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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 15:54

 

Ces derniers mois, Gilles Eric Séralini et le CRIIGEN tentent d’occuper le terrain médiatique, avec plus ou moins de réussite. Après une nouvelle publication de Séralini et ses collaborateurs sur les effets supposés du RoundUp (1), un article paru début juillet 2009 est passé relativement inaperçu :

How Subchronic and Chronic Health effects can be Neglected for GMOs , Pesticides or

Chemicals (2).


Derrière cette discussion qui se veut générale, et l’appel récurrent à des tests de toxicité plus longs, Séralini s’applique surtout à justifier deux ans plus tard son article largement décrié au niveau national et international sur le nourrissage de rats au maïs BT MON 863 (3) . Le style « exotique » de Séralini transparaît dans de nombreux passages :


-On constate la répétition mot pour mot de formules employées dans ces conférences militantes : par exemple, « les OGM qui contiennent des pesticides, soit parce qu’il les tolèrent, soit parce qu’il les produisent » .


- Tous les biais méthodologiques de ses statistiques unanimement dénoncés sont purement et simplement ignorés. Avec un aplomb certain, il légitime le nettoyage auquel il a procédé afin de rendre statistiquement significatifs des résultats qui ne le sont pas ou qui n’ont aucune signification biologique (4). A l’inverse, il appelle à des « tests standardisés plus sérieux », lui qui rejette les standards établis au niveau international et fait des traitements statistiques fantaisistes !


Pour justifier ses résultats contradictoires, GES invoque des relations non linéaires de dose à effet et/ou non linéaires dans le temps. Sauf qu’entre non linéarité et effets sans relation avec la dose, il y a des kilomètres, qui lui échappent peut-être ? Selon Séralini , certaines paramètres correspondant à des perturbations hormonales se présenteraient sous la forme de courbes en J ou en U. Fouillez donc votre pharmacie. Si les hypothèses de Séralini sont exactes, il faut s’attendre à ce que la notice de certains de vos médicaments indique :


Posologie : 200 mg ou 500 mg. En cas de prise accidentelle de 350 mg, veuillez

consulter d’urgence votre médecin.


Une seule innovation majeure dans cet article : GES a découvert 2 ans après son étude invalidée par la communauté scientifique internationale un nouveau traitement statistique censé justifier les résultats contradictoires obtenus selon le sexe des rats nourris au maïs transgénique : Et là, stupeur , nous avons droit à 2 superbes graphiques dont les enseignements vont probablement bouleverser la science : GES a découvert en gros que les mâles et les femelles, c’est pas pareil. Etonnant, non ?


Pour arriver à ce truisme confondant, GES a confié à un mystérieux François Roullier la tâche de faire une analyse en composantes principales des paramètres hépatiques et rénaux des rats testés lors de l’étude sur le MON 863 . Curieusement, l’auteur de cette contribution majeure ne figure pas parmi les signataires de l’article, et sa qualité n’est même pas mentionnée !


Cette technique statistique d’analyse des données est utilisée pour étudier une population selon de nombreux paramètres, et établir une typologie des individus selon les caractères les plus discriminants et leur corrélation entre eux.

Ainsi une étude d'individus selon les conditions de travail permettrait par exemple de discerner nettement en fonction du niveau d’autonomie dans le travail, de la variabilité horaire, de critères de pénibilité physique etc.. le groupe des cadres supérieurs et celui des OS.


Dans le cas des paramètres biologiques étudiés par GES, deux groupes se distinguent nettement : les mâles et les femelles. Et alors ? GES ne fournit aucune clé de lecture pour réinterpréter les résultats de son analyse de 2007 à la lumière de ces 2 graphiques, il se contente de suggérer qu’ils fournissent une explication . « This demonstrates the clear separation of parameters values according to sex ».


On note que ces différences en apparence spectaculaires entre mâles et femelles sont en

réalité sans dimension de par même la méthode de représentation utilisée : il suffit que les individus représentés ne soient pas des clones pour obtenir une telle représentation. On choisit en effet la projection qui maximise la distance entre individus.

Nulle part n’apparaissent sur les deux graphiques des nuages distincts pour les rats nourris au MON _863 et pour les autres. Si cela n’est pas mis en évidence, on peut être sûr que c’est parce que GES n’a rien trouvé de ce côté-là, ce qui réduit encore la portée de cette nouvelle trouvaille statistique de Séralini.


Bilan de cet article : néant. C’était bien la peine d’attendre deux ans pour accoucher… d’une souris.

Anton Suwalki.




Notes :

(1) Glyphosate-based herbicides are toxic and endocrine disruptors in human cell lines.

Toxicology 2009

(2) International Journal of Biological Sciences

http://www.biolsci.org/v05p0438.htm

(3) New analysis of a rat feeding study with a genetically modified maize reveals signs

of hepatorenal toxicity. 2007.

(4) Lire notamment :

http://imposteurs.over-blog.com/article-29829309.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-30006464.html

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 11:55

Lors de la séance de mercredi 15 juillet de questions au gouvernement, une belle unanimité s’est dégagée pour enterrer le maïs BT MON 810 (1). La député Geneviève Gaillard, du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche a interpellé Chantal Jouanno sur le fait que Monsanto ait déposé son dossier auprès de la Commission Européenne pour le renouvellement de l’autorisation du Mais BT MON 810.

S’appuyant sur l’indigent rapport du comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM (2) qui prétendait que « des protocoles utilisés pour le MON 810 ont une puissance insuffisante pour détecter des différences, même importantes  entre deux groupes de rats dont un seul a consommé le produit » (3), madame Gaillard demande : « C'est dans ce contexte préoccupant que la délégation autrichienne a présenté le 25 juin, lors de la réunion du Conseil des ministres de l'environnement européens, une note d'information sur les OGM. Celle-ci invite la Commission à travailler à une adaptation de la réglementation, afin qu’un État membre puisse suspendre ou interdire la culture d'OGM sur tout ou partie de son territoire, non seulement pour des raisons environnementales, mais aussi à partir de critères socio-économiques qu'il faudrait définir. À ce jour, l'Autriche est soutenue dans son initiative par dix États membres.La France entend-elle dénoncer l'insuffisance des tests pratiqués par Monsanto à l'appui de sa demande d'autorisation du MON 810 ? Par ailleurs, soutiendra-t-elle l'initiative autrichienne ? » (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

 

Je vous invite à découvrir la réponse de Chantal Jouanno dans son intégralité : « Madame la députée, les fondements de la clause de sauvegarde qu’a voulue le Président de la République pour ce fameux maïs OGM MON 810 étaient, d’une part, l’existence d’incertitudes environnementales, notamment sur les résistances, et, d’autre part, l’absence de bénéfices socio-économiques avérés. En d’autres termes, nous ne sommes pas opposés aux biotechnologies, mais il faut que leur utilité soit prouvée.

Telle est la position que la France a défendue au sein de l’Union européenne, en particulier lors du Conseil européen de décembre, qui l’a approuvée à l’unanimité. Nous tenons en effet à ce que de nouvelles règles rendent l’expertise pluraliste, contradictoire et susceptible de mesurer les bénéfices socio-économiques attendus, ce qu’elle n’est pas actuellement au niveau européen. La position française a été, je le répète, soutenue par tous les États membres.

Aujourd’hui, nous attendons encore que la Commission traduise concrètement ce choix défendu par la France. L’expertise de l’AESA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui a émis, le 30 juin, un avis positif pour la reconduction du MON 810, se fonde sur l’ancienne procédure. À ce titre, elle ne change rien à notre position, qui consiste à refuser le maïs MON 810 tant que de nouvelles règles, de nouvelles procédures ou de nouvelles formes d’expertise n’auront pas été décidées au sein de l’Union européenne, comme elles l’ont été en France.

Quant à la proposition de l’Autriche, qui met en avant la subsidiarité, nous la soutenons s’il s’agit de faciliter l’interdiction de ce type de culture en France, mais non s’il s’agit de faciliter cette culture. Nous maintiendrons notre position, telle que nous l’avons définie lors du dernier Conseil de l’environnement, jusqu’à ce que l’Union européenne et la Commission proposent de nouvelles modalités d’expertise. » (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.) »

Voilà qui confirme bien que le suivisme anti-OGM de la gauche est perdu d’avance, car en matière de suivisme et de démagogie, le gouvernement a une bonne longueur d’avance. L’interdiction du MON 810 en janvier 2008 sur la base d’un rapport vide de contenu scientifique, l’indifférence du gouvernement face aux dernières actions des faucheurs sur les essais pourtant autorisés par la loi, ce qui a permis une nouvelle fois à Bové de fanfaronner , les dernières initiatives comme celle de l’ambassade de France aux Pays-Bas d’organiser une projection du Monde selon Monsanto, et ces dernières déclarations, tout corrobore l’idée que les OGM ne sont pas près de réapparaître sur le territoire et que le gouvernement tente d’entraîner l’Europe derrière lui, et continuera à fouler aux pieds le travail patient de ces propres experts. Le gouvernement se ménage la possibilité d’utiliser n’importe quel prétexte bidon pour maintenir ad vitam eternam l’interdiction de cultures transgéniques sur le territoire.

Que veut dire dans le contexte actuel «de nouvelles règles [qui] rendent l’expertise pluraliste, contradictoire ? », sinon la tentative de donner du crédit et du poids à des organismes pseudo-scientifiques comme le CRIIGEN ?  Science « citoyenne » au pouvoir, science tout court au placard… Que veut dire  « bénéfices socio-économiques attendus » ? Si des millions d’agriculteurs du Nord et du Sud cultivent des OGM , qu’est-ce que cela met en évidence, sinon des bénéfices socio-économiques au moins pour les agriculteurs ? Le gouvernement choisit de priver les agriculteurs d’ici de décider eux-mêmes si cette technologie correspond à une avancée socio-économique pour flatter les écologistes et une opinion publique maintenue dans l’ignorance.

Tout à fait révélateur, la façon dont le gouvernement français conçoit la subsidiarité . Comme pour tout ce qui concerne les OGM, on joue à Pile je gagne, Face tu perds : Si l’Europe autorise un OGM , on peut jouer du principe de subsidiarité pour justifier sa propre interdiction. Si l’Europe l’interdit, le  principe de subsidiarité ne s’applique plus ! Il suffisait d’y penser.

Les députés de l’UMP réputés majoritairement pro-OGM ont applaudi. Comme quoi, les convictions sont fragiles , quand on fait de la politique.

Même Maxime Gremetz, qu’on croyait « légèrement » anti-droite  s’est paraît-il écrié « Bravo » (1).  Ca n’est vraiment pas le sectaire qu’on croyait.

De son côté, Bové peut-être bientôt vice-président de la commission européenne , aurait tort de se sentir géné. Il va au contraire se sentir conforté dans ce sentiment de toute puissance, et c’est bien compréhensible. Quand on pense que son tracteur , dont le compteur affiche 5 km (le trajet de sa dernière manif parisienne), va définitivemenent rouiller dans un coin… Quel gâchis ! Ne pourrait-on lui confisquer et faire un ou des heureux parmi les agriculteurs du Sud ?

Anton Suwalki



(1)http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2008-2009-extra/20091017.asp#P300_55092

 

 

(2) rapport tellement baclé  qu’il n’était même pas à même de fournir une bibliographie sommaire correcte à l’appui des « doutes émis ». Des fautes grossières qu’on jugerait inacceptables dans un mémoire d’étudiant en DEUG. Relire les critiques scientiques exprimées lors du forum organisé par l’AFIS sur :

http://agribiotech.free.fr/

(3) En réalité, dans l’étude incriminée*,il y avait 10 groupes de 20 rats de chaque sexe, deux nourris au MON810 (11% et 33%), deux nourris avec le maïs isogénique, les autre nourris avec d’autres maïs. Ceux qui prétendent juger de la puissance des tests ne savent même pas cela, c’est dire leur crédibilité…

           *Results of a 90-day safety assurance study with rats fed grain from corn borer-protected  corn. Hammond et al(2006) 

(4) http://www.agrapresse.fr/parlement-europeen-jose-bove-pourrait-etre-vice-president-de-la-commission-de-l-agriculture-art243528-17.html

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 12:53

La progression des cultures transgéniques se poursuit aux États-Unis en 2009 (1) selon l’USDA : Plus 5% en termes de surfaces cultivées par rapport à 2008. Pour deux cultures, la part des OGM dépasse les 90% : le soja (déclinant en 2009 d’un point de 92 à 91%) , et la betterave à sucre. La betterave transgénique, en culture depuis seulement 3 ans, représente 95% des cultures . Les surfaces cultivées en maïs OGM sont passées de 80 à 85%. Le coton OGM de 86 à 88%.

 

Les plantes présentant le caractère de tolérance au glyphosate, (combiné ou non à d’autres traits) ne sont pas en régression malgré les annonces jubilatoires des anti-OGM d’apparition de résistance « catastrophique » d’adventices au glyphosate, en particulier de l’amarante dans l’état de Géorgie. C’est tout juste si certains ne vont pas sabler le champagne :

 

 « Cette plante est en train de faire tourner les beaux rêves de Monsanto en cauchemars.

Les OGM, pour Monsanto, c’est la réponse absolue à la prédation des insectes.

Pour les écologistes, et pour beaucoup de citoyens responsables, les OGM sont une menace pour l’environnement.

Mais là où tous les militants du monde se cassent les dents contre le puissant lobby OGM, une petite plante fait de la résistance. » (2)

 

En somme « vive les mauvaises herbes ! » . Bêtise haineuse, quand tu nous tiens ! Peu importe que ce cauchemar pourrait aussi être celui des agriculteurs, dont ils se moquent du sort.

Le cauchemar est tout relatif en réalité, car que sont 5000 hectares rapportés aux 62 millions cultivés en OGM ? L’apparition de ce type de résistance est d’une grande banalité, qu’il s’agisse de cultures OGM ou pas, d’un traitement au glyphosate ou à d’autres herbicides. Une petite recherche sur la base de données de Weed Science (3) permet de se faire une idée du phénomène. Voir notamment le nombre de cas de résistance rapportés pour la seule Palmer Amaranth (ici en cause) depuis 1989, bien avant la mise en culture de plantes transgéniques.

Pour l’état de Géorgie, uns phénomène identique de résistance au glyphosate avait déjà été rapporté en 2006 (4) en même en 2004, et les mêmes se gargarisaient de la belle victoire de la « plante espiègle » !

 

Il faut croire que les agriculteurs américains ne lisent pas la presse des « résistants » anti-OGM et des « citoyens responsables ».

 



Anton Suwalki

 

 


 

 

 

 

Notes :

(1)     http://www.gmo-compass.org/eng/news/452.docu.html

      http://www.transgen.de/pdf/anbau/NASS_Report_06-30-2009.pdf

(2) http://www.lepost.fr/article/2009/06/12/1575253_l-amarante-pourrie-la-vie-des-ogm-de-monsanto.html

(3)     http://www.weedscience.org/In.asp

(4)     http://www.bioone.org/doi/abs/10.1614/WS-06-001R.1

 

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 14:25

 Y a-t-il des justifications scientifiques à la suspension allemande de l’autorisation de culture du maïs MON810 ? Après examen des justifications allemandes et analyse exhaustive de la littérature scientifique, Agnès Ricroch (AgroParisTech), Jean Bergé (INRA) et Marcel Kuntz (CNRS) répondent négativement à cette question. Les incohérences de l’administration allemande sont aussi mises en lumière dans un article scientifique en accès libre.

 

Nous avons examiné les justifications invoquées par le gouvernement fédéral allemand en avril 2009 de suspendre la culture des variétés de maïs génétiquement modifiés contenant le gène Bt de résistance aux insectes notamment des lépidoptères  (MON810). Nous avons effectué un examen critique de présumées « nouvelles données » sur un impact environnemental potentiel de ces variétés et des données précédentes sur les lépidoptères, les organismes aquatiques et du sol, invoqués par le gouvernement allemand.

Nous démontrons que cette suspension est fondée sur une liste non exhaustive de références scientifiques, ignore la démarche au cas-par-cas largement admise (les arguments allemands confondent deux maïs différents, MON810 et Bt176), et confond le danger potentiel et le risque avéré de la procédure scientifique d'évaluation des risques.

En outre, nous n'avons trouvé aucune justification pour cette suspension dans notre étude exhaustive de la littérature scientifique concernant les effets possibles sur les animaux non cibles dans les conditions naturelles de terrain. La baisse d'abondance de certains insectes concerne principalement les ennemis spécialisés du ravageur visé, la pyrale (une conséquence attendue de son contrôle par le maïs Bt). Au contraire, les maïs Bt ont généralement un impact plus faible que les traitements avec un insecticide. Notre présente étude démontre que les méta-connaissances disponibles sur les maïs exprimant une toxine insecticide Cry1Ab (MON810 et autres) ont été ignorées par le gouvernement allemand qui a plutôt choisi certaines études individuelles supposées conforter sa thèse.

 

De plus, nous montrons que l’administration BVL (Bundesamt für Verbraucherschutz und Lebensmittelsicherheit, protection du consommateur et sécurité sanitaire des aliments) du gouvernement fédéral allemand (en charge de la suspension et, à ce titre, de « justifier scientifiquement » cette suspension) est aussi co-auteur d'un rapport appelé BEETLE récemment mis en ligne sur internet qui montre l'étendue des connaissances acquises sur la sécurité environnementale des PGM et qui contredit ses propres prétendues justifications.

Finalement, nous montrons qu’une des études présumées nouvelles (2009, sur les coccinelles) n'est pas si nouvelle que cela, puisque les données avaient déjà été publiées en Allemand en 2004 par les mêmes auteurs.

 

Agnès Ricroch, Jean Bergé & Marcel Kuntz

 


 

Pour lire l’article en ligne : http://www.springerlink.com/content/r6052757667ng364/fulltext.pdf


 

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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 16:11
 



Quand le Monde Diplomatique traite des OGM, ce journal BCBG applique systématiquement les mêmes méthodes que l’ensemble de la mouvance anti-OGM et ne fait pas mieux que Mari-Monique Robin ou José Bové, seul le style différant, sociologie de son lectorat oblige ?

 

Dans son numéro  de février 2009, un article intitulé Monsanto à l’assaut du Burkina Faso atteint le paroxysme de la propagande mensongère :

 

Monsanto à l’assaut du Burkina Faso

 

 

                                   1/ « Paysans en colère » ?

 

Le surtitre de l’article nous annonce que « L’introduction du coton transgénique provoque la colère des paysans africains ». Curieux, tout le Monde a entendu parler des récentes émeutes de la faim en Afrique, mais pas de manifestations de colère des paysans africains liées aux OGM. Une colère rentrée, peut-être ? Même au Burkina Faso qui est pourtant le seul pays d’Afrique de l’Ouest à avoir démarré la culture du coton BT, pas d’écho… Ca met sans doute des gens en colère, mais qui exactement ?

 

Françoise Gérard, l’auteur de l’article est une française retraitée et domiciliée au Burkina et membre d’ATTAC. ATTAC Burkina Faso compte le nombre vertigineux d’une trentaine de membres, étudiants, journalistes, prêtres, intellectuels universitaires (1). Leur liste mentionne un seul agriculteur.

 

Quand on pense que Françoise Gérard  affirme sans rire que : « Mais, comme leurs homologues altermondialistes occidentaux (sic !!!), les paysans du continent noir se méfient des conséquences sanitaires et sociales des organismes génétiquement modifiés » . Et malgré ça, sur plusieurs millions de paysans, un seul adhère à ATTAC ? Heureusement que pas plus que le ridicule, le culot ne tue.

 

Admettons que certains paysans se méfient des OGM, c’est une réaction humaine comme devant toute nouveauté. Mais où et comment se manifeste leur colère ?

 

« Un front anti-OGM rassemblant des associations s’est constitué : la Coalition pour la conservation du patrimoine génétique africain (Copagen) ».

 

« Coalition pour la conservation du patrimoine génétique africain ».Les paysans africains auraient-ils déjà attrapé l’accent du Larzac ? Notez bien qu’un gène BT est introduit dans du coton, et c’est tout le patrimoine génétique africain qui est en péril…

 

Serait-ce alors ce « Syndicat national des travailleurs de l’agropastoral » (Syntap) évoqué ailleurs ? Je n’ai trouvé aucun élément sur le net qui permette de se faire une idée de l’importance de cette organisation qui n’a apparemment pas de site internet.

 

« Des groupements de pays voisins en font partie [NDLR :du COPAGEN] : Bénin, Mali, Côte d’Ivoire, Niger, Togo et Sénégal. Bien que ses capacités financières soient restreintes, la Copagen a organisé en février 2007 une caravane à travers la sous-région afin de sensibiliser et d’informer les populations du danger qui les menace. Cette manifestation s’est achevée par une marche de protestation dans les rues de Ouagadougou. » (FD)

 

Capacité financière pas si restreinte que le prétend FD, il semble au contraire que les riches organisations écologistes européennes n’ont pas lésiné sur les moyens :

Combat Monsanto décrit au contraire une impressionnante logistique (2) : délégations étrangères dont européennes, retransmissions d’émissions télévisées, organisation de foires bio à toutes les étapes sauf Ouaga, « théatre forum », distribution de documents et tracts en langue française, des ateliers d’ « échange interpaysans » (sic !!!) . FD se moque véritablement de nous en pleurnichant sur les moyens limités… Tout ça bien sûr pour apporter aux paysans une « information juste et objective  sur les OGM ». On n’a pas oublié de leur passer Le monde selon Monsanto, au moins ?

 

D’ailleurs, un des participants aurait conclu : «  Si c’est ça les OGM, nous n’en voulons pas ! Est-ce que nos responsables travaillent vraiment pour notre bien ? Il faut dès à présent introduire partout l’information et la sensibilisation sur les OGM ; ils ne passeront jamais par l’Afrique... » .

 

On l’a tellement bien informé que le pauvre ne sait pas qu’il y a déjà des OGM en Afrique, depuis 12 ans !

 

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que malgré tous ces moyens engagés, les paysans n’ont pas été si massivement touchés par la grâce, puisque Combat Monsanto parle d’une participation de « plusieurs milliers de paysans » et 80 élus. Plusieurs, c’est-à-dire au moins 2000 ? Quand on sait le penchant au triomphalisme inhérent au monde militant…

 

Parions  que la colère contre les OGM au Burkina, c’est avant tout celle des anti-OGM occidentaux, et d’une petite minorité alliée en Afrique, pas celle des paysans.

 

En parlant de la colère des paysans africains, FD essaie de légitimer sa propagande par le résultat qu’il rêve d’en obtenir .

 

                                             2/ Comploïte aigue :

 

Tellement convaincu du caractère diabolique des OGM, LMD n’imagine pas qu’il puisse s’imposer quelque part sans qu’il y ait derrière des manigances …diaboliques :

 

« Comment le Burkina Faso en est-il venu à travailler avec une entreprise célèbre pour son herbicide Roundup et son « agent orange » ? (FD)

 

Comme dans toute la propagande anti-OGM ,  on fait en sorte que les OGM soient associés subliminalement aux horreurs de la guerre, l’agent orange étant un herbicide détourné de son usage pendant la guerre du Vietnam. Quand bien même il aurait conçu pour être une arme de guerre, l’amalgame est exactement aussi stupide que le serait de juger l’aspirine de Bayer en fonction du gaz moutarde !

 

« (..) ce n’est qu’en 2003, lors d’un atelier sur la biosécurité à Ouagadougou, que la Ligue des consommateurs apprit l’existence de ces essais et divulgua ce que l’Institut de l’environnement et de la recherche agricole (Inera) avait dissimulé. Monsanto prétendit que les essais étaient effectués dans des « espaces confinés ». En réalité, il s’agissait de parcelles entourées de filets déchirés. » (FD)

 

C’est en secret que les essais se passent, mais Monsanto confine ses parcelles secrètes avec des filets… mais déchirés ! On nage vraiment dans le ragot à la MMR.

 

Observons ensuite la très subtile analyse géopolitique :

 

« Le Burkina Faso était le maillon faible de la région : son président Blaise Compaoré cherchait à renouer avec la « communauté internationale » après avoir soutenu activement l’ancien président du Liberia, M. Charles Taylor, pendant la très meurtrière guerre civile dans les années 1990. Il était soupçonné d’avoir alimenté le trafic d’armes et de diamants dans la sous-région. En quelques années, son pays est devenu un élève modèle des institutions financières internationales et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le partenariat avec Monsanto a ainsi constitué un geste politique envers les Etats-Unis, très mécontents de l’attitude de M. Compaoré. » (FD)

 

Pourquoi pas ? Sauf que FD part du postulat que les OGM ne peuvent être acceptés que sous la contrainte, et a donc cherché une explication a postériori de leur acceptation par le Burkina, rien de plus.

 

La puissance du raisonnement se juge d’ailleurs à cela :

 

« Si le Bénin a renouvelé pour cinq ans un moratoire sur les OGM, le Mali vient de céder à la pression et d’autoriser les essais de coton Bt. » (FD)

 

 

Or si les relations des USA avec le Mali qui vient paraît-il de « céder » sont qualifiées d’excellentes par la diplomatie américaine dans une note très récente, celles avec le Bénin aussi (3).. Le moratoire ne les a même pas fâchés .Mais FD va surement nous trouver une autre explication a postériori à ce mystère . C’est tout un art, la dialectique !

 

« Si Monsanto a choisi le Burkina Faso, c’est d’abord parce qu’il est le plus gros producteur de coton d’Afrique de l’Ouest, devant le Mali, le Bénin et la Côte d’Ivoire. » (FD)

 

 

Toujours cette puissance d’analyse ! Si ça avait été plus facile de s’implanter d’abord au Bénin, Monsanto aurait choisi le Bénin. Et s’il avait fallu partir d’abord à l’assaut de la minuscule Gambie, Monsanto aurait choisi la Gambie.

 

Mais plongeons maintenant vers les abysses de la pensée :

 

« En outre, sa situation géographique en fait le cheval de Troie des biotechnologies dans la région. Les frontières sont poreuses : on sait que les usines d’égrenage favorisent des échanges involontaires. La contamination « accidentelle » des plantes par les OGM profite aux firmes conquérantes, une plante contaminée ne pouvant revenir à son état antérieur et rien ne distinguant à l’œil nu une plante génétiquement modifiée d’une autre. » (FD)

 

 

Et oui, la stratégie de Monsanto est encore plus machiavélique que vous ne l’auriez imaginé ! C’est tout juste si des petits gnomes ne traversent pas les frontières la nuit pour aller « contaminer » les plantes des pays voisins. Et en plus « ça ne se voit pas », contrairement à l’hypothèse concurrente et très imaginative de Madame Robin pour qui le maïs mutant peut revêtir les formes monstrueuses  d’ Arabidopsis thaliana, une plante modèle de laboratoire.

 

Quand bien même quelque sacs de graines passeraient la frontière, FD serait bien incapable de nous dire l’avantage que Monsanto en tirerait pour imposer ensuite ses semences. Il est même plus vraisemblable qu’elle ait au contraire intérêt à surveiller que des exportations volontaires n’ait pas lieu, permettant à des agriculteurs de développer une culture clandestine de Coton BT sans payer de redevance, ce qui ralentirait d’autant sa possibilité d’expansion (4).

 

 

LMD prétend ensuite que ce sont de véritables milices déployées pour forcer les agriculteurs à faire du BT :

 

«  Yezuma Do, producteur, raconte : « Ils sont venus avec les autorités et les gendarmes pour nous dire que l’année prochaine nous ferons tous du Bt, parce que c’est mieux pour nous. Mais ils ne nous disent pas le prix des semences. Et si nous refusons, l’UNPCB nous prévient que nous ne pourrons pas égrener notre coton conventionnel dans la région. » De guerre lasse, M. Do envisage, avec de nombreux voisins, de renoncer à la culture du coton. » (FD)

 

Un témoignage facile à vérifier bien sûr… C’est peut-être vrai . Le problème est qu’entouré de tant d’idioties et de mensonges volontaires, on peine à le croire ! Comment se fait-il d’ailleurs que dans un tel climat, le gouvernement laisse tranquillement s’organiser sur son territoire une telle campagne anti-OGM dont se vante FD ?

 

 

 

                                              3/ L’éternelle litanie :

 

 

« Les dépliants sur papier glacé de Monsanto décrivent un monde idyllique à l’aide des statistiques de l’Inera. Ils prétendent que les semences OGM Bollgard II apporteront : une augmentation moyenne de rendement de 45 %, une réduction des pesticides de six à deux passages, une réduction des coûts de 62 %, d’où une économie de 12 525 francs CFA par hectare (soit 20 euros) et, par conséquent, un bienfait pour la santé des cultivateurs et pour l’environnement. Or rien ne paraît plus aléatoire que le « rendement moyen » dans un pays soumis à une pluviométrie capricieuse. S’il ne pleut pas, il arrive que les paysans soient obligés de procéder jusqu’à deux ou trois semis successifs. Lorsque le prix des semences est négligeable, il s’agit « seulement » d’un surcroît de travail. Mais, si on doit acquitter les DPI, à combien reviendra un hectare de coton ? (..)Quant à la réduction des coûts, il est bien hasardeux d’avancer un chiffre alors que Monsanto garde jalousement le secret du prix des DPI, qui s’ajoutera à celui des intrants et des herbicides. A supposer que les rendements soient meilleurs, la différence ne permettra guère plus que d’éponger le surcoût des DPI.(..) . M. Diallo, le ministre de l’agriculture, promettait des rendements de trois tonnes à trois tonnes et demi à l’hectare... Les meilleurs essais OGM n’ont donné qu’une moyenne d’une tonne trois cents kilos à l’hectare. » (FD)

 

Les anti-OGM adorent spéculer dans le vide, pour ne pas dire pédaler dans le yaourt. Et FD n’a même pas pris la peine ou refuse de consulter les publications qui rendent compte des années d’essai des OGM (5). Ca lui aurait pourtant évité de dire n’importe quoi sur les rendements des meilleurs essais OGM : les rendements moyens dépassent les 2 tonnes à  l’hectare, soit beaucoup plus que ce qu’elle affirme être les meilleures performances. D’autre part , les auteurs de cette étude ne se sont pas contentés de bavarder sur la moyenne comme la journaliste, mais ont calculé les gains de rendements et leur probabilité d’occurrence, en fonction du niveau d’infestation des parasites :


 

Avantages de rendement du coton Bollgard II utilisés dans

le modèle économique et la probabilité de leur occurrence

 

                    Avantage de rendement de Bollgard II (%)

Infestation     5         15       25       35       45       60

Faible              0.09      0.37   0.43   0.09    0.02   0.00

Moyenne          0.03    0.09   0.31   0.39    0.17   0.01

Elevée             0.00     0.03   0.12   0.28    0.45   0.12

 

Source: Modèle dégâts des parasites/lutte contre les parasites des auteurs.

 


 

Lecture du tableau : pour une infestation moyenne, la probabilité d’un avantage de rendement de 35% est de 0,39 (39%), la probabilité d’un avantage de rendement de 45% est de 0,17 , la probabilité d’un avantage de rendement de 60% est de 0,01 (39%), etc…


 

Sur un autre plan,l’étude citée calcule -froidement- la répartition du surplus monétaire induite par l’introduction du Bolgard. Au delà d’un certain niveau de redevance, le bénéfice du semencier décroit car décourageant l’agriculteur de cultiver. Ce seuil est de 90 $ pour l’ensemencement d’un hectare, soit 2 fois plus que ce qu’elle présume être le seuil que pourrait dépasser la redevance. Marx avait compris il y a 150 ans que pour extorquer de la plus-value, encore faut-il que la force de travail soit en capacité d’en produire (6). Apparemment, les brillants théoriciens « néo-Tobbinistes » ne l’ont toujours pas compris. 

 

« En outre, il s’avère que le gène miraculeux reste sensible à la sècheresse et qu’il dégénère à mesure que la plante croît. » (FD)

 

C’est un concept du conseil scientifique d’ATTAC-Burkina Faso, le gène qui « dégénère » ? C’est juste le gène BT qui dégénère à la sécheresse ? Les gènes non BT , donc « naturels » ne dégénèrent pas ? On voit que si les anti-OGM ici tombent un jour en panne d’arguments loufoques, il y a un réservoir de têtes pensantes en Afrique de l’Ouest !

 

« En effet, deux phénomènes peuvent se produire : l’apparition de chenilles résistantes au gène (en quatre ou cinq ans) et de ravageurs secondaires non maîtrisés par le gène. » (FD)

 

Litanie ! on pourrait leur lister des milliers d’articles relatant ces phénomènes en agriculture conventionnelle, les anti-OGM font comme ci c’était un risque inhérent aux OGM, et ressortiront l’argument jusqu’au dernier hectare cultivé sans OGM. Quand bien même la gestion de ce problème aurait correctement maîtrisé jusqu’à l’avant dernier hectare!

 

« Curieusement, si le Comité consultatif international du coton (CCIC) (8), réuni à Ouagadougou du 17 au 21 novembre 2008, a vanté la réussite spectaculaire du coton Bt indien (six années consécutives de rendements croissants), aucune mention n’a été faite de la vague de suicides chez les petits producteurs ruinés par une production bien inférieure à ce qu’on leur avait fait miroiter. » (FD)

 

On se doute que tout à leur volonté d’information « juste et objective », les caravaniers anti-OGM ont du marteler cet argument, et ils continueront indéfiniment à colporter cette rumeur alors que les paysans indiens ayant adopté le coton BT ont très sensiblement augmenté leur revenu par rapport aux autres (7). Le nombre continuellement croissant des cultivateurs OGM en Inde 5 ans après la prétendue vague de suicides étant le meilleur argument à opposer à ceux qui, non contents de mentir, prennent en plus les paysans pour des imbéciles.

 

 

 

                                           4/ Quelles alternatives ?

 

Nul ne peut être sûr du succès des OGM au Burkina. Le choix entre culture conventionnelle de coton et culture OGM est avant tout technique pour les agriculteurs pauvres de ce pays, pour qui compte avant tout le fait que ça améliore ou non leur revenu. L’évolution du marché mondial du coton reste somme toute la principale inconnue.

 

Personne ne prétend qu’une technologie, même puissante, pourrait mettre fin à des problèmes d’organisation économique. Et là, y a-t-il une alternative pour les paysans burkinabais et ailleurs ? Comme c’est ce que suggère la dénomination  altermondialiste » du monde , voyons ce qu’il propose :

 

Pas de socialisation de l’agriculture, il est vrai que de tels projets n’ont plus très bonne presse. La solution , ça serait par exemple… le bio équitable, vous avez encore deviné ! Pas de révolution économique donc, mais une solution plus écologiste qu’ écologique et une modification à la marge des rapports producteurs/consommateurs.

 

« Parmi les solutions de rechange aux OGM, il existe le coton bio et équitable que l’association Helvetas a lancé au Mali en 2002, au Burkina Faso en 2004 : aucun produit chimique, fumure organique (gratuite), récolte de première qualité... Le sol se régénère au lieu de se dégrader. Le kilo de coton est payé 328 francs CFA (0,50 euro) au producteur, contre 165 francs CFA (0,25 euro) pour le coton conventionnel. La filière regroupe déjà quelque cinq mille petits producteurs sur environ sept mille hectares répartis sur les trois régions, Ouest, Centre et Est, du Burkina. Mais plusieurs facteurs semblent freiner son expansion : outre les interventions sonnantes et trébuchantes de Monsanto, allié aux institutions financières internationales, le transport du fumier organique nécessite un âne et une charrette. Rares sont les paysans qui disposent de ces moyens. »

 

Or un rapport de cette association est disponible sur Internet (7) et en dit très long sur FD et ses amis.

 

D’abord parce que l’INERA et l’UNPCB, le syndicat majoritaire des producteurs de Coton, tous deux stigmatisés comme les suppôts de Monsanto, ont participé au projet et cosignent le rapport.

 

Le rendement moyen des exploitations bio pour la campagne 2005/2006 est de 466 kilos à l’hectare, avec des variations considérables d’une exploitation à l’autre, et ce malgré l’encadrement des agriculteurs. Les rendements moyens du coton dans le pays, avant introduction des OGM, étaient pour la même campagne de 1075 kg par hectare, soit 2,3 fois plus élevés (8).

 

Le rapport précise :

« Les producteurs et productrices ayant produits plus de 400 kg/ha de coton graine dégagent des marges bénéficiaires positives. Pour atteindre des marges similaires au coton conventionnel, des rendements de 600kg/ha sont nécessaires. »

 

Même si on ne dispose pas de toutes les données afin de calculer le différentiel de revenu conventionnel et bio, un constat s’impose (11) : les producteurs bio ont fait en moyenne leur marge bénéficiaire sur 66 kilogrammes par hectare.

 

Dans une région (Fada) représentant 29% des agriculteurs bio, les rendements (663 kg/ha) semblent satisfaisants du point de vue de l’agriculteur, même s’il reste très en deçà de la production moyenne conventionnelle. 80 des 190 agriculteurs dépassent le seuil évoqué de 600 kg/ha et pourraient donc avoir un revenu supérieur aux producteurs conventionnels TCEPA. Il manque des données comparatives sur les performances des producteurs de coton conventionnel dans cette région.

Dans la région de Pô (17% des agriculteurs bio), les rendements dépassent  à peine 400 kg/ha. Dans les autres régions (54% des agriculteurs bio), les seuils sont nettement inférieurs à 400 kg/ha. 

 

Globalement , la prime au bio/équitable ne compense pas, loin de là, les pertes de rendements.    

 

Si les estimations de gains liés aux OGM sont fondées, alors le fossé OGM/ bio serait encore plus important.

 

Le consommateur des pays riches sans nul doute animé par des sentiments généreux qui verse une prime au commerce dit équitable, saura-t-il qu’il s’agit en fait d’une prime à l’appauvrissement (9) ? Est-ce cela que veulent ceux qui sur le terrain cherchent à empêcher à tout prix les OGM mais préconisent le bio en jouant sur la corde des bons sentiment ? On est en droit de se le demander !

 

Le projet n’est même pas écologique, ou alors dans le seul sens rétrograde de la décroissance. Car pour produire autant, il faudrait multiplier par plus de deux les surfaces cultivées. Le bio bon pour la nature est surtout une « légende urbaine » (10). Il n’est pas certainement pas bon pour la santé des hommes, et FD qui se préoccupe de l’exposition aux pesticides chimiques préconise le recours au fumier organique, alors même qu’elle précise :

«   L’argument auquel les cultivateurs sont le plus sensibles reste la diminution des pesticides que Monsanto fait miroiter. En effet, pendant les jours d’épandage, il est fréquent que les agriculteurs dorment dans leurs champs avec toute leur famille, s’exposant ainsi à la toxicité importante de ces produits. »

 

Parce que les contaminations par le fumier, c’est peut-être préférable ? Sans parler du confort, pour des gens dont elle précise qu’ils dorment parfois dans leur champs !

 

 

Le responsable d’ Helvétas est lui aussi opposé aux OGM .Quelle coïncidence ! :

« Selon M. Abdoulaye Ouédraogo, responsable de la filière coton à Helvetas Burkina, « ici, il n’y a pas d’avenir pour les OGM. D’abord pour des raisons climatiques. Ensuite parce que les petits producteurs n’appliqueront jamais les consignes. Ils se préoccupent d’abord de remplir les greniers pour nourrir la famille : le coton vient seulement après. Ce n’est pas comme aux Etats-Unis, où l’on pratique la monoculture à perte de vue... ».

 

Tiens donc, mais dans ce cas pourquoi une filière bio , puisque le coton vient « seulement après », et que les gens n’appliqueront jamais les consignes (quel mépris, au passage !)? La mauvaise foi semble décidemment universelle dans le monde alter-écolo.

 

A la « mondialisation libérale » souvent brutale et l’hégémonie américaine , la mouvance représentée par Le Monde diplomatique oppose en réalité  une forme de néo-colonialisme humanitaire et paternaliste qui vise à maintenir l’Afrique et ses paysans dans une arriération économique et technique qu’aucun de ses représentants n’accepterait de supporter. La sauvegarde de la planète et les alibis culturels ont bon dos.

 

Anton Suwalki  

 


 

Notes

 

(1) http://attacburkina.africa-web.org/spip.php?article17

(2)www.combat-monsanto.org/spip.php?article144

 (3)http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/6761.htm

           http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/2828.htm

 (4) voir notre article sur l’Inde et la note sur l’industrie parallèle de semences.

http://imposteurs.over-blog.com/article-26582952.html

       (5) Evaluation des impacts économiques de Bollgard II au Burkina Faso :

http://alida-algodon.org/meetings/biotech_2007/documents/french/lundi/f_vitale_ouattara.pdf

(6) le fait qu’il ne s’agisse pas de main d’œuvre salarié mais de petits paysans indépendants ne change rien ici.

(7) http://www.helvetas.bf/Burkina_Faso/global/pdf/programme/Rapport_annuel_2005_BF.pdf

(8) http://www.karfo.net/dossiers/dossiers.php?val2=8_3_les+rendements

(9) au moins dans ce cas précis, ne généralisons pas.

(10) Urban myths of organic farming. Anthony Trewavas.

http://www.nature.com/nature/journal/v410/n6827/full/410409a0.html

  (11)  paragraphe en bleu modifié le 22/06/2006 . erreur d’interprétation initiale : cf commentaires de Ptoufle .AS

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 13:23

Extrait :

Les OGM sont-ils dangereux ? Cette simple question suffit à nourrir les peurs et les fantasmes du grand public. L'influence écologiste a-t-elle alors pu pousser les politiques à fermer les yeux sur les travaux scientifiques relatifs à ces produits ?

 

Les superficies mondiales de plantes génétiquement modifiées (PGM) atteignirent 125 millions d'hectares en 2008, dont  62,5 aux Etats-Unis, 21 en Argentine, 15,8 au Brésil mais seulement 107 000 hectares dans l'UE (principalement en Espagne et marginalement en République Tchèque, Roumanie, Portugal, Allemagne, Pologne et Slovaquie [1]). L'UE importe en revanche des récoltes issues de PGM, principalement pour nourrir son bétail. Après avoir fortement investi dans la recherche et le développement de PGM dans les années 80 et la première moitié des années 90,  l'UE se trouve aujourd'hui technologiquement hors-jeu, faute d'avoir su sortir de la querelle qui a pris son essor en 1996. Retour sur les causes sociologiques et politiques de la ''désinvention'' d'une innovation. (…)

 

Lire la suite de l’article de Marcel Kuntz sur le site Contre-feux :

 

Les OGM en Europe : l'innovation face aux peurs

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 15:54

La France n’a pas le monopole de l’obscurantisme anti-OGM, ça n’est certes pas une consolation ! Des activistes en Allemagne ont saccagé 270 pommiers transgéniques cultivées dans une serre expérimentale. 700 000 euros de dégâts et près de 10 années de travail perdues !

 

Apple trees destroyed

 

Comme  de ce côté du Rhin, les anti-OGM ne respectent ni les agriculteurs ni les chercheurs. Et j’imagine qu’il y a aussi là-bas les mêmes Tartuffe pour jurer le cœur sur la main qu’ils ne sont pas contre la recherche , mais en milieu confiné….

 

Sur l’excellent site australien de David Tribes, scientifique australien, vous pouvez  lire ce témoignage attristant d’un jeune chercheur allemand que je n’ai malheureusement pas eu le temps de traduire. On comprend tout à fait que certains soient tentés de jeter l’éponge, de renoncer.

 

GMOPUNDIT

 

Malheureusement la bêtise l’emporte souvent sur l’intelligence, parce que celle-ci doit bannir les pratiques qui s’avèrent si efficaces côté anti-OGM , le mensonge, la calomnie et le vandalisme. Comme le gouvernement allemand, tout aussi opportuniste  que le gouvernement français, vient de leur signifier qu’ils avaient raison de se comporter ainsi, pourquoi changeraient-ils ?

 

Agriculture et Environnement- 7 Mai 2009

 

Anton

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 15:57

En avril 2009  l’Union of Concerned Scientists (USA) a publié un rapport sur les rendements des cultures d’OGM (1): Failure to yield- Evaluating the Performance of Genetically Engineered Crops.

 

L’ enjeu de cette publication serait de démontrer que les performances des OGM « réellement existants » sont nettement en-dessous des attentes, comme le suggère le titre. Tout cela, au terme d’un passage en revue très laborieux, pour ne pas dire indigeste d’ études s’étant penchées sur le problème. 

 

Si la présentation que fait d’elle cette organisation : « science indépendante » « Citoyens et scientifiques pour des solutions environnementales » …fleure bon la langue de bois à la mode,  cela n’exempte pas d’examiner le contenu de la publication.

 

Mais il se trouve que les soupçons de partialité sont assez vite confirmés :

 

1°/ Tout d’abord parce que le contenu du rapport est loin de correspondre au message du titre très journalistique, qui évoque carrément une défaillance dans les rendements.

 

2°/ Ensuite parce que l’objet de l’étude est lui-même douteux : les deux principaux traits des OGM actuellement cultivés -tolérants à un herbicide, résistants à des insectes- ne confèrent pas aux plantes un rendement intrinsèquement supérieur, et ils n’ont pas été conçus pour cela. L’auteur , Doug Gurian-Sherman, a donc beau jeu de  relever que dans des conditions normales , les rendements des OGM ne sont pas supérieurs. 

Dans des conditions idéales, où les cultures seraient préservées des adventices et des ravageurs, les gènes insérés dans les OGM ici considérés ne joueraient aucun rôle particulier.

  

L’absence d’avantage significatif en terme de rendements dans des conditions de pression   faible ou modérée des insectes ravageurs est donc sans surprise pour les plantes BT  . Les rendements n’ont pas « explosé » avec la mise en culture des OGM, et l’amélioration de ceux-ci relèvent pour l’essentiel de l’amélioration classique des plantes, dont ont également bénéficié sur la même période les plantes non transgéniques.

 

La mauvaise foi consiste à faire comme s’il s’agissait d’une révélation et donc matière à polémique, et de pratiquement occulter les principales raisons pour lesquelles ces plantes sont cultivées (moindres utilisations d’intrants).

 

3°/L’auteur est toutefois obligé de reconnaître un avantage pour les plantes BT en cas d’attaque virulente des ravageurs, où la résistance des plantes transgéniques s’avère une protection plus efficace que les remèdes classiques , réduisant ainsi les pertes.

Un avantage très mineur selon lui : au total depuis leur mise sur le marché, les rendements du maïs auraient augmenté de 28% , dont 4 seulement seraient attribuables au caractère transgénique lui-même. Sa méthode de calcul n’est pas justifiée, mais occulte par contre un élément essentiel visible à l’œil nu sur l’un des seuls graphiques publiés dans cet article (voir ci-dessous). Les écarts par rapport à l’évolution tendancielle des rendements se sont nettement réduits après l’introduction des OGM.

  

  

 4°/ Il convient également de souligner que dessiner une droite de tendance pour toute la période couverte par les statistiques (2) constitue un trompe-l’œil , que ça soit volontaire ou pas. Il suffit pour s’en rendre compte de construire une droite de tendance avant l’introduction des OGM et une après , pour constater qu’il y a bien une rupture dans l’évolution des rendements, rupture masquée dans le graphique publié par l’UCS :

 

   La différence de pente entre les deux droites (même si la méthode de calcul est loin d’être parfaite) conduit à penser que les avantages concédés ci-dessus (cf 3°) )sont nettement sous-estimés par Doug Gurian-Sherman.

 

5°/ Cette contribution qui prétend tirer des conclusions générales sur le rendement des OGM , présente d’emblée de deux limitations importantes :

 -elle ne discute que des rendements du mais et du soja , laissant de côté deux des 4 principales cultures d’OGM: le coton et le colza. Est-ce justement parce que les comparaisons entre OGM et non OGM sont pour ces cultures nettement plus favorables aux premières ? 

-          elle ne s’appuie que sur les données américaines, hors des comparaisons dans d’autres régions du globe qui auraient mis en évidence des avantages beaucoup plus nets selon Actu-OGM :

« [aux USA] utiliser des OGM peut être considéré comme une « assurance » de rendement. A l’inverse, dans les pays du Sud, et plus généralement en conditions réelles, le potentiel est plus grand. Dans le cas des OGM, réduire les traitements et simplifier les pratiques culturales génèrent alors des bénéfices économiques, environnementaux, mais aussi sanitaires et sociaux.

Des exemples : Au Mexique : rendement du soja tolérant aux herbicides : plus 9%

Aux Philippines : rendement du maïs résistant à des insectes : plus 15%

Aux Philippines : rendement du maïs tolérant à des herbicides : plus 24%

En Roumanie : gains de rendement de plus 30% grâce à l’utilisation de soja tolérant à des herbicides

 

Les avantages du maïs Bt s’expriment naturellement plus dans les zones touchées par les insectes foreurs (pyrale et sésamie), c'est-à-dire historiquement plutôt en Europe du Sud. En Espagne,  pays producteur de maïs Bt, les gains des agriculteurs sont effectifs dès lors qu’un seul traitement insecticide est économisé

En France : le différentiel de rendement entre OGM et non OGM est de 11 quintaux à l’hectare, et la technologie est amortie dès lors que les rendements  sont supérieurs à 3,5 quintaux/ha » (3)

 

6°/  L’UCS fait par ailleurs un recensement intéressant des essais de plantes transgéniques réalisés depuis 1987 en les classant selon l’objectif recherché. Elle note, et c’est incontestable, la faible part des essais spécifiquement dédiés à la recherche de rendements accrus (652 sur 11 275), et le fait qu’à ce jour aucun n’a été commercialisé. Près des 3/4 des essais menés à ce jour concernent la tolérance aux herbicides et la résistance aux insectes, donc les biotechnologies déjà éprouvées.

 

Pour être justes, ces remarques n’en soulignent pas moins que la problématique choisie par l’UCS est biaisée , comme nous le remarquions  dans le 2°/.

De plus, les recherches consacrés aux rendements se sont considérablement accélérées au cours des dernières années. C’est aussi le cas des essais d’OGM sur la tolérance au stress abiotique ( sécheresse, gel, salinité etc..) qui, s’ils aboutissent contribueront à l’évidence à améliorer les rendements dans certaines régions du globe.

Les recherches concernant un maïs tolérant à la sécheresse sont près d’aboutir, comme nous l’avons déjà noté (4) . Et comme ne l’a pas noté l’UCS. Un oubli ?

 

 

Le plus surprenant, comme le souligne actu-OGM, c’est que « le rapport UCS débute en rappelant l’objectif de nourrir la population grandissante en respectant l’environnement, et conclut en appelant à développer davantage les techniques conventionnelles ou biologiques. Pourtant les rendements du soja et du maïs issus de cultures biologiques sont inférieurs, aux USA , de 20 à 30% » !

Curieux en effet, pour une étude qui critique les OGM pour l’insuffisance de leur rendement. De là à y voir une démarche essentiellement guidée par l’idéologie, il n’y a pas des kilomètres…

 

Anton Suwalki

 


 

 

Notes :

(1)Le rapport d'étude

(2) statistiques officielles américaines de 1978 à 2007

(3) l'article d'actu OGM

lire également les textes (en anglais) proposés en lien par le liste:

.  "Union of Concerned Scientists report on GM crop performance is misleading" by Graham Brookes and Peter Barfoot

"An analysis of “Failure to Yield” by Doug Gurian-Sherman, Union of Concerned Scientists" by Wayne Parrott, Univ. of Georgia.

 (4) http://monsanto.mediaroom.com/index.php?s=43&item=676

http://abonnes.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1065445,0.html

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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 14:05

 

Sauvez les OGM

Jean-Claude Jaillette, Hachette Littératures, 2009, 245 pages, 16,50 €.

 


 

Note de lecture de Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS.

 

Si seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, alors Jean-Claude Jaillette n’en est pas un. En effet, l’auteur du livre Sauvez les OGM (Hachette littératures, 2009) fut responsable en novembre 1996 de l’article de Libération intitulé « Alerte au soja fou »,  que d’aucuns considèrent comme le lancement en France du lynchage médiatique des OGM.

 

Pour J.-C. Jaillette, les OGM sont « minés par l’idéologie », on oublie le lien étroit entre recherche scientifique et principe de précaution (on invoque ce principe alors que « des milliers d’études menés par des scientifiques tendent à prouver que [cette technologie] est sans danger [sanitaire] »). Pour l’auteur, il faut sauver les OGM car ils sont indispensables pour relever les défis qui ont pour noms : avenir de l’agriculture française, pauvreté, nourrir la planète. L’auteur rappelle cruellement (Première Partie, Chapitre VIII) qu’« autour de la France barricadée », la recherche continue : Monsanto investit 2 millions de dollars par jour dans ses programmes, alors que Madame Pécresse annonce un hypothétique et imprécis plan de 45 millions d’euros… sur 3 ans ! La première partie du livre se termine sur la dénonciation d’une « imposture » : pourquoi l’activisme contre les OGM de Greenpeace est-il quasi absent aux États-Unis (là où se concentrent 50 % des cultures OGM) et si virulent en Europe (où la culture des OGM est marginale) ? Réponse de l’auteur : une affaire de gros sous pour l’organisation « toujours à la recherche des meilleurs créneaux pour drainer des contributions financières ». (..)

(..) La suite de la note de lecture sur le site de l’AFIS

 

 

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 13:03

Pour la première fois en 2008, 3 pays du continent africain -dont 2 nouveaux- ont cultivé des plantes génétiquement modifiées destinées à la consommation (1).

 

-L’Afrique du Sud cultive depuis maintenant douze ans des OGM: du maïs, du soja et du coton  ,sur une surface totale qui atteint désormais 1 800 000 hectares. 

-Les deux nouveaux pays sont l’Égypte, qui a cultivé 700 « petits » hectares de maïs BT, mais surtout le Burkina Faso qui s’est lancé dans la culture commerciale de 7 500 hectares de coton BT, après plusieurs années d’essais

D’autre part, le Kenya a adopté une loi sur la biosécurité dans le but de cultiver prochainement des OGM. (2).

 

 

 

 

Difficultés sur le mais OGM en Afrique du Sud cette saison

 

 

Alors que l’Afrique du Sud cultive depuis 12 ans des OGM sur des surfaces désormais très importantes, les producteurs de maïs (3) sont au cours de la saison 2008-2009 confrontés à un problème important concernant 3 hybrides.

Selon le semencier Monsanto (4), le quart des 75000 hectares plantés avec ces hybrides seraient affectés par un déficit de pollinisation, affectant de 10% en moyenne les rendements. Des baisses beaucoup plus importantes peuvent bien sûr avoir été constatées dans certains champs.

Ce problème, qui peut avoir plusieurs origines, serait ici lié selon Monsanto au choix technique d’inverser les parents des hybrides concernés. Il s’agit là d’une opération banale en matière d’hybridation, et qui n’a rien de spécifique aux OGM. De même que les problèmes de pollinisation peuvent avoir plusieurs causes (5) et se rencontrer avec des plantes non-GM.

 

Mais ces ratés ont immédiatement été exploités ici, à des milliers de kilomètres pour un problème qui serait passé totalement inaperçu s’il ne s’était pas agi d’OGM. Après le mensonge sur les moutons néo-zélandais, sur les suicides des paysans indiens, les mêmes répandent avec le même cynisme  des rumeurs de catastrophe, voire de famine en Afrique du Sud (6)!

 

Les agriculteurs sud-africains qui eux cultivent depuis des années des plantes génétiquement modifiées, sauront sans doute plus facilement faire la part des choses que le public européen roulé dans la farine par les anti-OGM.

 

Le Burkina Faso, du coton BT au niébé BT ?

 

Les essais pratiqués au Burkina Faso depuis plusieurs années pour du coton BT de variété Bolgard II  se sont avérés potentiellement fortement profitables selon une étude publiée récemment (7), motivant la mise en culture des 7 500 hectares mentionnés ci-dessus. Nous ne connaissons pas le bilan détaillé même si  les nouvelles rapportées par lefaso.net (8) sont positives. Toujours est-il que le Burkina Faso est décidé à passer à la vitesse supérieure, l’INERA (l’institut de recherche agronomique local) espérant produire de quoi ensemencer 400 000 hectares dès 2009.

          Le sort du coton BT est important pour un pays où 3 des 13 millions d’habitants vivent directement ou indirectement du coton (L’État du Monde 2007), celui-ci représentant 25% du PIB et 60% des recettes d’exportations. OGM ou pas, les résultats de la quasi-monoculture d’exportation dépendent avant tout fluctuation des prix mondiaux. Toutefois, la réduction des pertes liées aux ravageurs et la réduction des coûts amélioreraient la situation du pays et de ses habitants.

 

         Une autre innovation tient dans la nature inédite du contrat qui lie le Burkina au semencier, tendant à prouver que ceux-ci ne sont pas tout-puissants pour peu qu’ils trouvent en face d’eux une volonté politique.

 

« L'État est copropriétaire, avec Monsanto, des variétés génétiquement modifiées, explique le chercheur. Nous discutons d'égal à égal. Le prix de la semence et la répartition de la valeur ajoutée entre nous et eux seront fixés d'un commun accord. » affirmait Gnissa Konate, directeur de l'Inera dans le Monde (9).

 

Mais le Burkina Faso a l’intention de se lancer dans un autre projet, celui du niébé (proche du haricot) génétiquement modifié également de type BT, particulièrement intéressant car il est destiné à protéger des lépidoptères un produit  très consommé dans le pays et dans la région, et non plus un produit essentiellement destiné à l’exportation vers les pays riches. C’est un projet qui intéresse plusieurs produits africains.

 

Selon l’Institut pour la recherche et le développement (IRD) :

« Après de nombreuses tentatives infructueuses par différents laboratoires dont l'IITA (International Institute of Tropical Agriculture), c'est le CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization), à Canberra (Australie), qui a enfin réussi une première transformation génétique et qui introduit en ce moment un gène Bt (Cry1Ab) chez le niébé. 

 

C'est certainement le projet qui aura le plus d'impact sur l'Afrique en terme d'amélioration des plantes vivrières depuis virtuellement un siècle. Actuellement les paysans africains perdent jusqu'à 95 % de leur récolte potentielle de niébé du fait des insectes qui attaquent la plante à tous les stades de son développement et ces 5 % abandonnés par les insectes constituent la principale source de protéine pour sans doute la moitié de la population du continent. » (10)

 

Plusieurs aspects de la biosécurité du niébé génétiquement modifié ont été étudiés par l’ IRD et l’ICIPE en collaboration notamment avec l’Inera burkinabais et l’Université de Nairobi, les possibilités de résistance des ravageurs ou l’impact sur la faune non cible, mais aussi le fait que le niébé cultivé côtoie un niébé sauvage et que des flux de pollen sont possibles entre les deux.

Voici comment Rémi Pasquet, le responsable du projet de recherche présentait sa problématique (11):

 

« Le travail s'articule autour de trois points essentiels:

1) Les flux de pollens et donc la biologie florale (timing de libération du pollen, longévité du pollen, compétitivité relative des différents pollens), le comportement des pollinisateurs et l'efficacité relative des différentes espèces, l'importance des flux en populations naturelles et artificielles en fonction de différents facteurs (saison et météorologie, couleur des fleurs, timing de l'ouverture des fleurs, densité relative des populations sauvages et cultivées...)

2) La prédation avant dispersion des graines (due essentiellement aux insectes, dont certains seront affectés par le gène Bt) et la compétitivité relative des hybrides sauvage-cultivé, des plantes sauvages, et de leurs descendances.

3) La prédation après dispersion des graines (due surtout aux oiseaux et aux rongeurs). Ce dernier point est très important car ces prédateurs ne seront pas affectés par le gène Bt et ils devront être à même de compenser la réduction du rôle des insectes dans la régulation de la démographie des populations sauvages, rendant ainsi le niébé-Bt sans risque écologique »

Quelques premiers éléments de réponse :

 « Le niébé Bt peut être considéré sur de bons rails, car 1) les premières lignées de niébé Bt existent déjà, 2) les risques de développement de résistances chez l'insecte cible apparaissent faibles car le niébé n'est pas leur hôte principal, 3) pour cette même raison, l'impact sur les insectes "non cibles" va être très limité, 4) le risque écologique pourrait être nul dans la mesure où les principaux prédateurs des niébés sauvages pourraient ne pas affectés par le gène Bt (si les premiers résultats ne sont pas contredits pas les essais et suivis en cours, en particuliers ceux menés au Burkina). » 

 

Concernant le problème spécifique de dissémination de gènes BT vers les plantes sauvages,une recherche originale menée au Kenya confirme une telle possibilité (12). Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont équipé des spécimens de Xylocopa flavorufa -une grosse abeille commune d’Afrique - d’un émetteur radio fixé sur leur dos, afin de suivre leurs déplacements et d’observer leurs éventuels allers-retours entre les zones ou poussent le niébé sauvage et les champs de niébé cultivé.  

 

Il s’avère que des abeilles ont bien visité les 2 populations de niébé, et il a été observé qu’une abeille pouvait aller butiner jusqu’à 6 kilomètres de son nid. Néanmoins, les chercheurs estiment que les flux de pollen sont possibles mais faibles, la cartographie précise de leur déplacement permettant de constater que les insectes pollinisateurs visitent principalement un seul site, et que lorsque les champs sont situés à plus de 50 mètres des populations de niébé sauvage, la probabilité de voir celle-ci fécondée par des pollens de plantes domestiquées est extrêmement faible.

Malgré ces risques limités, les scientifiques souhaitent poursuivre leurs recherches et évaluer plus précisément l’impact écologique de plantes sauvages qui deviendraient effectivement résistantes aux lépidoptères.

 

Anton Suwalki

 


 

 

Notes

 

(1)   c’est-à-dire mis en production des OGM destinés à la consommation , au -delà des essais en champ.

(2)     Rapport de l'ISAAA 2008

(3)   du maïs RoundUp ready ou combinant les traits RoundUp ready et  BT

(4)   Communiqué de Monsanto

(5)     Université de Purdue, département d'agronomie

(6) Un exemple : ça s'appelle "abonné au bio" !

(7)Second-Generation Bt Cotton Field Trials in Burkina Faso: Analyzing the Potential Benefits to West African Farmers -- Vitale et al. 48 (5): 1958 -- Crop Science

(8) Plantes génétiquement modifiées au Burkina : Après le coton, cap sur le niébé Bt

(9) Le Monde 28/05/2008

(10) Institut de recherche et de développement

(11) IRD_ Mission Pasquet

(12IRD- Fiches février 2009

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 14:22

Pour ceux qui douteraient encore de la médiocrité de Greenpeace et de ses dirigeants , voir cet échange consternant entre « Capitaine Poltron », qui a déjà posté des commentaires sur Imposteurs, et Eric Darier, directeur de Greenpeace Québec .

 

Greenpeace ayant invité Marie Monique Robin au Québec  et s’apprêtant à utiliser la propagande de celle-ci  pour faire du lobbying ouvert auprès de l’assemblée nationale, comme ils l’ont fait en France, Capitaine Poltron fait ce commentaire, sans mot déplacé et sans agressivité, sur le site de Greenpeace :

 

« En France les choses ne se sont pas passées exactement comme il est dit dans la propagande de Greenpeace. Lire les commentaires :

http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getPost&postId=77421&blogName=LemondeselonMonsanto#comment

http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getPost&postId=77752&blogName=LemondeselonMonsanto#comment »

Les liens renvoyant au blog du Monde selon Monsanto .

 

La seule chose que le directeur de Greenpeace ait trouvé à répondre : c’est…cela :

 

Éric Darier Says:

8      mai 2009 at 8:53

« Définition de ‘poltron’ : Qui manque de courage, qui agit avec lâcheté…
Uhmmm…

POLTRON…
MOLTRON…
MONTON…
MONTO…
MONSANTO!!! ???? »

 

Qui a dit déjà, que les calembours sont les pets de l’esprit ?

Et dire que ce genre de bassesse émane d’un dirigeant d’une « prestigieuse » organisation, qui dispose d’un réel pouvoir dans son pays et au niveau international. Désespérant ...

Anton

 

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 16:34

Pas contente du tout, Corinne Lepage, à l’annonce de la composition de la Haute Autorité des Biotechnologies (1). Elle l’a fait savoir dans un communiqué cinglant.

Corinne LEPAGE, vice-présidente du Mouvement Démocrate et présidente de CAP21 juge scandaleuse la composition du tout nouveau Haut Conseil des Biotechnologies.
En effet les représentants du comité économique, social et éthique n’auront aucun pouvoir tandis que le comité scientifique où se prendront les décisions est totalement noyauté par les pro-OGM, à l’exception notoire du professeur le Maho.
Corinne LEPAGE regrette que ce comité reprenne les membres pro-OGM de la précédente Commission du Génie Biomoléculaire comme Mr Messéan dont on connaît les positions affirmées en faveur des OGM et ne compte aucun spécialiste de biologie moléculaire ou de génétique ayant émis des travaux contradictoires sur les impacts sur l’environnement et la santé.
Le Crii-gen , dont l'expertise indépendante est reconnue, dont des membres ont été experts pour l'Union européenne dans le cadre du litige devant l'OMC n'est même pas représenté. De même n'ont pas été repris les membres du comité de préfiguration critiques vis à vis des OGM.
C''est une véritable parodie qui conforte s'il en était besoin, l'impossibilité en France de disposer d'expertise indépendante au niveau des pouvoirs publics.
A l'heure où des scientifiques américains mettent en garde contre l'absence d'études indépendantes sur l'impact sanitaire des OGM , CAP21 regrette que les engagements du Grenelle sur l'expertise soient délibérément violés.
Après le risque environnemental, désormais clairement identifié et incontestable pour les OGM pesticides proposés en cultures comme le Mon 810, le jour viendra où des études mettront clairement en lumière le risque sanitaire des OGM. Dès lors, les comptes devront être rendus et les responsabilités établies.

Corinne LEPAGE, présidente de CAP21 "

http://www.cap21.net/dynamic/compress.php?cp=1516

 

 En même temps, nous ne croyons que moyennement à la sincérité de l’indignation de la présidente du CRIIGEN. Une autorité « totalement noyautée par les pro-OGM », voilà le petit fonds de commerce du CRIIGEN assuré pour plusieurs années. Ne se présente-t-il pas l’organisme de recherche « indépendant », le contre-pouvoir ? Indépendant ? De qui et de quoi ? Indépendant de Monsanto, sans doute, du grand capital, c’est moins évident, puisqu’il bénéficie des subventions de la deuxième multinationale de la distribution. Indépendant (c’est-à-dire exempt) de tout préjugé, encore moins, puisque le site du CRIIGEN affiche crûment son idéologie anti-OGM, ainsi que les membres  de son conseil d’administration et de son conseil scientifique.

A la différence par exemple de l’AFSSA réputée « pro-OGM » mais qui a mystérieusement rendu plus d’avis négatifs sur les OGM que d’avis positifs, il est d’emblée exclu qu’une publication du CRIIGEN « indépendant » conclue à autre chose qu’à la dangerosité des OGM .Indépendant, le CRIIGEN l’est donc autant que la Corée du Nord est une « république démocratique et populaire » …

Reconnu, le CRIIGEN ? Reconnu de qui , à part des médias complaisants et de la présidente du CRIIGEN, une certaine …Corinne Lepage qui s’exprime ici !  En dehors, il est discrédité, surtout depuis l’étude de Séralini sur le maïs MON863. Inutile d’ailleurs de préciser que les prophéties du genre « , le jour viendra où des études mettront clairement en lumière le risque sanitaire des OGM » sont purement gratuites. Aucun risque sanitaire n’a jamais été établi concernant les OGM actuellement consommés, et parler « de mettre clairement en lumière » un risque sanitaire pour les OGM en général n’a de sens que pour les superstitieux qui sévissent au CRIIGEN.

Mais surtout Corinne Lepage montre qu’elle n’a rien compris aux principes qui doivent (ou devraient) régir un tel organisme. La Haute Autorité n’a pas à être une commission « paritaire » ou une foire d’empoigne à s’affronteraient des « pro-OGM » et des « anti-OGM ».  On ne demande nullement à ses membres d’être pour ou contre les OGM, on leur demande d’être aptes sur les dossiers d’autorisation d’OGM sur lesquels ils auront à se prononcer. Penser que les représentants du CRIIGEN auraient de droit des places réservées dans une telle institution est parfaitement loufoque ! On peut d’ailleurs se demander combien de membres du conseil scientifique du CRIIGEN ont déposé une candidature et indiqué leurs compétences dans le domaine. La haute autorité peut se passer de spécialistes qui lénifient en permanence sur les « plantes pesticides ».  

 

Si donc, Madame Lepage est scandalisée c’est plutôt bon signe. Si une présence au sein de la Haute Autorité des Biotechnologies devrait sembler incongrue, c’est « l’exception notoire du professeur Le Maho », qui a montré dans son rapport écrit en défense de la clause de sauvegarde sur le maïs MON 810 qu’il était plutôt loin de son domaine de compétence.

 

 Par ailleurs, ainsi qu’on me l’a fait remarquer, c'est tout de même la moindre des choses que de reprendre pas mal des experts précédents pour avoir la mémoire de ce qui a été fait jusqu'à présent mais aussi les compétences (immédiates) pour pouvoir juger des dossiers qui ont du s'accumuler depuis un bon bout de temps.

Le temps que ce nouveau comité apprenne à travailler ensemble, se définisse une méthode de travail, sache pour les nouveaux comment on expertise... quels sont les critères importants, qu'ils soient tous à peu près au même niveau d'informations sur les différents thèmes... cela va nécessiter une certain temps de rodage !

Toutefois, la composition de cette commission ne préjuge en aucun cas de la politique que suivra le gouvernement en matière d’OGM. Le peu de cas qu’il avait fait de l’avis des scientifiques du Comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM ,comme ses décisions récentes, prouvent sa volonté de continuer à caresser les anti-OGM dans le sens du poil.

Anton Suwalki


(1) http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/dossier_de_presse_CONSEIL_cle213c91.pdf
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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 11:47

C’est sur le blog de Marie Monique Robin qu’on apprend la création d’un blog créé par Monsanto. Ca s’appelle Monsanto selon Monsanto.

 

http://blog.monsantoblog.com/

 

La firme s’y prend assez tardivement pour tenter de corriger son image. Elle avait sans doute  sous-estimé non pas le talent journalistique inexistant de Marie-Monique Robin, mais le fait que ses idées et les préjugés qu’elle représente, aussi bien anti-OGM qu’anti-américains, étaient profondément enracinés dans l’hexagone et bien au-delà. A consulter donc avec, bien sûr, un regard critique. Nous y reviendrons .

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 17:08

Il est parfois intéressant d’exhumer de vieux articles, de s’interroger sur les perspectives qu’ils traçaient à l’époque, sur les questions qu’ils soulevaient, et d’estimer à la lumière de ce qui s’est produit si ces questions étaient fondées. Merci aux personnes qui m’ont relu et suggéré quelques améliorations.

Anton

Un article paru dans La Recherche en mai 1984 (1) décrivait les techniques existantes d’amélioration des plantes et offrait un accueil très réservé au génie génétique qui commençait juste à percer dans le domaine de la transgénèse végétale. En effet, la première plante transgénique (un tabac) vient d’être réalisée par une équipe Belge (2), ce qui, au passage, montre que l’Europe était à cette époque en pointe dans ce secteur.

Nous ignorons dans quelle mesure son auteur, Max Rives, alors directeur de recherche  et chef de département Génétique et Amélioration des plantes à l’INRA, persisterait et signerait aujourd’hui.

Mais son point de vue d’alors apparaît intéressant à plusieurs titres : d’abord parce que la description qu’il fait des méthodes classiques de création de nouvelles variétés soulève des questions que certains confusionnistes d’aujourd’hui ne se posent que pour les PGM. Ensuite, parce qu’en lisant ses préventions sur la transgénèse, sans doute légitimes à l’époque face à une science et une technologie balbutiantes, on n’a pas l’impression d’être face à un point de vue visionnaire, mais plutôt que les anti d’aujourd’hui sont restés bloqués sur un logiciel pré-scientifique qui ne rend pas compte de la réalité, des problèmes soulevés qui ont en grande partie été tranchés dans les faits 25 ans après.

Agriculture et biodiversité

Autres temps, autres préoccupations. Alors que la vulgate condamne les OGM pour une supposée atteinte à la biodiversité, Max Rives nous rappelle à juste titre que l’invention même de l’agriculture a constitué en soi une réduction drastique de la diversité des sources d’alimentions : maîtriser la reproduction de quelques espèces de plantes était la condition indispensable pour améliorer la sécurité de l’approvisionnement alimentaire, et l’homme du néolithique qui le premier maîtrisa la technique avait sans doute moins de temps libre pour laisser cours à ses états d’âme qu’un intellectuel anti-OGM.

«  Dès que l’homme a su cultiver les espèces nécessaires à son alimentation, il a tenté de les adapter à ses besoins. Pour se faire, il a appris à choisir au sein d’une population les individus susceptibles de reproduire des caractéristiques jugées désirables telles que la succulence, la fertilité et la grosseur des fruits ».

Voilà qui méritait d’être rappelé à ceux qui assimilent les OGM à un projet eugéniste. L’ « eugénisme » à l’égard des plantes à vocation alimentaire, c’est depuis toujours, et voilà un eugénisme qui ne nous dérange pas du tout, dans la mesure où en fournissant une nourriture plus abondante et de meilleure qualité, il réduit la pression sélective sur l’homme.

« Ainsi, au fil des millénaires des formes ont été abandonnées au profit d’autres plus belles et plus performantes, et avec le progrès des connaissances au 18ème siècle, des croisements ont été réalisées pour tenter de créer de nouvelles variétés. Progressivement, la pression de sélection qui s’est exercée a conduit à une transformation complète des plantes domestiquées, mais aussi à une disparition ou à une raréfaction des populations locales. Des quelques 3000 plantes qui nourrissaient l’homme il y a 10 000 ans, une trentaine seulement constituent l’essentiel de l’alimentation actuelle des populations humaines (3). A l’ancienne diversité naturelle des espèces indigènes s’est donc substitué aujourd’hui un petit nombre de variétés hautement sélectionnées et cultivées sur de vastes superficies. »

Depuis les débuts de l’agriculture, la condition d’un ravitaillement alimentaire sécurisé va de pair avec un nombre très réduit de plantes cultivées, au détriment de la diversité. Rappelons que la quasi-totalité de l’histoire humaine est marquée par la précarité alimentaire et que 925 millions de personnes de par le monde subissent encore celle-ci (4).

Mais toutes ces remarques fondamentalement justes de Max Rives nécessitent néanmoins de rappeler un fait élémentaire : la tendance n’est pas à la réduction de la diversité alimentaire, et au moins dans les pays les plus développés, même les plus pauvres ont accès à une palette d’aliments plus variés qu’il y a 200 ans, 100 ans ou même 50 ans. Il suffit de voir comment l’économiste Ricardo a bâti au 19ème siècle ses principales démonstrations sur le critère unique du prix du blé, et le définissait comme « bien salaire », le pain constituant le poste budgétaire et la nourriture essentielle de tout ouvrier de l’époque.

De fait, la diversité des plantes cultivées s’est accrue au cours des dernières décennies et il n’y a aucune raison pour que la transgénèse la réduise, celle-ci conférant des propriétés intéressantes, mais est très loin d’épuiser le sujet et le nombre de questions que doit résoudre le sélectionneur. Tous les ans, de 3 à 400 variétés végétales nouvelles sont mises sur le marché et il est d’ailleurs souhaitable que ce rythme continue, que ces nouvelles variétés soient génétiquement modifiées ou pas.

D’autre part, le fait de cultiver un nombre limité de variétés ne dispense pas de préserver une réserve de biodiversité :

« Face au risque d’être à terme privés d’une source précieuse de matériel, les sélectionneurs ont maintenant constitué des collections de plantes sauvages et rustiques qui leur servent de réservoir pour « puiser » des caractères intéressants. »

Un constat simple et dépassionné il y a 25 ans - les sélectionneurs constituent des banques de semences- ce qui est aujourd’hui dépeint comme un immense complot - un de plus ! - par les journalistes tels qu’ Hervé Kempf et les figures du mouvement anti-OM. Cette vieille et très banale activité, qui est loin d’être l’apanage des seuls géants de la semence, serait donc devenue criminelle, parce que certains découvrent tardivement que les « caractères » dont parle Max Rives sont des gènes que l’on pourrait extraire pour les adapter à des espèces cultivées (5)…

 

La sélection des plantes avant la transgénèse

Largement empiriques, les pratiques des sélectionneurs n’en ont pas moins permis des progrès considérables, et l’auteur porte à leur crédit la moitié des progrès de productivité réalisés au cours des 50 dernières années.

« La pratique d’un sélectionneur consistera par exemple à choisir deux lignées de blé en fonction des caractères avantageux qu’il souhaiterait réunir dans une même lignée. Par exemple, il croisera une lignée de blé qui a des épis longs avec une lignée de blé avec des épis plus courts mais plus fertile. Intuitivement et par expérience, il a un espoir raisonnable de trouver dans la descendance du croisement des plantes qui réunissent les deux caractères favorables, c’est-à-dire qui ont à la fois des épis fertiles et longs. Bien sûr, il trouvera aussi la combinaison défavorable des plantes ayant des épis courts et peu fertiles, mais tout l’art du sélectionneur consistera à choisir les plantes les plus intéressantes qui lui donneront, espère-t-il une descendance beaucoup plus productive. »

Le sélectionneur s’inspire en fait des lois de l’hérédité établie par Grégor Mendel, lois que méconnaissent ou ignorent volontairement certains OM voyant dans les hybrides les ancêtres des OGM qui rendraient dépendant l’agriculteur obligé de racheter ses semences pour conserver la qualité de ses récoltes. Loin d’un plan diabolique, cette contrainte, acceptée depuis des décennies par les agriculteurs, découle de la deuxième  loi de Mendel, dite de la disjonction des caractères :

En première génération (appelée F1), toutes les plantes seront identiques entre elles et hétérozygotes pour chacun des caractères portés par des allèles différents chez chacun des deux parents (et homozygotes pour ceux dont les parents auraient eu les mêmes allèles), lors de la génération suivante (F2), la disjonction des caractères va se produire mais uniquement pour les caractères hétérozygotes conduisant à retomber, pour la moitié des plantes, sur le phénotype de l’un des deux parents (donc homozygotes pour le caractère en question) et pour l’autre moitié sur un phénotype identique à celui de la F1 pour ce caractère donné (donc hétérozygote) .

L’obtention de LA lignée pure recherchée est un travail long (10 années pour atteindre l’homozygotie ce qui va conditionner son homogénéité et sa stabilité dans le temps) et fastidieux.

« Le sélectionneur s’efforce par exemple de corriger un défaut ou d’introduire une qualité dans un matériel déjà amélioré, de bonne valeur agronomique. Or le plus souvent le caractère recherché sera porté dans une variété médiocre dont le niveau de production est médiocre. Le sélectionneur réalisera alors une série de croisements de retour (back-cross) avec le « receveur«  qui aboutit à éliminer tous les gènes du donneur sauf le ou les gènes qui sont intéressants (…). Cette méthode est quotidiennement couronnée de succès, en particulier pour rendre des plantes résistantes à tel ou tel type de maladie. Les tomates actuelles sont par exemple moins sensibles aux nombreux parasites qui affectent leur culture. Un autre exemple est celui du colza double zéro qui ne contient plus d‘acide érucique accusé de provoquer à forte dose des troubles cardiaques» .

Le lecteur aura déjà noté que les méthodes classiques d’obtention de nouvelles variétés comportent des séquences beaucoup plus longues de « bricolage » que la transgénèse pour aboutir au résultat escompté. Que l’on pourrait se poser pour les tomates résistantes à certains parasites issues de la sélection classique la même question lancinante que celle qui est posée à propos des OGM : les gènes de résistance à ces maladies ne codent-ils pas également des protéines qui pourraient s’avérer dangereuses pour la santé humaine ? A-t-on sérieusement mené des études toxicologiques suffisantes ? Une question que personne ne pose jamais… On se sera par ailleurs souvenu avec l’exemple du colza que tout ce qui est naturel n’est pas forcément bon.

Les sélectionneurs recourent d’autre part à un intense métissage, et au risque d’offusquer François Grosdidier, les « géniteurs étrangers (se portent) au secours des variétés françaises » ! Le colza sans acide érucique obtenu en 1973 par rétro-croisements a fait intervenir un géniteur canadien. 10 ans plus tard, un colza à faible teneur en glucosinolates (6) était obtenu à partir d’un géniteur polonais.

Limites, difficultés et stratégies complexes de la sélection classique

Par rapport à la transgénèse fondée sur l’insertion contrôlée d’un gène d’intérêt dans une plante, la technique des croisements est plus aléatoire et offre dans la pratique moins de précision que dans les célèbres expériences de Mendel sur les petits pois :

« Un gène favorable peut par exemple se trouver sur un chromosome à proximité de gènes indésirables. Ils sont alors transmis ensemble dans la descendance et non pas indépendamment. On dit alors que la disjonction des gènes est affectée par un phénomène de linkage. Ainsi, la résistance au phylloxéra et au mildiou chez la vigne n’a jamais pu être séparée des arômes affreux apportés par les géniteurs américains. »

Dans le cas des plantes autogames, telles que le blé, le riz, l’avoine…, on obtient des lignées pures et stables en laissant les plantes choisies par le sélectionneur s’autoféconder. Mais beaucoup des plantes de grande culture, telles que le maïs, le sorgho ou le tournesol sont allogames. Chaque ovule est fécondé par le pollen d’une autre plante : elles restent donc hétérozygotes pour nombre de leurs gènes. Dans ce cas, l’autofécondation est réalisée artificiellement par le sélectionneur, une pratique souvent possible et même facile, comme dans le cas du maïs.

« Mais l’instauration progressive de l’homozygotie par autofécondation s’accompagne de l’effet dit d’ ‘inbreeding’ : les descendants sont moins vigoureux, moins productifs que la plante mère. Les lignées obtenues sont pures mais de faible vigueur, inutilisables directement comme variété. A ce phénomène de dépression provoquée par la consanguinité s’oppose l’effet inverse : si l’on croise deux lignées ‘inbred’, les descendants hybrides ont une vigueur brusquement rétablie : c’est le phénomène d’hétérosis. On peut alors choisir les combinaisons qui donnent les meilleurs hybrides. ».

Ce schéma a été appliqué pour créer les premiers hybrides avant guerre jusque dans les années 60, et a constitué un progrès considérable, pour cependant atteindre cependant des limites.

Les méthodes de back-cross (d’hybridation) décrites ci-dessus sont performantes pour sélectionner des caractères précis, sont plutôt défavorables pour des caractères quantitatifs (exemples la taille des plantes, teneur en protéine) souvent d’origine polygénique (7) . C’est alors que fut formulée la théorie de la sélection récurrente, qui constitue en quelque sorte une inversion de priorités : au lieu de se baser sur un (seul) croisement initial à partir duquel on va faire une sélection dans la descendance, on privilégie le brassage (donc des croisements) au hasard sur plusieurs générations au sein de population hétérogènes, puis s’effectue au sein de cette population une sélection des individus les plus prometteurs dont le croisement fournit une nouvelle population qui servira de base à un nouveau cycle, et ainsi de suite… d’où le terme de récurrent.

Alors que Max Rives, comme nous allons le voir, considère avec une certaine hostilité les biologistes moléculaires (déjà, en 1984 !) « qui promettent de raser gratis », il décrit avec enthousiasme (justifié) les résultats de la sélection récurrente et fait preuve d’un optimisme quasi illimité que se garderaient bien d’affecter aujourd’hui les plus convaincus du potentiel immense de la transgénèse : une telle attitude vous vaut immédiatement d’être qualifié de scientiste naïf et/ou de publicitaire des grandes multinationales semencières …

« L’histoire du maïs hybride américain est jalonnée par le succès de la sélection récurrente, qui, cycle après cycle, fournit des lignées de plus en plus performantes. L’expérience probablement la plus performante est celle qui a été menée dans l’Illinois depuis maintenant plus de 80 générations, où l’augmentation des teneurs en lipides et en protides du grain illustre bien les possibilités extraordinaires à long terme. »

A noter un enthousiasme envers les succès outre-atlantique qui serait considéré comme très déplacé aujourd‘hui, voire comme l’apologie pure et simple de l’ « empire du mal » . A l’époque il est vrai, peu de monde ne connaissait ne serait-ce que le nom de Monsanto. Une hostilité même marquée à l’égard de la politique des Etats-Unis n’aboutissait pas nécessairement à considérer comme forcément mauvais tout ce qui s’y faisait, y compris sur le plan scientifique et technologique .

 

 Un fort scepticisme envers les OGM

Comme nous venons de le voir, Max Rives a décrit de manière convaincante que la sélection végétale est un métier difficile reposant sur la compréhension des mécanismes forts complexes de la génétique. 25 ans après cet article, la sélection « classique » reste une des bases de la discipline et on lui doit probablement une très grande partie de l’amélioration végétale malgré les apports indiscutables maintenant de la transgénèse.

L’accueil que réserve l’auteur à celle-ci est plus que mitigé qu’on peut juger à l’aune de la longueur assez réduite du chapitre qui lui est consacré, et au titre de celui-ci : Le génie génétique est-il vraiment sans intérêt ?

Le ton n’est pas, loin de là, aux prophéties apocalyptiques sur les « apprentis-sorciers » qui transgressent la nature, qu’on ressasse aujourd’hui. D’autant par ailleurs, que certaines techniques déjà testées à l’époque et dont il prédit qu’elles pourraient jouer un rôle important dans le futur, telles que la fusion des protoplastes (8), auraient de quoi épouvanter n’importe quel anti-OGM.

Non. L’auteur met fortement en doute les applications agronomiques directes de la transgénèse, avec des arguments dont on peut discuter à la lumière des faits 25 ans plus tard, mais surtout commence par jouer le refrain de la guerre des sciences …pour les crédits de recherche :

« Et le génie génétique, me dira-t-on ? A en croire certains biologistes moléculaires (9), il est grand temps que les sélectionneurs, praticiens sympathiques mais totalement dépassés, cèdent la place (et les crédits!) aux faiseurs de miracles qui manipulent avec l’ADN le secret de la vie et vont résoudre tous les problèmes de la faim dans le monde » .

Le problème de ce genre de discours est qu’on peut toujours le retourner contre celui qui le prononce et d’accuser les sélectionneurs, de se retrancher derrière leur expérience « irremplaçable et indépassable » pour défendre leurs crédits de recherche. Voilà qui ne mène pas loin. L’expérience acquise depuis les premières plantes génétiquement modifiées prouve que la transgénèse apporte une réelle valeur ajoutée, mais qu’elle n’a pas éliminé de l’amélioration des plantes des compétences telles que celles des sélectionneurs classiques. Là où on devrait penser complémentarité des spécialistes, certains jouent encore, malheureusement, la carte de la concurrence.

Après avoir brièvement décrit la technique d’obtention d’une PGM, Max Rives admet que sa maîtrise est imminente, pour aussitôt dire qu’elle ne servira pas à grand chose :

« Le parcours est parsemé de multiples obstacles mais ils ont été, au tournant des années 1980 presque tous levés et on peut dire que le moment est proche ou le rêve sera réalisé. A quoi cela servira-t-il ? Malheureusement sans doute pas à grand chose dans le domaine appliqué. Si le transfert d’un gène particulier comme celui de la résistance à un parasite peut être considéré comme certain et proche, il y a fort longtemps, séduisants parce qu’ils induisent une résistance totale, mais terriblement fragiles parce qu’ils sont rendus rapidement inopérants par l’apparition de formes nouvelles de parasites capables d’attaquer la plante avec une belle agressivité. »

L’objection est en partie fondée, mais en partie seulement, puisque l’auteur admet par ailleurs que ce type de résistance est généralement gouverné par un seul gène et que les techniques classiques de croisement ont elle-même recherché l’intégration de tels gènes aux variétés cultivées. Si l’apparition de parasites résistants aux toxines produites par la plante est un phénomène courant, il dépend non pas du fait que la plante ait été obtenue par croisement ou par transgénèse, mais des caractéristiques de la population de parasites visée, de la fréquence initiale des allèles de résistance, de sa reproduction, de sa mobilité et de son aptitude plus ou moins rapide à s’adapter au milieu etc.. La mise au point des plantes Bt et leurs résultats sur le terrain ont démontré que la transgénèse n’apportait de ce point de vue aucune difficulté supplémentaire par rapport aux méthodes classiques, qu’elle permettait tout simplement d’accéder plus directement à un caractère recherché, avec de plus une action plus ciblée, le spectre d’action des protéines Cry permettant, de plus, de limiter les victimes collatérales.

La preuve de la faiblesse de l’argument est d’ailleurs involontairement apportée par l’auteur lui-même :

« Le transfert de la résistance est faisable par les méthodes de la génétique la plus classique et l’histoire est pleine de catastrophes qui témoignent de sa précarité. Qu’y ajouterait le plaisir d’avoir réalisé l’opération par manipulation génétique ? ».

Comme s’il s’agissait du plaisir de « faire selon une technique donnée » !

Max Rives admet donc bien que le transfert de résistance comporte des aléas quelle que soit la méthode, mais nulle part ne plaide pour y renoncer : et pour cause ! Qui accepterait comme une fatalité de voir les cultures ravagées sous prétexte que parfois les solutions s’avèrent inefficaces, voire quelquefois pire que le mal ? Aucun des remèdes possibles - produits d’épandage phytosanitaires, sélection classique, transgénèse- ne peut prétendre apporter une solution définitive et universelle, car la dynamique des éco-systèmes dans lesquels s’insère l’agriculture échappe à long terme à toute solution unique et définititive. Comme dans le cas de la vaccination, on cherche à résoudre des maux actuels et on ne s’interdit heureusement pas d’utiliser des vaccins sous prétexte que peut-être dans quelques années ils seront rendus inefficaces par la mutation des agents infectieux qu’ils combattent. On tentera alors de changer le vaccin. Et c’est bien ce que l’on fait chaque année pour le vaccin contre la grippe !. A la question de Max Rives « Qu’y ajouterait le plaisir d’avoir réalisé l’opération par manipulation génétique ? » , on pouvait tranquillement répondre à l’époque « Pourquoi se priver d’emblée d’une autre approche surtout si l’on admet que les risques qu’elle présente existent déjà dans les approches existantes ? ».

La mise au point d’un OGM ne repose pas uniquement comme le suppose implicitement l’auteur sur les manipulations de quelques biologistes moléculaires enfermés dans leur laboratoire qui insèrent un gène nouveau dans une plante puis larguent leur créature dans les champs pour le meilleur et pour le pire. Ils se basent d’abord sur des plantes produites par les méthodes classiques de sélection auxquelles ils apportent la modification désirée, testent longuement celles-ci, des stratégies sont mises au point avec le renfort et le savoir-faire précieux des écologues, des agronomes etc. afin d’optimiser leur utilisation. La préconisation des zones refuges associés aux cultures Bt afin de prévenir le développement excessif de populations d’insectes résistantes en est une bonne illustration. Il ne s’agit pas de prétendre résoudre des problèmes de ce type à long terme, ce qu’aucune méthode ne peut faire. Mais ceux qui élaborent des OGM pour des coûts très élevés de R&D n’ont strictement aucun intérêt à ce que ceux-ci se révèlent défaillants à peine mis en culture !

Max Rives met ensuite en garde sur des caractères qui dépendent de l’interaction de nombreux gènes.

« De façon plus générale, la sélection pour de nouvelles variétés porte, nous l’avons vu, sur des caractères contrôlés par de nombreux gènes qu’il est donc difficile de soumettre aux manipulations. Dans ces conditions, il est fort probable que la presque totalité des caractères resteront hors du portée du génie génétique ».

Un argument qui n’a pas vraiment de légitimité de nos jours, puisque de fait, le génie génétique s’est contenté jusqu’à présent de répondre à un nombre très limité de problèmes, tolérance à certains herbicides, à certains insectes, à certains virus etc. c’est-à-dire ceux auquel on était à même de résoudre, et c’est paradoxalement ce qu’on lui reproche ! Mais ces dernières années pourtant, des avancées significatives ont été faites et des réponses à des problèmes plus variés tels que la tolérance à la sécheresse, l’amélioration de la qualité nutritive des plantes semblent proches. Alors, certes, la « presque totalité des caractères restent hors de portée du génie génétique», mais un nombre croissant de caractères deviennent à sa portée. Y compris des caractères d’origine polygénique, comme le cas du riz doré ou celui de la tolérance à la sécheresse.

Max Rives s’interroge sur les motivations des firmes, « pour la plupart américaines», qui s’étaient dès le début des années 1980 lancées dans le génie génétique. Avec ce qui peut apparaître rétrospectivement comme une certaine candeur, il écrit :

«Supposons que l’on réussisse à introduire dans une plante un gène de résistance, qu’il y fonctionne bien et s’avère stable. Dès que la variété sera diffusée sur le marché, n’importe qui pourra se le procurer, incorporer dans ses lignées, par les voies classiques, le gène introduit par manipulation génétique, ce qui rend la rentabilité de l’opération douteuse ».

Etre spécialiste de l’amélioration des plantes ne donne pas forcément une vision très nette en matière de stratégie des firmes, qui ne se battent pas uniquement sur le plan technologique, mais dans le domaine des affaires : il y a peu de chances en effet que celles-ci investissent des centaines de millions de dollars dans des biotechnologies sans avoir réfléchi au fait que celles-ci pourraient sans aucun obstacle technique passer dans le domaine commun, les privant de tout retour sur investissement .

Un sursaut de très relative lucidité toutefois :

« En fait, le seul cas où elle est rentable pour une firme privée est celui de la résistance (tolérance) à un herbicide. La firme qui produit sa variété étant celle qui vend son herbicide, elle a alors tout intérêt à ce qu’on lui pille « son » gène autant que possible : cela rend son marché captif. »

Même si le nom de Monsanto n’est pas prononcé, on se doute que c’est à cette firme que pense Max Rives, et à ses plantes tolérantes au glyphosate. L’histoire ne s’est toutefois pas passée comme l’imaginait l’auteur de l’article.

Le fait que le brevet sur le Round Up, herbicide total et produit phare de la firme, expire à la fin des années 1980 probablement été déterminant dans l’engagement particulier de celle-ci sur le créneau des biotechnologies. Le Round Up associé aux plantes « RR » continue de fait à mener une belle carrière commerciale et à peser d’un bon poids dans le chiffre d’affaires de la firme, malgré les substituts génériques qui existent désormais et malgré la contre-publicité sur le RoundUp faite par les anti-OGM. Mais d’autres firmes ont également mis au point des plantes tolérantes au glyphosate. Et aucune n’a vraiment intérêt à ce qu’ « on pille son gène » comme le pronostiquait Max Rives, qu’il s’agisse de celui de la résistance au glyphosate ou de ceux des autres OGM.

Le succès des plantes Bt montre que « le seul cas où elle est rentable pour une firme privée est celui de la résistance à un herbicide » était une hypothèse totalement fausse.

D’autre part, le fait que Monsanto ait eu des grandes difficultés à faire valoir son exclusivité sur les semences comme en Argentine sur le soja RR -ou plus tard en Inde pour le cotonnier Bt- révèle davantage un faible contrôle institutionnel qu’une stratégie élaborée. L’affaire Percy Schmeiser- un agriculteur canadien qui a multiplié et ressemé des graines de Colza RR en espérant s’affranchir des royalties réclamées à ses voisins par Monsanto- prouve que lorsque la firme peut éviter qu’on lui pille ses gènes, elle s’emploie à recouvrer ses royalties.

La transgénèse, simple outil auxiliaire de la sélection végétale pour Max Rives

L’hostilité à l’égard des OGM exprimée dans cet article est loin du discours irrationnel et des formules propagandistes -« transgression de la nature », « plantes pesticides » ..- des anti-OGM d’aujourd’hui.

Il n’y a pas là une déclaration de foi contre la science et le progrès, simplement des arguments assez faibles : les problèmes qu’il prédit pour les OGM existent déjà avec les méthodes de sélection classique, tandis qu’il en ignore tous les avantages potentiels spécifiques, tels que cibler plus précisément des gènes d’intérêt ou la possibilité d’insérer dans une plante des gènes d’espèces avec lesquelles elle ne peut se croiser. La transgénèse ne se substitue pas au rôle du sélectionneur classique que défend Max Rives, elle s’y ajoute et étend l’horizon des applications scientifiques pour l’amélioration des plantes.

Mais l’hostilité envers la transgénèse opérationnelle semble être aussi une hostilité, plusieurs fois exprimée dans cet article, envers la « catégorie montante » des biologistes moléculaires soupçonnés d’hégémonisme et de vouloir siphonner les crédits de recherche à leur profit. Le génie génétique n’est pas sans intérêt, nous dit Max Rives à condition d’être confiné à un rôle de « compréhension des processus du développement et de la différenciation des plantes ce qui, à long terme, peu aider à la définition de stratégie de sélection. Actuellement, la biologie moléculaire fournit déjà à l’amélioration des plantes des outils auxiliaires intéressants. Par exemple , R A Owens et T.O Dinner , aux Etats-Unis, ont utilisés des « morceaux d’ADN (des sondes) pour repérer le virus d’une maladie extrêmement dangereuse de la pomme de terre ce qui fournit un diagnostic».

Outils auxiliaires, outils de diagnostic, mais pas d’application directe dans l’amélioration des plantes, qui doit rester l’exclusivité des sélectionneurs traditionnels… Bref, que chacun reste à sa place.

« Certes, la sélection classique n’a pas le caractère spectaculaire des manipulations génétiques. Elle ne promet pas de raser gratis demain (sic), elle garantit seulement une évolution modeste mais continue sur une longue période et qui s’est révélée efficace ».

Personne ne contestera qu’elle se soit révélée efficace et qu’on lui doit même des progrès agronomiques considérables. Mais vouloir freiner ainsi le développement de nouvelles méthodes, refuser d’emblée qu’on en explore toutes les possibilités d’application n’était probablement pas guidé par des motivations purement scientifiques.

Anton Suwalki



(1)  L’amélioration des plantes, Max Rives, La Recherche , mai 1984

(2)  Il s’agissait de l’équipe de Marc Van Montagu de l’Unsiversité de Gand

(3)  Max Rives semble ici forcer le trait : même au siècle dernier, notre alimentation était sans doute constituée de bien plus qu’une trentaine de plantes

(4)  Chiffres de 2007 -FAO- un nombre qui a augmenté en 2007 suite à l’envolée des prix des denrées alimentaire alors qu’il était en diminution depuis plusieurs décennies, malgré la pression démographique

(5)  Pour les céréales, deux banques étaient mondialement connues : celles de l’institut Vavilov en Russie et celle de Beltsville aux USA. Dans la première ,il existait au moins 20 000 « accessions » des ancêtres des blés actuels.

(6)  Les glucosinolates présents dans les plantes agissent comme un pesticide naturel, mais à forte teneur peuvent être toxiques , perturber la croissance etc..

(7)  ce n’est pas le cas du blé par exemple où le caractère nanisme dépend d’un gène (dont on a ensuite identifiés plusieurs allèles)

(8)    Pour se faire rapidement une idée  :

 http://www.gnis-pedagogie.org/pages/classbio/chap3/22.htm

   (9)    lorsque MR dit cela, il ne pensait sans doute pas aux biologistes moléculaires de l’INRA  : il n’y en avait quasiment aucun à cette date

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 13:13

En attendant un papier (dans les tuyaux) revenant sur la vision que développait un chercheur plutôt hostile aux OGM dans un article de La Recherche il y a 25 ans, je réagis à cette interpellation d’un lecteur :

 

« honte à vous (sic !)
Paulais
Pensez-vous réellement que les OGM soient une solution sans danger?
ne me dites pas qu'ils peuvent éviter la famine dans le monde. actuellement nous avons une surproduction alimentaire. le problème c'est le capitalisme et non les stocks mondiaux de nourriture.
merci de me donner vos arguments je me ferai un plaisir de les démonter pièce par pièce.
Dans l'attente de votre réponse je vous adresse les salutations d'un fervent partisan  anti OGM »

En réponse :

 

Je ne vois pas pourquoi nous éprouverions de la honte à exposer sincèrement des idées que ce soit sur les OGM ou sur tout autre sujet. Pas plus qu’un « anti » n’exprime pour moi des idées honteuses à partir du moment où il défend ses convictions honnêtement, du moment qu’il ne falsifie pas et n’utilise pas des méthodes diffamatoires.  

Vous pouvez donc ranger votre réprobation morale totalement déplacée, avancer des arguments valables sera beaucoup plus  intéressant.

 

Commencez donc, si vous êtes honnête, par ne pas nous prêter des idées que nous n’avons jamais exprimées : Personne ici n’a dit que le problème de la faim dans le monde serait en soi résolu par le simple fait de la technique, OGM ou autre.

 

Par contre nous avons écrit: « Il n’existe pas de solutions purement technologiques, mais il n’existe pas de solutions qui pourraient se passer des apports de la science et de la technologie ! »

 

http://imposteurs.over-blog.com/pages/Manifeste__La_desinformation_sur_les_OGM_et_le_denigrement_de_la_science_doivent_cesser_-723396.html

 

Disons le franchement, qu’il y ait une « surproduction alimentaire » est un véritable scoop. C’est quand même la première fois qu’une crise de surproduction amènerait à une flambée des prix telle que celle des matières premières, notamment les céréales en ont connu de 2006 à 2008. Sans prétendre au prix Nobel d’économie, j’aurais tendance à penser que c’est l’insuffisance de la production pour faire face à une demande croissante, en particulier celle des pays à croissance rapide, qui en est à l’origine. Après, que cela rende l’allocation des ressources encore plus injuste, c’est évident.  Mais si vous voulez démonter point par point nos arguments, commencez par éviter ce genre d’absurdité !

 

 Je n’ai pas l’intention d’écrire une dissert sur les OGM pour la soumettre à votre « démontage point par point ». Vous avez sur ce site près d’une centaine d’articles consacrés au sujet, représentant plusieurs centaines de pages. La matière à polémique, vous l’avez. Réagissez à ce qui vous plaira, à l’aide d’arguments précis postés au bon endroit, évitez les généralités ou les objections lénifiantes du genre « les OGM ne résoudront pas la faim dans le monde », auxquelles nous avons déjà répondu mille fois.

Étonnez-nous un peu , enrichissez le débat en nous épargnant les banalités mille fois entendues, et nous vous répondrons.

 

Anton Suwalki

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