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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 17:20

Un article de  Nicolas Gauvrit

Comme souvent quand un article sur un phénomène paranormal arrive à se frayer un chemin jusqu’à une revue scientifique reconnue, l’annonce de la publication prochaine du psychologue Daryl Bem [1] a fait grand bruit dans la presse internationale. Le New-York Times en parlait par exemple dans son édition du 10 janvier 2011.

Il faut dire que l’article du chercheur de la prestigieuse Cornell University semble révolutionnaire, si l’on se réfère aux comptes rendus approximatifs ou raccourcis de la presse et de divers sites [2]. Cet imposant article expose une série de neuf expériences qui, nous dit l’auteur, prouvent chacune un aspect de la précognition, c’est-à-dire de la connaissance implicite du futur. Pour cela, Bem inverse dans le temps des expériences classiques de psychologie. Il prétend que des effets connus, comme par exemple le priming (facilitation à reconnaître un stimulus qui a été présenté de manière subliminale juste avant la phase de reconnaissance), sont également vrais à rebours, la présentation facilitant la reconnaissance étant en l’occurrence présentée après la reconnaissance.

Les raisons qui ont poussé le célèbre Journal of Personality and Social Psychology à accepter ce manuscrit resteront sans doute mystérieuses (peut-être l’effet d’une précognition de buzz ?). En privé, le seul éditeur de la revue que nous ayons contacté déplore ce choix [3], qui ne peut pas être seulement dû, comme nous allons le voir, à la rigueur scientifique du texte. D’ailleurs, si l’article de Bem ne paraîtra que dans quelques mois, la revue a déjà accepté une réponse critique de Wagenmakers et ses collègues, qui montrent l’ineptie des statistiques développées dans le papier de Bem.

La lecture attentive de l’article de Bem laisse voir un décalage formidable entre certains aspects très rigoureux et détaillés… et d’autres qui auraient jadis valu des coups de règles sur les doigts des expérimentateurs étudiants. Du côté positif, Bem détaille par exemple avec moult précautions et justifications le choix qu’il a fait concernant les générateurs aléatoires indispensables à ses expériences. Il est connu que les fonctions pseudo-aléatoires des langages de programmation classiques sont parfois insuffisantes ; eh bien, Bem fait largement mieux, en utilisant un générateur fondé sur des processus physiques [4]… mais qu’il n’utilise pas pour toutes les expériences, pour une raison non élucidée.

Comme on va le voir ci-dessous, une bonne partie de la méthodologie de Bem est pour le moins douteuse… et les traitements statistiques qu’il utilise parfaitement inadaptés. En corrigeant les erreurs de procédures statistiques, on ne trouve plus aucun résultat concluant, et l’affaire retombe comme un soufflé aux chimères.

La suite de l’article sur le site de Science et pseudo-sciences

 

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commentaires

tonton Sigmund 22/02/2011 21:31



Bravo Nicolas,


article très éclairant avec une louable recherche de pédagogie et de
vulgarisation tout à fait réussie.


Je vous trouve cependant un peu dur avec les psychologues en général. La
plupart d'entre eux aujourd'hui tentent au moins d'utiliser l'outil statistique... et sont loin d'être les pires en la matière.


Je vois même au moins deux autres cas où on peut appliquer votre maxime (qui
fera date :-) « tester les tous, XXX.
reconnaîtra les siens » : celle de « notre » Gilles-Eric Séralini qu’on peut trouver ici http://imposteurs.over-blog.com/article-28913089.html
(ainsi que les deux articles suivants) et l’expérience de sourcellerie dite « de Munich » (évoquée par ex. ici http://www.zetetique.fr/index.php/dossiers/71-radiesthesie).


Bien à vous,


tS


 



Sceptique 13/02/2011 21:49



Il y a une façon de voir l'homme qui devrait nous convenir et que je vous propose: le corps de l'homme avec ses niveaux d'organisation (Henri Atlan) fonctionne de la même manière que celui d'un
animal homéotherme et mammifère. Ce qui le spécifie dans la nature, d'est sa capacité de communiquer des informations, lesquelles constituent une somme de connaissances et une culture. C'est un
bien commun qui se transmet horizontalement, même à notre descendance. Il est "héritable" et permet une évolution de type lamarckien. 


Si on schématise l'individu humain sous la forme d'un T, la barre verticale représente le corps individuel, et l'horizontale la possibilité de communication avec ses congénères. Un groupe humain
pourra être représenté par TTTTTT. Les sciences humaines étudient ce qui se passe dans ce champ de communication, comprenant des incertitudes, des erreurs d'interprétation, des influences, des
vérités et des mensonges. Ce n'est pas aussi bien réglé que le fonctionnement de notre corps. Lacan ne s'est occupé que le la communication.



Nabla 13/02/2011 18:10



Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Une science de l'homme qui nierait la culture et le langage serait à côté de la plaque puisqu'ils existent et nous influencent. Ce que je regrette, c'est la
coupure entre les deux milieux. Au point que certains post-modernes en viennent à tout réduire à la culture et au langage.


Et pour être sûr de bien me faire comprendre, je prends l'exemple d'Emmanuel Todd, mais dont la volonté est d'analyser scientfiquement les humains. Entre lui et un Lacan par exemple, il y a à mes
yeux (extérieurs puisque ce n'est pas mon domaine et je ne veux pas donner de leçons à ceux qui y travaillent) une différence réelle d'approche entre ces deux personnes (la science et la
fantaisie pour faire simple) mais qui ni l'un ni l'autre ne réduisent de façon inadéquate l'homme à ses molécules non pas que l'homme n'est pas matériel mais les outils ne me paraissent pas
appropriés.



Sceptique 13/02/2011 18:09



Un évidence m'a échappé: s'il n'y avait ni langage, ni culture, il n'y aurait pas de sciences!



Sceptique 13/02/2011 16:32



Pour que les sciences humaines puissent être le prolongement des sciences naturelles, il faudrait qu'il n'y ait aucune spécificité de l'humanité, donc, ni langage, ni culture. La faiblesse de
l'étude en question dans ce billet le démontre.



Nabla 12/02/2011 18:51



Les sciences humaines (et nous citoyens qui les finançont) ont vraiment à gagner en devenant le prolongement (à côté de la biologie et au-delà) des sciences naturelles. Avec rations de
mathématiques pour tout le monde.



Erchinoald 12/02/2011 11:13



Tout cela semble montrer que les psychologues ne sont pas des matheux bien qu'ils adorent les tests et les statistiques au point de les utiliser parfois à tort et à travers. Cela montre aussi que
chaque discipline tend à s'enfermer sur elle-même et qu'avec un peu d'inter-disciplinarité un tel article n'aurait jamais été publié.