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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 14:19

La recension des mensonges de Jacques Testart entamée dans cet article édité le 27/02 , sera complétée régulièrement. A suivre ….



« A qui profitent les OGM ? », titre le dernier livre de Jacques Testart, paru aux Éditions du CNRS. Voici la problématique résumée en dernière page de couverture : « Les plantes transgéniques permettent-elles de disposer de produits moins coûteux ? De meilleure qualité ? De meilleur goût ? Se conservant mieux ? Bénéfiques pour la santé ou l’environnement ? Voilà les questions que la stratégie des entreprises de biotechnologies a permis que l’on ne se pose pas. ».

 

             Précisons tout de suite que l’auteur ne brille pas par sa logique. Car dès les deux premières pages, son analyse démontre à peu près le contraire : il accuse en effet ces entreprises, non pas d’avoir occulté ces questions, mais d’y avoir répondu mensongèrement A l’inverse, il ressort  de sa prose que c’est la stratégie des anti-OGM eux-mêmes qui aurait conduit à détourner de ces questions : « [du fait de] la focalisation militante sur un possible risque alimentaire (…), de mobilisation en mobilisation, une question restait en suspens : et si, plutôt que de s’épuiser à chercher à démontrer la malignité des plantes transgéniques, si on exigeait de ceux qui veulent nous les  imposer de démontrer leurs avantages ?» .

 

« S’épuiser à chercher à démontrer » sonne d’ailleurs comme un aveu . Tout est donc affaire de stratégie politique, trouver un bon prétexte pour justifier un rejet des PGM a priori, et Testart propose donc aux militants de simplement changer de stratégie.

 

 

S’il s’agissait de faire un bilan, même provisoire, des « promesses » initiales des OGM et de celles qui ont été tenues, il faut vite déchanter. La réponse biaisée de Testart à ces questions, qu’on connaît d’avance n’occupe d’ailleurs qu’une part succincte de l’ouvrage.  Réponse biaisée, d’abord à cause de la manière caricaturale dont Testart présente les promesses. Par exemple : « ceux [les citoyens pris au hasard] qui ne sont pas vaccinés contre la vieille ficelle de la promesse vous expliqueront que les OGM permettent d’augmenter la productivité, bien utile face à la surpopulation à venir, même si la terre est trop salée, trop sèche, ruinée par les engrais. Et qu’en plus, ça donne des produits de meilleure qualité, bien homogènes , sans salissures sur la peau » . Il faudrait donc croire que malgré la formidable et ininterrompue campagne de vaccination des Testart and co qui monopolisent les médias, il y a encore pleins de « victimes » de la campagne des firmes semencières ou plutôt de leurs sbires , ces professeurs Tournesol  (selon Testart) particulièrement habiles en communication, compte tenu de l’espace tellement restreint dont ils disposent pour s’exprimer.  De qui se moque-t-on ?

 

A qui profitent les OGM ? Nul ne s’étonnera de la réponse téléphonée de Testart à la question qui sert de titre à son livre : A personne, sauf aux grandes entreprises semencières à qui le brevetage permet de faire main basse sur l’alimentation mondiale .

 

 

Admettons que ce soit vrai. Mais alors, pourquoi Testart est-il lui-même obligé de mentir comme un arracheur de dents pour essayer de nous en convaincre ? Car oui, monsieur Testart, vous mentez, comme nos lecteurs pourront le constater dans le feuilleton qui suit. Et vous mentez sans talent et sans originalité. Après avoir lu le torchon que le CNRS a accepté de publier, et qui pourrait bien servir de base à un petit dictionnaire des mensonges anti-OGM, on lui retournera donc la question initiale : A qui profitent vos mensonges ?

 

 

Allégation n°1 : Riz doré

 

 

   Un des mensonges de ce livre les plus évidents concerne le riz doré « qui apportera la quantité de vitamine A indispensable à tous ceux qui sont capables d’en manger quelques kilos par jour » .   Il y a pourtant bien longtemps que cette affabulation de vos amis de Greenpeace (1) est réglée , se basant sur les premières expériences et vous le savez .La bioconversion du Béta carotène en vitamine A de l’actuel riz doré permet de couvrir de 40 à 50% des besoins en vitamine A pour 100g de riz sec ingéré (2) . Sachant que le riz est l’aliment de base dans beaucoup de pays concernés par des carences (3), le riz doré est susceptible donc fournir un apport suffisant pour  prévenir de la mort ou de déficiences graves telle que la cécité, le mensonge n’en est que plus sinistre. Mais sa fonction est claire : il s’agit de cacher aux lecteurs que contrairement à ce que raconte Testart, les biotechnologies végétales peuvent être d’utilité directe pour les consommateurs, et dans le cas du riz doré, leur application pourrait contribuer  directement à sauver des vies sur lesquelles Testart préfère faire l’impasse, par pure idéologie. Ainsi s’explique la campagne anti-OGM la plus hystérique que Greenpeace ait pu mener (4).

A SUIVRE

Anton Suwalki

 

 

 

 

se basant sur les premières expériences effectivement décevantes sur le riz , mais qui datent d’il y a plus de douze ans.

http://imposteurs.over-blog.com/article-22310309.html

http://ajcn.nutrition.org/content/89/6/1776.full

 

 http://www.cbc.ca/news/technology/story/2010/10/15/golden-rice-food-technology.html - ixzz12iEFYKZ8

 (3) http://www.cirad.fr/content/download/1137/9800/version/2/file/riz.pdf

 

(4) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-sauvez-les-baleines-oubliez-les-enfants-112729351.html

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 12:46

Suite à notre article :

http://imposteurs.over-blog.com/article-seralini-entre-detox-et-intox-115018592.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/030213/seralini-entre-detox-et-intox

Même si le droit de réponse ne nous a pas été imposé, nous estimons normal d’accorder aux commentaires de Daniel Chauvin sous ses 2 casquettes, le statut de droit de réponse. Il est normal  que toute personne physique ou morale mise en cause dans un de nos articles ait le droit de se défendre. Preuve peut-être que nous ne sommes pas des partisans de l’inquisition, comme le suggère Mr Chauvin. Les bûchers, très peu pour nous. 

Ces droits de réponse appellent par contre quelques commentaires de notre part (voir après les deux messages).

Anton Suwalki



Droit de réponse d’Invitation à la vie

INVITATION A LA VIE

Association Loi 1901

26 rue des Peupliers

92100 BOULOGNE BILLANCOURT

 

Le Président, Monsieur Daniel Chauvin

 

« Chers Yann-Kindo et Anton Suwalki,

Nous vous remercions sincèrement de nous avoir habillés pour l’hiver. Tous, autant que nous sommes, le petit millier d’adhérent à Invitation à la Vie, nous voici en effet par la magie de votre plume élevés au rang de « catho bouddhistes » « barjots » , de « guérisseurs » « délirants » et « mondains »,  à ce point « illuminés » que nous sommes d’ailleurs « grillés », mais quand même rassurés  après avoir lu votre prose de réaliser que l’humanité ne doit rien aux plantes mais que son salut passera par les  organismes génétiquement modifiés par des marchands de pesticides. Nous sommes également épatés par la rigueur scientifique de votre équation qui honore la rationalité que vous vantez: puisque le président et quelques adhérents d’IVI travaillent avec le laboratoire  Sevene Pharma, ou en son sein,  et que celui-ci travaille avec des scientifiques pour la validation de certains de ses produits, ces derniers sont de toute évidence de dangereux obscurantistes. Bon sang, mais c’est bien sûr.

Nous n’exprimerons qu’un regret, si vous voulez bien nous l’autoriser. C’est que vous n’ayez pas fait d’enquête chez IVI en prenant contact avec nous et de ne pas avoir établi –et pour cause puisqu’ il n’en  existe pas -de lien entre le professeur Séralini, et notre association. Ceci nous vaut donc d’encombrer vos précieuses pages des quelques correctifs bien évidemment « croquignolesques » afin que vos lecteurs soit définitivement convaincus que notre groupe et son millier de membres, constitué de personnes de tous milieux, origines, opinions, confessions et croyances, est décidément bien infréquentable pour  les gens intelligents et fiers de l’être dont vous êtes le digne représentant.

Invitation à la Vie est une association laïque d'inspiration chrétienne, ouverte à tous, qui rassemble et accueille des personnes de tous âges, de tous horizons sociaux et culturels, sans distinction de race, de nationalité, de religion, croyantes ou non, et qui a pour but l'accueil, l'écoute, la consolation et l'harmonisation. Les réflexions et propositions en matière de santé de certains des fondateurs du mouvement qui remontent à une trentaine d’années n’ont jamais fait l’objet de publications autres qu’à usage interne, et aucun médecin n’a jamais été condamné pour y avoir prêté l’attention qu’il a estimée légitime d’y porter. Nous ne disconvenons certes pas qu’un  rapport parlementaire de 1995 a pensé pouvoir ponctuellement ranger notre association parmi des « sectes »,  mais vous n’ignorez pas que depuis lors la Miviludes a admis que le terme  est impropre, et même inexistant en droit français, comme la jurisprudence le confirme régulièrement, et qu’il n’y a rien à signaler à notre sujet.  Nous réfutons donc ces procès en sorcellerie, cette inquisition moderne, procédés qui valent d’ailleurs à la France des rappels réguliers par la Cour européenne des droits de l’homme. D’autre part, les liens de nos adhérents sympathisants ou partenaires avec telle ou telle entreprise – et par définition ces liens sont multiples, divers et variés avec toutes sortes d’entités dans tous les corps de métier -  sont totalement étrangers à nos activités et inversement. Notre association n’est en effet ni un cercle, ni un club, ni un réseau, ni une loge, mais une structure apolitique et non confessionnelle d’écoute, de consolation, de réconfort et d’aide à l’apaisement pour des personnes à la recherche d’un meilleur équilibre dans un monde et un environnement dont vous conviendrez peut être avec nous qu’ils sont particulièrement stressant et agressif. Nous n’avons par ailleurs  aucun lien avec le professeur Séralini qui n’est ni adhérent, ni sympathisant, ni donateur de notre association. Il a déclaré ne pas nous connaître et nous n’avons aucune raison d’en douter. Notre association n’a enfin aucun intérêt capitalistique ou financier dans la société Sevene Pharma.

Pour conclure, nous ne portons  aucun jugement sur les travaux du professeur Séralini dans le domaine des OGM et n’en avons exprimé aucun. Nous nous étonnons donc que votre article  mêle et mette notre association au service d’une polémique qui oppose les tenants et les opposants aux OGM autour de ces travaux.

Enfin, sachez qu’en effet Antenne 2 puis France 2 ont été deux fois et à dix ans de distance condamnées pour avoir détourné un reportage effectué sur Invitation à la vie de l’objet qui lui était assigné. Sachez également que par deux fois le Conseil départemental des médecins de Paris a été

 

"Sachez également que par deux fois le Conseil départemental des médecins de Paris a été débouté et condamné aux frais au titre de poursuites pénales qu’il avait provoquées contre un médecin qu’il mettait en cause à raison de son intérêt pour des méthodes thérapeutiques auxquelles  notre Association s’est intéressée. Nous ne voyons donc pas en quoi le rappeler relève de l’entourloupe, ni pourquoi un innocent ferait un bon coupable, et inversement, parce qu’il vous plairait qu’il en aille ainsi». 

Droit de réponse de Sevene Pharma

SEVENE PHARMA

Le Président, Monsieur Daniel Chauvin

LE MAZET

30170 MONOBLET

RCS 414 325 456 Nîmes

S.A à directoire

Au capital de 3.003.045 euros

«Messieurs,

 Vous avez cru devoir mettre en cause SEVENE PHARMA dans votre article sans d’ailleurs avoir pris contact avec ses représentants. Votre propos alimente la polémique que vous semblez vouloir entretenir avec le professeur Séralini au sujet des travaux qu’il a récemment publiés sur la toxicité de certains OGM.

Vous défendez le raisonnement suivant. Puisque la société SEVENE PHARMA comprendrait parmi ses dirigeants ou ses membres ou ses proches quelques personnes qui seraient adhérentes ou sympathisantes de l’association INVITATION A LA VIE, toute personne collaborant de près ou de loin avec elle s’en trouverait automatiquement disqualifiée.

Nous sommes d’autant plus choqués par cette équation que nos produits ne sont pas plus en cause que la qualité de collaboration scientifique que nous fournissent nos divers consultants, dont le professeur Séralini.

Il nous semble donc que l’amalgame auquel votre article se livre est aussi irrationnel qu’il  est infondé, voire "croquignolesque" pour nous en tenir à votre vocabulaire.

Nous pensons à ce stade pouvoir rappeler

  • que, la société SEVENE PHARMA existe depuis de nombreuses années,
  • que ses produits bénéficient dans leur secteur d’une excellente réputation,
  • qu’elle ne porte aucun jugement sur les travaux du professeur Séralini dans le domaine des OGM, n’ayant d’ailleurs pas la compétence pour le faire,
  • qu’en revanche elle prête sans l’ombre d’une hésitation à la phytothérapie les qualités thérapeutiques qui lui sont connues et reconnues dans le monde entier par plus de 5.000 années de pratique au bénéfice de ses usagers à travers les âges.

Défendre votre cause en faveur des OGM en vous en prenant à la phytothérapie est ainsi à nos yeux aussi stérile qu’inutile, à moins que le procédé témoigne de votre part d’ une profonde antipathie envers la nature »


 

Commentaires d’Anton Suwalki


1I       Il est toujours amusant de voir quelqu’un de versé dans l’irrationnel le plus total prétendre nous donner des leçons de rationalité et de rigueur. Ce quelqu’un , c’est Daniel Chauvin qui le fait , d’abord sous la casquette d’IVI : «  Nous sommes également épatés par la rigueur scientifique de votre équation qui honore la rationalité que vous vantez », puis 6 minutes plus tard, sous la casquette de Sevene Pharma :  « Vous défendez le raisonnement suivant. Puisque la société SEVENE PHARMA comprendrait parmi ses dirigeants ou ses membres ou ses proches quelques personnes qui seraient adhérentes ou sympathisantes de l’association INVITATION A LA VIE, toute personne collaborant de près ou de loin avec elle s’en trouverait automatiquement disqualifiée. Nous sommes d’autant plus choqués par cette équation(..) » . Rajoutée à d’autres figures stylistiques communes aux deux communiqués, cela nous fait effectivement penser que la séparation des genres (mouvement illuministe d’un côté, entreprise pharmaceutique tout ce qu’il y a de plus ordinaire et de plus sérieux de l’autre) est un exercice de haute voltige que vous ne maîtrisez pas très bien.


2/           Permettez-moi de vous faire cette confidence : je connais un témoin de Jéhovah convaincu, au passage doté de qualités humaines incontestables. Ce qui ne m’empêche pas de trouver certaines des idées de ce TJ complètement  « barges » (et certaines  totalement réactionnaires, soit dit en passant).

Il se trouve qu’il  a occupé un poste de responsabilité dans une Chambre de Commerce. Je n’y vois pas pour autant le signe d’un noyautage des Chambres de commerce par  quelque mouvement ésotérique. Par contre, s’il avait monté avec d’autres TJ un mouvement guérisseur, et dans la foulée une officine pharmaceutique basée sur des remèdes « alternatifs », et bien oui, figurez-vous que je ne pourrais m’empêcher de faire un lien entre ses croyances et cette activité. Vu que les informations de l’enquête de Gil Rivière Wekstein ne sont pas contestées, j’en déduis que Sevene Pharma est bien une émanation des fondateurs ou dirigeants actuels d’IVI, et j’ai beaucoup  de mal à croire que les activités des uns et des autres soient totalement indépendantes. D’où mon « équation »… Car il me semble évident qu’entre un mouvement qui prône la guérison par la prière, par l’imposition des mains etc, et une officine qui vend des produits d’efficacité très douteuse, non basés sur l’Evidence Based Medicine (la médecine fondée sur les preuves), la frontière est très perméable.


3/     Daniel Chauvin écrit, en tant que président d’IVI  : « (nous voilà] rassurés  après avoir lu votre prose de réaliser que l’humanité ne doit rien aux plantes mais que son salut passera par les  organismes génétiquement modifiés par des marchands de pesticides ». puis, en tant que président du directoire de Sevene Pharma : « Défendre votre cause en faveur des OGM en vous en prenant à la phytothérapie est ainsi à nos yeux aussi stérile qu’inutile, à moins que le procédé témoigne de votre part d’ une profonde antipathie envers la nature ».

- je mets au défi Daniel Chauvin (casquette IVI) de trouver dans un seul des 551 articles écrits à ce jour dans Imposteurs une seule phrase qui affirmerait, ou laisserait supposer que je pense que l’humanité ne doit rien aux plantes (sic !). Il est vrai qu’il est plus commode de mettre dans la bouche  de quelqu’un des propos qu’il n’a jamais tenus (et de préférence, des propos stupides) que de réfuter ses propos authentiques. Quant au « salut » (tiens on est encore dans des notions religieuses) par les « organismes génétiquement modifiés par des marchands de pesticides », cette terminologie rappelle furieusement les formules choc de Mr Séralini . Mais, voyons, pourquoi dis-je cela ?

-Daniel Chauvin  (casquette Sevene Pharma), nous prête « une profonde antipathie envers la nature » . Excusez-moi de vous dire que cela n’a aucun sens pour nous qui ne concevons de relation de sympathie ou d’empathie qu’envers des êtres, ce que la nature n’est pas .Une fois encore, votre expression témoigne d’un mysticisme dont vous peinez à vous débarrasser quand vous parlez au nom de Sevene Pharma.

-Nous nous en prenons, dites-vous à la phytothérapie pour défendre les OGM. Personnellement, je pense qu’au contraire, ce sont les promoteurs de la nature sacralisée qui se servent des OGM comme un repoussoir, une espèce de profanation. Pour quelle autre raison vous seriez-vous rapprochés de Mr Séralini qui ne doit sa notoriété que de son acharnement à prouver que les OGM sont toxiques, ainsi que le RoundUp qui est associé à une catégories de PGM, tolérante au glyphosate (1)? Lorsque qui plus est, celui-ci vend dans une même étude le poison RoundUp et le contre poison (2) que constituerait certaines des préparations de Sevene Pharma, on comprend mieux l’intérêt d’utiliser ses services.


4/Venons en à la phytothérapie : nulle part, nous avons nié que les plantes pouvaient contenir des substances actives d’intérêt médical. Bien des molécules de synthèse se reproduisent ou s’inspirent d’ailleurs des plantes. Vous me permettrez de sourire de la naïveté de l’argument «reconnues dans le monde entier par plus de 5.000 années de pratique » . Et l’eau bénite, ça marche aussi, quoi que seulement reconnu par 2000 ans de pratique ?

Je lis d’autre part que « Sevene pharma a développé une gamme remèdes bio à base de plantes médicinales cultivées sur le lieu d'implantation de ses laboratoires, pour se soigner au naturel »(3). Vous vous gardez bien de mentionner dans votre droit de réponse que vous surfez aussi sur les croyances dans les grigris homéopathiques. C’est à base de produits naturels (forcément bons, comme tout le monde le sait) , et en plus c’est super dilué ! Mais alors, c’est quand même super efficace ? Je vous renvoie pour cela à l’argumentaire sur les contradictions insoutenables des promoteurs de l’homéopathie :

http://imposteurs.over-blog.com/article-dans-une-petition-des-homeopathes-l-aveu-de-leur-imposture-114891129.html

Soit votre phyto-homéopathie marche, et il faut donc en envisager des effets indésirables, soit il n’y a pas d’effet indésirable compte tenu de la dilution, mais dans ce cas là, ça ne soigne rien. Je penche pour la deuxième solution. 

Selon les propos de Marie D’Hennezel (4) , que vous confirmerez, les produits de Sevene Pharma sont dispensés des études cliniques préalables à toute autorisation de mise sur le marché  pour les vrais médicaments. En clair, vous n’avez ni à apporter la preuve d’un réel effet thérapeutique de vos produits, ni de prouver leur relative innocuité pour une posologie donnée. Donc c’est du vent.

 

 

Pour conclure :


Je ne me prononcerai pas sur la caractérisation de secte au sujet de votre mouvement IVI, il est vrai que c’est difficile à établir. Par contre, que vos idées me paraissent un peu folles, je maintiens. Je ne réclame aucunement la « chasse aux sorcières », mais tout simplement le droit de dire et d’écrire ce que je pense d’idées  inquiétantes.

Je suis absolument persuadé et même renforcé après avoir lu vos 2 communiqués, qu’on ne peut pas envisager IVI et Sevene Pharma comme deux entités complètement séparése, contrairement à ce que vous affirmer.


A propos de Mr Séralini, lui affirme ne pas connaître votre mouvement et ses orientations. Soit, il manque un peu de curiosité.  Plus étonnant encore serait qu’il ignore la nature du sponsor de la plupart des études du CRIIGEN&Séralini , la Fondation Denis Guichard , dont l ’illuminisme est fort ressemblant à celui d’IVI. On remarque que cette FDG dont la présidente actuelle est également présente dans les structures d’IVI et de Sevene Pharma, et que son ancien président n’est autre que Jean-Marie Pelt, actuel secrétaire général du CRIIGEN. Bien sûr, tout cela n’est que fortuit.  


La question de savoir ce que savait réellement Mr. Séralini de ce petit monde est finalement secondaire. Ce qui important, c'est de savoir ce qu'il va faire de ces révélations .Va-t-il continuer à vous apporter sa caution scientifique ? Quoi qu’il en soit ,nous pensons avoir démontré avec Yann Kindo que cette proximité, fût-elle involontaire et à son insu, n’est pas sans raisons. 

Anton Suwalki



(1)NB je me garderai de parler de totale innocuité du RoundUp, qui à certaines concentrations peut être nuisible à la faune aquatique.  Simplement, il est beaucoup moins toxique que bien d’autres produits. Lire notamment :

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1253709/

La focalisation sur ce seul produit obéit donc à une logique propagandiste, et non pas à une logique sanitaire.

(2) http://www.occup-med.com/content/5/1/29

 

(3) http://www.sevenepharma.com/qui-sommes-nous.html

(4) http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/droit-de-reponse-de-marie-d-hennezel,855.html

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 21:44

Le site Agriculture et Environnement, animé par Gil Rivière-Wekstein, a publié récemment une enquête1 qui concerne Gilles-Eric Séralini, preux chevalier de la lutte anti-OGM et auteur de l'inénarrable étude sur un maïs Monsanto , étude qui a fait la Une des médias avant d'être rejetée par la communauté scientifique et toutes les agences d'expertise consultées à son sujet. L'enquête concerne notamment la société pharmaceutique Sevene Pharma, qui produit des trucs détoxifiants à la limite de l'homéopathie et le phytothérapie, comme Séralini le dit lui-même dans une petite vidéo de promotion sur le site de la boîte en question2.


 Cet article a été écrit en collaboration avec Yann Kindo , auteur du blog Le labo et la faucille

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/030213/seralini-entre-detox-et-intox

 


Globalement, ce que montre l'enquête, c'est que Séralini a joué un rôle de consultant, de caution scientifique et   de propagandiste pour cette société, dont il a testé des produits, au service de celle-ci, avant d'en vanter les mérites dans le cadre du Criigen3 [qui, rappelons-le, est censé être un Centre de Recherche Indépendant sur le Génie Génétique, et pas une officine de propagande pour les pseudo-médecines]. On peut déjà s'amuser de voir un scientifique connu pour ses sorties sur le thème : « les études sur les OGM sont insuffisantes »... se mettre au service d'une boîte fabriquant des produits homéopathiques, c'est à dire ceux d'une pseudo-médecine qui précisément n'a pas besoin de justifier par des études en double-aveugle l'efficacité de ses produits avant leur mise sur le marché. Ce qui est plus surprenant, c'est de constater que le professeur Séralini a mis ses immenses compétences au service précisément d'un boîte qui est largement l'émanation d'un groupuscule de guérisseurs catho-New Age  nommé Invitation à la Vie (IVI).

 Nulle part, l'enquête ne dit que Séralini est un adepte d'IVI, ni même qu'il savait précisément qui était derrière Sevene Pharma. Ce que l'enquête montre, avec des noms et des faits à l'appui, c'est que Séralini se retrouve dans un sorte de conjonction d'intérêts idéologiques avec ce groupe et son émanation laborantine. Ce que l'on peut retenir de ces  révélations, c'est que les frontières sont décidément très poreuses entre la junk science du Criigen, la pseudoscience du labo homéopathique, et les délires des guérisseurs. Ce qui anime Gilles-Eric Séralini sur la question des OGM, c'est certainement ce que lui pense être le souci du bien public, mais c'est aussi une vision du monde qui entre en conjonction non pas avec l'horizon intellectuel de la science, mais avec celui d'illuminés. Rappelons que Georgina Dufoix, qui a organisé en 1984 le remboursement des produits homéopathiques par la Sécurité Sociale (avec une exemption de preuve d'efficacité), s'est convertie ensuite au protestantisme évangélique et milite aujourd'hui contre le mariage pour tous4. Elle l'a fait non pas par clientélisme électoral ou par volonté de ne pas froisser une  glorieuse entreprise française – ce qui est sans doute le cas de tous ses successeurs qui ont maintenu ce remboursement - , mais par authentique conviction militante en faveur des médecines parallèles. Ce que l'on constate avec l'enquête d' A.et E., c'est que dans le champ des médecines et sciences alternatives», ces trajectoires parallèles   se croisent assez facilement et fort logiquement : entre l'imposition des mains sur fond de prières et la détoxification plus ou moins homéopathique,  il n'y a pas de différence de nature, mais de uniquement de degré dans l'irrationnel. Et ce n'est sans doute pas un hasard si le groupuscule de guérisseurs mondains un peu grillé publiquement et ayant choisi de se donner une façade phytothérapeutique a choisi le héraut du mouvement anti-OGM, partisan de l' « écomédecine », pour lui servir de caution scientifique.

Deux droits de réponse croquignolesques

 Depuis la publication de son enquête, Gilles-Rivière Wekstein reçoit des demandes de droit de réponse émanant de la mouvance IVI. Sur son site, on peut trouver un double droit de réponse particulièrement croquignolesque5. Le premier droit de réponse émane de Daniel Chauvin, qui est le président du directoire du labo Sevene Pharma.  Il dit :

 

« Nous nous étonnons que vous puissiez penser qu’une entreprise industrielle ou commerciale devrait être étiquetté et qualifiée en fonction des convictions politiques, philosophiques, religieuses ou artistiques de quelques-uns de ses employés, actionnaires ou dirigeants. »

 

Non, franchement, on voit mal pourquoi il faudrait associer Sevene Pharma à IVI. Surtout quand le deuxième droit de réponse émane de l'actuel Président d'IVI. l'autre partie mise en cause, et qu'il est signé..... du même Daniel Chauvin !!!!!. Merci à M. Chauvin pour cette bonne tranche de rigolade à base de double casquette présidentielle.

Au-delà, il est remarquable que les deux droits de réponse ne réfutent aucun des nombreux liens croisés entre IVI, Sevene Pharma  et la Fondation Denis Guichard (actionnaires, montages financiers), qui sont mis en évidence par l’enquête de GRW. Il se contente  de nier que ceux-ci puissent avoir une quelconque influence sur l’activité de Sevene Pharma et d’affirmer l’absence totale de liens avec Séralini. Mais chassez le naturel, et il revient au grand galop. Il est en effet écrit dans le doit de réponse de Sevene Pharma :

 

« Nous devrions à notre tour nous interroger sur ce que masquerait votre hostilité apparente et assez constante envers les mouvements qui estiment que les OGM peuvent présenter des risques pour la santé humaine ».

 De quel « mouvements » parle-t-on ici, Mr le PDG de Sevene Pharma ? Ainsi, votre société serait autre chose qu’un simple laboratoire de produits « détoxifiants » ? Daniel Chauvin semble ici avoir oublié qu’il avait enlevé la casquette d’IVI pour enfiler celle de Sevene Pharma !

  

Gilles-Eric Séralini contre-attaque :

 Gilles-Eric Séralini vient lui aussi de se fendre sur le site du Criigen d'une réponse6, qui est faite à un article du Figaro7 , dont le journaliste Marc Ménessier avait repris l'enquête d'Agriculture et Environnement.

 On comprend dès le titre que le but de Séralini n'est pas de dire qu'il est désolé de s'être fait avoir par une « secte » de guérisseurs, et qu'il rompt ses relations avec  ce milieu douteux. Non, bien évidemment, il s'agit plutôt d'expliquer que tout cela est une campagne de lobbies pour le déstabiliser, et que ses détracteurs sont obligés d'avoir recours à « la diffamation ad hominem » car lui sort grand vainqueur sur le terrain scientifique . Bien entendu, lui n’a jamais recours à des attaques ad hominem…

 

« Les critiques scientifiques contre notre recherche sur la toxicité à long terme d’un OGM agricole et du principal herbicide du monde s’essoufflent enfin, et nous publions dans la même revue de toxicologie alimentaire en ce début 2013 un nouvel article qui répond point par point ànos déracteurs. Ceux-là décident alors de passer à l’étape supéieure : la diffamation ad hominem. Et ils trouvent apparemment quelques oreilles bien complaisantes… ».

 Le terme d’essoufflement est pour le moins abusif. Depuis plus de 4 mois que l’étude foireuse est parue, tout a été dit dessus, et a priori seule la stratégie médiatique et judiciaire adoptée par le CRIIGEN permet de relancer la polémique alors que le sujet est selon nous scientifiquement réglé. Mais au-delà de cette mauvaise foi évidente et du style fielleux qu’il affectionne, GES feint de croire qu’il y a une  concertation entre les scientifiques de tous continents (ses « détracteurs ») qui ont dénoncé les carences graves de son étude, et l’auteur de l’enquête qui met en cause ses liens sulfureux, ainsi que le journaliste du Figaro qui l’a relayé. Venant de quelqu’un qui dénonce un ragot «qui rappelle l'histoire de « l'homme qui a vu la femme qui a vu  l'homme qui a vu l’homme qui a vu l'ours », voilà qui ne manque pas de sel. Mais lorsque le délire de persécution8 évite la moindre remise en cause personnelle, l’usage des insinuations et des ragots est un mode de défense légitime pour GES.

 

 

Adepte du pâté d’alouette

 « Au final, nos adversaires représentent une quarantaine de lobbyistes et groupements, qui se sont empressés d’agir en chœur dès les premiers jours. ».

 Avouons que devant le déluge de critiques, il devient difficile de compter le nombre d’ « adversaires » de Séralini. Mais « une quarantaine » parait d’autant plus sous-estimé que dans l’algèbre séralinienne (encore une science « revisitée » par l’omniscient), 1 « lobbyiste » + 1 « groupement » = 2 ! Un peu comme dans la recette du pâté d’alouette, où on prend un cheval et une alouette....

Ces critiques d’ailleurs, GES les balaye du revers de la main au motif que

 

« [leur] bêtise n’a parfois d’égal que l’ignorance crasse du sujet de la part de leurs auteurs (qui n’ont d’ailleurs jamais rien publié, ni sur les OGM ni sur la toxicologie) ! »

 Rappelons que celui qui dénonce l’ignorance crasse de ces critiques est capable d’affirmer des incongruités telles que l’on ne peut pas faire de tests statistiques sur des nombres entiers (sic !), ou bien que les statistiques sont inutiles devant les courbes terrifiantes qu’il sort de son chapeau ! 

Mais ici, GES ment effrontément. Examinons le CV  de quelques uns des critiques qui se sont exprimés :

 

Tom Sanders, directeur du département de nutrition du King’s Collège de Londres

Alan Boobis, biochimie, pharmacologie, Imperial College de Londres

Gérard Pascal, nutritionniste, toxicologie (INRA)

Jean-François Narbonne, Toxicologie, CNRS , ANSES

Alain de Weck, immunologie, allergologie, Université de Berne

Marc Lavielle, statisticien, HCB

Louis Ollivier, génétique animale, INRA

Christian de Duve, prix Nobel de médecine

Wim Grunewald, biologie moléculaire, biologie des plantes, Institut des biotechnologies de Gand

Colin Berry , histopatholgie, Université de Londres

 

On nous pardonnera de ne pas aller jusqu’au bout de la longue liste des « nullités » qui ont osé critiqué une étude dont aucun des signataires n’est toxicologue ou cancérologue… Par contre, parmi les signataires de l'étude,  l’un est simple doctorant, l’autre homéopathe et acupuncteur….

 

 

« Quant aux avis négatifs des agences sanitaires sur la validité de notre étude, ils étaient malheureusement plus que prévisibles. Comment espérer que ceux-là mêmes qui ont contribué – c’est leur rôle premier – à autoriser ces produits (sur la base de tests de la compagnie Monsanto huit à dix fois moins longs et détaillés que les nôtres !), qui ont toujours nié les signes de toxicité que nous y avons vus, et qui se refusent toujours à communiquer leurs données, comment espérer que ceux-là se désavouent un jour en reconnaissant la validité de toute ou partie de notre étude ? »

 Quel dérisoire procédé rhétorique, bien connu des zététiciens, qui consiste à admettre pour vrai ce qu’on est censé démontrer ! Résumons le sous la forme stylisée suivante :

Séralini : « mon étude démontre la toxicité des OGM et par là-même le laxisme des agences qui ont autorisé ces produits ».

Le sceptique : « oui, mais de nombreux scientifiques et des agences ont émis un avis négatif sur vos travaux »

Séralini : « cet avis est nul et non avenu, puisque venant de ceux ont autorisé ces produits ».

 

Le culot étant toujours la meilleure défense quand on est pris en flagrant délit, aux  « 40 lobbyistes et groupements » ignares ou corrompus qui se seraient donc acharnés contre lui, GES oppose

 

« plus de 300 signatures de soutiens et félicitations de scientifiques de trente-trois pays du monde sur cinq continents ».

 Mouais…

1/ Le manifeste de soutien assassin9,vraisemblablement à l’initiative de Pierre Henri Gouyon,  est signé par des chercheurs dont la plupart ne sont pasdu domaine de l’étude (OGM, toxicologie). Quand on soutient Séralini, l’ignorance crasse n’est donc pas un problème. …

2/ Il y a à boire et à manger parmi les « scientifiques » de trente-trois pays10 : citons entre autres Vandana Shiva, les époux Bourguignon, un ingénieur forestier, et même un représentant de l’Église unie du Christ….  

3/ Mais surtout, ce soutien « citoyen » masque la terrible solitude de GES sur le plan scientifique. Même le manifeste est obligé de concéder les défauts de cette étude. Sur le plan technique, une seule personne s’est risquée à en défendre les conclusions probablement sans l’avoir lue : l'académicien  Paul Deheuvels, dont les écologistes admirateurs de Séralini  seront ravis d'apprendre qu'il a été un soutien à Claude Allègre dans la controverse sur le climat.11.

 

Un consultant sans relations avec ceux pour qui il a travaillé

 Voici comment Séralini résume l'enquête qui met en lumière ses liaisons douteuses :

 

 « Ainsi donc, me voilà maintenant lié à une secte parce que j’ai testé dans mon laboratoire les produits pharmaceutiques d’une compagnie, Sevene Pharma, qui met au point des extraits de plantes détoxifiantes et dont certains actionnaires auraient fait partie d’une organisation soi-disant sectaire. »

 1) Pourquoi « organisation soit-disant sectaire ? ». GE Séralini veut-t-il par là simplement suggérer que le terme de secte n'est en général pas très pertinent et que les limites entre religion et secte sont difficiles à établir, ou alors veut-il plutôt dédouaner IVI d'une caractérisation communément utilisée pour désigner un groupe manifestement dingo ? Pour se rendre compte de ce qu'est IVI, on peut revoir dans les archives de l'INA le documentaire diffusé en 1988 par Antenne 2 après que leurs journaliste aient filmé les guérisseurs en pleine action :

http://www.ina.fr/video/CAB02017343/ja2-20h-emission-du-8-juillet-1988.fr.html

 Alors, secte ou pas secte, difficile à dire, ça dépend de l'usage que l'on fait du mot et de l'extension qu'on lui donne. Mais, à coup sûr, après avoir vu le reportage, on se dit que les membres d'IVI ne sont pas « soit-disant barjots », mais bien « complètement illuminés », si c'est cet aspect-là des sectes que l'on veut faire ressortir.

 2) Pourquoi écrire que certains actionnaires de Sevene Pharma  « auraient fait partie » d'IVI ? Pourquoi ce conditionnel ? Séralini remet-il en cause les informations avancées à ce sujet par Agriculture et Environnement, et qui n'ont non seulement pas été démenties par les différents droits de réponse envoyés au site [4 à l'heure où nous écrivons], mais même de fait confirmées par le coup de la double casquette de Daniel Chauvin.

Rappelons que, dans son enquête, Gil Rivière-Wekstein ne fait pas de vagues sous-entendus diffamatoires, comme les affectionnent les anti-OGM, mais qu'il apporte des éléments précis et des noms :

 « Anne de Constantin possède des actions de Sevene Pharma, tout comme d’autres responsables notoires d’IVI, dont son président actuel, Daniel Chauvin, son actuelle vice-présidente, Maud André-Vilgrain, et son ancien président, Georges Dulaurans. Et ce n’est pas tout. La direction commerciale et marketing de Sevene Pharma se situe au siège d’IVI, à Boulogne-Billancourt. »

 

 Donc, oui, M. Séralini, nous avons toutes les raisons de croire que vous avez testé dans votre laboratoire des produits d'une firme homéopathique, dont certains actionnaires sont membres d'un groupe que l'on peut considérer comme une secte si l'on pense pertinent le jugement sur ce groupe établi par une commission d'enquête parlementaire 12.

 Peu importe, Gilles-Eric Séralini ne se démonte pas et nous livre cette incroyable perle :

 « Soit dit en passant, j’ai également testé les produits de Monsanto sans qu’on me tienne pour autant responsable du curriculum de leurs actionnaires, ni qu’on me soupçonne d’êtretombé sous leur influence, tant s’en faut»

 Elle est bien bonne, celle-là !!! Quand Séralini a testé les produits de Monsanto, l'a-t-il fait au service de Monsanto, avec la pleine et entière collaboration de cette firme et en partenariat avec du personnel de celle-ci  ? Parce que c'est ce qu'il a fait avec Sevene Pharma, si l'on suit les informations très précises d' A. et E. que Séralini n'essaie même pas de réfuter :

 « Pour réaliser ses études, commanditées par la petite société cévenole, G.-E. Séralini a intégré à son équipe de recherche de Caen la directrice du personnel de Sevene Pharma, Cécile Decroix-Laporte, ainsi que sa « collaboratrice scientifique et coordinatrice des données cliniques », Claire Laurant-Berthoud, sympathisante d’Invitation à la Vie depuis plus de 20 ans. D’autres fidèles d’IVI ont apporté au chercheur de considérables financements, qui lui ont permis de réaliser huit de ses études. »

 

Avec cet argument, Séralini prend manifestement ceux qui le lisent pour des imbéciles.

  

Une enquête aux graves conséquences sanitaires pour des millions de gens

 

« Ces rumeurs sont simplement ridicules, et je n’aurais pas pris la peine d’y répondre, si elles ne risquaient d’avoir de très graves conséquences »

 Encore une fois, il ne s'agit pas de rumeurs, mais d'informations très précises, avec des noms, des lieux et des chiffres. Peut-être que les noms, les lieux et les chiffres sont faux  et mensongers, mais encore faudrait-il prendre la peine de les réfuter en les évoquant précisément, ce que le militant anti-OGM ne fait jamais dans sa supposée « réponse ». En ce sens, on peut dire que non, en réalité, Gilles-Eric Séralini n'a pas pris la peine de répondre à l'enquête d'A. et E. reprise par le Figaro.

 

« L’auteur [de l'article du Figaro] s’appuie sur une pseudo-enquête pleine de contre-vérités d’un blogueur qui cache à peine sa militance éhontée en faveur des OGM agricoles et dont les intérêts financiers qu’il entretient avec les firmes semencières viennent d’être dévoilés par Le Monde. »

 Ça devrait être facile de citer au moins une contre-vérité . Par contre , voici effectivement un gros mensonge : nulle part Le Monde, qui procède surtout par insinuations, n’a dévoilé les liens du « blogueur » avec les firmes semencières13 !

 

Mais voici venue la deuxième perle de la réponse de Séralini, qui amène à s'interroger sur l'équilibre psychologique de l'auteur :

 

« En essayant de salir ma réputation, on tente de décrédibiliser mes travaux et l’on met peut-être ainsi indirectement en danger la santé de millions de gens »

 Voici Gilles-Eric Séralini autoproclamé garant de la santé de millions de gens, rien que ça !

Quiconque enquêtera sur les pratiques de Gilles-Eric Séralini au service d'un laboratoire homéopathique tenus par des guérisseurs catho-bouddhistes adeptes de l'imposition des mains et de la prière salvatrice..... mettra immédiatement en danger la santé de millions de gens, qu'il le sache !

D'ailleurs, nous-mêmes, en écrivant ce texte, nous nous sentons gagnés par le poids de la culpabilité. Quels salauds nous sommes, quand même, à mettre ainsi en péril le bien être et peut-être la vie de millions d'être humains innocents dont Séralini est le protecteur indirect.

 

 

Qui finance qui ?

« Qu’il soit donc bien clair que :

1° La Société Sevene Pharma, qui vend des médicaments en pharmacie, n’a participé ni de près ni de loin aux financements de nos travaux sur les OGM »

 Sans doute, dit comme ça. Sevene Pharma n'a pas en tant que telle, directement financé les travaux de Séralini sur les OGM  contrairement par exemple à Carrefour, à  Auchan ou au député UMP François Grosdidier (pour la dernière étude,sur le KN 603)

N'empêche que :

 1) Quand Séralini publie d'un côté 3 études sur le « poison » RoundUp, produit testé par GES car utilisé avec les plantes GM tolérantes, et de l'autre deux études sur.... les contre-poisons préparés par Sevene Pharma, il y a comme une sorte de conjonction d'intérêts. Soit.

2) Cette conjonction d'intérêts a une vraie grosse gueule de « conflit d'intérêts », quand, selon les informations du Figaro qui a voulu vérifier celles d'Agriculture et Environnement, GE Séralini a perçu des rémunérations de la part de Sevene Pharma :

« Joint par Le Figaro, le directeur de la société  [Sevene Pharma] nous précise que «le laboratoire de recherche de Caen (dirigé par le Pr Séralini, NDLR) a perçu deux fois en 2012 des rémunérations de prestations pour des conférences auprès des professionnels de santé, plus une rémunération en 2011 pour une formation de biochimie auprès de (ses) visiteurs médicaux

 

En général, du côté des anti-OGM, on hurle à la corruption pour bien moins que ça. Imaginons un instant un professeur de biologie moléculaire qui recevrait une rémunération de Monsanto pour d'une part faire des conférence de promo de produits Monsanto et de l'autre former les représentants de commerce [ce que sont les visiteurs médicaux] de Monsanto, et qui ensuite publierait des articles dans des revues scientifiques sur les qualités  des produits de Monsanto, articles rédigés à partir d'expériences réalisées avec la participation de membres du staff Monsanto. Les anti-OGM s'époumonneraient à n'en plus finir sur ces liens qui décrédibiliseraient totalement selon eux la publication. Mais pourquoi ne le font-ils donc pas ici avec Séralini, qui a fait précisément la même chose ???? Il le fait pour sa part avec un labo homéopathique [ce qu'il savait et qu'il revendiquait] lié à un groupe d'illuminés surveillé par la Miviludes [ce qu'il ne savait pas forcément, et on veut bien le croire d'ailleurs, mais cela ne change rien à ce que nous disons ici].

 

3) Si Sevene Pharma n'a pas financé les travaux du Criigen sur les OGM, en revanche, les deux entités se retrouvent parfois côté à côté pour soutenir les glorieux efforts du professeur. Ainsi, lorsque l'on va voir les remerciements à la fin d'une étude dans laquelle Séralini participe à l'évaluation d'un produit de Sevene Pharma14, on peut lire ceci :

« This study was supported by Sevene Pharma Company. C.G. and E.C. received fellowships from the Conseil Regional de Basse-Normandie and the CRIIGEN (Committee for Independent Research and Information on Genetic Engineering). l C.G. fellowship was also supported by the Ethic Committee of Léa Nature Group/Jardin Bio for which we are very grateful. Part of the work was accomplished at C.Ris Pharma (for the Cytochromes and GST study). We thank the Foundations Human Earth and Denis Guichard for structural support. »

 Amis non anglophones, sachez que « to support » signifie en anglais « soutenir/ aider/subvenir aux besoins», sans que le verbe n'indique en lui-même la nature de ce soutien (financier ? matériel ? « moral » ?). Donc, pour faire son étude en 2011 sur les produits  de Sevene Pharma qui permettraient de réparer les dégâts que causerait le Round Up dans nos organismes, Séralini a travaillé avec des  membres du personnel de Sevene Pharma [Cécile Decroix-Laporte15 et Claire Laurant16] et a reçu le « soutien » de Sevene Pharma [ainsi que la participation amicale (« fellowships ») du Criigen.... et du Conseil Régional de Basse-Normandie, dont on se demande ce qu'il vient foutre là], alors que par ailleurs, il effectuait visiblement à la même époque des prestations rémunérées pour la même société sous forme de conférence et formation.

 

Pourtant, bien entendu dans l'article publié par toute cette fine équipe, on peut lire au-dessus des remerciements cette formule assez drôle :

 « The authors declare that they have no competing interests. »

 Mais oui, en français, ça veut bien dire que les auteurs déclarent qu'ils n'ont pas de conflit d'intérêt !!!!!!!

Du coup, que ce soit en anglais ou en français, on se demande bien ce que ça pourrait encore être, un « conflit d'intérêt » ???

 

4) Dans les remerciements précédents, pour l'étude sur les détoxifiants anti-Round Up de Sevene Pharma,  on note que la « Fondation Denis Guichard » est remerciée pour son « structural support » [whatever that means...]. La président actuelle de cette Fondation est Anne de Consantin, qui est plus ou moins adepte d'IVI17, et qui est par ailleurs actionnaire de.. devinez-quoi ?... de Sevene Pharma, mais oui !

Et, tant qu'on y est,  qui est l'ancien président de la dite Fondation Denis Guichard ? On reste en pleine spiritualité écolo- chrétienne, puisqu'il s'agit du catholique Jean-Marie Pelt, qui a confondé avec Gilles-Eric Séralini.....le Criigen, bien sûr !

C'est sans doute au nom de ces anciennes relations amicales croisées et de ces affinités spiritualo-pseudoscientifiques que la fondation Denis Guichard a elle bel et bien financé à de nombreuses reprises les études de Séralini sur les OGM. C'est ainsi que Madame Anne de Constantin, qui a aussi un pied dans Sevene Pharma, est passée de l'éloge d'Yvonne Trubert, qui guérissait par la prière, au financement des études bidons de Séralini sur les OGM.

 Donc, M. Séralini a beau prendre la pose en disant que jamais Sevene Pharma n'a financé les études du Criigen sur les OGM, tous ces éléments vérifiables et vérifiés [voir ce que nous avons mis en notes]  indiquent bien qu'entre IVI, Sevene Pharma,la Fondation Denis Guichard et le Criigen, il y a effectivement un même réseau fait d'accointances, de « support », et de participations croisées, qui amènent à conclure que oui, M. Séralini et son  Criigen baignent bien dans ce petit monde de guérisseurs pseudoscientifiques.

Nous qui avons toujours pensé qu'il y avait dans l'opposition aux OGM un mode de pensée irrationnel et antiscientifique,  nous ne nous en étonnons pas.

  

Un chercheur homéosympathisant

« La firme vend des produits homéopathiques, c’est son droit le plus strict, mais une simple enquête aurait pu montrer, puisque ces travaux sont publiés, que nos expériences n’ont pas porté sur ceux-ci, mais sur des produits liquides de phytothérapie. Peu importe. »

 Ben non, pas « peu importe », justement.

On peut effectivement penser que « c'est son droit  le plus strict» et estimer que, dans une société du libre-choix revendiqué, il soit légitime que les croyants puissent croire à l'homéopathie, qu'on puisse en faire la propagande et que des boîtes de croyants intéressés puissent attraper les gogos consommateurs (étant donné que les pilules homéopathiques sont vides de tout principe actif, il n'y a pas de risque d'effets secondaires délétères, le risque direct en termes de santé publique est donc nul). Mais on n'est pas obligés non plus d'apporter sa caution scientifique, même indirecte, à ces inepties.

On peut à la fois défendre le droit des astrologues à croire en leurs trucs et même à en faire commerce, pour ne pas exercer une forme de police de la pensée, tout en trouvant honteux qu'il se soit trouvé, via la thèse d'Elisabeth Teissier, un jury de sociologues post-modernes pour servir de caution universitaire à la pseudo-science des astres. On peut à la fois défendre le droit à l'existence de l'homéopathie et de toutes les charlataneries du même genre, tout en souhaitant, à la fois pour des raisons d'éthique intellectuelle et pour des raisons pratiques de santé publique,  qu'elles disparaissent naturellement faute de croyants pour les nourrir. Et il faut d'ici là refuser le remboursement par la sécurité sociale de produits n'ayant pas passé avec succès l'épreuve des tests en double-aveugle, et aussi résister aux tentatives d'imposer l'homéopathie dans les facs de médecine18.

 

C'est en cela que l'attitude de GE Séralini est à la fois condamnable... et amusante. Quand on exige sans cesse « plus de preuves scientifiques » sur les OGM, on devrait sans doute éviter de fricoter avec un laboratoire qui s'est  installé sur le créneau (confortable et porteur) de la médecine qui s'abstient d'avoir à fournir des preuves scientifiques. On sent d'ailleurs dans ce passage de son communiqué que GE Séralini est un peu gêné aux entournures, vu qu'il tient à préciser que les produits de Sevene Pharma qu'il a testés, avec un grand succès selon lui, n'étaient pas des produits homéopathiques. Il était nettement moins affirmatif dans la vidéo d'une de ses conférences au cours de laquelle il faisait la promotion des produits de Sevene Pharma [voir note 2], dans laquelle il parlait à l'époque , à 0.22 , d'un « mélange de plantes, sur des granules, un mélange de plantes qui sont à la frontière de l'homéopathie et de la phytothérapie, et que nous avons testées.... »

 Et les sceptiques de se demander ironiquement à combien de hautes dilutions se trouve la frontière entre l'homéopathie et la phytothérapie...

En tous cas, il semble que selon les publics et selon l'image qu'il veut donner, Gilles-Eric Séralini prend plus ou moins ses distances avec l'homéopathie. Mais l'on peut constater que, en dehors même du cas de Sevene Pharma, sa distance habituelle avec l'homéopathie est très réduite, puisque le président actuel du Criigen, Joel Spiroux de Vendomois. est précisément un homéopathe (et acupuncteur !), avec qui il cosigne la plupart de ses articles. On peut rappeler aussi que Gilles-Eric Séralini, tout comme son compère anti-OGM Christian Vélot, est signataire, ça tombe bien, d'une pétition-manifeste pour la « liberté thérapeutique » et la reconnaissance des « médecines non conventionnelles »19. Donc, si on comprend bien, la médecine, c'est pas comme les OGM, là on peut être libre de faire n'importe quoi sans se fonder sur des preuves scientifiques expérimentales, c'est bien ça ? Ben oui, c'est bien ça, c'est très  précisément ce que dit le Manifeste en question, dont Séralini est des premiers signataires.

Aux côtés de Jean-Marie Pelt, confondateur du Criigen et ancien président de la Fondation Denis Guichard, que le monde est petit !

 

Une dernière petite entourloupe pour la route

 

Lorsque GE Séralini dit à la fin de son texte :

«  Par ailleurs, IVI affirme avoir gagné en justice contre ce qu’on leur reproche, et l’affaire en question remonte à… 25 ans (1987) ! »

 il  laisse penser au lecteur que IVI aurait gagné un procès face à ceux qui l'accusent d'être une secte, et que donc tout cela ne serait qu'une question de conscience spirituelle personnelle et que bon on va pas en faire tout un fromage.

Sur le site Prévensectes20, on peut constater qu'IVI et Séralini ont au moins un autre point commun en dehors de leurs relations croisées via Sevene Pharma et la Fondation Denis Guichard, c'est leur propension à faire des procès à ceux qui disent du mal d'eux. En cherchant sur Internet trace d'une victoire judiciaire d'IVI comme celle que Séralini évoque21, on ne trouve rien. Mais peut-être est-il fait allusion à  la simple victoire judiciaire contre Antenne 2, pour une question de contrat préalable entre la chaîne et l' « association spirituelle » : le contrat d'autorisation de filmer portait sur un reportage pour une émission sur les guérisseurs, alors que la chaîne, un peu polissonne sur ce coup-là,  a diffusé les images d'IVI dans une émission consacrée aux sectes. C'est en tous cas ce que laisse penser le début de la vidéo dans les archives de l'INA... et c'est l'occasion de reposter ce lien et de reconseiller son visionnage, pour que chacun se rende bien compte de à quoi on a affaire :

 http://www.ina.fr/video/CAB02017343/ja2-20h-emission-du-8-juillet-1988.fr.html

     Donc, en l'état de nos informations, on peut supposer que quand il dit que IVI a gagné un procès contre "ce qu'on leur reproche", Gilles-Eric Séralini a simplement mal compris ce que disent ces gens qu'il ne connaît pas très bien....

 

 Une séralinade en guise de conclusion

 Bien évidemment, chacun l'aura compris, les journalistes ou bloggeurs qui s'intéressent aux relations de Séralini avec IVI et Sevene Pharma ne peuvent être que des conspirateurs au sevrice de on ne sait qui mais on se doute bien :

 

« Et l’on peut se demander, en retour, quels sont les intérêts ainsi servis, au nom du      « journalisme objectif » »

 D'ailleurs, la publication conjointe du présent billet sur les blogs "Imposteurs" et "La faucille et le labo" indique clairement l'existence d'une offensive concertée manipulée par un puissant lobby tentaculaire décidé à coûte que coûte mettre en danger la vie de millions de gens.

Amen.

 

Yann Kindo et Anton Suwalki

  


 1 http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/la-part-d-ombre-du-professeur-seralini,849.html

2 http://blog.sevenepharma.com/de-linteret-de-la-detoxification-des-cellules/

3Voir par exemple : http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=350&Itemid=32 http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=85&Itemid=126 (pour le séminaire « Ecomédecine et détoxification »)

4 L'article de Wikipédia consacré à IVI mentionne Georgina Dufoix comme une membre ou ancienne membre d'IVI. http://fr.wikipedia.org/wiki/Invitation_%C3%A0_la_vie Il se fonde sur un article de L'Express de 1996, à propos de Marie de Hennezel et d'IVI, qui présente la ministre de la Santé de Mitterrand comme une « célèbre adepte d'IVI » http://www.lexpress.fr/informations/ceux-qui-harmonisent-la-mort_611979.html Il n'a pas été possible de trouver ailleurs sur Internet confirmation de cette information.

5 http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/droit-de-reponse-a-daniel-chauvin,852.html

6 http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=464&Itemid=1

7 http://www.lefigaro.fr/sciences/2013/01/09/01008-20130109ARTFIG00671-ogm-les-liaisons-dangereuses-du-pr-seralini.php

8 Séralini  se complait dans la posture du héros victime de la pieuvre mondiale :  « Chacun aura compris que la bassesse des attaques dont je fais l’objet est inversement proportionnelle à la hauteur des enjeux économiques liés aux OGM agricoles et aux pesticides. Il s’agit en effet de breveter, grâce aux biotechnologies, la base même de l’agro-alimentaire ! Et l’évitement de tests sérieux de plus de trois mois sur des mammifères, grâce à la complicité des agences sanitaires se répondant en écho, ne fait qu’augmenter la rentabilité de ces nouveaux aliments. C’est peut-être là que se situent les liaisons dangereuses entre scientifiques et industriels ! »

9 http://imposteurs.over-blog.com/article-gilles-eric-seralini-un-manifeste-de-soutien-assassin-par-wackes-seppi-112720115.html

10 http://www.criigen.org/SiteFr/images/stories/openletterindepeendentscience.pdf

11 http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-conclusion-provisoire-111638962.html

12 http://fr.wikipedia.org/wiki/Invitation_%C3%A0_la_vie

13 http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/17/accusations-de-liens-entre-m-seralini-et-une-secte-guerisseuse_1818564_3244.html

14 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3041787/

15 Cécile Decroix-Laporte ets présentée comme « Directrice Générale de la Société Sevene Pharma Monoblet » dans le jury de la thèse soutenue par Cécile Gasnier à l'université de Caen le 23 septembre 2009. Gilles Eric Séralini et l'homéopathe Joel Spiroux de Vendemois, du Criigen, figurent également dans ce jury. http://www.unicaen.fr/ednbise/actualites/new_soutenances.html

16 Elle est présentée ici, à propos d'aromathérapie [encore une autre spécialité hautement scientifique] comme membre du laboratoire Sevene Pharma : http://uk.aromatherapie.ville-grasse.fr/Professionnals/The-Speakers

17 Elle préfaçait par exemple ce livre de la gourou originelle d'IVI, Yvonne Trubert : http://www.amazon.fr/Semeurs-desp%C3%A9rance-Chroniques-Invitation-ebook/dp/B00813OB4O

18 Voir par exemple ce qui se passe en Belgique ces jours-ci : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130128_00261214

19 http://www.acecomed.org/manifeste/index.php?petition=2 et http://www.medecine-ecologique.info/?Manifeste-pour-une-medecine

20 http://www.prevensectes.com/ivi4.htm

21 La recherche est compliquée par le fait qu'une affaire d'assassinat jugée en Languedoc-Roussillon en 2011 concernait des membres d'IVI,  donc la recherche procès/IVI amène souvent sur ça :

http://languedoc-roussillon.france3.fr/proces-bissonnet/index.php?page=article&numsite=6584&id_rubrique=6596&id_article=15674

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 17:55

 

Un ministre de l'agriculture qui a une vision réaliste...

 

La Oxford Farming Conference est un événement important au Royaume-Uni.  L'édition de 2013 s'est tenue les 3 et 4 janvier [1].

 

L'allocution d'ouverture de M. Owen Paterson, Ministre de l'environnement, de l'alimentation et des questions rurales, vaut le détour pour ceux qui suivent de près les questions agricoles ; ils la compareront avec les options politiques affichées par notre propre ministre de l'agriculture.  Sans plus de commentaires...

 

M. Paterson a été relativement bref sur les OGM, avec des propos plutôt mesurés et équilibrés [2].  Ceux-ci contrastaient avec la virulence de sa déclaration précédente, de décembre 2012 [3].  L'opposition aux OGM, avait-il alors dit, était « complètement absurde ».  Cela avait évidemment soulevé une bronca chez les militants alters et antis.

 

 

...et Mark Lynas trouva son chemin de Damas...

 

Un autre événement marquant a été l'intervention de M. Mark Lynas [4], qui s'est présenté comme « auteur dans le domaine de l'environnement et activiste » (on ne le présente plus au Royaume-Uni) :

 

« Je veux commencer par des excuses. Officiellement et publiquement, ici et dès le départ, je m'excuse d'avoir passé plusieurs années à dénigrer les cultures génétiquement modifiées (GM). Je suis également désolé d’avoir contribué à démarrer le mouvement anti-OGM dans le milieu des années 1990, et d’avoir donc contribué à diaboliser une option technologique importante pouvant être utilisée au profit de l'environnement.

 

En tant qu’écologiste, et quelqu'un qui croit que tout le monde ici-bas a droit à une alimentation saine et nutritive de son choix, je n'aurais pas pu choisir un chemin plus contre-productif. Je le regrette maintenant complètement. »

 

Ce n'est là que le début d'un texte d'une très grande puissance.  Chapeau bas !

 

M. Lynas a donc trouvé son chemin de Damas – en fait depuis quelque temps déjà – et dit sa nouvelle vérité.  Cela n'a pas plu à tout le monde comme en témoignent de nombreux commentaires sur son blog [5].  Mais ce n'est pas là que l'on trouve le plus odieux !

 

 

Les passéistes idéologues comme...

 

M. Lynas s'est exprimé sur les pesanteurs politiques et bureaucratiques :

 

« Et malheureusement, les antis ont maintenant les bureaucrates de leur côté. Le Pays de Galles et l'Ecosse sont officiellement sans OGM, en prenant la superstition médiévale comme un impératif stratégique pour les gouvernements décentralisés soi-disant guidés par la science.

 

C’est malheureusement à peu près la même chose dans une grande partie de l'Afrique et de l'Asie. L'Inde a rejeté l'aubergine Bt, même si elle permettrait de réduire les applications d'insecticides sur le terrain, et les résidus sur les fruits. Le gouvernement de l'Inde est de plus en plus sous l'emprise de passéistes idéologues comme Vandana Shiva, qui idéalisent l'agriculture villageoise pré-industrielle, malgré le fait historique que c'était un âge de famines répétées et d'insécurité structurelle. »

 

 

...et la passéiste idéologue nous dit...

 

Mme Shiva – oups ! Le Dr Shiva (un titre qui fait débat sur la toile, mais auquel elle tient autant qu'à son bindi) – n'a pas apprécié.  Mais alors pas du tout.  Et elle a « répondu » sur Twitter [6] :

 

« Dire que les agriculteurs devraient être libres de cultiver des OGM, qui peuvent contaminer des exploitations biologiques, c'est comme dire que les violeurs devraient avoir la liberté de violer. »

 

Il y eut évidemment des réactions outragées [7].  Et notamment un échange avec M. Karl Haro von Mogel, un doctorant en génétique et amélioration des plantes de grand talent et un des animateurs de l'excellent blog Biofortified.org :

 

« Quelle honte ! Comparer les OGM au viol !  C'est un argument odieux qui rabaisse les femmes, les hommes et les enfants.

 

 – Les plantes ont aussi leur intégrité.  Nous devons évoluer d'une vision du monde patriarcale et anthropocentrique vers une autre fondée sur la EarthDemocracy [8]. »

 

 

Les suicides font son bonheur...

 

M. Lynas l'a traitée d'« ennemie des pauvres » sur Twitter.  Un autre microblogueur lui a demandé de se rétracter...  Évidemment en vain.

 

Comme nous l'avons déjà signalé et analysé sur ce site [9], Mme (Dr ?) Vandana Shiva est une activiste qui convoque – régulièrement et systématiquement – les suicides des agriculteurs indiens au secours de toutes les « causes » qu'elle défend.

 

Elle est contre les OGM... les suicides, c'est la faute aux OGM.  Alors même qu'il y a des suicides partout en Inde, également dans les zones non cotonnières, et dans toutes les couches de la population [10].  Et que le cotonnier Bt – la seule PGM autorisée en Inde, l'aubergine Bt n'ayant pas pu franchir l'obstacle grâce à une autre activisme pathogène, auquel a contribué un certain Gilles-Éric Séralini ayant oeuvré pour Greenpeace [11] – a largement amélioré le sort de ceux qui le cultivent [9] [12].

 

Elle est contre les brevets... les suicides, c'est la faute aux brevets.  Alors même que l'Inde exclut de la brevetabilité les plantes ainsi que les procédés essentiellement biologiques de production ou de multiplication de plantes [13].

 

Elle est contre la protection des obtentions végétales... les suicides, c'est la faute des droits d'obtenteur.  Alors même que, lorsqu'elle avait lancé sa diatribe, la loi n'était pas encore en vigueur.

 

Elle est contre un loi sur les semences... la loi que le gouvernement envisageait de faire adopter allait provoquer des suicides.

 

Elle est contre l'insertion de l'Inde dans l'économie mondiale (et les règles de l'OMC sur le commerce)... suicides, suicides, suicides.

 

 

Et maintenant, le progrès, c'est le viol

 

Aujourd'hui, l'Inde – et le monde entier – est sous le choc d'un viol particulièrement ignoble...  Championne toutes catégories du cynisme, et de l'instrumentalisation du malheur des autres à son profit, Vandana Shiva appelle donc le viol à la rescousse pour la promotion et la défense de son fond de commerce.

 

Les OGM, donc, c'est le viol.

 

Entendons-nous bien : si cultiver des OGM, c'est comme perpétrer un viol, alors violenter une femme n'est au fond guère plus grave, en Inde, que semer du cotonnier Bt...  L'« éco-féministe » signe ainsi un mépris total, indécent, des femmes.

 

L'ouverture économique de l'Inde, c'est aussi le viol.

 

C'est ce qu'elle vient de déclarer dans une opinion publiée par Al-Jazeera [14].  En résumé : « [...] le modèle économique forgé par le patriarcat capitaliste est fondé sur la marchandisation de tout, y compris de la femme. [...]  L'expansion de la culture du viol est une externalité sociale des réformes économiques ».  Mais il faut lire l'intégralité de l'article pour se rendre compte du délire – ou pour quelques-uns pour se rafraîchir la mémoire.

 

Et dire qu'il se trouve des commentateurs béats d'admiration devant de telles inepties.

 

 

Allo ! Y a-t-il des Mark Lynas dans l'altermonde et les médias ?

 

Il est difficile, et probablement impossible, de trouver dans le monde de la contestation quelqu'un qui aligne les mensonges, les contre-vérités, les élucubrations, etc. avec autant d'aplomb que Vandana Shiva [15].

 

Mais elle est une icône pour le mouvement alter et anti [16].  Les membres de la Confédération paysanne savent-ils que leur leadership fricote avec cette dame, associant ainsi leur mouvement à l'ignominie de ses dérapages [17] ?

 

Les médias lui réservent une tribune quasiment à la demande (grâce à la barrière des langues, nous en sommes plutôt préservés dans le monde francophone).

 

Elle a même ses entrées dans ces bureaucraties que M. Lynas a dénoncées [18].

 

Mais n'y a-t-il personne dans ce monde pour dire : «  Ça suffit ! » ?

 

Wackes Seppi

________________

 

[1]  http://www.ofc.org.uk/conference/2013/2013-conference

Les biographies des orateurs et les textes des déclarations et conférences se trouvent à :

http://www.ofc.org.uk/speakers

 

[2]  « Lorsque nous parlons des innovations, ne devrions aussi aborder les OGM.  En 2011, 16 millions d'agriculteurs ont produit des OGM sur 160 millions d'hectares.  Cela représente 11 % des terres arables du monde.  Ou encore plus de six fois la superficie du Royaume-Uni.

 

Je suis pleinement conscient de la force des sentiments des deux côtés de la barrière.  Il faut considérer les OGM dans le bon contexte général, celui d'une compréhension équilibrée des risques et des bénéfices.  Cependant, nous ne devrions pas avoir peur de plaider auprès du public les bénéfices potentiels des OGM au-delà de la chaîne alimentaire, par exemple sous la forme d'une réduction importante de l'usage des pesticides et des intrants tels que le gazole.  En même temps que nous les défendons chez nous, nous devons passer par les procédures rigoureuses que l'Union européenne a mises en place pour assurer la sécurité des OGM.  Je crois que les OGM offrent de grandes opportunités, mais je reconnais également que nous avons un devoir envers le public, celui de le rassurer sur la sécurité et les avantages de cette innovation. »

 

 

[3]  Voir par exemple :

http://www.telegraph.co.uk/news/politics/9733589/Food-minister-Owen-Paterson-backs-GM-crops.html#

 

[4]  Traduction française à :

http://aabrahami.blogspot.fr/2013/01/conference-de-mark-lynas-l-oxford.html

 

[5]  http://www.marklynas.org/2013/01/lecture-to-oxford-farming-conference-3-january-2013/

 

[6]  Voir par exemple :

http://www.fwi.co.uk/Articles/07/01/2013/137045/Hate-mail-sent-to-pro-GM-speaker-Mark-Lynas.htm

 

[7]  http://twitter.com/drvandanashiva/status/287397046447640576

 

[8]  EarthDemocracy semble être la vision idéale du monde selon Mme Shiva :

http://www.navdanya.org/earth-democracy

 

[9]  http://imposteurs.over-blog.com/article-vandana-shiva-l-oraison-de-la-colere-a-quand-les-ig-nobel-alternatifs-par-wackes-seppi-60684016.html

 

[10]  L'Inde produit des statistiques très détaillées à :

http://ncrb.nic.in/

Aller à « Publications », puis « Accidental Deaths & Suicides ».

 

[11]  http://imposteurs.over-blog.com/article-bt-brinjal-aubergine-bt-en-inde-r-i-p-par-wackes-seppi-103803659.html

Et lorsque M. Lynas dit : « L'Inde a rejeté l'aubergine Bt, même si elle permettrait de réduire les applications d'insecticides sur le terrain, et les résidus sur les fruits », il faut aussi entendre qu'elle a, par exemple, rejeté la réduction des accidents de pulvérisation, et du contact avec les insecticides, particulièrement pour les femmes lavant le linge.

 

[12]  http://imposteurs.over-blog.com/article-coton-bt-en-inde-pour-en-finir-avec-les-rumeurs-106144487.html

 

[13]  http://www.wipo.int/wipolex/en/text.jsp?file_id=207496

Voir l'article 4.

 

[14]  http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2013/01/20131192034265193.html

 

[15]  Voici ce qu'elle écrit à propos des semences « Terminator » dans un guide pour l'autoproduction de semences :

« Après avoir étudié ces semences, des biologistes moléculaires nous ont alerté sur le fait que ces semences terminator pourraient se répandre dans les cultures avoisinantes ou dans l'environnement naturel – la dissémination graduelle de la stérilité se traduirait par une catastrophe mondiale qui pourrait à terme éradiquer toutes les formes de vie supérieures, humaine comprise.  Il y a depuis 2001 un moratoire de fait sur l'utilisation de la technologie terminator. »

http://www.navdanya.org/attachments/seedkit.pdf

Nous traduisons : « J'ai hérité ma stérilité de mon père » ; ou « les semences stériles répandent la stérilité »..

Cela ne l'empêche nullement de proclamer par ailleurs que les OGM sont 'terminator'.  Par exemple :

« [...] les semences OGM sont des "semences terminator conçues pour être stériles, dans le but exprès de créer une pénurie alimentaire dans un but lucratif"... » :

http://www.huffingtonpost.com/alison-rose-levy/deepak-chopra-and-vandann_b_1376136.html

 

[16]  Elle a eu son chapitre – délirant – dans Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau :

http://imposteurs.over-blog.com/article-coline-serreau-solutions-debiles-pour-un-desordre-global-48543058.html

 

[17]  https://sortirduchaos.wordpress.com/2011/10/26/ogm-vandana-shiva-et-jose-bove-presentent-le-premier-contre-rapport-international/

 

[18]  Horreur et damnation, elle a même eu droit à une contribution à Research EU.  Et il faut la lire pour le croire :

« Vandana Shiva, figure emblématique du mouvement altermondialiste et présidente de la Fondation de recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles d’Inde, va encore plus loin. Elle prône un retour pur et simple aux techniques agricoles ancestrales. Elle place dès lors le travail physique, animal mais surtout humain, en tête des énergies vertes. "Les subsides de l’État doivent absolu ment promouvoir un retour à l’agriculture traditionnelle pour couper court tant à la dépendance sur les ravitaillements de longues distances, beaucoup trop coûteuse en terme d’énergie, qu’aux conséquences désastreuses de l’agriculture industrielle sur le climat. Cette dernière et le commerce alimentaire qui l’accompagne sont responsables de 25% des émissions mondiales de dioxyde de carbone", explique Shiva. "La véritable énergie du futur réside dans l’énergie humaine." »

http://ec.europa.eu/research/research-eu/oil/article_oil40_fr.html

Mais réjouissons-nous ! Grâce à la Commission européenne, nous découvrons une autre facette de la « pensée » de Mme Shiva.

 

 

 

OGM et viol : Shiva pas non ? par Wackes Seppi

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 16:58

Pour son numéro de janvier 2013, Sciences & Avenir a choisi de mettre l'accent sur « Les Évangiles secrets ».  Il nous aura ainsi épargné une couverture anxiogène du style de celle, scandaleuse, du Nouvel Observateur du 20 septembre 2012 ; scandaleuse car, si l'on faisait crédit à M. Gilles-Éric Séralini (pour les seuls besoins de notre propos) d'avoir mis en évidence des problèmes sanitaires sur le NK 603, on était loin d'un « Oui, les OGM – tous les OGM – sont des poisons ».  S & A est donc revenu sur le sujet sous le titre « Santé : ce que l'on sait vraiment des OGM ».

 

 

 

 

 

 

Une version papier fort présentable...

 

 

 

 

 

L'article principal cosigné par Mme Rachel Mulot et M. Hervé Ratel est plutôt bien fait et ne fera bondir que les sceptiques les plus chatouilleux ; tout au plus provoquera-t-il quelques froncements de sourcils chez les autres.

 

Pour notre part, nous nous étonnerons de la conclusion, fort irréaliste : ce n'est pas parce qu'une loi créera – ou créerait, car nous ne semblons pas nous y acheminer – une structure permettant de protéger et d'écouter les « lanceurs d'alerte » que le débat « pourrait retrouver une sorte de sérénité ».  C'est là une douce illusion ; à preuve, le tapage médiatique orchestré par M. Gilles-Éric Séralini avec son « étude » bidon...

 

Un Gilles-Éric Séralini que l'on voit, avec masque et gants, sur une petite photo en train de pipetter à sa paillasse, avec un bidon de Roundup au premier plan...  Les rédactions apprendront-elles un jour qu'il y a des photos produites « artistiquement » à des fins de propagande ?

 

 

...mais des encadrés critiquables

 

Les encadrés ne sont pas au-dessus de la critique.  On nous apprend qu'il y a « 316 variétés d'OGM autorisées dans le monde ».  En fait, il s'agit de couples événement(s)-espèce cultivée, par exemple NK 603-maïs.  Ce maïs NK 603 se décline ensuite en un nombre plus ou moins important de variétés (hybrides chez le maïs).

 

La même erreur a été commise par La Recherche dans son numéro de décembre 2012, qui a titré en couverture « OGM : vérités & mensonges » et qui se recommande pour lecture.  Elle n'est pas anodine car nombreux sont ceux qui pensent que, pour un couple donné, il n'existe qu'une seule variété, et donc un seul fournisseur de semences, et donc... (complétez avec les éléments bien connus du prétendu complot).

 

L'encadré sur les arguments des uns et des autres est plus problématique.  Il est certes difficile de les résumer en quelques lignes.  Ainsi, ce n'est pas faire honneur aux anti-OGM que de leur imputer l'opinion selon laquelle « les OGM sur le marché ou en production ne font pas progresser la science » ; ou d'insister sur les gènes de résistance aux antibiotiques qui, en fait, ne servent plus de marqueurs depuis un bon bout de temps.  Et il est tout simplement faux de soutenir que les pro-OGM arguent que les données brutes figurant dans les dossiers d'évaluation « sont [...] confiées aux seuls experts pour toute évaluation » ; comme il est hasardeux de prêter une opinion aux pro-OGM sur l'évaluation des herbicides et du Roundup.

 

Mais c'est surtout le « décryptage des arguments » qui dérange.

 

Il est faux d'écrire que le « principe d'équivalence est politique et non scientifique ».  L'auteur(e) succombe à la généralisation abusive – comme le Nobs en son temps – sur les produits phytosanitaires quand il(elle) écrit qu'on « les suspecte [...] d'être des perturbateurs endocriniens ».    Et le conditionnel mis à la disponibilité des « études et données brutes » auprès de l'EFSA témoigne d'un manque de rigueur et d'une imprégnation par le discours propagandiste anti-pesticide et anti-OGM.  Pour mémoire, ces études comportent des milliers de pages, et même le Scientifique international de l'année 2011 à quelques 300 euros Gilles-Éric Séralini n'a pas été en mesure d'analyser correctement les données brutes.

 

 

Sur la toile, on ne se gêne pas avec le Nobs...

 

Comme annoncé sur la version papier, le site internet de S & A héberge une série d'articles et articulets, tous signés Rachel Mulot, de toute évidence une jeune journaliste car les OGM ne sont que le quatrième sujet qu'elle ait abordé [1].  Le site étant particulièrement opaque le plus simple pour y accéder est de partir du lien qui fait l'objet de la note 1.

 

Mme Mulot s'est proposé de décrire les « acteurs d’une violente controverse ».  C'est la suite d'un encadré de la version papier sur les « acteurs d'une violente controverse ».  Dans un des billets [2], elle précise :

 

« [...] Ajoutons que Sciences et Avenir appartient au même groupe de presse que Le Nouvel Observateur, qui a publié le dossier « Oui, les OGM sont des poisons »,  mais que les rédactions sont indépendantes. Ainsi, nos journalistes n’ont eu accès à l’article de Gilles-Eric Séralini qu’après la levée de l’embargo et ont attendu de pouvoir le soumettre à quelques avis avant de publier en ligne un premier papier d’analyse critique. »

 

 

...mais on se répand aussi en ragots

 

Les premiers papiers de S & A sur la toile avaient été plutôt factuels et emprunts d'un salutaire scepticisme [3].  Alors que le Nobs avait produit un « dossier » entièrement à charge, S & A avait donné la parole à M. Gérard Pascal, une éminence de la toxicologie et de l'évaluation sanitaire [4].

 

Mais libre cours a été donné à Mme Mulot pour cette série de d'articles et d'articulets.  En résumé, nous avons droit à de l'« information » approximative et teintée de sentiments personnels.

 

 

Les agences d'évaluation évaluées...

 

Les agences ? Il en est de plus pointilleuses que d'autres.  Et donc...

 

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) est présentée dans « OGM, les acteurs d’une violente controverse: les alliés des "pros" (sic) OGM ».  C'est là une allégation très grave.

 

Pourquoi ne serait-elle pas neutre et objective ? Conflits d'intérêts, la tarte à la crème des anti-OGM, bien sûr... « Après plusieurs scandales et un rapport cinglant de la cour des comptes européenne, elle a été contrainte d’obliger ses experts à publier leurs déclarations publiques d’intérêt. »  Il se trouve que les déclarations étaient publiées bien avant ce fameux rapport... qui serait plutôt élogieux pour l'EFSA [5].  Mais la mouvance anti-OGM, ainsi que les entités qui se prétendent organisations non gouvernementales et dont le fond de commerce est le dénigrement des institutions, en avaient décidé autrement [6].  Et Mme Mulot a copié.

 

Comme l'écrit l'EFSA, la bave du crapaud... « Les ONG représentent des intérêts particuliers et leurs critiques sont le reflet de cet état de fait » [7].  Mais certains journalistes ne le savent pas ou l'ignorent délibérément.

 

Selon notre journaliste, « cinq membres du panel OGM ont toujours des liens étroits avec l'industrie, dont son directeur Harry Kuiper – dans la mire du médiateur européen depuis 2012, car il est membre de l’ILSI et auteur de recommandations sur l’évaluation des risques, pour "faciliter l’introduction des OGM en Europe" (projet Entransfood). »  Problème : M. Kuiper ne siège plus dans le panel...

 

Deux membres du panel ont été nommément mis en cause.  Mais il faut croire que, selon S & A et en accord avec la mouvance anti, une rencontre passée avec l'industrie, par exemple le fait d'avoir été consultant chez Monsanto, condamne à vie à un conflit d'intérêts.  Et un membre d'un organe de l'EFSA qui a un conflit d'intérêts suffit à classer l'EFSA toute entière dans la catégorie des « alliés des "pros" (sic) OGM ».

 

L'EFSA est aussi évoquée dans le billet « OGM: après Séralini, l’Europe va mener des études à deux ans ».  Selon Mme Mulot, l'EFSA aurait « longtemps défendu l'idée que les études d’évaluation à trois mois suffisaient pour autoriser la mise des OGM sur le marché. Et son autorité faisait foi, malgré un questionnement croissant des ONG et de la société civile… ».  Encore une affirmation téméraire, sauf pour le questionnement, l'argument du pauvre pour les ONG.  Une affirmation qui occulte notamment le fait que les méthodes d'évaluation ont été élaborées au niveau international (et même le fait que dans certains cas, on considère que des tests à trois mois ne sont pas nécessaires !).

 

Mais voilà ! L'EFSA, c'est l'ennemi !

 

Le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) a l'honneur de figurer parmi « ...ceux qui sont entre deux feux ».  Mais il « comprend un comité scientifique présidé par Jean-Christophe Pagès, favorable aux biotechnologies, et un comité économique et social plutôt défavorable. Ce qui a généré des crises internes et publiques ».  Le CS favorable ? C'est pourtant une allégation grave et – seuls les extrémistes anti-OGM n'en conviendront pas – infondée.  Quant au CEES, ce qui a généré des crises, c'est l'obstruction systématique de certains membres [8].

 

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) est, quant à elle louée, toujours dans la page « ...ceux qui sont entre deux feux » ; et pour cause : elle a certes critiqué « la faiblesse de l’étude Séralini », mais elle « l’a reconnue comme "ambitieuse et originale" et a plaidé, contrairement à l’Efsa, pour que des études à vie entière soit menée. »

 

Rédaction approximative autorisant l'interprétation selon laquelle l'EFSA aurait plaidé contre des études à vie entière, alors qu'elle n'a fait que répondre aux questions précises qui lui avaient été posées, sans déborder du cadre imparti.  Et naïveté qui pourrait être touchante s'il ne s'agissait pas d'un article de presse.  Car l'ANSES a réagi à une pression médiatique et non à des considérations scientifiques, en récompensant ainsi l'imposture scientifique.

 

 

...des personnes égratignées...

 

Ça se passe sous « ...les anti-OGM » – un titre erroné ! Que l'auteure n'a toujours pas cru bon de corriger à l'heure où nous écrivons ! M. Gérard Pascal y est présenté comme le « premier contempteur de l’étude Séralini ».

 

Difficile de trouver du mépris dans l'interview qu'il a accordée le 19 septembre 2012 à S & A.  Ou est-ce déjà critiquer, vilipender et dénigrer que de dire : « Si les résultats se confirment, c’est le scoop du siècle. Et dans ce cas il faudrait interdire les OGM dans le monde entier » ?

 

Quant à sa tribune publiée par le Nobs [9], elle date du 24 septembre 2012, alors que l'avis du Pr Marc Fellous [10] est daté du 19 septembre 2012, soit du jour de la publication de l'« étude ».  Et M. Pascal ne s'y était pas exprimé sur l'« étude », mais sur les aspects généraux de la toxicologie.  Même s'il a eu par ailleurs des mots très durs sur cette « étude », après lecture approfondie, ce « premier contempteur » est tout à fait déplacé.

 

Par ailleurs, le curriculum attribué à M. Pascal commence à sérieusement dater.  Il est ainsi présenté comme « membre de la Commission du génie biomoléculaire (CGB) », une entité qui a disparu en... 2009 (et que M. Pascal a quittée en 2007).

 

Les raisons de cette situation sont simples : d'une part, M. Pascal est une cible privilégiée des attaques de M Séralini – vieilles rancunes du temps de la CGB sans nul doute – et il ne peut donc être qu'un pro-OGM ou au mieux un allié (ce qui en fait encore un pro-OGM) ; d'autre part, Mme Mulot a succombé à la facilité : deux clics sur la toile...

 

Il faut revenir à ce stade à l'article principal de la version papier.  Il y est dit : « À l'Inra – erreur, puisqu'il n'y est plus depuis décembre 2003 – le toxicologue reconnaît s'y être toujours opposé – à des études de longue durée – ce type de recherches ne lui semblant pas prioritaire en termes de risque ».  Dans le Nobs, son explication est différente : « absence totale d’intérêt en matière de recherche et de connaissance, considérant qu’il n’était pas de la responsabilité des organismes de recherche ou des universités de les prendre en charge. »

 

Là encore, la facilité et l'à peu près ont prévalu.

 

L’Association française pour l’information scientifique (AFIS) serait à ranger parmi les « ...alliés des "pros" (sic) OGM ».  Elle bénéficie tout de même d'un compliment – elle « publie la rigoureuse revue Sciences et Pseudo sciences très engagée contre tout charlatanisme » – mais son président, M. Louis-Marie Houdebine, est « détenteur de brevets dans les biotechnologies animales ».  Ce serait un compliment si cela ne s'inspirait pas de la « littérature » du CRIIGEN, en particulier des écritures de Me Dartevelle dans le procès qui avait été intenté contre l'AFBV et son président, le Pr Marc Fellous, pour diffamation de M. Séralini [11].  Écritures qui, à notre sens, sont diffamatoires en dehors de l'enceinte du tribunal...

 

Mais revenons-en aux brevets : M. Houdebine n'est pas détenteur de brevets.  Au niveau européen, il est mentionné comme inventeur dans trois documents de brevet.  C'était pourtant facile de vérifier les ragots...

 

Pour la mouvance technophobe, il va de soi qu'un chercheur digne de ce nom ne saurait détenir des brevets : c'est une marque de « scientisme » (terme du reste utilisé improprement).  Encore que... si les adeptes de la mouvance savaient [12]...

 

Pourquoi l'AFIS serait-elle l'alliée des pro-OGM ? Parce que Mme Mulot a déniché le vieux rossignol de « Marcel Francis Kahn, professeur émérite de médecine à Paris 7, [qui] a démissionné arguant que "l'AFIS s'est transformé en un véritable lobby pro OGM" et a réclamé la publication des liens de certains membres avec Monsanto ». Avec un lien vers Combat Monsanto [13].  Celui-ci avait eu l'honnêteté de publier la mise au point de l'AFIS ; mais, manifestement, Mme Mulot n'a pas pris la peine de la lire.  Tout comme elle n'a pas lu le démenti opposé par M. Jean-Paul Krivine dans un article vasouillard (comme souvent) de M. Stéphane Foucart dans le Monde [14].

 

La facilité et les préjugés ont donc aussi présidé à la catégorisation.

 

Les Académies scientifiques et leurs membres figurent aussi parmi ceux qui ne trouvent pas grâce : « Des membres des six Académies, dont l’Académie des sciences, très liée à l’AFBV, ont critiqué l’étude Séralini en un temps record et sans avoir consulté tous leurs membres, et notamment le statisticien Paul Deheuvels, qui s’en est publiquement indigné. »

 

Que des membres de l'une ou l'autre des académies soient membres de l'AFBV n'a rien d'étonnant : tous deux biberonnent au rationalisme.  Mais affirmer que l'Académie des sciences est « très liée à l'AFBV » est plutôt choquant.  Et classer les six Académies dans la catégorie des « ...alliés des "pros" (sic) OGM » parce que « [d]es membres ont critiqué... » est proprement scandaleux.  Sauf erreur de notre part, certaines des académies ne s'étaient jamais exprimées auparavant sur les OGM.

 

Et n'en déplaise à M. Paul Deheuvels, qui a aussi reçu une formidable volée de bois vert [15] tant son soutien à M. Séralini était farfelu, les six académies se sont exprimées en tant que corps constitués et  – fait rare dans les annales – conjointement.  M. Deheuvels est du reste le seul académicien à avoir protesté.

 

 

...et les « pro-OGM » sont des lobbies... forcément

 

Dans le billet « ... les pro-OGM » on trouve en sous-titre « [l]es lobbys ».  Forcément...  Dans la novlangue activiste, les entités que l'on déteste ne peuvent être que des « lobbies », les amies étant des « groupes de plaidoyer » (« advocacy groups »).

 

Le premier lobby est l'International Life Sciences Institute (ILSI), émanation de l'industrie essentiellement liée à l'alimentaire, dont on « apprendra » surtout qu'il est « au cœur de plusieurs conflits d'intérêts ».  Mme Mulot ne nous épargne pas le marronnier – sempervirens, toujours vert, toujours prêt à l'emploi – de, en fait, l'instrumentalisation de l'ILSI par les industriels du tabac auprès de l'OMS.  Ça date quand même des années... 1983 à 1998.

 

Un autre marronnier en pleine croissance est Mme Diána Bánáti [16] : « ... présidente du Conseil d’administration de l’EFSA a été contrainte de démissionner en raison de ses liens avec l’ILSI. Elle en est devenue la directrice exécutive pour l'Europe malgré les protestations de Bruxelles. »  En fait, elle a démissionné du Conseil d'administration de l'EFSA parce qu'elle a pris un poste à l'ILSI.  Quant aux « protestations de Bruxelles », nous cherchons encore [17]...

 

Difficile de contester que l'Association française de biotechnologies végétales soit « ...pro-OGM ». Mais, là encore, Mme Mulot a choisi de sombrer dans le caniveau.  L'AFBV, c'est sont président, le Pr Marc Fellous qui « a perdu un procès contre le Pr Séralini pour l'avoir traité de "marchand de peur" dont les études seraient financées "par Greenpeace" ».  Si elle s'était renseignée, elle aurait appris que le Tribunal n'avait pas retenu l'imputation de diffamation fondée sur le « marchand de peur », et que M. Séralini avait en fait obtenu une victoire à la Pyrrhus [18].

 

Et si elle avait un tant soit peu réfléchi, elle se serait aperçue que son texte n'apportait rien au lecteur en termes de connaissance des acteurs de la controverse ; et que ce n'était là que pure malveillance de sa part.

 

Du reste, elle embraye en écrivant que le « Pr Fellous a signé une lettre contre l’étude Séralini dans la revue Food Chemical Toxicology, aux côtés de Channapatna Prakash, président du lobby américain pro-OGM AgBioWorld,lié à des think tank néo-conservateurs. » Pas de lien vers la lettre... cela serait trop gênant.  Car les lecteurs auraient découvert : d'une part, que, événement exceptionnel dans la littérature scientifique, l'article de M. Séralini avait été publié en même temps que 16 – seize – lettres à l'éditeur, dont 15 critiques [19] (avec, parmi elles, une de la Société Française de Pathologie Toxicologique (SFPT)) ; d'autre part, que MM. Fellous et Prakash n'étaient que deux parmi 25 (vingt-cinq) signataires [20] ; au surplus, que la lettre n'a rien de pro-OGM.

 

Mme Mulot a aussi cru bon de refourguer quelques belles histoires à propos d'une autre « étude » controversée en son temps – et réfutée par la suite – celle Quist et Chapela, qui avaient prétendu en... 2001 avoir trouvé des traces de transgènes dans les maïs mexicains [21].  Car rien ne vaut une belle histoire de conspiration orchestrée par Monsanto.

 

 

Et pour les anti-OGM ?

 

Rien de tout cela.  Incolore, inodore et sans saveur.  Cinq lignes sur le grand, l'illustre Séralini...

 

Wackes Seppi

 

 

Sources :

[1]  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/journaliste/51533/rachel-mulot.html

 

[2]  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sciences/20121219.OBS2994/ogm-les-acteurs-d-une-violente-controverse.html

 

[3]  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20120919.OBS2892/ogm-l-etude-choc-decryptee-par-sciences-et-avenir.html

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20120921.OBS3217/l-etude-choc-sur-les-ogm-des-rats-trop-fragiles.html

 

[4]  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20120919.OBS2897/ogm-je-n-ai-jamais-vu-ca-il-faut-envoyer-une-commission-d-enquete-dans-le-labo-ou-cela-a-ete-fait.html

 

[5]  «Parmi les agences sélectionnées, l’EMA et l’EFSA sont celles qui ont mis au point les politiques et les procédures de déclaration, d’évaluation et de gestion des conflits d’intérêts les plus élaborées » (les deux autres sont (AESA, ECHA) :

http://eca.europa.eu/portal/pls/portal/docs/1/18686762.PDF

Pour les mesures mises en place par l'EFSA :

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/121011.htm

 

[6]  Voir par exemple :

http://corporateeurope.org/pressreleases/2012/efsa-criticised-auditors-over-conflicts-interest

Cette entité prétend aussi que la Cour a critiqué la présence de représentants de l'industrie au sein du Conseil d'administration de l'EFSA.  En fait, la Cour en prend note, en relevant qu'elle est prévue par le règlement fondateur de l'autorité, et que cette situation « comporte toutefois des risques inhérents en matière de conflit d’intérêt ».  Corporate Europe s'est bien gardée de mentionner qu'il y a aussi un représentant des consommateurs...

 

[7]  http://www.efsa.europa.eu/fr/faqs/faqresponsecriticismextev.htm

 

[8]  Voir par exemple les recommandations relatives à des oeillets génétiquement modifiés, par exemple :

http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/101026-Oeillet-C-NL-09-01-Recommandation-CEES-HCB.pdf

On ne peut qu'être choqué quand on lit l'opinion minoritaire suivante : « Nous estimons que l’homme ne peut pas modifier les  espèces comme bon lui semble. La modification de la couleur d’une fleur relève plus  du jeu que de l’intérêt sociétal et ne nous apparait pas comme éthiquement acceptable. En conséquence, nous sommes opposés à la culture et à l’importation d’œillets génétiquement modifiés. » La modification de la couleur des plantes ornementales... c'est ce que l'Homme fait ou tente de faire depuis des siècles.

 

Voir aussi sur ce site :

http://imposteurs.over-blog.com/article-le-regard-severe-porte-par-une-syndicaliste-sur-le-fonctionnement-du-haut-comite-aux-biotechnologies-84368835.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-demissions-en-cacade-au-comite-economique-ethique-et-social-cees-du-hcb-98859394.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-apres-l-interview-de-jeanne-grosclaude-sur-tv-agri-la-preuve-par-les-exemples-par-wackes-seppi-85370524-comments.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-apres-l-interview-de-jeanne-grosclaude-sur-tv-agri-la-reaction-brutale-de-fne-greenpeace-cie-84866668.html

 

[9]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/646189-etudes-sur-les-ogm-une-lacune-a-combler-sans-tarder.html

 

[10]  http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120919.OBS2816/fellous-je-suis-surpris-de-ce-show-qui-ne-demontre-rien.html

 

[11]  Voir par exemple :

http://imposteurs.over-blog.com/article-seralini-c-fellous-la-science-politisee-la-justice-instrumentalisee-les-masques-tombent-3-par-wackes-seppi-65890264.html

 

[12]  M. Gilles-Éric Séralini figure comme inventeur dans une demande de brevet internationale déposée dans le cadre du PCT (WO 2005033104) – et déposant pour les États-Unis d'Amérique conformément à la loi de ce pays – par la Yang Ji Chemical Company Ltd de la République de Corée :

http://imposteurs.over-blog.com/article-gilles-eric-seralini-et-la-recherche-scienti-fric-par-wackes-seppi-63060037.html

Cette demande est encore en cours aux États-Unis d'Amérique, mais pour le compte des inventeurs, dont M. Séralini :

http://appft1.uspto.gov/netacgi/nph-Parser?Sect1=PTO2&Sect2=HITOFF&p=1&u=%2Fnetahtml%2FPTO%2Fsearch-bool.html&r=1&f=G&l=50&co1=AND&d=PG01&s1=Seralini.IN.&OS=IN/Seralini&RS=IN/Seralini

 

[13]  http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article114

 

[14]  « Les accusations portées contre certains des animateurs de l'association sur leurs liens avec Monsanto sont fausses et n'ont jamais été étayées de la part de ceux qui les propagent. »

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/09/20/le-rationalisme-au-risque-du-biais-anti-ecolo_1763271_1650684.html

 

[15]  Voir notamment :

http://imposteurs.over-blog.com/article-gilles-eric-seralini-un-manifeste-de-soutien-assassin-par-wackes-seppi-112720115.html

 

[16]  Il n'y a qu'à voir la joie malsaine dont fit preuve M. Stéphane Foucart à rapporter les péripéties de l'affaire Bánáti dans « Le Parlement européen inflige un camouflet à trois agences de l'Union européenne » du 10 mai 2012.  Une phrase sur les trois agences en cause... le reste de l'article sur le cas Bánáti, sans que l'on apprenne les raisons du refus du Parlement européen de voter les décharges budgétaires :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/10/nouveau-scandale-a-l-autorite-europeenne-de-securite-des-aliments_1698887_3244.html

S'agissant de l'EFSA, le Parlement européen avait formulé plusieurs critiques, mais s'était déchaîné sur le cas Bánáti :

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+REPORT+A7-2012-0106+0+DOC+XML+V0//FR

C'était d'autant plus grotesque que Mme Bánáty n'avait jamais caché ses liens avec l'ILSI :

http://www.nature.com/news/2010/101005/full/news.2010.513.html

L'affaire s'est singulièrement dégonflée dans le deuxième rapport.  C'est que, confus et dépité, le Parlement a dû constater que « les membres du conseil d'administration de l'Autorité ne sont pas nommés par le directeur exécutif et ne peuvent par conséquent pas être révoqués par celui-ci » :

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+REPORT+A7-2012-0299+0+DOC+XML+V0//FR

 

[17]  M. Benjamin Sourice, autre journaliste militant (il a fondé le collectif « Combat Monsanto »), a dû en voir :

http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/280912/polemique-sur-la-toxicite-des-ogm-ces-conflits-dinterets-qui-nuise

 

[18]  Voir sur ce site la série « Séralini c. Fellous : la science politisée, la justice instrumentalisée, les masques tombent ! », et notamment :

http://imposteurs.over-blog.com/article-seralini-c-fellous-la-science-politisee-la-justice-instrumentalisee-les-masques-tombent-5-par-wackes-76194721.html

 

[19]  http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512005637

 

[20]  Pour l'accès direct :

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512007922

 

[21]  http://www.nature.com/nature/journal/v414/n6863/full/414541a.html

 

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 17:07

Chers lecteurs,

C’est bien tardivement que je vous souhaite une bonne année 2013. Un début d’année assez chargé explique la mise en veille d’Imposteurs bien au-delà de la trêve des confiseurs, mais c’est reparti. Très prochainement, seront mises en ligne de plusieurs contributions, dont celles de qualité de Wackes Seppi.

            Pour ce qui est de cette nouvelle année, il faut bien dire qu’elle ne démarre pas mieux que celle qui vient de s’achever, et il faudra beaucoup de ténacité à ceux qui entendent résister aux manipulation de l’opinion et au dévoiement de la science. Le rebondissement de l’affaire Séralini constitue un mauvais présage de ce qui nous attend (1).

Anton

 



         Dans la catégorie de la mauvaise science et des études nullissimes, celle de Séralini et al. sur les rats nourris au maïs NK 603 est sans doute exemplaire. Mais ce qui l’a rendue vraiment exceptionnelle, c’est l’extraordinaire mise en scène médiatique dont se sont entourés ses auteurs pour prendre en otage l’opinion publique et tenter de verrouiller la critique scientifique.


Pour autant, les scientifiques ont fait leur boulot. L’étude a été comme il se devait déboulonnée (2) par un grand nombre d’agences sanitaires sur le plan français et international, par les représentants de 6 académies françaises ou des sociétés savantes telles que la Société Française de Pathologie Toxicologique , et par un nombre inhabituel de contributions individuelles de scientifiques. Fait rare, des syndicats et des associations de journalistes se sont élevés (3) contre ceux de leurs confrères, en particulier le Nouvel Observateur, qui ont aidé le CRIIGEN dans le montage de son opération de propagande.


Les optimistes qui devant ces saines réactions pouvaient espérer la page tournée doivent maintenant déchanter. La comédie continue. Le CRIIGEN, qui ne pouvait que perdre sur le terrain de la science compte tenu de l’indigence de son étude, tente de regagner la partie en relançant la machine médiatique, à partir d’une conférence de presse organisée le 15 janvier par Corinne Lepage, sa « présidente d’ honneur » (c’est comme cela que l’on dit) au parlement européen (4).  Un communiqué sur le site du CRIIGEN (5) confirme les nouvelles manœuvres en cours :


         -1/ un formidable coup de bluff : « Le CRIIGEN se réjouit de la confirmation des recherches de l'équipe du Pr. Séralini, publiées en septembre dernier sur la toxicité à long terme du principal herbicide du monde, le Roundup, et d'un maïs OGM qui l'absorbe sans mourir, deux produits de la firme Monsanto. Cette étude a été une des plus consultées au monde depuis septembre 2012 (Food and Chemical Toxicology, 50 (2012), 4221-4231). Non seulement elle a été maintenue dans sa publication par une des meilleures revues de toxicologie au monde, malgré des pressions incessantes, mais aussi les réponses détaillées à toutes les critiques viennent d'être publiées par le même éditeur (Food and Chemical Toxicology (2013), en ligne). »


Les recherches du professeur auraient donc été « confirmées » :  que le lecteur distrait qui penserait que cela signifie que ses résultats auraient été reproduits, ou même simplement reconnus comme recevables par une fraction significative des spécialistes, se détrompe. Il n’y a eu à notre connaissance pas aucun soutien cette étude sur le plan technique et méthodologique, à part un certain Paul Deheuvels qui ne l’avait manifestement pas lue (6). Même  les soutiens habituels de GES, tels que Jacques Testard (7), ont été obligés de reconnaître ses défauts, ce qui est un euphémisme, tout à la soutenant parce qu’elle aurait le mérite de mettre en évidence les carences des autres études, ce qui est un crime contre la logique. Le seul fait que l’éditeur de l’étude l’ait maintenue, au risque de porter atteinte à la réputation de Food and Chemical Toxicology, et qu'elle ait été "l'une des plus consultées au monde" vaut confirmation de l’étude pour GES ! Celui-ci confond manifestement les critères de la science avec ceux du Hit Parade.


         2/  Le CRIIGEN a remis « solennellement » à un huissier les données brutes de l’étude qui, de toute façon, ne servent à rien, si l’on considère le fait qu’il ait fallu les torturer pour leur faire dire ce que GES voulait qu’elles disent. Cette démarche ne sert qu’à tenter de donner du crédit à la thèse de la dissimulation de choses grâves par les agences sanitaires : « Nous allons prendre en 2013 d'autres mesures judiciaires appropriées afin notamment de faire toute la transparence sur les données toxicologiques cachées et laxistes qui ont permis, via les agences sanitaires, d'obtenir les autorisations de commercialisation des produits que nous avons testés, entre autres. Pour donner l'exemple, nous déposons nos données brutes auprès d'un huissier de justice, très solennellement. Nous les rendrons publiques dès que les agences ou Monsanto auront fait de même pour les leurs, et que les gouvernements y auront consenti. Ceci permettra vraiment à l’ensemble de la communauté scientifique de disposer de toutes les données toxicologiques existantes sur ces produits industriels, afin que s’opère une véritable expertise contradictoire et transparente, et non plus une pseudo-expertise biaisée par des groupes de pressions plus soucieux de leurs intérêts que de la santé publique. » .

 Un comble de cynisme lorsqu’on sait que Séralini lui-même n’a eu aucun mal à obtenir de l’EFSA  les données sur le maïs NK 603, et que leur accès public a déjà été accordé à six reprises à diverses parties, en clair : à ceux qui ont fait la demande (8). Sûr que le fait que l’EFSA mette désormais directement en ligne toutes les données de ses évaluations ravirait mon coiffeur !


         3/ Le CRIIGEN annonce enfin qu’il va recourir une nouvelle fois à l’intimidation judiciaire : « Par ailleurs, nous avons déposé fin 2012 des plaintes en diffamation contre les assertions de "fraude" et "données falsifiées" publiées respectivement dans Marianne et La Provence par Jean-Claude Jaillette et Claude Allègre. ». Selon nos informations, d’autres journalistes seraient dans le collimateur. En fait, dans l’interview de Claude Allègre vraisemblablement incriminée (9), il est question de « travail falsifié », et non de « données falsifiées ». Le travestissement des propos d’Allègre (falsification ?) n’est évidemment pas innocente. 


Quant aux accusations portées contre Jean-Claude Jaillette, celui si s’en explique (10): « Nous aurions qualifié l’étude de fraude. En réalité, Corinne Lepage et Gilles-Eric Séralini me reprochent d’avoir rapporté les propos de scientifiques américains publiés dans le magazine Forbes ( titré « Scientists Smell A Rat In Fraudulent Genetic Engineering Study »). ». Soulignons que le « parfum de fraude » évoqué par les scientifiques américains est un jugement assez caractéristique de l’état d’esprit des anglos-saxons, peut-être moins enclins à mettre des gants qu’ici, selon Alain de Weck, immunologue et allergologue réputé :


« Le hasard organisé consiste à choisir, dans une série de résultats aléatoires, ceux qui soutiennent votre hypothèse de départ et à ignorer les autres. C’est exactement ce qu’ont fait Séralini et al et qui a été remarqué par beaucoup de critiques. (3, 4, 5)  Pour quiconque à l’habitude de l’expérimentation animale ou biologique, cela se voit comme le nez au milieu de la figure mais cela semble quand même avoir échappé à beaucoup .Cette pratique du hasard organisé est une tentation assez fréquente mais elle est le plus souvent réprimée par réflexion et autocritique: l’œuf pourri est étouffé avant d’être pondu. Dans le cas particulier, Séralini nous a fait manger toute une omelette d’œufs pourris. Et c’est cela qui constitue sa faute réelle, la propagation de conclusions dramatiques sur des bases inexistantes. Pour les anglo-saxons et bien d’autres, ce genre de comportement est clairement qualifié de fraude scientifique » (11)


En réaction à cette plainte, Jean-Claude Jaillette se demande :


« Quel crime ! Comme si, pour un journaliste, rapporter des propos équivalait à les reprendre à son compte ! A ce compte là, toute interview deviendrait impossible, sous peine de risquer des poursuites dès qu’un propos rapporté contrarierait les intérêts de ceux qu’ils visent. Autrement dit, l’exercice de la mission des journalistes, informer, rapporter ce qu’ils voient et qu’ils entendent, autrement dit permettre le débat et la vie démocratique, deviendrait impossible. Est-ce cela que souhaite le Criigen ? »


Mais oui, Mr. Jaillette, c’est bien de cela dont il s’agit ! Toute l’activité passée et présente du CRIIGEN démontre qu’ils ne conçoivent la presse et les médias que comme leurs instruments de propagande exclusive, et qu’ils ne se privent pas d’utiliser à des fins diffamatoires.  Fort heureusement pour eux, les scientifiques qu’ils calomnient régulièrement par voie de presse interposée sont moins procéduriers, et ils considèrent de toute manière que les controverses scientifiques ne se résolvent pas devant des tribunaux incompétents en la matière.


En guise de vœux pour cette nouvelle année, nous souhaitons donc un échec cuisant à cette nouvelle tentative d’intimidation.

Anton Suwalki



Notes :

http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=459&Itemid=1

(2)http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/10-index.html

http://www.snj.fr/spip.php?article4471

  http://www.ajspi.com/actualites/declaration-de-l-ajspi-embargo-et-confidentialite

http://www.eusja.org/eusja-statement-on-embargoes-and-manipulation/

http://www.dailymotion.com/video/xwsnam_conference-de-presse-ogm-le-15-01-a-bruxelles_news#.UPaM7fJnj6h

http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=459&Itemid=1

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-conclusion-provisoire-111638962.html

http://www.franceinter.fr/emission-service-public-d-einstein-a-frankenstein-faut-il-avoir-peur-de-la-science

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/121022.htm

http://www.laprovence.com/article/actualites/les-ecologistes-nous-nuisent

 http://www.marianne.net/OGM-Lepage-et-Seralini-veulent-faire-taire-Marianne_a225814.html

http://alaindeweck.blog.lemonde.fr/2012/12/01/la-reponse-scientifique-de-seralini-et-al-a-leurs-critiques/

 Voir dans notre dossier « Tout (ou presque) sur le CRIIGEN » : Affaire Séralini vs Fellous : Quand le CRIIGEN tente de bâillonner la critique au nom du respect de la controverse scientifique…

http://imposteurs.over-blog.com/pages/Tout_ou_presque_sur_le_CRIIGEN-4536267.html

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 17:41

Aux États-Unis d'Amérique, le grand rendez-vous de l'élection présidentielle est aussi l'occasion de soumettre au peuple des initiatives locales, 172 au total cette année.  Il en est deux d'importance majeure pour l'agriculture et l'alimentation.

 

 

Californie : non à la concurrence déloyale !

 

Les médias ont bruissé, assez faiblement du reste, au début de ce mois-ci sur l'échec, en Californie, de la « proposition 37 » qui tendait à rendre obligatoire l'étiquetage des OGM [1].  Celle-ci a été rejetée par 53,1 % des voix contre 46,9 % [2].

 

La presse pour bobos en a surtout retenu deux aspects :

 

* c'était l'échec du « droit de savoir » ce que l'on mange face à l'argument de la « stigmatisation » des OGM ;

* c'était la victoire de 45,6 millions de dollars contre 8,7 millions, des « géants de l'agrochimie et de l'agroalimentaire » [3] contre « des associations de protection des consommateurs et des organisations écologistes » [4].

 

Les choses ne sont pas aussi simples !

 

Sur le fond, la proposition aurait eu pour effet :

 

* certes d'exiger l'étiquetage, comme « génétiquement modifié », des produits alimentaires bruts ou transformés issus de plantes ou d'animaux génétiquement modifiés ;

* Mais aussi d'interdire l'étiquetage de tels produits, ainsi que la publicité, comme « naturels » ;

* et également d'exempter de l'étiquetage les produits alimentaires : certifiés biologiques ; élaborés fortuitement à partir de produits génétiquement modifiés ; issus d'animaux non modifiés génétiquement mais nourris avec des produits génétiquement modifiés ou ayant reçu de tels produits en injection ; élaborés à partir de petites quantités d'ingrédients génétiquement modifiés, ou en contenant ; administrés comme traitements thérapeutiques ; vendus pour la consommation immédiate, comme dans un restaurant ; les boissons alcooliques.

 

Cette description de l'objet de la proposition dévoile en partie l'identité de ses initiateurs : outre la Organic Consumers Association, qui serait forte de 850.000 membres sur l'ensemble des États-Unis d'Amérique, il s'agit de producteurs et de marchands de produits alimentaires biologiques ou non-OGM, d'intervenants de la médecine « alternative », etc., auxquels se sont adjoints des groupes politiques (notamment le Parti démocrate californien), religieux, etc. [5].

 

Elle dévoile aussi des motivations qui ne sont pas innocentes : créer des conditions de concurrence – que nous estimons déloyales – qui favorisent leurs activités ou promeuvent leurs conceptions.

 

Les opposants ont donc eu tout à fait raison de dénoncer la « stigmatisation ».  Leurs arguments principaux étaient de cinq ordres :

 

* C'est un système d'étiquetage trompeur, très imparfait qui – ici on entre dans la rhétorique électorale américaine – augmenterait la bureaucratie gouvernementale et les coûts pour les contribuables ;

* C'est bourré d'exceptions en faveur d'intérêts particuliers ;

* Cela créerait des possibilités de poursuites judiciaires frivoles (harcèlement judiciaire) ;

* Cela ajouterait quelque 400 dollars aux dépenses alimentaires des ménages ;

* Cela n'apporte rien en termes de santé et de sécurité.

 

La filière agro-alimentaire dominante a donc mis des moyens importants dans la campagne du « non ».  Il y avait de quoi.  Les partisans du « oui » partaient de 61 % contre 25 % (et 14 % d'indécis) selon un sondage effectué dans la semaine du 17 septembre 2012.  Ballotpedia [2] donne le détail des principaux contributeurs.  Monsanto a dépensé presque autant (8,1 millions de dollars) que tous les partisans du « oui » réunis (8,7 millions).

 

Pour les déçus du résultat, ce seraient donc les dollars qui l'auraient emporté.  Inf'OGM, par exemple, écrit : « La pression des entreprises, très forte, a donc réussi à faire basculer le vote par un déferlement de publicité via télé et radio » [6]. 

 

Ce n'est exact que sur le plan comptable.  Dans la réalité de terrain, il est facile d'argumenter en faisant appel à l'émotion et la démagogie, et les partisans du « oui » ne s'en sont pas privé ; il en coûte beaucoup plus en temps, énergie et moyens pour contrer ces arguments fallacieux (y compris par des arguments faisant aussi appel à l'émotion) et pour convaincre par la raison [7].

 

Et c'est aussi une analyse avec des œillères.  Une recension des avis de la presse [2] montre que celle-ci a été très majoritairement en faveur du « non », avec des arguments de raison.  Des sociétés savantes sont aussi venues à la rescousse (mais leur influence a probablement été faible) [8].

 

Les électeurs californiens ne se sont pas laisser abuser.

 

 

Dakota du Nord : touche pas à mon agriculture !

 

Passer de la Californie au Dakota du Nord, c'est passer fondamentalement des bobos consommateurs (encore que l'agriculture soit loin d'être négligeable en Californie) aux ruraux producteurs.

 

Dans le deuxième État, les électeurs avaient à se prononcer sur la Mesure 3 d'amendement pour l'agriculture et l'élevage du Dakota du Nord (North Dakota Farming and Ranching Amendment, Measure 3 (2012)) [9].

 

Texte simple.  Il s'agissait d'ajouter le paragraphe suivant à l'article XI de la Constitution du Dakota du Nord :

 

« Le droit des agriculteurs et des éleveurs de s'engager dans des pratiques modernes d'agriculture et d'élevage sera garanti à perpétuité dans cet État.  Aucune loi ne sera promulguée qui limite le droit des agriculteurs et des éleveurs d'employer des techniques agricoles, des pratiques modernes de production animale et d'élevage. »

 

La proposition avait été lancée par le North Dakota Farm Bureau.  C'était essentiellement une réaction préventive face aux mouvements des droits des animaux, notamment la Humane Society of the United States.

 

Elle a été adoptée à une très large majorité (66,9 %).

 

On pourra laisser aux juristes le soin d'examiner si cet amendement empêcherait la promulgation d'une loi sur l'étiquetage des OGM.  En tout cas, dans le match entre bobos et ruraux, le score est de 0 – 1.

Wackes Seppi

 

______________________

 

[1]  Par exemple: 

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/11/07/la-californie-rejette-par-referendum-l-etiquetage-obligatoire-des-ogm_1787038_3244.html

 

[2]  http://ballotpedia.org/wiki/index.php/California_Proposition_37,_Mandatory_Labeling_of_Genetically_Engineered_Food_(2012)#Polling_information

 

[3]  Par exemple :

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/la-californie-rejette-par-referendum-l-etiquetage-obligatoire-des-ogm_359047.html

 

[4]  http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,environnement,ogm,etats_unis_etiquetage_dernier_recours_contre_progression_inflexible_ogm,137330.jsp

L'expression citée est tirée d'un contexte plus général.

 

[5]  Pour une liste complète :

http://www.carighttoknow.org/endorsements

 

[6]  http://www.infogm.org/spip.php?article5252

 

[7]  Le Monde a mis des vidéos en lien à :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/11/05/bataille-en-californie-sur-l-etiquetage-obligatoire-des-aliments-ogm_1785783_3244.html

Voir aussi :

http://www.carighttoknow.org/

http://www.noprop37.com/

 

[8]  En particulier la American Association for the Advancement of Science (AAAS) avec une déclaration qui présente aussi un intérêt pour l'Europe :

http://www.aaas.org/news/releases/2012/media/AAAS_GM_statement.pdf

 

[9]  http://ballotpedia.org/wiki/index.php/North_Dakota_Farming_and_Ranching_Amendment,_Measure_3_(2012)

 

 

 

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 16:59

Maltraiter les chiffres est une pratique constante dans les études menées par l’équipe du CRIIGEN. Toutefois, dans l’effort désespéré de défendre la crédibilité de sa dernière étude, GES a franchi un nouveau pas. Celui-ci contestait jusqu’à présent que des variations puissent être statistiquement significatives mais sans signification biologique. Il est à présent à l’origine d’une innovation majeure qui va certainement révolutionner la science : si on comprend bien ses dires, on peut désormais interpréter les résultats d’une étude biologique sans recourir à l’analyse statistique. Dans le reportage de France 5 ( OGM, vers une alerte mondiale ?), il déclarait texto que ses résultats n'étaient en effet pas significatifs, mais affirmait dans la foulée que ça ne changeait rien pour lui. "Pas besoin de chiffres devant ces graphiques" se justifiait-il après nous avoir expliqué en long en large et en travers à quel point la méthodologie de son étude était rigoureuse (1).

 

          C’est bien connu, les graphiques parlent d’eux-mêmes…. N’hésitant pas à revisiter les fondements de la statistiques, il en rajoute une couche : « La statistique n'est pas la vérité en biologie, c'est un des éléments de rapprochement par rapport à tout le reste, c'est-à-dire les rats, la pathologie, la biochimie, les organes et ce que nous faisons c'est quand on compare par exemple 12 à 4 c'est dire "et bien, c'est 3 fois plus.(…) On ne peut pas comparer statistiquement des nombres entiers, et là ce sont deux nombres entiers de tumeurs au cours du temps. ». Vous avez bien lu, on ne peut pas comparer statistiquement des nombres entiers.  Nous voilà au moins rassurés sur le fait que GES maîtrise parfaitement ses tables de multiplication. Mais au-delà, il étale avec une grande candeur  son incompétence!

 

          Le petit exposé et l’expérience ci-dessous permettent de comprendre que non, décidemment, les graphiques ne parlent pas d’eux-mêmes et que les propos de GES sont parfaitement ineptes.

 

Les tests statistiques sont d’une grande importance dans tous les domaines de la science, et plus particulièrement dans le domaine de la biologie où on constate une grande variabilité entre les individus. Prenez par exemple une analyse de sang humain et observez les bornes inférieures et supérieures des paramètres mesurés : le dépassement de celles-ci ne signifie pas obligatoirement un état pathologique mais correspondent à un niveau d’alerte. Voici quelques paramètres :

Leucocytes : 4000 à 10000/mm3 soit de 1 à 2,5

Polynucléaires neutrophiles 2000 à 7500 soit de 1 à 3,75

Lymphocytes : 1000 à 4000  soit de 1 à 4

Gamma GT : de 15 à 85 soit de 1 à 5,7

etc…

 

Sachant que ces valeurs sont établies à partir de la variabilité constatée dans des études de population, on comprend bien que l’on peut trouver des écarts considérables entre les moyennes de deux petits échantillons subissant exactement le même traitement (2 échantillons de 10 par exemple), par le simple fait du hasard.  Voilà pourquoi une analyse statistique des résultats est toujours nécessaire, même si l’interprétation statistique des résultats ne suffit pas.

 

Appliquons maintenant cela aux rats morts de l’expérience de GES pour goûter tout le sel de ses propos. Le choix de présentation des résultats est déjà plus que discutable, ainsi que l’ont noté les agences d’expertise (3) . Données censurées , détermination de la longévité moyenne interne à l’expérience, détermination arbitraire de la date de mesure du taux de mortalité. Rien de tout cela n’est vraiment innocent : si GES avait choisi le taux de survie à deux ans, cela aurait eu l’énorme inconvénient de faire apparaître que le taux de survie du groupe témoin mâle était le plus mauvais, hormis ceux d’un seul groupe (régime OGM+RR 11%).

 

Afin de voir à quel point les graphiques parlent d’eux-mêmes, nous prendrons les taux de survie à deux ans issus  de l’étude de GES et nous les comparerons avec ceux de 10 groupes de 10 rats générés de manière aléatoire sur la base des taux de survie indiqués par les laboratoires Harlan qui a fourni les rats (3) : 32% pour les mâles, 48% pour les femelles. Petit exercice réalisé à partir d’un programme très simple sous le logiciel SAS. Les résultats comparés à ceux de GES proviennent du premier tirage effectué de la sorte . Les deux barres en rouge correspondent au nombre de survivants dans les groupes témoins de l’étude.

 

ges_stat.JPG

 

Moralité : A moins d’être doué d’une acuité visuelle surhumaine (ou d’une mauvaise foi sidérale, au choix), comme c’est le cas du professeur caennais, il faut bien reconnaître qu’aucune différence ne saute aux yeux entre les résultats de GES et ceux produit par le hasard facétieux.  Dans le cas des mâles, le hasard produit même un peu plus d’écart entre les valeurs extrêmes. Dans le cas des femelles, les résultats sont inversés à la faveur d’un taux de survie très élevé dans le groupe témoin, résultat qui sort d’ailleurs de l’intervalle de confiance à 95%.

 

Il est à noter qu’une simple confrontation de ce genre avec les données de Harlan aurait permis à GES d’éviter le ridicule . Si le hasard produit autant de fluctuations que son expérience, il est impossible d’extraire des résultats la moindre conclusion en relation avec les différences de traitement des groupes. D’autant plus que ces résultats n’ont strictement aucune corrélation avec la dose.

 

Soyons positifs et reconnaissons finalement que la leçon de science que GES nous à infligée mériterait de rester dans les annales : au chapitre « les grosses bourdes à ne pas commettre dans l’interprétation des données d’études ».

Anton Suwalki 

 

 

 

http://psymath.blogspot.fr/#!/2012/10/seralini-naime-pas-les-statistiques.html

(commentaires repris à Nicolas Gauvrit)

(2) http://gmopundit.blogspot.com.au/2012/10/gmo-statistics-part-18-seralini-repond.html#!/2012/10/gmo-statistics-part-18-seralini-repond.html

(3) http://www.math.u-psud.fr/~lavielle/commentaires_stat.pdf

 

 A relire sur le même sujet :

http://imposteurs.over-blog.com/article-29829309.html

traduction d’un texte de Christopher Preston

http://gmopundit.blogspot.fr/2007/03/lies-damn-lies-and-statistics.html

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 19:00

Science et conscience ? Vraiment ?

Une brochette de 140 « membres de la communauté scientifique » français vient de publier un manifeste de soutien à Gilles-Éric Séralini et al., auteur d'une « étude choc » [1], manifeste intitulé avec grandiloquence Science et conscience [2].

On notera que le texte est paru dans Le Monde sur la page électronique Idées, sans article d'introduction, et dans Libération, sur le blog de M. Sylvestre Huet.  Ce n'est donc pas un scoop.

M. Huet a reçu le texte de M. Pierre-Henri Gouyon, un des signataires (et auteurs ?).  Il se trouve que M. Gouyon est membre du Conseil scientifique du CRIIGEN et, à ce titre, co-commanditaire de l'« étude » de M. Séralini, ce qui l'afflige d'un sérieux conflit d'intérêts.  Pas très sérieux quand on s'exprime à l'appui d'un auteur qui trouve énormément de conflits d'intérêts dans – simplifions – le camp adverse...

Ce manifeste mérite un examen un peu plus approfondi, auquel nous procéderons en collant au texte.  La conclusion n'étonnera guère les lecteurs de ce site : il n'y a ni science ni conscience.

L'incroyable levée de boucliers ?

Les signataires réagissent à l'incroyable levée de boucliers suscitée par la publication de Gilles-Eric Séralini et de son équipe...

Incroyable... ? En effet ! Jamais une publication scientifique n'a été démolie – et son auteur critiqué pour son comportement – aussi rapidement.  Et ce, par [3] :

  • Un grand nombre de scientifiques des domaines pertinents, non seulement en France mais aussi ailleurs ; des scientifiques qui se sont exprimés à titre individuel, par des prises de position collectives ou par l'intermédiaire de leurs associations ; des scientifiques qui se sont exprimés dans la presse générale, sur des blogs ou encore par des lettres à l'éditeur de l'« étude » ;
  • Les agences d'évaluation et de sécurité sanitaire allemande, australo-néozélandaise, belge, brésilienne, canadienne, danoise, françaises (l'ANSES et le HCB), européenne (dans un avis préliminaire) et néerlandaise (à ce jour) ;
  • Des instances compétentes en matière d'éthique scientifique, notamment pour l'expérimentation animale ;
  • Des journalistes scientifiques, de journaux réputés ;
  • Des associations de journalistes ;
  • Les Académies nationales (françaises) d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire, par un avis [4] et un communiqué de presse [5] communs ;
  • Monsanto, le producteur de l'événement NK 603.

Incroyable... ? Sous la plume des auteurs de ce manifeste, cela sonne comme le questionnement de la santé intellectuelle et mentale de centaines de chercheurs, d'experts et de sages ; sans compter les journalistes, dont certains avec un a priori anti-OGM, certes moins virulent que celui de M. Séralini, mais un a priori tout de même.

Car on ne saurait admettre l'hypothèse que les auteurs aient simplement pris acte du fait incontestable – que c'est effectivement une incroyable levée de boucliers – et en aient tiré la conséquence logique – que la cause en est les incroyables malfaçons de l'« étude » de M. Séralini, ainsi que les incroyables manœuvres politico-médiatiques de M. Séralini et de ses amis.

L'incroyable isolement de M. Séralini

Incroyable... ? La science n'est certes pas un concours de beauté qui se décide à l'applaudimètre.  Mais tout de même ! Qu'y a-t-il en face de cette incroyable levée de boucliers ? Un quasi-désert intellectuel !

Nous avons recensé :

  • Un article de M. Robert Bellé [6] – connu pour ses recherches, controversées elles aussi, sur les effets de Roundup sur les oursins – sur le Nouvel Observateur.  Mais on doit se demander s'il ne s'agit pas, en fait, de la promotion de ses propres travaux.
  • Un article, toujours sur le Nobs, de M. Paul Deheuvels, membre de l'Académie des sciences [7].  Mais l'argumentation de M. Deheuvels a notamment été critiquée par M. Philippe Stoop, ingénieur agronome, avec des considérations que l'on retrouve ailleurs, notamment dans l'avis du HCB [8].  Elle a aussi suscité des quolibets de la part du mathématicien et statisticien Emmanuel Grenier dans des commentaires dans le Figaro (texte maintenant archivé), le Monde [2], et le Nobs [9].  M. Alain de Weck n'a pas été plus tendre dans le Nobs [10].
  • Une lettre de soutien de « chercheurs internationaux » selon le Nobs [11].  Mais la lettre traite bien peu de la publication de M. Séralini et rassemble plutôt les rancœurs de chercheurs mis au pilori par la communauté scientifique, tels M. Arpad Pusztai, son épouse et son collègue Stanley Ewen (tous trois co-auteurs de la lettre ouverte) [12].  Et la liste des signataires comporte des noms qui, pour être réels, n'en sont pas moins étranges ; tel Vandana Shiva, que nous proposerions volontiers pour un IgNobel alernatif [13].
  • Une lettre à l'éditeur de Food & Chemical Toxicology émanant de M. Jack Heinemann, anti-OGM notoire (et co-auteur de la lettre ouverte précitée) [14].  C'est la seule lettre à l'éditeur qui soutienne la publication de M. Séralini.  Et encore... C'est une critique de la critique, limite ad hominem, avec des passages qu'on peut résumer comme suit : la publication de M. Séralini est aussi mauvaise que celles « des autres »... donc elle est aussi bonne [15].

Incroyable... ? Si les auteurs sont bien, comme nous le pensons, des signataires aux opinions anti-OGM et technosceptiques bien tranchées et bien connues, le manifeste ne l'est pas, incroyable.  Car il est le reflet des convictions et de l'activisme des auteurs.

Pour ce qui est des signataires, c'est une autre affaire.  M. Grenier, encore lui, les a houspillés sur le Monde.  Ils sont 140 ? Combien seraient-ils après les brèves leçons de rationalité et, surtout, de morale ?

Qui sont ces scientifiques qui osent s'exprimer ainsi ?

Car les auteurs et signataires du manifeste succombent dès le premier point à une polémique stérile et sans envergure.  [L]es scientifiques qui se sont exprimés sur ce sujet l'ont fait en leur nom propre et ne peuvent prétendre représenter la communauté scientifique dans son ensemble.

Ils s'attaquent ensuite à la démarche – à notre connaissance inédite dans les annales de la science – des six Académies scientifiques.  Ils dénient toute représentativité aux auteurs du communiqué et saluent la réaction salutaire du seul statisticien de l'Académie des sciences, Paul Deheuvels [16] (ce à quoi M. Grenier répond notamment : Je vous suggère de vous faire expliquer les annexes statistiques par M. Deheuvels : depuis le temps, il aura bien fini par lire l’article de Séralini ! [2]).

La première assertion serait une évidence si la Société européenne de pathologie toxicologique (European Society of Toxicologic Pathology (ESTP)) n'avait pas réagi par l'intermédiaire de son comité exécutif [17].

Et si plus de 700 membres de la communauté scientifique (ou se prétendant tels) n'avaient pas signé une pétition demandant – conformément aux règles éditoriales d'Elsevier – à M. Séralini de publier ses données (ce qu'il refuse en fait, en mettant une condition extravagante à cette publication) [18].

Et si le Comité d'éthique du CNRS (COMETS) n'avait pas, lui aussi, produit un texte qui s'assimile à des remontrances [19].

De toute manière, c'est une bien piètre défense, pour les auteurs et signataires du manifeste, que d'opposer un manque de représentativité à des scientifiques ; c'est rabaisser les contradicteurs, au lieu de s'attaquer au fond de la contradiction.

Quant à la deuxième assertion, du même tonneau, il est patent que M. Deheuvels a été le seul académicien à réagir.  De plus, il n'a manifestement pas lu la publication de M. Séralini avant de proclamer, dans un billet antérieur, qu'elle était statistiquement valide [7 et seq.] ; on peut donc émettre des doutes sur son objectivité dans cette affaire.  Et c'est donc faire un mauvais procès aux académies.

Mais c'est aussi s'interroger sur le soin qu'ont mis les signataires à l'examen du dossier avant d'apposer leur signature au manifeste.  Comme l'a fait M. Grenier dans le Monde [2] : Chers collègues signataires, Soyez francs ! Qui, parmi vous, est au courant du dossier ? OK, vous en avez discuté à la cafèt. Mais qui a lu en détail (et compris !) l’article de Séralini et suivi les avis de nos agences nationales concernant la mise sur le marché des OGM (en particulier l’avis du HCB sur le maïs GA21) ?

Si l'« étude » de M. Séralini est nulle...

Les auteurs et signataires concèdent que le protocole suivi dans cette étude présente des défauts, mais minimisent par une relative : qui font débat au sein de la communauté scientifique.

Bel enfumage : 99 scientifiques critiquent, et un soutient... il y a donc débat...

Mais ce n'est que le prélude à un argument choc – et fondamentalement choquant – que l'on a vu ad nauseam tout au long de ces deux derniers mois : Mais en tout état de cause, disqualifier le protocole suivi dans le cadre de cette étude revient à disqualifier du même coup les données ayant fondé les décisions d'acceptation des OGM par les experts.

Choquant ? Oui, car, d'une part, les protocoles n'étant pas identiques, ni même similaires, l'incurie de M. Séralini et de son équipe ne saurait démontrer une incurie alléguée des pétitionnaires et des laboratoires qui ont mené leurs études ; d'autre part, les essais de toxicité subchronique s'inscrivent dans un dossier bien plus large comportant d'autres analyses, les décisions d'acceptations (qui ne sont d'ailleurs pas prises par « les experts »...) étant fondées sur l'ensemble du dossier.

S'ensuit un extraordinaire ad hominem dont la cible est les experts (des instances d'évaluation et de sécurité sanitaire) dans un texte censé, au départ, répondre aux critiques de certains membres de la communauté scientifique : Il est remarquable de voir ces mêmes experts accepter (même s'ils le critiquent parfois) un protocole expérimental quand il donne des résultats qui vont dans le sens de l'acceptation d'une technique et le démolir aussi ardemment quand les résultats vont dans le sens opposé. Ceci est à notre avis totalement contraire à toute déontologie scientifique.

Attaque gratuite, les prémisses étant fausses.  En outre, les experts acceptent un protocole expérimental en fonction non pas du résultat, mais des règles applicables, notamment, des principes directeurs de l'OCDE.  Mais attaque particulièrement grave dans la mesure où les experts sont accusés d'agir en fonction d'un résultat et, partant, d'un objectif ; et, donc, de faillir à leur mission.  On est là, dans le domaine de la diffamation et de la calomnie.

En bref, les auteurs et signataires tentent – volontairement pour les uns, peut-être involontairement pour une partie des autres – de valider par leur soutien la démarche politique fondée sur l'« étude » de M. Séralini.

Avec un incroyable cynisme : Si toute cette histoire aboutit au moins à ce résultat – en résumé, que les tests des pétitionnaires (et par voie de conséquence, à notre sens, les autorisations) soient remis en cause – elle – l'« étude » de M. Séralini, si nous avons bien compris – aura été utile.  Qu'importent, donc, les moyens...

Les vierges effarouchées...

Nous sommes profondément choqués de l'image de notre communauté que cette polémique donne aux citoyens.

Nous aussi... particulièrement à lire – outre l'« étude » de M. Séralini et les critiques – la polémique que les auteurs de ce manifeste viennent de publier ; et encore plus particulièrement alors qu'ont été mis en place les principaux éléments d'un apaisement, au premier rang desquels figurent les appels de l'ANSES [20] et du HCB [21] à la conduite d'essais à long terme.  Appels entendus par le gouvernement [22].

...habitées par le démon de la démagogie

Suit un infâme gloubi boulga sur l'expertise, les lanceurs d'alerte, la recherche toxicologique.  L'emphase –[b]eaucoup des menaces qui pèsent sur notre planète et l'inévitable référence à l'amiante – cède rapidement le pas à la bêtise crasse : si certaines actions étaient préférables à créer des affrontements entre deux camps nourris de préjugés et d'idéologies, c'est bien admettre que le camp qui se prononce ainsi est nourri de préjugés et d'idéologies...

Inévitable référence à l'amiante ? Oui car le manifeste ne s'adresse pas aux décideurs qui seraient susceptibles de modifier les règles en matière d'autorisation des OGM, mais au grand public dans le cadre de l'opération politico-médiatique fondée sur l'« étude » de M. Séralini.

Quant à l'autre « camp », force est de constater qu'il a été, dans l'ensemble, remarquablement mesuré.  Il suffit de lire la pétition mise en ligne sur le site du CNRS, pétition qui refléterait l'état d'esprit d'un « camp » (232 signataires) bien mieux que les déclarations personnelles [23].  Pour rappel, cette pétition suggérait que, pour apaiser le débat, des fonds suffisants soient alloués à l'équipe ayant publié cette étude pour confirmer leurs observations de façon complète et rigoureuse, en partenariat étroit avec l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'alimentation et de l'environnement.  (C'est nous qui graissons pour souligner une étonnante concession.)

Faisons un petit détour par la lettre ouverte prétendument de soutien à l'équipe de M. Séralini.  Elle conclut [12] : Si, au départ, l'évaluation scientifique d'un produit est un processus d'approbation biaisé en faveur du requérant, appuyé par l'élimination systématique du travail de scientifiques indépendants œuvrant dans l'intérêt public, cela exclut toute possibilité de tenir un débat honnête, raisonné ou scientifique.  Une impossibilité alléguée de dialogue qui a des relents de refus...

Une recherche au service de l'idéologie ?

Mais revenons au manifeste :

Enfin, nous tenons à assurer à nos concitoyens qu'il existe également, dans la communauté scientifique, un nombre important de chercheurs qui sont convaincus qu'il faut prendre au sérieux les risques associés aux technologies et qui estiment que, si les chercheurs d'une part, et les applications sociales de la science d'autre part, sont par construction liés à des idéologies, des croyances et/ou des intérêts, la démarche scientifique doit, elle, s'efforcer de rester aussi indépendante que possible pour jouer pleinement son rôle dans la société.

Cette longue diatribe camouflée en message rassurant mérite de passer à la postérité.

En assurant à nos concitoyens qu'il existe également... les auteurs du manifeste – après s'être dit profondément choqués de l’image de notre communauté que cette polémique donne aux citoyens, et avoir feint de faire des propositions constructives – viennent donc dire :

  • par implication qu'il existe des chercheurs qui ne sont (seraient) pas convaincus qu'il faut prendre au sérieux les risques ;
  • que les chercheurs – tous les chercheurssont par construction liés à des idéologies, des croyances et/ou des intérêts ;
  • également par implication que la démarche scientifique de certains chercheurs (ceux de « l'autre camp ») ne serait pas indépendante.

De telles imputations sont parfaitement calomnieuses en ce qu'elles concernent « l'autre camp ».

Il n'est pas sûr que les signataires du manifeste aient tous compris qu'une partie des affirmations ci-dessus ont été conçues par les auteurs comme un autoportrait.

Enfin, la déclaration de foi en une démarche scientifique ... aussi indépendante que possible trahit sinon une inféodation, du moins une perméabilité à une idéologie.  Surtout dans le cadre d'une affaire fondée sur une « étude » de chercheurs par construction liés à des idéologies, des croyances et/ou des intérêts, et d'un manifeste de soutien à ces chercheurs.

Des signataires abusés et naïfs ?

On peut avoir de nobles intentions et se tromper sur le destrier, peut-on lire dans un des commentaires sur le blog de M. Sylvestre Huet [2].  Nous voulons bien le croire.  Il serait du reste aussi intéressant d'analyser la sociologie des signataires.

Il n'empêche.  L'idéologie qui sous-tend le manifeste est en partie celle du refus de l'évolution scientifique et technique, du risque évalué et pris.  Un refus difficilement compatible avec la profession de chercheur.  Et inquiétant pour l'avenir de notre société, et de nos enfants.

Au total donc, c'est un soutien bien assassin que l'on a témoigné à M. Séralini et à son équipe puisqu'il est implicitement admis dans le manifeste que le protocole de leur « étude » est « disqualifié ».

Et c'est la science, et la conscience scientifique, que l'on assassine.

Wackes Seppi

_______________

[1]  http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512005637

[2]  http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/14/science-et-conscience_1790174_3232.html#xtor=AL-32280397

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/11/s%C3%A9ralini-140-scientifiques-r%C3%A9pliquent-%C3%A0-lacad%C3%A9mie.html

Nous avons écrit « membres de la communauté scientifique » entre guillemets pour indiquer une reprise du texte du manifeste.  La liste des signataires comprend des retraités qui ne se sont pas identifiés comme tels, et des doctorants.

[3]  M. Marcel Kuntz tient une liste – fort partielle, tant les critiques sont nombreuses – à :

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-nk603-110296439.html

[4]  http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/avis1012.pdf

[5]  http://www.academie-sciences.fr/presse/communique/avis_1012.pdf

[6]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/633302-ogm-et-roundup-monsanto-les-3-points-capitaux-de-l-etude-de-seralini.html

[7]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/646458-etude-de-seralini-sur-les-ogm-pourquoi-sa-methodologie-est-statistiquement-bonne.html

[8]  M. Stoop avait produit précédemment deux billets mettant à mal l'« étude » de M. Séralini :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/632900-seralini-et-ogm-temoins-suspects-et-lettre-volee.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/633981-danger-des-ogm-l-etude-qui-invalide-l-article-de-seralini.html

Ces billets ne sont plus référencés sur la page spécialisée du Nouvel Observateur : http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/

C'est ce qu'on appelle l'impartialité de l'information selon le Nobs.

[9]  M. Grenier a laissé entendre que M. Deheuvels n'avait pas lu la publication de M. Séralini avant d'écrire.  Et voici ce qu'il écrit dans le Nobs en réponse au deuxième billet de M. Deheuvels (commentaire posté le 7-11-2012 à 16:22) :

« M. Deheuvels est-il souffrant ? On n'entend plus parler de lui depuis que les statisticiens de nos agences nationales (Anses et HCB) ont démontré que l'étude de Séralini et al. ne met en évidence aucun effet du régime qui soit significatif, au sens de la statistique comme au sens biologique. Qu'en dit M. Deheuvels, lui qui affirmait sur cette tribune : « la partie toxicologique aboutit, quant à elle, à la mise en évidence de différences significatives sur le plan statistique » ? De même qu'il n'y a pas, n'en déplaise aux mânes du sinistre Lyssenko, de science « bourgeoise » et de science « prolétarienne », il n'y a pas la statistique des valets de Monsanto et celle des honnêtes gens. Il n'y a qu'une statistique et cette statistique a démontré que les allégations de M. Deheuvels ne sont pas étayées. Je pense que M. Deheuvels, si prompt à décerner le prix Lyssenko aux scientifiques qui prédisaient le réchauffement climatique, a abandonné l'espoir de se voir attribuer, conjointement avec M. Séralini, un prix Galilée dans cette pitoyable affaire. »

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/661194-l-etude-de-seralini-sur-les-ogm-pomme-de-discorde-a-l-academie-des-sciences.html

[10]  Il a notamment écrit (commentaire posté le 22-10-2012 à 11:55 ; même article que ci-dessus) :

« Les propos de Mr. Deheuvels dans ses deux articles (1,2) sont ahurissants. L’hypothèse la plus favorable est que l’auteur n’aie pas analysé sérieusement la publication de Séralini et coll . Sinon, il s’agit soit d’une manifestation de gâtisme précoce, soit l’expression d’un égo frustré de n’avoir pas été consulté... »

[11]  http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20121011.OBS5243/ogm-seralini-recoit-le-soutien-de-chercheurs-internationaux.html

[12]  http://independentsciencenews.org/health/seralini-and-science-nk603-rat-study-roundup/

En français :

http://independentsciencenews.org/wp-content/uploads/2012/10/Seralini-and-Science-fr.pdf

[13]  http://imposteurs.over-blog.com/article-vandana-shiva-l-oraison-de-la-colere-a-quand-les-ig-nobel-alternatifs-par-wackes-seppi-60684016.html

[14]  http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512008009

[15]  Que penser de ceci, par exemple :

« The statistics used in these other studies passed anonymous peer-review. Aside from that, there is no other peer-reviewed evidence that these statistical approaches are either uniquely appropriate or validated for their use in this kind of study. On those fronts, I find Seralini et al.’s statistical analysis equally valid. »?

[16]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/661194-l-etude-de-seralini-sur-les-ogm-pomme-de-discorde-a-l-academie-des-sciences.html

[17]  http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/39/38/37/Letter-ESTP-to-the-editor-Food-and-Chemical-Journal-Serali.pdf

[18]  http://www.ipetitions.com/petition/dr-seralini-please-release-data/

[19]  http://www.cnrs.fr/fr/organisme/ethique/comets/docs/121003-rappel-deontologie-ong.pdf

[20]  http://www.anses.fr/Documents/BIOT2012sa0227.pdf

Partir de la page d'accueil pour trouver d'autres documents.

[21]  http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/Etude_Seralini_Avis_CS_HCB_121019.pdf

http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/HCB_-_CEES_Recommandation_saisine_Seralini_19octobre2012.pdf

[22]  http://www.rpfrance.eu/IMG/pdf/121022_CP_avis_HCB_et_ANSES.pdf

[23]  http://www.cnrs.fr/fr/une/actus/2012/20120927-debat-ogm.html

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 17:23

Retour aux 3 premières parties :

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-1ere-partie-110354721.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-2eme-partie-110394855.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-3eme-partie-110835521.html

Conclusion provisoire

C’est donc fait. Après avoir soulevé un nombre considérables de critiques individuelles, l’étude de Séralini et al a été recalée par les agences d’expertise européenne, allemande, australienne et néo-zélandaise, danoise, et néerlandaise (1). Puis ce fut au tour des 6 académies nationales françaises de la rejeter (2), faisant au passage un petit rappel à la déontologie à l’équipe du CRIIGEN : « L’orchestration de la notoriété d’un scientifique ou d’une équipe constitue une faute grave lorsqu’elle concourt à répandre auprès du grand public des peurs ne reposant sur aucune conclusion établie. Outre le jugement sur le fond du contenu de l’article en question, la forme de la communication soulève de nombreuses interrogations, notamment la concomitance de la sortie de deux livres, d’un film et d’un   article scientifique, avec l’exclusivité de leur contenu accordé à un hebdomadaire, assortie d’une clause de confidentialité y compris vis-à-vis des scientifiques, jusqu’à la conférence de presse. Ces conditions de diffusion vers la presse, mise dans l’impossibilité de s’informer au préalable et donc sans possibilité de commenter en connaissance de cause, ne sont pas éthiquement correctes. » . Les académies notent, comme nombre observateurs « [qu’] On peut se poser la question de savoir comment un article aussi faible scientifiquement que celui de G.E. Séralini et al. a pu être accepté (par la revue Food and Chemical Toxicology, qui est pourtant d’un niveau « correct » selon les académiciens, NDR) »

            Enfin, le 19 octobre, l’ANSES et le conseil scientifique du Haut Conseil des biotechnologies (HCB) ont rendu un avis convergent 3). Les résultats proclamés par GES sont donc irrecevables. Celui-ci pourra toujours, comme à son habitude, crier au complot, au risque du ridicule. Comme le note ce billet ironique : « « Je ne suis pas employé de Monsanto non plus mais si je l'étais, je pense que j'enverrais une carte de félicitation au professeur Séralini... Le cocktail de parti-pris, d'autopromotion et d'errements scientifiques dont il s'est rendu responsable aura fait plus de dégâts aux adversaires de la multinationale que tout ce qu'elle aurait pu entreprendre. Et ce, sans qu'il lui en coûte le moindre centime. » (4)

            Pour les individus rationnels qui auraient des doutes, l’étude en question devrait paradoxalement être plutôt rassurante quant à la sécurité sanitaire du maïs NK 603. En effet, s’il faut une étude de si mauvaise qualité, et des interprétations aussi caricaturales pour « prouver » que cet OGM est dangereux, c’est que le danger ne doit pas être bien grand.

Pourtant, alors que cette mascarade aurait dû conduire au discrédit définitif de l’intéressé, on est obligé de constater que le politiquement correct qui s’immisce tous les jours un peu plus, jusque dans les organes scientifiques, conduisent à des positionnements ambigus, au risque de froisser les amis de la logique. De fait, le soucis de ménager le chercheur « indépendant » (sauf de Carrefour, Auchan, Greenpeace, Léa Nature, Sevene Pharma… euhhh, j’en oublie ?) est manifeste dans certains avis. 

            On s’étonnera ainsi de lire dans celui de l’ANSES : « De nombreux scientifiques ou groupes de scientifiques se sont très rapidement exprimés dans la presse écrite ou via internet et ont émis, pour nombre d’entre eux des critiques concernant la valeur de l’étude tandis que d’autres ont plutôt mis en avant la pertinence des questions posées, le caractère novateur de l’étude et ses qualités intrinsèques ».  On aimerait en effet connaître la liste des « autres » : si on enlève Testard et opposé par principe aux OGM, qui reste-t-il ?

            Nous avons cherché et n’avons trouvé, en dehors de la mouvance anti-OGM qu’un seul soutien scientifique à GES : Paul Deheuvels, membre de l’académie des sciences et statisticien.  Un soutien a priori de poids, sauf quand on lit ses arguments, d’une confusion extrême. A vrai dire, le premier réflexe est de penser à un canular. Ce qui est certain, c’est que Mr. Deheuvels n’a pas lu l’étude, sinon il ne parlerait pas de différences statistiquement significatives… qui n’existent pas et non pas été calculées par GES, qui n’ a fait aucun test statistique de ce genre . « . Dans ce cas, le fait de déceler des différences significatives sur des petits groupes  (10 dans le cas de l'étude de G.E.Séralini) renforce la conclusion, au lieu de l'affaiblir. » . Mr Deheuvels,  voulait sans doute énoncer une tautologie :une différence significative est significative, quelque soit la taille du groupe testé. Par contre, l’idée que plus un groupe est petit, plus la conclusion est renforcée, est absurde. Tout simplement, plus le groupe est petit, plus les différences doivent être importantes pour être significatives. On ne peut finalement pas dire que ce soutien inattendu change la donne, bien au contraire.  Espérons simplement que Mr Deheuvels soit moins distrait lors des séances de travail à l’académie.

            Mais en dehors de savoir qui a « plutôt mis en avant la pertinence des questions posées, le caractère novateur de l’étude et ses qualités intrinsèques », (les soutiens en question ne sont visiblement pas tèrs nombreux) posons-nous tout simplement la question du sens de cette phrase . Qu’est-ce qu’une étude nulle dans sa conception et non avenue dans ses conclusions, mais « novatrice » ? Où sont ses « qualités intrinsèques » ? 

            D’autre part, si l’avis du comité scientifique du HCB est impitoyable, on notera la position de son comité « économique, éthique, et social » , dont la seule raison d’être semble de formuler des avis remettant en cause l’avis scientifique, au nom  des « interrogations de la « société civile » », un terme de la langue de bois qui en français signifie  « oppositions des organisations anti-OGM » (5).

Le CEES recommande donc « qu’une étude de long terme sur les conséquences sanitaires potentielles de cette plante génétiquement modifiée (PGM)1 soit entreprise 1) sous l’égide des pouvoirs publics, 2) selon les principes qui doivent gouverner l’expertise scientifique (indépendance, pluralisme,contradictoire, transparence) et 3) sur le fondement d’une méthodologie élaborée en commun par les scientifiques (experts du CS du HCB, y compris en sciences sociales ; experts de l’ANSES ; auteurs de l’étude dont le HCB a été saisi) et les parties prenantes du CEES. ». (6)

            Selon cette logique très douteuse, un prof qui attribue un bonnet d’âne à un élève devrait négocier avec lui la rénovation des programmes scolaires !  On se doute en plus de la collaboration constructive d’un individu qui dénigre en permanence leurs collègues vendus au lobbies (7). Qui peut croire en ça ? Naïveté réelle, ou capitulation face à des individus et des groupes motivés qui, doués pour la communication, peuvent s’appuyer sur les médias contre la science pour en contester les méthodes, les valeurs, et pour imposer un changement des règles du jeu ?  Puisqu’il est question de « transparence », pourquoi ne pas jouer carte sur table, et dire qu’ « on » refuse les OGM  pour des raisons purement politiques ?  Mais l’hypocrisie ambiante veut que, faute de trouver des alibis scientifiques auprès des organes d’évaluation pour justifier ces décisions politiques, on propose d’en changer les fondements en s’appuyant sur les tenants de la « science parallèle ». 

Épilogue : La science est maltraitée en France par des politiciens de tous bords, mais ça peut encore empirer. On apprend avec effroi que des scientifiques italiens ont été condamnés à 6 ans de prison ferme pour ne pas avoir prédit un séisme ! En clair, ils veulent des devins, pas des scientifiques. Dans l’obscurantisme, les magistrats disputent la palme aux politiques. Outre l’ignominie morale de ce jugement, on imagine son effet catastrophique sur l’opinion publique à qui on jette des hommes en pâture, et sur les vocations scientifiques en Italie….

           

Anton Suwalki

A lire également :

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-je-persiste-et-signe-111559918.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/221012/science-et-societe-une-bien-etrange-journee

(Mes excuses à Yann, je me suis permis de reprendre quelques unes de tes références)

Sources :

(1) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-nk603-110296439.html

(2)http://www.academie-sciences.fr/presse/communique/avis_1012.pdf

http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/avis1012.pdf

(3)http://www.anses.fr/Documents/BIOT2012sa0227.pdf

(4) http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/Etude_Seralini_Avis_CS_HCB_121019.pdf

http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/Etude_Seralini_Avis_CS_HCB_121019.pdf

http://www.contrepoints.org/2012/10/10/100067-ogm-et-pseudo-science-un-mauvais-melange

(5) lire cet échange à propos du CEES

http://imposteurs.over-blog.com/article-le-regard-severe-porte-par-une-syndicaliste-sur-le-fonctionnement-du-haut-comite-aux-biotechnologies-84368835.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-reponse-de-christine-noiville-et-jean-christophe-pages-au-sujet-de-l-article-le-regard-severe-port-84985373.html

(6) http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/HCB_-_CEES_Recommandation_saisine_Seralini_19octobre2012.pdf

(7) Lire par exemple ce charmant communiqué de GES : « Nous n'attendons rien de l'EFSA mise lourdement en cause pour conflits d'intérêts sur les OGM comme je l'écris dans mon livre. De plus l'agence est juge et partie en ayant autorise les produits que nous avons évalués à long terme et dont nous avons publiés les résultats dans une des meilleures revues mondiales de toxicologie. L'Efsa pour autoriser ces mêmes produits a travaillé de manière laxiste à très court terme avec les données problématiques de Monsanto et très très insuffisantes, qu'elle garde anormalement secrètes. Nous demandons immédiatement un accès public sur internet de ces données. »

http://www.criigen.org/SiteFr/

On notera l’habituelle modestie de GES. « Une des meilleurs revues mondiales de toxicologie ». Surtout depuis qu’elle l’a publié, bien sûr…Rappelons que même Nature, la revue scientifique la plus prestigieuse, a publié de très mauvais articles, qu’elle a été obligée de retirer. 

Facteur d’impact des revues spécialisées en toxicologie :

http://www.elsevierscitech.com/host/author-webpage-4681770.html

(8) http://tazieff.fr/un-verdict-consternant-7-scientifiques-italiens-condamnes-a-6-ans-de-prison-pour-navoir-pas-predit-le-seisme-qui-a-eu-lieu-a-laquila-en-avril-2009/

COMMUNIQUE
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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 12:22

Le Nobs à l'avant-garde d'une formidable opération politico-médiatique

Or donc, le 19 septembre 2012, vers les 15 heures françaises, la revue Food and Chemical Toxicology mettait en ligne un article de M. Gilles-Éric Séralini, Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize [1].

Le lendemain (le jour même dans certains kiosques, paraît-il), le Nouvel Observateur mettait en circulation un numéro avec une couverture putassière – Les révélations d'une étude de scientifiques français (en petit), Oui, les OGM sont des poisons ! (en très gros).  Sept pages à faire frémir d'horreur [2].

Ce numéro avait évidemment été mis sous presse avant la publication de l'étude scientifique.  De fait, l'article phare, Oui, les OGM sont des poisons !, et quelques autres avaient été créés et mis en ligne sur la toile le 18 septembre 2012 (ceci sous réserve que les indications figurant sur la page internet soient correctes) .  Le Nobs – comme l'appellent les bobos – s'était donc prêté à une opération médiatique, en fait politico-médiatique et de très grande ampleur.

Une offensive parfaitement orchestrée (le CRIIGEN s'est adjoint les services d'une agence).  Le Nobs contribuait en fait au lancement :

  • d'un livre de M. Séralini, Tous cobayes !, en librairie le 26 septembre 2012 ;
  • d'un « documentaire » de M. Jean-Paul Jaud, Tous cobayes ?, sorti dans les salles le même jour ;
  • d'un livre de Mme Corinne Lepage, La vérité sur les OGM, c'est notre affaire, en librairie le 21 septembre 2012 ;
  • d'un « documentaire » de MM. Clément Fonquernie et François Le Bayon, OGM, vers une alerte mondiale ?, diffusé sur France 5 le 16 octobre 2012.

Cette médiatisation à outrance de la science doit nous interroger.  Est-ce encore de la science quand des équipes de tournage sont convoquées pour suivre le déroulement d'une expérience dont les résultats – en science, mais pas en pseudo-science – sont par principe inconnus a priori ?

Collusions et questions

Plus important encore : comment a-t-il été possible de programmer avec une telle précision la séquence, en particulier la publication dans Food & Chem. Toxicol ? En fait, la réponse a été donnée  par Elsevier, l'éditeur du Food & Chem. Toxicol. : la date de publication a été convenue avec M. Séralini [3].  Compte tenu de la piètre qualité de l'article scientifique, la question devient : y a-t-il eu collusion ?

L'article est en lui-même étonnant.   Nous n'entrerons pas ici dans les critiques de fond qui le condamnent au musée des horreurs de la science.  Il reproduit des photos de rats atteints de tumeurs gigantesques, que l'on a donc laissé vivre bien au-delà de ce qui était éthiquement admissible et scientifiquement nécessaire pour le recueil de données [4].  Ces photos n'apportent rien à la démonstration.  En revanche, elles ont fait un support de choix pour la propagande politico-médiatique.  Le Nobs nous le démontre par l'emploi immodéré de ces photos.  Et les rats vivants difformes étaient nécessaires pour les « documentaires », l'Apocalypse de Jaud.

L'éditeur de la revue a à répondre de cela.  Nous avons droit à la vérité.  M. Séralini a affirmé dans Des clics et des claques sur Europe 1 que c'était l'éditeur qui les avait demandées (mais aussi, dans la même émission, moins d'une minute auparavant, que c'étaient les partenaires financiers...) [5].

Un embargo pour faire taire

Quant au Nobs, il est vite apparu que, pour autant qu'il l'ait eue en mains, il avait pris l'engagement de ne pas transmettre la publication confidentiellement à d'autres scientifiques pour avoir un autre avis et ainsi vérifier la crédibilité de ce qu'il allait publier.  Un engagement qui dépasse le cadre habituel de l'embargo et qui est unique dans les annales française (il y eu un cas auparavant aux États-Unis d'Amérique, pour un scoop qui s'est aussi dégonflé [6]).

Un engagement qui a permis à M. Séralini et ses amis de faire taire les critiques et de s'assurer, en principe, une couverture médiatique initiale entièrement favorable à leurs thèses.

Il s'agit là d'un manquement grave à la déontologie, dénoncé par d'autres journaux et journalistes qui, eux, n'ont pas sacrifié la déontologie à l'autel du scoop et au bruit du tiroir-caisse [7].

Dans son numéro du 11 au 17 octobre 2012, le Nobs prétend que « [l]a revue américaine exigeait un embargo strict... ».  Il était tellement strict qu'il était assorti d'une menace de pénalité équivalant au coût (allégué) de l'étude, soit plus de... trois millions d'euros [8].  M. Séralini a prétendu la même chose dans des interviews [5].  L'éditeur a démenti [3].

À l'assaut de la toile

Dans le Blitzkrieg séralinien, le Nobs a été un fer de lance sur la toile.  Les articles se sont succédés à une vitesse impressionnante sur une page dédiée [9].  Avec cinq caractéristiques :

  • Avec une rafale d'articles anxiogènes, évidemment hostiles aux OGM et aussi aux autorités d'évaluation, le Nobs s'est fait le relais de M. Séralini et de Mme Lepage.  Pour rappel, l'objet de tout ce tintamarre est non seulement d'exiger des tests encore plus longs et coûteux, mais aussi d'introduire un système d'« expertise contradictoire », le tout dans le but de rendre l'introduction sur le marché des OGM encore plus difficile, voire impossible (et de créer un superbe marché de l'« expertise » pour des officines telles que le CRIIGEN).
  • Les articles sont présentés sur la page d'accueil dans un désordre savamment conçu pour convaincre les visiteurs de la dangerosité des OGM.  Le premier article est ainsi La Russie suspend l'importation du maïs Monsanto ; ce titre est plus convaincant que EXCLUSIF. Oui, les OGM sont des poisons !, une affirmation qui peut laisser sceptique.  Par voie de conséquence, les rares articles critiques sont noyés dans la masse.
  • Les grands titres sont suivis de rappels qui orientent les lecteurs vers les articles anxiogènes ou les messages politiques.
  • On dira que c'est de bonne guerre, mais le choc des titres est complété par le choc des photos, avec un recours fréquent aux rats difformes et à des personnages munis de masques de chirurgie, ou encore une seringue à côté de grains de maïs.
  • La précipitation à publier s'est traduite par quelques beaux couacs.

On peut ainsi s'étonner que le seul article critique de la première heure, Fellous : "Je suis surpris de ce show qui ne démontre rien" ait été créé avant la publication de l'article de M. Séralini (le 19 septembre 2012 à 11h13) et qu'il commence par « [à] la suite de la publication par le "Nouvel Observateur" daté du 20 septembre... ».

L'égocentrique José Bové est aussi le sujet d'un article précipité.  « A la suite de la publication par le "Nouvel Observateur" daté du 20 septembre des résultats d'une étude choc sur la toxicité des OGM, José Bové monte au créneau »... Le Nobs a créé l'article à 10h29 et l'a mis à jour à 17h35.  Il est donc difficile de contester que M. Bové a réclamé l'interdiction des OGM au Commissaire européen John Dalli avant la mise en ligne de l'article de M. Séralini (et, sauf s'il a été mis dans la confidence, avant qu'il ne l'ait lu) [10].  Et dire que M. Séralini, et ses amis, se sont moqués des critiques de son article au motif qu'ils auraient réagi avant de l'avoir lu (on ajoutera avec ironie : sous l'action du marionnettiste en chef Monsanto)...

Les critiques tricards

Ah ! Les critiques! Elles n'ont pas tardé et ont été, pour certaines, virulentes et humiliantes.  Il serait fastidieux de les passer en revue.  Ça l'était manifestement aussi pour le Nobs.  Il a réagi par un article du 20 septembre 2012, OGM : 9 critiques et 9 réponses sur l'étude de Séralini.  Il faisait la part belle aux... réponses.  Avec ce morceau d'anthologie :

Question : « On entend aussi que Gilles-Eric Séralini est un anti-OGM patenté, qu'il a obtenu les résultats qu’il cherchait.

Réponse de M. Joël Spiroux (co-auteur de l'étude) : Absolument faux. Gilles-Eric Séralini, le Criigen (Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique) et les chercheurs de son laboratoire à l’Université de Caen travaillent également sur les organismes génétiquement modifiés, parce que cela leur donne accès à la connaissance du vivant. Ils n’ont rien contre les OGM pour la fabrication de médicaments. »

Plusieurs commentateurs, y compris votre serviteur, ont pourtant titillé la rédaction pour demander que l'information soit objective et qu'elle reflète les critiques qui venaient de toutes parts... rien n'y fit.  La cause anti-OGM devaient passer avant la déontologie et les lecteurs dans une extraordinaire escalade d'engagement.

On notera tout de même, car c'est à son honneur, que le Nobs n'a pas caviardé les commentaires critiques à son égard.

Du déni de réalité à l'escalade d'engagement

Rien n'y fit ? En fait si.  Dans son édition papier du 27 septembre 2012, le Nobs répondit au Monde qui s'était étonné « de l'"orchestration" menée par une mystérieuse agence qui aurait accompagné la publication de l'étude sur le maïs transgénique » [11].  Il affirma qu'il « n'a pas été enrôlé dans un quelconque orchestre ».  Crédible ? Il suffit de consulter le site du CRIIGEN pour savoir que l'agence est Langage et projets Conseils de M. Laurent Payet [12] (il semble qu'il y ait aussi une agence de communication aux États-Unis d'Amérique, où la Californie doit voter prochainement sur une initiative populaire sur l'étiquetage des OGM [3]).

Et dans son édition du 11 octobre 2012, il revint sur le sujet avec OGM : pourquoi il fallait crever l'abcès, donc toujours en essayant de se justifier et toujours en cherchant à défendre une étude scientifique rapidement devenue indéfendable.  C'est tout juste s'il admit, du bout des doigts sur le clavier, qu'il pouvait se reprocher son titre dont nous avons écrit qu'il était putassier : « Nous aurions dû titrer 'Ces OGM sont des poisons" ».  Mais non, M. Malaurie : le titre était bien prématuré.  Et il l'est encore plus maintenant que M. Séralini et ses amis, confrontés aux malfaçons de l'étude et aux indignations face à la science spectacle, se défend en clamant qu'il faut refaire l'étude (dans son esprit pour la confirmer) – en fait, M Spiroux l'admettait déjà le lendemain de la publication dans OGM : 9 critiques et 9 réponses sur l'étude de Séralini.  Et, au mieux, le Nobs aurait dû se référer à cet OGM (l'événement NK 603).

Un article du même tonneau, bourré de sophismes et de diversions, a été publié dès le 24 septembre 2012 sur une autre page web du Nobs, par M. Guillaume Malaurie, le chef d'orchestre de la campagne du Nobs : OGM : vive la controverse ! [13].  Vive, donc, une controverse fondée sur un information tronquée, ultramilitante !

Le droit à la parole dans le vide numérique

Dans l'édition du 11 octobre 2012, le Nobs écrivait aussi que « la parole a été donnée à qui le souhaitait sur nouvelobs.com ».

Ah oui ? Dans plusieurs de ses commentaires, M. Mathieu Sicard, Médiateur du Plus du Nobs – par ailleurs auteur d'un article parfaitement unilatéral et orienté, ce qui est fort éclairant sur la notion de médiateur au Nobs [14] – avait invité des commentateurs critiques à proposer des articles.  Voici donc ce qu'il écrivit à Pierre Dupondt sous l'article OGM, Monsanto, Roundup & Co : comment notre société produit des malades de M. Pierre Spiroux de Vendômois (c'est le même que le Spiroux mentionné ci-dessus) [15] :

« Si vous avancez en effet sans aucun masque, je vous invite à proposer, sous votre véritable identité, un article à la rédation, "Je suis agriculteur et j'adore les produits Monsanto parce que..." »

C'est ce qui s'appelle un médiateur...

Stoppez Stoop !

Il en est un qui a répondu à l'appel : M. Philippe Stoop a produit trois articles en tant qu'« agronome atterré » [16].

Dans le premier, il expliquait en quoi le protocole expérimental et la présentation des faits par les auteurs de la publication scientifique étaient biaisés à l'appui de leurs thèses.  Dans la deuxième, il s'était penché sur la composition des aliments (non précisée par les auteurs) donnés aux rats.

Ces deux articles ne furent jamais référencés sur la page d'accueil...  M. Stoop s'en plaignit dans un commentaire.  Réponse de M. Sicard : « Merci pour vos liens.  Je fais tourner ! ».  Naturellement, il n'en fut rien.

Quel contraste avec un autre article (pitoyable...) qui, lui, venait au secours de M. Séralini et de son équipe, Étude de Séralini sur les OGM : pourquoi sa méthodologie est statistiquement bonne, de M. Paul Deheuvels, membre de l'Académie des Sciences.  Celui-ci fut immédiatement référencé.  Il l'est encore à l'heure où nous écrivons.

Quel contraste aussi avec le troisième article de M. Stoop, dans lequel il dissertait sur les procédures d'autorisation au niveau européen.  L'article pouvait s'interpréter comme apportant de l'eau au moulin de M. Séralini et de ses amis...  Il fut donc référencé immédiatement.

Il parut sous le titre : OGM : le premier scandale, c'est leur mode d'autorisation par l'UE.  Agrémenté de la photo d' un épi de maïs dont la légende apportait de l'eau au moulin séralinien (c'eût pu être pire...).  À la suite d'une remarque de votre serviteur, M. Stoop écrivit dans un commentaire qu'il l'avait proposé sous : « OGM : et si nos politiques s'occupaient du vrai scandale? ».

Il y a un autre article qui n'est pas référencé sur la page d'accueil : Etude de Séralini sur les OGM : quand va-t-on retrouver la déontologie scientifique ? par M. Marcel Kuntz [17].  On peut deviner pourquoi.

Rappels de déontologie

La Fédération européenne des journalistes a adopté en 1971 une Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, plus connue comme La Charte de Munich.  En voici quatre articles des devoirs :

Article 1 :

« Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité. »

Article 6 :

« Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte. »

Article 9 :

« Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs. »

Article 10 :

« Refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction. »

Les syndicats de journalistes réagissent

Le Syndicat national des journalistes vient d'appeler à la création d'une instance déontologique [18].  Dans son communiqué de presse il rappelle que :

« Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à-vis du citoyen prime sur toute autre. »

À l'heure où nous concluons, l'Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI) vient de rendre publique une déclaration Embargo et confidentialité [19].  Tout est dit.

Qu'en fera le Nobs ?

Tout est dit ? Que non ! Le 5 octobre 2012, l'Union européenne des associations de journalistes scientifiques (European Union of Science Journalists’ Associations(EUSJA)) a publié une déclaration sur les embargos et la manipulation (EUSJA Statement on embargoes and manipulation) [20].  Le vocabulaire n'est pas innocent :

« L'union européenne des associations de journalistes scientifiques (www.eusja.org) condamne le scandaleux abus du système d'embargo qui a été perpétré il y a quelques jours pour manipuler la presse en vue d'obtenir une couverture favorable, exempte de critiques, pour une étude sur la question controversée et importante de la sécurité alimentaire en relation avec les organismes génétiquement modifiés. » (Notre traduction.)

Qu'en a fait le Nobs ? Rien !  L'information, c'est la désinformation !

Wackes Seppi

Notes :

[1]  https://dl.dropbox.com/u/72234047/S%C3%A9ralini%20-%20Long%20term%20toxicity%20of%20a%20Roundup.pdf

[2]  Voici les liens des articles mis sur la toile :

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120918.OBS2686/exclusif-oui-les-ogm-sont-des-poisons.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120918.OBS2702/ogm-inconscience-lachete-collusion-criminelle.html

[3]  http://embargowatch.wordpress.com/2012/09/21/stenographers-anyone-gmo-rat-study-co-sponsor-engineered-embargo-to-prevent-scrutiny/

[4]  Plusieurs sources de commentaires se sont insurgées.  Voir par exemple une lettre à l'éditeur de la European Society of Toxicologic Pathology (ESTP)  :

http://www.mediapart.fr/files/Letter_to_the_editor_Food_and_Chemical_Journal_Seralini_and_al__publication_2012.pdf

Ou encore les commentaires de l'Institut danois des produits alimentaires :

http://www.food.dtu.dk/upload/institutter/food/publikationer/2012/vurdering_gmostudieseralini_okt12.pdf

[5]  http://science-take-away.blogspot.fr/2012/09/transparence.html

http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Des-clics-et-des-claques/Sons/Des-clics-et-des-claques-27-09-12-1255003/

[6]  L'affaire Darwinius, un fossile présenté comme le chaînon manquant.  Voir par exemple :

http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2012/09/22/letude-anti-ogm-comment-sassurer-medias-favorables

http://blogs.discovermagazine.com/loom/2009/05/21/science-held-hostage/

http://blogs.discovermagazine.com/loom/2012/09/21/from-darwinius-to-gmos-journalists-should-not-let-themselves-be-played/#comment-91973

[7]  Plutôt que de citer des exemples, on renverra ici à M. Yann Kindo, aux analyses toujours pertinentes :

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/220912/gilles-eric-seralini-ou-le-cirque-publicitaire

[8]  http://www.nature.com/news/hyped-gm-maize-study-faces-growing-scrutiny-1.11566

[9]  http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/

[10]  Il y a plusieurs autres pages qui corroborent la date et l'heure.  Voir par exemple :

http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/ogm-jos-bov-demande-suspension-des-autorisations-culture-313433

C'est daté du 19 septembre 2012 à 12 h 03.

[11]  http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1209428,0.html?xtmc=seralini&xtcr=16

[12]  http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=403&Itemid=129

[13]  http://planete.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/09/24/ogm-vive-les-controverses.html

[14]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/628838-ogm-une-etude-inquiete-faut-il-interdire-les-ogm.html

[15]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/628025-ogm-monsanto-roundup-co-comment-notre-societe-produit-des-malades.html

[16]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/632900-seralini-et-ogm-temoins-suspects-et-lettre-volee.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/633981-danger-des-ogm-l-etude-qui-invalide-l-article-de-seralini.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/636138-ogm-le-premier-scandale-c-est-leur-mode-d-autorisation-par-l-ue.html

[17]  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/631100-etude-de-seralini-sur-les-ogm-quand-va-t-on-retrouver-la-deontologie-scientifique.html

[18]  http://www.snj.fr/spip.php?article4471

[19]  http://www.ajspi.com/actualites/declaration-de-l-ajspi-embargo-et-confidentialite

[20]  http://www.eusja.org/eusja-statement-on-embargoes-and-manipulation/

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 00:41

EXCLUSIF : oui, tous les plantes cultivées sont des éponges à pesticides.  Euh...

Alors que nous subissons une extraordinaire agression médiatique sur les OGM qui seraient des poisons tels que la moitié de la population nord-américaine aurait dû disparaître à force d'en consommer, Imposteurs est en mesure de vous révéler une information qu'on vous a toujours cachée : oui, toutes les plantes cultivées sont des éponges à pesticides [1].


Une formule choc à usage idéologique et alimentaire


À études « choc », formules « choc ».  Éponges à pesticides ? Une des armes de guerre que vient de dégainer à nouveau M. Séralini :

« L’absence d’études menées sur le long terme et la répétition de l’absence de données sur les effets sanitaires des OGM commence pour moi à confiner à la malhonnêteté voire au crime intellectuel. Cette étude était donc pour moi absolument essentielle. Car il faut le dire et le répéter, les OGM sont des éponges à pesticides : ils sont faits pour êtres tolérants à un herbicide ou à fabriquer leur propre insecticide » [2]

C'est là une vieille rengaine – fausse puisque les OGM ne sont pas tous faits pour...  voir l'exemple du riz doré – sur laquelle on trouve déjà un compte rendu édifiant, y compris par la pauvreté de l'amalgame qu'a fait M. Séralini, sur Imposteurs [3].

La rengaine a aussi un usage alimentaire pour lui : puisqu'il faut bien manger, et que tout le monde ne mange pas « bio », il faut aussi éliminer.  Et M. Séralini – ou plutôt ses amis de Sevene Pharma – a des remèdes sous la forme de pilules de perlimpinpin [4].  Lui-même se contente de promouvoir les activités de ses amis, ainsi que son livre, Nous pouvons nous dépolluer, et d'encaisser des droits d'auteur [5].


Prenons-le au mot


Mais M. Séralini ignore que toutes les plantes cultivées sont des éponges à pesticides, ou plutôt à herbicides, au moins selon ses conceptions idéologiques.  C'est pourtant simple.

Il existe deux types d'herbicides (désherbants) : les « totaux » et les « sélectifs » ; et deux catégories : les herbicides de contact (ils détruisent les surfaces de la plante avec lesquels ils entrent en contact, et ne sont pas véhiculés par la sève) et les herbicides systémiques.

Les herbicides totaux détruisent toutes les plantes (en principe, car il y des mauvaises herbes qui font la mauvaise tête et de la résistance).  Le plus connu et le plus employé – y compris par les jardiniers du dimanche, les collectivités, Réseau ferré de France, etc. – est le glyphosate, matière active du Roundup [6] et de ses déclinaisons génériques.  Ces herbicides ne peuvent être utilisés en agriculture qu'en pré-semis ou prélevée, ou selon des procédures spéciales (traitements localisés).

Les herbicides sélectifs, eux, épargnent la plante cultivée et, idéalement, détruisent le reste, les mauvaises herbes ; ou, pour utiliser un terme plus cossu – et écologiquement correct – les adventices.

Ces herbicides sont un outil important à la disposition des agriculteurs.  Comme chacun – hormis les écologistes de salon – sait, les mauvaises herbes ont une fâcheuse propension à envahir les champs cultivés, concurrencer les cultures et, au final, diminuer les rendements.  Et, dans le cas des paysans pauvres, surtout vivant largement en autarcie, compromettre la sécurité alimentaire de leur famille.

Pour accomplir leur besogne – bienvenue pour les utilisateurs, sinistre pour les écologistes de salon – l'herbicide systémique pénètre dans la plante et l'intoxique, par exemple en bloquant une voie métabolique indispensable à sa survie.

Et donc, la plante cultivée qui tolère cet herbicide sélectif devient... une éponge à herbicide.  CQFD.


Une formule choc en toc


En fait, c'est faux !

Enfin, généralement sur le plan scientifique ; car la phrase en cinq mots exigerait qu'on en fasse la preuve en étudiant tous les herbicides existants.  C'est là une des différences entre M. Séralini et nous.  Lui assène, nous, nous expliquons.

Les herbicides subissent des sorts différents, éventuellement en combinaison, dans les plantes cultivées tolérantes (les plantes cibles qui font de la résistance ne nous intéressent pas ici).  Ils peuvent notamment être bloqués au point d'entrée, essentiellement les feuilles ou les racines ; excrétés ; transportés vers des organes qui ne sont pas la partie consommée ; ou encore métabolisés (auquel cas il importe d'examiner ce qui se passe avec les métabolites).

Il n'est donc pas surprenant que de nombreux produits végétaux ne présentent pas de résidus d'herbicides dans les contrôles sanitaires [7].


Sur le plan pratique, l'agriculteur ne s'amuse évidemment pas à remplir des « éponges » d'herbicides.  Son objectif est d'optimiser (et non maximiser) le rendement en luttant contre les mauvaises herbes et de s'assurer une récolte propre ne nécessitant qu'un minimum de nettoyage (et quelquefois indemnes de graines vénéneuses).  Quand il lutte contre l'ambroisie, un puissant allergène, c'est aussi un objectif de santé publique qui est poursuivi.

Les quantités épandues à l'hectare sont aussi ridiculement faibles.  Le gigantisme de certains pulvérisateurs (ceux que l'on montre de préférence dans les « documentaires » pour bobos) font oublier que les doses de matière active par hectare sont généralement inférieures au kilogramme.

Un kilogramme par hectare, c'est 0,1 gramme par mètre carré.  Comme on vise les mauvaises herbes, à une époque où les plantes cultivées ne sont pas encore bien développées, celles-ci reçoivent une dose encore inférieure.  Si ces plantes cultivées couvrent 10 % de la surface et qu'elles sont autant aspergées que les mauvaises herbes, c'est 0,01 gramme par mètre carré de plantes cultivées.  À dix plantes cultivées par mètre carré (grosso modo un maïs), c'est 0,001 gramme ou 1 milligramme par plante... au moment du traitement.

Il a dit : « éponges » ?


Sur le plan médiatique, M. Séralini joue évidemment sur la métonymie.  Une éponge... c'est gorgé... Et sur l'ignorance et les peurs alimentées (l'ignorance et les peurs) par un flot continu de désinformation.  Une observation simple suffit : il est quasiment impossible de trouver un article ou une émission où l'on commence par expliquer à quoi servent les pesticides.


Et le glyphosate ?


Sur le plan agronomique, le glyphosate est un outil de choix pour les agriculteurs et la société.  Il a une bonne efficacité, est souple d'emploi, vite dégradé (ce qui permet de semer derrière lui), et il a un profil toxicologique et écotoxicologique très favorable [8].  Ce n'est pas pour rien qu'il est devenu le premier herbicide au monde, et que certains utilisateurs en abusent.  Qu'il soit aujourd'hui vilipendé par la secte anti-OGM – qui trouve là un autre point d'attaque contre leur cible favorite – n'y change rien ; autrefois, il était du reste (presque) encensé.

La création de variétés transgéniques le tolérant a transformé le glyphosate en herbicide sélectif pour ces variétés.

La plupart des autres herbicides sélectifs ne sont utilisables que dans une fenêtre étroite : en particulier, la plante cultivée et les mauvaises herbes doivent être à des stades précis de développement.  Sélectifs, ils n'agissent pas sur toutes les mauvaises herbes, ce qui entraîne souvent l'emploi d'un cocktail d'herbicides.  Le glyphosate, lui, est à large spectre et peut être appliqué pratiquement à n'importe quel moment.  On peut donc comprendre l'engouement des agriculteurs pour les espèces et variétés tolérant le glyphosate – dans les pays dans lesquels elles ont été autorisées à la culture.

Les prédicateurs de l'apocalypse ont fait grand cas de la résistance acquise aux États-Unis d'Amérique par l'amarante de Palmer et annoncé la « stérilisation » de milliers d'hectares ainsi que la ruine des agriculteurs.  La résistance est un phénomène normal qui peut survenir avec tout herbicide ; on connaît d'autres résistances au glyphosate de par le monde, du reste acquises dans des champs non OGM [9].  Ces résistances sont gênantes, mais l'agriculteur (ou le gestionnaire d'un golf par exemple) n'est pas sans solution.  Et on peut contrôler ces plantes devenues résistantes par d'autres méthodes agronomiques, et à l'aide d'autres herbicides (le dicamba par exemple dans le cas de l'amarante).


Sur le plan toxicologique, le glyphosate laisse des résidus  dans les plantes[10], ce qui a amené à l'établissement de limites maximales de résidus [11].

Ces limites sont très élevées pour le maïs et le soja, et quelques autres plantes, ce qui est le reflet du bon profil toxicologique de la matière active.  Les dépassements sont très improbables ; et on peut donc dormir tranquille.

À moins de croire les balivernes des prêcheurs d'apocalypse, dont  l'inévitable M. Séralini.  Celui-ci s'est fait une spécialité de baigner des cellules humaines isolées dans des solutions nutritives contenant soit du glyphosate, soit une formulation commerciale comportant des surfactants (des molécules facilitant la pénétration du glyphosate dans la plante).  Les cellules n'apprécient évidemment pas ; le résultat serait sensiblement le même avec par exemple du liquide vaisselle, lequel contient des tensioactifs de même nature que les surfactants.  Inutile de décrire les conclusions de M. Séralini... ni le tapage médiatique... ni les avis des agences de sécurité sanitaire.

Une autre équipe s'est aussi fait une spécialité de faire des recherches sur les produits écologiquement incorrects, qui ne plaisent pas à leur idéologie et qui, de surcroît, permettent de trouver des financements.  MM. Aziz Aris et Samuel Leblanc, de l'Université de Sherbrooke au Canada, ont donc cherché des traces de pesticides associés à des OGM dans le sang maternel et foetal [12].  Le glyphosate n'a pas été détecté dans le sérum des femmes enceintes, mais chez deux femmes non enceintes sur 39 – ce dernier résultat étant fort curieux car on n'a pas détecté le métabolite AMPA.  Dans la discussion, ils suggèrent que cela pourrait être expliqué (« may be explained ») par une absence d'exposition, l'efficacité de l'élimination ou les insuffisances de la méthode de détection.


« ...may be explained » ? Voilà une autre expression que l'on trouve dans la publication de Séralini et al.  En langage direct, c'est « je n'en sais foutrement rien ».  Mais, ce qui importe ici, c'est que, en accord avec d'autres études, MM. Aris et Leblanc n'ont rien trouvé dans le sang.


Se passer d'herbicides ?


Malgré tout, les « éponges à pesticides » et autres inepties médiatiquement percutantes feront des dégâts encore bien longtemps.  On peut craindre que le courant ne s'inverse pas avant les premières difficultés à assurer la sécurité alimentaire des Français – que ce soit par le fait d'une production amputée par des contraintes « écologiques » devenues insupportables ou d'une réduction importante du pouvoir d'achat.  Se pose donc la question de savoir si on pourrait se passer d'herbicides.


La réponse est évidemment oui.  Reste à savoir à quel prix.


La bien-pensance n'a que faire du prix.  L'avenir, c'est donc l'agriculture dite biologique ou agroécologique (ce dernier terme méritant d'être défini)... des rendements réduits au bas mot d'un tiers, sinon des deux tiers (moyenne du blé « conventionnel » en France : bon an mal an 70 quintaux à l'hectare ; du blé « biologique » : autour de 32 [13]).


Des recherches intéressantes sont faites, par exemple à l'INRA ; mais la communication de l'INRA n'est pas sans reproche, l'écologiquement correct l'emportant sur l'agronomiquement raisonnable  [14].  Cela témoigne à notre sens d'une inquiétante dérive de l'INRA.  Il n'est donc pas surprenant que de nombreux commentateurs oublient de faire état des avertissements sur les limitations [15].


Sur le terrain, des conseils pratiques sont donnés [16].  Les itinéraires culturaux tiennent de plus en plus compte des attentes sociétales.  Mais l'écologie de salon et de ville, y compris au niveau ministériel, n'en a cure.


Ce qui est dramatique, c'est que le respect de l'environnement ne se mesure pas simplement en tonnes de pesticides économisées.  Le glyphosate – et les OGM le tolérant – sont un outil de grande valeur pour une agriculture plus respectueuse de l'environnement et, en particulier des sols.  Ils facilitent en effet les techniques culturales simplifiées (sans labour), les semis sous couvert, etc., techniques bénéfiques pour la vie du sol et permettant de limiter l'érosion.


« Malhonnêteté voire crime intellectuel » ?


C'est l'expression de M. Séralini que nous avons citée ci-dessus.

Il faut qu'il se l'applique à lui-même.  Et que nous analysions brièvement les fondements de sa haine pour les herbicides et le Roundup.


Au-delà des critiques qui fleurissent dans la presse (surtout étrangère...) sur les carences et déficiences de son « étude », quelle a été, par exemple, la concentration en glyphosate du maïs OGM qu'il a donné à ses rats ?  Il est certes précisé dans sa publication, sous « matériel et méthodes » qu'un champ de maïs NK603 a reçu trois litres de glyphosate à 540 g/l ; mais ce n'est manifestement pas suffisant.  C'est même d'une indigence crasse, et on se demande comment les reviewers ont pu laisser passer ça.


Selon Le Monde, « [p]our les auteurs, la construction génétique de l'OGM entraîne la modification d'une enzyme (dite ESPS synthase) impliquée dans la synthèse d'acides aminés aromatiques ayant un effet de protection contre la cancérogénèse. Le fait que la production de ces acides aminés soit réduite pourrait expliquer, selon les auteurs, les pathologies plus fréquemment observées chez les rats exposés à l'OGM seul. » [17].


Étrange.  Selon les informations officielles, NK 603 comporte, en plus du gène « normal » qui n'a pas été touché ni enlevé, un gène (en deux exemplaires) qui code pour une EPSP Synthase un peu différente, qui n'est pas bloquée par le glyphosate [18].  D'autre part, sauf découverte prodigieuse de l'équipe, l'EPSP synthase n'existe pas chez les mammifères ; ce qui explique en partie le bon profil toxicologique du glyphosate, et le fait que la phénylalanine et le tryptophane sont dit « essentiels » car non synthétisés.  En outre, il n'y a pas eu de dosage des acides aminés aromatiques.  Et, enfin, cette hypothèse n'est pas évoquée dans l'article publié dans Food & Chem. Tox.


Il a dit « malhonnêteté voire crime intellectuel » ?


Wackes Seppi

______________

[1]  On consultera en particulier le site du Nouvel Observateur, très en pointe sur ce sujet, et d'une extraordinaire partialité :

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/

[2]  http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,environnement,ogm,une_etude_choc_revele_graves_effets_sanitaires_ogm,138354.jsp

[3]  http://imposteurs.over-blog.com/article-18357100.html

[4]  Voir sur ce site :

http://imposteurs.over-blog.com/article-la-probite-scientifique-a-dose-homeopathique-par-wackes-seppi-77922370.html

[5]  http://www.lalsace.fr/actualite/2011/03/16/les-voies-de-la-depollution-selon-le-professeur-seralini

[6]  Il ne faut jamais oublier de préciser dans un monde qui s'est trouvé un extraordinaire bouc émissaire : le « Roundup de Monsanto ».  On rappellera cependant que le brevet a expiré en septembre 2000 aux États-Unis d'Amérique (à priori à la même date en Europe), de sorte que « le Roundup de Monsanto » est l'expression d'une remarquable névrose de la part des activistes.

[7]  D'une manière générale, les deux tiers des fruits et légumes ne contiennent pas de résidus de pesticides détectables, et un tiers en contiennent à un niveau inférieur à la limite maximale de résidu (LMR).  Environ 3-4 % en contiennent au-delà de la LMR sans que cela ne constitue un risque pour la santé, sauf cas très particulier du style cure de cerises (pour le diméthoate).  Les vérifications sur les produits dits biologiques sont lacunaires (données non fournies par certains pays ; recherches limitées aux molécules qu'on est censé ne pas trouver dans ces produits) ; environ 0,5 % des produits présentent néanmoins des dépassements de LMR, ce qui ne peut s'expliquer que par des fraudes, notamment des traitements d'urgence pour sauver les récoltes.  Voir par exemple :

http://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/2430.htm

[8]  http://npic.orst.edu/factsheets/glyphotech.pdf

[9]  http://www.weedscience.org/Summary/UspeciesMOA.asp?lstMOAID=12&FmHRACGroup=Go

[10]  http://www.fao.org/docrep/009/a0209e/a0209e0d.htm

[11]  http://e-phy.agriculture.gouv.fr/lmr/sublmr/191.htm

[12]  Maternal and fetal exposure to pesticides associated to genetically modified foods in Eastern Townships of Quebec, Canada, Reprod Toxicol (2011), doi:10.1016/j.reprotox.2011.02.004

http://ddococktailhour.com/files/0/8/7/4/3/244299-234780/BTinpregnantwomen.pdf

[13]  http://www.franceagrimer.fr/content/download/18021/142430/file/11%20-%20Etude%20FAM%20-%20Vari%C3%A9t%C3%A9s%20et%20rendements%20c%C3%A9r%C3%A9ales%20bio%20r%C3%A9c%202011.pdf

On peut douter de la fiabilité d'une enquête par sondage.

[14]  http://www.inra.fr/les_recherches/systemes_de_culture_utilisant_des_techniques_alternatives_aux_herbicides

Il faut écouter la vidéo et les explications de M. Nicolas Munier-Jolain pour comprendre la différence entre le techniquement faisable et le pratiquement et économiquement faisable.

[15]  M. Sylvestre Huet fait exception en évoquant ces limitations et contraintes, mais à la fin de son article :

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/09/cultiver-sans-herbicides-possible-dit-linra.html

Mais qui y prêtera attention à la lecture du titre : « Cultiver sans herbicides ? Possible dit l'INRA » ?

[16]  Par exemple :

http://draf.bretagne.agriculture.gouv.fr/corpep/IMG/pdf/doc_glyphosate_cle87af43-1.pdf

http://www.cetiom.fr/uploads/tx_cetiomlists/plaquette_glyphosate_avr09.pdf

[17]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/19/un-ogm-de-monsanto-soupconne-de-toxicite_1762236_3244.html

[18]  Voir par exemple :

http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/100205-Mais-NK603-Avis-CS-HCB.pdf

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 16:49

Retour aux 2 premières parties :

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-1ere-partie-110354721.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-2eme-partie-110394855.html


Troisième partie : l’étude de Séralini et al. , bientôt retoquée par les experts ?

        

Devant les lacunes rédhibitoires (10)  de l’étude de Séralini et al. dont nous avons présenté quelques aspects, les critiques se sont multipliées (11) ,  et il n’a pas fallu beaucoup de temps à l’agence allemande BfR  pour rejeter l’étude (12). Il serait très surprenant que les autres agences d’expertise sanitaire réagissent autrement. Les critiques très sévères de Marc Lavielle (13), mathématicien et membre du conseil scientifique du HCB, sont une bonne indication du sort promis à l’étude :

 

Discussion sur des résultats opportunément sélectionnés alors même qu’aucune différence statistiquement significative n’apparaît entre le groupe témoin et les groupes traités, absence totale de plan d’analyse statistique d’un côté, de l’autre utilisation pour les paramètres biochimiques d’une méthode d’analyse des données mal maitrisée par les auteurs (14)…

 

Bref, devant une expérience aussi pauvrement conçue et une interprétation aussi grossière des résultats, l’heure n’est plus vraiment à se demander si les résultats pourraient être reproductibles.   

 

         La réponse de GES à ces critiques prévisibles est comme toujours malhonnête : « [je suis] attaqué de manière extrêmement malhonnête par des lobbies » . «Il n’est pas question que ceux qui ont autorisé le (maïs transgénique de Monsanto) NK 603 réalisent la contre-expertise de nos données, car il y aurait un conflit d’intérêt avec leur autorité et leur carrière (15)» . Autrement dit, il ne reconnaitra l’expertise de ces travaux qu’à condition de choisir les experts lui-même :  des gens capables d’ignorer les lacunes de son étude, par exemple ? 

 

Vous avez dit étude « peer-reviewed » ?

 

Si la réponse des experts est assez prévisible, on peut se demander dans quelle mesure leur mobilisation pour de telles choses n’est pas une pure perte de temps. Enfin de compte, c’est bien le CRIIGEN qui détermine le calendrier des agences d’expertise, obligées de se saisir d’urgence de ses études, non pas parce qu’elles apporteraient des faits scientifiques nouveaux, mais seulement à cause de leur impact médiatique. Le problème de ce dysfonctionnement est donc à rechercher en amont, du côté des revues scientifiques qui acceptent de publier des études d’aussi faible qualité .

 

En 5 ans, GES a réussi à faire passer pas moins de 7 articles (dont la plupart, plus ou moins redondants)  dans des revues à comité de lecture (16). Quelquefois, dans des revues jeunes et sans facteur d’impact. Mais ça n’est pas vraiment le cas de la revue Food and Chemical Toxicology, qui a publié sa dernière étude.

 

Comment une étude de qualité si médiocre par rapport aux standards a-telle pu être acceptée par les pairs qui l’ont examinée ? Un article de Nature (17) publie un début d’explication :  un certain José Domingo, qui a managé l’étude, affirme qu’aucun clignotant d’alerte ne s’est allumé pendant le processus de revue par les pairs (18).  Ce José Domingo est l’auteur d’une revue critiquant l’insuffisance des preuves de l’innocuité des aliments issus de plantes GM (19) . Soulignons que cette revue brasse très large, de Ian Pryme à Árpád Pusztai, s’interrogeant même sur les risques d’un transfert du transgène à la suite de la consommation d’ « aliments  génétiquement modifiés » (20) !  On ne peut que regretter que dans l’esprit du manager, dès lors que l’étude apportait la « preuve » tant attendue d’une toxicité des OGM, toutes les exigences sur la qualité de la preuve s’envolent.

Anton Suwalki

 

Notes :

        

(10)  selon l’expression de Gérard Pascal

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/20/ogm-le-protocole-d-etude-de-m-seralini-presente-des-lacunes-redhibitoires_1762772_3244.html

(11) mise à jour régulière des réactions sur le site de Marcel Kuntz :

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-nk603-110296439.html

(12) http://www.bfr.bund.de/de/presseinformation/2012/29/studie_der_universitaet_caen_ist_kein_anlass_fuer_eine_neubewertung_von_glyphosat_und_gentechnisch_veraendertem_mais_nk_603-131728.html

(13) http://www.math.u-psud.fr/~lavielle/commentaires_stat.pdf

Il est d’autant plus difficile de prétendre que ces « critiques émanent des lobbies » que M Lavielle ne s’est pas privé dans le passé de critiquer l’insuffisance à ses yeux de la puissance des tests exigés par les autorités de contrôle.

(14) GES n’en est pas à sa première utilisation funambulesque de méthodes d’analyse des données. Ainsi, une précédente « analyse en composantes principales » (ACP) lui avait permis de découvrir que les mâles et les femelles, c’est pas pareil !

http://imposteurs.over-blog.com/article-34766192.html

(15) http://www.liberation.fr/societe/2012/09/20/ogm-l-auteur-de-l-etude-refuse-une-contre-expertise-de-l-agence-europeenne-des-aliments_847692

(16) La liste (déjà longue) des publications de GES sur les OGM ayant passé le filtre des comités de lecture :

- New analysis of a rat feeding study with a genetically modified maize reveals signs of hepatorenal toxicity ,Archives of Environmental Contamination and Toxicology

Volume 52, Number 4 (2007), 596-602, DOI: 10.1007/s00244-006-0149-5

- A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health

Int J Biol Sci. 2009; 5(7): 706–726.

- How Subchronic and Chronic Health Effects can be Neglected for GMOs, Pesticides or Chemicals

Int J Biol Sci. 2009; 5(5): 438–443.

- Debate on GMOs Health Risks after Statistical Findings in Regulatory Tests

Int J Biol Sci. 2010; 6(6): 590–598.

- Genetically modified crops safety assessments: present limits and possible improvements

Environmental Sciences Europe, Volume 23, Number 1 (2011), 10, DOI: 10.1186/2190-4715-23-10

- Cytotoxicity on human cells of Cry1Ab and Cry1Ac Bt insecticidal toxins alone or with a glyphosate-based herbicide

Journal of Applied Toxicology, 2012, Volume 32, Issue 11, Pages 867–943

- Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize

Food Chem. Toxicol. (2012), http://dx.doi.org/10.1016/j.fct.2012.08.005

(17) http://www.nature.com/polopoly_fs/1.11471!/menu/main/topColumns/topLeftColumn/pdf/489484a.pdf

(18) traduction libre de : « l’étude n’a dressé aucun drapeau rouge »

(19) http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160412011000055

Sa conclusion : « où est la preuve scientifique qui montre que les plantes GM sont sûres d’un point de vue toxicologique comme le prétendent les compagnies engagées dans ce commerce ? »

(20) Car si on se pose la question d’un très hypothétique transfert de gène pourquoi s’inquiéter spécialement pour le transgène, et non pas des milliers de gènes que l’on dissèque normalement au cours de la digestion ?  Pourquoi ne pas s’inquiéter à chaque fois qu’on mange de la salade ou du poisson ? Poser cette question est poser celle des a-priori de Domingo.

(7) http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201209/23/01-4576804-mystere-a-propos-du-mais-transgenique-canadien.php


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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 16:55

Cet article a été divisé en plusieurs épisodes, compte tenu de l’affaire qui nécessite des réactions rapides Il sera par la suite refondu, amélioré et rectifié si nécessaire.

Retour à la première partie :

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-1ere-partie-110354721.html

Deuxième partie :

Quelques remarques de fond sur l’étude

 

Des lecteurs pourront observer à juste titre que l’analyse qui suit n’émane pas d’un toxicologue ni d’un oncologue (5). C’est exact, mais il faut souligner qu’aucun des auteurs de l’étude ne l’est non plus. D’autre part, si des spécialistes devaient confirmer certains résultats de GES , il faudrait alors évidemment en tenir compte. Mais il est difficile, en lisant l'étude de ne pas réagir devant la répétition manifeste de certaines fautes déjà maintes fois reprochées à l’auteur et aux études du CRIIGEN. En voici une liste non exhaustive :

 

 

A/ Nombre de rats par groupes :

La presse parle d’une étude inédite dans sa durée ,ce qui est faux, et sur le nombre de rats (200) soumis à l’expérience : ce qui est encore faux. La plupart des études comportent au moins 200 rats. Celle de Hammond et al.(6), à l’origine de la première publication de GES sur le sujet en comportait par exemple 400. De toute façon , ça n’est pas le nombre total de rats qui compte, mais le nombre de rats par groupe sexe&régime alimentaire. Or, l’étude de GES ne comporte que 10 individus par groupe, et il fait de nombreuses comparaisons entre des résultats mesurés dans le groupe contrôle (10 individu/sexe) et l’ensemble des groupes traités. Un comble lorsqu’on sait qu’un des reproches récurrents de GES (peut-être le plus pertinent) sur les études antérieures était la faible puissance statistique de tests sur des groupes trop petits (10 à 20 individus selon les paramètres mesurés).

 

B/ Mortalité :    

Si GES utilise une méthode d’analyse peu ordinaire pour l’analyse des données biochimiques, il se contente de mentionner pour la mortalité le nombre de rats par groupe de 10 morts avant la durée moyenne de vie du groupe de contrôle. C’est vraiment le « service minimum » pour une telle étude.Il ne faut pas s’étonner des résultats erratiques et ininterprétables de cette mortalité prématurée, sauf pour GES bien sûr. Sur de si petits groupes, seul la moyenne de survie au sein de chaque groupe et une analyse de la variance aurait un minimum de pertinence.

 

Ce qui n’empêche pas l’auteur de sélectionner les faits à l’appui de sa thèse : « Avant cette période, 30% des mâles du groupes de contrôle (3 au total), et 20% des femelles (seulement 2), sont mortes spontanément , alors que jusqu’à 50% des mâles et 70% des femelles sont mortes dans certains groupes nourris au mais GM (7) ».  Tout est dans le « certains groupes ». GES aurait très bien pu écrire : Avant cette période, 30% des mâles du groupes de contrôle (3 au total), et 20% des femelles (2), sont mortes spontanément , alors que seulement  10% des mâles sont morts dans certains groupes nourris, soit au mais GM, soit ayant absorbé du RoundUp  , dans les 2 cas à des doses élevées ».

 

Une affirmation qui serait tout aussi vraie (et tout aussi biaisée), mais absente parce que ça ne colle pas à ce qu’il veut démontrer. Le biais est confirmé par le fait que les causes détaillées du décès fournies pour les rats traités, mais non expliquées pour les rats témoins.

 

Le fait qu’aucune relation dose/mortalité n’apparaisse ne gène nullement GES , adepte des relations non linéaires , hypothèse qui lui offre l’énorme avantage de botter en touche toute contradiction, et d’interpréter n’importe quoi comme bon lui semble : « Le taux de mortalité n’est pas proportionnel à la dose, atteignant un seuil à la dose la plus basse (11%) ou intermédiaire (22%) de maïs GM dans l’alimentation , avec ou sans application de Roundup ».  Mais pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique et mentionner que comme cela à apparaît les 6 graphiques de la figure 1, la mortalité décroit au-delà du seuil, et elle décroit en dessous de celle du groupe témoin dans deux cas (mâles nourris au OGM seuls, et mâles ayant absorbés du RoundUp mais sans OGM) ? Autrement dit, GES devrait tirer la conclusion que ces produits pourraient réduire la mortalité, à condition d’en consommer suffisamment. Mais GES, atteint du syndrome de l’effet bi-standard, ne poussera évidemment pas jusqu’au bout ses hypothèses sur l’effet de seuil.    

 

 

  C/ Tumeurs : anomalie dans le groupe contrôle, et non pas dans les groupes traités !

 

Bien des commentateurs scientifiques ont émis des réserves sur la lignée de rats choisis pour l’étude, des Sprague-Dawley, connus pour leur propension à développer spontanément des tumeurs, et des tumeurs multiples. Selon GES, «  Au début du 24ème mois, de 50 à 80% des femelles avaient développé des tumeurs dans tous les groupes traités, alors que seulement 30% des individus du groupe contrôle étaient affectés».

 

Or, la proportion de Sprague-Dawley affectés par des tumeurs auquel on doit généralement s’attendre est beaucoup plus proche de 80% que de 30% (8). Si anomalie, il y a, c’est donc plutôt sur le groupe témoin que sur les groupes traités et c’est la première chose qui devrait alerter l’auteur (9) : est-ce le simple fait du hasard, ou bien est-ce dû à autre chose ?

 

Certes, on ne peut pas totalement écarter le rôle du hasard dans ce petit groupe contrôle : avec une probabilité de 0,8 qu’a une rate de développer des tumeurs, on n’a « que » 99,9% de chances d’avoir d’en avoir au moins 4 dans un groupe de 10. Je vous laisse calculer la probabilité d’en avoir au plus 3… 

 

         On peut en tout cas comprendre pourquoi sur tous ces aspects de l’étude, GES ne s’est pas trop embarrassé de statistiques…

 

La suite à paraître très bientôt…

Anton Suwalki

 

Notes :

(5) même si elle est en grande partie inspirée des premières réactions de scientifiques qui ont un avis autorisé. 

(6) http://www.ask-force.org/web/Bt/Hammond-Results-90-day-MON810-2006.pdf

(7) souligné par moi.

(8) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/521452

http://cancerres.aacrjournals.org/content/33/11/2768 (sur 18 mois)

(9) Il est absolument remarquable que l’une des études accessibles citées par GES donne confirmation en gros ces valeurs , mais que

http://intl-tpx.sagepub.com/content/33/4/477.full

« The most commonly observed neoplasms in these female control Harlan SD rats were mammary gland fibroadenoma (71%), tumors of the pars distalis of the pituitary (41%) and thyroid gland C-cell tumors (30%)»

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 17:09

Initiée par l’AFP hier (1), la nouvelle s’est répandue en quelques heures dans les médias, journaux , radios et télévisions.  Une étude parue dans la revue Food and Chemical Toxicology (2), conduite par Gilles Eric Séralini que nos lecteurs connaissent bien,  effectués sur des rats nourris au maïs GM NK 603 serait selon le Nouvel Observateur, « une bombe à fragmentation : scientifique, sanitaire, politique et industrielle (3) . Elle pulvérise en effet une vérité officielle : l’innocuité du maïs génétiquement modifié ». Rien que ça !

 

         On rappellera néanmoins qu’en matière scientifique et sanitaire, toutes les bombes lancées par le CRIIGEN se sont jusqu’à présent révélées être au mieux des pétards mouillés. Les journalistes ont visiblement un gros problème de mémoire.  Par contre, la bombe médiatique a déjà fait de gros dégâts.

Des nombreuses critiques, que nous tâchons de compiler, affluent déjà (4), loin  du show visiblement organisé de longue date. Le gouvernement a d’autre part saisi l’ANSES. 

 

En attendant que les experts rendent leurs conclusions après une étude approfondie de la publication, nous nous permettrons quelques commentaires, sur la forme et sur le fond, pour essayer de mettre en évidence que les méthodes de GES et du CRIIGEN n’ont malheureusement  pas changé.

 

1/ Mise en scène et manquements à l’éthique scientifique :

 

Si cette étude s’avérait être une bombe à fragmentation, en tout cas c’est une bombe prête de longue date, et le CRIIGEN a pris soin de confier des briquets aux journalistes pour en allumer la mèche.  Alors même que l’étude était encore sous embargo, Christophe Malaurie du Nouvel Obs. en dévoilait complaisamment la teneur dans des termes pleins de nuances : « OGM, le scandale . EXCLUSIF. Oui, les OGM sont des poisons ! ». On y apprend , bien que les auteurs déclarent, comme toujours, n’avoir aucun conflit d’intérêt,  que ces révélations choc sont l’occasion de promouvoir la sortie de 2 livres, l’un de Corinne Lepage , ex-présidente du CRIIGEN, l’autre de Séralini (« Tous Cobayes !»), et du film éponyme de Jean-Paul Jaud, ayatollah vert.  

 

Pas de conflits d’intérêts, vraiment ?

 

         Pour renforcer le sensationnel, rien ne nous aura été épargné, des images chocs, jusqu’à une mise en scène conspirationniste totalement grotesque : « Jusqu’en 2011, les chercheurs ont travaillé dans des conditions de quasi-clandestinité. Ils ont crypté leurs courriels comme au Pentagone, se sont interdit toute discussion téléphonique et ont même lancé une étude leurre tant ils craignaient un coup de Jarnac des multinationales de la semence .Le récit de l’opération – nom de code In Vivo - évoque la très difficile récupération de semences de maïs OGM NK 603, propriété brevetée de Monsanto, par le truchement d’un lycée agricole canadien. Puis la récolte et le rapatriement des "gros sacs de jute" sur le port du Havre fin 2007, avant la fabrication de croquettes dans le secret le plus total et la sélection de deux cents rats de laboratoires dits "Sprague Dawley" »  

        

         Mots chocs, images chocs, tout était prévu pour faire le buzz et tenter de répandre un véritable climat de terreur : « Sauf que, dans cette nouvelle confrontation, le débat ne pourra plus s’enliser comme par le passé. Dés le 26 septembre, chacun pourra voir au cinéma le film choc de Jean-Paul Jaud, "Tous Cobayes ?", adapté du livre de Gilles-Eric Séralini, et les terribles images des rats étouffant dans leurs tumeurs. Des images qui vont faire le tour de la planète et d’internet, puisqu'elles seront diffusées sur Canal+ (au "Grand Journal" du 19 septembre) et sur France 5 (le 16 octobre dans un documentaire). Pour les OGM, l’ère du doute s’achève. ».

 

Malaurie, complice actif de ce cirque orchestré, ose tout de même conclure : « Pour les OGM, l’ère du doute s’achève. Le temps de la vérité commence ».

 

         Pour la vérité scientifique, ça paraît en tout cas mal parti.  Déjà, il n’est question que d’un OGM ici, et non pas des OGM. Ensuite, cette campagne orchestrée autour de la publication d’une étude avant même que les scientifiques n’y aient accès, donc qu’il soit possible de discuter de sa qualité et de sa portée, est destinée à abuser l’opinion déjà longuement travaillée par plus d’une décennie de propagande, et à miner le terrain du débat scientifique, voire à le rendre impossible. Jouer la peur contre le débat serein, c’est un manquement caractérisé à l’éthique scientifique, voire tout simplement du terrorisme intellectuel.

 

2/ Sur le fond, une étude dont certains manquements méthodologiques ressemblent à s’y méprendre aux précédentes… Ou comment sortir du bruit statistique qu’on produit les chuchotements qui semblent raconter ce qu’on a envie d’entendre !

A paraître très bientôt…

Anton Suwalki

 

 

Notes :

(1)http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gzVwVPK7nIJ2FLvKgebybFbouHKA?docId=CNG.a917d940cac7599c510eab30714a5d51.3e1

(2) Séralini, G.-E., et al. Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize. Food Chem. Toxicol. (2012), http://dx.doi.org/10.1016/j.fct.2012.08.005

(3) http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120918.OBS2686/exclusif-oui-les-ogm-sont-des-poisons.html

(4) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-nk603-110296439.html

http://www.sciencemediacentre.org/pages/press_releases/12-09-19_gm_maize_rats_tumours.htm


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