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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 12:52

Soit un petit village d’un millier d’habitants, dans l’ouest de l’Australie (1). Deux agriculteurs dont les champs sont voisins , amis d’enfance, se retrouvent d’un jour à l’autre en conflit : en novembre 2010, un vent violent a soufflé dans le secteur, dispersant des graines de colza du premier vers les champs du second, plantés d’avoine et de blé « bios ». Cette dissémination involontairement causée ne peut être que très mineure, et aurait très bien pu se produire en sens inverse. Imagine-t-on mettre un terme à des années de cohabitation intelligente au nom de traces fortuites de colza dans sa récolte de blé ou de avoine ? Un telle attitude conduirait à une guerre permanente dans les campagnes.

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C’est pourtant bien ce qui s’est passé à Kojonup. Steve Marsh, l’agriculteur bio, poursuit son ancien ami d'enfance , Michael Baxter, pour « contamination » (2). Du fait de la présence fortuite d’un peu de colza, sa certification bio lui a été retirée sur sa récolte d’avoine. Marsh se retourne donc contre Baxter, lui demandant des dommages et intérêts ! Selon certaines sources, les deux récoltes (blé et avoine) se sont vu refuser la certification (3).

 

Or à notre avis , compte tenu des éléments d’informations, Baxter, qui a suivi à la lettre la réglementation,  n’est coupable de rien,  et  si Marsh est victime, il l’est d’un système absurde et de l’intégrisme de l’idéologie bio. En effet, si l’on comprend bien l’affaire, sa certification ne lui a pas été retirée parce que sa récolte n’était pas à 100% constituée d’avoine (ou de blé), mais parce que l’ « impureté » provenait d’une plante génétiquement modifiée ! Or l’agence de certification bio australienne pose l’exigence -parfaitement stupide- de 0% d’OGM pour délivrer son label. Marsh  est donc pris dans l’engrenage d’une réglementation déraisonnable et il est encouragé par un lobby qui voit dans cette affaire banale l’occasion de faire un procès aux OGM.  La Safe Food Foundation a collecté des fonds pour que Marsh puisse intenter ce procès contre Baxter, cette belle cause valant bien de gâcher une amitié de longue date !

 

En France, de nombreux sites anti-OGM, dont Inf’Ogm, dès 2011, relaient l’information de manière très sélective et manipulatrice. Des traces de colza dans la « récolte » deviennent « contamination », juste en raison de leur caractère transgénique.

Parmi les sites français emblématiques de la croisade anti-OGM (4), aucun ne précise que Marsh cultivait du blé et de l’avoine, ce qui exclut tout croisement avec le colza incriminé, et rend la discussion sur la zone tampon de 5 mètres entre les champs complètement hors sujet . Inf’Ogm laisse volontairement penser à ses lecteurs qu’il y a une « contamination génétique », en concluant ainsi sur ce qui devrait être un non-événement : « En 2010, 8% de l’ensemble du colza cultivé, soit 72 000 hectares, étaient génétiquement modifiés, dans la région d’Australie Occidentale. Cependant les conditions climatiques début 2011, avec les vents violents, ont grandement menacé de contamination les millions d’hectares de colza non transgéniques. »  De son côté, faisant parler Rachel Dujardin, Basta Mag explique que   Steve perd son label bio sur 70 % de son exploitation et ne peut pas se retourner contre Monsanto. « La firme se protège en faisant signer un contrat à tous les agriculteurs qui achètent ses semences génétiquement modifiées, explique Rachel Dujardin. En cas de contamination génétique, la multinationale semencière n’est pas responsable » ».

       

L’intolérance des intégristes du bio les rend prêts à toutes les manipulations et les poussent à instrumentaliser n’importe quel fait divers agricole anodin. Il n’y aucune impossibilité de coexistence des cultures de plantes génétiquement modifiées avec d’autres cultures. Les problèmes de coexistence ne sont pas d’ordre agronomiques, ils sont humains. Seuls les fanatiques rendent celle-ci invivable. Dans cette affaire, c’est du côté des adeptes du bio qu’il faut chercher l’intolérance : ceux-ci voudraient imposer aux autres les règles qui s’appliquent à leur système de certification ! Que dirait-on si les cultivateurs d'OGM imposaient une pureté de 100% dans leur récolte ?

 

         Petite expérience de pensée à ce sujet : en 2008 , des chercheurs américains ont réussi à mettre au point une cacahuète transgénique  présentant un niveau réduit de son principal allergène (5). Le jour où celle-ci sera commercialisée, peut-on envisager qu'un (méchant) cultivateur de l’arachide transgénique impose à son voisin (le gentil) cultivateur d’arachide bio allergène de cultiver autre chose, ou de lui interdire de cultiver de la cacahuète sous prétexte d'un risque de dissémination ? Et là, ce ne serait pas seulement un problème réglementaire, ou de croyance, mais un véritable problème de santé publique . Pourtant, une telle  mesure est politiquement inconcevable !

 cacahoutes.jpg

Anton Suwalki   

 

 

 

 

 

 

 

(1)http://www.censusdata.abs.gov.au/ABSNavigation/prenav/LocationSearch?collection=Census&period=2006&areacode=UCL513400&producttype=QuickStats&breadcrumb=PL&action=401

(2) http://money.msn.com/business-news/article.aspx?feed=OBR&date=20140209&id=17330578

(3) http://www.truefood.org.au/newsandevents/?news=119

(4)  http://www.bastamag.net/Mobilisation-la-bataille-d-un

      http://www.infogm.org/spip.php?article4825

      http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article1045

 

(5)http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1467-7652.2007.00292.x/abstract;jsessionid=0C0DA047531D5E641CD04CEA6DD26B40.f01t03?deniedAccessCustomisedMessage=&userIsAuthenticated=false

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commentaires

http://www.rac-construction.fr 25/11/2015 04:42

De son côté, C. Vélot n'est pas non plus en reste en matière de méconnaissance du sujet qu'il prétendait traiter.

GFP 28/05/2014 18:28

Bonjour,
Pour info, l'agriculteur bio a perdu son procès.
http://www.abc.net.au/news/2014-05-28/landmark-gm-decision-wa-supreme-court/5482864

PhM 30/03/2014 04:37

à propos des cacahuètes : dans le domaine de l'allergie, réduire la quantité d'allergene ne sert à rien, il est impératif de le supprimer complètement, ce qui ne semble pas être le cas.

Reformado 21/02/2014 09:08

Les minutes des séances devant la Cour suprême australienne : http://www.supremecourt.wa.gov.au/T/transcripts.aspx

Daniel 20/02/2014 22:04

Et si les agri OGM faisaient exactement pareil ???
Et s'ils portaient plainte à chaque fois que leurs champs se retrouve contaminé par des plantes Bio, moins productives, moins sures, moins stables génétiquement, plus fragiles vis à vis des parasites et des prédateurs...
Je serait mort de rire de la réaction outragée des écolos !!!

Erchinoald 13/02/2014 17:20


S'il fallait des récoltes pures à 100% dans tous les cas de figure, le métier d'agriculteur serait impossible. Il y a toujours des impuretés qu'on le veuille ou non. Quand on voit parfois tout ce
qu'on peut retrouver par exemple dans du blé lors des moissons (débris de paille et d'épis, graines d'autres plantes, insectes, petits cailloux...).


Quant aux problèmes de voisinage entre agriculteurs, ils n'ont pas attendu les OGM pour que cela tourne parfois à l'aigre. Il suffit par exemple qu'il y en ait un qui laisse pousser les chardons
dans ses champs pendant que ses voisins font tout pour s'en débarasser.