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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 11:48

Les carences en vitamine A et leurs conséquences dans le monde

 

 Les produits alimentaires d’origine animale contiennent des sources de vitamine A ou rétinol transformées au cours de la digestion en rétinol actif . Les apports en rétinol proviennent également de la consommation de certains végétaux sous forme caroténoïdes, dont une partie peuvent être transformés en rétinol actif.  En particulier le béta-carotène ou provitamine A.  

 

La vitamine A est également nommée rétinol parce que présente dans la rétine et à cause du rôle essentiel qu’il a dans la vision, bien qu’elle joue bien d’autres fonctions (protection de la peau et des tissus, fonctionnement du système immunitaire etc..) .

Comme pour toutes les vitamines, les besoins d’apport (qui se chiffrent de quelques centaines de microgrammes à quelques milligrammes selon la vitamine) sont faibles pour la vitamine A mais essentiels.

 

Trop de vitamine A  est dangereux : la toxicité aiguë est atteinte pour une consommation de 1000 fois les besoins minimaux , cause maux de tête, nausées, troubles cutanés et du cuir chevelu. La toxicité chronique cause l’apparition de maux analogues et d’autres pour l’absorption prolongée de doses de 100 fois ou plus les besoins minimaux. La dose maximale est toutefois abaissée pour les nourrissons et les jeunes enfants, et un excès de vitamine A est absolument contre-indiqué pour les femmes enceintes à cause de risques de malformation du fœtus.

 

Mais si les excès de vitamine A peuvent être facilement évités, les carences en vitamine A  , qui touchent essentiellement les pays sous-développés, sont un problème beaucoup plus grave et plus difficile à résoudre. 400 millions de personnes dans le monde seraient atteintes de ces carences. Le premier problème est évidemment lié au rôle qu’elle joue dans la vision : baisse de la vision nocturne , détérioration de la cornée, et conséquence ultime, la cécité. 500 000 enfants deviennent aveugles chaque année.  A cause du rôle qu’elle joue dans le système immunitaire et dans la différenciation cellulaire, il est estimé que ces carences ont pour conséquence la mort annuelle de 1 à 3 millions d’enfants de moins de 5 ans.   

 

La mise au point du riz doré transgénique :

 

Plusieurs projets ont été envisagés pour remédier à ce problème sanitaire, chacun présentant des difficultés de mise en œuvre. Parmi ces projets, celui de transplanter dans le riz des gènes capables de diriger la synthèse de la béta-carotène à partir de laquelle la digestion produit la vitamine A. Le riz contient à l’origine peu de béta-carotène. Or ses autres apports nutritionnels sont intéressants et celui-ci occupe une place de premier plan dans nombreux pays concernés par les carences en vitamine A, et constitue même l’aliment de base pour 33 pays dans le monde. C’est pourquoi l’idée de créer un riz trangénique riche en provitamine A a séduit des chercheurs, dont le suisse Ingo Potrykus (1).

 

4 gènes ont été introduits dans l’endosperme du grain de riz , gouvernant la synthèse de 4 enzymes qui sont nécessaires à l’obtention de béta-carotène. Ces gènes sont transférés au riz en une seule opération à l’aide de la bactérie Agrobacterium tumefaciens.

 

 

Les premiers résultats de la recherche , rendus publics en 2000, s’avérèrent plutôt décevants. La teneur obtenue en  vitamine A étaient beaucoup trop faibles pour fournir un apport significatif compte tenu des rations de riz ingérables quotidiennement. Cette nouvelle , plutôt triste, fut accueillie avec joie et hilarité par les anti-OGM, chacun y allant dans la surenchère sur le nombre de kilos de riz sec qu’il faudrait absorber par jour, et raillant le projet qui ne pouvait être pour eux que poudre aux yeux, un leurre pour vendre les autres OGM.

 

Toutefois le projet financé par l’UE ne fut pas abandonné et les chercheurs suisses arrivèrent à obtenir des améliorations au riz doré. Une avancée décisive a été réalisée en 2005, lorsque le semencier Syngenta qui s’était lui aussi lancé dans la recherche, a remplacé un gène d’intérêt provenant à l’origine du dalhia par son homologue provenant du maïs. Le « riz doré 2 » produit jusqu’à 23 fois plus de béta-carotène que le riz doré initial, avec un maximum de 37 micro-grammes par gramme de riz. Une ration de 144 grammes de riz sec est estimée suffisante pour couvrir les apports journaliers recommandés. Or la consommation quotidienne de riz sec dans des pays tels que l’Inde ou la Chine est estimée à 300 grammes par homme adulte et à 250 grammes par femme adulte, selon une étude de la FAO. Elle est vraisemblablement  supérieure à 144 grammes dans de nombreux autres pays.

 

Avantages et limites de projets alternatifs au riz doré.

 

 

  Le projet du riz doré soulève des interrogations tout-à-fait recevables : les carences en vitamine A ne sont-elles pas avant liée au manque de diversité de la nourriture ? Les carences ne sont elles pas diverses, dont celles liées au manque d’accès à l’alimentation carnée trop chère ?

 

L’accès à une alimentation variée et abondante serait évidemment la meilleure de toutes les solutions. Mais de vastes projets de développement général et de redistribution de richesses reposent sur des solutions politiques et ne s’obtiennent pas par simple incantation. En attendant il s’agit de trouver des solutions partielles, qui n’ont pas vocation à être définitives, mais qui puissent donner des résultats rapides et significatifs pour un problèmes sanitaire grave.

 

Le riz doré est une solution qui paraît envisageable et qui semble désormais techniquement faisable. D’autres solutions ont été envisagées.

 

-          Des apports externes par supplémentation médicamenteuse : bon sur le papier, mais extrêmement difficile à mettre en œuvre sur le terrain sinon au titre de micro-projet, compte tenu du suivi, du contrôle nécessaire des doses et de la régularité des prises et  de la distribution.  

 

-          Un enrichissement direct des aliments en vitamine A . Un des avantages est de ne pas bousculer le modèle alimentaire des populations concernées, et d’éviter les risques de surdosage de la première solution. Toutefois, le procédé d’enrichissement ne peut avoir lieu qu’industriellement, dans des usines rigoureusement contrôlée , qui ne fourniraient qu’une partie réduite des aliments distribués.

 

 

-          La diversification alimentaire : nous avons signalé un premier problème de taille lié à l’aspect économique, la pauvreté des populations carencées. Mais ce problème n’est pas le seul . On ne modifie pas facilement des habitudes alimentaires de toute une population, même avec un accompagnement éducatif. Des expériences menées sur le terrain ont constaté la difficulté de faire adopter des aliments non traditionnellement consommés. Restent quelques expériences d’une ambition plus modeste, centrées sur l’introduction d’un seul produit :ainsi l’introduction d’une huile de palme rouge dans une région du Burkina Faso qui n’en consommait pas, sur une base commerciale et de consommation uniquement volontaire : un suivi sur deux ans a permis de constater une réelle augmentation de la consommation de vitamine A chez les femmes et les enfants.

 

Une conclusion semble s’imposer à tous ceux qui ont une approche raisonnée du sujet. Il n’y a problablement pas une solution unique au problème des carences en vitamine A. Toutes les solutions ont leurs limites et leurs incertitudes, y compris le riz doré dont il faut vérifier les promesses sur le terrain et qu’il pourra être accepté par les populations, ne serait-ce qu’à cause de sa couleur qui pourrait susciter la méfiance.  Nul doute d’ailleurs qu’il se trouvera des fanatiques anti-OGM pour essayer d’inculquer la peur du riz doré , comme le montrent leur attitude dès le départ du projet.

 

La hargne particulière des anti-OGM envers le riz doré

 

 L’annonce du lancement du projet de recherche sur le riz doré fut accueillie avec une hargne particulière, les chercheurs traités de fous et de menteurs. Pourquoi tant de haine ? Tout simplement par hostilité religieuse à la transgénèse quelle qu’elle soit. Ensuite parce que les anti-OGM ont toujours eu dans leur panoplie d’arguments celui que les OGM ne pouvaient servir à rien, ni pour les agriculteurs, ni pour les consommateurs. Comme nous le rappelions récemment , Jacques Testard  tout en combattant le riz doré avec ses amis de Greenpeace s’évertue à dire :

 

« Surtout, Jean-François Bouhours ne pose pas la question qui annule toutes les autres : en quoi les PGM sont-elles utiles aux consommateurs ? Puisque la réponse est «décidément à rien !» malgré dix années de culture et jusqu'à plus de 100 millions d'hectares, pourquoi se référer aux grands personnages de la science (de Galilée à Darwin) pour défendre des marchands d'illusions ? » (Libération 23 Octobre 2007)

 

Il est facile de comprendre que la réussite du riz doré serait une catastrophe pour les anti-OGM, en invalidant définitivement un de leur principaux arguments, au moins dans les régions concernées.

 

Greenpeace s’est dès le début particulièrement engagé contre le riz doré, engageant une campagne d’un montant 4 fois supérieur au budget de recherche et de développement du riz doré, selon  Ingo Potrykus et Klauss Ammann.

 

Comme nous l’avons mentionné, les maigres résultats initiaux du projet ne pouvaient que les ravir, et toutes les publications anti-OGM se sont empressées de claironner l’échec du projet, compte tenu du nombre de kilos de riz nécessaires pour apporter la dose quotidienne requise.

 

De savants fous , les chercheurs devenaient des guignols ridiculisés, et il était ainsi prouvé que tout ça n’était que leurre. Or, si on ne devait se lancer que dans des projets dont le résultat est certain, il n’y aurait plus de recherche appliquée !

 

La nouvelle des résultats du riz doré 2 d’une excellente teneur en vitamine A était une terrible nouvelle pour les propagandistes anti-OGM . Certains continuent à mentir , comme la confédération paysanne dont l’argumentaire contre les OGM continue à affirmer 3 ans après la mise au point du riz doré qu’il faudrait avaler 2 kilos 700 grammes de riz sec par jour ! Ne voulant surement pas être en reste des mensonges de José Bové, Jacques Testard répétait la même chose dans le Monde Diplomatique d’Avril 2006. Mensonge sans aucun doute car en tant que membre du CA d’InfoGm , il ne pouvait ignorer la réalité. Marie-Monique Robin qui tente de maintenir sa place de vedette numéro 1 du mouvement anti-OGM chèrement acquise en rajoute un peu : « je maintiens que le "riz doré" est un "miroir aux alouettes", ainsi que me l'a d'ailleurs confirmé le journaliste du journal Le Temps (Genève) qui est bien placé pour suivre ce dossier de près. Il a confirmé tout ce que j'ai écrit à ce sujet dans mon livre (voir ci-dessous): la performance agronomique du riz doré est si dérisoire qu'il faudrait que les enfants en absorbent une quantité de neuf kilos par jour, pour couvrir leurs besoins en provitamine A... » (sur son blog).

C’est un journaliste qui lui a confirmé, vous pensez si c’est un argument ! Peut-être que lui de son côté raconte que Marie-Monique Robin lui a confirmé que le riz doré est un miroir aux alouettes. 

 

D’autres, jugeant nécessaire un repli tactique, ont dû revoir leur argumentation. Il fallait de toute façon trouver quelque chose contre le riz doré. Le vrai problème c’est celui de diversifier l’alimentation, nous servent-ils maintenant , en se gardant bien de nous fournir le service après-vente et nous dire comment faire. Telle est la position actuelle de Greenpeace par exemple.

 

Puis de toutes façons, nous disent-ils, ce projet est destiné à rester une simple vitrine pour vendre les autres OGM, car depuis plus d’une décennie qu’on nous l’annonce, on ne voit toujours pas l’ombre d’une culture de riz doré dans les pays qui en ont besoin.

« Pour faire le point sur ce dossier, brandi comme un trophée par les pro-OGM, depuis une dizaine d'années, sans que rien de concret n'ait jamais vu le jour…. » nous dit l’inévitable Marie-Monique Robin. Caramba, encore tout faux, MMR !

 

Car du concret, il y en a, l’affaire poursuit son chemin. Après avoir été testé de manière probante en Louisiane, loin des saboteurs de José Bové, des essais en champs ont démarré en Avril 2008 aux Philippines , l’un des plus importants importateurs de riz. On espère pouvoir passer à la distribution de semences aux paysans à partir de 2011. Les promoteurs du projet se sont engagés à fournir gratuitement ces semences aux agriculteurs disposant de revenus inférieurs à 10 000 dollars qui en auraient ainsi la propriété définitive et la libre disposition. Un promesse dont il faut certes s’assurer qu’elle soit tenue, et j’entends d’ici les nouvelles objections : « mais vous êtes naïfs ! »(2). Pas assez en tout cas pour gober la désinformation systématiquement menée sur ce sujet par ceux qui ont la phobie des OGM et qui préfèrent sans aucun doute que les problèmes de malnutrition qui font des millions de victimes n’ait jamais de solution, plutôt que celle-ci passe par l’introduction d’un OGM.

Anton Suwalki

 


 

 

(1)       D’autres végétaux transgéniques riches en béta-carotène ont été également obtenus : pomme de terre et tomate , mais sont sans doute moins adaptées pour l’essentiel populations 

(2)       Sous prétexte que tout est mercantile dans ce bas monde… C’est comme si dans le cas d’un patron qui offrirait spontanément une augmentation aux travailleurs, le syndicaliste disait : « ne soyez pas naïfs, refusez cette augmentation, car c’est pour mieux vous exploiter ».

 

 


 

 

Pour en savoir plus :
     -       OGM et alimentation : peut-on évaluer identifier et évaluer des bénéfices pour la santé ? AFSSA (2004)

-          Le riz doré, un projet emblématique, Louis-Marie Houdebine (2005)

     http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article506

-          Metabolic engineering of carotenoid accumulation by creating a metabolic sink,    Transgenic Res (2007)

-          Le site du projet du riz doré : http://www.goldenrice.org/index.html

 

Sur les essais aux Philippines :

http://www.gmo-compass.org/eng/news/358.docu.html

http://economictimes.indiatimes.com/Markets/Commodities/GM_Golden_Rice_to_take_the_field_/articleshow/2942822.cms

 


 

 

 


 

 

 

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commentaires

aatea 29/11/2012 13:35


Sauvez les baleines, oubliez les enfants

GFP 14/05/2009 09:32

Petite info sur le golden rice: les premières études sur la conversion du Béta carotène en Vit.A sontsorties hier. J'ai pas lu le papier mais à première vue on aurait un taux de conversion de l'ordre de 4:1, bien mieux que les 30:1 avancés par greenpeace. http://www.eurekalert.org/pub_releases/2009-05/bcom-gra051309.phphttp://www.ajcn.org/cgi/content/abstract/ajcn.2008.27119v1