Quand Lepage enrage, c’est plutôt bon signe !
Pas contente du
tout, Corinne Lepage, à l’annonce de la composition de la Haute Autorité des Biotechnologies (1). Elle l’a fait savoir dans un communiqué cinglant.
Corinne LEPAGE, vice-présidente du Mouvement Démocrate et présidente
de CAP21 juge scandaleuse la composition du tout nouveau Haut Conseil des Biotechnologies.
En effet les représentants du comité économique, social et éthique n’auront aucun pouvoir tandis que le comité scientifique où se prendront les décisions est totalement noyauté par les
pro-OGM, à l’exception notoire du professeur le Maho.
Corinne LEPAGE regrette que ce comité reprenne les membres pro-OGM de la précédente Commission du Génie Biomoléculaire comme Mr Messéan dont on connaît les positions affirmées en faveur des
OGM et ne compte aucun spécialiste de biologie moléculaire ou de génétique ayant émis des travaux contradictoires sur les impacts sur l’environnement et la santé.
Le Crii-gen , dont l'expertise indépendante est reconnue, dont des membres ont été experts pour l'Union européenne dans le cadre du litige devant l'OMC n'est même pas représenté. De même
n'ont pas été repris les membres du comité de préfiguration critiques vis à vis des OGM.
C''est une véritable parodie qui conforte s'il en était besoin, l'impossibilité en France de disposer d'expertise indépendante au niveau des pouvoirs publics.
A l'heure où des scientifiques américains mettent en garde contre l'absence d'études indépendantes sur l'impact sanitaire des OGM , CAP21 regrette que les engagements du Grenelle sur
l'expertise soient délibérément violés.
Après le risque environnemental, désormais clairement identifié et incontestable pour les OGM pesticides proposés en cultures comme le Mon 810, le jour viendra où des études mettront
clairement en lumière le risque sanitaire des OGM. Dès lors, les comptes devront être rendus et les responsabilités établies.
Corinne LEPAGE, présidente de CAP21 "
http://www.cap21.net/dynamic/compress.php?cp=1516
En même temps, nous ne croyons que moyennement à la sincérité de l’indignation de la présidente du CRIIGEN. Une autorité « totalement noyautée par les pro-OGM », voilà le petit fonds de commerce du CRIIGEN assuré pour plusieurs années. Ne se présente-t-il pas l’organisme de recherche « indépendant », le contre-pouvoir ? Indépendant ? De qui et de quoi ? Indépendant de Monsanto, sans doute, du grand capital, c’est moins évident, puisqu’il bénéficie des subventions de la deuxième multinationale de la distribution. Indépendant (c’est-à-dire exempt) de tout préjugé, encore moins, puisque le site du CRIIGEN affiche crûment son idéologie anti-OGM, ainsi que les membres de son conseil d’administration et de son conseil scientifique.
A la différence par exemple de l’AFSSA réputée « pro-OGM » mais qui a mystérieusement rendu plus d’avis négatifs sur les OGM que d’avis positifs, il est d’emblée exclu qu’une publication du CRIIGEN « indépendant » conclue à autre chose qu’à la dangerosité des OGM .Indépendant, le CRIIGEN l’est donc autant que la Corée du Nord est une « république démocratique et populaire » …
Reconnu, le CRIIGEN ? Reconnu de qui , à part des médias complaisants et de la présidente du CRIIGEN, une certaine …Corinne Lepage qui s’exprime ici ! En dehors, il est discrédité, surtout depuis l’étude de Séralini sur le maïs MON863. Inutile d’ailleurs de préciser que les prophéties du genre « , le jour viendra où des études mettront clairement en lumière le risque sanitaire des OGM » sont purement gratuites. Aucun risque sanitaire n’a jamais été établi concernant les OGM actuellement consommés, et parler « de mettre clairement en lumière » un risque sanitaire pour les OGM en général n’a de sens que pour les superstitieux qui sévissent au CRIIGEN.
Mais surtout Corinne Lepage montre qu’elle n’a rien compris aux principes qui doivent (ou devraient) régir un tel organisme. La Haute Autorité n’a pas à être une commission « paritaire » ou une foire d’empoigne à s’affronteraient des « pro-OGM » et des « anti-OGM ». On ne demande nullement à ses membres d’être pour ou contre les OGM, on leur demande d’être aptes sur les dossiers d’autorisation d’OGM sur lesquels ils auront à se prononcer. Penser que les représentants du CRIIGEN auraient de droit des places réservées dans une telle institution est parfaitement loufoque ! On peut d’ailleurs se demander combien de membres du conseil scientifique du CRIIGEN ont déposé une candidature et indiqué leurs compétences dans le domaine. La haute autorité peut se passer de spécialistes qui lénifient en permanence sur les « plantes pesticides ».
Si donc, Madame Lepage est scandalisée c’est plutôt bon signe. Si une présence au sein de la Haute Autorité des Biotechnologies devrait sembler incongrue, c’est « l’exception notoire du professeur Le Maho », qui a montré dans son rapport écrit en défense de la clause de sauvegarde sur le maïs MON 810 qu’il était plutôt loin de son domaine de compétence.
Par ailleurs, ainsi qu’on me l’a fait remarquer, c'est tout de même la moindre des choses que de reprendre pas mal des experts précédents pour avoir la mémoire de ce qui a été fait jusqu'à présent mais aussi les compétences (immédiates) pour pouvoir juger des dossiers qui ont du s'accumuler depuis un bon bout de temps.
Le temps que ce nouveau comité apprenne à travailler ensemble, se définisse une méthode de travail, sache pour les nouveaux comment on expertise... quels sont les critères importants, qu'ils soient tous à peu près au même niveau d'informations sur les différents thèmes... cela va nécessiter une certain temps de rodage !
Toutefois, la composition de cette commission ne préjuge en aucun cas de la politique que suivra le gouvernement en matière d’OGM. Le peu de cas qu’il avait fait de l’avis des scientifiques du Comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM ,comme ses décisions récentes, prouvent sa volonté de continuer à caresser les anti-OGM dans le sens du poil.
Anton Suwalki
(1) http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/dossier_de_presse_CONSEIL_cle213c91.pdf