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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 18:43

Une fois n’est pas coutume, j’ai acheté le dernier numéro de Science et Vie (n° 1197- juin 2017). En couverture, le magazine annonce  : « OGM : une technologie déjà dépassée ». Détrompez-vous, il ne s’agit pas de faire le point sur les promesses des nouvelles techniques d’édition du génome, telles que CRISPR-Cas9 (1), à peine abordée en fin d’article. Selon Yves Sciama, qui a signé cette enquête, c’est tout simplement le début de la fin des OGM (2), car ceux-ci « n’ont [tout simplement] pas tenu leurs promesses ».  Et d’évoquer carrément le début de la fin !

 

Sciences et Vie : des données déjà dépassées…

 

Le plus étonnant, c’est que le discours d’Yves Sciama est construit à partir des chiffres publiées par l’ISAAA (3) pour les surfaces cultivées en PGM en 2015.

 

« En 2015, pour la première fois, les surfaces plantées en OGM dans le monde ont reculé Moins 1%. Un recul certes timide…mais qui correspond à un renversement de tendance totalement inédit. » Pour le journaliste, un an fait donc une tendance ! Il ne se pose même pas la question de savoir si ce recul est propre aux OGM ou bien est liée au recul momentané de certaines cultures telles que le maïs ou le coton. Ce « renversement de tendance » est d’emblée analysé comme le début de la fin des OGM qui n’auraient pas tenu leurs promesses.

 

On peut imaginer que l’article a été écrit il ya déjà quelque temps. Mais Yves Sciama et la rédaction de S&V pouvaient-il ignorer la publication début mai du dernier rapport de l’ISAAA ? Celui-ci annonce pour l’année 2016 un nouveau record pour les surfaces cultivées  en PGM dans le monde : 185,1 millions d’hectares, soit  +3% par rapport à 2015. Faut-il interpréter cela, à la manière de Sciama,  comme « la fin du début de la fin » ? Sans aller jusque là, remarquons que la prise en compte de ces données auraient contraint son auteur à modifier substantiellement son article. S&V a préféré maintenir tel quel celui-ci, quitte à délivrer un message trompeur. Un choix éditorial très discutable. Manifestement, c’est cet article qui est complètement dépassé.

 

La réalité se charge donc de démentir Delphine Guey, du GNIS, « défenseur inlassable des OGM », selon Sciama. Pour celle-ci, la « courbe des surfaces d’OGM ne repartira pas à la hausse »…

 

Rendements : la rhétorique de l’homme de paille

 

La courbe des surfaces d’OGM, c’est un peu comme celle du chômage. Il est tentant pour certains d’interpréter la moindre inflexion conjoncturelle comme un renversement de tendance. Dans le deuxième cas, c’est la politique du gouvernement « qui finit par porter ses fruits », dans le premier, c’est que « les OGM n’ont pas tenu leur promesses ». Les cultures de plantes transgéniques perdent du terrain. « Et pour cause !,  titre S&V. Rendement décevants, insecticides (sic !) ».

 

Pour construire un discours sur le « déclin » observé en 2015, le mieux est enocre d’utiliser la rhétorique de l’homme de paille. C’est ce que fait Sciama à propos des rendements « qui n’ont pas été dopés ».

 

« C’était l’argument phare des fabricants d’OGM : en boostant les rendements agricoles, leurs semences transgéniques résoudraient rien de moins que la fin dans le monde ! »  Or, cet « argument phare » est tout simplement une invention des anti-OGM !

 

Et d’enfoncer le clou en citant le dernier rapport de l’Académie nationale des Sciences américaine (NAS) (4) : « Les données sur le maïs, le coton et le soja aux États-Unis ne montrent pas de signature significative de la technologie de modification génétique sur la rythme d'accroissement des rendements » . « En clair, les OGM n’ont pas dopé la production comme promis », conclut Sciama, qui s’est contenté d’une phrase du rapport, qui confirmait sa thèse.

 

Tout d’abord, à l’exception de l’eucalyptus GM autorisé au Brésil en 2015, aucune PGM n’a été à ce jour développée pour accroitre les rendements. De fait, la progression des rendements au cours des dernières décennies est largement due à l’amélioration génétique classique. Et la NAS prend bien soin de distinguer le rendement potentiel et le rendement effectif d’une plante. Le rendement potentiel, c’est le rendement théorique qu’elle peut atteindre, sans limitation d’accès à l’eau, aux nutriments, ou due aux attaques de pestes, de maladies etc… Pour les traits des PGM  actuellement cultivées (5), c’est seulement l’écart entre le rendement potentiel et le rendement effectif qui peut être réduit : notamment dans le cas des cultures de plantes Bt  en cas d’attaques massives d’insectes foreurs auxquelles elles résistent. La NAS a compilé des dizaines d’études, et comme le rapporte Sciama, et en effet, la « signature de la modification génétique » est loin  toujours évidente. Dès lors qu’on sort des essais contrôlés, la comparaison entre les cultures est difficile. Contacté par le journaliste, Claude Bagnis, membre du comité scientifique du HCB, explique en partie pourquoi. Les explications de Christian Huygues, de l’INRA, sont beaucoup plus surprenantes : « une culture OGM peut faire mieux qu’une conventionnelle sur une parcelle humide et moins bien ailleurs. Elle peut mal supporter la chaleur, et se montrer particulièrement vulnérable à tel ou tel ravageur »… Nous ignorons totalement sur quoi se basent de telles affirmations

 

Néanmoins, selon la NAS :

-« Bien que les résultats soient variables, les traits Bt disponibles dans les cultures commerciales dans de nombreux endroits, ont contribué à une réduction statistiquement significative de l'écart entre le rendement réel et le rendement potentiel, dans les situation où les insectes nuisibles ciblés ont causé des dommages importants aux variétés non-GM (…). 

- «  Aux USA, dans les régions qui ont massivement adopté le coton et le maïs Bt,  il y a une preuve statistique que les populations d'insectes nuisibles sont réduites à l'échelle régionale, et que ces réductions profitent à la fois à ceux qui cultivent des plantes Bt et aux autres»

 

Quant aux plantes tolérantes à un herbicide, la conclusion de la NAS est à peu près identique. En clair, les OGM n’ont pas dopé les rendements comme personne ne l’avait promis, mais ils évitent des pertes importantes dans certaines circonstances, comme prévu.

 

« Un lourd bilan environnemental », selon Yves Sciama

 

A propos des plantes Bt, Sciama écrit qu’elles « devaient permettre de réaliser des économies drastiques d’insecticides. Elles sont finalement assez modestes, le Bt n’étant pas efficace sur tous les insectes» . Avouons qu’il est un peu curieux de mettre cela au passif du bilan environnemental ! Car c’est précisément l’intérêt environnemental plantes Bt : les toxines qu’elles produisent ciblent certains insectes nuisibles, ce qui réduit les risques d’affecter tous les insectes, y compris ceux qui sont utiles ! Alors, certes, comme l’écrit le journaliste, elles sont négligeables quand les attaques sont le fait d’insectes suceurs (pucerons, cochenilles etc… ».  Normal, elles ne sont pas faites pour cela !

 Au final, écrit Sciama : « une récente étude sur le coton OGM en Chine , citée dans le rapport de  la NAS, chiffrait à environ 15% la réduction globale d’insecticides. Un avantage certain, donc, mais pas révolutionnaire ». Un chiffre qu’on ne trouve pas dans le rapport de la NAS, ni dans l’étude qu’elle cite à ce propos (6) , qui parle de réduction du nombre d’applications d’insecticides pour le cotonnier, très nettement corrélée à la part des cultures Bt.  Par contre, la réduction des quantités d’insecticides est spectaculaire , selon les termes employés par la NAS, pour la culture du cotonnier en Australie, ou du maïs aux USA,  y compris sur les cultures conventionnelles qui bénéficient des externalités positives des cultures Bt.

 

Au passif environnemental, Sciama ajoute celui des plantes transformées pour devenir « résistantes » au glyphosate (mieux vaudrait dire « tolérantes »).

 Mais, écrit Sciama, « [leur] avantage n’est plus aussi net : la littérature scientifique décrit désomais des dizaines d’espèces de mauvaise herbes qui se sont adaptées au glyphosate, obligeant à augmenter le nombre d’épandages et les doses, voire à utiliser d’autres produits » . Certes, selon Weed Science (8), il y aurait à ce jour une trentaine d’espèces de mauvaises herbes ayant développé une résistance partielle au glyphosate. Mais le problème des résistances , produit par les lois de l’évolution,  ne date pas de l’introduction des plantes transgéniques. Il s’est développé à partir des années 1970, et concerne environ 300 espèces (7). Il n’est pas impossible qu’à terme, les plantes tolérantes au glyphosate soient abandonnées. En attendant, selon le rapport de l’iSAAA 2016 que Sciama n’a pas lu : 86.5 millions d’hectares de PGM tolérantes au glyphosate seul, plus 75.4 millions d’hectares de PGM combinant cette tolérance avec d’autres traits GM. Manifestement, l’avantage est encore très net pour les agriculteurs.

 

Mieux, le journaliste reprend une vieille ritournelle : « pour l’environnement, le bilan n’est pas bon non plus : entre 1995 et 2015, la quantité de glyphosate consommée dans le monde a été multiplié par 12 pour atteindre 825.000 tonnes par an ». Évidemment, on voit mal la quantité de glyphosate diminuer alors que le produit est associé à un type de cultures qui s’est considérablement développée en deux décennies ! Mais la comptabilité à une seule colonne de Sciama ne veut rien dire . Ce qu’il faudrait faire, c’est prendre en compte la substitution du glyphosate à d’autres herbicides, le recours au labour évité, les économies de carburant.

 

La fin des vieux OGM ?

 

Sciama le reconnaît, « l’apocalypse sanitaire n’a pas eu lieu ». Pour le reste : « des rendements décevants, des mauvaise herbes résistantes aux pesticides, des gains de temps et d’argent pas toujours au rendez-vous…Voilà  de quoi expliquer que le modèle s’essouffle » ! Très en verve, Christian Huygues renchérit à propos des raisons de cet essoufflement qui ne saute franchement pas aux yeux. « Le chercheur rappelle qu’il n’y a pas eu de percée novatrice en transgénèse depuis des années, et que les fabricants se limitent pour l’essentiel à raffiner ( ?) et combiner de diverses manières ces deux grandes familles d’OGM appliquées aux quatre principales cultures : soja, maïs, coton, colza. »

 

Or, si soja, maïs, coton et colza représentent l’essentiel des surfaces cultivées , pourquoi omettre toutes les autres plantes - disponibles (betterave sucrière, luzerne, papaye, courge, pomme de terre, pommes, peuplier, aubergine, canne à sucre)

                                          - ou sur le point d’être commercialisées ? (-riz, blé, pois chiche, moutarde, haricot, banane, sorgho…)

 

Et à côté des « deux grandes familles d’OGM » (résistance aux insectes, tolérance à des herbicides), pourquoi ignorer les autres caractères disponibles ? résistance à des virus, (meilleure) tolérance à la sécheresse,  pommes de terre produisant moins d’acrylamide.. Bien d’autres sont dans les tuyaux .

 

Difficile, donc de rejoindre Christian Huygues lorsqu’il affirme que «  le marché sature parce qu’il n’y a pas de nouvelle offre et que l’essentiel des cultures éligibles est désormais converti ». La relative faiblesse de la nouvelle offre tient en réalité davantage dans les délais imposés pour l’autorisation de mise sur le marché des OGM qu’à cause de l’absence d’innovation.

 

Yves Sciama conclut imprudemment sur « le déclin des OGM à l’ancienne » par quelques mots sur les technologies « plus pointues » telles que CRISPR-Cas9, « à la fois prévues pour être à la fois plus efficaces et plus propres  au point de rendre caducs les  « vieux » OGM ». C’est toutegfois pour terminer sur une note un brin ironique et sceptique : « et parions-le, de nouvelles promesses mirifiques et autant de controverses passionnées ».

 

Il ne se passe en effet pas une semaine sans qu’une équipe annonce des résultats prometteurs obtenus via CRISPR-Cas9. Quant à savoir si cette technologie a vocation à supplanter dans un futur proche la transgénèse classique….

 

Provisoirement, on peut en tout cas répondre à Yves Sciama : Non, rien ne permet de dire que c’est le début de la fin des (vieux) OGM . On attend d’ailleurs avec impatience les commentaires que ne manqueront pas de lui inspirer les dernières données disponibles sur les surfaces cultivées en PGM. En juin 2018, peut-être ?

 

Anton Suwalki 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Voir à ce sujet la présentation d’ Emmanuelle Charpentier et Pierre Kaldy, dans Pour la Science N°456 - octobre 2015
  2. en réalité, il n’est question que des seules plantes génétiquement modifiées)
  3. International Service for the Acquisition of Agri-biotech
  4. Genetically Engineered Crops: Experiences and Prospects (2016)
  5. A l’excpetion d’un peuplier GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉ qui vient d’être autorisé au Brésil et qui permet un rendement accru de 20% en terme de biomasse,  selon Futuragene..
  6. Lu, Y., K. Wu, Y. Jiang, Y. Guo, and N. Desneux. 2012. Wide-spread adoption of Bt cotton and insecticide decrease promotes biocontrol services. Nature 487:362–365.
  7. http://www.weedscience.org/default.aspx

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commentaires

angryagronomist 16/11/2017 22:38

Le problème avec les OGM c'est que les journalistes français n'ont personne à interviewer qui a réellement travaillé avec des OGM en plein champ. Sans contradicteur, supporté par la réalité du terrain, difficile de ne pas croire les mensonges des écolos.

Je bosse avec des ogm, j'en vois les bénéfices tous les ans. Le désherbage est simplifié. Rendez-vous compte, une seule pulvérisation en post-levée suffit à garder un champ de maïs propre pour la saison de croissance. Les traits de tolérance aux insectes (pyrales, chrysomèles etc) permettent un meilleur développement des racines et une réduction des mycotoxines. Mycotoxines dont le développement est favorisé par les dégâts des insectes se nourrissant de l'épi. Sans oublier les traits de résistance aux stress abiotiques, comme la tolérance à la sécheresse chez le maïs (pratique au sud des états unis) ou ces qui améliorent la disgestibilité comme la luzerne à faible teneur en lignine.

Les rendements croissants en maïs aux US et au Canada sont la preuve indiscutable du succès des ogm. Ces derniers préservent le rendement et permettent aux semencier d'investir quelques milliards (ce qui est peu comparé aux budget RetD de Volkwagen ou du Walmart) dans l'amélioration du germplasm et du pool génétique. Sans ces efforts, le gain en rendement serait bien plus limité.

Les percées technologiques arrivent aussi rapidement que le permettent les obstacles réglementaires mondiaux. La chine dicte la marche. Impossible de mettre un trait sur le marché si il n'est pas possible de l'exporter en chine. D'où un retard certain dans l'adoption de traits performants. Syngenta a voulu exporter un trait non approuvé par la chine en 2013 et se retrouve à payer des amendes monstres (dommages estimés à 5 milliards de $). La technologie d'ARN interférent pointe le bout de son nez et devrait permettre dans un premier temps de mieux protéger les racines du maïs. CRISPR est déjà activement utilisée par les semenciers. Certains on déjà mis sur le marché un maïs cireux (waxy corn) amélioré avec CRISPR.

IPPES 28/06/2017 11:54

ah je me disais que mr ADROVER avait disparu des ondes internet.. revoilà le promoteur des biotechn.... bon rien ne change hein , toujours à troller...

yann 04/07/2017 10:17

ha ha ha trop fort! ! Pauvre IPPES vous montrez vraiment ce que vous valez!!
Vous dites:
"ah je me disais que mr ADROVER avait disparu des ondes internet.. revoilà le promoteur des biotechn.... bon rien ne change hein , toujours à troller..."

Et vous n'êtes surement pas capable de voir l'absurdité de votre affirmation dans le contexte ou vous la faite...Vous êtes vraiment un digne représentant des idéologistes a deux balles bobobioidiot.

Pour Monsieur Huyhge (INRA) il est claire maintenant que cette personne et l'INRA qu'il contribue a gérer ne travail plus pour les agriculteurs mais contre eux. Le coup des "coût cache des pesticide" est un bel exemple de ce que vaut l'avis de l'INRA sur les sujets touchant le monde agricole. Ils sont responsable aussi du discours mensonger sur le tiametoxan qui serait "un tueur d'abeilles" alors que dans leurs dernier essais sur 280ha de colza , ils ont pourtant reconnu qu'il n'y avait aucune baisse de production ni baisse de population.
Ces "spécialistes" nous disaient déjà en 2010 que les agri pouvaient baisser de 30% les phyto sans pb (pas de pertes économique) et 7 ans plus tard leurs nouvelle étude arrive aux même résultats (30% de réduction possible) avec beaucoup plus de solution alternatives aux phyto trouvé maintenant qui n'existait pas en 2010.
L'INRA contribue pleinement aux déshonneur des scientifiques français au même titre qu'un séralini ou autre vélot

douar 28/06/2017 16:29

je ne crois pas que nous ayons tout à fait la même définition du terme troller.
Manifestement, vous étiez en manque d'un nouveau "papier" d'"imposteurs".

Fluchere 27/06/2017 23:23

Une fois de plus, ce journal qui s'intitule Sciences et Vie, est surtout un média colportant n'importe quoi. N'y a-t-il aucun journaliste scientifique en France. Ou bien les journalistes se croient-ils tellement au-dessus des autres qu'ils ne prennent pas la peine de faire valider leurs articles par des spécialistes ?

Maître Folace 05/07/2017 10:52

Il reste Sylvestre Huet dont l'excellent blog disparu de Libé est réapparu sur Le Monde. Il fait honnêtement son métier et surprend dans le bon sens comparé à un Stéphane Foucart.
Il s'y fait malheureusement régulièrement descendre en flammes par certains commentateurs lorsqu'il ose évoquer le coût réel des énergies renouvelables intermittentes si l'on y incluait le coût du stockage (d'ailleurs il n'existe à ma connaissance aucune installation prototype de méthanation de taille industrielle qui permettrait d'évaluer ce coût)