Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 15:32

Les temps changent. Il y a quelques années encore, ceux qui osaient condamner le vandalisme des faucheurs volontaires d’OGM et le saccage de la recherche en biotechnologie étaient une infime minorité. Des voix encore minoritaires, mais de plus en plus nombreuses et d’origine diverse, se font entendre. Dernière initiative en date, cette lettre ouverte d’agriculteurs producteurs de tournesols victimes des faucheurs. Car n’ayant plus d’OGM à se mettre sous la faux, ceux-ci s’en prennent à des « OGM cachés » , et trouveront par la suite, d’autres boucs-émissaires, car comme le souligne la lettre, leur combat, bien au-delà des OGM, est un combat contre la science.

Anton Suwalki

 

 


 

 

Lettre ouverte aux faucheurs volontaires

 

Le 28 octobre 2011,

 

Mesdames les «faucheuses volontaires»,

 

Messieurs les «faucheurs volontaires»,

 

Nous sommes plusieurs agriculteurs à avoir subi, depuis 2 ans, des destructions (pardon fauchages) de nos champs de tournesol que vous avez menées parfois de nuit selon des méthodes commandos parfaitement rodées. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus accepter votre discours et votre diktat qui relèvent d'une manipulation doublée d'une grande violence. C'est pourquoi, nous prenons la parole.

 

Vous osez affirmer que nous autres agriculteurs ne connaissons pas les variétés que nous semons. Notre incompétence irait de concert avec notre ignorance ! Laissez-nous vous dire que vous avez une étrange idée des agriculteurs. Nous en avons donc assez que vous nous fassiez la leçon ! En filigrane de vos tracts, nous serions des ignares sujets à manipulation, des rustres sans intelligence, incapables de comprendre ce qu'ils font... Non, messieurs les professeurs, nous sommes capables de nous informer, de comprendre les processus scientifiques des innovations variétales... Nous sommes d'abord des professionnels de l'agriculture et nous revendiquons notre responsabilité à utiliser de nouvelles techniques, lorsque celles-ci sont autorisées. Aussi, votre description des risques que nous ferions courir à la société, par notre méconnaissance (notre inconscience ?), est de la démagogie pure et simple.

 

Vous nous répétez que les tournesols que vous détruisez sont des OGM. Ces OGM seraient même « cachés ». La belle affaire ! Le grand public doit savoir qu'il n'y a aucun OGM en France. Aucun doute là-dessus. Aussi, le semis de ces tournesols est parfaitement légal. Les semences des variétés de tournesol tolérant à des désherbants que nous utilisons sont inscrites au catalogue officiel des semences et les désherbants sont homologués par les autorités.

 

Vous n'hésitez pas à faire une lecture partielle et partiale de la législation européenne. Vous brandissez l'article 1 de la réglementation européenne pour imposer votre diktat. Allez, nous vous prenons au mot et suivons votre raisonnement jusqu'au bout : vous devriez exiger l'interdiction immédiate de toutes les variétés issues des biotechnologies que vous considérez comme des OGM, comme par exemple le Triticale (hybride artificiel entre le blé et le seigle) en Europe. Cette plante est une création faite sur des paillasses de laboratoire et issue d'une série de manipulations génétiques pour reprendre votre vocabulaire. Vous devriez faucher dès demain les 350 000 ha de triticale cultivés en France dont une très grande partie en agriculture biologique. Chiche !

 

Messieurs les Faucheurs, vos actions directes relèvent de la manipulation et nous devons constater que vous êtes particulièrement habiles, notamment pour intoxiquer l'opinion publique. Pourquoi ne dîtes-vous pas que le tournesol est le produit d'une innovation génétique majeure, que vous assimilez à des OGM, réalisée par la recherche publique dans les années 70. Cela a permis de créer des hybrides de tournesols et le développement de la culture de tournesol en France ; aujourd'hui 700 000 ha, moins de 30 000 ha dans les années 70. Autre bonne nouvelle : le tournesol produit sur nos territoires permet d'éviter des importations d'huile de palme notamment. Il permet également de produire des tourteaux, ici, en France, et donc de réduire la dépendance de notre élevage en soja d'Amérique du Sud.

 

En attendant, sur le terrain et dans nos champs, nous rencontrons un vrai problème de désherbage. Vos «faut qu'on » et «y a qu'à» ne sont que des incantations. De notre côté, nous revendiquons bien au contraire la mise en œuvre d'une panoplie de techniques pour maîtriser les mauvaises herbes : rotation des cultures, désherbants, binage, désherbinage... nous recourons à une panoplie de solutions. Nous affirmons notre capacité à optimiser des itinéraires techniques qui respectent l'environnement selon les conditions locales des cultures et éviter le risque de résistance des mauvaises herbes. Nous n'avons pas attendu les faucheurs volontaires pour appréhender ce risque qui est inhérent à toute pratique agricole, à toutes les cultures et cela depuis de nombreuses années. Même si cet argument vous déplaît, il est important d'expliquer que ces tournesols contribuent à la diminution du risque allergique lié à l'ambroisie (jusqu'à 15 % de la population de personnes allergiques dans certaines régions). Cette plante se développe dans nos cultures. Ces nouveaux tournesols tolérants à de nouveaux désherbants que vous pointez du doigt et que vous cherchez à détruire sont une solution pour réduire ce risque. Avons-nous dit qu'il s'agissait de LA solution miracle ? Non, c'est une solution parmi d'autres. Pourquoi donc s'en passer ? Nous vous laissons le soin d'aller l'expliquer aux personnes allergiques.

 

En réalité, le saccage de nos cultures n'est qu'un prétexte pour développer votre combat politique et idéologique contre la science. Oui, nous affirmons que l'accroissement des connaissances scientifiques est une bonne chose autant que les innovations technologiques. Nous estimons qu'un débat avec l'ensemble de nos concitoyens sur les technologies d'obtention végétale et leurs utilisations en agriculture est sain. Mais celui-ci ne doit pas se baser uniquement sur des arguments faussement juridiques, scientifiques et économiques que vous avancez. Au nom de vos méthodes d'agit-prop dites de 'désobéissance civile', parfaitement résumées dans vos manuels, vous vous octroyez le droit de dire ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, de jeter l'opprobre sur des producteurs qui, pourtant, respectent à la lettre la réglementation. Saccages, destructions de champs, acte de vandalisme, vos actions sont violentes. N'en déplaise à vos appels au «débat», «dialogue» et votre esprit «non violent» (quelle blague !).

 

Vous osez parler de la liberté du paysan qui serait en danger. En réalité et en filigrane de votre tract, il faudrait interdire toute innovation au monde agricole. Il faudrait contrôler les fermes et rééduquer sous la contrainte les agriculteurs à ce qui correspond à votre projet politique. Côté liberté individuelle, on repassera...

 

En prenant publiquement la parole nous prenons le risque de menaces sur nous-mêmes et nos familles comme cela a malheureusement pu arriver dans le passé. Nous n'avons jamais eu l'intention de répondre à la violence par la violence ce qui aurait correspondu à votre «plan média». Mais il est temps de faire la vérité et de distinguer ce qui relève d'un côté de votre projet politique, et de l'autre, de la réalité technique, agronomique et économique du monde agricole.

 

Mesdames, Messieurs, les destructeurs volontaires, revenez dans le débat en refusant toute nouvelle destruction.

 

Michel BEAUCHESNE - Indre et Loire

 

Fabien LABRUNIE- Indre et Loire

 

Serge FILIPPI - Haute Garonne

 

Michel GASSON - Allier

 

Avec le soutien de Micael BORDAS - maire de la commune sans OGM de Saint Martin d'Août - Drôme

 

 


Autre initiative à noter :

 

l’appel lancé par 41 scientifiques suédois spécialistes de la biologie végétale et soutenu par l’AFBV qui plaide pour une réglementation sur les OGM basée sur la science.

 

Une pétition est à signer :

 http://www.ipetitions.com/petition/changerlegislationogm/

 

Repost 0
14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 15:11

« Better dead than GM fed » : on remet le couvert

 

Un nouvel article de Wackes Seppi. Merci pour ses contributions régulières et particulièrement pertinentes.

 

Cet article date un peu, nous avons volontairement attendu quelques semaines avant de la publier, nous le faisons maintenant que l’aide internationale semble se débloquer. Ce nouvel épisode où des organisations anti-OGM jouent sciemment avec la vie de millions de personnes nous donne la nausée.

Anton Suwalki

 

Lire à propos du précédent de la Zambie rappelé par Wackes Seppi :

http://imposteurs.over-blog.com/article-13712670.html

J’étais, à l’époque où j’ai écrit cet article, passé à côté des réactions de Jean Ziegler : la bétise de cet homme, qui aime se faire passer pour un humaniste et une grande conscience, est tout simplement vertigineuse

 

 

La disette, voire la famine, sévit à nouveau dans la Corne de l'Afrique.

 

On se souviendra peut-être qu'en 2002, lors d'une crise qui avait affecté six pays du sud-est africain, les leaders locaux n'avaient pas bien accueilli l'aide alimentaire états-unienne [1].  En septembre 2002, les Nations Unies, l'OMS et la FAO parvinrent à convaincre ceux du Lesotho, du Malawi, du Mozambique, du Swaziland et du Zimbabwe de l'accepter, certains d'entre eux ayant toutefois exigé que le maïs US soit immédiatement moulu pour empêcher son utilisation comme semence [2].  Quant à la Zambie, son président, M. Levy Mwanawasa, la refusa, la traitant de « poison »; trois millions de personnes y étaient menacées de famine, autant dire de mort.

 

La cause : le maïs US était susceptible d'être OGM.

 

La cause ? Des organisations non gouvernementales (ONG) – drivées notamment par Greenpeace [3] et Friends of the Earth (Les amis de la terre) [4] – n'avaient pas hésité à mener campagne contre le maïs US en utilisant des arguments tels que le danger pour la santé humaine, le risque de contamination des maïs locaux ou le risque de se voir fermer ultérieurement les frontières de l'Europe à leurs exportations de produits agricoles [5].

 

Une mention toute particulière doit être décernée à M. Jean Ziegler, ci-devant Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation et présentement vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.  Selon des propos répercutés par Reuters, il mettait en effet les opinions des organisations non-gouvernementales, qui disent que l'homme est en danger quand il consomme de la nourriture OGM dans la durée, au-dessus de l'opinion de l'OMS, qui dit qu'elle est sans danger.  Les ressorts pavloviens qui animent M. Ziegler l'avaient emporté sur l'urgence de la situation de millions d'Africains : « Je suis contre la théorie des entreprises multinationales qui disent que si vous êtes contre la faim, vous devez être pour les OGM.  C'est faux.  Il y a plein de bonne nourriture, naturelle et normale, pour nourrir le double de l'humanité » [6].

 

Cette scandaleuse – le mot est bien faible – irresponsabilité a été résumée par l'expression « Better dead than GM fed » (« plutôt mort que nourri aux OGM »).  The Economist a fait un commentaire aussi cruel que pertinent sous ce titre : « Les Africains ont deux motifs de se méfier de l'aide alimentaire GM : l'un stupide, l'autre légèrement moins.  Le motif stupide est la suggestion que les aliments GM sont un danger pour la santé humaine [...]  Le motif plus sensé de se méfier des aliments GM est qu'il y a des gens qui, n'étant pas en danger de famine, se font des soucis sur leur alimentation.  On les appelle des Européens » [7].

 

Ce long rappel du passé s'imposait avant d'aborder le présent : l'irresponsabilité des nantis est de retour, cette fois-ci au Kenya !

 

Pour autant que nous ayons pu le déterminer, les ONG qui ont pignon sur rue se font discrètes, au moins sur le plan de la communication.  D'autre part, la règle du jeu médiatique est la suivante : ne pas avoir de problème avec une aide alimentaire GM n'est pas une information ; avoir des objections en est une.  Encore que, au Kenya, la presse n'est pas unilatérale.

 

The Standard du 24 juillet 2011 nous apprend donc que M. Christopher Wanga, vice-président de l'Association vétérinaire africaine, dit qu'il est dangereux d'opter pour le maïs GM parce que le pays manque de mécanismes fiables de contrôle de la qualité.  « Il est difficile de savoir si nous importons les bons produits » [8].  Singulière logique ! Et il sied de rappeler que les produits GM sont maintenant largement cultivés et consommés dans le monde sans qu'aucun problème sanitaire n'ait été détecté (ce sont actuellement quelque 150 millions d'hectares, avec une croissance annuelle de quelque 10 %).

 

Une partie de la communauté scientifique, pourtant formée à l'analyse, n'est pas en reste.  Ainsi M. Kavaka Mukonyi, chef de la bioprospection au Kenya Wildlife Service, estime que « lorsque de la nourriture est importée, cela signifie que nous remettons nos droits alimentaires aux multinationales.  Elles auront tous les droits.  Les semences qu'elles introduiront auront des caractères d'autodestruction, ce qui fera que nous resterons esclaves des multinationales de la même manière que le sont les entreprises de floriculture du pays ».  Manifestement, cet homme a succombé à la propagande d'organisations qui se prétendent écologistes, tiers-mondistes ou altermondialistes sur Terminator, un formidable serpent de mer.

 

Mais l'attaque la plus virulente vient de l'association Kenyans in Diaspora qui a écrit au gouvernement.  Une petite recherche suffit à démontrer que les poncifs les plus éculés y sont passés.  C'est en fait, au moins en partie, un quasi-copier-coller d'un argumentaire qui a fait l'objet d'une multiplication virale sur la Toile [9].  Poncifs ? La liste commence par des allégations sur un acide aminé, le L-tryptophane, obtenu par génie génétique et utilisé comme complément alimentaire – rien à voir avec les plantes génétiquement modifiées.  Elle se poursuit avec la tentative d'améliorer la valeur protéinique du soja avec un gène de la noix du Brésil – le programme avait été interrompu en son temps bien avant la phase commerciale.  Nous nous arrêterons là.

 

Le débat a pris de l'ampleur au Kenya dans le contexte de l'adoption par le gouvernement des règlements sur les OGM pour donner effet au Biosafety Act de 2009  ; le dernier a été publié le 12 août 2011.  Il a commencé avant l'émergence du problème de la disette qui affecte le nord et menace 2,9 millions de personnes selon l'ONU.  L'article du Standard s'inscrit toutefois dans cette problématique puisqu'il s'ouvre par : « Forcés de survivre grâce à des fruits sauvages du fait de la sécheresse et de l'insécurité alimentaire, les Kenyans affamés vont bientôt être confrontés au dilemme des aliments génétiquement modifiés.  Alors que le gouvernement se prépare à importer du maïs génétiquement modifié pour combler un déficit alimentaire croissant, des scientifiques lancent des mises en garde contre l'importation d'alternatives génétiquement modifiées qui pourraient ne pas être sûres » Notez le « pourraient », le conditionnel, arme absolue des marchands de peur.

 

Ajoutons que le centre et l'ouest affichent des récoltes record, mais le pays est confronté à des difficultés d'acheminement des régions excédentaires vers les régions déficitaires [10].  Le gouvernement fait aussi l'objet d'accusations de corruption, et la disette est cyniquement utilisée pour des règlements de compte et à des fins politiques.  Les choses ne sont pas simples.

 

Toutefois, les « anti » n'ont pas le monopole dans la presse keniane.  Celle-ci n'est pas univoque et ne succombe pas systématiquement aux sirènes des marchands de peur.  En cela, elle se distingue de celle des pays – faut-il en nommer un en particulier ? – qui s'adresse à « des gens qui, n'étant pas en danger de famine, se font des soucis sur leur alimentation » et qui contribue à forger et entretenir l'hypocondrie alimentaire.

 

Ainsi, The Citizen du 27 juillet 2011 analyse les carences des scientifiques dans la communication sur les tenants et les aboutissants et les enjeux des biotechnologies ; sous un titre qui se réfère aux avantages des OGM [11].

 

Le Nairobi Star du 23 juillet 2011 a usé de gros bon sens pour répondre aux insanités de Kenyans in Diaspora.  En bref : combien de Kenyans, légaux et illégaux, de la diaspora en Afrique du Sud et aux États-Unis d'Amérique ? Combien de morts par suite de l'ingestion d'aliments GM [12] ?

 

Et les évêques de l'Église catholique romaine se sont exprimés clairement, même s'ils ont ménagé les supporters de Greenpeace et Cie : « Nous sommes en faveur des aliments non modifiés génétiquement, mais s'il y a une crise et qu'ils peuvent ressusciter quelqu'un pour une semaine, mangez les » a dit l'archevêque Zacchaeus Okoth.  Pour l'évêque Cornelius Korir, « c'est péché qu'une personne meure de faim » [13].

 

Le gouvernement kenyan a décidé d'autoriser l'importation de maïs GM sous certaines conditions qui vont sans doute compliquer la logistique.  Et offrir aux opposants – activistes et en particulier détenteurs d'autorité au sein de l'administration – des points d'appui, non plus sur le principe général de la culture et de l'importation des OGM puisqu'il est acquis, mais sur l'application des règles dans chaque cas particulier ; des points d'appui pour tenter de faire prévaloir leurs préoccupations mesquines sur l'urgence vitale de milliers de victimes de la sécheresse.

 

C'est, semble-t-il, plutôt mal parti.  Selon le Daily Nation, rapportant un incident au sein de l'administration qui relève visiblement d'une guerre des chefs, 61 permis d'importation accordés au Programme alimentaire mondial (une institution des Nations Unies et le maître d'oeuvre de l'aide alimentaire) ont été annulés [14].

 

M. Ingo Potrykus, le père du riz doré enrichi en beta-carotène qui pourrait sauver des millions de vues et de vies, n'a pas hésité à brandir le crime contre l'humanité face aux activistes tels que Greenpeace [15] et aux gouvernements frileux [16].  Un crime contre l'humanité, c'est ce qui est peut-être bien en train de se jouer au Kenya.

 

L'aide alimentaire arrivera sans aucun dans les régions qui souffrent : le PAM a appris à composer avec les lubies des pays destinataires de l'aide.  Mais arrivera-t-elle à temps et en quantité suffisante ? C'est une autre question.  En tout cas, un seul mort pour cause de retard ou d'insuffisance évitable suffit à notre sens à établir le crime.

Wackes Seppi


 

Notes :

[1]  Voir par exemple Famine and the GM debate

http://news.bbc.co.uk/2/hi/2459903.stm

 

[2]  Déclaration de l'Organisation des Nations unies concernant l'utilisation des produits alimentaires génétiquement modifiés envoyés au titre de l'aide alimentaire en Afrique australe

http://www.fao.org/french/newsroom/news/2002/8660-fr.html

Le Directeur Général exhorte les pays à réfléchir avant de rejeter l'aide alimentaire génétiquement modifiée

http://www.fao.org/french/newsroom/news/2002/8844-fr.html

 

[3]  Sur la face présentable de Greenpeace (enfin...) : USAID and GM Food Aid

http://www.greenpeace.org.uk/MultimediaFiles/Live/FullReport/5243.pdf

Extrait : « In fact, the cynical manipulators of the famine in Africa are the US government, USAID

and the GM industry. » Quelle audace !

 

[4]  Le site de Friends of the Earth a, semble-t-il, été expurgé.  Mais on trouve en abondance une citation de son porte-parole, Nnimo Bassey : « C'est aux Africains de décider de ce qu'ils mangent, pas aux autres de décider pour eux. » (Traduction).  Quel cynisme ! Pour beaucoup d'entre eux, le choix était entre manger et mourir.  Voir par exemple US presses Africa to take GM foods – Six countries beset by starvation reject offer of altered crops

http://www.guardian.co.uk/science/2002/aug/30/gm.famine

Et aussi : Stop Playing With Hunger! – U.S. Genetically Modified food force-fed to developing countries

http://www.foei.org/en/resources/publications/food-sovereignty/2000-2007/hunger_factsheet.pdf

Ainsi que : aliments ogm : les etats unis ‘jouent avec la faim’

http://www.foei.org/fr/media/archive/2003/0523.html

 

[5]  Voir notamment : Civil Society Organisations Condemn GM Food Aid

http://www.i-sis.org.uk/GMfoodaid.php

Il est à noter que beaucoup d'entités se réclamant de la qualité d'ONG dans les pays en développement sont tributaires d'entités similaires des pays développés pour leur financement et leur fonctionnement, particulièrement pour ce qui est de la matière première intellectuelle et médiatique.  L'African Centre for Biosafety (Afrique du Sud), par exemple, indique en toute transparence qu'il est soutenu par EED, HIVOS, SWEDBIO et NORAD.

 

[6]  Voir par exemple UN food envoy questions safety of gene crops

http://www.planetark.com/dailynewsstory.cfm/newsid/18204/story.htm

 

[7]  Better dead than GM-fed? – Europe's greens are helping to keep Africans hungry

http://www.economist.com/node/1337197

 

[8]  Scientists apprehensive over GMO import plan

http://www.standardmedia.co.ke/InsidePage.php?id=2000039509&cid=4&ttl=Scientists%20apprehensive%20over%20GMO%20import%20plan

L'article a aussi été publié sous un titre différent par la Kenya Alliance of Resident Associations à :

http://www.kara.or.ke/index.php?option=com_content&view=article&id=252:starving-kenyans-stare-at-gmo-dangers-reality-&catid=34:update

[9]  Comparer les citations de l'article précédent avec, par exemple, 50 Harmful Effects of Genetically Modified (GM/GMO) Foods

http://bowlofstamps.blogspot.com/p/gmo-nwo-mass-eugenics.html

 

[10]  Voir l'excellent blog sur l'agriculture africaine

http://www.africanagricultureblog.com/search/label/Kenya

 

[11]  Ways sought to educate farmers on GM benefits

http://thecitizen.co.tz/magazines/-/13192-ways-sought-to-educate-farmers-on-gm-benefits

 

[12]  All you need to know about GMOS

http://www.nairobistar.com/opinions/leader/32999-all-you-need-to-know-about-gmos

 

[13]  Bishops in Kenya take new stance on genetically modified foods

http://www.christiancentury.org/article/2011-08/bishops-kenya-take-new-stance-genetically-modified-foods

 

[14]  Biosafety boss sacked in import row

http://www.nation.co.ke/News/Biosafety+boss+sacked+in+import+row/-/1056/1224772/-/68adtj/-/

 

[15]  Par exemple :

http://www.biotech-info.net/2_IP_response.html

 

[16]  Lessons from the ‘Humanitarian Golden Rice’ project: regulation prevents development of public good genetically engineered crop products

http://www.ask-force.org/web/Vatican-PAS-Studyweek-Elsevier-publ-20101130/Potrykus-Ingo-Lessons-Humanitarian-Golden-Rice-20101130-publ.pdf

« Que faut-il de plus pour ouvrir les yeux de ceux qui exercent des responsabilités politiques, pour qu'ils comprennent que c'est un "crime contre l'humanité" que de ne pas changer une réglementation sur les OGM fondée sur une précaution extrême pour l'asseoir sur la science et se laisser guider par des considérations de coûts et de bénéfices des caractères en cause plutôt que par des considérations idéologiques ? »

 

 

Repost 0
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 18:00

Ce billet pourrait se réduire à une simple question : quelle preuve de plus faut-il, après la demande d'exclusion de celle qui a osé dire la vérité, du sectarisme affligeant de six organisations censées représenter la société civile ?

 

La demande d'exclusion de Jeanne Grosclaude démontre ad nauseam le mépris des Amis de la Terre, de la Confédération Paysanne, de la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB), de France Nature Environnement (FNE), de Greenpeace et de l'Union Nationale de l'Apiculture Française (UNAF) pour un principe fondamental de nos sociétés.  Mais voici, tirées des recommandations du Comité économique, éthique et social (CEES) du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) de 2011 [1], des preuves de leur mépris pour la démarche rationnelle et, in fine, le CEES et le processus de consultation de la société civile qu'il est censé promouvoir.

 

Dans la recommandation relative au maïs Mir 604 de Syngenta (14 mars 2011) – qui était une contribution à l'évaluation du dossier par l'EFSA – la FNE s'est exprimée comme suit :

 

« Enfin, de manière générale, FNE estime que la Commission Européenne[2], restreignant le domaine de la pertinence des évaluations aux seuls critères "scientifiques", les dossiers doivent être réellement de nature scientifique et au moins compatibles avec les règles élémentaires du raisonnement scientifique [...] »

 

Fort bien ! Et comment applique-t-elle les règles élémentaires du raisonnement scientifique ?

 

« L'introduction en France de Diabrotica virgifera virgifera pose un problème aux producteurs de maïs. Une solution durable serait l'incitation à des rotations longues. [...]  La présence de chrysomèles, problème grave pour l'agriculture, pourrait être un élément stimulateur pour que la France s'engage dans cet effort. Le maïs Mir604 constitue, dans cette optique, un élément négatif très préjudiciable à cette évolution. »

 

En clair : favorisons l'extension d'un ravageur.

 

Dans la recommandation relative au soja MON 87701 de Monsanto (11 janvier 2011), le CEES avait conclu qu'il ne pouvait pas conduire une analyse, le Comité Scientifique (CS) ayant pris note d’un excès de mortalité en période de croissance chez les poulets nourris avec le soja MON 87701 et considéré que les données en cause devaient être documentées [3].  La « bande des six » a exprimé une position divergente.

 

Alors que le CS a opiné que « [l]'excès de mortalité [...] n’a pas été expliqué de manière satisfaisante par le pétitionnaire », les six trouvent « ce phénomène inquiétant » et pensent « donc qu’il est du devoir du CEES de recommander au gouvernement français de s’opposer à cette demande d’autorisation de soja génétiquement modifié potentiellement dangereux pour la santé et l’environnement, pour des raisons à la fois éthiques, économiques et sociales. »

 

En clair : profitons d'un manque d'explication pour nous opposer (en arguant en outre d'un danger potentiel et de vagues raisons qui reprennent simplement l'intitulé du Comité).

 

La recommandation relative au renouvellement de l'autorisation du soja 40.3.2 de Monsanto (11 janvier 2011) a fait l'objet d'une longue analyse ; y compris sur des aspects tels que les incidences socio-économiques et éthiques de la production de soja 40-3-2 dans les pays exportateurs [4], ce qui ressemble fort à une ingérence dans les affaires internes de ces pays.  À l'évidence, le CEES a été de bonne composition à l'égard de la bande des six, voire complaisant [5].  Les  positions de la bande des six ont été amplement reflétées dans le document principal.  Ainsi, dans le résumé :

 

« Pour certains membres, renouveler l’autorisation d’importation :

.  reviendrait à encourager les pays américains à continuer de produire ce soja et donc à conforter la dépendance européenne et française en soja transgénique ;

.  obèrerait la perspective de voir ces pays accroître les cultures de soja sans OGM et conventionnel et alimenter les filières "sans OGM" en cours d’établissement en Europe ;

.  conforterait la nécessité, pour les filières AOC, bio et conventionnelles, de continuer à se protéger – jusqu’ici à leurs frais – de toute présence d’ADN de soja transgénique dans leurs productions ;

.  constituerait un signal peu cohérent au regard de la nécessité d’amoindrir la dépendance européenne au soja. Ils ajoutent qu’un plan de relance des légumineuses en France ne permettant de réduire que partiellement cette dépendance, la transition vers un autre modèle d’élevage, qui ne soit plus fondé sur l’utilisation massive de soja, s’avère nécessaire. Cette transition pourrait s’accompagner d’une évolution des habitudes alimentaires, vers une moindre consommation de viande. »

 

En clair : sabotons la filière animale française pour envoyer des signaux aux pays producteurs de soja ; pour favoriser la filière « sans OGM » [6] ; pour contraindre les Français à adopter le mode de consommation et d'alimentation préconisé par la bande des six.

 

Mais cela ne les a pas empêchés d'exprimer une position divergente.  « Divergente » par rapport à une position fidèlement reflétée dans la conclusion, selon laquelle « « [...] le CEES rappelle que, pour les raisons mentionnées plus haut, il est divisé quant à l’opportunité de renouveler l’autorisation  d’importation du soja 40-3-2 », cette phrase étant suivie des deux positions.

 

La bande des six admet expressément le sabotage dans sa position prétendument divergente :

 

« Refuser de renouveler l’autorisation de mise sur le marché de ce soja pourrait, en effet, "mettre à mal la compétitivité de certaines formules d’élevage (intensifs principalement) et, en conséquence, conduire à un renchérissement du prix de la viande pour les consommateurs" [...] »

 

Mais :

 

« [...] cela doit être vu comme une opportunité pour les décideurs politiques de réformer le système actuel, à nos yeux terriblement nocif d’un point de vue sanitaire et environnemental, et de mener une politique volontariste ambitieuse afin de réduire la dépendance en protéine végétales de l’UE, tout en incitant les consommateurs à modifier leur consommation de produits carnés. C’est pourquoi, les organisations Greenpeace, la Confédération Paysanne, les Amis de la Terre, FNE, la FNAB et l’UNAF sont opposées à la demande de renouvellement d’autorisation de mise sur le marché du 40-3-2 [7]. »

 

En clair : tapons encore un peu plus le consommateur pauvre.

 

Dans la pensée de Jeanne Grosclause, c'est :

 

« [...] méconnaître les disparités entre populations aux niveaux de vie et aux couvertures nutritionnelles éloignés : en France même, déjà, une large part de la population (13 %) vit en dessous du seuil de pauvreté et connaît la précarité alimentaire, sans compter ceux qui en sont réduits à prélever leur nourriture dans les poubelles et ne regardent pas l’étiquetage OGM ! »

 

Mais qu'importe pour la bande des six ! L'idéologie doit prévaloir :

 

« Constatant que les mesures de substitution envisageables ne feront pas disparaître les besoins français et européens en soja importé, certains membres du CEES proposent que la dépendance soit réduite par une réorganisation profonde de l’élevage, en particulier par une diminution de la part de l’élevage hors-sol, consommateur important de soja transgénique importé et par ailleurs générateur d’externalités négatives (pollutions, nuisances, etc.). Ils conviennent que s’acheminer dans cette voie ne peut être qu’un processus long et progressif. Ils sont par ailleurs conscients qu’une telle réorientation entraînerait une baisse de la production de viande, une hausse de son coût et donc une moindre consommation de viande par la population. Ils estiment néanmoins que dans nombre de pays développés, l’alimentation humaine tend à être aujourd’hui trop riche en viande, un véritable changement s’imposant donc. »

 

Plus que jamais, ces gens méritent le qualificatif de Khmers verts.

 

Wackes Seppi

 

 


[1]  http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/spip.php?rubrique1

Les recommandations seront prises dans l'ordre chronologique inverse.  Les recommandations précédentes contiennent aussi leur lot d'insanités.

 

[2]  La Commission n'y est, dans cette affaire, qu'une force de proposition et, en partie, de gestion administrative du processus de décision.

 

[3]  « Le pétitionnaire mentionne qu’aucun excès du taux moyen de mortalité n’a été observé selon les lots, ni au cours de la première semaine correspondant à la période de démarrage (2,6 % ; valeurs extrêmes : 0,8 - 5 %), ni au cours des cinq semaines suivantes correspondant à la période de croissance (1,3 % ; valeurs extrêmes 0 - 5 %). Il explique également l’excès initial de mortalité par la survenue d’infections bactériennes et de cas de déshydratation fréquents dans ce type d’élevage. Cependant, il convient de noter que les lots nourris avec le soja MON 87701 présentent une mortalité de 5 % au cours des deux périodes alors que celle des autres lots était de 0,83 – 4,17 % en période initiale et de 0 - 2 % en période de croissance de sorte que l’explication apportée par le pétitionnaire n’est pas satisfaisante. »

 

[4]  Et, par extension, tous les sojas transgéniques et même non transgéniques.

 

[5]  La recommandation cite – sans analyse critique – la littérature anti-OGM, telle que Benbrook, C. M. (2005), “Rust, Resistance, Run Down Soils, and Rising Costs – Problems Facing Soybean Producers in Argentina”, Ag BioTech InfoNet. Technical Paper Number 8: p.1-51.

Texte à : http://www.greenpeace.se/files/2900-2999/file_2981.pdf

Le CEES le cite à l'appui de : « En Argentine, la production de viande, de produits laitiers et d’œufs a ainsi chuté de manière significative ces dernières années ».  Ce faisant, il a gobé un extraordinaire amalgame entre la culture du soja et la crise économique qui a secoué l'Argentine en 2001.

 

[6]  Chère à une certaine multinationale de la distribution... et chère pour le consommateur.  Le document relève – sans nul doute sur l'intervention de l'un ou l'autre de la bande des six – que « la filière de soja biologique destiné à l’alimentation humaine s’est dotée d’un cahier des charges  Sojadoc destiné à garantir un taux de présence d’OGM dans la production inférieur à 0.1 %. Le coût de ce cahier des charges a été chiffré pour l’année 2005 à 50 euros par tonne de soja, répartis sur la filière des membres adhérant à Sojadoc. »  La prétention implicite de faire payer ce surcoût par les filières qui n'ont pas établi le cahier des charges est tout simplement extravagante.

 

[7]  Bis repetita... et, par extension, tous les sojas transgéniques.

 

 

Notes :



Repost 0
23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 11:43

J’ai reçu mercredi 23 un message de madame Christine Noiville, Présidente du comité économique, éthique et social du Haut Conseil des biotechnologies . Celle-ci estime en effet que l’article cité ci-dessus comporte une série d’inexactitudes. Voici donc sa réponse coécrite avec Jean-Christophe Pagès, président du comité scientifique du HCB. Je laisse ouverts les commentaires, et comptant sur la courtoisie de chacun.

A.S

 

 Haut Conseil des biotechnologies.

Réponse de Christine Noiville et Jean-Christophe Pagès à l’article d’Anton Suwałki intitulé « Le regard sévère porté par une syndicaliste sur le fonctionnement du HCB ».

 

Mis en place il y a deux ans, le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) a pour mission d’éclairer le Gouvernement sur toute question relative aux biotechnologies. Il constitue aussi une originalité institutionnelle puisqu’il est composé de deux collèges : un comité scientifique (CS) qui se prononce sur les impacts des biotechnologies sur l’environnement et la santé publique ; un comité de « parties prenantes » (CEES) qui examine les impacts des mêmes biotechnologies, mais cette fois aux plans éthique, économique et social.

 

Enjeux citoyens

 

Ce faisant, le législateur a reconnu qu’en matière d’OGM notamment, les choix politiques ne se réduisent pas à des questions strictement scientifiques, si importantes soient elles. Bien d’autres interrogations sont en jeu, qui imposent une lecture citoyenne plus ouverte (possibles bienfaits des OGM comme alternatives à des pratiques agricoles polluantes, création de monopoles facteurs d’une potentielle dépendance des agriculteurs, etc.). Ce sont ces questions qu’examine le CEES. Il les aborde dossier par dossier puis rend des recommandations qui, jointes à l’avis scientifique, fournissent aux pouvoirs publics un croisement d’éclairages. Chacun conviendra de l’importance d’une telle mission.

Pour rendre compte de la diversité des enjeux de société, le législateur a choisi de composer presque exclusivement le CEES de représentants d’organisations professionnelles, d’associations, de syndicats, etc. Autant de « lobbies » entend-on parfois déplorer. Peut-être. Mais, outre que cette composition représente la société civile dans la diversité de ses préoccupations, le pari a été fait que ces parties prenantes débattent entre elles et en toute transparence, ce qui est sain. De fait, elles se parlent, confrontent leurs points de vue, identifient les espaces de convergence possibles et les oppositions irréductibles, réfléchissent ensemble pour la première fois à un système de coexistence entre cultures OGM et non OGM ou aux problèmes que pose la brevetabilité des inventions biotechnologiques... sujets complexes et décisifs jusqu’ici jamais abordés contradictoirement dans toutes leurs facettes.

 

Dialoguer avec les scientifiques

 

Jeune instance très observée, le CEES est régulièrement mis en cause. On lui reproche en particulier de s’immiscer dans les questions scientifiques alors que telle n’est pas sa mission. De fait, les parties prenantes n’ont pas la compétence pour réaliser une évaluation scientifique des OGM. Elles n’en ont pas moins la légitimé de questionner la parole scientifique car la science et les conclusions d’une expertise se doivent d’être accessibles aux interrogations de la société civile. Ce n’est pas un hasard du reste si le législateur a permis au CEES d’interroger les scientifiques du CS. Et c’est bien ce que font les parties prenantes : l’avis prend-il en compte les effets de l’OGM sur telle espèce non cibles ? Pourquoi telle publication scientifique récente largement médiatisée n’a-t-elle pas été estimée pertinente par le CS ? A ces questions de non-spécialistes, le CS répond sans tabous. Certains voient dans ce jeu de questions-réponses un mélange des genres préjudiciable à la portée des avis scientifiques. Or outre que les questions n’ont pas vocation à influer sur le contenu de l’avis du CS, on conviendra que cette interaction entre scientifiques et société civile est saine. Elle est source de débat, de transparence et d’approfondissement de l’expertise. Un seul exemple : c’est en dialoguant que CS et CEES se forgent une doctrine commune sur les OGM tolérants aux herbicides, estimant l’un et l’autre que l’évaluation de ces OGM comporte aujourd’hui des angles morts et formulant des propositions d’amélioration de l’expertise dans ce domaine.

 

Du débat à la « réconciliation » ?

 

Autre critique récurrente : le CEES ne parviendrait pas au consensus et, parce qu’il a choisi de ne pas voter, ne recommanderait aucune décision claire à nos décideurs. Une instance bien inutile, donc... Mais soyons raisonnable. D’abord est-il réaliste d’imaginer que quelques débats suffiraient à faire du HCB un lieu de réconciliation et de consensus après des années d’oppositions parfois frontales et pugnaces ? On le souhaiterait, mais cela reste en l’état bien ambitieux, on le sait bien. Cela remet-il en cause l’intérêt d’une réflexion collective éclairant sur les données disponibles, les convergences et les oppositions ? A l’évidence non.

Ensuite, c’est sciemment que le CEES a choisi de ne pas adopter ses recommandations par vote, car le vote est clivant, nuit au débat, conduit à la formation d’alliances peu constructives, aplatit l’analyse conduite par le CEES et, par son expression arithmétique, introduit un « pouvoir du dernier mot » qui dépasse le rôle d’un comité consultatif. Dès lors, ou bien un évident consensus ou une majorité manifestement très large se dégage des débats et les recommandations en prennent acte ; ou bien tel n’est pas le cas et elles se limitent à une instruction du dossier, analysant les avantages et inconvénients de l’OGM, les incertitudes, les espaces de convergence et de divergence entre les membres, sans comptabiliser les positions et sans chercher à arracher aux forceps un consensus de surface. Dans ce cas, la recommandation ne conduit pas alors à une « solution clés en mains » pour les pouvoirs publics ? C’est vrai. Mais souhaiter que la solution sorte « prête à l’emploi » du HCB ne reviendrait-il pas à amputer le politique de sa mission essentielle d’opérer les choix de société ? Le HCB est là pour éclairer le décideur sur la manière dont il peut « faire avec » les oppositions des parties prenantes, non pour se substituer à lui.

 

Un indispensable choix politique

 

Face aux points de vue éclatés que suscitent les biotechnologies, le législateur a eu le courage de mettre en place, aux côtés du Comité scientifique, une instance de débat et d’analyse socio-économique. C’eût été un leurre que d’y voir LA solution aux problèmes. Parce que la science, au travers des technologies, propose des outils mais pas les modèles d’une société, des choix politiques doivent être opérés in fine, par la représentation nationale. Au politique de construire sa décision, sur la base des données scientifiques, des données socio-économiques et des valeurs, forcément plurielles, des différentes composantes de notre société.

 

Christine Noiville, Présidente du CEES du HCB, et Jean-Christophe Pagès, Président du CS du HCB.

Repost 0
21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 17:15

Il y a quelques jours nous rendions compte de l’interview de Jeanne Grosclaude sur la chaine TV agri, et du regard sévère qu’elle portait sur le fonctionnement du Haut conseil des biotechnologies .

.

Nous n’avons pas eu à attendre longtemps la réaction des organisations concernées. Une information de source privée que j’ai reçue ce week-end vient d’être confirmée par un entrefilets dans le Figaro, seulement disponible dans l’édition électronique réservée aux abonnés :  

 

« Les représentants de France Nature Environnement, Greenpeace, Les Amis de la Terre et de l'agriculture biologique au sein du Haut Comité des biotechnologies (HCB) ont demandé par écrit à son président l'exclusion de Jeanne ­Grosclaude, ancienne chercheuse à l'Inra et déléguée du syndicat CFDT. Motif ?

Elle a dénoncé, le mois dernier, sur la chaine TV agri.info, leurs "a priori idéologiques" et leur "dogmatisme" contre les OGM et la science en général... »

 

Cela se passe de commentaires, non ?

 

Par ailleurs, suite à notre article, nous avons reçu une demande de droit de réponse au motif qu’il comporterait « une série d’inexactitudes ». Droit de réponse que nous publierons bien entendu dès qu’il nous parviendra. Vous vous doutez qu’il n’émane pas de ceux qui demandent l’exclusion de Jeanne Grosclaude du HCB…

 

Anton Suwałki

Repost 0
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 16:10

A l’occasion du saccage des porte-greffes de vigne transgéniques au cours de l’été 2010, nous avions noté de la part de la CGT et de la CFDT une prise de position ferme contre ces actes (1). Aujourd’hui, nous vous invitons à découvrir l’interview sur la chaine TV agri de Jeanne Grosclaude (2), représentante de la CFDT au Haut conseil des biotechnologies (HCB).  Elle porte un regard sévère sur le fonctionnement du HCB.

 


 

Siégeant au comité économique, éthique et social du HCB, cette scientifique y développe une approche rationnelle. Chaque dossier devrait être abordé sans a priori, et les avis que le HCB formule devrait reposer sur l’examen objectif des faits, et sur la recherche du consensus le plus large à partir de cette connaissance. En admettant que cela ne soit pas toujours possible, tous les membres du HCB devraient néanmoins y participer dans cet état d’esprit. Hélas, cette démarche semble impossible au sein du  comité économique, éthique et social ?

 

Selon Marcel Kuntz, en janvier 2010 : « Le Haut Conseil des Biotechnologies est formé d’un comité scientifique (CS), dont on peut attendre des avis scientifiquement valides (mais inévitablement influencés par les peurs sociétales), et d’un comité « économique, éthique et social » (CEES) qui n’est pas scientifique mais constitué largement de groupes de pression sensés représenter la « société » mais qui sont en fait mieux définis par leur logique de confrontation (il y a notamment 6 membres issus de l’écologisme et radicalement anti-OGM).

Il est donc inévitable que la ‘foire d’empoigne’ soit ce qui caractérise le mieux cette création gouvernementale, dont le travail n’aboutit pas à une recherche sereine de compromis mais à des positions contestées y compris au sein du comité.

C'est le cas des 'recommandations' émises en février 2010.

C'était caricaturalement le cas de la 'recommandation' en date du 22 décembre 09 sur le maïs MON810. » (3)

 

 Ce diagnostic est aujourd’hui entièrement confirmé par Jeanne Grosclaude. Dans cette interview, elle nomme les organisations représentées qui sont par principe opposées aux OGM, n’en font pas mystère, et n’ont pas par objectif la réflexion et l’expertise au cas par cas, mais l’obstruction.  Pour certains, l’homme n’a tout simplement pas droit de transformer la nature.

 

L’exemple de la demande d’importation d’œillets transgéniques (4) évoquée par Jeanne Grosclaude est caractéristique de la démarche : « Certains membres du CEES estiment que l’importation des œillets de Florigene ne répond ni à une utilité sociale évidente, ni à un besoin des producteurs et des distributeurs de fleurs coupées. ». Particulièrement révélatrice,  la position divergente des antis qui expriment que « Nous sommes face à un essai de diversification d’une offre commerciale dont le seul objet est de permettre au pétitionnaire d’accroitre ses profits alors qu’il n'y a aucun intérêt pour l'agriculteur produisant ces fleurs et aucune attente de la part des consommateurs ».

 

Il y a donc des individus qui se sentent investis du droit de décider des couleurs de fleurs «intéressantes » et celles « sans aucun intérêt » ! N’y aurait-il pas là un relent de totalitarisme ?    

 

Autre aberration : on trouve dans les recommandations du CEES des commentaires  sur des questions d’ordre scientifique, commentaires opposés aux conclusions du CS, de la part de membres n’ayant ni mandat ni compétence reconnue pour les faire.

 

Qui pourrait s’étonner que les représentants de Greenpeace, de FNE , ou de la Confédération Paysanne  n’adoptent pas une attitude conforme à celle qu’on est en droit d’attendre dans un tel comité ? Ils n’ont même pas l’attitude de respect minimum à l’encontre des membres du comité scientifique et des avis que celui-ci prononce, et sont impliquées dans tous les actes de destruction de cultures d’OGM et d’essais dédiés à la recherche, que ce soit de manière directe ou en soutien public à ces actions.  Est-il légitime que des gens animés d’un tel état d’esprit (ils chercheront de toute façon à interdire par la force les OGM auxquels ils sont censés contribuer à l’évaluation) soient présents dans une structure chargée d’éclairer les choix publics en matière de biotechnologie ?

 

              En remplacement de la Commission du Génie Biomoléculaire, le gouvernement a fait délibérément le choix de cette structure hybride,  incapable de mener un travail serein, et qui produit de la confusion plutôt que des avis éclairants . Selon nous, c’est précisément cette confusion qui sert d’alibi au gouvernement pour justifier la poursuite de son moratoire sur la culture du Maïs Bt MON 810, le seul qui était autorisé à la culture commerciale en France, et pour poursuivre sa politique anti-OGM au sein de l’Union Européenne. Répartition (5) des tâches oblige, les faucheurs accentuent de leur côté la pression en s’inventant de nouvelles cibles, telles que les « OGM cachés », telles que des plantes développant des caractères de résistances obtenue par mutagénèse (6), ou adoptent de nouvelles formes d’actions inquisitoriales (« les inspections citoyennes ) particulièrement inquiétantes . Dans d’autres pays  en Europe , le stade des violences physiques et des attaques contre les chercheurs est déjà franchi (7).

Anton Suwałki

 


 

(1) http://imposteurs.over-blog.com/article-retour-sur-le-saccage-des-essais-de-porte-greffes-de-vignes-transgeniques-a-colmar-56375566.html

(2) www.tvagri.info/reportages.../jeanne-grosclaude-00282.html

(3) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-hcb-haut-conseil-sur-les-biotechnologies-41053787.html

(4) http://ogm.gouv.fr/IMG/pdf/Recommandation_CNL0901_101028_cle8c51c6.pdf

(5) répartition objective des tâches . Si elle n’est pas concertée, on peut au minimum constater que ces actions commandos laissent de marbre les pouvoirs publics .

(6) des procédés qui existent depuis des décennies, qui n’apportent aucun gène étranger à l’organisme, et qui sont même autorisés… pour l’agriculture biologique !….

(7) http://imposteurs.over-blog.com/article-nouvelles-violences-des-anti-ogm-75304642.html

Repost 0
18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 11:16

AFBV

 

COLLOQUE INTERNATIONAL

Paris-Mardi 20 Septembre 2011

 

Biotechnologies végétales :

Quel futur ?

 

L ‘Association Française des Biotechnologies Végétales ( AFBV), ONG fondée en 2009 pour faire connaitre les  biotechnologies végétales et leur intérêt pour développer une agriculture durable, organise le mardi 20 septembre 2011 ( De  9h30 à 17h30), en collaboration avec la SAF-Agriculteurs de France, un colloque international sur le thème :

 

« Biotechnologies végétales, environnement, alimentation, santé : Quel futur ? ».

 

Ce colloque s’adresse à tous ceux (responsables agricoles, scientifiques, industriels, étudiants…) qui souhaitent faire le point sur les avancées des biotechnologies végétales et leurs perspectives dans le domaine de l’agriculture, la santé et l’environnement.

 

De nombreux experts français et étrangers de renommée internationale interviendront au cours de ce colloque  (1).

 

Ce colloque aura lieu à :

SAF-agriculteurs de France

Amphithéâtre Bourgogne – Hervé MORIZE

8 rue d’Athènes-75009 Paris

 

Inscriptions à saf@saf.asso.fr

 

 

Programme prévisionnel :

 

 

 MATIN Animateur : Gil KRESSMANN, Consultant en communication

 

 

8h 30  Accueil des participants

9h 00 Ouverture

 Marc FELLOUS, Président de l’Association Française des Biotechnologies Végétales Laurent KLEIN, Président de la SAF

9h 15  Pourquoi améliorer les plantes ? Pourquoi des biotechnologies ?

 André GALLAIS, Professeur émérite AgroParisTech - Paris,

vice-Président du Conseil Scientifique de l’AFBV, France

 9h 50 Les attentes d’un agriculteur vis-à-vis des biotechnologies végétales

 Patrick DURAND, Administrateur de la SAF

10h 25 Quelle révolution apporte la génomique dans la sélection des blés ?

  Catherine FEUILLET, Directeur de recherches à l’INRA - Clermont-Ferrand, France

11h 00 La société et les applications des biotechnologies végétales

Axel KAHN, Président de l’université Paris Descartes – Paris V, France

11h 35 Les pays en développement peuvent-ils profiter des biotechnologies végétales ?

Bernard BACHELIER, administrateur de la Fondation FARM, France

12h 10 Déjeuner libre

 

 

APRES-MIDI Animateur : Philippe JOUDRIER, Directeur de recherche

honoraire de l’INRA, vice-Président du Conseil Scientifique de l’AFBV, France

 

14h 10 La sécurité sanitaire des aliments

Gérard PASCAL, Directeur de recherche honoraire de l’INRA, membre de l’Académie des Technologies, France

14h 45 La culture et la consommation du riz doré

Ingo POTRYKUS, Eidgenössische Technische Hochschule – Zürich, Suisse

15h 25 Quels sont les bénéfices mutuels de la cohabitation des cultures « Bt » et conventionnelles ?

Shelby FLEISCHER, Professeur d’entomologie à Pennsylvania State

16h 00 Les contraintes économiques provoquées par la réglementation des plantes transgéniques

Patrick RUDELSHEIM, PERSEUS bvba – Zwijnaarde, Belgique

16h 35 Où en sommes-nous en France et en Europe ?

Daniel SEGONDS, Président du GNIS

16h 50 Discussion générale

17h 20 Conclusion

Georges PELLETIER, Président du Conseil Scientifique de l’AFBV, membre de l’Académie des Sciences, France

 

Repost 0
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 16:40

 

 

Lors de notre dernier article consacré aux allégations de Mamère et MMR à propos des récentes affaires de contamination d’aliments par des bactéries E.coli, nous évoquions la possibilité que quelques esprits loufoques fassent le parallèle entre ces affaires et les OGM (1). Deux jours, plus tard , les Dernières Nouvelles d’Alsace publiait un courrier d’une certaine Herrade Nehlig, suggérant le lien entre la transgénèse et cette « actualité cruelle » (2). 

 

         Cette personne est « de l’Institut de biologie molécularie (sic !) des plantes - CNRS, Strasbourg », nous apprend DNA. Cette référence à un prestigieux organisme de recherche vise sans le moindre doute possible à parer de l’autorité scientifique les élucubrations de Mme Nehlig, qui occupe en réalité un simple poste de technicienne de laboratoire à l’IBMP. Car il s’agit bien d’élucubrations, comme nous allons le voir.

 

         L’ « histoire » racontée par Mme Nehlig (histoire, c’est elle-même qui emploie le terme) ne repose sur rien d’autre que son imagination fertile. Avant de construire un scénario totalement échevelé qui part de l’utilisation de gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques dans des plantes génétiquement modifiées pour aboutir aux épidémies récentes d’infections provoquées par une souche virulente d’E.coli , elle n’a même pas pris la peine de vérifier la première de ces assertions, à savoir qu’ « Escherichia coli est la bactérie la plus fréquemment utilisée pour faire ’muter’ les cellules de plantes afin d’obtenir des OGM. ».

 

Notons qu’elle semble ne pas vraiment faire la différence entre mutation et transgénèse. Gros problème : E.coli n’est pas du tout utilisée dans la transgénèse végétale, c’est la bactérie du sol Agrobacterium tumefaciens  qui est utilisée. Toutes les laborieuses inférences produites dans ce courrier tombent de ce fait à l’eau. De toute façon, la crise récente n’avait strictement aucun rapport avec un problème de résistance aux antibiotiques des E.coli pathogènes. La théorie de Mme Nehlig a une valeur strictement égale à zéro.

 

         Le fait de souligner que Mme Nehlig est simplement technicienne n’est pas condescendant, et personne ne remettra en cause le droit de tout citoyen d’exprimer des idées sur n’importe quel sujet. Quitte à se fourvoyer complètement. La faute réside dans le fait de présenter ces idées comme le fruit de la réflexion scientifique que cette dame ne possède pas, et bien plus grave, d’engager l’organisme auquel on appartient au risque de saper sa réputation. En quelques jours, un nouveau hoax anti-OGM a déjà infecté la toile à une grande échelle, comme c’est toujours le cas, mais celui porte frauduleusement le sceau du CNRS.

 

A qui revient la responsabilité de cette imposture ? Les choses ne sont pas très claires. Le rectificatif publié le 5 juillet par DNA à la demande de l’IBMP (3) fait état d’un courriel d’une demande de précisions de Mme Nehlig : « J’ai écrit cet article à titre totalement personnel et non pas en tant que membre de l’Institut de Biologie Moléculaire des Plantes et je l’ai signé en mon nom propre. Mon Institut ne saurait cautionner une opinion que j’exprime à titre personnel ». Les journalistes de DNA, peut-être affectés des mêmes préjugés qu’elles, se seraient-il chargés de l’affubler de l’autorité de l’IBMP, pour renforcer le poids de ses élucubrations ? Marie-Monique Robin est parfaitement capable de ce genre de procédés, d’autres journalistes doivent l’être aussi.

 

Pourtant, Mme Nehlig est connue sous une autre casquette par DNA, et elle y apparaît d’habitude comme élue EELV. Difficile de croire que le rapprochement n’ait pas été fait cette fois-ci. D’autre part, pourquoi Mme Nehlig n’a-t-elle pas demandé elle-même la suppression de la mention de l’IBMP et au CNRS , très gênante pour ces instituts , puisqu’il s’agissait selon ses propres termes d’une démarche « totalement personnell(e) » ? N’aurait-il pas été plus logique qu’elle demande plutôt de mentionner son appartenance à EELV, ce qui aurait eu le mérite de la transparence, ses propos étant beaucoup plus caractéristiques de ce que racontent les dirigeants de ce courant (4) que de la réflexion scientifique qui prévaut au CNRS ?  Sa bonne foi dans l’affaire restera extrêmement douteuse. 

       

Cette affaire navrante aura également permis de se faire une idée des conceptions qui prévalent à DNA en matière de liberté d’expression. Moi-même et plusieurs familiers d’Imposteurs ont, bien avant la réaction publique de l’IBMP, écrit à DNA pour souligner la vacuité des thèses de Mme Nehlig, et pour protester , dans des termes pourtant dépourvus d’agressivité (5), à propos de l’enrôlement de l’institut qui ne saurait évidemment endosser des propos aussi fantaisistes. Dans un premier temps, mon commentaire a été publié, puis il a été censuré sans même que le modérateur n’ait eu la courtoisie de m’en informer. Ceux d’autres lecteurs ont été immédiatement censurés sans la moindre justification. Pour nous, la leçon est claire : il y a des idées « citoyennes » qui ne sauraient être critiquées dans ce journal, qui semble se moquer éperdument de la véracité de thèses indument présentées comme scientifiques. 

 

La fonction « ajouter un commentaire » aura même été supprimé de la page du courrier de Mme Nehlig, jusqu’à ce que la mise au point demandée par l’IBMP soit publiée. Un léger soulagement provisoire : DNA n’ose pas encore censurer des organismes tels que le CNRS…

 

Une satisfaction enfin : le rectificatif publié, suite au courrier que certains de nos lecteurs ont adressé à l’IBMP et au délégué régional du CNRS pour leur faire part de leur étonnement, confirme totalement le bien-fondé de nos critiques. Le communiqué publié sur le site de l’institut est plus sec, et révèle sans la moindre ambiguïté le jugement que celui-ci porte sur les méthodes d’ Herrade Nehlig et de DNA:

 

« La direction de l'IBMP tient à exprimer sa consternation face à l'utilisation de la notoriété de notre institut pour la publication d'un article inepte conduisant à un amalgame sensationnaliste entre E. coli, OGM, antibiotiques et la crise sanitaire ayant récemment eu lieu en Allemagne. Nous tenons à préciser que l'IBMP et le CNRS n'ont absolument rien à voir avec cette publication et nous nous inscrivons en faux vis-à-vis de son contenu dépourvu de vérité scientifique. Nous prendrons toutes les mesures jugées nécessaires afin que soient préservées l'image et la réputation de notre institution. » (6)

 

Anton Suwałki


   

 

 

 

         Notes :      

 

(1)  http://imposteurs.over-blog.com/article-mamere-et-mmr-rament-dans-le-meme-bateau-bio-78139115.html

(se rapporter à la note n°7)

(2)  http://www.dna.fr/fr/opinions/info/5346213-Courrier-de-lecteurs-E.-coli-et-la-resistance-aux-antibiotiques

      (3)http://www.dna.fr/fr/opinions/info/5367740-Courrier-des-lecteurs-E.-coli-rectificatif-et-precisions

(4)  rappelons par exemple que le comique Daniel Cohn-Bendit  avait attribué l’épidémie de grippe porcine de 2009 à la résistance aux antibiotiques . Les militants de base n’ont pas le monopole des inepties, loin de là.

http://imposteurs.over-blog.com/article-31051957.html

(5)  Vous pourrez en juger vous-mêmes en vous reportant à ces messages publiés dans les commentaires de l’article Mamère et MMR…

http://imposteurs.over-blog.com/article-mamere-et-mmr-rament-dans-le-meme-bateau-bio-78139115.html

(6)  http://ibmp.u-strasbg.fr/index.php?id=26&tx_ttnews[tt_news]=81&tx_ttnews[year]=2011&tx_ttnews[month]=07&tx_ttnews[day]=04&cHash=1bcf4f2ec6

 

 

 

 

 

Repost 0
27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 11:44

Réédition : pour des raisons que j'ignore toujours, je rencontre ces derniers temps des problèmes d'édition le week-end. Nouvelle tentative, donc, ce Lundi. Avec mes excuses à l'auteur de cet excellent article.
Anton

 


 

Gilles-Éric Séralini - et le CRIIGEN - n'est pas notre tête de Turc.  Mais les séralinades sont un sujet d'étude quasi inépuisable.

 

Le billet d'Anton intitulé " Graves mesures de représailles du CRIIGEN à l'encontre d'Imposteurs " [1] a fort opportunément ressorti des oubliettes de la toile De la dinde à la farce par F. Lemarchand - Sociologue - Janv. 2010 [2], sous-titré "A propos d'un canular publié sur le blog XXXX " [3], XXXX n'étant pas un site quadruplement cochon, mais celui qui m'offre ses colonnes.  M. - Oups ! - le Dr Frederick Lemarchand, sociologue et maître de conférences à l'Université de Caen de son état, mais aussi membre du conseil scientifique du CRIIGEN, y écrivait :

 

" Or, il se trouve que le laboratoire du Pr Séralini (thèse Céline Gasnier, septembre 2009) ne teste pas des produits homéopathiques sur la détoxification hépatique, mais des extraits de plantes préparés par la société Sevene Pharma en effet, qui elle, commercialise aussi des produits homéopathiques avec la plus grande crédibilité.

" Les quelques messages interrogatifs et dubitatifs reçus au CRIIGEN suite à la mise en ligne du hoax auront en tout cas permis de mesurer que ni les journalistes , ni les associatifs, ne sont prêts à jouer les "dindons de la farce" et qu'une culture de l'épidémie, qu'il s'agisse de la propagation de rumeurs comme de la pollution génétique, fondée sur la prudence, la raison et une bonne connaissance des réseaux, tend à se développer au sein de la société civile. Comme les journalistes professionnels - et indépendants - les citoyens doivent apprendre à adopter une posture critique et prudente à l'égard de l'information scientifique, à croiser et à recouper les sources, à vérifier les faits, et plus largement à exiger que soient mis en œuvre, dans le même ordre d'esprit, des mécanismes d'expertise pluriels, contradictoires et transparents. "

 

De cette prose absconse et abstruse - le quasi-pléonasme est de rigueur - nous retiendrons que "  le laboratoire du Pr Séralini ne teste pas des produits homéopathiques " et que " les citoyens doivent apprendre à adopter une posture critique et prudente à l'égard de l'information [...], à croiser et à recouper les sources, à vérifier les faits [...] "

 

Croisons, recoupons et vérifions donc...

 

Le laboratoire de M. Séralini, et M. Séralini lui-même, a récemment publié deux études aux titres mystérieux : Dig1 protects against cell death provoked by glyphosate-based herbicides in human liver cell lines [4] et Defined plant extracts can protect human cells against combined xenobiotic effects [5].

 

Le mystère réside dans le " truc " dénommé Dig1 ainsi que dans " defined plant extracts " qui, justement, ne sont pas bien définis.  Nous nous intéresserons ci-après à la première publication ; la deuxième soulève les mêmes questions et constitue donc, en quelque sorte, une récidive.


Pas de tests de produits homéopathiques...

 

Selon la publication, Dig1 est un mélange d'extraits de plantes dilués obtenu par Sevene Pharma.  Le texte est - une fois de plus - chaotique [6].  Nous retiendrons qu'il s'agit d'un macérat de pissenlit (Taraxacum officinalis) dilué à 10-4, de grande bardane (Arctium lappa) également dilué à 10-4 et d'épine-vinette (Berberis vulgaris) dilué à 10-5.

 

Sur le site de Sevene Pharma on trouve un produit, dénommé 'Digeodren' et décrit comme :

" Médicament homéopathique traditionnellement utilisé comme traitement adjuvant pour faciliter la digestion. " [7]

 

" [L]es citoyens doivent apprendre à adopter une posture critique et prudente à l'égard de l'information " écrivait-il ? Bien ! Que signifie donc " traditionnellement " ici ? Sur le site de Sevene Pharma, " précurseur de la Pharm'écologie " ? Intéressant sujet que nous ne développerons pas.

 

Selon le site, le fameux médicament homéopathique se compose de : " Taraxacum officinalis / Pissenlit 4 DH ; Berberis vulgaris / Epine vinette 5 DH ; Lappa major / Bardane 4 DH ".

 

" [L]es citoyens doivent apprendre à [...] croiser et à recouper les sources " écrivait-il ? Dig1, c'est... 'Digeodren' (ou quelque chose d'approchant) !

 

Bien évidemment, l'article scientifique - pseudo-scientifique ? - ne révèle pas cette identité de produits.  Bravo la transparence...


Pas de conflits d'intérêts...

 

 Sevene Pharma

 

Et le Journal of Occupational Medicine and Toxicology et son comité de lecture ont accepté l'article sans broncher.  Tout comme ils ont " avalé " la déclaration d'absence de conflit d'intérêts [8].

 

Pourtant, trois des huit auteurs sont des employés de Sevene Pharma. 

On rappellera à cet égard qu'un plaideur a prétendu devant la 17e Chambre correctionnelle (Chambre de la Presse) du Tribunal de grande instance de Paris, le 23 novembre 2010, que l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV) ne pouvait être indépendante, certains de ses membres fondateurs ayant (eu) des emplois au sein de firmes semencières [9].  Et manque d'indépendance signifie à coup sûr conflit d'intérêts.  Mais, visiblement, ce raisonnement ne saurait s'appliquer ici.  C'est à n'en pas douter parce que, selon la deuxième phrase de la déclaration, Dig1 a été développé - souvenons-nous : c'est un " [m]édicament homéopathique traditionnellement utilisé [...] " - " complètement indépendamment de son évaluation ".

 

Belle lapalissade ! Ornée d'un curieux adverbe renforçant sans nécessité un autre adverbe...  Sauf que...

 

...Sauf que, dans la rubrique " contributions des auteurs ", il est indiqué que " CL - Claire Laurant - a participé à la conception de Dig1 et aux discussions ".  Mais peut-être y a-t-il une distinction subtile entre " développement " et " conception " qui échappe aux citoyens en quête de transparence...

 

...Sauf que Cécile Decroix-Laporte est la directrice générale de Sevene Pharma [10].  Et, selon la rubrique " contributions des auteurs ", elle a " dirigé " l'évaluation (" assessment ") de Dig1 pour Sevene Pharma.  Difficile donc de ne pas voir là un conflit d'intérêts !


 Université de Caen

 

Mais continuons de croiser, recouper et vérifier...  L'équipe de Caen est évidemment couverte par la déclaration générale : " Les auteurs déclarent qu'ils n'ont pas de conflits d'intérêts. " Pourtant, ils ont jugé utile d'ajouter :

 

 " Les chercheurs de l'Université de Caen en charge de l'évaluation des xénobiotiques ou des extraits de plantes ne déclarent aucun intérêt financier ou autre dans le développement de ces produits ".

Superbe phrase qui mérite une analyse.

 

En premier lieu, cette phrase reste vraie même s'il existe un intérêt ! Tout est dans " déclarent ".

 

En second lieu, qui sont ces chercheurs ? L'article ne nous l'apprend pas.  En effet, les cinq auteurs concernés se déclarent du laboratoire de biochimie EA2608 - du laboratoire " estrogènes et reproduction " - de l'Université de Caen, ainsi que, pour quatre d'entre eux, du CRIIGEN et du Pôle Risques de la Maison de la recherche en sciences humaines de l'Université de Caen (MRSH) [11].

 

En troisième lieu, que signifie " dans le développement [...] " ? Cette restriction suggère inévitablement qu'il peut y avoir des intérêts dans autre chose que le " développement ", par exemple la commercialisation, et plus généralement l'entreprise.

 

En quatrième lieu, que signifie " de ces produits " ? Quels produits ?

 

Et enfin, quel est le lien entre la déclaration générale d'absence de conflit d'intérêts et cette curieuse phrase ?

 

Ce n'est pas là du pinaillage.  Il faut tenir les auteurs - et en particulier le prolifique M. Séralini - pour des rédacteurs professionnels conscients de l'importance de chaque mot et de chaque tournure.  Idem pour le comité de lecture.  On peut certes mettre une incohérence sur le compte de la maladresse et du lapsus calami, mais pas cinq.

Or il est notoire, d'une part, que Sevene Pharma soutient les travaux de M. Séralini (et de son équipe) [12] et que, d'autre part, il y a des liens d'intérêts entre les deux [13].  Cette déclaration d'absence de conflits d'intérêt chantournée s'explique donc aisément.  On a affirmé dans un premier temps une absence de conflits - sésame indispensable à la publication - et on ajouté un gloubi boulga destiné à donner le change.


Passe-moi la rhubarbe...

 

Le conflit d'intérêts n'existe que si l'on se place dans le champ de la déontologie scientifique.  Dans la pratique quotidienne, il s'agit d'une convergence voire d'une communauté d'intérêts.  Croisons, recoupons et vérifions donc...

 

Par exemple, voici ce qu'écrivait le magazine Mieux pour moi d'octobre 2009 sous le titre : J'apprends à me protéger de la pollution [14] (c'est M. Séralini qui parle) :

 

" "La bonne nouvelle est que nous avons découvert tout un ensemble de gènes éboueurs de nos cellules (plus de 480 familles) depuis le début du XXIème siècle, qui travaillent en permanence à épurer notre organisme... Mais nous avons aussi trouvé qu'ils étaient... débordés ! Il faut donc les aider, les stimuler. En laboratoire, nous avons travaillé sur des médicaments à base de mélanges savants de plantes biologiques qui savent protéger nos cellules des pesticides, par exemple. Ils ont été mis en pharmacie depuis 2008 par la Société Sevene Pharma. D'autres détoxifications sont possibles mais nous ne sommes qu'au Moyen Âge des connaissances à ce niveau," répond Gilles-Éric Séralini. "

 

Ce texte appelle une nouvelle exégèse sur l'origine de Dig1/'Digeodren' : est-ce un produit du laboratoire de M. Séralini comme suggéré ci-dessus ou de Sevene Pharma comme suggéré dans la publication (voir la note [6]).  Et dans le premier cas, comment et à quelles conditions s'est fait le transfert ?

 

Le site du CRIIGEN apporte une réponse dans un communiqué intitulé : Détoxification des cellules humaines - Avril 2011 et sous-titré en lettres capitales : " empêcher les effets de la pollution et détoxifier nos cellules: c'est possible ! [15] :

" L'équipe du Professeur Séralini à l'Université de Caen et du CRIIGEN (www.criigen.org) démontre les effets négatifs de polluants communs (les herbicides Roundup ou Atrazine, le plastifiant Bisphénol A) sur des cellules humaines. Des combinaisons d'extraits de plantes biologiques, mises au point par la Société Sevene Pharma et dosés de manière précise, ont été capables à la fois de prévenir et détoxifier au moins en partie dans des temps courts les effets cellulaires de ces polluants. Cela ouvre la porte à une nouvelle voie, l'écomédecine, qui n'évitera pas une réglementation moins permissive de l'utilisation des pesticides et de divers polluants. Pour tout contact : criigen@unicaen.fr ou contact@sevene.fr "

 

La perméabilité - l'osmose - entre les deux entités est illustrée ci-dessus par les deux adresses courriel pour tout contact.  N'est-ce pas étonnant de diriger les demandes d'information vers Sevene Pharma pour des travaux de l'équipe du Professeur Séralini à l'Université de Caen (et du CRIIGEN) ?

Sevene Pharma propose aussi un communiqué, annoncé sur sa page d'accueil comme Notre étude sur la prévention d'intoxication des cellules hépatiques [16].  Ce n'est pas là une tentative d'accaparement de l'étude, mais la marque d'un compagnonnage, d'une fusion d'intérêts, puisque l'annonce est faite sous le logo du CRIIGEN.

 

On ne peut du reste que sourire à la lecture du texte :

 

" L'intoxication de cellules hépatiques en lignées est provoquée par les résidus de l'herbicide majeur du monde, présents dans 53% des eaux de surfaces et la vaste majorité des OGM agricoles, le Roundup. La prévention est obtenue par une substance nommée Dig1 à base de plantes biologiques cultivées en France. Cette préparation a été élaborée dans un dosage précis par les laboratoires Sevene Pharma. "

 

Sevene Pharma a aussi une page " bibliographie " avec, en pole position, le Nous pouvons nous dépolluer ! de Gilles-Éric Séralini.  Mais nous n'aurons pas la mesquinerie de le considérer comme un indice de communauté d'intérêts - ou de conflit d'intérêts lorsque M. Séralini publie des articles scientifiques sur des produits de Sevene Pharma.  Quoique... Quand on voit l'énergie qu'il met à jouer les Père-la-pudeur en matière d'indépendance des experts et de fiabilité des études produites par les pétitionnaires en matière d'OGM...  Et sauf que...

 

...Sauf que M. Séralini fait dans cet ouvrage une publicité appuyée pour ses " amis de la Compagnie Sevene Pharma " qui " font pousser à Mazet dans le Gard, sans aucun pesticide, des plantes détoxifiantes et à propriétés médicinales variées du monde entier pour en faire tisanes, boissons légères non sucrées coupées aux fruits, d'une fraîcheur surprenante et très originale, et tout récemment médicaments. " Il ajoute : " Nous avons testé certains de ces extraits de plantes au laboratoire, ils semblent empêcher carrément les polluants de rentrer dans les cellules ! " [17]

 

Alors ? Le manque de clarté et de transparence est une conclusion qui s'impose.  Tout comme l'existence de liens d'intérêts qui dynamitent la déclaration d'absence de conflit faite dans la publication.


" Le CRIIGEN, l'association présidée par le concluant n'effectue pas de travaux de recherche "...

 

C'est ce qu'avait plaidé M. Séralini dans sa désormais célèbre action en diffamation contre le Pr Marc Fellous et l'AFBV, à l'appui de la thèse selon laquelle il a été diffamé en sa qualité de fonctionnaire (voir la note [9]).

 

Cela n'a pas empêché le CRIIGEN d'annoncer, comme on l'a vu plus haut, un magnifique résultat de " [L]'équipe du Professeur Séralini [...] du CRIIGEN ".

 

Et cela n'a pas empêché M. Séralini et trois autres auteurs de se prévaloir du CRIIGEN dans la publication qui est à la base de ce billet.  Comme nous l'avons déjà noté par ailleurs [18], cela soulève une série de questions qui relèvent, au moins en partie, de la déontologie scientifique.  À notre humble avis, un chercheur qui publie ne saurait donner comme affiliation que l'institution au sein de laquelle les recherches ont été conduites.  Il ne saurait arborer, par complaisance, intérêt, militantisme, etc., un autre pavillon.


L'ambiguïté au service du CRIIGEN...

 

Les questions de déontologie se posent avec encore plus d'acuité lorsque l'on sait que l'affiliation litigieuse affichée pour quatre des cinq "caennais" porte sur le CRIIGEN et le Pôle Risques de la Maison de la recherche en sciences humaines de l'Université de Caen (MRSH), plus précisément, " CRIIGEN and Risk Pole MRSH, CNRS, University of Caen 14032, France ".  Autrement dit, sur la même ligne et dans cet ordre, sur une association de droit privé et des entités de droit public.  Le lecteur non averti est donc incité à croire que le CRIIGEN fait partie d'institutions aussi prestigieuses que le CNRS et l'Université [19].

 

Le joyeux mélange de genres continue avec les adresses électroniques, qui renvoient toutes au CRIIGEN (même pour Carine Travert qui ne relèverait que du seul Laboratoire de biochimie EA2608), et ce, à l'Université de Caen.  Il en résulte, au moins en apparence, que l'intérêt public est doublement lésé.  D'une part, l'Université de Caen apparaît indûment comme l'institution faîtière du CRIIGEN [20].  D'autre part, le bénéfice d'une recherche effectuée avec des moyens publics, est l'objet d'un détournement à des fins privées, organisé de toute évidence par un fonctionnaire investi d'un large pouvoir de décision sur les biens publics en jeu.

 

Ce n'est pas là non plus du pinaillage : les adresses électroniques ne font que révéler une forme de commensalisme, voire de parasitisme, à tout le moins critiquable ; et des entorses à la probité qui font d'autant plus tache que le CRIIGEN est bien vétilleux quand il s'agit des cibles de son militantisme.

" [...] les citoyens doivent apprendre à adopter une posture critique et prudente [...] " Certes le Dr (puisque visiblement il tient à son titre) Lemarchand limitait cette sage exhortation à l'information scientifique, mais elle trouve application ici s'agissant de l'usage qui est fait des deniers publics et du crédit (en termes de réputation) généralement accordé aux institutions de recherche publiques.


De bien curieux remerciements...

 

Les remerciements sont une figure imposée des publications scientifiques qui, dans le cas présent, nous réserve un dernier lot de surprises [21].

 

À la place d'honneur : Sevene Pharma, l'employeur de trois auteurs sur huit et le bénéficiaire quasi-exclusif de l'étude.  C'est que l'étude a été " supported " par elle et qu'elle " a fourni Dig1 "... Extraordinaire appui ! Un flacon de 'Digeodren', peut-être deux.  Mais le plus plaisant en l'occurrence est que la directrice générale de la Company se remercie elle-même...

 

Trois auteurs ont bénéficié de bourses du Conseil régional de Basse-Normandie (pour leurs études en général ou spécifiquement pour cette étude ?) et du CRIIGEN.  C'est là aussi une sorte d'autocongratulation.  Mais c'est aussi une manière de citer le CRIIGEN à bon compte.

 

Céline Gasnier a également bénéficié d'une bourse du Comité d'éthique du groupe Lea Nature/Jardin Bio.  Mais contrairement aux deux précédents, qui ne sont que mentionnés, celui-ci est chaleureusement remercié.  Tout comme sont remerciées la Fondation pour une terre humaine et la Fondation Denis Guichard pour un - mystérieux - appui structurel.  Au total, donc, à notre sens, une prose qui a l'apparence du renvoi d'ascenseur ou de l'appel du pied.

 

Et enfin : " We thank John Fagan for the English revision of the manuscript. " Moi pas comprendre " English revision "...


Quant au fond...

 

En août 2008, donc bien avant la publication de l'article à l'étude ici, Frank N. Dost a mis en ligne Peer review at a crossroads-a case study, un brûlot sur les insuffisances du contrôle par les pairs [22].  À l'évidence, la critique des comités de lecture indigents ne peut reposer que sur des articles eux-mêmes indigents.  Parmi ses exemples, un article de l'équipe de Gilles-Éric Séralini [23].  Une grande partie des commentaires de M. Dost - incendiaires - sur cet article s'appliquent à l'étude examinée ici.  Manifestement, ils ont laissé M. Séralini de marbre...  Errare humanum est, perseverare seralinum.  C'est en quelque sorte une marque de fabrique [24].

 

Sur un plan plus général, le travail de recherche sur Dig1/'Digeodren' souffre d'une importante limitation : l'expérimentation in vitro ne fournit pas nécessairement une image de la réalité in vivo.  Observer le sort de cellules hépatiques auxquelles on a fait faire trempette dans des milieux additionnés de Dig1/'Digeodren, de glyphosate pur et de formulations herbicides complètes ne nous avance guère si, dans l'organisme, ces produits ne parviennent pas au foie, ou n'y atteignent pas les concentrations utilisées dans leurs expériences.

 

L'équipe de M. Séralini aurait dû en convenir en citant une synthèse des évaluations du glyphosate produite par Gary M. Williams et al. [25], soulignant l'absence d'indices quant à des préoccupations pour la santé humaine.  Mais quand les faits ne s'accordent pas avec la théorie, on change les faits.  L'équipe a donc écrit que le glyphosate " est supposé ne pas être toxique, seul, chez les mammifères ". Elle a également pris soin de poser des conclusions relatives aux seules lignées de cellules.  Et même de conclure sa conclusion par le classique appel à la poursuite des études : " L'activité de Dig1 devrait maintenant être testée in vivo sur des animaux de laboratoire. "

 Mais 'Digeodren' est déjà en vente.  " [A]vec la plus grande crédibilité " selon le bon docteur Lemarchand.  Et son activité de détoxification vantée.  Par qui déjà ?

 

 
Wackes Seppi



Notes :

 

[1]  http://imposteurs.over-blog.com/article-graves-mesures-de-represailles-du-criigen-a-l-encontre-d-imposteurs-76080268.html

[2]  http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=311&Itemid=91

[3]  http://imposteurs.over-blog.com/article-feu-sur-la-pintade--41979612.html

[4]  Dig1 protects against cell death provoked by glyphosate-based herbicides in human liver cell lines, Céline Gasnier1,2 , Nora Benachour1,2 , Emilie Clair1,2 , Carine Travert1 , Frédéric Langlois3 , Claire Laurant3 , Cécile Decroix-Laporte3 and Gilles-Eric Séralini1,2

1  Laboratory of Biochemistry EA2608, Institute of Biology, University of Caen, France
2  CRIIGEN and Risk Pole MRSH, CNRS, University of Caen 14032, France
3  Sevene Pharma, 30170 Monoblet, France

Journal of Occupational Medicine and Toxicology 2010, 5:29 (Published:  27 October 2010)

http://www.occup-med.com/content/5/1/29

[5]  Defined plant extracts can protect human cells against combined xenobiotic effects, Céline Gasnier1,2 , Claire Laurant3 , Cécile Decroix-Laporte3 , Robin Mesnage1,2 , Emilie Clair1,2 , Carine Travert1 and Gilles-Eric Séralini1,2

1  Laboratory of Biochemistry EA2608, Institute of Biology, University of Caen, France
2  CRIIGEN and Risk Pôle MRSH, CNRS, University of Caen 14032, France
3  Sevene Pharma, 30170 Monoblet, France

Journal of Occupational Medicine and Toxicology 2011, 6:3 (Published:  20 January 2011)

http://www.occup-med.com/content/6/1/3

[6] " D is a mixture of diluted plant extracts obtained by Sevene Pharma (Monoblet, France) from original independent macerates corresponding to 1/10 of dried plants in a water-alcohool solution of 45 to 55%. They are afterwards diluted in 70% alcohol with Taraxacum officinalis macerate at 10-4, Arctium lappa at 10-4 and Berberis vulgaris at 10-5. D is prepared in the medium at 2% of the mixture in positive controls. "

Une lecture rationnelle conduit à penser qu'un mélange d'extraits de plantes non identifiées - à l'identité tenue secrète - est ensuite dilué dans de l'alcool à 70 % contenant les trois macérats de pissenlit, etc.  Mais ce n'est pas le cas.  Trois macérats font l'objet d'un mélange et d'une dilution aux concentrations indiquées.  Comme on ne connait pas le temps de macération des teintures-mères, ni les caractéristiques des parties de plantes utilisées, les trois phrases citées sont du bluff.

[7]  http://www.sevenepharma.com/nos-medicaments/sphere-digestive/digeodren.html

[8] " The authors declare that they have no competing interests. The development of Dig1 in Sevene Pharma was performed completely independently of its assessment. The scientists in the University of Caen in charge of the assessment of xenobiotics or plant extracts declare no financial or other interests in the development of these products. "

[9]  http://www.criigen.org/SiteFr/images/stories/conclusions-geseralini_2010.pdf

[10]  Voir par exemple la composition du jury de thèse de Cécile Gasnier - intéressante à d'autres titres encore ! - à :

http://www.unicaen.fr/ednbise/actualites/new_soutenances.html

L'indépendance est décidément mise à toutes les sauces.  Mme Cécile Decroix-Laporte a signé la pétition de soutien à M. Séralini (la liste réservée aux chercheurs, etc.) dans le cadre de la judiciarisation de la polémique scientifique aveBV et le Pr Marc Fellous en se prétendant " indépendant " :

http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/Signatures_chercheurs_Seralini-1.pdf

[11]  Le Pôle est dirigé par Gilles-Eric Séralini et Frédérick Lemarchand.  Asinus asinum fricat !

http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/risques/equipe

[12]  Voir par exemple : Glyphosate-based herbicides are toxic and endocrine disruptors in human cell lines, Céline Gasnier, Coralie Dumont, Nora Benachour, Emilie Clair, Marie-Christine Chagnon, Gilles-Eric Séralini, Toxicology. 2009 Aug 21;262(3):184-91.  Texte en ligne à :

http://www.barnstablecounty.org/wp-content/uploads/2010/09/gasnier-toxicology-elsevier-262-184-191-glyphostae-ed-human-cell-lines2.pdf

[13]  Voir par exemple Séralini : Nous pouvons nous dépolluer ! :

http://alerte-environnement.fr/?p=1979

[14]  http://www.bionessence-presse.com/rp/200910/2009-10-19~1438@MIEUX_POUR_MOI.pdf

L'article a été repris par " Air naturel " dont les produits étaient décrits face à la partie de l'article consacrée à M. Séralini :

http://airnaturel.free.fr/on_en_parle/MIEUX_POUR_MOI.pdf

[15]  http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_frontpage&Itemid=73

[16]  http://www.sevenepharma.com/actu-page.php?id=1

[17]  Cité par Alerte-environnement, op. cit., note [12].  Voir aussi :

" Aussi, les produits detoxifiants qui fonctionnent bien, à base de mélanges savants de plantes biologiques, et que nous testons (compagnie Sevene Pharma), agissent de concert pour stimuler ces gènes du système de défense détoxifiant sur les cellules des tout-petits et des adultes. " (Les italiques sont de nous.)

http://www.editions-tredaniel.com/upload/presse/sante-yoga-maiserallini

[18]  http://imposteurs.over-blog.com/article-seralini-c-fellous-la-science-politisee-la-justice-instrumentalisee-les-masques-tombent-5-par-wackes-76194721.html

[19]  On peut aussi s'interroger sur la mention du CNRS.  Selon le site du Pôle Risques (voir note [11] pour le lien), celui-ci " est associé au CNRS ainsi qu'à l'axe RITES (Risques Industriels et Techniques pour l'Environnement et la Santé) du CERReV " (les italiques sont de nous).

[20]  On peut aussi s'interroger sur le fait que, selon le site du CRIIGEN, le siège administratif de celui-ci soit " Université de Caen - CRIIGEN - Laboratoire de Biochimie - IBFA - Esplanade de la Paix " :

http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_contact&Itemid=3

[21] " This study was supported by Sevene Pharma Company which provided Dig 1. C.G., N.B., E.C. held fellowships from the Conseil Regional de Basse-Normandie and the CRIIGEN (Committee for Independent Research and Information on Genetic Engineering). C.G. fellowship was also supported by the Ethic Committee of Léa Nature Group/Jardin Bio which is gratefully acknowledged here. Part of the work was accomplished in C.RIS Pharma Company (Cytochromes and GST study) and in IMOGERE (University of Caen) for experiments with radioactive compounds. We would like also to thank the Human Earth Foundation and the Denis Guichard Foundation for structural support. We thank John Fagan for the English revision of the manuscript. "

[22]  http://www.springerlink.com/content/v52t13g2w58413ru/fulltext.html

" Studies of human placental cells and activity of the enzyme aromatase in vitro (Richard et al. 2005) led to a conclusion that glyphosate and Roundup are reproductive intoxicants. This paper is an example of work with no understanding of the study chemical or the elements of toxicology and risk estimation. The description of the experiments and results is incoherent at best. They inform us that glyphosate at concentrations lower than those found in 'agricultural use' is toxic to human placental cells in the presence of 'serum' (undefined). Agricultural use, it turns out, is the concentration in the tank mix, and this is somehow conceived to be the concentration to which human, or fish or beetle reproductive cells are exposed. There are other interesting usages. I have never seen the notation 'LD50' used to describe in vitro cellular responses. For Figs. 3 and 4, we read, "It was obtained at non-toxic concentrations after 18 hr exposure". I wish I knew what 'it', or this sentence, means. The term 'adjuvants' was used frequently, conveying the sense that adjuvants are adjuvants; all are alike whatever the pesticide formulation. The authors learned that a surfactant was present in Roundup from an article in a lay magazine but there was no attempt to learn the nature or behavior of this essentially unknown substance (Richard et al. 2005). They cite a direct biomonitoring study of applicators (Acquavella et al. 2004), but seem to have missed the essential findings that indicated a maximum absorbed daily dose of glyphosate of about 0.004 mg/kg. Assuming uniform distribution and no excretion, the maximized theoretical residual in body fluids resulting from such exposure is about 0.0057 mg glyphosate and 0.002 mg surfactant/L. The zero-effect concentration of 0.05% Roundup was 35,000 times higher than any body fluid concentration that may result from field use of the herbicide (Richard et al. 2005). As to environmental levels, a typical 2 kg/ha application to still water 30 cm deep leads to a maximum concentration of glyphosate of about 0.7 ppm, about 300-fold lower than their no-effect level. Why was there no attempt to do usable time course studies at biologically relevant concentrations? In rationalizing their findings, the authors use a number of references that are unquestionably flawed; they did not take the trouble to critique pertinent reports and they paid little attention to reliable sources. With this paper, they and the reviewers have only made further contribution to the cascade of poor science. And, they have, unwittingly, contributed to the extensive database demonstrating the very limited adverse impact of glyphosate and the formulation Roundup. "

[23]   Differential effects of glyphosate and roundup on human placental cells and aromatase, Richard S, Moslemi S, Sipahutar H, Benachour N, Seralini G-E.  Environ Health Perspect 113:716-720 (2005) :

http://ehp03.niehs.nih.gov/article/info%3Adoi%2F10.1289%2Fehp.7728

[24]  Pour un autre exemple d'obstination dans l'erreur, voir FSANZ response to de Vendomois et al. (2009), A comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health, Int. J. Biol. Sci. 5  (7): 706-726 :

http://www.foodstandards.gov.au/scienceandeducation/factsheets/factsheets2009/fsanzresponsetoseral4647.cfm

Minutes of the 55th plenary meeting of the Scientific Panel on Genetically Modified Organisms held on 27-28 January 2010 in Parma, Italy :

http://www.efsa.europa.eu/fr/events/event/gmo100127-m.pdf

Et : Les publications de l'équipe du Pr. Séralini démontrent un manquement à l'éthique scientifique, JB Bergé, Directeur de Recherche Honoraire de l'INRA :

" En 2007 l'équipe Séralini publie une analyse statistique des données de toxicologies obtenues par Monsanto sur le maïs Mon863. Cette analyse est réfutée par d'autres scientifiques (3). En 2009 cette équipe reprend ces mêmes analyses, y ajoute des analyses comparables sur Mon810 et NK603 et publie le tout sans tenir compte des critiques formulées sur la publication de 2007 (3), notamment quant au manque de significations toxicologiques des différences calculées. Cela est un manquement grave à l'éthique scientifique. "

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/39/38/37/Critiques-publications-Criigen.pdf

[25]  Safety Evaluation and Risk Assessment of the Herbicide Roundup and Its Active Ingredient, Glyphosate, for Humans :

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0273230099913715

Repost 0
15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 17:30

Bove-et-Royal-en-2008-en-soutien-a-une-greve-de-la-faim-des

 

La démagogie anti-OGM fait désormais consensus de l’extrême-gauche à l’extrême-droite de l’échiquier politique, à de rares exceptions près. La seule façon de se démarquer pour les politiciens est de faire de la surenchère. Ainsi, récemment, la fille à papa du Front national, élue du  Conseil Régional du Nord, doublait les  Verts en combattant un projet de subvention d’un projet concernant l’endive rouge prétendument OGM (1). Rien d’étonnant, après tout, le thème du gène impur , mâtiné d’anti-américanisme (« En page annexe, il est bien dit que c’est une semence Terminator, qui n’est pas destinée à se reproduire, donc c’est du Monsanto, c’est clair ! » -sic !-) correspond bien aux archétypes de ce courant politique.

marine

C’est aujourd’hui au tour de Ségolène Royal de se donner en spectacle : elle qui a failli devenir présidente de la république mais ne désespère pas de le devenir un jour, apporte son soutien à José Bové qui comparait une énième fois pour saccage de champ OGM en 2008, et elle a participé hier à une conférence avec le corniaud du Larzac, comme l’annonce son blog paradoxalement intitulé désirs d’avenir (2) . L’humour poitevin dépasse en drôlerie l’humour corrézien.

 

Question OGM, la bécasse du Poitou les accumule : avant la présidentielle de 2007, n’avait-elle pas affirmé  « La question des OGM est symptomatique de la gestion environnementale du gouvernement de droite, parce qu’elle s’appuie sur le secret. Et dans bien des domaines, il faudra lever le secret en matière d’environnement. Les mensonges officiels qui ont eu lieu sur le nuage de Tchernobyl, les mensonges officiels qui ont lieu sur les OGM. Parce qu’on sait aujourd’hui, et il y a des rapports sur la santé publique qui montrent qu’il y a notamment un impact sur le fœtus. » ? Rapports tellement secrets qu’ils dispensaient Ségolène Royal d’apporter la moindre preuve de ses allégations ! C’était bien sûr du bluff . Vous aurez noté que Royal appuyait ses ragots anti-OGM sur un autre ragot, celui des prétendus mensonges sur le nuage de Tchernobyl…

 

Dans le présent communiqué annonçant sa conférence  à Bové, Royal justifie son soutien par un nouveau mensonge : « Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes a accepté d'apporter son soutien à José Bové et 7 autres personnes qui ont fauché des OGM à base de MON810 le 15 août 2008. Cet OGM était interdit à la culture en France depuis l'arrêté ministériel du 7 février 2008. ».

 

Mensonger , car sous-entendant que ce maïs était interdit limiterait la faute de Bové au fait de s’être chargé de faire appliquer la loi.  Mais Royal sait parfaitement que la clause de sauvegarde votée par le gouvernement de Sarkozy ne visait que les cultures commerciales, et non pas les essais. Pour caresser les préjugés anti-OGM dans le sens du poil, Royal commet une triple faute :

-          bobards en série,

 

- soutien ouvert au fait de violer la loi (ce qui est quand même fort quand on prétend à la « magistrature suprême»). Rappelons la fermeté qu’elle promettait aux jeunes délinquants, en 2007, préconisant de les encadrer par l’armée. Bové, il est vrai, n’est pas un primo-délinquant…

 

- soutien à des individus qui s’attaquent à la recherche. Royal a-t-elle imaginé que si elle était élue présidente, devrait nommer un ministre de la recherche. En trouverait-elle un capable d’assumer les innombrables destructions de cultures expérimentales et de laboratoires de ces amis anti-OGM ? 

 

  Au-delà du soutien à Bové et de son intervention comme témoin (de moralité ?) à son procès, Royal entend surtout plaider sa propre cause, et les trois quarts de son communiqué sont dédiés à sa propre action en tant que Reine du Poitou . L’occasion pour elle de réciter le catéchisme qu’affectionnent les grenouilles de bénitier vertes.     

 

 Au-delà d’éventuelles convergences idéologiques, Bové et Royal semblent avoir quelques points en commun, notamment l’aplomb et un piètre niveau de raisonnement logique : Selon Bové,  «ce procès arrive trois ans après les faits. Désormais, il n’y a plus un seul maïs OGM planté en France. La situation actuelle nous donne raison» (3). 

En clair, il n’y a plus un seul champ d’OGM debout en France, donc j’ai eu raison de les détruire !

 

Pour Royal interrogée par le juge , « La visibilité de cette action a permis une meilleure application du droit » (4). Emportée dans son élan lyrique, Royal n’hésite pas à affirmer :« Ces 8 faucheurs ont alerté l’opinion, ils ont rendu service à l’intérêt général et je peux le dire très tranquillement, ils ont sauvé des dizaines de milliers d’emplois dans la région ». Elle aura confondu le tribunal et l’école du rire…

 

Du culot, les avocats du corniaud n’en manquent pas non plus : « «Nous allons notamment invoquer l’état de nécessité», une notion du code pénal qui permet d’écarter la responsabilité d’une personne qui, «face à un danger actuel ou imminent qui la menace elle-même, autrui ou un bien», accomplit un acte d’habitude pénalement répréhensible, a indiqué Me Gallon. » Vous ne rêvez pas : le pauvre Bové agissait en état de légitime défense face à un danger « actuel ou imminent ».

 

Le procureur adjoint a requis 200 jours amende contre José Bové : c’est moins d’un mois d’indemnités de député européen (5) . Qu’on se rassure, même si les juges suivent le procureur, le corniaud du Larzac ne sera pas sur la paille bio.

Anton Suwalki


 

 

Références :

 

(1)      http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article717

(2)              http://desirsdavenir.blog.fr/

(3)               http://www.liberation.fr/societe/01012343202-bove-et-les-faucheurs-volontaires-encore-devant-la-justice

(4)              http://www.20minutes.fr/article/741157/fauchage-ogm-segolene-royal-barre-jose-bove

(5)              http://www.20minutes.fr/article/741113/fauchage-ogm-200-jours-amende-requis-contre-jose-bove

 

 

 

Repost 0
10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 23:01

Cinquième partie :

 

Après une victoire à la Pyrrhus, la guérilla judiciaire continue

 

 


 

Le 18 janvier 2011, la 17e Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris a prononcé son jugement dans l'affaire de diffamation qui a opposé le Professeur Gilles-Éric Séralini au Professeur Marc Fellous et à l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV).  M. Fellous a été condamné à payer à M. Séralini (partie civile) un euro à titre de dommages et intérêts ainsi que 4.000 euros au titre des frais exposés par celui-ci.  Il a également été condamné à une amende de 1.000 euros avec un sursis qui s'analyse comme une muselière.

 

Le jugement a eu un écho médiatique somme toute limité, sans nul doute au grand dam des amis du plaignant (ou partie civile dans la procédure).  Selon Le Figaro, par exemple [1] :

 

« [...] la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris a estimé que l'imputation faite au chercheur caennais "d'avoir failli à son obligation de probité intellectuelle en raison de sa dépendance à l'égard de Greenpeace, dont il recevrait une aide financière pour ses travaux" était bien diffamatoire. Pour le tribunal, Marc Fellous a "manqué de prudence" en tenant de tels propos.  [...]

 

« En revanche, le tribunal a estimé que les autres propos poursuivis n'étaient pas diffamatoires, mais relevaient "du débat scientifique". »

 

 

Le CRIIGEN crie victoire... et puis plus rien

 

Le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) [2] a annoncé la nouvelle le jour même sous le titre (en rouge) « VICTOIRE !!! – LE CRIIGEN se réjouit de la victoire du Pr. Gilles-Eric Séralini contre Marc Fellous » assorti d'un post scriptum selon lequel « le délibéré sera disponible très prochainement » [3].

 

Ce délibéré n'a jamais été mis en ligne par le CRIIGEN... signe que la victoire n'a été ni éclatante, ni glorieuse pour la partie civile poursuivante (M. Séralini).  Il l'a été en revanche par M. Marcel Kuntz dans le contexte d'une brève analyse [4], ce qui nous permet d'y mettre notre grain de sel.

 

Le communiqué du CRIIGEN se caractérise par une hargne extraordinaire... et des passage a priori à caractère diffamatoire ou injurieux, en particulier à la lumière du jugement :

 

« Marc Fellous, qui n'a jamais publié dans des revues internationales à comité de lecture sur l'évaluation sanitaire ou toxicologique des OGM agricoles, milite dans une association dépendante des intérêts industriels des biotechnologies végétales, critiquant sans discussion scientifique les travaux du Pr Séralini qui les gênent. Ce lobby, joint à Axel Kahn et Claude Allègre, représente ceux qui soutiennent une commercialisation des OGM agricoles sans tests qui dépassent 90 jours sur des rats, et sans tenir compte des effets significatifs, au détriment d'une évaluation sérieuse. [...] »

 

Fait extraordinaire, le CRIIGEN a également publié les conclusions de Me Dartevelle [5], l'avocat de M. Séralini, dont certains éléments – notamment les relations d'affaires imputées à certains membres de l'AFBV – sont, à notre sens, aussi diffamatoires hors du prétoire [6].

 

 

Un jugement « qui gagne perd »

 

         Petits rappels

 

Il n'est pas facile de commenter un jugement quand les arguments présentés par les parties jouent un rôle important dans la décision finale et qu'on ne les connaît pas dans leur intégralité.

 

Cela étant posé, on rappellera que l'AFBV a publié sur son site deux lettres, adressées l'une à la direction de France 5 et l'autre au président du Conseil supérieur de l'audiovisuel à la suite de l'émission Santé magazine du 21 janvier 2010 [7].  M. Séralini a considéré que ces lettres comportaient plusieurs éléments diffamatoires.  Il a donc saisi la justice sur la base de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse qui prévoit en son article 29 que :

 

« Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation.  [...]

 

« Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure. »

 

Le Tribunal a rappelé que le fait imputé devait être :

 

« suffisamment précis, détachable du débat d'opinion et distinct du jugement de valeur pour pouvoir, le cas échéant faire aisément l'objet d'une preuve et d'un débat contradictoire. »

 

Et que la diffamation (et l'injure) se distingue :

 

« de l'expression subjective d'une opinion, dont la pertinence peut être librement discutée dans le cadre d'un débat d'idées mais dont la vérité ne saurait être prouvée ».

 

La procédure en diffamation est soumise à un rituel précis.  En particulier, on ne peut poursuivre cumulativement sous les deux qualifications de diffamation et d'injure, et aucune requalification n'est possible.

 

Le prévenu peut s'exonérer en invoquant la bonne foi et l'exception de vérité, et ce, dans certaines limites et à certaines conditions.  Ainsi, pour l'exception de vérité, il faut signifier les preuves par huissier dans un délai de dix jours à compter de la citation ou de l'assignation.  Pour la bonne foi, le prévenu « doit [...] établir, selon la formule jurisprudentielle classique, qu’il poursuivait, en diffusant les propos incriminés, un but légitime exclusif de toute animosité personnelle, qu’il a conservé dans l’expression une suffisante prudence et qu’il avait en sa possession des éléments lui permettant de s’exprimer comme il l’a fait.  L'exception de bonne foi permet aux juges d'atténuer la sévérité des règles de la preuve de la vérité des faits si le diffamateur a agi légitimement et avec prudence » [8].

 

 

Particulier ou fonctionnaire ?

 

M. Séralini a fait citer M. Fellous et l'AFBV, respectivement en qualité d'auteur et de civilement responsable, pour un délit de diffamation publique envers un particulier.

 

Pour une raison qui ne ressort pas du jugement, celui-ci porte, selon la rubrique « nature des infractions » sur une « diffamation envers un fonctionnaire, un dépositaire de l'autorité publique ou un citoyen chargé d'un service public » (les italiques sont de nous).  Les peines encourues sont évidemment supérieures dans ce dernier cas (amende jusqu'à 45.000 euros au lieu de 12.000).

 

Et M. Fellous a donc été – si l'on ose dire dûment – condamné pour « diffamation publique envers un fonctionnaire public ».  C'est là une première curiosité.

 

La qualification pénale des faits poursuivis sont du seul ressort du Procureur de la République. Il est cependant manifeste que M. Séralini ne s'est pas exprimé, le 21 janvier 2010, dans Santé magazine sur France 5 en qualité de fonctionnaire.  Il y était du reste présenté, en incrustation, comme président du conseil scientifique du CRIIGEN...

 

Cela ne l'a pas empêché d'exposer, sous la plume de Me Dartevelle, que :

 

« Le 21 janvier 2010, en sa qualité de Professeur des Universités, Monsieur SERALINI a participé à une émission de la chaîne de télévision FRANCE 5, intitulée « Santé Magazine », dont le sujet était consacré aux OGM. »

 

Le Tribunal n'a pas relevé cette contradiction apparente et n'a pas examiné cet aspect qui méritait certainement une analyse juridique.  Pourtant,  le CRIIGEN avait joué un rôle éminent dans cette affaire ; et le Tribunal a consacré de longs développements au financement du CRIIGEN et d'une étude qui, curieusement, n'est pas celle qui a mis le feu aux poudres [9].  En définitive, on a simplement épousé la thèse – fort adroitement présentée par Me Dartevelle – que :

 

« Il résulte très clairement des propos tenus par Monsieur FELLOUS que les fonctions d'enseignant-chercheur exercées par le Professeur SERALINI servent de fondement à l'ensemble de ses reproches. »

 

On ne trouvera donc que ceci dans le jugement, dans l'exposé des faits :

 

« Gilles-Éric SERALINI estime que les propos [...] sont diffamatoires à son égard, en sa qualité de fonctionnaire. »

 

 

Le CRIIGEN fait-il des recherches ?

 

La partie civile a également fait valoir que :

 

« La contraction volontaire, par Monsieur FELLOUS, des termes militant et chercheur, aux lieu et place de la dénomination exacte de la fonction de Monsieur SERALINI - enseignant-chercheur - parle d'elle-même, étant précisé que le CRIIGEN, l’association présidée par le concluant n’effectue pas de travaux de recherche. » (Italiques mis par nous.)

 

Pourtant, elle exposait en introduction :

 

« Le 10 décembre 2009, le CRIIGEN a publié les résultats de la première contre expertise internationale réalisée sur les tests de sécurité sanitaire qui ont fondé la commercialisation de variétés de maïs génétiquement modifiées par la société de droit américain MONSANTO, dans [...] une revue scientifique internationale de haut niveau (Pièce n°9). »

 

Comment un organisme peut-il publier des résultats de travaux de recherche – même dénommés contre-expertise – dans une revue scientifique s'il n'effectue pas de tels travaux ? Comment des auteurs peuvent-ils se prévaloir, dans leurs publications dans des revues scientifiques, de leur appartenance à un organisme qui ne fait pas de recherche ? Et à celui-là seulement ou – comme M. Séralini – à celui-là et à une université [10] ? On peut continuer cette série de questions qui relèvent, au moins en partie, de la déontologie scientifique et qui pourraient bien être pertinentes dans le cadre du jugement (ou l'avoir été si elles avaient été soulevées).  Ainsi, on peut estimer que l'indication de deux affiliations permet de jeter un voile pudique sur un conflit d'intérêts (en l'occurrence dans la mesure où l'intitulé du CRIIGEN ne permet pas de détecter automatiquement son militantisme et l'absence de travaux de recherche).

 

Comment celui qui se présente dans ses conclusions comme le président de ce même organisme – ce qui semble inexact à la lecture du site du CRIIGEN [11] – peut-il faire valoir cette absence de travaux de recherche devant un tribunal alors que l'organisme a fait figurer le mot « recherche » dans son titre et ses buts statutaires [12]  ? Comment, enfin, a-t-on pu faire accroire que, ainsi qu'il est dit dans le jugement, l'université de Caen et le CRIIGEN sont liés par un contrat de partenariat scientifique ?

 

À l'évidence, le « étant précisé... » ne pouvait que donner plus de crédit à la thèse de la diffamation d'un fonctionnaire, thèse vraisemblablement développée après le dépôt de la plainte et retenue par le Ministère public.  Le Tribunal n'a pas relevé les contradictions.

 

 

Une base très étroite pour la thèse de la diffamation

 

Sur le fond, le Tribunal s'est essentiellement appuyé sur le passage suivant du courrier du 26 janvier 2010 adressé aux responsables de France 5 [13]:

 

« Nous sommes scandalisés que votre émission s’appuie sur les seuls propos d’activistes opposés aux OGM, comme GE Séralini, chercheur avant tout militant anti-OGM qui se prétend indépendant alors que ses études sont financées par Greenpeace. » (La partie en italiques a été soulignée dans l'original.)

 

Il en déduit :

 

« Il est imputé à la partie civile d'être un chercheur faisant primer son militantisme sur la rigueur et l'objectivité de son travail scientifique [...] »

 

Cette déduction appelle deux remarques.  D'une part, on peut estimer que le Tribunal a lu dans le texte litigieux beaucoup plus qu'il n'y est écrit, M. Fellous ne s'étant nullement exprimé sur la qualité du travail scientifique de M. Séralini.  Mais d'autre part, le Tribunal exprime indéniablement le sens général des critiques formulées à l'encontre de M. Séralini (du reste, ces critiques sont aussi le fait des pairs, ainsi que des agences de régulation [14]).

 

Le plus important, cependant, est que le Tribunal n'en tire aucune conclusion autre que :

 

« [...] il est exact qu'il n'est pas contraire à l'honneur et à la considération d'imputer à une personne d'être un militant et de combattre pour ses convictions [...] ».

 

Le Tribunal, en effet, a porté son attention à la question de l'indépendance et conclu que :

 

« [...] Marc FELLOUS ne saurait soutenir en revanche, qu'il n'est pas diffamatoire d'affirmer que Gilles-Éric Séralini "se prétend indépendant alors que ses études sont financées par Greenpeace", alors que toute recherche scientifique suppose que soient respectées des règles de probité intellectuelle. » (Les italiques sont dans l'original.)

 

Ici aussi, le Tribunal a lu dans le texte autre chose que ce que M. Fellous a voulu exprimer.  Celui-ci voulait sans nul doute faire savoir que M. Séralini était dans la même situation que ses collègues (non militants) auxquels lui, Séralini, reproche de ne pas être indépendants (mais force est de reconnaître que ce qui s'entend au sein d'un sérail n'est pas forcément intelligible en dehors) ; celui-là y a entrevu l'amalgame cher aux militants antis-OGM (et anti-pesticides) entre financement et qualité de la recherche, et crédibilité des résultats.

 

M. Fellous a aussi été prié d'expliquer sa conception de l'indépendance des chercheurs lors de l'audience, et il est juste de dire qu'il a été victime de sa probité intellectuelle, ce dont M. Séralini a profité.

 

En résumé, M. Séralini se voit reconnaître une atteinte à son honneur à raison des imputations tirées – non pas de son militantisme, donc de son attitude générale – mais du financement de ses (en fait, de certaines de ses) études.  Il a bénéficié de la probité de M. Fellous.  Et il prévaut sur la base du caractère délictueux d'un argument – prêté à M. Fellous – qui fait partie du fond de commerce de la mouvance anti-OGM (et anti-pesticides).

 

C'est donc une victoire à la Pyrrhus à plus d'un titre.

 

 

Une interprétation de texte discutable pour refuser à M. Fellous le bénéfice de la bonne foi

 

Le Tribunal a procédé à une longue analyse de la question de la bonne foi de M. Fellous pour, finalement, ne pas lui en accorder le bénéfice.  Son raisonnement n'est pas à l'abri de la critique :

 

« Ainsi, en reprochant à Gilles-Éric Séralini de cacher sa dépendance à l'égard d'un organisme qui finance ses études et d'être devenu un militant défendant exclusivement la cause de GREENPEACE, Marc FELLOUS, qui ne disposait pas d'éléments suffisants pour tenir ces propos compte tenu du caractère limité et relatif des aides apportées, a manqué de prudence en exprimant une position contraire à celle qu'il a exprimée à l'audience sur la possibilité d'être un chercheur "honnête" tout en bénéficiant d'aide de tiers quels qu'ils soient. »

 

M. Séralini n'a pas caché sa dépendance à l'égard de Greenpeace.  Au contraire, l'article qui a mis le feu aux poudres décrit bien le rôle primordial joué par Greenpeace dans l'obtention des résultats d'essais nécessaires à le réinterprétation statistique menée par M. Séralini et ses collègues.  Et M. Fellous n'a pas reproché à M. Séralini d'avoir caché sa dépendance à l'égard de Greenpeace ; de même, il n'a jamais affirmé que M. Séralini était « devenu un militant défendant exclusivement la cause de Greenpeace ».

 

Le Tribunal s'est sans nul doute fondé sur le dossier et les témoignages pour considérer que les aides apportées par Greenpeace étaient limitées et relatives.  En fait elles étaient essentielles pour l'obtention des données.  Et, s'agissant de l'aide financière, selon le jugement,

 

« [...] le témoin Corinne LEPAGE, fondatrice et ancienne présidente du CRIIGEN, [15] a expliqué qu'il avait été nécessaire de ressaisir toutes les données de l'étude faite par la CGB et que le coût avait effectivement été pris en charge par GREENPEACE. »

 

Ce témoignage – qui suppose que Mme Lepage était au courant des modalités de l'étude – est à comparer aux remerciements qui figurent dans le texte de l'article, auxquels on doit évidemment accorder une crédibilité supérieure puisque venant de la plume des auteurs eux-même :

 

« Greenpeace a contribué aux débuts des recherches en finançant les premières analyses statistiques en 2006, les résultats ayant ensuite été traités plus avant et évalués indépendamment par les auteurs. » [16]

 

À l'évidence, financer la saisie de données – provenant de Monsanto et non de la CGB – et financer des analyses statistiques ne sont pas la même chose.  De plus, on doit se demander quels étaient les autres coûts de nature à conférer aux aides de Greenpeace un « caractère limité et relatif ».  Une réinterprétation statistique ne demande en effet que du temps de chercheur et la mise en oeuvre d'outils informatiques préexistants.

 

 

Mais de quelle étude s'agit-il ?

 

L'analyse qui précède est fondée sur l'hypothèse que le Tribunal a délibéré sur la base des faits pertinents, à savoir une imputation diffamatoire par M. Fellous dans deux lettres écrites en janvier 2010 à la suite d'une émission de France 5 diffusée également en janvier 2010, elle-même appuyée sur un article divulgué en décembre 2009.

 

Or, de manière fort étonnante, le Tribunal a produit un raisonnement qui nous ramène sans contestation possible à un article publié en ligne en mars 2007 [17].

 

Mme Lepage avait été impliquée puisque, selon les remerciements (du reste fort mal écrits, en quelque sorte par un contorsionniste de la plume) [18], elle avait contribué à l'obtention des données.  Quant à Greenpeace, sa « participation financière [...] n'a jamais été occultée » selon le jugement et il faut donc croire que l'organisation en a été remerciée par la formule suivante :

 

« Ce travail a été appuyé ("supported") par Greenpeace Allemagne qui, en juin 2005, a gagné en appel contre Monsanto qui voulait maintenir la confidentialité des données » (notre traduction).

 

En matière de transparence, il y a mieux.  Si l'on s'en réfère au communiqué de presse du CRIIGEN, « Greenpeace Allemagne [a obtenu] notamment les analyses de sang et d’urine de ces rats. Les données brutes constituent plus de 1130 pages de chiffres et précisions » [19].  Il faut donc une sagacité certaine pour déduire des remerciements une reconnaissance pour une contribution financière.

 

Quoi qu'il en soit, l'étude de 2007 – curieusement qualifiée de « contre-expertise » dans le jugement (les guillemets et italiques sont dans l'original, ce qui n'est pas anodin) – n'est que marginalement pertinente dans le cadre de l'action judiciaire.  À partir de ce constat il est possible d'émettre une série d'hypothèses, exercice auquel nous ne nous hasarderons pas.  Le fait est cependant que le reproche de manquement à la bonne foi fait à M. Fellous n'est pas fondé sur des assises résistant incontestablement à la critique.

 

 

Amère victoire étriquée, voire défaite cuisante

 

« En alléguant l’incompétence et la malhonnêteté scientifique du requérant, en disqualifiant ses travaux et en lui imputant des objectifs incompatibles avec le rôle et la raison d’être d’un chercheur, Monsieur Marc FELLOUS, et ce, sans aucun souci de démonstration scientifique, s’attaque aux qualités essentielles de l’activité et l’éthique d’un chercheur : d’une part, l’objectivité et la crédibilité de ses travaux et d’autre part, la rigueur impartiale de sa démarche scientifique. »

 

Tel était le résumé de la position de la partie civile sur le caractère diffamatoire des deux lettres poursuivies.  Le Tribunal n'a donc suivi la partie civile que sur un point, et encore en recourant à une interprétation extensive.  Et il a rejeté le grief de diffamation fondé sur les expressions suivantes (en italiques) :

 

l        « Marchands de peur » et « "marchands de peur" d'organisations militantes »

l        « Ses déclarations médiatiques sont systématiquement contestées par la communauté scientifique »

l        « Campagne de dénigrement d’une technologie d’avenir répondant aux grands défis de notre siècle »

l        « Le sujet évoqué méritait pour le moins un débat sérieux avec des experts compétents »

l        « En réponse à cette émission, nous souhaiterions, Madame, Messieurs, que l’AFBV puisse à son tour s’exprimer sur France 5, en aucun cas dans un esprit polémique mais pour donner son point de vue toujours étayé sur une base scientifique »

l        « Les réalisateurs de l’émission se sont contentés en effet de reprendre, sans aucun esprit critique, les idées couramment diffusées par des militants anti-OGM et qui sont pourtant dénigrées par les plus hautes instances scientifiques de notre pays »

l        « Nous constatons aussi qu’en rediffusant le discours de G.E. Séralini, la chaîne de télévision France 5 s’associe de fait à la médiatisation d’un militant-chercheur très controversé qui met en cause les plus hautes autorités scientifiques de notre pays. »

l        « Le sujet évoqué et la crédibilité de cette chaîne et de cette émission méritaient pour le moins un débat sérieux avec des scientifiques reconnus qui ne manquent pas dans notre pays. »

 

Le Tribunal a déployé à cet égard la jurisprudence classique, et on peut estimer qu'il en a fait une application très stricte, retenant par exemple que ces expressions, selon le cas, ne visent pas la partie civile, ne comportent aucune imputation à l'égard de la partie civile, ou s'analysent en une déclaration d'opinion ou un jugement de valeur ne pouvant faire l'objet d'aucune preuve.

 

En partie dans le dessein de se raccrocher à la jurisprudence, M. Séralini avait plaidé que les expressions en cause jetaient le discrédit sur ses compétences professionnelles et que le qualificatif de « marchand de peur » induisait une accusation de charlatanisme.  Il a donc perdu sur toute la ligne, et ce, sur ce qui lui tenait particulièrement à coeur.  Échec d'autant plus cuisant que le CRIIGEN a eu l'imprudence et l'impudence de publier les conclusions de Me Dartevelle...

 

À l'issue de l'audience, celui-ci avait rappelé que « les juridictions sont d'abord là pour protéger la liberté d'expression », qu'il est « difficile de demander au tribunal de se mêler de controverses scientifiques » et que « les juridictions préfèrent assez systématiquement renvoyer les scientifiques dos à dos » [20].  Très pertinente analyse : M. Fellous a perdu sur la probité intellectuelle (et encore, dans les limites et conditions susvisées) ; M.Séralini a perdu sur la compétence professionnelle.

 

On peut donc considérer que, contrairement à ce qui a été clamé dans certains médias [21], l'honneur de M. Séralini n'a pas été lavé.  Et tout le tapage médiatique orchestré par M. Séralini et ses amis a été inefficace, sinon contre-productif.  On conçoit donc aisément pourquoi le CRIIGEN n'a pas mis le jugement en ligne.

 

 

Le débat scientifique doit se tenir au sein de la communauté scientifique dans les instances appropriées, pas dans le prétoire

 

Le Tribunal ne s'est pas limité à une analyse au regard des principes jurisprudentiels.  Il a ajouté :

 

« Ces propos relèvent en effet du débat scientifique, lequel, comme le soutiennent malicieusement les signataires de la pétition versée aux débats en faveur du prévenu, doit se tenir au sein de la communauté scientifique dans les instances appropriées et sans doute pas "entre les mains de la justice", ce qui, selon eux, ne contribuerait pas "à le faire avancer sereinement" ». (Les italiques sont dans l'original.)

 

Les journalistes ont retenu le premier membre de phrase et passé sous silence l'application des principes jurisprudentiels (c'est tellement fastidieux...) et surtout la référence à la pétition en faveur de M. Fellous.  Pourtant, le mot « malicieusement » aurait dû retenir l'attention !

 

On peut s'interroger sur l'opinion du Tribunal sur la nature du débat scientifique.  Mais il nous paraît qu'elle sert essentiellement d'introduction pour la suite, laquelle s'interprète comme un message extrêmement clair à l'adresse de M. Séralini et de ses amis : le débat scientifique doit se tenir au sein de la communauté scientifique dans les instances appropriées, pas dans le prétoire.

 

 

Des financements pas très clairs

 

Le Tribunal n'a pas accédé à la demande de M. Séralini relative à la publication d'une annonce judiciaire dans deux publications choisies par lui et aux frais de M. Fellous.

 

Cette demande avait été formulée notamment sur la base de l'argument que la destruction de la crédibilité et de l’image publique d’un chercheur entraînait pour lui le risque de se voir refuser l’octroi de nouveaux financements ou de se voir refuser le renouvellement de crédits.  L'argument était étayé par des déclarations des dirigeants des fondations et associations qui financent les travaux de M. Séralini au CRIIGEN et à l'Université de Caen.

 

Le Tribunal ne s'est manifestement pas laissé impressionner.  En revanche, il s'est quelque peu épanché sur les sources de financement pour démontrer que Greenpeace n'était pas le seul à intervenir, et partant que M. Fellous avait manqué de prudence.  Alors que des montants ont été articulés, certains très importants, même entourés d'un certain flou, pour les fondations et l'association CERES,  il est remarquable que, pour Greenpeace, il faille se contenter d'un pourcentage : « 3,45 % du total des produits d'exploitation du CRIIGEN » de 2005 à 2009.

 

 

Nouvelle plainte

 

Selon un communiqué publié sur le site du CRIIGEN [22] :

 

« Le CRIIGEN et le Professeur Gilles-Eric SERALINI ont saisi, ce 20 mai 2011, Monsieur le Procureur de la République de Paris d’une plainte pour faux et usage de faux visant un document produit en justice par le Professeur Marc FELLOUS et l’AFBV (Association Française des Biotechnologies Végétales) [...] »

 

Il n'en dit pas plus, contrairement à Inf'OGM [23], dont on retiendra ceci :

 

« Étant donné qu’il s’agit d’une plainte simple, le Procureur de la République décidera de l’opportunité d’une action en justice.  S’il décide de classer l’affaire sans suite, le CRIIGEN se réserve la possibilité de déposer une autre plainte, avec constitution de partie civile, ce qui obligera le Parquet à poursuivre l’AFBV. »

 

La guérilla judiciaire continue.  Comme l'indique l'extrait précédent, l'ambition est de faire durer, ce qui obligera l'AFBV et ses membres à une très grande retenue dans leurs déclarations...  La justice est instrumentalisée.

 

P.S.  Emprunté avec grand plaisir à M. Jacques Lachaud et sa chronique dans la France agricole du 3 juin 2011 :

 

« Chaque fois qu'un procès sera mauvais, le plaideur sera tenté de se poser en défenseur des libertés fondamentales. »

 

La remarque faisait suite à une autre affaire.

 Wackes Seppi


 

  Notes :

[1]  http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/01/18/97001-20110118FILWWW00568-ogmdiffamation-
chercheur-condamne.php

[2]  Puisque cette lamentable affaire tourne autour de l'« indépendance » des chercheurs et de la
recherche, on soulignera ici que, dans CRIIGEN, ce sont la recherche et l'information qui sont
censées être « indépendantes », pas le Comité lui-même.  Sur sa page d'accueil, le CRIIGEN écrit
aussi qu'il est « indépendant des compagnies de biotechnologies ».  C'est bien admettre –
honnêtement – qu'il ne revendique pas une indépendance complète.

[3]  http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=337&Itemid=1

[4]  « Judiciarisation du débat sur les OGM » :
http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-judiciarisation-50601917.html

Texte du jugement :
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/39/38/37/motifs-proces-Seralini-vs-Fellous.pdf

 
[5]  http://www.criigen.org/SiteFr/images/stories/conclusions-geseralini_2010.pdf

[6]  Voir notamment : « Gilles-Éric Séralini et la recherche "scienti'fric", par Wackes Seppi » :

http://imposteurs.over-blog.com/article-gilles-eric-seralini-et-la-recherche-scienti-fric-par-wackes-
seppi-63060037.html

[7]  www.youtube.com/watch?v=YiaVaEE8gDo

[8]  Maître Eolas, Le Journal d'un avocat, « Blogueurs et Responsabilité Reloaded » :

http://www.maitre-eolas.fr/post/2008/03/24/905-blogueurs-et-responsabilite-reloaded

  [9]   A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health :

  http://www.biolsci.org/v05p0706.htm

  [10]  Ainsi, pour l'article précité, les auteurs sont : Joël Spiroux de Vendômois1, François Roullier1,
Dominique Cellier1,2, Gilles-Eric Séralini1,3

  1. CRIIGEN, 40 rue Monceau, 75008 Paris, France

2. University of Rouen LITIS EA 4108, 76821 Mont-Saint-Aignan, France

3. University of Caen, Institute of Biology, Risk Pole CNRS, EA 2608, 14032 Caen, France

  [11]  Selon le site, la présidente, en vacance de poste depuis le 10 septembre 2010, est Mme
Corinne Lepage, M. Jean-Marie Pelt étant président par intérim :
http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=53&Itemid=104

 En relation avec son témoignage, Mme Lepage est mentionnée dans le jugement en tant que
fondatrice et ancienne présidente du CRIIGEN.

  [12]  « Cette Association a pour but :

 • « la recherche et l'information sur le génie génétique et ses impacts dans les domaines de la
biologie, de l'environnement, de l'agriculture, de l'alimentation, de la médecine et de la santé publique,
impacts naturels ou artificiels, volontaires ou accidentels [...]

  • « [...]

  • « la création d'un laboratoire de recherche et d'analyses, ou la sous-traitance, pour ses propres
investigations et afin d'effectuer des prestations de service pour le compte de particuliers, de
collectivités locales, de sociétés, de groupements professionnels, d'associations... »
 http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=13&Itemid=103

  [13]  Le Tribunal a aussi cité la phrase suivante du courrier du 28 janvier 2010 adressé au Président
du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel :

  « Signe fort de ce parti pris militant, les animateurs de l'émission ont conseillé comme site Internet de
référence celui de l'organisation Greenpeace qui finance les études de G.E. Séralini. »

  Cette phrase n'est à l'évidence pas directement pertinente car elle ne concernait pas M. Séralini
(mais elle reprend le thème du financement, central dans l'analyse d Tribunal).  Elle était en effet
précédée de :

 « Les réalisateurs de l'émission se sont contentés en effet de reprendre, sans aucun esprit critique,
les idées couramment diffusées par des militants anti-OGM et qui sont pourtant dénigrées par les plus
hautes instances scientifiques de notre pays : Académie de Médecine, Académie des Sciences,
AFSSA, Comité Scientifique du HCB. »

  [14]  Du reste, M. Séralini et ses amis ont publié une série de critiques à l'appui de leur campagne de
signatures en soutien de M. Séralini :

  http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/Annexe-support-Seralini_etal_2010.pdf

  [15]  Voir la note 11 ci-dessus sur le statut de Mme Lepage au sein du CRIIGEN.  Son «
argumentaire » disait en introduction :

  « Je témoigne en tant qu'ancienne ministre de l'environnement, fondatrice du CRIIGEN, présidente
jusqu'en septembre 2010. J'ai renoncé à mes fonctions en raison de ma nomination comme
rapporteure de la modification de la directive OGM au Parlement européen où j'exerce les fonctions
de Première vice-présidente de la commission santé-environnement. » (Les italiques sont de nous) :

  http://www.corinnelepage.fr/index.php/2010/11/25/argumentaire-lors-de-l%e2%80%99action-en-
diffamation-engagee-par-gilles-eric-seralini-2/

  [16]  Notre traduction :

  « Greenpeace contributed to the start of the investigations by funding first statistical analyses in
2006, the results were then processed further and evaluated independently by the authors. »

  [17]  New Analysis of a Rat Feeding Study with a Genetically Modified Maize Reveals Signs of
Hepatorenal Toxicity, Gilles-Eric Séralini , Dominique Cellier and Joël Spiroux de Vendomois.  Texte
accessible en ligne à :

  http://www.ask-force.org/web/Seralini/Seralini-New-Analysis-MON-863-2007-V-13pages.pdf

  [18]  « Acknowledgments

  « We thank Anne-Laure Afchain for her help in statistical analyses, and the CRIIGEN scientific and
administrative councils for expertise, and initiating judiciary actions by the former French minister of
environment, Corinne Lepage, to obtain the data. We also thank Frederique Baudoin for secretarial
assistance, and Dr. Brian John and Ian Panton for advising on the English revision of the manuscript.
This work was supported by Greenpeace Germany who, in June 2005, won the Appeal Court action
against Monsanto, who wanted to keep the data confidential. We acknowledge the French Ministry of
Research and the member of Parliament François Grosdidier for a contract to study health
assessments of GMOs, as well as the support of Carrefour Group, Quality, Responsibility and Risk
Management. »

 19]  http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=view&id=122&Itemid=85

  [20]  Voir (à 7:25) :

  http://www.dailymotion.com/video/xfussb_video-reportage-proces-de-gilles-eric-seralini_news

  [21]  Par exemple Le chercheur anti-OGM Séralini remporte son procès en diffamation :

  http://www.rue89.com/planete89/2011/01/18/le-chercheur-anti-ogm-seralini-remporte-son-proces-en-
diffamation-177559

  [22]  http://www.criigen.org/SiteFr/

  [23]  http://www.infogm.org/spip.php?article4823

Repost 0
9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 18:02

Salmon

 

Voici onze ans que le saumon transgénique de la société AquaBounty Technologies (1) est dans les tuyaux. Mais en Septembre 2010, la FDA américaine a émis un avis favorable à sa commercialisation (2)  , l’estimant sans risque pour la santé et posant peu de risques pour l’environnement. Le saumon serait ainsi le premier animal transgénique destiné à l’alimentation.

 

         Le gène de l’hormone de croissance de ce saumon atlantique (Salmo salar) a été remplacé par le gène d’un saumon « Chinook » du pacifique, et un gène produisant une protéine antigel a été introduit, ce qui lui permet de produire l’hormone de croissance toute l’année contrairement au saumon sauvage : le saumon transgénique atteint ainsi en 16-18 mois sa taille de commercialisation, contre une trentaine de mois pour le saumon sauvage.

 

aquadvantage

 Source : AquaBounty

 

La sécurité de sa consommation a été établie selon des tests analogues à ceux auxquels on procède pour les plantes génétiquement modifiées, équivalence nutritionnelle , recherche de toxines ou d’allergènes etc… Faut-il préciser que ceux-ci ont été jugés insuffisants par les mêmes qui s’opposent aux aliments issus de plantes génétiquement modifiés, et qu’une coalition d’associations a dénoncé l’avis de la FDA ?

 

L’autre préoccupation-environnementale- est au départ sans doute plus légitime : car il est impossible dans les conditions actuelles d’élever en masse des poissons en ferme aquacole sans que des individus ne s’échappent et aillent par conséquent frayer entre eux ou avec des poissons sauvages. Quelles conséquences aurait la dissémination dans les rivières ou les océans de saumons transgéniques, qui peuvent atteindre une taille maximale 3 fois supérieure à celle de leur cousins sauvages ?

 

Ces questions ont été posées bien avant l’apparition des premiers spécimens transgéniques (3). Or, la croissance plus rapide et la taille supérieure des saumons transgéniques ne leur confèrerait pas nécessairement un avantage adaptatif dans un milieu naturel. Leur besoins supérieurs en nourriture, ou le fait qu’ils puissent de par leur plus grande taille être plus vulnérables face aux prédateurs joueraient plutôt en leur défaveur. On a d’autre part souligné l’effet « pléiotropique » (4)du gène de l’hormone de croissance qui pourrait rendre les poissons transgéniques moins résistants aux maladies que les poissons sauvages (5).

 

Toutefois, dès 1999, des chercheurs ayant étudié le comportement des poissons transgéniques Medakas dotés d’un transgène d’hormone de croissance, avaient conclu à un net avantage reproductif de ceux-ci (4 fois supérieur aux poissons « normaux ») et tenter d’estimer à travers un modèle mathématique l’impact de l’introduction de quelques individus transgéniques dans une population sauvage (6). Dans le scénario le plus « pessimiste », la population transgénique devenait majoritaire au bout de 5 générations, et il ne restait plus d’individus sauvages au bout de 10 générations.

 

Un modèle reste un modèle, son réalisme est toujours très limité, il n’a pas valeur de preuve et sa transposition au saumon et aux conditions réelles est toujours un exercice délicat. Les conditions environnementales, telles que les disponibilités alimentaires, ou bien des interactions complexes gènes/environnement ne peuvent pas être prises en compte. 

 

Ainsi, plus récemment, des chercheurs canadiens ayant reproduit en laboratoire une rivière, ont constaté que les saumons transgéniques soumis à ce milieu , ne dépassaient plus leurs congénères sauvages que de 20%, contre une taille triple en élevage (7).

 

         Conformément aux préconisations de la FDA, des précautions supplémentaires seront prises, ainsi, seuls des femelles rendues stériles par triploïdisation (8) des œufs seront élevés dans des parcs aquacoles. D’aucuns objectent que l’opération qui permet d’obtenir des individus stériles n’est pas fiable à 100% , ce qui semble être vrai (9). La libération de quelques femelles fertiles n’est donc pas impossible, et on peut s’attendre à ce que les spéculations sur les dangers écologiques du saumon transgénique continuent encore longtemps. A nos yeux, c’est bien sûr la réalité qui tranchera,  mais faut-il s’attendre à la même attitude de la part des anti-OGM ? Quinze ans après les premières cultures de plantes transgéniques et au bout de 150 millions d’hectares cultivés, leurs « doutes » ne sont pas levés…

        

Même en essayant d’imaginer les conséquences d’une dissémination mineure de saumons transgéniques, posons-nous la question : le développement de l’acquaculture, avec des espèces au développement accéléré n’est-il pas le moindre danger qui guette la faune sauvage ? N’est-il pas une alternative à la surpêche pour permettre au plus grand nombre de manger du poisson sans épuiser la ressource ?

 

         Il est vrai qu’une conséquence fâcheuse n’a pas été envisagée : une partie de la flottille des éco-warriors deviendrait sans doute inutile , et devrait être mise à la retraite anticipée.

Anton Suwalki

 

 

 


 

 

 

(1)    http://www.aquabounty.com/

(2) http://www.nytimes.com/2010/09/04/health/policy/04salmon.html?_r=2&ref=genetic_engineering

(3)http://www.informaworld.com/smpp/content~db=all~content=a932084169

 (4) terme relatif aux gènes qui déterminent plusieurs caractères

(5) http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0147957107001324

(6) http://www.pnas.org/content/96/24/13853.full.pdf

(7) http://www.pnas.org/content/104/10/3889.short

(8)  3 exemplaires de chaque chromosome au lieu de paires

(9) http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=14150456

Une référence plus récente suggéré par nos lecteurs serait la bienvenue

 

Repost 0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 12:45

Vous vous rappelez peut-être d’une série de fausses alertes- canulars pédagogiques- lancées par Luc Marchauciel dans son billet  Feu sur la pintade  . Ce billet avait beaucoup inspiré Frédérick Lemarchand, sociologue et membre du conseil scientifique du CRIIGEN, se sentant peut-être (et à juste titre) visé. Titre initial de cette brillante analyse : De la dinde à la farce - Du bon usage de l’intox : A propos d’un canular publié sur le blog L’Imposteur.(1).

 

Plus d’un an après sa publication, l’analyse du savant sociologue est toujours en ligne sur le site du CRIIGEN, mais traite d’un canular publié sur le blog  XXXX. Le nom légèrement écorné de ce blog a été effacé aux deux endroits où il figurait . Surtout, éviter de faire de la pub à Imposteurs, et éviter autant que possible que les lecteurs remontent au texte original, histoire de juger par eux-mêmes, et de trouver sur le site les nombreux articles critiques consacrés au CRIIGEN et à ses vedettes.  A la différence du CRIIGEN, nous prenons soin de référencer , de permettre aux lecteurs de vérifier l’exactitude de nos affirmations. Nous ne dérogerons pas ici à la règle : la preuve de cette petite mesquinerie grâce à Google, où le titre original de l’article de Lemarchand apparaît encore.

crivolaille

 

 

Cette censure est sans grande portée : tapez sur Google « CRIIGEN », « Gilles Eric Séralini », ou « Christian Vélot », des liens vers Imposteurs apparaissent dès la première page de réponses. Elle est par contre révélatrice d’une mentalité.

Anton Suwalki

 


 

 

(1) lire notre réaction :

http://imposteurs.over-blog.com/article-frederick-lemarchand-ou-la-misere-de-la-sociologie-au-service-du-criigen-45200330.html

Repost 0
31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 17:30

faucheurs volontaires

 

Un joli mois de mai pour les idiots volontaires qui ont multiplié les actions commandos, en France et en Belgique, deux fois.

 

Estimant sans doute que la situation actuelle des éleveurs n’est pas suffisamment difficile, les anti-OGM ont bloqué un entrepôt d’aliments pour bétail dans le Morbihan. Une preuve supplémentaire que leurs préoccupations sont à mille lieues de celles des « petits agriculteurs » qu’ils prétendent parfois défendre.

5 mai 2001 : des militants anti-OGM bloquent un entrepôt d'aliments pour bétail (1)

Depuis ce matin, une centaine de militants anti-OGM occupent un entrepôt d'aliments pour bétail du groupe Cecab, à Saint-Allouestre (56). Ce blocage est mené par le comité national des faucheurs volontaires d'OGM.

Les militants, qui laissent libre l'accès à l'entreprise, empêchent le déchargement et la sortie des camions. Les locaux administratifs sont aussi bloqués. « Aucune personne n'est prise en otage, le blocage se fait sans violence », indique Etienne Raphaël, l'un des porte-parole du comité national. Les salariés, une cinquantaine sur le site, peuvent aller et sortir.

« Nous ne bougerons pas tant que nous n'aurons pas de moratoire sur l'importation d'OGM dans les pays européens », revendique Jacques, venu de Toulouse.

Les militants exigent « la transparence sur l'étiquette, permettant un choix clair des produits issus d'animaux nourris avec ou sans OGM.»

On note que pour ces individus, empêcher les employés de cet entrepôt de faire leur travail, ou les chauffeurs de livrer les agriculteurs, ne constitue pas une violence. Il faudrait presque les féliciter de n’avoir pas pris d’otage ni tabassé personne !!! La revendication de transparence et de libre choix du consommateur n’est qu’une hypocrisie, puisqu’il recherchent ni plus ni moins l’interdiction (un « moratoire ») de l’importation d’OGM.

            Les ignorants volontaires détestant plus que tout le savoir, ils sont allés une fois de plus tracasser les chercheurs de l’INRA .           

23 mai : des faucheurs volontaires d'OGM investissent l'Inra d'Angers (2)

Une soixantaine de faucheurs volontaires d'OGM, réunis dans le Maine-et-Loire, ont investi pacifiquement les locaux de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) lundi matin et ils étaient toujours sur place en fin de matinée. Venus pour une "inspection citoyenne" ils ont expliqué s'inquiéter d'une publication par Végépolys (pôle de compétitivité autour du végétal qui finance des programmes de recherche) en janvier, annonçant une "production de poirier transgénique en vue de l'obtention de clones résistants au feu bactérien". "Nous faisons partie des citoyens qui refusent les OGM dans leur assiette,  et nous nous inquiétons de l'utilisation des fonds publics à l'encontre de nos aspirations", ont-ils expliqué dans un communiqué. Ils ont rencontré le responsable de l'Inra et pu visiter les locaux y compris le site où sont menés les travaux de recherche sur le poirier transgénique. Ils ont annoncé qu'ils reviendraient "d'ici un mois" chercher les réponses à une liste de questions qu'ils ont déposée lundi.

 

Délices de la langue de bois. Les « inspecteurs citoyens »  s’inventent des missions de surveillance pour lesquels personne ne les a mandatés. Si on peut admirer la patience du directeur de l’INRA qui les a cordialement reçus, celui-ci devrait se souvenir que les anti-OGM ne cherchent nullement des réponses à des interrogations légitimes, et que toute tentative de les associer est vouée à l’échec (3) . On peut craindre que lors de leur retour, les faucheurs troquent leurs insignes d’inspecteurs en toc pour la faux .

 

 

 

Au-delà des frontières hexagonales, un seuil dans la violence avait déjà franchi en 2010 en Suisse (4). Les antis belges ne voulaient sans doute pas être en reste .

 

29 mai 2011  Belgique : 18 blessés au cours d’une manifestation anti-OGM (5)

 

 Un groupe de militants anti-OGM a pris d’assaut un champ où des pommes de terre génétiquement modifiées étaient cultivées, rompant le cordon de police qui en bloquait l’accès, une opération qui a fait 18 blessés.

 

La police citée par l’agence Belga a annoncé qu’environ 40 protestataires avaient été brièvement interpellés.

 

Plus de 200 militants anti-OGM ont participé à cette opération baptisée mouvement de libération du champ à Wetteren (nord-ouest), où des pommes de terre génétiquement modifiées sont cultivées dans le cadre d’un programme de recherche, selon Belga.

 

La police a fait état de dix blessés légers dans ses rangs, les organisateurs de huit personnes malmenées parmi les protestataires.

 

Il y a eu la destruction d’un certain nombre de plantes de pomme de terre, mais il y a eu aussi quelques blessés, a déclaré Franciska Soler, faucheuse volontaire venue de France.

 

Le directeur de l’institut VIB responsable de ce programme de recherche sur les OGM, Jo Bury, a indiqué qu’une centaine de chercheurs avaient tenté en vain de dissuader les militants de mener leur opération.

 

Les OGM rencontrent une grande méfiance en Europe où la culture de seulement deux espèces, une de maïs pour animaux et une de pomme de terre pour la fabrication de papier, sont autorisées.

 

Une enquête menée par la Commission européenne au sein de l’UE et publiée le mois dernier montre que 13 des 27 pays membres ne voient pas l’intérêt à cultiver des OGM. »

 

10 blessés côté police, 8 côté manifestants, les faucheurs pourront difficilement dénoncer l’horrible « répression du mouvement social ». Ici encore, l’attitude des chercheurs était louable. Mais comment faire entendre raison à des individus bêtes à manger de l’amidon ?

 

FLM

 

48 heures plus tard , le Mouvement de libération des champs (qui n’ont rien demandé à personne) récidivait.    

 

31 mai 2011 - Belgique : les activistes anti-ogm visent maintenant les peupliers (6)

 

Les membres de l'organisation "Field Liberation Movement" (FLM), qui a partiellement détruit dimanche un champ de pommes de terre génétiquement modifiées en Flandre, veulent désormais s'attaquer au premier bois de peupliers génétiquement modifiés, écrit mardi De Standaard.

 

Le projet est développé par l'institut flamand de biotechnologie (VIB), qui s'attelle dès lors à trouver des moyens de le protéger. Les arbres sont présents depuis un an et demi à Zwijnaarde. Selon le VIB, ces peupliers pourraient être utilisés pour la production de biocarburants, comme le bioéthanol.

 

Le VIB a planté plusieurs centaines de ces arbres en 2009. Ces derniers ont été coupés pour la première fois l'année dernière. Et la production de bioéthanol à partir de ces arbres s'est révélée 81% plus élevée que pour des peupliers normaux. Ce bois de peupliers est le seul en son genre en Belgique.

 

Les peupliers (7) qui sont des arbres à croissance très rapide  , à plus forte raison avec un rendement presque doublé,   représentent sans doute une des meilleures solutions environnementales pour produire du biocarburant, évitant notamment les conflits d’usage que représentent la production de biocarburants à partir de plantes à vocation alimentaire.  Les obscurantistes se doivent donc en toute hâte de saper toute solution potentielle aux problèmes énergétiques de demain.  L’acharnement d’une infime minorité qui se sent dans la toute puissance n’est pas prêt de s’arrêter, tant qu’un mouvement de réprobation contre ces agissements débiles , allant bien au-delà des traditionnelles pétitions de chercheurs, ne se fait pas entendre.

 

Anton Suwałki

 


 

 

 

(1)http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Des-militants-anti-OGM-bloquent-un-entrepot-d-aliments-pour-betail_40771-1786924-pere-bre_filDMA.Htm

(2)http://lci.tf1.fr/filnews/science/des-faucheurs-volontaires-d-ogm-investissent-l-inra-d-angers-6497282.html

(3) http://imposteurs.over-blog.com/article-retour-sur-le-saccage-des-essais-de-porte-greffes-de-vignes-transgeniques-a-colmar-56375566.html

(4) http://imposteurs.over-blog.com/article-l-escalade-dans-la-violence-des-anti-ogm-53862468.html

(5) http://realinfos.wordpress.com/2011/05/29/belgique-18-blesses-au-cours-dune-manifestation-anti-ogm/

(6) http://www.7sur7.be/7s7/fr/2765/Environnement/article/detail/1272253/2011/05/31/Les-activistes-anti-ogm-visent-maintenant-les-peupliers.dhtml

(7) à propos des recherches sur les peupliers génétiquement modifiés :

http://greenbio.checkbiotech.org/news/futuragene_accelerates_alternative_energy_projects_purdue_university

http://bioenergy.checkbiotech.org/news/second_generation_biofuels_genetically_modified_poplar_trees

 

Repost 0
17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 15:17

Réédité : première version tronquée pour des raisons (informatiques ?) inconnues


 

Première partie :
http://imposteurs.over-blog.com/article-christian-velot-est-anti-ogm-tout-s-explique-1-46986030.html

Deuxième partie :
http://imposteurs.over-blog.com/article-christian-velot-est-il-anti-ogm-tout-s-explique-2-52775035.html



Nous avions vu dans les deux premières parties que les affirmations de C. Vélot sur les OGM ne résistent pas à une analyse critique de la littérature scientifique qu'il cite pour appuyer ses propos. En effet, ces analyses révèlent que C. Vélot a la fâcheuse tendance à déformer les conclusions des travaux réalisés par ses pairs. Encore récemment, après le saccage des essais de vigne GM à Colmar, il s'illustrait par des affirmations (notamment sur le transfert du transgène au greffon) qui étaient à l'opposé des conclusions des travaux cités censés étayer ses dires [1].

La deuxième partie consacrée aux affirmations de C. Vélot en était restée à la question qui est de savoir si ce phénomène tient de l'incompétence, de mensonges ou de simples erreurs ? Pour tenter de répondre à cette question il faut replonger dans ce que C. Vélot racontait il y a près de deux ans à propos de la sensibilité de la sésamie à la Cry1Ab.



Troisième partie : CHRISTIAN VELOT ET LA SESAMIE

 

Dans un débat retranscrit sur le blog de G. Malaurie, on a pu assister à une passe d'armes entre Christian Vélot et Jean-Claude Jaillette, l'auteur du livre " Sauvez les OGM " [2]. A la suite de cet article de nombreux commentaires ont suivi pour réagir à certaines " inexactitudes " (appelons les ainsi) du discours de C. Vélot.

 

 

L'effet de la protéine Cry1Ab sur la sésamie

Entre autres, il affirmait à propos de la Cry1Ab (comme dans la partie 2, les écrits de C. Vélot sont en bleu pour plus de clarté):


"(...) dans le maïs Monsanto, la protéine est soluble alors qu'à l'état naturel, celle de la bactérie du sol, elle est de forme cristalline. Conséquence : elle ne tue pas seulement la pyrale, le ravageur du maïs, mais aussi  un autre insecte ravageur : la sésamie. Or sachez que la toxine utilisée en Bio n'a aucun effet sur la sésamie. "

 

 

Ce qui est surprenant c'est que malgré les commentaires lui indiquant qu'il se trompe sur ce point, 13 mois après l'article sur le blog de G. Malaurie il répète la même chose, quasiment au mot près, dans l'article sur inf'OGM dans lequel il prétend critiquer la "rigueur scientifique" de l'AFBV.

 

" Prenons justement l'exemple de la protéine Bt fabriquée dans le maïs Mon810 (toxine Cry1Ab). Cette protéine est soluble alors que son homologue naturelle (fabriquée dans la bactérie Bacillus thuringiensis) est produite sous forme de cristal. Les deux protéines n'ont donc pas du tout les mêmes propriétés physicochimiques.
Et le fait que la protéine produite dans la plante soit soluble, et non cristalline, la rend active non seulement contre la pyrale, mais également contre la sésamie, un autre insecte ravageur du maïs (pour le plus grand bonheur du semencier qui fait alors d'une pierre deux coups). Alors que la protéine Cry1Ab naturelle de B. thuringiensis n'a, elle, quasiment aucun effet sur la sésamie. "

 

Notons que selon lui cette propriété ferait " le plus grand bonheur du semencier "... A aucun moment le fait que cette propriété soit intéressante pour l'agriculteur ne semble l'effleurer.Il y a quand même un peu de vrai dans ces quelques lignes. En effet, la toxine exprimée par le maïs Bt est soluble à pH neutre, la protéine Cry1Ab exprimée par le bacille ne l'est pas. Pour autant, ce que C. Vélot devrait savoir, s'il s'était documenté sur le sujet, c'est que cela ne change pas fondamentalement le mode d'action de la toxine Cry1Ab. La protéine native possède deux domaines majeurs : un domaine situé du côté N-terminal contenant la partie toxique et un domaine situé dans la deuxième moitié de la protéine, côté C-terminal, impliqué dans la cristallisation de la protéine (d'où le nom de cette protéine, "Cry" pour Crystal en anglais).

 

L'activation de la protéine Cry1Ab se fait en plusieurs étapes. La protéine native (du bacille) est sous forme cristalline, le plus souvent sous la forme d'un complexe avec d'autres protéines de type Cry. Une fois ingéré, le cristal est solubilisé dans l'environnement alcalin de l'intestin de la larve de lépidoptère. Le domaine C-terminal est ensuite clivé (ainsi qu'une fraction de la partie N-terminale) par les enzymes présentes dans l'intestin de la larve [3, 4]. Le domaine toxique est plus résistant aux protéases et peut alors se fixer à des récepteurs spécifiques présents sur les parois de l'intestin. La fixation de la toxine aux récepteurs déclenche la formation de pores et finalement aboutit à la mort de la larve car elle ne peut plus assimiler sa nourriture [5].

 

Dans les plantes Bt la protéine Cry1Ab est amputée d'une grande partie de son domaine C-terminal (celui impliqué dans la cristallisation) ce qui fait qu'elle est soluble à pH neutre. En effet, lors de la création des premières plantes transgéniques exprimant ces protéines, il est apparu que l'expression de la version complète de la protéine ne permettait pas une accumulation importante de la protéine dans la plante [6], même après modification de la séquence codante originale [7]. Ainsi, la protéine Cry1Ab native a un poids moléculaire de 131 kDa, celle exprimée dans le MON810 est de 91 kDa [8]. Lors de l'ingestion de la plante Bt, les protéases de l'insecte finissent par libérer la partie toxique de la protéine. Il semble que la protéine exprimée par le maïs puisse aussi être activée, au moins partiellement, par les protéases de la plante lorsque celle-ci est broyée par les mandibules de la chenille [9]. Cependant, le fait que la protéine Cry1Ab exprimée dans la plante soit plus courte que celle exprimée dans le bacille ne change rien à la toxine qui est finalement activée dans l'intestin de l'insecte. Plutôt qu'un long discours, on peut se reporter à la figure 1 (en fin d'article) pour une explication plus imagée.

 

M. Fellous a donc tout à fait raison lorsqu'il dit, sur le site web de l'AFBV, que les protéines Bt exprimées dans la plante ou le bacille sont du " même type " puisque le " core " de la protéine Cry1Ab qui possède l'activité toxique pour la larve est rigoureusement identique, à l'acide aminé près, dans la plante et dans le bacille.

 

On notera qu'en un an les effets de la protéine Cry1Ab cristalline sur la sésamie seraient passés d'" aucun " sur le blog du NouvelObs à " quasiment aucun " sur inf'OGM. En un an C. Vélot n'a pas pris le temps de vérifier ses affirmations initiales, malgré la littérature qui lui a été suggérée dans les commentaires qui faisaient suite à l'article. Qu'en est il donc ? Est-ce que " la toxine utilisée en Bio n'a aucun effet sur la sésamie " sous prétexte que "les deux protéines n'ont donc pas du tout les mêmes propriétés physicochimiques." ?


Cette affirmation ne résiste pas non plus à une recherche bibliographique sur le sujet puisque quelques minutes sur " google scholar " suffisent à trouver une étude publiée en 2007 par Diaz-Mendoza et al [10] qui montre le contraire des affirmations de C. Vélot comme nous allons le voir en détail plus loin.


 

C.Vélot, ou l'art de détourner les conclusions d'une étude scientifique

 

L'étude en question constituant un cinglant démenti aux affirmations de C. Vélot. Que croyez-vous que fit celui-ci en voyant que la littérature scientifique va à l'encontre de ses affirmations ? Reconnaître honnêtement son " erreur " ?

Pas du tout ! Sachant que la force d'un mensonge dépend de l'aplomb avec lequel il est dit, il nia purement et simplement les résultats de l'étude et, encore plus fort, en inventa sa propre version tout en traitant l'internaute de malhonnête. C'est le monde à l'envers ! Ses explications valent le détour :
" Et pour essayer de prouver que je mens, vous faites référence à un article censé démontrer, selon vous, les effets de la toxine naturelle Cry1Ab sur la sésamie. Mais quelle malhonnêteté ! Vous le faites exprès ou vous n'avez pas lu l'article ? Cet article montre que la toxine naturelle Cry1Ab est active sur la sésamie APRES avoir été partiellement digérée (on dit " maturée ") par des extraits enzymatiques provenant de l'intestin moyen de la sésamie ou par des enzymes (appelées protéases) purifiées à partir de la sésamie. "

 

C. Vélot n'a, semble-t-il, pas bien compris le but des travaux réalisés par les auteurs de l'article. Il ne fait que rappeler le mode d'action de la protéine Cry1Ab. Comme nous l'avons vu au début de cet article, celle-ci doit en effet d'abord être activée (partiellement digérée comme il le dit lui-même) par les enzymes présentes dans l'intestin de la larve de sésamie. Il n'y a rien de nouveau là dedans, cela se sait depuis plus de 20 ans et les auteurs ne vont pas s'amuser à remontrer quelque chose d'aussi connu, cela n'aurait aucun intérêt scientifique. En fait les auteurs s'intéressent à la toxicité des produits de digestion de la protéine Cry1Ab obtenus pas l'action individuelle des différentes enzymes purifiées à partir de l'intestin moyen de la sésamie. Ces travaux montrent que toutes les trypsines (une famille de protéases) présentes dans l'intestin de l'insecte sont capables d'activer la protéine Cry1Ab et, de façon plus intéressante, qu'aucune d'entre elles n'arrive à inactiver la toxine en la fragmentant en petits peptides.

 

Et il poursuit en écrivant :


" Et vous en déduisez donc que comme ces enzymes (protéases) de maturation de la toxine Bt proviennent ici de la sésamie, si la sésamie ingurgite cette toxine, elle va la maturer (c'est-à-dire la rendre active) et donc en être victime comme l'est la pyrale. Mais ce n'est pas ce que disent les auteurs ! "

 

Si justement, c'est ce que montrent les résultats obtenus et ce qu'en concluent les auteurs ! Je cite une partie de leur conclusion : "Our results demonstrate, for the first time, that Cry1Ab toxin can be differently processed by a diversity of trypsins from a lepidopteran species. Moreover, it is worth noting that all the different final products were toxic, despite being of smaller size than the ''core fragment'' obtained by digestion with bovine trypsin." C'est un résultat intéressant. Toutes les enzymes présentes dans l'intestin moyen de la sésamie sont capables d'activer la Cry1Ab, même si certains produits obtenus par l'une des protéases sont plus petits que le " core " généralement défini comme la taille minimum nécessaire à la toxicité de toxine pour les lépidoptères. Malgré tout, tous les produits finaux obtenus sont toxiques pour la larve de sésamie.

 

" C'est justement ce paradoxe que soulèvent les auteurs : alors que la sésamie possède naturellement, comme la pyrale, les enzymes capables de convertir la toxine Cry1Ab de sa forme inactive (telle qu'elle est fabriquée naturellement par la bactérie) en forme active, elle y est pourtant insensible. "


Nulle part les auteurs ne soulèvent ce paradoxe, sauf dans l'imagination fertile de C.Vélot. Encore plus fort, après avoir imaginé un paradoxe, C. Vélot va jusqu'à inventer totalement une partie de l'article, en effet, continuons...

 

" Et dans la discussion de l'article, à la page 434 (je vous aide), les auteurs proposent une hypothèse pour expliquer cette résistance de la sésamie à cette toxine malgré le fait qu'elle possède a priori les enzymes nécessaires à sa conversion en forme active : c'est que les gènes qui détiennent le secret de fabrication de ces enzymes de maturation seraient très faiblement ou pas exprimés chez la sésamie durant son développent larvaire. Du coup, la protéine Cry1Ab resterait sous sa forme inactive ".

 

Je passe sur l'expression " les gènes qui détiennent le secret de fabrication de ces enzymes " très " rigoureuse " du point de vue scientifique et la magnanimité de C. Vélot qui cherche à " aider " l'internaute qui l'a remit à sa place. Malheureusement pour C. Vélot, dans la discussion les auteurs n'évoquent pas ce point pour la sésamie. Ils discutent du rôle important qu'ont les protéases dans les mécanismes de résistances développés chez certains insectes chez lesquels on observe soit une réduction dans l'activation de la protoxine soit une digestion accrue capable d'inactiver la toxine. Ce mécanisme est discuté pour Heliothis virescens, la pyrale Ostrinia nubilalis (à propos d'une souche résistante obtenue en laboratoire) ou encore Plodia interpunctella mais nulle part les auteurs affirment que la larve de sésamie serait insensible à la protéine Cry1Ab, bien au contraire, je cite : " However, differences in toxin processing by S. nonagrioides trypsins did not correspond to differences in toxicity, suggesting that none of the purified trypsins is implicated in toxin degradation. ". C'est plutôt une bonne nouvelle.  Même si, chez la sésamie, on peut obtenir des fragments légèrement plus petits que le " core " de la toxine les trypsines responsables de cette dégradation ne coupent pas en fragments encore plus petits qui inactiveraient définitivement la toxine. En d'autres termes les résultats obtenus semblent indiquer que la sésamie a peu de chance de développer une résistance à la Cry1Ab dans les années à venir par sélection d'un mutant qui sur-exprimerait simplement l'une des protéases présentes dans son intestin et qui serait ainsi capable de dégrader la toxine au point de la rendre inactive comme cela a été observé chez d'autres insectes.

 

Malheureusement pour C. Vélot, nulle part il n'est fait mention d'une sésamie qui serait insensible à la Cry1Ab native, bien au contraire. Afin d'évaluer la toxicité des différentes produits de digestions de la Cry1Ab obtenus pas les protéases isolées de la larve les auteurs utilisent la forme native de la protéine Cry1Ab (la protoxine, telle qu'elle est exprimée par le bacille) comme contrôle positif. Ce point essentiel a échappé à C. Vélot !


Je cite : "A mortality of 81% was observed when the larvae were exposed to the Cry1Ab protoxin, compared to a 16% mortality obtained with the control group." 81% de mortalité après 7 jours avec la protéine native contre 16% dans le groupe non traité ! C'est peut-être ce que M Vélot appelle n'avoir "quasiment aucun effet".

Là encore on peut s'étonner de la faciliter avec laquelle C. Vélot lance des affirmations gratuites (et dans ce cas précis, sauf s'il n'a pas compris cet article, des mensonges).

 

Cependant on peut encore avoir un doute sur l'affirmation originale qui disait que la larve de sésamie n'est pas sensible à la forme cristalline de la Cry1Ab. En effet, dans les travaux cités, pour les essais enzymatiques la protoxine est solubilisée dans une solution à pH 10,5 afin de mimer les conditions physiologiques de l'intestin de la sésamie. En effet, les auteurs de l'article avaient montré en 1998 que les enzymes impliquées dans la protéolyse ont une activité optimale dans une gamme de pH comprise entre 10,0 et 11,5 ce qui confirme que leur système digestif est bien un milieu alcalin [11]. Pour information, les cristaux comprenant la Cry1Ab sont solubles à partir de pH 9,2 [12].  Par ailleurs, même si les auteurs utilisent bel et bien la protoxine, donc la forme complète de la Cry1Ab, le protocole ne mentionne pas explicitement dans quelles conditions de pH elle est utilisée pour le contrôle positif. Il est simplement écrit : "Glycine buffer 0.1M at pH 10.5, employed for the digestion assays, was used as a negative control. As a positive control, 400 ng of native Cry1Ab/cm2 was used."

 

Malheureusement pour C. Vélot, si on analyse la littérature disponible sur cette question un peu plus en profondeur, on trouve facilement une autre étude du même groupe publiée en 2000 par Gonzalez-Nunez M et al [13] qui montrait aussi, avec un protocole très similaire, la sensibilité de la sésamie à la toxine native :


Dans cette étude les auteurs évaluaient la sensibilité des populations espagnoles de pyrales et de sésamies à la Cry1Ab dans le but d'estimer quelle proportion de cette population d'insectes porte un allèle leur conférant une résistance potentielle. Pour cela, ils ont utilisé la Cry1Ab produite par le bacille. La description du " matériel et méthodes " est assez explicite, comment C. Vélot est-il passé à côté d'une telle évidence si ce n'est en faisant l'impasse sur les travaux de ses pairs ?


"First instars (24 h old) from the first laboratory generation were treated with different doses of a native B. thuringiensis Cry1Ab toxin on the surface of the diets described above. The B. thuringiensis protein was a sample of native Cry1Ab crystals purified (25% purity) from a bacterial culture provided by Novartis. Cry1Ab crystals were isolated from a B. thuringiensis subsp. kurstaki strain HD1 -D9, which produces only the Cry1Ab protein (Minnich and Aronson 1984, Carlton and Gonzalez 1985). Et les auteurs d'ajouter pour ceux qui n'ont vraiment pas compris : This is the untruncated form of the Bt protein expressed in the Bt-corn grown in Spain."


Les auteurs précisent bien qu'il s'agit de la forme non-tronquée (native) de la protéine Bt exprimée dans le maïs Bt cultivé en Espagne. Dans cet expérience ils re-suspendent le cristal ("The crystals were resuspended by brief sonication in 0.1% Triton X-100."), un peu comme cela se fait dans le cas d'une pulvérisation de Dipel, une formulation commerciale du bacille (Bacillus thuringiensis) utilisée en bio. Il n'est pas solubilisé dans une solution alcaline.

La première phrase de la conclusion aurait pourtant dû éveiller la curiosité de C. Vélot :


"Ostrinia nubilalis was less susceptible to B. thuringiensis than S. nonagrioides."

 

Vraiment pas de chance pour C. Vélot, ces tests montrent que, pour les populations d'insectes  testées dans cette étude, la pyrale (Ostrinia nubilalis) est moins sensible à la toxine Cry1Ab que la sésamie (Sesamia nonagrioides) ! Pourtant cela ne l'empêche pas d'affirmer en mai 2009 que " (...)  la toxine utilisée en Bio n'a aucun effet sur la sésamie. " puis de répéter en juin 2010 que " (...)  la protéine Cry1Ab naturelle de B. thuringiensis n'a, elle, quasiment aucun effet sur la sésamie. " Tout ça parce que selon lui " le fait que la protéine produite dans la plante soit soluble, et non cristalline, la rend active non seulement contre la pyrale, mais également contre la sésamie ".

Bizarrement c'est lui qui se permet de donner des leçons sur la " rigueur scientifique " de l'AFBV... comprenne qui pourra !

 

C. Vélot n'a t-il simplement pas compris cette étude ? Comme le mentionnait " XhoI ", un étudiant de licence pourrait pourtant la comprendre sans problème ! Il n'est effectivement nul besoin d'être spécialiste en quoi que ce soit pour comprendre ce type de travaux ce qui n'est pas toujours le cas en biologie lors d'études de situations plus complexes. Quoi qu'il en soit cette hypothèse permettrait d'expliquer pas mal de chose quant aux autres " erreurs " relevées dans ses discours (voir parties 1 et 2). C'est un sujet sur lequel il prétend pourtant être spécialiste et devant les tribunaux, les faucheurs volontaires font même appel à lui en tant qu'" expert " .

 

Bon, arrivé à ce stade, il reste peu de doute sur la toxicité de la Cry1Ab, sous sa forme cristalline, sur la sésamie. Pour lever toute ambiguïté, j'ai donc contacté un des chercheurs espagnols, co-auteur des études mentionnées ci-dessus, et je lui ai posé la question de savoir si oui ou non la sésamie est sensible à la forme cristalline de la Cry1Ab. Sa réponse est sans appel:

 

We use Cry1Ab crystals to determine the susceptibility of field populations of both species to the toxin (see Farinós et al., 2004) [14] and the response is yes, S. nonagrioides is sensitive to the native crystal form of Cry1Ab.


 

Errare humanun est, perseverare diabolicum

 

Ayant assisté au "show" de Christian Vélot à Strasbourg du 20 janvier 2011 dernier j'ai pu l'entendre répéter une fois encore, je cite (j'ai l'enregistrement audio de l'intégralité de la soirée) :

 

"les protéines insecticides produites par la bactérie Bt du sol sont produites sous forme de cristaux. Celle qui est produite dans la plante est sous forme soluble. Et le fait qu'elle soit soluble et non pas cristalline, donc qu'elle n'a pas les mêmes propriétés physico-chimiques, fait qu'elle est active pas seulement contre la pyrale mais aussi contre la sésamie qui est un autre insecte ravageur du maïs. Et donc on a un nouvel insecticide qui tue deux insectes au lieu d'un pour le plus grand bonheur du semencier puisque ce sont deux insectes ravageurs du maïs. Le problème c'est que la toxine naturelle produite par la bactérie du sol et autorisée en bio n'a quasiment aucun effet sur la sésamie."

 

On appréciera au passage "la constance" du discours...

 

Ce qui est intéressant et qui est bien un problème pour les agriculteurs bio c'est qu'effectivement, le bacille utilisé en bio n'a aucun effet sur la sésamie. Non pas parce que la protéine est sous forme cristalline comme le prétend C. Vélot mais tout simplement parce que la larve de sésamie est hors d'atteinte du produit, et ceci dès le premier stade larvaire ce qui n'est pas le cas de la larve de pyrale. Le 4ème commentaire signé Caquedrole après l'article du NouvelObs aurait aussi pu mettre la puce à l'oreille de C. Vélot, je le cite :

 

" Or, à la différence de la pyrale qui pond ses oeufs en surface (sous les feuilles le plus généralement), la femelle de sésamie introduit son ovipositeur à l'insertion foliaire sur la tige et protège ainsi sa ponte des "ennemis" externes. Les chenilles pourront se balader en interne sans qu'un trichogramme n'ait parasité un oeuf... "

 

Les oeufs, puis les larves de sésamie sont protégés des agressions extérieures, entre la gaine de la feuille et la tige, et donc inaccessibles aux pulvérisations de bacilles (et aux lâchers de trichogramme) [15]. Le bacille ne possède pas de propriétés systémiques lui permettant de pénétrer les tissus végétaux comme peuvent le faire certains insecticides chimiques. C. Vélot dit, lors de ses conférences, qu'il faut toujours regarder quelles sont les alternatives possibles. Force est de constater que la technique la plus efficace, à l'heure actuelle, pour lutter contre les foreurs du maïs (sans utiliser d'insecticides chimiques de synthèse) et en particulier de la sésamie est de loin l'utilisation de maïs Bt exprimant la toxine Cry1Ab.

 

En guise de conclusion :

 

Il n'y a plus grand chose à ajouter, je laisse à chacun le soin de conclure ce que bon lui semble sur la " rigueur scientifique " avec laquelle C. Vélot prend connaissance puis analyse la littérature scientifique ainsi que le niveau de compétence qu'il a montré jusqu'à présent dans cet exercice. Les exemples évoqués ci-dessus et dans les deux parties consacrées aux affirmations anti-OGM de C. Vélot, sont suffisamment parlant pour que chacun puisse se faire sa propre opinion. Je pourrais ajouter d'autres exemples d'affirmations gratuites qui ne résistent pas à une analyse bibliographique, notamment sur la durée des études de la persistance de la Cry1Ab dans le sol, qu'il prétend limitées à 7 mois mais cela rendrait l'article (vraiment) trop long et indigeste.

 

Quoi qu'il en soit C. Vélot n'a pas l'air de porter beaucoup d'attention au contenu des études. Tout ce qui semble l'intéresser est d'avoir des études à citer pour illustrer son discours anti-OGM. Quand des études contredisent ses affirmations, soit il les ignore (délibérément ?), soit il les réinterprète à sa guise ou, plus grave, ne semble pas les comprendre. Ce qui m'échappe dans tout ça, c'est de savoir quelles peuvent être ses motivations réelles ? ... Là, mystère...!

 

Alexis Thomann

Email : alexis.thomann(at)wanadoo.fr


 

Références :

 

[1] http://imposteurs.over-blog.com/article-retour-sur-le-saccage-des-essais-de-porte-greffes-de-vignes-transgeniques-a-colmar-56375566.html

[2] http://planete.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/05/27/ogm-controverse-de-long-en-large.html

[3]Höfte H, de Greve H, Seurinck J, Jansens S, Mahillon J, Ampe C, Vandekerckhove J, Vanderbruggen H, van Montagu M, Zabeau M, et al. (1986)
Structural and functional analysis of a cloned delta endotoxin of Bacillus thuringiensis berliner 1715. Eur J Biochem. 161(2):273-80.

[4] Rukmini V, Reddy CY, Venkateswerlu G. (2000) Bacillus thuringiensis crystal delta-endotoxin: role of proteases in the conversion of protoxin to toxin. Biochimie. 82(2):109-16.

[5] De Maagd, R.A., Bravo, A., Crickmore, N. (2001) How Bacillus thuringiensis has evolved specific toxins to colonize the insect world.  Trends in Genetics, 17 (4), pp. 193-199

[6] Vaeck, M., Reynaerts, A., Hofte, H., Jansens, S., De Beuckeleer, M., Dean, C., Zabeau, M., Van Montagu, M. & Leemans, J. (1987) Transgenic plants protected from insect attack. Nature 328, 33-37.

[7] Perlak FJ, Fuchs RL, Dean DA, McPherson S, Fischhoff DA (1991) Modification of the coding sequence enhances plant expression of insect control genes. Proc Natl Acad Sci USA 88:3324-3328

[8] http://cera-gmc.org/index.php?action=gm_crop_database&mode=ShowProd&data=MON810
[9] Li H., Buschman L.L., Huang F., Zhu K.Y., Bonning B. and Oppert B. (2007) Dipel selected Ostrinia nubilalis larvae are not resistant to transgenic corn expressing Bacillus thuringiensis Cry1Ab. J Econ Entomol 100:1862-1870

[10] Díaz-Mendoza M., G.P. Farinós, P. Castañera, P. Hernández-Crespo and F. Ortego (2007)  Proteolytic processing of native Cry1Ab toxin by midgut extracts and purified trypsins from the Mediterranean corn borer Sesamia nonagrioides. J Insect Physiol. 53(5):428-35

[11] Ortego F., Novillo C., Castañera P., (1996) Characterization and distribution of digestive proteases of the stalk corn borer, Sesamia nonagrioides Lef. (Lepidoptera: Noctuidae). Archives of Insect Biochemistry and Physiology 33, 163-180.

[12] Aronson, A.I. (1995) The Protoxin Composition of Bacillus thuringiensis Insecticidal
Inclusions Affects Solubility and Toxicity Appl. Environ. Microbiol. 61 (11), 4057-4060.

 [13] Gonzalez-Nunez M., Ortego F. and Castanera P. (2000) Susceptibility of Spanish Populations of the Corn Borers Sesamia nonagrioides (Lepidoptera: Noctuidae) and Ostrinia nubilalis (Lepidoptera: Crambidae) to a Bacillus thuringiensis Endotoxin J Econ Entomol. 93(2):459-63

[14] Farinós G.P., de la Poza M., Hernández-Crespo P., Ortego F. & Castañera P. Resistance monitoring of field populations of the corn borers Sesamia nonagrioides and Ostrinia nubilalis after 5 years of Bt maize cultivation in Spain  Entomologia Experimentalis
et Applicata 110: 23-30.

[15] http://www.endure-network.eu/de/content/download/5142/41481/file/Maize Case Study Guide Number 1.pdf


Figure 1

Légende : Représentation schématique des protéines Cry1Ab exprimées par Bacillus thuringiensis  et par le maïs MON810. Les flèches rouges indiquent les sites de clivages majeurs des protéases. Les tailles relatives des différents fragments sont à l'échelle.

APROTEINE

Repost 0