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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 11:51

 

 

 

Depuis quelques années , la propagande écologiste s’est orientée vers une dénonciation des « coûts cachés » du nucléaire. Un copieux rapport de 430 pages de la Cour des comptes, commandé en 2011 par François Fillon, a permis de faire le point sur ces assertions. Les conclusions de la Cour sont claires : les coûts intègrent toutes les dépenses passées, présentes et à venir. S’agissant du démantèlement des tranches à eau pressurisée, les coûts des réalisations US et le retour d’expérience de l’opération en cours à Chooz A dans les Ardennes font qu’il n’y a pas de mauvaises surprises à attendre.   Pour la fin de cycle des combustibles usés, les coûts du retraitement et du conditionnement sont bien connus. L’estimation du coût du stockage géologique en couches profondes a été multipliée par 2 suite à la condition de réversibilité imposée par la loi de 2006 alors que cette réversibilité est strictement inutile.

Merci à Jean Fluchère, ancien responsable de la centrale du Bugey (Ain), pour cette courte synthèse. Nous tenons à disposition des lecteurs une note plus longue, accompagnée des extraits des conclusions du rapport. 

Anton Suwalki

 


 

Les coûts du nucléaire en France

 

En 2011, le premier ministre François Fillon, devant les assertions des opposants au nucléaire sur les coûts « cachés » et pour éclairer le débat, a demandé à la Cour des Comptes un audit sur le sujet.

 

Les magistrats de la Cour ont réalisé cet audit dont les conclusions ont été présentées à la presse en mars 2012 par le Président, Didier Migaud.

 

Les conclusions, dont des extraits sont donnés plus bas, sont claires : les coûts du nucléaire en France intègrent :

 

les dépenses passées, R&D, ingénierie, investissements, intérêts intercalaires (intérêts payés sur les emprunts pendant la construction avant la mise en service qui correspond au début des amortissements).

 

Les dépenses présentes d’exploitation, de maintenance, de combustibles et de charges diverses.

 

Les dépenses futures de déconstruction et de fin de cycle des combustibles. Extrait du rapport : « Dans les différents calculs de coût de production, ces dépenses sont bien prises en compte. Elles sont estimées aujourd’hui à 18,4 Md€2010, en charges brutes, pour le démantèlement des 58 réacteurs du parc actuel et à 3,8 Md€2010 pour les derniers cœurs ».

 

La Cour considère cependant que la façon de prendre en compte la rémunération des capitaux investis (dit plus simplement, la constitution des provisions pour le renouvellement du parc) doit être revue.

 

Elle recommande d’adopter la méthode du coût courant économique (CCE) : le calcul du coût global moyen sur toute la durée de fonctionnement, utile notamment pour comparer les coûts de différentes formes d’énergie.

 

Dans cette approche, on cherche à mesurer le coût annuel de rémunération et de remboursement du capital permettant, à la fin de vie du parc, de reconstituer en monnaie constante le montant de l'investissement initial (c'est-à-dire le montant qui permettrait de reconstruire, à la fin de vie du parc, un parc identique au parc historique).

 

Pour faire ce calcul, EDF retient la méthode du coût courant économique qui permet la prise en compte du coût du capital dans le calcul du coût moyen de la production d'électricité nucléaire en la combinant avec le modèle financier, dit "modèle d'évaluation des actifs financiers" (MEDAF), d'usage courant chez les industriels, qui fournit une estimation du taux de rendement attendu par le marché pour un actif financier en fonction de son risque systémique.

 

Le coût de rémunération et de reconstitution du capital investi y est mesuré à travers un loyer économique à échéances annuelles constantes sur toute la durée de fonctionnement du parc.

 

Ce loyer est calculé de façon à permettre à un investisseur d’être remboursé et rémunéré de son investissement à la hauteur de sa valeur réévaluée à la fin de sa durée de vie. En d’autres termes, le loyer économique, constant en euros constants, reflète le prix qu’un fournisseur serait disposé à payer s’il avait à louer le parc nucléaire plutôt qu’à le construire.

 

Cette approche ne tient pas compte des conditions historiques de financement de la construction du parc et cherche à donner une idée de ce que coûterait aujourd’hui sa reconstruction à technologie constante. Elle permet de calculer le coût global moyen, pour l’exploitant, de production du parc nucléaire sur toute sa durée de vie.

 

La méthode de calcul d’EDF a été vérifiée par la Cour qui en a établi une version modifiée. Les résultats de cette méthode sont sensibles au taux de rémunération du capital choisi et, à l’inverse, ils ont une faible sensibilité à la durée de fonctionnement des centrales, ce qui ne permet pas de l’utiliser pour calculer l’impact financier induit par un allongement de la durée de vie du parc.

 

Le tableau ci-dessous fait ressortir que la méthode de calcul EDF donne 20 146 M€ en 2010 pour 20 172 M€ pour le CCE calculé suivant la méthode de la Cour.

 

fluchère tab1

 

 

Le tableau ci-dessous donne les résultats du calcul de la Cour des Comptes à savoir 49,5 €/MWh en coût complet. (A comparer à la seule taxe Allemagne sur les EnR qui était de 39,5 €/MWh en juillet 2012).

 

 

 

 

fluchere_tab3.JPG

fluchere_tab4-copie-1.JPG

 

fluchere_tab5.JPG

fluchère tab6

 

 

 

La Cour a calculé l’incidence de l’investissement de 55 Md d’€ d’ici 2025 pour intégrer tout le retour d’expérience de l’accident de Fukushima. Elle conclue que le coût courant économique du MWh augmenterait de 9,5 % en € 2010 d’ici 2025.

 

fluchère tab8

 

Recommandation de la Cour sur le démantèlement

Les coûts de démantèlement d’EDF, comme ceux d’AREVA et du CEA, font l’objet de calculs et de suivis réguliers qui montrent, d’une part, qu’en règle générale, les devis ont tendance à progresser dans le temps malgré les progrès des méthodes d’élaboration du fait de la nouveauté de ces sujets et du manque de retour d’expérience dans ce domaine, et que, d’autre part, ces augmentations sont périodiquement intégrées dans les comptes des exploitants, réduisant donc les risques de dérapages significatifs.

 

A titre illustratif et avec un calcul simplifié, à taux d'actualisation inchangé (5 %) :

 

*si le devis de démantèlement augmentait de 50 % : le coût annuel de production de l’électricité nucléaire progresserait de 505 M€, soit + 2,5 % du coût de production total ;

 

**si le devis de démantèlement doublait (+100 %) : le coût annuel de production augmenterait de 1 milliard. Cela ne représenterait toutefois qu’une augmentation du coût de production du MWh de 5 %.

 

La grande dispersion des résultats des comparaisons internationales montre l’incertitude qui règne dans ce domaine. (A noter cependant que les chiffres obtenus sur des démantèlements complets de tranches à eau ordinaire pressurisée de 900 MWe aux USA s’élèvent à 500 M$).

 

La Cour fait donc deux recommandations en matière de coût du démantèlement :

 

*elle souhaite qu’EDF utilise la méthode Dampierre 2009 comme support de son évaluation des provisions de démantèlement et non la méthode historique qui ne permet pas un suivi suffisamment précis des évolutions de cette provision

 

**elle confirme la nécessité et l’urgence de faire réaliser, comme l’envisage la DGEC, des audits techniques par des cabinets et des experts extérieurs, afin de valider les paramètres techniques de la méthode Dampierre 2009, et d’ajuster, si nécessaire, le niveau de provisionnement des opérateurs en conséquence.

 

Recommandation de la Cour sur les charges futures de fin de cycle des combustibles

 

Une incertitude importante pèse sur le coût de gestion à long terme des déchets

 

Les provisions qui couvrent les charges futures de gestion des combustibles usés sont calculées sans incertitude majeure, à partir des coûts et des tarifs d’AREVA.

 

En revanche, les provisions qui sont censées couvrir la gestion à long terme des déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue (HAVL et MAVL) ne sont pas stabilisées. Elles sont actuellement calculées sur la base d’un devis arrêté en 2003 mais qui a fait l’objet, depuis cette date, d’une révision approfondie par l’ANDRA aboutissant à un quasi doublement du devis initial en monnaie courante. EDF, AREVA et le CEA seront donc conduits à réévaluer leurs provisions dès que le montant définitif du devis sera arrêté.

 

Par ailleurs, en l’absence actuellement de filière capable de recycler les quantités de MOX (combustible mixte uranium-plutonium) et d’URE (uranium de retraitement) usés que produisent les centrales, EDF calcule les provisions pour la gestion à long terme de ces matières comme s’il s’agissait de déchets relevant du centre de stockage géologique profond dans les mêmes conditions que les déchets HA et MAVL. Cette disposition est acceptable, à condition que, dans cette hypothèse, la provision soit bien « calibrée », ce qui n’est pas assuré aujourd’hui. Au-delà du chiffrage, il serait plus sécurisant que cette hypothèse soit réellement étudiée et à terme, éventuellement développée, au cas où le programme de 4ème génération connaitrait des difficultés.

 

La Cour fait donc deux recommandations en matière de gestion à long terme des déchets :

 

*elle souhaite que soit rapidement fixé le nouveau devis sur le coût du stockage géologique profond, de la manière la plus réaliste possible, c'est-à-dire en tenant compte des résultats des recherches menées sur ce sujet mais sans anticiper sur leurs résultats, et dans le respect des décisions de l’ASN, seule autorité compétente pour se prononcer sur le niveau de sureté de ce centre de stockage ;

 

**elle demande à ce que soit chiffré, dans le cadre de ce nouveau devis, le coût d’un éventuel stockage direct du MOX et de l’URE produits chaque année et que cette hypothèse soit prise en compte dans les travaux futurs de dimensionnement du centre de stockage géologique profond.

 

En conclusion, les provisions pour gestion des combustibles usés semblent  relativement fiables, celles pour gestion des déchets devraient être rapidement revues. Le nouveau devis de l’ANDRA étant un peu plus du double de celui qui sert aujourd’hui de base aux calculs des provisions, il est intéressant de mesurer ce que donnerait un doublement de cette provision dont l’augmentation devrait également résulter d’un calcul plus précis des conséquences du stockage du MOX et de l’URE usés.

 

(Cependant l’uranium de retraitement représente un stock aujourd’hui réutilisable par la nouvelle usine d’enrichissement du combustible par ultra centrifugation)

 

Sur la base d'une simulation simplifiée, si l'on retient la dernière hypothèse de devis de l'ANDRA, le coût annuel de production de l'électricité nucléaire augmenterait de 200 M€ (soit + 1 % en €/MWh)

 

Ces tests de sensibilité à la variation de divers paramètres relatifs aux charges futures montrent que, compte tenu de l'horizon d'une durée de fonctionnement du parc de 40 ans sur laquelle ils ont été calculés, ils modifient le coût annuel actuel de production de l'électricité nucléaire de façon certes non négligeable mais relativement limitée.

 

A noter enfin que la prolongation d’activité des centrales au-delà de 40 ans accroit les provisions sans que le coût des opérations finales de démantèlement et de fin de cycle des combustibles change.

 

Jean Fluchère

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Published by Anton Suwalki - dans Technophobies
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commentaires

happy easter quotes 23/03/2015 11:23

good job sharing with us

happy easter 23/03/2015 11:22

wish you all happy easter

Philippe 25/07/2013 07:30


L'imposture c'est de faire croire que l'on va laisser passer des centaines d'années sans trouver une solution pour utiliser les déchets nucléaires.

Observatoire du nucleaire 25/07/2013 07:14


L'imposture consiste à laisser à nos enfants, pour des centaines de générations, des déchets radioactifs qui auront été produits pour la consommation d'électricité d'une seule génération.


L'imposture est de causer des catastrophes comme Fukushima dont on ne voit vraiment pas pourquoi la prochaine ne serait pas en France.


L'imposture consiste à dire que "Fukushima n'est pas une catastrophe nucléaire" (était-ce une usine de chaussures ?) de même que "Tchernobyl était une catastrophe soviétique et non nucléaire" :
les atomistes ont une inventivité sans limite pour fuir leurs écrasantes responsabilités.


Heureusement, la part du nucléaire dans l'électricité mondiale est passée de 17% en 2001 à 9% aujourd'hui, déclin brutal et irréversible commencé bien avant Fukushima.


L'industrie nucléaire n'a pas d'avenir mais elle peut nous tuer entre temps, et c'est bine cela la seule chose qui l'intéresse...


 

Stephane 28/06/2013 22:24


En plus des coüts d'un accidents, la cour des comptes sait-elle aussi quantifier aussi les incertitudes ?


http://blogs.mediapart.fr/blog/guillaume-blavette/270613/la-java-des-dechets-atomiques#_ftn8


http://www.acro.eu.org/cp130710.html

Wackes Seppi 25/06/2013 21:47


Petite précision pour le lecteur de passage : les faussaires, c'est M. Kuntz qui les débusque et les dénonce sur son site.


 


 

Sceptique 25/06/2013 09:24


Des imposteurs je suis passé au site de Marcel Kuntz: il nous confirme que le métier de faussaire a de l'avenir en Europe, à défaut des autres!

Sceptique 25/06/2013 09:18


Il résulte de tout ce qui est apporté à ce débat que l'idéologie politique est l'unique critère de décision (quand il y en a une). Mensonge et dissimulation sont les nouvelles mamelles de la
France!


Je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement avec ce que je viens de lire sur le site Agriculture&Environnement, à propos d'un ragageur qui détruit les palmiers de la Côte d'Azur. Le même
esprit guide les décideurs: ne pas désespérer les Verts.

Anton Suwalki 25/06/2013 07:36


La dernière de Greenpeace.... No comment.


http://www.humanite.fr/environnement/greenpeace-lance-les-factures-du-futur-pour-alerte-54448


 

jmdesp 24/06/2013 16:11


@Sceptique : Intéressant point sur les pertes en lignes avant même d'arriver sur le réseau global. Malheureusement pour faire valoir ce point dans le débat, il faut avoir des données précises,
que RTE ne founit pas.  Il n'empèchera pas les pro-EnR d'affirmer au contraire contribuer à réduire les pertes en lignes.

Karg se 24/06/2013 09:07


"L'évolution des discours actuel est révélatrice et.... savoureuse ;-)" Nos politiques sont trop lâche pour dire la vérité. Vous ne comprenez visiblement pas la langue de bois, écoutez le
discours rassurant sur les ENR fluentes malgré la facture et l'absence de production électrique utile.

Karg se 24/06/2013 09:05


" à la condition de réversibilité imposée par la loi de 2006 alors que cette réversibilité est strictement
inutile"


Pas forcément, récupérer nos produits de fission peut être utile pour deux
applications:


- démarrer des RNR sodium ou RSF thorium


- Faire de bombe sale


 


J'avoue que la seconde raison est dispensable. C'est même relativement risqué. Vu notre stock de
plutonium la première peut aussi être abandonné. Bref en plus d'être couteux ce choix peut devenir risqué si le site tombe entre de mauvaise main.

monsieurL 22/06/2013 12:30


Pour ce faire une idée, il suffit de d'observer l'évolution des discours dans le temps des protagonistes et les confronter à la réalité. Cela permet de faire ressortir les manipulations, les
fantasmes et leur origines...


Pour les coûts aussi, leur estimations varis selon les époques selon ce que l'on veux bien prendre en compte.... (coût de l'étude de la filière graphite-gaz abandonnée par exemple ?....)


Un petit point sur les coûts d'un acident :


Associatif :http://www.acro.eu.org/CP101212.html


Instititonnel : http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20130326_Etude-IRSN-2007-cout-accidents-nucleaires.aspx


Media : http://www.lejdd.fr/Economie/Actualite/Exclusif-JDD-le-scenario-noir-du-nucleaire-595593


Petit bonus :http://blogs.mediapart.fr/blog/bernard-laponche/190613/paroles-de-responsables-du-nucleaire


Je note que, de plus en plus, des responsables officiels d'institutions relevant du nucléaire  tiennent des propos, qui s'ils avaient été tenu il y a quelques années par un "anti-nuclaire"
ou tenu pour tel, leur aurait vallu l'anathème, l'accusation d'obscurantiste, d'ignorant et d'ideologue.


L'évolution des discours actuel est révélatrice et.... savoureuse ;-)

Sceptique 22/06/2013 07:08


Très bonne analyse, mais le problème se situe ailleurs, dans la psychologie collective, ou la manipulation efficace de l'opinion, au choix. Il se trouve que mes fonctions municipales me font
participer aux débats locaux sur la distribution de l'énergie (électricité et gaz). La position officielle en faveur, appuyée, des énergies renouvelables, considérées, non comme appoint, mais
comme substitut, entraine des aberrations qui seront onéreuses, en termes de pertes d'énergie en ligne. L'énergie des éoliennes ou des installations photo-voltaïques est injectée dans le réseau
national d'ERDF, et parcourt quelques dizaines de kilomètres avant d'ête utilisée. La perte financière est proportionnelle au prix de départ. Pas besoin d'un dessin!

Vincent 20/06/2013 22:24


Comme l'a montré Fukushima récemment, un accident nucléaire engendre de tels coûts que les compagnies d'assurance ne peuvent effectivement pas suivre, d'où la nationalisation de Tepco.


Mais c'est la même chose pour d'autres grands projets : voir le bazar qu'a été la construction d'Eurotunnel parce que Thatcher a imposé son dogme de ne pas verser un centime d'argent public.


Il y a des investissements trop importants pour un pays pour être laissés au secteur privé (et son court-termisme inévitable).

Greg 20/06/2013 13:57


Perso je n'ai pas d'avis sur le nucléaire mais un podcast de Podcast Science ( Qui eux non plus n'ont pas d'avis tranché sur la question , en tout cas pas d'éléments significatifs pour appuyer
leur position  ) a attiré mon attention , plus particulièrement l'assurance pour risque nucléaire .Et en cherchant un peu j'avais trouvé un article démontrant que cette prime était sous
évaluée et que , sans ça , le nucléaire n'était pas viable .


N'étant pas scientifique je ne peux juger de la pertinence de ce calcul mais je pense que ça reste tout de même interessant .


Le lien :


http://energie-developpement.blogspot.com/2013/02/cout-assurance-accident-nucleaire-france.html#.UcLqGj7AWUI