Témoignage : Les gens bien ça existe !
Un petit témoignage , loin des préoccupations habituelles de ce site , mais qui me tenait à cœur. A.S
Dimanche à la tombée de la nuit, ma fille et moi roulons en direction de Montbéliard. Je la ramène chez sa mère après qu’elle ait passé le week-end chez moi. Soudain à la sortie de Novillars, sur le morceau de 4 voies, j’aperçois sur ma gauche une ombre, un animal que je n’ai ni le temps d’identifier ni d’éviter. Il s’agissait en fait d’un sanglier que j’ai tué sur le coup. Je le percute sur le côté, le choc n’est pas très violent, mais le coup de volant-réflexe fait que je perds le contrôle du véhicule. La route est glissante, et ma voiture part en toupie. D’abord vers le bas côté puis, sans qu’on n’ait heurté le talus, repart vers la gauche, traverse la route alors que des voitures arrivent dans l’autre sens. Je ne sais pas combien de tours nous avons fait au total, mais dans ce ballet qui m’a paru interminable, la voiture a perdu beaucoup de vitesse. Nous terminons notre course en contrebas de la route (3 mètres plus bas) . Par une chance incroyable, la voiture passe entre deux arbres et se pose tout droit, nous épargnant les tonneaux. La terre meuble et mouillée a amorti le choc.
Je prends conscience que je suis encore en vie, et je demande à la petite si ça va, si elle n’a rien. Apparemment elle non plus. Je lui dis « Sortons de la voiture, mettons-nous debout, pour vraiment nous en assurer ». Nous sommes vraiment indemnes, même pas un bleu. Nous remontons un peu difficilement le talus. Des voitures sont arrêtées de l’autre côté de la route. Plusieurs personnes viennent s’enquérir de notre état. J’appelle le 17, et on m’annonce après qu’on m’ait demandé s’il y avait des blessés qu’on m’envoie une dépanneuse. Chose extraordinaire, la voiture elle-même n’a quasiment rien, et nous pourrons même repartir avec après qu’elle ait été sortie du fossé.
Pas de bobo physiquement, mais une frayeur vraiment traumatisante. A plus forte raison pour une fille de douze ans. La pauvre n’avait évidemment pas compris ce qui c’était passé, et je l’entends encore crier de terreur pendant la course folle de la voiture. Même en ayant évité le drame, le besoin de réconfort psychologique est énorme dans ces cas là. J’essaye bien qu’encore choqué moi-même d’en procurer un maximum à la petite, lui disant que c’est fini, lui répétant qu’on n’a rien, qu’il faut chasser de sa tête ces images terrifiantes, ne pas penser à ce qui aurait pu arriver etc…
Mais le plus grand réconfort viendra d’un couple qui s’était arrêté. Ils n’y étaient même pas obligés, la dépanneuse étant déjà là et la voie sécurisée. Venant à nous, il constate l’état de choc de ma fille ,lui parle gentiment. La dame va chercher des chewing-gum, de l’eau. Il lui propose d’aller s’asseoir dans leur voiture pendant qu’on sort la notre du fossé. Le monsieur discute longuement avec moi , me dit comprendre mon état de choc.
Ma fidèle Daewoo est prête à repartir, mais j’appréhende un peu de reprendre le volant. Le couple habitant à un kilomètre, me propose alors de nous héberger pour la nuit si nous ne sentons pas suffisamment bien pour repartir. Je décline poliment cette charmante attention, dis que je vais attendre un peu et repartir. Ils n’insistent pas. Ils resteront cependant un moment encore avec nous, jusqu’à ce que nous redémarrions.
Les gens bien , secourables, généreux, ça existe. Ceux-là ont su nous apporter une aide morale précieuse, et l’ont fait avec une grande intelligence et un tact remarquable. Ma fille elle-même en a été très touchée. Je ne les remercierai jamais assez.
On a trop tendance à ne retenir des informations et des faits divers que les manifestations de cynisme, l’égoïsme, l’indifférence ! Certes cette société en fabrique beaucoup, mais notre vision du genre humain en devient biaisée. Des expériences de ce genre redonnent beaucoup d’optimisme.
Depuis ce soir là, je tente évidemment de chasser les idées noires et j’essaie d’éviter de me repasser mille fois le film, de repenser au pire qui aurait pu arriver. Plus facile à dire qu’à faire. D’ici quelque temps, ma fille et moi auront rangé ce mauvais souvenir aux oubliettes, je l’espère. Par contre, je compte bien ne pas oublier ces gens formidables.
Anton Suwalki