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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 14:47

Quand règne dans la quasi-totalité des partis politiques un consensus plat sur les questions écologiques, que reste-t-il à un « parti anticapitaliste » pour se distinguer et faire valoir une approche spécifique ? Sur le site du Nouveau Parti Anticapitaliste en rupture sur ce point avec les traditions marxistes dont viennent en majorité ses militants, un certain Armand Farrachi tente de convaincre ses lecteurs de ne pas céder à l’ « illusion technologique ». 

 

Réchauffement climatique : ne pas céder à l'illusion technologique

 

Au-delà de l’exercice formel qui consiste à accoler des termes fourre-tout tels que « néocapitalisme », « libéralisme », « technocapitalisme », « capitalisme productiviste », pour faire gauche, l’auteur fait preuve d’une telle ignorance qu’on se demande un instant s’il ne s’agit pas de Michel Rocard (*) qui après avoir présidé la commission gouvernementale sur la taxe carbone, vient mettre son incompétence au service de la commission écologie du NPA. 

 

Le pseudo-argumentaire d’Armand Farrachi se limite à aligner toute une série d’affirmations plus péremptoires et lapidaires les unes que les autres qu’il a du glaner en lisant distraitement  la prose écologiste et décroissante puis y ajouter une touche personnelle.

 

 «  On assure, depuis quarante ans, que la science trouvera une solution aux problèmes des déchets nucléaires. Il en est de même avec le réchauffement. »
Parions que la connaissance de notre expert es écologie sur le dossier nucléaire ne va pas au-delà de ce que peuvent en raconter les magazines télévisuels à sensation de France 2 ou d’Arte. En réalité, la gestion des déchets nucléaires, quand bien même certains radionucléides ont une demi-vie de plusieurs millions d’années, n’a rien d’insurmontable. Notre ami préfère donner jouer les Cassandres verts et utiliser les mots chocs, en affirmant que
« (…) que les déchets radioactifs sont une grave source de contamination et que cette technologie menace l’humanité tout entière par la prolifération d’armes et le risque d’accidents apocalyptiques. »

 

L’ironie de l’histoire, est que l’auteur de ce texte qui prétend s’élever au-dessus de la vulgate « techno-scientiste » impute à une technologie un problème qui n’a de solution que politique : le risque de prolifération d’armes nucléaires.

 

Le repoussoir du nucléaire lui sert à rejeter au prix d’un parallèle pour le moins audacieux les techniques (pour l’instant non opérationnelles) de séquestration du carbone : « La séquestration du carbone en sous-sol, qui ressemble furieusement à l’enfouissement des déchets nucléaires, aboutirait à creuser sous nos pieds un monde épouvantable. Et pour quel résultat, puisque les capacités de stockage resteront nécessairement limitées alors que la fringale de pétrole, elle, semble insatiable? ». Bien sûr, les problèmes de stockage de CO2 (surtout une affaire de volume considérable) et de quelques tonnes de produits à haute activité ou de longue durée, c’est kif-kif !!! Dans les deux cas, on nous prépare, n’ayons pas peur des mots, un « monde épouvantable » !

 

Armand  Farrachi, qui n’est pas du tout idéologue, comprend par ailleurs que «les «puits de carbone» ne sont que le nom idéologique des plantations d’arbres. » Des arbres libéraux ou des arbres kolkhoziens, camarade ? Non monsieur, un puits de carbone désigne une réalité physique, qui peut consister en plantations d’arbres et en bien d’autres choses.

 

 

« Compenser seulement les immenses surfaces défrichées à chaque minute impliquerait de reboiser immédiatement toute la Terre, et pour un résultat douteux, car pendant sa croissance, un arbre rejette plus de carbone qu’il n’en absorbe. » C’est deux fois n’importe quoi. Car 1/ compenser « les immenses surfaces défrichées » impliquerait tout simplement que les reboisements produisent annuellement une biomasse équivalente à celle des surfaces défrichées. 2/ Armand Farrachi qui a dû lire quelque part que les végétaux rejettent également du CO2, et qu’une forêt à l’équilibre rejette autant de CO2 de par la décomposition des végétaux morts qu’elle n’en absorbe de par les arbres en croissance, il en a déduit que pendant sa croissance, un arbre rejette plus de carbone qu’il n’en absorbe, ce qui est bien sûr totalement faux. C’est bien en absorbant davantage de CO2 qu’il n’en rejette qu’un arbre fabrique la matière organique nécessaire à sa croissance ! A moins que l’auteur ait découvert un processus de génération spontanée des végétaux ?

 

La moindre des choses qu’on attendrait de la part de quelqu’un qui dénonce des solutions technologiques comme illusoires, c’est qu’il comprenne les problèmes qu’elles sont censées contribuer à résoudre. Surtout quand celui-ci se contente d’opposer à celle-ci un discours creux et vague : «  Pour éviter le pire scenario climatique, il appartient décidément à d’autres forces de proposer des solutions rationnelles, écologiquement efficaces et socialement justes. »
Nous voilà bien avancés….Et que sont au juste ces « solutions  rationnelles, écologiquement efficaces et socialement justes [pour « éviter le pire scénario climatique »]   » ? Vous n’en saurez rien…

 

L’illusion technologique, Armand Farrachi n’en est certes pas victime. Par contre l’illusion que ses lecteurs se contenteront de se payer de mots …

 

Anton Suwalki

 

(*)http://imposteurs.over-blog.com/article-35821326.html

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 09:27

Le communiqué du 23 Octobre 2009 ci-dessous émane de l’Association des Retraités du Groupe CEA. Il n’a  pas été possible de conserver la mise en forme d’origine.

Anton

 


 

 

 

 

La gestion du Plutonium a l’Atelier de Traitement du plutonium de cadarache

 

« 35 kg de plutonium égarés » titrait « La Provence » au matin du 16 octobre 2009, en pleine période des cérémonies du 50ème anniversaire de la création du Centre de Cadarache. 

Comment un incident administratif peut-il dégénérer en attaques virulentes destinées à déstabiliser la population par des peurs irraisonnées ?

 


 

 

 

 

1. Le lancement médiatique de l’affaire

L’affaire a démarré avec la publication de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (www.ASN.fr), le 14 octobre 2009, juste avant les cérémonies des 50 ans de Cadarache, d’un événement relatif à l’Atelier de Traitement du Plutonium (ATPu), avec un classement au niveau 2, assorti d’un arrêt de l’installation et d’un procès verbal qui ouvre une enquête du parquet d’Aix en Provence.

2. Présentation de l’installation

L’ATPu fonctionne depuis 1964 ; il a fabriqué notamment les combustibles des réacteurs rapides Rapsodie, Phénix, Super Phénix, SNR-300 en Allemagne. Depuis 1986, il a traité 345 tonnes de MOX (oxyde mixte d’uranium et de plutonium) soit environ 50 tonnes de Pu). Le combustible nucléaire est fabriqué sous forme de pastilles de céramique, à partir de poudres d’oxydes qui sont pressées puis frittées à haute température sous atmosphère réductrice.  L’atelier est arrêté depuis 2003, car désormais tout le MOX est fabriqué à Mélox (usine du groupe Areva, sur le site de Marcoule).

3. Les faits

L’ATPu représente 450 boîtes à gants (BAG) dont 150 avaient été démantelées à mi-2009. L’évaluation initiale des rétentions de poussières était de 8 kg, mais dès 2008 l’ASN avait été prévenue que cette valeur serait dépassée. Un bilan précis du réalisé a été fait en juin 2009 ; c’est alors que la valeur de 22 kg a été établie, et qu’une nouvelle estimation de 35 kg a été faite pour l’ensemble de l’installation. Les BAG concernées sont principalement celles où le MOX était manipulé sous forme de poudre, soit une quarantaine de BAG. Il s’est trouvé que de la poudre MOX s’est logée dans des endroits totalement inaccessibles en fonctionnement normal, et qu’elle a été découverte, en quantité 3 fois plus grande que prévue, à l’occasion du démontage complet de la BAG. (**)

4. L’analyse de la sûreté

Les marges par rapport à un accident de criticité étaient très importantes : la rétention maximale calculée dans une BAG était de 1,8 kg (*), alors que la masse autorisée en exploitation était de 12 kg. (Cette valeur intègre le risque de double chargement à un poste.) Ceci a été validé à l’occasion d’une inspection réalisée par l’IRSN début octobre, et qui conclut à l’absence de risque de criticité. (*)

A noter que l’ATPu a fait l’objet de 20 inspections de l’ASN en 3 ans, et que la dernière inspection inopinée a eu lieu à 2 heures du matin.


5. La gestion des matières nucléaires

Les déclarations font l’objet d’une validation par le Haut Fonctionnaire de Défense (HFD) relevant du Ministre de l’Energie (Jean-Louis BORLOO). Les bilans de campagne de production font l’objet d’une analyse des écarts, qui doivent être compatibles avec la précision des mesures (comptages radiométriques directs, mesures de concentration après mises en solution, pesées, etc). En l’occurrence, aucune perte n’a été déclarée.(***)

6. La relation avec l’autorité de sûreté

En définitive, le reproche qui est fait et qui sert de base à l’évaluation de l’incident au niveau 2 est le retard à la déclaration : une information téléphonique avait été faite le 11 juin à l’ASN de Marseille, mais ce n’est que le 6 octobre que le centre a procédé à une déclaration d’incident, en la classant au niveau 1 de l’échelle INES (le communiqué a été diffusé à la presse le 7 octobre).

 

Rappelons que le niveau 2 correspond à un incident sans conséquence hors site, mais ayant entraîné une contamination ou une surexposition de travailleur, et en matière de défense en profondeur, de défaillances importantes des dispositions de sûreté ; alors que le niveau 1 correspond à une anomalie sortant du régime de fonctionnement autorisé (www.irsn.fr).

 

On peut donc mesurer ainsi l’écart entre l’échelle internationale INES et l’application en France de la loi TSN (transparence et sûreté nucléaire) de 2006.

C’est d’ailleurs le sens de la déclaration de Jean-Louis Borloo.

http://www.enviro2b.com/2009/10/15/j-l-borloo-souhaite-la-plus-grande-transparence-a-cadarache/


Notes : 

 

 

(*) Avis de l’IRSN sur l’événement significatif déclaré le 6 octobre 2009 concernant

l’Atelier de technologie du plutonium du centre de Cadarache (ATPu-INB 32), daté du 14 octobre 2009. http://www.irsn.fr/FR/expertise/avis/Documents/Avis_IRSN_ATPu_Cadarache_14102009.pdf

 

(**) Imaginez que vous vouliez refaire votre cuisine à neuf. Vous savez que certains endroits inaccessibles n’ont jamais été nettoyés : derrière le four, le lave-vaisselle, le frigo encastré, entre les lames de parquet, etc. Vous avez prévu de récolter des poussières, pour un volume de 30 ml (un verre à vodka) ; dans certains cas vous récupérez 100 ml (un verre à eau) : cela correspond à 1 kg de poudre MOX.

 

(***) En effet, le plutonium est géré au milligramme. Mais les mesures, quelle que soit la précision des instruments, sont toutes entachées d’incertitudes, en particulier les mesures de concentration après dissolution. La rétention, évaluée à 35 kg par rapport aux 50 tonnes de plutonium qui ont transité dans l’installation, représente moins de 1 pour mille : l’installation a livré plus de 99,9% de la quantité entrée, ce qui constitue une performance pour des procédés chimiques.

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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 13:50

L’été dernier, un incident sans gravité avait eu lieu sur le site de la centrale nucléaire du Tricastin , faisant la une de la presse écrite et des journaux télévisés. Une erreur de l’opérateur, SOCATRI , filiale « en cascade » d’AREVA (1), avait abouti au déversement d’une solution contenant 70 kilos d’uranium, dont une partie s ‘était répandue dans les affluents du Rhône (2).

 

Comme très souvent, l’écho médiatique de cet incident avait été inversement proportionnel à sa gravité : il ne s’agissait pas de pollution de nature radioactive, mais de nature essentiellement chimique, dont quelques ordres de grandeurs -cf références ci-dessous (3)- permettent  de relativiser  l’importance . On a parlé de cet événement mineur uniquement parce qu’il a eu lieu sur un site nucléaire, une occasion de plus pour les médias de faire peur et de mettre en avant les manipulateurs de la CRIIRAD , eux qui savent si bien « affoler » un compteur de particules devant les caméras .

 

On a fait « mieux » depuis. Il y a une semaine, Le Point se fait à nouveau le relais de la CRIIRAD (4) à propos d’un « accident » qui s’est produit « dans le bâtiment du réacteur de la tranche numéro un de la centrale EDF ».  

« Le site nucléaire du Tricastin dans la Drôme est de nouveau pointé du doigt » précise Le Point. Montré du doigt…par Le Point lui-même bien sûr !

   

Voici donc l’ « accident » qui fait qu’on « montre de nouveau le Tricastin du doigt » :

« Le réacteur est à l'arrêt dans le cadre de la troisième visite décennale. Pendant plus de trois mois, EDF fait en effet passer des tests à la centrale mise en service en 1980. D'après l'association, deux "gueuses", pièces métalliques de 2 tonnes chacune "utilisées pour des tests de fonctionnement sur le pont de manutention", sont tombées d'une hauteur d'environ 15 mètres. "Une dizaine d'intervenants étaient occupés au montage de cette structure, mais, par chance, aucun d'eux n'était présent au moment de l'accident", précise-t-elle. »

Deux grosses pièces de fonte glissent et tombent d’un pont de manutention lors de tests sur  un réacteur à l’arrêt. Au pire, on devrait qualifier cela de banal incident de chantier, et personne n’en aurait jamais entendu parler si ça ne s’était pas passé au Tricastin.

 

Mais pour la CRIIRAD comme pour Le Point, qui se moquent décidemment du monde, ça relève de l’actualité du nucléaire et de ses périls, alors que personne n’a heureusement été blessé (5), et qu’a aucun moment, la sécurité de la centrale elle-même n’a été mise en danger.

 

On s’attend à ce que la prochaine fois, Le Point et la CRIIRAD alertent l’opinion lorsqu’ une mouette percutera une cheminée  de la centrale du Tricastin.

 

Anton Suwalki


Notes :

 

(1)Autrement dit, SOCATRI est la filiale d’une filiale d’AREVA, ce genre de montages financiers pouvant d’ailleurs  contribuer à renforcer la méfiance du public.

(2) Le Figaro- 9 Juillet 2008

(3) L'incident du Tricastin-un nouveau psychodrame français

(4)  Le point.  - 15 mai 2009 . La CRIIRAD est présentée -sans rire !- comme une « association de vigileance sur le nucléaire » .

(5) tandis que plus de 700 000 accidents entrainant des arrêts de travail ont eu lieu en 2007 en France, dont 46 000  entrainant des invalidités permanentes et 626 décès !

Source : assurance maladie

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 13:45

Tchernobyl, un « nuage » passe... Les faits et les controverses

 Bernard Lerouge,
Questions contemporaines, Edition l'Harmattan,
janvier 2009, 278 p., 27€.

 


Vingt trois ans après la catastrophe de Tchernobyl, il était bien utile de faire le point. Que s'est-il passé lors de l'explosion du réacteur et dans les jours qui ont suivi, comment ont réagi les autorités de sûreté, les gouvernements des différents pays, quels ont été les effets de cet accident sur la santé des populations et comment les médias ont-ils « couvert l'évènement » . Ce travail de mémoire a été entrepris par Bernard Lerouge dans un livre de près de 300 pages particulièrement bien documenté, facile à lire malgré la difficulté du sujet. L'ouvrage est écrit avec une pointe d'humour et un sens aigu de la formulation. On peut féliciter l'auteur d'avoir réussi à garder une attitude particulièrement rationnelle dans un texte qui va à l'encontre de bien des idées reçues.

La première phrase de l'introduction nous rappelle que « pour le Français d'aujourd'hui comme pour celui d'il y a vingt ans, qu'il s'agisse de l'homme de la rue, du journaliste ou du haut fonctionnaire, il est entendu qu'un personnage officiel a déclaré un jour, le plus sérieusement du monde, que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté aux frontières ». Comment cette phrase qui n 'a jamais été prononcée par une autorité quelconque est-elle devenue le symbole de la politique du secret, donc du mensonge ? une caractéristique qu'on a attachée à tout ce qui était lié au nucléaire en France ….

...La suite de la note de lecture de Claude Stephan

sur le site de l’Union Rationaliste

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 15:08

Tribune libre de « Sauvons le climat »

Le collectif "Sauvons le climat " fondé en mai 2004, association loi 1901 depuis Décembre 2005, a pour ambition d’informer nos concitoyens, de manière indépendante de tout groupe de pression ou parti politique, sur les problèmes relatifs au réchauffement climatique et sur les solutions proposées pour le ralentir. Il est doté d’un comité scientifique, présidé par Michel Petit, ancien responsable du groupe français d’experts au GIEC. Son manifeste a été signé par plusieurs milliers de personnes.


 

 

Résumé : l’uranium naturel rejeté par erreur dans le Rhône représente 10% du volume d’uranium quotidien véhiculé par la nature (et non par les rejets) dans ce fleuve. La seule toxicité chimique de l’uranium est en cause. Aucun risque radiologique A l’endroit même du rejet, un individu aurait du absorber 10 litres d’eau pour atteindre le seuil de concentration très prudent défini par l’OMS. Seuil dépassé pendant longtemps par les consommateurs de Badoit ou St Yorre sans dommage pour eux.

Un incident niveau 1 est par nature un non évènement. Mais les contrôles, la transparence et la sécurité en nucléaire doivent continuer d’être à ce niveau inégalé par les autres industries. Sur ce plan, la manipulation des faits et la désinformation réalisées autour de ce non évènement contribuent à maintenir ce très haut niveau de sécurité

“Sauvons le Climat” n’avait pas jugé utile de prendre position sur l’incident du Tricastin qu’il considérait de peu d’importance devant les défis posés par le changement climatique. Mais cet incident a donné lieu à un véritable psychodrame conforme à la tradition de notre peuple qui semble adorer les controverses portant sur des questions de principe sans répercussions pratiques. C’est, sans doute, une partie de son charme… Ce psychodrame a mis en scène les protagonistes ordinaires des débats sur le nucléaire. Les antinucléaires, inquisiteurs modernes, accusent sur des motifs futiles, gonflant à loisir un incident devant la timidité des autorités qui se comportent comme des enfants pris la main dans le pot de confiture. Les autorités de sûreté se contentent d’un discours technique qui ne précise pas la signification de notions comme les recommandations de l’OMS et ne font pas référence aux situations naturelles. Les médias, bien sûr, font leur miel de ces controverses où l’incompétence le dispute à l’arrogance, où les slogans remplacent l’analyse. C’est aussi, pour eux, une tradition estivale de gloser sur les incidents survenus dans les établissements nucléaires, un complément bienvenu au Tour de France pour égayer les lecteurs en période de trêve politique estivale. D’autres intérêts, financiers ceux-là, jouant les apprentis sorciers, ne cherchent-ils pas à profiter des difficultés d’AREVA ?

Quoiqu’il en soit, il nous a paru utile et nécessaire de mettre l’incident du Tricastin en perspective en expliquant ce que signifient, par exemple, les recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) sur les concentrations d’uranium dans l’eau potable.

L’incident de Tricastin ne concerne pas une centrale nucléaire

Le débordement d’un réservoir contenant une solution uranifère a eu lieu sur le site de la société SOCATRI (SOCiété Auxiliaire du TRIcastin), filiale à 100% d’EURODIF, elle même filiale d’AREVA. Entre autres activités, SOCATRI retraite les effluents de l’usine de séparation isotopique du Tricastin.

L’uranium est plus un toxique chimique que radiologique

Pour l’uranium l’OMS retient une toxicité chimique rénale pour l’estimation de la concentration maximale admissible. La plus faible dose au delà de laquelle des rats ont montré une détérioration de la fonction rénale correspond à une absorption journalière de 0,06 mg/kg. Pour tenir compte des incertitudes (extrapolation du cas du rat au cas de l’homme et influence des différences entre individus) l'OMS applique un facteur de réduction de 100, soit une absorption journalière tolérable (TDI, Tolerable Daily Ingestion) inférieure à 0,0006 mg/kg pour un homme de 60kg, , soit encore 0,036 mg d’uranium par jour. On obtient ainsi une concentration moyenne annuelle arrondie à 0,015 mg/litre d’eau, en supposant une consommation quotidienne de 2 l. Il s’agit là d’une moyenne annuelle. Un dépassement de la norme est donc possible pendant une période limitée pourvu qu’on revienne en dessous de la moyenne pendant le reste de l’année.

Pour la petite histoire, l'eau de Badoit et de St Yorre flirtaient avec une concentration de 0,1 mg par litre avant que les exploitants décident de la filtrer sur oxyde de manganèse pour éliminer cette concentration devenue gênante depuis la Directive OMS... qui a failli faire perdre à ces eaux leur statut d'eau minérale. Dans la pratique, selon l’OMS, de nombreuses eaux potables ont des concentrations plusieurs dizaines de fois supérieures à la norme sans que les reins des consommateurs semblent affectés. En retenant une TDI de 0,036 mg on voit que la quantité d’uranium pouvant être absorbée annuellement par un individu de 60 kg est de plus de 13 mg contenus dans 730 litres d’eau consommés (1).

On peut aussi calculer la concentration qui conduirait à la limite d'irradiation recommandée par l'OMS pour une contamination à l'uranium naturel. Cette limite est de 0,1 mSv, par an, soit le trentième de l’irradiation naturelle(4). Cette dose serait obtenue par l’ingestion de 730 litres d’eau par an (2 litres par jour) ayant une concentration de 0,13 mg/l, près de 10 fois supérieure à celle correspondant à la toxicité rénale. C’est pourquoi c’est cette dernière qui a été retenue par l’OMS, montrant clairement que l’uranium est principalement un poison chimique, dont les effets sont assez semblables à ceux de l’arsenic

L’uranium dans l’environnement

L’uranium naturel est omniprésent dans notre environnement. Dans les sols, en moyenne on le trouve à une concentration de 3 à 4 partie par million (ppm)(5). Ainsi, par exemple, un jardin de 1000 m2 contient environ, sur un mètre d'épaisseur, 10 kg d’uranium. Ces concentrations varient énormément et peuvent atteindre 80 ppm dans certains schistes et 350 ppm(6) (350 mg/kg, correspondant à 8750 Bq) dans les phosphates.

Dans l’eau douce la concentration est souvent de l’ordre du microgramme/l, mais elle peut atteindre, dans des cas exceptionnels, la dizaine de milligramme par litre. Dans l’eau de mer la concentration d’uranium atteint 3,3 microgrammes par litre : un km3 contient donc 3,3 tonnes d’uranium. On estime que l’océan contient 4 milliards de tonnes d’uranium qui se renouvelle au rythme de 20000 tonnes par an grâce à l’apport des cours d’eau. Le Rhône en rejette chaque année environ 300 tonnes à la mer. Ces chiffres permettent de relativiser l’importance du rejet de 70 kg d’uranium au Tricastin : un dixième du flux naturel quotidien dans le Rhône.

Dans les cendres d’une centrale à charbon d’une puissance de 1000 MW, qui consomme plus de 4 millions de tonnes de charbon par an on trouve 5 tonnes d’uranium (et 13 tonnes de thorium).

Enfin nous abritons en nous une centaine de micro-grammes d’uranium, pouvant même dépasser plusieurs centaines selon notre alimentation.

Les conséquences sanitaires de la fuite du Tricastin.

Lors de l’incident du Tricastin 30 tonnes d’une solution contenant environ 70 kilos d’uranium ont été relâchées. La concentration d’uranium dans la solution était donc de l’ordre de 2 grammes par litre. Selon l’ASN, après le débordement les concentrations observées étaient de l’ordre de 100 fois la norme de l’OMS, soit environ 1,5 mg/l. Ceci correspond à une dilution rapide par un facteur environ 100. Autrement dit, pour atteindre la dose annuelle (7) un individu aurait dû boire une dizaine de litres de cette eau. Et il aurait eu peu de temps pour ce faire puisque, toujours selon l’ASN, la concentration est revenue à la normale en quelques jours. L’IRSN n’a observé aucune augmentation significative de la concentration d’uranium dans les poissons (environ 10 microgrammes/kg).

Conclusions

En conclusion, sur le plan sanitaire et environnemental la fuite du Tricastin est une pollution chimique, beaucoup moins grave que le déversement d’une cuve de fioul dans un cours d’eau. C’est pourtant la radioactivité qui a été mise en avant par les médias(le fait que la dose limite d’ingestion quotidienne corresponde à la toxicité chimique n’a jamais été souligné).

Manifestement, l’uranium fait peur alors que c’est un élément omniprésent dans le sol, dans l’eau et dans notre propre corps. La radioactivité fait peur à de nombreux compatriotes à qui on n’a pas suffisamment expliqué que nous sommes plongés dans une radioactivité naturelle, que nous sommes nous même des sources radioactives (7000 becquerels pour un individu de 70 kg), mais que personne n’a jamais mis en évidence le moindre effet nocif de cette radioactivité naturelle ambiante. Là comme ailleurs, tout est question de dose et de débit de dose.

Rappelons, d'ailleurs, que la dose guide fixée par l'OMS pour la concentration d'uranium dans l'eau est très prudente et ne peut s'appliquer à des situations exceptionnelles. Alors arrêtons de semer une peur qui empêche de raisonner calmement sur la question du nucléaire.

Comme il devenait évident que les effets sanitaires de cet incident resteraient minimes, c'est la gestion de l’incident qui a été critiquée par les antinucléaires, jusqu'à mettre en cause, sans vergogne(8), la crédibilité de l’ASN et de l’IRSN et à agiter le spectre d’un Tchernobyl français.

Il est vrai que l’incident du Tricastin est consécutif à une erreur humaine ou organisationnelle. Il faut en tirer les enseignements. C’est bien ce qu’AREVA semble faire. Par contre, en général, il est illusoire de penser que les erreurs humaines et (ou) les défaillances matérielles puissent être complètement éliminées. Les politiques de sûreté ont, certes, pour objet de limiter la probabilité de tels dysfonctionnement, mais, surtout, de faire en sorte qu’un tel dysfonctionnement ou même plusieurs simultanés, ne puissent conduire à une catastrophe : c’est ce qu’on appelle la défense en profondeur.

La transparence démontrée par les opérateurs et les autorités a été exemplaire, en tous cas bien meilleure que celle qu’on observe dans d’autres secteurs économiques, industriels ou de services. Les réactions outrancières et partisanes provoquées par cette pratique de la transparence ne laissent pas de poser de sérieuses questions. Une transparence qui, loin d’éclairer le public, est l’occasion d’un festival d’arguments mensongers et de mauvaise foi, une occasion de répandre des peurs fantasmatiques par des organisations dont la seule raison d’être est de supprimer le nucléaire quelles que soient les améliorations qu’on puisse lui apporter. Ce faisant les organisations antinucléaires dévaluent la pratique de la transparence, empêchent que les questions de la sûreté et des déchets nucléaires soient abordés avec calme et pondération, et par là elles compromettent la possibilité de trouver des solutions optimales à ces questions.

 

 

 Sauvons le climat 


Notes :


(1) Comme d’habitude, les travailleurs sont soumis à des doses beaucoup plus importantes que le public en général. Les métallurgistes de l’uranium ont payé un lourd tribu à la naissance de l’industrie nucléaire et c’est leur malheureuse expérience qui a permis de définir, dès 1950, la dose létale d’uranium naturel(2) : 2 mg/kg soit environ 140 mg pour un travailleur. Dans ce cas le décès est dû à une intoxication rénale aiguë. Pour la même incorporation et en supposant une période biologique(3) de l’uranium d’un an on calcule que la dose de radiations reçue serait de l’ordre de 40 mSv, soit une augmentation maximum de la probabilité de cancer de 2 pour mille. (voir Barillet : La Sécurité dans les laboratoires et les fabriques de produits chimiques minéraux, fasc.5 1950 Tiré à part de l’Industrie Chimique).

(2) Par ingestion concentrée dans le temps. La dose létale est plus élevée si l’ingestion a lieu sur une période longue.

(3) Durée moyenne de présence de l’uranium dans le corps avant son excrétion, essentiellement par voie urinaire

(4) Les plus récentes études montrent qu’une telle augmentation de la dose reçue naturellement n’a aucun effet négatif.

(5) IRSN :  net-science.irsn.org – fichier pdf

(6) 350 mg/kg, correspondant à 8750 Bq. L’activité d’un gramme d’uranium naturel vaut 25000 Becquerels (Bq)dont 48,9% pour l'U238, 48,9% pour l'U234 et 2,2% pour l'U235


(7) Nous l’avons dit, pour des expositions limitées dans le temps le concept de dose limite moyenne ne s’applique pas.

Citons le rapport de l’OMS Guidelines for Drinking-water Quality: “As TDIs are regarded as representing a tolerable intake for a lifetime, they are not so precise that they cannot be exceeded for short periods of time. Short-term exposure to levels exceeding the TDI is not a cause for concern, provided the individual’s intake averaged over longer periods of time does not appreciably exceed the level set.”

(8) Quelle est la leur ? Leurs grands « experts », pourtant présents sur place ont-ils sonné l’alarme avant les autorités compétentes ? Ne serait-il d’ailleurs pas temps qu’une autorité scientifique reconnue, éventuellement internationale comme l’Académie Européenne des Sciences, évalue les compétences réelles de ces experts auto-proclamés ?

 

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 14:16

Courrier International :

"En 2005 et 2008, des chercheurs de l'université de Vienne avaient fait sensation en révélant que les champs électromagnétiques générés par les antennes de téléphones portables pouvaient causer des ruptures dans les brins d'ADN des cellules. Conséquence possible : le cancer. Les pourfendeurs des antennes relais de téléphones portables s'étaient empressés d'exploiter ces études.

Seul problème : les résultats utilisés par les chercheurs étaient faux. Une technicienne de laboratoire les avait falsifiés, rapporte le magazine allemand Der Spiegel.

Le coup est dur pour
Franz Adlkofer, l'un des superviseurs des recherches. Régulièrement cité par les médias, ce professeur munichois coordonnait également l'étude européenne REFLEX, qui avait également conclu, en 2003, à la nocivité des téléphones portables. Selon un autre spécialiste cité par Der Spiegel, il n'a pas pu ne pas s'apercevoir que les données étaient truquées."


  Lire l’article sur :

 http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=86004


Certes, le dossier des téléphones portables et des antennes relais n’est sûrement pas clos. Les études ne permettaient pas réellement de conclure au caractère oncogène des antennes de téléphone portables. Mais on voit bien dans cette affaire comment la technophobie ambiante et la volonté de prouver ce que le public attend qu’on lui dise peut faire perdre tout sens déontologique. On doute quand même qu’une technicienne de laboratoire ait pris l’initiative de manipuler les données et il est impossible que les chercheurs impliqués ne s’en soient pas aperçus ! 

Cette fois-ci, ce sont des chercheurs d’Université qui sont impliqués dans cette sombre affaire, et le coordinateur d’une étude européenne consacrée au sujet , et non pas des chercheurs autoproclamés indépendants (ceux des « CRII » GEN RAD REM etc…).  Franz Adlkofer est-il une réplique des Belpomme, Séralini et autres lanceurs d’alerte en mal de notoriété médiatique ? Je l’ignore, mais de tels choses ne peuvent que renforcer le discrédit la science auprès du public. Et lorsqu’il s’agit en plus du domaine de la santé, toute falsification est d’une gravité extrême.

Anton Suwalki



PS : Un lecteur professeur m'informe : " Une antenne relais va être installée près du collège où je bosse, et une fronde pétitionnaire s'est développée en salle des profs. Du coup, pour aller dans le sens du vent, j'ai déposé à côté de celle ci une pétition pour l'interdiction du monoxyde de dihydrogène (1) (au nom du principe de précaution), qui a à l'heure actuelle recueilli deux signatures..." . Qu'est-ce qu'on s'amuse dans l'Education Nationale !
(1)
http://imposteurs.over-blog.com/article-18926224.html


 

 

 

 

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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 11:21
Le monoxyde de dihydrogène (DHMO en anglais , à ne pas confondre avec la DHEA !), encore appelé acide hydroxyque, est un composé chimique incolore et inodore. Le fait  qu’il soit un excellent solvant, et que son constituant de base soit un radical instable , l’hydroxyl, le rend particulièrement intéressant pour l’industrie chimique, d’autant plus que présent en abondance sur Terre, son coût est minime.

Et pourtant … sa dangerosité, aussi bien pour l’environnement que pour la santé humaine, est établie depuis des décennies. Il est prouvé que cette substance chimique cause la mort de dizaines , voire de centaines de milliers de personnes tous les ans. Voici la liste non exhaustive des méfaits qui lui sont imputables :

-         Le monoxyde de dihydrogène est un des éléments principaux des pluies acides.

-         Il contribue à l’érosion des sols , et il est fréquemment impliqué dans la destruction de cultures

-         Une ingestion en quantité excessive  peut causer de nombreux effets secondaires pouvant aller jusqu’à la mort.

-         Sous sa forme gazeuse, il peut occasionner des brûlures très graves

-         Le contact prolongé avec sa forme solide provoque des lésions des tissus

-         Sa présence même en faible quantité dans les poumons peut causer la mort par asphyxie

-         Il a été retrouvé dans les tumeurs de malades du cancer en phase terminale

-         Même après rinçage prolongé il en reste toujours des traces !

 

Depuis de nombreuses années, de courageux lanceurs d’alerte ont avec succès sensibilisé l’opinion publique sur les risques du  monoxyde de dihydrogène. Un scientifique états-unien de renom, Nathan Zohner, établit en 1997 qu’environ 86% de la population serait favorable à son interdiction pure et simple. Un sondage récemment effectué au Royaume-Uni confirme la prise de conscience des citoyens britanniques :   : 3 anglais sur 4 estiment en effet que son utilisation devrait être très sévèrement réglementée et même interdite au niveau de l'union européenne !

 

L’absence totale de prise en considération des dangers du monoxyde de dihydrogène par les pouvoirs publics n’en est que plus révoltante ! Disons le clairement, c’est un déni de démocratie. Les gouvernements sacrifient délibérément la santé publique devant les intérêts du tout-puissant lobby techno-scientifico-industriel ! C’est pourquoi Imposteurs s’associe à la campagne de mobilisation pour obtenir un moratoire européen sur le monoxyde de dihydrogène ou DHMO, premier pas vers son interdiction définitive. A défaut de la signature rapide d’un accord communautaire, nous appelons nos lecteurs à amplifier la pression sur le gouvernement français afin qu’à l’instar du maïs MON 810, il active d’urgence la clause de sauvegarde !

 

 

Simple précision :  Monoxyde de dihydrogène, ou  acide hydroxyque, ou DHMO sont les noms « savants » d’une molécule qui s’écrit couramment H2O, plus connue sous le nom d’eau….


Anton Suwalki

 

 

Notes :
pour en savoir plus sur les ravages du monoxyde de dihydrogène

 http://www.dhmo.org/translations/french/Dihydrogen-Monoxide.html

 

 

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 14:27

On a évoqué la semaine dernière cette enquête allemande qui tombait à pic sur le risque de cancers encourus par les enfants aux abords d'une centrale nucléaire. On avait souligné qu'on ne nous communiquait qu'à propos d'un seul seuil (moins de 5km) et seulement pour les enfants de moins de 5 ans. On ignore toujours le champ exact de l'étude, mais voici qu'on nous parle d'un risque accru détectable jusqu'à une distance de 50 km ! On passe du tout au tout ! 

Une carte de l'implantation des  centrales nucléaires nous montre en fait que la plus grande partie de l'Allemagne  la plus densément peuplée et la plus industrialisée se situe dans cette proximité. Autant dire que sur une telle aire, les facteurs pouvant concourir au cancer sont tellement nombreux et variés u'établir une relation entre centrale nucléaire et cancer vire à la farce. 


germany.JPG


D'autant plus qu'on nous assure que le risque croit avec la proximité de la centrale. Comme c'est curieux. On devrait donc constater la même chose en France. Intéressons-nous par exemple aux rumeurs qui avaient circulé à propos de l'usine de retraitement de La Hague. Il était cette fois-ci question du risque accru pour les 5-9 ans : 3 cas (en 20  ans !) de leucémie dans un rayon de 10 km autour de la Hague au lieu de 0,47 attendu. Et alors, si je constate dans l'immeuble où j'habite 3 cas de cancers pour 0,5 attendus, faut-il que j'en déduise que l'endroit est malsain ? Bien évidemment, on n'a parlé que des 5 à 9 ans alors que pour les autres tranches d'âge considérées (0-5 et 10-24 ans) ,il n'y avait aucune sur-incidence notée. Doit-on en conclure que l'activité de l'usine de la Hague nuit à la santé des 5-9ans,  tandis que celle des centrales nucléaires allemandes nuit à celle des enfants de moins de 5 ans ? Quand donc obtiendra-t-on le minimum d'objectivité qui évite de ne retenir  que ce qui nous arrange quitte à dire des âneries?  
En fait de relation entre nucléaire et leucémies, un coup d'œil sur des données fournies par l'INSERM, tous âges confondus, permet de se faire une idée de l'inanité de ces affirmations. 

CENTR.JPG
La Manche compte deux installations nucléaires, la centrale de Flamanville(1) et l'usine de la Hague(2). Les indices de fréquence des leucémies sont rapportés à la moyenne française, mais déclinés par canton. Le canton de Flamanville affiche un indice nettement plus élevé que la moyenne (130-149), mais le canton mitoyen qui abrite l'usine de la Hague se situe dans la moyenne nationale . D'autres cantons mitoyens (3)présentent des taux moitié moindre que la moyenne française.Et la mosaïque de la carte indique une répartition cantonale des leucémies, pour toute la région totalement indépendante de la proximité de ces sites nucléaires, avec des taux maximum  affichés par des cantons entièrement ruraux (4) (5) (6)! Est-ce à dire que vivre à la campagne expose davantage aux leucémies qu'habiter près d'une centrale ? Bien sûr que non ! Ca met tout simplement en évidence le caractère bidon des corrélations que les anti-nucléaire s'obstinent à trouver entre des cancers et des sites nucléaires qui sont responsables de moins de 1% de la radioactivité totale subie par les individus qui vivent à proximité d'eux.

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 13:06

Samedi 8 Décembre, au cours du Journal télévisé d'Arte, le présentateur annonce sans la moindre réserve , à l'indicatif et non pas au conditionnel, qu'une étude allemande avait démontré que les enfants habitant au voisinage d'une centrale nucléaire étaient victimes de cancers et de leucémies plus fréquentes. Une  recherche sur Google ne donne pas l'accès à cette enquête, mais voyons
quelques éléments décrits dans une dépêche de l'AFP qui en parle(1).

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1- C'est une étude qui prétend étudier la relation entre proximité d'une centrale et risque de cancer.  La relation est étudiée avec une telle minutie, apprend-on de la Süddeutsche Zeitung qui a révélé l'information,  la distance a été déterminée à 25 mètres près.  Et pourtant, malgré cette prétendue « force de l'enquête », on ne nous communique qu'à propos d'un seuil unique : ceux qui habitent à moins de 5 km et tous les autres. Or si on suggère que risque et proximité du cancer sont liés, la moindre des choses serait d'établir des cercles concentriques , par exemple 2 km, 5km, 10 km et au-dela.  La distance à 25 mètres près est d'autant plus dérisoire que par ailleurs, aucune base de données fiables sur l'itinéraire géographique d'une population pour une période de 24 ans n'existe (déménagements, stabilité, durée de résidence).

2- Ensuite si on comprend bien, on a additionné les résultats des 21 centrales et comparé ce résultat global à celui qu'on aurait du trouver en appliquant la moyenne nationale. Or pour beaucoup de cancers, on observe de fortes variations régionales, et il faudrer donc pondérer les résultats locaux par les sur-incidences ou les sous-incidences locales. Cela a-t-il été fait ? Ce n'est pas ce que laisse à penser le texte de l'AFP.


3- On spécule sur des taux (heureusement) extrêmement faibles : par exemple l'incidence annuelle globale du cancer chez les enfants de moins de 15 ans en France est d'environ 0,012 % . Le moins qu' on puisse dire, c'est qu'à des taux pareil, des écarts même importants sur des échantillons particuliers et pour une petite population n'ont pas une grand significativité statistique et sont encore moins interprétables.

4. Toutes les études sur ce thème ou sur des thèmes  analogues (visant à établir la relation entre cancer et proximité d'une source présumée dangereuse) présentent des difficultés méthodologiques : des échantillons de taille insuffisante, on ne dispose que d'une adresse (au moment où les gens consultent) ,les résultats sont difficilement interprétables voire totalement contradictoires : - Une étude sur la relation entre cancer des enfants et vie à proximité d'une ligne à haute tension calculait un risque relatif supérieur pour les leucémies et inférieur pour d'autres
cancers tels que les tumeurs au cerveau. Devinez sur quel risque a titré la presse…. Bien entendu si un journal titrait «  les lignes à  haute tension protègent contre les tumeurs cérébrales » , on crierait au scandale. Pourtant, la conclusion n'est ni plus ni moins illégitime. Tout le monde est prêt à foncer tête baissée pour les leucémies alors que la contradiction des résultats prouvent qu'il est impossible de les interprêter. 

5. Sur le seul thème des risques de cancer à proximité de centrales nucléaire, il y a des études menées pour des sites différents qui avait relevé des surincidences analogues ou supérieures à celle dont il est aujourd'hui, d'autres qui avait relevé au contraire un risque relatif légèrement inférieur à 1, c'est-à-dire une moindre fréquence des cancers à proximité des centrales(2)! La seule conclusion qu'on peut tirer de ces études aux résultats contradictoires est…qu'on ne peut rien conclure.

6. Enfin et surtout, tout ceci n'aurait de sens que si vivre à proximité d'une centrale nucléaire exposait réellement à des radiations telles que cela puisse nuire à la santé. Aucun effet pour la santé humaine n'a jamais été constaté pour une dose inférieure à 100 msV (millisiévert). Or la législation française prévoit une dose maximale annuelle de 1msV d'exposition du public aux radiaitons émises par les centrales. C'est moins que la seule exposition tellurique et on estime qu'en France, l'exposition liée à l'énergie nucléaire ne dépasse pas 1% des radiations naturelles. Les normes de radioprotection allemandes sont encore plus draconiennes : 0,3msV ! Comme le fait remarquer le ministre allemand de  l'environnement « pour expliquer ce risque accru de cancer, il faudrait que la population soit exposée à des radiations au moins 1.000 fois plus élevées que celles
issues des centrales nucléaires allemandes » . Si ces normes n'étaient pas respectées, il y a longtemps que les associations anti-nucléaires qui procèdent à leurs propres mesures indépendantes et montent en épingle chaque relevé supérieur au norme nous l'aurait fait savoir.

 

Cette étude, qui a donc toutes les chances de retomber comme un soufflet, arrive à point nommé : l'Allemagne, afin de respecter ses engagements en matière de gaz à effet de serre, envisage de maintenir l'option nucléaire, les centrales nucléaires (hors leur construction) étant propres de ce point de vue là. Et l'opinino publique allemande historiquement hostile au nucléaire semble basculer , si on en croit un récent sondage (3) selon lequel  48% des personnes interrogées se disent avorables à une prolongation de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires, contre 44% d'opinions défavorables.
Moins de 2 mois après la parution de ce sondage, on publie un rapport sur les risques du nucléaire, centrée sur les cancers infantiles, avec tout ce que ça représente de charge émotionnelle ! Etonnant, tous ces hasards de calendrier…

Mais l'essentiel du problème est toutefois ailleurs : pendant qu'on focalise sur une hypothétique victime des radiations supplémentaire par an (29 cas en 24 ans), on oublie toutes les autres, en nombre infiniment et désespérément supérieur . La nucléophobie fait perdre à certains toute
rationnalité et dans certains cas, toute décence . Citons les remarques de Zbigniew Jaworowski, ancien membre du Comité scientifique des Nations Unies sur les Effets des Radiation Atomiques :
"Chaque vie humaine hypothétiquement sauvée dans une société industrielle occidentale par la mise en place des règlements actuels de radioprotection est estimée à un coût d'environ 2,5 milliards de dollars. De tels coûts sont absurdes et immoraux - particulièrement si on les compare aux coûts relativement bas des vies sauvées par l'immunisation contre la rougeole, la diphtérie, et la coqueluche, qui dans les pays en voie de développement nécessitent des sommes de 50 à 99 dollars par vie humaine sauvée. Des milliards de dollars pour la protection illusoire des hommes contre le rayonnement sont actuellement dépensés année après année, alors que des ressources beaucoup plus faibles manquent scandaleusement pour sauver des vies dans les pays pauvres."

Passé un seuil, ces dépenses de « surprotection » n'ont donc plus aucune justification rationnelle, elles ne sont que politiques. C'est du gaspillage. L'objectif politique d'amadouer les anti-nucléaire est de toute façon à côté de la plaque car ça leur permet de retourner l'argument sur le coût exhorbitant de la sécurité nucléaire, et le moindre dépassement accidentel de la nouvelle norme, même infinitésimal est dénoncé comme un scandale.De toute façon, quand bien même arriverait-on techniquement à ce que jamais aucune particule radioactive n'échappe d'un réacteur nucléaire, il y
aurait encore des gens pour se convaincre que ceux-ci nuisent à la santé !

Pourtant, les anti-nucléaire militants ne sont pas très regardants sur les questions de santé et de sécurité, dès lors qu'il s'agit d'autres modes de production d'électricité : certains groupes tel que Sortir du nucléaire ou Dissident Média admettent volontiers l'impossibilité que les énergies renouvelables puissent , dans l'état actuel des techniques, fournir une contribution de plus que quelques % à la production d'électricité. L'alternative est donc nucléaire ou charbon , ainsi  que titrait un récent dossier de Sciences et Vie. Pas gênés , les anti-nucléaires répondent sans
hésiter charbon !
"Le nucléaire n'est pas le seul moyen de produire de l'électricité : il existe d'autres sources d'énergies. Une sortie rapide du nucléaire est possible. En attendant le plein rendement des énergies renouvelables, on peut utiliser les autres moyens disponibles, en favorisant les plus efficaces et les moins polluants. - Si les centrales nucléaires devaient être fermées demain, la France ne se retrouverait pas plongée dans l'obscurité pour autant. La soixantaine de centrales au fioul ou au charbon qui existent en France peut pourvoir en grande partie à notre consommation, pour peu qu'elles fonctionnent toute l'année. à l'heure actuelle, elles ne sont mises en marche que quelques jours pas an, pour compenser les augmentations de consommation dues principalement au chauffage électrique. "(4)
 
 On sait que l'extraction du charbon représente rien que chez les mineurs ( accidents miniers, maladies respiratoires , cancers, irradiations) plusieurs Tchernobyl par an . Ca , ce n'est pas une supposition , c'est une sordide réalité. Peu importe pour nos anti-nucléaires. Quel cynisme ! Il est vrai que le cynisme peut faire très bon ménage avec l'obscurantisme . Comme quoi, le petit bourgeois sur-protégé exige qu'on respecte ses superstitions nucélophobes, mais cesse de s'intéresser à la sécurité quand il s'agit de celle des autres.

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Notes :
(1) http://afp.google.com/article/ALeqM5jGhm7x690d6zFvmKZ6FsxcDng5DQ
(2) Institut für Medizinische Statistik und Dokumentation de l'université de Mayence (1992) entre autres
ou bien une autre menée par Institut Gustave Roussy de Villejuif.
(3)http://www.enerzine.com/2/3269+L-opinion-allemande-bascule-en-
faveur-du-nucleaire+.html
(4) Réseau sortir du nucléaire

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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 14:41

Quelques propositions (provisoires) de lecture :

La technophobie  peut être dangereuse. Jean Brissonnet  nous retrace l'histoire de l'interdiction du DDT-première grande victoire emblématique des écologistes-  et les conséquences catastrophiques qu'elle eut sur la lutte anti-paludéenne.

Désinformation - Désinformation, paludisme et DDT
http://www.pseudo-medecines.org/articles.php?lng=fr&pg=119

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Les lignes à haute tension sont-elles dangereuses ? Henri BROCH, Jérôme BELLAYER, Denis BIETTE et  Denis CAROTI ont fait une mise au point sur une étude publiée en 2005 et les interprétations abusives qu'en a fait la presse.

Lignes électriques à haute tension et cancer chez l'enfant
Ce que certains... oublient

http://www.unice.fr/zetetique/articles/HBJBDBDC_Draper.html

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