Les superstitions ne sont pas un facteur de performance

Le penchant de certains hommes de pouvoir pour des formes variées de mysticisme ou de superstition est connu. GW Bush ne s'était-il pas déclaré
inspiré par Dieu lorsqu'en 2003, il décida de mettre une nouvelle fois l'Irak à feu et à sang ? Sarkozy ne s'est-il pas empressé de déclarer sa flamme à Benoit XVI , de déclarer insuffisante
voire périmée la morale laïque et d'aller prêcher en terre wahhabite ? Plus loin, Mitterrand aurait utlisé les bons services astrologiques d'une certaine Elisabeth Teissier : c'est elle qui
l'affirme, et il est difficile de la croire sur parole. Mais nul doute qu'au terme d'une lutte acharnée et impitoyable au dénouement totalement incertain, ceux qui se hissent aux plus
hauts sommets du pouvoir peuvent (pour certains) en arriver à croire que c'est le destin les a placés là, et cherchent à interroger celui-ci en recourant aux bons conseils de ceux qui «
dialoguent avec Dieu » ou à des oracles de toutes obédiences.
Mais si Elisabeth Teissier se vante de ses illustres clients, ça n'a rien d'innocent ! Cela ne conférerait-il pas une certaine valeur à son charlatanisme,
puisque là où des gueux rationalistes rechignent à croire à ses divagations, des puissants qui gouvernent le monde s'en inspireraient, accédant à une forme de connaissance du monde que la raison
ignore ?
Si tel était le cas, il faut quand même reconnaître à l'aune du bilan affligeant des différents hommes de pouvoir cités, qu'on peut très bien se passer de bondieuseries ou d'astrologie pour
commettre pareilles politiques ! Les superstitions ne sont visiblement pas un facteur de performance en la matière . Pas plus qu'en matière de navigation, où il semble préférable qu'un marin
sache faire le point, consulter les données météo, plutôt que de se fier à son bon flair, ou interroger les viscères d'un poisson, ou bien encore consulter madame Tessier avant de prendre la mer.
Et jusqu'à présent, dans un aucun domaine, les savoirs pseudo-scientifiques n'ont apporté la preuve de leur
supériorité sur l'approche rationnelle.
Toutefois, un domaine est souvent cité au crédit de la superstition : le sport. Les sportifs de haut niveau ne sont-ils pas nombreux à s'adonner à des rites
bizarres, à des manies quasi-obsessionnelles ou à afficher ouvertement leurs superstitions ? Borg ne se rasait pas avant un grand tournoi. Tiger Woods porte un polo rouge à la dernière tournée de
son tournoi. Tel footballeur se signe à chaque fois qu'il doit tirer un pénalty etc…
Ces rites et superstitions ne contribueraient-ils pas par hasard à leurs performances, à leur "génie" ?
Il faudrait pouvoir d'abord distinguer les rites qui relèvent réellement de la superstition de ceux qui peuvent être simplement interprété comme des techniques de concentration pendant une
compétition qui confinent parfois, il est vrai aux TOC et ceux-ci peuvent s'avérer néfastes. Pour ce qui relève réellement du superstitieux, tous les grands sportifs ne le sont pas, et ne
confondent pas la chance ou l' inspiration du moment avec le bon œil. Et lorsque deux sportifs s'affrontent, c'est très vraisemblablement le plus fort ou le plus en forme du moment qui l'emporte,
pas le plus superstitieux. Mais le monde de la compétition est envahi par des soigneurs douteux, des charlatans des pseudo-médecines, et plus encore des « préparateurs mentaux » dont les méthodes
relèvent parfois davantage du gourou que de l'entraineur psychologue, et dont l'influence est parfois funeste à terme.
Combattre la superstition et les profiteurs de l'irrationnel dans le sport, et pas seulement au plus haut niveau, parce que le modèle a malheureusement tendance à faire école, est donc tout aussi
nécessaire que dans les autres domaines.
Qui disait , au fait, je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur ?