Vers une diversification des PGM à vocation alimentaire
Republication le dimanche 27 Septembre : A la suite de cet article, Philippe
Joudrier m'a adressé une compilation qu'il a réalisée sur le même thème, beaucoup plus complète. Je tiens à la disposition de nos lecteurs le document en PDF d'une quarantaine de pages..
A.S
Depuis le début de leur commercialisation, les plantes transgéniques à vocation alimentaire disponibles à la
consommation étaient jusqu’à présent cantonnées à un petit nombre de caractères spécifiques introduits par la modification génétique : tolérance à un herbicide total, résistance à des
insectes ravageurs ou à des virus (comme c’est le cas pour la papaye hawaïenne transgénique).
Ces caractères d’intérêt a priori purement agronomique , ont bien entendu également un intérêt pour le consommateur : dans un contexte de forte croissance de la demande en denrées alimentaires de base, le consommateur , et plus particulièrement le consommateur pauvre, est le premier à pâtir d’une envolée de leur cours, ce qui est le cas lorsque les récoltes sont mauvaises : une meilleure protection contre les ravageurs représente en conséquence une meilleure protection contre les fluctuations aléatoires de l’offre agricole de base.
L’état actuel de la recherche appliquée en matière de transgénèse végétale incline à penser que nous sommes aujourd’hui à l’aube d’ « une deuxième génération » d’OGM caractérisée par la diversification de leurs caractères . Nous nous limiterons à une énumération, non exhaustive, des projets qui se sont soldés par des succès expérimentaux ET qui devraient aboutir à des cultures destinées à la consommation d’ici un petit nombre d’années, sans évoquer tous les projets qui sont « dans les tuyaux ». Le champ des applications possibles de la transgénèse végétale est en effet immense.
- Vers une diversification des stratégies de lutte transgénique contre les insectes ravageurs ?
Jusqu’à présent, la lutte transgénique contre les insectes ravageurs a consisté à introduire dans les plantes des gènes fabricant une protéine insecticide.
Or, des chercheurs suisses et allemands viennent de réussir à restaurer dans du maïs cultivé un mode de défense naturel différent du maïs sauvage contre des insectes ravageurs: lorsque celui-ci est attaqué par des insectes perforeurs de ses racines, il émet un signal olfactif qui attire des nématodes prédateurs de ces insectes (1).
Cette démarche évoque celle de l’agriculture biologique, et il reste à prouver qu’elle est réellement sans impact majeur dans un milieu environnemental donné , la lutte « biologique » n’étant pas forcément neutre, contrairement aux idées reçues (2)… Quelque soient ses avantages et inconvénients, elle a le mérite d’ébranler potentiellement quelques superstitions récurrentes à propos des OGM, réputés « contre nature ».
- L’arrivée prochaine de plantes résistantes à des stress de nature abiotique :
Les plantes ne doivent pas seulement se défendre contre leurs ennemis biologiques. Leur développement est conditionné par les caractéristiques physico-chimiques du milieu dans lequel on les cultive. Le gel, la sécheresse, des précipitations excessives, une trop grande salinité du sol, etc… représentent autant de sources de stress abiotique qui peuvent remettre en cause la survie des plantes, ou a minima, leur croissance et leur rendement(3).
Les essais en champs concernant des caractères de tolérance au stress abiotique se sont nettement accélérées au cours des dernières années : 542 essais de 1999 à 2008, contre 41 au cours des 12 années précédentes (4).
Un des projets les plus avancés dans le domaine concerne la tolérance à la sécheresse
: citons par exemple ce maïs génétiquement modifié développé (par Monsanto et BASF) qui a passé le cap des essais et va être soumis aux Etats-Unis à l’autorisation de la FDA (5).
- L’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments.
Les populations des pays du Sud , et particulièrement les enfants, sont encore affectées par de multiples carences nutritionnelles.
Nous avons évoqué dans un article racontant la « longue marche du riz doré (6) » , le projet de ce riz génétiquement modifié destiné à lutter contre les carences en vitamine A qui touchent des millions de personnes, causant la cécité de 500 000 enfants et la mort de 1 à 3 millions d’enfants chaque année.
Après bien des difficultés, le riz doré développé par l’équipe suisse d’ Ingo Potrykus et de Peter Beyer produit une quantité satisfaisante de béta-carotène, avec un taux de conversion de la béta-carotène en vitamine A suffisante (de l’ordre de 4 :1 , (7))
Le site indien FNB news annonce que le riz doré devrait être sur les marchés et donc dans les assiettes des philippins dès 2011, ainsi que très prochainement en Inde et au Vietnam
Les projets de ce type, qui peuvent contribuer à l’amélioration de la situation alimentaire et sanitaire des populations les plus pauvres, se multiplient.
Il y a par exemple un projet sur l’amélioration des qualités nutritionnelles du Sorgho développé en Afrique du Sud (9).
Par ailleurs, des chercheurs zurichois ont développé un riz génétiquement modifié enrichi en fer, dont les carences provoquent anémie et retard mental. En effet, si l’enveloppe du riz contient beaucoup de fer, le riz stocké (et donc consommé) épluché en régions tropicales pour des raisons de conservation n’en contient que peu. Ces chercheurs rendent compte de leurs résultats dans une récente publication (10): ils ont réussi en introduisant deux gènes étrangers à mobiliser et à stocker dans la graine une teneur en fer plus de six fois supérieure à celle de son homologue non transgénique. Ce qui est encore insuffisant. Mais la voie est ouverte.
Nous mentionnerons enfin un vaste projet - BioCassava Plus program(11)- dédié à l’amélioration transgénique du manioc , qui constitue un des aliments de base en Afrique subsaharienne . Jamais, jusqu’à présent (à ma connaissance), un OGM n’a combiné autant de caractères différents : amélioration de la teneur en fer, en zinc, en vitamines, et résistance aux virus…
Cette revue rapide, comme nous l’avons souligné dès le départ, n’avait pas la prétention d’être exhaustive. Il aurait fallu également parler des plantes transgéniques médicaments, dont nous avons jusqu’à présent peu parlé sur Imposteurs (12). Un article dans les tuyaux écrit par deux amis biologistes et mettant en évidence l’insoutenable légèreté d’un « lanceur d’alertes » qui a donné son nom à un prix décerné par Imposteurs permettra sans doute de rappeler l’intérêt des OGM pour produire des médicaments. En attendant, n’oublions pas nos amies les bêtes : Novoplant GmbH a mis au point des pois génétiquement modifiés dont les graines contiennent des anticorps contre la coccidiose, un parasite qui s'attaque aux volailles(13).
Anton Suwalki
Notes :
(1) http://www.gmo-compass.org/eng/news/462.docu.html
http://www.pnas.org/content/early/2009/07/31/0906365106
(2) http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article552&decoupe_recherche=coccinelle
(3) Pour une panorama assez complet sur la question, lire ce rapport écrit pour le gouvernement australien :Australia’s crops and pastures in a changing climate – can biotechnology help?
http://adl.brs.gov.au/brsShop/data/final_for_printing_ccandbiotech_041208.pdf
(4) Essais recensés par l’Union Of Concerned Scientists, un organisme défavorable aux OGM :
http://www.ucsusa.org/assets/documents/food_and_agriculture/failure-to-yield.pdf
(5)http://monsanto.mediaroom.com/index.php?s=43&item=676
(6) http://imposteurs.over-blog.com/article-22310309.html
(7) http://www.eurekalert.org/pub_releases/2009-05/bcom-gra051309.php
(8)http://www.fnbnews.com/article/detnews.asp?articleid=26028§ionid=34
(9)http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59130.htm
(10) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19702755
(11) http://www.the-scientist.com/article/display/55926/
(12) à toutes fins utiles, lire tout de même « Christian Vélot ou le syndrome de Sakharov »
http://imposteurs.over-blog.com/article-20688593.html
(13) http://www.physorg.com/news171862950.html