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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 18:43

Une fois n’est pas coutume, j’ai acheté le dernier numéro de Science et Vie (n° 1197- juin 2017). En couverture, le magazine annonce  : « OGM : une technologie déjà dépassée ». Détrompez-vous, il ne s’agit pas de faire le point sur les promesses des nouvelles techniques d’édition du génome, telles que CRISPR-Cas9 (1), à peine abordée en fin d’article. Selon Yves Sciama, qui a signé cette enquête, c’est tout simplement le début de la fin des OGM (2), car ceux-ci « n’ont [tout simplement] pas tenu leurs promesses ».  Et d’évoquer carrément le début de la fin !

 

Sciences et Vie : des données déjà dépassées…

 

Le plus étonnant, c’est que le discours d’Yves Sciama est construit à partir des chiffres publiées par l’ISAAA (3) pour les surfaces cultivées en PGM en 2015.

 

« En 2015, pour la première fois, les surfaces plantées en OGM dans le monde ont reculé Moins 1%. Un recul certes timide…mais qui correspond à un renversement de tendance totalement inédit. » Pour le journaliste, un an fait donc une tendance ! Il ne se pose même pas la question de savoir si ce recul est propre aux OGM ou bien est liée au recul momentané de certaines cultures telles que le maïs ou le coton. Ce « renversement de tendance » est d’emblée analysé comme le début de la fin des OGM qui n’auraient pas tenu leurs promesses.

 

On peut imaginer que l’article a été écrit il ya déjà quelque temps. Mais Yves Sciama et la rédaction de S&V pouvaient-il ignorer la publication début mai du dernier rapport de l’ISAAA ? Celui-ci annonce pour l’année 2016 un nouveau record pour les surfaces cultivées  en PGM dans le monde : 185,1 millions d’hectares, soit  +3% par rapport à 2015. Faut-il interpréter cela, à la manière de Sciama,  comme « la fin du début de la fin » ? Sans aller jusque là, remarquons que la prise en compte de ces données auraient contraint son auteur à modifier substantiellement son article. S&V a préféré maintenir tel quel celui-ci, quitte à délivrer un message trompeur. Un choix éditorial très discutable. Manifestement, c’est cet article qui est complètement dépassé.

 

La réalité se charge donc de démentir Delphine Guey, du GNIS, « défenseur inlassable des OGM », selon Sciama. Pour celle-ci, la « courbe des surfaces d’OGM ne repartira pas à la hausse »…

 

Rendements : la rhétorique de l’homme de paille

 

La courbe des surfaces d’OGM, c’est un peu comme celle du chômage. Il est tentant pour certains d’interpréter la moindre inflexion conjoncturelle comme un renversement de tendance. Dans le deuxième cas, c’est la politique du gouvernement « qui finit par porter ses fruits », dans le premier, c’est que « les OGM n’ont pas tenu leur promesses ». Les cultures de plantes transgéniques perdent du terrain. « Et pour cause !,  titre S&V. Rendement décevants, insecticides (sic !) ».

 

Pour construire un discours sur le « déclin » observé en 2015, le mieux est enocre d’utiliser la rhétorique de l’homme de paille. C’est ce que fait Sciama à propos des rendements « qui n’ont pas été dopés ».

 

« C’était l’argument phare des fabricants d’OGM : en boostant les rendements agricoles, leurs semences transgéniques résoudraient rien de moins que la fin dans le monde ! »  Or, cet « argument phare » est tout simplement une invention des anti-OGM !

 

Et d’enfoncer le clou en citant le dernier rapport de l’Académie nationale des Sciences américaine (NAS) (4) : « Les données sur le maïs, le coton et le soja aux États-Unis ne montrent pas de signature significative de la technologie de modification génétique sur la rythme d'accroissement des rendements » . « En clair, les OGM n’ont pas dopé la production comme promis », conclut Sciama, qui s’est contenté d’une phrase du rapport, qui confirmait sa thèse.

 

Tout d’abord, à l’exception de l’eucalyptus GM autorisé au Brésil en 2015, aucune PGM n’a été à ce jour développée pour accroitre les rendements. De fait, la progression des rendements au cours des dernières décennies est largement due à l’amélioration génétique classique. Et la NAS prend bien soin de distinguer le rendement potentiel et le rendement effectif d’une plante. Le rendement potentiel, c’est le rendement théorique qu’elle peut atteindre, sans limitation d’accès à l’eau, aux nutriments, ou due aux attaques de pestes, de maladies etc… Pour les traits des PGM  actuellement cultivées (5), c’est seulement l’écart entre le rendement potentiel et le rendement effectif qui peut être réduit : notamment dans le cas des cultures de plantes Bt  en cas d’attaques massives d’insectes foreurs auxquelles elles résistent. La NAS a compilé des dizaines d’études, et comme le rapporte Sciama, et en effet, la « signature de la modification génétique » est loin  toujours évidente. Dès lors qu’on sort des essais contrôlés, la comparaison entre les cultures est difficile. Contacté par le journaliste, Claude Bagnis, membre du comité scientifique du HCB, explique en partie pourquoi. Les explications de Christian Huygues, de l’INRA, sont beaucoup plus surprenantes : « une culture OGM peut faire mieux qu’une conventionnelle sur une parcelle humide et moins bien ailleurs. Elle peut mal supporter la chaleur, et se montrer particulièrement vulnérable à tel ou tel ravageur »… Nous ignorons totalement sur quoi se basent de telles affirmations

 

Néanmoins, selon la NAS :

-« Bien que les résultats soient variables, les traits Bt disponibles dans les cultures commerciales dans de nombreux endroits, ont contribué à une réduction statistiquement significative de l'écart entre le rendement réel et le rendement potentiel, dans les situation où les insectes nuisibles ciblés ont causé des dommages importants aux variétés non-GM (…). 

- «  Aux USA, dans les régions qui ont massivement adopté le coton et le maïs Bt,  il y a une preuve statistique que les populations d'insectes nuisibles sont réduites à l'échelle régionale, et que ces réductions profitent à la fois à ceux qui cultivent des plantes Bt et aux autres»

 

Quant aux plantes tolérantes à un herbicide, la conclusion de la NAS est à peu près identique. En clair, les OGM n’ont pas dopé les rendements comme personne ne l’avait promis, mais ils évitent des pertes importantes dans certaines circonstances, comme prévu.

 

« Un lourd bilan environnemental », selon Yves Sciama

 

A propos des plantes Bt, Sciama écrit qu’elles « devaient permettre de réaliser des économies drastiques d’insecticides. Elles sont finalement assez modestes, le Bt n’étant pas efficace sur tous les insectes» . Avouons qu’il est un peu curieux de mettre cela au passif du bilan environnemental ! Car c’est précisément l’intérêt environnemental plantes Bt : les toxines qu’elles produisent ciblent certains insectes nuisibles, ce qui réduit les risques d’affecter tous les insectes, y compris ceux qui sont utiles ! Alors, certes, comme l’écrit le journaliste, elles sont négligeables quand les attaques sont le fait d’insectes suceurs (pucerons, cochenilles etc… ».  Normal, elles ne sont pas faites pour cela !

 Au final, écrit Sciama : « une récente étude sur le coton OGM en Chine , citée dans le rapport de  la NAS, chiffrait à environ 15% la réduction globale d’insecticides. Un avantage certain, donc, mais pas révolutionnaire ». Un chiffre qu’on ne trouve pas dans le rapport de la NAS, ni dans l’étude qu’elle cite à ce propos (6) , qui parle de réduction du nombre d’applications d’insecticides pour le cotonnier, très nettement corrélée à la part des cultures Bt.  Par contre, la réduction des quantités d’insecticides est spectaculaire , selon les termes employés par la NAS, pour la culture du cotonnier en Australie, ou du maïs aux USA,  y compris sur les cultures conventionnelles qui bénéficient des externalités positives des cultures Bt.

 

Au passif environnemental, Sciama ajoute celui des plantes transformées pour devenir « résistantes » au glyphosate (mieux vaudrait dire « tolérantes »).

 Mais, écrit Sciama, « [leur] avantage n’est plus aussi net : la littérature scientifique décrit désomais des dizaines d’espèces de mauvaise herbes qui se sont adaptées au glyphosate, obligeant à augmenter le nombre d’épandages et les doses, voire à utiliser d’autres produits » . Certes, selon Weed Science (8), il y aurait à ce jour une trentaine d’espèces de mauvaises herbes ayant développé une résistance partielle au glyphosate. Mais le problème des résistances , produit par les lois de l’évolution,  ne date pas de l’introduction des plantes transgéniques. Il s’est développé à partir des années 1970, et concerne environ 300 espèces (7). Il n’est pas impossible qu’à terme, les plantes tolérantes au glyphosate soient abandonnées. En attendant, selon le rapport de l’iSAAA 2016 que Sciama n’a pas lu : 86.5 millions d’hectares de PGM tolérantes au glyphosate seul, plus 75.4 millions d’hectares de PGM combinant cette tolérance avec d’autres traits GM. Manifestement, l’avantage est encore très net pour les agriculteurs.

 

Mieux, le journaliste reprend une vieille ritournelle : « pour l’environnement, le bilan n’est pas bon non plus : entre 1995 et 2015, la quantité de glyphosate consommée dans le monde a été multiplié par 12 pour atteindre 825.000 tonnes par an ». Évidemment, on voit mal la quantité de glyphosate diminuer alors que le produit est associé à un type de cultures qui s’est considérablement développée en deux décennies ! Mais la comptabilité à une seule colonne de Sciama ne veut rien dire . Ce qu’il faudrait faire, c’est prendre en compte la substitution du glyphosate à d’autres herbicides, le recours au labour évité, les économies de carburant.

 

La fin des vieux OGM ?

 

Sciama le reconnaît, « l’apocalypse sanitaire n’a pas eu lieu ». Pour le reste : « des rendements décevants, des mauvaise herbes résistantes aux pesticides, des gains de temps et d’argent pas toujours au rendez-vous…Voilà  de quoi expliquer que le modèle s’essouffle » ! Très en verve, Christian Huygues renchérit à propos des raisons de cet essoufflement qui ne saute franchement pas aux yeux. « Le chercheur rappelle qu’il n’y a pas eu de percée novatrice en transgénèse depuis des années, et que les fabricants se limitent pour l’essentiel à raffiner ( ?) et combiner de diverses manières ces deux grandes familles d’OGM appliquées aux quatre principales cultures : soja, maïs, coton, colza. »

 

Or, si soja, maïs, coton et colza représentent l’essentiel des surfaces cultivées , pourquoi omettre toutes les autres plantes - disponibles (betterave sucrière, luzerne, papaye, courge, pomme de terre, pommes, peuplier, aubergine, canne à sucre)

                                          - ou sur le point d’être commercialisées ? (-riz, blé, pois chiche, moutarde, haricot, banane, sorgho…)

 

Et à côté des « deux grandes familles d’OGM » (résistance aux insectes, tolérance à des herbicides), pourquoi ignorer les autres caractères disponibles ? résistance à des virus, (meilleure) tolérance à la sécheresse,  pommes de terre produisant moins d’acrylamide.. Bien d’autres sont dans les tuyaux .

 

Difficile, donc de rejoindre Christian Huygues lorsqu’il affirme que «  le marché sature parce qu’il n’y a pas de nouvelle offre et que l’essentiel des cultures éligibles est désormais converti ». La relative faiblesse de la nouvelle offre tient en réalité davantage dans les délais imposés pour l’autorisation de mise sur le marché des OGM qu’à cause de l’absence d’innovation.

 

Yves Sciama conclut imprudemment sur « le déclin des OGM à l’ancienne » par quelques mots sur les technologies « plus pointues » telles que CRISPR-Cas9, « à la fois prévues pour être à la fois plus efficaces et plus propres  au point de rendre caducs les  « vieux » OGM ». C’est toutegfois pour terminer sur une note un brin ironique et sceptique : « et parions-le, de nouvelles promesses mirifiques et autant de controverses passionnées ».

 

Il ne se passe en effet pas une semaine sans qu’une équipe annonce des résultats prometteurs obtenus via CRISPR-Cas9. Quant à savoir si cette technologie a vocation à supplanter dans un futur proche la transgénèse classique….

 

Provisoirement, on peut en tout cas répondre à Yves Sciama : Non, rien ne permet de dire que c’est le début de la fin des (vieux) OGM . On attend d’ailleurs avec impatience les commentaires que ne manqueront pas de lui inspirer les dernières données disponibles sur les surfaces cultivées en PGM. En juin 2018, peut-être ?

 

Anton Suwalki 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Voir à ce sujet la présentation d’ Emmanuelle Charpentier et Pierre Kaldy, dans Pour la Science N°456 - octobre 2015
  2. en réalité, il n’est question que des seules plantes génétiquement modifiées)
  3. International Service for the Acquisition of Agri-biotech
  4. Genetically Engineered Crops: Experiences and Prospects (2016)
  5. A l’excpetion d’un peuplier GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉ qui vient d’être autorisé au Brésil et qui permet un rendement accru de 20% en terme de biomasse,  selon Futuragene..
  6. Lu, Y., K. Wu, Y. Jiang, Y. Guo, and N. Desneux. 2012. Wide-spread adoption of Bt cotton and insecticide decrease promotes biocontrol services. Nature 487:362–365.
  7. http://www.weedscience.org/default.aspx
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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 18:37
Riz doré : Greenpeace accusée par les Nobel ? Stéphane Foucart prononce un non-lieu !

C’est à ma connaissance la première contre-offensive d’ampleur menée en faveur des OGM agricoles, et contre leurs détracteurs. Dans une lettre de soutien à l’ « agriculture de précision », 108 prix Nobel appellent Greenpeace« à cesser sa campagne contre le riz doré en particulier et contre les cultures et les aliments améliorés grâce aux biotechnologies en général » (1). Les Nobel rappellent que les cultures et les aliments améliorés grâce aux biotechnologies sont aussi sûrs, sinon plus, que ceux provenant de toute autre méthode de production, et que Greenpeace a été « le fer de lance de l’opposition contre le riz doré, qui a le potentiel de réduire ou d’éliminer la plupart des décès et maladies causés par une carence en vitamine A (CVA), dont l’impact est le plus fort sur les populations les plus pauvres en Afrique et en Asie du Sud-est ». Et de prononcer les mots qui fâchent : « Combien de pauvres gens dans le monde doivent mourir avant que nous considérions cela comme un crime contre l’humanité ? »

Je reconnais que cette expression m’a fait tiquer, à une époque où beaucoup fantasment de régler des divergences d’opinion devant des tribunaux d’exception. Mais il est probable que sans cette formule choc, la lettre des Prix Nobel aurait eu beaucoup moins d’écho. Le fait est que l’activisme de Greenpeace a des conséquences criminelles dans bien des domaines. Et que c’est particulièrement évident dans le cas du riz doré.

La réponse hypocrite de Greenpeace

Cette lettre ouverte des prix Nobel ne s’adresse pas à Greenpeace. Il faudrait une bonne dose de naïveté pour envisager que l’ONG pourrait renoncer ces campagnes.

La lettre vise avant tout l’opinion publique, et les gouvernements qu’ils appellent « à rejeter la campagne de Greenpeace contre le riz doré en particulier et contre les cultures et les aliments améliorés grâce aux biotechnologies en général et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour s’opposer aux actions de Greenpeace et accélérer l’accès des agriculteurs à tous les outils de la biologie moderne, en particulier des semences améliorées par les biotechnologies ».

Et, à la lecture de la pitoyable réponse de Greenpeace (2), il semble bien que les Nobel aient visé juste. Prenant visiblement les gens pour des imbéciles, Greenpeace prétend s’en remettre aux faits. « Certains scientifiques nous ont accusés jeudi dernier dans la presse de paralyser le développement du riz doré. Nous ne pouvons que nous en remettre aux faits : le riz doré n’existe pas ». Il faudrait donc croire que Greenpeace et ses affidés se battent depuis deux décennies contre un simple leurre ! Que toutes les campagnes sur les thèmes « n’autorisez-pas le riz doré », « le riz doré= l’or des fous » , visaient en fait à interdire quelque chose… qui n’existe pas. Pour une fois modeste, Greenpeace n’assume donc aucune responsabilité dans le fait que le riz doré enrichi en β-carotène ne soit pas encore sur le marché. Le projet a échoué de lui-même, dit Greenpeace, qui nous ressort les arguments les plus éculés de sa panoplie anti-OGM.

Le riz doré est le « cheval de Troie des OGM » des OGM, prétend-elle. « Le riz doré est un cheval de Troie du lobby pro-OGM qui espère, grâce à celui-ci, ouvrir la voie vers une autorisation globale des plantes génétiquement modifiées. L’argument de lutte contre la faim n’est qu’un argument marketing pour tenter de faire accepter les OGM ». Rappelons tout simplement que les principaux pays qui tireraient bénéfice de l’autorisation du riz doré (Inde, Pakistan, Philippines, Vietnam…) cultivent déjà d'autres plantes génétiquement modifiées. Nul besoin d’un cheval de Troie. La réalité est que la réussite du riz doré porterait un terrible coup à la crédibilité de Greenpeace Il est évident que tout bénéfice palpable d'un OGM, fût-il marginal,serait un cauchemar pour l'oNG.

Quelle quantité de riz doré ? Petite histoire d’un énorme mensonge :

Il faut croire qu’on ne change pas un mensonge qui gagne, puisque Suzanne Dalle, chargée de propagande de l’ONG affirme : «il n’a pas été déterminé que la consommation quotidienne de riz doré augmentait le taux de vitamine A chez les personnes déficientes et qu’il pourrait réduire les éventuelles causes d’une cécité.» «Dans les premiers tests, il fallait consommer 6 kg de riz doré par jour pour assurer les besoins en vitamine A, C’est impossible !» (3).

Ici encore, un petit rappel des faits pour mettre en évidence le cynisme incroyable de Greenpeace. Les premières versions du riz doré produisaient effectivement très peu de β-carotène. Depuis 2005, une nouvelle construction génétique lui permet d’en produire une quantité beaucoup plus importante. Restait à vérifier la bonne conversion du β-carotène. En 2009, une équipe de scientifiques mènent une étude de nutrition sur des adultes américains et concluent à l’efficacité du riz doré en tant que source de vitamine A (4). Greenpeace argue alors qu’il s’agit d’adultes non carencés, et que ces résultats sont sans valeur pour le public auquel le riz doré est censé s’adresser. En 2012, à peu près la même équipe de scientifiques mène le test sur un soixantaine d’enfants chinois (5): ils établissent qu’une ration de 50 grammes de riz doré sec suffit à couvrir 60% des apport quotidiens recommandés.

Greenpeace se déchaîne alors, s’indignant que des enfants aient pu servir de « cobayes » ! C’est une position monstrueuse quand on sait que les carences coûtent selon l’OMS de 1 à 2 millions de vies chaque année, dont 500.000 enfants selon l’OMS…. Il n’est pas difficile d’imaginer que beaucoup d’entre eux se porteraient volontaires pour ce genre d’expérience, s’ils en avaient la possibilité.

Les scientifiques chinois impliqués dans cette étude ont été harcelés et finalement licenciés (6). Et l’étude a été rétirée ,non pas pour fraude ou pour erreur, mais parce que l’équipe n’a pas pu fournir la preuve du consentement de tous les parents, et la preuve qu’elle avait reçu l’approbation d’un comité éthique local (chinois). Encore une preuve accablante du pouvoir de nuisance de Greenpeace, qui peut ainsi continuer à raconter des sornettes sur les 6 kilos de riz doré nécessaires par jour. Et des fois que cela ne suffise, pas, l’ONG évoque dans son document de référence sur le riz doré…les risques d’une surconsommation de vitamine A ! (7)

Stéphane Foucart vole au secours de Greenpeace

Alors que la plupart des journaux français ont accueilli la lettre des Nobel de façon plutôt neutre, Le Monde, sous la plume de Stéphane Foucart, vole au secours de Greenpeace (8). Certes, « il est permis de penser que cette posture [à propos du riz doré]exhibe la face la plus dogmatique et la plus sombre de l’ONG : si la diffusion de cette technologie avait ne serait-ce qu’une chance d’améliorer l’état de santé de millions de gens, pourquoi ne pas essayer ? », concède-t-il. Pour autant, Greenpeace n’est nullement responsable de la situation, s’empresse-t-il de rajouter : «Mais, pour essayer, il faudrait que le riz doré soit disponible, et il ne l’est pas. ». Citant un anthropologue, il affirme que « le riz doré n’est tout simplement pas encore au point. », et qu’il a « montré des rendements inférieurs à la même variété dépourvue du transgène » . S’il est vrai que l’équipe de chercheurs du riz doré a eu du mal à sélectionner des variétés de riz efficaces, il est pour le moins cocasse de voir le pourfendeur de « l’anthropocène » et sympathisant de la décroissance se plaindre de rendements insuffisants !

Passons. L’anthropologue en question, Glenn Davis Stone, est depuis longtemps engagé dans la négation de la responsabilité des anti-OGM dans le retard pris par le projet du riz doré (9). Il passe sous silence la réglementation insensée des biotechnologies, issue du protocole de Carthagène écrit sous l’influence des ONG dont Greenpeace. Stone, décrit même le riz doré comme un projet néfaste qui pourrait avoir « pompé » des ressources financières, qui auraient pu être injectées dans des alternatives Par contre, il ne se pose pas la question de savoir si Greenpeace elle-même n’aurait pas pu dépenser son énergie et son argent à autre chose que ses campagnes anti-riz doré .Voilà à quel genre de personnage Foucart accorde la parole pour dédouaner Greenpeace.

Si les cordonniers sont les plus mal chaussés, les journalistes seraient-ils les plus mal informés ? Stéphane Foucart ne mentionne en effet aucun des mensonges de Greenpeace, rien sur le lobbying de l’organisation auprès de la Conférence des Évêques philippins pour que ceux-ci condamnent le riz doré (10). Quant à la destruction de parcelles d’essai dans le même pays en 2013 , prière de regarder ailleurs, il s’agissait d’activistes locaux, écrit Foucart… Comme si ceux-ci n’avaient rien à voir avec Greenpeace . Or, parmi les activistes locaux, ceux du groupe MASIPAG (11), qui 2 ans plus tard, obtiendront de la Cour Suprême des Philippines un moratoire généralisé sur les OGM, dont le riz doré. L’autre plaignant était Greenpeace (12)…

Selon Foucart, les manipulateurs sont du côté des Prix Nobel !

Certes, la recherche-développement comporte des aléas, celle du riz doré a rencontré des difficultés objectives. Certes, il est difficile de déterminer exactement combien d’années de retard a pris le projet à cause de Greenpeace. Mais prétendre qu’elle n’est pour rien dans ce retard, alors qu’elle a mis tout son poids de multinationale verte pour faire capoter ce projet , et qu’elle est parvenue à ses fins aux Philippines, est insoutenable.

Foucart préfère quant à lui, dénoncer, en citant une fois de plus Stone, « une manipulation de l’opinion publique par l’utilisation de scientifiques qui ne sont pas informés des faits sur le sujet ». Citant un autre américain, il écrit « un Nobel de la paix, 8 économistes, 24 physiciens, 33 chimistes et 41 médecins ». « La science repose sur des preuves, pas sur l’autorité. Que connaissent-ils de l’agriculture ? Ont-ils conduit des travaux pertinents sur le sujet ? »

Faut-il rappeler que les prix Nobel ne mettent pas en avant leur propre autorité en tant que médecins, physiciens, chimistes, mais le consensus scientifique qui s’est forgé parmi les spécialistes du domaine ? Que l’autorité qu’ils appellent à restaurer est celle de la science face aux dogmes et à l’émotion, et non leur autorité personnelle ? Qu’il n’est pas nécessaire d’être spécialiste de l’agriculture ou des plantes génétiquement modifiées pour se rendre compte des mensonges et des manipulations de Greenpeace, sur les OGM en général, et sur le riz doré en particulier ? Des mensonges que Stéphane Foucart qualifie de « arguments parfois en rupture avec le consensus scientifique ». Quelle pudeur !

Rappelons enfin que parmi les signataires, les médecins sont bien placés pour comprendre qu’au-delà des plantes génétiquement modifiées, certains nouvelles techniques du génie génétique sont prometteuses pour leur propre discipline (13).

La formidable enquête journalistique de Foucart aboutit donc à un non-lieu pour Greenpeace. Il faut dire que son flair légendaire l’a conduit sur une toute autre piste : « L’initiative arrive en tout cas au meilleur moment possible pour l’industrie. D’abord, le débat sur l’étiquetage des aliments transgéniques fait rage aux États-Unis. Ensuite, le glyphosate – l’herbicide compagnon de la grande majorité des OGM en culture – vient d’être classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer. Enfin, les discussions battent leur plein pour savoir si les prochaines générations d’OGM seront soumises à des contraintes réglementaires… ». Foucart ignore donc les faits accablants pour Greenpeace, et préfère se lancer dans des hypothèses sur les intentions inavouables des Prix Nobel, ou de leurs supposés commanditaires. Ca c’est du journalisme.

Anton Suwalki

Notes :

(1) http://supportprecisionagriculture.org/nobel-laureate-gmo-letter_rjr.html

Traduction de la lettre sur le site de l’AFIS

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2666

(2) http://agriculture.greenpeace.fr/riz-dore-tout-ce-qui-brille-nest-pas-or

(3) http://www.liberation.fr/planete/2016/07/01/greenpeace-repond-a-l-appel-des-prix-nobel-pro-ogm_1463183

(4)Tang et al Am J Clin Nutr June 2009
vol. 89 no. 6 1776-1783

(5) Tang et al Am J Clin Nutr September 2012
vol. 96 no. 3 658-664

(6) Genetically Modified Crops and Agricultural Development,Par Matin Qaim

(7) Golden Illusion. The broken promise of GE ’Golden Rice

(8) http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/07/04/criminel-greenpeace_4962972_3244.html

(9) https://www.geneticliteracyproject.org/2016/06/15/activists-played-no-role-delaying-golden-rice-evidence-challenges-glenn-stones-claim/

(10) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-sauvez-les-baleines-oubliez-les-enfants-112729351.htmlhttp://www.slate.com/blogs/future_tense/2013/08/26/golden_rice_attack_in_philippines_anti_gmo_activists_lie_about_protest_and.html

(11) http://www.greenpeace.org/seasia/ph/press/releases/Philippines-Supreme-Court-bans-development-of-genetically-engineered-products/

(12)

http://agriculture.greenpeace.fr/riz-dore-tout-ce-qui-brille-nest-pas-or

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2666

(13) en particulier, les “ciseaux moléculaires” tels que CRISPR-Cas9.

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 07:08
«Les OGM sont des éponges à herbicides », et autres balivernes

Alors que l’Europe continue à tergiverser à propos du renouvellement de l’autorisation du glyphosate, le quotidien suisse Le Courrier trouve nécessaire d’interroger le célèbre professeur Séralini[1].

Le temps passe, les postures ne changent pas, GES n’a aucune difficulté à « vendre » son image de chevalier blanc au journaliste. « Critiques du monde scientifique, attaques de la presse, tentatives de corruption... Il en aurait fallu plus pour déstabiliser Gilles-Eric Séralini qui revendique son attachement à une science transparente et indépendante ». Certaines de ses affirmations, même si elles sont récurrentes, méritent qu’on s’y attache, dans le contexte actuel, et que l’on rétablisse quelques vérités.

1/ On le sait, pour les « lanceurs d’alerte », l’enjeu de la bataille du glyphosate va bien au-delà de ce seul produit. C’est aussi et peut-être surtout une occasion de dénoncer les plantes génétiquement modifiées, dont une grande partie ont été conçues pour tolérer cet herbicide. Très logiquement, le Quotidien reprend à ce sujet l’expression tout en nuances de GES : « «Les OGM sont des éponges à herbicides». La réalité : dans une récente analyse de nourriture destinée à l’alimentation de rats de laboratoire, contenant entre autres de la nourriture issue de plantes génétiquement modifiées tolérantes au glyphosate,, GES lui-même n’a trouvé au maximum que 370 parties par milliards (PPB) de Glyphosate et de son produit de dégradation[2]. Pas très efficaces, les « éponges à herbicides ».

2/ « [les études des grandes firmes] sont totalement malhonnêtes. Par exemple, tester le glyphosate seul est une véritable fraude. Monsanto l’utilise comme faux-semblant. Ceci permet à la multinationale de déclarer non nocif le Roundup ». Une fois de plus, GES entretient la légende que seul le produit actif est évaluée. La réalité : « Dans le cadre des demandes de mise sur le marché, les préparations font également l’objet d’études spécifiques réglementaires qui permettent d’évaluer la toxicité des formulants et les effets cumulatifs potentiels de ces derniers avec la substance active.L’évaluation prend en compte les effets des formulants, sur la base d’une évaluation des dangers et des risques en utilisant des doses de référence comme la DJA pour le consommateur et l’AOEL9 pour l’opérateur et l’exposition qui est estimée en se basant sur des modèles ou des données expérimentales ».

3/ « Ceci permet à la multinationale de déclarer non nocif le Roundup. Or, dans ce produit commercialisé, nous avons détecté des poisons mille fois plus toxiques que le glyphosate lui-même

la description histopathologique des tumeurs était pauvre » . Simple question de bon sens. Pourquoi, si le glyphosate est réellement un poison, et que la formule commerce contient des produits « mille fois plus toxiques », les rats de son expérience de 2012 dépublié par Food and Chemical Toxicology soumis au RoundUp ne mourraient-ils pas foudroyés. Pourquoi ne mourraient-ils pas davantage, au moins dans le cas des mâles, que ceux qui n’avaient pas ingéré de Roundup ? « Nous avons établi que des rats, nourris avec du maïs transgénique, développaient des tumeurs cinq fois plus vite que le groupe contrôle recevant une nourriture parfaitement saine. » GES, décidément fâché avec les statistiques, tire des conclusions à partir d’un rat dans un seul groupe ! Et la réalité, c’est qu’en fin d’expérience, 9 des 10 rats du groupe mâle nourri avec de la nourriture « parfaitement saine » sont morts, soit le deuxième groupe en termes de mortalité. Ce qui n’est pas pour autant significatif, mais voilà ce qu’on peut dire lorsqu’on pousse la méthode GES jusqu’au bout , on pourrait dire « mieux vaut éviter la nourriture parfaitement saine » !

4/ Sa trop fameuse étude, toujours : « Nous avons simplement poussé les études plus loin, ce qui n’avait jamais été fait. Les rats, par exemple, ont été observés durant deux ans et non trois mois, comme le font les grandes firmes. Par ailleurs, nous avons effectué des prises de sang sur nos rongeurs et étudié 100 000 paramètres, du jamais vu. » La réalité : Son étude est très loin d’être la seule sur deux ans. Deuxièmement, il n’a évidement pas mesuré 100.000 paramètres, mais… 49 paramètres biochimiques. Nuance ! Éventuellement, si on compte le nombre de paramètres, le nombre total de rats, et la fréquence des analyses, on peut imaginer que 100.000 mesures ont été effectuées, ce qui d’ailleurs n’en fait en rien une étude plus valable que les autres. Ce chiffre est balancé uniquement pour impressionner les gogos.

5/ Nous laisserions bien volontiers de côté les accusations habituelles de « fraude », et de campagnes téléguidées par les « lobbyistes ». Remarquons simplement dans l’introduction du journaliste : « Son étude, «Toxicité à long terme d’un herbicide Roundup et d’un maïs tolérant au Roundup génétiquement modifié», a reçu un écho planétaire. En effet, le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), citant ses travaux, a classé, en mars 2015, l’herbicide phare de la multinationale Monsanto au rang d’«agent probablement cancérogène», soit la deuxième marche du podium en termes de nocivité ». La réalité : la classification du CIRC ne correspond en rien à la deuxième marche en termes de nocivité. Il s’agit uniquement d’un niveau de preuve estimé par l’agence. Ensuite, consultons l’avis du CIRC sur l’étude de Séralini, qui n’a observé que les éléments concernant la solution contenant du RoundUp . « le Groupe de travail a conclu que cette étude était inadéquate pour l’évaluation (du glyphosate, NDLR), à cause du petit nombre de rats par groupe, du fait de la description « pauvre » de l’histopathologie des tumeurs, et de l’incidence des tumeurs (par individu) qui n’était pas fournie ». Ho-ho ! Voilà, qui en résumé, confirme les plupart des griefs formulés par les soi-disant lobbyistes. Si on ne peut même plus compter sur le CIRC pour défendre les honnêtes chercheurs, où va-t-on ?

Anton Suwalki

[1] http://www.lecourrier.ch/139185/les_ogm_sont_des_eponges_a_herbicides

[2] Laboratory Rodent Diets Contain Toxic Levels of Environmental Contaminants: Implications for Regulatory Tests

[3] AFSSA
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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 16:39
Les OGM, pourquoi la France n’en cultive plus ? Un livre de Bernard Le Buanec

Tout était bien parti pour les OGM en France. En 1979, un rapport commandé par le président de la république souligne les enjeux du génie génétique pour l’agriculture, domaine d’activité qui nécessite en permanence évolution et innovation. Après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, il n’y a pas de « rupture » dans ce domaine. L’Inra se dote d’une importante équipe de biologistes moléculaires. Des partenariats se nouent entre recherche publique et privée. Dans les années 1990, le nombre de dossiers déposés pour des plantes génétiquement modifiées augmente pour dépasser annuellement la centaine en 1997 et 1998. En 1997, le premier maïs génétiquement modifié (le maïs Bt 176 résistant à la pyrale) est autorisé en France par un gouvernement de gauche , dont le ministre de l’environnement est…écologiste. A cette époque, les gouvernements tiennent encore compte de l’avis (favorable) de leurs instances d’expertise.

Le vent a cependant commencé à tourner : La fin des essais nucléaires français dans le Pacifique décidée par Chirac coupe l’herbe sous le pied de Greenpeace auréolée de son image pacifiste, et prive en même temps la multinationale verte d’une bonne partie de ses ressources. Il lui faut donc trouver un nouveau cheval de bataille pour alimenter ses caisses. Un groupe de réflexion européen de l’organisation pressent, avec, reconnaissons-le, un indéniable flair politique, que l’opposition aux OGM pourrait être ce thème porteur. La première action de Greenpeace a lieu en 1996 aux Pays-Bas, contre le « soja fou », référence manipulatrice à la crise de la vache folle. En même temps que 15 variétés de maïs transgéniques sont inscrites au catalogue français en 1998, le gouvernement annonce un moratoire sur le colza et la betterave transgénique.

2008 : le président Sarkozy annonce la suspension de l’autorisation de culture du seul maïs transgénique alors cultivé en France, le MON 810. Il n’y a depuis plus de cultures commerciales de plantes génétiquement modifiées. Les projets de recherche, progressivement réduits à peau de chagrin dans les années 2000, ont été abandonnés.

Alors, les OGM, pourquoi la France n’en cultive plus ? Ingénieur agronome, docteur en biologie végétale, directeur des programmes de recherche chez Limagrain, actuellement membre de l’académie d’agriculture, Bernard le Buanec est un observateur privilégié de la problématique des OGM en France… et de leurs déboires. Dans ce petit livre paru aux Presses des Mines, il fournit une analyse très convaincante des causes de l’arrêt des cultures et des programmes de recherche de plantes génétiquement modifiées, causes que l’on ne saurait limiter aux seuls actes de vandalisme (1) des "faucheurs volontaires d'OGM", même si ces actions ont joué un rôle important. Bernard le Buanec souligne le rôle de la grande distribution, cette fraction du « grand capital » qui a choisi de surfer sur les méfiances envers les OGM (2) et sur la mode émergente du bio . L’auteur raconte aussi le rôle des médias dans le façonnage de l’opinion publique (nous parlerions volontiers de manipulation) , mais aussi, le revirement certain de l’INRA à la fin des années 1990, sous la houlette de Guy Paillotin. Enfin et surtout, les calculs politiciens qui ont abouti, lors du Grenelle de l’environnement, à négocier avec les organisations écologistes le moratoire sur le MON810, en échange de quoi, celles-ci étaient censées fermer les yeux sur la question de l’énergie nucléaire. Un accord de dupes, dommageable pour l’agriculture, et qui n’aura finalement dupé que les « fins tacticiens » qui en sont à l’origine. Les ONG ont pris ce qu’il y avait à prendre, sans pour autant renoncer à leur activisme anti-nucléaire, fût-il civil !

Contrairement aux politiciens, Bernard le Buanec a lui compris « la difficulté, voire l’impossibilité » du dialogue, l’utopie de la soi-disant « science participative » face à des groupes opposés par principe aux OGM, et guidés par la surenchère, la « prime de radicalité ».

Les dernières péripéties du Haut Conseil des biotechnologies (nous y reviendrons prochainement), ne fait malheureusement que confirmer ce diagnostic peu optimiste.

Un livre vraiment très utile, dont nous vous conseillons vivement la lecture.

Anton Suwalki

  1. De vandalisme, mais aussi de terrorisme intellectuel, comme le souligne Agnès Ricroch, elle aussi membre de l’académie d’Agriculture, dans la préface du livre)
  2. Le groupe Carrefour est allé jusqu’à autoriser la distribution de tracts anti-OGM dans ses magasins !
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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 08:19
Séralini exhume une vieille histoire de vaches maltraitées

Hors de la sphère médiatique, les études articles alléguant d’effets nocifs de la consommation de produits issus de plantes génétiquement modifiées ont toutes été réfutées. Un article publié en début d’année dans Critical Reviews in Biotechnology, établit que ces allégations reposent sur des traitements statistiques inappropriés aux études de toxicologie basées sur des comparaisons multiples(1). Mais il y a plus grave que les mauvaises études : une équipe de l’Université de Naples qui avait publié plusieurs articles alléguant d’effets nocifs de la consommation de produits issus de plantes génétiquement modifiées est accusée d’avoir manipulé ses résultats (2).

 

Ces évènements devraient logiquement ramener plus de sérénité et de rationalité dans le débat sur les OGM. Mais cela serait sans compter sur le CRIIGEN et sur Gilles-Éric Séralini, qui vient de déterrer une vieille affaire : les vaches d’un agriculteur allemand, Gottfried Glöckner, qui accusait le maïs génétiquement modifié Bt 176 produit par Syngenta d’être à l’origine des pathologies et des nombreuses morts observées dans son troupeau.

D’une part, les expertises réalisées à l’époque lui avaient donné tort (3), et d’autre part, le maïs en question n’est plus cultivé. Ressortir cette « affaire » n’offrait donc aucun intérêt sanitaire, mais présentait l’avantage de relancer la polémique, comme l’ont fait les députés européens Michèle Rivasi et José Bové (4). N’oublions pas non plus que Glöckner tient une place de choix dans la martyrologie anti-OGM, qui aime se présenter en victime du « géant de l’agrochimie Syngenta qui a détruit sa vie pour avoir dit la vérité sur les OGM » (5).

 

Une revue douteuse…

 

La nouvelle étude de Séralini (6) est d’ailleurs cosignée par … Gottfried Glöckner, ce qui n’est déjà pas le meilleur gage de crédibilité. Bientôt un article coécrit avec Niel Young ?

 

Comme d’habitude, les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt, alors que l’un deux est ici engagé dans un plaidoyer pro domo. C’est donc en toute objectivité que l’article le dépeint comme un excellent agriculteur, exploitant une ferme moderne et suivant les standards d’hygiène et d’élevage les plus élevés. Soit tout le contraire des conclusions des expertises pratiquées à l’époque.

 

Plus surprenant encore, la revue (en open access) parfaitement confidentielle qui accueille l’article de Séralini, le Scholarly Journal of Agricultural Science. Une recherche sur Internet permet de constater que l’éditeur de la revue, dont le site est domicilié au Nigeria, fait partie de la liste des prédateurs « potentiels, possibles, ou probables » qui publient en open access (7). Ces revues qui se sont multipliées ces dernières années, publient en ligne en faisant payer les auteurs en leur promettant rapidité du processus d’acceptation et une visibilité accrue. Bien entendu, le niveau d’exigence quant à la qualité des articles est laxiste, et le processus de relecture par des pairs inexistant dans certains cas. Il faut bien le dire, le site des Scholarly Journals, visiblement bricolé à la va-vite, est hautement soupçonnable : faute grossière dans le titre de la revue qui publie Séralini (Agrucultural Science), de nombreux liens mènent à une… 404 Not Found error.

 

La saga n’est peut-être pas terminée : à peine publié sur le site, l’article de Séralini disparaît, tout simplement parce que le nom du domaine a expiré ! (8)

 

…et un article indigent

 

L’enquête menée en 2002 dans la ferme de Glöckner par l’Institut Robert Koch relevait notamment (3) :

- Des niveaux élevés de mycotoxines dans les aliments du bétail

- Les insuffisances dans la qualité de l'alimentation et des carences dans la composition des rations alimentaires

- Une suralimentation évidente menant au surpoids des vaches laitières et pouvant conduire à des perturbations métaboliques, et en particulier à des problèmes de vêlage.

- La présence dans l’intestin de l’agent du botulisme (Clostridium botulinum) pour deux des vaches mortes, ainsi que pour trois des cinq vaches survivantes examinées.

Des conclusions confirmées plus tard par l’institut fédéral allemand de protection des consommateurs et de sécurité alimentaire (BVL), sauf dans le cas des mycotoxines, dont les teneurs étaient, selon l’Institut, faibles.

 

Voilà qui ne plaide pas en faveur des « standards d’hygiène et d’élevage les plus élevés » revendiqués par l’agriculteur.

 

Ces analyses, notamment les infections par l’agent du botulisme, sont cohérentes avec les parésies dont souffraient plusieurs vaches. Analyses que Séralini et Glöckner occultent purement et simplement dans leurs papiers, et écrivent même sur la base de données très sélectives, qu’ « aucune origine microbienne n’a été identifiée malgré les recherches intensives d’agents pathogènes », et donc identifient le maïs Bt, selon eux unique changement intervenu dans le « management » des vaches, comme le responsable de leur mauvaise santé et des nombreux décès.

 

Ce raisonnement Post hoc, ergo propter hoc, est néanmoins affaibli par les données publiées par les auteurs eux-mêmes (figure 1 reproduite ci-dessus). Il en ressort en effet qu’avant l’introduction du maïs Bt dans le régime des vaches, le pourcentage de vaches malades dans son troupeau n’a jamais été en dessous de 30%, ce qui renforce la thèse d’un mauvais traitement des animaux. Que la situation de son élevage se soit dégradée à partir de 2000 ne doit vraisemblablement rien au maïs Bt, bouc-émissaire commode dans cette affaire : Glöckner cherchait à être indemnisé par le semencier. On notera d’ailleurs qu’il affirme avec Séralini être monté à 40% de Bt176 dans la ration alimentaire de ses vaches. Dans une version précédente, il affirmait être monté jusqu’à 100% (9). Quelle version croire ?

 

Un martyr de la cause anti-OGM réhabilité ?

 

Même en acceptant un instant de suspecter le maïs Bt 176 comme responsable de la mauvaise santé du troupeau de Glöckner, un peu de bon sens s’impose : pourquoi le cas de cet agriculteur est-il le seul répertorié ? Pourquoi la toxine Bt aurait-elle tué seulement les vaches de Glöckner et épargné les vaches espagnoles ? A l’époque des faits, au moins 20.000 ha de champs espagnols étaient cultivés en maïs Bt 176 !

 

La crédibilité des faits importe peu lorsque le « cas Glöckner » offre la possibilité aux anti-OGM de présenter celui-ci comme la victime du méchant semencier, responsable seulement de ses déboires professionnels et familiaux. Glöckner a été en effet accusé de violences envers son épouse et condamné à la prison pour ces faits. Celle-ci avait quitté la ferme en 2000, avec ses enfants.

 

Or Séralini, dans un autre papier publié par le Scholarly Journal of Agricultural Science (10), reprend intégralement à son compte la version des faits défendus par l’agriculteur : selon cette version, Syngenta-Goliath se serait servi de sa femme en représailles contre le valeureux David qui ne voulait pas lui céder, et refusait le compromis financier proposé par le semencier. Sans l’énoncer explicitement, Séralini suggère que tout le monde, y compris la justice allemande, était dans le coup. Et de conclure que tous les malheurs de Glöckner furent la conséquence sur le plan personnel de l’échec de la tentative de nourrir ses animaux avec de la nourriture à base d’OGM !

 

On ressent un certain malaise à la lecture de ces lignes. Il est extrêmement imprudent d’accorder a priori et sans la moindre réserve la confiance au témoignage d’un homme accusé de violences conjugales qui se défend, ce qui revient à considérer a priori sa femme comme une affabulatrice (11). Mais quand il s’agit de réhabiliter un martyr de la cause anti-OGM, toutes les légèretés sont permises.

 

Anton Suwalki

 

 

(1) Panchin, A. Y., & Tuzhikov, A. I. (2016). Published GMO studies find no evidence of harm when corrected for multiple comparisons. Critical Reviews in Biotechnology, pp. 1-5 http://www.ask-force.org/web/Regulation/Panchin-published-GMO-studies-no-evidence-harm-a-2016.pdf

 

(2) voir la LETTRE d'INFORMATIONS sur les PLANTES GENETIQUEMENT MODIFIEES N° 240. 22 janvier 2016

https://listes.ujf-grenoble.fr/sympa/info/lettreinfopgm

 

(3) http://www.gmo-safety.eu/archive/201.dead-dairy-cows-maize-under-suspicion.html

 

 

 

(4) http://www.michele-rivasi.eu/medias/ogm-la-nouvelle-etude-du-professeur-seralini-montre-les-dangers-du-mais-bt176/

 

(5) http://www.theecologist.org/Interviews/2417952/gottfried_glckner_how_syngenta_destroyed_my_life_for_telling_the_truth_about_gmos.html

 

(6) Pathology reports on the first cows fed with Bt176 maize (1997–2002)

 

(7) http://scholarlyoa.com/publishers/

 

(8) http://retractionwatch.com/2016/01/27/seralini-paper-claiming-gmo-toxicity-disappears-after-journal-domain-expires/#more-36333

 

(9) https://www.rt.com/op-edge/159184-syngenta-gmo-opposition-silencing/

 

 

(10) La version des faits selon GES

 

The second court case overlapped with the first and

ended with the farmer being jailed from 2006 to 2007. His

wife complained for the first time in May 2003 (District

Court Friedberg, Hessen, Az. 605 Js 673/03 and appeal

in Giessen Regional Court in March 2005 8 Ns 605 Js

673/03) of violence by her husband “in October 1999 or

the new year of 2000”, she said in court, without medical

or other testimony. Just before this complaint was filed,

Syngenta had pressured the farmer in January 2003 to

accept compensation of 50%. After the farmer refused

and said that he would sue Syngenta, the company’s

representative told him that something was going wrong

with his wife. Up to this time, the farmer’s wife had made

no complaint of violence. The ex-wife also appointed a

new lawyer at that time. Gottfried Glöckner was

unfortunately absent from the Higher Court in Frankfurt in

November 2005 (General Prosecutor, ref. 2 Ss 209/05)

because his lawyer told him it was not necessary to attend,

adding that he, the lawyer, would represent him.

But the lawyer did not attend court either; this could have

led the judge to pronounce an unusually severe

sentence. The farmer then went to jail for one year for

violence towards his wife – violence that he never

acknowledged. He subsequently changed his job

because his part from the sale of the farm by his ex-wife

was confiscated by the court. This was the outcome of an

unsuccessful GM feeding trial on the personal level for

the farmer.

 

 

 

(The experience of one of the first GM crop farmers in Europe,

Scholarly Journal of Agricultural Science Vol. 6(1), pp. 9-10 January 2016)

 

 

(11) ce qui n’exclut évidemment pas que de tels cas puissent exister.

 

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 19:55
Marianne et Jean-Claude Jaillette condamnés à propos de l’affaire Séralini : pourquoi ?

Au CRIIGEN, on n’a pas le triomphe modeste : Victoire du Pr Séralini, de son équipe et du CRIIGEN dans deux procès !! proclame leur communiqué du 25 novembre(1). Le premier hourra concerne une simple mise en examen, le deuxième concerne la condamnation du Journal Marianne et de son journaliste Jean-Claude Jaillette, pour un article datant de 2012, paru quelques jours après la publication de l’étude de Séralini sur la prétendue toxicité du maïs génétiquement modifié NK 603 et du RoundUp.

Fait étonnant, les juges n’ont pas suivi la procureure qui avait requis la relaxe : Come le rapporte la revue Agriculture et environnement, « Mme la procureure a estimé que Marianne avait tous les éléments à disposition et donc toute légitimité́– pour écrire qu’il s’agissait d’une fraude scientifique et d’une opération de médiatisation orchestrée », a confirmé maître Lauranne Favre, l’avocate de Marianne. Sur la forme, la procureure a tout d’abord évoqué́ le fait que Jean-Claude Jaillette n’était pas l’auteur des propos incriminés, l’hebdomadaire n’ayant que « rapporté des termes utilisés par des scientifiques américains et publiés dans le magazine Forbes ». Et sur le fond, elle a retenu l’excuse de bonne foi : prudence dans l’expression des propos ; absence d’animosité́ envers la personne de Séralini ; intérêt légitime de couvrir une affaire concernant la santé humaine ; et enfin, existence d’une base factuelle de données suffisamment documentée pour s’interroger sur la bonne conduite de l’étude (2).

Selon le communiqué du CRIIGEN, Marianne et Jaillette ont donc été condamnés « pour diffamation publique envers un fonctionnaire public (SIC !), et diffamation publique envers les chercheurs et le CRIIGEN présidé par le Dr. Joël Spiroux de Vendômois ».

« Le procès a notamment démontré que le seul et unique auteur de cette accusation de fraude, avant Marianne, était le lobbyiste américain Henry Miller dans le magazine pour milliardaires « Forbes » ». Outre le détestable procédé du déshonneur par association (« magazine pour milliardaires »), soulignons que le procès n’avait rien à démontrer en la matière : Jaillette avait déjà nommé les auteurs de cette accusation, Henry Miller et Bruce Chassy, effectivement publiée dans Forbes sous le titre « Scientists Smell A Rat In Fraudulent Genetic Engineering Study » (3) . C’est-à-dire, en gros : « un parfum de fraude [dans l’étude de Séralini] »… C’est à se demander dans ces conditions, pourquoi Séralini et le CRIIGEN n’ont pas directement attaqué les auteurs de cette accusation, et ont préféré se retourner contre ceux qui se sont contentés de rapporter ces propos.

La fraude scientifique peut prendre plusieurs formes

Selon les propos rapportés par Jaillette, l’étude de Séralini relevait de la « fraude scientifique où la méthodologie sert à conforter des résultats écrits d’avance ». C’est cela que le tribunal a jugé diffamatoire.

Dans le sens courant, la fraude suppose l’intention de tromper. Elle est particulièrement difficile à établir en matière d’expérimentation scientifique, sauf à prendre un chercheur « la main dans le sac », à prouver que les données ont été falsifiées ou inventées de toute pièce. Dans le cas qui nous intéresse, il ne s’agit pas de cela.

Une étude peut être conçue de telle façon qu’elle aboutisse à des résultats correspondant à ce que ses auteurs veulent démontrer, à présenter les données de manière trompeuse ou parcellaire, en écartant toutes celles qui ne vont pas dans le sens de la conclusion préétablie. Cette inconduite diffère de la simple erreur de traitement ou d’interprétation des données, dans la mesure où elle constitue une faute éthique. Tel est le sens de l’accusation rapportée par Jaillette à l’encontre de l’équipe du CRIIGEN . Celle-ci était-elle donc diffamatoire ? Chacun pourra en juger à travers quelques exemples tirés de cette étude.

A chacun de se faire une opinion !

Revenons donc sur quelques points essentiels du protocole choisi pour l’étude et sur la manière bien singulière d’interpréter et de sélectionner les résultats.

1/ des groupes de 10 rats

Pour des études de cancérogénicité ou de toxicité chronique sur deux ans , l’OCDE recommande 50 rats par groupe testé (4). Les groupes constitués par Séralini comportaient chacun 10 rats, comme dans les études à 3 mois. Il était extrêmement improbable dans ces conditions de trouver des différences statistiquement significatives entre les différents groupes. Le professeur caennais ignorait-il cela ? Nous noterons l’absence totale dans sa publication de tests statistiques basiques, sur la mortalité des rats ou la fréquence des tumeurs… Forcément, ces résultats n'étaient pas. singificatifs. Pourtant ils ont été commentés comme s’ils l’étaient.

2/ un groupe témoin pour 9 groupes testés

Les études bien conduites nécessitent un groupe contrôle pour chaque groupe testé, par exemple si on teste la consommation de maïs génétiquement modifié à 11% et à 33% du régime, on compare ses effets à deux groupes nourris avec le maïs non transgénique le plus proche (« isogénique ») à 11% et à 33% du régime . Il aurait en outre fallu un autre groupe témoin, nourri avec un régime standard de rat de laboratoire. Or dans l’étude de Séralini, on a pour chaque sexe 9 groupes testés (maïs NK603, RoundUp, maïs NK603 + RoundUp) à un seul groupe témoin. Comment pouvait-il ignorer qu’il multipliait ainsi les opportunités de commenter des différences qui ne sont en réalité que du bruit?

3/ Des données cruciales non publiées

Les données brutes que l’équipe avaient refusé de communiquer lors de la première publication de l’étude, sont finalement consultables sur le site d’Environnemental Sciences Europe qui a republiée l’étude (5). On notera toutefois l’absence de données cruciales, telles que celles concernant la croissance des animaux, ou leur consommation de nourriture ou de liquide. Séralini et son équipe assurent pourtant avoir contrôlé ces paramètres tout au long de l’expérience. Pourquoi ne pas avoir publié ses données, d’autant plus importantes que les animaux étaient à deux par cage, et que les problèmes de coexistence peuvent affecter leur comportement et leur développement ? Pour les rats ayant bu un breuvage contenant du RoundUp, à des concentrations extrêmement différentes selon les groupes (6), la censure de ces données interdit de savoir quelle quantité de RoundUp chaque rat a absorbé, et il est totalement impossible d’étudier un quelconque lien entre des pathologies et des doses réellement consommées.

Comment expliquer que l’étude « la plus longue et la plus détaillée » jamais réalisée sur le sujet aux dires de ses auteurs, ne comporte pas ces données basiques ? S’agit-il d’un oubli, ou d’une volonté de cacher quelque chose ?

4/ Des rats témoins qui « meurent de vieillesse » plus jeunes que les groupes testés

L’équipe rapporte une « espérance de vie » calculée pour chaque : 624 +/- 21 jours pour les mâles, 701 +/- 20 jours pour les femelles. Notons que pour comparer la mortalité des groupes , c’est la valeur basse de la fourchette qui est retenue. En quoi ce choix est-il justifié ? Ne serait-ce pas parce que chez les mâles, la mortalité passe de 3 à 6 chez le groupe témoin si on prend la valeur haute de la fourchette ?

L’équipe a par ailleurs expliqué qu’ « au-delà de cette durée de vie moyenne, les nouveaux décès ont été considérés comme largement dus au vieillissement ». Un raisonnement qu’un médecin trouverait bien curieux : si l’espérance de vie masculine est de 79 ans en France, dit-on qu’un décès suite à un pneumonie est due à une infection pour un homme de 79 ans, mais qu’elle est due à la vieillesse s’il a 80 ans ?

Cette approche singulière des causes de décès présente un sérieux avantage : au terme de l’expérience, 9 des 10 mâles du groupe témoin sont morts : un seul groupe traité fait pire.

Même en admettant le choix très douteux pour comparer la mortalité des rats, on notera que Séralini choisit de ne commenter que les résultats défavorables aux rats traités, et d’ignorer ceux qui leur sont favorables. Ce que les anglophones appellent faire du « cherry picking ».

5/ Vous avez dit « éthique » ?

Certaines femelles de l’expérience, il a été rapporté que certaines présentaient d’énormes tumeurs allant jusqu’à 25% de leur poids corporel. Or, toute la littérature disponible en matière d’éthique de l’expérimentation animale, préconise l’euthanasie pour des rats atteints de tumeurs au delà de 10% de leur poids (7). Séralini, ou les responsables du laboratoire qui a accueilli l’expérience, pouvaient-ils ignorer cela ? Prolonger la souffrance de ces rats n’apportait aucun élément supplémentaire sur le plan scientifique : mais cela permettait de présenter ces photos monstrueuses qui ont fait le tour du monde.

6/ Une sélection de photos très "gore", sans aucune valeur informative

La série de photos publiées dans l’article est caractéristique de la méthode. Sont présentées 3 photos de rates atteints de tumeurs énormes, une pour chaque type de traitement. Ce procédé consiste à suggérer la nocivité du régime suivi par les rats traités, alors que rien n’indique que les individus sélectionnés sont représentatives du groupe traité. Par ailleurs, aucune photo pour le groupe contrôle, dont deux rates ont pourtant été euthanasiées. Pourquoi empêcher que l’on fasse la comparaison?

Pour les autres photos (organes, microscopie électronique), des clichés rats de groupe témoin « sains » sont opposés à ceux de rats de groupes traités, atteints de pathologie. Pas davantage que les autres, ces photos nous indiquent la représentativité des rats choisis pour chaque groupe. Mais le doute s’accroit encore lorsque l’on s’aperçoit que l’équipe à du sélectionner deux mâles et deux femelles différentes dans les groupes contrôle. On peut légitimement soupçonner qu’aucun rat témoin n’était suffisamment présentable sous toutes ses coutures pour illustrer la bonne santé des rats nourris sans OGM…

7/ Des interprétations visiblement fondées sur des préjugés

Tout comme les interprétations concernant la mortalité ou les tumeurs, les experts ont relevé de nombreuses lacunes dans la présentation, l’analyse et l’interprétation des données biochimiques. Des éléments qui pourraient plaider en faveur de l’erreur par amateurisme des auteurs (8). Concentrons-nous toutefois sur les résultats de la table 3. Ces résultats, censés illustrer des dysfonctionnements rénaux chez les femelles traités, sont présentés sous forme d’augmentation ou de diminution par rapport au groupe témoin, sans se référer aux valeurs moyennes et aux variations normales habituellement observées dans ce type d’expérience. Les auteurs partent donc du principe sans aucun fondement que les données biochimiques observées dans le groupe témoin sont « bonnes ».En conséquence, tout écart positif ou négatif par rapport à ces valeurs est interprété comme un dysfonctionnement. Si ça n’est pas de la mauvaise foi, l’équipe aura au minimum été aveuglée par ses préjugés.

Votre conclusion ?

A l’issue de ce billet, nos lecteurs seront peut-être partagés sur l’accusation de fraude reprise dans Marianne, qui vaut au journal et à Jean-Claude Jaillette une condamnation en première instance pour diffamation. Certains seront convaincus , « au-delà de tout doute raisonnable », que cette étude a bien été conçue de manière à conforter des résultats écrits d’avance. D’autres penseront que le faisceau d’indices ne suffit pas, et que la présomption d’innocence doit prévaloir. Je serai par contre étonné qu’on remette en cause la légitimité même de se poser la question, ce qui reviendrait d’ailleurs à approuver la condamnation de Jaillette et Marianne. N’y a-t-il pas là « une base factuelle de données suffisamment documentée pour s’interroger sur la bonne conduite de l’étude », comme évoqué plus haut ?

A ceux qui pensent que les preuves ne sont pas assez robustes, je me permettrai de poser la question autrement : quelle est la probabilité que dans les années qui viennent, le CRIIGEN publie une nouvelle étude sur les OGM (ou tout thème connexe) dont les résultats ne viendraient pas conforter le message matraqué depuis celle de 2012 : « les OGM sont des poisons ? »

Anton Suwalki

Notes :

  1. http://www.criigen.org/actualite/80/display/Victoire-du-Pr-Seralini-de-son-equipe-et-du-CRIIGEN-dans-deux-proces-
  2. http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une/article/relaxe-requise-dans-l-affaire-seralini-vs-marianne
  3. http://www.forbes.com/sites/henrymiller/2012/09/25/scientists-smell-a-rat-in-fraudulent-genetic-engineering-study
  4. Test guideline n° 451 et n° 453 (OECD 2009)
  5. http://www.enveurope.com/content/26/1/14
  6. respectivement 50 ng/l, 400 mg/l et 2,5 g/l !
  7. Pour plus de détails, on peut consulter notamment le site de l’Association française des sciences et techniques de l’animal de laboratoire : http://www.afstal.com/
  8. d’autres éléments vont dans le sens de l’amateurisme, tels que la description imprécise des pathologies, sans recourir aux nomenclatures conventionnelles, ou encore l’utilisation de pléonasmes grossiers, tels que « « néphropathies rénales », « saignements hémorragiques »…
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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 18:12
La patate douce est naturellement transgénique

Une équipe internationale de chercheurs a publié dans la revue PNAS (1) une étude sur la patate douce. En analysant de nombreuses variétés de patates douces cultivées (291 échantillons étudiés), ils ont découvert la présence dans leur génome de deux segments d’ADN d’une bactérie du sol, Agrobacterium. L’un deux était également présent dans les parents sauvages analysés, mais pas le second. Ces gènes bactériens ont donc été acquis après la domestication de la patate douce, et transmis à la descendance. La patate douce peut-être considérée comme un organisme naturellement transgénique, dans le sens où elle a incorporé des gènes étrangers sans autre intervention que celle de Dame Nature.

Ces transgènes sont exprimés dans tous les tissus de la plante, y compris dans le tubercule qui est la partie consommée de la patate douce. Il est possible que ces plantes aient été choisies par les agriculteurs, en raison des caractères intéressants qu’elles présentaient. Nos ancêtres auraient ainsi, sans le savoir, profité de la transgénèse naturelle .

La découverte faite par ces chercheurs n’a certes rien de révolutionnaire, mais elle peut s’avérer utile pour faire progresser le débat sur les plantes génétiquement modifiées.

Les OGM, c’est naturel, et c’est universel !

En 1907, un article paru dans Sciences décrivait l’origine bactérienne de la galle du collet, une maladie des plantes qui se manifeste par des excroissances tumorales au niveau du collet ou des racines. Il a néanmoins fallu attendre près de 70 ans pour que les mécanismes d’infection soient compris . Au milieu des années 1970, plusieurs études, dont celles de Marc Van Montagu et ses collègues, décrivent ces mécanismes : une bactérie du sol, Agrobacterium tumefaciens, est capable de transférer une partie de son « plasmide » (un ADN circulaire) dans les chromosomes de la plante (cf schéma). C’est l’expression de ces gènes qui entraine chez celle-ci la prolifération tumorale. En utilisant ces mécanismes , Marc Van Montagu et son collègue Jozef Shell ont créé en 1983 le premier tabac transgénique, résistant à un antibiotique.

Ces phénomènes de transferts horizontaux de gènes, connus dès les années 1960 pour les micro-organismes, étaient en fait très répandus : on les considère désormais comme l’un des mécanismes importants de l’évolution des espèces (sans doute de toutes les espèces). Une très récente étude (2) portant sur une étude détaillée de 26 espèces animales (dont l’homme) conclut : « Bien que la fréquence d'acquisition de gènes par transfert horizontal soit généralement inférieure chez les eucaryotes que chez les procaryotes. Entre des dizaines et des centaines de gènes étrangers sont exprimés chez tous les animaux que nous avons étudiés, y compris les humains. Il apparaît que, loin d'être un événement rare, ces transferts horizontaux ont contribué à l'évolution de nombreux, et peut-être de tous les animaux, et que le processus continue dans la plupart des lignées ».

A travers la patate douce, recadrer le débat sur les plantes génétiquement modifiées

Comme nous l’annoncions, cette étude sur la patate douce naturellement transgénique, apporte de la connaissance nouvelle sur une espèce végétale en particulier, mais ne constitue pas vraiment une surprise. Cependant selon les auteurs, cette découverte sur une plante consommée depuis des millénaires dans les pays tropicaux, pourrait modifier la perception actuelle du public sur le caractère prétendument non naturel des plantes génétiquement modifiées.

En effet, on imagine mal des personnes qui mangent de la patate douce depuis des décennies sans se poser de questions, la rejette tout d’un coup en découvrant qu’elle contient des gènes étrangers. Comment alors éviter de manger des produits issus d’espèces « non GM » ? Comment et où trouver un quelconque organisme « génétiquement pur » ? Il n’est même pas sûr que ce terme ait un sens … les organismes actuels sont constitués des gènes qui les ont précédés.

En utilisant la transgénèse, l’homme n’a fait que copier un mécanisme générant de la biodiversité qui est largement répandu dans la nature. Pourquoi accepter de manger des produits issus d’organismes naturellement transgéniques, et refuser ceux provenant d’une opération réalisée par l’homme, qui de plus est évaluée réglementairement de manière tatillonne ?

Comme trop souvent, ce genre de débat risque de se heurter au mur de l’irrationnel. Nous continuerons néanmoins d’essayer de faire reculer ce mur.

Anton Suwalki

(1) http://www.pnas.org/content/112/18/5844.full

(2) Crisp et al. Genome Biology (2015) 16:50

(Version PDF accessible à partir de Google Scholar)

La patate douce est naturellement transgénique
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 21:17

Dans son dernier numéro, Inf’OGM prétend carrément avoir démasqué un forum pro-OGM qui s’est tenu au Cameroun en Septembre (1). Entre autres « scandales » : « Partenaire du forum : le semencier biotech Bayer ». En même temps, dans la mesure où les essais en champs de cotonnier Bt utilisent les semences développées par Bayer, on voit mal pourquoi les représentants de cette firme seraient exclus d’un forum organisé par le gouvernement qui a donné le feu vert à ces essais. En réalité, lorsque l’auteur du billet, Christophe Noisette déplore une « grand-messe, avec la présence de cinq ministres, et de nombreux universitaires, ce forum manquait cruellement de débat», c’est le principe même d’un forum « pro-OGM » qu’il remet en cause. Heureusement, « le collectif « Attention OGM » - SAILD/La Voix Du Paysan (partenaire de SOS Faim), ACDIC, RELUFA, CRAC et Actions Paysannes - a manifesté de manière spectaculaire et marquante par un stand-up en salle et dans le hall avec tee-shirt et pancartes ». Comprenez ici qu’un groupe de braillards a perturbé le forum

« D’autres acteurs auraient pu amener un peu de diversité intellectuelle » déplore sans rire Noisette, à quelques jours d’un colloque international « Évaluation et réglementation des OGM et Pesticides » qui se tiendra à l’Université Paris Sud et auquel participeront plusieurs personnes qui siègent ou ont siégé au conseil d’administration d’Inf’OGM. Nous reviendrons très prochainement sur ce colloque et sur ses mystifications prévisibles.

Mais d’ores et déjà, le programme et la liste de ces participants permettent de se faire une idée de la « diversité intellectuelle » qu’appellent de leurs vœux ces gens : un débat entre des antis-OGM et anti-pesticides (Corinne Lepage), antis-OGM et anti-pesticides (la fine équipe du CRIIGEN), antis-OGM et anti-pesticides (Greenpeace), des antis-OGM et anti-pesticides (Générations futures), antis-OGM et anti-pesticides (Pesticide Action Network Europe), et pour un équilibre parfait, quelques représentants de la recherche publique atteints du syndrome de Stockholm (3) responsables de la mise en œuvre de ces PICRI (ou « Partenariats entre Institutions et Citoyens pour la Recherche et l’Innovation ») qui fleurent bon le lyssenkisme… Voilà qui promet une grande diversité intellectuelle, et des échanges d’une intensité inouïe ! Surtout avec des sessions animées ou modérées par des gens réputés aussi neutres que Christian Vélot ou le journaliste Hervé Kempf.

Le militantisme anti-OGM , au Cameroun comme en France, véhicule une pensée totalitaire. Cela va bien au-delà de la simple question (scientifique ou sociétale) des OGM, évidemment débattable avec des gens de bonne foi.Par ces deux exemples (Cameroun, Fance), cette mouvance nous indique clairement qu'il n'est nullement question de débat.

Anton Suwalki

(1) http://www.infogm.org/mobilisation-cameroun-un-forum-pro-ogm-demasque

(2) http://www.picri-ogm.fr/colloque.html

(3) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/syndrome-de-stockholm.html

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 18:55
Séralini, OGM, pesticides : Saison 17 , Épisode 1

Modification du 14/08/2015 ( erreur de ma part) : cf note 7

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Comme le fait remarquer Jean-Yves Nau(1), tous les auteurs de feuilletons cherchent le mouvement perpétuel. Avec le temps, il devient difficile de renouveler l’intérêt du public avec les mêmes personnages : les TOC de Monk, les rapports de voisinage entre les Lepic et les Boulay, au bout d’une dizaine de « saisons » (comme on dit désormais des séries télévisées), finissent par lasser les plus inconditionnels. Le feuilleton scientifique du CRIIGEN , Séralini, OGM, pesticides , qui entame sa 17ème saison (2) échappera-t-il à cette « loi des séries » ?

Surfant sur les peurs de l’époque (OGM, pesticides) , le genre était porteur, et jusqu’à présent, le groupe a bénéficié d’une formidable promotion dans presque tous les médias qui comptent. Faisant oublier la piètre qualité du scénario et des acteurs. Le premier épisode de cette 17ème saison, qui démarre avec une publication dans la revue scientifique en libre accès Plos One, utilise ces mêmes ficelles, terriblement usées, qui assuraient jusque là le succès du feuilleton.

Le contexte de ce nouvel épisode

Celle étude, on la voyait venir. Il s’agit de justifier a posteriori celle de 2012 sur les rats nourris au maïs génétiquement modifié NK608 (+RoundUp), publiée dans Food and Chemical Toxicology, puis dépubliée par l’éditeur, et enfin republiée en 2014 dans une revue confidentielle, Environmental Sciences Europe.

Parmi les innombrables critiques qu’on pouvait faire à celle-ci, l’absence totale de référence à des témoins externes : la fréquence des tumeurs parmi les rats de l’expérience (en particulier parmi les rates) était conforme à la fréquence d’apparition spontanée de ces tumeurs, rendant illégitimes les conclusions de l’équipe. D’autre part, la taille des échantillons de l’expérience (10 rats par groupe) étaient cinq fois plus petits que celle recommandée pour ce genre d’étude sur deux ans (50 rats par groupe).

Séralini et ses collègues durent improviser des réponses à ces critiques, quitte à « démontrer » ces réponses plus tard. On avait vu quelque auparavant Séralini répondre à d’autres critiques par un sophisme risible: les mâles et les femelles, c’est pas pareil(3). Puis en fournir « la preuve » quelques mois plus tard.

A propos des témoins externes concernant les tumeurs spontanées, la réponse s’est construite en plusieurs temps. D’abord en suggérant que les cages des rats libéraient des substances toxiques. Puis en attaquant une autre étude sous prétexte que la nourriture des rats témoins était « contaminée » par du maïs génétiquement modifié NK 603, dont il avait échoué à prouver la toxicité (4). Cette étude est donc la suite pathétiquement triviale du feuilleton. Cette fois-ci, Séralini remet en cause toutes les études de toxicologie in-vivo basées sur des rongeurs, à part les siennes, il va sans dire.

Communiquer, c’est dramatiser

Avant même sa publication sur le site de Plos One, Séralini et son équipe annoncent dans un communiqué avoir démontré que « les tests pour la commercialisation de produits chimiques et d’ OGM sont faussés par l’ alimentation des rats de laboratoire » (5).

« L’équipe du Professeur Gilles Éric Séralini de l’Université de Caen, soutenue par le CRIIGEN, a analysé avec des méthodes normalisées et avec l’aide de laboratoires accrédités la nourriture des animaux de laboratoire (…) . Les résultats sont accablants : tous les lots de croquettes contiennent des concentrations non négligeables de plusieurs de ces produits, à des niveaux susceptibles de causer des pathologies graves et de perturber le système hormonal ou nerveux des animaux. Cela masque les effets secondaires des produits testés. Par exemple, les résidus du principal pesticide du monde, à base de glyphosate et d’adjuvants très toxiques, tel le Roundup et ses génériques, ont été détectés dans 9 des 13 régimes, et 11 d’entre eux contenaient des OGM avec lesquels ce Roundup est amplement utilisé. »

Allons bon, les tests seraient faussés depuis plus de 50 ans, et des générations de toxicologues n’y auraient vu que du feu ? Avouons que si c’était vrai, cela serait énorme….

Comme toujours, ces communiqués à destination de journalistes dont la plupart ne liront pas l’étude, sont écrits dans un style destiné à faire le buzz. Et une fois de plus, cela semble marcher. Le 18 juin, Séralini bénéficie même d’une interview dans l’émission de France Inter La tête au carré.

Censure ?

La publication de l’article prévue le 17 Juin dans Plos One est finalement reportée. C’est une aubaine pour Séralini qui peut une fois de plus se poser en victime, avec la complaisance active de Mathieu Vidard. En réalité, l’étude une fois publiée (6) montre encore qu’il n’en est rien. Rien n’a été censuré dans le texte . Seules quelques lignes du résumé, relatives aux supposées conséquences de leurs découvertes ont du être changées par les auteurs .

Initialement : « Ce travail invalide l'utilisation de témoins externes (les données historiques) dans les tests réglementaires. Ils consistaient à comparer les effets toxicologiques à des rats témoins d'autres expériences. Ces rats témoins en effet sont nourris de différents mélanges de polluants. Ceci remet aussi en question l'utilisation de 50 rats par groupe en cancérologie, ce qui permettait d'augmenter la puissance statistique perdue à cause du bruit de fond élevé des pathologies ».

Des conclusions qui demeurent de toute façon dans le texte, l’affirmation que la consommation chronique de ces régimes peuvent être considérée comme dangereuse pour les rats de laboratoire étant maintenue. Quelle censure impitoyable !

Autre modification obtenue par l’éditeur : dans la version initiale de l’article, les auteurs ne déclaraient aucun conflit d’intérêts. Dans l’article publié, la liste des financements ponctuels et réguliers du CRIIGEN et de Séralini est rallongée et mentionnée dans la rubrique conflits d’intérêts… L’équipe, toujours prompte à insinuer des conflits d’intérêts chez les autres, devrait louer le soucis de transparence de Plos One….

Des résultats qui suggèrent presque exactement le contraire des conclusions des auteurs

Mais en quoi consistait réellement cette étude, bien évidemment « d’une ampleur exceptionnelle », selon ces modestes auteurs ? Ils ont confié à des laboratoires agréés la recherche de résidus de polluants (pesticides, métaux lourds, PCB..) dans 13 échantillons de croquettes pour rats de laboratoire actuellement commercialisés dans le monde , et se sont contentés d’interpréter les résultats .

-Première manipulation : avoir ajouté à la liste des présumés polluants des aliments issus d’OGM autorisés à la consommation, car reconnus comme sans danger pour la consommation animale et humaine. Passons.

-Deuxième constat qui s’impose : Sur 262 pesticides testés, seuls 9 ont pu être détectés et mesurés (7) dans un ou plusieurs des régimes. C’est très peu.

-Les résidus maximum en glyphosate+ AMPA , correspondent (pour les animaux de laboratoire ) à des doses journalières 16 fois inférieures aux doses journalières admissibles (DJA) calculées pour la sécurité alimentaire humaine.

-La plus forte quantité de résidu trouvée concerne un insecticide organophosphoré , le Pirimiphos methyl, présent en particulier dans les croquettes de deux fabricants italiens. Ceci correspondrait à une dose maximum pour les animaux de laboratoire égale à 22,5 fois la DJA . Voilà qui commence en effet à être, comme dirait Séralini, « non négligeable », surtout si on omet de se souvenir comment est calculée la DJA :

A partir de l’expérimentation animale (généralement sur des rats), on détermine le seuil de consommation en dessous duquel aucun effet négatif n’est observé (NOAEL). La DJA est obtenu en divisant par 100 cette dose qui combine une facteur 10, pour tenir compte d’une éventuelle sensibilité plus grande de l’homme par rapport au modèle animal, et un deuxième facteur 10 pour tenir compte d’une éventuelle sensibilité intra-espèce plus grande (de sujets humains plus sensible que d’autres). Ainsi, la teneur mesurée en Pirimiphos methyl (un insecticide organophosphoré) dans les croquettes les plus « contaminées » par ce produit est inférieure au quart du seuil de dose sans effet négatif observable chez les animaux testés (cf. figure ci-dessus).

Ainsi, la conclusion qui devrait s’imposer est presque exactement l’inverse de celle de Séralini et son équipe : la nourriture actuellement utilisée en expérimentation animale est a priori sûre, et n’occasionne certainement pas un bruit de fond tel que cela fausserait les tests de toxicité règlementaires.

RoundUpophobie

Selon les auteurs, le RoundUp est le principal pesticide détecté dans les échantillons de croquettes. Deux « erreurs » de vocabulaire qui ne doivent rien au hasard.

-Ce qui a été détecté, ce n’est pas le RoundUp, mais le glyphosate commercialisé en France par au moins une dizaine d’entreprises, depuis qu’il n’est plus protégé par un brevet. Parler de RoundUp permet de désigner le diable Monsanto.

-En fait de « principal » pesticide retrouvé dans les croquettes, c’est seulement celui le plus fréquemment retrouvé (dans 9 des 13 échantillons), mais correspondant à des doses pour les rats de laboratoires ridiculement faibles (cf plus haut , au maximum 16 fois moins que les DJA humaine). 9 fois rien ou presque rien, c’est toujours pas grand chose, sauf pour Séralini, qui manie à merveille l’effet bi-standard (8) : ainsi, 22 fois la DJA, c’est dangereux, mais 16 fois moins… c’est également dangereux !

« Le glyphosate induit la croissance de cellules cancéreuses du sein par des voies oestrogéniques, à des niveaux aussi bas que 0,1 ppb [NDLR = 1 partie pour 10 milliards], de même que le fait le RoundUp à des niveaux comparables pour la croissance de fibro-adénomes mammaires in vivo. »

Comment, dans ces conditions, estimer la dangerosité d’une quantité 3700 fois supérieure ? Réponse : aucune. Dans son étude de 2012, la dose intermédiaire de RoundUp, 1 million de fois supérieure à ces 0,1 ppb, induisait moins de tumeurs que chez le groupe contrôle chez les mâles, et un niveau comparable au groupe témoin chez les femelles (dose B sur le graphique ci-dessous). On peut donc accueillir ces nouveaux résultats par un haussement d’épaule.

Les additions salées de Séralini

Les valeurs des quotients de risque (Dose maximum pour les rats/DJA pour les hommes) de chaque sorte de résidu sont ensuite additionnées par Séralini, conformément affirme-t-il aux recommandations des lignes directrices de l’agence américaine EPA (9): Les croquettes les plus contaminées seraient celle d’un fabricant italien, dont la somme des quotients de risque atteint 40,5 (dernier tableau ci-dessous).

Mais le menu justifiait-il une addition si salée ?

« Un facteur de sécurité 100 (..) est généralement appliqué pour le calcul de la DJA. Il prend en considération la variabilité intra-espèce (x10) et la variabilité inter-espèce (x10). Puisque nous sommes dans tous les cas au dessus de 10 , ces régimes peuvent représenter un risque pour quelques espèces ou pour quelques animaux dans les espèces, ce d’autant que nous n'avons pas mesuré tous les contaminants possibles ».

Avouons que ce raisonnement à rebours partant des DJA humaines pour spéculer sur l’éventuel risque pour les animaux de laboratoire est complètement surréaliste !

De plus, cette approche de l’EPA (la somme des quotients de risque) peut être conçue comme ayant une valeur d’alerte, lorsque plusieurs substances nocives présentes dans un régime dépasse individuellement la DJA. On ne peut pas conclure, comme le font implicitement Séralini et ses collègues que :

1 ( Pirimiphos methyl) + 1 ( Piperonyl butoxide) + 1 (Deltamethrin)+1 (Glyphosate)+ 1 (Pb)= 5 Pirimiphos methyl= 5 Piperonyl butoxide ,etc..

L’additivité des risques n’est valable que pour les substances qui sont de nature à induire le même type d'effets , ce que Séralini ne documente nulle part, se contentant de spéculer sur des effets synergétiques, mais oubliant bien sûr de mentionner de possibles effets antagoniques de l’exposition simultanée à 2 ou plusieurs contaminants.

Conclusion : un très mauvais plaidoyer pro domo

Séralini a malgré lui démontré que les substances toxiques sont faiblement présentes dans les régimes actuellement utilisés pour les expériences , à des niveaux a priori sans effet pour les animaux. Concernant un éventuel changement de la nourriture des animaux, il ne dispose d’aucune donnée pour étayer la thèse selon laquelle ce changement expliquerait la variation au cours du temps de la fréquence des tumeurs chez les rats. Sa conclusion, « [nos résultats] infirment l'utilisation des données historiques » dans les tests , n’en est que plus décalée. Plus ridicule encore, la remise en question du nombre d’animaux par groupe testé afin d’augmenter la puissance des tests (10). En plus de la toxicologie, Séralini entend-il réinventer les statistiques ?

Ce très mauvais plaidoyer pro domo échoue donc à réhabiliter l’étude de 2012 , et elle est promise au même sort de simple baudruche médiatique.

Anton Suwalki

____________________________________________

Epilogue : des croquettes bio ? Chiche !

Dans les interviews qui ont suivi la publication de leur étude, les représentants du CRIIGEN n’omettent pas de proposer de recourir à des croquettes bio pour les animaux témoins des expériences. Comme c’est surprenant !

Autant dire qu’on ne voit pas spécialement d’objection à cela, du moment qu’ils procéderaient à une analyse systématique de tous les contaminants possibles, dont les nombreux pesticides « naturels » (11) : certains sont hautement toxiques. Séralini et ses collègues pourraient ainsi garantir une sécurité au moins égale à celle des croquettes « industrielles ». Il faudrait alors compter sans le financement du groupe Léa Nature et d’autres sponsors réguliers des études du CRIIGEN, afin d’éviter des conflits d’intérêts trop manifestes.

___________________________________________

Notes et références :

  1. http://jeanyvesnau.com/2015/06/29/cancers rats lobbies pesticides ogm et conflits dinterets une nouvelle saison de la serie seralini est annoncee/
  2. Le CRIIGEN a été créé en 1999.
  3. http://imposteurs.over-blog.com/article-34766192.html
  4. http://www.criigen.org/communique/89/display/Reponse-de-Delaney-et-al-sur-la-contamination-de-leurs-aliments-temoins-
  5. http://www.criigen.org/communique/94/display/Les-tests-pour-la-commercialisation-de-produits-chimiques-et-d-OGM-sont-fausses-par-l-alimentation-des-rats-de-laboratoire-
  6. http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0128429
  7. les tableaux récapitulatifs de l’étude (tables 1 et 2) en dénombrent 8, car le glyphosate et son sous-produit de dégradation l’AMPA sont regroupés sans explication.ce qui après vérification semble légitime :http://www.fao.org/docrep/w8141e/w8141e0u.htm
  8. http://cortecs.org/materiel/leffet-bi-standart/
  9. http://www.epa.gov/oswer/riskassessment/ragsa/
  10. La puissance statistique d'un test est son aptitude à mettre en évidence une différence statistiquement significative (en toxicologie, entre un groupe testé et le groupe témoin) si cette différence existe vraiment. La puissance augmente évidemment avec la taille des groupes.
  11. https://www.youtube.com/watch?v=drh9KzVqMv0
Séralini, OGM, pesticides : Saison 17 , Épisode 1
Séralini, OGM, pesticides : Saison 17 , Épisode 1
Séralini, OGM, pesticides : Saison 17 , Épisode 1
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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 07:25
Un agneau génétiquement modifié commercialisé ? Le danger est dans le déchaînement médiatique

Depuis un article paru dans le Parisien mardi 23 juin (1), les médias s’enflamment à propos de ce qui devrait être considéré comme un non-événement. A cause, semble-t-il, d’une vengeance de deux employés de l’INRA, une agnelle, née d’une brebis génétiquement modifiée utilisée dans le cadre d’un programme de recherche médicale, a été remise à un abattoir avant d’être vendue à un particulier (2). La mère de l’agnelle , qui servait à un programme de recherche sur les greffes de cellules cardiaques, exprimait une protéine GFP.

GFP pour green fluorescent protein, c’est-à-d-ire une protéine fluorescente de la méduse Aequorea victoria. La protéine, qui sert de marqueur de cellules, est reconnue comme étant non toxique pour les animaux transgéniques. Elle est couramment utilisée dans la recherche médicale depuis son identification, qui a valu à ses découvreurs un prix Nobel de chimie. Ceux qui auraient mangé cette agnelle n’ont strictement rien à craindre, quoi qu’en dise François Veillerette, toujours à l’affut d’une ânerie à proférer : «J'imagine qu'il n'y a aucune garantie ni étude qui montre l'innocuité de cette viande d'agneau génétiquement modifié pour les consommateurs ».

L’INRA a sorti un communiqué soulignant l’absence de toxicité de la protéine , et mieux encore, le fait que l’agnelle commercialisée n’exprimait pas cette protéine. En dépit de cela et des mesures totalement disproportionnées déjà prises (arrêt des expérimentations et destruction de tous les matériels génétiquement modifiés sur le site de l’unité concernée !), l’institut n’aura pas évité le déchainement de l’obscurantisme. Sans craindre le ridicule, les moutons de Panurge crient au scandale, et agitent le spectre de la vache folle.Reprenant la métaphore manipulatrice de Greenpeace de la chimère « poisson-fraise », la presse en folie a titré sur l’ « agneau-méduse» . N’oubliant pas de sortir son parapluie, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a demandé à l'Inra de lui proposer un plan d'action d'ici au 30 juin, « pour éviter que cela ne se reproduise ». Histoire d’étouffer un peu plus la recherche, au nom du sacro-saint principe de précaution ? Rappelons que la seule chose dont l’INRA s’est rendue indirectement « coupable », c’est d’une infraction au Code de l’Environnement (3).

Le vrai scandale serait que ce déchainement aboutisse au retardement, voire à l’arrêt de recherches porteuses d’espoir pour ceux qui souffrent d’insuffisance cardiaque. Si les OGM ne tuent pas, la bêtise, elle, peut avoir des conséquences criminelles .

Anton Suwalki

(1) http://www.leparisien.fr/sciences/dysfonctionnements-a-l-inra-un-agneau-meduse-se-retrouve-dans-la-chaine-alimentaire-selon-le-parisien-23-06-2015-4885557.php

(2) http://presse.inra.fr/Ressources/Communiques-de-presse/L-Inra-signale-a-la-justice-avoir-introduit-sur-le-marche-un-animal-issu-d-un-programme-de-recherche

(3) indigeste pavé de 2425 pages

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 07:14

Retour de Wackes Seppi sur l'« enquête » de Benjamin Sourice

A.S. (ante scriptum)

L'« enquête » de M. Benjamin Sourice – publiée sur son blog le 13 mai 2015, puis dépubliée, puis republiée le 21 (mais datée du 18) avec un contenu modifié – a été dépubliée par le médiateur de Médiapart le 26 mai 2015. Le webcache a aussi été nettoyé, et deux articles de M. Yann Kindo, reprenant de larges extraits de cette « enquête » pour les démonter font figure de victimes collatérales, ayant également été supprimés.

La charte de Médiapart énonce :

« Les contributions publiées par les abonnés de Mediapart relèvent exclusivement de leur responsabilité et ne subissent aucun contrôle a priori. Toutefois, conformément à la loi, dès lors qu’il sera informé de la publication d’un contenu susceptible d’engager sa responsabilité pénale, et après avoir informé le contributeur responsable de cette publication, Mediapart pourra procéder à sa suppression. »

Le médiateur a donc estimé – à juste titre – que la responsabilité pénale de Médiapart était susceptible d'être engagée en cas de maintien de l'article.

La charte précise aussi :

« Vie privée. La divulgation d'informations relevant de la vie privée d’autres abonnés ou de toute autre personne, la divulgation d’informations permettant l'identification nominative et précise d’un abonné usant d’un pseudonyme, la diffusion des adresses postales, électroniques et numéros de téléphone personnels de quiconque est interdite. »

Le médiateur a manifestement estimé que cette règle – qui n'est qu'une application de l'article 226-4-1 du Code pénal, et qui s'applique dès lors qu'un pseudonyme est mis en relation, à tort ou à raison, avec un patronyme – a été bafouée. Ceci, sans compter l'interdiction des propos injurieux, diffamatoires, dont l'article était abondamment pourvu.

Titillé par M. Yann Kindo, après la deuxième dépublication, le 26 mai 2015, M. Benjamin Sourice a répondu :

« Ne vous inquiétez pas, je trouverai à le republier. »

Puisqu'il en est ainsi, que le billet de M. Sourice a fait l'objet d'un début de propagation virale, et que M. Sourice a l'intention de persister, il n'est pas inutile de commenter le défunt (deuxième) billet.

Cette « enquête » illustre aussi une dérive inquiétante de la mouvance anti-OGM qu'il convient de dénoncer avec vigueur. En effet, l'ensemble des faits et circonstances conduit à exclure la thèse du dérapage individuel et à privilégier celle du dérapage dans le cadre d'une opération d'envergure.

De l'art du camouflage, ou quand l'hôpital se moque de la charité

M. Benjamin Sourice se plaît à se présenter comme « journaliste indépendant et blogueur. Il est aussi un citoyen engagé et bénévole auprès d’associations et de collectifs militants » [1]. Mais, selon son profil Linkedin [2], dans lequel il se présente comme « Freelancer journalisme et relations média », son employeur actuel est les Éditions Charles Léopold Meyer (sic, c'est Mayer, et il y a un trait d'union entre les deux prénoms), un diverticule de la Fondation pour le Progrès de l'Homme, celle-ci étant un point névralgique – notamment un tiroir-caisse – de la galaxie alter et anti, et plus particulièrement anti-OGM [3]. Pour ses emplois précédents, il a cité le Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRIIGEN, il y fut chargé de communication et relations extérieures [4]) et, en tant que pigiste, Friends of the Earth (Les Amis de la Terre).

M. Sourice a publié sur son blog tenu sur Médiapart, le 13 mai 2015, « Lanceurs d'alertes et e-réputation : révélations sur la stratégie de diffamation du lobby OGM ». Comme on le sait maintenant, l'objet du billet était essentiellement de jeter en pâture des noms de blogueurs rationalistes – et, partant, « anti-anti-OGM » (mais pas que) – et d'annoncer des dépôts de plainte en diffamation, manière subtile de (tenter de) les museler.

M. Sourice se présente sur le blog Médiapart comme « [a]uteur, blogueur, agitateur » ; comme quoi... il y a ceux qui utilisent un nom de plume, et ceux qui avalent leur CV et leurs liens d'intérêts...

Dur, dur d'avaler son chapeau...

Un premier article a été dépublié quelques jours après ; peut-être devant les quolibets de M. Yann Kindo, dans les commentaires et dans un article de sa plume également publié sur un blog tenu sur Médiapart (et dépublié), « Festival de "révélations" du lobby anti-OGM ».

Et devant une évidence incontournable : M. Sourice avait « démasqué » Wackes Seppi en la personne de M. Guy Waksman – qui n'y peut mais. C'était du reste cocasse : M. Waksman a nié être Wackes Seppi, mais le connaître, et, imperturbable, M. Sourice a écrit :

« Poursuivons nos révélations avec le cas du second comparse, le sulfureux Wackes Seppi, dont nous pouvons affirmer qu'il s'agit de M. Guy Waksman ».

M. Suwalki a écrit une réponse ici [5] ; M. Kindo la met en lien dans un commentaire sur le site de M. Sourise, avec quelques moqueries. J'en ai produit une autre, « Révélations sur une belle cagade – À propos de... », que M. Waksman a publiée sur la Gazette de l'AFIA [6]. Je devais bien ça à un ami de quarante ans.

Le premier article a été dépublié le 18 mai... Ou faut-il écrire qu'il n'a été dépublié que le 18 ?M. Sourice s'est donc remis en chasse, sans doute aidé par... pouvons nous utiliser son vocabulaire dénigrant et insultant ?... Ou l'illustration [7] qu'il a cru judicieux de mettre en chapô ?

Une nouvelle version a donc été publiée le 21 mai 2015.

M. Sourice s'est bien gardé de mettre ma réponse, pourtant citée par extraits, en lien. Elle contient en effet quelques vérités dérangeantes.

Et donc : « Cessons là le suspense ! » Oh oui, il y avait suspense, intolérable. M. Kindo s'était fendu le 20 mai 2015 d'un « Libérez les "révélations" de Benjamin Sourice ! » (dépublié). Voici donc un échange de commentaires sur le blog de M. Kindo :

Benjamin Sourice, 21/05/2015, 13:05 :

« Merci de votre soutien Yann, je reviens avec mon billet édité, malheureusement, je n'ai toujours pas trouvé d'intérêt à vous citer dans cette enquête malgré vos simargrés. »

Yann Kindo, 21/05/2015, 13:34 :

« Faites vite !

....

Enfin, façon de parler : ne faites pas trop vite quand même et prenez un peu de temps pour vérifier les choses, ce coup-ci ; ça serait con de devoir reretirer l'"enquête" pour la reéditer. »

Le sage conseil n'a pas été entendu ! Remanier un texte n'est pas facile. Le remanier quand on s'est fourvoyé dans les grandes largeurs et que l'égo renâcle...

...et encore plus dur d'enlever son chapô

Rappelons que le « chapô » est un texte court coiffant un article, généralement typographié en gras, pour amener le lecteur à entrer dans l’article.

Ici, il se compose d'une illustration et d'un texte qui forment manifestement un ensemble, certes dissociables, mais cohérent. Il résulte manifestement de cette combinaison qu'en première ligne, Anton Suwalki et Wackes Seppi et, en deuxième ligne, les autres personnes mentionnées dans l'article, sont traités de corbeaux.

L'article et l'illustration, largement diffusée sur Twitter, ont été sources d'inspiration, les réactions démontrant ad nauseam, l'intention malveillante et délictueuse [8] !

M. Suwalki avait écrit : « ...illustrer le papier avec une image de corbeaux relève de l’infamie ». Dans mon sarcasme, il y avait une déclaration sans nuance : « en droit, c'est l'évidence même ».

M. Sourice n'a pas seulement maintenu l'illustration, alors qu'il était clairement averti de son caractère diffamatoire. Il en a changé le titre de « profils de corbeaux » en « le corbeau sous tous ses profils ».

Du coup, il faut abandonner le ton badin : cette illustration, surtout assortie de sa nouvelle légende, évoque furieusement une certaine «exposition » qui eut lieu à Paris du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942.

De l'outrance au ridicule

Ça commence fort : depuis 2007 – c'est faux en ce qui me concerne – nous (M. Suwalki et moi) dénigrerions « méthodiquement journalistes, lanceurs d'alertes, et autres "ayatollah de l'écologisme" » (c'est nous qui graissons ici et dans le paragraphe suivant).

Intéressante énumération... Il y a des journalistes et des personnes qui se considèrent comme lanceurs d'alertes qui doivent être flattées de se voir mis au même niveau que les ayatollahs de l'écologisme...

Et intéressante question philosophique : est-on dans le registre du dénigrement quand on dénonce les agissements d'un ayatollah de l'écologisme ?

Poursuivons : « la page web est devenue une référence en matière de diatribe contre les "anti-OGM" et "le lobby bio", dont les porte-paroles sont systématiquement associés aux "pires des obscurantistes", tous ces "ayatollah de l'écologisme" et autres "fous du bio". » Intéressante syntaxe... le symptôme d'une implication personnelle et d'un manque de recul. Une expression nous est prêtée (sauf erreur) à tort, ce qui constitue... article... Code pénal.

Et ça finit aussi fort : « Maintenant que les véritables imposteurs ont été démasqués, c'est donc à la justice de s'emparer de l'affaire afin de juger des responsabilités de chacun. »

Il fut un temps, une période sombre de notre histoire, où les dénonciations étaient souvent anonymes. Il fut d'autres temps, y compris de notre histoire, et des régimes où des tribuns, des groupes ou encore des journaux pouvaient jeter des noms en pâture et interpeler la justice pour qu'elle fasse œuvre de parodie de justice. Voilà un agitateur qui nous montre qu'un sombre passé a de l'avenir.

Wikipedia, encyclopédie à participation de préférence limitée

M. Sourice, très disert sur les « stratagèmes informatiques », dont il est manifestement un grand connaisseur, ce qu'on ne saurait lui reprocher, a donc dû avaler son chapeau au sujet de la prétendue altération des « biographies de personnalités sur l’encyclopédie participative Wikipédia ». Notez bien : notre « inculpation » résulte du contexte. Nous aurions altéré (première version de l'article)... eux – enfin, l'autre bord – contribuent. Il n'y a qu'à voir, par exemple les articles relatifs à M. Marc Fellous ou à Agriculture-environnement, dont on ne devrait retenir que les condamnations en diffamation [9].

Ne sont donc pas en cause les « deux portes flingues » ou les « petites mains du lobby OGM » –lesquels, horreur et damnation !, « ont séquestré le rationalisme et la parole scientifique ». C'est « [...], de son vrai nom [...], un autre "ingénieur agronome-halieutique " anonyme et habitué des blogs écolophobes comme alerte-environnement.fr, où il échange régulièrement avec Wackes Seppi et Anton Suwalki ». Pourquoi « autre » ? Le titre d'ingénieur agronome serait-il une tare ? Enfin chez ceux qui ne partagent pas les convictions de... chut !

Mais bingo ! « il échange régulièrement... » ! Le début d'une grande conspiration, ou peut-être d'une confrérie secrète ! Sauf que M. Suwalki ne commente plus depuis longtemps sur le blog précité. Cela peut paraître futile, mais démontre, d'une part, l'indigence de l'« enquête inédite » et, d'autre part, l'acharnement mis à suggérer, à défaut de démontrer, une machination.

M. [...] sourcerait « régulièrement ses propos à partir du blog Imposteurs.org. » C'est curieux. Une petite recherche d'Imposteurs sur Wikipedia ne produit qu'un résultat, dans « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize », le célèbre article de M. Séralini. Du reste, Alerte-environnement, c'est trois références, Agriculture-environnement, une..

S'il était vrai que M. [...] se réfère abondamment à Imposteurs, alors il faudrait constater que certains personnages controversés du monde alter et anti bénéficient d'une garde médiatique rapprochée, « nettoyant » Wikipedia de ces références. En fait, ce qui est reproché à M. [...], sous l'intertitre fort cryptique « Wikipédia, l'encyclopédie du greenwashing ? », c'est d'être un contributeur rationaliste de Wikipedia.

Quand une première fois n'est pas une première fois...

Tout fier d'avoir « démasqué » M. Anton Suwalki, M. Sourice écrit fièrement (redondance volontaire) : « nous noterons cependant que c'est la première fois que [...] adossait (sic) publiquement son costume d'Anton Suwalki sur son blog comme ailleurs sur la toile. »

Faux !

Il suffit d'une petite recherche associant les deux noms pour trouver des références antérieures, y compris, certes de manière non évidente pour le lecteur moyen, sur le site Imposteurs. On peut vous aider, M. Sourice, manière de compléter votre arsenal intellectuel et d'éviter une nouvelle bévue : M. Suwalki a écrit : « Nous avions publié... » en mettant un article en lien renvoyant à son patronyme civil.

...et qu'un lobbyiste professionnel et aguerri est un amateur

À quoi pouvait bien servir la divulgation de l'identité de M. Suwalki ? À part évidemment ce que nous appellerons par euphémisme une amicale pression : « Fais gaffe, on t'a dans le collimateur... » (ceci n'est pas une citation) ? Et une mise en cause par association de l'AFIS et par voie de conséquence une extension et consolidation du « lobby OGM » évoqué dans le titre de l'article commenté ici ?

M. Sourice nous offre un superbe exemplaire de propos contradictoires :

« Notre enquête a permis de reconstituer une véritable cartographie du lobby OGM, allant d'acteurs associatifs à des professionnels du secteur agricole, soutenus par des lobbyistes professionnels et aguerris impliqués de longue date dans la "querelle des OGM". »

Puis, dès le paragraphe suivant :

« Notre investigation a permis de découvrir qu'Anton Suwalki se nomme en réalité [...] son Cv ne révèle aucune qualification particulière en matière de biologie, d'agriculture ou de journalisme malgré ce que l'anonymat lui permettait de sous-entendre sur ses compétences.

On admirera aussi la logique interne de la deuxième citation : l'anonymat permet de sous-entendre...

Même problème de n'importe quoi pour les liens entre M. Suwalki et l'AFIS :

« [...] Anton Suwalki [...] a toujours fait preuve d'un certain enthousiasme pour les écrits de l'Association Française pour une Information Scientifique (AFIS). Or si l'AFIS a toujours gardé une distance sanitaire avec les propos outranciers d'Imposteurs.org, le site a bien été lancé par un administrateur de cette association. »

Et, au paragraphe suivant :

« Loin de n'être qu'un sympathisant, [...] est adoubé par les membres de l'AFIS après le lancement du blog en rejoignant le Conseil d'administration de l'association en 2008. » (C'est nous qui graissons.)

Un petit cours de droit

M. Sourice a cru identifier un « fonctionnaire onusien retraité » en la personne du « second comparse, le sulfureux Wackes Seppi » – un pseudonyme emprunt d'autodérision renvoyant effectivement à l'Alsace. L'Alsace aussi de M. Marcel Kuntz qu'il a cru habile de nommer dans une tentative d'extension de sa « cartographie » imaginaire. Mais c'est qu'il y a aussi un réseau d'OGMinati alsacien... M. Kuntz a en plus l'avantage d'être un « ex-président de l'AFIS »...

Il a cru... avec une dose d'enfumage qui ne trompera que le fan club : « mais de nouveaux éléments apparus suite à la publication de l'enquête nous ont contraint d'admettre que nous avions fait fausse route et d'éditer ce papier à la lumière de nouvelles recherches. » De nouvelles recherches ? Vite de quoi remettre en ligne... pour se faire gauler à nouveau.

Prenons simplement le vocabulaire. Une petite leçon de français est toujours utile aux journalistes : le « second comparse », c'est le troisième personnage. Et une petite leçon de droit l'est encore plus. « Comparse » signifie aussi « complice qui joue un rôle secondaire dans une affaire délictueuse » [10]. Il nous est donc imputé, à M. Suwalki et à moi-même, un délit. Ça s'appelle de la diffamation.

Mais revenons au vocabulaire, ou plutôt à la logique : le « comparse » est élevé plus loin dans le texte « au rang de personnage emblématique de cette galaxie d'amateurs de l' "écolo-bashing" et pourfendeurs des "obscurantistes anti-progrès" ». Flatteur... Mais n'est-ce pas la preuve d'une tentative, de la part de M. Sourice, de ternir l'« e-réputation » du « comparse » ?

La suite n'est pas mal non plus : « Point n'est ici question d'un "grand complot", mais bien de l’œuvre d'une poignée de militants pro-biotechnologie, petites mains du lobby OGM... » Des « petites mains [...] qui ont séquestré le rationalisme et la parole scientifique ». Grands dieux...

Le lobbying et le « plaidoyer »

M. Sourice n'a pas grand chose à se mettre sous la dent pour Wackes Seppi. C'est trop compliqué d'insinuer qu'il est en service commandé, et que le « lobby OGM » s'étend à des organisations dont une, soit dit en passant, n'est pas « sous contrôle de l'ONU ». Alors, il s'attache à brosser une image qui plaît à sa clientèle, le monde alter et anti. Ainsi donc, le personnage dont le nom est jeté en pâture a fait un séjour à Bruxelles pour « un travail de relations publiques à la hauteur des stratégies mises en place par les cabinets de lobbying qui pullulent à Bruxelles. »

Le fan club de M. Sourice sera sans nul doute déçu d'apprendre qu'à ce jour, 26 entités onusiennes et la Banque Mondiale ont des bureaux à Bruxelles... Pour certains fort modestes [11].

Et surtout motus : pas un mot sur la pullulation à Bruxelles des entités généralement désignées par le sigle « ONG » et s'auto-proclamant « de la société civile ». Et qui se regroupent en un « grand nombre de réseaux formels, d'alliances et de coalitions ». C'est dit par Friends of the Earth, un employeur de M. Sourice. FoE Europe, c'est en gros un budget de 3,4 millions d'euros (l'Europe, masochiste, en finançant la moitié pour se faire vilipender...), dont 830.000 pour les activités de lobbying ; c'est aussi onze personnes accréditées pour entrer à leur guise au Parlement européen [12]. Ce n'est là qu'un exemple.

Mais ce n'est pas du lobbying pour FoE, c'est du « plaidoyer ». Nuance...

Petites leçons de dénigrement mesquin

C'est sous le titre : « Ultra-libéraux et lobbyistes aux manettes ».

Sans point d'interrogation dans la première version. Le « lobby OGM », ultra-puissant dans la vision manichéenne de M. Sourice et Cie, partagerait donc les manettes avec un courant de pensée dont la seule évocation du nom suscite un large rejet ? Voilà une autre « dissonance cognitive », pour reprendre les termes du billet de M. A. Kollantaï sur ce site [13].

Avec point d'interrogation dans la deuxième version... Un début de prise de conscience de l'absurdité du propos ? Que non ! Le propos devient en fait encore plus absurde puisque M. Sourice en vient à douter du fait que les lobbyistes sont aux manettes...

Le story-board, c'est que la reprise de certains articles d'Imposteurs (pas de tous comme l'affirme l'auteur d'une « enquête inédite » décidément bien bâclée) dans « Contrepoints.org, d'obédience néolibérale et libertarienne (façon Tea Party américain) » a été organisée par un intermédiaire, lequel trouvait une place de choix dans sa « véritable cartographie du lobby OGM ».

D'« obédience néolibérale », certes, mais pourquoi « libertarienne (façon Tea Party américain) » et ensuite « ultra-libéraux » ? C'est qu'il faut actionner les ressorts émotionnels, exciter l'animadversion du monde alter et anti, qui prétend se situer à la gauche de l'échiquier politique, tout en ne craignant pas d'applaudir une démarche digne de McCarthy, ou encore Gringoire et Je suis partout.

Alors, pourquoi le point d'interrogation ? C'est que, le 14 mai 2015, le lendemain de la publication de la première version, M. Suwalki a répondu : « contrairement à ce que raconte le pseudo-journaliste, je n’ai pas de tribune dans Contrepoints, son rédacteur en chef m’a simplement demandé l’autorisation de reprendre les articles qui lui semblaient intéressants. »

Tombait donc à l'eau le beau conte de fées de l'amateur de complots – au conditionnel – avec un marionnettiste occulte tirant des ficelles... La fable d'un « nouveau personnage jusqu'alors discret sur la scène des promoteurs des biotechnologie en France, mais dont l'implication semble avoir été stratégique » ; d'un personnage dont il « semblerait [qu'il] ait également fait profiter les auteurs d'Imposteurs.org de son réseau personnel pour intégrer les pages de Contrepoints.org ». C'est certes parole de M. Suwalki contre supputations de M. Sourice ; supputations aussi invraisemblables que dérisoires. Rasoir d'Occam contre élucubrations débridées

C'était aussi, pour M. Sourice, le dilemme entre abandonner un pan entier de son « enquête » et maintenir la dénonciation d'une « grande confrérie des pourfendeurs d'écologie dans les cercles ultra-libéraux français ». Va donc pour une lamentable ficelle du pseudo-journalisme d'enquête : garder la belle histoire, déjà au conditionnel à l'origine, en l'introduisant par un point d'interrogation...

Un « nouveau personnage jusqu'alors discret » ? On est, dans le récit de M. Sourice, en « 2011 [...] quand [..] Contrepoints.org [...] invite nos deux blogueurs à s’épancher dans ses colonnes. » Mais c'est que ce M. Jean-Paul Oury « est également l'auteur d'une publication au Presse Universitaire de France (sic) sur "La querelle des OGM" (PUF, 2006) et [qu'il] participe à de nombreuses reprises aux publications de l'AFIS, notamment en 2007 au moment du lancement du blog Imposteurs.org. » Quelle discrétion !

Et quelle merveilleuse illustration de l'étonnante capacité des activistes de la mouvance anti-OGM à se contredire, ici d'une phrase à la suivante, pourvu que chacune des propositions contradictoires fasse vibrer la fibre émotionnelle du fan club !

L'homme qui a vu la femme qui a vu Monsanto...

M. Oury a l'« avantage » d'avoir « fricoté » avec... Monsanto. Oh ! Par personne interposée... C'est qu'il a été recruté comme consultant en 2008 par une agence de conseil en communication qui avait comme directeur-conseil... « une certaine [...], ancienne directrice de communication de Monsanto France, comme le confirme un ancien Cv que nous avons pu nous procurer ».

« ...une certaine » ? Ça fleure mauvais une « certaine » littérature. « ...que nous avons pu nous procurer » ? Ça, c'est un tic de journaleux, ou encore de complotiste. Nous aussi, nous avons pu nous procurer des CV... en trois clics. Monsanto, c'était une parmi une douzaine de structures et entreprises différentes pour lesquelles cette dame a travaillé, et c'était en 1999-2001.

Mais cela suffit pour faire le lien et peupler la « cartographie du lobby OGM ». Ouf ! Monsanto y est...

...et qui (l'homme) connaît l'homme de Contrepoints...

Et M. Oury connaît le directeur de Contrepoints, par ses activités politiques passées... « C'est donc probablement par ces appuis que les deux comparses Anton Suwalki et Wackes Seppi sont devenus membres de la grande confrérie des pourfendeurs d'écologie dans les cercles ultra-libéraux français. »

Imparable ! Il y a des procureurs de procès politiques qui doivent frétiller dans leur tombe !

...en plus, il a écrit de bien vilaines choses

M. Oury a aussi l'« avantage » d'avoir écrit des choses bien carrées : « Selon lui, l'opposition au [sic] OGM "dans sa forme la plus violente, est une action 'terroriste' qui se manifeste par la destruction des expériences, aussi bien en laboratoire que dans les champs : c’est la stratégie [...] 'barbare' des fauchages". » Voilà de quoi mettre le fan-club en transe.

Mais M. Sourice s'est bien gardé de citer la pensée complète. Le texte retenu (qui n'est pas une citation exacte...) est précédé de : « ce discours idéologique s’exprime, dans sa forme “la moins agressive”, par une stratégie de déstabilisation de l’image des chercheurs, des industriels et de certains politiques au regard de l’opinion publique (campagnes de communication de Greenpeace, contre-expertise du Crii-Gen ou d’Ecoropa) » [14].

M. Oury aurait pu ajouter : « et de blogueurs »...

Non, pas qu'en vitrine...

« En vitrine, le site Imposteurs.org [...] aiment se voir comme les gardiens de la "Science, contre tous les charlatanismes et toutes les impostures". »

Non, M. Sourice, ce n'est pas qu'en vitrine (et nous ne sommes pas que deux auteurs).

Nous nous attachons à informer nos lecteurs sur une série de dérives dans la formation – et la manipulation – de l'opinion publique sur des sujets qui nous tiennent à cœur et pour lesquels nous revendiquons une certaine maîtrise : l'agriculture et l'alimentation – dans leur trois composantes essentielles : souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire et environnement, et leurs deux dimensions : nationale et mondiale – mais aussi santé publique, climat, et plus généralement ce qui heurte les canons de la raison et de la science.

Nous œuvrons aussi, avec de très modestes moyens, pour que l'avenir de nos enfants et petits-enfants soit défini sur la base des vrais enjeux et des vraies questions. Et non des faux problèmes résultant de perceptions erronées, quand ils n'ont pas été fabriqués dans un but politique et, souvent aussi, économique, qu'il s'agisse de maintenir et de développer le fond de commerce médiatique d'une entreprise (quelle que soit sa forme) ou d'une personne, ou qu'il s'agisse de développer des filières par le dénigrement de la filière principale (celle qui nous nourrit dans le cas de l'agriculture).

On ne saurait évoquer ces dérives, déconstruire les discours fallacieux et démonter les manipulations médiatiques sans se référer à leurs auteurs. Y voir de l'ad hominem, c'est se voiler la face devant des vérités qui dérangent. Nous imputer une stratégie de diffamation, c'est procéder à une nouvelle manipulation médiatique.

C'est le droit de ceux qui ne sont pas d'accord avec nous.

C'est notre droit d'y répondre. Et quand on tente de nous museler, dans ce qui semble être une stratégie coordonnée, c'est notre devoir de défendre nos libertés [15].

Wackes Seppi

_______________

[1] Biographie de son ouvrage « Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen ».

[2] https://fr.linkedin.com/pub/benjamin-sourice/76/8b9/2ab

[3] http://alerte-environnement.fr/2012/11/12/etude-anti-ogm-de-saralini-les-petits-soldats-de-la-fondation-pour-le-progres-de-lhomme/

[4] https://groups.google.com/forum/#!topic/mauripe/9zf2Jj8kx0A

[5] http://imposteurs.over-blog.com/2015/05/lanceurs-d-alertes-reponse-a-benjamin-sourice.html

[6] http://www.informatique-agricole.org/download/afia-gazette/2015_-_gazette_afia/gaz_150514_20-compl.htm

[7] Le sérieux de ce billet n'empêche pas l'anecdote. De nombreux « agros » de Montpellier s'en souviendront sans nul doute. Nous avions des corvidés empaillés qu'il fallait reconnaître le jour de l'examen. Pas de problème pour la corneille mantelée. Pour la suite il fallait mémoriser une clé de détermination fort originale : un oiseau sans signe distinctif ; un oiseau dont la tête se détachait du corps ; un oiseau avec du fil de fer dépassant de la tête...

[8] Même des personnes engagées dans les médias, qui ont sans nul doute reçu quelques cours de droit en viatique, s'y sont mises avec délectation et insouciance, sinon plus :

M. Stéphane Foucart gazouille le 13 mai 2015 (donc avant la dépublication), et M. Pierre-Henri Gouyon retransmet :

« Belle enquête de @BSolist sur ces calomniateurs anonymes, zélateurs de l'agro-chimie, tous bien évidemment bénévoles http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/130515/lanceurs-dalertes-et-e-reputation-revelations-sur-la-strategie-de-diffamation-du-lobby- »

https://twitter.com/sfoucart/status/598581431200251904

M. Paul Moreira gazouille le même jour :

« Qu'auraient fait les corbeaux anonymes d'internet dans les années 40 ? A lire, cette bonne enquête de @BSolist »

https://twitter.com/PaulMoreiraPLTV/status/598526733889994753

M. Paul Moreira gazouille le 21 mai 2015, et M. Stéphane Foucart retransmet :

« Un personnage supplémentaire démasqué dans la galaxie des miliciens pro-OGM anonymes. »

https://twitter.com/PaulMoreiraPLTV/status/601443198930587648

Évidemment, aucune « stratégie de diffamation du lobby [anti]-OGM » ici... Réponse de M. Yann Kindo au premier gazouillis :

« Si ça c'est une "belle enquête" aux yeux d'un journaliste du Monde, il y a de quoi s'inquiéter pour la déontologie des employés du quotidien dit "de référence". On notera la petite calomnie personnelle que Foucart prend soin de rajouter avec son "tous bien entendu bénévoles", formule ironique qui sous-entend comme d'habitude que les animateurs d'Imposteurs seraient payés par... Ce n'est pas de la bonne grosse diffamation bien "gerbante", ça ? Ils sont incapables d'identifier correctement les bloggeurs d'Imposteurs, mais ils savent quand même qu'ils sont payés par l'"agrochimie", bien sûr. Méprisables pratiques de gens vraiment méprisables [vous allez me faire un procès pour ça, M. Foucart ?]. »

http://www.informatique-agricole.org/gazette/afia/gaz_150514_20-compl.htm

[9] Dans le premier cas, avec le passage du temps, on peut estimer que, décidément, la justice peut être aveugle. Dans le deuxième, M. Gil Rivière-Wekstein, le directeur de la publication, a été condamné parce que – oh sacrilège ! – il avait mis en doute la qualité de docteur, circonstance aggravante, d'un fonctionnaire public, d'une personne qui était titulaire d'un doctorat en science... Big deal...

[10] http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/comparse/17615

[11] http://www.unbrussels.org/

[12] http://ec.europa.eu/transparencyregister/public/consultation/displaylobbyist.do?id=9825553393-31&isListLobbyistView=true

[13] http://imposteurs.over-blog.com/2015/05/petite-lecon-de-propagande-a-l-usage-des-lobbyistes-citoyens-et-professionnels-par-a-kollantai.html

[14] http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article769

[15] http://agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/article/la-gue%CC%81rilla-judiciaire-du-lobby-vert

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 14:41

Cet article est un extrait, légèrement remanié pour l’occasion, d’un essai à paraitre, intitulé Homo ineptus, essai sur l’inaptitude acquise des masses à la démocratie. Je me suis intéressé au conflit entre Imposteurs et Benjamin Sourice de Combat Monsanto comme j’observe et j’analyse, du fait du thème de mon essai, à des nombreux conflits d’opinions. Ayant théorisé la formation des convictions et de la fabrication de l’opinion à partir des dernières découvertes des neurosciences, j’emploi quelques concepts inédits que j’ai succinctement définis dans les notes, ils sont bien entendu expliqués et argumentés de manière bien plus solide dans le corps de mon essai.

Si vous voulez creuser la question, il faudra lire mon essai, je devrais avoir terminé la rédaction au plus tard durant l’été et il devrait être publié d’une manière ou d’une autre d’ici la fin de l’année. Pour être honnête proposer cet article à Anton/Stéphane est surtout une manière de le promouvoir auprès d’un public potentiellement intéressé, quel que soit le camp auquel il appartient.

A. Kollantaï

Auteur d’un essai sur le contre lobbying citoyen[i], le blogueur/journaliste indépendant Benjamin Sourice s’est attaqué[ii] à un gros morceau, le présumé portail du lobby pro OGM, le blog Imposteurs. Malgré le fait qu’il sera en apparence très bien accueilli par la frange la plus radicale du mouvement, cet article pourrait bien devenir une très mauvaise publicité pour la cause anti OGM[iii]. L’auteur se laisse emporter par son élan et laisse échapper plusieurs éléments pouvant induire une déconstruction de conviction par dissonance émotionnelle[iv]. Comme en témoigne les messages de soutien déposés sur Imposteurs, loin de plonger les habitués du blog dans le doute, l’attaque, jugée diffamatoire et infamante, a renforcé leurs convictions. Ce même effet dissonant risque même de rallier des hésitants contre la cause anti OGM (ou du moins contre les abus de Sourice) et de laisser une empreinte mémorielle problématique, même inconsciente, chez les militants antis OGM.

La première dissonance est l’écart entre la présentation du blog Imposteur et la réalité des faits. Faire parler, même en mal, par n’importe quel moyen, ça suffit pour attirer du monde. Mettre en avant une source ennemie, surtout si elle n’est pas franchement populaire, n’est pas forcément la meilleure chose à faire. La bourde risque même de s’aggraver si l’internaute a la curiosité d’aller sur Imposteurs. A la place d’un important portail de propagande pro OGM géré en temps réel par une agence de communication ou des employés d’une multinationale, il ne découvrira qu' un blog austère animé par un chargé d’étude de l’INSEE et un présumé retraité. Sans aucun respect pour les canons de la communication, les auteurs d’Imposteurs, même s’ils usent d’ironies et de moqueries (il faut bien exciter un peu le pathos), rédigent des articles (trop) longs, trop techniques, presque totalement dépourvus d’illustrations (le blog n’a ni logo ni slogan ni iconographie, éléments indispensables de toute campagne de propagande digne de ce nom) et avec une mise en page catastrophique qui rend la lecture franchement pénible (ma contribution ne fera pas exception).

Le blog Imposteurs parait bien archaïque si on le compare à l’esthétique et l’ergonomie impeccables des sites internet de la galaxie anti OGM[v]. Bien que prétendument soutenu par des multinationales qui brassent des milliards, l’internaute possédant un tant soit peu de sens critique sera surpris de constater qu’elles refusent de lâcher quelques dizaines d’euros par mois pour payer un thème et un hébergement digne de ce nom à leur fidèle cabinet de communication et de lobbying. Malgré tous ces défauts qui feraient pleurer du sang à n’importe quel stagiaire en marketing, Benjamin Sourice est persuadé d’avoir mis la main sur des lobbyistes professionnels et aguerris qui mènent depuis plusieurs années une campagne de dénigrement utilisant des techniques modernes de lobbying viral.

La second dissonance, qui renforce et complète la première, est introduite par un passage précis, souligné par plusieurs commentateurs sur Imposteurs. Benjamin Sourice y décrit la stratégie qu’utiliseraient les lobbyistes professionnels et aguerris d’Imposteurs pour capter un maximum d’audience et ternir l’e-réputation des militants antis OGM:

« Par la suite, tous les articles d'Imposteurs.org seront publiés en double sur le site de Contrepoints. Là encore, l'utilisation d'un site miroir est en réalité une technique de référencement internet, permettant notamment de multiplier les sources et de contourner la censure. »

L’utilisation, confirmée après l’édition suite aux premières réactions, du mot censure est très étonnante et dérangeante. Ce mot est doublement dissonant. D’abord d’un point de vue sémantique, il ne fait pas parti de la LQR[vi], le public n’a pas l’habitude l’entendre ou de le lire. Surpris, leurs cerveaux risquent de sortir du Réseau Mode par Défaut[vii] et traiter la prose de Benjamin Sourice avec les capacités analytiques de leurs Réseaux Centraux d’ Exécutions, ce qui les rendrait moins sensibles aux émotions, plus critiques et plus difficiles à convaincre.

Au niveau thématique revendiquer la censure, c’est un gros cheveu dans la soupe biologique, durable, locale, démocratique, citoyenne et équitable du mouvement anti OGM. A l’inverse des idéologies totalitaires qui assument leurs volontés d’éliminer leurs adversaires, ce mouvement, bien qu’il emploie la force via les fameux faucheurs d’OGM, se pare de toutes les vertus possibles et entretient une posture victimaire. Imposer à autrui une censure n’est pas compatible avec leur narration, c’est eux (Séralini, Pusztai ou encore Chapela) qui sont censés être les victimes de la censure.

Face à Monsanto, avatar du Capitalisme, Benjamin Sourice n’hésite pas à briser la ligne de communication classique du mouvement anti OGM et revendique le fait de recourir à la censure. Nonobstant le fait que l’idée même de censurer l’expression de l’opposition pourrait rappeler les heures les plus sombres de notre histoire, Benjamin Sourice va encore plus loin. Il admet explicitement qu’en l’état la parole pro OGM fait déjà l’objet d’un Patriot Act de fait. Il conclut même appelant à une action de justice contre tous ces opposants à la marche du Bien et de la Vérité.

L’erreur fondamentale de Benjamin Sourice est d’avoir laissé libre court à sa dialectique manichéenne et moraliste. Elle est tout à fait comparable à la doctrine politique étrangère des USA : oui la guerre c’est sale, ça tue, mais elle est justifiée si c’est pour la démocratie et les droits de l’Homme. Dans la lutte du bien contre mal tous les coups sont permis, tous ceux qui ne sont pas explicitement dans le camp du Bien sont dans celui du Mal, puisque le Bien est pur, parfait, indiscutable. Non seulement les opinions ouvertement pro OGM mérite l’opprobre, mais quiconque oserait, comme le pauvre J-D Flaysakier, évoquer la faiblesse des preuves scientifiques brandies par les opposants aux OGM[viii], se voit automatiquement attribuer le statut de VRP des OGM et de porte-parole de Monsanto[ix].

Dans ces conditions il n’a pas forcément le recul pour comprendre que la force (auprès des masses, pas forcément du point de vue des militants actifs) du mouvement anti OGM est qu’il parvient à concilier une censure de fait, c’est-à-dire leur domination dans l’espace médiatique, tout en conservant une image d’indépendance et de modestie face aux multinationales. Une posture arrogante, revendiquant la censure, ciblant des opposants isolés et visiblement peu soutenu par leur prétendu donneur d’ordre, le tout conclu par un appel au lynchage (judiciaire) est émotionnellement dissonante si on l’introduit dans le schéma mémoriel construit par la communication anti OGM.

La faiblesse du lobby pro OGM et l’agressivité des antis OGM qui apparait suite à l’enquête de Sourice risque de perturber l’image mentale de la polémique dans la tête du lecteur, il pourrait se demander qui est vraiment la victime dans cette affaire, qui subit la censure. L’incompatibilité entre cet article et l’image traditionnelle du mouvement anti OGM risque de fragiliser l’opinion des lecteurs qui bien que plutôt opposés aux OGM ne partagent pas forcément l’agressivité et le jusqu’au boutisme de Benjamin Sourice. Cette faille qui pourrait s’élargir si le sympathisant libéré du conditionnement par la déschématisation post inhibition transmarginale[x] mobilise ses capacités analytiques pour faire l’effort de lire quelques articles d’Imposteurs.

A. Kollantaï

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Notes :

[i] Benjamin Sourice. Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen. Editions Charles Léopold Mayer, 2014

[ii] Version édité : http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/180515/lanceurs-dalertes-et-e-reputation-revelations-sur-la-strategie-de-diffamation-du-lobby-ogm

Version d’origine, dans le cache de Google : http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:qND4-ZHVLh8J:blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/130515/lanceurs-dalertes-et-e-reputation-revelations-sur-la-strategie-de-diffamation-du-lobby-ogm+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-a

[iii] Yann Kindo. Festival de « révélations » du lobby anti-OGM. 15 mai 2015, blog Médiapart.

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/150515/festival-de-revelations-du-lobby-anti-ogm

[iv] Une conviction est un ensemble d’entrées mémoires formant un schéma associant un contexte, des faits, des émotions, le tout est idéalement articulés comme une construction narrative. Tous ces éléments doivent aller dans le même sens, celui de la conviction. Si des entrées mémoires émotionnellement dissonantes rentrent dans le schéma, même s’il peut être très résistant, l’accumulation risque d’effondrer de la conviction.

[v] http://www.criigen.org/

http://www.infogm.org/

http://www.gmoseralini.org/fr/

[vi] Oliver Hazan. LQR, la langue de la cinquième république. Raison d’agir, 2006

[vii] Réseau Mode par Défaut, état du cerveau en mode émotionnel, social et introspectif, il est inhibé quand on passe en Réseau Central d’Exécution, c’est-à-dire quand nous mobilisons nos capacités analytiques suite à une stimulation trop inédite, nous permettant de réaliser une action volontaire. Le RMD est prioritaire, d’où l’appellation mode par défaut.

[viii] Alessandro Nicolia, Alberto Manzo, Fabio Veronesi, Daniele Rosellini (2014). An overview of the last 10 years of genetically engineered crop safety research. Critical Reviews in Biotechnology 2014 34:1 , 77-88

[ix] Christian Vélot. OGM comment l’expert de France 2 fait de la désinformation Combat Monsanto

http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article934

[x] Déschématisation post inhibition transmarginale : croisement de deux concepts, la schématisation mémorielle évoquée précédemment, et l’inhibition transmarginale, méthode découverte par Pavlov pour détruire ou inverser un réflexe conditionnel. Pavlov a en effet découvert qu’utiliser des stimulations trop puissantes, inversées et imprévisibles finit par altérer un réflexe conditionné, le fait disparaitre et même s’inverser. La déschématisation post inhibition transmarginale consiste à employer (volontairement ou par accident) la même méthode pour retourner un sympathisant ou militant d’une cause en lui envoyant des signaux trop forts (radicalité excessive dépassant la capacité de réaction du sujet à travers l’injonction de censure et de poursuite pénale) et inversés (ici l’apparence du blog Imposteurs n’est pas compatible avec le discours le décrivant comme un important lobby financé par une puissance industrie). Une fois sa conviction détruite il sera plus ouvert à l’induction d’une nouvelle opinion.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 17:23

Benjamin Sourice, de Combat Monsanto, vient de se fendre d’un papier sur son blog Médiapart (1) dans lequel il prétend dévoiler « la stratégie de diffamation du lobby OGM » dans laquelle Imposteurs jouerait un rôle central. Retour sur ce papier grotesque.

Tout d’abord l’identité véritable d’Anton Suwalki. J’ai pris ce nom de plume au même titre que des journalistes le font. Je n’ai pour autant jamais cherché, ni à cacher ma véritable identité à qui que ce soit, ni à chercher une quelconque immunité derrière l’anonymat, immunité parfaitement illusoire. Lorsque C Vélot a porté plainte contre moi, j’ai immédiatement confirmé à l’officier de police judiciaire que j’étais Stéphane Adrover et que j’assumais intégralement mes propos sur le plaignant. Dès lors, illustrer le papier avec une image de corbeaux relève de l’infamie. De même que le commentaire de Pierre-Henri Gouyon, « ces pleutres toujours cachés derrière leurs pseudos sont enfin démasqués », membre du CRIIGEN qui m’attaque en justice à travers Vélot est particulièrement perfide (2) : il sait très bien qui je suis.

Question Anton Suwalki/Stéphane Adrover, Benjamin Sourice n’a strictement rien démasqué. Par contre, là où cela devient comique, c’est quand le journalise poursuit ses révélations : « Poursuivons nos révélations avec le cas du second comparse, le sulfureux Wackes Seppi, dont nous pouvons affirmer qu'il s'agit de M. Guy Waksman ». C’est complètement faux ! C’est dire le niveau de l’enquête menée par Benjamin Sourice. Espérons pour lui que Mr Waksman (que je ne connais pas) soit moins procédurier que ses amis, il pourrait très bien considérer cela comme diffamatoire.

Autre élément diffamatoire, cette fois-ci à mon encontre : « Plus prosaïquement, par divers stratagèmes informatiques (google bombing, site miroir, dissémination d'hyperliens...), les auteurs du blog parviennent à hisser les articles d'Imposteurs.org parmi les premiers du classement des moteurs de recherche lors de recherches sur des lanceurs d'alertes, orientant ainsi le lecteur vers des contenus dénigrants. ». Tout ceci est le pur produit des fantasmes de Sourice. J’ignorais ce qu’était le Google bombing, et si certains articles sont bien référencés dans les moteurs de recherche, c’est parce que le site a une relativement bonne audience, et que les articles sont assez souvent cités par des lecteurs qui les apprécient, y compris dans la presse anglophone. Aucun mystère ni stratégie diabolique derrière tout cela, Sourice a tout inventé pour étayer sa thèse complotiste stupide.

Autre fadaise souricienne : « la dernière étape pour porter atteinte à l'e-réputation consiste à altérer les biographies de personnalités sur l’encyclopédie participative Wikipédia ». Je serais curieux de savoir quelle biographie j’aurai « altéré » (sic). Comme si, de toute façon, j’avais les moyens de contrôler le contenu de Wikipédia !

Complètement ridicule également, cette histoire de « sites miroirs ». D’une, contrairement à ce que raconte le pseudo-journaliste, je n’ai pas de tribune dans Contrepoints, son rédacteur en chef m’a simplement demandé l’autorisation de reprendre les articles qui lui semblaient intéressants. Comme d’autres reprennent des articles de Benjamin Sourice. Parle-t-il de site miroir dans son cas ?

« En septembre 2014, le généticien Christian Vélot déposait une plainte contre « Anton Suwalki » et le site Contrepoints.org pour un article intitulé « Faucheurs de porte-vigne transgéniques de Colmar : Christian Vélot, porte-parole de l’obscurantisme », depuis retiré du site, il reste cependant en ligne sur Imposteur.org, démontrant ainsi l'utilité même des « sites miroirs ». Il reste en ligne sur Imposteurs, qui n’est pas un « site miroir », parce que l’auteur assume ses propos, et n’entend pas céder à l’intimidation . Je ne retirerais (éventuellement) cet article qu'en cas d' injonction de la justice . Sourice ne fait que démontrer ici sa nullité abyssale.

Il aurait pu me contacter pour éviter de dire autant d’âneries. Mais il ne cherche pas à établir la vérité, il se contente d’accoler des vérités, des demies-vérités et de pures inventions pour construire de toutes pièces une « stratégie » échevelée qui n’existe pas.

« Le journaliste et réalisateur de documentaire Paul Moreira (Canal Investigation et Cash Investigation) a lui aussi porté plainte pour diffamation contre Imposteurs.org suite à un billet attaquant violemment son reportage OGM, bientôt dans vos assiettes (Canal +, sept 2014). Rédigé par Wackes Seppi, également visé par la plainte, le titre du post était « Patrick Moore dit de Paul Moreira : « un c... fini », démontrant s'il en était encore besoin la ligne éditoriale de ce blog insultant. » est-il écrit à la fin de l’article.

Pour Moreira, je ne suis pas au courant. Si c’est vrai, n’y aurait-il pas là pour Sourice, après l’affaire Vélot, et le rôle qu’a joué un célèbre journaliste du Monde dans la génèse de cette dernière, un sujet d’enquête sur la stratégie de harcèlement judiciaire des anti-OGM ? Je parle d’une enquête sérieuse, cette fois-ci.

Anton Suwalki

PS de dernière minute : un ami m'informe du tweet de Moreira dans la foulée :

Qu'auraient fait les corbeaux anonymes d'internet dans les années 40 ? A lire, cette bonne enquête de @BSolist ?

Quel minable !

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  1. http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-sourice/130515/lanceurs-dalertes-et-e-reputation-revelations-sur-la-strategie-de-diffamation-du-lobby-ogm
  2. Cf l’enquête d’A&E :

http://agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/article/la-gue%CC%81rilla-judiciaire-du-lobby-vert

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 08:17
Le glyphosate, le CIRC, et le cirque propagandiste

Le glyphosate « probablement cancérogène ».

Dans la revue Lancet Oncology, l’International Agency for Research on Cancer (CiRC en français) annonce avoir statué sur la cancérogénicité de 5 produits utilisés en agriculture, dont le célèbre glyphosate (1). Ce dernier ayant été classé par l’agence comme « probablement cancérogène » (catégorie 2A), la nouvelle a immédiatement fait le tour de la presse et de la toile. Si la communication s’est uniquement focalisée sur le glyphosate, ça n’a pas par hasard : le glyphosate est l’herbicide le plus vendu au monde, et surtout, il est associé à un grand nombre de plantes génétiquement modifiées tolérantes à ce produit. Qui plus est, bien que tombé dans le domaine public depuis 15 ans, le glyphosate reste indéfectiblement associé à la firme Monsanto qui l’a mise au point sous le nom de RoundUp. On comprend dès lors que les mouvements anti-OGM s’empressent de relayer la nouvelle… Peu importe la portée réelle de l’évaluation de l’CIRC.

Pourquoi des divergences entre le CIRC et les agences sanitaires ?

Pour comprendre pourquoi le CIRC a classé le glyphosate comme probablement cancérogène, il faut -pour l’instant- s’en tenir au quelques 260 mots concernant le produit dans l’article publié dans Lancet Oncology.

La catégorie 2A correspond aux substances pour lesquelles il existe des preuves suffisantes de cancérogénicité en laboratoire, ainsi que des indices de cancérogénicité chez l’homme, sans preuve suffisante.

Jusque là, pas de quoi fouetter un chat. De nombreuses molécules sont classées en catégorie 1 (cancérogène certain) par l’CIRC sans que l’on s’en inquiète, au-delà de certaines populations ou professions spécifiquement exposées.

Il convient d’essayer de comprendre pourquoi l’évaluation du CIRC diverge des avis jusque là formulés par les agences sanitaires de nombreux pays. Le court passage consacré au glyphosate dans l’article précité ne référence que 4 études, ce qui est bien peu par rapport à la littérature existante sur le sujet. L’article met en avant des preuves sur les animaux de laboratoire, et des résultats contradictoires concernant l’homme, en particulier le risque accru de lymphome non hodgkinien. Le papier référence une étude de Ros et al. parue en 2003, mais pas une étude ultérieure du même auteur parue en 2005 portant sur plus de 57000 utilisateurs du glyphosate (2) : selon celle-ci, l’exposition au glyphosate n’était pas associé avec l’incidence du cancer , toutes catégories confondues. Une seul lien significatif était signalé pour les myélomes multiples, qui représentaient moins de 2% des cancers diagnostiqués.

Selon des commentaires cité dans Nature (3), “les évaluations du CIRC sont généralement très bonnes, mais les preuves citées [dans le cas du glyphosate] (m’) apparaissent un peu minces ».

Mais la démarche du ’CIRC est différente de celles des agences sanitaires, ainsi que l’explique ce commentaire paru dans Nature. Le CIRC a ici identifié une source (« probable ») de cancer, mais il ne rentre pas dans ses attributions de quantifier le risque qui lui associé, compte tenu de l’exposition à cette source, ce qui est du ressort des agences sanitaires.

Comment Le Monde réinterprète la nouvelle

Sous la plume de Stéphane Foucart, Le Monde semble avoir renoncé à traiter de manière sérieuse tout ce qui a trait aux pesticides et autres produits maléfiques inventés par la chimie. Au point de relayer récemment l’étude clownesque de Générations futures sur les résidus de pesticides dans les cheveux de… 28 parisiennes et banlieusardes (4).

A l’occasion de la communication du CIRC, le journaliste sort la grosse artillerie (5). A commencer par le titre : « Le désherbant Roundup classé cancérogène ».

-Le glyphosate devient RoundUp, ce qui permet de suciter le réflexe pavlovien chez le lecteur, RoundUp = Monsanto

et le probablement cancérogène devient… cancérogène. Pourquoi s’embarrasser de nuances, quand on sait que bien des lecteurs ne lisent qu’en diagonale et ne retiendront que le message conentu dans le titre ?

Selon l’avis de Foucart : « c’est la troisième substance épinglée, le glyphosate, qui donne son caractère singulièrement explosif à l’avis rendu par le CIRC ». S’il écrit cela, c’est parce qu’il sait parfaitement que l’avis du CIRC va être agité comme un épouvantail par les militants anti-OGM et anti pesticides, lui même s’empressant d’apporter sa contribution à ce phénomène parfaitement prévisible. « Ce n’est donc pas une simple substance chimique dont l’innocuité est mise en cause par le CIRC, mais la pierre angulaire de la stratégie du secteur des biotechnologies. La grande majorité des plantes génétiquement modifiées (PGM) mises en culture dans le monde sont en effet conçues pour pouvoir absorber cet herbicide sans péricliter, permettant ainsi un épandage direct sur les cultures pour désherber les surfaces cultivées ».

Nous sommes d’accord sur ce point : Le glyphosate, dont la production n’est plus couverte par un brevet, ne représente en lui-même qu’un enjeu mineur pour les grandes firmes, à commencer par Monsanto qui l’a mis au point. C’est bien son association avec des plantes génétiquement modifiées tolérantes qui en font un produit « stratégique ». Et c’est bien pourquoi ce produit, qui présente un meilleur profil toxicologique que d’autres herbicides, est au cœur des campagnes de dénigrement anti-OGM (6). L’avis de l’CIRC est donc du pain bénit pour elles.

A toutes fins utiles, Foucart vous indique qui sont les méchants….

C’est aussi du pain bénit pour le journaliste qui se risque à prévoir une « carrière » toute tracée pour le glyphosate : « la catégorie 2A – c’est-à-dire « cancérogènes probables » –, [est le ] dernier échelon (sic) avant la qualification de « cancérogène certain ». Comme s’il était inéluctable, au « bénéfice de l’ancienneté », que le produit soit « promu » en catégorie 1 !

Les avis du CIRC sont « purement informatifs, [ils] n’ont pas valeur réglementaire », écrit Foucart, avant d’opposer cet organisme aux instances européennes chargées d’évaluer les risques. Nous nous contenterons de rappeler que, pas plus que ceux du CIRC, les avis de l’EFSA ou de tout autre agence sanitaire n’ont de valeur réglementaire. Ces sont des… avis, sur lesquels les gouvernements s’assoient d’ailleurs régulièrement.

Indépendamment de la valeur de l’analyse du CIRC sur le glyphosate, le Monde rappelle utilement les différences de démarches (7) qui pourraient expliquer que cette classification du CIRC n’aient pas ou peu d’influence sur les futurs avis rendus par les agences sanitaires.

Malgré cette mise au point, la grille de lecture habituelle du journaliste reprend vite le dessus : en toute innocence, celui-ci vous aide à vous forger votre opinion. Et les choses sont simples, terriblement simples : d’un côté il y a le CIRC, vertueuse et évidemment au-dessus de tout soupçon, de l’autre les agences sanitaires, dont le journaliste tente de discréditer par avance les avis : « Les experts allemands (8) et européens ne pourront pas ignorer l’avis des experts du CIRC, pas plus que d’autres travaux récents sur des risques autres que le cancer. Mais l’interdiction du glyphosate, réclamée par plusieurs ONG, n’est pas pour demain. Un vieux routier de l’évaluation des risques en veut pour présage la composition « particulièrement intéressante » du groupe d’experts « Pesticides » de l’agence allemande : le tiers des membres du comité sont directement salariés… par des géants de l’agrochimie ou des biotechnologies ! ».

On ne saura pas qui est le « vieux routier de l’évaluation des risques ». On vérifie bien qu’il y 3 salariés « directs » des géants de l’agrochimie ou des biotechnologies (9) dans le panel allemand. Mais les plantes génétiquement modifiées commercialisées par les firmes dont ils sont salariés sont en quasi-totalité des plantes tolérantes à d’autres herbicides que le glyphosate (en particulier le glufosinate dans le cas des plantes développées par Bayer Crop Science). Au-delà de l’insinuation désobligeante pour ces individus comme pour les autres membres de l’institut allemand, on voit mal en quoi il y aurait, dans ce cas précis, un conflit d’intérêt motivant les salariés « directs » des biotechnologies à s’opposer à l’interdiction du glyphosate.

Mais Foucart adopte la même stratégie que les « ONG » qui réclament l’interdiction du glyphosate. Faire peser systématiquement le soupçon sur tous ceux qui pourraient ne pas donner leur caution à l’interdiction d’un produit, qu’aucun élément publié jusqu’à présent ne justifie sur le plan sanitaire.

Anton Suwalki

PS un peu hors sujet, mais un peu dedans tout de même: je suggère à nos lecteurs cet article publié par Agriculture et environnement, assez édifiant sur les méthodes prisées par le célèbre journaliste.

http://agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/article/la-gue%CC%81rilla-judiciaire-du-lobby-vert

Pour l’affaire qui concerne Imposteurs, je ne peux en dire plus avant la fin de l’instruction.

Notes :

(1) Carcinogenicity of tetrachlorvinphos, parathion, malathion, diazinon, and glyphosate

Lancet Oncol 2015, http://dx.doi.org/10.1016/

S1470-2045(15)70134-8

(2) Cancer Incidence among Glyphosate-Exposed Pesticide Applicators in the Agricultural Health Study Environ Health Perspect. 2005 Jan; 113(1): 49–54.

doi: 10.1289/ehp.7340

(3)http://www.nature.com/news/widely-used-herbicide-linked-to-cancer-1.17181

(4) http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/03/12/une-vingtaine-perturbateurs-endocriniens-dans-les-cheveux-des-parisiennes_4592646_3244.html

(5)http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/03/25/le-desherbant-roundup-classe-cancerogene_4600906_3244.html

(6)http://imposteurs.over-blog.com/article-herbicides-glyphosate-roundup-ogm-seralini-par-wackes-seppi-110905545.html

(7)« Nous ne faisons pas de l’évaluation des risques mais de l’identification des risques, rappelle-t-on au CIRC. Notre avis ne dit pas si la population générale court un risque du fait de telle ou telle substance, cela c’est le travail des agences de sécurité sanitaire. »

(8)la révaluation du glyphosate a été confié à l’institut allemand Bfr.

http://www.cera-gmc.org/GMCropDatabase

(9) http://www.bfr.bund.de/en/members_of_bfr_committee_for_pesticides_and_their_residues-189322.html

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:42
Pas de consensus sur la sécurité des OGM, qu’ils disent…

Un article (1), ou plutôt une déclaration publiée dans la revue Environnemental Sciences Europe (ESEu), relayant une pétition initiée par l’ European Network of Scientists for Social and Environmental Responsibility (ENSSER), affirme qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la sécurité des OGM. En fait, la contestation du consensus porte sur les plantes génétiquement modifiées et les aliments qui en sont issus.

« le [prétendu] consensus s’avère une construction artificielle qui a été faussement entretenu à travers divers forums (sic) ».

Cette pétition a été signée par plus de « plus de 300 scientifiques et experts ».

Un pavé dans la mare ? Non, tout au plus un gravillon dans une flaque d’eau.

Plus de 300 signataires ? Bof…

La pétition en ligne affiche 313 signatures. Celles de quelques personnages très médiatisés côtoyant d’illustres inconnus. Avec de telles méthodes, il est difficile de concevoir une seule prise de position sur un sujet médiatique qui ne collecterait pas au moins 300 signatures. Savoir qui promeut ce discours « anti-consensuel » est donc plus important que le nombre de signataires en lui-même :

  • Sans surprise, les membres du CRIIGEN, Séralini, Antoniou, Vélot, etc… auteurs d’études aux lacunes rédhibitoires, dont la dernière, retirée de Food and Chemical Toxicology, a précisément été republiée par ESEu, ce même journal sans facteur d’impact qui publie aujourd’hui cette déclaration.
  • Les martyres célébrés par le mouvement anti-OGM : Pusztai, Malatesta, Chapela, Quist : l’article de ces deux derniers sur la « contamination » du maïs mexicain par du maïs transgénique » publié dans Nature en 2001 avait été retirée par le revue.
  • Arnaud Apoteker, ancien responsable des campagnes anti-OGM de Greenpeace, notamment auteur de mensonges éhontés sur le riz doré.
  • Vandana Shiva, co-auteur de l’article paru dans ESEu, dont on se demande en quoi elle est experte, à part en légendes urbaines, telles que celles des suicides des paysans indiens à cause des OGM.
  • Elena Avarez-Buylla : nos lecteurs se souviennent peut-être que celle-ci, interviewée dans le documentaire « Le Monde selon Monsanto », prétendait avoir découvert une contamination par le maïs transgénique d’espèces végétales locales, aboutissant à des mutations qui affecte leur morphologie florale. . Les images de ces espèces locales étaient en réalité des exemplaires d’Arabidopsis Thaliana, une plante modèle de laboratoireprécisément utilisée par les chercheurs pour étudier les mutations spontanées, très fréquentes dans cette plante !
  • Jack Heinemann, auteur d’une manipulation délibérée des données sur les rendements du maïs transgénique aux USA (2).
  • Charles Benbrook, auteur d’un rapport sur les plantes génétiquement modifiées financé par The Ogranic Center et Greenpeace. Un rapport, faut-il le préciser, très défavorable…(3)
  • Doug Gurian-Sherman , d’Union of Concerned Scientists, lui aussi auteur d’une étude de la même veine (4)
  • Mae-Wan Ho, dont nos lecteurs pourront apprécier les élucubrations en matière de « biologie quantique » (5).
  • John Fagan, activiste anti-OGM notoire lié au Parti de la loi naturelle
  • Peter Hinderberger , de l’ Association pour la médecine Anthroposophique , c’est-à-dire une pseudo-médecine

La liste n’est peut-être pas exhaustive ,mais on voit mal ces individus porter un regard à la fois objectif et rationnel sur la question de la sécurité des OGM. Si on ajoute à cette liste celle des personnes dont la spécialité est absolument sans rapport avec les OGM (Éducation, Anthropologie, Océanologie, Énergies renouvelables, et j’en passe), la liste des plus de « 300 scientifiques et experts » réellement qualifiés pour pourfendre le « consensus artificiel » qui règnerait sur la question de la sécurité des OGM paraît pour le moins gonflée.

De quel consensus parlent-ils ?

Comme nous l’avons dit, on procédant avec la même méthode que celle de l’ENSSER, on pourrait collecter au moins 300 signatures sur n’importe quel sujet, et donc « prouver » qu’il n’existe aucun consensus en science. Le débat en sciences n’est pas toujours tranché, et le consensus qui existe à moment donné sur un sujet n’est jamais considéré comme définitif. Un consensus artificiellement proclamé par une partie pour faire taire ceux qui ne seraient pas d’accord serait à l’évidence dangereux. Mais de quoi eux, parlent-ils exactement ?

Le consensus n’est pas un vote, c’est un processus, et il ne peut se construire qu’entre gens qui parlent le même langage, et sont capables de se mettre d’accord sur une méthode. Le consensus n’est possible qu’à partir du moment on l’accepte que l’expérience reproductible soit le juge de paix dans le débat scientifique. Le consensus qui a débouché des plus grandes controverses scientifiques a toujours, en dernière analyse, reposé sur ce juge de paix. Or, on peut évidemment douter de la capacité et/ou de la volonté de certains des pétitionnaires à accepter une telle méthode.

C’est ce qui transpire d’ailleurs de l’article publiée par ESEu : il est bien difficile d’envisager un consensus avec des adeptes du dialogue de sourds….

Dialogue de sourds

On ignore si l’article publié dans ESEu, soumis le 1er octobre 2014 et accepté le 19 décembre a fait l’objet d’une relecture par les pairs. Si tel était le cas, il s’agissait d’une relecture bien distraite : une relecture pas assez attentive, par exemple, pour relever que des références citées en fin d’article ne sont pas utilisées dans le texte (6)…

Lorsqu’on lit « une telle absence de consensus sur la sécurité [des OGM] est également mise en évidence par l'accord des décideurs de plus de 160 pays (..) d'autoriser une évaluation minutieuse au cas par cas de chaque OGM par les autorités nationales à déterminer si la construction particulière satisfait aux critères nationaux de sécurité », on comprend assez aisément l’impossibilité de la discussion. D’un côté, il y a le monde rationnel de l’évaluation au cas par cas, dans lequel eux ne voient que la preuve de l’absence de consensus. D’un autre, il y a leur approche, «la sécurité des OGM », en général qui présuppose un danger spécifique des OGM, ce qui relève a priori d’une approche irrationnelle.

Personne n’a jamais dit qu’aucun problème ne pourrait se poser avec aucun OGM. Ce qui fait largement consensus parmi les spécialistes concernés par le domaine, c’est justement une approche au cas par cas, et la vérification dans chaque cas que l’OGM est aussi sûr que son équivalent non-OGM, ne diffère de celui-ci que par le(s) transgène(s) insérés, et que les protéines codées par celles-ci ne sont pas dangereuses, par exemple, pour la santé du consommateur, animal ou humain.

Risquons un parallèle :

De nombreuses réactions chimiques produisent de l’eau.

Par exemple :

1) 2 C4H10 + 13 O2 → 8 CO2 + 10 H2O

2) 2 C2H6O2 + 5 O2 → 4 CO2 + 6 H2O

Un consensus devrait tout naturellement se dégager : l’eau dans la réaction 2) est obtenu par un procédé différent de celui de la réaction 1), dans les deux cas, il s’agit bien d’eau. Il reviendrait à la charge de celui qui rejette le consensus de prouver que l’eau de la réaction 2) n’est pas équivalente à la première. S’ils étaient à même de montrer que la géométrie des molécules est différente d’une réaction à l’autre, leur revendication serait alors légitime. Or jusqu’à preuve du contraire, il n’exsite qu’une seule configuration spatiale pour les molécules d’eau.

On est en droit d’exiger des pourfendeurs du consensus sur la sécurité des OGM le même type de preuve : à eux de démontrer ceux qu’ils présupposent, à savoir qu’en dépit de la preuve par l’équivalence en substance ou par des techniques de profilage plus fines (7), une différence importante échapperait aux scientifiques qui ruinerait l’approche traditionnelle (la plus rationnelle jusqu’à preuve du contraire) et justifierait de soupçonner a priori les OGM, quels qu’ils soient. Or, les auteurs sont incapables de citer la moindre étude qui les autoriserait à instiller un minimum de doute.

La pauvreté des arguments et des preuves

Alors finalement, qu’ont-ils à opposer à un « faux » consensus sur la sécurité des OGM ?

Concernant les risques environnementaux, les auteurs mettent en avant des faits connus et que personne ne conteste : l’apparition de résistance de ravageurs des cultures, des effets sur une faune non ciblée, l’apparition d’herbes résistantes aux herbicides associés aux plantes qui les tolèrent… Tout cela fait partie de problèmes prévisibles et prévus pour tous ceux qui comprennent les lois de l’évolution, et qui n’ont rien de spécifique aux cultures de plantes génétiquement modifiées.

Il est assez risible que l’article verse au dossier à charge un article dont la conclusion doit très certainement leur déplaire : « Cependant, les mauvaises herbes résistantes au glyphosate ne sont pas encore un problème dans de nombreuses régions du monde, et des leçons peuvent être apprises et les mesures prises pour assurer la viabilité de glyphosate. Une leçon importante est que le maintien de la diversité dans les systèmes de gestion des mauvaises herbes est cruciale pour le glyphosate soit durable. Le glyphosate est essentiel pour le présent et l'avenir de la production alimentaire mondiale, et l'action pour garantir sa viabilité pour les générations futures est un impératif mondial » (8).Nous n’irons peut-être pas jusque là, mais c’est franchement drôle.A croire que les auteurs ne sont pas capables de lire un « abstract » jusqu’au bout…

Concernant l’impact sanitaire des plantes génétiquement modifiées et des aliments qui en sont issus, les auteurs allèguent un équilibre entre le nombre de « groupes de recherche » qui concluent à la sécurité des OGM actuellement autorisés, et ceux qui soulèvent des problèmes graves. Aucune précision sur ces fameux groupes de recherche (si nombreux…) qui soulèvent ces problèmes graves… Quoi qu’il en soit, mettre en doute la sécurité des OGM sur la base des études entièrement débunkées de Séralini et al. Malatesta, ou pire encore, celle de Judy Carman (9), voilà qui apporte la preuve de l’absence totale de crédit des auteurs de l’article et des signataires. Ils n’ont donc toujours rien de nouveau à se mettre sous la dent, les pauvres.

Certes, comme l’affirme l’article, « il n’existe pas d'études épidémiologiques portant sur les effets potentiels de la consommation d'aliments GM sur la santé humaine ». Encore faudrait-il leur rappeler que l’utilité de telles études ne se justifierait qu’en cas de doutes sérieux sur l’innocuité de tel ou tel OGM. Rappelons également que tous les prétendus cas de problèmes sanitaires agités par les anti-OGM, tels que les allergies de personnes ayant mangé des tacos « contaminées » au maïs Starlink, se sont à chaque fois dégonflés comme des baudruches (10).

Et s’il n’existe pas d'études sur la santé humaine, il existe au moins le test grandeur nature concernant les animaux d’élevage qui ,aux USA, sont aujourd’hui presque tous nourris ou complémentés avec des aliments issus de plantes génétiquement modifiées. Mais là encore, les auteurs font la fine bouche, au prétexte que les études disponibles n’ examineraient que « des paramètres d'intérêt pour l'industrie alimentaire l'agriculture, tels que la production de lait et le gain de poids ». Peut-on imaginer qu’ils acceptent de reconsidérer la question à la lumière de la plus récente étude publiée sur le sujet (11) ? Il est permis d’en douter.

Alors, au final, cette pétition , un pavé dans la mare ? Non, tout au plus un gravillon dans une flaque d’eau.

Anton Suwalki

Notes :

(1) http://www.enveurope.com/content/27/1/4

(2) http://www.agriculture-environnement.fr/dossiers,1/agronomie,53/ste%CC%81phane-foucart-ou-l-art-de,961.html

http://imposteurs.over-blog.com/2015/01/rendements-du-mais-transgenique-petite-partie-de-ping-pong-avec-stephane-foucart.html

(3) http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/ce-qu-agrapresse-n-a-pas-dit-au-sujet-de-charles-benbrook,588.html

http://www.enveurope.com/content/27/1/4

(4) http://imposteurs.over-blog.com/article-31975573.html

(5) http://www.isias.lautre.net/spip.php?article484

(6) Par exemple la référence n°4 : Lynas M: GMO pigs study – more junk science. Marklynas.org 2013, 12 June [http://www.marklynas.org/2013/06/gmo-pigs-study-more-junk-science/]

(7) Assessment of GE food safety using '-omics' techniques and long-term animal feeding studies, Agnes Richroch, New Biotechnology 30 (4): 349-354

Selon cette étude, l’approche en termes d’”omics” révèlent que la transgénèse a moins d’impact en termes d’expression des gènes et de composition des plantes que les modes d’obtention traditionnels.

(8) Evolved glyphosate-resistant weeds around the world: lessons to be learnt, Stephen B Powles, Pest Management Science,Volume 64, Issue 4, pages 360–365, April 2008

(9) http://www.imposteurs.org/article-judy-a-carman-le-seralinisme-fait-une-emule-en-australie-119976261.html

(10) Investigation of Human Health Effects Associated with Potential Exposure to Genetically Modified Corn ,Centers For Disease Control,USA (2001)

(11) Prevalence and impacts of genetically engineered feedstuffs on livestock populations, A. L. Van Eenennaam and A. E. Young, Journal of animal science, 2014.

Cette étude examine de nombreux paramètres qui attestent que la santé des animaux ne s’est pas dégradée depuis qu’ils sont nourris aux OGM, bien au contraire .

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