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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 08:50
Rendements du maïs transgénique : petite partie de ping-pong avec Stéphane Foucart.

Il arrive que Stéphane Foucart, auteur d’une chronique hebdomadaire dans la rubrique Planète du Monde, prenne quelques libertés avec les faits. Ses récentes affirmations sur l’évolution de rendements du maïs transgéniques outre-Atlantique ont fait l’objet d’une réfutation par la lettre d’Agriculture et Environnement, publiée par Gil Rivière-Wekstein. Loin de reconnaître son erreur, qui aurait pu être mise sur le compte de la précipitation ou d’un biais de confirmation, Foucart a réagi sur Twitter d’une façon qui permet de douter de sa bonne foi.

Tout est parti d’un article de Stéphane Foucart dans le Monde du 28 octobre 2014. « Technologie n’est pas magie », nous rappelle justement le journaliste. Nous ne nous attarderons pas sur le commentaire du petit livre « vif, iconoclaste, et injustement négligé depuis sa parution en avril » dont il est question au début de sa chronique, mais sur l’exemple qu’il a choisi pour illustrer son propos :

« L’exemple des plantes génétiquement modifiées est à ce titre éloquent. Le sentiment que l’Europe a perdu gros avec son refus obstiné de ces cultures est si puissant que les apôtres de la transgénèse ne trouvent pas de mots assez durs. (..) Pour une culture comme le maïs, dont les rendements sont historiquement comparables des deux côtés de l’Atlantique, l’introduction, au milieu des années 1990, des variétés transgéniques aux États-Unis (insecticides et/ou tolérantes à un herbicide) n’a pas eu d’impact positif sur les quantités de pesticides utilisées, pas plus que sur les rendements – ceux-ci augmentent d’ailleurs plus vite en Europe de l’Ouest qu’en Amérique du Nord ! »

Bien que les transgènes introduits dans le maïs n’aient pas pour vocation première d’augmenter les rendements, cette allégation nous a paru surprenante, compte tenu des données dont nous disposions. Mais la manipulation des faits apparaît immédiatement lorsqu’on se penche sur le graphique fourni par Foucart à l’appui de cette allégation, reproduit ci-dessous (1ère figure ).

L’art foucardien de faire parler les courbes, décrypté dans Agriculture et Environnement

Il ne faut pas longtemps pour comprendre la méthode foucardienne. Ce graphique, extrait d’une étude d’un chercheur néo-zélandais(1), Jack Heinemann, a d’ailleurs été analysé et démystifié dans la lettre d’Agriculture et Environnement de décembre 2014 (2).

« (..) si la tendance calculée sur la période allant de 1960 à 2010 montre bien une croissance légèrement supérieure des rendements ouest-européens par rapport à ceux des États-Unis, c’est simplement parce que l’auteur a délibérément noyé les quinze dernières années de données postérieures à l’introduction des OGM (1996-2010) dans une série de cinquante observations.

La seule façon de vérifier les allégations du Pr Heineman consiste à diviser la série en deux périodes : avant et après l’introduction des OGM. C’est-à-dire avant et après 1996 (figure 2). Et là, les résultats sont effectivement « stupéfiants », pour reprendre les termes chers à Stéphane Foucart ! Obtenus par la même méthode de « régression linéaire », ils donnent pour la période 1960 à 1995 une progression de 1,4 q/ha par an pour l’Europe de l’Ouest, contre 1,1 q/ha pour les États-Unis. Incontestablement, l’Europe faisait mieux que les États-Unis. Or, la tendance s’inverse depuis 1996 ! La progression des rendements chute en effet en Europe de l’Ouest, avec seulement + 0,7q/ha par an en moyenne, contre +1,6 q/ha par an aux États-Unis. En clair, les gains de rendements sont divisés par deux en Europe, tandis qu’ils augmentent nettement aux États-Unis, dépassant les 1,4 q/ha que connaissait l’Europe avant 1996. »

En reprenant les données de la FAO utilisées par Heineman, on vérifie bien que depuis l’introduction du maïs transgénique , l’évolution tendancielle des rendements est nettement favorable aux USA (2ème figure): soit tout le contraire de ce qu’affirme Foucart, à la suite de Heineman ! Foucart aurait pu d’autant plus facilement se ranger aux conclusions d’A&E que l’article précisait de manière très honnête qu’« il serait tout aussi abusif d’imputer cette tendance aux seuls caractères génétiquement modifiés du maïs cultivé. La réalité́ est bien entendu plus complexe»

L’art foucardien de s’enfoncer un peu plus

Le journaliste scientifique du « journal de référence » aurait-il été victime du biais de confirmation, s’appuyant sur les données manipulées sans les vérifier par Heineman parce qu’elle confirmaient ses idées préconçues ? Il lui aurait suffi de reconnaître sa « précipitation » et de publier un correctif. Il s’en est pourtant abstenu…

Mais c’est surtout un échange sur Twitter qui nous en dit long sur l’état d’esprit de Foucart :

- Tweet d’un certain Yannick Nassol :

Pour nier une tendance, rien de tel que de la couper en rondelles. Climat, OGM, même combat : agriculture-environnement.fr/dossiers,1/agr… @AEGRW
cc @sfoucart - 19 janv.

Réponse de Foucart :

@factsory @AEGRW oui c'est trop drôle. il suffit d'ajouter 2011 et 2012 (données disponibles) pour détruire ce cherry picking pathétique.

Autrement dit, Foucart n’est pas capable de reconnaître une erreur pourtant évidente, et en rajoute au point de s’enfoncer un peu plus ! Accuser A&E de cherry picking, c’est d’ailleurs particulièrement risible de la part de quelqu’un qui n’y a vu que du feu à propos de l’étude de Séralini sur le maïs NK603 et le Round-Up (3).

Incompréhension réelle, ou mauvaise foi ?

Partant de données non falsifiées, il y a deux manières de tricher en science :

1) Faire du cherry picking, autrement dit sélectionner les éléments en fonction d’une conclusion préétablie et ignorer tous ceux qui vont à l’encontre de cette conclusion. C’est la méthode Séralini, et il n’y a évidemment rien de tout cela dans l’article d’A&E.

2) Ou au contraire diluer l’information pertinente, ici l’évolution des rendements avant et après l’introduction des cultures de maïs transgénique, pour cacher la conclusion dérangeante : accélération des rendements aux USA qui adoptent massivement les plantes génétiquement modifiées, ralentissement en Europe où ces culture restent très minoritaires. C’est la méthode Heinemann/Foucart.

Distinguer les deux sous-périodes, ce n’est pas faire du saucissonnage, c’est le B A-BA de la démarche scientifique qui semble échapper à Foucart : seule cette méthode permet de voir comme évolue un phénomène lorsqu’on fait varier le paramètre auquel on s’intéresse.

Mais la réponse de Foucart trahit davantage de la mauvaise foi qu’une réelle incompréhension de la démarche : « il suffit d'ajouter 2011 et 2012 (données disponibles) pour détruire ce cherry picking pathétique », nous dit-il. Si on comprend bien, soit on accepte les courbes de Heinemann sur 1961-2010, soit on peut « couper en rondelles », mais à condition de rajouter 2011 et 2012… Pathétique !

Or, si l’article d’A&E portait sur la période 1961-2010, c’est tout simplement parce que c’était la plage temporelle choisie par Heinemann et Foucart. Mais pourquoi ajouter simplement les données de 2011 et 2012, et pas celles de 2013, elles aussi disponibles sur le site de la FAO ? On a trop peur de comprendre : 2012 est une année catastrophique pour l’agriculture américaine, à cause d’une sécheresse exceptionnelle. Cela, Foucart le sait bien, car c’est écrit dans Le Monde, et lui même y a consacré un article (4). Du fait de cette sécheresse exceptionnelle, les rendements du maïs aux USA (77Q/ha) sont les plus bas enregistrés depuis l’introduction du maïs transgénique. Une aubaine pour Foucart ! Par contre, les rendements redeviennent normaux en 2013, donc il ne les prend pas en compte. N’est-ce pas justement cela, le cherry picking ?

Une tendance plombée par une année exceptionnellement mauvaise, les résultats restent néanmoins en faveur des USA

Nous avons vérifié en quoi la prise en compte des années 2011-2012, puis 2013, modifiait les tendances. Et en effet, les résultats catastrophiques de 2012, suffisent à eux seuls ramener l’évolution tendancielle des rendements aux USA à son niveau d’avant 1996. Rien d’étonnant, la baisse de 2012 représente la moitié de la variabilité annuelle cumulée de la période précédente. Pour autant, l’évolution des rendements reste favorable aux USA par rapport à l’Europe de l’Ouest (tableau).

Et ce n’est pas tout : en 2014, les rendements, données désormais disponibles sur le site de l’USDA (5) s’élèvent à 107 Q/ha ,soit le plus haut niveau de tous les temps. Bonne nouvelle pour les agriculteurs américains, mauvaise nouvelle pour Foucart, dont on attend les commentaires avec impatience.

Conclusion

Cette petite partie de ping-pong commence à nous plaire. Foucart renverra-t-il la balle ?

Dans cet article, nous ne prétendons tirer aucune conclusion définitive à partir d’une tendance observée sur deux décennies. Les constats que l’on peut faire sont forcément fragiles, comme le démontrent la prise en compte de deux ou trois années supplémentaires. Les mais génétiquement modifiés actuellement cultivés ne sont pas forcément mieux armés contre les aléas climatiques, car telle n’est pas leur vocation. En conséquence, quelques années successives de sécheresse suffiraient à annuler l’avantage du maïs transgénique cultivé outre Atlantique par rapport au maïs conventionnel de l’Europe de l’Ouest. La réponse à cela sera dans l’introduction de plantes résistantes à différents stress climatiques , qu’elles proviennent de l’amélioration variétale classique ou de la transgénèse.

Notre soucis était tout simplement de rétablir des faits maltraités par Stéphane Foucart. Cela n’est certes pas la première fois. Mais sa réaction sur Twitter semble malheureusement indiquer qu’il agit en toute connaissance de cause, et qu’il n’est pas près de changer de méthode. La légèreté est une chose, la mauvaise foi est bien pire.

Anton Suwalki

Notes :

  1. L’article de Heinemann et la fameuse courbe consultable en ligne : http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14735903.2013.806408 - .VL9yN2NlTe0
  2. article reproduit sur le site d’A&E:

http://www.agriculture-environnement.fr/dossiers,1/agronomie,53/ste%CC%81phane-foucart-ou-l-art-de,961.html

  1. une étude au « protocole expérimental particulièrement ambitieux » estimait le journaliste

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/19/un-ogm-de-monsanto-soupconne-de-toxicite_1762236_3244.html

(4) http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/18/une-secheresse-historique-aux-etats-unis_1735196_3244.html

http://pm22100.net/docs/pdf/presse/02_LE_MONDE/130109_2012_annee_record_catas_aux_USA.pdf

  1. http://www.nass.usda.gov/Charts_and_Maps/graphics/cornmap.pdf

Rendements du maïs transgénique : petite partie de ping-pong avec Stéphane Foucart.
Rendements du maïs transgénique : petite partie de ping-pong avec Stéphane Foucart.
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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 18:10

Pour une société prospère confrontée à une épidémie d'obésité, nourrir le monde peut sembler être une cause non urgente. Une société dans laquelle très peu de personnes sont impliquées dans la production agricole peut penser que les technologies qui facilitent la vie des agriculteurs et réduisent les risques liés à leur activité ne sont pas indispensables. Le développement d'un riz susceptible de prévenir la cécité et la mort dans des pays pauvres se heurte à une opposition véhémente de la part de certains éléments de nos sociétés d'abondance [1]. Mais il y a des risques pour l'avenir de nos modes de vie qui pourraient inciter les consommateurs à revoir leur position sur les OGM.

Et si le bon café, les chocolats fins, les bons vins de Californie [et d'Europe], les bananes ou le jus d'orange pressé devenaient rares et chers ? Vous sentiriez-vous concernés ?

Le fait est que des menaces importantes planent sur la production des espèces à la base de ces produits. Je décrirai ces menaces ci-dessous. Mais le fait est aussi qu'à cause du mouvement anti-OGM, nous sommes beaucoup moins bien armés pour y répondre que nous aurions pu l'être.

Le fonctionnement de la protection des marques et autres signes distinctifs

Permettez-moi de vous expliquer le lien entre les campagnes anti-OGM et le futur incertain de ces espèces cultivées. Les plantes génétiquement modifiées ont été autorisées et commercialisées pour la première fois au milieu des années 1990 ; elles représentent aujourd'hui la technologie dont l'adoption a été la plus large et la plus rapide de toute l'histoire de l'agriculture. Au début de cette nouvelle ère, on s'est beaucoup intéressé à ses applications potentielles au caféier, au bananier, à la vigne, etc. Il y a eu des projets tels qu'un caféier modifié pour ne pas produire de caféine, un café dont le goût ne serait pas altéré par la décaféination. On s'est intéressé à des bananiers produisant des fruits se conservant plus longtemps au stade de maturité idéal. Il y avait des projets en cours ou au stade du tableau noir pour répondre aux grands problèmes de parasites et de maladies pour ces espèces.

Mais, dès la fin des années 1990, les campagnes anti-OGM avaient effrayé suffisamment de consommateurs avec des préoccupations de sécurité alimentaires infondées pour susciter un phénomène de « protectionnisme des marques ». Les produits tels que le vin, le café, les bananes, le chocolat ou le jus d'orange sont mis sur le marché par des entreprises de transformation et de distribution. Ces entreprises ont des marques qui jouissent d'une grande réputation auprès des consommateurs, et elles craignent par-dessus tout une controverse susceptible de compromettre cette réputation ou leurs ventes. Cette préoccupation a fait que les investissements dans la biotechnologie se sont asséchés pour ces espèces vers le tournant du siècle. La pomme de terre est un exemple typique d'espèce confrontée à ce problème de marques. La pomme de terre améliorée par génie génétique [2] a disparu pour protéger un nom commercial de grande valeur. Les gens de McDonald's savaient bien que les variétés de pomme de terre résistantes à des insectes et des virus mises sur le marché à la fin des années 1990 étaient vraiment très appréciées par les producteurs. Ils savaient aussi qu'il n'y avait aucun problème de sécurité sanitaire. Mais ils ne voulaient pas se retrouver avec des manifestations devant leurs établissements. Et ils ont mis fin aux pommes de terre GM par quelques coups de téléphone à leurs principaux fournisseurs [3].

Les investissements dans la biotechnologie des « cultures spécialisées » ne se sont pas taris pour des questions de sécurité sanitaire ou d'environnement. Les PGM sont le fruit de la première méthode d'amélioration des plantes à avoir été activement réglementée par l'USDA [Département de l'agriculture des États-Unis d'Amérique], l'EPA [Agence de protection de l'environnement] et la FDA [Food and Drug Administration]. Le cadre réglementaire a été mis en place dix ans avant la mise en culture commerciale du premier hectare de plante transgénique [4]. Régulièrement depuis lors, les autorités compétentes ont établi que les nouvelles combinaisons espèce cultivée/élément de transformation étaient sans danger aucun. Malgré cela, les investissements dans les solutions biotechnologiques pour ces espèces de luxe et d'autres se sont taris parce que les militants anti-OGM sont parvenus à convaincre suffisamment de consommateurs de craindre ces solutions ou de s'en méfier pour que les gestionnaires des marques s'inquiètent à leur tour. C'est sans plaisir aucun que je dois reconnaître leur victoire, qui est un fait.

Loin de moi l'idée que le génie génétique aurait produit une solution facile à ces menaces et à d'autres, émergentes ; nous ne pouvons que spéculer sur ce qui aurait été possible avec 15 années d'investissements soutenus. Les organisations d'agriculteurs et quelques entités publiques ont certes mis des moyens limités dans la biotechnologie pour ces espèces, mais les grands acteurs du commerce sont largement restés sur la touche malgré l'importance de leurs moyens et de leur intérêt pour un appui à ces recherches. Certains ont investi dans le séquençage des gènes, ce qui est bien, mais ils n'ont pas franchi la ligne de danger pour leurs marques en explorant les options « GM », même à titre de précaution. Aucune de ces entreprises influentes n'a voulu se profiler et décrire ces risques au public et lui expliquer pourquoi il faut se pencher à nouveau sur les bénéfices potentiels de la biotechnologie pour ces aliments et boissons très prisés. Les activistes anti-OGM connaissent parfaitement cette dynamique et l'exploitent par des actions préventives lorsque de nouvelles technologies pointent à l'horizon [5].

Pourquoi nos espèces favorites sont-elles ainsi menacées ?

Les parasites et maladies ne sont rien de nouveau ; ils ont souvent bouleversé l'agriculture par le passé [6]. Mais le risque est aggravé par deux facteurs inhérents à notre époque :

1. Avec la globalisation croissante des voyages et du commerce, les pathogènes, les adventices et les ravageurs peuvent se répandre à travers le monde à une vitesse précédemment inconnue. Il en résulte des problèmes graves susceptibles de menacer une espèce cultivée dans son ensemble.

2. Avec le changement climatique, les ennemis des cultures peuvent maintenant prospérer en de nouveaux lieux et à des époques de l'année différentes. Il en résulte des problèmes complexes de gestion de ces ennemis.

L'augmentation du potentiel de nuisance des ennemis des cultures existants est particulièrement problématique pour beaucoup d'espèces à la base de nos aliments et boissons de luxe. Ce que nous apprécions dans le cas de ces produits tient à des facteurs de qualité complexes. Ces espèces sont aussi pérennes. On ne peut pas simplement introduire une résistance dans une variété de ces espèces parce qu'il est difficile de maintenir sa qualité et que chaque génération prend des années pour produire les semences à la base de la génération suivante. Les solutions de l'amélioration des plantes classique prennent des décennies, au mieux, et les nouveaux défis à relever ne nous laissent pas autant de temps.

Les vignes de Californie [et d'Europe]

La protéobactérie Gamma Xylella fastidiosa est endémique aux États-Unis d'Amérique et mortelle pour les vignes de qualité apportées par les Européens (Vitis vinifera). Ce n'était pas un problème ingérable en Californie jusqu'à peu parce que l'insecte vecteur, une cicadelle, Graphocephala atropunctata, se cantonnait principalement dans les milieux au bord des rivières et ne transmettait le pathogène qu'occasionnellement à la vigne.

Mais un nouveau vecteur est apparu en Californie en 1989 [7] : la cicadelle pisseuse (Homalodisca vitripennis). Elle prospère sur les agrumes et visite fréquemment les vignes. Pour l'heure, ce vecteur est cantonné dans la Californie du Sud et est géré avec des insecticides et une quarantaine sur les plantes de pépinière susceptibles de le répandre. Mais les choses pourraient se gâter pour les amateurs de vins si la cicadelle pisseuse parvenait dans les districts de la Côte du Nord. Le risque existe aussi que le vecteur et Xylella soient transportés en Amérique du Sud, en Australie, etc. Xylella a récemment atteint l'Europe [8]. Il y a des vignes d'origine américaine qui résistent à ce fléau, mais elles ne produisent pas de vins de qualité. Le génie génétique offre peut-être une solution, mais dans l'idéal, il faudrait des approches multiples pour gérer la résistance dans le cas d'une plante pérenne [9]. Même si nous avions une solution aujourd'hui, cela prendrait des années pour replanter ou surgreffer nos vignes. Nous devrions vraiment avoir un débat public sur cette solution, maintenant, mais nous ne l'avons pas [10].

Les grands cafés des Amériques

La rouille du caféier a anéanti la production à Java et dans d'autres territoires qui fournissaient l'Angleterre au XIXe siècle. Les Anglais ont dû se tourner vers le thé. Plus tard, la production de café a échappé à la maladie en se déplaçant notamment vers des régions d'altitude d'Amérique Centrale et du Sud. Puis le pathogène de la rouille l'a rattrapée vers 1985 ; et ce n'est que récemment que le climat a changé au point que la maladie est devenue un problème majeur dans ces régions [11]. La voie de l'amélioration des plantes classique est ouverte : il faut croiser les types arabica avec des types robusta plus résistants, après doublement des chromosomes de ces derniers, une étape qui provoque toutes sortes de dommages génétiques ; puis procéder à des rétro-croisements pour restaurer les qualités d'arabica, mais cela prendrait énormément de temps, probablement bien trop pour préserver les moyens d'existence des familles de petits producteurs qui forment l'ossature de la production de café dans les Amériques[12]. Soyons réalistes : nous, dans les pays riches, nous pourrons probablement nous procurer notre dose matinale d'une autre région du monde ; mais parce que le génie génétique a été « mis hors-jeu » pour le caféier au milieu des années 1990, de nombreuses familles pauvres sont affectées et les prix du café grimpent.

Le jus d'orange de Floride

L'industrie du jus d'orange de Floride s'est largement reconvertie dans le jus frais de haut de gamme du fait de la concurrence du jus lyophilisé du Brésil. Aujourd'hui, toute l'industrie floridienne est en déclin, étant gravement atteinte par une nouvelle maladie bactérienne [le citrus greening] propagée par un nouveau vecteur, un insecte exotique. Le New York Times a publié une excellente description de la situation par May Harmon [13]. Les producteurs ont financé une recherche qui a peut-être trouvé une solution « GM », mais ce seront les distributeurs, attentifs à leurs marques, qui diront si les producteurs pourront l'utiliser dans leurs vergers. Des recherches bien mieux financées auraient été nécessaires et auraient été menées dans un monde rationnel. Lorsque j'étais petit – j'ai grandi là-bas – on trouvait partout une publicité pour le jus d'orange qui disait : « Un jour sans jus d'orange est un jour sans soleil ». Je ne sais pas si c'est vrai, mais nous le saurons peut-être en ce qui concerne le jus frais.

Les bananes

La célèbre chanson des années 1920 « Yes, We Have No Bananas » a pour origine la « maladie de Panama » (Fusarium oxysporum) qui a détruit la banane dessert de l'époque (la variété Gros Michel) [14]. On a découvert par hasard une nouvelle variété, la Cavendish, au Vietnam. Elle était résistante à la maladie et se prêtait au transport (la plupart des bananes ne s'y prêtent pas). De nos jours, une nouvelle souche de ce pathogène, Fusarium Tropical Race 4, détruit les Cavendish en Asie et, plus récemment, en Australie et au Mozambique [15]. Ce n'est probablement qu'une question de temps avant que quelqu'un ne transporte ce pathogène vivant dans le sol dans les Amériques. Il y a eu quelques travaux de recherche pour trouver une solution, mais ce n'est rien en comparaison de ce qui aurait été nécessaire pour protéger l'approvisionnement futur en ce fruit populaire ainsi que les emplois d'un très grand nombre de personnes impliquées dans la production et le transport. Il est peut-être temps qu'un journal fasse un grand titre : « Non, nous n'avons pas de bananes ».

Chocolat

Le cacaoyer, dont dérive le chocolat, est affligé de nombreux parasites et maladies ; il y en a deux en particulier qui se sont répandus en Amérique Centrale et du Sud avec des conséquences désastreuses sur la production [16]. Il s'agit du balai de sorcière [Moniliophthora (= Crinipellis) perniciosa] et d'une moniliose [Moniliophthora roreri] ; selon des chercheurs réputés, la moniliose représente à elle seule « une menace majeure pour le cacao dans le monde entier » [17]. Les grandes enseignes de confiserie ont financé le séquençage du génome, mais elles indiquent explicitement ou implicitement sur leurs sites qu'elles n'adopteront pas de solution issue du génie génétique (Nestlé [18], Mars [19], Hershey's [20]). Une fois de plus, la menace plane essentiellement sur les petits producteurs, principalement en Afrique si ces pathogènes y prenaient pied et s'y répandaient.

Pourquoi des PGM ?

Les approches modernes de génie génétique constituent des moyens très logiques de protéger ces espèces. La base génétique de la qualité des produits de ces espèces est très complexe ; nous avons donc de bonnes raisons de nous en tenir aux meilleures variétés que nous connaissons. Le génie génétique nous permet d'y introduire des gènes utiles sans bouleverser cette base génétique. Quelques fois, cela signifie transférer un gène d'une espèce sauvage apparentée ou d'un membre moins apprécié de la même espèce dans un environnement génétique de qualité. Et d'autres fois, transférer un gène d'une autre plante s'il n'est pas disponible dans l'espèce considérée. Cela peut aussi signifier recourir à plusieurs gènes différents déployés simultanément pour la gestion de la résistance. Ou encore modifier un porte-greffe qui protégerait la variété traditionnelle greffée sur lui [21].

Chez ces espèces, il sera possible de maintenir des filières séparées, « GM » et « non GM », pour les produits. L'identification des variétés et des filières (« identity preservation ») -- la « traçabilité » – est la norme pour ces espèces en raison de leur valeur et de leur qualité, qui justifient le coût de la tenue de registres, de l'utilisation de matériels différents, etc. Il y aura toujours des consommateurs qui ne feront pas confiance à la science ; une société riche leur permet de continuer à acheter du « non GM ». Mais ce qui n'a aucun sens dans une société riche, techniquement développée, c'est qu'une minorité bruyante a déjà compromis l'approvisionnement futur de tous. On ne peut pas rattraper plus d'une décennie de progrès potentiel en jetant simplement de l'argent devant le problème dans une situation de crise. Ce qui est encore plus insensé, c'est que les gens qui ont le plus à perdre dans ces scénarios de fléaux s'abattant sur des cultures sont dans beaucoup de cas les plus pauvres, ceux dont le travail nous permet d'apprécier ces produits de luxe.

____________________

* Traduction (avec quelques libertés et compléments) Wackes Seppi.

Texte original sur :

http://appliedmythology.blogspot.fr/2014/06/five-tasty-reasons-to-reconsider-gmo.html

L'introduction du site vaut le détour :

« Et si ce que vous croyez savoir sur l'agriculture, les pratiques agricoles et l'alimentation n'était pas vrai pour l'essentiel ? Et s'il y avait des "mythes" répandus sur ces sujets intentionnellement ou par inadvertance ? Et si la vérité sur ces questions était importante pour l'avenir de l'humanité ? C'est là l'objet de ce blog [...] »

[1] http://allowgoldenricenow.org/soil-association

Note : C'est un site qui milite pour l'introduction du riz doré.

[2] http://www.sourcewatch.org/index.php/NewLeaf_Potato

Note : Il s'agit de la NewLeaf Potato, des pommes de terre 'Russet Burbank' Bt, résistantes au doryphore, et résistantes, pour les versions améliorées, au virus Y et au virus de l'enroulement des feuilles.

[3] http://cls.casa.colostate.edu/transgeniccrops/defunct.html#newleaf

Note : En Europe, BASF a retiré en février 2013 sa demande d'autorisation de mise en culture et sur le marché de la pomme de terre 'Fortuna', résistante au mildiou. Sa variété 'Amflora', qui ne produit qu'une des deux formes d'amidon, l'amylopectine, a obtenu cette autorisation – après... 13 ans de procédure. L'autorisation a été annulé en décembre 2013 par la Cour de justice de l'Union européenne pour vice de procédure. Exit donc une variété qui aurait permis aux industriels d'économiser la coûteuse et polluante séparation de l'autre forme d'amidon, l'amylose, qui représente environ 20 % de l'amidon total. BASF a transféré sa recherche aux États-Unis d'Amérique.

[4] http://en.wikipedia.org/wiki/Coordinated_Framework_for_Regulation_of_Biotechnology

Note : En France, la Commission du génie biomoléculaire et la Commission de génie génétique ont été créées en 1986 et 1989 respectivement, neuf et six ans avant la commercialisation de la première PGM aux États-Unis d'Amérique. La première directive européenne date de 1990.

[5] http://www.theguardian.com/sustainable-business/mcdonalds-fries-innate-potato-genetically-modified-food

[6] http://www.scaasymposium.org/steve-savage-human-vs-pests-the-long-view/

[7] http://www.wineinstitute.org/initiatives/issuesandpolicy/piercesdisease

[8] http://nature.berkeley.edu/xylella/

Note : Pour l'Europe, voir aussi :

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/131126.htm

Xylella ne menace pas que la vigne :

http://www.aquitainagri.fr/fileadmin/documents_craa/BSV/NOTES_TECHNIQUES_REGLEMENTAIRES/Note_nationale_Xylella_fastidiosa.pdf

[9] http://www.news.ucdavis.edu/search/news_detail.lasso?id=10151

[10] http://www.lodiwine.com/GMO_the_US_Wine_Community.pdf

[11] http://www.oregonlive.com/today/index.ssf/2014/05/devastating_coffee_rust_fungus.html

[12] http://appliedmythology.blogspot.fr/2013/04/the-livelihood-of-small-coffee-growers.html

Note : Les chantres du « commerce équitable », tel Max Havelaar, interdisent les OGM dans leurs cahiers des charges...

[13] http://www.nytimes.com/2013/07/28/science/a-race-to-save-the-orange-by-altering-its-dna.html?hpw&_r=1&

[14] http://www.dailymotion.com/video/x1vctb_al-jolson-sings-yes-we-have-no-bana_music

[15] http://www.popsci.com/article/science/has-end-banana-arrived

Note : En Afrique, et principalement en Ouganda, où il fournit l'aliment de base, le bananier est atteint par un flétrissement bactérien à Xanthomonas. Aucune solution par l'amélioration des plantes classique, ni par les produits phytosanitaires. Des souches résistantes au flétrissement ont été produites par transgénèse, avec un gène du poivron, et pourraient être diffusées pour la plantation en 2016... si l'opposition aux OGM, largement financée par des groupes européens dont Oxfam, peut être surmontée :

http://www.nature.com/news/2010/101001/full/news.2010.509.html

http://gmo-food.theglobalmail.org/ugandas-choice

Un autre exemple de « plutôt mort que nourri aux OGM »...

[16] http://blogs.scientificamerican.com/artful-amoeba/2013/08/14/chocolate-frosty-pod-rot-and-you/

Note : voir aussi :

http://www.dropdata.org/cocoa/cocoa_prob.htm

[17] http://apsjournals.apsnet.org/doi/abs/10.1094/PHYTO-97-12-1644

[18] http://www.nestle.com/asset-library/documents/about_us/ask-nestle/nestle-framework-food-biotechnology-genetically-modified-organisms-gmo.pdf

[19] http://mars.com/germany/en/about-mars/faq.aspx

[20] http://www.thehersheycompany.com/nutrition-and-wellbeing/what-we-believe/our-ingredients/ingredient-topics/biotech-and-gm-ingredients.aspx

[21] Note : On ajoutera à ces scénarios l'utilisation de séquences génétiques artificielles bloquant une voie métabolique (ce fut le cas pour la tomate FlavrSavr, et de la pomme de terre 'Amflora').

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 11:40

À propos de « Bientôt dans votre assiette (de gré ou de force) »

« Bientôt dans votre assiette (de gré ou de force) » [1] est un « docu-investigation » de M. Paul Moreira diffusé pour la première fois le 1er septembre à 20h45 sur Canal+ pour le magazine 90 minutes. Cette œuvre, diffusée sur une chaîne cryptée, laissera essentiellement des traces sur la toile et sera sans nul doute périodiquement rediffusée. Un décryptage n'est par conséquent pas inutile. D'autant plus qu'il s'y prête à merveille au vu de son caractère manichéen et potache.

Hôtel Renaissance, Bruxelles, 22 janvier 2014

Europabio, invariablement présenté par l'altermonde comme le lobby des multinationales des biotechnologies, de l'agrochimie et des semences (selon M. Moreira : « au service de Monsanto, Syngenta, DuPont, bref, tous les grands noms des OGM »), organisait ce jour-là une réunion de haut niveau sur les bénéfices des plantes GM pour les consommateurs [2]. Format très habituel pour les réunions bruxelloises des organisations représentatives d'intérêts : une demi-journée, suivie ici d'un buffet. Le Corporate Europe Observatory en a toutefois une vision très différente [3].

Paul Moreira, c'est le réalisateur du « docu investigation ». Il traîne dans les couloirs de l'hôtel avec son équipe de tournage. On peut s'en étonner : le CEO n'a-t-il pas insinué que l'événement avait été organisé en toute discrétion, pour être à l'abri des regards – et des caméras – indiscrets ?

Patrick Moore, c'est le co-fondateur de Greenpeace (les adeptes contestent) et ancien dirigeant qui en est sorti avec fracas lorsqu'il a considéré que l'organisation avait « évolué vers l'extrémisme et des programmes politiquement motivés » (selon la vision manichéenne et militante de M. Moreira : M. Moore est « passé à l'ennemi »). Aujourd'hui, il milite avec énergie pour le riz doré et, avec d'autres, accuse Greenpeace de crime contre l'humanité.

M. Moreira obtient donc la possibilité de s'entretenir avec M. Moore, présenté en incrustation dans son docu-menteur comme « consultant pro-OGM ». C'était sans nul doute – la réaction de M. Moore en témoigne – au sujet du riz doré. Mais M. Moreira essaie de piéger M. Moore sur le glyphosate (RoundUp) en Argentine. Avec un sens de la grossièreté certain... M. Moore, excédé, finit par l'envoyer paître et lâche : « complete jerk » ([1] deuxième partie, à 25 :11).

M. Moreira a dû être ravi du compliment : il l'a gardé pour son docu-menteur, avec une traduction en sous-titre...

Hôtel Renaissance, Bruxelles, 22 janvier 2014 (2)

Restons sur le riz doré. Pour M. Moreira, c'est « la réponse de l'industrie transgénique au problème des carences en vitamines A chez les enfants du Tiers Monde ». Problème : le riz doré a initialement été un projet de la recherche publique et reste porté par celle-ci... mais M. Moreira n'en a cure...

M. Moreira a quand même filmé M. Moore expliquant pourquoi l'attitude de Greenpeace est un crime contre l'humanité. Mais quel est le poids de cette explication pour le téléspectateur face à un « journaliste » au commentaire ouvertement dénigrant tant sur la forme que sur le fond ? Un personnage pour qui M. Moore « soutient notamment l'industrie nucléaire, minière et transgénique » et « trouve aussi le changement climatique épatant » [4] ? En bref, face au truc du déshonneur et du discrédit par association ?

Hôtel Renaissance, Bruxelles, 22 janvier 2014 (3)

Sur la conférence d'Europabio. M. Moreira affirme aussi que le Ministre britannique de l'environnement Owen Paterson – l'un des orateurs – serait « un peu gêné d'être filmé ainsi dans un événement organisé par l'industrie transgénique ». Tellement gêné que, d'une part, il s'est déplacé à Bruxelles – de son plein gré – et que, d'autre part, son intervention a été rendue publique sur le site gouvernemental [5]. Mais que ne faut-il pas faire pour accréditer la thèse du grand complot et des petites cachotteries ?

Le comble est atteint quand il affirme qu'un membre de son équipe va être « sérieusement encadré » – en marge d'un événement dans lequel il est manifestement un intrus ; en fait, on lui a rappelé, maladroitement, les règles de la bienséance journalistique ou, sur le plan juridique, les règles du droit à l'image. Et quand on lui demande où il va – il est manifestement dans les locaux privés – il aligne deux propos contradictoires : il serait invité ; et il aurait l'autorisation du service de presse. Et alors qu'il est filmé par son caméraman, il répond : « Je n'ai pas de caméra, j'ai le droit de me balader pour voir les intervenants... » M. Moreira a manifestement tous les droits... surtout celui de prendre les téléspectateurs pour des blaireaux. Du reste, il ajoute, fanfaron : « ...Est-ce que je suis en train de filmer ? »

Idem quand il dit que : « Quand les débats commencent, les portes se ferment ». Ben oui ! C'est le cas pour toutes les réunions... Et, sans vergogne, jouant au Soviet au pays de Tintin, il enregistre (prétendument – c'est un mensonge grossier, vu la qualité du son) à travers la porte.

On peut aussi pointer du doigt la grossièreté de l'abordage d'un représentant de Pioneer dans, semble-t-il, une bouche de métro. Le téléspectateur est incité à croire que ce monsieur fuit, alors qu'il ne fait qu'ignorer un importun malpoli...

« Un c... fini »

On pourrait passer un temps certain à éplucher le docu-menteur pour relever tous les trucs minables employés par M. Moreira pour faire avaler ses thèses aux téléspectateurs. Le fond du propos est aussi nul que le comportement infantile de l'auteur.

M. Moreira a eu les honneurs d'une page sur Télérama [6]. Très instructive sur sa connaissance du dossier...

« Alors que le discours officiel consiste à dire que la culture extensive des OGM ne présente aucun risque sur les humains, ce qu'on voit sur le terrain est assez choquant. On y découvre par exemple des camions d'épandage qui pulvérisent des produits interdits comme l'atravine [sic, mais on admettra que c'est la faute du rédacteur]. » Voilà donc quelqu'un qui maîtrise manifestement et la langue française, et son sujet, avec une « culture extensive » et des « camions d'épandage ». Cela peut paraître de la chicanerie ; mais c'est une illustration simple de l'inculture abyssale de l'auteur.

On peut aussi développer : le maïs transgénique tolérant le glyphosate a précisément pour conséquence de substituer celui-ci, entre autres, à... l'atrazine. On n'utilise pas l'atrazine sur le soja (d'ailleurs, le soja est très sensible aux effets résiduels de l'atrazine appliquée sur maïs). Et l'atrazine... n'est pas interdite en Argentine [7].

Comment passer pour un fin limier auprès des lecteurs et des téléspectateurs : « C'est l'un [sic] des découvertes de cette enquête : la puissance des lobbys OGM et les gouvernements américains successifs qui mobilisent tout l'appareil d'Etat en faveur des industries transgéniques. Ils se sont mis au service de Monsanto et des autres. C'est devenu un enjeu économique stratégique, au même titre que le pétrole ou les armes. On en a eu la preuve avec la révélation par Wikileaks de câbles de la diplomatie américaine... » Une découverte ? Mme Marie-Monique Robin doit être ravie, elle qui nous bassine sur ce sujet depuis des années ! Enfin... chez M. Moreira, on franchit un degré dans l'outrance car c'est « tout l'appareil d'Etat... » La puissance ? Une seule plante transgénique cultivée en Europe, et encore, presque exclusivement en Espagne et au Portugal... Wikileaks ? On en a été abreuvé depuis fin novembre 2010. Et M. Moreira – comme beaucoup de complotistes et de manipulateurs médiatiques – feint d'ignorer que les ambassades ont aussi vocation à promouvoir le commerce extérieur de leurs pays respectifs.

« ...Depuis, Obama s'est engagé à mieux étiqueter les produits alimentaires et indiquer la part d'OGM... » Merveilleux sens du coq-à-l'âne ! Procédé classique de désinformation : passer le plus vite possible d'un sujet à l'autre, accumuler les arguments, sans explications, saouler le lecteur.

« C'est une mesure normale qui ne devrait pas poser problème. » Si, justement...

« Seul l'Etat du Vermont a réussi à l'imposer [l'étiquetage], mais il est en but [sic] à un méga-procès des industriels qui invoquent le droit au silence et se positionnent sur le terrain des libertés publiques ! C'est du Kafka, ou de la poésie ! » Un méga-procès ? M. Moreira feint de croire qu'il existe une justice à plus d'une dimension, qui permet de but en blanc de faire un mini- ou un méga-procès. Les industriels ? Ou M. Moreira ne sait pas et fait de l'esbroufe ; ou il sait et fait de l'enfumage. Les plaignants sont quatre associations professionnelles menées par la Grocery Manufacturers Association, l'association des producteurs de produits d'épicerie [8]. Mais il est vrai que ce sont des industriels... Le droit au silence... ? Les quatre associations contestent la constitutionnalité de la mesure. Le droit de garder le silence – en ne mettant pas sur l'étiquette une opinion avec laquelle elles sont en désaccord – n'est qu'un élément de la plainte [9]. M. Moreira a dû collecter quelques bribes d'information et – en bon désinformateur plutôt que journaliste – tente de discréditer le tout par un argument sur une partie.

« Un c... fini » (2)

Cet article dans Télérama nous a un peu éloigné de l'œuvre télévisuelle. Il faut y revenir, en commençant par le titre : « Bientôt dans votre assiette » ? Quoi, au juste ? Le glyphosate et d'autres herbicides ? Le soja transgénique ? Les deux ? Inutile de chercher à préciser : la mouvance anti-OGM et anti-pesticides prétend que c'est déjà le cas (on rappellera cependant que le maïs et le soja sont essentiellement destinés à l'alimentation animale et que l'huile de canola transgénique ne se distingue pas de son homologue conventionnelle, tout comme les dérivés alimentaires des autres espèces, telle la lécithine de soja). Et dire que M. Moreira a voulu servir la soupe à cette mouvance...

Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark

Notre « reporter » va « enquêter » au Danemark... chez une vieille connaissance du mouvement anti-OGM... le soja transgénique y est plus agressif qu'en France... Nous pouvons nous associer aux remarques de M. Suwalki [10]. Mais reprenons sous un autre angle.

Les plantes transgéniques – essentiellement colza (canola), cotonnier, maïs et soja, portant des événements Bt (résistance à des insectes piqueurs/suceurs et foreurs) et/ou HT (tolérance à un herbicide) ont été cultivées par 18 millions d'agriculteurs sur 175 millions d'hectares (plus de trois fois la superficie de la France) dans le monde en 2013 [11]. Le soja transgénique a représenté 79 % de la production mondiale ; les principaux pays exportateurs le cultivent sur plus de 90 % de la surface. Les animaux dont la ration est équilibrée en protéines par du soja ont donc neuf chances sur dix de consommer du soja transgénique. Cela comprend des animaux de laboratoire, suivis avec une grande attention, et des animaux à grande longévité comme les reproducteurs.

Et M. Ib Borup Pedersen et son porcher seraient quasiment les seuls à avoir observé des problèmes massifs de santé avec les rations comportant du soja transgénique ? Dont des diarrhées qui disparaîtraient en deux jours d'alimentation « conventionnelle » [12] ? Des problèmes que même Carman et al. (dont le producteur de porcs Howard Vlieger) n'ont pas identifiés dans leur étude sur 168 porcs au départ de l'essai et 145 à l'arrivée [13] ? Des problèmes que quasiment personne n'a cru bon d'examiner plus en détail, même dans un Danemark et une Europe peu favorables, sinon hostiles, aux OGM ?

M. Pedersen est devenu une vedette largement médiatisée par le monde de l'anti-OGMisme après la publication d'un petit article dans Effektivt Landbrug en avril 2012 [14]. Son histoire tourne en boucle depuis plus de deux ans, quasiment sans mise à jour, ce qui devrait rendre tout observateur averti suspicieux. Mais dilettantisme ou militantisme, ou encore cynisme, oblige, M. Moreira ne s'est pas posé la question. Et c'est sans vergogne qu'il a infligé un hoax aux téléspectateurs.

Il commente, sans se rendre compte que c'est fort juste si on le prend au premier degré : « À lui tout seul, Pedersen a semé un sérieux doute au Royaume du Danemark. » Un doute sérieux resté quasiment sans suite...

La cas des époux Thomsen qui, selon M. Moreira, auraient dû abattre 650 bêtes en septembre 2013, est fort différent : par extraordinaire, cet événement n'a apparemment laissé aucune trace. Et les époux Thomsen continuent de donner du soja GM à leurs vaches... À se demander si l'événement a réellement eu lieu et, au minimum, s'il y a un lien avec le soja GM.

C'est en fait M. Moreira qui amène les époux Thomsen sur ce terrain. Et, manifestement, ils ne répondent pas spontanément. M. Thomsen disant que personne ne leur a dit ce qu'ils devaient faire, c'est franchement pathétique... Mme Thomsen disant, du bout des lèvres, qu'elle a entendu parler d'autres cas au Danemark, ce n'est pas convaincant...

M. Moreira n'en a eu cure : l'image de Mme Thomsen se cachant les yeux et se bouchant les oreilles pour accuser le gouvernement danois d'inaction était trop belle... Il corrige, certes, dans la foulée [15]. Mais que vaut le poids des mots face au choc de l'image ?

Où sont dès lors l'honnêteté intellectuelle, la déontologie, le respect de la personne interviewée ? Notre diagnostic : les époux Thomsen ont été honteusement instrumentalisés.

Argentine : l'insupportable instrumentalisation des handicaps congénitaux

Cap sur l'Argentine. Le reportage commencerait plutôt bien s'il n'y avait cet affligeant persiflage. Le soja – surtout transgénique – a été un formidable moteur pour le redressement économique du pays. Le bruit de tiroir-caisse qui ponctue le chiffre des recettes avancé par M. Alejandro Mentaberry (65 milliards de dollars EU entre 1996 et 2011), puis l'image du feu d'artifice, relèvent de l'indigence intellectuelle et surtout morale quand on sait la détresse dans laquelle les Argentins avaient été plongés par la crise. Du reste, M. Mentaberry n'est pas « Monsieur OGM » au Ministère des sciences, mais le chef de cabinet...

La conversion de larges zones vers les cultures d'exportation, le passage aux techniques simplifiées que permettent le glyphosate et l'intensification technique ont certes eu un effet négatif sur l'emploi agricole. Encore faut-il rester objectif : dans la province de Chaco – dans lequel se déroule l'essentiel du reportage –, le soja a conquis... 7 % de la superficie, l'emploi du glyphosate y étant plutôt modeste [16].

Et est-ce raisonnable de décrire cette évolution par un campement de fortune devant la Casa rosada ? Un campement organisé par un mouvement de piqueteros, très marqué politiquement ? L'Argentine est un pays qui a une des plus basses proportions de population rurale au monde ; certainement la plus basse comparée au poids de son agriculture. Ce n'est pas, là, minimiser les drames humains, mais les remettre dans une partie du contexte. Mais M. Moreira veut choquer, matraquer le téléspectateur...

Et c'est bien le but de ces images poignantes, insistantes, indécentes, d'enfants handicapés, de parents déboussolés.

Alors que les parents de la petite Nadia Perez disent ne pas connaître la cause du handicap, M. Moreira la suggère aux téléspectateurs en embrayant sur la peur des habitants d'un tracteur « qui répand soit de l'eau – encore une preuve de l'incroyable absence de maîtrise du sujet, pour ne pas dire inculture –, soit du RoundUp, le glyphosate de Monsanto » (du RounUp, rien que du RoundUp ; et de Monsanto, évidemment, alors que le glyphosate est devenu une molécule générique) ; en interrogeant une personne âgée faisant du gardiennage pour une exploitation agricole – réputée ne pas être commode alors qu'elle se révèle très urbaine – comme si elle était experte ; en revenant sur la famille de la petite fille Nadia, et un père qui se sent coupable d'avoir laissé sa famille être « contaminée par les agrotoxiques » (en fait, le père dit : « plaguicidas », pesticides), ainsi qu'une mère qui dit en avoir respiré quand elle était enceinte.

M. Moreira enfonce le clou en suggérant que le gouvernement argentin « a dû discrètement subventionner des centres d'aide aux enfants handicapés ». Discrètement ? Quelle blague ! Il y en aurait donc quatre dans la ville de Sáenz Peña (en fait Presidencia Roque Sáenz Peña). Mais M. Moreira oublie de dire que la ville compte plus de 76.000 habitants (plus de 88.000 pour le département).

Vient l'estocade : l'infirmière en chef de l'une de ces institutions, Mme Marisa Gutman, précise que « la majorité de nos patients viennent des zones rurales fortement exposées aux agrotoxiques ».

La preuve est donc faite pour M. Moreira : une visite dans une famille, une visite dans une institution pour enfants lourdement handicapés, une déclaration (invérifiable) sur l'origine géographique des enfants avec une caractérisation de la zone rurale, donc une relation géographique devenant par magie un lien de causalité suggéré... l'affaire est pliée...

M. Moreira donne certes aussi la parole au directeur d'une institution qui dit qu'il y a plus d'enfants handicapés mais suggère que c'est peut-être parce qu'ils sont moins dissimulés (on peut aussi ajouter, sur la base des déclarations de Mme Gutman, qu'il y a plus d'institutions pour les accueillir). C'est la technique habituelle des désinformateurs pour se dédouaner : il y a le message principal et, au détour de la « démonstration », le message contraire... Non mais regardez... mais ils sont objectifs...

Argentine : où sont les preuves et les statistiques ?

M. Moreira affirme donc qu'« il y a trois fois plus d'enfants déformés dans le Chaco ». Nous n'avons pas pu vérifier. Quel sont du reste le sens de « déformés » et le deuxième terme de la comparaison ?

M. Suwalki a commenté quelques données statistiques sur ce site [10] sur la base de documents republiées par un site militant [17]. On peut légitimement s'étonner de l'effarante absence de rigueur – pour tout dire, de l'amateurisme éhonté – des « rapports » soumis au gouvernement du Chaco. C'est à croire que le militantisme anti-OGM et anti-pesticides – qui, toutefois, se limite en Argentine à une demande d'éloignement des traitements phytosanitaires des lieux habités – prospère sur le sophisme post (cum) hoc, ergo propter hoc, les anecdotes, et des « statistiques » séraliniennes.

M. Moreira interroge la pédiatre Maria del Carmen Seveso, dont il précise qu'elle est devenue une militante. Elle ose le mot « génocide ». M. Moreira la relance en badinant, visiblement indifférent à l'outrance du propos : « C'est un mot un peu fort, génocide, non ? » Mais la conversation – et l'outrance – est dans la boîte... c'est l'essentiel : il faut choquer...

On notera cependant que Mme Seveso n'a aucunement évoqué une cause pour cet état de fait. Un article de 2012 rapporte que, selon les spécialistes, il est pratiquement impossible de démontrer que l'exposition à une substance chimique peut avoir causé un cancer ou une malformation congénitale ; et que, selon elle, les résultats dans le Chaco montrent la nécessité d'une investigation rigoureuse par le gouvernement [18]. Question : Mme Seveso a-t-elle été instrumentalisée ?

Ce qui n'empêche pas M. Moreira d'aller interroger M. Mentaberry – en excipant de déclarations de médecins – sur la relation de cause à effet entre pesticides et problèmes de santé. Il obtient ce qu'il recherche : une ou deux phrases qui lui permettent de faire avancer sa thèse. En prime, il nous délivre un commentaire dont on doit se demander si c'est de la mauvaise foi caractérisée ou de la bêtise abyssale : « Des combinaisons de produits chimiques !? C'est la première fois que j'entends dire ça ! [...] Jusqu'à maintenant je croyais que le RoundUp de Monsanto [...] était le seul répandu dans les champs »...

Quel contraste avec un article de la BBC du 14 mai 2014 – qu'il aurait donc pu consulter. La journaliste, Mme Linda Pressly, a, elle, interrogé une personne vraiment compétente, et directement impliquée, le Dr Antonio Morante [19], Ministre de la Santé de Chaco (et né à Avia Terai, un des lieux de tournage). Mais voilà ! Celui-ci a dit : « Mais nous avons aussi beaucoup de cas dans des régions où ils n'utilisent pas de pesticides. Nous devons donc traiter cela avec rigueur scientifique – c'est ce que nous faisons cette année. » Et c'est ce que M. Moreira omet de signaler... théorie du complot et de l'omerta oblige.

Pour les pesticides, il ne sait pas ; pour la désinformation, il sait...

« Des combinaisons de produits chimiques !? » Le petit reporter se remet en route dans un scénario à la Tintin. Il repère par un heureux hasard un pulvérisateur laissé en bord de champ ; par un heureux hasard sans personne autour ; par un heureux hasard chargé de bidons divers et variés, aux étiquettes curieusement défraîchies ; et par un heureux hasard de bidons de glyphosate, d'atrazine et de 2,4-D. Et celui qui venait tout juste de découvrir les « combinaisons » pontifie : « Le mélange de tout ça, c'est super-dangereux » ! Mais il est vrait que ce serait un mélange étonnant et détonant... les agriculteurs doivent se tordre de rire... Mais l'essentiel n'est-il pas d'impressionner le téléspectateur ?

C'est forcément suivi de l'inévitable couplet sur l'agent orange – baptisé « herbicide militaire » – et la guerre du Vietnam, avec évidemment l'image d'un pauvre enfant vietnamien. L'agent orange était un mélange de 2,4-D et de 2,4,5-T, et la dioxine est un contaminant du 2,4,5-T quand celui-ci est produit à haute température. Le 2,4-D ne contient pas de dioxine et reste un des herbicides les plus utilisés dans le monde. M. Moreira évacue le problème : « Aujourd'hui, les autorités sanitaires américaines affirment que le 2,4-D était le composant le moins dangereux de l'agent orange ». Quand le fait dérange, on le transforme en propos vague attribué à une autorité à la crédibilité susceptible d'être mise en doute...

Moyennant quoi, M. Moreira retourne au Danemark – enfin grâce aux prodiges du montage –, chez M. Pedersen, qui a eu des porcelets déformés. Superbe amalgame ! M. Pedersen a eu des porcelets déformés ; M. Pedersen a vu des images d'enfants déformés en Argentine ; M. Moreira a asséné les enfants déformés du Vietnam... C'est donc que...

Sauf que le 2,4-D n'est pas utilisé sur le soja (et pour cause... il le détruit) et qu'il est peu persistant...

« Ces types sont honnêtes »... Eux, oui !

Il fallait enfoncer le clou : Monsanto cacherait la réalité dans ses publicités à la gloire du RoundUp car le glyphosate aurait perdu son efficacité, et il faudrait donc utiliser des cocktails de plus en plus puissants. La vraie réalité est plus subtile [20], mais qu'importe... M. Moreira s'adresse à des béotiens...

Lorsqu'on dit, par exemple, que le sorgho d'Alep (Sorghum halepense) est devenu résistant au glyphosate en Argentine, il faut comprendre que cette résistance n'est pas ubiquiste mais limitée à certaines régions et certaines parcelles, en l'occurrence dans la province de Salta. Et, contrairement à ce que M. Moreira laisse entendre, les résistances ne sont pas confinées aux « champs transgéniques » (d'ailleurs, il y a eu une résistance au glyphosate en France, de l'ivraie raide (Lolium rigidum), apparue en 2005 dans des vignes et vergers).

M. Moreira se rend donc à l'INTA, l'Institut national des technologies agricoles, de Cordoba. La mise en condition commence : « Ces fonctionnaires du gouvernement argentin sont les relais des multinationales transgéniques auprès des paysans argentins » et sont « de fervents supporters des OGM ». Puis il interroge deux agronomes – aux fonctions inconnues – en prenant toutefois soin de préciser en incrustation qu'ils sont pro-OGM.. Mais, au montage, cela est précédé de son affirmation que, le glyphosate ne venant plus à bout des mauvaises herbes, « il faut rajouter trois, quatre ou cinq produits chimiques », ajoutant que « les prochaines graines sont prévues pour résister à des combinaisons encore plus toxiques »... il ne fait pas dans la dentelle... mais dans le délire... Délire du reste absurde : pourquoi rajouter des produits à une substance qui n'est plus efficace ?

Le téléspectateur est donc mis en condition... classique. Puis M. Moreira pousse M. Hector Rainero dans ses retranchements sur les risques des « cocktails », et pousse un cri de joie : « Ces types (sic) sont honnêtes... en quelques phrases ils viennent de m'avouer qu'ils sont dans le flou !» Généralisation plus qu'abusive ! M. Rainero n'est du reste pas toxicologue mais malherbologue...

Argentine : des statistiques douteuses ?

Terminons cette séquence en revenant sur la question des « ... trois fois plus d'enfants déformés dans le Chaco ». On trouve assez fréquemment des références à un quadruplement des cas (de certains cas), plus précisément de 19,1 pour 10.000 naissances en 1997-1998 à 85,3 pour 10.000 en 2008-2009 [16] [17] ; M. Suwalki en a fait une critique. La lecture de la source [17] soulève un doute : ces chiffres représentent-ils les cas de la province de Chaco, ou les cas admis aux soins intensifs de l'Unité néonatale de l'Hôpital Perrandoin de Resistencia, rapportés au nombre total provincial des naissances ?

Nous penchons pour la deuxième hypothèse – et, partant, pour un maniement irréfléchi de statistiques. Il y a lieu de souligner ici que les documents en cause avaient pour objectif de faire appliquer les mesures existantes et de faire prendre des mesures plus sévères pour l'utilisation de pesticides près des habitations.

Cette opinion se fonde entre autres sur l'incidence apparente très basse des malformations congénitales. Celle-ci semble être de l'ordre de 255 pour 10.000 en Argentine, proche de l'incidence européenne selon une étude de 2010 [21]. Celle-ci présente des statistiques pour 27 anomalies, ventilées par régions. La région du Nord-Est, à laquelle appartient le Chaco, ne semble pas se distinguer significativement des autres. Selon un autre document, l'incidence des anomalies majeures serait de 176 pour 10.000 naissances [22].

L'opinion se fonde aussi sur un article selon lequel les chiffres (19,1 et 85,3 pour 10.000 naissances) n'incluent pas ceux des institutions de santé privées [23]. Le quadruplement apparent – pendant une décennie marquée par la crise – peut donc aussi s'expliquer par un phénomène de transfert du privé vers le public. Pour résumer : les chiffres sont très suspects.

Argentine : de l'emploi « judicieux » des « bonnes » statistiques

Faisons un détour par la province de Cordoba, autre haut lieu de la contestation de l'agriculture moderne. La France agricole (numéro du 12 septembre 2014) a été piégée lorsqu'elle a publié une brève : « Mortalité alarmante liée aux cancers ». En bref, les décès causés par les cancers seraient deux fois plus élevés que la moyenne argentine dans les zones « agro-industrielles », en fait (cela n'avait pas été précisé) de la province de Cordoba. Une « information » que l'auteur de la brève a dû pêcher sur GMWatch [24] ou sur Natural News (un site qui vaut la visite pour ses extraordinaires publicités pour les charlataneries) [25], ou encore directement à la source [26].

Sans surprise, ces articles citent les activistes les plus médiatisés, notamment M. Damián Verzeñassi, cet universitaire qui déploie des moyens considérables (« ce n'est plus une enquête épidémiologique, mais un peplum » selon un Moreira décidément bien inspiré...) pour mener des enquêtes dont il s'abstient de publier les résultats. Lequel Verzeñassi ose critiquer les gouvernements et les industriels argentins qui « n'arrêtent pas de demander des études sur ce qui a déjà été prouvé »...

Où est le loup ?

Dans l'utilisation des mortalités plutôt que des incidences. Il se trouve que celles-ci ne se recoupent pas avec celles-là [27]. La mortalité serait la plus importante dans la Pampa gringa où on utiliserait le plus de PGM et de pesticides (on peut se poser des questions à ce sujet au vu d'un autre document [16]). Mais la mortalité dépend de plusieurs facteurs dont le type de cancer et les possibilités d'accès à la détection et aux soins.

En fait, l'incidence des cancers dans la province de Cordoba est similaire à celle du reste du monde [28]. Et c'est la capitale de la province qui détient le record des incidences...

...Sans nul doute l'effet des PGM, pesticides, et notamment du glyphosate (ironie)...

Wikileaks, Séralini, TAFTA...

Non ! Pitié ! Ça suffit ! Basta !

Wackes Seppi

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[1] http://www.reportagestv.com/2014/09/03/special-investigation-bientot-dans-votre-assiette-de-gre-ou-de-force/

[2] Programme :

http://www.europabio.org/sites/default/files/growing_voices_event_programme_22_january_2014.pdf

Communiqué de presse (et accès aux exposés et photos) :

http://www.europabio.org/press/growing-voices-encourage-consumer-rethink-gm-crops-high-profile-guests-highlight-current-and

[3] http://corporateeurope.org/agribusiness/2014/02/biotech-lobby-shuns-consumers-gmo-consumer-benefit-event

[4] Le point de vue de M. Moore est exposé en détail ici :

http://www.epw.senate.gov/public/index.cfm?FuseAction=Files.View&FileStore_id=415b9cde-e664-4628-8fb5-ae3951197d03

M. Moreira en a extrait, en omettant le côté ironique, pastiche du GIEC : « Il est "extrêmement probable" qu'une température plus élevée qu'aujourd'hui serait bien meilleure qu'une plus fraiche. »

[5] https://www.gov.uk/government/speeches/owen-paterson-speech-at-europabio

[6] http://television.telerama.fr/television/alerte-aux-ogm-sur-canal,116246.php

[7] http://www.minagri.gob.ar/site/agricultura/index.php?edit_accion=noticia&id_info=140408130233

[8] http://www.burlingtonfreepress.com/story/news/politics/2014/06/12/gma-sues-vt-gmo-law/10389209/

[9] http://www.burlingtonfreepress.com/story/news/2014/06/12/lawsuit-against-vermont-gmo-law/10392197/

[10] http://imposteurs.over-blog.com/2014/09/diarrhees-porcines-et-desastre-sanitaire-argentin-a-propos-de-deux-allegations-anti-ogm.html

[11] http://www.isaaa.org/resources/publications/briefs/46/topfacts/default.asp

[12] http://www.isias.lautre.net/spip.php?article249

[13] http://imposteurs.over-blog.com/article-judy-a-carman-le-seralinisme-fait-une-emule-en-australie-119976261.html

[14] http://effektivtlandbrug.landbrugnet.dk/Artikler/10152/svineproducent-hoester-gevinst-af-gmo-fri-soja-#.VBdgH5R_uSo

[15] Le Centre danois pour l'alimentation et l'agriculture, Université d'Arrhus, a produit un mémorandum le 4 février 2014. Conclusion générale : il faut des études :

http://anis.au.dk/fileadmin/DJF/Notat_gmofoder__uk_version_Memorandum_on_The_feeding_of_genetically_modified_glyphosate_resistant_soy_products_to_livestock.pdf

[16] http://www.cedib.org/wp-content/uploads/2012/03/ARGENTINA-Millones-de-personas-fumigadas-y-expuestas-a-c%C3%A1nceres-y.pdf

[17] http://www.gmwatch.eu/files/Chaco_Government_Report_English.pdf

[18] http://www.radiodelmar.cl/rdm_2012/index.php/noticias2/2788-transgenicos-y-agroquimicos-cancer-y-enfermedades-congenitas-aumentan-en-argentina.html

[19] http://www.bbc.com/news/magazine-27373134

[20] http://weedscience.com/Summary/Country.aspx?CountryID=48

[21] http://www.scielo.org.ar/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0325-00752010000500006#ref

[22] http://www.sap.org.ar/docs/publicaciones/archivosarg/2013/v111n6a05.pdf

[23] http://www.encuentrodecolectividades.com/index.php?option=com_content&view=article&id=18560:chaco-datos-oficiales-se-multiplico-el-cancer-en-ninos-y-las-malformaciones-congenitas&catid=1:medio-ambiente&Itemid=368

[24] http://gmwatch.org/index.php/news/archive/2014/15506-cancer-deaths-double-where-gm-crops-and-agro-chemicals-used

[25] http://www.naturalnews.com/045874_cancer_rates_Argentina_agrochemicals.html

[26] http://www.pagina12.com.ar/diario/sociedad/3-249175-2014-06-23.html

[27] http://www.taringa.net/posts/ecologia/17853215/El-mapa-del-cancer-en-Cordoba-Argentina.html

[28] http://prensa.cba.gov.ar/salud/se-presenta-el-informe-sobre-cancer-en-la-provincia/

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 15:21

Marsh c. Baxter, Cour suprême de l'Australie occidentale... « Help this farmer stop Monsanto's GM canola » (aidez cet agriculteur à stopper le canola GM de Monsanto)... Cela a fait les choux gras de la galaxie anti-ogm et « bio » pendant des mois, surtout dans la médiasphère anglophone. En France, nous avons eu droit à un article de Mme Sophie Chapelle dans Bastamag, repris par Combat Monsanto, fin janvier 2014. M. Suwalki nous en a brièvement entretenu sur ce site avec « OGM : La guerre des campagnes relancée par un agriculteur bio australien » [1]. La guerre ? Dans le prétoire, dans une affaire introduite dans le cadre de la common law (le droit coutumier).

Le bruit médiatique s'était amplifié à partir du 10 février 2014, pendant les séances de la Cour suprême de l'Australie occidentale (à juge unique, toutefois) et à l'approche du prononcé du jugement. Technique connue : lorsque le résultat est incertain, il faut exploiter l'actualité en devenir, comme occasion d'instiller le doute et la peur avant qu'elle ne s'évapore sous la chaleur de l'analyse rationnelle ; le doute et la peur se déposeront en sédiment. Le verdict est tombé le 28 mai 2014 [2]... et l'agitation médiatique aussi...

Rappel des faits

Le 25 janvier 2010, le gouvernement de l'Australie occidentale a autorisé la culture du canola (colza) transgénique tolérant le glyphosate. M. Michael Baxter, en a semé 85 hectares, sur sa ferme de 1175 hectares, à Kojonup (l'endroit est devenu mondialement connu...) à petite distance de la ferme de M. Stephen Marsh, qui exploite 480 hectares en agriculture biologique et produit essentiellement du blé et de l'avoine, ainsi que des moutons. Les deux fermes ne sont pas contiguës, mais séparées par une route bordée de deux haies d'arbres, avec une emprise totale de 20,9 mètres. M. Baxter a respecté les règles et a notamment informé ses voisins, y compris M. Marsh.

Pour la récolte, M. Ba xter a andainé son canola RR ; il l'a fait couper assez haut pour le laisser mûrir, en andains, sur les éteules. À la suite d'un coup de vent (est-il allégué, sans que ce soit contesté), fin novembre 2010, des brins – des paquets (« swathes* ») – de canola se sont retrouvés sur les terres de M. Marsh, jusqu'à 1,2 kilomètre à l'intérieur de celles-ci. M. Marsh a bien pris soin de les laisser en place, de les photographier, de les piqueter, de les repérer par GPS, et même de les enclore. Il a informé son organisme de certification, la National Association for Sustainable Agriculture Australia (NASAA) de cette présence inopinée, et celui-ci a décertifié, quasiment dans la foulée, le 29 décembre 2010, une grande partie de l'exploitation de M. Marsh.

Et c'est avec une gourmandise certaine et une remarquable précipitation que la NASAA a annoncé, le 3 janvier 2011, la décertification [3].

M. Marsh n'a pas protesté ni fait usage des moyens à sa disposition pour contester les décisions, ni, par la suite, fait preuve de diligence pour récupérer sa certification.

Tolérance zéro, fruit de l'intolérance

La NASAA applique une tolérance zéro s'agissant des OGM [4]. C'est le fruit d'un positionnement idéologique et politique, privé de toute base rationnelle scientifique, et même économique (même si elle prétend répondre à la demande de la clientèle, demande qu'elle et d'autres contribuent grandement à forger). Qu'on en juge !

Les « opérateurs » doivent notamment s'informer sur les risques de contamination (nous ne mettrons pas de guillemets ici) ; maintenir des distances d'isolement et mettre en place des zones tampons ; garder des échantillons ; tester les récoltes perçues comme étant à risque. Le délai de conversion, s'agissant des OGM, est de... cinq ans. La certification est retirée lorsque la NASAA considère qu'il y a un risque inacceptable de contamination par des OGM ou leurs dérivés [5]. Une surface certifiée « bio » est perçue comme étant à risque dès lors que des OGM sont cultivés dans un rayon de... dix kilomètres ; les « opérateurs » doivent informer la NASAA des cultures GM dont ils ont connaissance. La contamination de produits biologiques par des OGM par suite de circonstances indépendantes de la volonté de l'opérateur peut entraîner une perte de certification. En vertu des Normes nationales, la NASAA décertifie tout produit testé positif pour la présence d'OGM.

Vous avez bien lu : dix kilomètres ! Une exploitation « bio » prétend créer une zone de risque (et d'embrouilles) de plus de 300 km2 pour peu qu'elle puisse reporter les contraintes de sa « pureté génétique » sur les exploitations voisines !

La justice saisie

Reporter les contraintes, c'est ce que M. Marsh a, en partie, tenté.

Il a saisi la justice le... 3 avril 2012 (plus d'un an après les faits), ce qui a été immédiatement annoncé par la NASAA [6]. Notons qu'Inf'OGM a annoncé cette plainte, avec une remarquable prescience, en mai 2011... la gourmandise médiatique et manipulatrice est un péché capital... [7].

Il a essentiellement réclamé 85.000 dollars australiens (environ 61.000 euros) en compensation de sa perte et en dommages-intérêts. En cours de procédure, il avait aussi demandé une injonction permanente interdisant à son voisin du semer du canola GM au voisinage de sa ferme, et d'andainer. Voisinage ? C'était une distance de... 2,5 kilomètres ; elle a été diminuée au fil des débats jusqu'à un kilomètre, puis abandonnée en faveur d'une formule non linéaire... puis... on ne sait plus très bien sans faire de recherches approfondies.

Petite chronique d'un litige annoncé

M. Marsh a-t-il décidé ou a-t-on décidé pour lui ?

M. Marsh s'était érigé en activiste anti-ogm et, avant même que le canola HT ne fût autorisé, il était déjà prêt à en découdre.

En septembre 2010, il avait fait installer des panneaux selon lesquels, notamment, sa ferme faisait l'objet d'une « déclaration de biosécurité », qu'elle était déclarée indemne d'OGM, et que « toute contamination ou déchéance de l'accréditation "indemne d'OGM" par suite d'un accès non autorisé fera l'objet d'une action judiciaire en compensation » [8]. Le texte – en partie loufoque – lui avait été suggéré, a-t-il dit, par son avocat.

Aux alentours du 1er octobre 2010, donc avant le fâcheux coup de vent, M. Marsh a servi une lettre d'avertissement à M. Baxter – un « avis d'intention d'engager des poursuites » –l'informant des pertes financières que M. Marsh pourrait subir si sa ferme était contaminée. Le canola avait été semé depuis un moment...

Le juge a estimé que cette lettre – selon lui très mal rédigée – n'était pas de la main de M. Marsh. « J'attribuerais la remise de ce document rédigé de manière plutôt curieuse le 1er octobre 2010 à l'influence de tiers plutôt qu'à la seule décision de M. Marsh » (paragraphe 416 du jugement).

Le juge a exprimé le même avis au sujet des annonces que M. Marsh avait fait paraître dans la presse locale, en octobre et novembre 2010, annonces comportant aussi des menaces de poursuites judiciaires... Un autre habitant de Kojonup avait fait publier une annonce similaire. Et le juge, pas dupe, de poser : « À l'évidence, le contenu de ces annonces avait été établi par quelqu'un ayant de modestes connaissances juridiques [...]. À nouveau, il semble qu'il y a eu l'action d'une main invisible » (paragraphe 419).

On peut dès lors poursuivre : les faits ont-ils déterminé la cause ou la cause a-t-elle déterminé une partie des faits, lesquels ont toutes les apparences d'avoir été inventés, fabriqués ou arrangés ? L'exposé ci-dessus est le minimum vital pour comprendre l'affaire ; les méandres des faits réservent d'impressionnantes surprises. En fait, il suffit d'un peu de bon sens : quelle énergie déployée pour repérer des brins de canola sur quelque 300 hectares, comme l'a fait M. Marsh !

Mais rassurons le lecteur sceptique : le coup de vent n'est pas contesté...

Désordre local pour une solution globale ?

Toujours est-il que M. Marsh a été soutenu financièrement par la Safe Food Foundation [9], qui a lancé une souscription en sa faveur. Elle a affirmé avoir investi au moins... 750.000 dollars australiens dans l'affaire, voire 100.000 de plus non couverts par les dons à la date du jugement. Dix fois plus, donc, que le prix du préjudice allégué ! Et pourtant, les avocats avaient agi pro bono (gratuitement) [10].

M. Baxter a, quant à lui, été soutenu par une des grandes associations de la profession agricole, la Pastoralists and Graziers Association of Western Australia (PGAofWA) [10].

L'altermonde a vite prétendu que les frais de M. Baxter allaient être payés par Monsanto. C'est ce que prétend en particulier, en février 2011 (selon Google, le billet lui-même n'est pas daté), le site Eatdrinkbetter [11]. C'est la source citée par Inf'OGM [7]... on prend ses désinformations où on peut... Petit rappel : la procédure a été mise en route le 3 avril 2012.

Eatdrinkbetter réussit aussi l'exploit d'inverser les rôles dans le titre de son billet et de présenter la multinationale comme le méchant ogre : « Monsanto Vs Australian Organic Farmer Steve Marsh » (Monsanto c. agriculteur biologique australien Steve Marsh). C'est là, aussi, une caractéristique courante de la rhétorique de l'altermonde dans cette affaire.

Et c'est plutôt extraordinaire. Car, dans le même temps, l'altermonde prétendait aussi que Monsanto était hors d'atteinte. Mme Sophie Chapelle, qui a aussi cherché ses désinformations, écrit ainsi sur Bastamag [12] : « Steve perd son label bio sur 70 % de son exploitation et ne peut pas se retourner contre Monsanto. "La firme se protège en faisant signer un contrat à tous les agriculteurs qui achètent ses semences génétiquement modifiées, explique Rachel Dujardin de Safe Food Foundation. En cas de contamination génétique, la multinationale semencière n’est pas responsable". »

Le raisonnement est à l'évidence débile : c'est comme si les constructeurs automobiles devaient être tenus responsables des accidents de la route...

L'affaire est donc très rapidement devenue le combat du petit David australien – un nouveau Percy Schmeiser en quelque sorte – contre le méchant Goliath. « Help this farmer stop Monsanto's GM canola » (aidez cet agriculteur à stopper le canola GM de Monsanto) est un slogan ubiquitaire, propagé notamment par le Steve Marsh Benefit Fund, un site (prétendument) géré par des agriculteurs biologiques, la NASAA (tiens donc...), le Parti vert australien, le GM Network et un grand nombre de consommateurs australiens [13]. En réalité, le site a été lancé par la Safe Food Foundation, manifestement en cheville avec la NASAA... autre technique de l'altermonde : multiplier les sites web.

L'altermonde a aussi fait campagne en présentant l'affaire Marsh c. Baxter comme un précédent pour les agriculteurs non seulement en Australie, mais dans le monde entier [14]. Mme Chapelle écrit [12] : « Encore un procès qui inquiète les fabricants d’OGM. [...] "Si Steve gagne, cela créera un précédent qui aidera les agriculteurs à travers le monde dans leur bataille pour rester exempts d’OGM", précise Rachel Dujardin. Le procès devrait inévitablement poser la question de la coexistence entre des cultures OGM et non-OGM. »

Et c'est tout aussi débile. Un juge unique d'une juridiction de degré inférieur (même si elle s'appelle Cour suprême) d'un État du Commonwealth d'Australie établirait un précédent pour le monde entier... Quelle audace !

Solution locale pour un désordre national ?

L'enjeu réel de ce procès n'était pas vraiment les dommages-intérêts, somme toute dérisoires, ni même la mesure de contrainte demandée à l'encontre de M. Baxter.

Un verdict en faveur de M. Marsh aurait ouvert la voie à d'innombrables querelles entre agriculteurs voisins, et surtout rendu la culture de plantes GM quasiment impossible dès lors que se trouvait, dans le voisinage, ou à moins de dix kilomètres, un agriculteur se prévalant des règles de la NASAA ou d'organismes similaires. La responsabilité pour la production de denrées strictement sans OGM, bio voire conventionnelles – la garantie d'une « intégrité génétique » auto-imposée – aurait d'une certaine manière incombé, non pas à leur producteur, mais aux voisins. Et ceux-ci se seraient vu imposer une servitude permanente limitant drastiquement leur liberté d'exploiter.

Les amis de M. Marsh, et notamment le Steve Marsh Benefit Fund, ont du reste été particulièrement clairs : « Help this farmer stop Monsanto's GM canola »...

Drôle de « contamination »

L'enjeu du procès se situait aussi au niveau de la « contamination », dont l'acception par M. Marsh et la NASAA aurait pu acquérir un statut juridique opposable aux tiers en cas de victoire de M. Marsh et éventuellement de validation du jugement par les plus hautes instances judiciaires.

Les récoltes de M. Marsh ont-elles été « contaminées » par le canola GM de son voisin ? Non ! Il cultivait du blé et de l'avoine. Tout au plus peut-on considérer que ses moutons ont pu brouter des plantes de canola HT.

Le juge s'est longuement penché sur cette question, notamment sur la base du témoignage d'un expert appelé par la partie plaignante. Il a conclu qu'il ne pouvait y avoir de contamination génétique, puisque M. Marsh ne cultivait pas de canola. Il se trouve par ailleurs que Mme Stéphanie Goldfinch, ancienne responsable de la certification auprès de la NASAA (et auteur principal des décisions de suspension et de décertification) avait informé M. Marsh en août 2010 que « contamination » signifiait « contamination génétique » (paragraphe 434).

Mais, pour M. Marsh, le « problème » était simple : il avait trouvé du matériel GM sur ses terres. Point.

Le juge n'était pas disposé à le suivre, et pour cause, au vu de la déclaration précitée de Mme Goldfinch. Et de « contamination » par les repousses de canola, il n'y en eut point, les quelques repousses ayant été arrachées.

Mais ce qui était vrai en août 2010 ne l'était plus en décembre ! Subitement, une simple présence de canola GM suffisait pour crier au sacrilège ! L'interrogatoire de Mme Goldfinch a été plutôt ubuesque [15]. Elle a dû concéder l'intransigeance à la fin :

Mme Cahill (avocate de M. Baxter) : « Lorsqu'il y a un paquet [« swath »], une tige de plante GM sur une parcelle biologique, vous décertifiez. Est-ce cela la position ? »

Mme Goldfinch : « Une tige de matériel OGM sur une parcelle est une contamination par des OGM et c'est interdit. » [16, page 574]

Et, plus loin :

Mme Cahill : « Pour ce qui est de la contamination des moutons, nous avons établi vendredi que vous considérez que toute graine de canola ou toute plante de canola sur leur corps est une contamination des moutons ? »

Mme Goldfinch : « Oui. » [16, page 585]

Un jugement dévastateur

Un plaignant pas blanc comme neige

Les jugements de la common law sont bien plus détaillés que ceux fondés sur le droit romain (le nôtre). Tous les points abordés par les parties sont examinés et évalués. Dans la présente espèce, la sentence fait donc 150 pages.

M. Marsh en ressort plutôt étrillé. Ce n'est pas l'innocente victime d'agissements sans scrupules d'un voisin négligent – et encore moins, mais cela n'a pas été plaidé, d'une multinationale qui serait le diable personnifié.

Le juge : « Le contre-interrogatoire de M. Marsh a révélé qu'il trouvait parfois opportun d'oublier, ou de ne pas se souvenir, lorsqu'il avait à répondre à une question embarrassante. [...] » (paragraphe 436).

Et encore, un bel euphémisme : « M. Marsh a été confronté à l'affirmation qu'il était opposé aux OGM. Au début, il a nié. J'ai conclu que son démenti initial était timide. Il n'était pas convaincant [...] » (paragraphe 437).

On plus précis : « M. Marsh a aussi fourni des preuves sur sa réaction à la découverte des 245 poignées [« swathes »] de canola qu'il a trouvées sur Eagle Rest. De manière surprenante, il apparaît qu'il a fallu attendre avril 2011 pour que M. Marsh rassemble et enlève les poignéess et leurs siliques. [...] Durant cette période, il apparaît que les 245 poignées se sont vues conférer le statut de vedettes tristement célèbres – encloses puis objets de communiqués de presse et de publicité » (paragraphe 438).

Tout le contraire de M. Baxter : « Il a été, je pense, un témoin franc et fondamentalement digne de confiance » (paragraphe 441).

Les prétentions rejetées

La demande d'indemnisation au titre d'une négligence et d'une violation, par M. Baxter, d'une obligation de ne pas porter préjudice à M. Marsh (« duty of care ») a été rejetée. Selon le jugement, M. Baxter n'a commis aucune faute, et M. Marsh s'est tout simplement trompé de cible.

Ce n'est pas la partie la plus intéressante du jugement dans le cadre de ce billet car elle repose sur les prétentions de M. Marsh et le droit australien. Le juge a noté qu'il a été confronté à une duty of care totalement nouvelle puisqu'il s'agissait « "de garantir" des résultats négatifs absolus » (paragraphe 330). Et : « Selon mon jugement, un niveau absolu de duty of care est bien trop élevé, particulièrement lorsqu'il s'agit d'un scénario impliquant une agriculture à grande échelle, avec des plantes de grande culture, qui est nécessairement exposée à des événements météoroligiques incontrôlés » (paragraphe 333).

M. Baxter ne devait pas seulement s'assurer qu'aucune graine de canola soit porté par le vent, mais aussi transportée d'une autre manière (« blown or carried »). Et le juge de relever que M. Marsh était allé voir M. Baxter en novembre 2008 pour lui dire que douze plantes de colza avaient poussé sur Eagle Rest en 2008, et que M. Marsh avait alors émis l'hypothèse que les graines avaient été transportée par... des lapins (paragraphe 335). M. Marsh avait du reste tenu à informer le Ministre de l'agriculture de la « contamination » (paragraphes 447 et seq.).

Ceci illustre l'absence de scrupules de l'activisme anti-ogm, ainsi que l'absence d'esprit critique – et aussi, de scrupules – de certains médias qui n'avaient pas fait dans la dentelle s'agissant du préjudice prétendument subi par M. Marsh et du comportement attribué à M. Baxter.

Du reste, les activistes ont aussi passé sous silence le fait que les moutons de M. Marsh avaient été décertifiés parce qu'ils avaient été déparasités avec un produit « chimique » interdit en 2009, tout comme deux parcelles et les produits de ces parcelles parce que M. Marsh y avait... fait paître -- « mis en quarantaine » dans le jargon bio à la mode NASAA – ses moutons (paragraphes 94, 530, 554, 698).

Une « réaction totalement disproportionnée » de l'organisme de certification

Le juge pouvait-il analyser les relations contractuelles entre le plaignant, M. Marsh, et son organisme de certification. Pour le plaignant, c'était non (ce qui montre bien qu'il était une marionnette au service d'un litige de plus grande ampleur que son propre préjudice allégué). Pour le défendeur c'était d'autant plus oui qu'il alléguait que le dommage subi par son adversaire était entièrement dû aux décisions de cet organisme. Le juge a penché pour cette théorie et posé avec vigueur :

« Des arrangements contractuels idiosyncrasiques, conclus de manière consensuelle par des parties consentantes, peuvent néanmoins prévoir des dispositions que l'on peut juger d'une manière plus générale comme une situation totalement déraisonnable du point de vue de la communauté » (paragraphe 379).

C'est à l'aune de ce principe que le juge Kenneth Martin a examiné les règles de la NASAA. Mais essentiellement du point de vue – suffisant pour sa décision – de leur application.

S'agissant des faits, M. Marsh a allégué avoir trouvé quelque 245 poignées de canola sur ses terres (soit moins de une par hectare...). Le juge a notamment relevé qu'il n'y avait aucun risque de contamination par fécondation croisée puisque M. Marsh ne cultivait pas de canola. Qu'en 2011, on n'avait trouvé que huit repousses de colza, qui furent arrachées, et qu'on n'en trouva plus ultérieurement. Le juge n'a fait qu'acter les déclarations et les faits ; mais il nous est loisible de conclure de ses constatations qu'il s'agissait vraiment d'une mauvaise querelle.

S'agissant de la décision de la NASAA de décertifier la plus grande partie de la ferme de M. Marsh, le résumé du jugement est lapidaire : « Ce résultat a été le fruit d'une application erronée des Normes pertinentes de la NASAA applicables à l'époque aux opérateurs bio de la NASAA en ce qui concerne les OGM (organismes génétiquement modifiés). »

Et, selon le jugement : « Tout bien considéré, il apparaît qu'il y a eu une réaction totalement disproportionnée du NCO [NASAA Certified Organic Pty Ltd] à cet incident en ce qu'il a procédé à ce qui se présente comme une décertification insoutenable de 70 % de la surface d'Eagle Rest (parcelles 7 à 17) imposée de décembre 2010 à octobre 2013. » (paragraphe 538)

Mais il y a plus.

Une responsable de la certification (et de la décision de décertification) étrillée

Le juge a été impressionné – pas vraiment en bien – par Mme Goldfinch. Il a cru bon de relever que les transcriptions ne rendent pas justice à son expression glaciale envers l'avocat de M. Baxter et le ton hautain de ses réponses à de nombreuses questions. Plus grave : « Ce que le contre-interrogatoire serré a montre de plus significatif, c'est sa position fréquemment proclamée, avec fierté, de "tolérance zéro" des OGM, même des plantes (GM) qui ne contenaient pas de graines » (paragraphe 578).

Et donc : « Ce que je conclus en définitive des réponses de Mme Goldfinch, c'est son incompréhension fondamentale et sa mauvaise application des Normes nationales et de la NASAA contre les Marsh [...] » (paragraphe 580).

Ce sont là de très fortes paroles que le juge a illustrées par référence à un cas hypothétique évoqué lors du contre-interrogatoire : selon Mme Goldfinch, une poignée de canola GM atterissant sur le dos d'un mouton suffisait à contaminer non seulement la laine, mais aussi le mouton lui-même s'il en consommait (paragraphe 581) !

Cela peut paraître anecdotique, mais ce n'est pas le cas : le juge a illustré avec force détails le fondamentalisme de l'opposition aux OGM auquel il a été confronté. Et auquel nous sommes confrontés par médias interposés...

Un voisin hors de cause

S'agissant de la culture : « M. Baxter avait utilisé une méthode de récolte orthodoxe et bien acceptée en andainant son canola RR en 2010. [...] M. Baxter ne peut être tenu pour responsable, en tant qu'agriculteur cultivant des plantes de grande culture, simplement pour avoir cultivé une plante GM légale et choisi une méthode de récolte (andainage) qui était entièrement orthodoxe dans son application » (résumé).

C'est lapidaire et cela ne peut remplacer l'analyse détaillée que le juge a faite de la situation. Le juge a par exemple noté qu'il n'y a eu que trois poignées de canola dans la parcelle 10, et encore n'étaient-elles pas dans le blé. Et, à la fin de 2011, il n'y avait eu que huit repousses, dûment arrachées (paragraphe 736).

Le juge a écarté la responsabilité en fait, même pour l'andainage, dans le contexte du moyen de la négligence : « l'andainage [...] en 2010 [n'est]la cause factuelle de cette perte économique en application d'aucun test de la common law [...] » (paragraphe 743).

Et la responsabilité en droit : « De même, M. Baxter ne pouvait être tenu pour responsable, en droit, des réactions à l'incursion [de poignées de canola sur les terres de M. Marsh] de l'organisme de certification biologique des Marsh, NCO [sous-traitant de la NASAA], qui, en l'occurrence, se sont révélé être une réaction injustifiable à ce qui était arrivé » (résumé).

Et pas d'injonction

M. Marsh ayant succombé au principal (son action en réparation), Son Honneur (eh oui ! On est dans le monde anglo-saxon...) a déduit que la demande d'injonction tendant à imposer à M. Baxter des restrictions sur ses cultures et ses pratiques culturales ne pouvait prospérer. Il a toutefois ajouté qu'elle devait aussi échouer de plein droit.

Le juge a en effet noté que cette demande a beaucoup varié dans le temps, pour devenir in fine une demande d'interdiction d'andainer à proximité de la ferme de M. Marsh, sans précision quant à la distance.

« En l'absence d'éléments de preuve plus convaincants et plus fiables pour justifier une distance linéaire identifiable pour la zone tampon à l'appui d'une contrainte permanente portant sur l'andainage, la demande d'injonction perpétuelle n'était pas admissible, même sous sa forme réduite telle qu'on l'a vue à la fin des débats » (résumé).

Escalade d'engagement...

Les soutiens de M. Marsh se sont fait remarquablement discrets sur l'échec de leur champion, ou plutôt prête-nom. Ainsi le Steve Marsh Benefit Fund annonce très sobrement le 29 mai 2012, lendemain du prononcé, que M. Steve Marsh a perdu [17] ; sans aucun détail, mais avec un renvoi au communiqué de presse de la Safe Food Foundation [18].

Celle-ci maintient sa position, avec un argumentum ad populum extravagant : « La cour a déclaré dans son jugement que la décision de la NASAA [...] de décertifier Steve était erronée. Compte tenu de l'importance de la contamination, nous ne voyons pas comment la NASAA aurait pu prendre une autre décision. Certainement 100 % des consommateurs bio soutiendraient la décision de la NASAA. »

En annonçant qu'elle soutiendrait M. Marsh s'il faisait appel.

Car pour elle, « ceci est un énorme échec pour les agriculteurs bio et non GM et leur choix de rester sans OGM ».

Notre analyse conduit à conclure que l'énorme échec, c'est celui d'une manipulation, de la tentative de reporter les contraintes auto-imposées de la « pureté génétique » du bio fondamentaliste sur les voisins et, au-delà, d'empêcher en pratique la culture de plantes GM.

Quant à la NASAA, elle relève, dans le titre de son communiqué de presse du 29 mai 2014, que la décision de la cour souligne la nécessité d'une réforme. Mais dans quel sens ? À l'évidence dans le sens de son intégrisme : « La NASAA maintient qu'elle a agi de manière responsable en retirant la certification biologique à la ferme de M. Marsh, quand bien même le juge Martin ait trouvé que la décertification était "erronée". » [19]

...et un appel au bon sens...

Le jour du jugement, Australian Organic, groupe leader de l'agriculture biologique, donnait un son de cloche un peu différent. Il notait certes aussi la nécessité d'une réforme de la législation sur les OGM, mais c'est : « pour protéger les intérêts de tous les agriculteurs » [20].

Le point de vue a été développé dans un billet du 6 juin 2014 [21]. Il s'agit d'une navigation entre plusieurs écueils redoutables : notamment ne pas effrayer les consommateurs, et ne pas désespérer les producteurs. Mais la NASAA a été implicitement torpillée. En voici un extrait :

« Les cultures de Michael Baxter étaient différentes de celles de Steve Marsh. Ce n'était pas une situation de même espèce, GM c. bio – ce qui signifie qu'il n'y a pas pu y avoir, ni eu, de contamination de la culture bio, et encore moins du produit de la récolte. Steve Marsh cultive des céréales, alors que son voisin a cultivé du canola GM. Nous pensons que c'est un facteur essentiel dont le juge a tenu compte dans son verdict.

Le battage médiatique et la campagne de peur suggérant que le secteur des grains bio subira les conséquences de ce jugement sont infondés.

Il y a aussi une différence fondamentale entre la gestion des réalités environnementales et du voisinage, et la livraison de produits non GM aux consommateurs.

Australian Organic espère que les leçons de cette affaire permettront aux agriculteurs, qu'ils soient bio, conventionnels ou GM, d'éviter ce qui s'est produit dans ce cas. Il n'y a pas de véritable gagnant dans des affaires comme celle-ci et il est important que notre métier travaille en coopération pour éviter que cette situation se reproduise. »

Quel sort pour la « tolérance zéro » ? « La possibilité d'une présence génétique étrangère dans nos environnements culturaux, similaire aux pesticides non bienvenus, est indésirable, mais c'est une réalité que nous devrons continuer à gérer. »

...et M. Marsh fait appel

Le juge avait averti : « Les Marsh seraient mieux servis s'ils dirigeaient leurs préoccupations vers ce quartier [la NASAA et le NCO] en ce qui concerne la perte économique subie » (paragraphe 739).

M. Marsh a néanmoins fait appel le 18 juin 2014 [22] [23].

Pour la plus grande joie de la Safe Food Foundation : « La SFF espère que la cour d'appel reconnaîtra que Steve avait droit au respect de ses intérêts ("duty of care") et que la NASAA a pris une décision correcte en décertifiant Steve dans le contexte d'un système international bien établi. »

M. Marsh bénéficie aussi du soutien de la NASAA [24]. Évidemment, puisque le jugement l'avait gravement mise en cause... Mais, appels à la coopération de toutes les parties nonobstant, « nous continuerons à maintenir l'approche de la tolérance zéro au GM dans les produits bio tant que les sentiments des producteurs et des consommateurs ne changeront pas. »

Trois juges décideront. Ce sera apparemment sur la base d'une compétence limitée, par exemple les erreurs de fait ou de droit du jugement entrepris, sans que de nouveaux faits puissent être allégués.

En attendant, la guerre des campagnes continue...

Post scriptum : jusqu'à AUS$800.000 de dépens

Par un jugement rendu le 19 septembre 2014 [25] [26], le juge Kenneth Martin a accepté le principe du décompte des frais encourus par M. Michael Baxter pour sa défense. Il a fait droit à la demande des conseils de M. Baxter de dérogation au plafond des dépens. Pour la petite histoire il a trouvé qu'il y avait une erreur dans le total de... 3 cents.

Un greffier devra établir le montant des frais remboursables. La note présentée pour le compte de M. Baxter se monte à AUS$803.989,10. C'est la somme que M. Steve Marsh devra payer si le greffier accepte toutes les factures.

Pour mémoire, le litige portait sur AUS$85.000...

Les conseils de M. Marsh avaient aussi tenté d'obtenir des renseignements des conseils de M. Baxter sur les frais réellement encourus par celui, plus précisément sur les financements par des tiers tels que la Pastoralists and Graziers Association of WA, une compagnie d'assurances et... Monsanto. C'est de bonne guerre. Les conseils de M. Baxter ont répondu poliment : pas d'obligation de répondre. La question a donc été soumise au juge.

Verdict cinglant. Après avoir évoqué une correspondance intéressée entre les conseils, un « méli-mélo de déclarations fondées sur des ouï-dire de sources inconnues assemblées par un chalutage de diverses sources médiatiques », le juge Martin a posé que faire droit à la demande reviendrait à approuver une prospection – une « expédition de pêche » – illicite.

M. Marsh peut demander un sursis en attendant les résultats de son appel. Selon certains journaux celui-ci devrait être entendu l'année prochaine.

Wackes Seppi

__________________

* Swath est intraduisible avec précision. Il s'agit d'un ensemble d'un morceau de l'andain, d'une taille qui ne peut pas être déterminée par le texte, arraché par le vent. Selon certains rapports, lorsqu'il est question de « 245 swathes », il s'agirait de 245 tiges.

[1] http://imposteurs.over-blog.com/article-ogm-la-guerre-des-campagnes-relancee-par-un-agriculteur-bio-australien-122539267.html

[2] Résumé :

http://www.supremecourt.wa.gov.au/_files/Judgment%20Summary%20-%20Marsh%20v%20Baxter%20(CIV%201561%20of%202012)%2028%20May%202014.pdf

Texte complet (150 pages) :

http://decisions.justice.wa.gov.au/Supreme/supdcsn.nsf/PDFJudgments-WebVw/2014WASC0187/$FILE/2014WASC0187.pdf

Transcriptions et vidéos :

http://www.supremecourt.wa.gov.au/T/transcripts.aspx

[3] http://www.nasaa.com.au/data/media/NASAA%20Press%20Release_140F06.pdf

[4] http://www.nasaa.com.au/data/pdfs/AAAA%20NASAA%20Organic%20Standard%2006-02-2012.pdf

[5] Considérant le caractère manifestement hystérique de ces règles, on doit se demander si la présence d'un taureau nourri aux OGM et divagateur est un risque de contamination pour toute génisse bio qui pourrait se faire honorer par lui...

[6] http://www.nasaa.com.au/data/media/MR%20Steve%20Marsh%20sues%20030412.pdf

[7] http://www.infogm.org/AUSTRALIE-Premier-proces-pour-du

[8] M. Marsh a été longuement interrogé sur ces panneaux et leur signification (pages 232 et seq.) :

http://www.supremecourt.wa.gov.au/_files/Marsh%20v%20Baxter%2012%20Feb%202014%20CIV%201561%20of%202012.pdf

[9] http://safefoodfoundation.org/

[10] http://www.abc.net.au/news/2014-02-28/gm-canola-trial-wraps-up-today/5292034

[11] http://eatdrinkbetter.com/2011/02/03/monsanto-vs-australian-organic-farmer-steve-marsh/

[12] http://www.bastamag.net/Mobilisation-la-bataille-d-un

[13] http://stevemarshbenefitfund.com.au/

[14] Par exemple :

http://www.fooddemocracynow.org/blog/2014/feb/8/i_am_steve_marsh

[15] Compte rendu journalistique ici :

http://www.farmonline.com.au/news/agriculture/cropping/general-news/gm-trial-tensions-intensify/2688449.aspx

[16] http://www.supremecourt.wa.gov.au/_files/Marsh%20v%20Baxter%2017%20Feb%202014%20CIV%201561%20of%202012.pdf

[17] http://stevemarshbenefitfund.com.au/?p=838

[18] http://safefoodfoundation.org/2014/05/28/press-release-gm-farmers-win-is-a-loss-for-all-organic-farmers/

[19] http://www.nasaa.com.au/data/media/NASAA_Marsh%20vs%20Baxter_Media%20Release_May2014.pdf

[20] http://austorganic.com/wp-content/uploads/2013/09/28-May-2014-Media-Release-GM-legislation-needs-reviewing.pdf

[21] http://austorganic.com/gm-farming-and-organic-the-facts-post-marsh-v-baxter/

[22] http://stevemarshbenefitfund.com.au/?p=848

[23] http://www.farmonline.com.au/news/agriculture/general/news/marsh-v-baxter-appeal-still-up-in-air/2707482.aspx?storypage=0

[24] http://www.nasaa.com.au/data/media/NASAA_Marsh%20Appeal_Media%20Release_June2014_D1.pdf

[25] http://decisions.justice.wa.gov.au/supreme/supdcsn.nsf/judgment.xsp?documentId=91E3AE81B365BAC448257D58001B4C64&action=openDocument

[26] http://www.queenslandcountrylife.com.au/news/agriculture/cropping/general-news/marsh-to-face-800000-costs-for-gm-test-case/2712854.aspx?storypage=0

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 09:30

Pourrons-nous vivre sans OGM ? 60 clés pour comprendre les biotechnologies végétales.

Editions QAE .

Ouvrage collectif coordonné par Yvette Dattée (INRA, Académie d’agriculture) et George Pelletier (Académie des sciences, Académie d’agriculture)

Présentation :

Des gains de productivité spectaculaires ont été obtenus en production agricole au cours des cinquante dernières années. Malgré tout, la malnutrition perdure dans le monde : un humain sur sept souffre encore de la faim et la population mondiale devrait atteindre 9 milliards d’habitants en 2050. L’agriculture devra donc produire plus, tout en préservant les milieux naturels et cultivés, tandis que les effets difficilement mesurables du changement climatique ajouteront des contraintes agronomiques et sanitaires. Autre objectif : lutter contre l’urbanisation, l’érosion et la salinisation pour sauvegarder nos surfaces cultivées.

Face à ces défis, aucun moyen ne saurait être négligé : il faut mobiliser toutes les technologies apportées par les progrès scientifiques, pour produire plus et mieux. Ainsi, comment créer rapidement de nouvelles variétés ? Les plantes génétiquement modifiées (PGM) résisteront-elles aux virus ? Pourra-t-on rendre les plantes plus tolérantes aux excès de sel ou de froid ? Les méthodes de sélection raisonnées et les biotechnologies y parviendront-elles ?

Mais, la science n’est pas seule en cause : les questions économiques, les choix sociétaux, les considérations politiques participent au débat. Comment sont produites et commercialisées les semences, notamment transgéniques ? Pourquoi et comment les PGM ont-elles été interdites en Europe ? Quelle est la position de la France dans ce domaine ?

Autant de questions pertinentes qui permettront au lecteur de mieux comprendre ce sujet d’actualité sensible.

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 18:37

Canal Plus diffusait pour la première fois le 31 aout une enquête consacrée aux OGM : Bientôt dans vos assiettes (de gré ou de force), de Paul Moreira. J’espère pouvoir bientôt visionner ce « documentaire » et en faire un compte-rendu. En attendant, plusieurs éléments rendent pessimistes.

1/ Les antécédents du journaliste, qui avait déjà commis un docu menteur (1) du même style que ceux de Marie-Monique Robin (2).

2/ L’accueil favorable de Télérama, qui souligne précisément la filiation de ce nouvelle enquête avec celles de Marie-Monique Robin (3). Un mélange de faits réels mais déformés, de fantasmes, de rumeurs et de ragots, voilà ce qui constitue les « preuves accablantes » et la « réflexion de fond » si appréciées du microcosme alter-journalistique.

La parution de ce documentaire nous donne donc l’occasion de revenir sur deux allégations qui ont emballé les journalistes . Nous considérerons brièvement l’affaire des prétendues diarrhées porcines au Danemark, puis de manière plus détaillée, le prétendu désastre sanitaire en Argentine.

Les diarrhées des cochons danois

Comme le révèlent les critiques, Moreira a bel et bien procédé comme MMR, allant à la pêche aux hoaxs sur les sites anti-OGM pour constituer la trame de son reportage. Ainsi, alors que la France importe des tourteaux de soja génétiquement modifié d’Amérique du Sud pour nourrir des millions d’animaux d’élevage, c’est au Danemark que notre brillant enquêteur s’est déplacé pour découvrir des cochons souffrant de diarrhées mortelles, de malformations …, et miraculeusement guéris après que l’agriculteur ait arrêté de les nourrir avec des aliments issus d’OGM.. Voilà un témoignage qui circule sur la toile (4) et que Moreira est allé « vérifier » sur place : « une preuve accablante », comme l’écrit la journaliste de Télérama. Et dire que dans son étude à 2 ans sur des rats nourris avec du maïs tolérant au RoundUp (5), le professeur Séralini n’avait pas noté de telles diarrhées ! Voilà qui devrait lui donner des idées pour concocter sa prochaine expérience 6).

Le « désastre » argentin ?

Autre « preuve accablante », la prétendue catastrophe sanitaire liée aux cultures de soja génétiquement modifié « arrosées de RoundUp » en Argentine. Dans un amalgame caractéristique, les anti-OGM visent indirectement le soja tolérant au glyphosate à cause des épandages aériens de RoundUp sur ces cultures, accusés de mettre en péril les populations habitant près des champs. Cette accusation, déjà émise en 2006 dans un article du Monde Diplomatique (7) est à peu près aussi vieille que la rumeur des paysans indiens se suicidant en masse à cause du coton génétiquement modifié. Mais à la différence de celle-ci (8), la thèse du désastre sanitaire en Argentine n’a jamais été réfutée par des études ou une contre-enquête.

Alors, s’agit-il d’un simple hoax, ou le battage des anti-OGM à ce sujet reflète-t-il au moins partiellement la réalité ?

Il nous semble aller de soi que les riverains de champs puissent vivre des épandages de produits phytosanitaires comme une nuisance. De là à leur attribuer tous les problèmes, il n’y a un pas évidemment vite franchi par les anti-OGM. Exhiber des photos de gamins couverts de plaies, exploiter la détresse individuelle d’une mère dont l’enfant est mort des suites d’une malformation, voilà les méthodes classiques de MMR et de sa mouvance. Mais depuis la propagation de la rumeur argentine, a-t-on avancé en matière de preuve à ce sujet ?

Entre deux photos chocs à ce sujet dans un journal racoleur nommé Nouvel Observateur (9), il est affirmé qu’un certain professeur Damian Verzenassi. a mené une étude sur 65.000 personnes démontrant que le taux de cancers à Santa Fe est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. "Ce peut être dû aux produits biochimiques", affirme-t-il. Or, on ne trouve aucun référencement de cette étude ni aucune publication de cet individu dans les moteurs de recherche Pubmed ou Google Scholar. Une vraie étude épidémiologique digne de ce nom n’existe donc vraisemblablement pas. Par contre, une véritable étude portant sur la province de Cordoba, la première province argentine pour la culture du soja génétiquement modifié, donne un taux d’incidence standardisé selon l’âge de 121 ‰ chez les hommes, et de 142 ‰ chez les femmes (10) : en France, cette incidence est plus de 3 fois supérieure chez les hommes et 2 fois supérieure chez les femmes (11). Et l’incidence du cancer dans cette province serait moins élevée que pour l’ensemble de l’Argentine, qui elle-même présente des taux beaucoup plus bas que la France (12). Curieux, pour un pays, et en particulier, une région « empoisonnée »par les OGM et les pesticides, selon la propagande…

De nouvelles preuves à se mettre sous la dent ?

Outre les sempiternels « témoignages », les anti-OGM ont avancé quelques nouveaux pions :

  • L’étude publiée en 2010 du professeur Andrès Carrasco et son équipe de Buenos Aires alléguant des effets tératogènes du glyphosate sur des embryons de grenouille et de poulets (13). Dans une lettre à l’éditeur publiée en 2011, des toxicologues de différente compagnies (Monsanto, Dow Chemical..) mettaient en cause cette expérience, jugée totalement irréaliste par rapport aux conditions réelles d’exposition au glyphosate. Au delà de cette critique, il est intéressant de constater que Carrasco a élaboré son expérience sur la base des allégations sanitaires des anti-OGM, et qu’il a par la suite participé à leur campagne, s’affichant aux côtés de militants anti-OGM affirmés, tels que Michel Antoniou (CRIIGEN) ou John Fagan, fondateur du Global Id group et adepte du Mouvement de la méditation transcendantale (14).

Il n’en fallait pas davantage pour entrer dans la galerie des martyrs du mouvement. D’autant que Carrasco aurait en effet été victime de menaces et de tentative d’agressions alors qu’il s’apprêtait à participer à une conférence en Aout 2010 à La Leonesa. Selon Les amis de la terre, une bombe aurait même explosé (15).Curieusement, Amnesty International reproduit la même information (16) , sans parler d’une bombe ! Le déroulement exact des faits est donc difficile à établir.

Quoi qu’il en soit, si Carrasco participait à une réunion à La Leonesa, petite ville de la province du Chaco, ça n’était pas par hasard : venait de paraître le rapport d’une commission commandé par le gouvernement de la province, censé confirmer officiellement et de manière accablante les dégâts des épandages de glyphosate (16) . Les anti-OGM tenaient enfin leur preuve.

Un rapport complètement indigent

Une lecture rapide de ce rapport permet pourtant de se rendre compte de sa grande indigence, qui aura peut-être échappé au professeur Carrasco.

Remarquons d’emblée que les champs qui côtoient les faubourgs de la petite ville sont plantés de riz, et non de soja. Simple détail, me direz-vous…

Tout ce que les auteurs ont trouvé à se mettre sous la dent, ce sont quelques données extraites des registres hospitaliers, interprétées de manière dilettante.

Rapportant l’incidence du cancer chez les enfants de moins de quinze ans, ils notent pour La Leonesa un triplement entre 2000 et 2009 par rapport à la période 1990-1999 (17). On est ainsi passé de 0,2 cas en moyenne par an à 0,6 cas. Non sans une certaine candeur, les auteurs jugent ce triplement « significatif ». Ils ignorent ainsi totalement que ces valeurs et la distribution des cas est complètement compatible avec les lois qui gouvernent les évènements très rares. En outre, ni le type de cancer ni le lieu d’habitation des malheureuses victimes (et donc leur exposition potentielle ou non aux épandages aériens) n’est connue . Habiter à 100 mètres ou à 3 kilomètres d’une exploitation, ça n’est pas tout-à fait la même chose ! Cela n’empêche nullement les auteurs de lier cette « augmentation » à la progression de l’emprise agricole.

La deuxième donnée fournie à l’appui serait encore plus cocasse si le sujet n’était pas si tragique : Les registres , portant cette fois-ci sur l’ensemble de la population de la région, relèveraient une explosion de l’incidence des malformations parmi les nouveau-nés. Celle-ci passerait de 19,1 ‰ à 85,3 ‰ .Rien bien sûr ne permet d’en déduire une quelconque responsabilité des pesticides dans cette évolution. Mais surtout, les auteurs ont fait du cherry picking dans les registres: les données portent sur 1997-1998, 2001-2002, puis 2008-2009 et sur des périodes différentes (18,12 et 14 mois). Pour quelles raisons ne fournissent-ils pas toutes les données du registre, sinon pour cacher des chiffres qui iraient à l’encontre de leur thèse ? Il s’agit là d’une conception très séralinienne de l’analyse des données.

Conclusion provisoire :

Nous n’affirmons pas que les épandages aériens de produits phytosanitaires ne causent aucun problème. Mais les allégations sanitaires à ce sujet pour l’Argentine, pour incriminer le glyphosate et , bien sûr les plantes génétiquement modifiées tolérantes au glyphosate, ne reposent sur aucune preuve digne de ce nom. Ce rapport de la province du Chaco, censé apporter la confirmation de ce que la propagande martèle depuis des années, est particulièrement ridicule. D’autre part, les données épidémiologiques réelles disponibles sur le cancer en Argentine vont à l’encontre de la thèse d’une catastrophe sanitaire.

Une fois de plus, il n’y a donc aucune raison de prendre aux sérieux les rumeurs anti-OGM.

Anton Suwalki

___________________________________________

Notes :

  1. OGM , l’étude qui accuse
  2. http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/ogm-decryptage-d-une-manipulation-mediatique,183.html

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-de-gre-ou-de-force-124480727.html

  1. http://television.telerama.fr/tele/magazine/special-investigation,258726,emission82123269.php#LdT4hsEC7koaKJIL.99
  2. http://www.isias.lautre.net/spip.php?article249
  3. voir notre dossier :
  4. http://imposteurs.over-blog.com/page-4536267.html
  5. http://www.monde-diplomatique.fr/2006/04/VIOLLAT/13346
  6. http://imposteurs.over-blog.com/article-coton-bt-en-inde-pour-en-finir-avec-les-rumeurs-106144487.html
  7. http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20131025.OBS2700/samedi-8h-en-images-l-argentine-empoisonnee-par-les-pesticides.html

(10) Cancer incidence pattern in Cordoba, Argentina.

Eur J Cancer Prev. 2009 Aug;18(4):259-66. doi: 10.1097/CEJ.0b013e3283152030.

(11)http://lesdonnees.e-cancer.fr/les-fiches-de-synthese/29-incidence-mortalite/38-ensemble-des-cancers/#ind5

(12) http://www.wcrf.org/cancer_statistics/cancer_frequency.php

Mais Belpomme nous expliquerait surement que la surincidence en France est liée à l’exposition aux radiofréquences…

(13)Glyphosate-Based Herbicides Produce Teratogenic Effects on Vertebrates by Impairing Retinoic Acid Signaling, Chem. Res. Toxicol., 2010, 23 (10), pp 1586–1595

(14) Agriculture et Environnement n° 125, Mai 2014

(15)http://www.amisdelaterre.org/Andres-Carrasco-l-ennemi-du.html

(16) http://www.amnesty.org/fr/library/asset/AMR13/005/2010/fr/dcb359ab-1630-4a80-bb82-04b03476f870/amr130052010fr.html

(16) http://www.gmwatch.eu/files/Chaco_Government_Report_English.pdf

(17) La Leonesa :

Population 10.067

Moins de 15 ans :2.960

’95: 1 cas (de cancer nfantile)

’97: 1 cas

’00: 1 cas

’03: 2 cas

’04: 1 cas

’08: 1 cas

’09: 1 cas

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 16:32

Or donc Food & Chemical Toxicology a – finalement – retiré (dépublié), en novembre/décembre 2013, l'« étude » de Séralini et al. « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize » initialement mise en ligne le 19 septembre 2012 [1].

Or donc M. Gilles-Éric Séralini a trouvé l'asile scientifique (enfin... il serait plutôt écolo-politique) chez Environmental Sciences Europe, un titre du groupe Springer. Il y a republié son œuvre sous un titre vengeur : « Republished study : [...]» [2].

Et la vie continue à F&CT.

Le 31 janvier 2014, F&CT a mis en ligne un article de Bryan Delaney, Laura M. Appenzeller, Jason M. Roper, Pushkor Mukerji, Denise Hoban et Greg P. Sykes, « Thirteen week rodent feeding study with processed fractions from herbicide tolerant (DP-Ø73496-4) canola » [3]. Une étude classique de toxicité subchronique à 90 jours sur 12 rats par groupe ; et sept groupes par sexe : un groupe recevant une alimentation contenant du colza tolérant la molécule herbicide glyphosate, lequel colza a été produit avec emploi du glyphosate pour le désherbage ; un groupe recevant ce même colza, mais cultivé sans recours au glyphosate ; un groupe recevant un colza quasi isogénique ; quatre groupes recevant un autre colza.

Les auteurs ont précisé :

« Tous les aliments ont été formulés en tant que variantes de l'aliment de laboratoire standard PMI® Nutrition International, LLC Certified Rodent LabDiet® 5002 (PMI® 5002). »

Le tourteau et l'huile de colza se substituaient à ceux du soja.

Les auteurs ont conclu :

« Aucune différence toxicologiquement significative n'a été observée entre les traitements et les témoins. Les résultats décrits ici étayent la conclusion que le tourteau DH [déshuilé/dégraissé et grillé] et l'huile RBD [raffinée/décolorée/désodorisée] sont aussi sains et nutritifs que le tourteau DH et l'huile RBD obtenus à partir de graines de canola non GM. »

Cela n'a pas plu à M. Gilles-Éric Séralini et son équipe rapprochée (MM. Robin Mesnage, Nicolas Defarge et Joël Spiroux de Vendômois). Ils ont donc écrit une lettre à l'éditeur, M. A. Wallace Hayes, celui qui avait osé décider – seul selon lui – de dépublier M. Séralini [4].

Que disent-ils en substance ?

Que les conclusions de l'étude peuvent être utilisés par des instances de régulation ; que, selon leurs propres tests sur la Purina Certified Rodent LabDiet 5002, celle-ci contenait du maïs transgénique et du glyphosate, ainsi que son métabolite, l'AMPA ; qu'en conséquence, « la présence incontrôlée des résidus de pesticides et autres OGM rend l'étude non concluante » ; que « selon les critères de l'éditeur de F&CT, l'étude devrait être retirée à son tour »

On peut dire que c'est de bonne guerre ; mais aussi du niveau de la cour de récréation.

Sur le plan scientifique, c'est d'une indigence crasse. L'objet de l'étude était d'étudier les effets d'un colza transgénique en comparant une alimentation le contenant à des rations contenant d'autres colzas – toutes autres choses étant égales par ailleurs. C'était bien le cas.

M. Delaney a répondu par une lettre à l'éditeur [5]. Lapidaire et cinglante :

« Mesnage et al. n'ont pas analysé les rations témoins de notre étude. »

Il nous faut gâcher un peu cette étourdissante chute. Mais il y a encore matière à Schadenfreude;

M. Delaney et ses co-auteurs sont employés par la firme DuPont Pioneer. Ils ont déclaré une absence de conflits d'intérêts, et formellement relevé le parrainage de DuPont Pioneer. M. Delaney est un des directeurs de rédaction de F&CT.

MM. Mesnage, Defarge et Séralini se sont prévalus du CRIIGEN et de l'Université de Caen (dans cet ordre), M. Spirous de Vendômois du seul CRIIGEN.

La lettre à l'éditeur de Mesnage et al. a été mise en ligne le 2 juillet 2014 ; la réponse le lendemain.

Cela n'a pas empêché Mme Claire Robinson de produire un article sur GMWatch (tiens... pourquoi pas sur GMOSeralini dont elle est la directrice de rédaction ?), « The farce of GMO industry safety studies », daté du 11 juillet 2014, qui occulte la réponse de M. Delaney [6].

Et il y a mieux encore : le CRIIGEN (donc M. Séralini, etc.) a publié une traduction et adaptation le 17 juillet 2014, « Analyse toxicologique des OGM : la mauvaise farce des études de l'industrie », toujours sans tenir compte de la réponse [7].

Le monde de la désinformation n'est-il pas merveilleux ?

Wackes Seppi

_________________

[1] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512005637

Texte disponible, par exemple, à :

http://www.ask-force.org/web/Seralini/Seralini-Long-Term-Toxicity-RR-Bt-def-2012.pdf

[2] http://www.enveurope.com/content/26/1/14

[3] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691514000568

[4] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691514003226

(accès payant)

[5] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691514003238

(accès payant)

[6] http://www.gmwatch.org/index.php/news/archive/2014/15529-the-farce-of-gmo-industry-safety-studies

[7] http://www.criigen.org/dossier/1131/display/-Analyse-toxicologique-des-OGM-la-mauvaise-farce-des-etudes-de-l-industrie

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 17:47

En février 2014, le gouvernement organisait une « consultation du public », à propos du projet d’arrêté vise à interdire la commercialisation et l’utilisation des variétés de semences issues de la lignée de maïs génétiquement modifié MON 810, pour faire face aux risques environnementaux liés à la mise en culture de ces variétés (1).

Des scientifiques, mais aussi,probablement, des agriculteurs, utilisateurs potentiels des PGMqui sont tout aussi « citoyens » que monsieur Lambda, ont tenu à s’exprimer sur le sujet, qu’ils connaissent un peu plus que le citoyen ordinaire. Ces contributions n’étant pas accessibles au public(2), et dont le gouvernement n’a évidemment pas tenu compte, nous avons décidé de publier celles qui nous sont parvenues.

La première émane de Philippe Joudrier.

Anton Suwalki

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Préliminaire :

La formulation correcte est : interdire les variétés de maïs porteuses de l'événement de transformation MON810 ...

Il conviendrait d'utiliser cette formulation dans chacun des articles de l'Arrêté (ou presque). Le « maïs MON 810 » n'existe pas !

MON 810 qualifie un événement de transformation qui a été introduit initialement dans un génotype d’une lignée de maïs (par transgénèse) qui a servi ensuite de géniteur pour créer des lignées puis de nouvelles variétés et enfin des semences "hybrides F1".

Bonjour,

En tant qu'intervenant à de multiples reprises et de manière officielle, j'ai eu à instruire ce dossier correspondant à l'événement de transformation MON 810 et à fournir des AVIS collectifs construits et justifiés scientifiquement.

Les différentes tentatives (moratoires) que les différents gouvernements successifs récents ont pu produire pour interdire cet événement MON810 vis à vis de l'Europe notamment ont toutes été déboutées ou désavouées que ce soit par l'AESA, la CJUE et encore plus récemment par le Conseil d'Etat.

Les maigres "arguments " fournis cette fois-ci relèvent presque du folklore ... En effet, utiliser notamment comme argument la protection d'un pauvre papillon que l'on ne trouve pas sur le sol français est pitoyable. Les autres publications citées ne sont pas plus pertinentes.

Comme à chaque tentative, l'argumentaire fourni est hautement critiquable et semble confirmer que, décidément, les « personnes » qui rédigent ces argumentaires (ce dernier traduit ici en terme d’arrêté) font preuve d’une incompétence renouvelée.

Sans doute n’ont-ils pas réalisé et compris ce qu'est un OGM ? Quand on voit l'importance de la dérive du vocabulaire utilisé pour parler de ces OGM (tout au long de l’Arrêté), on peut raisonnablement en douter !

On finit à chaque fois par être la risée de la communauté scientifique internationale, de l'AESA et même la remise dans le droit chemin par le Conseil d'Etat ne vous empêche pas de persister dans l'erreur ce qui est particulièrement inquiétant de la part de personnes responsables et en charge de dire le Droit !

Pire vous préférez « vous » faire confiance plutôt qu'aux instances d'expertise que l'Etat a mis en place pour vous aider à prendre une décision (ANSES, HCB).

Ne pas tenir compte de leurs avis (les nier mêmes) constitue un désaveu de leurs compétences et de leurs avis scientifiques mais aussi de leurs rôles et missions et, à un moment où l’état cherche à faire des économies, on se demande bien alors pourquoi vous maintenez en place ces structures (qui font d’ailleurs doublon avec celles de l’Europe) !

Par vos décisions, vous continuez à détruire le peu de confiance que certains pouvaient avoir encore après 17 années de mensonges incessants sur les OGM !

Vous ne pouvez pas ne pas savoir que les maïs Bt, par exemple, présentent des teneurs en mycotoxines (substances toutes classées cancérigènes) très nettement inférieures aux maïs conventionnels voire ceux qui seraient cultivés selon le mode de l'AB (c'est prouvé depuis 1997). Le risque "mycotoxine" est parfaitement avéré et autrement supérieur à la nébuleuse de risques potentiels que vous mettez autour des PGM. Mais bizarrement systématiquement mis sous le boisseau depuis des décennies !

Pourtant un rapide retour sur l'histoire de l'agriculture montre que ces substances ont régulièrement provoquées des dégâts considérables au cours des siècles et toujours maintenant. La France s'est bien gardé de communiquer sur le "Dust Bowl" américain de 2012 et de ses conséquences, ni même de la teneur en mycotoxines trop importantes des denrées telles le lait, les fromages, les viandes venant de divers pays européens en 2012 et 2013.

Par votre décision politique de refuser ce type de maïs (Bt), vous nous obligez à manger des maïs conventionnels plus dangereux pour la santé que ne le sont les maïs GM. C’est insupportable !

Pourquoi n’appliquez-vous pas la Loi « OGM » de 2008 qui prévoit la coexistence de la culture de variétés GM et des variétés conventionnelles ? Pourquoi me refusez-vous la liberté de consommer des produits issus d’OGM ?

Pourquoi imposez-vous à tous les citoyens de consommer des produits issus de maïs conventionnels dont nous avons maintenant la certitude qu’ils sont moins sûrs sur le plan sanitaire ?

On est maintenant dans une situation analogue à l'amiante...! Vous savez que les mycotoxines sont dangereuses pour la santé (toutes classées cancérigènes) mais vous ne faites rien (bien au contraire) pour soustraire les populations à leur exposition !

L'histoire finira par vous rattraper mais par rapport à des affaires comme "le sang contaminé" ou "l'amiante", on saura alors facilement identifier les responsables et les coupables !

Par ailleurs, en matière d'environnement/écologie. Pourquoi refuser des plantes présentant un meilleur EIQ (Environmental Impact Quotient) que leur contrepartie conventionnelle ?

Il est curieux de constater qu'une fois de plus, la France sait mieux que les autres pays ce qui est "bon" ou "pas bon" alors que progressivement, elle a perdu toute compétence et savoir faire pour créer un OGM (en trente ans, la France n'a pas été capable d'en mettre un seul sur le marché !).

D'autre part, dans ce cas précis, il s'agit du renouvellement d'une plante qui a déjà fait ses preuves pendant 10 années (1998-2008) et même en France quelques années. Elle n’a jamais été impliquée dans quelque dégât que ce soit, les produits qui en ont été issus ont été consommé par des milliards de personnes et d'animaux dans le monde... sans constater quoi que ce soit !

Ce qui signifie que s’il y a une plante qui ne présente aucun risque, c’est bien celle-là !

Mais bizarrement, elle ne serait dangereuse qu’en France ?

Descartes : au secours !

Il est anormal et triste de voir que vous vous appuyez sur des considérations de « politique politicienne » sous-tendues par de l'idéologie pour prendre vos décisions !

Philippe Joudrier

Directeur de recherche retraité

Expert à l’AESA

Auteur de l’ouvrage : OGM : Pas de quoi avoir peur !

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Notes :

  1. http://agriculture.gouv.fr/Consultation-du-public-MON-810
  2. Le site du ministère de l’agriculture se contentant d’une « synthèse »
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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 12:52

Soit un petit village d’un millier d’habitants, dans l’ouest de l’Australie (1). Deux agriculteurs dont les champs sont voisins , amis d’enfance, se retrouvent d’un jour à l’autre en conflit : en novembre 2010, un vent violent a soufflé dans le secteur, dispersant des graines de colza du premier vers les champs du second, plantés d’avoine et de blé « bios ». Cette dissémination involontairement causée ne peut être que très mineure, et aurait très bien pu se produire en sens inverse. Imagine-t-on mettre un terme à des années de cohabitation intelligente au nom de traces fortuites de colza dans sa récolte de blé ou de avoine ? Un telle attitude conduirait à une guerre permanente dans les campagnes.

 k

C’est pourtant bien ce qui s’est passé à Kojonup. Steve Marsh, l’agriculteur bio, poursuit son ancien ami d'enfance , Michael Baxter, pour « contamination » (2). Du fait de la présence fortuite d’un peu de colza, sa certification bio lui a été retirée sur sa récolte d’avoine. Marsh se retourne donc contre Baxter, lui demandant des dommages et intérêts ! Selon certaines sources, les deux récoltes (blé et avoine) se sont vu refuser la certification (3).

 

Or à notre avis , compte tenu des éléments d’informations, Baxter, qui a suivi à la lettre la réglementation,  n’est coupable de rien,  et  si Marsh est victime, il l’est d’un système absurde et de l’intégrisme de l’idéologie bio. En effet, si l’on comprend bien l’affaire, sa certification ne lui a pas été retirée parce que sa récolte n’était pas à 100% constituée d’avoine (ou de blé), mais parce que l’ « impureté » provenait d’une plante génétiquement modifiée ! Or l’agence de certification bio australienne pose l’exigence -parfaitement stupide- de 0% d’OGM pour délivrer son label. Marsh  est donc pris dans l’engrenage d’une réglementation déraisonnable et il est encouragé par un lobby qui voit dans cette affaire banale l’occasion de faire un procès aux OGM.  La Safe Food Foundation a collecté des fonds pour que Marsh puisse intenter ce procès contre Baxter, cette belle cause valant bien de gâcher une amitié de longue date !

 

En France, de nombreux sites anti-OGM, dont Inf’Ogm, dès 2011, relaient l’information de manière très sélective et manipulatrice. Des traces de colza dans la « récolte » deviennent « contamination », juste en raison de leur caractère transgénique.

Parmi les sites français emblématiques de la croisade anti-OGM (4), aucun ne précise que Marsh cultivait du blé et de l’avoine, ce qui exclut tout croisement avec le colza incriminé, et rend la discussion sur la zone tampon de 5 mètres entre les champs complètement hors sujet . Inf’Ogm laisse volontairement penser à ses lecteurs qu’il y a une « contamination génétique », en concluant ainsi sur ce qui devrait être un non-événement : « En 2010, 8% de l’ensemble du colza cultivé, soit 72 000 hectares, étaient génétiquement modifiés, dans la région d’Australie Occidentale. Cependant les conditions climatiques début 2011, avec les vents violents, ont grandement menacé de contamination les millions d’hectares de colza non transgéniques. »  De son côté, faisant parler Rachel Dujardin, Basta Mag explique que   Steve perd son label bio sur 70 % de son exploitation et ne peut pas se retourner contre Monsanto. « La firme se protège en faisant signer un contrat à tous les agriculteurs qui achètent ses semences génétiquement modifiées, explique Rachel Dujardin. En cas de contamination génétique, la multinationale semencière n’est pas responsable » ».

       

L’intolérance des intégristes du bio les rend prêts à toutes les manipulations et les poussent à instrumentaliser n’importe quel fait divers agricole anodin. Il n’y aucune impossibilité de coexistence des cultures de plantes génétiquement modifiées avec d’autres cultures. Les problèmes de coexistence ne sont pas d’ordre agronomiques, ils sont humains. Seuls les fanatiques rendent celle-ci invivable. Dans cette affaire, c’est du côté des adeptes du bio qu’il faut chercher l’intolérance : ceux-ci voudraient imposer aux autres les règles qui s’appliquent à leur système de certification ! Que dirait-on si les cultivateurs d'OGM imposaient une pureté de 100% dans leur récolte ?

 

         Petite expérience de pensée à ce sujet : en 2008 , des chercheurs américains ont réussi à mettre au point une cacahuète transgénique  présentant un niveau réduit de son principal allergène (5). Le jour où celle-ci sera commercialisée, peut-on envisager qu'un (méchant) cultivateur de l’arachide transgénique impose à son voisin (le gentil) cultivateur d’arachide bio allergène de cultiver autre chose, ou de lui interdire de cultiver de la cacahuète sous prétexte d'un risque de dissémination ? Et là, ce ne serait pas seulement un problème réglementaire, ou de croyance, mais un véritable problème de santé publique . Pourtant, une telle  mesure est politiquement inconcevable !

 cacahoutes.jpg

Anton Suwalki   

 

 

 

 

 

 

 

(1)http://www.censusdata.abs.gov.au/ABSNavigation/prenav/LocationSearch?collection=Census&period=2006&areacode=UCL513400&producttype=QuickStats&breadcrumb=PL&action=401

(2) http://money.msn.com/business-news/article.aspx?feed=OBR&date=20140209&id=17330578

(3) http://www.truefood.org.au/newsandevents/?news=119

(4)  http://www.bastamag.net/Mobilisation-la-bataille-d-un

      http://www.infogm.org/spip.php?article4825

      http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article1045

 

(5)http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1467-7652.2007.00292.x/abstract;jsessionid=0C0DA047531D5E641CD04CEA6DD26B40.f01t03?deniedAccessCustomisedMessage=&userIsAuthenticated=false

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:17

Le deuxième livre de Marcel Kuntz, biologiste, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’Université Joseph Fourier de Grenoble, vient de paraître aux Presses Universitaires de Grenoble, dans la collection Rien d’impossible.

 

Vous avez accès aux premières pages du livre sur le site de l’éditeur. 


Présentation :

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) vont-ils réaliser des miracles pour nourrir la planète, ou aboutir à un désastre ? Scientifiquement la question ne se pose pas ainsi. Qu’en est-il de la brevetabilité ? La coexistence entre les cultures d’OGM et les autres est-elle possible ? Quelle est la place du chercheur dans un tel contexte ? Il n’existe actuellement en France aucune culture transgénique ; il faudrait, entend-on, évaluer davantage les OGM. Cependant, cette recherche est aujourd’hui impossible dans notre pays. Pourquoi un tel paradoxe ? Après plus de quinze ans de polémiques, il n’y a plus de doute : la querelle des OGM est avant tout politique. La science est-elle dévoyée par cette politisation du débat ? L’interférence du politique a-t-elle des effets sur la science ? Quel rôle jouent les médias, et notamment les plus militants ? L’usage de la violence contre des expérimentations scientifiques est-il un moyen d’expression politique acceptable ? Cet ouvrage, rythmé par les tribunes de l’auteur depuis 2007, fait apparaître les points cruciaux soulevés par la problématique OGM depuis ses débuts, dressant un portrait parfois peu flatteur de ses soubassements politiques.

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 13:49

Version complétée le 19 décembre 2013


Conférence de presse sur fond de conflit d'intérêts...

 

Le 28 novembre 2013, Mme Corinne Lepage, membre du Parlement européen, a organisé une conférence de presse au Parlement européen – abusant ainsi des facilités offertes à ses membres – pour dénoncer la décision de Food & Chemical Toxicology de dépublier l'article de M. Gilles-Éric Séralini et al., « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize » et plus encore la prétendue mainmise de l'industrie sur l'information scientifique et le processus de décision sur les OGM [1].

 

Pourquoi a-t-elle abusé ? Manifestement par suite d'un énorme conflit d'intérêts puisqu'elle est aussi une des fondatrices du CRIIGEN, une association dont plusieurs auteurs de l'article se sont prévalus ; qu'elle en est la présidente d'honneur (sans nul doute avant de reprendre la présidence à la fin de son mandat de parlementaire) ; qu'elle a été partie prenante dans l'« étude » de M. Séralini (notamment dans le montage financier et dans son opacification [2], ainsi que dans la médiatisation qui s'en est suivie) [3] ; etc. ; etc.

 

Manifestement, c'est l'activiste, co-responsable de l'utilisation des fonds (3,2 millions d'euros...) collectés auprès de Carrefour, Auchan et autres donateurs restés dans l'ombre pour la production d'une « étude » super-indigente, qui s'est exprimée ; même si elle a épicé son discours avec quelques références à ses activités parlementaires.

 

 

...de militants faisant dans l'escalade d'engagement

 

Mme Lepage était entourée :

 

de quatre auteurs de l'article maintenant dépublié, M. Nicolas Defarge, M. Robin Mesnage, M. Gilles-Éric Séralini (président du Conseil scientifique du CRIIGEN) et M. Joël Spiroux de Vendômois (président du CRIIGEN) ;

 

de Mme Frédérique Hilary, secrétaire du CRIIGEN ;

 

de M. Paul Deheuvels, membre de l'Académie des sciences, probablement le seul statisticien au monde à trouver, sur le plan statistique, des mérites à l'« étude » de Séralini et al. ;

 

de M. François Veillerette, officiant en qualité de représentant de Générations Futures et du Pesticide Action Network, chargé de sonner une fois encore le tocsin sur les dangers allégués des OGM ;

 

de Mme Valérie Nicolas, de la Fondation Sciences citoyennes ;

 

de Mme Nina Holland, du Corporate Europe Observatory (CEO, chargée de mettre une couche sur les conflits d'intérêts allégués.

 

 

Calomniez, calomniez...

 

Mme Lepage s'en est pris vivement à Mme Anne Glover, conseillère scientifique du Président Barroso, qu'elle a notamment accusée de « tradui[re] la prise de pouvoir du lobby au sein même de la Commission » et d'être une « ancienne de chez Monsanto » [4].

 

C'était dans ses remarques liminaires, manifestement lues à partir de notes.  Il y a eu plus violent encore.  Mme Lepage a notamment demandé la démission de Mme Glover [5] : « Je demande qu'il soit enfin dans la réalité mis un terme à ce qui n'est même plus du conflit d'intérêts, mais qui est de l'occupation de postes de responsabilité par des personnalités venues des lobbies pour défendre les intérêts des lobbies.  Et je pense en particulier... à commencer par Mme Glover et à un certain nombre de personnes de l'EFSA. »

 

 

Un dérapage parfaitement contrôlé

 

À ce stade, on ne peut que formuler deux hypothèses, l'une aussi peu charitable que l'autre :

 

1.  Ou bien Mme Lepage a tenu des propos diffamatoires qui lui auront été soumis par un staff peu scrupuleux ; en quelque sorte à l'insu de son plein gré.

 

2.  Ou bien Mme Lepage a tenu ces propos diffamatoires en toute connaissance de cause, en sachant qu'elle ne risquait rien.

 

C'est d'autant plus extraordinaire que cette sensationnelle « nouvelle » d'un lien avec Monsanto serait un scoop, alors même que Mme Glover a publié son CV sur le site de la Commission et que sa carrière a été décrite par ailleurs, vu ses fonctions précédentes [6].  Une « nouvelle » qui aurait échappé aux – nombreux – décortiqueurs de CV et chasseurs de conflits d'intérêts...

 

À commencer par le spécialiste de la question, le CEO.  Qu'écrit-il sur la conférence de presse ? « L'eurodéputée Corinne Lepage, ainsi que Corporate Europe Observatory, ont souligné lors de la conférence de presse l'attaque manifeste du lobby de l'industrie de la biotechnologie sur les normes de sécurité alimentaire, et le rôle joué par des groupes de pression tels que l'ILSI. En outre, le rôle de la conseillère scientifique en chef du président de la Commission européenne, Anne Glover, a été mis en question. Glover a non seulement rejeté l'étude de Séralini en termes péremptoires, faisant écho à l'ensemble des arguments de l'industrie, mais elle est également connue pour répéter les propos de l'industrie selon lesquels "les cultures GM sont la clé pour nourrir le monde" et la sécurité alimentaire des OGM a été prouvée au-delà de tout doute" . Ces déclarations sont loin de "l'avis d'expert indépendant sur tous les aspects de la science, de la technologie et de l'innovation", comme le prévoit son mandat à la Commission européenne. Lepage a appelé à la démission d'Anne Glover. »

 

Ainsi donc, le CEO reproche à Mme Glover de pécher contre la ligne du parti alter et anti, mais, surtout, n'évoque nullement sa prétendue appartenance à l'Axe du mal monsantiste en tant qu'ancienne employée.

 

On doit dès lors envisager sérieusement la deuxième hypothèse... le mensonge délibéré.  L'erreur de bonne foi, surtout s'agissant de l'avocate Lepage, est invraisemblable.

 

 

Un fidèle perroquet, l'AFP...

 

« Un mensonge peut faire le tour de la terre le temps que la vérité mette ses chaussures » (Mark Twain).

 

L'extravagante « nouvelle » a été consciencieusement répercutée par l'AFP, sans vérification.  Ce n'est pas la première fois que nous critiquerons ici un comportement choquant car contraire à la déontologie journalistique.  Livrer de l'information brute aux journaux en un temps record est peut-être la mission de notre agence nationale, mais cette mission ne la dispense pas de vérifier, ni de livrer la véritable information, pas ce qui relève du caniveau.

 

Toujours est-il qu'une série de journaux ont repris le texte de l'AFP et donc le hoax d'une ancienne relation de travail entre Mme Glover et Monsanto [7]...

 

 

...un mensonge et un démenti font deux dépêches

 

C'est bien connu.  Une information démentie, c'est une nouvelle dépêche.  L'AFP s'y est collée.

 

Mais les experts ès manipulations du cirque politico-médiatique savent aussi que publier un démenti, surtout pour des journaux qui sont passés à autre chose, n'est pas passionnant.  La preuve : selon nos recherches, seuls Paris-Normandie et Agrisalon ont repris ce démenti [8].

 

 

Chez les Lepage, Séralini, etc., on ne se refuse rien...

 

En définitive, en lançant ce qui relève d'une mise au pilori compte tenu de l'hystérie que suscite le nom de cette compagnie que l'altermonde aime tant haïr et vilipender, Mme Lepage a fait – avec l'aide d'une AFP complaisante – du buzz, pour, dans l'immédiat, donner de l'audience à la conférence de presse.

 

C'est aussi empoisonner la vie de Mme Glover et la décrédibiliser sur le plus long terme.  D'ailleurs la machine à rumeurs a commencé son oeuvre.

 

À la litanie des Diána Bánáti, Suzie Renckens, Harry Kuiper, etc. on ajoutera donc Anne Glover...

 

 

Des excuses désinvoltes...

 

Mme Lepage a cependant été prévoyante.  Le propos diffamatoire n'est pas repris sur son blog, alors même qu'elle y reprend sa demande de démission de Mme Glover [9].

 

Mme Glover n'a pas apprécié et l'a fait savoir à Mme Lepage dans une lettre rendue publique et dont une partie a été citée par l'AFP : « Vous êtes citée comme m'ayant accusée d'être une ancienne de Monsanto. Si cela est exact, je vous demande de me présenter immédiatement des excuses publiques et de revenir sur cette déclaration, car je n'ai jamais été employée par Monsanto et n'ai jamais mené aucune étude pour eux » [8].

 

Mme Lepage s'est empressée d'obtempérer.  Elle a dit, selon l'AFP, « "reconnaitre bien volontiers" son erreur et "présente ses excuses pour avoir affirmé de manière incorrecte que vous avez été employée par la compagnie Monsanto" » [8].

 

Comment interpréter « bien volontiers » ? Nous y voyons une forme de mépris.

 

Modernité oblige, il y a eu un échange de gazouillis (en franglais : tweets) [10] le même jour (5décembre 2013).  Mais les excuses de Mme Lepage, on ne les lira que sur le compte de Mme Glover...

 

...assorties de revendications

 

Quand on poussé le bouchon, même en s'excusant dans la foulée, pro forma, dans le quasi-silence des médias abusés, on aurait tort de se priver de l'occasion de le pousser encore plus loin...

 

Mme Lepage demande donc à Mme Glover de rendre publique une déclaration d'intérêts pour « permettre d'être informé sur d'éventuels conflits d'intérêts ».

 

Demande extravagante puisque Mme Glover en a déjà publié une de son propre chef [6].

 

Et demande plus extravagante encore quand l'AFP nous informe que Mme Lepage demande aussi « des précisions sur l'entreprise spécialisée dans les biocapteurs qu'elle a créée en 1999 et sur d'éventuels brevets déposés par cette entreprise » ; autrement dit, que Mme Lepage connaît parfaitement le parcours de Mme Glover... et a consulté la déclaration publiée.

 

 

Harcèlement

 

Manifestement, cette demande relève du harcèlement, d'une inquisition qui sied particulièrement bien à l'écologisme politique totalitaire.

 

Il faut donc battre le fer quand il est chaud.  M. François Damerval, assistant parlementaire de Mme Lepage qui se présente comme son chef de cabinet s'y est collé sur un blog de Médiapart le 9 décembre 2013 [11].  En réponse à une analyse de l'excellent Yann Kindo [12].

 

Mais sans préciser ses liens d'intérêts avec Mme Lepage...

 

Et avec toujours les mêmes techniques sournoises de décrédibilisation, d'insinuations, de demi-vérités, de mensonges et autres perfidies.  Qu'on en juge !

 

« Madame Glover, qui n’avait pas jugé utile de publier sa déclaration d’intérêt... » ? Comment expliquer à ce triste sire qu'elle n'y était pas obligée [6] ? Ah non ! Ce n'est pas possible ! Car il a fallu qu'il se vante, le brave homme : « Il n’en demeure pas moins que Madame Glover [...] a publié à la suite de ma demande sa déclaration d’intérêt » (c'est nous qui graissons ; la déclaration est datée du 6 décembre 2013 [6]).  « Suite à ma demande » quand l'AFP écrit : « L'élue française demande ensuite à Mme Glover de rendre publique une déclaration d'intérêts » [8]...

 

« ...pour une éminente spécialiste de la biologie moléculaire elle a du (sic) croire que travailler chez Monsanto puisse (sic) être une injure. » ? Non, M. Damerval, une diffamation.  Une diffamation à peu près du même tonneau que l'imputation de manquement à la probité intellectuelle du fait du financement par Greenpeace qui, dans un passé récent, a mis M. Séralini en transe, ainsi que, du reste, Mme Lepage.  Une diffamation que votre patronne s'est empressée de retirer, non pas en raison d'« un trait de caractère rare en politique de reconnaitre une erreur » (qui ne s'est pas traduit sur son compte Twitter...) mais du franchissement manifeste d'une ligne rouge.

 

« ...sa déclaration d’intérêt [...] fait apparaître qu’elle est toujours actionnaire d’une petite entreprise de biotechnologie, dont on ignore le nom, les brevets déposés et/ou vendus et les liens commerciaux qui ont pu en naître » ?  Elle s'appelle Remedios [13], l'entreprise, M. Damerval.  C'est une entreprise dérivée des recherches de son équipe (spin off company). Elle est mentionnée dans la déclaration d'intérêts, avec beaucoup de détails sur le rôle qu'y a joué Mme Glover.  C'est au point 6 de la déclaration, M. Damerval.

 

Et sa déclaration dit aussi : « Nous avons tous deux [son époux et elle] gardé une très faible participation dans la société qui découle de notre investissement financier initial lorsque la société a été créée. Je détiens actuellement 1.135 actions ordinaires à une valeur d'émission de £ 1 chacune (à dater de 2012). » Et Mme Glover estime sa participation à moins de 0,1 % de la valeur de la société.  Incidemment, pour les brevets, outre ce qui est dit dans la déclaration d'intérêts, il existe d'excellentes bases de données...

 

En voilà donc une, de capitaliste ! Une capitaliste qui n'a plus d'autre lien avec l'entreprise depuis... 2002 (ce qui fait deux ans de séparation de plus que pour Richard E. Goodman et Monsanto...).

 

Mais c'est aussi qu'elle « siège au board d’une société savante Science Business aux côtés de représentants de Microsoft, Sanofi ou BP et dans les participants on compte des sociétés de biotechnologies »...  C'est que fricoter avec ces gens... ça crée des conflits d'intérêts pour les ultras de la virginité intellectuelle !

 

Mais cette « société savante » est conçue comme un carrefour entre la recherche et l'entreprise, destiné entre autres à créer des conditions propices à l'innovation et à favoriser la valorisation des résultats de la recherche... évidemment pas celle de M. Séralini, mais celle qui est détestée par l'écologisme punitif et décroissantiste.  Elle fait partie des structures dont l'Union européenne a vivement encouragé la création, et sur lesquelles l'Union se penche avec bienveillance.  Mme Glover y est en conséquence en très bonne compagnie.  Il y a aussi, comme membres invités, M. Pat Cox, ancien président du Parlement européen et Mme Maria da Graça Carvalho, membre du Parlement européen [14].  Et cette boîte à idées et de réseautage invite beaucoup de membres de la Commission (commissaires et fonctionnaires) à s'exprimer dans ses réunions.

 

Mais il est vrai que pour les Torquemada, les Vichinsky, les McCarthy d'un certain écologisme, ils doivent tous être affligés de conflits d'intérêts.  Ou «  des personnalités venues des lobbies pour défendre les intérêts des lobbies » en occupant des postes de responsabilité.

 

Wackes Seppi

PS

 

Deux lectures qui se recommandent :

 

http://arianebeldi.wordpress.com/2013/11/29/commentaires-a-chaud-17-les-journalistes-du-nouvel-obs-a-la-rescousse-du-soldat-seralini/#more-3887

 

http://jacqueshenry.wordpress.com/2013/11/30/lecologie-ideologique-revisitee-seralini/

 


Sources

 

[1]  https://www.youtube.com/watch?v=4VSqeKd7M9k

C'est judicieusement intitulé : « Séralini au Parlement Européen (28/11/2013) - Elsevier retire l'étude sur les OGM ».

 

[2]  M. Séralini a expliqué les raisons du montage dans « Tous cobayes ! », repris dans le Nouvel Observateur :

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120918.OBS2789/ogm-quand-la-grande-distribution-finance-une-etude-choc.html

 

[3]  Dans un timing quasiment parfait, Mme Lepage a publié, dans la semaine qui a suivi la publication de M. Séralini, « La vérité sur les OGM, c'est notre affaire ! », aux éditions Charles Léopold Mayer.

 

[4]  À 2:20.

 

[5]  À 34:24.  Voir aussi :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/ogm-corinne-lepage-et-gilles-eric-seralini-denoncent-les-pressions-contre-la-recherche-independante-80767.html

L'année dernière, Mme Lepage s'en prenait violemment à Mme Catherine Geslain-Lanéelle, directrice exécutive de l'EFSA ; auparavant, c'était Mme Diána Bánáty... à croire qu'elle a un problème avec les femmes aux postes de responsabilité.

 

[6]  http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/president/chief-scientific-adviser/index_en.htm

Voir par exemple, pour les éléments de CV publiés par ailleurs :

http://www.nature.com/naturejobs/science/articles/10.1038/nj7100-326a

 

[7]  Par exemple :

http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/ogm-l-influence-des-groupes-de-pression-en-accusation-a-bruxelles_1303685.html

 

[8]  http://www.paris-normandie.fr/article/agriculture/la-conseillere-scientifique-du-president-barroso-dement-etre-une-ancienne-de-mon

http://www.agrisalon.com/fr/permalien/article/7002982/La-conseillere-scientifique-de-J-M-Barroso-dement-etre-une-ancienne-de-Monsanto.html

 

[9]  http://www.corinnelepage.eu/cp-corinne-lepage-denonce-les-pressions-contre-la-recherche-independante-sur-les-ogm/

 

[10]  https://twitter.com/EU_ScienceChief

 

[11]  http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-damerval/091213/quand-le-sage-montre-la-lune

 

[12]  http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/071213/monsanto-corinne-lepage-sest-encore-plantee

 

[13]  http://www.eshremedios.com/?index.html

 

[14]  http://www.sciencebusiness.net/General/InnovationBoard.aspx

 

 

 
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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 17:48

Complément : la lamentable épopée du maïs 1507

par Wackes Seppi 

 

 

 

Or donc, M. Jean Quatremer, journaliste à Libération, pratique la censure et l’intimidation [1].  Dans le cadre d'un billet [2] dont nous avons relevé, sur ce site, une série conséquente d'inepties ([1], commentaire N° 6).

 

Pour bien comprendre combien il est à côté de la plaque en imputant au Président de la Commission européenne, M. José Manuel Durão Barroso, un pro-ogmisme militant, il est utile de rappeler l'incroyable épopée du maïs 1507 et la non moins incroyable succession de manœuvres dilatoires dans la procédure d'autorisation de culture, inaboutie à ce jour (25 novembre 2013).

 

 

Quel maïs, au fait ?

 

Il s'agit de maïs portant essentiellement le gène cry1F (version tronquée), qui confère une résistance à certains insectes lépidoptères ravageurs, comme la pyrale du maïs et la sésamie, et le gène pat, qui confère une tolérance à l’herbicide glufosinate-ammonium et qui a été introduit comme marqueur dans le processus de sélection.  Il est commercialisé aux États-Unis d'Amérique comme Herculex I Insect Protection [3].

 

C'est un produit de deux entreprises, Pioneer Hi-Bred International, Inc. et Dow AgroScience, ce dernier agissant pour Mycogen Seeds.  Pour mettre les choses au clair, ce n'est pas le méchant Monsanto, ni le gène à la base du MON 810, qui est un Cry1Ab.  Et ce n'est pas « un » maïs ; à terme, ce sera une pluralité de variétés, génétiquement différentes, sans nul doute de semenciers différents, mais portant toutes cet « événement de transformation » ; du reste, des dossiers d'autorisation ont déjà été déposés par d'autres entreprises pour des maïs portant plusieurs événements (« empilés ») dont le 1507.

 

Ce maïs a été autorisé à l'importation dans l'Union européenne pour l'alimentation animale le 3 novembre 2005, et pour l'alimentation humaine le 3 mars 2006 [4].

 

 

Et l'épopée commence... en 2001

 

Pioneer Hi-Bred a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour la culture auprès des autorités espagnoles en 2001 (l'avis de réception est daté du 11 juillet 2001) [5].  C'était sous l'empire de la directive 90/220/CEE du Conseil, du 23 avril 1990, relative à la dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement.  Celle-ci ayant été abrogée, la demande a été modifiée, le 17 décembre 2002, pour la mettre en conformité avec la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, du 12 mars 2001, relative à la dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement et abrogeant la directive 90/220 [6].

 

Le 1er août 2003 (deux ans après le dépôt de la demande), l’autorité compétente espagnole a adopté un rapport d’évaluation favorable [7], en concluant « à l’absence de preuve scientifique démontrant que la commercialisation du maïs 1507 présentait un risque pour la santé humaine ou animale ou pour l’environnement ».  Cette phrase est tirée d'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne qui servira grandement de source d'information ci-après [8].

 

L'autorité espagnole a transmis son rapport à la Commission des Communautés européennes, qui l’a transmis, le 20 août 2003, aux autorités compétentes des autres États membres.  Il y a donc eu diligence.

 

Comme il fallait s'y attendre, certains États membres ont émis des objections à la mise sur le marché du maïs 1507.  La Cour relève à ce sujet : « Les autorités compétentes et la Commission ne sont pas parvenues à un accord dans le délai de 105 jours prévu par ce même article [article 15.1], qui a été prolongé jusqu’au 13 mai 2004, et les objections de certains États membres ont été maintenues ».  Cela peut paraître laconique.  En fait, ce délai se décompose en un délai de 60 jours pour les demandes d'informations complémentaires, les observations et les objections, et d'un délai de 45 jours pour parvenir à un accord.  Mais... « Les périodes durant lesquelles des informations complémentaires sont attendues du notifiant ne sont pas prises en compte pour le calcul du délai final de quarante-cinq jours pour parvenir à un accord. »

 

Le 19 mai 2004, la Commission a donc demandé l’avis de l'EFSA, conformément à l’article 28.1 de la directive.  Là encore, il y a diligence (pour autant que la prolongation du délai de 105 jours jusqu'au 13 mai 2004 l'ait été ; mais il n'y a pas de raison évidente d'en douter).

 

 

La Commission Barroso entre en scène

 

C'était encore la Commission Prodi.  M. José Manuel Durão Barroso lui a succédé le 22 novembre 2004.

 

L’EFSA a rendu un avis concluant à l’absence de preuve d'effets néfastes sur la santé humaine ou animale ou sur l’environnement le 19 janvier 2005 [9].

 

Dans l'exposé des « antécédents du litige » de l'arrêt de la Cour, on saute ensuite au... 19 juin 2006.  Dix-sept mois !  En effet, ce n'est qu'à cette date que la Commission a organisé une réunion technique entre ses services, les États membres, l’EFSA et Pioneer afin de répondre aux préoccupations des États membres relatives à la demande d'autorisation (appelée « notification »).

 

Que s'est-il passé pendant ce temps ?

 

Sur le front de la demande d'autorisation d'importation (déposée aux Pays-Bas en 2001), une brève recherche montre que les travaux s'étaient poursuivis – difficilement.  Comme on l'a vu, l'autorisation a été donnée le 3 novembre 2005 pour l'alimentation animale, et le 3 mars 2006 pour l'alimentation humaine.  Dans les deux cas par la Commission, en l'absence de majorité qualifiée des États membres [4].  Pour la demande d'autorisation de culture, il n'y a, semble-t-il, rien sur le site de la Commission.

 

Pourtant, selon l'article 18 de la directive, « [l]orsqu'une objection est soulevée et maintenue par une autorité compétente ou la Commission conformément aux articles 15, 17 et 20, une décision est adoptée et publiée dans un délai de cent vingt jours, selon la procédure prévue à l'article 30, paragraphe 2 » (la fameuse procédure de « comitologie »), ce délai étant suspendu en cas d'attente d'informations complémentaires demandées au notifiant ou d'un avis d'un comité scientifique.

 

Le mois suivant la réunion technique susvisée, le 24 juillet 2006, la Commission a demandé à l’EFSA d’émettre un nouvel avis scientifique.

 

L'avis de l'EFSA a été produit le 17 novembre 2006 et publié le 19 sous la forme d'une annexe à des avis précédents [10].  Le panel réaffirme ses conclusions précédentes.

 

 

La moutarde monte au nez de Pioneer

 

Et rien ne se passe...

 

Pioneer écrit donc le 19 janvier 2007 à la Commission pour l'« inviter » – c'est le verbe utilisé par la Cour – à agir conformément à ses obligations.

 

La lettre est parvenue à la Commission le 24.  La Commission a – selon la Cour – répondu le 16 mars 2007... soit près de deux mois après, « qu'elle examinait les informations contenues dans la notification, les avis de l’EFSA, les objections soulevées par les États membres ainsi que la nécessité de mesures additionnelles de surveillance s’agissant des effets sur les organismes non visés et, d’autre part, qu’elle finalisait une proposition de décision à présenter aux États membres en temps utile. »

 

Il y a des manières plus habiles et moins choquantes de justifier sa procrastination que d'invoquer deux actions en cours qui sont en partie, sinon en totalité, mutuellement exclusives...

 

Pioneer saisit alors la Cour de justice, le 2 mai 2007, pour faire constater que, en s’abstenant de soumettre au comité de réglementation un projet de décision, « la Commission avait manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 18, paragraphe 1, de la directive 2001/18 » ; soit l'obligation de prendre une décision dans un délai de 120 jours.

 

 

La Commission, quel numéro de téléphone ?

 

Un justiciable qui se respecte et comprend que sa position est difficile fait tout pour se mettre en règle ou, du moins, minimiser les conséquences de ses actions (ou inactions).

 

Or que se passa-t-il ?

 

Rien !

 

Pendant plus d'un an !

 

C'est donc le 24 juillet 2008, à l'évidence dans le cadre du rangement des bureaux avant les grandes vacances, que la Commission demanda un nouvel avis à l’EFSA !

 

Cet avis a été rendu le 29 octobre 2008 et publié le 31 [11].  Le panel conclut que ni les onze publications scientifiques indiquées par la Commission, ni les publications scientifiques révisées par des pairs les plus récentes n'infirment les conclusions déjà formulées, ce pour le maïs 1507 ainsi que pour le Bt11 (de Syngenta).

 

Et que se passa-t-il ?

 

La Toussaint, Noël, Nouvel An, l'Épiphanie, la Chandeleur... Ah non ! Pas la Chandeleur.

 

Car, le 29 janvier 2009, selon la Cour, « la Commission a informé le greffe du Tribunal que, par lettre du 21 janvier 2009, elle avait convoqué les États membres à une réunion du comité de réglementation pour le 25 février 2009. »

 

L’ordre du jour de cette réunion prévoyait une discussion et un vote sur la proposition de décision concernant la notification de Pioneer.  Ainsi, la Commission a soumis la proposition de décision au comité de réglementation.

 

Cela a eu une conséquence judiciaire : la Cour a prononcé le 4 septembre 2009 un non-lieu à statuer (puisque Pioneer avait simplement demandé que le Tribunal constate un manquement de la Commission à ses obligations, manquement qui a été levé).

 

 

Allô ! Le Conseil ? Le Parlement ?

 

Mais revenons à la chronologie normale.

 

Comme on pouvait s'y attendre, aucune majorité qualifiée ne s’est dégagée pour ou contre la proposition de décision.  La Commission a alors annoncé qu'elle allait soumettre au Conseil, sans délai, une proposition concernant les mesures à prendre et en informer le Parlement européen.

 

Cette annonce n'était que l'application de l’article 5.4 de la décision 1999/468 du Conseil, du 28 juin 1999, fixant les modalités de l'exercice des compétences d'exécution conférées à la Commission [12].  Il prévoit que, « [l]orsque les mesures envisagées [par la Commission] ne sont pas conformes à l'avis du comité [de réglementation], ou en l'absence d'avis, la Commission soumet sans tarder au Conseil une proposition relative aux mesures à prendre et en informe le Parlement européen. »  Le paragraphe 6 dudit article énonce la suite de la procédure, selon les différents cas de figure.  En particulier, si, à l'expiration du délai imparti (fixé dans chaque acte de base, mais au maximum trois mois à compter de la saisine du Conseil) « le Conseil n'a pas adopté les mesures d'application proposées ou s'il n'a pas indiqué qu'il s'opposait à la proposition de mesures d'application, les mesures d'application proposées sont arrêtées par la Commission. »

 

Résumons l'enjeu : une demande d'autorisation ; une série d'avis de l'EFSA concluant à l'absence de preuves de risques pour la santé et l'environnement ; une obligation conséquente de la Commission – sauf à désavouer l'EFSA par un acte d'autorité abusif ou à apporter la preuve convaincante d'un risque – de proposer l'autorisation de mise en culture (obligation accomplie en janvier 2009) ; un comité de réglementation convoqué le 25 février 2009 et divisé ; un Conseil manifestement aussi divisé que le comité de réglementation de sorte que la décision devra émaner de la Commission ; une obligation légale pour celle-ci de mettre en œuvre la décision d'autorisation (et de servir de bouc émissaire)...  la chienlit comme pour le MON 810.

 

Une recherche sur les sites du Conseil et du Parlement européens ne donne rien...

 

 

La moutarde monte au nez de Pioneer (bis)

 

Nous en étions donc au 25 février 2009.

 

Le 15 décembre 2009, ne voyant rien se produire, Pioneer a adressé à la Commission une lettre de mise en demeure.  Elle parvint à la Commission le 29 décembre 2009.

 

Par lettre du 21 janvier 2010, la Commission a répondu que « l’issue de la réunion du comité de réglementation du 25 février 2009 devrait être prise en compte pour considérer l’envoi de la proposition de décision au Conseil et que le nouveau collège des membres de la Commission prendrait une décision sur ce dossier après avoir reçu son nouveau mandat » (texte de la Cour).

 

Une réponse proprement extravagante dans une Union régie, en principe, par le droit.

 

 

Allô ! La Commission ?

 

C'est ici que s'arrête l'exposé des faits de la Cour.  Celle-ci constate, au paragraphe 58 de l'arrêt, que « la Commission n’a apporté aucune justification valable à l’absence de soumission au Conseil de la proposition de décision concernant la mise sur le marché du maïs 1507 à l’expiration du délai de deux mois suivant la réception de l’invitation à agir, soit le 1er mars 2010. Force est donc de constater que la Commission a manqué à son obligation de soumettre sans tarder cette proposition au Conseil en application de l’article 5, paragraphe 4, de la décision 1999/468. »'

 

La Cour a toutefois vérifié si des éléments intervenus postérieurement à cette date étaient susceptibles de faire disparaître l’obligation d’agir de la Commission et de justifier un sursis à action, et donc décrit d'autres événements.  Pour la suite de l'histoire, il faut aussi fouiller les entrailles du site de la Commission européenne [13], en sachant que nous risquerons de passer à côté d'épisodes qui n'auront pas fait d'annonces ; et de citer des événements sans rapport avec la demande d'autorisation de mise en culture.  C'est que le maïs 1507 faisait aussi l'objet d'une procédure parallèle en ce qui concerne l'importation et l'utilisation pour l'alimentation animale.

 

 

Une nouvelle Commission entre en scène par un coup d'éclat...

 

Une nouvelle Commission, toujours présidée par M. Barroso, est entrée en fonctions le 10 février 2010.

 

Et c'est par une sorte de coup d'éclat.  En effet, elle autorise notamment – ou plutôt donne suite à son obligation d'autoriser – la mise en culture de la pomme de terre Amflora (présentant une composition en amidon modifiée, plus favorable à l'utilisation industrielle).  Elle rompt ainsi un blocage de douze ans (MON 810 avait été autorisé en 1998) ; et BASF avait dû attendre treize ans.

 

Le 2 mars 2010, la Commission publie une FAQ (foire aux questions) sur sa décision d'autoriser la culture d'Amflora et l'importation de trois maïs [14].  À la question : « Y a-t-il d'autres OGM pour lesquels la Commission pourrait prendre une décision dans le proche avenir » on répond, à propos du maïs 1507, qu'il est « au milieu de la procédure de comitologie [...]  La Commission devrait maintenant décider s'il convient de transmettre au Conseil des propositions d'autorisation ».

 

Extraordinaire ! Car au-delà du conditionnel – tout à fait inapproprié – la Commission n'avait aucun pouvoir discrétionnaire, mais une obligation selon la procédure de comitologie, une obligation rendue plus pressante encore, en l'occurrence, par la mise en demeure de Pioneer !

 

 

...mais le soufflé retombe vite

 

Cette autorisation a, en quelque sorte naturellement, soulevé un tollé dans le monde alter et anti.  Le coupable, si l'on peut dire, a été le Commissaire en charge de la santé et de la politique des consommateurs, le maltais John Dalli.  Celui-ci sera du reste « débarqué » par M. Barroso le 16 octobre 2012, à la suite d'une sombre histoire de corruption alléguée en relation avec la directive « tabac », histoire qui a tout l'air d'un guet-apens ; il a été remplacé par M. Tonio Borg.

 

M. Barroso, qui se veut très consensuel, n'a manifestement pas apprécié.

 

Le 14 juin 2010, la Commission demande donc un nouvel avis à l'EFSA et l'invite à examiner le contenu scientifique d'un document de Testbiotech, une émanation de Greenpeace Allemagne [15].  Dans le cadre de quelle procédure (il y en avait deux en cours pour le maïs 1507 ; on verra le deuxième ci-après) ?

 

Interlude : une autre FAQ est publiée le 13 juillet 2010 en relation avec la proposition (officiellement de la Commission, en fait suggérée par des États membres et reprise par M. Barroso dans son programme) consistant à donner aux États membres la possibilité d'interdire nationalement la culture d'OGM pour des motifs autres que ceux pertinents au niveau communautaire [16].  La Commission affirme que « le Bt 11 et le Bt 1507 (sic) sont au milieu de la procédure de comitologie, la prochaine étape procédurale étant la soumission de décisions au Conseil ».

 

L’EFSA a rendu son avis lors de la 61e réunion plénière du Panel OGM, les 20 et 21 octobre 2010 [17] (cet avis, publié sous la forme d'une annexe au rapport de réunion, sera remplacé par un autre, mis à jour).  En résumé, le document de Testbiotech n'a mentionné aucune étude scientifique nouvelle susceptible d'invalider l'opinion de l'EFSA sur la sécurité du maïs 1507.  Toutefois, des avancées méthodologiques permettent au panel OGM de mieux quantifier le risque pour les lépidoptères non-cibles et le panel se propose donc de compléter ses conclusions et de préciser ses recommandations aux gestionnaires de risques.  En plus bref encore : il tend une perche pour justifier la procrastination.

 

Le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, Section Denrées alimentaires et aliments pour animaux génétiquement modifiés et risque environnemental, a tenu une session le 15 novembre 2010 [18].  À son ordre du jour, pour discussion et éventuellement avis, un projet de décision de la Commission modifiant sa décision de 2006 en ce qui concerne le renouvellement de l'autorisation d'importation et de mise sur le marché du maïs 1507 aux fins de l'alimentation animale.  La Commission y a aussi présenté l'opinion de l'EFSA précitée.

 

Dans son briefing à la presse du 16 novembre 2010 – donc du lendemain – la Commission nous apprend que le vote n'a pas abouti à une décision et qu'elle « doit maintenant transmettre [le] dossier[...] au Conseil en vue d'une décision »[19].  Ce briefing était particulièrement positif sur les avis de l'EFSA.

 

On peut s'arrêter un instant sur les minutes de la session [20].  Le vote avait donné 183 voix pour, 73 contre et 89 abstentions.  Les raisons invoquées par les réticents : une opinion de l'EFSA pas pleinement satisfaisante ; le principe de précaution ; l'opinion publique ; des raisons politiques.  On croit rêver...

 

La Commission n'avait donc pas saisi la perche ; mais c'est que l'ordre du jour concernait l'importation et l'utilisation, non la culture...

 

C'est aussi que, le 7 février 2006, l'Union européenne avait perdu devant l'OMC, dans le cadre du mécanisme de règlement des différends, contre les États-Unis d'Amérique et d'autres pays producteurs ; le Panel de l'OMC avait conclu qu'était illégal le moratoire de fait sur les produits GM imposé entre juin 1999 et août 2003.  Pour le maïs 1507 (et d'autres produits), les États membres pouvaient donc céder au populisme, sans conséquences, la patate chaude étant refilée à la Commission ; celle-ci savaient qu'in fine, elle serait comptable des décisions communautaires sur le plan international.  Il s'était ainsi établi un modus vivendi : l'Union européenne autorise les importations de produits (au terme de procédures certes dilatoires) mais n'autorise pas la culture (sauf pour le MON 810 et Amflora, en quelque sorte des accidents de parcours).  C'est du reste, en dernière analyse, tout à l'avantage des pays producteurs qui bénéficient du progrès technique et exportent les produits vers l'Europe...

 

La question de l'autorisation pour l'importation et l'utilisation a donc été soumise au Conseil de l'agriculture du 17 mars 2011.  Cela n'a fait que quatre mois de délai...  Résultat conforme aux attentes : pas de majorité qualifiée [21] sur la décision proposée [22].  La Commission promulgue donc la décision le 17 juin 2011 [23].  Cela ne fait que trois mois supplémentaires de délai...

 

 

Et le temps passe...

 

On a vu que l’EFSA, dans le cadre de son avis sur le document de Testbiotech [17], les 20 et 21 octobre 2010, avait annoncé l'élaboration d'une opinion mise à jour.  Elle publie cette opinion mise à jour (adoptée le 19 octobre 2011 et publiée une première fois le 18 novembre 2011) sous forme finale le 24 février 2012 [24].

 

On peut y déceler une irritation certaine dès l'ouverture : « Considering the recurrent requests of the European Commission for reanalysis of the 2005 Scientific Opinion on genetically modified (GM) maize event 1507, the European Food Safety Authority (EFSA) asked the Panel on Genetically Modified Organisms (EFSA GMO Panel) to update the previous environmental risk assessment (ERA) of maize 1507... »

 

En fin de résumé, « le Panel OGM de l'EFSA conclut que, sous réserve de mesures de gestion appropriées, il est improbable (« unlikely ») que la culture du maïs 1507 soulève des questions de sécurité pour l'environnement » (traduction).

 

Le 13 mars 2012, dans une séance commune avec les autorités nationales compétentes pour la directive 2001/18/EC (donc pour la culture des OGM), la Section Denrées alimentaires et aliments pour animaux génétiquement modifiés et risque environnemental reçoit un briefing de l'EFSA sur cette mise à jour « pour information et/ou discussion » [25].  Il semble que l'on se soit limité à l'information [26].  L'EFSA a notamment fait savoir, selon les minutes, que ses derniers travaux ne modifiaient pas les opinions précédemment formulées.

 

De décision, il n'y en eut point...

 

 

Nouvelles manœuvres dilatoires (en direction de Pioneer)

 

Revenons à l'arrêt de la Cour.

 

Il est dit au considérant 62 que : « Lors de l’audience du 20 juin 2012, la Commission a indiqué qu’elle avait envoyé une lettre à la requérante [Pioneer] le 18 juin 2012. Dans cette lettre, elle informait la requérante que, à la suite d’un nouvel avis de l’EFSA du 19 octobre 2011 [publié en dernier lieu le 24 février 2012 – note 24], certaines modifications devaient être apportées à sa notification. Elle demandait à la requérante d’adapter son plan de surveillance et de proposer des mesures d’atténuation des risques pour les insectes lépidoptères non-cibles conformément aux recommandations de l’EFSA. »

 

Il faut bien regarder les dates et la chronologie.  La lettre envoyée à Pioneer a tout l'air d'une manœuvre de diversion programmée à la hâte pour faire bonne figure à l'audience de la Cour, deux jours plus tard.  Elle s'appuyait sur un avis de l'EFSA déjà vieux de neuf mois.  La Commission prenait aussi l'initiative de demander des modifications qui n'avaient pas été discutées lors de la session précitée du 13 mars 2012 ; une initiative qu'elle était certes en droit de prendre, mais qui apparaît néanmoins bien curieuse.

 

Pioneer a pris son temps pour répondre (les 17 juillet et 8 octobre 2012) qu'il examinait les questions posées.

 

 

Nouvelles manœuvres dilatoires (bis, mais en direction de l'EFSA)...

 

Toujours selon l'arrêt de la cour, « [l]e 20 juin et le 13 septembre 2012, la Commission a adressé deux nouvelles demandes d’avis à l’EFSA ».

 

Le 20 juin, c'était le jour de l'audience...  Il ne semble pas que Pioneer ait été informé, dans la lettre du 18 juin, de la nouvelle demande d'avis du 20 juin ; difficile de croire que cette demande a été décidée, rédigée et signée en deux jours ; difficile aussi de ne pas trouver curieux que l'on demande, quasiment en même temps, à Pioneer d'adapter son plan de surveillance, etc., et à l'EFSA de compléter son évaluation des risques...

 

Ces nouvelles demandes d'avis expliquent sans nul doute les réponses d'attente données par Pioneer (l'EFSA publie les demandes d'avis sur son site).

 

Selon l'ordre du jour de la session du Panel OGM qui s'est tenue les 17 et 18 octobre 2012, la Commission avait demandé que l'EFSA, d'une part, compile toutes les informations disponibles sur l'évaluation des risques de la culture du maïs 1507 et, d'autre part, fournisse des preuves supplémentaires à l'appui de son opinion précédente relative à l'évaluation des risques environnementaux et de ses recommandations pour la gestion des risques en ce qui concerne la mortalité des lépidoptères-non cible [27].  En quelque sorte : « Faites-moi une nouvelle copie, mais propre ».

 

Selon le rapport de la session [28], le Panel réitère, pour le premier point, que ses conclusions et recommandations restent valables et applicables à la lumière des publications les plus récentes.  Sur le deuxième point, il « réitère que les gestionnaires de risques devraient choisir des mesures de mitigation et de gestion des risques proportionnées au niveau de risque identifié en fonction des objectifs de protection applicables à leur région ».  Les avis ont été publiés le 25 octobre 2012 (avec une mise à jour le 9 novembre 2012) [29] et le 6 novembre 2012 [30].

 

 

...et on joue la montre

 

Et ce n'est que trois mois après, le 11 février 2013, que la Commission informa Pioneer que l’EFSA avait rendu deux nouveaux avis et qu'elle rappela sa demande, assise sur l'avis de l’EFSA de 2011, de modification du plan de surveillance et d’adoption de mesures d’atténuation.  La Cour ajoute : « et [l'avis] de 2012 », comme si on pouvait faire un rappel sur un avis qui n'existait pas au moment de la demande initiale...

 

Pioneer répondit le 18 février 2013 qu’il estimait que son plan de surveillance demeurait valable pour la poursuite de la procédure d’adoption de la décision et ne nécessitait pas de mesures d’adaptation.  Il a, selon la Cour, « expliqué que le plan de surveillance notifié avec sa demande de mise sur le marché était conforme aux recommandations figurant dans le dernier avis de l’EFSA, que ce plan ne nécessitait pas de modifications et que les mesures d’atténuation étaient déjà incluses dans la notification [demande] ».

 

 

La Cour approuve Pioneer

 

Il convient de rappeler ici que la Cour avait à décider si la Commission était entrée en carence le 1er mars 2010, à la suite de l'invitation à agir que lui avait adressée Pioneer le 15 décembre 2009.    Ayant constaté la carence, elle a recherché s'il n'y avait pas d'éléments postérieurs justifiant l'absence de transmission d'une proposition de décision au Conseil.  Le passage du temps rend évidemment les excuses de moins en moins vraisemblables.  Or nous en sommes à février 2013 dans notre récit.

 

La Cour s'est placée sur le plan du droit.  Elle a noté que Pioneer avait une obligation, selon la directive 2001/18, de prendre des mesures et de mettre son dossier de demande à jour à la lumière de nouvelles informations concernant les risques.  Mais : « En l’espèce, la requérante [Pioneer] a refusé de procéder à une modification de sa notification. Dans un tel cas, aucune disposition de la directive 2001/18 ne permet à la Commission d’imposer à la requérante de procéder à des modifications de sa notification ou de bloquer la procédure d’adoption de la décision. »

 

Elle ajoute :

 

« Il y a lieu d’observer que les OGM constituent un domaine de recherche en permanente évolution et il ne fait pas de doute que de nouvelles informations scientifiques sont susceptibles d’apparaître à l’avenir. Toutefois, la Commission ne saurait, de manière dilatoire, multiplier les demandes d’avis à l’EFSA dans l’attente de nouvelles données scientifiques et justifier ainsi son défaut de transmettre la proposition au Conseil. Cela d’autant plus que l’article 20, paragraphe 2, de la directive 2001/18 prévoit que, si, après l’autorisation écrite, de nouveaux éléments d’information sont devenus disponibles concernant les risques que le ou les OGM présentent pour la santé humaine ou l’environnement, le notifiant prend immédiatement les mesures nécessaires et révise les informations et les conditions spécifiées dans la notification. »

 

Il n'y a là rien de révolutionnaire, juste un rappel de bon sens formulé dans le contexte des procédures d'autorisation des OGM.

 

 

Et la Commission rejoue la montre...

 

L'arrêt de la Cour est du 26 septembre 2013.  Que s'est-il passé entre-temps ?

 

Le 15 mai 2013 s'était tenue une session du comité de réglementation 2001/18/EC.  Un État membre a demandé où en était la procédure [31].  Un membre (fonctionnaire) de la Commission a répondu que Pioneer a été prié de mettre à jour son plan de surveillance à la lumière des dernières recommandations de l'EFSA, et que la Commission attendait la réponse...

 

...Pioneer avait répondu le 18 février 2013...

 

Ce comité s'est réuni à nouveau le 4 novembre 2013 [32]...  L'ordre du jour ne contenait rien au sujet du maïs 1507...

 

 

...et réagit enfin...

 

Or les choses bougeaient.  Le 6 novembre 2013, la Commission a en effet décidé de soumettre une proposition au Conseil, en application de l'arrêt de la Cour.  Elle l'annonce de manière cryptée – « Culture d’OGM: la Commission demande au Conseil d’approuver sa proposition de renforcer la subsidiarité » – en donnant la primauté à sa décision de relancer les travaux sur une initiative qui consiste à permettre aux États membres de limiter ou d’interdire la culture d’OGM sur la totalité ou une partie de leur territoire pour des motifs autres que les risques ; en clair, si cela devait se réaliser, des motifs de pure opportunité [33].  On lira aussi avec intérêt la FAQ, dans laquelle la Commission fait des efforts pour expliquer qu'elle ne fait que suivre les instructions judiciaires [34].

 

La Commission a précisé que : « Afin d’assurer un niveau élevé de protection de la santé et de l’environnement, la décision d’autorisation a été légèrement modifiée de manière à tenir compte des recommandations formulées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments en 2011 et 2012 sur les conditions de l’autorisation du maïs 1507 et la surveillance de l’environnement. »  Sauf à trouver que la modification n'est pas suffisante, les États membres ne pourront donc pas invoquer, pour refuser l'autorisation, l'inadéquation des mesures de sécurité au regard des dernières informations.

 

 

...mais les manœuvres d'obstruction continuent...

 

En quelque sorte prudente, la Commission « a demandé une discussion avec les États membres pendant le Conseil "Environnement" qui se réunira le 13 décembre 2013 » [33], ce Conseil étant le plus sceptique vis-à-vis des OGM.  Le Conseil « agriculture et pêche », qui avait été saisi auparavant du cas du maïs 1507 par trois fois, se réunit dans la foulée, les 16 et 17 décembre 2013 [35]...  Un spécialiste des choses bruxelloises pourra nous dire si la Commission a compétence pour désigner le Conseil devant examiner un point particulier.  Nous pensons que non.

 

Et nous savons donc par M. Quatremer [2] qu'il a fallu recourir à un vote au sein de la Commission pour savoir si celle-ci allait obtempérer ; qu'outre M. Michel Barnier, il s'est trouvé quatre commissaires pour s'opposer à une décision d'autorisation.  On a beau dire dans l'entourage de M. Barnier qu'il « y avait suffisamment d’éléments dans l’avis de l’Autorité de sécurité des aliments pour que la Commission propose un rejet », c'est tout simplement faux.  M. Tonio Borg, Commissaire en charge de la santé et de la politique des consommateurs a du reste affirmé en conférence de presse : « Je voudrais rappeler que l'Autorité européenne de sécurité des aliments, EFSA, a déjà produit des opinions positives sur cette demande en 2005, 2006, 2008, 2011 et deux fois en 2012, de sorte qu'il y a six opinions positives de l'EFSA » [36].

 

L'entourage d'un commissaire qui contredit un autre commissaire... ça fait vraiment désordre.

 

Cet entourage ajoute, selon M. Quatremer : « Surtout qu’il s’agit d’un OGM dépassé que Pionner [sic] n’a absolument pas l’intention de mettre en culture ».  Il faut bien lire pour saisir le délire : une décision d'autorisation serait donc tributaire des intentions – supputées – du demandeur (notifiant) !!! Par exception aux règles de la bienséance typographique, nous mettrons trois points d'exclamation.

 

 

...et les sombres nuages restent

 

M. Quatremer a estimé que « la Commission aurait pu prendre son courage à deux mains et faire prévaloir d’elle-même le principe de précaution ».  C'est son opinion.  Mais une opinion bien mal fondée car le principe de précaution – dévoyé en principe d'inaction ou de refus – est justement l'arme des couards sans arguments sérieux.  Et fausse car le principe de précaution n'est nullement applicable en l'occurrence.  C'est l'opinion d'un obscurantiste anti-OGM, journaliste de profession, et donc, grand contributeur à la formation de l'opinion publique.

 

M. Quatremer a aussi écrit : « Mais l’opinion publique sait désormais que la Commission n’est pas un bloc fanatiquement pro-OGM ».  L'obscurantisme se double à ce stade d'un incroyable aveuglement.  Une Commission qui a réussi à limiter les autorisations de mise en culture à deux événements, dont un seulement sous la présidence Barroso, aurait été (perçue comme) « un bloc fanatiquement pro-OGM » ? C'est pousser la théorie du complot très loin.  Mais il est vrai que l'idéologie « anti » n'est pas à une contre-vérité près.

 

La lamentable épopée du maïs 1507 montre, en fait, que la Commission Barroso héberge – au niveau des élus du collège et à celui des fonctionnaires – des anti-OGM militants, déterminés à user de l'illégalité pour bloquer les demandes.  Le grec Stávros C. Dímas, qui fut Commissaire chargé de l'environnement de 2004 à 2009, est connu pour son opposition active et affichée aux OGM [37].  Il a joué un rôle de premier plan dans le blocage du maïs 1507.

 

Et, s'il a pu le faire, c'est parce qu'il a bénéficié de soutiens explicites et implicites, notamment du Président Barroso pour qui, pour paraphraser Henri Queuille, il n'est aucun problème assez urgent en matière d'OGM qu'une absence de décision ne puisse résoudre.  On lui fera sans nul doute grief de sa pusillanimité et de son manque relatif d'ambitions.  Mais, dans le cas des OGM et sur bien d'autres sujets, c'était ce que les États membres attendaient de lui.  Il est du reste hautement significatif qu'aucun État membre ne se soit inquiété de l'enlisement de la procédure d'autorisation avant le 15 mai 2013.

 

Suite, donc, le 13 décembre 2013.  Et suite au printemps prochain, avec un nouveau Parlement et une nouvelle Commission.

Wackes Seppi

______________

 

[1]  http://www.imposteurs.org/article-quand-un-jean-quatremer-journaliste-a-liberation-pratique-la-censure-et-l-intimidation-121105963.html

 

[2]  http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2013/11/les-ogm-et-michel-barnier-divisent-la-commission.html

 

[3]  Voir par exemple :

http://www.transgen.de/pdf/zulassung/Mais/1507_mais_application_food.pdf

 

[4]  Pour plus de détails et des liens (en allemand) :

http://www.transgen.de/zulassung/gvo/65.doku.html

 

[5]  Pour le résumé de la demande :

http://www.transgen.de/pdf/zulassung/Mais/1507_mais_2001_snif_spanien.pdf

 

[6]  http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2001:106:0001:0038:FR:PDF

 

[7]  http://www.transgen.de/pdf/zulassung/Mais/1507_mais_2001_assessment_spanien.pdf

 

[8]Arrêt du 26 septembre 2013 dans l'affaire T‑164/10, Pioneer Hi-Bred International, Inc. c. Commission européenne :

http://curia.europa.eu/juris/de document/document.jsf:?doclang=FR&text=&pageIndex=1&part=1&mode=req&docid=142241&occ=first&dir=&cid=905564

 

[9]  http://www.transgen.de/pdf/zulassung/Mais/1507_mais_opinion_2001_einfuhr.pdf

 

[10]  http://www.efsa.europa.eu/de/efsajournal/doc/1561.pdf

 

[11]  http://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/851.htm

 

[12]  http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:31999D0468:FR:HTML

 

[13]  http://ec.europa.eu/geninfo/query/resultaction.jsp?SMODE=2&ResultCount=10&Collection=EuropaFull&Collection=EuropaSL&Collection=EuropaPR&ResultMaxDocs=200&qtype=simple&DefaultLG=en&ResultTemplate=%2Fresult_en.jsp&page=1&QueryText=maize+1507&y=-223&x=-1013#queryText=maize+1507&tab=europa&customsort=date&filterOn=0

 

[14]  http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-10-58_en.htm

 

[15]  http://www.testbiotech.org/sites/default/files/Opinion%20Testbiotech%201507%20Maize%20engl_0.pdf

 

[16]  http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-10-325_en.htm

 

[17]  http://www.efsa.europa.eu/en/events/event/gmo101020.htm

 

[18]  http://ec.europa.eu/food/plant/standing_committees/sc_modif_genet/docs/ag15112010_en.pdf

 

[19]  http://europa.eu/rapid/press-release_MEX-10-1116_en.htm

 

[20]  http://ec.europa.eu/food/plant/standing_committees/sc_modif_genet/docs/sum_15112010_en.pdf

 

[21]  http://europa.eu/rapid/press-release_PRES-11-65_fr.htm

 

[22]  http://register.consilium.europa.eu/pdf/fr/11/st06/st06104.fr11.pdf

 

[23]  http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2011:163:0052:0054:EN:PDF

 

[24]  http://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/2429.htm

http://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/doc/2429.pdf

 

[25]  http://ec.europa.eu/food/plant/standing_committees/sc_modif_genet/docs/ag1213032012_en.pdf

 

[26]  http://ec.europa.eu/food/plant/standing_committees/sc_modif_genet/docs/sum_1213032012_en.pdf

 

[27]  http://www.efsa.europa.eu/en/events/event/121017b-a.pdf

 

[28]  http://www.efsa.europa.eu/en/events/event/121017b-m.pdf

 

[29]  http://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/2933.htm

 

[30]  http://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/2934.htm

 

[31]  http://ec.europa.eu/dgs/health_consumer/dgs_consultations/docs/sum_regulatory_committee_14052013_ec_en.pdf

 

[32]  http://ec.europa.eu/dgs/health_consumer/dgs_consultations/docs/regulatory_committee_2001_18_ec_agenda_20131104_en.pdf

 

[33]  http://europa.eu/rapid/press-release_IP-13-1038_fr.htm

 

[34]  http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-13-952_fr.htm

 

[35]  http://www.consilium.europa.eu/searchresults?lang=en&search=maize%201507

 

[36]  http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-13-960_en.htm

 

[37]  Voir par exemple :

http://www.dustandcolor.com/published-works/eu-commissioner-recommends-rejecting-gmo-after-scientific-approval/

http://www.gmo-safety.eu/news/1369.efsa-cultivation-maize-1507-new-risk-assessment.html

http://www.nytimes.com/2007/11/23/business/worldbusiness/23gene.html?_r=1&

 

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 21:00

« De plus, aujourd’hui, la plus importante revue internationale de toxicologie alimentaire, malgré des pressions incroyables, confirme la validité de notre publication sur la nocivité d’un OGM et de l’herbicide Roundup »(1). Ainsi triomphait , en janvier 2013, Gilles-Eric Séralini à propos de son étude sur la prétendue nocivité du maïs génétiquement modifié NK 603 et de l’herbicide RoundUp.

 

Celui voulait voir dans le maintien de son article par la revue scientifique Food and Chemical Toxicology une « confirmation » de sa valeur. L’imprudent ignorait peut-être que le délai moyen de rétractation d’un article d’une revue scientifique approche 3 ans (2).

 

C’est ce qui va arriver au sien. L’éditeur en chef de la revue vient d’envoyer une lettre (3) demandant à GES de retirer son article, ce qui sera de toute façon fait avec ou sans l’accord de l’intéressé. Selon les termes de cette lettre, les nouveaux relecteurs, après réexamen des données brutes et de l’étude, n’ont pas trouvé de preuve de fraude ou de déformation intentionnelle des données. Mais la qualité de l’étude, qui n'autorise aucune des conclusions de GES, est en dessous des standards de publication de FTC.

 

FTC a donc décidé de retirer une étude de très mauvaise qualité qu’elle n’aurait jamais dû publier. C’est la moindre des choses. GES ne pourra plus associer son nom à la réputation de « la plus importante revue internationale de toxicologie alimentaire ». Un nouveau camouflet scientifique ?

 

Nul besoin de beaucoup d’imagination pour prévoir la suite. Associé dès le départ à la mascarade médiatique, Guillaume Malaurie, du Nouvel observateur, s’est transformé en porte-parole du CRIIGEN. Tout en finesse, le voici qui commente : « A l'origine de l'étude démontrant la toxicité des OGM sur les rats, le professeur Séralini est prié de retirer sa publication, un an après. Derrière cette demande, l'ombre de Monsanto » (4). Et de reprendre à son compte le seul non-événement que les anti-OGM ont à se mettre sous la dent : la nomination récente de Richard E. Goodman, qui a travaillé pour Monsanto entre 1997 et 2004. Voilà qui suffit, aux yeux des indécrottables conspirationnistes, pour « reprendre en main » la revue !  On apprend avec un certain amusement que « la revue avait déjà un rédacteur en chef, José L. Domingo, spécialisé dans la sécurité des aliments issus des OGM agricoles ». Domingo qui n’avait rien décelé d’anormal dans l’article de Séralini et al. Qu’est-ce que cela aurait été s’il n’avait pas été « spécialisé » !

 

 

La propagande un moment assoupie risque de reprendre, plus déchaînée que jamais, et selon Malaurie « la guerre des mots, des slogans et de l’ignorance entretenue reprend ». Il fait sans doute à l’allusion à la guerre du Nouvel Obs…

 

Anton Suwalki

 


 

Notes :

 

 

(1)http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=464&Itemid=1

(2) http://www.gmwatch.org/files/Letter_AWHayes_GES.pdf

(3)http://www.ask-force.org/web/Peer-Review/Fang-Misconduct-Accounts-Majority-retracted-2012.pdf

(4) http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20131128.OBS7428/ogm-le-scandale-de-trop.html

 

 

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 20:16

GFP est un internaute bien connu des lecteurs d’imposteurs, et très actif sur les différents forums et sites qui traitent des OGM. Il est intervenu Dans un billet récent consacré à la procédure d'autorisation de mise en culture du maïs 1507 écrit par ce monsieur.

Comme beaucoup d’autres journalistes, Jean Quatremer aligne les sophismes, les poncifs et les amalgames les plus ridicules : il suffit pour s’en convaincre de voir son commentaire sur… les gaz de schiste : « L'impact sur la biodiversité est donc nul. Donc aucun danger, pas le plus petit risque, par exemple, que les abeilles disparaissent? Juste des délires d'obscurantistes qui empêchent déjà la glorieuse révolution du gaz de schiste? »

Passe encore cette paresse intellectuelle , si banale dans ce milieu professionnel. Il y a plus grave. Ce monsieur n’aime visiblement pas les commentaires argumentés et sourcés qui pointent son insoutenable légèreté et son ignorance.  GFP (« Albert ») l’a appris à ses dépends. Plusieurs de ses commentaires ont été censurés par l’intéressé. Pire, GFP a reçu par mail  un message l’informant que Jean Quatremer transmettait le « dossier » à son avocat.  Dire que le canard où sévit ce journaliste s’appelle « Libération »…

Anton Suwalki

L’affaire relatée par GFP sur Doctissimo

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 13:07

Le 19 septembre 2012, un célèbre quotidien vespéral rendait ainsi compte de l’étude de Séralini sur les rats nourris au maïs NK603 à paraître dans la revue Food and Chemical Toxicology :

« Tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles, espérance de vie réduite sur les animaux des deux sexes... L’étude conduite par le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et à paraître dans la prochaine édition de la revue Food and Chemical Toxicology fait grand bruit : elle est la première à suggérer des effets délétères, sur le rat, de la consommation d’un maïs génétiquement modifié – dit NK603, commercialisé par la firme Monsanto – associé ou non au Round-Up, l’herbicide auquel il est rendu tolérant.

Les auteurs ont mis en place un protocole expérimental particulièrement ambitieux. Ils ont testé – sur un total de plus de 200 rats, et pendant deux ans – les effets d’un régime alimentaire composé de trois doses différentes du maïs transgénique (11 %, 22 % et 33 %), cultivé ou non avec son herbicide-compagnon.(sic) »

Un texte écrit par Stéphane Foucart, responsable de la rubrique Planète dans Le Monde . On notera des erreurs factuelles.  L’étude en question n’était pas la première à suggérer un effet délétère d’un maïs génétiquement modifié. Un certain Foucart Stéphane ne titrait-il pas déjà en 2007 :  « Forts soupçons de toxicité sur un maïs OGM » ?

L’étude en question, totalement discréditée, étant du même Séralini, cet oubli de la part de Stéphane Foucart peut surprendre, mais pourrait expliquer son absence totale de méfiance vis-à-vis de cette nouvelle étude, qualifiant son protocole de « particulièrement ambitieux ». Ne cherchez pas un quelconque second degré dans cette appréciation…

Autre « approximation » du journaliste du Monde :« Or jusqu’à présent, de nombreuses études de toxicologie ont été menées sur différents OGM et sur différentes espèces animales, sans montrer de différences biologiquement significatives entre les animaux témoins et ceux nourris avec les végétaux modifiés. Cependant, la plupart de ces travaux, rassemblés dans une récente revue de littérature conduite par Chelsea Snell (université de Nottingham, Royaume-Uni) et publiée en janvier dans Food and Chemical Toxicology, ont été menés sur des durées très inférieures à deux ans, et avec un plus faible nombre de paramètres biologiques contrôlés chez les animaux. De plus, tous ou presque ont été financés ou directement menés par les firmes agrochimiques elles-mêmes. »

A l’évidence, Foucart n’a pas lu cette étude (1), mais …en a entendu parler… La méta analyse de Snell et al.  reposait  en effet essentiellement sur des études de plus de 3 mois à deux ans, ou multigénérationnelles, menées explicitement pour la plupart d’entre elles dans le cadre de la recherche publique.

Dans son article de Septembre 2012, Foucart n’avait pas entrevu la moindre faille concernant le « plan expérimental » de Séralini et al. Voilà qui est bien excusable. Après tout, on ne peut sans doute pas ,en tant que journaliste scientifique être au taquet  dans tous les domaines.

Ce qui est plus surprenant, c’est l’absence de réaction face à l’extraordinaire mise en scène qui avait entouré la parution de cette étude, et en particulier la clause de confidentialité décrite de façon très neutre : « [De] manière inhabituelle, Le Monde n’a pu prendre connaissance de l’étude sous embargo qu’après la signature d’un accord de confidentialité expirant mercredi 19 septembre dans l’après-midi. Le Monde n’a donc pas pu soumettre pour avis à d’autres scientifiques l’étude de M. Séralini. Demander leur opinion à des spécialistes est généralement l’usage, notamment lorsque les conclusions d’une étude vont à rebours des travaux précédemment publiés sur le sujet. . »  Les questions déontologiques ne semblaient pas alors tarauder Stéphane Foucart.


Foucart se range tardivement, et mollement, à l’avis des experts

Un an après, les choses ont un peu changé. Stéphane Foucart fait un court bilan de l’affaire Séralini dans un article du Monde paru le 17 Octobre : « OGM : que reste-t-il de "l'affaire des rats" de Séralini" ? »

Depuis son premier article, Foucart a dû se rendre à l’évidence : « Que l'on soit favorable ou non aux biotechnologies végétales, il faut le reconnaître : les travaux en question n'ont rien démontré et n'ont pas fait avancer la connaissance. Ils ont répandu une crainte largement disproportionnée, non seulement au vu de la qualité de l'étude elle-même ». Dont acte.

On se demande tout de même pourquoi le journaliste estime nécessaire de préciser « que l’on soit favorable ou non aux biotechnologies végétales ». Mais passons.

Foucart liste donc, a minima, les défauts de l’étude  «au protocole  particulièrement ambitieux ». 

« Protocole inadéquat, puissance statistique trop faible, entorses à la déontologie dans le traitement des animaux de laboratoire, stratégie de communication contestable, etc.. »

Le protocole « ambitieux » est devenu inadéquat, la puissance statistique, est qualifiée de « trop faible ». On progresse, quoique tout doucement !

 Toutefois, Foucart tarde encore à appeler un chat un chat : la stratégie de communication de l’équipe de Séralini est simplement … « contestable ». La volonté manifeste de minimiser les fautes déontologiques se vérifie lorsque l’auteur de cet article en profite pour dénoncer… celles des 6 académies scientifiques et technologiques françaises !

« Mais les choses sont un peu plus compliquées. D'abord, une part des critiques adressées au biologiste français et à son équipe n'ont rien à voir avec l'esprit de la science ni le souci de santé publique. Parmi les premiers à avoir réagi avec virulence pour contrer les travaux de M. Séralini, les six académies scientifiques (science, médecine, agriculture, etc.) n'ont pas attendu la contre-expertise de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) : elles ont condamné l'étude ab initio, sans argumentaire scientifique étayé, par voie de communiqué. »

 

Rendez-vous compte : les six académies ont publié un avis sans attendre la contre-expertise de l’ANSES, voire pire, sans l’autorisation de Stéphane Foucart !  Du coup, on comprend que l’offensé n’ait pas daigné lire l’avis des académies (2): celui-ci, quoique plus succinct que les avis de l’ANSES et du HCB, émet en effet des critiques tout-à-fait analogues à celle des différentes agences d’expertise françaises ou internationales. Le fait qu’elle ait en outre discuté des aspects éthiques de l’affaire expliquerait-il l’attaque totalement gratuite de Foucart ?

 

Risquons une autre explication : « C'est d'autant plus choquant que les mêmes académies sont généralement promptes à conserver un silence prudent et confraternel lorsque des dénigrements de la science autrement plus graves sont perpétrés du sein même de leurs rangs. De l'amiante au changement climatique, des exemples plus ou moins récents ne sont pas exactement à la gloire de l'establishment scientifique français. »

Nous y voilà. Foucart semble ici régler ses comptes à l’Académie des sciences pour le rapport qu’elle avait rendu sur le changement climatique (3), à la demande de Valérie Pécresse, et donc, une fois de plus,  sans l’autorisation expresse de Foucart : Ses conclusions étaient pourtant largement conformes à celles du GIEC. Pas assez militantes et prescriptives, peut-être, aux yeux du journaliste ? Valérie Pécresse, n'aurait-elle finalement pas dû s'en remettre à Mr Foucart ?

Du coup, cette « faute de goût » rédhibitoire de l’académie des Sciences déteint sur les 5 autres académies, peu importe le sujet, le contexte, peu importe ce qu’elles ont vraiment dit…


 « Pas de fraude »

« Quant aux accusations de fraude, écrit le journaliste, elles ont fait chou blanc : "En dépit de pressions énormes, rappelle l'eurodéputée Corinne Lepage (Cap 21), présidente du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), l'étude n'a pas été retirée par la revue." » Placé juste après la charge contre les académies, ce « quant aux accusations de fraude… » laisse penser que celles-ci émanent de ces académies. Or si l’avis des académies s’intéresse aux atteintes à l’éthique de l’équipe de Séralini, nulle part il n’y est question de fraude concernant l’étude elle-même. Mais cette diversion de Foucart est aussi l’occasion de donner le dernier mot à Corinne Lepage, c’est-à-dire une des principales organisatrices de la mascarade médiatique ! Très fort.


La loi de Gresham s’appliquerait-elle à la toxicologie ?

La loi dite de Gresham décrit un système économique où coexistent deux monnaies, l’or et l’argent, et où dans un régime de changes fixes, la « bonne monnaie »  (l’or) est thésaurisée tandis que tous les paiements sont effectués avec la « mauvaise monnaie » (l’argent). « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». Se pourrait-il qu’existe en science une loi inverse à celle de Gresham, selon laquelle la mauvaise science amènerait la bonne ? C’est un peu le raisonnement de Foucart (il n’est malheureusement pas le seul).

« Un travail scientifique de piètre qualité peut [donc] en lui-même ne pas faire avancer la connaissance, mais créer les conditions d'une augmentation du savoir. La cocasserie de tout cela est qu'en publiant son étude, M. Séralini a en réalité brisé une sorte de paix armée entre opposants et partisans des OGM. Jusqu'à présent, chaque partie pouvait mobiliser une ignorance suffisante pour affirmer ce que bon lui semblait. »

Ainsi la mauvaise science ne chasserait pas la bonne, mais créerait les conditions de l’apparition de celle-ci. Subtile dialectique ! Imaginons un instant de remplacer dans le texte Séralini par un climatosceptique, et le GIEC dans le rôle de la bonne science : Foucart expliquerait-il que les premiers créent les conditions d’une augmentation du savoir produit par le GIEC ? La « fabrique du doute » dénoncée par le journaliste fonctionnerait-elle différemment selon les disciplines ? Délétère dans certains cas, vertueuse dans d’autres ?

Quant à l’ « ignorance suffisante », c’est un peu l’affaire de la paille et de la poutre.De la poutre dans l'oeil de Mr.Foucart.

Foucart croit pouvoir mobiliser l’ANSES : « (..) à la différence des académies, par exemple – elle soulignait le laxisme surprenant des tests réglementaires et les lacunes de la connaissance. L'Anses reconnaissait "l'absence de travaux étudiant les effets potentiels à long terme de l'exposition à différentes formulations de préparations à base de glyphosate et le nombre limité de ceux portant sur les effets à long terme d'une consommation d'OGM". Autant de lacunes difficilement justifiables que les plus virulents critiques de M. Séralini n'ont jamais cru bon de pointer au nom de la "bonne science". »sys 

Si ces travaux n’existent pas de manière systématique, il ne faut pas chercher plus loin, et notamment sur leur faisabilité, concernant le test d’un aliment entier, leur pertinence, leur plus-value réelle par rapport à une étude de toxicologie subchronique etc… Non, pour Foucart, les choses sont simples : c’est du laxisme. Faut-il d’ailleurs préciser que l’appréciation de « laxisme surprenant » est celle du journaliste, et non pas de l’ANSES ? Marc Mortureux, actuel directeur général de l'Anses est également appelé à la barre par Foucart : « Le bilan de cette affaire n'est pas inintéressant ». Tel est effectivement le point de vue d’un haut fonctionnaire à un poste éminemment politique, voire occupant un siège éjectable. Les concessions faites à la suite de la prise en otage de l’opinion publique suite à la stratégie de communication « discutable » du CRIIGEN, ne servent pas l’avancée de la connaissance scientifique, contrairement à ce que feint de croire Foucart. Soulignons que dans le cas de l’appel d’offre française Risk’Ogm, parrainée par le ministère de l’environnement et mentionnée par Foucart, on ne sait pas trop ce qu’on va chercher ni comment. Peu importe, des fois qu’on trouverait quelque chose, de nature à relancer la polémique et à brandir le « principe de précaution ». Une démarche finalement assez séralinienne ! Quand dans un tel appel d’offre, on lit qu’ « un des objectifs du projet pourrait être d’apporter des éléments sur le caractère prédictif des études à 90 jours », on se dit que les bureaucrates qui se sont chargés de l’élaborer n’ont même pas pris la peine de se renseigner sur l’état de la connaissance à ce sujet.

A l’instar de la loi de Gresham sur la monnaie, et quoi qu’en dise Foucart, la mauvaise science aurait plutôt tendance à chasser la bonne. Sans compter les dégats qu’elle produit sur le discernement des journalistes, fussent-ils des journalistes scientifiques.

Anton Suwalki

(1)          Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials: a literature review. Food Chem Toxicol. 2012 Mar;50(3-4):1134-48

(2)      http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/avis1012.pdf 

(3) http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rapport261010.pdf

(4) http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/APR__Risk_OGM_rel_pbch_pbj_rs2.pdf

 


Il

b

 

 

 

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