceci étant suivi d'une liste de vingt membres et une liste de dix-sept suppléants (les trois personnes qualifiées en raison de leurs compétences juridiques, en économie ou en sociologie n'ont pas de suppléants).

[8]  S'est exprimé en faveur de la poursuite de l'essai : Jacques Lechenet (suppléant représentant les Entreprises du médicament).

Se sont exprimés en faveur avec des conditions :

Mme Marie-Angèle Hermitte, personnalité qualifiée pour ses compétences en droit

M. Charles Pernin pour la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie)

Mme Sylvie Pradelle pour l’UFC - Que Choisir

Se sont exprimés contre :

Mme Monique Alles-Jardel pour le HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique)

M. Rachel Dujardin pour Greenpeace

M. Daniel Evain pour la FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique)

M. Patrick Gaudray pour le CCNE (Comité Consultatif national d’Ethique)

M. Frédéric Jacquemart pour FNE (France Nature Environnement)

M. Guy Kastler pour la Confédération Paysanne

M. Patrick de Kochko (Amis de la Terre)

Mme Paulette Morin pour le CISS (Collectif Interassociatif Sur la Santé) – Alliance Maladies rares (on notera que l'Alliance précitée n'est pas mentionnée sur le site du HCB)

M. Bernard Verdier pour l’Association des Départements de France

M. Jean-Marie Sirvins pour l’UNAF (Union Nationale des Apiculteurs de France).

[9]  « Art. R. 531-12. − Le comité économique, éthique et social est composé, outre son président, de 26 membres titulaires.

« Le comité économique, éthique et social comprend :

« [...]

« 14°  Un député et un sénateur de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, désigné par le président de l’office ; »

Ce 14° n'a pas été respecté.  Il n'y a qu'un membre de l'OPECST dans la liste des membres (M. Claude Gatignol, député) et un seul suppléant (M. Jean-Yves Le Déaut, sénateur) !

http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/decret_HCB.pdf

[10]  « France Nature Environnement, tout en laissant au Comité Scientifique son rôle dans l'avis scientifique, souligne que d'une manière générale, de telles assertions ne sont valides que dans un domaine de validité dont les limites ne peuvent être connues qu'une fois qu'elles ont été franchies (cf. Jacquemart F. [...] »

[11]  http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/Loi_OGM_2008-595.pdf

[12]  http://intranet.cnrs.fr/intranet/actus/130222-marc-lipinski.html

Il est à noter que le CNRS a créé une mission « sciences citoyennes » sans avoir communiqué sur ce sujet.  La mission n'est connue qu'à travers un entretien, publié sur l'intranet du CNRS (lien ci-dessus) avec M. Marc Lipinski, chargé de la mission.

De nombreuses voix se sont élevées à ce sujet, sans que la présidence du CNRS se soit donné la peine de répondre.  Voir notamment :

http://www.imposteurs.org/article-du-livre-de-testart-aux-sciences-citoyennes-ou-va-le-cnrs-116424903.html

http://www.imposteurs.org/article-sur-la-blogosphere-science-et-citoyens-une-vision-alternative-au-projet-sciences-citoyennes-du-cnrs-116831500.html

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2081

[13]  http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-nouvelle-farce-au-hcb-117451047.html

[14]  http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/HCB_-_CEES_Recommandation_saisine_Seralini_19octobre2012-2.pdf

[15]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/04/24/ogm-le-haut-conseil-de-biotechnologies-veut-sortir-de-la-crise-interne_1690398_3244.html

[16]  http://www.terre-net.fr/ulf/TNM_Biblio/fiche_80788/HCB%20Rapport%20PM%20_V31.pdf

« D’autre part, le CEES souffre de l’absence de vision claire et partagée de sa mission. Deux cultures coexistent en effet au sein du comité. D’un coté, une culture de la négociation et du compromis, portée principalement par des organisations professionnelles traditionnellement associées à la cogestion, en partenariat avec l’Etat, de questions économiques et/ou sectorielles. De l’autre, une culture de la concertation et du débat, principalement portée par des associations, plus habituées à un rôle consultatif et à l’exercice du débat contradictoire. Il découle de ce clivage un réel malentendu quant au rôle du débat au sein du CEES. »

[17]  http://www.ogm.gouv.fr/spip.php?article59

[18]  http://www.amisdelaterre.org/Plusieurs-associations-appellent-a.html

[19]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/08/la-bataille-des-peupliers-genetiquement-modifies_3173750_3244.html

[20]  « Saisi par le ministère de l'Agriculture, le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB), a rendu un avis défavorable » !

  http://centre.france3.fr/2013/05/14/y-aura-t-il-encore-des-experimentations-sur-les-peupliers-ogm-de-saint-cyr-en-val-251487.html

[21]  Faucheurs de science – Les fanatiques sont dans nos campagnes, Gilles Rivière-Wekstein, Le Publieur.

[22]  http://www.lefigaro.fr/environnement/2013/05/07/01029-20130507ARTFIG00541-les-jours-du-dernier-essai-ogm-sont-comptes.php

[23]  http://www.bretagne-durable.info/ecomag/echos/quelle-transition-vers-lagro%C3%A9cologie

Repost 0
4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 17:27

 

Depuis ce jour de septembre 2012 où Gilles-Eric Séralini et ses collègues du CRIIGEN ont fait exploser leur bombe médiatique en rendant publique leur consternante étude sur les rats nourris au maïs GM NK603 et au RoundUp, de l’eau a coulé sous les ponts.  Certes, le coup médiatique a porté ses fruits, et GES peut ainsi continuer sa campagne pour les « détoxifiants » de Sevene Pharma (1) dans les milieux déjà acquis à sa cause anti-OGM. Et quoi qu’il arrive, il sait qu’il trouvera toujours l’oreille complaisante d’une partie des médias si avides de vendre de la peur, du scandale, du complot et des martyres.

 

Sur le plan scientifique, le compte n’y est pas. Le fait qu’il ait récusé d’avance le jugement des agences d’expertise tels que l’EFSA (2) au motif comique que  les spécialistes ont autorisé un OGM sur des bases dont il prétend avoir démontré « le laxisme » (3) prouve qu’il savait parfaitement que ses conclusions étaient irrecevables. Mais peut-être ne s’attendait-il pas à un tel déluge de critiques de la part de la communauté scientifique. Et il a beau mettre en avant « tout un réseau de 300 chercheurs qui [le] soutiennent au niveau européen » (4), il sait très bien que ceux-ci ne sont pas du tout représentatifs des spécialités concernées par son étude et qu’ils font de toute façon partie de sa tribu (5). Bref,  la consécration médiatique est là (6), mais au prix d’un isolement sur le plan scientifique auquel le professeur n’est pas indifférent, comme l'atteste l’affaire dérisoire du prix du « Scientifique international de l’année 2011 »  (7). Isolement qui doit se faire ressentir dans son environnement professionnel immédiat.

 

Cela pourrait expliquer l’escalade auquel se livre GES qui va d’outrance en outrance : jeudi dernier, il inventait « le canard à l’insecticide » (1). 3 jours plus tard, il se livrait à une ahurissante diatribe dans La Provence (4).  Le point de non-retour semble atteint.

 

"Le réseau mafieux des OGM" 

 

13 agences d’évaluation scientifique sur le plan international (8), les représentants de 6 académies françaises, et plusieurs centaines de scientifiques qualifiés de tous pays qui se sont exprimés à titre individuel ou collectif, ont conclu que l’étude de Séralini présentait d’énormes défauts méthodologiques, des interprétations biaisées, et des conclusions irrecevables.  La première explication de cette convergence qui vient à l’esprit de tout être rationnel est qu’effectivement, l’étude ne doit pas valoir un kopeck. Pas pour GES, dont l’égo interdit toute autre explication qu’un complot orchestré par Monsanto ! « Les méthodes utilisées contre mes recherches sont bien au-delà du simple débat scientifique. J'ai mis au jour un véritable réseau mafieux » (4).  Car bien sûr, les méthodes qu’il a lui-même utilisées sont tout à fait dans les clous du débat scientifique honnête ! Comme l’est le fait de proclamer à des journalistes que les détracteurs de son étude font tous partie d’un réseau mafieux !

 

Pourtant, si on en croit les preuves insignifiantes qu’il avance en soutien de cette thèse, il n’a en fait rien mis à jour, mais s’est contenté de reprendre à son compte les ragots de la toile : «  Oui, l'Efsa, qui a invalidé mes résultats, comporte dans son organigramme nombre des scientifiques qui ont travaillé pour Monsanto, ses satellites, son agence de biotechnologie Ilsi. Et son ancienne présidente, Diana Banati, vient d'ailleurs de démissionner pour prendre des responsabilités au sein de l'Ilsi. » .

Monsanto, ses satellites, son agence de biotechnologie (sic)… Amalgame qui n’est pas sans rappeler le loup de la fable …

   - Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

   - Je n'en ai point.

    - C'est donc quelqu'un des tiens

 … à ce détail près que GES essaie de se faire passer pour l’agneau !

 

Rappelons qu’à notre connaissance, Diana Banati, en tant que directrice de l’EFSA, n’a jamais eu son mot à dire dans les avis émis par le panel scientifique biotechnologie de l’agence. Et que le « laxisme » de cet organisme  est une fable complètement démentie par les faits (9).

 

« un chercheur ex-salarié de Monsanto, Richard E . Goodman, d'éditeur associé, est devenu responsable des articles sur les biotechnologies et les OGM dans la revue Food and Chemical Toxicology, qui a publié mon étude en septembre 2012. Il a donc la haute main désormais sur ce que peut "sortir" la revue. » ….

 

De l’aveu même des médias qui ont inventé cette affaire, Richard Goodman a quitté Monsanto depuis 2004 (10). On peut s’interroger sur la mentalité qui voit dans tout individu ayant travaillé pour une entreprise donnée un simple pantin dont l’ancien employeur continuera à tirer les ficelles des années après (11).

 

« Cela va encore plus loin. Mes données biographiques sur Wikipédia sont systématiquement "révisées" avec des éléments pour me dénigrer par un autre lobbyiste lié à l'industrie biotechnologique. »

 

Encore une fois, quelle preuve a-t-il que celui ou ceux qui révise(nt) sa fiche Wikipédia fait ou font partie du lobby des biotechnologies ? Aucune, bien sûr. Le seul fait d’y lire quelques vérités déplaisantes a valeur de preuve pour lui.

 

A propos …

« Mais ne travaillez-vous pas pour des entreprises comme Auchan ou Sevene Pharma ?

G-E S. : Je ne suis pas payé par ces entreprises, ces groupes, je teste leurs produits. Mon indépendance est totale. »

 

Le critère de l’ « indépendance totale » serait donc, aux yeux du professeur, le fait de ne pas être payé par… Ce qui est déjà fort discutable, puisque ces entreprises financent ses travaux. Pourtant, a-t-il mis en évidence, ne serait-ce que pour un seul individu, du « réseau maffieux », une rémunération par Monsanto qui affecterait son indépendance ? La réponse étant clairement non, on remarquera que GES applique une fois de plus un double standard.

 

         Mais à propos, tout le monde se souvient un article du Figaro qui mentionnait que « le directeur [de Sevene Pharma] nous précise que le laboratoire de recherche de Caen (dirigé par le Pr Séralini, NDLR) a perçu deux fois en 2012 des rémunérations de prestations pour des conférences auprès des professionnels de santé, plus une rémunération en 2011 pour une formation de biochimie auprès de (ses) visiteurs médicaux(12)». 

 

Une information que l’intéressé n’a pas songé à démentir lors de sa réponse incendiaire au journal (13). Un oubli ?

 

Subornation de rats témoins

 

Jamais, GES n’admettra que le rejet de son étude est justifié. Cette obstination se manifeste dans la perte de tout sens de la mesure lorsqu’il s’agit de caractériser ses détracteurs : « [leur] bêtise n’a parfois d’égal que l’ignorance crasse du sujet (13) », « mafieux », etc.. assortie de justifications de plus en plus extravagantes de ses résultats.

 

« On ne peut pas comparer statistiquement des nombres entiers (14)» , assurait-il doctement à ceux qui lui reprochaient d'avoir occulté l'analyse statistique qui aurait démontré que ces résultats n’étaient pas significatifs.

 

Dans son interview à La Provence, il reconnaît au moins implicitement ce dernier point, mais il sort de son chapeau une autre explication qui vaut son pesant de cacahuètes :

« Dans mon "droit de réponse" couché sur papier, je démontre que la firme s'appuie sciemment sur des bases faussées pour assurer que nos rats "traités" avec ce maïs OGM NK603 et avec le pesticide associé Roundup ne développent pas plus de tumeurs que les rats de l'échantillon témoin. »

 

Notons l’amalgame obsessionnel qui transforme les données scientifiques, les études disponibles  en « la firme » (Monsanto), manie le flou artistique qui consiste à employer « nos rats traités » suivis de « les rats de l’échantillon témoin ». Parle-t-il des rats de son expérience, ou des données disponibles sur la propension des rats de laboratoire à développer spontanément des tumeurs, qui est en effet analogue à celle des groupes les plus touchés dans son expérience ?

 

« Pouvez-vous préciser pourquoi ces bases sont faussées ?

G-E S. : Eh bien, tout simplement parce ce que cet échantillon témoin est lui-même, et depuis longtemps, exposé aux pesticides et que les croquettes consommées par les rats ne sont pas bio mais sont contaminées par les OGM.  Ils mangent des résidus d'OGM depuis l966 (15) au moins, les pesticides sont présents depuis les années 1930. Je leur ai mis sous le nez ces éléments en séance contradictoire au Parlement. Lorsqu'on sait cela, on comprend que les rats témoins ont en fait les mêmes caractéristiques que nos rats traités. »

 

Selon cette nouvelle affirmation, on croit comprendre qu’il parle des rats témoins en général. Or chaque étude étant menée dans des conditions expérimentales spécifiques, possède ses propres rats témoins. La comparaison avec les données scientifiques externes est une manière de vérifier qu’il n’y pas quelque chose qui cloche dans les résultats du groupe témoin d’une étude donnée et fausse ainsi l’expérience.

 

GES admet donc au minimum que ses rats traités ont les mêmes caractéristiques que les rats témoins dans les autres études, mais procède subtilement à une inversion - les rats témoins ont les mêmes caractéristiques que nos rats traités)- pour induire le lecteur dans l’idée que « les » rats témoins sont aussi malades que « ses » rats traités… parce que les premiers mangeraient aussi des croquettes « contaminées » par les OGM (ou les pesticides), ce qui constitue une nouvelle preuve de la validité de sa thèse !  On hésite entre hilarité et admiration, devant cette rhétorique vertigineuse.

 

Tout ça n’est que pure élucubration. La composition de la nourriture des témoins dans des études de nourrissage est soigneusement contrôlée et documentée. GES devrait savoir que des études concordantes (16) datant de plusieurs décennies existent et confirment la très forte propension de rats utilisés dans son étude à développer des tumeurs : on peut dans ces conditions totalement exclure l’explication opportuniste d’une nourriture « contaminée par les OGM ».       

 

 

« Au bout du compte, au-delà même du procédé utilisé contre mes travaux, cela remet en cause l'ensemble des recherches basées sur ces échantillons de rongeurs. On a construit dans le monde entier des études faussées, notamment pour affirmer l'absence de toxicité des OGM. Et Monsanto ne veut pas communiquer les données biologiques sur les échantillons de rats témoins.

 

Avec ce type de modèle "infecté", on a bâti un comparateur unique sur le modèle de la pensée unique. Et nos résultats sont parfaitement valides. 90 à 100 % des rats "traités" ont développé des tumeurs. Vous imaginez les milliers de produits dangereux pour notre santé qui se sont vus ainsi délivrer des certificats d'innocuité ? »  

 

Comme quoi, les adeptes de la haute-voltige rhétorique ne devraient pas travailler sans filet. Tôt ou tard, c’est la chute assurée. Voilà que l’ensemble des recherches basées sur ces échantillons de rongeurs seraient remises en cause. Sauf la sienne, bien sûr ! On apprend donc que Monsanto refuserait pas communiquer les données biologiques sur les échantillons de rats témoins. Ce qui est absolument grotesque, puisque toute étude de ce type suppose comparaison des résultats biologiques des groupes traités et des rats témoins. Certes, seule une partie des résultats est publiée dans l’article scientifique consacré à une expérience donnée. Mais en tant qu’ancien membre du CGB, GES n’ignore pas que les données de base de l’étude, que lui refuse justement de fournir, sont accessibles aux experts. Sur quelles données  s’est donc appuyé GES pour ré analyser l’étude sur le MON 863 (17) ( ou d’autres OGM), pour conclure à des signes de toxicité hépatique et rénale ? Comment est-il arrivé à déceler de tels signes dans des études basées sur « un modèle infecté » qui explique selon lui « que les rats témoins ont en fait les mêmes caractéristiques que nos rats traités » ?

 

Fluctuat nec mergitur, dit la célèbre devise. A l’évidence, notre célèbre professeur fluctue beaucoup, mais n’est pas loin de mergiturer!

Anton Suwalki

 

 

Notes :

 

 

(1) http://www.imposteurs.org/article-lithotherapie-numerologie-karmique-canard-a-l-insecticide-et-potion-magique-de-sevene-pharma-118000015.html

(2)http://www.liberation.fr/societe/2012/09/20/ogm-l-auteur-de-l-etude-refuse-une-contre-expertise-de-l-agence-europeenne-des-aliments_847692

 

(3) Ce qui signifie pour résumer : je démontre que j’avais raison lorsque j’affirmais qu’ils avaient tort, donc seuls ceux qui étaient d’accord avec moi ont une légitimité pour examiner mes preuves. On voit où veut en venir ce Mozart de la rhétorique lorsqu’il réclame une « expertise contradictoire » !

 

(4)http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/2372541/le-reseau-mafieux-des-ogm.html

 

(5)http://www.ensser.org/about/board-and-staff/

(6)Et encore, tous les médias n’ont pas foncé dans le mur

(7)http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/seralini%E2%80%89-le-prix-de-l-ego,771.html

(8)http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-nk603-110296439.html

(9)http://www.imposteurs.org/article-idee-recue-l-europe-est-laxiste-en-matiere-d-autorisation-des-ogm-117742708.html

(10) http://www.infogm.org/spip.php?article5414

(11)On notera le commentaire exquis d’Inf’OGM (note 10)

« Cette nomination est d’autant plus surprenante que cette revue a déjà dans son comité de rédaction un expert en sécurité sanitaire des OGM avec José L. Domingo, professeur de toxicologie et santé environnementale. Malheureusement pour l’industrie, dans deux études (Domingo 2007 ; et Domingo et Bordonaba 2011), il a exprimé son scepticisme par rapport à l’innocuité sanitaire des OGM.

          Cette nomination pose de nombreuses questions quant à l’objectivité de cette revue. Monsanto a désormais une bonne courroie de transmission au sein de la revue pour décourager la publication d’études qui seraient contraire à ses intérêts économiques. »

Bien sûr, le fait que Domingo, à l’inverse, ait supervisé la relecture de l’étude de Séralini sans rien trouver à y redire, ne pose aucune question !!!

http://www.imposteurs.org/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-3eme-partie-110835521.html

(12)http://www.lefigaro.fr/sciences/2013/01/09/01008-20130109ARTFIG00671-ogm-les-liaisons-dangereuses-du-pr-seralini.php

(13) http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=464&Itemid=1

(14)http://gmopundit.blogspot.com.au/2012/10/gmo-statistics-part-18-seralini-repond.html#!/2012/10/gmo-statistics-part-18-seralini-repond.html

(15) On ose espérer qu’il s’agit d’une coquille et que GES voulait dire 1996…

(16) on peut citer des études datant des années 70, bien avant la création de la première plante génétiquement modifiée..

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/521452

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/558099

(17) New Analysis of a Rat Feeding Study with a Genetically Modified Maize Reveals Signs of Hepatorenal Toxicity, Archives of Environmental Contamination and Toxicology, May 2007

 

 

 

 

Repost 0
23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 17:00

t015Devinez qui donnera une conférence à la grand messe du bio de Libourne qui doit se tenir samedi (1) , au programme si alléchant : « La lithothérapie, l’hypnose , les fleurs de Bach , les bienfaits des vertus des cristaux, la numérologie karmique tibétaine,  la PNL , l’impact des cristaux sur les maisons … »  ?

 

Le célèbre professeur Gilles-Eric Séralini en personne !

 

Serait-ce, justement, pour dénoncer courageusement à la foule des crédules qui ne manquera pas de s’y presser, le danger qu’il y a de remettre sa santé entre les mains des charlatans qui exercent ces pseudo médecines ?

 

Non, pour dénoncer les aliments des animaux, « contaminés » par les OGM, et « qui [vont] contaminer notre nourriture » (2) !  Et pour continuer à faire la promotion des « détoxifiants » de Sevene Pharma.

 

Succès garanti pour GES : on ne fait pas une hypothèse très couteuse en imaginant que les adeptes de la « numérologie karmique » ou de l’impact des cristaux sur les maisons goberont sans peine ses « découvertes » sur les OGM tumorigènes qui ont diverti la communauté scientifique l’automne dernier. Et qu’ils avaleront goulûment les contrepoisons magiques mis au point par Sevene Pharma et certifié par GES.  Mais ceci est-il bien conforme à l’idée qu’on se fait de l’éthique scientifique ?

 

Si on en croit les propos recueillis par Sud-Ouest, le professeur ne manquera  pas d’assaisonner ses propos avec les ingrédients de la cuisine locale : «On peut trouver des agents toxiques dans tout ce qui a été nourri au maïs ou soja OGM. Prenez l’un des symboles culinaires du Sud-Ouest, le foie gras. On peut manger du foie gras à l’insecticide si le producteur ne vérifie pas l’alimentation de ses oies ou de ses canards et si son maïs provient d’Espagne et de parcelles OGM.»  

 

Le foie gras à l’insecticide, voilà une recette qui vaudrait bien à son inventeur un Vélot d’or , à défaut d’une étoile au Guide Michelin. Néanmoins, le jury du Vélot d’or a décidé de déclarer GES hors concours pour un temps indéterminé, car celui-ci met à l’évidence la barre trop haut, ce qui risquerait de décourager les autres candidats qui ne manquent pas de talents.

Anton Suwalki

 

Notes :

http://www.sudouest.fr/2013/05/23/la-grand-messe-du-bio-sur-deux-jours-1061687-4778.php

le point sur ces allégations de « contamination  de la chaine alimentaire » :

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-animaux-sans-ogm-60285489.html

Repost 0
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 17:49

Régulièrement, la propagande relance l’idée que l’EFSA, l’agence de sécurité alimentaire européenne, et les instances de l’UE telle que la Commission européenne sont entre les mains des lobbies des biotechnologies.


Si l’on croit un récent  rapport d’Europa bio (*), la situation est complètement différente, et on arrive au contraire à une situation de blocage presque complet. Le nombre cumulé de dossiers d’autorisations de  produits issus d’OGM déposés est passé de 7 en 2004 à 74 en 2012.  Chaque année, il  y a davantage de demandes déposées que d’autorisation délivrées.


Sur la période considérée, il  faut 45 mois en moyenne, soit près de 4 ans, pour qu’un produit obtienne l’autorisation finale.  Ce délai ne s’est guère amélioré au cours de la dernière année écoulée par rapport aux années précédentes.  Les délais sont encore supérieurs lorsqu’il s’agit d’OGM comportant des transgènes « empilés ».


La fable du laxisme de l’EFSA saute aux yeux lorsqu’on sait que la phase d’évaluation scientifique des OGM représente les deux tiers de cette durée de 45 mois, alors que l’instance d’évaluation devrait théoriquement rendre ses avis en 6 mois. Un délai qui est presque toujours dépassé, l’EFSA pouvant demander des compléments d’information, ce qu’elle ne manque pas de faire.  Dans certains cas, (coton Monxx, cf rapport page 7), la publication de l’avis de l’EFSA a dépassé 4 ans.


Interviennent en suite la procédure d’autorisation par la Commission européenne, qui devrait durer au maximum 5 mois : un premier vote après 3 mois, puis un second (délai 2 mois) s’il y a appel. En réalité, la décision définitive de la CE intervient au bout de 15 mois en moyenne.


Concernant les dossiers de demande d’autorisation de cultures de plantes génétiquement modifiées, tous les records de délai sont battus comme dans le cas du maïs Bt 11 résistant à la pyrale. La demande déposée en 1996 n’a reçu l’approbation de l’ESFA qu’en 2005, et comme 6 autres plantes génétiquement modifiées, attend toujours l’autorisation de la CE.


         Compte tenu de ces faits, on se dit que si des lobbies « pro-OGM » manœuvrent à Bruxelles, leur pouvoir n’est pas bien grand. Les lobbies anti-OGM sont beaucoup plus efficaces.


  Anton Suwałki

(*)http://www.europabio.org/sites/default/files/position/approvals_2013_final_7_march_2013.pdf

Repost 0
26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 12:30

On prête de coutume à Benjamin Disraeli la maxime : « Lies, damn lies and statistics » (mensonges, gros mensonges et statistiques).  Avec M. Paul Deheuvels, cela devient : les mensonges et les gros mensonges sur fond de statistiques.  M. Deheuvels est professeur au Laboratoire de Statistique Théorique et Appliquée (LSTA), Université Pierre et Marie Curie, Paris VI, et membre de l'Académie des sciences ; section Sciences mécaniques et informatiques, il faut le préciser.

Rappels

Chacun s'en souvient, le 19 septembre 2012, la revue Food & Chemical Toxicology mettait en ligne un article de Gilles-Éric Séralini et al. prétendant démontrer la toxicité d'un maïs transgénique portant l'événement NK 603 (tolérance au glyphosate), Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize [1].  Le même jour, le Nouvel Observateur commençait une série sur le thème : « Oui, les OGM sont des poisons » [2].

L'article a très rapidement été mis en pièces par la communauté scientifique internationale (à l'exclusion bien évidemment des chercheurs militants) [3].  Parmi les rares personnalités scientifiques à s'exprimer en faveur de l'« étude » de M. Séralini, avec un semblant d'autorité, figurait M. Deheuvels.  Celui-ci a produit un premier article sur le site internet du Nobs prétendant nous expliquer pourquoi la méthodologie de M. Séralini était statistiquement bonne [4].

Le 19 octobre 2012, les six Académies scientifiques françaises (d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire) prirent l'initiative, à notre connaissance inédite, de publier un avis [5] et un communiqué [6] communs pour : « attirer l’attention sur plusieurs graves lacunes de l’article de G.E. Séralini et al. » ; dénoncer « [l]’orchestration de la notoriété d’un scientifique ou d’une équipe [qui] constitue une faute grave lorsqu’elle concourt à répandre auprès du grand public des peurs ne reposant sur aucune conclusion établie » ; dénoncer également « [l]a mobilisation médiatique savamment orchestrée autour de travaux sans conclusion solide [qui] pose un problème éthique majeur » ; et s'interroger sur les conditions de la publication de l'article en cause dans Food & Chem. Toxicol.

M. Deheuvels « répliqua » dans le Nobs [7], dans un article qu'un journaliste de la même revue a résumé comme suit : « un académicien dénonce une "imposture" » [8].  On remarquera que celui-ci a été « [c]réé le 19-10-2012 à 17h10 - Mis à jour à 18h10 » et celui-là, « [m]odifié le 19-10-2012 à 17h10 » (le premier commentaire est de 14h07).  Tout ceci a donc été produit le jour même de la mise en ligne des documents des six académies, voire avant...

L'article de M. Deheuvels a été démonté par M. Marc Lavielle sur son blog [9].  Un autre statisticien de grand renom, M. Emmanuel Grenier, s'était exprimé auparavant en termes plutôt désobligeants sur le Monde, dans un commentaire sur un « manifeste » initié par M. Pierre-Henri Gouyon et publié le 14 novembre 2012 [10] :

« Chers collègues [signataires du « manifeste »], Je ne vous reproche pas d’avoir séché les cours de statistique quand vous étiez étudiants. Mais on ne se permet pas de calomnier les collègues du HCB et de l’Anses quand on n’est pas capable de comprendre leurs rapports. Je vous suggère de vous faire expliquer les annexes statistiques par M. Deheuvels : depuis le temps, il aura bien fini par lire l’article de Séralini ! »

M. Grenier avait aussi posté un commentaire sur le Nobs qui mérite de passer à la postérité le 7 novembre 2012 :

« M. Deheuvels est-il souffrant ? On n'entend plus parler de lui depuis que les statisticiens de nos agences nationales (Anses et HCB) ont démontré que l'étude de Séralini et al. ne met en évidence aucun effet du régime qui soit significatif, au sens de la statistique comme au sens biologique. Qu'en dit M. Deheuvels, lui qui affirmait sur cette tribune : « la partie toxicologique aboutit, quant à elle, à la mise en évidence de différences significatives sur le plan statistique » ? De même qu'il n'y a pas, n'en déplaise aux mânes du sinistre Lyssenko, de science « bourgeoise » et de science « prolétarienne », il n'y a pas la statistique des valets de Monsanto et celle des honnêtes gens. Il n'y a qu'une statistique et cette statistique a démontré que les allégations de M. Deheuvels ne sont pas étayées. Je pense que M. Deheuvels, si prompt à décerner le prix Lyssenko aux scientifiques qui prédisaient le réchauffement climatique, a abandonné l'espoir de se voir attribuer, conjointement avec M. Séralini, un prix Galilée dans cette pitoyable affaire. »

Difficile d'exprimer son exaspération avec plus de force...

Rebelle-Santé, une référence pour un académicien... militant

Que faut-il retenir de cet avis des six Académies ? D'une part, la question des statistiques n'y prend que deux paragraphes de considérations très générales qui peuvent se résumer à une leçon à l'expérimentateur débutant : « L’utilisation de 10 groupes de 10 animaux, dont un seul groupe témoin est un mauvais choix expérimental. »  D'autre part, cet avis aurait été rédigé selon M. Deheuvels par un groupe composé de deux personnes par Académie (donc douze au total).

M. Deheuvels revient sur cette affaire dans le numéro de mars 2013 de Rebelle-Santé.  À nouveau, c'est le sophisme suivant qui est déployé et amplifié : les statistiques de M. Séralini sont bonnes, donc son étude est bonne. Selon l'éditorial de Mme Sophie Lacoste /

« Pour ce numéro, Christophe Guyon a interviewé Paul Deheuvels, un académicien qui réhabilite l'étude du Pr Séralini, alors que tout a été entrepris pour la saboter afin que Monsanto continue à commercialiser allègrement ses OGM partout » (c'est nous qui graissons).

R.-S. devient ainsi une référence pour une « réhabilitation » et pour un académicien...  En acceptant de donner une interview à ce magazine promoteur des altermédecines et autres charlataneries, il signe – ou plutôt confirme – son appartenance à la mouvance militante, et étale à la vue de tous le biais qui affecte son jugement.

C'était quand déjà ?

Ce biais est confirmé – s'il en était encore besoin – par ses propos.

Sur le Nobs, M. Deheuvels avait affirmé avoir appris l'initiative des six Académies le jour même de la publication de l'avis (« Je viens d'apprendre... »).

Sur R.-S., cela devient : « En novembre 2012 à l'occasion d'une séance solennelle de remises de prix de l'Académie, j'ai échangé quelques propos avec l'un de mes confrères de l'Institut, le professeur Alain-Jacques Valleron, spécialiste de biostatistiques [...].  Il m'a alors alors signalé que l'Académie préparait un communiqué [...]. »

Rectifions d'emblée : c'était en octobre...  Et la séance en question a eu lieu le 16 octobre 2012... soit trois jours avant la publication de l'avis.

D'où la question : le « Je viens d'apprendre... » du Nobs était-il honnête ?  Oui, si on admet que cela a été écrit le 16 octobre et que M. Deheuvels ne se soit pas relu les jours suivants ; à la rigueur toutefois, car le spécialiste de l'écriture qu'est (en principe) tout scientifique de haut niveau sait tenir compte des délais de publication.

Mais quid alors de la suite sur le Nobs :

« Sans même avoir lu leur déclaration, je me dois d'attirer l'attention du public sur le fait que le dit communiqué ne peut engager l'une ou l'autre de ces académies dans leur ensemble. En effet, un groupe d'experts a été convoqué en urgence, on ne sait par qui, on ne sait comment, dans une absence totale de transparence concernant le choix de ses membres, et sur la base de 2 représentants par académie. Ces personnes ont cru bon de rédiger dans un espace de temps très bref un avis très critique sur cette étude. Elles ne peuvent prétendre à elles seules incarner l'avis de l'ensemble du monde scientifique français, et ce serait une forfaiture que de le laisser croire. » ?

Difficile, à la lumière de la version de R.-S., de croire à l'ingénuité de « convoqué en urgence »...  M. Deheuvels se trahit du reste sur le Nobs en révélant que c'était « sur la base de 2 représentants par académie » ; il en savait manifestement bien plus que ce qu'il a laissé croire sur le Nobs.

Sur R.-S., M. Deheuvels nous révèle aussi qu'il a eu une conversation téléphonique le lendemain de la séance de l'Académie (donc le 17 octobre 2013) avec M. Jean-François Bach, président de l'Académie des Sciences...  Et qu'il lui a « bien entendu, exposé [ses] arguments concluant à une position inverse de la sienne ».

M. Deheuvels avait même suggéré, selon la version R.-S., que « si nos avis convergeaient bien, la moindre des choses serait que mes réserves soient annexées à tout communiqué que l'Académie voudrait bien faire sur cette question, de façon que le débat demeure équilibré.  Il [M. Bach] m'a répondu : "Trop tard le coup est parti". »

Le coup est parti le 19 octobre 2012, soit deux jours après la conversation dont M. Deheuvels nous a fourni sa version...

En résumé, il y a deux versions de la même histoire.  Dans la première, le valeureux académicien et seul statisticien a été tenu à l'écart (enfin...) d'une horrible félonie.  Mais cela n'a pas fait pleurer dans les chaumières ; il fallait donc une réécriture plus chevaleresque, d'autant plus que le lectorat de R.-S. est abreuvé de théories du complot d'une science et d'une médecine « officielles » honnies.  Va donc, pour la deuxième version, pour le preux chevalier alerté en dernière minute ayant tenté en vain de chevaucher au secours de son ami Séralini et en faveur d'un « débat [...] équilibré ».

La relativité du temps

Par deux fois, M. Deheuvels a laissé entendre dans le Nobs qu'il a écrit sans avoir lu le communiqué de l'Académie.  Ainsi déclare-t-il que « [s]ans même avoir lu leur déclaration », c'est « un avis [de l'Académie] très critique sur cette étude [de M. Séralini] ».  Puis : « Il ressort des conversations que j'ai eues à postériori sur ce communiqué [...] ».

Nous voulons bien le croire, encore que ce soit indigne d'un scientifique, et encore plus d'un académicien, de s'exprimer ainsi sur un texte qu'on a ou aurait, en fait, refusé de lire.  Mais la priorité est allée aux convictions personnelles, voire au militantisme : la confrontation avec la réalité du texte de l'avis l'aurait en effet privé d'une partie de ses récriminations.

La deuxième phrase citée ci-dessus constitue un arrangement avec la chronologie : l'article a été mis en ligne par le Nobs le jour même de la mise en ligne de l'avis de l'Académie (en fait, peu après) de sorte qu'il est difficile de concevoir des «  conversations [...] à postériori » avec des gens qui, eux, auraient pris le temps de lire l'avis.

Pénurie de statisticiens dans les Académies

Tant dans le Nobs que dans R.-S., M. Deheuvels fait valoir l'argument d'autorité.  Ainsi, dans le premier :

Étant le seul membre de l'Académie des sciences représentant la discipline des statistiques en tant que telle, il aurait été normal que je sois consulté, et tel n'a pas été véritablement le cas.

On remarquera cet étonnant « véritablement » : cela vient d'une personne qui « vien[t] d'apprendre qu'un tout petit nombre de représentants des six Académies (Sciences, Médecine, Technologies,...) se sont réunis pour publier un communiqué commun »...

M. Deheuvels fait bien de préciser : « discipline des statistiques en tant que telle ».  Dans R.-S., il nous révèle que M. Alain-Jacques Valleron, avec qui il a eu une conversation sur le projet d'avis alors en chantier le 16 octobre 2012, est « spécialiste de biostatistiques » ; et plus loin que, sauf erreur de sa part, M. Valleron avait fait partie du groupe de rédaction de l'avis.  Enfonçons le clou : ça s'appelle un mauvais procès.

La version historique du Nobs, qui laisse entendre que l'avis a été rédigé sans le concours du seul statisticien de l'Académie, constitue donc une tromperie du lectorat.  Dans celle de R.-S., M. Deheuvels prétend s'être étonné auprès de M. Valleron « du fait que je n'avais pas été consulté pour juger cette recherche, alors que celle-ci avait un important contenu statistique ».  Petit rappel : M. Valleron est biostatisticien.  Quant au « sauf erreur », difficile de croire que M. Deheuvelsn'a pas demandé au président Bach qui étaient les membres du groupe de rédaction.  C'est peut-être plus trivial, mais cela reste une tromperie.

Tromperie un jour, tromperie toujours...

M. Deheuvels a aussi été interrogé par R.-S. sur les reproches faits à l'« étude » de M. Séralini.  Les lecteurs y trouveront donc des arguments qui ont été utilisés à maintes reprises par la mouvance anti-OGM et qui ont été démontés par la communauté scientifique dans leurs critiques de ladite « étude ».  Une des marques du militantisme n'est-elle pas d'être sourd aux critiques et aux objections, et de répéter inlassablement sa thèse ?

Mais il en est un, d'arguments, qui vaut le détour.

Manifestement, les fins de non-recevoir que le président Bach lui a opposées ont créé un lourd contentieux.  Sur la procédure de rédaction de l'avis des six Académies, M. Deheuvels n'a pas hésité, en représailles, à évoquer « le fait du prince », et le fait qu'il « est facile de manipuler une élection en choisissant les votants ».

Et donc, pour les reproches, il fait dire à M. Bach : « Ce n'est pas normal que Gilles-Éric Séralini ait utilisé des rats jeunes.  Il aurait dû démarrer son étude avec des rats adultes. » Ce strawman, cet homme de paille, est grotesque et indécent.  Mais il permet à M. Deheuvels, d'une part, de se venger et, d'autre part, de conclure à l'intention de lecteurs de toute manière acquis à sa cause : « Voilà un exemple de critique à l'emporte-pièce destiné à démolir ce travail, et ne reposant sur aucun motif sérieux ».

Suit une « explication » sur les statistiques qui ravira les statisticiens – avec des sophismes et des lapalissades tels que : « Très souvent on ne dispose pas de méthode universelle permettant de construire des tests sur des grands tableaux de données complexes [...] ».  Tout ça pour aboutir à une déclaration grandiloquente sur, en fait, l'absence d'analyse statistique : « Le fait de critiquer Gilles-Éric Séralini parce qu'il dit parfois "Je vois que", est quelque chose qui relève d'un procès de chasse aux sorcières. »

Visiblement, M. Deheuvels n'a toujours pas lu l'article de M. Séralini, ou peut-être pas compris que celui-ci avait prétendu avoir démontré, et pas seulement vu, des effets.

Hourra ! Les statistiques...

M. Deheuvels a un fusil à deux coups.

« J'ai reçu, en premier lieu, des comptages d'animaux atteints ou non de tumeurs. »  Admettons.  C'est peut-être, tout simplement, les figures 1 et 2 et le tableau 2 de l'article.  Mais cela mène à cette conclusion époustouflante :

« La simple analyse de ces tableaux montre des différences statistiquement significatives entre les différents groupes. »

Une « simple analyse »... « statistiquement significatives »...  Fortiche !

Mais M. Deheuvels – exception dans la communauté scientifique et celle des autorités d'évaluation – a aussi reçu les données brutes de M. Séralini .  Une marque de confiance qui reflète le compagnonnage de route (même s'il y a eu engagement de confidentialité)...  Et donc :

« [J]e puis confirmer l'existence de différences statistiquement significatives pour d'autres données de comptage. »

Le raisonnement n'est pas poursuivi, mais il est bien sûr sous-entendu que les différences statistiquement significatives – statistiquement attendues quand on examine un grand nombre de paramètres sur des cohortes de 10 individus, ce que M. Deheuvels omet de signaler – impliquent des différences biologiquement pertinentes (et inquiétantes) et donc un danger.

En fait, M. Deheuvels s'en prend plutôt aux agences d'évaluation :

« Il me semble que si celles-ci n'ont pas été décelées par les agences qui ont pu traiter ces mêmes données, c'est dû vraisemblablement à l'usage de méthodes insuffisamment sensibles. »

Le lecteur naïf gobera – surtout celui de R.-S. – ce qui est un mauvais procès sous la forme d'une imputation gratuite et malveillante (d'autant plus malveillante que M. Séralini a refusé à ces agences l'accès aux données).  Quant à ceux qui ont un minimum de vernis mathématique, biologique et expérimental, ils ne peuvent que tomber sur leur fondement.

Militantisme et dénigrement

Quel regard, M. Deheuvels porte-t-il sur « la probité de l'Académie ».  Telle était la question posée par R.-S.

Réponse :

« Cette affaire nous montre les pressions qui sont faites pour instrumentaliser l'Académie, et la transformer en outil de lobby. »

Et une conclusion à laquelle nous pouvons totalement adhérer :

« Dans certains cas, les conflits d'intérêts sont tellement évidents qu'on en reste bouche bée ! »

Il faut juste comprendre que les intérêts en question ne sont pas seulement financiers, mais aussi de nature intellectuelle et philosophique, n'est-ce pas M. Deheuvels ?

Wackes Seppi

Notes :

[1]  http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512005637

[2]  http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/

[3]  Pour un résumé, arrêté à la mi-novembre 2012 :

http://www.imposteurs.org/article-gilles-eric-seralini-un-manifeste-de-soutien-assassin-par-wackes-seppi-112720115.html

[4]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/646458-etude-sur-les-ogm-une-methodologie-statistiquement-bonne.html

[5]    http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/avis1012.pdf

[6]  http://www.academie-sciences.fr/presse/communique/avis_1012.pdf

[7]http://leplus.nouvelobs.com/contribution/661194-l-etude-de-seralini-sur-les-ogm-pomme-de-discorde-a-l-academie-des-sciences.html

[8]  http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121019.FAP1165/avis-des-academies-sur-l-etude-les-ogm-un-academicien-denonce-une-imposture.html

[9]  http://www.math.u-psud.fr/~lavielle/NK603F_lavielle.html

[10]  http://www.lemonde.fr/idees/reactions/2012/11/14/science-et-conscience_1790174_3232.html

Repost 0
10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 16:39

Résumons les épisodes précédents.

 

1.  M. Gil Rivière-Wekstein produit le 7 janvier 2013 une enquête sur la galaxie – ou plutôt la nébuleuse – dans laquelle se meut M. Gilles-Éric Séralini, chercheur-militant anti-pesticides, anti-OGM et pro- « médecines douces » [1].

 

2.  L'attention se porte rapidement sur Invitation à la Vie (IVI) (anciennement Invitation à la Vie Intense) dont l'actuel dirigeant principal est aussi le dirigeant principal de Sevene Pharma et dont des membres ou sympathisants sont aussi engagés à un titre ou un autre dans la seconde.  M. Séralini non seulement a travaillé pour celle-ci mais s'est aussi engagé activement en faveur de ses « amis de la Compagnie Sevene Pharma » [2].

 

3.  IVI a un passé sulfureux et a été considérée comme une secte guérisseuse.  Pour le présent, les choses ne sont pas sûres.  Mais l'enseigne, ainsi que l'« enseignement », de la fondatrice est maintenue.

 

4.  M. Daniel Chauvin a écrit des droits de réponse – en sa qualité de président d'IVI et, séparément, de président de Sevene Pharma – à M. GRW [3], au Figaro [4] et à MM. Kindo et Suwalki [5].

 

5.  M. Chauvin :

 

a.  nie la qualification de secte (avec du reste un argument sidérant : « la Miviludes a admis que le terme est impropre, et même inexistant en droit français, comme la jurisprudence le confirme régulièrement »).  Mais, « il n’y a rien à signaler à notre sujet » ;

 

b.  affirme qu'il y a un cloisonnement étanche entre IVI et Sevene Pharma ;

 

c.  affirme qu'il y a une absence de liens entre M. Séralini et IVI (« Nous n’avons par ailleurs  aucun lien avec le professeur Séralini qui n’est ni adhérent, ni sympathisant, ni donateur de notre association. Il a déclaré ne pas nous connaître et nous n’avons aucune raison d’en douter »)...

 

d.  ...mais, petit problème : ce n'est pas tout à fait ce qu'a dit M. Séralini... 

 

e.  ...ce qui ne l'empêche pas (M. Chauvin) de mettre en lien, sur le site d'IVI [4], un article sur « Le Pr Gilles-Eric Séralini confronté à d’infâmes ragots » publié sur le site Notre santé, prétendument consacré à « L'actualité de la médecine officielle et médecine naturelle depuis 1962 » [6] (c'est nous qui grasseyons).  Un article signé par un autre personnage de la face obscure, Mme Sylvie Simon [7].

 

4.  M. Séralini ne répond pas directement, mais sur le site du CRIIGEN [8].  Il :

 

a.  crie à la manipulation et au dénigrement ;

 

b.  annonce une plainte en diffamation ;

 

c.  affirme être étranger à IVI (« outre que je ne connaissais pas les activités d’IVI, la fameuse organisation incriminée (et que je n’avais pas même entendu parler d’Yvonne Trubert, citée, ni de son histoire), le personnel de Sevene Pharma, à commencer par son P.-D.G., qui disent ne pas faire partie d’IVI, n’ont jamais fait aucun prosélytisme envers moi ou mon équipe. »).  Notez bien qu'il ne connaissait pas « les activités », ni Mme Trubert, et que le prosélytisme est nié en relation avec, non pas IVI, mais Sevene Pharma...

 

d.  ...cite néanmoins un jugement de 1987, apparemment introuvable sur la toile (« IVI affirme avoir gagné en justice contre ce qu’on leur reproche, et l’affaire en question remonte à… 25 ans (1987) ») ;

 

e.  dément également « toute relation avec IVI » sur le Monde [9]... de Stéphane Foucart ;

 

f.  et le fait de curieuse manière, puisqu'il (ou M. Foucart) ajoute immédiatement après : « J'ai en effet dirigé une thèse portant sur les effets de médicaments de détoxification commercialisés par Sevene Pharma et ces travaux ont fait l'objet de deux publications scientifiques » ; ce qui suggère qu'il fait bien la relation, voire l'amalgame, entre IVI et Sevene Pharma ;

 

g.  mais, notez bien, sur le site du CRIIGEN, il affirme que « nos expériences n’ont pas porté sur ceux-ci [les produits homéopathiques, donc les médicaments], mais sur des produits liquides de phytothérapie » ; on retrouve là un schéma récurrent : les petits arrangements avec la vérité.

 

5.  Des liens ont aussi été établis entre IVI et la Fondation Denis Guichard.  Mais est-ce bien une fondation ? Quand on la cherche sur la toile, on peut tomber sur un URL qui comporte le mot « fondation », mais d'entrée de jeu on parle de L’association Denis Guichard – Un nouveau regard sur le Vivant¨[10] ; et certains ouvrages peuvent être commandés en libellant le chèque au nom de l'Association un nouveau regard sur le Vivant [11].  On contacte toutefois la Fondation, et non l'association...  On ne déroge visiblement pas à l'opacité qui est de règle dans ce milieu.

 

6.  Et des liens ont été noués, par l'intermédiaire de M. Jean-Marie Pelt [12], entre la FDG et le CRIIGEN, sauf à considérer que, là aussi, un cloisonnement étanche ait été maintenu.  Hypothèse à rejeter car la FDG finance régulièrement les « travaux » de M. Séralini et de son équipe, donc du CRIIGEN (pour autant que celui-ci ait une existence autre que la plaque de bronze apposée à l'immeuble où Mme Corinne Lepage a son cabinet d'avocats).  Et, curieusement, la FDG recommande [13] à ses visiteurs de lire l'article consacré au martyr Séralini dans Paris Match [14].  La FDG a aussi des liens avec le Domaine de Mazet et Sevene Pharma (le premier produisant les plantes pour le second) [15].

 

7.  À ce stade, il convient de prendre acte des démentis des uns et des autres.  M. Séralini ne connaissait donc pas les activités d'IVI jusqu'à ce qu'un certain Gil Rivière-Wekstein lui ouvre les yeux ; un GRW présenté comme un sous-marin de la méchante industrie agrochimique [par exemple 9], laquelle compte dans ses rangs des entreprises qui doivent assumer l'ignoble héritage de l'IG Farben [6].

 

8.  L'article du Monde n'est certes pas de M. Séralini, mais de M. Foucart, mais il est « amusant » de noter que les procédés que l'on reproche à M. Rivière-Wekstein sont précisément appliqués à son détriment.

 

9.  Chacun se fera donc son opinion.

 

10.  On ne peut que constater que l'écheveau des relations est dense.  M. Séralini – le point de départ de l'enquête de GRW – affirme qu'il « ne connaissai[t] pas les activités d’IVI » [8].  Il connaissait donc l'existence de l'entité, et il faut croire qu'il ne s'est jamais intéressé aux « autres » activités de plusieurs de ses relations et amis.  Dont acte.

 

11.  Ce site n'a pas vocation à débusquer les entités – souvent constituées en associations – qui reçoivent la qualification de secte dans le langage courant, non juridique (étant entendu que, malheureusement, la Cour européenne des Droits de l'Homme donne priorité à la liberté d'association sur la protection contre les abus de faiblesse).  Toutefois, qu'IVI se prétende une « bête association », alors que le discours est plus inquiétant, est une imposture.

 

12.  La lecture du site de l'IVI est plutôt édifiante.  « Fondée en 1983, l’association Invitation à la Vie (IVI) a pour mission – mission ! Rien que ça – d’accueillir, d’écouter et d’harmoniser les personnes qui le souhaitent dans ses centres, en France et à travers le monde » peut-on lire sur la page d'accueil [16].  Harmoniser les personnes ? Cela ressemble furieusement, en moins violent, le vol yogique et la méditation transcendantale [17].

 

13.  Et rendons à Foucart [9]...  À côté de tout le GRW-bashing, il a eu l'honnêteté de citer un morceau de bravoure de ce site [18] : « Un membre s'y félicite notamment que des adeptes d'IVI soient parvenus à bloquer un incendie en 2012 près de Marbella (Espagne), grâce à leurs prières et à ces "vibrations"... »

 

14.  Si l'on admet que M. Séralini ne se soit jamais intéressé aux activités d'IVI, on peut difficilement croire qu'il ne connaît pas celles de la FDG.  Il a été orateur à plusieurs « colloques » de la FDG [19].  Lui et d'autres du CRIIGEN, notamment MM. Pelt et Spiroux, ont donc pu s'imprégner de la philosophie qui sous-tend l'action de la FDG.  L'ouvrage issu du deuxième colloque (2008) est à cet égard éloquent [20].

 

15.  Mais peut-être faut-il croire M. Pelt sur parole : « Jean-Marie Pelt nous donne sa vision des colloques Denis Guichard : "C’est le seul colloque où j’ai toujours le sentiment qu’il n’y a aucune « langue de bois » nulle part, qu’il y a de l’authenticité partout et que nous vivons une profonde communauté de pensée, d’esprit et de cœur." » [21].

 

16.  Que faut-il penser, dès lors, face à cette description du troisième colloque, sur « la Plénitude du Vivant » (2010) :

 

« Aujourd’hui, plus personne, ou presque, n’ose parler de l’âme. C’est le nom que l’on donne à cette impulsion venue d’ailleurs qui se manifeste à l’ensemble du corps par l’intermédiaire de l’ADN...

 

« L’âme ordonne le corps dans ses plus infimes détails, créant ainsi une bio-cohérence quantique dont la cellule ne peut se séparer sans commencer à créer une maladie. Toutes ces découvertes récentes nous offrent un nouveau regard sur le Vivant et, bien sûr, sa santé. »

 

17.  M. Séralini vit-il, à ce sujet « une profonde communauté de pensée, d’esprit et de cœur » ?

 

18.  Et que pense-t-il du programme de ce colloque avec, par exemple :

 

L’homéopathie, une médecine quantique ? par le Dr Martine Gardénal

Un exemple d’utilisation en homéopathie des qualités vibratoires de la plante par le Dr Milbert

Avec les plantes : Une aromathérapie quantiquepar le Dr Daniel Penoël

Avec les sons : Une prière communautaire thérapeutique par le Dr Lewis Mehl Madrona

Un exemple de thérapie avec la voix par Ghislaine Palermo, thérapeute

Avec les mains : Un équilibrage énergétique par le Dr Georges Dulaurans

L’écoute de l’âme par le Dr Maria-Isabel Achatz.

 

Le Dr Martine Gardénal ?  Définitivement rayée de l'Ordre, ayant épuisé tous les recours, y compris celui devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, rejeté le 9 décembre 2010 pour absence de cause [22].

 

Le Dr Béatrice Milbert ?  Docteur en médecine, orientation homéopathie et acupuncture. Recherches en énergétique. Un des gourous de l'électrosensibilité.  Et étroitement liée à IVI [23].

 

Le Dr Georges Dulaurans ? Il fut président d'IVI de 1995 à 2000 [1] et, semble-t-il, porte-parole d'IVI [24].

 

Le Maria-Isabel Achatz ? Préfacière de Disciples du Vivant. Chroniques d'une Invitation à la Vie, Tome 8, d'Yvonne Trubert, donc d'IVI [25].

 

19.   Ça fait tout de même beaucoup ! Encore une fois : on veut bien croire que M. Séralini ne connaissait pas les activités d'IVI.  Mais toute de même, il n'y a pas loin entre IVI et cette débauche de charlatanerie de la FDG, à laquelle il a sans doute assisté (quand on reçoit des fonds ou tout autre appui de la FDG, on ne snobe pas ses colloques...) et dont il a certainement pu prendre connaissance dans les actes (publications)... 

 

20.  Contrairement à ce qu'a écrit M. Gil Rivière-Wekstein, il n'y a pas de « part d'ombre ».  Il y a le côté rue, constamment mis en avant, et le côté cour, assumé mais non ébruité ; le pseudo-Robin des labos omniprésent et l'ami des charlatans un peu plus discret ; le bateleur de médias pour grand public et le bateleur d'estrades pour publics plus restreints ; le martyr autoproclamé de la santé publique et le promoteur des thérapies par la pensée magique.  N'est-il pas un des éminents signataires et sponsors du Manifeste pour une médecine écologique d'ACECOMED [26] ?

 

21.  Dans sa « réponse » sur le site du CRIIGEN [8], M. Séralini déploie l'argument de la victimisation et du dénigrement de sa vie et de son oeuvre : « En essayant de salir ma réputation, on tente de décrédibiliser mes travaux et l’on met peut-être ainsi indirectement en danger la santé de millions de gens. »  Il y a certes un moment où les fréquentations douteuses d'une personne rejaillissent négativement sur la considération dont jouit son oeuvre ; l'argument n'est donc pas sans valeur, en théorie.  Mais il faut considérer les faits au-delà d'une intention malveillante alléguée.  L'oeuvre scientifique – dans un domaine qui touche à la génétique (les organismes génétiquement modifiés)– est-elle crédible lorsque son auteur signe un manifeste qui déclare :

 

« Article 1 : Le développement de nombreuses maladies est consécutif à la dégradation de l'environnement et à l'affaiblissement des organismes fragilisés par des modes de vie antinaturels, y compris sur le plan médical.

 

« Article 2 : Ces graves atteintes font peser une lourde hypothèque sur la qualité du patrimoine génétique de l'humanité. »

 

En résumé : du lyssenkisme, mais sur le mode négatif !

 

22.  Mais, bien sûr, tout ceci ne doit pas occulter le principe de base qui est que la crédibilité de l'oeuvre en question doit être évaluée sur la base de ses mérites propres.  Et, là, le doute n'est plus permis.

 

Wackes Seppi


 

[1]  http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/la-part-d-ombre-du-professeur-seralini,849.html

 

[2]  Voir :

http://imposteurs.over-blog.com/article-la-probite-scientifique-a-dose-homeopathique-par-wackes-seppi-77922370.html

 

[3]  http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/droit-de-reponse-a-daniel-chauvin,852.html

 

[4]  http://www.invitation-a-la-vie.org/droit-de-reponse/droit-de-reponse-au-figaro-le-18-janvier-2013.html

 

[5]  http://imposteurs.over-blog.com/article-doit-de-reponse-d-invitation-a-la-vie-et-de-sevene-pharma-115159907.html

 

[6]  http://www.votre-sante.com/suite.php?dateedit=1359224223

Il faut le lire !

 

[7]  Pour une défense des dérives sectaires et de la patamédecine :

http://www.sylviesimonrevelations.com/article-nouvelles-spiritualites-interview-114726318.html

 

[8]  http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=464&Itemid=1

 

[9]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/17/accusations-de-liens-entre-m-seralini-et-une-secte-guerisseuse_1818564_3244.html

 

[10]  http://www.fondationdenisguichard.com/

 

[11]  http://www.fondationdenisguichard.com/IMG/pdf/Bondecommande.pdf

 

[12]  M. Pelt est un membre fondateur du CRIIGEN ; il a été président de la Fondation Denis Guichard pendant 20 ans.

 

[13]  http://fondatiolv.cluster010.ovh.net/spip.php?article84

 

[14]  http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Le-prix-de-la-verite.-Gilles-Eric-Seralini-denonciateur-des-OGM-1-5-459115/

 

[15]  Voir notamment :

http://fondationdenisguichard.com/spip.php?article68

http://fondationdenisguichard.com/spip.php?article7

 

[16]  http://www.invitation-a-la-vie.org/

 

[17]  Ce n'est sûrement qu'une coïncidence, mais un des anti-OGM états-uniens les plus virulents est Jeffrey M. Smith, un ancien adepte du Maharishi Mahesh Yogi et du Mouvement de la méditation transcendantale, et ancien candidat au Congrès pour le Parti de la Loi naturelle.

 

[18]  http://www.invitation-a-la-vie.org/actualites/agir-par-la-priere-incendies-marbella.html

 

[19]  http://fondationdenisguichard.com/spip.php?article7

Rencontres de 2004, sur le thème Sciences et traditions.

http://fondationdenisguichard.com/spip.php?article9

Deuxième colloque, sur le thème La chair du Vivant, 2008.  M. Séralini a parlé de La nécessité d’une prise de conscience dans le cadre de la partie Vivre aujourd’hui la chair du vivant.

http://fondationdenisguichard.com/IMG/pdf/Programme_colloque_Denis_Guichard_111022p_1.pdf

Quatrième colloque, sur le thème La  sauvegarde  du  vivant  est-ce possible ? Comment ?, 2011.  M. Séralini y a parlé sur Les manipulations du Vivant, les OGM.

 

[20]  http://fondationdenisguichard.com/spip.php?article17

 

[21]  http://fondationdenisguichard.com/spip.php?rubrique3

 

[22]  http://fr.scribd.com/doc/57790444/ECHR-Decision-Gardenal-v-France

 

[23]  http://alerte-environnement.fr/2013/01/17/invitation-a-la-vie-proche-egalement-de-dominique-belpomme/

 

[24]  http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2007-01-26/les-medecins-charlatans/920/0/98436

Voir aussi :

http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1175_19870515/OBS1175_19870515_109.pdf

 

[25]  http://www.rueducommerce.fr/m/ps/mpid:MP-A6CCDM2949402#moid:MO-48413M5499697

 

[26]  http://www.acecomed.org/manifeste/?petition=2

Il est du reste en bonne compagnie : par exemple Jean-Marie Pelt, Christian Velot, Claude Bourguignon, David Servan-Schreiber, Sylvie Simon, Guy Kastler...

 

 

Repost 0
8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 19:00

A relire :

 http://www.imposteurs.org/article-ogm-a-qui-profitent-les-mensonges-de-jacques-testart-115733820.html

http://www.imposteurs.org/article-ogm-a-qui-profitent-les-mensonges-de-jacques-testart-2-115943508.html


Allégation n°3 : aspects économiques

Jacques Testart revendique une formation d’agronome. Soit. On se demande s’il n’a pas exercé ce métier dans les années 1930-1940,  à en juger par sa description très nostalgique d’un monde paysan auquel les OGM  porteraient « une atteinte culturelle ». Agronome douteux, Testart est par contre brillantissime en tant qu’économiste de comptoir au Bistrot du Commerce. Généralement avare quand il s’agit de citer ses sources, il les cite sur ces questions : Greenpeace, Infogm, et Charles Benbrook, consultant pour l’Organic Center, et Friends of earth. Des sources bien entendu d’une objectivité parfaite, que seuls des esprits mal tournés peuvent soupçonner d’altérer la vérité pour la bonne cause. 


1. Testart : « le prix des semences de soja GM ( ) augmentait de plus de 230% entre 2000 et 2010, gonflé par les cultures massives au Brésil et en Argentine, si bien que  (souligné par nous) le prix des semences de coton conventionnelles sont actuellement 6 fois moins chères que celles du coton GM ». « Si bien que »… Voilà une relation de cause à effet qui éblouira pas mal d’analystes des marché. Testart peut sans complexe candidater au prix Ignobel d’économie. D’autre part, à défaut de temps pour vérifier  les chiffres, soulignons que selon les mêmes sources (1), Monsanto n’arrive toujours pas à obtenir que les agriculteurs argentins lui versent des royalties pour ses semences. Reconnaissons que pour une entreprise qui  incarne pour Testart et les anti-OGM le diable et le génie du mal, elle se débrouille bien mal. 

2. « Les ventes de RoundUp, l’herbicide de Monsanto dont le brevet est tombé dans le domaine public en 2000 ont été multipliées par 15 entre 1994 et 2005 et représentaient 48% du chiffres d’affaires en 2008, selon l’ONG Friends of the earth ». Ce que vise à démontrer Testart, c’est que les OGM ne sont conçus que pour pallier à la fin du brevet sur le RoundUp. « [Ils] sont conçus pour vendre le RoundUp de Monsanto », affirme un certain Ronnie Cumins, de l’association des consommateurs de bio (2) . Voilà qui est de la part de gens voulant dénoncer la stratégie diabolique d’une multinationale, d’une naïveté presque touchante. Quel serait l’intérêt , par exemple , des entreprises concurrentes de Monsanto, de fabriquer des PGM pour faire exploser les ventes du RoundUp de Monsanto ? Concernant Monsanto, à quelle rationalité économique correspondrait un budget de recherche exceptionnellement d’un milliard d’euros ( environ 8,5% du chiffres d’affaires) dans la recherche pour seulement pérenniser les ventes d’un herbicide dont le générique est actuellement produit par une trentaine d’entreprises ? Ou alors, pour le simple objectif d’introduire un leurre totalement inutile pour l’agriculture et servant simplement au « brevetage du vivant » (3) ?  


Ces remarques faites, revenons sur les mirobolants 48% du chiffres d’affaires qu’auraient représenté les ventes de RoundUp  en 2008. Selon The Economist (4) tirant ses chiffres des rapports annuels de la compagnie, c’est seulement 10% en 2009. Il arrive certes que des entreprises bidonnent leurs chiffres, et trompent leurs propres actionnaires. Mais comme on voit mal les raisons qu’il y aurait à cacher les causes d’une santé que tout le monde s’accorde à reconnaître comme florissante, il n’est pas déraisonnable de penser que le mensonge se situe du côté de Friends of the earth.


3. Au final : « Les PGM profitent un peu à des gros agriculteurs (surtout par économie de main d’œuvre) et beaucoup aux firmes qui les fabriquent et les vendent.» . Testart veut donc bien admettre que des agriculteurs puissent en profiter, mais seulement des « gros ». Et forcément, l’adjectif «gros » a l’immense avantage de placer ceux-ci dans le camp du mal. Nous ne reviendrons pas en détail sur l’allégation  que le seul avantage ou presque des gros agriculteurs serait dans une économie de main-d’œuvre. Le brillant économiste Testart serait bien en peine de nous expliquer en quoi la rentabilité économique des OGM obéirait à un effet de seuil ou de taille de l’exploitation. Les coûts des semences étant proportionnels à la surface cultivées, les bénéfices attendus aussi ( moindres traitements phytosanitaires , réduction du nombre de traitements herbicides, moindre pertes de récolte en cas d’attaques de ravageurs pour les plantes résistantes aux insectes, etc) … Il faut croire que les 17 millions d’agriculteurs (5) , dont une grande majorité de pauvres, qui cultivent des PGM dans le Monde, l’ont compris :  ce sont sans doute de bien meilleurs économistes que Jacques Testart.   


Anton Suwalki

(1) http://www.infogm.org/spip.php?article4432

une ineptie découverte grâce au commentaire d’un anti-OGM sur le blog de Yann Kindo

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/030213/seralini-entre-detox-et-intox

(3) Le leitmotiv de l’agronome Testart, c’est que quel que soit la nature du gène introduit, ça ne sert à rien, puisqu’on pourrait aboutir au même résultat avec d’autres méthodes. Voir ses propos sur la papaye transgénique résistante à un virus dans l’émission de France Inter Service Public. Dommage que cet agronome si fortiche n’ait jamais songé à retrousser ses manches pour démontrer qu’on pouvait faire autrement. Cela le rendrait un tout petit peu plus crédible.

http://www.franceinter.fr/emission-service-public-d-einstein-a-frankenstein-faut-il-avoir-peur-de-la-science

(4)  http://www.economist.com/node/14904184?story_id=14904184

(5) http://www.isaaa.org/resources/publications/briefs/44/executivesummary/default.asp

Remarquons que l’iSAAA est une organisation qui fait ouvertement la promotion des biotechnologies, mais que longtemps décriés, les chiffres qu’elle donne sur les cultures de PGM sont le plus souvent recoupables avec des données nationales, et ne sont plus gère contestés. 

Repost 0
6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 14:28

À relire : http://www.imposteurs.org/article-ogm-a-qui-profitent-les-mensonges-de-jacques-testart-115733820.html


Allégation n°2 : coexistence impossible des OGM et des cultures non-OGM


« L’interrogation la plus audacieuse des autorités a porté sur la coexistence des PGM avec les autres plantes, même si cet arrangement est définitivement impossible sans préjudices irréversibles »

 

Cela fait quand même beaucoup de mensonges, d’approximations,  et de mauvaise foi en 2 lignes, Mr Testart.

1. D’abord, de quelles autorités parle-t-on ? On en oublierait presque qu’on habite en France, un pays qui a instauré sous la présidence de Sarkozy un moratoire sur la culture du maïs MON 810, seul plante GM alors autorisée à la culture dans l’Union européenne. Testart devrait manifester un peu plus de gratitude à un gouvernement qui a aussi bien servi sa cause anti-OGM !

 

2. Que signifie « la plus audacieuse » ? Depuis lors, 5 autres pays de l'Union européenne ont imité la France sur la base d’autres interrogations audacieuses, sous couvert d’autres alibis, dirions-nous plutôt : dans le cas de l’Allemagne, un impact supposé sur les coccinelles et sur les papillons monarques (1). Un prétexte scientifiquement non justifié , dénoncé par le propre Comité de biosécurité de l’Allemagne (2) et réfuté par Ricroch, Bergé & Kuntz dans un article de Transgenic Research (3). Est-ce moins « audacieux » que le thème de la coexistence ?

 

3 . Pourquoi la coexistence serait-elle impossible « sans préjudices irréversibles » ? D’une certaine façon, Testart a raison. La coexistence entre voisins étant toujours une affaire d’intelligence, de tolérance et de respect mutuel, lui et ses amis la rendent par définition impossible : les anti-OGM, en parfaits intégristes, n’admettent pas l’existence des OGM, alors la coexistence, vous imaginez…

 

De nombreuses expérimentations ont en réalité confirmé que des distances très faibles entre champs suffisaient à réduire les phénomènes de pollinisation croisée à des taux voisins de zéro (4). Ce que confirme ironiquement la dernière étude de Séralini (5) au secours duquel Testart s’est empressé de voler : « Ces deux types de maïs [NB : GM et non GM] ont été cultivés dans des conditions normales semblables, au même endroit, espacés à une distance suffisante pour éviter la contamination (sic) croisée. La nature génétique, aussi bien que la pureté des graines GM et de la matière récoltée, a été confirmée. »

 

Il reste donc à savoir à quels préjudices irréversibles on devrait  s’attendre en cas de pollinisation fortuite de quelques plants du champ conventionnel par du pollen de maïs GM. Rien d’irréversible bien sûr pour l’immense majorité des agriculteurs qui ne ressèment pas leurs propres graines. Mais objectivement, une infime pollinisation croisée ne représente en rien un préjudice, à moins de considérer aussi qu’un agriculteur « conventionnel » ou même bio, ne peut pas cultiver deux variétés d’une plante sur deux parcelles voisines sans se porter lui-même préjudice. Mais peut-être Testart est-il un adepte de la pureté génétique ?

Anton Suwalki  

 

 

(1) http://www.lefigaro.fr/vert/2009/04/16/01023-20090416ARTFIG00373-l-allemagne-interdit-le-mais-transgenique-mon810-.php

(2) htp://www.bvl.bund.de/EN/06_Genetic_Engineering/ZKBS/01_Allg_Stellungnahmen/05_plants/zkbs_plants_maize_MON810_2009.pdf?__blob=publicationFile&v=1

(3) http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs11248-009-9297-5

(4) http://www.smul.sachsen.de/de/wu/2566.htm
 http://www.landwirtschaft.sachsen.de/lfl/publikationen/download/3226_1.pdf

http://www.springerlink.com/content/w1627886480r1xr8/?p=c20289b2f78b46a1ac57e1d23e8cda25 

http://www.blackwell-synergy.com/doi/abs/10.1111/j.1467-7652.2006.00207.x

http://www.dgpc.min-agricultura.pt/upload/membro.id/ficheiros/i008155.pdf

(5) Séralini, G.-E., et al. Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize. Food Chem. Toxicol. (2012), http://dx.doi.org/10.1016/j.fct.2012.08.005

Repost 0
27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 14:19

La recension des mensonges de Jacques Testart entamée dans cet article édité le 27/02 , sera complétée régulièrement. A suivre ….



« A qui profitent les OGM ? », titre le dernier livre de Jacques Testart, paru aux Éditions du CNRS. Voici la problématique résumée en dernière page de couverture : « Les plantes transgéniques permettent-elles de disposer de produits moins coûteux ? De meilleure qualité ? De meilleur goût ? Se conservant mieux ? Bénéfiques pour la santé ou l’environnement ? Voilà les questions que la stratégie des entreprises de biotechnologies a permis que l’on ne se pose pas. ».

 

             Précisons tout de suite que l’auteur ne brille pas par sa logique. Car dès les deux premières pages, son analyse démontre à peu près le contraire : il accuse en effet ces entreprises, non pas d’avoir occulté ces questions, mais d’y avoir répondu mensongèrement A l’inverse, il ressort  de sa prose que c’est la stratégie des anti-OGM eux-mêmes qui aurait conduit à détourner de ces questions : « [du fait de] la focalisation militante sur un possible risque alimentaire (…), de mobilisation en mobilisation, une question restait en suspens : et si, plutôt que de s’épuiser à chercher à démontrer la malignité des plantes transgéniques, si on exigeait de ceux qui veulent nous les  imposer de démontrer leurs avantages ?» .

 

« S’épuiser à chercher à démontrer » sonne d’ailleurs comme un aveu . Tout est donc affaire de stratégie politique, trouver un bon prétexte pour justifier un rejet des PGM a priori, et Testart propose donc aux militants de simplement changer de stratégie.

 

 

S’il s’agissait de faire un bilan, même provisoire, des « promesses » initiales des OGM et de celles qui ont été tenues, il faut vite déchanter. La réponse biaisée de Testart à ces questions, qu’on connaît d’avance n’occupe d’ailleurs qu’une part succincte de l’ouvrage.  Réponse biaisée, d’abord à cause de la manière caricaturale dont Testart présente les promesses. Par exemple : « ceux [les citoyens pris au hasard] qui ne sont pas vaccinés contre la vieille ficelle de la promesse vous expliqueront que les OGM permettent d’augmenter la productivité, bien utile face à la surpopulation à venir, même si la terre est trop salée, trop sèche, ruinée par les engrais. Et qu’en plus, ça donne des produits de meilleure qualité, bien homogènes , sans salissures sur la peau » . Il faudrait donc croire que malgré la formidable et ininterrompue campagne de vaccination des Testart and co qui monopolisent les médias, il y a encore pleins de « victimes » de la campagne des firmes semencières ou plutôt de leurs sbires , ces professeurs Tournesol  (selon Testart) particulièrement habiles en communication, compte tenu de l’espace tellement restreint dont ils disposent pour s’exprimer.  De qui se moque-t-on ?

 

A qui profitent les OGM ? Nul ne s’étonnera de la réponse téléphonée de Testart à la question qui sert de titre à son livre : A personne, sauf aux grandes entreprises semencières à qui le brevetage permet de faire main basse sur l’alimentation mondiale .

 

 

Admettons que ce soit vrai. Mais alors, pourquoi Testart est-il lui-même obligé de mentir comme un arracheur de dents pour essayer de nous en convaincre ? Car oui, monsieur Testart, vous mentez, comme nos lecteurs pourront le constater dans le feuilleton qui suit. Et vous mentez sans talent et sans originalité. Après avoir lu le torchon que le CNRS a accepté de publier, et qui pourrait bien servir de base à un petit dictionnaire des mensonges anti-OGM, on lui retournera donc la question initiale : A qui profitent vos mensonges ?

 

 

Allégation n°1 : Riz doré

 

 

   Un des mensonges de ce livre les plus évidents concerne le riz doré « qui apportera la quantité de vitamine A indispensable à tous ceux qui sont capables d’en manger quelques kilos par jour » .   Il y a pourtant bien longtemps que cette affabulation de vos amis de Greenpeace (1) est réglée , se basant sur les premières expériences et vous le savez .La bioconversion du Béta carotène en vitamine A de l’actuel riz doré permet de couvrir de 40 à 50% des besoins en vitamine A pour 100g de riz sec ingéré (2) . Sachant que le riz est l’aliment de base dans beaucoup de pays concernés par des carences (3), le riz doré est susceptible donc fournir un apport suffisant pour  prévenir de la mort ou de déficiences graves telle que la cécité, le mensonge n’en est que plus sinistre. Mais sa fonction est claire : il s’agit de cacher aux lecteurs que contrairement à ce que raconte Testart, les biotechnologies végétales peuvent être d’utilité directe pour les consommateurs, et dans le cas du riz doré, leur application pourrait contribuer  directement à sauver des vies sur lesquelles Testart préfère faire l’impasse, par pure idéologie. Ainsi s’explique la campagne anti-OGM la plus hystérique que Greenpeace ait pu mener (4).

A SUIVRE

Anton Suwalki

 

 

 

 

se basant sur les premières expériences effectivement décevantes sur le riz , mais qui datent d’il y a plus de douze ans.

http://imposteurs.over-blog.com/article-22310309.html

http://ajcn.nutrition.org/content/89/6/1776.full

 

 http://www.cbc.ca/news/technology/story/2010/10/15/golden-rice-food-technology.html - ixzz12iEFYKZ8

 (3) http://www.cirad.fr/content/download/1137/9800/version/2/file/riz.pdf

 

(4) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-sauvez-les-baleines-oubliez-les-enfants-112729351.html

Repost 0