Les « OGM cachés », une expression inventée pour les besoins de la propagande

Publié le par Anton Suwalki

Les Amis de la Confédération Paysanne  s’insurgent : une conférence sur les « OGM cachés » qui devaient se tenir le 21 mars à l’Université de Strasbourg a été annulée (1). « OGM cachés » ? Les organisateurs de cette conférence promoteurs de cette expression  avaient, semble-t-il, eux-mêmes caché qu’ils étaient des faucheurs volontaires (2).  Il faut une sacrée dose d’hypocrisie à ces vandales, adeptes des méthodes musclées, pour interpeller sur la « liberté d’expression dans un lieu comme l’Université ».

 De toute façon, ils ont bien d’autres endroits pour s’exprimer. Jeudi 5 avril, ce sont des élèves du lycée agricole d’Amilly, près de Montargis, qui ont subi leur propagande. « OGM cachés, nouveaux OGM, OGM transgéniques, où en est-on ? » annonçait la République du Centre (3). Une conférence « tout public », mais organisée par des anti-OGM, et animée par « un généticien moléculaire de l’Université Paris-Sud ». Nos lecteurs auront compris qu’il s’agit de Christian Vélot. Et la lecture de l’article de la République du Centre laisse peu de doutes sur la teneur des propos qui auront été tenus devant les lycéens.

Cela n’étonnera personne, l’auteur de cet article subit elle-même la propagande, reprenant à son compte la terminologie mensongère des « OGM cachés ».

Vélot explique : « les OGM dont on parle classiquement dans le monde agricole sont des OGM transgéniques. Ce sont des plantes dans lesquelles on a introduit un gène d’une autre espèce. Ces OGM transgéniques sont reconnus comme tels par la législation européenne, à la fois sur le plan technique et juridique. Ils sont donc encadrés. Il n’y en a plus de cultivés en France. Mais il y en a qui sont importés pour nourrir nos animaux notamment. Il s’agit essentiellement de soja qui vient du Brésil, d’Argentine. Il y a une traçabilité.  Par contre, il existe d’autres techniques pour faire des OGM qui échappent au champ d’application de la directive européenne. Ce ne sont pas des OGM sur le plan juridique. C’est ceux qu’on appelle cachés.

-La République du Centre : De quelle technique s’agit-il ?

CV : De la mutagénèse qui consiste à soumettre les graines à un agent chimique ou physique qui provoque des mutations ».

Remarquons tout d’abord que CV adapte son discours en fonction de ce qu’il souhaite dénoncer. Ainsi les « OGM transgéniques » sont « encadrés », pas les « OGM cachés ». Et pour ces derniers, « en temps que scientifique, [il ne peut] que déplorer l’absence d’évaluation, le fait qu’on puisse prendre les consommateurs pour des cobayes et la planète pour un laboratoire ». Ainsi, il tient le même discours, au mot près, pour les prétendus OGM cachés que pour les OGM tout court, « encadrés ». Aux OGM reconnus comme tels dans les directives européennes, il reproche les carences d’évaluation, et aux plantes soumises à la mutagénèse, il reproche d’échapper au champ d’application des directives européennes sur les OGM. Logiquement, même celles-ci y étaient intégrées, il continuerait donc à affirmer qu’elles ne sont pas assez évaluées, et à applaudir les exploits de ses amis faucheurs.

 Mais revenons sur ces OGM qu’ « on appelle cachés ». La neutralité du « on » cache le fait que cette notion est une pure invention des anti-OGM. Après le moratoire sur le maïs Bt MON810 décrété en janvier 2008 par Nicolas Sarkozy, et les derniers champs détruits, les idéologues anti-OGM ont « découvert » ces OGM cachés, pour continuer à mobiliser les vandales, et CV leur a bien entendu emboité le pas. En vérité, ces plantes mutées ne sont en rien « cachées », et sont tout sauf une nouveauté.

Et quelle bonne blague que le thème des consommateurs cobayes et du laboratoire planétaire ! En effet, la découverte de la mutagénèse a 90 ans, et la base de données de la FAO (3) recense plus de 200 espèces de plantes mutées, 3278 variétés différentes, cultivées dans une soixantaine de pays à travers le monde. Les premières ont été homologuées en 1950 ! Rien qu’au Japon, plus de 200.000 hectares de riz mutés sont cultivés, pour des caractères variés de résistance à certaines maladies, de rendements élevés, ou organoleptiques.

Il était grand temps, en effet, de se préoccuper des consommateurs ou des risques pour la planète ! On mesure le ridicule de revendiquer des études de toxicologie de 2 ans sur des rats, comme il le réclame pour les PGM, pour des plantes cultivées et mangées depuis plusieurs générations par des êtres humains. Et dont CV serait bien sûr incapable de documenter un seul cas problématique !  Soulignons pourtant que la mutagenèse, telle que décrite par lui, existe de manière spontanée dans la nature, et qu’elle se produit à une fréquence différente selon les organismes (4). Pratiquée de manière aléatoire sur les plantes au moyen de radiations ou d’agents chimiques,  la sélection se faisait jusqu’à récemment de manière très empirique. Depuis quelques années, émerge la mutagenèse dirigée, qui permet des modifications ciblées du génome, ce qui n’est pas, non plus du goût de CV. Le but des anti-OGM n’est-il pas d’interdire tout progrès, voire d’anéantir des décennies d’amélioration végétale, comme dans le cas de la mutagenèse classique ?

A défaut d’être capable de documenter un problème, CV décrit de manière caricaturale le cas du tournesol tolérant à un herbicide « [qui] ne meure plus lorsqu’il est arrosé d’herbicides. Il peut absorber l’herbicide sans mourir et l’accumule dans les cellules(..) Du coup, l’herbicide se retrouve dans la chaîne alimentaire, la plante et les produits qui en sont issus ».   La seule chose qu’il omet, c’est que comme n’importe quel produit destiné à l’alimentation, ces tournesols doivent se conformer aux limites maximales de résidus(LMR), fixées de manière très sécuritaire. Des LMR qui sont en général 100 fois, mais  jusqu’à 1000 fois  inférieures à la dose journalière sans effet observé dans les études de toxicologie chronique. Une précision, qui, parions-le, n’aura pas été fournie aux lycéens d’Amilly.

 Anton Suwalki

(1)   http://www.amisconfalsace.lautre.net/spip.php?article602

  1. http://seppi.over-blog.com/2018/04/les-faucheurs-volontaires-exigent-le-respect-de-l-ordre.html
  2. https://www.larep.fr/amilly/economie/environnement/2018/04/05/une-conference-animee-par-christian-velot-enseignant-chercheur-ce-soir-au-lycee-agricole_12800932.html
  3. https://mvd.iaea.org/#!Home

nb : pas tout à fait complète

(4)   http://www.genetics.org/content/148/4/1667

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véronique 08/06/2018 11:48

il y a aussi des risques pour les professionnels des biotechnologies dans le domaine OGM :
le génie génétique est une discipline très récente qui soulève aussi des questions préoccupantes pour la santé des personnes travaillant à l’élaboration de nouveaux produits et d’organismes génétiquement modifiés : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-biologique/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=129&dossid=497

Seppi 01/05/2018 19:28

"la base de données de la FAO (3) recense plus de 200 espèces de plantes mutées, 3278 variétés différentes, cultivées dans une soixantaine de pays à travers le monde" ?

L'inscription dans cette base de données est volontaire. Le nombre de variétés produites est sans nul doute sous-estimé. D'autre part, il s'agit en quelque sorte de "primo-mutants". Une mutation d'intérêt se retrouvera donc dans les variétés des générations suivantes. Il y a ainsi des espèces cultivées dont l'assortiment variétal complet est actuellement composé de variétés incluant des mutations obtenues par irradiation ou voie chimique.

On peut ainsi recommander à CV et aux "faucheurs volontaires" de boire de la bière car l'orge fait partie de ces espèces... à moins qu'elle n'ait été brassée avec des variétés d'avant, en gros, 1950.

philippe 29/04/2018 10:00

Il me semble que vous donnez la définition de la DJA.