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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 11:51

 

 

 

Depuis quelques années , la propagande écologiste s’est orientée vers une dénonciation des « coûts cachés » du nucléaire. Un copieux rapport de 430 pages de la Cour des comptes, commandé en 2011 par François Fillon, a permis de faire le point sur ces assertions. Les conclusions de la Cour sont claires : les coûts intègrent toutes les dépenses passées, présentes et à venir. S’agissant du démantèlement des tranches à eau pressurisée, les coûts des réalisations US et le retour d’expérience de l’opération en cours à Chooz A dans les Ardennes font qu’il n’y a pas de mauvaises surprises à attendre.   Pour la fin de cycle des combustibles usés, les coûts du retraitement et du conditionnement sont bien connus. L’estimation du coût du stockage géologique en couches profondes a été multipliée par 2 suite à la condition de réversibilité imposée par la loi de 2006 alors que cette réversibilité est strictement inutile.

Merci à Jean Fluchère, ancien responsable de la centrale du Bugey (Ain), pour cette courte synthèse. Nous tenons à disposition des lecteurs une note plus longue, accompagnée des extraits des conclusions du rapport. 

Anton Suwalki

 


 

Les coûts du nucléaire en France

 

En 2011, le premier ministre François Fillon, devant les assertions des opposants au nucléaire sur les coûts « cachés » et pour éclairer le débat, a demandé à la Cour des Comptes un audit sur le sujet.

 

Les magistrats de la Cour ont réalisé cet audit dont les conclusions ont été présentées à la presse en mars 2012 par le Président, Didier Migaud.

 

Les conclusions, dont des extraits sont donnés plus bas, sont claires : les coûts du nucléaire en France intègrent :

 

les dépenses passées, R&D, ingénierie, investissements, intérêts intercalaires (intérêts payés sur les emprunts pendant la construction avant la mise en service qui correspond au début des amortissements).

 

Les dépenses présentes d’exploitation, de maintenance, de combustibles et de charges diverses.

 

Les dépenses futures de déconstruction et de fin de cycle des combustibles. Extrait du rapport : « Dans les différents calculs de coût de production, ces dépenses sont bien prises en compte. Elles sont estimées aujourd’hui à 18,4 Md€2010, en charges brutes, pour le démantèlement des 58 réacteurs du parc actuel et à 3,8 Md€2010 pour les derniers cœurs ».

 

La Cour considère cependant que la façon de prendre en compte la rémunération des capitaux investis (dit plus simplement, la constitution des provisions pour le renouvellement du parc) doit être revue.

 

Elle recommande d’adopter la méthode du coût courant économique (CCE) : le calcul du coût global moyen sur toute la durée de fonctionnement, utile notamment pour comparer les coûts de différentes formes d’énergie.

 

Dans cette approche, on cherche à mesurer le coût annuel de rémunération et de remboursement du capital permettant, à la fin de vie du parc, de reconstituer en monnaie constante le montant de l'investissement initial (c'est-à-dire le montant qui permettrait de reconstruire, à la fin de vie du parc, un parc identique au parc historique).

 

Pour faire ce calcul, EDF retient la méthode du coût courant économique qui permet la prise en compte du coût du capital dans le calcul du coût moyen de la production d'électricité nucléaire en la combinant avec le modèle financier, dit "modèle d'évaluation des actifs financiers" (MEDAF), d'usage courant chez les industriels, qui fournit une estimation du taux de rendement attendu par le marché pour un actif financier en fonction de son risque systémique.

 

Le coût de rémunération et de reconstitution du capital investi y est mesuré à travers un loyer économique à échéances annuelles constantes sur toute la durée de fonctionnement du parc.

 

Ce loyer est calculé de façon à permettre à un investisseur d’être remboursé et rémunéré de son investissement à la hauteur de sa valeur réévaluée à la fin de sa durée de vie. En d’autres termes, le loyer économique, constant en euros constants, reflète le prix qu’un fournisseur serait disposé à payer s’il avait à louer le parc nucléaire plutôt qu’à le construire.

 

Cette approche ne tient pas compte des conditions historiques de financement de la construction du parc et cherche à donner une idée de ce que coûterait aujourd’hui sa reconstruction à technologie constante. Elle permet de calculer le coût global moyen, pour l’exploitant, de production du parc nucléaire sur toute sa durée de vie.

 

La méthode de calcul d’EDF a été vérifiée par la Cour qui en a établi une version modifiée. Les résultats de cette méthode sont sensibles au taux de rémunération du capital choisi et, à l’inverse, ils ont une faible sensibilité à la durée de fonctionnement des centrales, ce qui ne permet pas de l’utiliser pour calculer l’impact financier induit par un allongement de la durée de vie du parc.

 

Le tableau ci-dessous fait ressortir que la méthode de calcul EDF donne 20 146 M€ en 2010 pour 20 172 M€ pour le CCE calculé suivant la méthode de la Cour.

 

fluchère tab1

 

 

Le tableau ci-dessous donne les résultats du calcul de la Cour des Comptes à savoir 49,5 €/MWh en coût complet. (A comparer à la seule taxe Allemagne sur les EnR qui était de 39,5 €/MWh en juillet 2012).

 

 

 

 

fluchere_tab3.JPG

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fluchère tab6

 

 

 

La Cour a calculé l’incidence de l’investissement de 55 Md d’€ d’ici 2025 pour intégrer tout le retour d’expérience de l’accident de Fukushima. Elle conclue que le coût courant économique du MWh augmenterait de 9,5 % en € 2010 d’ici 2025.

 

fluchère tab8

 

Recommandation de la Cour sur le démantèlement

Les coûts de démantèlement d’EDF, comme ceux d’AREVA et du CEA, font l’objet de calculs et de suivis réguliers qui montrent, d’une part, qu’en règle générale, les devis ont tendance à progresser dans le temps malgré les progrès des méthodes d’élaboration du fait de la nouveauté de ces sujets et du manque de retour d’expérience dans ce domaine, et que, d’autre part, ces augmentations sont périodiquement intégrées dans les comptes des exploitants, réduisant donc les risques de dérapages significatifs.

 

A titre illustratif et avec un calcul simplifié, à taux d'actualisation inchangé (5 %) :

 

*si le devis de démantèlement augmentait de 50 % : le coût annuel de production de l’électricité nucléaire progresserait de 505 M€, soit + 2,5 % du coût de production total ;

 

**si le devis de démantèlement doublait (+100 %) : le coût annuel de production augmenterait de 1 milliard. Cela ne représenterait toutefois qu’une augmentation du coût de production du MWh de 5 %.

 

La grande dispersion des résultats des comparaisons internationales montre l’incertitude qui règne dans ce domaine. (A noter cependant que les chiffres obtenus sur des démantèlements complets de tranches à eau ordinaire pressurisée de 900 MWe aux USA s’élèvent à 500 M$).

 

La Cour fait donc deux recommandations en matière de coût du démantèlement :

 

*elle souhaite qu’EDF utilise la méthode Dampierre 2009 comme support de son évaluation des provisions de démantèlement et non la méthode historique qui ne permet pas un suivi suffisamment précis des évolutions de cette provision

 

**elle confirme la nécessité et l’urgence de faire réaliser, comme l’envisage la DGEC, des audits techniques par des cabinets et des experts extérieurs, afin de valider les paramètres techniques de la méthode Dampierre 2009, et d’ajuster, si nécessaire, le niveau de provisionnement des opérateurs en conséquence.

 

Recommandation de la Cour sur les charges futures de fin de cycle des combustibles

 

Une incertitude importante pèse sur le coût de gestion à long terme des déchets

 

Les provisions qui couvrent les charges futures de gestion des combustibles usés sont calculées sans incertitude majeure, à partir des coûts et des tarifs d’AREVA.

 

En revanche, les provisions qui sont censées couvrir la gestion à long terme des déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue (HAVL et MAVL) ne sont pas stabilisées. Elles sont actuellement calculées sur la base d’un devis arrêté en 2003 mais qui a fait l’objet, depuis cette date, d’une révision approfondie par l’ANDRA aboutissant à un quasi doublement du devis initial en monnaie courante. EDF, AREVA et le CEA seront donc conduits à réévaluer leurs provisions dès que le montant définitif du devis sera arrêté.

 

Par ailleurs, en l’absence actuellement de filière capable de recycler les quantités de MOX (combustible mixte uranium-plutonium) et d’URE (uranium de retraitement) usés que produisent les centrales, EDF calcule les provisions pour la gestion à long terme de ces matières comme s’il s’agissait de déchets relevant du centre de stockage géologique profond dans les mêmes conditions que les déchets HA et MAVL. Cette disposition est acceptable, à condition que, dans cette hypothèse, la provision soit bien « calibrée », ce qui n’est pas assuré aujourd’hui. Au-delà du chiffrage, il serait plus sécurisant que cette hypothèse soit réellement étudiée et à terme, éventuellement développée, au cas où le programme de 4ème génération connaitrait des difficultés.

 

La Cour fait donc deux recommandations en matière de gestion à long terme des déchets :

 

*elle souhaite que soit rapidement fixé le nouveau devis sur le coût du stockage géologique profond, de la manière la plus réaliste possible, c'est-à-dire en tenant compte des résultats des recherches menées sur ce sujet mais sans anticiper sur leurs résultats, et dans le respect des décisions de l’ASN, seule autorité compétente pour se prononcer sur le niveau de sureté de ce centre de stockage ;

 

**elle demande à ce que soit chiffré, dans le cadre de ce nouveau devis, le coût d’un éventuel stockage direct du MOX et de l’URE produits chaque année et que cette hypothèse soit prise en compte dans les travaux futurs de dimensionnement du centre de stockage géologique profond.

 

En conclusion, les provisions pour gestion des combustibles usés semblent  relativement fiables, celles pour gestion des déchets devraient être rapidement revues. Le nouveau devis de l’ANDRA étant un peu plus du double de celui qui sert aujourd’hui de base aux calculs des provisions, il est intéressant de mesurer ce que donnerait un doublement de cette provision dont l’augmentation devrait également résulter d’un calcul plus précis des conséquences du stockage du MOX et de l’URE usés.

 

(Cependant l’uranium de retraitement représente un stock aujourd’hui réutilisable par la nouvelle usine d’enrichissement du combustible par ultra centrifugation)

 

Sur la base d'une simulation simplifiée, si l'on retient la dernière hypothèse de devis de l'ANDRA, le coût annuel de production de l'électricité nucléaire augmenterait de 200 M€ (soit + 1 % en €/MWh)

 

Ces tests de sensibilité à la variation de divers paramètres relatifs aux charges futures montrent que, compte tenu de l'horizon d'une durée de fonctionnement du parc de 40 ans sur laquelle ils ont été calculés, ils modifient le coût annuel actuel de production de l'électricité nucléaire de façon certes non négligeable mais relativement limitée.

 

A noter enfin que la prolongation d’activité des centrales au-delà de 40 ans accroit les provisions sans que le coût des opérations finales de démantèlement et de fin de cycle des combustibles change.

 

Jean Fluchère

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 12:25

 

Le 05 octobre 2012, 30 anciens directeurs de centrale ont publié un communiqué de presse pour faire connaître leur point de vue sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim annoncée lors de la conférence environnementale, alors même que l’autorité de sûreté nucléaire sur la base des tests effectués lors de la traditionnelle visite décennale des installations, avait autorisé sa prolongation pour 10 ans.

 

Cette prise de position n’ayant pas eu beaucoup d’écho dans les médias (une attitude à comparer avec le tapage autour du non-évènement survenu le 5 septembre, un peu de vapeur d’eau oxygénée échappée d’une cuve (*)), nous avons choisi de publier le communiqué,  convaincus comme ses auteurs, qu’ « aucun argument rationnel ne justifie l’arrêt prématuré de Fessenheim en 2016, arrêt qui entraînerait la suppression de 2 200 emplois directs et indirects et une perte économique importante pour ce territoire ».

A.S

(*) . http://imposteurs.over-blog.com/article-le-velot-d-or-a-noel-mamere-109807668.html

 


COMMUNIQUE DE PRESSE

 

FESSENHEIM : Un arrêt injustifié en 2016.

Sur la base de leurs connaissances et de leur expérience, 30 anciens Directeurs de sites nucléaires (liste en annexe) considèrent que la décision d’arrêt définitif de la centrale nucléaire de Fessenheim en 2016 ne repose sur aucun argument rationnel. Selon eux, aucun des grands critères à prendre en compte dans ce type de décision ne justifie la mise à l’arrêt définitif de cette centrale : 

1 – La sûreté de la centrale est-elle déficiente ? Ce n’est pas l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire qui vient de donner son accord pour la poursuite du fonctionnement pendant 10 ans de Fessenheim 1 au vu des examens et des travaux réalisés pendant la dernière visite décennale et instruit actuellement le dossier de Fessenheim 2. Elle a donné des instructions pour que des travaux soient réalisés dans des délais courts à la suite des examens complémentaires de sûreté post-Fukushima. L’exploitant EDF s’est engagé à les réaliser dans les délais.

2 - Les deux unités de la centrale  sont-elles obsolètes technologiquement ? Non : elles font  partie d'un parc de production homogène de 58 réacteurs, tous du type à eau sous pression (REP).  Elles ont pu bénéficier des améliorations apportées à toutes les unités du parc au fur et à mesure de leur mise en service et de leur exploitation. Fessenheim est au même niveau technique et de sûreté que les autres unités. De plus, il convient de noter que leur  centrale de référence construite sous licence Westinghouse aux USA, Beaver Valley 1, qui  a démarré un an avant Fessenheim 1, a reçu une autorisation de fonctionnement pour une durée de 60 ans de la part de l‘Autorité de Sûreté des USA.

3 -  Ces deux unités  sont-elles obsolètes économiquement ? Non, leur exploitation est au contraire très rentable. C’est ce qui ressort du rapport de la Cour des Comptes et du rapport du Centre d’Analyse Stratégique tous deux réalisés sur ce sujet précis en 2012. Ces deux instances, totalement indépendantes de l’exploitant, confirment l’intérêt économique de la centrale de Fessenheim qui dégage un revenu annuel de 400 millions d’euros pour EDF, ce qui contribue à la compétitivité du kWh nucléaire et aux tarifs modérés de l’électricité vendue aux consommateurs français.

4 - Y-a-il une surcapacité de production d'électricité en France et plus généralement sur la plateforme continentale de l'UE ? Non, c’est à la situation inverse qu’il va falloir faire face : aujourd'hui, et  plus encore en 2016 avec l’arrêt définitif de nombreuses installations thermiques européennes  en raison de leur obsolescence vis-à-vis des nouvelles normes environnementales sur les rejets gazeux.  En France, la perte de capacité va être de 87OO MWe à l’horizon 2016 (sans compter les 1800 MWe de Fessenheim) ce qui justifie la poursuite du fonctionnement des installations qui, telles les deux unités de Fessenheim, participent à la production d’une électricité sans émission de gaz à effet de serre.

Par ailleurs, l’argument mis en avant sur la création d’un pôle d’excellence de déconstruction n’est pas recevable. La déconstruction d’une installation nucléaire ne requiert que 10 % environ des effectifs d’exploitation et les profils d’emplois sont complètement différents.

EDF dispose d’une compétence de haut niveau en matière de déconstruction avec un  centre d’ingénierie spécifique, le CIDEN à Villeurbanne, qui supervise la déconstruction de 9 centrales représentant toutes les filières. La France, au travers d’EDF et de ses co-traitants, a donc déjà une expertise globale et reconnue sur la déconstruction de toutes les filières nucléaires.

En conclusion, aucun argument rationnel ne justifie l’arrêt prématuré de Fessenheim en 2016, arrêt qui entraînerait la suppression de 2 200 emplois directs et indirects et une perte économique importante pour ce territoire.

Cet arrêt prématuré porterait un grave préjudice à l'un des secteurs industriels dans lequel la France est reconnue au plan mondial.

Nous proposons donc d’attendre la position qui sera prise par l’ASN lors des prochaines visites décennales. De toute façon, l’ASN peut à tout moment exiger l’arrêt momentané ou définitif d’une installation quelle qu’elle soit.

 

Liste des signataires

Les 30 signataires de ce communiqué sont des anciens Directeurs de sites nucléaires. La plupart d'entre eux ont participé à la construction, à la mise en service, et au fonctionnement du programme électronucléaire français lancé au début des années 70. Ces cadres supérieurs ont mis toutes leurs compétences à la disposition du service public de l'électricité, et exercé leur responsabilité d'exploitant nucléaire en manageant les personnels et les complexes industriels dont ils avaient la charge.

Sur la base de leurs connaissances et de leur expérience, ils estiment devoir faire connaître leur point de vue au public.

Abraham Jean-Pierre

Ancien Directeur du site du Blayais

Andrieux Michel

Ancien Directeur du site du Tricastin

Beauchesne Gérard

Ancien Directeur du site de Paluel

Bertron Lucien

Ancien Directeur du site de Chooz A, du site du Bugey et du parc EDF

Bultel Joel

Ancien Directeur du site de Flamanville et du site du Tricastin

Burtheret  Jacques

Ancien Directeur du site de Cruas

Canaff Yves

Ancien Directeur du site de Golfech

Carlier Pierre

Ancien Directeur du site du Bugey et du parc électronucléaire EDF

Chevallon Jean-Claude

Ancien Directeur du site de Saint Laurent des eaux

Daumas Jacques

Ancien directeur du site de Fessenheim

Daurès Pierre

Ancien Directeur du site du Bugey et ancien Directeur Général d'EDF

Ferriole Guy

Ancien Directeur du site de Saint Alban

Fluchère Jean

Ancien Directeur du site du Bugey

Giraud Bernard

Ancien Directeur du site du Tricastin

Greppo Jean-François

Ancien Directeur du site de Fessenheim

Griffon Fouco Martine

Ancienne Directrice du site du Blayais

Halbert Jacques

Ancien Directeur de l'UNIPE

Hallé Henri

Ancien Directeur du site de Saint Alban

Houpin Bernard

Ancien Directeur du site de Gravelines

Lacroix André

Ancien Directeur du site de Creys-Malville

Leblond André

Ancien Directeur du site de Fessenheim et du site de Saint Laurent des Eaux

Leroy Michel

Ancien Directeur du site de Paluel

Magnon Bernard

Ancien Directeur du site de Creys-Malville et du site du Tricastin

Maurin Jacques

Ancien Directeur du site de Belleville

Morel Max

Ancien Directeur du site de Chooz A et du site de Cruas

Peyraud Bernard

Ancien Directeur du site de Nogent sur Seine

Schmitt Pierre

Ancien Directeur du site de Creys-Malville

Stéphany Patrick

Ancien Directeur du site de Dampierre

Vedrinne Jean-François

Ancien Directeur du site de Dampierre et du site du Bugey

Virleux Pierre

Ancien Directeur du site de Saint Alban

 

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 20:10

papillonIl y a des mauvaises nouvelles – bonnes pour la presse et les médias – qui tombent mal, en plein mois d'août.  Une équipe de chercheurs de l'Université des Ryukyus, à Okinawa, a en effet publié le 9 août 2012 une étude dans Scientific Reports, un journal sur internet diffusé par l'éditeur du magazine Nature, sur les effets biologiques de l'accident nucléaire de Fukushima sur le papillon Zizeeria maha [1].

En bref, l'équipe a collecté des papillons à différents endroits autour de Fukushima (à des distances de 20 à 225 km, cette dernière pour Tokyo) en mai 2011 (soit environ deux mois après l'accident) et en septembre 2011.  Il y a aussi eu une collecte à Kobe, à 600 km de distance de la centrale, en octobre 2011, pour servir de témoin pour la dernière phase du programme.  Ils ont étudié les anomalies de taille, de forme et de ponctuation des ailes ainsi que des anomalies portant sur les yeux et d'autres organes, et ce, sur ces papillons ainsi que sur des descendances en laboratoire, de première et deuxième génération, de certains d'entre eux.  Ils ont constaté que le taux d'anomalies a augmenté avec le temps (de 12,4 % en mai à 28,1 % en septembre pour sept localités) et d'une génération à l'autre (allant jusqu'à 60,2 % pour une F1 issue de papillons capturés en septembre sur cinq lieux).

Selon le résumé, ils montrent que « l'accident a provoqué des dommages physiologiques et génétiques » et concluent que « les radionucléides artificiels de la centrale nucléaire de Fukushima ont provoqué des dommages physiologiques et génétiques à cette espèce ».  La quasi-répétition est intéressante en elle-même : elle montre l'état d'esprit des chercheurs.

L'article a toutes les caractéristiques pour devenir un blockbuster de la contestation antinucléaire, anticapitaliste et technophobe ; des commentaires sur lui font du reste leur chemin, souvent par copier-coller, sur la blogosphère.  Mais le battement d'aile de papillon à Tokyo n'a pas déclenché de tempête médiatique à Paris.  Peut-être n'est-ce qu'une question de temps.

Il mérite par conséquent une analyse.  Nous ne sommes pas des spécialistes de la lépidéptoro-nucléo-génétique, mais prétendons avoir un bagage scientifique et épistémologique suffisant pour débusquer les errements et impostures en accord avec l'objectif de ce site.

Mais avant cela, il convient de se pencher sur le traitement médiatique de l'article.  Car rien ne sert d'éreinter un article scientifique de piètre qualité s'il n'émerge pas de la littérature scientifique et ne touche qu'un lectorat avisé.

Les indécences du traitement médiatique de l'article en France

            L'antinucléarisme primaire de l'AFP

Le correspondant de l'AFP à Tokyo a relaté à juste titre que l'auteur principal, a déclaré que « ces résultats devaient être pris avec précaution, précisant que l'effet observé n'était avéré à l'heure actuelle que sur les papillons et sur aucune autre espèce animale ni sur l'homme » (encore que l'auteur soit bien moins net dans l'article scientifique) [2].  Mais le correspondant a cru bon de conclure son article sur les craintes des travailleurs de la centrale et des habitants de la région, et surtout par : « Des associations affirment que des effets de la radioactivité se sont transmis sur plusieurs générations à Hiroshima et Nagasaki (sud-ouest), après le lancement de bombes atomiques par les Américains en août 1945 à la fin de la Seconde guerre mondiale. »

On trouve là un des problèmes récurrents de l'information à la mode AFP : un antinucléarisme et plus généralement une technophobie (sélective, il va de soi) primaires.

L'information a manifestement été relayée par l'Agence télégraphique suisse [3].  Sans la digression finale de l'AFP... on voit où sont les pros.

         L'escalade du Monde, mais la nuit porte conseil

Le Monde a essentiellement reproduit la dépêche de l'AFP du 14 août 2012 [4].  Mais sous un titre en lui-même anxiogène de par sa référence suggérée aux OGM : « Des papillons modifiés génétiquement par les radiations de Fukushima ».

Il lui était évidemment impossible, de par sa ligne éditoriale, de ne pas succomber à la tentation.

Le Monde a toutefois produit son propre article sous la plume de son correspondant à Tokyo, Philippe Pons [5].  C'est meilleur, même s'il est question en introduction d'un «très inquiétant tableau clinique de papillons de la région de Fukushima ».  Mais M. Pons a largement donné la parole à M. Otaki, qui s'est employé à remettre l'étude à sa juste place en relativisant sa portée.

            L'argument d'autorité du Huffington Post

Le Huffington Post a aussi péché en reprenant la dépêche de l'AFP [6].  Il l'a fait partir, prétendument, de Fukushima (la dépêche de l'AFP était en provenance de Tokyo).  C'est vraiment petit bras.

C'est à mettre à son crédit, le journal, se distinguant en cela de l'AFP, a cité la source, Scientific Reports, et l'a mise en lien.  Mais il a ajouté : « un journal sur internet diffusé par l'éditeur de Nature, magazine scientifique qui fait autorité ».

Le prestige de Nature – revue qui n'est du reste pas toujours à la hauteur de sa réputation d'excellence – ne saurait rejaillir sur Scientific Reports, un journal en ligne qui ne sera pas évalué en termes de facteur d'impact avant 2013.  Et même : ce qui compte c'est la seule valeur intrinsèque de l'article.

         L'hystérie de Paris Match

Paris Match est de ceux, rares, qui ont produit leur propre texte [7].  L'article d'Otaki et al. y est promu au rang de « rapport scientifique établi par sept spécialistes japonais ».  En introduction, on nous gratifie d'un détour par Tchernobyl et, surtout, par la littérature dissidente.  L'auteur fait l'impasse sur les déclarations de Joji Otaki sur l'impossibilité de transposer les résultats de la recherche sur l'homme, ce pour pouvoir écrire : « Leur conclusion fait froid dans le dos. »

Nous, c'est plutôt l'incompétence crasse de l'auteur et le cynisme sans bornes du journal qui nous font froid dans le dos.

Des observations (trop ?) minutieuses et sujettes à caution...

Les auteurs ont abondamment illustré leur article et nous fournissent donc un aperçu des anomalies de développement qui sous-tendent leurs conclusions (à condition d'avoir une très bonne vue et de savoir interpréter les photos !).  On peut les ranger facilement en deux catégories : celles qui semblent impliquer un handicap certain ou une malformation importantes, et les autres, parmi lesquelles les défauts dans la ponctuation (perte, dislocation, manque de netteté ou agrandissement). Celles qui sont indiscutables, et celles qui relèvent du jugement de l'observateur.  Mais il est difficile d'entrevoir les modifications qui relèvent manifestement du dérèglement physiologique ou de la mutation génétique.

Les auteurs admettent implicitement avoir fait preuve de ce que les uns appelleront minutie et les autres pinaillage.  À propos des adultes capturés en mai (144 au total sur dix sites), ils écrivent en effet : « La plupart des adultes capturés semblaient normaux sur le plan morphologique et comportemental, mais de petites (« mild ») anomalies ont été détectées sur certains individus après examen minutieux (« close inspections »). »

Et dans la partie « méthodes », ils expliquent que les papillons ont été examinés par deux personnes, avec une procédure de confrontation des observations et points de vue.  « Des désaccords survenaient souvent du fait que des anomalies avaient échappé [à l'un des observateurs] » [8].  Ainsi, le pointage des anomalies a peut-être dépendu des capacités respectives de négociation des observateurs... ou de leur rang hiérarchique.  Il aurait été plus raisonnable de n'admettre comme anomalie que ce qui a été déclaré tel, indépendamment, par chacun des observateurs.

Du silence de l'article sur ce point on doit aussi admettre que les observations n'ont pas été faites en aveugle.  On cumule donc pour cet article la subjectivité des données et un biais de l'observateur.

...et des conclusions (trop ?) péremptoires

Le béotien peut être amené à se demander si cet article n'est pas « beaucoup de bruit pour rien », ou pas grand chose.  La question mérite d'être posée même si, posée ainsi, elle est mal fondée.

En effet, la question intermédiaire est de savoir si toutes ces anomalies sont bien génétiques (et dues aux radiations).  Les auteurs y répondent en partie, au détour d'un texte très mal écrit car mélangeant descriptions d'observations, commentaires incidents, discussion et conclusions : « Bien que des effets épigénétiques ne puissent pas être entièrement exclus, il est fort probable que les phénotypes anormaux observés sont produits par des mutations aléatoires (sic – les mutations sont toujours aléatoires) causées par l'exposition aux radiations. »

Il s'ensuit que les conclusions péremptoires citées ci-dessus deviennent, au mieux, suspectes.  En tout état de cause, constater qu'il y a eu des phénomènes génétiques et des phénomènes physiologiques reste vrai quelle que soit la proportion des uns et des autres.  Mais les conséquences qu'on tire d'une telle constatation varient du tout au tout.

Un lien de causalité et une conclusion posés a priori

Tout au long de l'article, le lien de causalité entre les anomalies constatées et les radionucléides dégagés par la centrale de Fukushima est posé a priori.  Les chercheurs se sont donc efforcés de confirmer une conclusion écrite d'avance dans ses grandes lignes. Ils citent pourtant une étude (de surcroît de Joji Otaki [9]) qui montre que d'autres facteurs sont susceptibles de provoquer le même type de modifications ; et qui nous suggère que certaines « anomalies » ne sortent pas du cadre de la variabilité phénotypique normale.

Tout au long de l'article ? Presque.  Dans la partie « discussion », ils sont soudain plus prudents : « Cette détérioration – écrivent-ils – est le plus probablement due aux radionucléides artificiels de la centrale de Fukushima Dai-chi, ainsi que le suggèrent notre travail de plein champ et nos expériences en laboratoire » (les italiques sont de nous).  De même pour la mise en évidence de mutations germinales : « Nous avons observé des anomalies dans la génération F1 qui n'avaient pas nécessairement été vues sur les parents du premier vol [capturés en mai 2011], et ces anomalies ont été héritées par la génération F2, ce qui suggère que les cellules germinales de ce papillon ont subi un dommage génétique » (idem).

La preuve de l'embarras de l'équipe est peut-être fournie par les déclarations de Joji Otaki à la presse : « Nous en avons tiré la conclusion claire que les radiations dégagées par la centrale Fukushima Daiichi avaient endommagé les gènes des papillons. » Il faut certes se méfier des déclarations orales, peut-être faites dans une langue autre que la maternelle, et de leur reproduction par la presse, mais « tirer une conclusion claire » (« firm » en anglais) n'est pas « démontrer ».

Une expérience séralinienne...

Comment prouver la relation de cause à effet ? En soumettant artificiellement des chenilles de papillons (selon la partie « méthodes ») ou des chenilles et des chrysalides (selon la partie « résultats ») provenant d'une région non contaminée (Okinawa) aux radionucléides, plus précisément au césium 137.  Les chercheurs ont donc infligé deux doses par irradiation externe : « jusqu'à » 55 mSv (0.20 mSv/h) et 125 mSv (0.32 mSv/h).

Problème : les doses relevées sur le terrain s'expriment, non pas en milli-, mais en microsievert par heure.  Le débit de dose équivalente maximum indiqué dans les informations complémentaires (tableau 8) est de 18,86 µSv/h, relevé à Nagadoro (région montagneuse d'Itate) à l'occasion de la collecte de feuilles d'Oxalis pour l'expérience d'irradiation interne.  Lors de la collecte de papillons, le débit de dose maximum au sol a été de 3,09 µSv/h à Motomiya en mai 2011 (tableau 1).  En d'autres termes, les débits de doses expérimentaux sont des milliers de fois supérieurs aux débits mesurés sur le terrain, et les doses des dizaines de fois au moins.

Et donc problème : a-t-on le droit d'écrire – sans autre qualification – dans le résumé : « Des anomalies similaires ont été reproduites expérimentalement sur des individus de zones non contaminées par exposition externe et interne à de faibles doses » ?

...aux résultats bien curieux...

Les auteurs ont choisi de présenter leurs résultats sous la forme de deux graphiques, peu lisibles, sans données numériques dans les informations complémentaires.  Étrange...

Le premier (figure 5b) présente les tailles des ailes antérieures, mais uniquement pour la dose de 55 mSv.  Les papillons irradiés sont plus petits ; rien de surprenant, ils ont dû être bien secoués.  Mais on navigue dans des écarts de l'ordre du millimètre pour une taille un peu supérieure à un centimètre.  On pourrait dire que c'est tout de même de l'ordre de 10 %, pour les écarts ; en fait, c'est de l'ordre de la précision de la mesure.

Le deuxième (figure 5c) présente les taux de survie aux stades préchrysalide, chrysalide, pré-éclosion, éclosion et adulte.  Les taux de survie des témoins sont remarquablement élevés (du côté de 95 % au stade adulte), peu compatibles avec les données fournies pour Kobé dans les tableaux supplémentaires 3 et 4 (une mortalité de l'ordre de 20 %).  Ceux des individus irradiés sont, sans surprise moindres et fonction de la dose (à vue nez 75 % et 55 %).  Mais les deux courbes sont sensiblement parallèles jusqu'au stade chrysalide pour diverger ensuite.  Les chercheurs ne s'expriment pas sur l'absence de relation dose-effet jusqu'au stade chrysalide.

Quant aux anomalies de développement, on restera sur notre faim (hormis pour quelques photos).

...et une autre aux résultats encore plus curieux

Pour l'exposition interne, on a nourri des chenilles du premier stade tardif ou du deuxième stade, issues de femelles d'Okinawa, avec des feuilles d'Oxalis de cinq provenances, diversement contaminées (activités du césium 137 de 0,53 à 23.100 Bq/kg).

Cette expérience est viciée sur le plan méthodologique.  Les feuilles, collectées dans la nature (et à des dates différentes), peuvent varier grandement pour des facteurs autres que la radioactivité du césium, et donc biaiser les résultats.

Étrangement, aucun détail n'est fourni sur le nombre de géniteurs et le nombre de chenilles.  Comme précédemment, les résultats nous sont montrés sous la forme de graphiques peu lisibles, sans plus de détails.

Le premier (figure 5d) présente les taux de survie aux stades pré-chrysalide, chrysalide, pré-éclosion, éclosion et adulte.  Curieusement, la courbe de Itate Mountain (activité du césium 137 de 23.100 Bq/kg, soit le maximum) commence par suivre celle d'Hirono (771 Bq/kg) jusqu'au stade chrysalide pour plonger ensuite et atteindre un taux de survie final aux alentours de 55 %.  Plus curieux encore, elle est constamment au-dessus de celles d'Itate Flatland (5.420 Bq/kg) et Fukushima (4.170 Bq/kg), lesquelles aboutissent à un taux de survie au stade adulte de 40 %.  En bref : la relation dose-effet, attendue, n'est pas au rendez-vous.

Le deuxième (figure 5e) présente les taux de mortalité (soit le complément à 100 % du taux de survie) au stade chrysalide en fonction de l'activité du césium 137.  Pour notre part, nous avons de grandes difficultés à faire le lien entre ce graphique et celui commenté précédemment ; en bref, il nous suggère une belle relation dose-effet d'apparence logarithmique qu'on ne trouve pas dans le graphique précédent.  Et pourquoi au stade chrysalide seulement ?

Il nous présente aussi le taux d'anomalies, mais uniquement pour la ponctuation des ailes, les cinq points du graphique suggérant une relation cette fois linéaire.

Le troisième (figure 5f) présente les tailles des ailes antérieures.  Les auteurs mettent en évidence quelques différences hautement significatives, statistiquement, mais il ne se dégage aucune tendance claire.

Des abscisses désordonnées

Ainsi qu'on vient de le voir, on peut reprocher aux auteurs leur sélectivité dans la présentation des résultats.  On ne s'appesantira pas, par ailleurs, sur l'expression des résultats en pourcentages pour des effectifs réduits, voire très réduits.

La première partie, sur les anomalies constatées sur les papillons capturés en mai 2011 et sur les F1, illustre un autre « truc » : le choix « judicieux » de l'abscisse.  C'est la dose de radiation au sol – ce qui est a priori raisonnable – pour la figure 1d qui présente la taille des ailes antérieures des papillons mâles capturés.  Le nuage de points semble pouvoir se ramener à une droite de régression.  Mais dans les figures 2b (demi-temps d'éclosion) et 2c (pourcentages d'anomalies – pour les seuls appendices des F1 issus de la collecte de mai), on utilise... la distance de la centrale.  Heureux hasard, les points s'alignent plus ou moins ! Mais c'est là une présentation parfaitement fallacieuse car il n'y a aucune corrélation entre la distance de la centrale et la contamination du site.

En fait, les auteurs se sont échinés à trouver des résultats statistiquement significatifs et interprétables (surtout dans le sens de leurs opinions préconçues), et ont présenté préférentiellement ceux-ci dans leur article.

Des conclusions réfutées par les auteurs eux-mêmes

Les auteurs n'ont pas éludé le caractère surprenant de la corrélation avec la distance, et pas avec le débit de dose au sol.  Ils supputent que la distance est moins aléatoire que le débit de dose qui peut varier de plus d'un ordre de grandeur à quelques mètres de distance.  Et suggèrent que cela a pu estomper la corrélation dose-taux d'anomalies.  Ils notent aussi que leurs estimations n'ont pas pris en compte les changements dans le temps.

On ne peut que les suivre pour ce qui est de la mesure des doses en notant, en outre, que les papillons... volent.  Mais ces explications ont aussi pour conséquence d'affaiblir la signification de leurs constatations sur les corrélations dont l'un des termes est la dose au sol.

Des taux d'anomalies anormaux ?

La communication anxiogène s'est évidemment précipitée sur les taux d'anomalies, il est vrai alarmants, produits par les auteurs.  Mais y a-t-il vraiment de quoi s'alarmer ?

            Les papillons de mai

Les papillons mâles capturés sur sept sites en mai 2011 présentaient un taux d'anomalies de 12,4 % selon les auteurs ; c'est en fait 15 individus sur 121, avec des anomalies dont on ne connaît pas le détail (le tableau supplémentaire 2 fournit une répartition par organe, mais en pourcentages), ni la cause réelle.  Anomalie de taille de l'étude : il n'y a pas de témoin !

La durée de vie de ces papillons étant d'environ un mois, ils ont donc subi les radiations aux stades adulte et au moins chrysalide.

Que représentent ces 12,4 % ? Le tableau supplémentaire 7, sur les taux d'anomalie des adultes capturés en septembre-octobre 2011 inclut Kobé, à près de 600 km au sud-ouest de la centrale et une dose de radiations au sol de 0,08 µSv/h, un témoin fort acceptable.  Son taux d'anomalies, pour 46 adultes (tableau supplémentaire 1), est de 13 %.

         La première génération issue des papillons de mai

La F1 issue de papillons de huit sites, et élevée en l'absence de radiations tératogènes, était censée montrer que ces papillons avaient subi les effets délétères des radiations au niveau de leurs cellules germinales.  Et les auteurs avancent un taux d'anomalies de 18,3 %, « 1,5 fois le taux général d'anomalies de la génération parentale ».  Oui, mais...

D'une part, il n'est pas légitime de comparer sans aucune précaution, même oratoire, un taux d'anomalies relevé sur le terrain et un taux issu d'un élevage en milieu protégé.

D'autre part, ce chiffre résulte d'un petit nombre de géniteurs (par exemple deux mâles et une femelle pour Shiroishi, trois et cinq pour Fukushima, etc.).  Les mâles et femelles de chaque localité, en nombre variable, étaient mis ensemble de sorte qu'on ne connaît pas le nombre de femelles ayant pondu, ni l'identité des géniteurs mâles.  Les chercheurs ont donc pris un gros risque de biais de sélection et d'effet fondateur.

En fait, on pourrait penser que ce taux est une sous-estimation par rapport à une F1 qui aurait été issue de tous les papillons capturés ; car, selon la partie méthodes, pour les F1, « nous avons choisi des mâles et des femelles parmi les plus sains et vigoureux », certains présentant tout de même de légères anomalies.  Ceci a une grande influence sur l'écart constaté avec la F2.

Mais, enfin, ce taux est du même ordre que pour la F1 issue de papillons de Kobé, qui n'avaient pas subi les radiations.  En effet,  le taux, si l'on prend 223 adultes (le total des mâles et des femelles fait 118...) et 43 anormaux, est de 19,28 % (tableau supplémentaire 3).  Ajoutons ici que le taux de mortalité est de 16,17 % pour Kobé, bien supérieur à ceux que nous avons vu ci-dessus pour les expériences d'irradiation.

         La deuxième génération issue des papillons de mai

Le taux d'anomalies grimpe à 33,5 %.  Mais il faut savoir comment les deux générations ont été produites.

Les F1, comme on l'a vu, étaient issus de papillons fondamentalement sains et vigoureux.  Pour la F2, il est dit dans la partie méthodes : « Pour les croisements entre individus F1 issus des femelles du premier vol capturées en mai 2011, une femelle vierge relativement aberrante a été sélectionnée [...] et mise avec 3 mâles vierges de Tsukuba, produisant 10 souches de six sites. »  Ce n'est pas très clair.  Selon la partie résultats, il faut comprendre que l'on a pris 10 femelles, dont neuf anormales et une normale, et qu'on les mises, chacune, avec trois mâles d'apparence normale issus de papillons de Tsukuba, une ville dont le débit de dose au sol était faible.  L'une n'ayant pas produit d'adultes, nous avons donc neuf résultats (dont un portant sur... deux individus et un autre, sur... un individu).

Au total, il ne semble pas du tout anormal que le taux d'anomalies grimpe entre une F1 issues de papillons a priori normaux, pour la plupart, et une F2 issues de neuf femelles anormales et d'une normale.

Ce volet de l'étude avait pour objet de vérifier que les anomalies des individus de la F1 étaient transmises à la descendance.  Il ne permet certainement pas de conclure car, à notre sens, il a été très mal conçu.  Et les résultats ne sont guère convaincants (figures 3a et 3b).

Mais surtout, ce qui importe ici est de dénoncer les manoeuvres des manipulateurs d'opinion.  Quand le correspondant de l'AFP écrit : « La proportion a encore grimpé (à 34%) pour la troisième génération, alors que les scientifiques avaient pris soin de choisir un papillon sain d'une autre région pour l'accoupler avec un papillon de Fukushima », il a soigneusement omis de signaler que le « papillon de Fukushima » était taré.

         Les papillons de septembre-octobre

S'agissant de la collecte de septembre-octobre 2011, le taux d'anomalies est de 28,1 % sur sept sites et 238 individus au total.  L'augmentation (on était à 12,4 % en mai) est une information importante, et nous ne nous aventurerons pas à la nier dans son principe.

Mais encore faudrait-il que les chiffres soient représentatifs.  Or ces taux ont été obtenus en divisant le nombre d'individus anormaux par le nombre total, sans tenir compte de leur distribution...  Et il se trouve que la distribution de mai était relativement régulière et que celle d'octobre présente de gros effectifs pour les sites qui affichent les plus gros taux d'anomalies !  C'est là une énorme bévue statistique.  Les moyennes des taux sont de 13,1 % et 20,7 %, respectivement.

Il y a, selon les auteurs, une bonne corrélation avec la dose au sol ; ils nous gratifient donc d'une belle figure 4b.

Mais on ne pourra pas ignorer que la collecte de mai n'avait pas produit de corrélation similaire, si ce n'est pour la taille des ailes antérieures des seuls mâles.

Et il y a une autre curiosité.  Les mesures de débits de dose au sol ont évolué, ce qui est normal puisqu'une partie de la radioactivité a disparu ; mais ne se serait pas faite de façon cohérente.  Certains lieux de capture ont aussi été changés, ce qui introduit de nouvelles mesures.  En particulier, Fukushima, qui affichait une moyenne de 1,19 µSv/h en mai se retrouve à 1,57 µSv/h.  En bref, les positions sur l'axe des abscisses ont changé.  Et par un heureux hasard...

         La première génération issue des papillons de septembre

Dans la F1, le taux d'anomalies grimpe aux environs de 60 % (pour cinq sites), alors qu'il était à 18,3 % pour la F1 issue des papillons capturés en mai.  Là encore, difficile de ne pas prêter une grande attention à cette augmentation.

Mais, là encore, il faut voir le détail.  « Nous avons sélectionné » – sur quels critères de répartition ? – « à la fois des mâles et des femelles sains (non anormaux) et anormaux d'un site de capture et les avons mis ensemble dans des cages (2 mâles et 5 femelles pour Kobé, 2 et 4 pour Takahagi, 2 et 4 pour Iwaki, 2 et 3 pour Hirono, 2 et 5 pour Motomiya, et 4 et 5 pour Fukushima) ».  En d'autres termes, les chercheurs avaient fait l'effort de choisir des géniteurs sains pour la F1 de mai ; pour celle de septembre, ils ont mis des sains et des anormaux pêle-mêle dans des cages.  Ils ont fait une exception pour Kobé (qui a manifestement été un témoin ajouté à la dernière minute, les papillons ayant été capturés début octobre), dont tous les géniteurs étaient sains.

En d'autres termes, l'écart avec la F1 de mai et l'écart avec le témoin Kobé est, au moins en partie, dû à un biais de sélection.

Quant aux causes de l'augmentation, les auteurs suggèrent que le taux élevé d'anomalies pourrait s'expliquer par une accumulation de mutations causée par une exposition continue à de faibles doses sur plusieurs générations.  C'est peut-être vrai, peut-être pas.  Ils n'ont pas cherché à le prouver, ou même le rendre vraisemblable.  Ils n'ont pas signalé une augmentation du nombre d'individus porteurs de deux anomalies non létales ou plus, signant une telle accumulation.  De toute manière, pour nous convaincre, il ne suffit pas d'écrire, avec une certaine désinvolture : « [...] comme prédit à partir de nos expériences précédentes de croisements à partir d'adultes de la première génération. »

Des chercheurs qui papillonnent

Au total, les chercheurs ont papillonné d'une expérience au protocole hasardeux à l'autre ; cherché à démontrer des conclusions préconçues plutôt que de tester des hypothèses ; employé des méthodes statistiques qui défient l'entendement ; aligné préférentiellement des résultats significatifs statistiquement même s'ils paraissaient insignifiants matériellement ; omis de présenter ou de détailler des résultats non significatifs statistiquement, mais néanmoins d'un grand intérêt matériel (l'absence de différences significatives ou de corrélation nette est une information aussi importante qu'une présence) ; proposé des explications téméraires et contradictoires ; etc.  C'est là des reproches que l'on peut faire à beaucoup de chercheurs (particulièrement les militants).  À la décharge des auteurs, publish or perish n'y est pas tout à fait étranger.

La démarche erratique est bien illustrée par le grand écart entre le texte de l'article et les déclarations à la presse.  Selon l'article les chercheurs ont utilisé le papillon Zizeeria maha « comme espèce indicatrice pour évaluer les conditions environnementales ».  La BBC [10] (et d'autres journaux anglophones) rapporte que, selon Joji Otaki, « On a cru que les insectes étaient très résistants aux radiations.  En ce sens, nos résultats étaient inattendus. »  Il est difficile de croire que l'on ait pu prendre comme indicateur une espèce d'une classe réputée peu sensible aux radiations.

Que des articles de piètre qualité soient publiés n'est pas forcément une mauvaise chose.  Ils alimentent certes la junk science, mais les spécialistes font le tri ; et ces articles peuvent donner lieu à de nouvelles recherches qui n'auraient pas trouvé de financement sans eux.  Ce fut le cas pour le fameux article de Losey et al. dans Nature sur le papillon monarque et le maïs GM [11].

On peut souhaiter le même sort à l'article examiné ici.

En attendant, Mousseau...

Si Scientific Reports est un journal à comité de lecture, il y a eu carence à ce niveau.  C'est particulièrement regrettable dans ce cas compte tenu des dérapages médiatiques auxquels on pouvait s'attendre, même si l'article ne verse pas dans le catastrophisme (du reste, les auteurs ne semblent pas s'être précipités à la rencontre des médias comme ce fut le cas récemment en France pour une étude sur le Cruiser OSR et les abeilles).

Joji Otaki avait, dans ses réponses à la presse, « prévenu que ces résultats devaient être pris avec précaution, précisant que l'effet observé n'était avéré à l'heure actuelle que sur les papillons et sur aucune autre espèce animale ni sur l'homme » [2].  Les médias n'ont pas tous repris cet avertissement, et pour cause.  Certains, notamment dans la presse anglo-saxonne, sont allés chercher des commentaires plus conformes à leurs intérêts financiers.

Et ils ont notamment trouvé Tim Mousseau, de l'Université de Caroline du Sud, un scientifique de la « bonne obédience » [12].  Slate en a repris un morceau de bravoure [13] : « Cette étude est importante et bouleversante dans ses implications pour les communautés humaines et biologiques vivant à Fukushima ».

Curieusement, le Monde l'a tronqué en supprimant « et bouleversante » [5]. 

Ce qui est bouleversant, c'est l'irruption d'une foi quasi religieuse dans la science [14].  Le Monde nous en offre une démonstration éclatante [5] :

Joji Otaki, auteur de l'étude : « En science, on ne peut jamais être sûr à cent pour cent [...],  Sans tirer des conclusions hâtives, il convient d'être attentif aux mutations morphologiques observées. Une corrélation entre ces phénomènes et la proximité de la centrale n'est pas certaine mais elle n'est pas impossible. »

Tim Mousseau, lecteur de l'étude  : « ces anomalies morphologiques ne peuvent s'expliquer que par l'exposition aux radiations. »

Wackes Seppi

Notes :

[1]  The biological impacts of the Fukushima nuclear accident on the pale grass blue butterfly, Atsuki Hiyama, Chiyo Nohara, Seira Kinjo,  Wataru Taira, Shinichi Gima,  Akira Tanahara &Joji M. Otaki, Scientific Reports 2, Article number: 570 doi:10.1038/srep00570

http://www.nature.com/srep/2012/120809/srep00570/full/srep00570.html#/affil-auth

[2]  http://www.romandie.com/news/n/_Des_papillons_mutants_decouverts_apres_Fukushima__RP_140820121111-17-227172.asp?

[3]  http://www.romandie.com/news/n/Radioactivite_des_papillons_mutants_decouverts_apres_Fukushima28140820121354.asp

[4]  http://www.lemonde.fr/japon/article/2012/08/14/des-papillons-modifies-genetiquement-par-les-radiations-de-fukushima_1745872_1492975.html

[5]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/08/15/des-papillons-mutants-autour-de-fukushima_1746252_3244.html

[6]  http://www.huffingtonpost.fr/2012/08/14/fukushima-papillon-mutants-etude-japon_n_1774823.html

[7]  http://www.parismatch.com/Actu-Match/Environnement/Actu/Les-papillons-mutants-de-Fukushima-418649/?sitemapnews

[8]  Le texte original dit : « apparent abnormalities », ce qui pose un défi au lecteur (à commencer par le reviewer, qui n'a pas fait son travail.  « Apparent » signifie « (qui est ou semble être) apparent, manifeste, évident ».  « Apparent » est donc, à la fois, ce qui est et ce qui n'est pas...

[9]  Phenotypic plasticity in the range-margin population of the lycaenid butterfly Zizeeria maha, Joji M Otaki, Atsuki Hiyama, Masaki Iwata and Tadashi Kudo, BMC Evol. Biol. 10, 252 (2010)

http://www.biomedcentral.com/1471-2148/10/252

[10]  http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-19245818

[11]  Transgenic pollen harms monarch larvae. Losey JE, Rayor LS, Carter ME (May 1999), Nature 399 (6733): 214–214. doi:10.1038/20338. PMID 10353241

http://ag.arizona.edu/ENTO/courses/ento446_546/readings/Losey_1999.pdf

[12]  Tim Mousseau étudie depuis longtemps l'évolution de la faune, en particulier des oiseaux, autour de Tchernobyl.  On peut le voir dans Tchernobyl, une histoire naturelle (http://www.arte.tv/fr/6877298.html ).  Ce reportage décrit une zone d'exclusion plutôt grouillante de vie.  Avec son compère Anders Pape Møller, CNRS et Université Paris-Sud, Tim Mousseau professe la théorie d'une dégradation de la faune.

[13]  http://www.slate.fr/lien/60557/fukushima-papillons-mutants-malformations

[14]  Il faut rappeler que les chercheurs japonais ont trouvé un débit de dose maximum de 18,86 µSv/h à Nagadoro, dans la région montagneuse d'Itate.  Il s'agit sans nul doute d'un hotspot.  Le débit annuel (en voie de décroissance) est de 165 mSV.  À Ramsar (Iran), les habitants permanents sont exposés en moyenne, et en permanence, à 132 mSv/an notamment dus au radon, un gaz qui peut être inhalé.  Dans les villes, le débit maximum mesuré par les chercheurs japonais a été de 3,09 µSv/h, soit 27 mSv/an, à Motomiya.  On se trouve là dans la fourchette du Kérala, en Inde (17 mSv/an en moyenne avec des pics à 150).  Une saine lecture pour la mise en perspective : http://www.scmsa.eu/RMM/CLQ_SCM_2011_01_Payen.pdf

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Published by Anton Suwalki - dans Technophobies
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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 10:58

Grâce à Actu-environnement [1], un site de bonne facture distillant des informations souvent brutes de décoffrage, nous avons appris que les « Médecins en faveur de l'environnement (MfE) » suisses [2] appelaient à une réduction des valeurs limites pour les ondes issues de la communication sans fil.  Revendiquant une « stricte application du principe de précaution » [3], c'est une réduction des normes d'un facteur... dix qui est préconisée dans un courrier adressé le 16 mars 2012 au Conseil fédéral (gouvernement), à l'Assemblée fédérale et au Conseil des États suisses [4].

 

 

Ce courrier a suivi de peu une « interpellation » (question au Conseil fédéral) sur les « réseaux électriques intelligents et risques liés au rayonnement » déposée par une bonne douzaine de parlementaires verts et socialistes [5].

 

Les deux textes se réfèrent – évidemment – au classement des champs électromagnétiques de radiofréquences en « peut-être cancérogènes pour l’homme (Groupe 2B) » par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS [6] ; c'était en mai 2011, à vrai dire à l'issue de débats qui ne se sont pas déroulés dans une ambiance sereine [7].  Mais ce classement n'est pas vraiment persuasif (même s'il suffit souvent aux activistes pour alimenter leur agitprop), et il s'agit d'impressionner plutôt que de convaincre par des arguments objectifs ; les deux textes ajoutent donc qu'il est : « identique à celui induit par le DDT, un insecticide aujourd'hui interdit ».

 

Ces braves gens auraient pu ajouter d'autres exemples de substances possiblement cancérigènes comme... l'essence, les gaz d'échappement, les pilules à base de progestérone, ou encore le café et le safrole que l'on trouve dans des épices telles que la cannelle, la noix de muscade et le poivre noir [8].

 

Mais c'est surtout l'affirmation suivante qui a retenu notre attention dans le communiqué de presse des Médecins en faveur de l'environnement [3] :

 

« Et l'Université de Zurich établit en 2012 une prévalence dix fois plus élevée de la cécité de naissance (cataracte) des veaux pendant la durée d'exploitation d'une antenne relais installée sur une étable. »

 

C'est que cette association qui compte environ 2000 membres selon le portrait qu'elle se donne en partant de la page d'accueil de son site [2] (mais 1500 médecins selon la note en bas de page du communiqué de presse [3]) :

 

« [Se mêle] de ce qui [la] regarde. A partir de données scientifiques, nous élaborons des informations pour les collègues, les autorités et la population dans le but de les rendre attentifs aux démarches politiques nécessaires. Par des actions et un travail médiatique nous attirons l’attention sur les dommages causés à la santé par la pollution de l’environnement. »

 

Cette affaire de cataractes bovines dans la ferme du Rütlihof, de M. Hans Sturzenegger, à Reutlingen (Winterthour) permet en effet de tester la crédibilité de cette association – à l'évidence de militants qui ont pour caractéristique subsidiaire d'être en majorité des médecins – et in fine, la crédibilité et le courage politiques des autorités gouvernementales suisses.

 

Le seul cas récent répertorié sur la toile de lien allégué entre l'installation d'une antenne-relais et la survenue de cataractes chez des veaux en Suisse est celui de la ferme précitée.  Un document détaillé a été mis en ligne [9].

 

relais suisse

 

Le graphique de la diapo 2 reproduit ci-dessus semble explicite : les cas de cataracte commencent environ un an après la mise en service de l'antenne-relais (survenue en mai 1999) et se terminer peu après le démantèlement de l'antenne.  Il est toutefois mal fait, ce qui ne manque pas de nous interroger.  En effet, la mise hors service a eu lieu en juin 2006 selon la diapo 4, et non vers la fin 2007 comme le suggère le graphique.  Les veaux conçus après le démantèlement, et donc nés en mars 2007 et après, n'ont pas été soumis au champ électromagnétique de l'antenne.  Or il y a eu 6 cas de cataractes en 2007 pour des veaux nés après début juin, selon la diapo 9.

 

Il y a un graphique plus précis sur la diapo 24, mais qui pêche encore en ce que les naissances sont concentrées au 1er janvier, ce qui masque aussi le problème de la non-exposition évoqué ci-dessus.

 

Ce sont là les explications de M. Sturzenegger.  Celui-ci a également procédé à d'autres observations sur la santé humaine et animale, ainsi que sur la nidification et la reproduction de canards, de chouettes et de faucons.  Mais a-t-il observé des coïncidences ou des corrélations avec relations de cause à effet (la cause étant le champ électromagnétique) ? Rien ne permet de douter de sa bonne foi ; mais on ne peut exclure le biais de l'observateur juge et partie – et, dans ce cas, un observateur fortement impliqué car son document témoigne d'un militantisme indiscutable.

 

Les milieux de la recherche ainsi que les services officiels ont été saisis.

 

Selon un article de fin décembre 2002, initialement publié dans le Beobachter et assez largement multiplié sur les sites militants anti-ondes, Elektrosmog: Tierisches Leiden im Kuhstall (électrosmog : souffrance animale dans l'étable) [10], les causes des maladies survenues sur la ferme de M. Sturzenegger n'ont pas pu être déterminées. « En tant que vétérinaires, nous ne pouvons pas prouver directement les perturbations électromagnétiques ; en revanche nous pouvons exclure d'autres causes possibles », avait dit le Pr Michael Hässig, de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Zurich.  Et, selon le Pr Bernhard Spiess, « cette multiplication des cas de cataracte chez les veaux est inhabituelle et pointe vers d'autres causes ».

 

À l'Office vétérinaire fédéral, on avait été tout aussi perplexe.  Une enquête auprès des vétérinaires n'avait mis en évidence aucun indice de problème généralisé d'électrosmog selon ce même article.  Mme Katharina Stärk avait cependant fait référence à des cas ponctuels et affirmé que « pour huit fermes enquêtées, il pourrait y avoir un lien entre des maladies animales et les antennes-relais ».

 

Une étude a ensuite été menée par la Faculté de médecine vétérinaire de Zurich et publiée en anglais en 2009 sur une cohorte de 253 veaux tirés au hasard [11].  Dans ce lot, 81 présentaient des cataractes à des degrés divers ; les auteurs ont trouvé un lien pour les veaux dont la cataracte remonte au premier tiers de la gestation (les yeux se développent à ce stade) avec la puissance des antennes-relais avoisinantes, ces résultats devant toutefois être confirmés.  Les limites de l'étude ont été particulièrement bien décrites dans un commentaire de MM. Gregor Dürrenberger et Jürg Fröhlich de la Fondation pour la recherche pour la communication mobile [12].  On peut en retenir la considération générale suivante :

 

« La mise à disposition de résultats provisoires à des fins de discussion appartient aussi à l'essence du travail scientifique.  Dans le cas d'associations mises en évidence dans un processus exploratoire il est particulièrement important d'en vérifier la robustesse statistique et de les soumettre aux experts dans le cadre de la publication (« peer-review »).  Des résultats portés à la connaissance du public avant une telle vérification par les milieux scientifiques devraient être accompagnés d'avertissements intelligibles pour le non-expert sur leur statut et leur valeur probante afin d'éviter des généralisations hâtives ou infondées. »

 

On touche là un des problèmes fondamentaux de la relation entre science et société et, en fait, une des lacunes importantes de la communication scientifique, que les auteurs en soient les scientifiques eux-mêmes ou les médias.

 

Dans le cas d'espèce, toutefois, on ne saurait faire aucun reproche aux auteurs de l'étude.  Les commentateurs avaient en effet ajouté :

 

Dans le cas présent, il ne faut pas oublier, en outre, le fait – mentionné par Michael Hässig et fréquemment oublié – qu'une association ne pas être assimilée à une causalité. »

 

Le cas de la ferme Sturzenegger a fait l'objet d'une étude particulière dont les résultats viennent d'être publiés [13].  Les auteurs ont trouvé un risque de cataracte sévère 3,5 fois plus élevé que la moyenne suisse.  Toutes les causes communes en Suisse ayant été éliminées, ils ont conclu :

 

« La vraie cause de l'incidence accrue de la cataracte reste inconnue ».

 

Cette étude a aussi fait l'objet d'un commentaire très utile de M. Gregor Dürrenberger [14] :

 

« Les comptes rendus des médias de la fin février 2012 n'ont pas suffisamment pris en compte la conclusion scientifique des auteurs.  Les médias se sont focalisés sur le fait que l'on a observé des cataractes pendant la durée de fonctionnement de l'antenne-relais et pratiquement aucune avant et après (avec un temps de latence d'un an environ).

 

« Des observations isolées telles que celle-ci ne sont pas immédiatement généralisables.  Déjà par le passé, des études de cas particuliers ont déclenché des remous médiatiques.  Les faits ainsi propagés n'ont pas pu être confirmés par des études subséquentes, de plus grande ampleur...

 

« ...Il serait souhaitable que les médias traitent les cas particuliers avec plus de rigueur, et que les auteurs de telles études de cas attirent l'attention de manière plus explicite sur les erreurs d'interprétation auxquelles leurs études peuvent donner lieu. »

 

Et d'ajouter que s'il y avait eu un lien de causalité entre les cas de cataracte de la ferme Sturzenegger et l'antenne-relais et s'il s'était agi d'un phénomène répandu, cela se serait traduit dans les statistiques globales de prévalence en Suisse.  Or celles-ci n'ont guère évolué depuis les années 1970.

 

M. Dürrenberger a peut-être été un peu injuste avec les médias, lesquels, semble-t-il, n'ont pas porté une grande attention à l'étude de la Faculté des sciences vétérinaires de l'Université de Zurich (mais peut-être était-ce parce qu'elle n'était justement pas anxiogène).  L'Association faîtière électrosmog Suisse et Liechtenstein, pourtant militante, a rendu compte de l'étude honnêtement, tout en exprimant son incrédulité [15] ; son billet indique du reste en liminaire qu'il a été « scientifiquement confirmé avec réserves ».

 

Tel n'a pas été le cas de Médecins en faveur de l'environnement.

 

On pourrait penser qu'une association de médecins confie l'élaboration d'une prise de position à des médecins qui lisent les études scientifiques pertinentes – celle dont il s'agit ayant un résumé tellement clair, on ne leur demande même pas de la comprendre – et les commentaires éclairés ; qui sont capables de tenir de leur propre initiative le type de raisonnement exposé plus haut sur la compatibilité d'un cas isolé avec les statistiques générales ; en un mot qui sont capables de démarche scientifique.

 

Eh bien, il semble que non.

 

Wackes Seppi

_______________________

 

 

Notes :

[1]  http://www.actu-environnement.com/ae/news/champs-electromagnetiques-radiofrequences-reduction-valeurs-limites-medecins-en-faveur-environnement-15605.php4

 

[2]  http://client.vediamo.ch/index.php?id=4436&L=1

 

[3]  http://client.vediamo.ch/fileadmin/user_upload/aefu-data/b_documents/Aktuell/M_120322_NIS_f.pdf

 

[4]  En allemand ; on notera que – féminisme oblige – la formule d'appel ne se réfère qu'aux femmes :

http://www.aefu.ch/typo3/fileadmin/user_upload/aefu-data/b_documents/Aktuell/120316_Brief_NIS.pdf

 

[5]  http://www.parlament.ch/f/suche/pages/geschaefte.aspx?gesch_id=20123169

 

[6]  http://www.iarc.fr/fr/media-centre/pr/2011/pdfs/pr208_F.pdf

 

[7]  Voir par exemple Ondes électromagnétiques et cancers, le CIRC invectivé par la société civile :

http://www.bio-protection.com/lien-scientifique-onde-electromagnetiques/ondes-electromagnetiques-et-cancers-le-circ-invective-par-la-societe-civile/

 

[8]  http://monographs.iarc.fr/ENG/Classification/ClassificationsGroupOrder.pdf

Pour rappel :

Groupe 1         L’agent est cancérogène pour l’homme

Groupe 2A         L’agent est probablement cancérogène pour l’homme

Groupe 2B           L’agent est peut-être cancérogène pour l’homme

Groupe 3         L’agent est inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’homme

Groupe 4         L’agent n’est probablement pas cancérogène pour l’homme

 

[9]  http://www.funkstrahlung.ch/images/pdf/sturzenegger_doku_kaelberblindheit_06_05_2010.pdf

 

[10]  http://www.beobachter.ch/archiv/inhaltsverzeichnisse/artikel/elektrosmog-tierisches-leiden-im-kuhstall/

 

[11]  Prevalence of nuclear cataract in Swiss veal calves and its possible association with mobile telephone antenna base stations. Hässig M, Jud F, Naegeli H, Kupper J, Spiess BM.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19780007

 

[12]  Kommentar zum Zusammenhang zwischen Mobilfunkstrahlung und Augenerkrankungen von Kälbern

http://www.mobile-research.ethz.ch/var/Kommentar_Katarakte_1207.pdf

 

[13]  Increased occurrence of nuclear cataract in the calf after erection of a mobile phone base station.  Hässig M, Jud F, Spiess B.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22287140

 

[14]  http://www.mobile-research.ethz.ch/var/Kaelber_2012.pdf

 

[15]  http://www.funkstrahlung.ch/fr/component/content/article/203-kaelberblindheit-bericht

On peut aussi voir, à partir de ce site, leur analyse de l'étude.

 

 

 


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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 14:48

Notre ami Nicolas Gauvrit a récemment épinglé dans un article au titre ironique -nouveau record du monde de probabilités (1)- une tribune parue dans Libération de deux scientifiques (2) membres de l’association Global Chance (3). Comme l’indique son titre, cette tribune entend ,à la lumière de l’accident de la centrale de Fukushima, remettre en cause les discours des spécialistes du nucléaire qui estiment extrêmement faible la probabilité d’un accident nucléaire majeur. Au contraire, disent-ils, la survenue d’un accident majeur en Europe au cours des 30 prochaines années est une certitude statistique.

Que les probabilités théoriques subissent des critiques au regard de la vraie vie, c’est-à-dire d’un accident théoriquement très improbable mais qui a eu en fin de compte eu lieu, voilà qui ne choquera personne. Mais comment deux scientifiques de haut niveau (4) peuvent-ils transformer un doute sur la validité de probabilités théoriques en la certitude d’un accident nucléaire ? Comment deux personnes, peu suspectes d’être analphabètes dans le domaine statistique peuvent-elles écrire l’absurdité qui suit : « La France compte actuellement 58 réacteurs en fonctionnement et l’Union européenne un parc de 143 réacteurs. Sur la base du constat des accidents majeurs survenus ces trente dernières années, la probabilité d’occurrence d’un accident majeur sur ces parcs serait donc de 50% pour la France et de plus de 100% pour l’Union européenne. Autrement dit, on serait statistiquement sûr de connaître un accident majeur dans l’Union européenne au cours de la vie du parc actuel et il y aurait une probabilité de 50% de le voir se produire en France. On est donc très loin de l’accident très improbable. »

On remarquera ici que la conclusion « On est donc très loin de l’accident très improbable » semble avoir été écrite comme pour tempérer l’affirmation audacieuse d’une probabilité supérieure à 100%. Y croient-ils eux mêmes ? Comment un événement pourrait-il être plus que certain ? Comme le fait remarquer Nicolas Gauvrit, on pardonnerait difficilement ce genre de bourde à un élève de Terminale ! Mais cette bourde n’a pas froissé l’intelligence de Libération, ni celle de Politis qui s’est empressé de reproduire la tribune.

Bernard Laponche et Benjamin Dessus  se sont bien gardés de détailler leur calcul, mais c’est sans peine que le mathématicien Étienne Ghys a reconstitué celui-ci (5):

Depuis l’avènement des centrales nucléaires, on dénombre 4 accidents majeurs de réacteurs (1 à Tchernobyl, 3 à Fukushima) pour l’équivalent de 14000 réacteurs/an. La probabilité d’un accident est donc de 0,0003 accident par réacteur et par an, en déduisent Laponche et Dessus, qui par extrapolation , déduisent une probabilité d’environ 129% en Europe , qui compte 143 réacteurs pour les 30 prochaines années :  P= 143 x 30 x 0.0003 = 1,29 = 129%.

Cela aura échappé à ces brillants savants : ce qu’ils ont calculé n’est pas une probabilité, mais l’espérance mathématique du nombre d’accidents en Europe  au cours des 30 prochaines années compte tenu de probabilité annuelle d’un accident sur un réacteur calculé sur la base des 3 décennies précédentes. En faisant pour l’instant abstraction de la valeur douteuse de cette probabilité de 0,0003, on reconnaît en effet une loi « binomiale » pour un  paramètre n = 4290  (n est le nombre d’ « épreuves » correspondant aux années/réacteurs) et p=0.0003   (p étant la probabilité d’un accident à chaque « épreuve »). L’espérance mathématique de cette loi est égale à n x p=1.29. On devrait donc s’attendre en moyenne à 1,23 accident, en admettant que rien d’autre dans le raisonnement de Laponche et Dessus ne soit frelaté. Mais en aucun cas, cela ne signifierait la certitude d’un accident nucléaire en Europe. La probabilité d’un accident majeur  serait en fait de 72% (6), comme l’a calculé Etienne Ghys. Le calcul exact aurait de toute façon été suffisamment alarmant : pour quelles raisons Laponche et Dessus ont-ils éprouvé le besoin d’évoquer une absurde probabilité de plus de 100% ? Ont-ils simplement été aveuglés par le désir de convaincre du danger, au point de ne pas s’apercevoir qu’ils commettaient une erreur grossière ?

Malheureusement, les soupçons ne s’arrêtent pas là. La démonstration vient opportunément quelques mois après Fukushima , et on dénombre désormais 4 accidents de réacteurs au lieu d’un seul .  Selon ce raisonnement, la probabilité d’un accident calculée sur 30 ans, a été miraculeusement multiplié par 4 en 4 jours, du 11 au 15 mars 2011. Cela ne suffit-il pas à s’interroger sur la valeur de cette probabilité de 0,0003 ?

Raisonner comme le font Laponche et Dessus en nombre de réacteurs touchés, au lieu de compter le nombre d’accidents (1 à Tchernobyl , 1 à Fukushima) permet opportunément  de gonfler la probabilité . Or, ce calcul ne vaut que pour des évènements indépendants (7).  Les accidents simultanés des 3 réacteurs de Fukushima ne respectent évidemment cette condition d’indépendance, puisqu’ ils ont lieu sur le même site et ont une cause unique, le tsunami. Traiter de la même façon statistique l’accident de Fukushima que 3 accidents qui auraient eu lieu à des milliers de kilomètres de distance et à des années de distance en dit long sur la rigueur méthodologique de nos deux experts…

Mais les manquements à la rigueur ne s’arrêtent pas là.Comme le note Nicolas Gauvrit, chaque accident (et même les incidents mineurs) amène à un renforcement de la sécurité des centrales, si bien que calculer une probabilité sur 30 années écoulées pour les appliquer aux 30 années suivantes n’a guère de sens. Et tirer des conclusions sur le parc nucléaire français ou européen à partir de deux évènements survenus l’un dans l’URSS en déliquescence, l’autre au Japon frappé par le plus fort séisme jamais enregistré dans ce pays et un tsunami n’a pas plus de sens. Quelle est la probabilité que la centrale de Dampierre en Burly soit touchée par un tsunami de 20 mètres de haut ?

 Il n’en reste pas moins que deux accidents majeurs ont bien eu lieu, et que personne ne comprendrait qu’on n’en tire pas les leçons dans la politique d’implantation, de sécurisation des sites atomiques etc… Alors, ne faut-il pas suivre Laponche et Dessus lorsqu’ils questionnent : « Plutôt que de continuer à calculer des probabilités surréalistes d’occurrence d’événements qu’on ne sait pas même imaginer (cela a d’ailleurs été le cas pour Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima), n’est-il pas temps de prendre en compte la réalité et d’en tirer les conséquences ? » 

Sauf que pour eux, les conséquences étaient tirées bien avant le dernier accident : ils veulent inconditionnellement sortir du nucléaire. D’où la nécessité d’opposer à des probabilités qualifiées de surréalistes (8) des  probabilités totalement bidons.

Personne ne peut se leurrer sur le fait que des probabilités théoriques sont ,par définition, différentes de la réalité. Qui peut douter, par contre, que toute action qui contribue à diminuer le risque théorique diminue également le risque réel ?

 

Le message qui ressort de cette tribune est dangereux. A quoi bon en effet renforcer la sécurité des installations, assurer scrupuleusement l’entretien des centrales et un haut niveau de formation de sa main d’œuvre, renforcer les verrous qui empêchent un incident mineur de dégénérer en catastrophe, si on considère le risque nucléaire comme inhérent à ce mode de production, identique quoi que l’on fasse pour le minimiser ? 

  

En 1972, on dénombrait 16000 morts sur les routes françaises. Sur la base de l’augmentation du trafic routier depuis lors, Laponche et Dessus auront sans doute calculé que 50000 personnes meurent en 2012 sur nos routes et de réclamer la sortie de l’automobile pour arrêter le carnage. Or, le nombre réel de tués sur la route est passé sous la barre des 4000.  On remarquera que c’est encore par an à peu près l’équivalent de la catastrophe de Tchernobyl sur le seul territoire français . Personne ne réclamera pour autant la fin de l’automobile, mais on mesure au regard de ces bilans respectifs  l’absurdité de demander la sortie urgente du nucléaire.  

 Anton Suwalki

Notes :

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1795

http://www.liberation.fr/politiques/01012341150-accident-nucleaire-une-certitude-statistique

http://www.global-chance.org/index.php

BERNARD LAPONCHE est physicien nucléaire, BENJAMIN DESSUS est ingénieur et économiste.

http://images.math.cnrs.fr/Accident-nucleaire-une-certitude.html

En réalité , 28% étant la probabilité qu’il y ait 0 accident. 72% est la probabilité de l’événement complémentaire 1 accident ou plus, et non pas 1 accident. 

Certes, je ne doute pas qu’un probabiliste très pointilleux critiquerait l’emploi du terme  indépendant dans ce cas , sans doute pas très orthodoxe .

http://spiral.univ-lyon1.fr/mathsv/cours/stats/chap2/c2p3/c2p3.html#Anchor-3.3-60255

irréalistes aurait été un terme plus adéquat, mais l’emploi de « surréalistes » n’est sans doute pas innocent.

http://www.inrets.fr/ur/lte/publi-autresactions/notedesynthese/notehugrel.html

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 15:33

 

Les médias ont beaucoup parlé d’une étude menée par des chercheurs de l’INSERM et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (1). Si plusieurs journaux ont donné la parole à Jacqueline Clavel qui a dirigé l’étude, permettant ainsi de clarifier un minimum les résultats, les anti-nucléaires se sont bien entendu jetés sur une partie des résultats sans signification pour en faire la « preuve » que « les centrales nucléaires françaises sont à l’origine de leucémies infantiles aiguës ». « Nos enfants nous accusent déjà », ajoute le réseau Sortir du nucléaire(2).

De manière très risible SDN salue une étude très « rigoureuse », simplement parce qu’il en retire un chiffre qui apporte de l’eau à leur moulin. Est rigoureux pour ces gens seulement ce qui démontre leurs préjugés.

On peut se demander où l’intérêt de renouveler sans cesse des études épidémiologiques en l’absence d’éléments nouveaux. De telles études, plus localisées, seraient sans doute justifiées si des sites nucléaires avaient accidentellement rejeté des niveaux significatifs de gaz radioactifs pendant une période longue. Ca n’est pas le cas : les doses subies les plus élevées se chiffrent en micro sieverts, environ mille fois moins que la radioactivité naturelle en France. En multipliant les études, les périmètres étudiés, on arrive nécessairement du fait des lois statistiques de la distribution des individus à  des cas où le paramètre étudié est plus fréquent qu’attendu : ici , le paramètre, c’est la leucémie infantile, mais il en serait de même pour les verrues plantaires. A quand une étude épidémiologique qui « prouvera » un excès de risque de verrues plantaires à proximité des centrales nucléaires ?

De fait, on a constaté un excès de leucémies pour les enfants de moins de 5 ans vivant à moins de 5 kilomètres d’une centrale, et ce pour la seule période allant de 2002 à 2007 . « L’augmentation va jusqu’à 2,2 chez les enfants de moins de 5 ans » fanfaronne cyniquement SDN.  On a en effet comptabilisé 8 cas de leucémies contre 3.6 attendus dans cette « case », compte tenu du taux d’incidence moyen mesurée en France. On ne peut pour autant strictement rien en conclure scientifiquement, d’autant plus que sur la période la plus longue (1990-2007), c'est-à-dire la plus significative, il y a absence de sur-incidence. 

SDN a choisi dans des tableaux la case qui « démontre » ce qui l’ intéresse, alors qu’elle aurait pu tout aussi bien remarquer que le nombre de cas constatés de leucémies chez les moins de 15 ans pour la même distance, est de seulement 10, contre 13,6 attendus entre 1990 et 2001…. Les émissions des centrales auraient-elles donc protégé les enfants de moins de 15 ans sur une période, auraient-elles été neutres sur la même période pour les moins de 5 ans puis nui à leur santé entre 2002 et 2007 ? Les résultats contradictoires sont là pour souligner l’inanité des conclusions de SDN., d’autant plus que l’on ne constate aucune corrélation entre l’incidence des leucémies et les doses (très faibles) de radiation subies.

Le public auquel s’adresse les anti-nucléaires ne comprend probablement pas la notion même d’étude épidémiologique.. C’est bien sur cette ignorance que s’appuie SDN , il est tellement facile de jouer sur la corde sensible. On connaît le refrain : Regardez ces sans-cœur ! Même en l’absence de certitude, comment osent-ils prendre le risque d’exposer de pauvres bambins innocents à une leucémie ?

Le bon sens de cette affirmation n’est qu’apparent . Prenons tout simplement l’ensemble des enfants vivant près d’une centrale nucléaire :             131 cas de leucémies ont été observés sur l’ensemble de la période 1990-20O7 , soit légèrement moins que le nombre de cas attendus (136). Le « ratio standardisé d’incidence » (SIR) est compris dans un intervalle de confiance à 95% valant entre 0,8 et 1,1.

En d’autres termes, si on s’en tient à une lecture purement statistique des résultats (3) :

------fermer ces centrales nucléaires pourraient réduire d’environ 10% le nombre de leucémies infantiles (SIR =1,1)

mais…..

-------il se pourrait tout aussi bien que ces centrales soient en réalité protectrices, évitant 20% de leucémies infantiles (SIR= 0,8).

On voit bien les limites d’un raisonnement purement probabiliste, c’est-à-dire déconnecté des réalités médicales connues . De ce strict point de vue (4), les deux options - maintenir le nucléaire, ou en sortir- sont tout autant « criminelles », si on suit la logique du principe de précaution jusqu’au bout.

Rien de nouveau sous le soleil nucléaire donc, sauf pour ceux qui se prêts à se jeter sur n’importe quel chiffre insignifiant  comme un chien affamé sur un os à ronger. Bien entendu, SDN qui a salué cette étude comme  « très rigoureuse », aura  occulté les autres études menées par Jacqueline Clavel, dont celle-ci (5)qui aboutissait à des constats intolérables pour eux : Moins de cas de leucémies observés près des centrales nucléaires qu’attendus , quel que soit le périmètre étudié  !

 « Même en situation non accidentelle, la preuve est encore apportée que la technologie nucléaire n’appartient plus à un monde civilisé ». La seule preuve apportée , non pas par l’étude, mais par son interprétation par  SDN, est que ces gens sont des demeurés totalement incurables.

Anton Suwalki

Notes : 

 

(1) voir l’analyse de Yann Kindo à ce sujet

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/120112/nucleaire-un-titre-peut-changer-une-information

(2) http://groupes.sortirdunucleaire.org/Centrales-nucleaires-et-leucemies

Ce groupe a publié sur son site l’étude qui n’est pas encore disponible officiellement en ligne , ce qui représente un service bien involontaire offert à ceux qui combattent ces obscurantistes. Voir le fichier PDF.

 (3) qui plaident en réalité pour une absence totale de lien de causalité entre leucémies et vie à proximité d’une centrales nucléaires 

(4) Sans parler bien sûr des conséquences inestimables de se priver d’une telle source d’énergie qui assure 75% de nos besoins en électricité

(5) Childhood leukaemia incidence around French nuclear installations using geographic zoning based on gaseous discharge dose estimates, British Journal of Cancer (2006) , résumé ici

http://www.nature.com/bjc/journal/v94/n9/abs/6603111a.html

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 17:36

L’affaire a été rapportée par le British Medical Journal (1) et reprise sur le site Droit médical (2) . La filiale italienne des laboratoires Boiron, leader mondial de l’homéopathie, s’en est pris à Samuele Riva, un blogueur italien (3). L’impertinent avait osé utiliser des photos de l’Oscillococcinum accompagnées de légendes ironiques pour illustrer un article sur l’homéopathie.

 

         Après que Boiron ait envoyé une lettre d’avertissement à son fournisseur d’accès internet, Samuele Riva a retiré les photos et toute référence directe à l’entreprise, mais il n’est pas encore exclu que le marchand de poudre de perlimpinpin porte l’affaire devant la justice. Boiron ne se contente donc pas de défier les lois de la physique avec ses dilutions abracadabrantes (4), il tente de bafouer la liberté d’expression, et en particulier le droit de rappeler l’absence de fondement scientifique de l’homéopathie. Il est vrai qu’il est beaucoup plus facile de s’attaquer à des blogueurs isolés qu’à des institutions telles que Lancet, la précieuse revue britannique dont une étude avait conclu en 2005 à l’absence de tout effet spécifique de l’homéopathie (5). A défaut de pratiquer la censure dans ce cas, le leader des produits homéopathiques avait jugé plus tactique de manipuler les conclusions de l’étude (6).

 

         Comme bien d’autres internautes, nous apportons tout notre soutien au blogueur menacé par Boiron, avec d’autant plus de fermeté que ça n’est pas la première fois que des adeptes des pseudo-médecines tentent de bâillonner l’expression des sceptiques : le BMJ rapporte le cas d’un journaliste scientifique italien poursuivi en 2004 par deux associations pro-homéopathie (heureusement déboutées). Plus récemment, Simon Singh, journaliste scientifique britannique, a été attaqué par la British Chiropractic Association.(7)

 

         Anton Suwalki


 

Lire sur le même sujet :

http://imposteurs.over-blog.com/article-13767675.html

 


 

 

Notes :

(1) http://www.bmj.com/content/343/bmj.d5197.extract

(2) http://droit-medical.com/actualites/4-evolution/952-laboratoires-boiron-action-contre-blogueur-amateur

(3)un des produits phares de Boiron censés agir contre « les états grippaux », dilué à 200 K ou 200 CH

(4) ainsi 200 CH représente une dilution de 1 sur 10400, et 10400 ,, c’est beaucoup plus que tous les atomes de l’univers…

(5) http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140673605671772/abstract

Conclusion sans appel de l’étude :

Biases are present in placebo-controlled trials of both homoeopathy and conventional medicine. When account was taken for these biases in the analysis, there was weak evidence for a specific effect of homoeopathic remedies, but strong evidence for specific effects of conventional interventions. This finding is compatible with the notion that the clinical effects of homoeopathy are placebo effects.

(6) http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article830

(7) http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1172

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 17:49

Que l’accident de Fukushima suscite des interrogations sur la sécurité nucléaire en général et au-delà, sur les choix énergétiques, n’a rien de surprenant ni de choquant. Mais comment en débattre et avec qui ? Certainement pas avec les principaux anti-nucléaires qui donnent de la voix depuis quelques mois. Pour ceux-là, qui sont animés par une technophobie pure et simple parce qu’ils s’imaginent lutter contre le système en attaquant la technologie en général, il n’est pas question de débat rationnel, de peser et de relativiser les risques et les avantages d’une telle technologie. Il n’est même pas question de débat pour un Stéphane Lhomme, qui en bon démocrate qui se respecte, dénonce « le piège d’un référendum » (1).        

 

La gestion de l’information autour de l’accident a fait beaucoup plus de dégâts que la gestion de l’intervention sur la centrale, où l’on ne déplore aucun mort y compris parmi les liquidateurs (2), ce qui permet aux anti de donner libre au cours aux pronostics les plus délirants. Les députés européens d’Europe Écologie s’étaient précipités pour exiger de « sortir de la folie nucléaire » (3), et ne reculant devant aucun lyrisme manipulateur, dénonçaient « la folie démiurgique d’un système économique et d’un mode de développement qui croit pouvoir s’exonérer de l’imprévisible, du risque et des équilibres naturels ».  A l’heure des dévastations causées par le tsunami, ils préféraient terroriser les populations sur « une contamination catastrophique qui [pourrait] balayer l’archipel et le Pacifique ».


 

 

Serial Fakers 

 

Fukushima, ce fut l’occasion pour tous les complotistes et les charlatans de sortir du bois. Pour la CRIIRAD, d’inventer un nouveau mensonge de l’IRSN, moyennant quelques manipulations statistiques (4). Dans l’escalade de l’apocalypse annoncée, Stéphane Lhomme annonçait que des millions de japonais vont développer un cancer. Et une activiste anti-nucléaire australienne, qui se fait passer pour une physicienne , de dénoncer en Fukushima une « catastrophe bien pire que Tchernobyl » (5). Rien que ça !

 

         Les propos de cette bonimenteuse (6), permettent d’ailleurs de se rendre compte du fonctionnement de ce milieu : ainsi l’amalgame concernant l’uranium basé sur l’exemple de l’Irak, où l’armée américaine aurait utilisé des obus dont les têtes contenaient de l’uranium appauvri destiné à augmenter leur pouvoir perforant. « L'uranium est déjà très toxique, mais il peut se révéler encore plus dangereux une fois manipulé. Les Américains ont utilisé de l'uranium à Falloujah et Bagdad, en Irak. A Falloujah, 80% des bébés présentent de graves malformations: des bébés nés sans cerveau, d'autres avec un seul oeil, sans bras... Au point que les médecins recommandent aux femmes de ne plus faire de bébés!».  Bien que sans le moindre rapport avec la situation au Japon, citer des chiffres délirants sur les conséquences de la guerre d’Irak (7) permet d’agiter l’épouvantail de la fin du monde. Par recoupements, on retrouve cette légende et ces chiffres abracadabrants dans la littérature du réseau Sortir du nucléaire , lequel affirme : «La fixation de l’UA sur le placenta provoque chez les nouveau-nés d’horribles malformations : hydrocéphalies, absence de tête, de membres ou d’organes, organes à l’extérieur du corps. Chez les bébés irakiens nés en 2002, l’incidence d’anophtalmie (absence d’yeux) a été 250.000 fois plus grande que l’occurrence moyenne. Les premières paroles d’une femme irakienne qui vient d’accoucher ne sont pas : « c’est une fille ou un garçon ? », mais « mon bébé est-il normal ? ». En outre, les anomalies génétiques s’aggravant d’une génération à l’autre, il faudra plusieurs décennies avant de mesurer l’atteinte du génome. ». On se contentera de noter que compte tenu de l’incidence estimée de l’anophtalmie (8), les affirmations de Sortir du nucléaire sont mathématiquement impossibles.

 


Le nucléaire civil, un « crime contre l’humanité » ?

 

Le plus effrayant n’est cependant pas dans ces inepties, mais dans le tournant que les technophobes voudraient faire prendre au « débat » sur le nucléaire civil : ainsi les décroissants de la revue Le Sarkophage ont lancé une pétition « Pour un tribunal Russell contre les crimes du nucléaire civil en 2012 ! » (9)

 

         Dans un style d’une pauvreté consternante - « Les Tchernobyl et les Fukushima passent mais le nucléaire ne trépasse pas. »- les décroissants appellent donc à assimiler l’existence du nucléaire civil à un crime contre l’humanité. On peut imaginer la mascarade que représenterait un tribunal international (fût-il « alternatif ») jugeant de tels « crimes ». Pour commencer, qui serait jugé et pour quels faits ? La légitimité de tels tribunaux est déjà habituellement douteuse, tant la justice qu’elle rend ressemble au droit des vainqueurs, mais au moins l’acception admise de crimes contre l’humanité repose-t-elle sur des crimes de masse organisés dont personne ne songerait à nier la gravité extrême :

 

Ainsi, la liste des crimes contre l'humanité comprend :

 

"meurtre ; extermination ; réduction en esclavage ; déportation ou transfert forcé de population ; emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ; torture ; viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ; persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste (..) ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé dans le présent paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ; disparitions forcées de personnes ; crimes d’apartheid, autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale." (10)

 

Il va de soi qu’aucun acteur des centrales nucléaires, scientifique, décideur politique, ingénieur, opérateur industriel, fût-il responsable de graves négligences, ne pourrait-être tenu pour responsable de telles abominations. Pas même à Tchernobyl, le seul accident nucléaire ayant jamais entraîné une véritable catastrophe sanitaire.

 

         L’outrance qui caractérise cette mouvance qui, dans sa folie, pourrait assimiler un Georges Charpak (un « expert mercenaire », dans la langue de plomb des décroissants) à des bourreaux nazis, revient finalement à banaliser ce que l’histoire récente de ce monde a produit de plus inhumain.

 

         Ce grand moment de « justice » ne se tiendra peut-être jamais, à moins que ça soit sous la forme de mascarade de « tribunal populaire » qu’affectionnent bien d’autres anti (11) . Les retombées médiatiques en seraient certainement limitées. On peut toutefois s’interroger sur l’état de confusion mentale qui a conduit certains intellectuels connus à apposer leur signature en bas d’un tel torchon (voir les signatures en bas du texte).

Anton Suwalki


 

 

Notes :

(1) http://imposteurs.over-blog.com/article-stephane-lhomme-la-democratie-vue-par-un-anti-nucleaire-71120507.html

 

(2) A ce jour ,deux employés sont morts mais à cause du tsunami. certes, quelques travailleurs ont subi une dose statistiquement susceptible d’augmenter le risque d’avoir un cancer, un mal à comparer à des risques ordinaires que subissent bien des travailleurs dans leur vie professionnelle. Quant à la population civile, les mesures d’évacuation et de contrôle notamment des produits alimentaires ont permis jusqu’à présent d’éviter des expositions dangereuses.

http://www.asn.fr/index.php/Japon/Communiques-de-presse/Communique-de-presse-n-33-du-18-juillet-2011-mis-a-jour-le-28-juillet-2011

 

(3) http://europeecologie.eu/Sortir-de-la-folie-nucleaire

 

(4) http://imposteurs.over-blog.com/article-fukushima-quand-la-criirad-veut-nous-rejouer-la-musique-du-nuage-de-tchernobyl-75596119.html

(5) http://www.7sur7.be/7s7/fr/9776/Seisme-et-tsunami-au-Japon/article/detail/1256295/2011/04/27/Fukushima-est-bien-pire-que-Tchernobyl.dhtml

(6) dont la fiche Wikipedia donne une idée de la compétence :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Helen_Caldicott

(7) Une étude controversée de la revue médicale The Lancet avait conclu en 2006 à plus de 600.000 morts violentes de civils en Irak entre 2003 et Juin 2006 :

http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140673606694919/fulltext

Le bilan sinistre de cette guerre n’autorise cependant pas à publier n’importe quel délire

 

(8) entre un cas sur 100.000 et un cas sur 10.000 , l’incidence n’a pu être multipliée par 250.000 !!! voir notamment :

http://www.em-consulte.com/article/111284

http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=2718580

 

(9) http://www.tribunalrusselnucleaire.org/

 

(10) article 7 du Statut de la Cour pénale internationale

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/justice-penale-internationale/definition-crimes.shtml

 

(11) ainsi,le 24 juillet à Thor (Vaucluse) , le maire vert Jacques Olivier et l’association Follavoine organisaient un « tribunal populaire » qui jugeait Monsanto pour crimes contre l’humanité. La soirée était consacrée à une information (sic !) sur les gaz de schiste ».

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 15:09

Le magazine Santé et travail de juillet publie un article signé de son rédacteur en chef censé illustrer les méfaits du lobby nucléaire (1) . Pourquoi douter de l’existence de lobbies, et a fortiori d’un lobby nucléaire, soucieux de faire pression sur les pouvoirs publics afin qu’ils privilégient cette forme d’énergie par rapport aux autres ? L’annonce du lancement d’un projet de 600 éoliennes offshore (2) prouve toutefois qu’il est loin d’être le seul lobby influent dans le domaine. Mais ce journal traite de santé et de travail, pas d’organisation du marché et de concurrence.  Quel est donc le rapport entre le lobby nucléaire et la santé au travail ? Obtiendrait-il de scandaleuses dérogations à l’obligation de protéger la sécurité et la santé des travailleurs ?

 

François Desriaux agite le fantôme de Tchernobyl

           

         « (..) depuis Tchernobyl, beaucoup d'eau a coulé entre les piles du parc électronucléaire. On pourrait donc naïvement penser que ces temps sont révolus et qu'aujourd'hui cette industrie stratégique n'échappe pas aux règles démocratiques d'un État de droit. Ce serait sans doute aller un peu vite en besogne » . « On ne la fait pas à moi ! » dit en substance François Desriaux, l’auteur de l’article. Et, lui qui n’est pas naïf  croit sans doute faire preuve d’esprit lorsqu’il nous recycle le bon vieux mensonge de Noël Mamère sur le mensonge du nuage de Tchernobyl (3) : « (..) nom de la sacro-sainte indépendance énergétique de la France, les nucléocrates se sont souvent sentis tout-puissants, allant même jusqu'à commander aux nuages radioactifs de s'arrêter aux frontières de l'Hexagone ». Comment prendre au sérieux quelqu’un qui commence par pousser le cri de ralliement des vrais-faux naïfs?  L’auteur de cet article manie bien la rhétorique et recourt à l’effet d’impact du mot Tchernobyl . « Ils » ont triché, donc « ils » trichent encore, CQFD ! D’ailleurs, le gouvernement n’a-t-il pas « discrètement retiré les rayonnements ionisants de la liste des expositions susceptibles d'ouvrir droit à une retraite anticipée.» . Discrétion, secret, dissimulation …François Desriaux utilise le poids des mots pour amener les lecteurs à la conclusion qu’il souhaite. Tout le problème est que c’est lui qui triche sur Tchernobyl.

 

        

Les rayonnements ionisants

 

         Venons en aux faits reprochés par le journaliste : «Deux exemples récents le démontrent. Le premier remonte au 30 mars dernier. Ce jour-là, le Journal officiel publie le décret " pénibilité ", rédigé en application de la réforme des retraites. Et là, surprise : les accros du JO découvrent que le gouvernement a discrètement retiré les rayonnements ionisants de la liste des expositions susceptibles d'ouvrir droit à une retraite anticipée. Au cabinet du ministre, on ne s'est pas bousculé pour répondre à nos questions [1]. Tout juste a-t-on expliqué qu'il existait déjà un dispositif conséquent de traçabilité pour les expositions à ces rayonnements. Sauf que cela n'a rien à voir avec la question de la compensation de la pénibilité. En outre, dans ces conditions, pourquoi ces rayonnements figuraient-ils dans la version du décret soumise à l'avis des partenaires sociaux au sein du Conseil d'orientation sur les conditions de travail ? » . Et oui, au fait, pourquoi  et sur l’initiative de qui les rayonnements ionisants figuraient dans la première version du décret ? En dehors de surexpositions accidentelles (parfaitement traçables) , les rayonnement ionisants, compte tenu des limites d’exposition des travailleurs du nucléaire,  sont-ils un facteur de pénibilité ?  Participent-ils à un « environnement (de travail) physique agressif » , un des critères de pénibilité retenu dans le décret du 30 mars 2001(4) ?

 

        Ces radiations ne sont ni perceptibles, ni susceptibles d’aboutir à une quelconque incapacité justifiant l’ouverture des droits à une retraite anticiper. Les 20mSv annuels qui constituent la dose maximale d’exposition des travailleurs du nucléaire correspondent à un débit de dose infime pour lesquels aucun effet sur la santé n’a jamais été identifié. Des effets sur la santé humaine n’ont été mis en évidence que pour des expositions à partir de 50 à 100 mSv et uniquement à haut débit de dose (5). Rappelons que les habitants du Kérala (dans le sud de l’Inde) sont soumis à une exposition naturelle allant jusqu’à 75 mSv par an sans le moindre effet constaté sur la santé.

 

        On ignore donc qui a pris l’initiative de supprimer les rayonnements ionisants des critères de pénibilité, mais on comprend pourquoi : ils n’avaient rien à y faire. Si on est en droit d’exiger des normes de protection drastiques, il est malhonnête de faire comme si elles n’étaient pas protectrices.

 

          Élagage près des lignes à haute tension

 

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Autre motif du courroux de François Desriaux : « Le second exemple concerne la révision d'un décret sur la prévention des accidents du travail dans l'élagage des arbres à proximité des lignes à haute tension. Face à la recrudescence d'accidents mortels, les administrations du Travail et de l'Agriculture s'étaient attelées en 2010 à la rédaction d'un texte redéfinissant les distances de sécurité avec les lignes électriques. Un décret dont ne voulait absolument pas ERDF, car il allait entraîner une hausse des coupures de courant. Notre enquête menée l'an dernier avait montré toute l'énergie mobilisée par la société gestionnaire du réseau de distribution d'électricité pour amoindrir la portée du texte, allant même jusqu'à faire intervenir l'ancien conseiller de l'Élysée et porte-parole de l'UMP Dominique Paillé. »

 

         Bel exemple de lobbying en effet, si l’histoire est vraie, et qui pose notamment le problème de la sous-traitance.  Mais quel peut bien être le rapport avec le nucléaire ? En quoi une composition différente du bouquet énergétique protégerait-elle de ce genre d’intervention ? Le fait que l’électricité soit essentiellement produite par des centrales éoliennes, hydrauliques, ou photovoltaïques changerait-il quoi que ce soit au comportement du distributeur d’électricité? Dans le cas contraire, François Desriaux mettrait-il cela sur le compte de méchants « hydrocrates », « héliocrates », « zéphirocrates »  échappant « aux règles démocratiques d’un état de droit » ?

 

De Tchernobyl à Fukushima

 

Finalement, le journaliste démontre surtout sa nucléophobie maladive. Ne reculant pas devant les amalgames les plus grossiers, il conclut : « Ces pratiques sont-elles susceptibles de changer, notamment après la catastrophe de Fukushima ? » . On démarre l’article avec le nuage de Tchernobyl, on le termine avec la catastrophe de Fukushima. François Desriaux nous aura au moins convaincu sur un point : il connaît par cœur le manuel du militant anti-nucléaire.

Anton Suwałki


 

 

         Notes :

 

 

     (1) http://www.sante-et-travail.fr/rayon-lobbying_fr_art_1098_54938.html

(2) http://www.enviro2b.com/2011/01/26/la-france-implantera-600-eoliennes-en-mer-dici-2015/

On appréciera le commentaire de NKM : «  une victoire sur les climato-sceptiques et les grenello-sceptiques » qui tendrait à confirmer que la décision relève davantage de l’idéologie que d’un choix énergétique et économique rationnel.

(3) Nième réfutation de ce mythe anti-nucléaire :http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/040511/tchernobyl-ce-que-le-figaro-disait-en-1986

(4)http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000023792126&dateTexte=&categorieLien=id

 (5) http://www.hps.org/documents/radiationrisk.pdf

“Radiogenic health effects have not been consistently demonstrated below 10 rem”

10 rem = 100 mSv

 

 

 

 

 

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 14:20

fulushima

 

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima a de façon assez prévisible fourni aux anti-nucléaires l’occasion inespérée de revenir sur le devant de la scène médiatique. Mais de là à imaginer que certains pousseraient le culot jusqu’à rééditer le mensonge sur le prétendu « mensonge du nuage de Tchernobyl » (1)…  C’est fait.

 

         Dans un communiqué publié le 25 mai 2011 (2) , intitulé Mensonge de Tchernobyl : bis repetita ?, la CRIIRAD accuse l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) d’avoir menti sur la date réelle d’arrivée du nuage (très faiblement) radioactif sur le territoire français. Le passage du nuage aurait eu lieu le 22 mars, et non pas le 24 mars. L’association anti-nucléaire a écrit dans la foulée une lettre au premier ministre et demande l’ouverture d’une enquête.

 

         Si lors de l’ « affaire » du nuage de Tchernobyl, la propagande anti-nucléaire a pu inventer un mensonge en jouant sur des formulations ambigües et des maladresses dans cette affaire, la tentative de la CRIIRAD d’inventer un nouveau scandale a toutes les chances de faire pschiiiitt, comme disait je ne sais plus qui .

 

         Il n’y aura probablement pas d’enquête. Pour établir une carte falsifiée de la radioactivité en Iode 131 le 22 mars (3), la CRIIRAD s’est en fait basée sur les mesures de l’IRSN lui même, librement mises à la disposition du public.  L’IRSN qui par prudence se contente de regretter « l’interprétation de la CRIIRAD sur les données disponibles » n’a aucune peine à expliquer les « erreurs » de celle-ci :

 

« L’IRSN a mis en place en France dès le 12 mars 2011 un plan de surveillance renforcée pour suivre l’évolution de la contamination du territoire français par les rejets de l’accident de Fukushima. Ce dispositif, décrit dans la note d’information IRSN du 29 mars 2011, présente notamment les différents appareils de prélèvement d’aérosols atmosphériques déployés en France. Les durées de prélèvement de ces appareils varient de 1 à 10 jours. A chaque prélèvement sont donc associées une date de début et une date de fin de collecte. Ainsi, dans le tableau ci-après, sont présentées les données d’un prélèvement effectué sur l’aéroport de Biarritz-Anglet-Bayonne entre le 22 et le 31 mars 2011 » (4)

 

         Les données du prélèvement effectuée du 22 au 31 mars pour Anglet apparaissent ainsi comme la mesure de la radioactivité au 22 mars (0,93 mBq/m3) sur la carte de la CRIIRAD.

 

Dans cette affaire, qui est donc en réalité celle du mensonge de la CRIIRAD, l’organisation dite indépendante se ridiculise doublement :

 

-          par l’extrême amateurisme de la manip

 -          par le caractère totalement dérisoire du mensonge qu’elle prétendait démontrer : quand bien même en effet les chiffres de la CRIIRAD seraient vrais, quel intérêt aurait eu l’IRSN à dissimuler la véritable date d’arrivée du panache radioactif ? Quel intérêt aurait l’institut à dissimuler au public une radioactivité infinitésimale de moins d’un millibéquerel par m3 d’air? Pour donner un ordre de comparaison, la concentration en Césium 134 , émetteur de rayons β comme l’Iode 131, aurait atteint jusqu’à 10 Bq/m3 lors du passage du nuage de Tchernobyl sur la France en 1986. Or , selon toute vraisemblance, celui-ci n’engendra aucune hausse des cancers de la thyroïde (5). 

 

Puisqu’il est question d’une enquête, ne faudrait-il pas en diligenter une sur la CRIIRAD ?

Anton Suwałki


 

 

(1)  Un rappel du mythe écolo autour de cette affaire sur le blog de Yann Kindo :

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/040511/tchernobyl-ce-que-le-figaro-disait-en-1986

(2)  http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/irsn/11_05_25_CP_irsn_22_mars.pdf

(3)  http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/irsn/iode_particulaire.pdf

(4)http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/IRSN-Note-technique_Reponse_CP_CRIIRAD_26052011.pdf

(5)  http://www.invs.sante.fr/publications/2006/tchernobyl/synthese_tchernobyl.pdf

lire en particulier le paragraphe :

Une progression de l’augmentation des cancers thyroïdiens mais une répartition spatiale n’allant pas globalement dans le sens d’un éventuel effet “Tchernobyl”.

 

 

 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 11:20

04.06.09 Chine informations

L'information est hélas régulière mais suite à une explosion de gaz survenue samedi dans une mine de charbon près de la ville d'Anwen, dans la région de Chongquinq, trente mineurs sont morts et cinquante neufs ont été blessés.

22 novembre 2009 - 19H41   AFP

Pire catastrophe minière en deux ans en Chine: au moins 92 morts (…)Les mines chinoises de charbon sont parmi les plus dangereuses au monde. Plus de 3.200 mineurs y sont morts l'an dernier, selon des statistiques officielles généralement jugées très sous-estimées.

05/04/2010 dhnet.be

115 mineurs, sur les 153 piégés depuis huit jours au fond d'une mine inondée du nord de la Chine, ont été remontés vivants lundi.

Des évènements d’une triste banalité, que Chine informations classe à la rubrique « faits divers »… qui précise : « Les accidents miniers sont récurrents en Chine et on compte plusieurs milliers de morts chaque année. Cette fréquence ne doit cependant pas banaliser le drame ». Précisons bien sûr que ce bilan ne concerne que les catastrophes minières, sans tenir le moindre compte des effets de la pollution dues au charbon sur les populations des maladies respiratoires des mineurs qui ont de tous temps payé un énorme tribu au développement industriel, ou des effets de la pollution atmosphériques liés à l’utilisation massive des énergies fossiles.

 

 

 Afp  03 Avril 2011

Japon: deux employés de Tepco retrouvés morts à la centrale de Fukushima.

Personne n’ignore que beaucoup d’autres liquidateurs de Fukushima risquent leur vie, dans l’immédiat, tels ces 20 liquidateurs qui ont reçu en un jour une dose de radiation dépassant la limite annuelle, et d’autres à plus long terme. Le moins qu’on puisse remarquer est qu’au moins ces morts- là ne risquent pas d’être banalisées. A nos longitudes, on ne parle presque plus des milliers de morts et de disparus emportés par le séisme ou le tsunami , dont les conséquences ont été jusqu’à preuve du contraire infiniment plus meurtrières et dévastatrices que l’accident nucléaire.

 

Il ne s’agit pas de minimiser la gravité ni les conséquences de celui-ci, mais de les ramener à leur juste proportion dans le drame qui touche un pays.

 

Que des interrogations soient soulevées à la suite de cet accident nucléaire est inévitable : c’est paradoxalement à cause du caractère exceptionnel de l’événement que le doute qu’il soulève est si fort. La banalité des catastrophes minières (si lointaines et désormais abstraites pour une grande partie des européens) n’émeut malheureusement pas grand monde.

 

Cela peut-il arriver « chez nous » ? Quelles conséquences ? Pourrait-on se passer du nucléaire ? Les réacteurs de la 3ème génération et ceux de la 4ème génération qui entreront en service dans une vingtaine d’années sont-ils vraiment aussi sûrs qu’on nous les vend ? La fusion nucléaire a-t-elle un avenir ?

Autant de questions auxquelles beaucoup de gens attendent  une réponse. Un débat public et contradictoire sur le nucléaire, serait encore la meilleure réponse à ceux qui profitent de la situation japonaise et cherchent à gagner du temps: ceux qui se sont empressés de manifester en France et dans de nombreuses capitales européennes  veulent-ils vraiment un débat, ou cherchent-ils seulement profiter du laps de temps pendant lequel l’émotion et la peur suscitées par ce qui se passe au Japon l’emporte sur l’analyse et la raison ?

 

Au moins certains y mettent-ils la forme démocratique, réclamant un référendum, tels EELV. C’est là qu’une chronique de Stéphane Lhomme, parue dans l’organe du NPA, prend toute sa saveur.

 

Sortie du nucléaire : le piège du référendum

 


hiroshima

 


Quelqu’un qui ignore le fonctionnement de ce genre de personnage penserait sans doute à un poisson d’avril, si la date indiquée par le site ne démentait pas cette hypothèse. Détrompez-vous, cette analyse échevelée est tout sauf une plaisanterie.

 

Deux sondages parus sur le nucléaire affichent des résultats contradictoires. Il paraît assez vraisemblable que celui commandé par EELV , prenant en compte des délais de sortie du nucléaire reflète mieux l’opinion émotionnelle du moment. Mais rien ne garantit qu’à l’issu d’un véritable débat public donnerait dans quelques mois ou quelques années le même résultat. Le grand démocrate qu’est Lhomme le sait : le risque d’un référendum, c’est que les gens votent « mal », entendez par là que les « anti » n’aient pas forcément les ressources argumentaires pour convaincre les sceptiques ou conserver le bénéfice de l’opinion des convaincus qu’il faut sortir du nucléaire. Dans cette optique, un référendum serait un « piège ».

 

Exactement la logique tordue des anti-nanotechnologies qui dénoncent leur « caractère totalitaire », mais empêchent physiquement la tenue de débats publics, forcément « truqués » . 

 

Lhomme sait, à l’inverse des masses qui votent, ce qui est bon pour elles. Pourquoi, dans ces conditions, s’embarrasser  d’un débat contradictoire ? «Le nucléaire a été imposé en France sans référendum, alors pourquoi en faudrait-il un pour décider de sortir du nucléaire ? ». Notons que la notion d’imposer évoque la contrainte : à part une petite minorité d’activistes et les inévitables « riverainistes » (2) , il n’apparaît pas évident que les gens aient perçu le développement du nucléaire comme une contrainte. Mais ce qui est hallucinant, c’est que l’absence d’un référendum, à l’époque du développement semble justifier aux yeux de Lhomme son droit à imposer la sortie du nucléaire. L’opinion de quelques activistes « éclairés » ne vaut-elle pas davantage que celles de quelques dizaines de millions de personnes influençables ?

 

Car Lhomme ne sait pas seulement qu’il faut sortir du nucléaire, il connaît la psychologie des masses ( n’est-il pas sociologue de formation, c’est vous dire s’il connaît l’être humain…), et échafaude toute une série de raisonnements tordus qu’ils tiendraient face à telle ou telle question . Espérons de notre côté que les masses en question aient un peu plus de logique que Lhomme…

 

« D’abord, il y a nucléaire et nucléaire : production d’électricité, armes atomiques, nucléaire médical»…. 

C’est en effet bien différent , mais lorsque Lhomme parle de sortir du nucléaire, cela veut dire nucléaire ou nucléaire ? 

 

Vous l’aurez compris, Lhomme est contre le nucléaire civil et nucléaire, n’hésitant pas à faire dans la dentelle : « de nombreux citoyens sont à la fois contre le nucléaire militaire et le nucléaire dit « civil », du fait de leur égale dangerosité mais aussi de leur évidente imbrication. ».

 

Si l’imbrication des deux est réelle pour des raisons techniques, l’équation Fukushima= Hiroshima est d’une bêtise insoutenable. Mais quand il s’agit de discuter du mérite respectif de distinguer les formes de nucléaire ou de les confondre dans la question d’un référendum, la dialectique lhommienne devient d’une subtilité inouïe: Les confondre, c’est un piège , les distinguer, c’est un piège aussi ! …. Brille-Babil n’aurait fait mieux.

 

« la question est « Êtes-vous pour la sortie du nucléaire ? », les atomistes auront beau jeu de dénoncer le désarmement unilatéral de la France (ce qui n’est pas en soi une mauvaise chose, mais en l’occurrence cela ferait perdre des chances de succès au référendum) » . 

 

On imagine mal le gouvernement « pro-nucléaire » (3) poser une telle question indifférenciée sur le nucléaire, mais notons que Lhomme invente le concept d’atomisme : A ses yeux, on ne pourrait donc pas à être pro-nucléaire civil et contre la bombe atomique !  Toujours le bon vieux « complexe militaro-industriel »…

 

« Il faudrait donc que la question soit « Êtes-vous pour la production d’électricité par des centrales nucléaires ? ». Mais, même si le gouvernement se rangeait à cette précision de bon sens, loin d’être écartés, les problèmes commenceraient au contraire à s’accumuler. » .

 

Lhomme met dans le même sac les « atomistes » et considère nucléaire militaire et civil comme également dangereux, mais trouve cette précision « de bon sens » : cherchez l’erreur.

 

« En effet, avec vice, le gouvernement poserait alors assurément la question inverse : « Êtes-vous contre la production d’électricité par des centrales nucléaires ? ». En effet, c’est reconnu, il est psychologiquement plus facile de ne pas être pour que d’être contre. Cela ne changerait rien bien entendu pour ceux dont la religion est faite, dans un sens ou dans l’autre. Mais quid des indécis ? ».

 

Fin connaisseur de la psychologie et du vice des hommes politiques, ce Lhomme. Il a déjà formulé la question que le gouvernement poserait, « assurément ». 

 

 

« Par ailleurs, de nombreux citoyens sont à la fois contre le nucléaire militaire et le nucléaire dit « civil », du fait de leur égale dangerosité mais aussi de leur évidente imbrication. Il est clair que beaucoup de ces gens, considérant que la question posée reviendrait par défaut à avaliser le nucléaire militaire, voteraient blanc au lieu de voter contre. »

 

C’est à se demander si le panache radioactif ne s’est pas arrêté au-dessus de Bordeaux , entrainant chez certains militants des séquelles irréversibles. Résumons cette petite perle : les gens qui sont à la fois contre le nucléaire militaire et civil s’abstiendraient lors d’une question sur les centrales nucléaires, car voter contre le nucléaire civil reviendrait à cautionner le militaire. Celle-là, il fallait vraiment la trouver ! 

 

« Ensuite, il est improbable que la question posée évoque la sortie du nucléaire… sans préciser la durée de ce processus. C’est d’ailleurs là que le gouvernement jouerait sur du velours : s’il propose une sortie rapide, mettons en 10 ans maximum, de nombreux citoyens voteront contre, craignant la pénurie et les restrictions… dont le gouvernent lui-même agiterait le spectre.» .

 

C’est peut-être le seul raisonnement par procuration à peu près intelligent dans ce gloubi-boulga… A condition que la sortie en 10 ans soit posée par le gouvernement, exprès pour obtenir un rejet. Diaboliquement habile , ce gouvernement. On ne s’en était vraiment pas rendu compte.

 

Mais le fait est que si la question était posée ainsi, le « spectre » de la pénurie dans un pays dépendant à près de 80% du nucléaire pour produire son électricité n’a rien d’un simple fantasme.

 

« Si la question évoque une durée plus longue (20 ans, 30 ans), les voix de nombreux opposants se transformeront en votes blancs ou en abstentions : comment accepter que les réacteurs actuels, déjà vieillissants, continuent à fonctionner aussi longtemps, aggravant le risque de catastrophe ? Car, faut-il le rappeler, l’objectif est de fermer les réacteurs pour éviter un désastre tel que celui qui frappe aujourd’hui le Japon. ».

 

Mettons nous dans la tête d’un anti-nucléaire pas borné (nous supposons qu’il en existe), et qui pense possible et souhaitable de sortir immédiatement du nucléaire.  Préférerait-il s’abstenir, favorisant ainsi le maintien à la long terme dans le nucléaire plutôt qu’une sortie programmée du nucléaire, quoiqu’ à une échéance plus lointaine ? Tous les anti-nucléaires raisonnent-ils à la manière de Lhomme, c’est-à-dire comme des pieds ?

 

Après ce beau tricotage d’inepties, on comprend en fait que le seul avis autorisé est celui de Stéphane Lhomme : Les débats seraient biaisés, les questions du référendum forcément pipées. Car non seulement qui dit débat dit l’expression des « pro », (quelle horreur, la démocratie !) mais aussi des faux « anti » , alors pourquoi ne pas s’en remettre à l’avis du seul individu sachant ?

 

 

« Imaginons naïvement que, devant de puissantes protestations face à un tel déni de démocratie, le gouvernement consente à donner du temps d’antenne aux associations. Il ne faut pas croire que ce serait enfin la parole aux antinucléaires. D’abord, le temps ne serait même pas partagé en deux, moitié pour les « pros », moitié pour les « antis ». En effet, d’autres organisations entreraient dans la danse, par exemple des associations de consommateurs.

 

Or, ces dernières années, la très médiatique UFC-Que choisir a pris des positions clairement favorables à l’atome, prétendant à tort que l’électricité nucléaire serait bon marché. On peut craindre aussi que, parmi les organismes « neutres », la parole soit donnée par exemple à la très réactionnaire Académie de médecine qui, tenez vous bien, a officiellement pris position pour le nucléaire… au nom de la santé !

 

Finalement, le temps d’antenne offert aux antinucléaires serait très restreint. Mais il y a encore pire : de quels « antinucléaires » s’agirait-il ? Il est fort improbable que, par exemple, l’auteur du présent texte soit invité à s’exprimer. A sa place, la position « antinucléaire » serait occupée par de véritables imposteurs comme l’ « hélicologiste » Arthus-Bertrand, ou des personnages ambigus comme Nicolas Hulot qui ne s’est jamais engagé contre le nucléaire avant le drame japonais et qui, depuis, évoque une vague et lointaine sortie de l’atome. » C’est lui qui parle de déni de démocratie …

 

Nos lecteurs connaissent assez bien l’ opinion négative que nous avons de l’hélicologiste ou de Hulot. Mais en quoi la légitimité de Lhomme, qui ne représente à peu près que lui-même depuis que le réseau Sortir du nucléaire l’a évincé (4), serait-elle supérieure à celle de ces individus ? Notons au passage que Lhomme est un faux modeste , car son expression dans les médias dépasse très largement sa représentativité : comme il le mentionne lui-même , à propos de la catastrophe nucléaire au Japon , l'Observatoire du nucléaire a donné des interviews à : AFP, Reuters, France info, France inter, RTL, RMC, France bleu, Europe1, LCI, France 2, France3, ITV, BFM-TV, M6, France 24, TV5 Monde, JDD, Le Parisien, 20minutes, France soir, Témoignage chrétien, Le Point, L'Express, etc, ainsi que de nombreux médias régionaux et étrangers.

 

Pour un paria  qu’on inviterait certainement pas à s’exprimer, reconnaissons qu’il se débrouille sacrément bien. Il faut dire que lorsqu’on évoque sans le moindre scrupule « des millions de japonais [qui] n’auront pas encore développé les cancers qui leurs sont assurément promis », on est sûr de trouver des oreilles complaisantes. Le culot, ça paie toujours.

 

Toute cette bouillie dialectique n’était pas un canular , hélas. Lhomme croit vraiment à ses délires et, d’enfoncer le clou : « Enfin, il ne faut pas oublier que le nucléaire a été imposé en France sans référendum : pourquoi en faudrait-il un pour sortir du nucléaire ? Ou plutôt pour ne pas en sortir, tant un tel scrutin serait faussé… ».

 

Reste à savoir par quels moyens ce genre d’individus entend déjouer  le « piège » du débat et d’un scrutin démocratique pour imposer la sortie du nucléaire ? 

Anton Suwałki


 

Notes :

(1)   Pour un point sur l’avancement de la recherche sur la fusion nucléaire, se reporter à :

http://imposteurs.over-blog.com/article-la-fusion-nucleaire-etat-des-lieux-et-avancees-recentes-46562079.html

 

(2) je désigne sous ce néologisme ceux qui veulent bien bénéficier d’une centrale nucléaire, où d’une autoroute, où d’une usine d’incinération, à condition qu’elle soit suffisamment loin de chez eux.
(3) Pour Lhomme, un des problèmes est que « c’est le gouvernement pronucléaire qui choisirait la question posée »… Évidemment, qui a la charge d’organiser un référendum, sinon le gouvernement ? 
(4) Il est désormais son propre patron à la tête de
l'observatoire du nucléaire qu’il a fondé : on est jamais mieux servi que par soi-même

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 17:09

 

On croit rêver en découvrant cette nouvelle surréaliste dans le Dauphiné :

 

SAOU : des électrosensibles investissent la forêt pour une reconnaissance de leurs souffrances (1)

 

Mise en scène , dramatisation outrancière.

« Les politiques doivent se rendre compte que si on nous chasse, on meurt ». Ils en sont là, ces hommes et ces femmes qu'on désigne par le sigle EHS, pour électro-hypersensibles. Forcés d'occuper la forêt de Saoû, autrefois refuge pour les Huguenots ou les Maquisards et désormais asile pour ceux qui fuient les ondes électromagnétiques. »

Alors, les « électro-hypersensibles », persécutés, ou résistants ?

Il ne s’agit pas de nier la souffrance que peuvent ressentir ces personnes se déclarant électrosensibles. Mais de quoi souffrent-elles exactement ?

« Car leur quotidien d'EHS se décline - selon les cas - en arythmie cardiaque, douleurs dans tout le corps, insomnies. Avec au bout, pour certains, « la mort », avance Rodger Crot, à l'origine du rassemblement. Impossible pour les EHS de vivre au contact des ondes, en ville comme à la campagne. Ordinairement, ils « survivent » reclus, dans des grottes ou des caves, « terrés comme des bêtes », selon Philippe Tribaudeau, co-organisateur venu de Bourgogne.

« Le problème est que ce mal dont nous souffrons n'est pas reconnu comme une pathologie par la sécurité sociale. » Alors qu'en Suède, cette hypersensibilité est officiellement un handicap, la France tarde à légiférer. Pendant ce temps, les EHS perdent leur travail, s'isolent de leur famille, sont privés de toute aide et parfois pris pour des fous par des médecins dépassés. Se rendre à l'hôpital leur est même impossible, à cause des réseaux Wifi présents. Se déplacer devient un calvaire, un portable les effraie, bref, « l'extérieur est une torture », assène Philippe Tribaudeau. »

 

Faut-il croire que le « calvaire » décrit est d’une autre nature que celui des centaines de milliers de gens qui souffrent de symptômes analogues sans les attribuer aux ondes ? Ces maux n’ont évidemment pas attendu les antennes relais et la Wifi pour exister .

 

Serait-il rationnel que la sécurité sociale reconnaisse une pathologie qui ne relève pas, selon toute vraisemblance, de la sensibilité aux ondes électromagnétiques ? Le fait que cette hypersensibilité soit officiellement un handicap en Suède n’est aucunement un argument en faveur de cette reconnaissance et d’une loi. La vérité officielle ne fait pas forcément bon ménage avec la vérité scientifique .De fait, de nombreuses études menées en double aveugle, y compris par des chercheurs suédois (2) donnent des résultats convergents :

« On a réalisé un certain nombre d'études dans lesquelles on exposait des individus présentant une HSEM à des CEM similaires à ceux auxquels ils attribuaient leurs symptômes. L'objectif de ces études était de provoquer l'apparition de ces symptômes en conditions de laboratoire contrôlées.

 

La majorité de ces études indique que les individus se plaignant de HSEM sont incapables de détecter plus précisément une exposition à des CEM que des individus ordinaires.

 Des études bien contrôlées et menées en double aveugle ont montré que ces symptômes n'étaient pas corrélés avec l'exposition aux CEM. Il a été suggéré que les symptômes présentés par certains individus se plaignant d'une HSEM pouvaient résulter de facteurs environnementaux non liés aux CEM, par exemple des papillotements provenant de lampes à fluorescence, des reflets et autres problèmes visuels associés aux écrans de visualisation, ainsi qu'une mauvaise conception ergonomique des stations de travail informatisées. D'autres facteurs, comme la mauvaise qualité de l'air des locaux ou le stress dans l'environnement de travail ou de vie, peuvent jouer un rôle.

Il existe aussi certains éléments indiquant que ces symptômes peuvent être dus à des maladies psychiatriques préexistantes, ainsi qu'à des réactions de stress résultant de la crainte inspirée par les éventuels effets sur la santé des CEM, plutôt que de l'exposition aux CEM elle-même. » (OMS (3))

Cet effet nocebo est confirmé par un épisode récent de la guerre des antennes qui s’est passé à Saint-Cloud (4) : des habitants se plaignaient de troubles du sommeil et de saignements de nez -des symptômes décidemment très variés- occasionnés par des antenne-relais…qui n’étaient pas branchées et n’avaient donc jamais émis la moindre onde !   

La campagne anxiogène sur les dangers supposés des antennes relais menées par certaines associations « indépendantes » et qui a fait régulièrement la Une des médias, aura conduit des personnes à ressentir réellement les effets néfastes prêtées aux antennes relais, ou à attribuer les maux dont elles souffraient déjà à celles-ci. Ce qui est tout bénéfice pour les CRIIREM, Robin des toits etc.. qui créent ainsi les malades nécessaires à l’alimentation de leur fond de commerce.

   

On ne sait pas si les organisateurs de la manifestation new-age de Saou sont des militants ou bien s’ils sont simplement instrumentalisés. Toujours est-il qu’ils ont reçu le soutien bienveillant de l’incontournable Michèle Rivasi, militante écologiste et présidente du CRIIREM, ainsi que d’un député UMP et d’un sénateur socialiste. Les électrosensibles intéressent les électoraux-sensibles de toutes tendances, bien plus que les vrais problèmes.

 

 

Il n’y a aucun doute que la plupart des gens qui se disent EHS souffrent réellement. Mais n’iraient-ils pas mieux en comprenant que les principaux responsables de leur pathologie sont les marchands de peur, beaucoup plus sûrement que les ondes électromagnétiques ?

Anton Suwalki


 

 

 

Références :

 

 

 

 

(1) http://www.silicon.fr/fr/news/2009/04/21/des_riverains_reclament_le_demontage_d_antennes_relais____inactives

(2) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/sites/entrez?cmd=Retrieve&db=pubmed&dopt=Abstract&list_uids=16304699

(3) http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs296/fr/index.html

(4) http://www.silicon.fr/fr/news/2009/04/21/des_riverains_reclament_le_demontage_d_antennes_relais____inactives

 

 

 

 

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 18:10

Sur son blog, Marcel Kuntz s’interroge à juste titre sur les limites des démarches participatives sur les nouvelles technologies (1).

 

En 1999, José Bové a inauguré en France avec la destruction d’un Mac Donald à Millau un mode d’intervention dans le « débat public » basé sur des actions spectaculaires, inspiré des groupes écologistes radicaux anglo-saxons. Ce type d’actions s’est prolongé dans les actions des faucheurs volontaires d’OGM, ceux-ci revendiquant sans rire leurs actes au nom de la déclaration universelle des droits de l’homme ( !). L’énorme publicité dont ils ont bénéficié, combinée avec la complaisance - voire la sollicitude -des gouvernements et l’indulgence des tribunaux (2), a naturellement conduit à leur sentiment de toute puissance : n’ont-ils pas obtenu un moratoire sur le seul maïs OGM autorisé dans l’hexagone ? Ne se sont-ils pas vantés de pouvoir détruire jusqu’à la dernière parcelle d’essai d’OGM en France ?

 

Très logiquement, les incontestables succès de l’obscurantisme anti-OGM sur le terrain ne pouvait que susciter des vocations. Notamment dans le domaine des nanotechnologies.

 

Bové se réclame hypocritement de la non-violence, mais il y met les formes. Hypocrisie, parce que casser un laboratoire, détruire la récolte d’un agriculture, ou prendre à partie, insulter des chercheurs est une forme de violence. Hypocrisie aussi parce que ces actions visent à provoquer la violence physique de celui qui est spolié.

 

Les opposants au nanotechnologies ont eux franchi un pas. Leur violence est directe. Ils empêchent la tenue de débats publics sur le sujet comme à Lyon, Grenoble Marseille out Orsay (1). A Toulouse, deux d’entre eux ont même commis ce qu’il est permis d’appeler un attentat (3) : ils ont jeté dans la salle de réunion une bouteille d’ammoniac, forçant à l’évacuation de la salle pendant une vingtaine de minutes. Autant d’exactions dont ne se semble pas s’émouvoir Jean-Louis Borloo, à l’origine de ces initiatives  de « démarche participative ».

 

Ne demandez pas à ces imbéciles qui dénoncent dans les nanotechnologies un « projet totalitaire » si ces méthodes de fachos ne leur paraissent pas contradictoires avec leur prétention à « sauver la démocratie ». Leur incohérence dans les actes est le reflet de leur confusion mentale. Confits de certitudes, ils n’acceptent pas le débat, et n’hésitent pas à s’en prendre à ceux qui, dans leur esprit, « collaborent » en se prêtant au jeu du débat public.

 

 Ainsi que le note Marcel Kuntz, il y a des limites à la démarche participative. « Les motivations des opposants les plus radicaux ne sont pas, par définition, d’obtenir de légitimes garanties en dialoguant, mais d’éradiquer les biotechnologies, les nanotechnologies et autres techniques supposées "convergentes". »

 

Dans la logique des anti, l’ennemi ultime, c’est la connaissance :

 

« La seule alternative réaliste que je vois est la renonciation : limiter le développement des techniques qui sont trop dangereuses, en limitant notre poursuite de certaines sortes de connaissance. […] Dans des temps récents, nous en sommes venus à révérer la connaissance scientifique. Mais malgré les précédents historiques forts, si l'accès ouvert à la connaissance et son développement illimité nous mettent dorénavant tous dans un danger clair d'extinction, alors le bon sens exige que nous réexaminions même ces croyances qui sont depuis longtemps fondamentales. […] On peut certainement considérer la vérité que la science recherche comme un substitut dangereux de Dieu si elle est la cause de notre extinction future. » (Bil Joy, cité par MK).

 

Dans cette logique, il convient de renoncer à la médecine nucléaire au nom d’Hiroshima, ou des applications médicales des nanotechnologies au nom des risques supposés de flicage généralisé.

 

Comme si les applications vertueuses ou funestes de la connaissance scientifique n’étaient pas une question politique, mais étaient inscrites dans la connaissance elle-même !

 

Autant qu’on sache, les pires génocidaires du 20ème siècle n’ont pas eu besoin de recourir aux technologies les plus avancées de leur époque : un gaz banal, ou quelquefois, de simples machettes, sont amplement suffisantes. Quant au flicage, l’histoire montre que le concierge, le voisin de pallier,  ou l’ami qui vous veut du bien sont parfois plus à redouter que je ne sais quelle technologie diabolique.

 

La science et la technologie ont bon dos !  

 

 

Si on comprend bien Bil Joy, la connaissance de la vérité objective que vise la science est plus dangereuse que les mythes et les superstitions religieuses. C’est bien connu, on peut le vérifier en tout temps et en tout lieu, la connaissance opprime, tandis que l’ignorance et les croyances affranchissent …Voilà qui relève au moins d’un obscurantisme franc et assumé. 

 

Les ennemis de la connaissance sont nos adversaires. Définitivement.

Anton Suwalki.

 

Notes :

 

(1)  http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-les-limites-des-demarches-participatives--43987623.html

(2) au moins si on compare leur traitement aux jugements de certains délits courants de dégradation (taggage, dégradation de matériel public…) , surtout lorsqu’il y a récidive.

(3) voir sur le blog de Duncan

http://nanostelia.wordpress.com/2009/10/21/compte-rendu-du-debat-sur-les-nanotechnologies-a-toulouse-1ere-partie/#more-935

 

A visiter : Le site de Pièces et Main d’œuvre, l’un de ces groupes anti-nanotech, qui se réclame du  mouvement luddite , et qui semble à l’origine ou inspirer les actions que nous évoquons ici.

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=plan

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 18:10

En plein sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, les rigueurs on ne peut plus banales de l'hiver se sont manifestées avec un thermomètre descendant très en dessous de normales saisonnières en France, provoquant des pics de consommation d'électricité,  au risque de provoquer des pannes sévères au moins au niveau régional. L'histoire se répète, nous avons déjà connu une telle situation l'an dernier.

 

En Octobre 2009, le Réseau de transport de l’électricité (RTE), filiale d’EDF publiait une analyse de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité pour l’hiver 2009-2010, soulignant « Une situation nettement moins favorable que les années précédentes. » (1)

 

La production électrique est essentiellement assurée en France par le parc nucléaire, dont la capacité n'a pas augmenté depuis 11 ans (les derniers réacteurs ont été mis en service en 1998 dans la Vienne), alors que dans le même temps, la consommation a augmenté de plus de 10%. 58 réacteurs nucléaires fournissent près de 80% de la production d'électricité sur l'année, mais la puissance du nucléaire doit être complétée par des sources d'électricité plus souples, facilement mobilisables, pour faire face aux fluctuations de la demande : Jouent ce rôle des centrales thermiques fortement polluantes, ou des centrales hydro-électriques (énergies des barrages) qui jouent en France un rôle majeur dans  l'ajustement de la production d'électricité à la demande et produit plus de 10% des 550 TWh annuels. Cependant le potentiel hydro-électrique du territoire métropolitain est largement utilisé, et il ne faut guère compter sur des ressources  additionnelles très importantes dans ce domaine. Malgré une croissance à marche forcée ces dernières années, le parc éolien ne dispose que d’une puissance nominale de 3 Gigawatts , qui ne fonctionne jamais à pleine capacité.

 

Mais au moment de cette vague de froid, le parc nucléaire lui-même, qui assure l’offre de base, fonctionnait nettement en dessous de ses capacités : 11 (13 ?, 18 ?) réacteurs auraient été arrêtés pour cause de maintenance (2), contre 4 ou 5 normalement en cette période de l’année. En conséquence, le Réseau de transport de l’électricité a du importer des quantités importantes pour faire face à la demande. Rien de choquant en soi, pour autant que les autres électriciens européens aient la capacité à la fournir, et que les quantités importées soient soutenables pour le réseau électrique français. Les capacités d’importation étant limitées à 9000 MW, un seuil que RTE savait atteignable en cas de grand froid.

 

Ce seuil n’a pas été atteint, et les régions fortement déficitaires -Bretagne, PACA-qui risquaient des pannes de courant ont été finalement épargnées.

 

Certains s’empressent de mettre en cause… le nucléaire. Pour la nébuleuse du réseau Sortir du nucléaire (SDN), « La France importatrice d'électricité : c'est la faillite de l'option nucléaire » ! (3)

Carrément !

 

Comme nous l’avons vu, la situation actuelle tient surtout à des retards d’investissements, et non pas à l’option nucléaire. Concernant l’arrêt de nombreux réacteurs, la direction d’EDF impute cette situation à un mouvement de grève survenu au printemps qui auraient retardé les opérations de maintenance et de rechargement en combustible, les syndicats mettant eux en avant le manque de maintenance et le recours croissant à la sous-traitance pour expliquer la multiplication des pannes dans les centrales d'EDF (2).

 

Les grèves ne se produiraient-elles que dans les centrales nucléaires, par hasard ? La sous-traitance serait-il un phénomène propre au nucléaire ? La mauvaise foi saute aux yeux. Selon SDN, « L'option imposée en France, "centrales nucléaires + chauffages électriques", se traduit par des importations d'électricité de plus en plus fortes, par la production de déchets radioactifs ET de fortes émissions de co2, et par une dépendance énergétique plus élevée que jamais. »

Vous avez bien lu : « ET de fortes émissions de co2 » . L’électricité d’origine nucléaire étant la plus faiblement émettrice de CO2, (environ 6g/KWh), on peut se demander si nos anti-nucléaires ne poussent pas le bouchon un peu loin. Préfèreraient-ils privilégier les centrales thermiques à flamme , ou les chaudières au fuel ou au gaz ?  La réponse ne fait pas de doute , pour SDN, n’importe quelle solution est préférable au nucléaire.

 

Pour preuve :

« - Depuis 5 ans, c'est l'Allemagne qui est exportatrice d'électricité vers la France

 

On entend souvent dire "L'Allemagne sort du nucléaire… mais en achetant l'électricité nucléaire française". C'est totalement faux. Depuis 2004, c'est bien l'Allemagne qui est exportatrice nette d'électricité vers la France : 8,7 TWh en 2004, puis 9,7 TWh en 2005, puis 5,6 TWh en 2006, et 8,2 TWh en 2007, et carrément 12,6 TWh en 2008 (5), c'est-à-dire environ la production annuelle de deux réacteurs nucléaires. Il est d'ores et déjà avéré que, pour 2009, les importations depuis l'Allemagne seront encore plus élevées.

C'est donc bien le pays qui sort du nucléaire qui, tous les hivers, sauve le pays du nucléaire. Mais l'augmentation insensée de la consommation électrique française fait que, à brève échéance, l'Allemagne ne pourra plus sauver la France nucléaire, qui va donc être frappée par des pénuries, et ce peut-être dès cet hiver si les températures sont basses.(…)

 

Il est de bon ton de critiquer les centrales allemandes au charbon, "fortement émettrices de co2", mais le fait est que ce sont elles qui, tous les hivers, alimentent une bonne partie des chauffages électriques français. Il serait d'ailleurs parfaitement logique d'attribuer à la France les émissions allemandes de co2 correspondant à l'alimentation des chauffages électriques français. »

 

Difficile de tenir un raisonnement aussi tordu.

1/ Si la France achète effectivement de l’électricité à l’Allemagne, elle reste globalement exportatrice nette de 48 TWh en 2008 : de ce fait, compte tenu de l’ « intensité nucléaire » de la production d’EDF, celle-ci contribue à réduire les émissions de CO2 en Europe, ce que ne fait pas l’Allemagne compte-tenu de ses choix énergétiques.

 

2/ On ne peut que se féliciter que l’Allemagne dispose conjoncturellement de capacités suffisantes pour répondre aux pics de consommation en France, mais l’insuffisance française, comme nous l’avons vu est essentiellement du à l’insuffisance des capacités et à des problèmes de gestion, auxquels il est difficile d’opposer la vertu de la politique en matière d’électricité outre-Rhin.

 

3/ L'Allemagne pourrait bien ne plus subvenir aux besoins énergétiques conjoncturels de la France dans les années à venir, mais ça n’est ni à cause de la nucléarisation de celle-ci ni à cause « l’augmentation insensée » de la consommation électrique liée au chauffage en France. C’est tout simplement parce que la sortie du nucléaire allemande menace celle-ci de manquer d’électricité dès 2012 (4). Et nul doute que les verts allemands vont s’activer pour que ce scénario devienne réalité.

 

En réalité, c’est tout le réseau électrique interconnecté à l’échelle de l’Europe qui risque de pâtir de capacités insuffisantes au regard des décisions d’investissement programmées (5).  Il n’y a que quelques nucléophobes obsessionnels pour en rendre le nucléaire responsable.

 

  

Sortir du nucléaire n’hésite pas par ailleurs à jouer la carte identitaire pour encourager à la « sécession électrique ». Ainsi réagissant à la récente « alerte rouge » en Bretagne et à l’appel de RTE aux habitants de la Bretagne pour qu’ils modèrent leur consommation, ce communiqué (6):

 

« 16/12/2009

Risque de black-out électrique : "Sortir du nucléaire" rend hommage aux Bretons et fustige l'Etat et EDF :

- Les Bretons ont été "punis" pour avoir eu le courage de refuser le nucléaire 

 

- L'Etat et EDF ont délibérément mis le Bretagne en situation de dépendance 

 

- Il est encore temps de faire de la Bretagne un modèle d'alternative énergétique » 

 

Ainsi , il s’agirait d’une politique délibérée pour punir les Bretons ! La dépendance énergétique de la Bretagne est avant tout le résultat du refus écologiste de toute centrale nucléaire, qu’EDF s’efforce de compenser en sollicitant les centrales thermiques à flamme bretonnes existantes (l’émission de CO2 n’offusque pas dans ce cas les anti-nucléaires !!), la centrale nucléaire normande ou celle de Chinon. Les associations écologistes s’opposent par ailleurs à la construction  d’une ligne à très haute tension (7). Une mobilisation du "Collectif urgence réchauffement climatique" a abouti à l'abandon d'un projet de centrale thermique au gaz à Ploufargan, pour cause d'incompatibilité avec le Grenelle de l'environnement (8). Qui donc "punit les Bretons" tout en jouant sur la fibre régionaliste/nationaliste et en dénonçant la dépendance organisée de la région ?

 

Pas un mot par contre sur les éoliennes, dont 400 MW sont pourtant installés en Bretagne, mais qui n’ont pu produire qu’à 12-14 % de leur puissance nominale au moment du grand froid (9).L’hiver dernier, elle n’avaient fourni que 10% de leur puissance nominale au moment de la vague de froid. Le vent ne se commande pas. Imaginons le vacarme médiatique si 50 réacteurs nucléaires sur les 58 avaient été arrêtés au même moment… Est ce le modèle d’alternative énergétique vanté par SDN qui est en marche ?

 

Sans craindre le ridicule, SDN fait référence à un « plan alter-breton » élaboré en 1979 par des universitaires et le défunt PSU, « qui ferait merveille actuellement s'il avait été mis en œuvre » . Puisqu’on vous le dit !

 

Mais SDN n’est pas du tout passéiste, et opte pour des solutions « avant-gardistes » :

 

« Aujourd'hui, il est encore temps de faire de la Bretagne la preuve exemplaire qu'une politique énergétique propre et durable est possible, basée sur les économies d'énergie (élimination des gaspillages), l'efficacité énergétique (consommer moins pour un même besoin), et les énergies renouvelables. 

 

Et ce d'autant que de nouvelles technologies sont apparues entre temps, comme les hydroliennes qui feraient merveille le long des côtes bretonnes, longées par de forts courants, pour une production électrique équivalente à deux réacteurs nucléaires EPR. »

 

L’élimination des gaspillages, on voit mal qui serait contre. Mais que pense SDN de l’efficacité énergétique des éoliennes ?

 

Par ailleurs, il ne s’agit pas de rejeter des sources nouvelles d’énergies renouvelables telles que les hydroliennes, qui ont l’avantage par rapport aux éoliennes de reposer sur une source primaire moins aléatoire que le vent. Pour l’instant, cette technologie n’est qu’au stade expérimental, et le coût d’installation et de maintenance de telles unités en pleine mer sans doute très élevé. EDF estime à 10 TWh annuels le potentiel de production annuel sur le littoral Bretagne-Cotentin (10), Soit une source d'électricité non négligeable, mais à mettre en rapport avec les 550 TWh actuellement produits annuellement.  Attendons donc un peu avant de nous pâmer devant les hydroliennes « qui feraient merveille », comme se pâment aujourd’hui les anti-nucléaires devant les éoliennes…

Anton Suwalki

 


 

 

 

Notes :

 

(1) http://www.rte-france.com/htm/fr/mediatheque/telecharge/analyse_H_2009.pdf

(2) http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/11/03/30-des-reacteurs-nucleaires-francais-a-l-arret_1261879_3244.html

(3) http://www.sortirdunucleaire.org/actualites/communiques/affiche.php?aff=655

(4) http://www.spectrosciences.com/spip.php?breve526

(5) http://www.senat.fr/rap/r06-357-1/r06-357-11.pdf

(6) http://www.sortirdunucleaire.org/actualites/communiques/affiche.php?aff=656

(7) http://www.brest-ouvert.net/article2161.html

http://www.bretagne-ecologie.info/article60.html

 

(8) http://www.armortv.fr/index.php?page=dossiers&id_dossier=1 (signalé par l'autre Pierre)
(9) http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-12-16/grand-froid-la-bretagne-toujours-sous-la-menace-de-coupures-d-electricite/920/0/405463


(10)
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-high-tech/edf-se-lance-dans-l-energie-hydrolienne-en-france_158440.html

 

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 10:11

Le 13 Novembre, Bouygues Télécom a convié autour d’un petit déjeuner les animateurs de blogs scientifiques à un débat sur le thème téléphonie mobile, antennes relais et santé. Vincent Laget et Anton Suwalki y participaient. L’opérateur de téléphonie mobile était représenté par Emmanuel Forest, directeur adjoint de Bouygues Telecom qui a introduit le débat, et Jean-Philippe Desreumaux, directeur de Fréquences et Protection chez BT.

Le débat, qui a duré 2 heures 30, s’est déroulé sur un ton libre, aucune question n’étant a priori tabou. Tel est notre sentiment, qui n’est pas forcément partagé par les autres bloggeurs. Nous renvoyons nos lecteurs aux articles publiés par ceux-ci ou aux articles à paraître, afin qu’ils puissent se forger leur propre opinion.

 

Ce débat intervient dans un contexte de sur-médiatisation des dangers supposés des antennes relais, et alors que l’AFSSET vient de publier un rapport volumineux sur le thème général des radiofréquences, plutôt rassurant.

 

Quelques interventions ont permis  de resituer utilement l’origine des controverses actuelles :

 

-la problématique des antennes relais a pour origine un problème de voisinage et de non prise en compte de l’avis de riverains lors de l’installation de ces équipements. Ceci est très bien décrit par les travaux du sociologue Olivier Borraz. La thématique de l’effet sanitaire est venue après, beaucoup plus tardivement.

 

-le débat s’est déplacé alors sur les dangers des ondes électromagnétiques, puis s’est progressivement focalisé sur les antennes de téléphonie mobile, alors même que le niveau d’exposition du public aux radiofréquences lié aux antennes relais est beaucoup plus faible que celui lié à l’utilisation du téléphone portable. C’est pourtant dans ce seul domaine que des interrogations sérieuses existent sur des effets possibles à long terme sur la santé.  N’est-ce pas révélateur de l’irrationalité qui règne dans le débat public en matière de risques sanitaires ?

 

- Pourtant, certains bloggeurs font remonter l’origine de la problématique des antennes-relais à des polémiques sur l’objectivité des mesures de l’exposition du public aux radiofréquences,  ce qui peut expliquer l’origine et la raison d’être du CRIIREM, dont une des activités principales est de proposer des prestations (marchandes) de mesure des champs électromagnétiques, « indépendamment des opérateurs et des industriels de la profession », suspectés d’être juges et partie. La démarche du CRIIREM ressemble ainsi à s’y méprendre à celle du CRIIRAD né de la controverse sur le fameux nuage de Tchernobyl, et la supposée opacité des autorités de sécurité nucléaire françaises.

 

 

Les représentants de Bouygues Telecom ont exposé leur position de principe concernant l’évaluation des dangers potentiels sur la santé des champs électromagnétiques : ils affirment qu’il ne leur appartient pas de se substituer à l’expertise publique de ces dangers potentiels, et que c’est à la législation de fixer en connaissance de cause la puissance maximale des antennes relais. L’opérateur déclare qu’il conformera ses installations aux normes fixées par l’état.

 

Les opérateurs ne manquent cependant pas d’exprimer leurs « états d’âme ». Ainsi font-ils valoir la situation hautement contradictoire entre une législation qui les oblige à couvrir l’ensemble du territoire au nom de l’égalité des citoyens, et les décisions de justice récentes qui les oblige à démonter des antennes au nom d’une conception extrême et fausse du principe de précaution, alors même qu’aucune conséquence pour la santé des riverains d’antennes n’a jamais été mise en évidence. Même pour le phénomène dit des « électrosensibles », s’il est indéniable que des personnes souffrent de pathologies pouvant être gravement invalidantes, le lien  de cause à effet entre les ondes et leurs pathologies n’est pas établi et cette « maladie » semble plus  relever d’un effet nocébo, exacerbé par la dénonciation récurrente dans les médias des dangers des antennes relais. 

 

 

 

 

Un bloggeur remarque à juste titre que l’hétérogénéité des normes au niveau international est un facteur anxiogène. Qu’il existe des normes plus sévères comme en Autriche par exemple, le public aura nécessairement tendance à considérer la règlementation française comme « laxiste », et à réclamer l’alignement sur les normes les plus draconiennes, même si celles-ci n’ont pas de justification scientifique, comme la fameuse norme d’exposition maximale de 0,6V/m.

 

Nous avons alors demandé aux représentants de Bouygues Telecom si les opérateurs pourraient s’adapter matériellement (et financièrement) aux normes draconiennes revendiquées par les anti-ondes. Nous n’avons pas eu de réponse sur l’aspect financier. Techniquement, la solution pourrait consister à multiplier le nombre d’antennes en substituant à celles qui existent des antennes de plus faible puissance. Avec le risque de susciter de nouvelles polémiques et de nouveaux contentieux…. Une autre solution consisterait à augmenter la puissance des téléphones portables, source principale d’exposition de la tête aux effets thermiques des ondes électromagnétiques, seul mécanisme biologique identifié pour les hautes fréquences utilisées par la téléphonie mobile. En clair, ces solutions pourraient être pire que le supposé mal.

 

Au delà, on peut tout simplement se demander si l’exigence des 0,6V/m  ne signifie pas la remise en cause pure et simple de la téléphonie mobile et au-delà de tous les instruments de la technologie moderne dans laquelle nous baignons depuis des décennies sans qu’aucun problème de santé n’ait été identifié: Une mesure faite au cours de notre réunion donne une idée du problème. Nous avons mesuré un « bruit de fond » de 0,2 V/m à l’intérieur de la salle, lié à des antennes relais intérieures présentes dans le bâtiment. Le seul fait d’allumer un téléphone portable à proximité de la sonde porte à plus de 0,6V/m le champ mesuré. Sachons également que les ampoules basse consommation, qui sont appelées à remplacer toutes nos ampoules à incandescence classiques peuvent générer 2V/m à proximité de la source. A proximité d’un four à micro-ondes, on peut relever jusqu’à 4V/m, etc. Les antennes relais ont bon dos…

 

Un intervenant a souligné que le débat autour des antennes relais et des ondes électromagnétiques glisse fréquemment des arguments sanitaires vers le débat de société : par exemple, a-t-on réellement besoin de pouvoir téléphoner avec nos portables à l’intérieur de nos immeubles ?

Certes, il est utile de réfléchir sur nos modes de vie et nos comportements, mais on peut se demander à qui il appartient de trancher de telles questions. 

Il nous semble par ailleurs impératif de séparer strictement les questions sanitaires liées aux ondes électromagnétiques, qui sont des questions purement scientifiques -- et dont l’évaluation doit être objective et ne peut relever que d’experts -- des débats de société qui font intervenir des points de vue  nécessairement subjectifs. Ceux qui assument leur hostilité à toute la technologie moderne (et vouent une haine particulière aux téléphones portables) , tels les « décroissanteux », doivent pouvoir le faire sans recourir à des arguments fallacieux sur un hypothétique danger de l’exposition aux champs électromagnétiques. Mais il n’est pas sûr que les seuls arguments « philosophiques » suffiraient à provoquer un rejet de la téléphonie mobile dans un pays qui compte en 2009 925 téléphones mobiles pour 1000 habitants (Source :statistiques-mondiales.com)…

Vincent Laget, Anton Suwalki

 

 

 

Les sites des participants à cette réunion :

 

http://alasource.aliceblogs.fr/blog

http://imposteurs.over-blog.com/

http://effervesciences.blog.fr/

http://www.sciences-et-democratie.net/

http://nanostelia.wordpress.com/

http://www.enroweb.com/

 

Deux compte-rendu déjà publiés par des bloggeurs :

 

http://effervesciences.blog.fr/2009/11/23/internet-sature-les-reseaux-mobiles-7446090/

http://alasource.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/11/18/ondes-sante-et-petit-dejeuner.html

 


 

 

 

Pour en savoir plus :

 

Le rapport et l’avis de l’AFSSET

http://www.afsset.fr/upload/bibliotheque/403036549994877357223432245780/09_10_ED_Radiofrequences_Avis.pdf

 

http://www.afsset.fr/upload/bibliotheque/964737982279214719846901993881/Rapport_RF_20_151009_l.pdf

 

Téléphonie mobile : l’expertise de l’AFSSET dénaturée par la communication ? L’avis de Jean-Paul Krivine

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1282

 

Le dossier ondes et champs électromagnétiques de Sciences et pseudosciences

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1121

 

Article de Vincent Laget sur Priartem et les cancers pédiatriques de Ruitz :

http://www.zetetique.fr/index.php/nl/178-poz-45 - enquete

 

Quelques articles du laboratoire de zététique de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, sur les effets des champs électromagnétiques :

http://www.unice.fr/zetetique/articles/JBDBDCHB_Meta_analyses.pdf

http://www.unice.fr/zetetique/articles/HBJBDBDC_Draper.html

http://www.unice.fr/zetetique/articles/DCJBDBHB_Argumentation.html

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Published by Anton Suwalki - dans Technophobies
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