La rationalité du principe d’équivalence en substance
De tous les principes qui régissent l’évaluation sanitaire des OGM, un des plus décriés est le principe d’équivalence en substance (PES). Il est pourtant d’une rationalité inattaquable. Voilà comment Gérard Pascal (1) l’expose :
« Comment évaluer la salubrité, la sécurité des
aliments provenant de plantes transgéniques consommées en l'état ou après transformation ? Il ne s'agit pas d'une évaluation toxicologique classique, dont les aliments consommés actuellement
n'ont d'ailleurs jamais fait l'objet à l'exception des aliments irradiés. De plus on ne dispose pas de méthodologie validée permettant de tester sur des animaux des aliments destinés à l'Homme et
encore moins l'ensemble d'une alimentation. C'est la raison pour laquelle un nouveau concept a été adopté : «l'équivalence substantielle». Issu de travaux de la FAO, de l'OCDE et de l'OMS, il
repose sur la comparaison des nouvelles denrées alimentaires avec des aliments ou ingrédients existants et consiste à considérer de la même manière sur le plan de la sécurité la nouvelle denrée
et l'aliment ou l'ingrédient traditionnel lorsqu'aucune différence significative n'a été mise en évidence. Cette relation d'équivalence est valable dans le domaine de la sécurité, et s'appuie sur
la
consommation de longue date des aliments bien connus sans conséquence négative identifiée sur la santé (2)… »
Le PES repose donc sur le principe que si la composition de l’aliment (graine,fruit, tubercule etc..) issu de la plante génétiquement modifiée ne varie pas ou varie peu de celle de l’aliment issu du parent de la plante transgénique, il doit être considéré comme sûr , équivalent à celle de l’aliment issu du « parent » . Les OGM actuellement commercialisés ne présentent que de faibles différences avec leur homologue non OGM et qui de surcroit s’inscrivent généralement dans la gamme des variations naturelles, c’est à dire des différences de composition observables au sein d’une même variété . Mais allons plus loin :
Dans les OGM, l’environnement et la santé (3), Marcel Kuntz nous apprend par exemple que l’analyse comparative des protéines de tubercules de pomme de terre génétiquement modifiées et de celles de leurs parents a révélé des différences quantitatives sur 9 des 730 protéines testées (soit 1,2%). D’autres analyses comparatives menées entre tubercules de variétés différentes ont mesuré des différences quantitatives sur 1077… des 1111 , soit 96,9% des protéines comparées !
Bien sûr, les protéines ne sont pas les seuls composants mesurés pour établir le principe d’équivalent en substance : on mesure également les lupides, glucides, les antinutriments etc..(4). Par ailleurs, des garanties de stabilité de l’insert et des tests de toxicité et d’alimentarité sont demandés.
Mais que révèlent ces résultats sur l’analyse des protéines de la pomme de terre ? Tout simplement qu’il y a moins de différences entre l’OGM et son parent qu’entre deux variétés de PDT conventionnelles. Ce qui n’a rien de surprenant car la transgénèse introduit un, deux ou un tout petit nombre de gènes nouveaux qui ne codent qu’un petit nombre de caractères s’exprimant ici dans les différences constatées sur 9 protéines seulement. Ces résultats signifient ici qu’il est certainement impossible de déterminer entre deux échantillons étudiés lequel est issu d’OGM à partir d’une analyse générale de leur composition. Seules l’analyse de l’ADN ou l’identification du caractère pour lequel le transgène a été inséré (5) permettent de distinguer l’OGM.
Paradoxalement un tel constat, qui devrait rassurer quant à l’innocuité des OGM, conduit les anti-OGM à repousser violemment le principe d’équivalence en substance. Preuve que l’hostilité de principe aux OGM ne repose sur rien de rationnel. Pour les anti-OGM , le PES et l’ensemble du protocole d’évaluation des OGM sont signés Monsanto donc forcément diabolique. Haussons donc les épaules et laissons Gérard Pascal conclure :
« (Ce protocole) résulte des travaux de centaines de scientifiques du monde entier. Croire que tous ont été sous influence de Monsanto et du gouvernement américain n’est pas très sérieux » (6)
Anton Suwalki
Notes :
(1) ancien directeur scientifique pour la nutrition et la sécurité des aliments à l'INRA et aujourd’hui expert pour la sécurité des aliments pour l'OMS et l'EFSA
(2) http://www.inra.fr/internet/Directions/DIC/ACTUALITES/DOSSIERS/OGM/pascal.htm
(3) Les OGM, l’environnement et la santé (2), par Marcel Kuntz. Ellipses, collection L’esprit des sciences.
(4) Voir la description détaillée des éléments demandés (Philippe Joudrier)
http://imposteurs.over-blog.com/article-18527494.html
(5) Pour ce dernier , ça peut être très empirique. Par exemple Percy Schmeiser a parfaitement compris que les plantes de canola qui avaient poussé en bordure d’un de ses champs étaient RoundUp ready, puisqu’elles avaient résisté à une pulvérisation de RoundUp, ce qui l’a conduit à les utiliser comme semences.
http://imposteurs.over-blog.com/article-17907560.html
(6) Agriculture et Environnement. Avril 2008