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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 20:28
La biodynamie est une pseudoscience

Certains commentaires, postés à la suite de notre article sur l’expérience menée par GE Séralini et J Douzelet, appellent à faire une mise au point sur la biodynamie, à partir notamment du texte posté par « un physicien ». Un document édité par le Mouvement de l’Agriculture biodynamique.

Il existe beaucoup de confusion autour de l’agriculture biologique et dynamique, ou « biodynamique ». En effet, au cours du temps les agriculteurs qui la pratiquent ont intégré des idées et des pratiques rationnelles qui existent dans l’agriculture biologique ou conventionnelle. On ne peut donc juger ce système qu’à partir des théories et pratiques qui lui sont spécifiques, et qui elles, n’ont guère évolué depuis les années 20. Elles reposent sur les idées ésotériques et totalement dépourvues de scientificité du fondateur de l’anthroposophie, Rudolf Steiner.

Côté pratiques, la biodynamie s’appuie essentiellement sur deux pseudosciences : l’astrologie, et particulièrement les croyances lunaires, et l’homéopathie pour ce qui concerne ses fameuses préparations. Des pratiques qui ont donc été transposées à la vinification.

Des analogies naïves

Toues les pseudosciences reposent sur une symbolique et des analogies naïves qui sont prises au pied de la lettre par leurs adeptes.

« Travailler sur le vin représente symboliquement ce que l’on fait sur le sol lors d’un binage. On l’ouvre vers les forces de la périphérie» explique ainsi ce document. Et ces forces de la périphérie, cela serait celles exercées par les planètes.

On recycle alors les vieilles analogies des almanachs pour jardiniers amateurs qui nous expliquent par exemple que la lune « montante »… fait monter la sève des plantes des racines vers les feuilles. Miracle ! Cela marche aussi pour le soutirage du vin : « Si le vin présente un caractère très réduit ou trop fermé, le soutirer en lune montante peut lui être bénéfique, et en jour fruit afin de l’ouvrir davantage. Un vin trop ouvert peut être soutiré en jour racine pour le recentrer un peu sur lui-même, le resserrer. La Lune descendante a un effet réducteur et resserre les vins ».

Un peu de physique (enfin , un tout petit peu)

La méthode biodynamique convoque à la marge quelques notions de physique, la loi universelle de la gravitation, ou la force de marée, pour les mettre au service d’affirmations totalement fantaisistes.

La première loi est celle de Newton qui décrit l’attraction réciproque de deux corps ayant une masse (cf schéma): elle est proportionnelle au produit des masses des deux corps (mA.mB) et inversement proportionnelle au carré de leur distance (d2 ). Et si elle est universelle, il faut admettre, qu’elle s’exerce entre la lune et, par exemple la cuve dont le vin doit être soutiré.

Seulement, un petit calcul permet de se rendre compte que la force d’attraction de la lune sur un objet à la surface de la terre vaut de l’ordre de 300 000 fois moins que la pesanteur. Quant à la force de marée, qui est liée à cette loi de gravitation, mais qui dépend également de la force centrifuge liée à la rotation de la terre, elle est environ 10 000 000 de fois plus faible que la pesanteur. Et je défie quiconque d’en sentir l’effet sur une masse de liquide telle que le contenu d’une cuve de vin…voire de la sève qui circule dans une plante !

A vrai dire, il serait plus raisonnable de se questionner sur l’effet sur le vin des vibrations produites par le passage d’engins agricoles près d’une cave, que sur les effets de la lune.

Cela n’empêche pas la biodynamie de mettre celle-ci à toutes les sauces, ainsi que les autres planètes, « [les infra-solaires] ont une action sur le calcaire et les forces de croissances. Les planètes supra-solaires plutôt sur la silice et les forces de structuration ». Par quels mécanismes ? Mystère.

« Le calendrier des coefficients de marées s’invite de plus en plus dans les caves des biodynamistes ». Par exemple, par des coefficients de marée bas (<60), «les micro-organismes sont au repos ». Heureusement pour nous, les chirurgiens ne suivent pas le calendrier des marées pour choisir le moment de leur intervention.

Les préparations homéopathiques, où comment mettre un peu d’eau dans son vin.

On connaissait les préparations « 500 » à « 507 » de la biodynamie appliquée à l’agriculture. Pour le vin, on utilise les dilutions homéopathiques pour le souffre et pour le cuivre. Pour cela, nos biodynamistes ne se sont pas penchés sur des bouquins de chimie, mais …sur le Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner. C’est forcément beaucoup plus riche, puisque selon lui, « le carbone est lié à plus de 400.000 éléments ». Pauvre Mendeleïev ! S’affranchir de la chimie classique permet sans doute de trouver un sens à ce genre de discours : « le soufre s’immisce dans le fort intérieur du carbone ….».

Concernant les dilutions de souffre , il est affirmé que « des résultats intéressants sont apparus avec les dilutions 4CH, 5CH, 27CH et 41CH. Chacune de ces dilutions apporte une caractéristique propre, les 4CH et 5CH offrent un côté plus esthétique et opulent au vin, la 27CH est proche d’un sulfitage classique, la 41CH verticalise et raffermit le vin. » Il n’est pas précisé si d’autres dilutions dégradent au contraire le vin. On apprend donc qu’une dilution au : 1/10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 (vous pouvez vérifier le nombre de zéros) verticalise et raffermit le vin . Attention toutefois, ne verser qu’un demi-litre de la solution pour 20hl, ce qui correspond au final, à presque 43 CH.

Personnellement, je n’en retiens qu’une chose : il est toujours sage de mettre un peu d’eau dans son vin.

Tout cela ne remet pas en cause, en soi, la qualité du vin qui serait produit par tel ou tel biodynamiste. Mais on peut sincèrement douter que cette qualité doive quelque chose au folklore pseudo-scientifique dont il s’entoure. Par contre, cela a sans aucun doute un rapport avec le choix de certains « cobayes » dans l’expérience de GE Séralini et J Douzelet que nous avons décrite, et avec leur réaction à l’expérience, conforme à ce qu’attendaient les expérimentateurs.

Anton Suwalki

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:21
Remèdes de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) : attention, certains sont fortement toxiques !

Qu’un journal généraliste dépasse les clichés sur les médecines « traditionnelles » ou « alternatives » pour alerter sur leurs dangers : voilà un événement suffisamment rare pour être souligné, et salué. Courrier International, dans sa livraison du 30 octobre 2014, édite en français un article paru dans un journal de Hong_Kong, Fenghuang Zhoukan (1).

Le constat est fait par les médecins chinois eux-mêmes : « Un nombre croissant de recherches montre pourtant que la consommation à forte dose et sur une longue durée de certains remèdes traditionnels, qu’il s’agisse de plantes ou de produits conditionnés, peut entraîner des lésions mortelles. Le professeur Xu Jianming, de l’université de médecine de l’Anhui, a réalisé en 2005 une enquête rétrospective sur les lésions hépatiques d’origine médicamenteuse dans 16 grands centres hospitaliers de différentes régions de Chine.

Conclusion : des substances pathogènes de la pharmacopée chinoise étaient en cause dans 20,6 % des 1 200 cas recensés. Par ailleurs, selon un article scientifique publié en 2013 par l’hôpital Xinqiao de Chongqing, sur les 24 111 lésions hépatiques médicamenteuses recensées entre 1994 et 2011, 18,6 % s’expliquaient par l’absorption de remèdes d’herboristerie chinoise. ».

MTC : entre empirisme et pensée magique

A l’image des remèdes de grand-mère, la pharmacopée traditionnelle chinoise a été établie au fil du temps de manière empirique, et non sur la base d’études rigoureuses et contrôlées. Sans surprise, ses praticiens mettent en avant un savoir datant de plusieurs millénaires (2), ce qui est beaucoup plus confortable que la preuve scientifique. Ceci n’exclut certes pas que certains remèdes soient efficaces, comme dans le traitement de l’eczéma (3). Mais sans validation scientifique, le scepticisme vis-à-vis des bénéfices de la plupart de ces traitements reste de rigueur. D’autant plus que les praticiens refusent de reconnaitre les critères scientifiques de validation, au nom d’un argument éculé que partagent toutes les pseudo médecines : les standards de la médecine occidentale ne seraient pas pertinents pour évaluer la médecine traditionnelle chinoise(4) . Les dérèglements dans une maladie peuvent être classifiés dans plusieurs « modèles ». Des maladies multiples pourraient relever d’un même « modèle » et être traitées par la même formule d'herbes tandis qu'une même maladie pourrait relever de plusieurs « modèles » différents et être traité par des formules multiples. Inutile de chercher la définition précise de ces fameux « modèles » qui évoquent irrésistiblement l’approche « individualisée » des homéopathes…

Comme les autres branches de la MTC, les pouvoirs attribués aux remèdes relèvent largement de la pensée magique et d’analogies naïves :

« Selon la Médecine traditionnelle chinoise, le potentiel thérapeutique d'une plante dépend de l'ensemble de ses caractéristiques : · sa couleur;· sa nature : chaude, froide, neutre; · sa saveur : sure, amère, douce, épicée, salée; · sa configuration : forme, texture, teneur en humidité; · ses propriétés : disperser, consolider, purger et tonifier.

En ce qui a trait aux propriétés, prenons l'exemple d'un type d'arthrite qui est aggravée par l'humidité ou la pluie : dans la perspective chinoise, cela est attribuable à de l'Humidité et du Froid dans les méridiens. Or la plante Hai Tong Pi, qui pousse en bordure de mer, possède, selon la logique chinoise (et l'expérience d'années de pratique), la propriété de disperser l'Humidité et le Froid. Mentionnons aussi que la propriété de tonification est fondamentale dans cette approche et sert de base à toute entreprise thérapeutique. Ici, « tonifier » veut dire accroître la compétence, l'adaptabilité et la résistance de l'organisme aux facteurs adverses. »

Autant dire que le système de prescription est assez fantaisiste !

La composition de ces médicaments ,mal connue, révèle toutefois la présence de substances toxiques

Courrier International alerte sur les lésions hépatiques sévères que peuvent provoquer certains remèdes traditionnels chinois. Un problème dont ils n’ont certes pas le monopole. Ainsi, de nombreux médicaments prescrits par la médecine moderne peuvent être dangereux pour le foie. Mais ces médicaments contiennent un ou très peu de molécules actives dont les effets peuvent être bien documentés, le mode de production de ces médicaments est bien contrôlé, les médecins peuvent donc en tenir compte dans leur prescription et pour établir une posologie adaptée. Il n’en va pas de même pour les remèdes de la MTC, qui peuvent combiner plus d’une dizaine de plantes ou d’extraits d’animaux. Leur composition chimique complexe, et probablement peu homogène, n’est donc jamais entièrement connue.

Plusieurs études ont mis en évidence la présence dans ces remèdes de métaux lourds toxiques (arsenic, plomb, mercure) à des niveaux élevés (5). Selon un article récent parue dans la revue Plos Genetics, les échantillons étudiés révélaient la présence de toxines végétales dangerueses pour le foie , les reins, ou cancérigènes (6).

Un problème de santé publique ignoré

A en croire Courrier International, c’est le cas en Chine et il est probable que cela le soit aussi parmi les émigrants chinois. Et chez les occidentaux ? Une étude menée en 2000 en Australie , qui portait à la fois sur l’acupuncture et les remèdes de la MTC, rapporte un nombre modéré de cas d’intoxications, mais sévères (7). Mais les auteurs soulignent eux-mêmes les limites de leurs investigations, qui ne permettent pas d’évaluer de façon précise la fréquence et la sévérité des effets iatrogènes liées à la prise de remèdes de la MTC. A ma connaissance, de telles études n’ont pas été menées depuis en Europe… Le sujet est pourtant loin d’être anodin. Et on ne peut que s’étonner du fossé qui existe entre la réglementation tatillonne des produits pharmaceutiques en général et celle qui s’applique pour les remèdes de la MTC. Ainsi, la directive européenne 2004/24/CE qui permet leur autorisation de les pays de l’UE est délicieuse de candeur en affirmant que « l'ancienneté du médicament permet de réduire la nécessité de réaliser des essais cliniques puisque son efficacité est plausible du fait de l'ancienneté de l'usage et de l'expérience ». Pour le législateur comme pour le praticien des MTC, les traditions millénaires ont donc plus de valeur que les essais cliniques. On croit rêver .

Le succès des médecines « parallèles » et les croyances à propos des vertus du « naturel » devrait inquiéter le monde médical . Les revendications de la MTC, qui se présente comme une médecine avant tout préventive, favorisent enfin l’automédication, ce qui est susceptible d’aggraver le problème.

Anton Suwalki

(1) http://www.courrierinternational.com/une/2014/06/23/couverture-fenghuang-zhoukan

(2) http://www.mtc-labruyere.com/pharmacopee-paris.php

(3) http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/014067369292424E

(4) http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0165614705002373

(5) http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/15287390701434885#.VHcdshCEje0

(6) http://www.plosgenetics.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pgen.1002657

(7) http://triggered.clockss.org/ServeContent?url=http://archfami.ama-assn.org%2Fcgi%2Fcontent%2Ffull%2F9%2F10%2F1071

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 18:19
Homéopathie : non, Influenzinum n’est pas un vaccin antigrippal

De passage à la pharmacie de mon village, je remarque un présentoire de boites de granules homéopathiques Influenzinum 9 CH d’un célèbre laboratoire dont tous les lecteurs auront deviné le nom. Chose tellement banale que je n’aurais pas réagi si une étiquette, visiblement collée par le pharmacien lui-même, indiquait « vaccin antigrippal ».

C’est un fait que l’homéopathie confond abusivement son principe dit de similitude (« le semblable soigne son semblable ») avec celui de la vaccination. Dans le cas de la grippe et des états grippaux, le laboratoire fabrique l’exotique Oscillococcinum à base d’ « autolysats de foie et de coeur de canard de Barbarie », et Influenzinum, c’est-à-dire à base de souches bien réelles de virus de la grippe utilisées dans des dilutions délirantes : dans le cas d’une formulation à 9CH , soit 1/ 1 000 000 000 000 000 000 (1 milliard de milliard), on vous laisse imaginer la quantité de produit actif que contient une granule de quelques dixièmes de mg ! Et encore, Influenzinum existe en 30CH …

Seulement voilà : le plus souvent, ces pseudo-médicaments sont vendus comme « alternative au vaccin grippal », ce qui est bien sûr faux , mais on reste dans les allégations classiques des médecines parallèles. Dans le cas évoqué, le pharmacien présente Influenzinum comme un vaccin antigrippal, au même titre que les vrais vaccins à l’efficacité prouvée.

Je fais donc remarquer au pharmacien que cette étiquette est pour le moins abusive, et pourrait tromper des clients, y compris ceux qui ne croient pas aux vertus de l’homéopathie .

- mais c’est un vrai vaccin, et ça marche , me répond-il.

  • ça marche, vous voulez dire que des expériences dûment menées ont prouvé que les patients ingérant les granules développent des anticorps spécifiques, et qu’ils sont immunisés contre la grippe, comme avec un vaccin « classique » ?

Mais notre apothicaire ne raisonne pas en termes de médecine fondée sur les preuves, son critère d’efficacité, c’est le chiffre d’affaires du rayon poudres de Pelimpinpin :

  • Ca marche, la preuve c’est qu’on en vend plus de 500 boites chaque année.

Si c’est pas une preuve, ça ! Entendant cela, je me suis demandé si notre apothicaire avait lui-même signé la pétition contre un hypothétique projet de loi pouvant remettre en cause le monopole des « pharmaciens d’officine »(2).Dans la présentation de cette pétition, on apprend donc que » [notre] santé n’est pas un commerce ! ».

Des clients attendaient derrière moi, et il était visiblement inutile de prolonger la discussion. J’ai pris mon sachet de médicaments méchamment « allopathiques » (3) , et j’ai pris poliment congé.

Dix plus tard, je suis repassé à la pharmacie pour renouveler une ordonnance. J’ai constaté que le présentoir d’Influenzinum était toujours là , mais que l’étiquette mentionnant « vaccin antigrippal » avait disparu. Il est peu probable que le pharmacien se soit rendu à mon avis sur l’homéopathie, mais il aura au moins compris qu’on ne pouvait pas jouer sur les deux registres à la fois, celui de la prétendue alternative à la vaccination, et celui qui consiste à présenter la prétendue alternative comme la vaccination elle-même, ce dernier étant encore plus trompeur que le premier..

C’est certes une toute petite victoire, mais ne boudons pas notre plaisir.

Anton Suwalki

  1. http://www.homéopathie.com/traitements/influenzinum.html
  2. http://www.pharmasite.fr/actualites/monopole-menace-l-uspo-lance-une-petition.html

(3) c’est-à-dire des vrais médicaments, l’allopathie étant une notion inventée par les homéopathes pour l’opposer à leur principe fantaisiste de similitude

Homéopathie : non, Influenzinum n’est pas un vaccin antigrippal
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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 07:12

Nous avons souvent égratigné sur Imposteurs les pseudo-médecines, l’astrologie etc. Il est temps de s’intéresser à l’enseignement, où les charlatans sont très représentés et font bien souvent la loi . Et avec quels résultats !

L’enquête ISA 2012 (1), qui permet de comparer au niveau international les acquis des élèves de 15 ans, classe les petits français au 25ème rang mondial, soit un recul de 2 places par rapport à 2009, avec notamment un recul de 16 points en compétences mathématiques par rapport à 2003. Le fait le plus marquant n’est cependant pas dans ce score moyen : la France possède un des systèmes scolaires les plus inégalitaires, et les inégalités continuent à se creuser. Malgré l’acharnement des pédagogues, la proportion des élèves très performants , généralement issus d’un milieu socio-économique favorisé, augmente (+ 4 points en compréhension de l’écrit)… mais celle des élèves « peu performants » (2) augmente autani.

« L’augmentation d’une unité de l’indice PISA de statut économique, social et culturel entraîne une augmentation du score en mathématiques de 39 points, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, et de 57 points en France, soit l'augmentation la plus marquée de tous les pays de l’OCDE » (1).

« Les élèves issus de l’immigration sont au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté. » (1).

Bref, un déterminisme social effrayant, dans un pays où le mot « égalité » est au cœur de tous les discours sur l’enseignement. Refonder l’école, proclamait Vincent Peillon (3) ? On demande à voir, mais ce qui se pointe ne laisse rien augurer de bon : tout porte à croire que nos pédagogues vont persister dans leur acharnement à faire de l’école une fabrique d’illettrés. Ne comptons donc pas trop sur une augmentation des connaissances et des capacités des élèves : il est tellement plus facile de piper le thermomètre qui permet de mesurer celles-ci (4).

Exemple, la dictée : voilà un bel exercice pour lequel le niveau d’exigence au BEPC a été considérablement réduit depuis le temps lointain où 5 fautes vous valaient un zéro pointé. Pour des dictées d’une centaine de mots , l’élève d’aujourd’hui doit , si on ose dire, réussir à faire 20 fautes grammaticales, ou bien 10 fautes grammaticales + 20 fautes lexicales pour avoir 0/10 ! (5) Or, aussi incroyable que cela puisse vous paraître, il y en a qui y arrivent !

Mais cela n’est encore pas assez laxiste pour nos inspecteurs généraux qui reçoivent de généreuses primes en fonction de leurs « résultats » (6)… Ca n’est pas une blague, je vous assure !

« Elle passe pour un enseignement de l'orthographe, mais ce n'est rien de plus aujourd'hui qu'une évaluation-sanction, déplore l’un d’eux. La dictée ne fait que certifier un niveau, sans donner aux élèves les moyens de s'améliorer. » (4) A se demander si ce n’est pas surtout une évaluation-sanction de la faillite de leurs méthodes ! Pour cacher ces cancres que nos tartufes ne sauraient voir, ils ont donc décrété la fin du zéro. La postmodernisme se devait de gommer cette invention particulièrement traumatisante qui date des babyloniens.

« Le barème graduel devrait permettre de marquer davantage les différences de niveau entre les élèves (sic !). Olivier Barbarant (l’inspecteur général) prend l'exemple de deux élèves de 3e à l'académie de Poitiers. A la même dictée, ils avaient eu respectivement 0/20 et 2/20 avec l'ancienne notation : deux notes équivalentes, alors que la première copie était « indéchiffrable », et la seconde seulement « lacunaire ». « Les règles de grammaire et de conjugaison, ce deuxième élève les appliquait certes de manière aléatoire, mais il en avait visiblement entendu parler. Ce n'était pas le cas du premier », explique l'inspecteur. Notées selon le nouveau barème, les copies ont reçu 2/20 et 8/20. »

Pas étonnant que les cancres s’affranchissent de toute règle de grammaire et de conjugaison, étant donné que les pédagogues violent les règles élémentaires de la logique : quand on applique des règles de manière aléatoire, cela ne prouve qu’une chose, c’est qu’on ne les comprend pas ou bien qu’on s’en moque !

On voit d’ailleurs mal pourquoi de telles inepties ne devraient s’appliquer qu’à la dictée. Un élève qui en physique calcule une fréquence avec la formule de l’énergie cinétique ne mérite-t-il pas la moitié des points ? Après tout, lui aussi applique des règles, « certes de manière aléatoire », mais « il en a visiblement entendu parler » , un jour où la batterie de son téléphone portable était déchargée (7)…

Ceci n’est pas destiné à « marquer davantage les différences de niveau », mais à effacer des statistiques calamiteuses. Et on peut parier que cela n’aura pour effet que d’encourager les cancres à le rester, et les médiocres à ne pas s’améliorer. Un grand nombre d’élèves, en dehors des très motivés et des « décrocheurs », ajustent leurs efforts au niveau d’exigence des enseignants ? C’est d’ailleurs bien rationnel : si je me contente de la moyenne quand je pourrais mieux faire en travaillant davantage, je m’en contenterai aussi si je peux l’obtenir en travaillant moins.

On pourra certes objecter qu’il ne s’agit là que d’orthographe, et qu’il y a des nuls en orthographe qui sont bons ailleurs. Mais l’orthographe fait partie des apprentissages structurants, et d’autre part, on a le sentiment que l’on casse le thermomètre un peu partout.

Témoignage en tant que parent d’élève : à une réunion parents/ profs, je m’entretiens avec le professeur chargé de l’option SVT de Terminale S. Je m’étonne de l’excellence de la classe (16 de moyenne, et des notes qui varient entre 12 et 19). Un vrai vivier de futurs chercheurs ! Sauf que le prof m’explique la nature des exercices, et qu’à chaque étape, l’élève qui n’y arrive pas est aidé par le professeur pour accéder à l’étape suivante. Et il sera finalement noté selon des barèmes tels qu’il ne faut vraiment avoir rien compris pour avoir moins de … 13 ou 14/20 , m’avoue-t-il!

Plusieurs questions me sont venues à l’esprit : S’agit-il d’un cas isolé ou d’une pratique généralisée ? S’il s’agit d’une pratique généralisée, la notation au BAC est-elle ajustée au niveau artificiellement élevé des élèves en cours d’année ? L’élève qui a 12 est-il vraiment dupe, ou est-il simplement satisfait que ses « acquis », voisins de zéro, puissent tout de même lui rapporter 4 points supplémentaires au BAC ? Dans cette échelle de notation, où se situe l’élève moyen, et où se situe le très bon élève ? En supposant que 16 corresponde à un niveau moyen, la récompense du travail supplémentaire pour passer de moyen à bon ou très bon est dérisoire !

Comme le montrent les résultats de l’enquête PISA, la « méthode » française n’empêche certes pas les bons de rester bons, voire d’améliorer leurs résultats. Le capital culturel jouant un rôle très important, les enfants des milieux favorisés s’en sortent, quand bien même on prétend leur apprendre à lire avec des méthodes aberrantes (8). Leurs parents peuvent pallier aux manquements du système éducatif. Mais cela va avec une proportion croissante d’élèves en grande difficulté : « cela sous-entend que le système s'est dégradé prin­ci­pa­le­ment par le bas entre 2003 et 2012 », note Eric Charbonnier, analyste de l’OCDE . La solution à ces inégalités croissantes ? Les charlatans qui portent une lourde responsabilité dans une telle évolution l’ont trouvé :

1/ Persévérer, selon le principe bien ancré dans les mœurs de cette institution qu’on ne change pas des méthodes qui ne marchent pas.

2/ Créer un leurre par le nivellement par le haut des notes, qui ne leurrera sans doute que la bureaucratie de l’Éducation Nationale.

Il ne leur restera plus qu’à supprimer la participation de la France à l’enquête PISA.

Anton Suwalki

PS à mes lecteurs . Si jamais vous relevez plus de 20 fautes dans ce texte, vous pouvez m’attribuer un zéro pointé : je l’aurais bien mérité !

  1. http://www.oecd.org/pisa/keyfindings/PISA-2012-results-france.pdf
  2. euphémisme, en langage ordinaire, on dit nuls

(3) http://www.education.gouv.fr/cid76143/refondation-de-l-ecole-de-la-republique-cinq-jours-cinq-questions-a-vincent-peillon.html

(4) http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/04/15/la-fin-du-zero-pointe-non-merite-en-dictee_4401365_3224.html#xtor=RSS-3208

(5) http://www.brevetdescolleges.fr/infos/la-grille-devaluation-de-la-dictee-au-brevet-des-colleges.php

L’épreuve comporte une dictée et un exercice de recopie : rappelons qu’il ne s’agit pas du cours élémentaire, mais du brevet, après la 3ème !

(6) http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000028379229&dateTexte=&categorieLien=id

(7) http://www.leparisien.fr/societe/une-etude-et-des-chiffres-edifiants-06-10-2009-663697.php

(8) http://www.uvsq.fr/medias/fichier/rapport-enquete-lecture_1384503420148-pdf

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 18:18

Tubes-of-granules-used-in-001Une pétition initiée par des médecins homéopathes  et adressée au président de la république sonne le tocsin : « Monsieur le Président, l’homéopathie , médecine plébiscitée par plus de 70% des FRANÇAIS , est en grave danger ! » (1).

 

         A cause d’une directive européenne (2), apprend-on, « 75% de nos remèdes sont devenus introuvables en France et pourtant ils sont indispensables pour soigner de nombreux malades ! » . Indispensables, vraiment ? Si l’homéopathie est vraiment en grave danger , tel n’est sans doute pas le cas des malades qu’elle prétend soigner ! Un placébo peut très bien en remplacer un autre. 

        

Pourtant la directive incriminée ne remet pas en cause le statut dérogatoire des préparations homéopathiques (3) :

« Compte tenu des caractéristiques particulières des médicaments homéopathiques, telles leur très faible concentration en principes actifs et la difficulté de leur appliquer la méthodologie statistique conventionnelle relative aux essais cliniques, il apparaît souhaitable de prévoir une procédure d'enregistrement simplifiée spéciale pour les médicaments homéopathiques mis sur le marché sans indication thérapeutique et sous une forme pharmaceutique et dans un dosage ne présentant pas de risque pour le patient. » 

 

Ainsi , on reconnaît que l’homéopathie, au moins pour ces médicaments, n’a pas à faire la preuve de son efficacité à travers les essais cliniques auxquels sont soumis les vrais médicaments, et on autorise toujours des procédures d’enregistrement simplifiées. Mieux, on permet la mise sur le marché de médicaments…sans indication thérapeutique , chacun étant libre d’attribuer aux grigris l’action qu’il souhaite.  Bel aveu de l’absence d’effet de ceux-ci en dehors de la suggestion. Où est donc le problème pour les homéopathes qui crient au loup ?

 

La directive n’est pas si claire que cela. Il semblerait que l’on cherche à garantir que les préparations correspondent bel et bien à des dilutions homéopathiques, c’est-à-dire que « degré de dilution garantissant l'innocuité du médicament; en particulier, le médicament ne peut contenir ni plus d'une partie par 10 000 de la teinture mère, ni plus de un centième de la plus petite dose utilisée éventuellement en allopathie pour les substances actives dont la présence dans un médicament allopathique entraîne l'obligation de présenter une prescription médicale (…)Les règles relatives à la fabrication, au contrôle et aux inspections des médicaments homéopathiques doivent être harmonisées afin de permettre la circulation dans toute la Communauté de médicaments sûrs et de bonne qualité.».  En clair, que la procédure de dilution soit bien respectée pour que les grigris soient réellement qu’inoffensifs qu’ils sont inefficaces. Et probablement, que les excipients utilisés soient sans effet notoire important, ce qui est la moindre des choses.

 

Mais les choses se compliquent un peu  à propos  « [des] médicament[s] homéopathique[s] commercialisés avec des indications thérapeutiques ou sous une présentation susceptible de présenter des risques, à mettre en rapport avec l'effet thérapeutique espéré, les règles habituelles de l'autorisation de mise sur le marché des médicaments devraient être appliquées. Notamment, les États membres possédant une tradition homéopathique doivent pouvoir appliquer des règles particulières pour l'évaluation des résultats des essais visant à établir la sécurité et l'efficacité de ces médicaments, à condition de les notifier à la Commission. »

 

Voilà qui met en effet les homéopathes devant leur contradiction : dès lors qu’une substance a un effet thérapeutique sur l’organisme, c’est-à-dire un effet biologique, on est obligé d’envisager un ou plusieurs effets secondaires, et il n’y a donc aucune raison que les préparations homéopathiques échappent à la règle : apporter la preuve qu’ils ont réellement un effet thérapeutique, rechercher d’éventuels effets indésirables qu’on puisse mettre en balance avec le bénéfice attendu du médicament.

 

         C’est donc avec beaucoup de candeur que les homéopathes s’indignent : « Or, selon le nombre d’ Avogadro, aucune molécule du produit initial ne se retrouve dans les dilutions homéopathiques à partir de la 12CH , seule persiste l’information apportée par la souche et transmise au milieu hydro alcoolique : la sécurité de ces dilutions est sans contestation possible» C’est ce qu’on appelle vouloir le beurre et l’argent du beurre. Des deux affirmations contenues dans la phrase ci-dessus, il ya forcément une qui est fausse.

 

En effet, 12 CH (« centésimales hahnemanniennes ») correspond à une dilution délirante au 1/1024 . Sachant qu’une granule homéopathique pèse environ 50 mg, soit beaucoup moins qu’une mole d’un quelconque produit, il y aurait 3% de chance de trouver une seule molécule de produit actif dans une granule pour l’élément le plus léger envisageable (4). Imaginez donc le  cas des dilutions à 30 CH ou plus…. C’est pourquoi on peut tout-à-fait suivre les homéopathes lorsqu’ils affirment que la sécurité de ces dilutions (12CH et au-delà) est sans contestation possible. L’escroquerie intellectuelle ,médicale, et commerciale consiste à invoquer la chimie pour affirmer la sécurité des produits, mais à la rejeter lorsqu’il s’agit  d’affirmer que ceux-ci ont tout de même un effet thérapeutique ! Car si en effet, en vertu de lois physiques ignorées des physiciens, l’ « information apportée par la souche » (5) était réellement persistante dans la solution alors que celle-ci en avait disparu, alors cela remettrait en cause l’hypothèse d’innocuité du produit.

 

Cette insoutenable légèreté met en évidence la pensée magique entretenue par les homéopathes : non seulement on postule une « mémoire de l’eau » qui n’a jamais pu être mise en évidence par des expériences reproductibles, mais on postule que cette mémoire est sélective et bienveillante, se conformant au désir du marchand de grigris ou de ses victimes.

 

Nous ignorons donc si le président de la République se pliera aux exigences des pétitionnaires : « nous vous demandons de DECRETER en URGENCE l’autorisation pour tout préparatoire homéopathique habilité sur le territoire français, de délivrer sans frais l’autorisation de mise sur le marché de l’intégralité des souches homéopathiques mondialement reconnues à partir de la douzième dilution centésimale hahnemannienne, y compris les souches anciennes, ainsi que la possibilité de réaliser des préparations isopathiques à partir de prélèvements biologiques. ». Dans tous les cas, prétendre qu’il y a urgence, c’est se moquer du monde, surtout des gens qui sont malades !

Anton Suwalki

 


Sur le même sujet :

 

http://imposteurs.over-blog.com/article-13767675.html

 


Sources :

 

 

(1)

http://www.apmh.asso.fr/files/petition_homeo_01-13.pdf

(2)

http://www.apmh.asso.fr/files/directive_EU_2001L0083-CE.pdf

(3) lire notamment :

       http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article671

(4) la mole correspond à 6,022 X 1023 éléments (nombre d’Avogadro). La masse molaire la plus faible est celle de l’atome d’hydrogène , 1 gramme, soit 20 fois plus que le poids d’une granule.

(5) C’est la tristement célèbre « mémoire de l’eau » mise en évidence par Benvéniste, dont les travaux, financés par les Laboratoires Boiron, se sont révélés non reproductibles, et entâchés de soupçons de fraude. 

Human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE, Nature, 30 Juin 1988, vol. 333, p. 816-818 , retirée par l’éditeur

Lire une courte histoire de cette découverte sur le site ami Charlatans :

http://www.charlatans.info/memoiredeleau.shtml

 

 

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 17:41

et

La plus médiatique des astrologues, Élisabeth Tessier s’est une nouvelle fois couverte de ridicule. Les hommes célèbres un peu superstitieux devraient se méfier pourraient en venir à croire qu’E.T leur porte la poisse, dès qu'elle leur prédit gloire et fortune !

 

En 2008, elle écrivait :  « «Le ciel de Raymond Domenech, comparé à celui de la finale de l'Euro, m'a éblouie (..)Ce verseau ascendant vierge vit un moment unique dans sa vie, à l'instar d'Alain Prost en 1985, lorsque je lui ai annoncé qu'il serait champion du monde, poursuit-elle. De là à conclure que la France va gagner l'Euro, il n'y a qu'un pas, que je franchis allégrement ! » (1)

Problème : le jour de la parution de son article, la France était éliminée de l'Euro suite à sa défaite 2-0 face à l'Italie.

 

         DSK avait-il connaissance du destin que lui prédisait E.T pour 2012 en décembre dernier ? Elle même le rappelle sur son site (2), en profitant pour faire son « (mini) mea culpa » (sic !) :

 

« Ce Taureau ascendant Lion, à forte connotation Bélier, est une vraie force de la nature. Très ambitieux, animé d’un vrai esprit de conquête et d’un certain idéalisme social, il est doté d’une grande vitalité et d’une forte libido. Pour lui, 2011 sera une année géniale : à 62 ans, c’est l’année de sa vie ! S’il doit prendre une grande décision entre le 10 et le 15 septembre, il connaîtra des doutes et des interrogations- jusqu’en décembre 2011.Depuis 2010, Pluton imprime un grand tournant dans son destin, qui se prolonge sur le printemps 2012. Peut être un destin présidentiel ? »

 

L’audace et l’imagination politiques des astres, tout de même ! Comme par hasard, ils ne misaient pas sur Gérard Schivardi, mais pariaient sur le même cheval que les instituts de sondages qui ,en décembre, annonçaient DSK favori pour les primaires du PS, et personnalité préférée des français, avec 60% d’opinions favorables (3).

 

La terrible affaire qu’on connaît depuis n’empêche pas E.T de persister et signer.

 

« Résultat : une année unique, exceptionnelle, oui ! Un grand tournant dans le destin du patron de la FMI, oui ! Mais une année « géniale », certes non ! Sur ses 62 ans mis en exergue comme une année exceptionnelle, sur le tournant de sa vie du à l’aspect unique de Pluton, je persiste et signe. »

 

Donc E.T s’est complètement gourée , mais elle avait quand même raison ! En fait, il aurait fallu qu’il ne se passe rien pour DSK pour que l’année ne soit pas exceptionnelle. Et E.T de justifier sa prédiction erronée par une galipette rhétorique : «La Roche Tarpéienne est proche du capitole  » ,ce qui signifie en gros on peut basculer facilement de la gloire à la déchéance . Mais à quoi sert la « science » d’E.T, alors, si elle ne peut anticiper de quel côté la balance va pencher ?

 

En fait, confesse la charlatane, elle aurait dû prévoir tout ça:

 

« Quant à mon pronostic d’une année « géniale », je dois une explication à mes lecteurs, fans et autres internautes. Il se trouve qu’en astrologie comme dans beaucoup de domaines, les extrêmes se touchent. L’âge de 62 ans correspond à la distance Lune /Jupiter dans son ciel natal, un aspect considéré comme une promesse de grande popularité. Or, on ne peut nier cet aspect de mise en vedette, celle –ci étant de dimension planétaire depuis le 15 mai dernier ! Je m’en suis tenue là, sans chercher plus avant. Comme je l’ai dit au journaliste qui m’interviewait, je n’avais pas alors le temps de me livrer à une analyse en profondeur. Comme de surcroît le bel aspect de Pluton sur son Soleil indiquait de grandes chances de métamorphose positive, j’ai opté pour une interprétation optimiste. Sans voir que ce même Pluton venait de dépasser une quadrature à cette même Lune et sans voir que mai s’annonçait comme un mois dramatique pour le patron du FMI

 

Passons sur le côté odieux de la phrase : «on ne peut nier cet aspect de mise en vedette » , quand on sait qu’il y a peut-être une victime de tentative de viol dans cette « mise en vedette ». L’idée que mai ait pu être aussi un mois dramatique pour cette dernière ne l’effleure même pas.

 

E.T aurait donc simplement pêché par optimisme, voire un léger dilettantisme. C’est quand même plus facile à écrire que d’avouer une pure escroquerie.

 

« Mais surtout, si je m’étais penchée plus avant dans cette étude, j’aurais vu l’extraordinaire dissonance de Neptune-unique dans son existence ! Or, Neptune, en négatif, égale scandales, pièges, cabales, calomnies, faillites, machinations, vice, manipulations et déprimes... Tout ce qui est trouble, chaotique, délétère. Une dissonance active depuis la mi-mars et qui ne s’éclipsera qu’au printemps 2012. Le scandale risque donc de coller aux semelles de DSK encore sur de longs mois. D’autant que d’autres influx viennent conforter ce timing négatif. Saturne (freins, épreuves, coups d’arrêt) opposé à son MC –le destin, la carrière-, se plaçant en même temps sur son Neptune en IV, la nation (et maître de IX, l’étranger), signant l’impact politique profond sur le destin de la France. Et cela depuis l’automne 2010 (d’où les attaques/critiques), avec un retour en 2011 et prolongation jusqu’en septembre, notamment de nouveau dès août.

Last but not least, j’aurais prêté plus d’attention au passage, unique lui aussi (fréquence : 84 ans !!), d’Uranus sur sa Lune et sur sa Lune Noire-un aspect qui incline aux coups de tête, aux actes irréfléchis, aux « pétages de plomb », comme dit par le héros de cette tragédie grecque lui-même. No comment. »

 

On ne peut retenir qu’une chose de ce charabia : lorsqu’il s’agit de prédire le passé, l’astrologie deviendrait presque une science exacte… Mais à peine prise la main dans le sac, E.T s’empresse de récidiver, et se risque à de nouvelles prédictions concernant DSK:

 

« Dans ce drame digne d’une tragédie antique, où un instant de folie assorti de pièges neptuniens peut causer la chute et la mort politique d’un homme extraordinairement puissant- le 14 mai montrait une date fatidique liée à son destin (Jupiter= la loi conjoint à ses Nœuds Lunaires = le destin), DSK jouit aussi de plusieurs jokers planétaires. »

 

Ses « jokers », nous les connaissons :ils s’appellent Benjamin Brafman, William Taylor, Guidepost Solutions, ou encore Compte en banque .Ces noms, autant qu’on sache, ne sont pas ceux de planètes.

 

«Les 19-20, puis 24 mai, Jupiter/Uranus devrait être porteur de bonnes nouvelles. Dans le meilleur des cas, DSK pourrait sortir de prison en liberté sous caution, muni de son bracelet électronique ? Osons le pari ! ».  

 

Liberté sous caution avec bracelet électronique ? Plus l’échéance de la prédiction est proche, plus les « paris » (un terme qui sonne comme un aveu) deviennent d’une hardiesse insoutenable ! Manque de pot pour E.T, si le 19 mai, DSK a bien été mis en liberté sous caution, c’est aussi le jour où le procureur lui a signifié son inculpation.  

. Et le 24 mai, les journaux annonçaient les résultats des tests ADN, ce qui prouverait au moins que son alibi était mensonger, si l’information était officiellement confirmée. Nous le saurons bientôt.

 

 

« Mais tout est relatif. Le trio Neptune/Saturne/Uranus continue d’être actif et août/septembre sera une phase critique pour DSK. Bref, je persiste et signe ! Il est vrai que cette mi- mai dramatique et le tsunami médiatico-politique qui l’accompagne auront plongé DSK en enfer, mais je pense que, grâce aux deux trigones régénérateurs de Pluton, il va renaître de ses cendres d’ici la fin de l’année, ou le premier trimestre de 2012 et que fin 2012, il sera de nouveau en selle. Un non-lieu en vue, faute de preuves tangibles ? »

 

 

         Elle pense que…peut-être un non-lieu, faute de preuves tangibles…peut-être d’ici la fin de l’année, peut-être d’ici le premier trimestre 2012… Ca lui laisse au moins le temps à elle de noyer un nouveau poisson, en fonction de la tournure que prendront les évènements.

 

 « Bien sûr, plus question pour lui d’élection présidentielle-et là encore, j’ai été trop optimiste. »

 

         Qui ne s’inclinerait pas devant une prédiction aussi extraordinaire ?

 

« Je pense d’ailleurs à ce propos qu’il a brûlé ses vaisseaux dans un suicide politique inconscient et qu’il ne souhaitait pas se porter candidat. »

 

         A défaut de lire les astres, E.T prouve au moins qu’elle lit les journaux, surtout les âneries…

 

« Néanmoins, parions que DSK fêtera Noël libre et réhabilité, nettoyé des souillures de cette aventure délétère et cauchemardesque. A lui, comme à son épouse Anne Sinclair et aux siens, c’est là ce que l’on peut souhaiter. »

 

         Pariez toujours , madame E.T… Au passage, la citation précédente indique qu’elle le pense coupable des faits qui lui sont reprochés (« acte manqué » ou pas) mais souhaite qu’il soit « libre et réhabilité, nettoyé des souillures de cette aventure délétère et cauchemardesque ». C’est beau, la compassion…

 

Anton Suwałki

 

(1)http://imposteurs.over-blog.com/article-20584613.html

(2) http://www.eteissier.com/astron/astro.asp?pagex=1&bouton=2

(3) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/12/05/97001-20101205FILWWW00213-sondageprimaires-dsk-caracole-en-tete.php

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/12/06/97001-20101206FILWWW00547-sondage-dsk-prefere-des-francais.php

 

 

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 18:34

synergo

Un reportage totalement acritique sur la synergologie a été diffusé le 3 Mai sur M6 dans l’émission « 100% Mag ».  Point de départ de cette pseudoscience, le fait banal qu’il existe des formes non verbales de communication : Nous sommes plus ou moins capables de reconnaitre chez autrui des signaux pouvant exprimer des sentiments -colère, peur, agressivité, désir, gène, défiance, tristesse- qu’il n’exprime pas oralement.

 

Qu’est-ce que la synergologie ?

 

Comme souvent, de banalités acceptables par tous, émergent des théories parfaitement fumeuses : la synergologie « est une discipline dont l'objet est de mieux comprendre le fonctionnement de l'esprit humain à partir de la structure de son langage corporel » dit Philippe Turchet, l’inventeur proclamé de cette « discipline » (1), qui n’est en fait qu’une resucée des théories de la programmation neurolinguistique (PNL) (2), dont Turchet affirme de manière risible : « La Synergologie dans ses objectifs retrouve la P.N.L. En revanche elle est en profond désaccord avec nombreuses des théories issues de la P.N.L simplement parce qu’elles ne sont pas corroborées par les faits. » 

 

Certes, elles ne sont pas corroborées par les faits ! Mais c’est l’hôpital qui se moque de la charité !  Car le système d’interprétation de notre gestuelle de la synergologie ne repose que sur l’imagination de son gourou, et non sur une quelconque base neurobiologique permettant de décrypter les liens entre une attitude corporelle et l’émotion qui en serait à l’origine. Philippe Turchet n’a à son actif aucune publication scientifique, et il se considère le seul juge du bien-fondé de ses assertions.  Et s’il se paye le luxe de citer Karl Popper, un comble pour un charlatan, il n’a visiblement aucune idée de ce qu’est un protocole scientifique ou une proposition réfutable. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer que toutes ses découvertes (vous avez bien lu, toutes) étaient validées. 

 

« Tout ce que propose la synergologie a été validé, notamment par l'observation. Au début de mon travail, j'ai fait passer à peu près 350 entretiens vidéo à des personnes à qui je demandais : qu' attendez-vous de la vie ? Elles parlaient une minute devant la caméra et je leur disais que si elles avaient mal formulé leurs réponses, on pouvait tout effacer et recommencer. Les personnes s'ouvraient, se détendaient. Je me suis aperçu que lorsqu'on est en situation de bien-être et qu'on se laisse aller, on montre par exemple davantage l'œil gauche, on penche plus la tête à gauche. » (3)

 

         Il n’est pas indiqué quels sont les signes collectés qui témoignaient de cette ouverture (un terme qui n’est pas défini) ou de cette détente.  Mais les lecteurs apprécieront particulièrement que les personnes détendues « montrent davantage l ’œil gauche » . Un protocole d’observation  sans doute très rigoureux… 

 

         De fait, les thèses de Turchet ne sont rien d’autres qu’une nième tentative de faire parler un autre « moi » , le vrai moi perverti par la société et travesti derrière le langage : un aperçu de la philosophie sous-jacente : « L'être humain est bon mais à force de se cacher, il perd sa pureté originelle pour devenir "efficace". Des filtres sociaux masquent sa pensée ,la transforment à l'insu des autres le plus souvent, à son propre insu parfois. L'être humain se cache en falsifiant son apparence. Pourtant dans son for intérieur, la réalité de ses désirs subsiste. Ses doutes et ses envies s'expriment à plein dans son cerveau. Au-delà de ses conditionnements, l'être de désir enfoui au cœur de chacun d'entre nous exprime par tous les pores de sa peau ce qu'il met tant d'ingéniosité à masquer avec les mots. »         (4)

 

         C’est tout naturellement que le charlatan a mis au point une méthode d’interprétation sauvage de n’importe quel geste parfaitement anodin pour permettre à tout un chacun d’identifier, et de résoudre ses «conflits ». Ca ne vous rappelle rien ?

 

         Un coup d’œil sur les exemples d’interprétation gestuelle qu’il donne (5), qui vont de la symbolique la plus puérile aux affirmations les plus saugrenues :

« dépêchons-nous.

 

Sur le tibia gauche la microdémangeaison indique notre désir de voir le mouvement physique hâté.

 

Cette microdémangeaison est sans ambiguïté. (sic !) »

 

« on me demande trop de flexibilité

 

Lorsque la zone microdémangée est la zone de la malléole, tout est question de flexibilité.

 

Cette zone est très souvent sur le corps la correspondance psychique de réflexions de nature sexuée. »

 

« J'aurais mieux aimé ne pas entendre cela 

Les mots maladroits ou déplacés produisent des picotements dans l'oreille.

Les mots sont entrés dans mon oreille et j’essaie très inconsciemment de les en extirper. Mais c’est trop tard ils sont là et j’ai entendu quelque chose qui ne me convient pas vraiment. »

 

« ça me reste en travers de la gorge.

L’index sur la glotte, je brûle de dire ce que j’ai sur le cœur. Les choses vont d’ailleurs ne pas tarder à sortir. Mon index dressé, face à mon interlocuteur, montre que je suis capable de dire « Je » et à faire preuve d’autorité, puisque cela semble nécessaire. »

 

Est-il nécessaire de poursuivre l’inventaire de ces loufoqueries ?

 

On peut citer pour terminer :

« Bill Clinton (..), devant le Congrès, pendant le procès de l'affaire Monica Lewinsky, s'est gratté trois fois le nez... Et lorsqu'on ment, on a tendance à se gratter le nez... »

 

Fort heureusement, Philippe Turchet nous épargne une « microdémangeaison » localisée beaucoup plus bas qui déboucherait sur une interprétation plus triviale… Les interprétations de ces démangeaisons du nez avancées sur le site de la synergologie étant toutes différentes de celle-ci, on peut supposer que la connaissance du mensonge de Clinton a précédé cette réinterprétation du soi-disant signe du mensonge. Avec ces méthodes, la pseudoscience gagne à tous les coups…

 

Retour sur 100% MAG

 

On pourrait après tout se contenter de sourire de ces élucubrations, se dire qu’après tout 100% MAG n’est pas un magasine à vocation scientifique. On regrettera tout de même l’absence totale de distance des journalistes qui couvrent le sujet, au risque de faire apparaître ces niaiseries comme des vérités révélées.

 

         Le mérite involontaire de ce documentaire est de faire apparaître que des personnes fragiles, en situation d’échec (par exemple dans la recherche d’un emploi), font appel à des « coachs » synergologues, ce qui peut au moins nuire à leur portefeuille. Plus inquiétant , le reportage montre une équipe de pompiers formés à la synergologie pour détecter grâce la « science » de la communication non verbale des potentiels pyromanes parmi la foule présente sur les lieux d’un incendie. Outre que cela ne relève pas de la compétence des pompiers, on imagine le genre de dérives auxquelles ces pratiques pourraient aboutir. Le voisin d’un appartement incendié se gratte le nez en témoignant de ce qu’il a vu, le voici transformé en suspect ?

 

         A notre connaissance, la police et les tribunaux ne sont pas encore contaminés par la synergologie. Mais ces derniers sont loin d’être imperméables aux théories fumeuses et aux pseudo-expertises. Qu’on se souvienne d’Outreau.

 

Anton Suwalki   

 

Notes et sources :

   http://www.synergologie.org/

 

(2)http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article153

(3) http://sante.journaldesfemmes.com/psychologie/0404gestes/itwturchet.shtml

(4) http://www.aquelmoiparlestu.ch/Images/LA%20SYNERGOLOGIE.pdf

(5) http://www.synergologie.org/index.php?option=com_content&task=view&id=222&Itemid=62

 

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 13:23

dilution dynamisationLa fête de la science est désormais une institution, y compris dans les iles. On ne peut que s’en réjouir ! La manifestation s’est déroulée sur 3 jours, du 17 au 20 Novembre, au Parc des expositions  et des congrès de Saint-Denis de la Réunion (1) . Témoignage enthousiaste d’un sceptique local, Jacques Poustis, de l’ Association réunionnaise pour l’information scientifique et l’éducation à l’esprit critique (2):

« Des dizaines de stands tous plus attrayants les uns que les autres, des milliers de visiteurs de tous âges, des dizaines de milliers de questions posées tous azimuts et tout autant de réponses de la part d’animateurs disponibles, compétents et remplis d’énergie renouvelable.

Coup de chapeau et grand merci à l’équipe organisatrice qui, comme chaque année, ne ménagea pas ses efforts pour rendre le plus agréable possible ces quatre journées de « bouillonnement de l’intelligence et du savoir ».

Que du bonheur ! (..) » .

 

Vous aurez néanmoins noté le « petit bémol » :

 

« que venaient faire, dans ce feu d’artifices de la rigueur intellectuelle, les Laboratoires Boiron, n°1 mondial des produits homéopathiques ? »

 

On peut en effet trouver incongrue la présence d’un stand des laboratoires Boiron dans une telle manifestation ! Le fabricant de grigris homéopathiques , implanté sur l’Ile depuis 2005, cherche à se développer et ambitionne de faire de sa petite filiale réunionnaise une « véritable plate-forme de la zone Océan Indien » (3) :il a évidemment tout à gagner à participer à une fête de la science . Mais qu’a à y gagner la science elle-même ? 

 

L’animation proposée par le stand Boiron : « Découverte de l’homéopathie avec présentation ludique du principe de dilution ».

 

Pourquoi pas une présentation « ludique », en effet, si elle avait été en même temps critique ! On aurait très bien pu imaginer faire manipuler des éprouvettes par les visiteurs, qu’ils procèdent à des dilutions hahnemanniennes successives, par exemple de 10 cl de Whisky dans de l’eau, pour leur faire constater que dès 2CH très probablement, ils ne distinguent plus le gout de l’alcool ni n’en ressentiront le moindre effet, même en utilisant la soi-disant « dynamisation ». On peut imaginer leur rappeler le nombre d’Avogadro, et leur faire calculer combien de chances sur 100 ils ont de trouver dans leur éprouvette une seule molécule de la substance diluée à 12 CH. Les visiteurs du stand Boiron auraient dans la foulée pu méditer sur l’efficacité de préparations à 15 CH, 30 CH, voire 200 CH de certains pseudo-remèdes fabriqués par celui-ci. Mais on imagine mal le leader mondial de l’homéopathie scier la branche sur laquelle il est assis…

 

Malgré cette petite ombre au tableau, cette fête de la science a été une réussite, semble-t-il.

 

Anton Suwalki

 


 

 

(1)                          http://www.marmailles.com/sciences-et-technologies/village-de-la-science-st-denis.html

(2)                          http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/144350-fete-de-la-rigueur-intellectuelle.html

(3)                          http://reunion.orange.fr/news/reunion/le-laboratoire-boiron-en-pleine-croissance,577622.html


 

 

Lire également :

http://imposteurs.over-blog.com/article-13767675.html

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 23:10

Il y a quelques années, je m'étais amusé avec l'origine de l'expression « remède de bonne femme ».

 

À l'époque, une camarade férue d'aromathérapie m'avait instruit que cette expression ne voulait pas dire « remède à deux balles », mais « remède de bonne réputation ».

 

Clic, clic et 3 bouquins plus tard, il apparaissait que cette hypothèse ne reposait sur rien. Enfin sur rien, n'est pas exact. La toile internet, sites et forums commençaient à répercuter l'idée que « remède de bonne femme » venait du latin « bona fama » c'est-à-dire « bonne réputation ». Aujourd'hui, faites une recherche avec « bona fama » et « remède de bonne femme », vous trouverez quoi ?

En première intention, un nombre important de sites divers et variés qui annoncent que c'est une erreur de traduction du latin ou de l'italien, et qu'il faut comprendre que ce sont en fait des remèdes de bonne réputation qui ont des « vertus » qu'une médecine scientiste et misogyne méprise.

 

Désolé, chers clients adeptes des médecines non conventionnelles ; c'est du flan. Je sais l'hypothèse de la mauvaise traduction et du glissement sémantique de fama (renommée) à femme est séduisant, mais ne tiens pas la route.

 

L'expression « remède de bonne femme » s'accorde bien avec celle d'une thérapeutique populaire et empirique ou comme l'écrit au XIXe,  Pierre Larousse dans son dictionnaire à : « des remèdes populaires ordonnés et administrés par des personnes étrangères à l'art de guérir », ou Littré à la même époque : Familièrement, remède simple et populaire, et qui ne produit aucun effet.

 

Les premières apparitions de l'expression « remède de bonne femme » sont avérées au moins depuis le XVIIe ; par exemple dans le traité « La Médecine et la Chirurgie des Pauvres » de Nicolas Alexandre en 1714, et déjà utilisé dans une forme dépréciative : « ...de passer eux-mêmes pour des médecins à remèdes de bonnes-femmes ; car c'est ainsi qu’on les appelle pour les rendre méprisables. »

 

De plus l'expression « bonne fame », dans le sens, bonne renommée, n'était plus utilisée à cette époque, sauf dans un sens très particulier : « Fame: Renommée, réputation ».

Il n'est en usage que cette phrase combine fame et renommée. « Restabli en sa bonne fame & renommée » nous rappelle le dictionnaire de l'Académie de 1694.

Je vous entends déjà. Les vieux séniles de l'académie ne sont pas infaillibles. Sûrement, mais le fait est que l'on ne retrouve aucune source dans les textes de l'emploi de « remède de bonne fame"  ou même de « remède de bonne femme » dans le sens de remède de bonne réputation, ce qui pose un sérieux problème à cette hypothèse, non ? Si vous avez des sources...

Et je vous ferais grâce des autres problèmes de glissements sémantiques pour arriver à  « femme » avec un « e » et deux « m ».

 

Par contre, cette expression suit bien l'évolution et la dépréciation du terme « bonne femme » que l'on retrouvera aussi dans « conte de bonne femme ». Qui je vous l'accorde bien volontiers, marque une certaine misogynie de l'époque.

 

Une autre opposition à l'hypothèse de bonne réputation vient avec les expressions utilisées dans les langues de nos voisins :

en anglais, old wives' remedy ; en espagnol, remedio casero ; en italien, rimedio empirico ; en allemand, Hausmittel.

Qui vont toutes dans la même acceptation de remède empirique et populaire.

 

En quelques années cette pseudo étymologie a envahi le net, les forums et la presse.

Il y a au moins trois raisons pour qu'elle continue à se répandre.

 

Tout d'abord avec les utilisatrices qui y trouvent une justification de leurs thérapeutiques et une possibilité de détourner les sarcasmes.

 

Ensuite par les magazines féminins qui ne ratent pas une occasion de flatter l'ego de leurs lectrices. « Parce que vous le valez bien ». Sans compter que beaucoup de leurs rédactrices font aussi partie des utilisatrices précitées. Et puis rajouter une petite dose de féminisme, ça ne fait pas de mal.

 

Enfin, et surtout par les promoteurs et vendeurs de nouvelles anciennes médecines et produits adéquats, qui utilisent ces mêmes ressorts psychologiques, mais pour une cause beaucoup plus mercantile.

« Par ce que vous le rapportez bien ».

 

Et eux, ne devraient sûrement pas jouir d'une bonne fame.

 

Jorj X. McKie

 


 

Références:

Pierre Larousse 1866-1877 p920

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205365n/f924

Aujourd'hui on ne retrouve l'expression que dans « mal famé »

Le Littré : http://francois.gannaz.free.fr/Littre/xmlittre.php?requete=femme

BernardCerquiglini : http://www.tv5.org/TV5Site/lf/merci_professeur.php?id=4102&id_cat=

Sur le net: http://tatoufaux.com/?Les-remedes-de-bonne-femme

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 15:22

Parmi les mouvements qui prétendent proposer des alternatives à « l’agriculture productiviste », avez-vous entendu parler de la permaculture ? 

 

http://permaculturefrancophone.org/principes-de-design/

http://www.permaculturefrance.org/

 

Laissons les permaculteurs ou permaculturistes (sic !) la présenter :

 

« La permaculture est une science de conception de cultures, de lieux de vie, et de systèmes agricoles humains utilisant des principes d'écologie et le savoir des sociétés traditionnelles pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels. »

 

Vaste programme pour une seule science ! Comme toujours, la science alternative prétend supplanter la science tout court en allant chercher dans le passé les « savoirs traditionnels ». On ne s ‘étonnera donc pas que ses enseignements soient dispensées loin des universités classiques, mais dans une « université populaire ».

 

Mouvement folklorique, ou sectaire ?

 

D’un côté, les élaborations agronomiques de la permaculture ne paraissent pas bien méchantes, juste quelques banalités consternantes déguisées en trouvailles géniales et rassemblées sous le terme fumeux de Design. On ne s’étonnera pas que comme pas mal de charlatans, les théoriciens de la permaculture croient nécessaires d’envelopper leurs recettes à deux balles dans un jargon savant :

 

« Il faut aussi comprendre que l’énergie se transforme, mais ne se perd vraiment jamais. L’énergie du soleil rentre dans les plantes grâce à la photosynthèse, et ensuite se transforme encore quand nous ingérons cette plante… Il est toujours mieux de capturer l’énergie le plus tôt possible. Suivant le second principe de thermodynamique, quand il y a transformation de l’énergie, il y a aussi augmentation de l’entropie, c’est à dire une dégradation de la qualité de celle-ci. En bref, à chaque fois que l’énergie se transforme, elle perd de sa qualité et de sa force. L’énergie du soleil est moins forte (moins utilisable) dans une feuille de laitue et encore moins dans des crottes de lapin ». Mais , je dirais même plus, davantage dans une crotte de cormoran !

 

Peut-on trouver beaucoup de candidats à un mode de production et de vie archaïques ? S’il s’agit de faire des expériences à la Bouvard et Pécuchet, utiliser les poules pour désherber son jardinet, pourquoi pas ? Mais s’il s’agit de vivre de sa production, c’est déjà plus aléatoire.

 

Or ces archaïsmes « permacoles » sont présentés dans un projet global de micro-communautés alternatives à qui le directeur de l’Université populaire de permaculture, un certain Steve Read, , visiblement un « sage omniscient », promet « une vie abondante, saine, sûre et en harmonie ». Louche !

 

D’où viendrait donc cette « vie abondante » ? On retrouve à ce sujet l’anthropomorphisme de l’écologie profonde qui consiste à prêter à la nature des intentions correspondant à ses propres désirs :

 

« Pour prendre soin de la terre nous travaillons avec la nature et pas

contre, pareil avec la nature humaine, travaillons avec ! Les systèmes que

nous voulons transformer seront guidés, pas forcés vers l'harmonie et

l'abondance. Le principe éthique de redistribuer nos surplus est vraiment

différent des systèmes actuels et même historiques, c'est le principe du

pommier qui chaque année donne des centaines de kilos de pommes, comme ça. Il y a juste les petits pépins à l'intérieur que l'arbre veut distribuer et quand ils pousseront, il y aura encore plus d'abondance. »

 

 

 

Notre économiste distingué propose également une version très personnelle du multiplicateur keynésien, à travers le projet d’une monnaie locale : « Dans l'économie telle que nous la connaissons, en faisant nos courses dans les grands magasins et centres commerciaux, l'énergie que nous dépensons à gagner de l'argent est tout de suite dispersée dans les flux d'argent planétaires alors que très peu restera sur place, si ce n'est la part des salaires des gens qui y travaillent. Mais comme eux font également leurs courses dans ces mêmes magasins, leur argent aussi partira. Les AMAP et les monnaies alternatives sont par définition locales et donc tout ce qui y est dépensé, continuera à circuler dans la région, en créant ce que les économistes appellent un « effet multiplicateur ». Chaque fois que de l'argent/de l'énergie passe de main en main à l'intérieur du système en échange de services ou de produits, c'est comme si la valeur d'un sou d'origine se multipliait à chaque fois. » .

 

Or une monnaie locale, forcément non convertible, ne garantit qu’une seule chose, que tous les échanges aient lieu au sein du système clos où elle est admise. Dans un système archaïque, elle ne permettra d’échanger au plus (sans thésaurisation) que ce que le potentiel de production peut produire, c’est-à-dire pas grand chose.

 

Pour le reste : autarcie, spiritualisme, contrôle social étroit (sous couvert de communautés suffisamment petite pour que tout le monde se connaisse et pour éradiquer le crime et la délinquance), restriction programmée des possibilités de déplacements individuels (plus que quelques véhicules possédées par la collectivité), description étonnement précise et normative de maints aspects de la vie sociale pour un système qui prétend n’avoir de limites que l’imagination de ses créateurs : les « Bio-régions » ,« Perma-lieux » , « Perma-tones », etc..  et autres entités pittoresques de la permaculture ne sont peut-être pas les lieux de convivialité et d’harmonie que promettent ses promoteurs. Si l’intention sectaire n’est pas établie au départ, le risque de dérive sectaire, lui, existe bien. 

Anton Suwalki

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 14:57

 

A première vue, Nicholas Boyle n’est pas un charlatan. Professeur d’allemand à l’Université de Cambridge, auteur d’une biographie de Goethe (1), son parcours universitaire n’est pas celui d’une Elisabeth Tessier. Pourtant, Boyle vient de publier un livre qui, selon la présentation qu’il en fait, semble aussi sérieux que les prédictions fumeuses de l’astrologue. Ce livre, il est vrai, pourrait lui rapporter davantage que le reste de son œuvre :

 

2014 - How to Survive the Next World Crisis (Continuum Books, 2010) 

 

De quoi s’agit-il ?

« Selon un professeur de l'université de Cambridge, un évènement déterminant pour le 21e siècle pourrait se produire en 2014.

 

Selon le professeur Nicholas Boyle, l'année 2014 déterminerait les années à venir ensuite, et cela marquerait soit le début d'une période de prospérité soit au contraire l'arrivée de guerres et de pauvreté à travers le monde. Le professeur de l'université de Cambridge explique en effet que des évènements majeurs se sont toujours passés pendant la moitié de la seconde décennie d'un nouveau siècle. Ainsi en 1517, Martin Luther accroche ses idées aux portes de l'église de Wittenberg et lance le protestantisme. En 1618 débute la guerre de trente ans, et des conflits religieux font rage en Europe, jusqu'à l'avènement des Hanovre en 1715. Et en 1914 éclate la Première Guerre mondiale. Dans son livre 2014 - comment survivre à la prochaine crise mondiale ?  le professeur explique que les États-Unis joueraient sans doute un rôle majeur dans les années à venir et guideraient le monde vers la voie d'un siècle de paix et de coopération ou d'un siècle de pauvreté et de violence. (2) (3)»

 

Les ficelles sont grosses mais ça peut marcher. Cet universitaire qui prétend jouer les visionnaires ne sait évidemment rien de plus de l’avenir que l’individu lambda. Comme pour les Tessier, Rabanne, Fontbrune and Co, il s’agit pour lui d’exploiter les angoisses et la naïveté. Peu importe que la prophétie ne se réalise pas, une nouvelle prophétie viendra chasser la première. Pour ferrer le naïf,  rien ne vaut l’inépuisable fascination qu’exercent les nombres. Boyle réinvente une forme de numérologie appliquée à l’Histoire.

 

Pourquoi Boyle a-t-il choisi 2014 ? Pourquoi pas 2001 ( attentats du 11 Septembre), 2003 (invasion de l’Irak), ou 2008 (le déclenchement de la plus grave crise financière internationale depuis la deuxième guerre mondiale) ? Pourquoi pas 1991, année de la désintégration de l’URSS, événement de portée historique aussi « déterminant pour plusieurs décennies » ?  Il y a tellement de bonnes candidates pour le titre d’année déterminante.

 

Non, selon Boyle, des évènements majeurs se passent toujours pendant la moitié de la seconde décennie d’un nouveau siècle.

 Ainsi en 1517, Martin Luther accroche ses idées aux portes de l'église de Wittenberg et lance le protestantisme. En 1618 débute la guerre de trente ans, et des conflits religieux font rage en Europe, jusqu'à l'avènement des Hanovre en 1715. Et en 1914 éclate la Première Guerre mondiale.

 

14,15,17 et 18 sont donc « dans la moitié de la seconde décennie »… Vertiges de l’arithmétique !

 

Que l’Histoire est facétieuse ! En cherchant bien et sélectionnant soigneusement les faits historiques, Boyle peut illustrer sa thèse d’une Histoire régie par la numérologie et persuader le gogo qu’il a quelque chose de capital à lui apprendre. Il aurait pu tout aussi bien choisir comme décennie déterminante, au hasard… :

-          la première décennie, par exemple:           

 

*1604 traité de paix entre l’Angleterre et l’Espagne

*1708 première révoltes d’esclaves en Amérique  

           *1804 Premier Empire

            *1905 Première Révolution Russe, Séparation de l’Église et de l’État en France 

 

                              

 

-          mais ça marche aussi avec la neuvième décennie, par exemple :

 

*1685 Révocation de l’édit de Nantes

*1789 Révolution française

*1888 abolition de l’esclavage au Brésil, traité de libre circulation sur le Canal de Suez

*1989 chute du mur de Berlin

 

etc. etc..

 

En cherchant bien, n’importe quelle décennie pourrait servir de cadre de référence à Boyle pour développer sa théorie fumeuse. Et s’il prédit une année marquée par des évènements « déterminants » pour les décennies à venir en 2014 plutôt qu’en 2024, 2077 ou 2091, c’est parce qu’un horizon aussi lointain n’intéresserait pas grand monde. Les lois du marketing sensationnaliste sont beaucoup plus précises et connues que les prétendues lois de la « mécanique de  l’Histoire ».

 

Notons que par contre, les prédictions concrètes de Boyle ne mangent pas de pain :

-          Ce qui se passerait en 2014 marquerait soit le début d'une période de prospérité soit au contraire l'arrivée de guerres et de pauvreté à travers le monde. Fin pronostic !

 

-          Et tenez-vous, bien, dans ce monde « à la croisée des chemins », ce sont les États-Unis, et non pas le Vanuatu comme vous l’imaginiez, qui joueraient sans doute un rôle majeur !

 

        

         Notre prophète-politologue-numérologue prend des risques d’une audace insensée ! On peut craindre que ceux qui se seront laissés appâter par un titre racoleur restent sur leur faim, question prophéties. Qu’importe, le but de Nicholas Boyle aura été atteint.

Anton Suwałki

 


 

 

Notes :

 

          (1)http://en.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Boyle

 (2)http://fr.news.yahoo.com/55/20100620/tod-2014-pourrait-voir-un-vnement-marque-17baed7.html

 (3)http://www.armageddononline.org/world-crisis-2014-prediciton-prophecy.html

 

 

 

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 16:17

Un article paru dans le journal belge Le Soir  mardi 08 Juin :

 


 

 

 

Il lui aurait proposé de guérir sans l'aide de la médecine traditionnelle. pour soigner son cancer de l'estomac, Mme S. a donc suivi pendant des mois les recommandations du thérapeute Louis Vliegen, titulaire d'un diplôme... d'assistant social.

 

C'était en 2002. Son traitement : "De la poudre de cuivre de magnésium", selon la famille de la victime. Et des prières. En quelques mois, la patiente sera balayée par la maladie.

 

Ce mardi, Louis Vliegen comparait devant le tribunal correctionnel de Liège pour exercice illégal de la médecine, homicide involontaire et escroquerie. A travers ce cas particulier, c'est le procès de tout un courant pseudo-scientifique à la mode qui s'ouvre ce matin. Celui de la Biologie totale (/Le Soir/ du 16 mars), dont Louis Vliegen se réclamait lorsqu'il "accompagnait" Mme S. dans son cancer.

 

Cette théorie affirme que toute maladie résulte d’un conflit psychologique qu’il suffit de résoudre pour guérir. Initiée par le médecin allemand Ryke Hamer, condamné pour exercice illégal de la médecine, elle a été développée entre autres par Claude Sabbah et se voit relayée par des conférenciers et des thérapeutes autoproclamés un peu partout en Europe, y compris en Belgique.

 

Dans le cas de Mme S., son thérapeute lui avait trouvé un conflit avec sa belle-mère : « Si elle priait, elle pourrait accoucher de son cancer, explique la fille de la défunte. Quand ses selles n’étaient plus que du sang, c’était symbole d’accouchement. »

 

Le prévenu, quant à lui, indiquait en 2004, ne pas suivre à la lettre les enseignements de Claude Sabbah et avoir pris depuis ses distances avec la Biologie totale. Il réfute toute tentative d’éloignement de Mme S. de la médecine traditionnelle.

 

La famille S., quant à elle, souhaite une condamnation « pour que la tragédie ne se répète plus ». Peu de temps avant sa mort, Mme S. avait finalement accepté que ses enfants portent plainte.

 

 


 

 

 

 

Triste fait divers qui vient démentir une fois de plus la thèse selon laquelle les pseudo-médecines seraient inefficaces mais inoffensives, à part pour le portefeuille.  Quelques précisions sur la « biologie totale » :

 

-sur le site Charlatans :

http://www.charlatans.info/hamer.php

 

-sur le site Science et pseudosciences :

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?page=imprimer&id_article=680

 

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 17:50

Un article d’Agnès Lenoire

 

Notre peur du cancer est exploitée ; nous sommes à la merci des charlatans comme les paysans isolés autrefois pouvaient l’être quand le colporteur passait par chez eux.  Mais que colportent les nouveaux  charlatans du XXI° siècle ? Des remèdes imaginaires à nos angoisses. Et la plus grande angoisse actuelle s’appelle « cancer ». Les plus célèbres et les plus adulés de ces colporteurs portent des titres de médecine, la bonne société d’aujourd’hui étant attachée à la caution scientifique, quand bien même elle les fustige dans son dos.

 

 

 

Il est donc de bon ton de suivre leurs conseils, médiatisés et relayés par des spots publicitaires, par des invitations de leurs gourous sur les émissions les plus regardées, et par une communication insistante de l’OMS. Vous aviez eu droit à monsieur Servan Schreiber et à son régime anti-cancer, maintenant c’est monsieur Khayat qui s’y met et qui arpente les plateaux TV armé de son bouquin.  Le colporteur a en effet sorti ses fioles et ses boniments, sur le plateau du Grand journal de Canal + hier soir, tout comme Servan Schreiber l’avait fait avant lui.  Mangez 5 fruits et légumes, sinon votre perte est assurée ! Certes, le conseil n’est pas complètement idiot mais est-ce vraiment une parade efficace contre le cancer, et puis, tiens j’y pense,  contre quel cancer ? Tous ? Le remède universel en somme ? C’est là que le bât blesse. Que les fruits et légumes, grâce à leur apport en fibres, protègent les intestins d’un cancer éventuel paraît logique. Mais au-delà de ce simple conseil, on est dans la désinformation, car le remède universel n’existe pas. (..)

 

Lire la suite sur le site Doutes à gogo d’Agnès Lenoire

 

http://www.doutagogo.com/article-les-colporteurs-anti-cancer-51078008.html

 

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 18:45

En ce mois de janvier, comme chaque mois je reçois le magazine d’informations de mon conseil général.

Un article retient mon attention « l’eau au secours des problèmes sanitaires »

Le journaliste relate les soucis d’un agriculteur face à de gros problèmes d’élevage

L’éleveur nous explique : « Comme d'autres autour de nous, nous avions des bêtes qui devenaient agressives, ne voulaient plus rentrer à l'étable et retenaient leur lait. C'est tout juste si les truies ne mangeaient pas leurs porcelets. Nous avions aussi des problèmes de colibacilles, les maladies se faisaient plus fréquentes. Une spirale infernale! »

Dans cette exploitation ,pour éradiquer ces problèmes, la solution est passée par le traitement de l’eau. Ce travail est confié à la société PLOCHER, son technicien affirme « Car l'eau a un grand pouvoir, elle est porteuse de virus et d'éléments pathogènes. Et il est important de bien connaître la géologie des sols. Si les animaux sont sensibles à l'heptane et
au radon, ils le sont également aux champs électromagnétiques, aux toits métalliques. Aujourd'hui, on traite les maladies mais pas leurs causes
 »

Le technicien de cette société après avoir vérifié l’installation électrique et la mise à la terre à installé un « vitalisateur » qui « dynamise » l’eau  la rendant plus propre et plus vivante.

Une eau plus propre et plus vivante par vitalisation, interloqué, je souhaite en savoir plus.

Comme d’autre journaliste je tape « PLOCHER » sur Google et miracle il existe un site de cette société (*).

Sésame de la reconnaissance officielle, cette entreprise se gargarise d’avoir fait l’objet de reportages sur ARTE.

Je suis par contre déçu de ne trouver aucun résultat d’analyse d’eau avant et après traitement pour confirmer l’efficacité du processus de vitalisation de l’eau.

Par contre, des explications de scientifiques citées sur ce site donnent du « sérieux » à l’affaire:


 

Jacqueline BOUSQUET
Docteur ès Science, Biologie, Biophysique
Chercheur honoraire au C.N.R.S.
Chargée d’enseignement à la Faculté Privée des Sciences Humaines de Paris
Conférencière, Ecrivain

« Le monde ressemble plus à une grande pensée qu’à une grande machine.
Au moment où l’on découvre que l’action des molécules physiques passerait par l’émission d’un spectre de radiations ce qui confirme l’action de l’homéopathie, on continue à ignorer que la vie est faite de vibrations qui déterminent des formes porteuses d’informations immatérielles telles que la pensée et que c’est ainsi "que le monde ressemble plus à une grande pensée qu’à une grande machine.
 »

« Nous savons aujourd’hui que les travaux de Benveniste ont été reconnus et reproduits par d’autres Laboratoires »

Otto Uilderks

« La vitalisation de l’eau n’est pas mesurable scientifiquement à l’aide d’une méthodologie traditionnelle, elle peut être expérimentée par voie sensorielle : cette eau a indiscutablement le goût de l’eau de source, fraîche et rafraîchissante, le café, le thé, etc. prennent un goût bien meilleur. »


Docteur Deepack CHOPRA



« L’approche matérialiste et rationaliste du vivant ne peut permettre l’appréhension de la vie dans son essence et sa globalité, et donne une idée fausse, très réductionniste de la réalité :
[...] "Nous sommes fondamentalement englués dans la superstition du matérialisme qui nous dit que l’expérience sensorielle est le test décisif de la réalité. Par conséquent, toutes nos méthodes de guérison sont également fondées sur cette superstition".
[...] Si vous comprenez vraiment ce qu’est la science, alors la science (au moins jusqu’à présent) n’a pas été une méthode pour explorer la vérité.
La science a été une méthode pour explorer la représentation commune de ce que nous pensons être la vérité. Et la carte n’est pas le territoire" !
[...] "Si notre carte est incomplète, alors ce qui ne se trouve pas à l’intérieur de la structure de cette carte nous échappe et nous ne pouvons l’explorer
  »

 

Je  pense inutile d’aller plus loin dans la démonstration pour relever l’imposture de la société PLOCHER qui commercialise aussi par ailleurs des pendentifs de protection électromagnétique.

Les lecteurs de ce blog sont habitués à ces charlatans, nombreux sont les journaux en quête de sensationnel leur donnant la parole pour vendre du papier.

Mais dans le cas présent, le magazine gratuit d’information du conseil général des Cotes d’Armor ,.qu’elle peut bien être sa motivation pour  faire la publicité d’une telle ânerie?

Pour ma part je reconnais à cet article un seul mérite, mettre en lumière l’inculture scientifique de nos élus politiques. Certes ce papier est l’œuvre d’un journaliste, mais que l’on ne me fasse pas croire qu’il n’y a pas dans cette instance départementale un comité de relecture par les politiques pour éviter ce genre de discrédit.

 Pierrick Gueguen

(*) http://www.plocher.fr/

 

 

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 17:35

Je remercie Olivier Chacornac qui travaille dans l’encadrement de recherches médicales à  l'Unité de Recherche Clinique Paris-Centre pour cette contribution.

Anton

7 Décembre : L’article d’Olivier Chacornac a été reproduit par Hoaxbuster , excellent compagnon de route des sceptiques :

http://www.hoaxbuster.com/hoaxliste/hoax.php?idArticle=81103

A lire l’ensemble du dossier sur H1N1 de ce site:

http://www.hoaxbuster.com/dossiers/detail.php?idDossier=80988

 


 

 

Le Dr Marc Girard a publié le 1er septembre 2009 (mis à jour le 4 octobre 2009) un essai intitulé « Grippe porcine : vacciner ou pas ? » regroupant de nombreux arguments en défaveur de la vaccination contre la grippe A(H1N1) [1].

 

Ayant lu cet essai, je propose d'en faire ici une analyse critique car ce genre de texte reprend l'argumentaire type du mouvement anti-vaccination et qu'il est d'autant plus décevant de retrouver de telles positions chez des personnes dont le nom est précédé de la mention « Dr ».

 

L'essai fait 38 pages. Arrêtons ici le suspens : il est truffé de raccourcis fallacieux, d'épouvantails grotesques (cupidité de l'industrie pharmaceutique, incompétence/corruption des autorités sanitaires) lorsque ce ne sont pas des mensonges purs et simples. En faire une critique détaillée serait un travail de longue haleine. Je me contenterai donc de faire une analyse détaillée de la première partie, car elle constitue un des points principaux sur lesquels s'appuie le reste de l'argumentation du Dr Girard. Pour le reste, je m'en tiendrai au points les plus aberrants ou mensongers.

 

Introduction : l'épouvantail de la menace pour les libertés

 

Marc Girard introduit le sujet avec en première partie un paragraphe intitulé « Une sérieuse menace pour les libertés » dans lequel il évoque la possibilité d'une vaccination obligatoire. Premier problème : sa seule source parlant de vaccination obligatoire est un article du Journal du dimanche datant du 31 mai, c'est à dire environ 2 mois après le début de la pandémie. Si la question d'une vaccination obligatoire a été discutée au sein des autorités de santé en début de pandémie, ce n'est plus le cas aujourd'hui : l'épidémie ne semble pas suffisamment sévère pour justifier l'obligation de la vaccination.

Deuxième problème : qu'est-ce que la liberté selon Marc Girard ? La liberté selon Marc Girard semble consister à choisir ou non la vaccination. Sauf que la liberté de ne pas se faire vacciner en implique d'autres : la liberté de se balader avec un virus potentiellement dangereux et la liberté de le transmettre, choses fortement nuisibles à la libertés des autres.

Pour la grippe A(H1N1), l'obligation de la vaccination ne se pose pas. La vaccination dépendra donc de la volonté des gens.

 

Par contre j'espère bien que si une épidémie de rage venait à arriver, notre gouvernement imposerait la vaccination afin que les réticents ne se transforment pas en vecteurs ambulants de la maladie. C'est ainsi : le bien-être et la liberté du plus grand nombre passe parfois par l'abolition temporaire de certaines libertés individuelles.

 

Mais le but ici n'est pas de faire tout un débat sur le choix ou l'obligation de la vaccination. Il s'agit de montrer comment Marc Girard entame son texte avec l'épouvantail grossier de la « menace pour les libertés » orchestrée par nos gouvernements.

 

Vient ensuite un paragraphe sur l'immunité judiciaire accordée aux fabricants de vaccins par les gouvernements. A partir de là, le ton de la conspiration commence à se faire sentir.

Ayant déjà critiqué ce genre d'argument conspirationniste dans un précédent article [2], je ne reviendrai pas dessus.

 

Marc Girard finit son introduction en annonçant qu'il compte se focaliser sur trois questions concernant la vaccination contre la grippe A : Quel bénéfice ? Quel risque ? Quel coût ?

 

Soit. Les deux premières questions m'intéressent beaucoup. La troisième beaucoup moins et je ferai donc l'impasse sur ce sujet.

 

 

 

Quel bénéfice ?

 

Marc Girard commence cette partie en citant la réputée Cochrane Collaboration. La Cochrane Collaboration fait effectivement office de référence dans le domaine médical, et cette association a récemment publié une série de revues au sujet de la vaccination contre la grippe saisonnière. Voici ce que Marc Girard dit à ce sujet :

 

« Chez le sujet âgé (65 ans et plus) : “according to reliable evidence the usefulness of vaccines in the community is modest” (sur la base des données fiables, l'utilité des vaccins hors institution est modeste), les auteurs soulignant par ailleurs que les études disponibles sont, pour l'essentiel, de mauvaise qualité et exposées à de nombreux biais. »

 

L'efficacité de la vaccination contre la grippe saisonnière, hors institution, semble donc modeste. Mais que veut dire « hors institution » ? Pour cela, il faut prendre l'ensemble de la conclusion de l'étude de la Cochrane Collaboration [3] :

 

In long-term care facilities, where vaccination is most effective against complications, the aims of the vaccination campaign are fulfilled, at least in part. However, according to reliable evidence the usefulness of vaccines in the community is modest. The apparent high effectiveness of the vaccines in preventing death from all causes may reflect a baseline imbalance in health status and other systematic differences in the two groups of participants.

 

La première phrase de la conclusion de l'étude dit clairement que la vaccination en institution est efficace à la fois pour réduire les cas de grippe et pour réduire les complications liées à la grippe saisonnière. Ce point semble avoir échappé à Marc Girard.

Pour le reste (hors institution), l'efficacité de la vaccination est modeste, mais il y a tout de même efficacité.

 

Marc Girard poursuit avec une autre revue de la Cochrane Collaboration concernant la vaccination contre la grippe saisonnière chez les adultes en bonne santé :

 

« Chez l'adulte jeune : “There is not enough evidence to decide whether routine vaccination to prevent influenza in healthy adults is effective” (il n'y a pas assez de preuves permettant de déterminer si la vaccination antigrippale est efficace pour prévenir la grippe chez l'adulte en bonne santé). »

 

Premier mensonge de taille de la part de Marc Girard. A moins qu'il se soit contenté de lire le titre de l'article sans aller plus loin (car la citation qu'il fournit est en fait le titre de l'article). Précisions :

 

-         Le titre est mal traduit. La traduction exacte est « il n'y a pas assez de preuves permettant de déterminer si la vaccination anti-grippale chez l'adulte en bonne santé est efficace ».

-         Dans le contexte, l'efficacité se réfère à « l'efficacité à réduire les hospitalisations et/ou à réduire l'absentéisme au travail »

-         La revue précise : « The review of trials found vaccinations against influenza avoided 80% of cases at best (in those confirmed by laboratory tests, and using vaccines directed against circulating strains), but only 50% when the vaccine did not match, and 30% against influenza-like illness, in healthy adults. » [4]. La revue de la Cochrane dit donc explicitement que la vaccination permet de prévenir 50 à 80% des cas de grippe chez les adultes en bonne santé, et 30% des maladies proches la grippe.

 

Pourtant Marc Girard ne se gène pas pour transformer honteusement les conclusions de la revue pour affirmer qu' « il n’y a pas assez de preuves permettant de déterminer si la vaccination antigrippale est efficace pour prévenir la grippe chez l'adulte en bonne santé ».

 

Pour être plus clair : les revues de la Cochrane Collaboration utilisent les termes « efficacy », qui se réfère à la capacité du vaccin à prévenir la grippe, et « efficiency », qui se réfère à la capacité du vaccin à prévenir les complications (hospitalisation) et l'absentéisme au travail. En français, les deux termes se traduisent par « efficacité » et c'est sur cette traduction que joue Marc Girard pour conclure de façon abusive que l'efficacité du vaccin à prévenir la grippe n'est pas prouvée.

 

Comble du mensonge, Marc Girard s'appuie sur cette désinformation pour ses extrapolations suivantes :

 

« Nul besoin d'être épidémiologiste pour prendre la mesure du problème posé par un vaccin pour lequel sur la base d'études menées durant 40 ans (la revue incluant les investigations entreprises de 1966 à 2006), personne n'a été capable de fournir la moindre preuve crédible d'une efficacité préventive. »

 

Quel est le résultat d'une extrapolation basée sur un mensonge ? Réponse : un autre mensonge.

La réalité : la vaccination contre la grippe saisonnière présente une efficacité de 50 à 80% (selon les années et selon que la souche utilisée correspond à celle de la vague de grippe), la Cochrane collaboration n'est pas la première à en arriver à cette conclusion, la preuve de l'efficacité de la vaccination anti-grippale a donc été faite à maintes reprises (cf les articles sur lesquels se base la revue de la Cochrane Collaboration).

 

Mais le massacre ne s'arrête pas là :

 

« Ce, d'autant qu'en parallèle, les auteurs relèvent que les études disponibles ne permettent pas non plus d'évaluer la tolérance du vaccin : d'où il ressort qu'incapables de fournir la moindre preuve crédible quant à l'efficacité du vaccin qu'elles recommandent depuis des années, les autorités sanitaires ne sont même pas en mesure, non plus, de garantir son innocuité... »

 

Aucune trace de ceci dans le résumé gratuitement disponible de l'article. Peut-être trouve-t-on quelque chose à ce sujet dans l'article complet (payant).

Cependant, Marc Girard joue sur les mots en mélangeant « tolérance » et « innocuité » qui n'ont pas grand chose en commun. Explication :

 

-         La tolérance se réfère à la tolérance à court terme, c'est à dire l'observation des effets indésirables survenant dans les quelques jours suivants l'administration du vaccin. Souvent, on observe des maux de têtes, une douleur au point d'injection, des douleurs musculaires, de la fièvre, etc. C'est à ceci que correspond la tolérance

-         L'innocuité correspond à la sécurité du vaccin. Il est question ici de savoir si le vaccin est dangereux ou non. (à court, moyen et long terme) Or l'innocuité des vaccins anti-grippaux est largement documentée [5] contrairement à ce qu'affirme Marc Girard.

 

Conclusion : Marc Girard se sert des faiblesses méthodologiques des études au sujet de la tolérance pour faire croire que le profil de sécurité des vaccins anti-grippaux est inconnu. Ignorerait-il les différences de définition des termes « tolérance » et « innocuité » ? Sachant qu'il se présente (à juste titre) comme expert en pharmacovigilance, j'en doute fort.

 

Et chez l'enfant ? Voici ce que nous dit Marc Girard :

 

« Chez l'enfant : “If immunisation in children is to be recommended as a public health policy, large-scale studies assessing important outcomes and directly comparing vaccine types are urgently required.” (S'il s'agit de recommander la vaccination des enfants comme mesure de santé publique, il est urgent d'entreprendre des études à grande échelle pour en évaluer les principaux impacts et opérer des comparaisons directes entre les différents types de vaccins). »

 

Soit. C'est effectivement une des conclusions de l'étude. Mais il y en a au moins une autre : « Influenza vaccines are efficacious in children older than two » [6]. Plus précisément, La vaccination  réduit de 59 à 82% le risque de contracter la grippe (ces différences s'expliquant par les différents types de vaccins utilisés). Malgré cette conclusion sans ambiguïté, Marc Girard affirme : « Une fois encore, les auteurs remarquent que les données disponibles – pour insuffisantes qu'elles soient déjà au regard de l'efficacité – sont absolument inutilisables pour vérifier la tolérance.  »

Une fois de plus, Marc Girard jour sur le terme « efficacité » et sa traduction pour sous-entendre qu'il n'existe aucune preuve que la vaccination prévient la grippe chez les enfants et entretient la confusion entre « tolérance » et « innocuité ».

 

Il reste ensuite un paragraphe sur l'efficacité de la vaccination chez le personnel soignant s'occupant de personnes âgées. Les conclusions de Marc Girard ne différant pas (pour un fois) des conclusions de la revue, il n'est pas utile de commenter cette partie.

 

Faisons une petite pause : sur toutes ces revues sur lesquelles s'appuie le Dr Girard, seule l'une d'entre ne voit pas ses conclusions se faire tronquer ou fortement déformer. Pour la revue concernant les adultes en bonne santé, Marc Girard inverse carrément la conclusion.

Ne pouvant, au vu du statut du Dr Girard, mettre tout ceci sur le dos de l'ignorance ou de l'incompétence, la seule option restante est la malhonnêteté intellectuelle éhontée.

 

On pourrait se dire que ça commence à faire beaucoup, mais Marc Girard va encore plus loin et s'en prend maintenant, sur la base de ses conclusions erronées, aux fabricants de vaccins :

 

« Depuis 1966, les fabricants ne se sont jamais donné la peine de fournir le minimum de preuves suffisantes quant à l'efficacité de leurs vaccins antigrippaux  ».

 

Et aussi aux autorités de santé :

 

« Les autorités sanitaires, qui octroient régulièrement les autorisations de mise sur le marché à ces vaccins antigrippaux, n'ont jamais exigé des fabricants ce minimum de preuves ».

 

On commence donc, doucement, à en venir aux propos conspirationnistes : les fabricants de vaccins se fichent de savoir si leurs vaccins sont efficaces, tant qu'ils peuvent les vendre, et les autorités sanitaires sont soit incompétents, soit de mèche avec ce commerce douteux.

 

Maintenant que Marc Girard a posé, sur fond de désinformation scientifique, les bases du doute, il ne lui reste plus qu'à embrayer sur la grippe A(H1N1).

 

Le vaccin contre la grippe A(H1N1)

 

Dans cette partie de l'essai, le raisonnement de Marc Girard est d'une grande simplicité : en 40 ans, on n'a jamais eu la moindre preuve de l'efficacité ou de l'innocuité des vaccins anti-grippaux donc il n'y a pas de raison de penser qu'il en sera différemment pour le vaccin contre la grippe A.

 

Nous avons droit au passage à quelques remarques sur l'avidité de l'industrie pharmaceutique avec des expressions amusantes comme « rapacité des fabricants » ou encore « rentabilité insolente ».

 

Marc Girard s'en prend aussi au processus rapide de fabrication du vaccin qui, selon lui, « justifie [...] les plus grandes inquiétudes quant à la sécurité des vaccins ainsi développés ».

 

Là je crois qu'il est temps d'ouvrir une petite parenthèse pour faire le point sur la sécurité des vaccins contre la grippe A(H1N1).

 

La sécurité du vaccin contre la grippe A

 

Le développement accéléré d'un vaccins pandémique suscite quelques interrogations quant à sa sécurité. Lorsqu'on sait que, habituellement, le développement d'un nouveau vaccin dure une dizaine d'année, il est difficile de ne pas se poser de questions sur son innocuité.

 

Heureusement, l'industrie a une grande expérience dans la fabrication de vaccins viraux, et plus particulièrement en ce qui concerne les vaccins grippaux, utilisés maintenant depuis plus de 40 ans. Le développement accéléré d'un vaccin, c'est ce qui se passe chaque année pour la grippe saisonnière : étant donné que chaque année, le virus est nouveau, le vaccin doit être développé en quelques mois seulement. Les produits utilisés dans ces vaccins, y compris les adjuvants, sont bien connus et leur innocuité est largement documentée. Seul l'antigène (la « carte d'identité » du virus, qui permet sa reconnaissance par le système immunitaire) change. Jusqu'ici, les vaccins contre la grippe saisonnière n'ont posé aucun problème en termes de sécurité.

 

Les vaccins pandémiques sont produits selon le même schéma : ce sont les composants habituels qui sont utilisés, seul l'antigène est différent. Comme pour tout produit de santé, il y reste toujours une part d'incertitude. Dans le cas des vaccins contre le H1N1, l'incertitude est minime, comme pour tout nouveau vaccin contre la grippe.

 

Seuls deux risques existent dans le cadre d'une vaccination anti-grippale. Le premier risque est le choc anaphylactique qui apparaît dans moins de 1 cas pour 100.000 vaccinations. C'est pourquoi le médecin doit surveiller le patient pendant les quelques minutes suivant la vaccination, afin de pouvoir intervenir. Le deuxième risque est celui de développer un syndrome de Guillain-Barré (SGB). Le SGB est une maladie auto-immune qui provoque une paralysie progressive dont la plupart des cas, fort heureusement, se traitent bien. Ce risque est inférieur à 1 cas pour 1.000.000 de vaccinations [7]. Mais surtout, ce risque a besoin d'être relativisé :

-                     Le SGB touche environ 2 individus sur 100.000. Le risque du à la vaccination anti-grippale est donc très inférieur au risque de développer « naturellement » un SGB.

-                     La grippe elle-même est susceptible de déclencher un SGB [8].

 

Voilà pour la sécurité du vaccin contre la grippe A. Pour résumer, les risques liés à ce vaccin sont les mêmes que ceux liés aux vaccins contre la grippe saisonnière. Aussi, même si la grippe A(H1N1) est peu mortelle, le bénéfice est largement en faveur de la vaccination.

 

Le point sur la sécurité du vaccin étant maintenant faite, il est temps de revenir à l'article du Dr Marc Girard.

 

La grippe A(H1N1)

 

Dans cette partie Marc Girard passe une bonne partie de son temps à jouer avec les chiffres, faisant des calculs tous plus incohérents les uns que les autres. Par exemple, on y apprend qu'il n'y aurait pas eu 200 morts de la grippe A au Mexique mais seulement 7. D'où provient ce chiffre ? Mystère... La source n'est pas citée.

 

On a ensuite le droit à une remise en question des chiffres en général, puis de chiffre plus spécifiques comme la mortalité associée au virus, sa dangerosité chez la femmes enceinte, le tout fondé sur de la spéculation et non des chiffres concrets.

 

Mais le meilleur vient lorsque Marc Girard parle de la mutation potentielle. Là, on retrouve tous les pseudo-arguments des anti-vaccin en seulement quelques paragraphe, avec deux cas en particulier : « pourquoi le virus muterait-il vers une forme plus virulente ? » Et « pourquoi le vaccin se montrerait-il efficace contre une souche mutée ? »

Répondons à la première question par une autre question : que donnerait une mutation vers une forme moins virulente ? Réponse : rien. Le virus mutant serait éliminé par le système immunitaire de l'hôte et par compétition avec le virus d'origine (plus virulent) et nous n'aurions jamais connaissance de l'existence de cette mutation. Donc si nous observons un jour une mutation du virus, ce sera forcément une mutation vers une forme de virulence au moins équivalente.

Quant au vaccin, il serait possiblement moins efficace (mais pas inefficace) contre une souche mutante. L'un dans l'autre, ça n'est pas un prétexte pour attendre benoitement que le mal passe.

 

Notons au passage que Marc Girard accuse implicitement la communauté médicale et les instituts de surveillance sanitaire d'incompétence : ils ne sont pas fichus de fournir des chiffres corrects et spéculent sur l'efficacité du vaccin. Ces accusations deviennent beaucoup plus explicites par la suite.

 

Quel risque ?

 

Cette partie est nettement moins amusante et fort indigeste. Marc Girard nous sert tout un tas de sujets en vrac : le consentement des patients, des notions politiques et juridiques, et d'autres notions (rapport bénéfice/risque, bénéfice individuel versus bénéfice collectif) qui pourraient être intéressantes si elles n'étaient pas mélangées à tout et n'importe quoi.

 

Risque des vaccins

 

Revenons donc un peu au coeur du sujet, à savoir la propagande anti-vaccin du Dr Marc Girard (car à ce stade, il est difficile de ne pas parler de propagande). Cette partie de son essai pourrait, par son absence de pertinence scientifique, demeurer en tête de liste des absurdités anti-vaccinales. Ainsi on retrouve des propos comme le suivant :

 

« cette augmentation [de la fréquence des maladies auto-immunes] pourrait être liée à la diminution des maladies infectieuses (...) On suppose que les infections ont un rôle protecteur vis-à-vis des maladies auto-immunes. Or, comme ces infections régressent, elles ne protègent plus contre ces maladies  » (propos de Jean-François Bach)

 

L'hypothèse ne date pas d'hier et des recherches ont été effectuées sur le sujet. Dans ce cas, pourquoi nous servir l'opinion d'une personne plutôt que des résultats d'études, bien plus objectifs ? Sûrement parce que les faits scientifiques ne soutiennent pas cette hypothèse. C'est en fait l'inverse qui est vrai, à savoir que les maladies infectieuses sont connues pour déclencher des maladies auto-immunes [9 ; 10].

 

Je note ensuite avec amusement que Marc Girard parle ensuite du mouvement anti-vaccination d'une manière qui laisserait presque penser qu'il n'en fait pas partie. Difficile lorsqu'on est médecin d'assumer des positions aussi obscurantistes ?

 

Le reste est encore pire. En vrac, on peut lire :

 

« imaginons que ce vaccin – préparé dans les conditions de précipitation qui viennent d'être détaillées – expose effectivement un sujet sur mille à un effet indésirable grave, voire mortel : dans la perspective d’une vaccination universelle – obligatoire de surcroît – cela conduirait à 65 000 victimes pour notre seul pays  »

 

Imaginez donc ça ! C'est du jamais vu dans toute l'histoire de la vaccination (et de la médecine) : un vaccin qui tuerait une personne sur mille ! Le tout soutenu par... Rien du tout. Si le but est d'effrayer le néophyte en brandissant des chiffres aussi spectaculaires que bidons, Marc Girard s'y prend plutôt bien.

Rappelons au passage que le vaccin a été testé sur plusieurs milliers de personnes sans qu'aucun effet secondaire grave n'ait été noté. Il a aussi été administré à quelques millions de personnes sans qu'aucun événement inattendu ne soit à déplorer.

La vaccination fonctionne. Ca fait plus de 100 ans qu'elle fonctionne et heureusement, ça ne va pas changer d'ici à demain.

 

Dans la foulée, Marc Girard ne manque pas de signaler « l'irresponsabilité des autorités » ou leur potentielle « incompétence » ou « corruption ». A se demander à quoi servent les milliers de personnes travaillant à l'OMS et dans les autorités sanitaires. Si corruption, irresponsabilité ou incompétence il y a, il va falloir mieux qu'un torchon de 38 pages bardé de mensonges, de raccourcis scientifiques et autres sophismes pour en faire la preuve.

 

Bien sûr, Marc Girard a une petite poignée d'exemples de coquilles du système de santé (et encore, qui sont discutables), comme tous les anti-vaccin. Cependant, personne n'a jamais prétendu que ce système était parfait ou exempt de dérives. Mais se servir de quelques imperfections pour imaginer un mélange d'incompétence et de corruption pouvant potentiellement décimer 65.000 français, c'est à la fois audacieux, irrationnel et stupide.

 

Pour en finir...

 

A ce point, nous en somme aux trois-quarts de l'essai. Le reste n'est qu'un rabâchage du « danger » que représente le vaccin, de l' « incompétence » de notre système de santé et des « experts » (dans ce dernier cas, les guillemets sont de Marc Girard) de l'OMS, lorsqu'ils ne sont pas tout simplement corrompus.

 

J'aurais pu relever d'autres incohérences ou d'autre détournements d'informations scientifiques, mais je pense qu'à ce stade de l'analyse, la malhonnêteté intellectuelle du Dr Marc Girard ne fait plus de doute. La seule chose que j'ignore, ce sont les motivations qui l'ont amené à diffuser sur le Net un tel ramassis de désinformation scientifique qui ne risque pas de faire remonter sa côte de crédibilité (sauf peut-être auprès des gens déjà acquis à sa cause).

 

Le problème avec ce genre de désinformation, c'est qu'elle n'est pas réversible. Il suffit de voir comment les anti-vaccin ont repris le document pour le diffuser un peu partout sur le Net comme une référence pour se rendre compte que des textes aussi mensongers peuvent avoir un véritable impact. Une fois le doute et la paranoïa répandue, il n'est pas aisé de ramener la population à la raison.

 

Pendant ce temps, la vaccination a commencé dans de nombreux pays et on attend toujours l'hécatombe annoncée par les anti-vaccin.

Olivier Chacornac

 


 

Références:

 

[1] http://www.rolandsimion.org/IMG/pdf/Vacciner_ou_pas.pdf

[2] http://www.doutagogo.com/article-35737962.html

[3] http://www.cochrane.org/reviews/en/ab004876.html

[4] http://www.cochrane.org/reviews/en/ab001269.html

[5] http://www.who.int/vaccine_safety/reports/June_2007/en/

[6] http://www.cochrane.org/reviews/en/ab004879.html

[7] http://jama.ama-assn.org/cgi/content/full/292/20/2478

[8] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14522059?itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.Pubmed_RVDocSum&ordinalpos=3

[9] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19758207?itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.Pubmed_RVDocSum&ordinalpos=5

[10]http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18231878?ordinalpos=1&itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.Pubmed_SingleItemSupl.Pubmed_Discovery_RA&linkpos=3&log$=relatedreviews&logdbfrom=pubmed
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