Pourquoi les anti-bio tiquent ?
1ère
partie

1/ le bio, un créneau de marché limité, mais juteux
J'avoue m'amuser en voyant des gens de retour de leurs courses sortir de leur panier leurs produits bio : quelque fois le nom du produit est écrit en tout petit, presque illisible à moins d'un mètre, écrasé sous le logo magique de l'agriculture biologique écrit en caractères énormes. Ce genre de consommateurs ne boit pas du café, du lait…. Non, ils boivent bio.
Il y a à peine quelques années, le manger bio était prisée par une petite minorité éthérée. Aujourd'hui, le bio a envahi les rayons des grandes surfaces, il dispose de ses propres réseaux de distribution (Magasins La Vie Claire, La Vie saine) , et représente environ 2 Milliards d'euros de Chiffre d'affaires en France , en augmentation de 9,5% par an ( 17 Milliard de $ aux USA). C'est un petit créneau de marché, rapporté au CA total de l'agroalimentaire, et ça restera un secteur minoritaire, compte tenu de son incapacité à nourrir tout le monde. Mais on est déjà très loin des images d'Epinal du « petit » agriculteur bio résistant contre les « gros » et la mondialisation. Et la « bio attitude » qui se présente comme étant, au-delà d'un simple mode de production , une philosophie, s'accommode très bien avec des histoires de gros sous. D'un côté, le consommateur adepte du bio qui pense faire une bonne action, de l'autre un mouvement bien organisé qui a un sens des affaires et du marketing parfaitement rodé, et a démontré son efficacité à faire valoir ses intêrets, au regard des décisions du Grenelle de l'Environnement(1), et l'exploitation assez cynique de réels bons sentiments, l'acheteur de produits bio étant persuadé de réaliser un « acte citoyen », et même humanitaire, étant donné la confusion soigneusement entretenue entre bio et défense des petits paysans (sans parler du commerce équitable).
Certes, il y a les puristes, nostalgiques des sociétés préindustrielles pour qui cette évolution est sacrilège par rapport aux sacro-saints principes qu'ils
défendent. Peine perdue !
Le bio est déjà totalement intégré au système mercantile et s'est transformée en petite niche très rentable. Les idéologies sont souvent solubles dans le marché. Celui-ci les transforment , les
adaptent à ses besoins en leur enlevant leur pureté originelle. Le marché n'a pas d'autre religion que lui-même, et l'argent n'a pas d'odeur. Alors, peu lui importe de se parer des habits de
cérémonie de la religion bio pour peu que ça lui permette de vendre. Et si la société Monsanto, honnie des anti-OGM, s'enrichit à l'aide des biotechnologies, d'autres s'enrichissent en misant sur
l'hostilité et la peur des OGM en Europe et au Japon, pour constituer des fonds spéculatifs de plusieurs milliards sur des denrées bio(2).
La consommation de produits bio s'est élargi bien au-delà du cercle d'initiés de ses débuts, pour devenir une mode quasi-« populaire », seulement quasi, car les prix nécessairement supérieurs des
aliments bio les rendent inaccessibles aux plus pauvres. Et dans ces prix élevés, il y a des coûts très logiquement supérieurs, mais aussi des marges confortables, selon Le Canard Enchaîné,
pourtant grand défenseur du bio et pourfendeur d'OGM. Mais d'ores et déjà, les snobs devront trouver autre chose pour se rendre
intéressants.
2/ Quels sont les bienfaits écologiques du mode de production bio ?
C'est à l'origine la revendication première de l'agriculture biologique , avant qu'elle ne devienne un business juteux: promouvoir un ensemble de pratiques culturales respectueuses de
l'environnement , n'utilisant pas les produits phytosanitaires de synthèse, pratiquant la rotation des cultures , pratiquant un élevage extensif, donc moins susceptible de polluer les eaux
, des sols, et des
nappes phréatiques par les lisiers…
Autant d'objectifs parfaitement louables et au moins en partie atteints, semble-t-il. Ils ont le mérite de souligner en retour certains abus incontestables dans l'agriculture
conventionnelle, le problème des nitrates, de l'utilisation excessive de pesticides, de la concentration préoccupante dans certaines régions de P.O.P (3).
Autant de problèmes à résoudre pour l'agriculture « productiviste » dont le mérite est d'avoir considérablement augmenté les rendements (multipliant de 5 à 10 depuis 1900 la production à
l'hectare pour certains végétaux) , et donc une production de masse répondant aux besoins d'une population croissante, ce qu'à l'évidence, l'agriculture biologique ne pourrait pas faire. S'il
convient de limiter l'usage des produits chimiques à des niveaux raisonnables, d'interdire l'utilisation des produits dont la haute toxicité est prouvée (4), il est totalement illusoire
d'imaginer s'en passer. Les OGM, dont tous les développements possibles sont imprévisibles, pourront sans doute à terme fournir bien des solutions. C'est le cas du maïs BT produisant sa propre
toxine insecticide. Inutile de rappeler que les bio y sont farouchement opposés.
Si les objectifs environnementaux de l'agriculture biologique sont en partie remplis, des bémols s'imposent :
- Une des principales tares du mouvement bio est la croyance aveugle en la bienveillance de la nature qui ne pourrait se nuire à elle-même : Tel engrais,
insecticide et fongicide ne pourrait qu'être respectueux de l'environnement du moment qu'il est naturel. C'est un postulat qui n'a aucun fondement sérieux et il est mille fois démenti par les
faits.
- Aucune activité humaine n'est neutre pour l'environnement, et l'agriculture biologique n'échappe pas à la règle. Un moindre rendement à l'hectare pour l'agriculture bio signifie moins
produire sur une même surface. Donc plus de surfaces nécessaires pour produire la même quantité. Un bénéfice écologique plus que douteux.
- Certains substances biologiques utilisées comme insecticides telles que la Roténone sont susceptibles de causer des dommages sur des insectes non cibles . Celle-ci est aussi suspectée
d'être toxique pour l'homme (5)
- La bouillie bordelaise, mélange de sulfate de cuivre et de chaux, si prisée des agriculteurs bio et vénérée par les jardiniers amateurs, est elle aussi toxique pour les petits animaux et
son usage permanent conduit naturellement à l'accumuler dans les sols. C'est tout de même un comble que son usage soit accru du fait d'une culture à vocation écologique, alors que des mesures de
restriction ont été adoptées pour limiter son usage dans l'agriculture traditionnelle !
(A suivre)

Notes :
(1) http://www.legrenelle-environnement.fr/grenelle-environnement/IMG/pdf/SyntheseG4.pdf
(2)http://www.agriculture-
environnement.fr/AENEW/article.php3?id_article=151&var_recherche=bourse+bio
(3) Polluants organiques persistants
http://www.simv.org/Espace-Consommateurs/Actualites/2003/rapportagribio290703.pdf
(4) prouvée, donc évaluée scientifiquement, et non pas basée sur les campagnes sensationnalistes
(5) http://www.lamijardin.net/technique/jardin/la-rotenone.html