Cuisine "saine" et tambouille idéologique
Tout près de chez moi vient de s'ouvrir un petit restaurant.
Un soir vers 18 heures, je m'arrête devant histoire de consulter la carte et de voir à quoi ça ressemble à
l'intérieur.
A l'intérieur , ça m'a l'air plutôt pas mal, mais aucune carte à consulter. Je vois alors le patron et cuisinier sortir et me souhaiter la bienvenue.
Je lui explique que je suis toujours intéressé lorsqu'un petit resto de quartier s'ouvre et lui demande s'il a une carte et quelle genre de cuisine il fait....
"Je fais de la cuisine "saine" ", m'explique-t-il, et il poursuit dans un discours que je ne connais que trop. Un peu ironique, et sachant très bien où il veut en venir, je réponds : "Sain,
vous savez, quand je vais au resto, c'est pas pour faire de la diététique..."
-"Non, sain, c'est-à-dire, biologique, sans pesticides". J'en étais sûr !
- "Ah bon, les produits n'utilisent même pas de sulfate de cuivre, utilisée par l'agriculture biologique, et réputé assez dangereux pour l'environnement voire la santé humaine ?". ...Je lui
rappelle l'objet de ma visite, qui n'est pas de venir subir un prêche écolo-bobo : "de toute façon, ce qui m'intéresse c'est de savoir ce que vous faites à manger, vous avez une carte ?"
L'autre cornichon croit nécessaire de continuer à me faire tourner en bourrique :
"Je fais à manger "simple". C'est pas comme à Carrefour où on a le choix entre 40 marques de yaourts".
Ce type commence à me taper réellement sur le système. Voilà que maintenant le non-choix va devenir un argument de vente !
"Moi, je préfère avoir l'embarras du choix plutôt que ne pas avoir le choix. Bon, là n'est pas la question, je vous demande si vous avez une carte, ce que vous faites à
manger"...
Croyez-moi si vous voulez, mais ce type a tenu encore une bonne dizaine de minutes ce discours aliénant avant de passer à
table et d'avouer sous la torture ce qu'il avait fait à manger ce midi, en inauguration de son restaurant : Côte de veau aux petits légumes ou poisson en papillotte.
Ouf !
A peine passé aux aveux, le corniaud croit nécessaire de reprendre son sermon.
Ma patience a des limites. "Certes, j'apprécie les nourritures spirituelles, mais quand je vais au restaurant, c'est pour me sustenter, pour gouter de la bonne cuisine , boire du bon vin,
pas pour
qu'on me saoule avec des discours de ce genre".
Je pense que cet amateur de tambouille idéologique a perdu un client potentiel.
Anton Suwalki