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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 19:58
 Pour votre bien : le sénat pourrait vous interdire de lézarder sur les plages

Le Sénat contre le paquet de cigarette neutre de Marisol Touraine…

En Septembre 2015, le Sénat a rejeté à une très large majorité le paquet de cigarette neutre proposé par Marisol Touraine dans son projet de loi santé (1). Du côté de Marisol Touraine, l’objectif affiché est simple : « limiter le marketing des cigarettiers et ainsi diminuer la consommation de tabac en France, qui touche environ 30 % de la population et tue soixante-seize mille personnes chaque année ». Présenté ainsi, qui ne souscrirait à ce projet ? D’autant que selon la ministre, le paquet neutre, ça marche, la preuve par l’Australie qui l’a instauré depuis 2010 :

« Le paquet neutre, ça fonctionne. L’Australie nous a présenté, au cours de la réunion, de premiers résultats très prometteurs. Le nombre de nouveaux fumeurs diminue, et le nombre de ceux qui arrêtent augmente. Nous avons fait le choix, chacun dans notre pays, de nous inscrire dans cette voie. Le paquet neutre sera mis en place en France le 20 mai 2016 » (2).

Malheureusement, Marisol Touraine, présente le « succès » australien de manière fallacieuse : le tabagisme en Australie diminue régulièrement depuis les années 90 (cf graphique 3.1) et cette diminution ne montre aucune accélération depuis l’instauration du paquet neutre. L’interprétation de Marisol Touraine est donc pour le moins prématurée. Et elle est d’autant moins crédible qu’elle s’est empressée d’imposer des restrictions à l’usage de la cigarette électronique, notamment sous le prétexte « [..] d’éviter que le geste de fumer soit banalisé, soit considéré comme un geste de séduction, un geste d’appartenance à un groupe (3). Un prétexte… fumeux, en contradiction avec l’avis des tabacologues qui voient dans l’e cigarette une nouvelle arme précieuse dans la lutte contre l’addiction au tabac (4).

Sensibles aux arguments sur « l’atteinte à la marque, et donc à la propriété industrielle », les sénateurs ont donc repoussé le paquet neutre. Un argument recevable, à moins que Marisol Touraine ne projette de recréer une régie nationale du tabac qui aurait le monopole de la production et de la distribution…Avec un certain sens de l’humour, un buraliste récemment invité à la radio proposait à la ministre d’aller jusqu’au bout de sa logique, et d’instaurer la bouteille de vin neutre…Chiche ! Après tout, les dégâts de l’alcool ne sont-ils pas, eux-aussi, considérables ?

…Mais il vote l’interdiction des cabines de bronzage

C’est au cours de la même discussion du projet de loi Touraine que les sénateurs ont voté l’interdiction des cabines de bronzage (5), sous couvert du Centre international de recherche sur le cancer et de l’académie de médecine, cette dernière considérant que «l’interdiction totale des cabines de bronzage en France, «hors usage médical» dans le cadre de maladies dermatologiques, doit être décidée » (6). Il est permis de penser que cette fermeté sénatoriale n’est que la simple manifestation de la guérilla habituelle entre opposition et majorité . Car avouons, quoi que l’on pense de la loi Touraine, que le problème des cabines de bronzage est dérisoire par rapport au problème de santé publique lié au tabagisme !

Certes, la nocivité de l’exposition aux UV, et particulièrement à ceux des cabines de bronzage, ne fait aucun doute. On peut par contre remarquer que l’affirmation de l’académie de médecine selon laquelle « le bronzage artificiel est reconnu comme l’une des principales causes de la forte augmentation des cancers cutanés dans le monde » ne semble pas corroborée par la récente étude de l’INVS qui estime à que 4,6% des cas de mélanomes cutanés( 347 cas annuels) sont attribuables à l’utilisation des cabines de bronzage. Celle-ci serait en outre responsable de 19 à 76 cas de décès annuels, soit de 1 à 4,5% des décès causés par les mélanomes de la peau en 2012 . Moins d’un millième des décès liés au tabac. Les sénateurs ne se moqueraient-ils pas un peu du monde ?

De ces proportions, on déduit que la quasi-totalité des mélanomes et des décès qui en résultent sont liés à l’exposition naturelle au soleil. En toute logique, on devrait attendre de nos sénateurs, si soucieux de notre santé, qu’ils interdisent les bains de soleil, qu’ils ferment les plages du lever du jour à la tombée de la nuit. Chiche ?

La politique de santé consiste-t-elle à interdire ?

Globalement, les victoires contre la maladie, et l’augmentation de l’espérance de vie qui en résulte, sont le fruit des progrès de la médecine. La santé vue par les politiciens, ce sont surtout des taxes comportementales ou de « bienveillantes » interdictions, , comme la taxe Nutella ,l' interdiction des fontaines à soda en libre service, l' interdiction des cabines de bronzage ou, comble de la démagogie, l'interdiction du glyphosate en vente libre dans les jardineries…En supposant qu’elles aient un effet positif sur la santé publique, ces mesures sont au mieux une goutte d’eau dans la mer.

A côté de cela, aucune réflexion sur la mortalité prématurée(avant 65 ans) ne semble vraiment éclairer les politiques publiques. Or celle-ci touche plus de 110 000 personnes par an (8), et représente près de 20% de l’ensemble des décès, souvent évitables car liés à comportements à risque. Une proportion qui n’a pas diminué en 10 ans, malgré l’accumulation des mesures répressives des politiques de santé. N’est-il pas temps de se demander si celles-ci ne contribuent pas à la déresponsabilisation des individus (et des parents, pour ce qui concerne les enfants) ? Ne sont-ils pas les premiers concernés par la préservation de leur capital santé ?

Au-delà, il y a aussi une conception de la liberté : on note dans le communiqué de l’académie de médecine préconisant l’interdiction des cabines de bronzage, déplore que « le développement de cette pratique, à finalité purement esthétique (souligné par moi) , se poursui[ve]». Au nom de quoi l’académie de médecine décrète-t-elle que les femmes (3 fois plus nombreuses que les hommes à pratiquer le bronzage par UV en cabine) n’ont pas le droit d’ assumer un risque pour exhiber un beau corps hâlé à la belle saison (pure frivolité de leur part, pensez-vous !) ? Un slogan féministe des années 70 proclamait : « mon corps m’appartient » . Un temps lointain.

Anton Suwalki

Notes :

  1. http://www.lemonde.fr/addictions/article/2015/09/16/le-senat-supprime-le-projet-de-paquet-de-cigarettes-neutre_4759864_1655173.html
  2. http://www.social-sante.gouv.fr/actualite-presse,42/discours,2333/intervention-de-marisol-touraine,17967.html
  3. http://www.20minutes.fr/sante/1642479-20150630-cigarette-electronique-vapotage-bureau-interdit-quelques-semaines-selon-marisol-touraine
  4. http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2456
  5. http://www.lemonde.fr/sante/article/2015/09/16/le-senat-s-oppose-au-gouvernement-sur-les-cabines-de-bronzage_4759234_1651302.html
  6. http://www.academie-medecine.fr/communique-de-presse-2-fevrier-2015-cabines-de-bronzage-il-est-urgent-de-le-sinterdire/
  7. Bulletin épidémiologique hebdomadaire 22 mai 2012 / n° 18-19
  8. INVS, CEPIDC 2012
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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 14:00

Nos lecteurs ont pu lire et apprécier les contributions régulières de Wackes Seppi sur Imposteurs. Mais depuis juin, plus rien. Serait-il brouillé avec Anton Suwalki ?

Pas du tout ! Depuis longtemps, il souhaitait créer son propre blog. Voilà qui est fait.

Depuis le 30 juin 2015, date d’inauguration d’ Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels (1), Wackes Seppi n’a pas chômé. Meilleurs vœux de réussite !

Au-delà du précieux renfort qu’il constitue pour la science et la raison, le blog de Wackes occasionnera des démangeaisons chez les détracteurs d’Imposteurs. Benjamin Sourice, auteur de la super enquête (2) sur la prétendue stratégie de diffamation des lanceurs d’alerte par le lobby OGM, sera sans doute parmi les premiers à se gratter la tête. Comment faire rentrer cet évènement dans sa fumeuse théorie ? Nous lui faisons confiance. A défaut de rigueur, ce gamin n’est pas dépourvu d’imagination.Nous attendons donc avec impatience une 4ème version de sa laborieuse enquête,dont la 3ème version a été publiée par Combat Monsanto et, allez donc savoir pourquoi,…sur le site du CRIIGEN.

Une réaction sur Twitter, monsieur Foucart ?

Magnanimes, nous ne pouvons qu’éprouver de l’indulgence pour l’apprenti journaliste, pas très malin, il faut bien le dire. Mais notre mansuétude ne saurait concerner les établis de la profession comme Stéphane Foucart du Monde. Acharnement de notre part ? Qu’on en juge.

Alors que la première version de l’enquête de Benjamin Sourice vient de paraître, Foucart se fend du tweet suivant…

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Stéphane Foucart@sfoucart13 mai

Belle enquête de @BSolist sur ces calomniateurs anonymes, zélateurs de l'agro-chimie, tous bien évidemment bénévoles http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/130515/lanceurs-dalertes-et-e-reputation-revelations-sur-la-strategie-de-diffamation-du-lobby-ogm …

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… à peu près en même temps que Paul Moreira, le CRIIGEN et certains de ces membres , à titre individuel Reconnaissons quand même que cette initiative, venant de gens qui dénoncent une supposée « stratégie » de notre part, parait sacrément coordonnée !

Mais à la limite, je m’en fous, car il y a beaucoup plus grave, venant d’un journaliste sévissant dans un quotidien « de référence » : en effet, je ne suis en rien un anonyme pour Stéphane Foucart, avec qui j’ai pu échanger assez longuement : Il me connaît depuis 2010, connait mon vrai nom et le nom de mon employeur (pas vraiment Monsanto et autres diables). . Et le dernier mail que j’ai reçu de sa part date du 22/10/2013 (à 10:46 pour être précis). Dans ce message, il cite le nom du vrai Wackes Seppi, et non pas celui :avancé par Sourice :Il sait donc parfaitement que l’enquête est bidon, et se permet en plus d’y rajouter une petite perfidie de son cru : « tous bien évidemment bénévoles »… Comment qualifier, du point de vue de la déontologie professionnelle, l’attitude d’un journaliste qui relaie, en toute connaissance de cause, des informations mensongères ?

En attendant le prochain tweet de Foucart sur le sujet…Gros Mépris !

Anton Suwalki

  1. http://seppi.over-blog.com/archive/2015-06/
  2. http://imposteurs.over-blog.com/2015/05/lanceurs-d-alertes-reponse-a-benjamin-sourice.html

http://imposteurs.over-blog.com/2015/05/petite-lecon-de-propagande-a-l-usage-des-lobbyistes-citoyens-et-professionnels-par-a-kollantai.html

http://imposteurs.over-blog.com/2015/06/une-lamentable-tentative-de-museler-la-critique.html

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 08:15

Il nous est arrivé plusieurs fois de critiquer sur ce site l'Agence France Presse pour sa partialité sur des sujets qui agitent la société française. Voici de nouveaux exemples de ce que nous appellerons pudiquement un problème de déontologie journalistique.

Les « faucheurs volontaires » vandalisent... l'AFP rapporte...

Le dimanche 5 avril 2015, à La Pouëze (Maine-et-Loire), une soixantaine de « faucheurs volontaires » ont piétiné une parcelle d'essais de colzas d'un peu plus d'un hectare d'un organisme public, le Groupe d'Étude et de Contrôle des Variétés et des Semences (GEVES). Le rôle du GEVES est essentiellement de mener les essais en culture des variétés préalables à leur inscription au Catalogue Officiel des Espèces et Variétés (à l'autorisation de mise sur le marché et de culture) et à leur protection juridique, ainsi que les analyses de semences dans le cadre de la certification.

Les vandales entendaient [1] :

« - Dénoncer l’absence de transparence concernant les cultures et les essais de Variétés rendues Tolérantes à un Herbicide (VrTH).

- Réaffirmer l’obtention nécessaire et urgente d’un moratoire sur la culture et les essais de toutes les variétés de plantes génétiquement modifiées sans condition de mode d'obtention, pour être rendues tolérant à un herbicide, particulièrement les Colzas et les Tournesols.

- Faire reconnaître que les variétés obtenues par mutagénese sont bien des OGM pour les soumettre elles aussi aux obligations d'évaluation, d’étiquetage et d’information relatives aux organismes génétiquement modifiés. »

Nous poserons ici simplement que les « faucheurs » se trompent sur toute la ligne – sans nul doute volontairement pour la plupart d'entre eux –, et que l'objectif réel est de maintenir la contestation technophobe, l'ardeur activiste et la présence dans le paysage médiatique.

Le GEVES a communiqué sobrement sur l'étendue des dégâts [2]. Les instances gouvernementales se sont aussi illustrées par un silence pesant. Était-ce la volonté de ne pas ajouter au bruit médiatique, du reste peu important ? Ou de ne pas cautionner, par une condamnation ferme du saccage, une évolution technologique que ses détracteurs s'ingénient à présenter comme un danger ?

La parcelle comportait des essais VATE (valeur agronomique, technologique et environnementale), préalables à l'inscription au Catalogue, de 120 variétés et des essais de contrôle variétal sur 120 autres variétés déjà inscrites [3]. Ce qui a été détruit, c'est donc l'acquisition de connaissances – les faucheurs d'OGM sont des faucheurs de science. Peut-être aussi, les perspectives économiques de certains acteurs de la filière du colza (« semenciers », surtout français, confrontés à la concurrence internationale, mais aussi agriculteurs et industriels) souffriront-elles d'un retard d'un an.

Combien y avait-il de VrTH dans les essais ? Il nous a été dit qu'il n'y en avait pas. Pour le puriste, c'est de toute manière zéro dans le cas des essais VATE : une fois le caractère – ici de résistance à un herbicide – acquis (du reste quel que soit le mode d'obtention), on valorise ce caractère dans des programmes classiques d'amélioration des plantes, par croisements et sélection.

Il faut aussi noter les termes de la deuxième revendication des « faucheurs » : « moratoire » est évidemment un euphémisme pour désigner une interdiction ; et il s'agit de « toutes les variétés [...] sans condition de mode d'obtention ». Les variétés qui seraient issues d'une mutation spontanée (et non induite comme dans le cas des VrTH) doivent donc aussi être bannies selon les « faucheurs volontaires » et leurs soutiens. Ce n'est pas illogique pour le front du refus du progrès génétique et technologique : une mutation induite, provoquée par l'homme, n'est pas différente, par nature, de la mutation spontanée que l'homme peut repérer dans une culture pour l'exploiter ensuite. Ce qui est donc mis en cause, ce n'est pas seulement une formidable avancée agronomique et écologique ; c'est aussi une pratique millénaire (l'exploitation des mutations) ! Certes – pour l'instant... – en ce qui concerne la résistance à un herbicide.

Les « faucheurs », donc, vandalisent... Le vandalisme n'a d'intérêt que s'il y a un écho médiatique. Et donc... l'AFP est prévenue, et produit une dépêche...

Une dépêche exclusivement en faveur des « faucheurs », avec juste ce qu'il faut d'informations obtenues de la gendarmerie pour que l'ensemble soit cohérent [4].

Le rôle de l'AFP est de produire de l'information, en collant au plus près de l'événement. Sans négliger la difficulté de la tâche, on peut et on doit cependant s'interroger sur la qualité de cette information et, au-delà, de son impact – car l'information n'est pas neutre. Quand en plus on s'ingénie à l'orienter...

Ainsi, on n'a visiblement pas cherché à obtenir le point de vue, et encore moins les précisions, du GEVES. Ainsi donc, les quelques journaux qui ont repris la dépêche, sans recul ni discernement, ont-ils pu propager l'information – fausse – qu'une « parcelle d’essais de colza obtenu par mutagénèse » a été détruite.

Le GEVES porte plainte... ce n'est pas une information...

L'AFP a écrit :

« Les faucheurs volontaires d'OGM "agissent suite à l'échec des discussions avec le GEVES et du refus du gouvernement d'entendre et de tenir compte des oppositions citoyennes légitimes et argumentées", conclut le communiqué » [4].

On apprend par La France agricole que :

« [d]ans un communiqué du 7 avril 2015, le Geves se dit par ailleurs "très surpris de cet acte de vandalisme contre une activité de service public", le dialogue ayant été "à maintes reprises accepté par le Geves, que ce soit avec des collectifs de faucheurs ou avec des organisations locales" » [3].

On y apprend aussi le détail des essais et, par implication, la fausseté de l'information véhiculée par l'AFP.

Le dépôt de plainte a aussi été rapporté dans un articulet par Ouest-France [5]. C'est à peu près tout ce qu'il y a à se mettre sous la dent.

Ajoutons que le gouvernement avait déjà répondu l'année précédente par la voix de M. Stéphane Le Foll.

Suivre un fil, pour l'AFP, pour fournir une information complète aux citoyens ? Vous n'y pensez pas ! Corriger une information erronée ? Mais quoi encore !

Les « faucheurs volontaires » piétinent... Francetvinfo patine

Le comble est atteint par (notamment) Francetvinfo – visiblement « convoqué » sur les lieux du délit préalablement à celui-ci – qui a mis une vidéo en ligne tout en reproduisant la dépêche de l'AFP [6].

On apprend donc par le texte, à commencer par le chapô, qu'une « parcelle d'essais de colza obtenu par mutagénèse a été détruite » et, par la vidéo, que les délinquants ne savaient pas s'il y avait « dans ce champ, oui ou non, des OGM » ou des plantes « mutées ».

Personne ne s'est inquiété d'une incohérence aussi flagrante...

Ajoutons une volée de bois vert à une « journaliste » qui a manifestement besoin d'un cours de droit pour débutants. Elle termine en disant que les « faucheurs » risquent une forte amende ainsi que de la prison... « avec sursis ». Depuis quand le Code prévoit-il des peines avec sursis ? Pour son information, c'est l'article L. 671-15 du Code rural.

La Cour de cassation casse... les médias se tassent

On rappellera que, le 14 mai 2014, la Cour d’appel de Colmar avait rendu un jugement très favorable à 54 « faucheurs volontaires » qui avaient détruit un essai de vignes – plus précisément de porte-greffes – transgéniques de l'INRA en août 2010. L'avocat des prévenus avait bien manœuvré pour écarter l'INRA de la procédure d'appel (en faisant payer les 57.000 euros de dommages et intérêts auxquels les « faucheurs » avaient été condamnés au civil).

Ce jugement – très largement médiatisé – avait été présenté comme une « relaxe ». À tort ! Et nous pouvons en blâmer des médias décidément peu studieux et, c'est un comble, peu informés. Car la relaxe ne concernait que le chef de destruction d'une parcelle d'OGM. La Cour, faisant siennes les conclusions des « faucheurs » et les avis de leurs témoins, avait en effet estimé, sans qu'il y ait eu débat contradictoire, que l'arrêté ministériel autorisant les vignes transgéniques était illégal. Les chefs de violation de domicile et de destruction de biens avaient été maintenus, mais la Cour a prononcé une dispense de peine en raison du paiement des dommages et intérêts.

Le parquet général de Colmar s'était pourvu en cassation, dès le lundi 19 mai 2014. L'information a été beaucoup moins relayée ! Une recherche sur « faucheurs, Colmar, relaxe » donne quelques 9.100 résultats. Ajoutez « parquet », et vous n'en avez plus que 990. Une partie de la population a donc vécu dans l'illusion que les « faucheurs » de Colmar avaient été définitivement « blanchis ». Du reste, le Monde a annoncé le pourvoi sous le titre très ambigu « OGM : la relaxe des faucheurs de Colmar mise en cause » [7] !

On doit toutefois décerner un satisfecit pour la médiatisation, plus importante, de la tribune de soutien à l'INRA signée par douze responsables d'établissements publics de recherche, originellement publiée dans le Monde [8]. Tout n'est pas perdu...

L'arrêt de la Cour de cassation est tombé le 5 mai 2015. Sauf erreur, il n'a pas été publié sur le site de la Cour, du reste fort peu pratique, et c'est bien regrettable. Nul n'est censé ignorer la loi, et la jurisprudence de la Cour fait aussi loi.

Nous tenons l'information du site Inf'OGM, qui l'a publiée sous la forme, curieuse, d'une mise à jour de son article sur les procès de Colmar [9]. Curieuse ? Pas vraiment : l'information est donnée, mais tout de même noyée. Le titre de l'article a été modifié lors de la mise à jour et est, toutefois, explicite. Mais alors que certains considérants de la Cour d'Appel sont mis en valeur dans un encadré, ceux de la Cour de cassation sont relégués dans une note en bas de page :

« l’arrêt énonce que, conformément à l’article R. 533-3 du code de l’environnement, le dossier technique déposé en vue d’obtenir une autorisation de dissémination volontaire dans l’environnement d’organismes génétiquement modifiés doit comprendre les éléments mentionnés aux annexes II et III de la directive 2001-18-CE du 12 mars 2001 ; que les juges procèdent ensuite à l’examen dudit dossier technique, en ses composantes formelles et scientifiques, dont ils déduisent l’absence manifeste d’une véritable étude d’impact de l’essai, répondant aux exigences réglementaires ;

Mais attendu qu’en statuant ainsi, sans procéder à une analyse de l’ensemble des éléments du dossier de demande d’autorisation, en écartant en outre, sans s’en expliquer, l’avis du Haut conseil des biotechnologies, et en retenant, enfin, certaines études scientifiques ciblant le risque de recombinaison des virus sans aucune référence, la cour d’appel, qui n’a pas mis la Cour de cassation en mesure d’exercer son contrôle sur les conditions d’examen de la légalité de l’acte administratif querellé, a privé sa décision de base légale au regard des textes visés par le moyen ».

Volonté de minimiser ou mise à jour par un auteur peu attentif à la structure de l'existant ? Qu'importe. Le site peut s'honorer d'avoir donné l'information. Le site ajoute :

« L’avocat des Faucheurs considère qu’il "s’agit donc d’une cassation de pure forme". »

On se permettra de ne pas être d'accord.

Mais ce qui importe ici, c'est qu'aucun journal n'a repris l'information.

Greenpeace s'agite... l'AFP aussi

Greenpeace s'est rappelé à notre bon souvenir le 13 mai 2015 en organisant une opération à quat'sous devant le siège parisien de la coopérative InVivo. Toujours le même problème : pour exister, ce genre d'entité doit se médiatiser.

L'AFP a donc été prévenue... et elle a accouru. 20Minutes écrit, ou plus précisément reproduit [10] :

« Une quinzaine de militants de Greenpeace ont installé mercredi à Paris de gros bidons symbolisant des pesticides devant l'entrée du siège de la première coopérative agricole de France, InVivo, pour dénoncer l'utilisation intensive de ces produits chimiques, a constaté un journaliste de l'AFP. »

On veut bien qu'elle soit dans son rôle, l'AFP. Mais fallait-il répercuter :

« Les militants ont également déployé une banderole sur la façade d'InVivo qui proclame "Philippe Mangin, Thierry Blandinières: empoisonneurs", en référence au président de la coopérative et à son directeur général » ?

Puisque le mot semble devenu à la mode chez nombre d'acteurs d'un lobby vert qui a décidé d'instrumentaliser la justice pour faire taire ses critiques [11], c'est de la diffamation, dans ce cas-ci réelle et caractérisée. Est-ce encore du journalisme (autre que de caniveau) ?

Et encore une fois, pourquoi détailler les revendications de Greenpeace sans le moindre égard pour les positions d'InVivo, pourtant rappelées dans un communiqué du même jour [12] ?

« Pour produire plus et mieux, InVivo mise sur toute la palette des solutions techniques disponibles, dont les pesticides, et investit fortement dans les domaines de l’agro-écologie, du biocontrôle et de l’innovation technologique (big data et agriculture de précision).

[...]

Les produits phytosanitaires occupent aujourd’hui une place incontournable dans la palette des solutions disponibles pour répondre à l’objectif de produire plus et mieux.

Afin d’optimiser l’utilisation de ces produits phytosanitaires, InVivo investit dans les technologies de pointe (outils d’aide à la décision, agriculture de précision).

Simultanément, InVivo consacre des moyens importants (200 collaborateurs dédiés) à la recherche et au développement dans les domaines de l’agro-écologie (qualité de l’eau, biodiversité, réchauffement climatique) et du biocontrôle.

[...]

Pour nourrir une population mondiale croissante, toutes les solutions doivent être déployées dans le respect des hommes et de la planète. Face à un tel enjeu, il est stérile d’opposer méthodes conventionnelles et méthodes alternatives. »

La misère médiatique française

Ces phrases simples sont trop compliquées pour l'AFP et les médias qui font du copier-coller. Les Français ne doivent pas savoir que la première coopérative agricole de France est lourdement engagée dans la recherche-développement sur tous les aspects de la production agricole et alimentaire, y compris la production par des méthodes plus économes en produits phytosanitaires.

D'autres agences de presse se font, généralement, un point d'honneur de présenter des informations de qualité ; de ne pas succomber à la dictature de l'instant et à la course au scoop à tout prix ; de signaler les absurdités quand il y en a ; de présenter les points de vue de toutes les parties en présence quand il y a polémique ou même débat... En bref, de faire leur métier. Et c'est ce qui les distingue.

Mais, sur des questions telles que les OGM et les pesticides, il est aussi permis de supputer une collusion, dans notre AFP nationale et notre presse, avec des groupes de pression.

Wackes Seppi

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[1] https://fr-fr.facebook.com/moratoireOGMpesticides/posts/665448886917768:0

[2] Leur communiqué de presse n'est même pas directement accessible sur leur site. On le trouvera ici :

http://www.geves.fr/images/Communiqu_de_presseGEVES_7avril2015.pdf

[3] http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/colza-fauche-le-geves-porte-plainte-102942.html#kH7uyFCJSOtsKD2l.99

[4] http://www.lalsace.fr/actualite/2015/04/05/une-parcelle-d-essais-de-colza-detruite-par-des-faucheurs-volontaires

http://www.20minutes.fr/nantes/1579939-20150406-parcelle-essais-colza-pietinee-militants-anti-ogm

http://www.leparisien.fr/rennes-35000/mutagenese-une-parcelle-d-essais-de-colza-detruite-dans-le-maine-et-loire-05-04-2015-4668693.php

[5] http://www.ouest-france.fr/colza-detruit-la-poueze-le-geves-porte-plainte-3322778

[6] http://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/video-des-faucheurs-d-ogm-detruisent-une-parcelle-de-colza-dans-le-maine-et-loire_869041.html

[7] http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/05/19/ogm-la-relaxe-des-faucheurs-de-colmar-mise-en-cause_4421538_3224.html

[8] http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/05/20/relaxe-des-faucheurs-de-vigne-ogm-la-recherche-publique-reagit_4422001_1650684.html

[9] http://www.infogm.org/5634-OGM-histoire-du-proces-faucheurs-vignes-colmar

[10] http://www.20minutes.fr/paris/1607263-20150513-paris-operation-coup-poing-greenpeace-siege-invivo

[11] http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/article/la-gue%CC%81rilla-judiciaire-du-lobby-vert

http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/130515/lanceurs-dalertes-et-e-reputation-revelations-sur-la-strategie-de-diffamation-du-lobby-ogm

Et la suite...

[12] http://www.invivo-group.com/fr/invivo-reaffirme-ses-positions-suite-loccupation-de-ses-locaux-par-greenpeace

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 12:08

« Quand la borne est franchie, il n'y a plus de limite »

Encore un lapin sorti du chapeau

Les « études » sortent à flot régulier du laboratoire de M. Gilles-Éric Séralini. La recette est rodée :

  • Ingrédients : cellules isolées (ou tissus), milieu de culture, Roundup et glyphosate seul (la matière active du Roundup).
  • Mise en place : faire mariner les cellules dans le milieu nutritif simple ou additionné de Roundup ou de glyphosate.
  • Finitions : observer l'effet, préparer une publication scientifique.
  • Accompagnement : bruit ou tapage médiatique (selon possibilités et en fonction de l'effet désiré).

La gesticulation contre le Roundup – dont on rappellera qu'il est vendu dans les jardineries et grandes surfaces, c'est dire combien il est dangereux – n'étant pas très médiagénique, le tapage a plutôt été discret ces derniers temps.

L'équipe élargie à d'autres (Steeve Gress, Sandrine Lemoine, Paolo-Emilio Puddu, Gilles-Éric Séralini, René Rouet) vient donc de sortir « Cardiotoxic Electrophysiological Effects of the Herbicide Roundup® in Rat and Rabbit Ventricular Myocardium In Vitro » [1]. En bref, des cellules de tissu cardiaque ventriculaire de rat et de lapin se sentent mal quand elles sont baignées dans du Roundup ; elles seraient plutôt à l'aise dans le milieu avec glyphosate seul, selon le résumé de la publication : « Le glyphosate seul (18 et 180 ppm) n'avait pas d'effets électrophysiologiques significatif ».

Résultat fort heureux, puisqu'il permet de conforter le lobbying contre le glyphosate/Roundup au motif que les évaluations, portant prétendument sur le glyphosate seul, ne permettent pas d'identifier la nocivité du produit formulé et que l'autorisation du glyphosate doit par conséquent être retirée.

Résultat sans nul doute crédible et obtenu dans les règles de l'art. Le problème vient de la surinterprétation des travaux accomplis, comme souvent dans ce genre d'études (ce n'est pas limité à l'équipe de Caen). Selon le résumé, la manipulation in vitro pourrait bien expliquer certains effets cardiaques observés – in vivo – dans des hôpitaux dans des cas d'intoxication aiguë (notez le conditionnel...).

Intoxications qui, en fait, ne peuvent être que la conséquence de tentatives de suicide [2]. On a parfaitement le droit d'émettre une hypothèse. Mais la raison exige que l'on souligne la difficulté d'extrapoler de l'in vitro à l'in vivo. Et bien sûr qu'on en fasse un usage raisonnable.

Cette étude n'aurait pas attiré notre attention, ne fût-ce le morceau de propagande du site construit à la gloire de M. Séralini [3]. Le morceau a été repris en substance sur le site du CRIIGEN [4] :

« Les résultats de cette nouvelle étude pourraient expliquer des anecdotes de chasseurs signalant des cas de mort subite de lapins après avoir traversé un champ fraîchement traité au Roundup, ou encore les cas de propriétaires d'animaux de compagnies, comme les chiens, décédant après des épandages domestiques de Roundup – ainsi que les cas documentés de personnes souffrant de troubles cardiaques après un empoisonnement au Roundup. »

Curieuses, ces anecdotes de chasseurs... La LD50 par contact avec la peau en toxicité aiguë (qui est encore loin d'être la LD50 pour une mortalité quasi immédiate) est supérieure à 2 grammes par kilogramme [5]...

Rex, le chien de la célèbre séquence de Monsanto retoquée pour publicité mensongère, doit avoir joué au cascadeur inconscient... Notons par pure Schadenfreude que le site de Mme Claire Robinson parlait de chiens traversant un gazon traité au glyphosate... ils doivent probablement ignorer que si on « traite » le gazon au glypho, c'est pour le... détruire.

Le Centre National d'Informations Toxicologiques Vétérinaires (CNITV) a publié une étude en 1998 [6]. Sur 31 cas d'empoisonnements certains ou très probables, tous liés à une ingestion du produit pur ou de la bouillie prête à l'emploi, il n'y a eu aucune mortalité, et aucun effet à long terme.

Mais que valent les études du CNITV face aux anecdotes de chasseurs...

Dialogues entre membres du CRIIGEN

De la recette de paillasse de laboratoire, passons aux recettes de cuisine.

MM. Gilles-Éric Séralini, professeur d'Université, membre du conseil d'administration du CRIIGEN et président du conseil scientifique du CRIIGEN, et Jérôme Douzelet, restaurateur/hôtelier au Mas de Rivet, à Barjac (Gard) et membre du Conseil d'administration du CRIIGEN, ont produit un ouvrage, « Plaisirs cuisinés ou poisons cachés, dialogue entre un chef et un scientifique », préfacé par M. Jean-Marie Pelt. pharmacien/botaniste et membre du Conseil d'administration du CRIIGEN.

Du site du CRIIGEN [7] :

« ...les polluants chimiques présents dans pratiquement tous les aliments sont beaucoup moins traqués [que les germes bactériens et autres] : métaux lourds, herbicides, insecticides, fongicides et OGM, additifs, exhausteurs de goût, détergents, plastifiants... Les autorisations de ces produits masquent à la société les savoirs sur tous les problèmes sanitaires que ces nouveaux contaminants alimentaires peuvent engendrer. Méconnaissance, protection malhonnête d’intérêts privés dans un système d’expertise bien rôdé ou volonté de ne pas faire éclater de scandale, la frontière est bien gardée. »

Et encore :

« Gilles-Éric Séralini, professeur et chercheur à l’université de Caen, spécialiste des OGM et des pesticides – connu pour ses expériences récentes établissant un lien avec tumeurs, maladies des reins et du foie –, et Jérôme Douzelet, chef cuisinier responsable, ont décidé d’unir leur voix pour révéler des expériences éclairantes sur la malhonnêteté de l’évaluation des produits chimiques et les possibilités de développer une cuisine festive, naturelle et biologique, haute en saveurs, couleurs, textures, en symbiose avec la biodiversité et la santé dans un vrai métier de "restaurateur". »

Il n'y a pas à dire : c'est très épicé. En bref, l'intoxication pour une vingtaine d'euros seulement.

Intoxications confirmée sur France3 Régions le 12 novembre 2014 : « Selon le professeur Séralini, "on mange à peu près 36 pesticides par jour" » [8]. On attend la surenchère du Générations Futures de M. François Veillerette...

Mais il ne faut pas s'inquiéter. Le CRIIGEN organise du 4 au 7 juin 2015, au Mas de Rivet, chez Chef Jérôme Douzelet (« chef » étant la formule d'appel bienséante selon le dernier tic à la mode), un séminaire sur « Les plantes, le sol, la joie dans la cuisine et la détoxification » [9]. Pr Gilles-Eric Séralini y parlera sur « Les pollutions, et les preuves de la détoxification cellulaire par les plantes ». Nous pouvons nous sauver ! Grâce aux « tis’up » de Marie de Mazet [10] (servies lors de la visite du Jardin de Mazet) et autres médicaments de Sevene Pharma [11].

Il ne faut pas s'inquiéter ? Pas sûr. Le 16 janvier 2015, le Pr Séralini et le Chef Jérôme Douzelet tiendront une conférence sur le thème : « La qualité de notre alimentation est-elle récupérable ? » [12].

Sera-ce pour entendre que la réponse sera donnée en juin ? Ou, comme à la foire de Cahors, que le salut vient du « bio » ;

« En outre, une conférence menée par le professeur de biologie moléculaire Gilles-Éric Séralini, de l'université de Caen, et le chef cuisinier Jérôme Douzelet, a permis de "parler des tabous, comme l'engraissement des palmipèdes par du maïs importé espagnol contenant du transgénique". Ils ont rappelé et démontré que "'agriculture bio, n'est pas seulement bonne pour l'environnement, mais bénéfique pour la santé". » [13]

Enfin... Bon pour la santé ne met pas fin à l'utilité des pilules et tisanes détoxifiantes.

Sur France Culture, M. Matthieu Vidard passe les plats

La sortie de l'ouvrage a offert l'occasion à M. Mathieu Vidard d'inviter M. Séralini à « La tête au carré » sur France Inter [14]. L'occasion, non pas de parler de l'ouvrage, sauf en aparté, mais de ressusciter la fameuse « étude » sur les rats et de raviver certaines polémiques et rancunes.

M. Séralini ne s'est pas privé d'utiliser le micro à son avantage. Il aurait eu tort de s'en priver.

On en vient dès lors à se demander qui a été le plus insupportable dans cette affaire : celui qui, sans beaucoup parler, a tendu le micro avec une incroyable complaisance, ou celui qui en a profité ?

Qu'en est-il de M. Vidard ? Exemples...

M. Vidard présente M. Séralini comme « l'homme qui fait gonfler des tumeurs de rats comme du popcorn en leur donnant du maïs OGM » et comme « top chef de la biologie moléculaire ». Compte tenu de la suite de l'émission, ce n'était pas ironique.

L'émission est bien entamée. M. Séralini s'est lancé dans une longue diatribe décollant sur une série de sophismes – les industriels auraient (le conditionnel est le nôtre) prétendu qu'ils allaient réduire l'usage des pesticides, alors qu'ils n'ont jamais vendu autant de Roundup – pour atterrir sur la critique des études de Monsanto, le terminal étant : « et dès qu'il y a une contre-étude... ». Ce n'est pas précisé dans le flot de paroles : il s'agit de : « A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health », de décembre 2009 [15]. M. Vidard intervient donc (14:27) : « Avec une méthodologie qui justement pose problème... ».

Cher lecteur... si vous avez pensé à ce stade qu'il se référait à l'« étude » de M. Séralini, vous avez faux. Car il poursuit : « ...c'est la raison pour laquelle vous avez commencé votre étude... » Pensait-il à la fameuse « étude » sur les rats de septembre 2012 ? On ne saurait dire, mais c'est probable.

M. Vidard n'émet pas la moindre critique de l'étude. Celle de 2009 a pourtant été retoquée à l'époque par une série d'agences d'évaluation, notamment le HCB français [16], l'EFSA européenne [17] et la FSANZ australo-néozélandaise [18]. Quant à celle de 2012...

M. Séralini peut donc embrayer, ou plutôt poursuivre (14:38) – « Moi, j'ai été expert pendant neuf ans pour le Gouvernement français » (lire : membre de comités appelés à formuler des avis). Poursuivre et dérouler les thèses bien connues de la conspiration du silence sur les (prétendus) effets délétères des OGM, et du complot orchestré par Monsanto et exécuté par une poignée de larbins pour dénigrer son travail (« quelques lobbyistes que j'ai retrouvé après critiquant mon étude » – 14:44).

Avec une petite incise cocasse sur la procédure judiciaire qui avait eu lieu en Allemagne pour obtenir les données de Monsanto sur le NK603 (15:06) : « On a d'abord été au tribunal... ». Cocasse car « on », c'est Greenpeace. Il poursuit (15:06) : « Et vous vous rendez compte, on est en 2005, Monsanto attaque déjà bien avant le TTIP, TAFTA, les traités transatlantiques qui permettra (sic) aux grandes entreprises d'attaquer les gouvernements nationaux... » : l'altermondialiste qui n'avance plus masqué démontre ainsi que lesdits accords ne changeront rien sur le principe...

M. Séralini en arrive à son « étude » phare. M. Vidard l'interrompt (16:17) : « Avec les résultats livrés en septembre 2012 et la tempête médiatique dans laquelle vous avez été embarqué... c'est absolument inimaginable ce qui s'est passé... c'est-à-dire que l'étude a été reprise dans le monde entier – on a vu les images sur toutes les chaînes télé du monde ».

L'animateur d'une émission prétendument scientifique juge dont l'impact d'un article « scientifique » à l'aune du choc des photos...

Et M. Séralini peut poursuivre sur les effets positifs (selon lui) de cette « étude » (16:30) : « Avec des conséquences positives, des moratoires, des demandes de recherche, des demandes de republication dans le monde entier ». Sans oublier l'attaque hargneuse : « ...et puis il y a eu un petit lobby de diffamateurs qui maintenant sont identifiés, qui remontent presque tous à Monsanto et au grand lobby ILSI. »

Que dit M. Vidard devant ces énormes contrevérités (ainsi, en fait de moratoires, il n'y en eut point) ? Rien !

Une telle obséquiosité, doublée d'un incroyable déni de réalité, ne peut que laisser pantois.

Et qu'en est-il de M. Séralini ? On vient d'en avoir un aperçu, mais reprenons depuis le début pour des propos qui ne ressortent généralement pas du disque rayé qu'il met sur la platine dès qu'on lui en donne l'occasion sous la forme d'un petit interview.

Petite incursion dans l'altermondialisme après la chronique de M. Philippe Henarejos sur le financement participatif (crowdfunding) d'une mission sur la Lune (7:00) : selon M. Séralini, « les grandes entreprises ne sont pas complètement privées parce qu'elles bénéficient d'énormément de subventions publiques depuis la deuxième guerre mondiale. C'est quasiment la richesse des pays du G8 qui [a] alimenté les grands chimistes, les grands faiseurs d'OGM et de pesticides ». Un boniment, ça trompe énormément...

Cela nous renvoie incidemment à la bande-annonce de « Tous cobayes ? » et à l'explication de l'origine du séquençage génétique humain [19]. Un autre morceau d'anthologie à ne rater sous aucun prétexte !

Le lien est ainsi établi avec le financement de l'« étude » sur les rats (7:22) : « C'est complètement des subventions de fondations, d'associations, de personnes privées, tout à fait... ». Incroyable ! Il est de notoriété publique que la majeure partie du financement provient d'entreprises, dont des géants de la grande distribution : on le tient de M. Séralini lui-même. Il s'est du reste vanté dans son livre « Tous cobayes ! » de la constitution d'une fondation-écran, dans un passage qui a été repris dans le numéro du Nouvel Observateur à l'indécente couverture et au non moins indécent contenu [20].

M. Séralini prétend aussi que « les gouvernements ne financent pas du tout [...] les fonds publics ne vont pas dans la contre-expertise des autorisations données par le gouvernement ». Là encore, la mâchoire se décroche. Le gouvernement français n'a-t-il pas mis, l'année passée, quelque 2,5 millions d'euros dans une étude sur les risques toxicologiques des OGM (RiskOGM) ? Une étude que le CRIIGEN s'est empressé de récuser a priori [21] ? Une étude censée compléter le projet européen GRACE (GMO Risk Assessment and Communication of Evidence) financé à hauteur de 3 millions d'euros par l'Union européenne [22] ?

Bonjour la sinistrose (10:54) : « ...quand on voit qu'on nourrit le monde avec des produits qui servent surtout aux cochons, aux vaches et aux poulets et que ça leur donne des maladies, que ça nous donne des maladies derrière, on se dit quelquefois que le progrès est mal utilisé, en tout cas part dans les poches d'une minorité de gens. » Les bras en tombent...

Qu'on se le dise [11:33] : « En fait, je suis un pro-OGM, je les enseigne, je travaille avec... » Mais, « ceci dit, ce n'est pas une raison pour faire des OGM qui servent à contenir des pesticides à haute dose et pour les mettre dans les champs et les assiettes sans contrôle sanitaire... » Ben évidemment, ça ne peut qu'être à haute dose et, ben voyons, sans contrôle sanitaire... Et le « je suis pour... mais... » est un grand classique. Là, ce sont les jambes qui lâchent...

Le couvert est remis sur une certaine vision économique : « ...et là ça devient un outil utilisé de manière scandaleuse, non pas par les chercheurs eux-mêmes [...] mais en fait par des industriels qui dominent le monde, justement, de l'agroalimentaire... ». M. Vidard lance un nom bien connu, et cela permet de dérouler la litanie des entreprises que l'on aime tant haïr dans les conversations bourgeoises (mais pas quand elles nous soulagent avec leurs médicaments, biocides, etc.).

L'expertise économique séralinienne revient, suivie d'une pensée qui ne déplairait pas à Mme Vandana Shiva (que des langues forcément mauvaises surnomment « l'ambassadrice de la faim ») [12:50] : « ...la somme [des entreprises] fait beaucoup par rapport au PIB mondial, et c'est vrai que s'il y avait moins de subventions vers ces OGM [...] sans doute qu'on pourrait mieux nourrir le monde. » Petit rappel : 175 millions d'hectares dans le monde, essentiellement dans une dizaine de pays... Autre petit rappel : pour l'année finissant au 31 août 2014, les ventes de Monsanto ont représenté 15,855 milliards de dollars. Carrefour, en 2013, c'était 84,324 milliards d'euros.

M. Vidard lance du coup l'argument de la double casquette de ces entreprises [13:02] : « ...ils sont très malins, ils sont à la fois du côté des OGM et des pesticides, tant qu'à faire ». De quoi épater la galerie... Et M. Séralini abonde : « ... et même du côté du "bio" [...] Ils font aussi des plantes mutées qui sont destinées à absorber des pesticides mais qui ne se déclarent pas en tant qu'OGM [...] ils essaient d'être partout, un peu comme des pieuvres dans le système de l'agroalimentaire ».

Les écluses de la désinformation la plus scandaleuse sont dès lors ouvertes [13:24] : « Ce qui est surprenant, c'est que des produits qui ont servi pour faire la guerre, des explosifs comme des nitrates qui terminent dans l'agriculture intensive, des gaz de combat, des gaz de camp de concentration terminent finalement dans nos assiettes parce qu'ils sont utilisés comme insecticides et comme pesticides... Les dérivés de l'Agent orange qui a servi pendant la guerre du Vietnam... ben maintenant il y a des plantes qui sont génétiquement modifiées tolérantes à cet agent qui viennent d'être en demande [sic] aux États-Unis et au Canada... »

Quels termes utiliser pour manifester son écœurement, à la fois devant le procédé et devant le contenu ?

Les agriculteurs et les jardiniers amateurs doivent être surpris d'apprendre qu'ils manipulent des explosifs à la place d'engrais (même si certains peuvent être utilisés pour fabriquer des bombes artisanales) ; les consommateurs qu'ils ont de l'ypérite et du Zyklon B dans leurs assiettes (l'acide prussique a été utilisé comme insecticide bien avant d'acquérir une sinistre réputation).

Quant à l'Agent orange, c'était un mélange de deux herbicides, dont l'un, le 2-4-D n'a jamais cessé d'être utilisé, et ce, très largement, compte tenu notamment de son profil toxicologique favorable. Les plantes rendues tolérantes ne le sont pas à l'Agent orange, mais au 2-4-D. Ça, M. Séralini ne peut pas l'ignorer... Du reste, le 2-4-D est sélectif. La plupart des graminées – dont les céréales – le tolèrent naturellement. Ça aussi, M. Séralini ne peut pas l'ignorer. Mais c'est toujours bon à proférer devant des auditeurs béotiens...

Maîtrise des recettes de la désinformation... irresponsabilité médiatique

Nous nous arrêterons là dans la retranscription d'une émission qui fait honte au service public.

« Quand la borne est franchie, il n'y a plus de limite » a été le titre d'une émission de France Inter (de « L'oreille en coin », en été 1979). Dans cette émission de « La tête au carré », en fait, il n'y avait pas de borne.

Wackes Seppi

__________________

[1] http://link.springer.com/article/10.1007/s12012-014-9299-2

[2] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0379073812005476

« La mort a été associée la plupart du temps avec des doses plus importantes (500 ml chez un patient) et de fortes concentrations de glyphosate dans le sang. »

[3] http://www.gmoseralini.org/roundup-toxic-heart-new-study/

[4] http://www.criigen.org/ogm/187/display/Cardiotoxic-electrophysiological-effects-of-the-herbicide-Roundup-in-rat-and-rabbit-ventricular-myocardium-in-vitro

[5] Par exemple :

http://npic.orst.edu/factsheets/glyphotech.pdf

[6] http://europepmc.org/abstract/med/9830700

[7] http://www.criigen.org/actualite/52/display/Nouveau-livre-Plaisirs-cuisines-ou-poisons-caches-dialogue-entre-un-chef-et-un-scientifique-de-G-E-Seralini-et-J-Douzelet

[8] http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/2014/11/12/selon-le-professeur-seralini-mange-peu-pres-36-pesticides-par-jour-590596.html

[9] http://www.criigen.org/manifestation/64/display/Seminaires-du-CRIIGEN-le-programme-du-1er-semestre-2015

[10] http://www.mariedemazet.com/boisson-bio-aux-plantes/tisane-glacee-tisup/boisson-bio-toutes-saveurs-tisup

[11] http://www.sevenepharma.com/nos-medicaments/

[12] http://www.criigen.org/manifestation/65/display/Conference-16-janvier-2015-Caen-La-qualite-de-notre-alimentation-est-elle-recuperable-

[13] http://www.ladepeche.fr/article/2014/12/15/2011543-le-bio-a-sorti-ses-habits-de-fetes.html

[14] http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-ogm-pesticides-et-poisons-caches

[15] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2793308/

[16] http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/IMG/pdf/091231_Article_Spiroux_de_Vendomois_Avis_CS_HCB.pdf

Avec cette remarque assassine :

« On notera également que l’absence de conflit d’intérêt des rédacteurs, qui est mentionnée en fin d’article, pourrait être discutée. L’organisme de rattachement des auteurs continue d’afficher sur son site public des résultats d’études, comme celui de l’étude Autrichienne de novembre 2008, prétendant démontrer des effets négatifs du MON810 sur la reproduction, alors que ces résultats ont été reconnus comme erronés par les auteurs de l’étude eux-mêmes. »

[17] http://www.efsa.europa.eu/en/events/event/gmo100127-m.pdf

[18] http://www.foodstandards.gov.au/consumer/gmfood/mon863/pages/default.aspx

Avec par exemple cette autre remarque assassine :

« Malgré les nombreuses critiques, le Pr Séralini et ses collaborateurs ont fait défaut sur la reconnaissance du fait que le contexte biologique fait partie intégrante de l'interprétation des études toxicologiques. »

En clair : il ne suffit pas de trouver des différences statistiquement significative.

[19] https://www.youtube.com/watch?v=AoI_LiWhWq0

[20] http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120918.OBS2789/ogm-quand-la-grande-distribution-finance-une-etude-choc.html

[21] http://www.criigen.org/communique/86/display/OGM-Monsanto-invite-a-s-auto-evaluer-avec-3-millions-d-argent-public

[22] http://www.grace-fp7.eu/

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 16:13

Chers lecteurs,

Imposteurs a fêté le 16 octobre 2014 son 7ème anniversaire.

Bilan d’activité :

  • 633 articles à ce jour
  • 448.020 « visiteurs uniques »
  • 1.209.616 pages visitées.

Si j’ ai rédigé la majorité des articles, j’ai pu compter sur plus d’une douzaine de contributeurs de talent qui ont permis d’élever la qualité du site et de l’enrichir. Le succès de ce site est donc en grande partie le leur, merci encore à eux.

Pour connaitre le nombre de commentaires déposés par les lecteurs, il me faudrait les compter un par un. Ce qui est certain, c’est qu’il y en a des milliers, le nombre de commentaires dépassant parfois la centaine pour un seul article. De mémoire enfin, une dizaine de commentaires ont été supprimés depuis les débuts du site.

On continue !

Anton Suwalki

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 17:01

Vient de paraitre aux éditions Lavoisier : Produits de Protection des Plantes, Innovation et sécurité pour une agriculture durable.

Catherine Regnault-Roger est  biologiste  et professeur émérite à l'Université de Pau. Nous signalons ce livre dont la problématique intéresse probablement une majorité de nos lecteurs.  Ci-dessous, la préface.

Anton Suwalki



En ce début du XXIe siècle, l’humanité est plus que jamais confrontée à la menace des organismes nuisibles qui attaquent les cultures, réduisent la production alimentaire ou transmettent des maladies en résurgence ou recrudescence. Les moyens mis en place depuis le XXe siècle (pesticides de synthèse, lutte bio- logique, lutte intégrée) ont dû être réévalués face aux contaminations environne- mentales, aux besoins toujours grandissants d’une population toujours en croissance – surtout dans les pays tropicaux – et aux manifestations hostiles des « écologistes » qui ont plus de critiques que de solutions. N’en déplaise à ces derniers, l’utilisation raisonnée des pesticides apporte des bénéfices suffisamment valables pour satisfaire aux besoins alimentaires et sanitaires de l’espèce humaine. C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier à sa juste valeur l’ouvrage que Catherine Regnault-Roger nous présente ici. Ce document nous fait reprendre conscience du chemin parcouru et des défis qui continuent à confronter toutes celles et ceux qui travaillent à nous donner une agriculture toujours plus performante, dans un contexte de développement durable, ou à trouver les moyens de protéger les récoltes et les populations sans mettre en danger la santé des animaux et des consommateurs, sans compromettre l’intégrité des écosystèmes. Ce que l’auteur nous présente ici est applicable sous tous les climats. Un tel ouvrage en français en fait un outil particulièrement précieux pour les francophones, constamment défavorisés par le peu de publications sur le sujet par rapport à ce qui est disponible en anglais. Dans le langage clair et avec la rigueur scientifique qui lui sont particuliers, et compte tenu des limites imposées par l’éditeur, la professeur Regnault-Roger décrit les enjeux de la lutte contre les nuisibles, rappelle la place occupée par les molécules de synthèse dans le combat nécessaire pour réduire les dégâts causés par les arthropodes et les organismes pathogènes, ou encore le manque à gagner résultant de la lutte contre les plantes considérées comme des mauvaises herbes. Le lecteur prend également conscience de la place occupée par les méthodes non chimiques et réalise que celles-ci, aussi souhaitables soient-elles, ne sont qu’un complément dans le contexte d’une agriculture raisonnée et durable. Cet ouvrage est un excellent outil pédagogique qui aidera les non-initiés autant que les intervenants du monde agricole et les personnes s’intéressant à l’environnement à mieux saisir la complexité de la lutte phytosanitaire dont le succès est avant tout basé sur la connaissance des organismes impliqués et l’approche scientifique qu’elle exige.

Bernard J.R. Philogène Professeur Émérite Faculté des Sciences, Université d’Ottawa

 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 12:46

Calomniez, calomniez...

 

Une rumeur malveillante court depuis février 2008.  Deux éminents chercheurs, très actifs dans le déminage des discours obscurantistes, entretiendraient des liens d'intérêts avec Monsanto, ce qui suffit à les précipiter dans la géhenne intellectuelle et morale.  Il s'agit de M. Louis-Marie Houdebine (directeur de recherche honoraire à l’INRA, co-fondateur de Bioprotein Technologies SA, créé en 1998, président de l'Association française pour l'information scientifique (AFIS)), et M. Marcel Kuntz (directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble).

 

Notre consœur en rationalisme Ariane Beldi est revenue fort à propos sur cette affaire pour en disséquer la vacuité [1].

 

La rumeur est partie d'un coup tordu de M. Marcel-Francis Kahn (ancien chef du service de rhumatologie à l'hôpital Bichat, spécialiste de la fibromyalgie et militant rationaliste et pacifiste).  Il avait écrit une lettre à M. Christian Vélot, au prétexte de l'informer qu'il avait signé la pétition de soutien à ce dernier, qui était alors en indélicatesse avec sa hiérarchie (elle lui reprochait d'impliquer son institution dans ses prises de position publiques contre les OGM).  M. Kahn, quant à lui, s'était trouvé fort mécontent de la politique éditoriale de l'AFIS, jugée pro-OGM, ou peut-être pas assez anti-monsantiste ; et en particulier du numéro hors série d'octobre et novembre 2007 de Science... & pseudo-sciences consacré aux OGM et dont une partie importante avait été rédigée par MM. Houdebine et Kuntz [2].  M. Kahn avait notamment écrit :

 

« J’ai donc demandé à la rédaction de Science et Pseudoscience que mes lettres où je demandais (avec courtoisie et sans mettre en cause a priori leur honnêteté scientifique...) que Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine indiquent leurs liens avec Monsanto et ses filiales [...] Si vous le jugez utile, vous pouvez utiliser cette lettre et mon nom. » [3]

 

« Si vous le jugez utile... » ? Appel à peine voilé au lynchage médiatique...  La lettre fut – évidemment – rendue publique.  Et ce qui n'était qu'une question, si on fait preuve de charité, ou une insinuation, si on est réaliste, devint un fait dans le monde alter et anti. 

 

La rumeur et la malveillance courent toujours dans le cyberespace, y compris par exemple chez une journaliste se prétendant d'investigation, se flattant d'être minutieuse et de faire des « révélations » [4].

 

Ariane nous « révèle » donc que, dans un bref entretien avec M. Dan Israël, journaliste chez Arrêt sur Images (dont la page est malheureusement derrière un péage), M. Kahn a reconnu qu'il n'avait jamais eu aucune preuve de ses allégations, ni n’en a cherchées.

 

 

Horresco referens... un brevet !

 

Pour notre part, il nous semble opportun de revenir sur la question des chercheurs et des brevets.

 

En effet, MM. Houdebine et Kuntz (entre autres) ont aussi été « accusés », plus ou moins insidieusement, de détenir des brevets et d'avoir en conséquence troqué leur virginité scientifique et morale pour le stupre économique.  Comment interpréter autrement ce joyau de Sciences & Avenir du 28 novembre 2013 [5], copier-coller d'un article dont nous avions déjà critiqué les insuffisances ici [6] :

 

« LES ALLIÉS. L'Afis (Association française pour l'information scientifique) présidée par Louis-Marie Houdebine, directeur honoraire de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), détenteur de brevets dans les biotechnologies animales. »

 

C'est, en filigrane : brevet = brevet de parti pris, voire brevet de malhonnêteté.

 

On se souviendra aussi de la tentative de discréditer M. Marc Fellous, et d'autres membres de l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV), dans le contexte du procès en diffamation que lui avait intenté M. Gilles-Éric Séralini [7].  En particulier de ce morceau de bravoure de Mme Corinne Lepage sur Médiapart [8] :

 

« L’association qui dénigre le professeur Gilles-Eric Séralini est composée de personnes qui ont des liens avec l’agrosemence. Le conseil de Gilles-Eric Séralini a établi, preuves à l’appui, que 14 membres de cette association avaient déposé des brevets auprès des agrosemenciers~ et que 12 d’entre eux administraient ou étaient employés par une firme agrosemencière. Quant à Marc Fellous, il omet dans son CV de préciser qu’il a déposé 2 brevets pour la société YEDA qui est la partie commerciale de l’institut Weismann (sic).

 

« Il n’y a rien de déshonorant à travailler pour les organismes fabricant des OGM et à déposer des brevets. En revanche, il est tout à fait anormal de se prétendre expert défenseur d’une science qui serait désincarnée, désintéressée et détachée de toutes considérations mercantiles en omettant soigneusement de préciser son activité réelle. Il est encore plus anormal de bâtir une stratégie de défense des groupes ou intérêts pour lesquels on travaille en dénigrant des chercheurs dont le seul tort est de gêner ces groupes. Il est enfin purement scandaleux d’avoir ce type de comportement pour éviter qu’un sujet de santé publique ne vienne sur la table et pour tenter de dissimuler une vérité qui dérange. Or, c’est précisément le sujet. »

 

Vous avez bien lu : lorsque le chercheur X, œuvrant au sein de l'institution publique française Y, se trouve mentionné dans un brevet au nom de l'entreprise Z, il travaille pour Z... Et Mme Lepage est avocate !

 

On peut aussi citer ces propos de M. Pierre-Henri Gouyon, rapportés par M. Stéphane Foucart dans le Monde [9] :

 

« Le biologiste Pierre-Henri Gouyon (Muséum national d'histoire naturelle) critique lui aussi la posture de l'association, "systématiquement favorable aux OGM et systématiquement opposée à l'écologie". "Il suffit de se rendre sur le site Internet de l'Office américain des brevets pour se rendre compte que certains des membres de l'AFIS les plus engagés à défendre les OGM ont déposé des brevets avec des entreprises de biotechnologies", ajoute M. Gouyon. »

 

Paragraphe du reste grossièrement plagié par l'anti-OGM vociférant Benjamin Sourice sur Médiapart [10].  Ou recopié in extenso sur le blog mis à sa disposition par Arte sur fonds publics par Mme Marie-Monique Robin ; laquelle se vante du fait qu'un article du Monde ait repris ses « informations » sur la « grande proximité » de certains chercheurs, dont M. Kuntz, « avec Monsanto et consorts » ainsi que ses révélations sur « les liens entre le Dr. Kuntz, qui dirige l’AFIS, et Monsanto » [11].

 

C'était, comme dirait M. Nicolas Hulot, la séquence : « comment fonctionne la cybercalomnie »...

 

M. Gouyon, au moins, n'est pas avocat.  Mais a-t-il des excuses pour autant ? Un chercheur de son calibre et de son expérience peut difficilement ignorer la politique publique en matière de propriété intellectuelle.

 

 

Un peu de droit pour Mme Lepage, etc.

 

Le Code de la propriété intellectuelle est exceptionnellement limpide sur le sujet des inventions de salariés (article L611-7) [12] :

 

« Si l'inventeur est un salarié, le droit au titre de propriété industrielle, à défaut de stipulation contractuelle plus favorable au salarié, est défini selon les dispositions ci-après :

 

1. Les inventions faites par le salarié dans l'exécution soit d'un contrat de travail comportant une mission inventive qui correspond à ses fonctions effectives, soit d'études et de recherches qui lui sont explicitement confiées, appartiennent à l'employeur. Les conditions dans lesquelles le salarié, auteur d'une telle invention, bénéficie d'une rémunération supplémentaire sont déterminées par les conventions collectives, les accords d'entreprise et les contrats individuels de travail.

 

[...]

 

2. Toutes les autres inventions appartiennent au salarié. Toutefois, lorsqu'une invention est faite par un salarié soit dans le cours de l'exécution de ses fonctions, soit dans le domaine des activités de l'entreprise, soit par la connaissance ou l'utilisation des techniques ou de moyens spécifiques à l'entreprise, ou de données procurées par elle, l'employeur a le droit, dans des conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat, de se faire attribuer la propriété ou la jouissance de tout ou partie des droits attachés au brevet protégeant l'invention de son salarié. »

 

La loi (article L611-9) prévoit également :

 

« L'inventeur, salarié ou non, est mentionné comme tel dans le brevet ; il peut également s'opposer à cette mention. »

 

Les dispositions sur les inventions de salariés varient d'un pays à l'autre, mais les résultats sont dans leurs grandes lignes (mais pas dans leur détail...) similaires en Europe quant au résultat [13] : les inventions de salariés (de chercheurs) réalisées dans le cadre de leur mission appartiennent de plein droit à l'employeur (à l'institution) ou après que celui-ci (celle-ci) les a revendiquées.  Il peut être prévu, par la voie législative ou contractuelle, que le droit de déposer une demande de brevet revienne à l'inventeur employé si l'entreprise ou l'institution ne souhaite pas déposer.

 

Comme c'est souvent le cas en matière de propriété intellectuelle, les États-Unis d'Amérique sont une autre planète...  La demande de brevet doit obligatoirement y être déposée par l'inventeur.  Le brevet est alors, le cas échéant, dès le dépôt de la demande, assigné à l'entreprise ou l'institution qui en deviendra le titulaire.

 

En conséquence, lorsque Mme Lepage écrit : « Marc Fellous [...] a déposé 2 brevets pour la société YEDA » elle se réfère – volontairement pour tromper les lecteurs ou involontairement en se trompant sur la portée de son affirmation – à la situation états-unienne.  M. Gouyon, en se réfèrant au « site Internet de l'Office américain des brevets » pour conclure que des chercheurs « ont déposé des brevets avec des entreprises de biotechnologies », se trompe aussi ou nous trompe.

 

 

Un peu de droit pour tout le monde

 

Les brevets ont une portée nationale.  Et, parfois, régionale ; ce sera le cas – enfin [14] ! – du brevet unitaire fruit d'une coopération renforcée des États membres de l'Union européenne à l'exception de l'Espagne et de l'Italie.  Ce qu'on appelle « brevet européen », fondé sur la Convention sur la délivrance de brevets européens (Convention sur le brevet européen) adoptée le 5 octobre 1973 à Munich, est un système de dépôt, d'examen et de délivrance d'un brevet qui, une fois délivré, se divisera en brevets nationaux.

 

Pour pouvoir faire l'objet d'un brevet, une invention doit être nouvelle – en bref, ne pas avoir fait l'objet d'une divulgation –, faire preuve d'activité inventive (ne pas être évidente dans le droit états-unien) et être susceptible d'application industrielle (être utile en droit états-unien).  Déposer une demande de brevet, qui sera publiée, a pour effet de divulguer l'invention au moment de la publication (voire dès le dépôt puisqu'on la révèle à l'office des brevets), ce qui a un effet « suicidaire » dans les autres pays.  La communauté internationale a résolu cette difficulté avec le droit de priorité, instauré par la Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle du 20 mars 1883.  Ayant déposé une première demande, le demandeur bénéficie d'un délai d'un an pour déposer d'autres demandes revendiquant la priorité de la première, ce qui a pour effet que ces autres demandes seront traitées comme si elles avaient été déposées à la date de la première.

 

Le droit au brevet n'appartient pas au premier inventeur (sauf, dans une certaine mesure, sur cette autre planète que sont les États-Unis d'Amérique), mais au premier déposant ; il faut donc, en quelque sorte, courir à l'Office des brevets, ou plutôt chez son agent de brevets ou son service de la propriété intellectuelle, dès que les contours de l'invention sont suffisamment définis.  Puis, dans le délai d'un an, déposer les autres demandes sous le bénéfice de la priorité.  Cela représente un investissement très lourd.

 

La communauté internationale a résolu ce problème avec le Traité de coopération en matière de brevets (PCT), signé à Washington le 19 juin 1970 et géré par l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI).  Dans le cadre de ce traité, le déposant (inventeur ou son ayant droit) dépose une seule demande – internationale – en indiquant les pays pour lesquels il souhaite obtenir un brevet (148 États en sont parties).  La demande fait l'objet d'un début de traitement international : une « recherche internationale » qui recense les documents publiés susceptibles d’avoir une incidence sur la brevetabilité de l'invention ; une publication internationale ; une « recherche internationale supplémentaire » (facultative) et un examen préliminaire international (facultatif).  Le PCT permet de réaliser une très grande économie de moyens pour quiconque recherche une protection dans plusieurs pays, et de différer la décision d'« entrer en phase nationale », décision qui pourra être prise sur une base bien plus solide.

 

La démarche classique consiste donc à : déposer une demande nationale ; dans le délai d'un an, déposer une demande PCT (souvent avec une très longue liste d'États membres désignés) ; poursuivre la procédure dans les seuls États et régions dans lesquels on trouve un intérêt (ou abandonner).

 

 

Ne pas valoriser, c'est gaspiller

 

Le monde alter et anti tient en sainte horreur les brevets – et la propriété intellectuelle en général (à part peut-être les appellations d'origine qui ont permis à M. José Bové de valoriser son lait de brebis du temps où il n'était pas un « paysan pour l'Europe »).  Le brevet, dans leur conception, est un monopole... un monopole d'autant plus épouvantable qu'il est détenu par une multinationale ou, pire encore, Monsanto.

 

Dans l'altermonde, les inventions – et plus généralement tous les produits – issues de la recherche publique devraient être mises dans le domaine public, accessibles à tous et libres de droits.

 

Cette conception est imbécile.

 

Pour éviter toute mauvaise interprétation, précisons d'emblée que cela ne signifie pas que toute innovation répondant aux conditions d'un titre de protection intellectuelle doive être protégée par ce titre.

 

Ne pas protéger – quand les circonstances le rendent désirable – c'est donner à n'importe quel prédateur – employons ici un mot fort – l'occasion de profiter de l'invention.  Employons aussi un stéréotype : le contribuable français finance l'invention, et un industriel chinois en profite... gratos.

 

Beaucoup d'inventions sont loin d'être directement exploitables industriellement lorsqu'elles sont faites.  Certaines inventions nécessitent de lourds investissements dans le développement et dans la filière industrielle et commerciale pour être concrétisées.  Le brevet – en conférant à son titulaire un droit exclusif d'exploitation – permet au titulaire ou à ses licenciés de sécuriser ces investissements dans une certaine mesure.  Posé autrement, une invention mise dans le domaine public, sans précaution, risque de péricliter faute d'investisseurs, tirer les marrons du feu pour les autres étant un très mauvais calcul économique.

 

De plus – c'est en fait par là qu'il fallait commencer – le brevet est un contrat entre l'inventeur et la société : le droit exclusif d'exploitation a pour contrepartie la divulgation d'une manière « suffisamment claire et complète pour qu'un homme du métier puisse l'exécuter » (article L612-5).  Les documents de brevets sont parfois rédigés en termes difficilement compréhensibles pour le lecteur moyen, mais pas pour l'homme de l'art ; ils sont infiniment plus performants, du point de vue de la divulgation, qu'un article scientifique.

 

 

La politique de propriété intellectuelle des institutions de recherche...

 

Les institutions de recherche sont pour la plupart dotées de services chargés de gérer et de valoriser les résultats de la recherche (services plus ou moins efficaces et plus ou moins respectés...).  L'État, ainsi que l'Union européenne, veillent à cette valorisation ou la promeuvent.  C'est du reste une des priorités du gouvernement actuel [15].

 

Cette valorisation se fait selon divers schémas.  L'institution peut en particulier garder le contrôle de l'exploitation, notamment en prenant un brevet, ou bien la confier à une entreprise en lui concédant la propriété du brevet.  La première solution s'est traduite pour l'INRA, productrice de génétique, donc d'une ligne de produits, par la création d'une entreprise en 1983, Agri Obtentions.  La deuxième se présente notamment, mais pas exclusivement, lorsque la recherche a été financée, voire commandée, par une entreprise.  L'institution peut aussi susciter ou promouvoir la création d'une « jeune pousse » (startup).

 

 

...et donc, des chercheurs intègres...

 

Ces brefs éléments de droit et de politique permettent de préciser la situation de nos chercheurs.

 

M. Louis-Marie Houdebine apparaît sur Espacenet, la base de données de l'Office européen des brevets (à manier avec précaution [16]), comme inventeur dans sept entrées correspondant à des brevets déposés entre 1991 et 2004.  Si l'on prend pour références, le cas échéant, les demandes PCT, l'INRA est demandeur (déposant) dans quatre cas ; dans deux autres, ce sont Rhône Poulenc Rorer SA et son successeur Aventis ; la septième famille correspond à Bioprotein Technologies, la startup que M. Houdebine a contribué à créer.

 

Selon la base de données états-unienne [17], quatre brevets mentionnant M. Houdebine comme inventeur/demandeur ont été délivrés, trois pour l'INRA (comme cessionnaire selon le droit états-unien, voir plus haut) et un pour Aventis.

 

Les demandes de brevets portent sur les biotechnologies animales, par exemple sur un lapin transgénique exprimant une lipoprotéine humaine fonctionnelle ou la préparation de protéines recombinées de rotavirus dans le lait d'animaux transgéniques.

 

M. Marcel Kuntz apparaît sur Espacenet dans cinq entrées, toujours comme inventeur, correspondant à des brevets déposés entre 1994 et 1998.  Les demandes PCT ont été déposées par son Université d'origine, Joseph Fourier de Grenoble (deux, dont une avec le CEA), le CNRS (deux) et Zeneca devenue par la suite Syngenta (une).

 

Selon la base de données états-unienne, quatre brevets mentionnant M. Kuntz comme inventeur/demandeur ont été délivrés, une pour l'Université Joseph Fourier, une pour le CNRS et deux pour Syngenta.

 

Les demandes de brevets portent en bref sur des séquences d'ADN, par exemple des séquences codant pour une lycopène cyclase, des séquences antisens dérivées de celles-ci, et leur utilisation pour la modification des teneurs en caroténoïdes des plantes.

 

Caroténoïdes ? Le brevet a joué un petit rôle dans la construction du riz doré [18].  Rôle d'information uniquement puisque les entreprises détentrices de brevets les ont mis à disposition, à titre gratuit, aux équipes de recherche.

 

 

...et donc, un autre chercheur calomnié

 

Bis repetita placent [19].

 

Surtout quand on répond à des calomnies qui tournent en boucle.  Et qu'on peut jeter un œil neuf sur ces affaires après la dépublication du scandaleux article de M. Gilles-Éric Séralini...

 

Dans le cadre du procès en diffamation qui a été intenté contre lui sur la base d'une plainte de M. Séralini, la probité intellectuelle de M. Marc Fellous avait été mise en cause pour cause de dépôt – allégué – de brevets.  Brevets pour lesquels il a joué le rôle qui lui était assigné – celui d'inventeur – et que nous avons déjà analysés sur ce site.

 

C'était donc dans des écritures qui, outre qu'elles sont délirantes s'agissant des brevets, nous paraissent diffamatoires dès lors qu'elles sortent du prétoire ; elles en sont sorties... par le fait même de l'organisation du diffamé [20] !  Ou par Mme Lepage, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus.

 

Pour mémoire, en janvier 2011, le Tribunal a – seulement – retenu « comme étant diffamatoire à l'égard de la partie civile l'imputation qui lui est faite d'avoir failli à son obligation de probité intellectuelle en raison de sa dépendance à l'égard de GREENPEACE, dont il recevrait une aide financière pour ses travaux » [21].  Nous en déduisons que doit aussi être tenue pour diffamatoire l'imputation faite, en dehors du prétoire (dans lequel les parties jouissent d'une liberté d'expression étendue), à des membres de l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV) de manquer d'indépendance au motif qu'ils seraient « inventeur[s] de [...] brevets » (curieuse formulation pour un Maître...).

 

Dans ses écritures, Me Dartevelle avait affirmé :

 

« Tout d’abord, Monsieur FELLOUS semble omettre, dans la partie "valorisation économique", de son curriculum vitae qu’il communique à la présente instance (Pièce adverse n°1), qu’il n’a pas – comme il l’est pourtant indiqué – déposé un seul brevet, de surcroît au seul nom d’organismes publics français, mais qu’il est également inventeur de deux brevets, au profit de la société YEDA RESEARCH & DEVELOPMENT Co. LTD, située en ISRAEL (Pièce n°…..). » [20]

 

« [I]nventeur de deux brevets » ? On ne se lassera pas de répéter que c'est une ânerie.  « [...] deux brevets, au profit de la société YEDA [...] » ? C'est faux ! Il n'y en a qu'un, le deuxième brevet états-unien ayant été délivré en faveur de l'INRA, de l'Institut Pasteur et du CEA [22].

 

Et c'est tellement évident que c'est faux qu'il faut se demander si c'est encore de l'incurie, ou plutôt une tromperie délibérée, sachant que la défense ne pouvait pas répondre à tous les points de détail et que le Tribunal n'allait pas vérifier.

 

M Fellous figure donc dans neuf entrées sur Espacenet.  Pour huit d'entre elles, les demandeurs sont des instituts de recherche, à savoir l'INRA seul ou en association avec l'INSERM, l'Institut Pasteur ou le CEA.  Pour la neuvième, le déposant (et, pour rappel, le cessionnaire aux États-Unis d'Amérique) est Yeda Research and Development, l'entreprise de valorisation des inventions de l'Institut Weizmann israélien.

 

Dans ce dernier, M. Fellous est un parmi trois, les deux autres inventeurs étant des chercheurs de l'Institut Weizmann.  Il y a donc eu manifestement collaboration ; ou succession de travaux, les seconds reconnaissant la contribution du pionnier.  Dans l'autre délivré aux États-Unis d'Amérique –  pour le compte de l'INRA, de l'Institut Pasteur et du CEA – M. Fellous est un parmi cinq.

 

Les inventions objets de brevets états-uniens portent sur le clonage d'un ADN et l'expression d'une protéine qui module la réponse cellulaire à l'interféron de type I, d'une part, et une sonde moléculaire pour le sexage des ruminants, de l'autre.

 

 

Séralini... aussi !

 

M. Gilles-Éric Séralini apparaît comme inventeur – avec cinq autres, dont deux coréens – dans une famille de demandes de brevet fondée sur une demande déposée en France le 29 septembre 2003 par une société coréenne, Yang Ji Chemical Co. Ltd [23], puis une demande PCT [24].

 

Mais il n'est pas dans la même situation que les chercheurs évoqués précédemment.

 

M. Séralini est en effet associé – « en relation d'affaires » comme a écrit Me Dartevelle dans le cadre du procès en diffamation – avec une mystérieuse entreprise qui ne semble pas avoir d'activités industrielles ou commerciales (en témoigne son site internet des plus rudimentaires) [25] ; qui fait partie d'un groupe marchand de poudres de perlimpinpin [26] ; et qui est de toute évidence un partenaire improbable de la recherche publique française.

 

L'invention portait sur l'utilisation de composés inhibiteurs de l'aromatase à des fins thérapeutiques, pour le traitement d'un cancer ou du psoriasis, et les composés en tant que tels.

 

Il s'agit typiquement d'une invention tombant dans le cadre de l'article L611-7 du Code de la Propriété Intellectuelle.  Il y a, de fait, une publication scientifique sur un sujet similaire signée par sept auteurs, dont six sont désignés comme inventeurs dans les demandes de brevets, le seul Coréen, M. Chang Ha Park, n'apparaissant qu'en quatrième position ; curieusement, la YJC apparaît dans la liste des institutions, mais l'auteur (en troisième position dans la liste, et du reste non coréen) qui y aurait été affilié émarge ailleurs [27].  Il se pose dès lors au moins une question : l'Université de Caen, l'INRA et la Faculté des Sciences pharmaceutiques et biologiques de Lille ont-ils été informés de l'invention et ont-ils consenti à la cession à la YJC ?

 

On peut objecter : quelle différence entre M. Fellous et Yeda, et M. Séralini et la YJC ? Dans la première configuration, il y a eu collaboration internationale entre deux équipes de chercheurs comme en témoignent des publications.  Dans la deuxième...

 

La demande de brevet n'a pas été un franc succès ; ça arrive, et même souvent.  Aucun brevet n'a été délivré (n'en déplaise à certaines bases de données un peu fantaisistes).  Selon Patentscope, la base de données de l'OMPI, il y a eu des entrées en phase nationale au Canada, en Chine, aux États-Unis d'Amérique, en Inde, au Japon, en République de Corée et à l'OEB.  La demande européenne a été retirée le 3 avril 2007 (est réputée retirée selon l'OEB, et ce, pour défaut de paiement d'une taxe annuelle fin août 2006), et la coréenne, le 5 janvier 2010... le délai de trois ans entre ces deux retraits paraissant fort curieux au vu des circonstances [28].

 

Il y a toutefois une autre curiosité, déjà signalée dans un billet précédent [19] : aux États-Unis d'Amérique, la demande a été publiée avec les six inventeurs comme déposants [29].  Il est très difficile de se faire une opinion sur ce qui s'est passé, sur la base des documents mis en ligne par l'USPTO.  Il est possible que le dossier ait été mal géré et que la cession des droits à la YJc n'ait pas été correctement notifiée et enregistrée.  Quoi qu'il en soit, de cette configuration étonnante il ressort que M. Séralini peut se voir reprocher des « relations d'affaires » avec une entreprise, de surcroît mystérieuse, et ce, dans des circonstances qui demandent à être éclaircies ; une démarche de recherche « scienti'fric » dans son intérêt personnel, démarche que lui, son avocat et ses amis dénonçaient chez les autres !

 

On peut objecter : c'était à l'insu de son plein gré...  Non recevable pour la partie « relations d'affaires ».  Possible s'agissant du dépôt états-unien, publié le 8 mars 2007 et réputé abandonné le 31 mars 2008, sur constatation de l'Office le 4 avril 2008 ; à condition toutefois de supposer que les agents de brevets n'aient pas communiqué avec les inventeurs/déposants et que ceux-ci n'aient pas eu la curiosité de, par exemple, visiter la base de données de l'Office.

 

On peut objecter : il a été membre d'un groupe et a fait preuve de solidarité...  Objection à rejeter : M. Séralini s'est vanté lors de la manifestation organisée en prélude à l'audience du Tribunal dans son affaire de diffamation, le 23 novembre 2010 : « J'ai mis au point un médicament contre le cancer du sein et nous avons eu un brevet pour ça » (c'est nous qui graissons...) [30].  Pour, dans la foulée accuser, de manière risible, les grandes firmes de comportement contraire à l'éthique (et même à leurs intérêts, c'est tout dire...).

 

Comme nous l'avons vu, il n'y a pas eu de brevet... donc, encore une affabulation...

 

Bis repetita placent si l'on se place du point de vue de la nécessité d'informer.  Non placent si l'on considère que les calomnies qu'il s'agit de démentir sont fort déplaisantes.

 

Wackes Seppi

 


[1]  http://arianebeldi.wordpress.com/2013/11/27/simplement-correct-2b-pour-essayer-de-mettre-un-point-final-a-une-rumeur-malveillante/

 

http://arianebeldi.wordpress.com/2013/12/19/

 

[2]  http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article766

 

[3]  http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article114

Ou encore...

http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=239&Itemid=90

 

[4]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/10/30/lectures-et-petitions-a-signer/

Voir les commentaires.  Un peu plus ancien :

http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/04/17/rediffusion-du-monde-selon-monsanto-sur-arte-le/

 

[5]  http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20131128.OBS7439/ogm-et-affaire-seralini-les-acteurs-d-une-violente-controverse.html

 

[6]  http://www.imposteurs.org/article-sciences-avenir-et-les-ogm-format-tabloid-sur-la-toile-par-wackes-seppi-114563757.html

 

[7]  Voir par exemple :

http://www.imposteurs.org/article-seralini-c-fellous-la-science-politisee-la-justice-instrumentalisee-les-masques-tombent-3-par-wackes-seppi-65890264.html

 

[8]  http://www.mediapart.fr/club/blog/corinne-lepage/231110/la-riposte-des-lanceurs-dalerte

 

[9]  http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/09/20/le-rationalisme-au-risque-du-biais-anti-ecolo_1763271_1650684.html

 

[10]  http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/280912/polemique-sur-la-toxicite-des-ogm-ces-conflits-dinterets-qui-nuise

 

[11]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2012/09/23/la-polemique-autour-de-letude-du-professeur-seralini/

 

[12]  http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=114A704152824962A5F12C336739CEAB.tpdjo09v_2?idSectionTA=LEGISCTA000006179051&cidTexte=LEGITEXT000006069414&dateTexte=20131221

 

[13]  http://www.senat.fr/lc/lc199/lc199_mono.html#toc2

Attention : cela date de 2009 et n'est peut-être plus entièrement à jour.

 

[14]  Convention relative au brevet européen pour le marché commun (Convention sur le brevet communautaire), adoptée à Luxembourg le 15 décembre 1975, après des travaux préparatoires qui ont commencé dans les années 1950, n'a pas pu être mise en vigueur.  Extraordinaire inconséquence politique...  Des États africains, en majorité francophones ont réalisé leur unification en matière de propriété intellectuelle par l'Accord de Bangui du 2 Mars 1977 instituant une Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle.

 

[15]  http://www.gouvernement.fr/gouvernement/une-nouvelle-dynamique-de-transfert-de-la-recherche-publique-vers-les-entreprises

 

[16]  http://worldwide.espacenet.com/?locale=fr_EP

Les entrées relatives aux brevets US mentionnent les inventeurs et les cessionnaires dans la rubrique « demandeur(s) ».

 

[17]  http://www.uspto.gov/patents/process/search/

 

[18]  http://www.isaaa.org/kc/Publications/pdfs/isaaabriefs/Briefs%2020.pdf

 

[19]  http://www.imposteurs.org/article-gilles-eric-seralini-et-la-recherche-scienti-fric-par-wackes-seppi-63060037.html

 

[20]    http://www.criigen.org/SiteFr/images/stories/conclusions-geseralini_2010.pdf

 

[21]  http://www.imposteurs.org/article-seralini-c-fellous-la-science-politisee-la-justice-instrumentalisee-les-masques-tombent-5-par-wackes-76194721.html

 

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-judiciarisation-50601917.html

 

M. Kuntz a publié le jugement à :

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/39/38/37/motifs-proces-Seralini-vs-Fellous.pdf

 

[22]  http://patft.uspto.gov/netacgi/nph-Parser?Sect1=PTO2&Sect2=HITOFF&u=%2Fnetahtml%2FPTO%2Fsearch-adv.htm&r=0&p=1&f=S&l=50&Query=in%2Ffellous+and+marc%0D%0A%0D%0A&d=PTXT

 

[23]  http://fr.espacenet.com/publicationDetails/originalDocument?CC=FR&NR=2860235A1&KC=A1&FT=D&date=20050401&DB=fr.espacenet.com&locale=fr_FR

 

[24]  http://fr.espacenet.com/publicationDetails/originalDocument?CC=WO&NR=2005033104A1&KC=A1&FT=D&date=20050414&DB=fr.espacenet.com&locale=fr_FR

 

[25]  http://www.yangjichemical.com/shop_add_page/index.htm?page_code=page00_e

 

[26]  Voir en bas de page d'accueil les « family link ».  Socrate aurait apprécié le slogan de NaturaLife Asia, « Trust Mother Nature »...

 

[27]  http://informahealthcare.com/doi/abs/10.1080/14756360410001667319

 

[28]  http://patentscope.wipo.int/search/en/detail.jsf;jsessionid=136CE0FBACB8D8E3782DBB2CC6450496.wapp1?docId=WO2005033104&recNum=1&tab=NationalPhase&maxRec=&office=&prevFilter=&sortOption=&queryString=

 

[29]  http://appft.uspto.gov/netacgi/nph-Parser?Sect1=PTO2&Sect2=HITOFF&u=%2Fnetahtml%2FPTO%2Fsearch-adv.html&r=1&p=1&f=G&l=50&d=PG01&S1=seralini.IN.&OS=in/seralini&RS=IN/seralini

Pour accéder aux documents, entrer dans http://portal.uspto.gov/pair/PublicPair , puis cherchez le publication number 20070054899.  Les documents se trouvent sous « image file wrapper ».

 

[30]  http://www.terre.tv/fr/3472_le-lanceur-dalerte-gilles-eric-seralini (à partir de 6:40)

 

« J'ai mis au point un médicament contre le cancer du sein et nous avons eu un brevet pour ça.  Et quand nous avons été voir les grandes firmes, elles nous ont expliqué – les mêmes qui font les OGM aujourd'hui – que, peut-être, même s'il était 15 % plus efficace que les médicaments aujourd'hui sur le marché, et bien on le laisserait pour l'instant au placard, mais qu'on allait nous racheter grassement le brevet, parce qu'il y avait déjà les médicaments sur le marché qu'ils commercialisaient et que, de toute façon, le marché n'allait pas être plus grand parce qu'on commercialisera un nouveau médicament. »

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Published by Anton Suwalki - dans Divers
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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 12:58

Elle s'était faite plutôt discrète, pendant un temps, sur le front de l'activisme.  Il y eut, certes, quelques billets « engagés », mais cela ressemblait au minimum syndical et au réflexe conditionné.  Il y eut aussi, début avril 2013, l'épisode hilarant de l'annulation d'une projection de son film « Moissons du futur » à Haguenau, attribuée à une « censure », elle-même issue de « pratiques antidémocratiques de la FDSEA » [1] ; l'antipathie, largement partagée dans le monde alter et anti, pour le syndicalisme majoritaire du monde agricole valait bien une histoire de conspiration...

 

Puis il y eut une rechute.  Comme nous suivons de près ses histoires extraordinaires, voici un pas très bref récit.

 

 

« Sacrée Légion »

 

         Mme Robin écrit...

 

Il y avait eu, en janvier 2013, cette Légion d'honneur qui lui avait été attribuée sur le contingent du Ministère de l'écologie de Mme Delphine Batho.  La bonne nouvelle a été annoncée au son des trompettes de la renommée [2].  Mme Marie-Monique Robin était manifestement honorée, flattée, ravie, enthousiasmée.

 

C'était parfaitement son droit ; c'était même faire honneur à sa Légion d'honneur.  Mais quand on s'est construit un personnage, il est difficile de se débarrasser des oripeaux.  Il a donc fallu se justifier :

 

« Je veux donc solennellement mettre en garde tous ceux qui ne l’ont pas encore eue : la Légion d’Honneur peut vous arriver sans crier gare. C’est la surprise du Chef (de l’État) ! »

 

Puis, avec force circonlocutions, « expliquer » que, tout bien considéré, après bien des tourments et de nombreux conseils à hue et à dia, elle allait l'accepter [3].  En fait, l'annonciation avait déjà été faite par Marie-Monique, avec des accents faussement cornéliens, dans son premier billet sur le sujet :

 

« Et ceux qui pensent que je ferai allégeance se trompent. Fidèle à Albert Londres, je garderai ma liberté de parole en continuant de "porter la plume dans la plaie"… »

 

Honni soit qui mal y pense !  Il est difficile de dire ce qu'il y a de plus impudique et choquant dans le flot de justifications et de flatteries à un narcissisme et une immodestie zeppelinesques.  Mais citons tout de même :

 

« En l’espèce, j’estime que le fait d’avoir proposé une journaliste d’investigation qui régulièrement épingle dans ses enquêtes la collusion des pouvoirs économiques et politiques dans des dossiers délicats honore Delphine Batho.  Je lui sais donc gré d’avoir ainsi reconnu la pertinence des enquêtes que j’ai menées [...] »

 

Mme Robin honorant, somme toute, Mme Batho...  Vanitas vanitatum et omnia vanitas...

 

Après avoir philosophé sur les deux options à sa disposition – se faire remettre la breloque par Mme Batho soi-même ou par une autre personne déjà décorée – Mme Robin a choisi (c'est elle qui l'écrit, il faut la croire) la seconde, avec une cérémonie à Notre-Dame-des-Landes (et bus affrété depuis Paris).  Et cela a donné lieu à une nouvelle série de billets sur l'extraordinaire événement : Mme Robin acceptant l'honneur d'être épinglée par un gouvernement qu'elle honnit [4] (et par des fans qui se sont sentis trahis).

 

Ce qui est plus extraordinaire, ce sont les accommodements avec la réalité, et ce, sur des points qui seraient mineurs s'ils n'étaient symptomatiques d'une dérive.  Elle écrit ainsi le 1er mai 2013 :

 

« Comme je l’ai écrit sur ce Blog, j’ai découvert dans le Journal Officiel du 2 janvier que j’avais été nommée Chevalier de la Légion d’honneur... »

 

On imagine Mme Robin lectrice assidue du JO...  Mais le 4 janvier 2013, c'était :

 

« La nouvelle est arrivée sous forme d’un SCUD électronique. J’étais dans le métro, en train de lire Adieu à la croissance de l’économiste Jean Gadrey. Mon I Phoneme signale l’arrivée d’un SMS. "Félicitations pour cette légion d’honneur. Bises", m’écrit Frédérique, ma cousine [...] Je rétorque illico : "???". Réponse de Frédérique : "Il y a un article dans Le Courrier de l’Ouest qui dit que tu es promue au grade de chevalier de la légion d’honneur. Je t’ai scanné et envoyé l’article" ».

 

Mémoire défaillante ou besoin compulsif de se mettre en scène ? La question serait triviale si les descriptions ostentatoires de Mme Robin dans le feu de l'action journalistique et investigatrice n'abondaient pas dans ses livres et si les mises en scène ne débordaient pas d'emphase au point de susciter le doute, y compris et surtout sur le fond.

 

 

         Mme Robin répond...

 

Ce qui est plus extraordinaire encore, c'est la réponse à un commentaire, certes peu amène, pointant cette, disons... discordance :

 

« Je ne comprends rien à ce que vous écrivez, cher Wackes Seppi. Effectivement, si vous allez sur le JO, vous verrez que j'étais dans le contingent de Mme Batho, mais cela ne veut pas dire que c'est elle qui m'avait proposée pour la fameuse légion. Cela pouvait être une association, des citoyens lambda ou moi même! A la mi janvier, celle-ci m'a écrit un courrier me confirmant que c'était elle qui m'avait proposée... Votre mauvaise foi vous perdra... »

 

« Votre mauvaise foi vous perdra... » ? Parole d'experte ?

 

 

« Sofia Gatica molestée et arrêtée par la police »

 

         Mme Robin écrit...

 

Il y avait aussi le tournage de son prochain film, « Sacrée croissance ! » (et livre – Mme Robin ne manque jamais de rappeler que ses œuvres sont des diptyques) [5] :

 

« Baptisé provisoirement “Sacrée croissance!”, ce nouvel “opus” explorera les limites du dogme de la croissance économique illimitée, alors que tous les signaux sont au rouge: pénurie annoncée des énergies fossiles et minerais, réchauffement climatique, destruction accélérée de la biodiversité, progression de la pauvreté et du chômage, menace d’implosion du système financier “pourri jusqu’à la moelle”, comme me l’a dit  Herman Daly, un économiste américain que j’ai interviewé lors de mon tournage récent aux États Unis. »

 

Et donc, alors qu'elle était en tournage au Népal (a priori pour apporter sa propre contribution à la définition du bonheur), elle apprend que :

 

« Sofia Gatica a été maltraitée par la police, puis arrêtée, après une manifestation sur le site de Córdoba où Monsanto veut installer la plus grande usine de RoundUp du monde » [6].

 

C'était l'occasion de se rappeler au bon souvenir de ses fans avec la copie d'un billet d'août 2012, et de se mettre en scène avec l'égérie de la lutte contre Monsanto, les pesticides et les OGM en Argentine.  Le recyclage a des vertus...

 

En fait d'usine de RoundUp, il s'agit d'une usine de triage, de traitement et de conditionnement de semences.  Mme Robin corrigera dans un nouveau billet, dans lequel elle affirmera que Mme Gatica a été « a été violemment frappée à la tête par la police, puis hospitalisée » [7].

 

 

         Mme Robin répond...

 

Nous avons contesté cette version.  Mme Robin a répondu (également en modifiant et complétant son – second – billet) :

 

« Vous pouvez consulter ce site qui montre la violence de l’intervention policière sur le site de la future usine de Monsanto: [...].  Et ici, les violences policières dont a été victime Sofía: [...] » [8].

 

En fait, il s'agit de la même vidéo de 2:15...  Et elle ne montre pas du tout que Mme Gatica a été frappée à la tête, ou que la police a été violente envers les manifestants.

 

Mais, prise sur le fait pour une, disons... approximation, Mme Robin a préféré faire dans l'escalade d'engagement.  Ce n'est pas la première fois.

 

 

« Coup de gueule »

 

         Mme Robin écrit...

 

Mais revenons en arrière.  Le 31 août 2013, Mme Robin publie un « Coup de gueule » [9] :

 

« Ce soir je suis en colère car j’ai reçu des nouvelles terribles de Colombie... »

 

On entrevoit rien qu'à cette phrase l'énorme travail d'investigation qui a été réalisé...  On imagine la journaliste d'investigation disposant d'un vaste réseau de correspondants et d'informateurs...  accrochée dans son salon à son téléphone, oups ! I Phone...  Plus prosaïquement, le Monde avait publié, avec l'AFP, un article détaillé et bien documenté la veille [10].

 

La Colombie a vécu de violentes manifestations paysannes dans la seconde moitié du mois d'août.  Le mouvement de protestation s'est étendu le 28 août à d'autres catégories sociales, en solidarité mais aussi pour faire valoir leurs propres revendications.

 

Mme Robin en a profité pour mettre ces événements à sa propre sauce, essentiellement l'anticapitalisme (sous couvert de contestation des accords de libre-échange), l'antiaméricanisme et l'antimonsantisme.

 

Cela a été facilité et amplifié par une dose de désinformation – dans le plus pur style robinien – gobée avec ravissement, sous la forme du « documental 9.70 » de Victoria Solano, dont une version pour la toile avait été mise en ligne dès le 5 août 2015 [11].  Ce « documentaire » montre notamment la destruction de 62 tonnes de semences illégales de riz à Campoalegre (Huila).

 

La Résolution 970 (le « 9 point 70 » de Mme Solano est un jeu de mots pour rappeler le « nine-eleven » des états-uniens) de l'Instituto Colombiano Agropecuario (ICA – Institut colombien de l'agriculture et de l'élevage) est la dernière version du texte fondamental qui régit – excusez du peu, depuis 1976 – la production et le commerce des semences [12].   Elle avait été promulguée le 10 mars 2010, sans avoir fait de vagues à l'époque.

 

Donc, selon Mme Robin,

 

« des dizaines de milliers de Colombiens [...] se sont lancés dans les rues pour dénoncer cette violation d’un droit humain fondamental : celui de se nourrir soi-même. »

 

Une grandiloquence pour s'arrimer à la rhétorique d'Olivier De Schutter...

 

Mais où est la violation de ce droit (normalement énoncé comme un droit des peuples et non des individus) ? C'est que :

 

« ...la Colombie a signé un "accord de libre échange" avec les États Unis qui est récemment entré en vigueur [et qui] contient une clause qui oblige les paysans à cultiver des "semences certifiées", c’est-à-dire produites par les "sélectionneurs"» comme … Monsanto ou Syngenta. »

 

Erreur et manipulation grossières.  Erreur car l'Accord de libre-échange ne prévoit rien de tel [13].  Il eût du reste été difficile pour les états-uniens d'imposer une telle obligation vu qu'elle... n'existe pas chez eux.  Manipulation car les deux noms jetés en pâture avaient pour but exclusif d'attiser la flamme du fan-club ; à moins que ce ne fût l'effet d'un réflexe conditionné.  Au demeurant, les semences ne sont généralement pas produites par ces méchantes multinationales, mais par des agriculteurs-multiplicateurs ; et 85 % des semences certifiées sont produites par des entreprises nationales en Colombie.

 

Poursuivons :

 

« Pour remplir cette "clause", l’Institut agroalimentaire colombien a publié un texte – la résolution 970- qui menace d’amendes et de poursuites judiciaires tout paysan qui continuerait de faire ce qu’il a toujours fait : garder une partie de sa récolte pour ensemencer ses champs. »

 

C'est quintuplement faux.  Bis repetita, il n'y a pas de « clause ».  Les responsables de l'ICA ont expressément et formellement démenti tout lien entre les deux textes (ce qui en dit long sur le travail d'investigation et la déontologie journalistique...) [14].  La résolution n'est pas une nouveauté ; ce n'est que la cinquième révision de la résolution 1226 du 8 août 1976, d'un texte vieux de 37 ans.  Elle ne contient pas de disposition pénale.  Et elle permet l'utilisation des « semences de ferme » en son article 15, certes dans des conditions restrictives (et difficilement applicables).

 

 

         Mme Robin répond...

 

Nous avons pointé les erreurs et contre-vérités.  Réponse de Mme Robin :

 

« Wackes Seppi est de retour! Vous pouvez le trouver sur de nombreux blogs et sites, comme celui de Greenpeace, car il oeuvre à temps complet pour l'agrobusiness. En d'autres termes, c'est une petite main de l'industrie... »

 

Un saut direct dans la case « ultime stratagème » de Schopenhauer...

 

 

         Et Nexus reprend !

 

Nexus, ce bimensuel qui se sous-titre « Science & Alternative » – lire « charlatanisme » – a repris l'essentiel du discours dans son numéro de novembre-décembre 2013 sous le titre « Monique Robin avec les paysans colombiens ».

 

On pourra sourire du titre : « avec les paysans colombiens »... devant son ordinateur...

 

Mais ce qui est plus choquant, c'est que Nexus a pris la peine de corriger l'orthographe défaillante de Mme Robin, mais pas de consulter les commentaires qui leur auraient pointé les erreurs et contre-vérités.  Mais, après tout, ils répondent aux attentes de leur lectorat... Et il faut bien se rendre service entre gens du même monde...

 

 

« Mensaje para mis amigos colombianos »

 

Mme Robin a cru bon d'envoyer dans la foulée un « message à mes amis colombiens » [15].  Elle « met à leur disposition » le chapitre entier des « Moissons du futur » qu'elle a consacré dans cet opus (tiens donc, pourquoi ?) à l'ALENA.  Livre dans lequel elle « démontre que l'agroécologie pourrait alimenter alimenter le monde bien mieux que l'agriculture industrielle, fondée sur les dénommées "semences certifiées". »  Notez le conditionnel...  Et la couverture du livre : deux coquelicots – une mauvaise herbe ou, en politiquement correct, une «adventice – sur fond vert flou, quelle meilleure illustration pour ce miracle auquel seule une minorité croit.

 

Mais c'est le début de son chapitre des « Moissons du futur » qui nous interpelle, l'extraordinaire dénigrement du président Salinas de Gortari :

 

« Vêtu d’un costume bleu, il avait l’air tout petit à côté de ses deux grands voisins du Nord, un peu comme une pièce rapportée qu’on rajoute au dernier moment sur la photo de famille. Il semble que ce fut aussi l’impression de mes collègues de l’Associated Press qui ont couvert l’événement. Quand j’ai consulté leurs rushes (les images brutes), j’ai découvert qu’ils avaient très peu filmé le discours de Carlos Salinas de Gortari, préférant faire de longs plans de coupe sur Bush et Mulroney, pendant qu’il parlait. [...] » [16.

 

Technique classique chez Mme Robin : les « amis » sont systématiquement présentés sous un jour favorable ; les autres...

 

 

« Nouvelles de Monsanto, Colombie et des Déportés du libre échange »

 

         Mme Robin écrit...

 

Mme Robin a en quelque sorte remis le couvert le 16 octobre 2013 [7].  Elle avait donc eu quelques six semaines pour s'informer.

 

Elle écrit dans son compte rendu de la deuxième marche contre Monsanto, organisée par le collectif des Engraineurs, ayant « réuni plus d'un millier de personnes » et restée inaperçue en dehors du monde alter et anti :

 

« Benjamin Sourice de Combat Monsanto a donné une bonne nouvelle : après les violentes manifestations qui se sont déroulées en Colombie en août et septembre (voir sur ce Blog), le gouvernement a annoncé la suspension pour deux ans de la "Résolution 9 .70" qui interdisait aux paysans de garder une partie de leur récolte pour la resemer, l’année suivante. »

 

On ne peut que conclure à une escalade d'engagement, même si l'article 15 de la Résolution 970 (et non « 9.70 ») n'est pas des plus limpides et qu'il n'était pas clairement établi, juridiquement, que la résolution ne s'applique pas aux variétés indigènes, régionales ou créoles [17].  Elle ne pouvait plus ignorer, en effet, que l'affirmation en cause avait été largement démentie.

 

C'est aussi une escalade d'engagement par omission.  Car l'ICA avait entre-temps lancé une consultation publique en précisant les modifications qu'il comptait apporter à la réglementation [18].  Mais la nécessité de maintenir l'ardeur combative – largement salonarde – du monde alter et anti vaut bien quelques silences...

 

Ensuite, ça dérape franchement :

 

« Cette "résolution", qui vise à protéger les "droits de propriété intellectuelle" sur les semences détenues par les multinationales de l’agrobusiness, comme Monsanto ou Cargill, faisait partie du "package" compris dans l’Accord de Libre Échange que la Colombie a signé avec les États Unis et qui vient d’entrer en vigueur. »

 

Petit pas de côté avec la notion de « package », qui permet de se sortir du piège de la « clause » introuvable de l'Accord de libre-échange ;  mais escalade avec la référence à la propriété intellectuelle (en agitant comme il se doit l'épouvantail des multinationales, la Cargill états-unienne étant opportunément substituée à la Syngenta helvétique).

 

Escalade particulièrement stupide puisque le texte de la résolution n'y fait aucunement référence et que la protection des obtentions végétales est organisée dans un autre cadre.  Mais que ne ferait-on pas au nom de l'activisme...

 

Enfin, la poire pour la soif :

 

« Aux termes de cette "résolution", plusieurs centaines de tonnes d’aliments ont été détruites en Colombie, au motif qu’ils avaient été produits avec des semences non certifiées. »

 

De la pure invention !

 

Le hoax de la destruction d'aliments, figurant en bonne position dans le « Documental 9.70 », avait pourtant été démenti par l'ICA, notamment dans une lettre officielle envoyée le 30 août 2013 à Mme Solano pour lui demander d'apporter des rectifications au « documentaire » [19].  Lettre du reste vaine puisque celui-ci a fait l'objet d'une diffusion virale sur la toile.

 

Ce qui avait mis le feu aux tempes des activistes, et qui constitue un moment fort du « Documental 9.70 », c'est la destruction par les forces de l'ordre, sous le contrôle de l'ICA, de 62 tonnes de semences de riz à Campoalegre (Huila).  C'était le 24 août... 2011, après une mise sous séquestre quelque deux mois auparavant.  La mesure avait été justifiée à l'époque par des considérations phytosanitaires et n'avait donné lieu à aucune critique dans l'opinion publique.

 

 

         Mme Robin répond...

 

Ce déploiement de contre-vérités pouvait difficilement rester sans réponse.  Et Mme Robin y a répondu avec l'habituel ad hominem compulsif, mais aussi, pour une fois, une tentative d'aborder le fond.

 

« Quel déploiement d'énergie Wackes Seppi pour réécrire l'histoire! A moins que , dans votre grande naïveté, vous ignoriez les longues tractations, souvent secrètes, qui précèdent la signature d'accord de "libre échange". Pour avoir le "triste" privilège de signer l'accord avec les États-Unis, les pays du sud, à qui on fait miroiter des merveilles, doivent montrer patte blanche et accepter toute une série de conditions préliminaires, censées montrer leur "bonne foi". parmi elles: l'obligation de signer la convention de l'Union des Protections d'Obtention Végétales et la reconnaissance des droits de propriété intellectuelle sur les semences. Ca fait partie du "package". L'astuce est d'obtenir cet engagement AVANT la signature de l'accord, ce qui permet à des petits malins comme vous, mon cher WS (votre nom est vraiment trop dur à mémoriser) que cela n'a rien à voir!... »

 

Superbe théorie de la conspiration qui, d'une part, signe l'aveu de la fausseté des allégations précédentes sur le contenu de l'Accord et, d'autre part, fait superbement « pschitt » !

 

Les pays de la Communauté andine des Nations (à l'époque Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou et Vénézuela) ont adopté la Décision 345 établissant des dispositions communes pour la protection des droits des obtenteurs de nouvelles variétés végétales le 21 octobre 1993 [20]. À l'évidence, les travaux d'élaboration de cette décision ont commencé avant (en juin 1992, sauf erreur).  La Colombie avait été un des moteurs du projet par intérêt stratégique national : c'est un des leaders de la production de fleurs coupées, notamment de roses, et, pour le rester, il fallait pouvoir disposer des variétés les plus performantes techniquement et économiquement, et donc nouer des rapports de confiance avec les obtenteurs.

 

Cette décision appelait des textes d'application nationaux consistant à définir l'administration compétente en matière de protection et à préciser deux points de droit (durée de la protection et extension de la protection aux variétés essentiellement dérivées) pour lesquels l'accord n'avait pas pu se faire pendant les négociations. La Colombie a mis le régime de protection en application par le décret No 533 du 8 mars 1994 [21]. Elle a choisi les options qui la mettaient en conformité avec l'Acte de 1991 de la Convention internationale pour la protection des obtentions végétales, soit le texte le plus récent.

 

La Colombie a déposé son instrument d'adhésion à l'Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) le 13 août 1996. Elle l'a fait sur la base de la version de l'Acte de 1978, et non de celui de 1991, bien que sa législation fût conforme à ce dernier, en raison de l'activisme de certaines « organisations » dont l'intérêt premier est d'entretenir leur fond de commerce.

 

Les négociations en vue de la conclusion d'un accord de libre-échange avec les États-Unis d'Amérique ont été initiées en mai 2004 [22].

 

Mme Robin a donc l'audace de soutenir que les USA ont imposé en catimini à la Colombie l'obligation de protéger les droits des obtenteurs et d'adhérer à l'UPOV plus de dix ans avant l'ouverture des négociations...  Que, le régime de protection ayant été institué sous une forme commune à cinq pays, ils ont imposé cette obligation aux cinq pays (ou une majorité d'entre eux)...

 

Du reste, la Décision 345 précitée prévoit expressément, à l'article 26, le droit de ressemer, sauf pour les plantes fruitières, ornementales et forestières.  C'est une disposition plus restrictive, du point de vue des utilisateurs de semences, que ce qui s'applique aux États-Unis d'Amérique en vertu de l'article 113 de la loi sur la protection des obtentions végétales (applicable aux plantes reproduites par voie sexuée, pour lesquelles se pose le problème des semences de ferme) [23].

 

Mais Mme Robin n'aura sans doute aucun mal à prétendre que le méchant Uncle Sam est capable d'imposer à d'autres des règles qu'il se refuse à s'appliquer...

 

C'est que Mme Robin a l'expérience :

 

« Vous tombez mal, car en travaillant sur les négociations préliminaires à l'ALENA, j'ai découvert le même processus. je vous recommande donc de lire mon livre Les moissons du futur. Mais j'imagine que vous en êtes incapable, car vos pauvres "arguments" pourraient être ébranlés et vous perdriez votre job. Je vois en tout cas que vous faites bien votre boulot, car votre patron vous a gardé depuis six ans que je vous lis!! »

 

Là encore, ça fait un « pschitt » triplement retentissant.

 

L'argument présuppose en premier lieu une sorte de trouble obsessionnel compulsif des états-uniens.  La partie de bras de fer secrète qui se serait produite avec le Mexique (et le Canada, également partie à l'ALENA ?) devait donc, selon la théorie, se répéter nécessairement avec la Colombie.

 

En second lieu, les négociations pour l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ont commencé en 1986.  Le traité a été signé à San Antonio (Texas), le 17 décembre 1992. Il est entré en vigueur le 1er janvier 1994 [24].

 

Le Mexique a adopté sa loi sur la protection des obtentions végétales le 3 octobre... 1996 [25]. Il a déposé son instrument de ratification de la Convention UPOV le 9 juillet 1998... Un instrument de ratification de l'Acte de 1978, qu'il avait signé le 25 juillet 1979, manifestant alors son intention de devenir membre de l'UPOV.

 

Les pressions secrètes – alléguées par Mme Marie-Monique Robin et prétendument antérieures à l'ouverture des négociations en vue de l'ALENA – ont donc été extrêmement efficaces, puisque les résultats attendus des pressions se sont matérialisés après l'entrée en vigueur de l'Accord... Crédible la théorie ? Non !

 

En troisième lieu, la question de la protection des obtentions végétales est expressément abordée dans le chapitre « propriété intellectuelle » de l'ALENA [26].  Curieux résultat, public, pour des négociations prétendument secrètes...

 

 

« Lectures et pétitions à signer! »

 

         Mme Robin écrit...

 

Mme Robin a cru bon d'inclure « La charge de Matthieu Ricard contre Monsanto et Cie », article publié dans Le Point du 24 octobre 2013, dans son billet « Lectures et pétitions à signer! » du 30 octobre 2013 [27], avec évidemment une chaude recommandation :

 

« Enfin, Matthieu m’a montré un article qu’il a rédigé dans Le Point sur la farce que représente le World Food Prize, attribué récemment à un dirigeant de Monsanto. Inutile de préciser que je partage totalement son analyse ! »

 

Inutile de préciser que Mme Robin se met en scène : « ... Matthieu m’a montré un article... » disponible en kiosque.  Mais il y a, là encore une manipulation : le Prix mondial de l'alimentation a été attribué à trois personnes [28], et non à une seule, Mme Mary-Dell Chilton, maintenant Distinguished Science Fellow de Syngenta Biotechnology, Inc., M. Robert T. Fraley, Executive Vice-President and Chief Technology Officer, Monsanto, et M. Marc Van Montagu, maintenant président-fondateur de l'Institute for Plant Biotechnology Outreach (IPBO), Gand, Belgique [29].

 

Cette focalisation sur Monsanto est d'autant plus détestable que le premier lauréat est en fait M. Van Montagu, qui, avec son collègue Jeff Schell (décédé en 2003), est le père de la transgénèse végétale fondée sur le plasmide Ti d'Agrobacterium tumefaciens.

 

 

         Mme Robin répond...

 

L'article de M. Ricard est un superbe florilège d'« arguments anti-OGM que n’aurait pas reniés la mouvance de l’écologie politique la plus radicale », selon M. Marcel Kuntz, Directeur de recherches au CNRS.  Celui-ci avait écrit une réponse que Le Point n'a pas daigné publier et qui a donc été mise en ligne ailleurs [30].

 

Nous avons pointé cet article dans un commentaire.  Réponse de Mme Robin :

 

« Ah! Mr. Kuntz! Comme je l'avais révélé sur mon Blog ce Monsieur est très actif à l'Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS) dont les liens avec Monsanto sont un secret de polichinelle pour tous les journalistes indépendants et sérieux. Voici ce que j'avais écrit sur mon Blog, au moment où Kuntz essayait de discréditer Le monde selon Monsanto [...] »

 

Encore et toujours l'ad hominem, ici sur la base du sophisme du déshonneur par association...

 

Et bien sûr, le billet qu'elle a mis en lien n'est que la régurgitation d'infâmes ragots qui ne démontrent en rien les prétendus liens [31].  « Comme je l'avais révélé » ? Mme Robin avait mis en ligne un courrier « fuité » d'un membre démissionnaire de l'AFIS, aigri et un brin malveillant, dans lequel il signalait avoir demandé « à la rédaction de Science et Pseudoscience que mes lettres où je demandais( avec courtoisie et sans mettre en cause a priori leur honnêteté scientifique…) que Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine indiquent leurs liens avec Monsanto et ses filiales... »

 

Telle est la révélation du « secret de polichinelle » !  Mais c'est suffisant pour une chasse aux sorcières, un procès stalinien... et un ultime stratagème.

 

 

« L’Associated Press confirme le désastre provoqué par les OGM en Argentine »

 

Le 3 novembre 2013, Mme Robin a éprouvé le besoin de détailler son programme à ses fans [32] ; elle est à Fortaleza (Brésil) :

 

« À peine rentrée dans ma chambre d’hôtel, j’ai dû répondre à une demande d’interview d’une journaliste argentine. Pour annoncer ma visite prochaine à Rosario, où je filmerai un programme exemplaire d’agriculture urbaine, elle voulait que je commente un article publié par l’Associated Press sur le désastre sanitaire et environnemental provoqué par les OGM de Monsanto. »

 

Toujours cette mise en scène : « ...j'ai dû répondre... elle voulait que je commente... ».  Mais il y a plus sérieux.

 

L'Associated Press, ou plutôt deux de ses correspondants, sont en effet élevés au rang d'arbitres d'un débat passionnément entretenu par l'altermonde...

 

L'article en question avait été publié dans une obscure feuille états-unienne [33], ce qui en dit long sur son attractivité médiatique.  Mme Robin et d'autres pourront cependant arguer que les grands journaux sont tous sous la coupe de Monsanto... On n'est pas à un complot près !

 

Il fait la part belle aux « preuves » anecdotiques et autres allégations non étayées.  En fait, il est aussi condensé ; et devinez ce qui a été supprimé... [34].

 

Mais, quoi qu'on puisse penser du fond de l'article, le problème réside dans l'utilisation qui en est faite par Mme Robin.  En effet, l'article incrimine fondamentalement l'usage inconsidéré des pesticides, sans prononcer à aucun moment les lettres « OGM »... et Mme Robin y voit la preuve de la nocivité... des OGM... et des OGM de Monsanto...

 

Parmi les personnages cités dans l'article figure M. Damián Verzeñassi, qui dirige le programme Environnement et Santé de l'Université de Rosario.  Selon l'article, une étude épidémiologique sur 65.000 personnes de (la province de) Santa Fé qu'il a dirigée a montré des taux de cancers de deux à quatre fois plus élevés que la moyenne nationale, ainsi que d'autres désordres.  La première partie de la phrase fait du sens si on considère que « deux à quatre fois » s'applique à différents types de cancers.  M. Verzeñassi est cité comme disant : « Cela pourrait être lié aux produits agrochimiques » (notez le conditionnel...).

 

Ce qui est étrange, cependant, c'est qu'il n'y a aucune référence scientifique sur la toile pour une affirmation aussi inquiétante de sa part.  En revanche, M. Verzeñassi y apparaît comme un militant [35].

 

Et donc :

 

« La semaine prochaine, je rencontrerai le professeur Damián Verzeñassi (le chercheur dont parle l’article de AP) qui organise , avec Antonio Lattuca, en charge du programme d’agriculture urbaine de Rosario, une projection des Moissons du futur, dans une salle de 500 personnes. »

 

Ce sera donc l'occasion pour Mme Robin de lui faire dire ce qu'elle a envie d'entendre.  Elle pourra ensuite écrire : « Comme me l'a dit Damián Verzeñassi... » Et, plus tard : « Comme je l'ai révélé dans [...], Damián Verzeñassi m'a dit... »  Technique dont elle use et abuse pour abuser les lecteurs crédules.

 

Un déplacement pour une projection pour 500 personnes (si elle fait salle comble) ? Pas tout à fait :

 

« Le même jour, le doyen de l’Université de Rosario me remettra une décoration qui me va droit au cœur : celle d’ "invitée d’honneur". »

 

Narcissisme, quand tu nous tient...  The show must go on.  L'imposture doit continuer.

Wackes Seppi

 


 Notes :

[1]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/04/03/censure-a-haguenau-les-pratiques-antidemocratiques-de-la-fdsea/

 

[2]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/01/04/sacree-legion/

 

[3]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/05/01/sacree-legion-suite-rendez-vous-le-8-juin-a-notre-dame-des-landes/

 

[4]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/06/11/journee-inoubliable-a-notre-dame-des-landes/

Et la série « Souvenir de Notre Dame des Landes »

 

[5]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/07/30/trailer-de-sacree-croissance/

 

[6]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/10/01/sofia-gatica-en-prison/

 

[7]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/10/16/nouvelles-de-monsanto-colombie-et-des-deportes-du-libre-echange/

 

[8]  Voici les liens vers les sites :

http://berthoalain.com/2013/10/01/conflit-mosanto-affrontements-a-malvinas-argentinas-cordoba-30-septembre-2013/

http://www.enredando.org.ar/2013/09/30/cordoba-sofia-gatica-golpeada-por-la-represion/

 

[9]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/08/31/coup-de-gueule/

 

[10]  http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/08/30/le-mouvement-de-colere-s-intensifie-en-colombie_3468712_3222.html

Voir aussi :

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2013/08/29/la-colere-gronde-chez-les-paysans

 

[11]  http://www.youtube.com/watch?v=kZWAqS-El_g

Sous-titré en anglais :

http://www.youtube.com/watch?v=TkQ8U2kHAbI

 

[12]  http://www.ica.gov.co/getattachment/03750a73-db84-4f33-9568-6e0bad0a507d/200R970.aspx

 

[13]  http://www.ustr.gov/trade-agreements/free-trade-agreements/colombia-fta/final-text

 

[14]  Voir, par exemple, du 26 août 2013, dont bien avant le « Coup de gueule » :

http://www.caracol.com.co/noticias/economia/el-ica-aclara-contenido-del-documental-970/20130826/nota/1958024.aspx

 

« Parmi les clarifications émises, nous réitérons que la résolution 970 ne fait pas partie des exigences des Traités de libre-échange, mais constitue une norme entièrement propre à l'ICA. Outre que cette résolution permet aux agriculteurs d'utiliser une partie de leur récolte de graines "améliorées" comme nouvelles semences. »

 

http://www.ica.gov.co/Noticias/Corporativas/2013/Comunicado-a-la-opinion-publica-%281%29.aspx

 

[15]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/09/02/mensaje-para-mis-amigos-colombianos/

 

[16]  On trouvera le texte en français à :

http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/06/19/non-a-laccord-de-libre-echange-americano-europeen/

 

[17]  Voir par exemple :

http://www.elnuevodia.com.co/nuevodia/actualidad/economica/192455-gerente-del-ica-dice-que-documental-9-70-desinforma-y-no-tiene-fundament

 

[18]  www.ica.gov.co/Noticias/Agricola/2013/En-consulta-publica-proyecto-de-resolucion-para-re.aspx

http://www.ica.gov.co/Noticias/Agricola/2013/Por-30-dias-mas,-el-ICA-amplia-el-plazo-de-la-cons.aspx

 

« Parmi les aspects remarquables de ce projet de résolution figurent :

 

Préciser expressément que la réglementation a uniquement pour objet de la production et la commercialisation de semences pour les semis de matériels améliorés, en supprimant les règles relatives à l'utilisation et au transfert à titre gratuit ;

Appliquer ses dispositions aux seuls producteurs, commerçants, chercheurs en amélioration des plantes, unités d'évaluation agronomique de cultivars améliorés, importateurs et/ou exportateurs de semences ;

Préciser que les semences indigènes, créoles ou locales sont exclues ;

Définir la réserve de récolte ou le "privilège de l'agriculteur", uniquement à l'égard des variétés protégées par un droit d'obtenteur sur le territoire national. »

 

[19]  http://www.ica.gov.co/Periodico-Virtual/Files/Rectificacion-Victoria-Solano2.aspx

 

[20]  http://www.comunidadandina.org/ingles/normativa/D345e.htm

 

[21]  http://upov.int/upovlex/en/text.jsp?file_id=224431

 

[22]  http://en.wikipedia.org/wiki/United_States%E2%80%93Colombia_Free_Trade_Agreement

 

[23]  http://www.ams.usda.gov/AMSv1.0/getfile?dDocName=STELDEV3002796

 

[24]  http://en.wikipedia.org/wiki/North_American_Free_Trade_Agreement

 

[25]  http://upov.int/upovlex/en/text.jsp?file_id=224281

 

[26]  https://www.nafta-sec-alena.org/Default.aspx?tabid=141&language=fr-CA

 

[27]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/10/30/lectures-et-petitions-a-signer/

 

[28]  http://www.worldfoodprize.org/en/laureates/2013_laureates/

 

[29]  http://www.ugent.be/we/genetics/ipbo/en

 

[30]  http://www.enquete-debat.fr/archives/reponse-de-marcel-kuntz-directeur-de-recherches-au-cnrs-a-matthieu-ricard-sur-les-ogm-92701

 

[31]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2008/03/21/les-liens-entre-lafis-et-monsanto-la-preuve/

 

[32]  http://www.arte.tv/sites/fr/robin/2013/11/03/lassociated-press-confirme-le-desastre-provoque-par-les-ogm-en-argentine/

 

[33]  http://www.concordmonitor.com/home/8991746-95/argentines-link-health-problems-to-monsanto-agrochemicals

 

[34]  Pour des articles plus complets, avec la même citation de source, par exemple :

http://www.businessweek.com/ap/2013-10-20/argentines-link-health-problems-to-agrochemicals

http://journaltimes.com/news/olympics/argentines-link-health-problems-to-agrochemicals/article_347253a4-8ae2-51ef-a69c-5a1cb6ab2e87.html

 

[35]  www.unr.edu.ar/noticia/4646/agrotoxicos-apreciaciones-tras-fallo-historico-en-arequito

 

 

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Published by Anton Suwalki - dans Divers
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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 17:36

Dans une livraison précédente [1], M. Anton Suwalki a décrit les contorsions déployées par M. Stéphane Foucart, journaliste au Monde, pour ne pas trop éreinter M. Gilles-Éric Séralini et sa désormais célèbre « étude » de l'influence sur les rats Sprague-Dawley du maïs GM portant l'événement NK 603 et de l'herbicide Roundup®.  Nous avions précédemment critiqué un autre article de M. Foucart mettant en cause, de manière ahurissante, les règles d'évaluation de la sécurité environnementale des produits phytosanitaires [2].

 

L'actualité nous oblige à revenir sur la question de la déontologie de l'information, ainsi que de l'activisme.

 

 

L'EFSA publie...

 

Le 18 octobre 2013, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (European Food Safety Authority – EFSA) a publié une étude de la littérature sur les liens entre pesticides et santé, « Literature review on epidemiological studies linking exposure to pesticides and health effects », menée par cinq membres du Département Hygiène et Épidémiologie de l'École de Médecine de l'Université d'Ioannina en Grèce, sur la base d'un appel d'offre de l'EFSA [3].

 

Une publication sans fanfare qui n'a, semble-t-il, retenu l'attention que de quelques médias français et d'une association française.  Par Toutatis ! Les pesticides nous tombent sur la tête ! Et exclusivement sur nous !

 

Selon le résumé, les chercheurs ont examiné 43.259 citations (présentées dans un document annexe) et retenu 603 articles publiés après 2006 et présentant plus de 6.000 analyses portant sur 23 grandes catégories d'affections.

 

Leur crime ? Car il y a « crime » :

 

« Malgré la grande quantité de données disponibles et le nombre important (> 6000) des analyses disponibles, on ne peut pas tirer de conclusions fermes pour la majorité des résultats étudiés. Ce constat est décevant surtout quand on tient compte des nombreuses recherches dans ce domaine. Toutefois, cette observation est en accord avec des études antérieures sur l'épidémiologie environnementale et en particulier sur les pesticides, lesquelles études reconnaissent toutes que ces études épidémiologiques souffrent de nombreuses limitations et que l'hétérogénéité des données est telle qu'on ne peut pas tirer des conclusions définitives. » (Notre traduction)

 

Les auteurs n'ont donc pas alimenté le fonds de commerce des prêcheurs d'apocalypse.  Pire :

 

« Nous avons également effectué une méta-analyse mise à jour des principaux résultats et de ceux pour lesquels nous avons identifié une méta-analyse pertinente publiée après 2006. Cela n'a été possible que pour les leucémies de l'enfant et la maladie de Parkinson. Pour ces deux résultats, nous avons trouvé des associations significatives entre l'exposition aux pesticides et la maladie, en accord avec des résultats publiés précédemment. »

 

 

...et la contestation se déchaîne

 

Enfin, il faut rester mesuré.  Le déchaînement semble limité à la France hypocondriaque et technophobe.

 

 

         Le site Pourquoi docteur du Nouvel Observateur

 

Le pompon de l'incurie, voire de la mauvaise foi, est décroché sans conteste par : « Santé : l'Europe disculpe les pesticides » sur le site Pourquoi docteur du Nouvel Observateur [4].

 

L'Europe ? Qui disculpe ? M. Bruno Martrette descend dans les tours dès le chapeau :

 

« L'Autorité européenne de sécurité alimentaire (sic, c'est « des aliments ») ne s'alarme pas du danger des pesticides. Pour ces (sic) experts, seules deux pathologies pourraient avoir un lien avec une exposition. »

 

Il attribue donc l'étude à l'EFSA, alors même que celle-ci avait bien pris soin de préciser – sur chaque page de l'étude, qui plus est – que :

 

« Le présent document [...] ne peut pas être considéré comme un produit de l'EFSA ».

 

En d'autres termes, il a écrit sans consulter l'étude...

 

On doit même se demander s'il a lu le résumé. Car le fait de ne pouvoir trouver une association significative qu'entre pesticides et deux maladies ne signifie pas que «  seules deux pathologies pourraient avoir un lien ».  On notera aussi l'emploi du conditionnel, qui serait curieux à la lumière des conclusions de l'étude s'il n'était pas malveillant.

 

De plus son billet comporte une pseudo-citation de l'étude qui, en outre, témoigne d'une connaissance approximative du sujet (ou d'un sérieux manque de professionnalisme).

 

Au total donc, une vision à travers le prisme déformant de l'aversion pour une EFSA coupable de ne pas être assez alarmiste.

 

 

         Le Monde

 

M. Stéphane Foucart a été plus subtil dans Le Monde.  C'eût été déchoir s'il avait fait le même amalgame entre l'Université d'Ioannina et l'EFSA.  Il en laisse donc le soin à son compère :

 

« "Il eut été très surprenant de voir l'EFSA reconnaître facilement que les pesticides qu'elle autorise depuis des années constituent un risque pour la santé, commente François Veillerette, porte-parole de l'association de défense de l'environnement Générations futures. Sauf à reconnaître la faiblesse de l'évaluation des risques mise en œuvre à l'EFSA !" Le rapport commandé par l'agence n'a cependant, stricto sensu, pas valeur d'opinion de l'agence et n'est qu'une contribution extérieure. »

 

Voilà donc l'« information » par Le Monde, version Foucart : on donne la parole à un militant qui ne s'embarrasse guère d'objectivité, pour qu'il exprime une énormité, et on rectifie dans la foulée, sachant que le lecteur peu averti aura fatalement gobé l'énormité.  Du grand art !

 

Sur le fond, M. Foucart se livre à la même simplification synonyme de désinformation que M. Martrette :

 

« L'étude, chargée de synthétiser les travaux publiés dans la littérature scientifique, conclut de manière rassurante à un lien avec seulement deux pathologies : maladie de Parkinson et leucémie infantile. »

 

Car, visiblement, il n'a pas non plus lu l'étude.  Car celle-ci fait état d'autres associations.  Par exemple, dans le cas des maladies respiratoires :

 

« Nous concluons donc que pour le DDT, mais pas pour le chlorpyrifos et le paraquat, il existe des données récentes suggérant une association modérée, statistiquement significative, entre l'exposition à ces pesticides et l'asthme. »

 

 

         Générations Futures

 

Qu'attendre d'un militant anti-pesticides et propagandiste de l'agriculture biologique, notamment par dénigrement de l'agriculture conventionnelle qui nous nourrit ? Il suffit de s'en remettre au double titre de son brûlot :

 

« Pesticides: une nouvelle étude de l’EFSA à contre-courant de toute la science »

 

et :

 

« Danger des pesticides : l’EFSA se distingue encore par une sous-estimation du risque des pesticides pour la santé humaine ! »

 

Là encore, la mauvaise foi est patente puisque Générations Futures invective l'EFSA tout en précisant, de manière plutôt désinvolte :

 

« A noter que ce rapport n’est pas un rapport de membres de panel d’experts de l’EFSA mais un rapport réalisé par des chercheurs de l’Université de Ioannina en Grèce, répondant à une question posée par l’Agence. »

 

Précision annulée, plus loin, par une déclaration à l'emporte-pièce de M. Veillerette :

 

« ...l’EFSA persiste à commanditer des rapports lénifiants qui ne peuvent rien montrer pour justifier un système d’évaluation et d’homologation des matières actives pesticides déficient... »

 

En clair : l'EFSA n'a pas commandité que le rapport... mais aussi le résultat... avec un objectif inavouable.  Accusation grave, sans le moindre début d'élément de preuve.  En tout cas, les cinq auteurs de l'étude, dont l'honnêteté intellectuelle est ainsi mise en cause de manière gratuite, apprécieront.

 

 

L'Inserm a dit...

 

         Une expertise instrumentalisée...

 

Dans un bel élan d'unanimité, ces personnages font état d'une discordance grave entre ce « rapport de l'EFSA » et une expertise collective de l'Institut national de la Santé et de la Recherche médicale (Inserm), « Pesticides – Effets sur la santé », publiée le 13 juin 2013 [6], avec force flonflons [7].

 

L'expertise avait été commandée par la Direction générale de la Santé à une date que nous n'avons pas pu déterminer.  On ne peut toutefois que s'interroger sur la relative concomitance des deux études, et probablement des appels d'offres ; et, partant, sur l'utilisation des deniers publics par le gouvernement français.  Ce, d'autant plus qu'il y a une concomitance similaire pour, appelons-le comme cela, la réédition de l'infâme « étude » Séralini [8].

 

L'expertise avait aussi suivi, de peu, la publication par l'Institut de veille sanitaire (InVS) du second tome du rapport « Exposition de la population française aux substances chimiques de l’environnement consacré aux pesticides et aux polychlorobiphényles non dioxin-like (PCB-NDL) », lequel s’inscrit dans le cadre du volet environnemental de l’Etude nationale nutrition santé (ENNS [9].  Un rapport qui avait fait moins de bruit, vu notamment qu'il se prêtait moins à la fabrication de peurs (sauf à dissuader les propriétaires de chiens et chats de les antipucer, ou les parents de traiter leurs enfants contre les poux).

 

L'étude des universitaires d'Ioannina disculpait donc les pesticides selon M. Martrette, alors que le rapport de l'Inserm était selon lui « alarmant »...  Il est vrai que l'Inserm avait « soigné » sa communication [7] et mis l'accent sur les liens trouvés, même faibles, plutôt que sur les résultats non concluants (rappelons ici qu'absence de preuve de lien ne signifie pas preuve de l'absence de lien ; mais, dans le contexte de l'hystérie antipesticides française, une communication plus équilibrée aurait été bienvenue). 

 

Aucun des commentateurs de l'étude de l'Université d'Ioannina n'a relevé que les deux études avaient des portées différentes – et qu'en conséquence accuser l'une d'invraisemblance et de partialité relevait de la manipulation.

 

Ioanninna ? C'est une étude des études postérieures à 2006 (et d'études référencées).  L'Inserm ? C'est apparemment une étude colligeant les données des 30 années précédentes (études non sourcées).  Que la première fasse état de deux « associations significatives » et que la deuxième trouve quatre présomptions de lien fortes (cf. bilan à l'annexe 2 de l'étude) n'est donc pas, de ce seul fait, une indication de biais ou, comme l'écrit M. Veillerette dans ses titres [5], d'une « étude de l’EFSA à contre-courant de toute la science » – grands dieux ! Toute la science – ou d'une « sous-estimation du risque des pesticides pour la santé humaine ».

 

S'agissant de l'expertise de l'Inserm, l'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) avait en son temps relevé :

 

« Le rapport de l’Inserm est une synthèse de 30 années d’études épidémiologiques : de ce fait, il fait référence d’une part à des produits qui pour la grande majorité ne sont aujourd’hui plus sur le marché, et d’autre part à des pratiques d’utilisation obsolètes. » [10]

 

L'UIPP avait aussi noté :

 

« La lecture du rapport Inserm confirme que la procédure d’autorisation de mise sur le marché est efficace et protectrice. »

 

Lecture évidemment à l'opposé de celle des marchands de peur.

 

Il se trouve que c'est aussi celle de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) :

 

« Cette expertise constitue une contribution très utile pour l’Anses dans le cadre de son travail d’évaluation des risques liés à l’exposition aux pesticides. Elle conforte les mesures prises depuis une quinzaine d’années dans le cadre de la règlementation européenne de retirer du marché les substances les plus directement suspectées d’effets néfastes pour la santé, et donc désormais interdites en Europe [...] » [11]

 

 

         M. Martrette dit...

 

« Nous sommes donc ici bien loin du rapport alarmant de l'Inserm qui alertait sur les nombreux dangers des pesticides pour les agriculteurs, mais aussi pour les riverains ! »

 

Peut-on lui suggérer que le rapport de l'Inserm n'est pas si alarmant ?

 

 

         ...et M. Foucart dit...

 

« L'image de la science neutre et souveraine en prend un coup : sur les mêmes sujets et à partir des mêmes données, l'expertise parvient parfois à des conclusions radicalement différentes, selon l'organisme qui l'organise. »

 

Eh bien non ! Les conclusions ne sont pas radicalement différentes.

 

 

         ...quant à M. Veillerette...

 

...il offre à ses lecteurs un véritable feu d'artifice.  Mais on peut retenir que :

 

« Cette étude commissionnée par l’EFSA sur les liens entre pesticides et pathologies  suit une méthodologie technique excessivement prudente qui a pour conséquence qu’à l’arrivée… les chercheurs ne sont plus capables de tirer la moindre  conclusion de ces centaines d’études de haut niveau sauf pour 2 pathologies. »

 

En d'autres termes, le résultat ne plait pas... donc la méthodologie n'est pas bonne...

 

Il n'y a de bonne science que de conforme aux attentes militantes ! Lyssenko doit se réjouir dans sa tombe !

 

 

La divine surprise du CEO

 

         Des conflits d'intérêts à la pelle...

 

La publication par l'EFSA – sans fanfare – de l'étude des chercheurs de l'Université d'Ioannina est intervenue quasi simultanément avec celle d'une « organisation non gouvernementale », le Corporate Europe Observatory, dont une spécialité est la chasse aux conflits d'intérêts et, quand il n'y en a guère, leur fabrication.

 

« Unhappy meal. The European Food Safety Authority's independence problem » [12] est une analyse de la politique de l'EFSA en matière de gestion des conflits d'intérêts, laquelle se termine par une série de recommandations dont certaines ne sont pas dénuées d'intérêt (si l'on ose dire...).  Mais le problème principal de cette organisation – qui alimente la positionnement idéologique de maints acteurs de la politique européenne – est sa vision intégriste du conflit d'intérêts.  Tellement jusqu'au-boutiste que le vivier d'experts se dépeuplerait ou se limiterait à des personnes n'ayant jamais eu de contacts avec le secteur privé honni et, partant, une expertise au mieux limitée.

 

 

         M. Foucart en retient le plus « croustillant »

 

M. Foucart en a essentiellement retenu le côté « croustillant » dans un article jumeau de celui examiné ci-dessus : « Sécurité alimentaire européenne : 59 % des experts en conflit d’intérêts » [13].  Un article qui fait la part belle à la thèse du CEO qui :

 

« met en évidence, pour la première fois, l'ampleur des liens d'intérêts noués entre les experts de l'agence et le monde industriel. »

 

En fait, ce n'est pas la première fois [14], mais qu'importe.

 

M. Foucart précise bien que :

 

« Les conclusions de l'ONG sont contestées par l'EFSA. Le désaccord tient essentiellement à la définition même du conflit d'intérêts. »

 

Il cite aussi les réponses de l'EFSA, mais aucun intertitre ne vient les souligner, et elles sont entrelardées de commentaires de lui-même ou du CEO.

 

Nous aurons donc l'impudence de déclarer que l'impartialité de l'information passe aussi par un équilibre dans la présentation (à commencer par un titre plus honnête).

 

 

         M. Martrette à sens unique

 

Pour M. Martrette, qui titre : « Europe : l'Autorité de sécurité alimentaire plombée par les conflits d'intérêts » [15], la question est : « Le scandale va-t-il prendre de l'ampleur ? », le parlementaire européen et « paysan pour l'Europe » (interdit de rire !) José Bové ayant produit quatre paragraphes sur son blog [16] (avec des « trucs » pitoyables du style : « plus de 60% des scientifiques... » quand le chiffre exact est de 122 experts mis en cause par le CEO sur 209, soit 58,4 %).

 

En fait, le scandale, c'est que M. Martrette ne s'est pas donné la peine de présenter les réponses de l'EFSA.

 

Wackes Seppi

 


 Notes :


[1]  http://www.imposteurs.org/article-un-an-apres-l-affaire-seralini-que-reste-t-il-du-discernement-des-journalistes-120778444.html

 

[2]  http://www.imposteurs.org/article-stephane-foucart-le-tabac-et-les-abeilles-une-comparaison-grotesque-par-wackes-seppi-120656202.html

 

[3]  Annonce et résumé :

http://www.efsa.europa.eu/fr/supporting/pub/497e.htm

Texte :

http://www.efsa.europa.eu/fr/supporting/doc/497e.pdf

 

[4]  http://pourquoi-docteur.nouvelobs.com/Sante---l-Europe-disculpe-les-pesticides-4033.html

 

[5]  http://www.generations-futures.fr/pesticides/pesticides-une-nouvelle-etude-de-lefsa-a-contre-courant-de-toute-la-science/

 

[6]  http://www.Inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-societe/pesticides-effets-sur-la-sante-une-expertise-collective-de-l-Inserm

 

[7]  http://presse-Inserm.fr/pesticides-effets-sur-la-sante-une-expertise-collective-de-lInserm/8463/

 

[8]  Les appels d'offres ont été lancés les 28 juin et 12 juillet 2013, respectivement :

http://ec.europa.eu/research/participants/portal/page/call_FP7;efp7_SESSION_ID=Jh9mSn6dpXC87h0lQ13s0MlQFZH8JPN2twpHp50Fcj1LnWJMmmSL!1216744746?callIdentifier=FP7-KBBE-2013-FEEDTRIALS&specificProgram=COOPERATION#wlp_call_FP7

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/APR__Risk_OGM_rel_pbch_pbj_rs2.pdf

 

[9]  Communiqué de presse :

http://www.invs.sante.fr/Espace-presse/Communiques-de-presse/2013/Exposition-de-la-population-francaise-aux-pesticides-et-PCB-NDL

Étude :

http://www.invs.sante.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Environnement-et-sante/2013/Exposition-de-la-population-francaise-aux-substances-chimiques-de-l-environnement-Tome-2-Polychlorobiphenyles-PCB-NDL-Pesticides

 

[10]  http://www.uipp.org/Actualites/Communiques/Rapport-Inserm-Pesticides-effets-sur-la-sante-L-UIPP-accueille-avec-serieux-ce-rapport-et-confirme-que-la-grande-majorite-des-molecules-mentionnees-ne-sont-plus-sur-le-marche

 

[11]  http://www.anses.fr/fr/content/pesticides-et-sant%C3%A9-un-enjeu-prioritaire-pour-l%E2%80%99anses

 

[12]  Communiqué :

http://corporateeurope.org/efsa/2013/10/unhappy-meal-european-food-safety-authoritys-independence-problem

Document :

http://corporateeurope.org/sites/default/files/attachments/unhappy_meal_report_23_10_2013.pdf

 

[13]  http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/10/23/securite-alimentaire-europeenne-59-des-experts-en-conflit-d-interets_3501367_1650684.html

 

[14]  Voir par exemple :

http://corporateeurope.org/efsa/2012/02/conflicts-menu

 

[15]  http://pourquoi-docteur.nouvelobs.com/Europe---l-Autorite-de-securite-alimentaire-plombee-par-les-conflits-d-interets--4061.html

 

[16]  http://jose-bove.eu/lagence-europeenne-de-securite-des-aliments-controlee-par-lagrobusiness/

 

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 15:43

 

On nous signale une conférence de Brigitte Axelrad, à Montpellier le 17 mai 2013 à 19h00 sur le thème : Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée en thérapie.


Lieu : CORUM de MONTPELLIER, Salle du Belvédère (entrée sur la gauche ou par l’ascenseur face au tram).L’entrée est libre et gratuite.


Brigitte Axelrad, membre du comité de rédaction de Science et pseudo-sciences, est professeur honoraire de philosophie et de psychosociologie. Elle a enseigné la Psychologie à l’Université Stendhal de Grenoble. Elle est l’auteur du livre Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée, paru en septembre 2010 aux éditions Book-e-book, dont vous trouverez ci-dessous la note de lecture que j’avais rédigée à l’occasion de la sortie de ce livre.

Anton Suwalki

 



Dans les années 1980, une vague d’accusations d’abus sexuels déferle aux États-Unis.  A l’issue de psychothérapies fondées sur les« thérapies de la mémoire retrouvée », des adultes se « souviennent » avoir subi au cours de leur enfance des abus sexuels de la part de leurs parents.

 

En quelques dizaines de pages et sous forme de questions/réponses, Brigitte Axelrad, professeur de philosophie et de psychosociologie, expose les bases théoriques et la manipulation mentale des TMR.

 

Au départ, la théorie de l’inconscient de Freud,  sondeur de l’âme des bourgeoises viennoises en proie à l’ « hystérie », qui conclut à la fin du XIXème siècle que celle-ci avait immanquablement son origine dans un traumatisme de l’enfance  refoulé, et que la séduction (un abus sexuel commis par le père) en était invariablement la cause. Puis, après avoir maintes fois extorqué à ses patientes la « preuve » du bien-fondé de sa théorie, Freud abandonna purement et simplement celle-ci et élabora le complexe d’Oedipe, substituant à la séduction le fantasme de séduction, sans remettre le moins du monde en cause sa méthode anti-scientifique d’interprétation de l’inconscient.

 

         Totalement contradictoire avec la première, la seconde théorie de Freud n’en était pas moins arbitraire et dangereuse : dans le cas de la deuxième, des abus sexuels réels peuvent être ravalés au rang d’affabulations d’enfants amoureux du parent du sexe opposé et en rivalité avec le parent du même sexe. C’est néanmoins la première théorie de Freud et les psychothérapies qu’elle a inspirées qui ont produit les dommages les  plus visibles à la fin du 20ème siècle.

 

         Aux USA, jusqu’à plusieurs centaines de patients de thérapeutes des TMR par an, généralement des femmes de la classe moyenne, ont accusé des parents d’abus. Au départ, parfois une consultation pour un simple mal-être, puis un scénario tragiquement routinier : grâce au « travail » accompli avec le thérapeute, le patient « comprend » que son mal n’est que le symptôme d’un mal plus profond et refoulé, que le thérapeute finit par faire jaillir et réussit à lui faire admettre par les clefs classiques de la manipulation freudienne et des relations malsaines patient et thérapeute. Si le patient n’arrive pas au souvenir qu’attend de lui son directeur de conscience, il « résiste », il « est dans le déni », et le thérapeute le prévient que son état risque d’empirer s’il ne passe pas aux aveux.

 

Les allégations d’inceste ainsi obtenues, et qui déchirèrent des milliers de familles, avaient valeur de preuve selon un argument des praticiens des TMR typique de la langue de bois du freudisme orthodoxe : « c’est le subconscient qui produit les preuves… dépression, manque d’énergie, mépris de soi, il n’y a  pas d’effet sans cause»… Et ce genre de preuves suffit malheureusement parfois à de prétendus experts des tribunaux.

 

         Fort heureusement, cette vague d’obscurantisme d’inspiration psychanalytique suscita une résistance, et la False Memory Syndrome Foundation fut créée en 1992. Parmi ses membres, des familles de victimes, d’éminents psychiatres,  ainsi qu’Élisabeth Loftus,, la psychologue à qui revient le mérite d’avoir prouvé de manière expérimentale qu’on peut fabriquer de toutes pièces des faux souvenirs (2) . Les affaires de souvenirs retrouvés ont quasiment disparu aux USA.

 

La malléabilité de la mémoire la rend perméable à la suggestion, y compris à la suggestion de souvenirs aussi pénibles que ceux d’abus sexuels. Il est désormais bien établi que même la précision parfois étonnante des souvenirs n’est aucunement garante d’une plus grande véracité.

 

Brigitte Axelrad remarque qu’il est donc strictement impossible de faire la distinction entre un vrai souvenir et un faux fabriqué par la suggestion, sans corroboration extérieure..   

 

         Ce livre devrait être mis entre toutes les mains, à commencer par celles de certains représentants de justice…

Anton Suwalki

 


 

(1) Un livre publié par les Éditions book-e-book, dans la collection une chandelle dans les ténèbres

(2) Pour plus de détail sur les travaux d’Elizabeth Loftus, lire notamment : « Les nouveaux psys », ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain, Éditions Les arènes

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 12:34

paragraphe img 1 fr jumelles

 

La mortalité infantile désigne les décès d’enfants nés vivants survenus avant l’âge d’un an. Le taux de mortalité infantile est le rapport entre le nombre d'enfants décédés à moins d'un an et l'ensemble des enfants nés vivants. Il est  calculé en pour mille. La mortalité néonatale désigne les décès d’enfants âgés de moins de 28 jours.

 

Dans tous les pays développés, la mortalité infantile est devenue un phénomène rare. Au 18ème siècle, près d’un enfant français sur 3 mourrait avant d’avoir atteint son premier anniversaire. En 1900, le taux de mortalité infantile était encore de 150 pour mille, un taux à peu près équivalent à celui de l’Afghanistan aujourd’hui , l’Angola étant le pays ou la mortalité infantile est la plus élevée (175 pour mille).  En 2010 , le taux de mortalité infantile est de 3,6 pour 1000 naissances en France : c’est 3 fois moins qu’en 1975.


 

Les causes de cette évolution spectaculaire sont connues :

 

-Un des premiers moteurs de ces progrès a été l’introduction de la vaccination contre la variole qui était la première cause de décès d’enfants.

- Les progrès dans l’art d’accoucher et dans les premiers soins

- La généralisation des pratiques d’asepsie découlant des découvertes de Pasteur sur les microbes et les maladies contagieuses.

- La mise en place au cours du 20ème de siècle de politiques de santé  publique et l’amélioration constante du suivi de la grossesse et de l’enfance., et les succès considérables obtenus sur le plan des maladies infectieuses.

 

 

              En théorie, la mortalité infantile pourrait encore diminuer en France au regard d’autres pays tels que Singapour, le Japon ou la Suède, où les taux sont désormais inférieurs à 3 pour mille. Or ça n’est pas le cas. Elle stagne depuis plusieurs années.

 

 

Cette stagnation semble paradoxalement être une contrepartie du progrès, et en particulier du progrès médical.  Il nait chaque année 10.000 grands prématurés (nés avant la fin du 7ème mois de grossesse ou au début du 8ème mois) qui n’auraient pas vu le jour il y a de cela quelques décennies. Mais s’ils naissent, ils sont plus fragiles que les bébés nés à terme. Selon une étude de l’INSERM, en dépit des progrès accomplis, la mortalité et la morbidité néonatale des prématurés, ainsi que les handicaps, restent fréquents.


 

Une autre raison de cette stagnation est le « twin-boom ». Le nombre de naissances multiples a presque doublé en 40 ans . Un peu plus de 3% des enfants qui naissent aujourd’hui en France sont des jumeaux. Or la surmortalité des nouveau-nés jumeaux, plus de 2 fois supérieure à celles des autres bébés dans les pays sous-développés, n’épargne pas les enfants des pays développés. Les chercheurs de l’INED notent que « naître jumeau est un handicap du point de vue de la santé au moins au début de la vie. Le petit poids des jumeaux à la naissance, leur prématurité et les complications de l'accouchement, fréquentes lors des naissances multiples, font que leur mortalité est très supérieure à celle des enfants nés d'accouchements simples. À tel point que l'augmentation récente de la fréquence des jumeaux en France pèse sur l'évolution de la mortalité périnatale et infantile en ralentissant la baisse. Ce phénomène est désormais perçu comme un problème sérieux de santé publique, d'où l'intérêt d'en savoir plus sur les facteurs de la démographie des jumeaux. ».


Un tiers des naissances gémellaires  sont imputables à l’élévation de l’âge moyen des mères.  Les deux tiers restant viennent des traitements contre la stérilité (stimulations hormonales, assistance médicale à la procréation).

 

         Quelquefois, le progrès a des conséquences paradoxales.

        

            Anton Suwalki

 

 Pour en savoir plus sur ce sujet passionnant:

http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/04-disparites-p1.pd fhttp://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon06228

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=nattef02221

http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/31664/telechargement_fichier_fr_copie.de.sd2008_t70_fm.xls

http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr/inserm/html/excel/rmi2000.xls

http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie_deces_mortalite/mortalite_infantile_france/

http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie_deces_mortalite/mortalite_infantile_monde/

http://www.ors-idf.org/index.php/ortalite-infantile?start=1

http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr/inserm/html/excel/rmi2008.xls

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10922345

http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/focus_sur/le_boom_des_jumeaux/

http://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-societe/grands-prematures-entre-progres-et-questions

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 16:21

Un article de Wackes Seppi

 


 

 

 

Dans un billet précédent, de la propagande bio dans Sciences et Avenir, M. Anton Suwalki avait décortiqué l'indigence journalistique de la revue précitée sur son « dossier » sur l'agriculture biologique du numéro de septembre 2011.  Et, en conséquence, intellectuelle et surtout morale : quelle que puisse être notre conviction personnelle sur l'agriculture biologique, force est en effet de constater que le supertitre La vérité sur le bio en couverture annonçait en fait de grossières contre-vérités.

 

En face, chez Science & Vie, le lecteur a été gratifié d'un excellent article sur le responsable de l'hystérie en défense de l'agriculture biologique, Escherichia coli, la bactérie dont une souche avait été impliquée dans la crise des graines germées qui a fait une cinquantaine de morts et, probablement, quelques centaines de victimes handicapées à vie.

 

Mais Sciences et Avenir récidive dans son numéro d'octobre 2011.

 

 

Haro...

 

Un titre unique accrocheur en couverture : Exclusif – Valium, Lexomil, Témesta, Xanax... Ces médicaments qui favorisent Alzheimer.

 

L'article correspondant, Haro sur les benzodiazépines, reproduit essentiellement le point de vue du prof. Bernard Bégaud.  « Haro » est un mot qui résume à lui seul l'orientation de l'article.

 

Il est impossible, même pour un spécialiste de l'épidémiologie, d'affirmer sur la base de l'article – sur la base des affirmations du prof. Bégaud – que prendre des traitements anxiolytiques et des somnifères de façon chronique favorise le risque d'entrée dans la maladie d'Alzheimer et l'augmente de 50 %.  Le problème est, d'une part, que l'article est extrêmement alarmiste et donc, forcément, sujet à caution ; et, d'autre part, que l'étude épidémiologique sur laquelle il se fonde n'a pas encore été publiée, et donc soumise à l'examen critique par les pairs.  Les lecteurs de ce blog verront là une stratégie classique chez certains chercheurs militants anti-OGM (ou plutôt militants chercheurs).

 

L'alarmisme est peut-être justifié, peut-être pas...  Mais le lecteur rationnel ne peut que s'interroger en voyant que, d'une part, l'étude à paraître est qualifiée de « véritable bombe » par l'auteur lui-même et que, d'autre part, on précise qu'elle « s'ajoute à une série de huit autres menées depuis une dizaine d'années dans le monde dont quatre soulevaient déjà un doute légitime ».  Quatre ? Seulement ? Alors que deux autres concluaient à des altérations de la cognition (ce qui est certes un effet secondaire indésirable) et les deux dernières, à un effet protecteur ? On peut par conséquent être en désaccord avec le prof. Bégaud lorsqu'il affirme qu'un corpus de neuf études dont une majorité de cinq va dans le sens d'une association entre la consommation au long cours de tranquillisants et somnifères et la maladie d'Alzheimer est un signal d'alerte très fort.  Soyons précis : l'alerte est peut-être justifiée, mais l'affirmation précitée ne l'est pas.

 

L'orientation journalistique – un sensationnalisme de très mauvais aloi pour une revue de vulgarisation scientifique – s'exprime en l'occurrence par un simple point d'exclamation : Sciences et avenir – oubliant la deuxième étude allant dans le même sens, peut-être pour cause de nationalisme car elle émane de l'INSERM – écrit : « Une autre réalisée en Suède, affirmait même que les benzodiazépines protégeaient du déclin cognitif ! » Ce point d'exclamation est tout simplement choquant et témoigne du parti pris du rédacteur.

 

Un parti pris conforme à la ligne éditoriale puisqu'on le retrouve dans l'éditorial : « Avant même que nos lecteurs prennent connaissance de notre enquête – quelle enquête ? –, nous ressentons déjà, nous journalistes, l'effet de souffle de cette bombe. » Quel lyrisme ! L'effet de souffle, c'est probablement l'effet sur le tirage de la revue, Alzheimer faisant partie des angoisses de la population.

 

Cette orientation journalistique s'exprime aussi par les commentaires fort désobligeants sur les politiques et les autorités sanitaires.  On ne réclame pas l'élégance aux auteurs de l'article, mais au moins la mesure.  Or il n'est pas légitime de dire que « [c]ette affaire est une vraie bombe, mais les décideurs n'ont pas l'air de le réaliser », lorsque l'étude qui prétend démontrer la gravité de la situation n'a pas encore été publiée.  Et est-ce que « [n]e pas agir traduit une immaturité incroyable » est l'expression mesurée d'un scientifique ? Une pression fort discutable, voire intolérable, sur les autorités sanitaires ? Une bouffée de populisme racoleur après l'affaire du Mediator ?

 

C'est d'autant plus choquant que le législateur a mis des limites à la prescription d'anxiolytiques et d'hypnotiques.  Ces limites ne sont apparemment pas respectées par les médecins prescripteurs, mais leur existence même démontre que l'attaque est inappropriée.

 

Cependant, elle fera vendre... En tout cas, l'article de Sciences et avenir ne correspond pas à l'idée que l'on peut se faire de la vulgarisation scientifique.

 

Preuve de plus : le prof. Bégaud a affirmé que « [n]ous l'avions quasiment prédit dans le rapport sur le "bon usage des psychotropes", remis au Sénat et à l'Assemblée nationale en 2006 ».  À l'évidence, la rédaction n'a pas vérifié, car l'affirmation se révèle fausse [1].

 

L'alarmisme est peut-être justifié, peut-être pas, écrivions-nous.  Il a fallu se rabattre sur un journal d'information générale – ce qui est un comble – pour avoir un autre son de cloche.  Le Messager (de Haute-Savoie) du 6 octobre 2011 a en effet reproduit le point de vue – incendiaire – du Dr Bernard Croisile, neurologue et chef du service de neuropsychiatrie au CHU de Lyon.  Celui-ci mettait en garde contre l'effet d'annonce ; soulignait notamment que les chiffres avancés dans l'article devaient être pris avec des pincettes ; mettait également en garde face à de possibles biais statistiques ; et écrivait que « l’auteur met en évidence une association, un lien. Pas une explication. La nuance est majeure. De plus, comme il le concède lui-même, il ne fournit aucune explication physiopathologique. »

 

Ce point de vue, on le retrouve sur certains sites internet [2]... mais pas sur celui de Sciences et Avenir.

 

 

Haro sur les OGM

 

L'apparition de chrysomèles résistantes à la toxine Cry3Bb1 de Monsanto [3] aux États-Unis d'Amérique a été en quelque sorte saluée par M. Loïc Chauveau [4] dans Un insecte déjoue l'efficacité d'un OGM.  Sous-titre accrocheur – Mauvaise nouvelle pour l'agriculture américaine [...] – et déclarations à l'emporte-pièce.

 

Non, M. Chauveau, l'étude de M. Gassmann et collègues ne montre pas que « son maïs [de Monsanto] n'a plus d'effets sur les chrysomèles, parasites ravageurs » (c'est nous qui soulignons).  Elle montre qu'il y a des populations de chrysomèles devenues résistantes, au moins partiellement, mais toutes les chrysomèles ne sont pas devenues, en quelque sorte d'un seul coup, résistantes.  Il est donc aussi faux d'écrire que « la toxine Cry3Bb1 est désormais inefficace ».

 

M. Chauveau succombe – c'est évident – à la propagande des anti-OGM et notamment de France-Nature-Environnement sur la rotation des cultures.  Mais, à sa décharge et son honneur, à moitié seulement : en effet, il a fort justement souligné, en réponse à M. Jean-Claude Bévillard, de FNE, qu'il n'est pas simple d'introduire de nouvelles cultures dans les assolements.

 

Mais c'est là un bémol peu significatif, et il reste de gros progrès à faire dans la précision journalistique qui s'impose à une revue de vulgarisation respectable.  Ainsi, qualifier le maïs Bt d'« insecticide » est fort incongru.  Comme il est maladroit d'écrire que « [s]ans autorisation d'utilisation des OGM, ils [les agriculteurs] ne disposent que des seuls traitements larvaires » : la rotation est aussi une réponse au ravageur.

 

 

Haro sur Monsanto

 

Petit articulet sur Monsanto, présenté comme étant en baisse à cause d'une action introduite (prétendument) à son encontre en Inde pour violation (alléguée) de la législation sur la biodiversité.

 

Des sites sectaires publient des insanités... Sciences et avenir les reprend sans une once de vérification.  Il se trouve qu'une dénonciation, introduite devant la National Biodiversity Authority (NBA), a été dirigée contre Mahyco, l'Université des Sciences agricoles de Dharwad, et Sathguru Management Consultants (P) Ltd (qui agissait pour le compte d'un consortium d'institutions publiques et privées financé par l'USAID et dirigé par l'Université Cornell).  Que  Monsanto ait une part minoritaire dans Mahyco ne suffit pas à en faire la cible de la dénonciation.  Mais les sites sectaires ne sont pas à une approximation près.

 

On peut donc s'arrêter à ce stade et conclure que Sciences et avenir a fait de la désinformation.

 

Mais on peut aussi continuer.  Selon la désinfosphère, la NBA allait introduire une action judiciaire selon une décision prise le 20 juin 2011.  Pas sûr : la décision est très ambiguë [5].  De plus, et surtout, l'accusation ne semble pas très solide [6].

 

Et, de toute manière, il faut être victime d'une animosité certaine envers Monsanto pour penser – et surtout écrire – qu'une telle accusation puisse constituer un « revers » pour la firme de Saint-Louis.

 

Incidemment, l'accord mis en cause par une « organisation non gouvernementale », Environment Support Group, avait pour objet la mise à la disposition des agriculteurs pauvres de variétés d'aubergine (brinjal) génétiquement modifiées pour résister à des insectes piqueurs et foreurs [7].  L'organisation prétend défendre « nos ressources naturelles et communautés dans les domaines de la justice environnementale et sociale »... [8].  Drôle de justice sociale.

 

Et, s'agissant de Sciences et Avenir, drôle de mensuel de vulgarisation scientifique.

 

Wackes Seppi

 


 

P.S. : Sciences et Avenir a publié un Retour sur... les benzodiazépines dans son numéro de novembre 2011 avec une satisfaction non dissimulée puisqu'il s'intitule Une campagne d'information va être lancée.

 

Silence épais sur les critiques de l'article précédent et de la démarche du Pr Bernard Bégaud.  La journaliste réussit donc l'exploit d'écrire au début de l'article :

 

« Dans une étude à paraître, [le Pr Bégaud] révélait en effet que 16 000 à 31 000 cas d'Alzheimer supplémentaires seraient – notez le conditionnel, après un « révélait » ! – attribuables chaque année à un usage chronique d'anxiolytiques et de somnifères, regroupés sous le nom de benzodiazépines »

 

et, à la fin :

 

« Pour Gérard Bapt, [...], “il faut maintenant des études de pharmacoépidémiologie pour connaître les effets au long cours de la prise de benzodiazépines”.  Car seules ces dernières pourront confirmer – ou infirmer – le risque accru d'entrée dans la maladie d'Alzheimer noté par le Pr Bernard Bégaud. »

 


 

Notes :

[1]  Voici ce que dit le rapport :

« 1. Les effets secondaires des psychotropes à base de benzodiazépines.

« L'impact délétère des benzodiazépines sur les performances cognitives, et en particulier sur la mémoire à court terme, a été mis en évidence par plusieurs études, même s'il n'est actuellement pas possible de conclure à l'existence d'un lien causal entre exposition aux benzodiazépines et détérioration cognitive. Les résultats de ces études conduites en population générale peuvent en tout cas être considérés comme un signal épidémiologique indiquant que des études complémentaires sont nécessaires. Du fait de la proportion importante de sujets exposés à ces médicaments, une augmentation, même minime, du risque de détérioration cognitive pourrait générer un nombre significatif de cas de démence, avec de larges répercussions sur la santé des populations âgées. »

Et, beaucoup plus loin, en relation avec l'étude relatée dans Sciences et avenir (c'est nous qui soulignons ci-après) :

« De ce fait, il n'est pas actuellement possible de conclure à l'existence d'un lien, a fortiori, causal entre exposition aux benzodiazépines et détérioration cognitive. Néanmoins, les résultats de ces études conduites en population générale, avec trois d'entre elles montrant une augmentation du risque de déficit cognitif chez les usagers, peuvent être considérés comme un signal épidémiologique indiquant que des études complémentaires et indépendantes sont indispensables. Du fait de la proportion importante de sujets exposés à ces médicaments, une augmentation, même minime, du risque de détérioration cognitive pourrait générer, par an, un nombre important (plusieurs milliers) de cas de démence, et donc avoir de larges répercussions sur la santé des populations. Comme l'exposition aux benzodiazépines est un facteur de risque modifiable, les enjeux sont d'autant plus importants en termes de santé publique et de responsabilité politique. »

 

[2]  Par exemple : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/medecine/d/buzz-les-anxiolytiques-sont-ils-vraiment-en-cause-dans-les-cas-dalzheimer_33698/

 

[3]  Field-Evolved Resistance to Bt Maize by Western Corn Rootworm, Aaron J. Gassmann, Jennifer L. Petzold-Maxwell, Ryan S. Keweshan, Mike W. Dunbar

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0022629#pone-0022629-g001

 

[4]  Auteur d'un partie du « dossier » bio du numéro précédent.

 

[5]  Voir les minutes de la session du 20 juin 2011 à :

http://www.nbaindia.org/docs/20th_Proceedings_10_08_2011.pdf

« A background note besides legal opinion on Bt brinjal on the alleged violation by the M/s. Mahyco/M/s Monsanto, and their collaborators for accessing and using the local brinjal varieties for development of Bt brinjal with out prior approval of the competent authorities was discussed and it was decided that the NBA may proceed legally against M/s. Mahyco/ M/s Monsanto, and all others concerned to take the issue to its logical conclusion. » (C'est nous qui soulignons.)

« May » indique à notre sens une éventualité.  La suite du paragraphe se lit :

« Further, it was decided to proceed legally against the violaters in the case of export of embryos of Gir breed of cattle and Ongole breed bull and its semen to Brazil. »

« May proceed » est peut-être une tournure d'anglais victorien, mais elle contraste avec la formule directe de la phrase suivante («  it was decided to proceed »).

 

[6]  On trouvera une brève analyse à NGO alleges ‘bio-piracy’ by Monsanto’s Indian subsidiary & its collaborators: True or false?

http://spicyipindia.blogspot.com/2011/08/ngo-alleges-bio-piracy-by-monsantos.html

 

[7]  Pour le texte de l'accord :

http://www.esgindia.org/sites/default/files/campaigns/brinjal/press/d-uas-dharwad-mahyco-agreement-2005-1-15.pdf

 

[8]  http://www.esgindia.org/about-us/index.html

 

 

 

 

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 17:28

Dans mon article d’hier, j’évoquais l’engouement actuel pour les tribunaux d’exception : des décroissants qui veulent un « tribunal Russel » pour juger les acteurs du nucléaire civil pour crimes contre l’humanité à un James Hansen, de la NASA , qui s’en prend lui aux dirigeants des sociétés pétrolières, responsables selon lui d’avoir semé le doute sur le réchauffement, qui devraient être jugés pour crimes contre l’humanité et contre la nature (le « et » me paraît très important) . Ne craignant aucun paradoxe, il se trouve parmi ces gens « pacifistes » , tels ce « François Vaillant, Action non violente » . Non-violence d’accord, mais une fois qu’on aura châtié tous les salauds, en somme.

 

On pourrait se rassurer en pensant qu’on ne fera pas partie de la charrette des condamnés : Hansen veut juger des PDG par exemple, ce que je ne suis pas. Hélas, il ne faut pas se leurrer, la meute voudra toujours plus de coupables. Ainsi en flânant par hasard sur un site évoquant Notre poison quotidien de MMR, j’avais posté un lien vers mon premier article démontant ses thèses.  Un courageux « consom’acteur citoyen contribuable » (sic !) m’a répondu ainsi :

 

« Et Anton l’imposteur, va rejoindre tes amis Alerte Environnement et Agriculture et environnement pour faire ta désinformation entre amis des lobbys sans scrupules ! Au moins pour ceux qui te payent royalement, tu justifieras ton travail de collabos ! Maintenant les consom’acteurs citoyens contribuables entre en résistances et le jour de la libération, j’espère que tu seras encore de ce monde pour répondre de tes actes pour crime contre l’humanité !!!! »

 

Dérapage verbal sans importance d’un petit lâche qui se lâche grâce à l’anonymat d’Internet ? Non, je ne crois pas du tout que ce soit anodin. Le propre des lâches et des imbéciles, c’est qu’ils ont la rancune tenace et l’esprit de vengeance d’autant plus aiguisé qu’ils ne savent pas trop ce qu’ils combattent. La bouillie verbale qu’ils prennent pour un discours politique est là pour en témoigner . De toute façon, quelle que soit l’idéologie dont ils se drapent, l’essentiel pour eux est de se trouver des boucs-émissaires, peu importe au fond lesquels. Et ils ne conçoivent de rendre la justice contre ces boucs-émissaires que de manière expéditive.

 

Je crains fort que s’ils pouvaient un jour mettre leurs menaces à exécution, ils le feraient sans aucun état d’âme.  En bande, n’importe quel pleutre « consom’acteur citoyen » devient  « courageux », et si en plus vous lui donnez un fusil et un rasoir, il se proclamera résistant, s’inventera plein de collabos à zigouiller, et plein de « salopes » à tondre.  

Anton Suwalki

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 16:54

A la suite de la publication de l’expérience OPERA qui remettrait en cause ce qui semblait être un acquis inébranlable des connaissances en physique (l’impossibilité de dépasser la vitesse de la lumière dans le vide) (1), on devait s’attendre à ce que des centaines de scientifiques se mettent fébrilement à rechercher la moindre petite faille dans le dispositif expérimental ou dans l’interprétation des données de l’expérience. Ca paraît tout à fait normal que pour un résultat extraordinaire, on exige un niveau de preuve très élevé. L’attitude des chercheurs de l’expérience OPERA est d’ailleurs elle-même exemplaire. Ils n’estiment que la preuve de leur découverte ne sera réellement établie que lorsqu’elle sera reproduite par d’autres expériences indépendantes.

 

         Sur son  blog Sciences2 (2), Sylvestre Huet, dont nous avons salué le travail de veille journalistique et scientifique à propos de Fukushima (3), est revenu sur deux tentatives de réfutation des résultats de l’expérience OPERA. L’une et l’autre des critiques apparaissent, même lorsqu’on a aucune compétence particulière sur le sujet, pour le moins rapides.

 

         L’auteur de la première critique , John Costella , physicien de l’Université de Melbourne, semble s’être un peu précipité en croyant déceler une erreur statistique très élémentaire (4), dont il était un peu naïf d’imaginer qu’une équipe de chercheurs éprouvés serait passée à côté. L’autre critique émane de Carlo Contaldi, chercheur en physique théorique de l’Imperial College de Londres, qui pensait avoir découvert un problème de prise en compte des incertitudes en matière de synchronisation des horloges. Or s’il est impossible pour un béotien de se faire soi-même une idée de la pertinence de la critique, on peut s’en remettre à un autre physicien interrogé par Sylvestre Huet qui estime que « les vérificateurs étaient parfaitement conscients du piège possible soulevé par Contaldi ». Il semble donc que là encore, la critique ait été un peu naïve et précipitée.

 

          Des scientifiques qui dégainent trop vite et dont la critique s’effondre aussitôt, ça n’est pas la première ni la dernière fois que cela arrive. Cela les décrédibilise-t-il complètement les travaux qu’ils ont mené et leur parole future ? Pour leurs travaux passés, une recherche sur Google Scholar permet déjà de lister leurs articles peer-reviewed, de constater qu’ils ont beaucoup publié et qu’ils ont été fréquemment cités. Seuls des spécialistes pourraient nous dire de l’importance de leur apport de chercheurs.  Pour leur crédibilité future, cela dépend en partie de leur capacité à se rétracter.

 

 

         C’est ce qu’à fait presqu’aussitôt John Costella. Lui qui avait qualifié de « gaffe embarrassante » la résultats annoncés par les chercheurs d’OPERA, admet avec une certaine humilité que « si gaffe embarrassante il y a, c’est la mienne et uniquement la mienne ».  Or ça n’est pas cette humilité et cette honnêteté que relève Sylvestre Huet, qui commente la rétraction avec une ironie assez déplacée : « rétraction pas aussi rapide que la lumière, mais presque » .  Et de s’interroger : « Était-il possible de se méfier de Costella, avant même de lire son article ? Probablement, c'est aussi un adepte de la conspiration climatique, dénonçant le scandale du Climategate) et les climatologues conspirateurs » .

 

Nous y voilà ! L’affaire des neutrinos « trop véloces » était surtout pour notre journaliste de taper sur les climatosceptiques, sa bête noire. Voilà comment les obsessions de Sylvestre Huet finissent par nuire à l’ensemble de sa production journalistique. Concernant le deuxième sceptique des neutrinos véloces, le commentaire de Sylvestre Huet  ne mentionne aucune adhésion à la « conspiration climatique ». Mais alors, était-il possible de se méfier de Contaldi , avant même de lire son papier ? Sylvestre Huet  ne répond pas là-dessus, peut-être tout simplement parce que e comme nous, la complexité du problème le dépasse, d’où le choix de critères exogènes douteux … C’est à se demander d’ailleurs s’il existe d’autres critères de crédibilité que le positionnement sur la question climatique pour lui. Même lorsqu’on parle de tout-à-fait autre chose !  

 

Notons que s’il se gausse de la rétractation pas aussi rapide que la lumière, mais presque de John Costella que nous mettrions plutôt à son crédit, Sylvestre Huet mentionne sobrement à propos de Contaldi que « le responsable de ce système, Dario Autiero de l'IPN de Lyon, Cnrs, lui a donné les éléments d'informations nécessaires à ce qu'il se rétracte désormais » . A notre connaissance, 3 semaines plus tard, Contaldi ne s’est toujours pas rétracté publiquement après avoir déposé son commentaire sur le site arXiv (5). Mais pour Sylvestre Huet, mieux vaut peut-être trainer des pieds à reconnaître une erreur que d’avoir émis des doutes sur certaines pratiques du GIEC.

 

Avant même cette anecdote, on était déjà en droit de douter de la neutralité de Sylvestre Huet lorsqu’il informe sur le climat. On ne peut pas d’une part s’acharner contre Allègre (dont il a certes contribué à révéler les petits arrangements avec la vérité), et montrer d'autre part tant de mansuétude à l’égard du GIEC (« climategate » (6), « himalayagate ») et se prétendre neutre.

 

Constatons aussi , que plus d’un mois après la publication de deux articles (dont un dans Nature, ce qui est peu plus prestigieux qu’une page science dans Libération) sur les résultats de l’expérience Cloud mené par le CERN (7) , Sylvestre Huet n’a toujours pas trouvé le temps d’y consacrer un billet, dont il aurait pu écrire en toute objectivité que la portée de ces expériences est sans doute difficile à évaluer, mais qu’elles pourraient aboutir à revoir à la hausse le rôle des facteurs non anthropiques dans le climat. On n’en demandait pas davantage à un journaliste, historien de formation,  qui prétend simplement informer sur le climat et les progrès de la science climatique. Silence radio de Sylvestre Huet sans doute débordé de travail, alors qu’il a trouvé le temps d’écrire des billets sur les neutrinos véloces pour combattre les climatosceptiques, de relayer une nouvelle charge contre Claude Allègre  , et de publier le bilan climatique du mois d’août 2011 selon James Hansen. Ce même Hansen qui s’exprimait ainsi : « Des sociétés ayant leurs intérêts dans les combustibles fossiles ont propagé le doute sur le réchauffement, de la même manière que les cigarettiers avaient cherché à discréditer le lien entre la consommation de tabac et le cancer. Les PDG de ces sociétés savent ce qu’ils font, ces dirigeants devraient être poursuivis pour crime contre l’humanité et la nature » (8). Car bien entendu, le climato scepticisme ne peut rien être d’autre que l’expression des intérêts pétroliers !

 

Que pense Sylvestre Huet de cet engouement très à la mode pour  les tribunaux d’exception (9) ? Personnellement, je suis plutôt content qu’on laisse la guillotine rouiller dans un coin, (pas aux USA, il est vrai) quand bien même s’il s’agirait de « punir » des scientifiques déviants ou malhonnêtes… Sans compétence en matière de climat, on doit de se contenter d’essayer de comprendre, de voir ce qui fait consensus ou pas, d'estimer si les partisans de théories alternatives sont de simples originaux ou des gens sérieux, qu’ils se trompent ou pas. La théorie du RCA est à l’évidence majoritaire actuellement parmi les scientifiques qui étudient le climat. Dont acte . Mais j’ai tout de même tendance à me méfier des gens qui, prétendant détenir LA vérité, disent que les autres sont tous des menteurs ou des vendus, et ne verraient aucun inconvénient à « trancher » les débats à la guillotine. Remarquons que le tous pourris sauf nous, que manie Hansen à l’intention des climatosceptiques  est un aussi un argument classique des chevaliers blancs de la « science  indépendante »  anti-OGM.     

 

 

 

Anton Suwalki 

 

 

(1)           http://imposteurs.over-blog.com/article-plus-vite-que-la-lumiere-85001805.html

           (2)http://sciences.blogs.liberation.fr/home/

            (3) http://imposteurs.over-blog.com/article-des-informations-en-continu-sur-la-centrale-japonaise-de-fukushima-daichi-69394220.html

            (4) http://sciences.blogs.liberation.fr/files/neutrino-blunder.pdf

  

 (5) http://arxiv.org/abs/1109.6160

(6) Climategate qui n’a certes pas la portée que certains sceptiques ont largement exagéré, mais qui révèle des choses pas très jolies, notamment quand on suggère de menacer des revues scientifiques qui publient des articles à teneur climatoscleptiques

(7)

http://www.nature.com/nature/journal/v476/n7361/full/nature10343.html

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0021850211000632

(8) http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/10/05/crime-ecologique-crimes-verts-ecocide/

(9) http://imposteurs.over-blog.com/article-les-technophobes-veulent-un-tribunal-russell-contre-les-crimes-du-nucleaire-civil-81705359.html

 

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 21:00

Même si le tsunami consécutif au séisme a fait beaucoup plus de victimes immédiates, il est assez compréhensible que d’aussi loin, on s’intéresse peut-être plus à l’accident nucléaire que la majorité des japonais eux-mêmes qui ont d’autres priorités . Ca n’est pas forcément par absence de compassion pour les victimes de la catastrophe naturelle. La récupération immédiate de l’évènement des anti-nucléaires samedi à Paris me semble par contre à la limite de l’indécence.

 

L’accident a donc été reclassé par l’ agence internationale ,aujourd’hui au niveau 6 sur l’échelle INES qui en compte 7, classification que conteste l’autorité japonaise. Tchernobyl est jusqu’à présent le seul accident ayant atteint le niveau 7 , « accident majeur » . 

 

Une information claire , neutre et factuelle,  et mise à jour très régulièrement, est disponible  sur le blog de Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération, qui fait là un beau travail :

 

 

Le blog de Sylvestre Huet

 

 

INES NUCLEAIRE

 

 


 

Je  réagis également au commentaire posté cet après-midi par Romain Thomas, assez agressif, mais reconnaissons-le, plutôt bien écrit. Pour une fois qu’un de nos "adversaires" fait preuve d’un peu esprit, ça mérite d’être  souligné.

 

Il est vrai que l’écho médiatique de cet incident (accident nucléaire de Fukushima, mars 2011) est sûrement inversement proportionnel à sa gravité : il ne s’agit que de pollution de nature radioactive et biologique (de l'uranium bio) !

 

Vous devriez défendre encore et toujours comme ceci le nucléaire qui fait encore une fois de plus preuve d'une grande transparence...

 

Une seule solution : la décroissance cher Monsieur, et aussi bien économique que démographique. Mais si nous voulons continuer à croitre comme des abrutis, alors là, je soutiens votre blog : vive le nucléaire pour chauffer les serres de cultures hors-sol d'OGM...

 

Sournoisement votre,

 

RT.

 

 

- Je pense que le Japon et l’autorité de sureté nucléaire japonaise ont d’autres chats à fouetter que de communiquer au monde entier. De fait l’évacuation de la zone sur un rayon de 20 kilomètres constitue une information. La transparence est évidemment nécessaire, mais pas non plus dans n’importe quelle condition. L’information doit se faire en temps voulu, et compte-tenu de l’évolution de la situation. On peut comprendre que personne n’aurait rien à gagner à créer une psychose ajoutant au chaos créé par le séisme et le tsunami. Il serait par contre très fâcheux d’apprendre que l’autorité ait caché ou retardé la communication d’informations avec pour conséquences de mettre davantage en danger les populations. On en jugera un peu plus tard, voulez-vous ?

 

- Sur la décroissance, quand je compare le bilan humain (provisoire, certes) d’un séisme d’une magnitude exceptionnelle au Japon avec celui d’un séisme beaucoup moins important en Haïti , je me dis qu’à  tout prendre, je préfère les inconvénients de la « croissance abrutie » à ceux d’un pays qui a la chance de ne pas l’avoir connue, ce qui veut pas dire que je confond Produit Intérieur Brut et Bonheur Intérieur Brut. Mais je n’ai jamais lu quoi que ce soit sur la décroissance qui me convainque qu’il s’agit d’autre chose que d’une utopie réactionnaire.

 

-Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les idées malthusiennes qui vont avec la décroissance et économique. Vous n’en avez sans doute pas conscience, mais le contrôle de la population (que ce soit dans un sens malthusien ou au contraire populationniste) a presque toujours été mis en œuvre par des régimes totalitaires, et je ne vois pas comment on pourrait imposer cela aux seules populations qui croissent (encore) rapidement dans le Monde sans avoir recours à des méthodes totalitaires. Je suppose bien entendu que vous ne défendez pas cela…

 

Anton

-                       

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