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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 15:36

 

La sonde américaine Cassini révèle, pour la première fois, l'existence d'une étendue liquide ailleurs que sur la Terre.

Le Figaro : 01/08/2008

Le lac Ontario possède désormais son jumeau extraterrestre. Dans un article publié jeudi dans la revue britannique Nature, des chercheurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa annoncent que la sonde américaine Cassini a découvert l'existence d'une étendue liquide à peine plus grande (20 000 km²) que ce lac d'Amérique du Nord, près du pôle Sud de Titan, la plus grosse «lune» de Saturne. Mais la ressemblance s'arrête là. Car cette vaste dépression cernée de plages sombres et baptisée Ontario Lacus ne contient pas… la moindre goutte d'eau.

Vu l'énorme distance qui la sépare du Soleil (1,4 milliard de kilomètres en moyenne), la surface de Titan est en effet soumise à des températures extrêmement basses, de l'ordre de -185 °C, où l'eau n'existe que sous forme de glace. En revanche, ce froid plus que sibérien a pour effet de liquéfier de petits hydrocarbures, comme le méthane (CH4) ou l'éthane (C2 H6) qui, eux, sont présents sur Terre à l'état gazeux. Or c'est bien de l'éthane liquide que VIMS, le spectromètre à infrarouges de Cassini, a «formellement identifié» en survolant Ontario Lacus, en décembre dernier, se félicitent les scientifiques du JPL. Selon eux, cette grande découverte «fait de Titan le seul corps de notre système solaire, à part la Terre, dans lequel on a détecté du liquide en surface». C'est aussi l'aboutissement d'une longue quête.

Avant que Cassini ne commence à survoler Saturne et ses nombreuses lunes en 2004, les astronomes pensaient que les grandes taches sombres visibles à proximité de l'équateur de Titan étaient des océans de méthane ou d'éthane liquides. L'atmosphère très dense (1,5 bar) de Titan, composée essentiellement d'azote (95 %) et d'hydrocarbures légers comme le méthane, militait en faveur de cette hypothèse. Mais il s'est avéré, en mai 2006, que les fameuses taches n'étaient en fait que d'immenses déserts recouverts d'étranges champs de dunes comparables à ceux que l'on trouve en Namibie ou dans la péninsule Arabique. Titan était-elle plus «sèche» que les scientifiques ne l'avaient prédit ? Comment expliquer alors les traces de ravinement photographiées un an et demi plus tôt par la sonde européenne Huygens lors de sa descente historique vers la surface de Titan ?

Il faudra attendre janvier 2007 pour que le radar de l'orbiteur ne détecte, sur le pôle Nord de la lune saturnienne, plusieurs dizaines de taches sombres de 3 à 70 kilomètres de long parfaitement lisses et susceptibles, pour cette raison, de contenir un corps liquide. Mais l'hémisphère boréal de Titan étant plongé dans la nuit d'un hiver interminable, l'hypothèse n'a pu encore être vérifiée.

«Aujourd'hui nous avons la preuve indiscutable qu'0ntario Lacus est bel et bien rempli d'éthane liquide et probablement aussi de méthane», se réjouit le Pr François Raulin, du laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques (Lisa), à Paris, qui signe un commentaire dans le même numéro de Nature.

«Un cycle du méthane»

Selon ce chercheur, «la mission américano-européenne Cassini-Huygens a démontré l'existence d'un cycle complexe du méthane sur Titan comparable à celui de l'eau sur la Terre». En clair, le méthane et l'éthane atmosphériques se condensent sous forme de pluie, creusent des ravins et finissent par se déverser dans des lacs comme Ontario Lacus d'où ils s'évaporent et ainsi de suite.

L'étape ultérieure consiste à déterminer si une chimie organique complexe est à l'œuvre dans ces réservoirs liquides, sur le modèle de ce qui a prévalu sur Terre il y a des milliards d'années avec l'eau.

Le projet TSSM (Titan-Saturn System Mission) de la Nasa et de l'Agence spatiale européenne (ESA) prévoit d'envoyer, vers 2017-2018, un atterrisseur voire un petit submersible bourré d'instruments de mesure dans l'un de ces lacs pour le moins exotiques. Titan n'a pas fini de nous étonner.

 Marc Mennessier

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