Testard-tufferies anti-OGM
Le 18 Octobre, Jean-Claude Bouhours publiait une tribune dans les pages « Rebonds » de Libération intitulé « N'ayons pas peur des OGM »(1). Qu'un chercheur
mette les pieds dans le plat du beau consensus dont Jacques Testard et ses alliés anti-OGM sont les principaux acteurs, voilà ce que ce dernier ne pouvait tolérer. Sa réponse ne pouvait attendre
(2), la qualité de sa littérature dût-elle pâtir de cette précipitation :
----------------------------------

La manipulation, un exercice que Jacque Testard maîtrise bien
!
---------------------------------------
"Il y a quelque chose d'indécent à affirmer, comme le fait Jean-François Bouhours («N'ayons pas peur des OGM», Libération, 18 octobre 2007), que la «parole
a été monopolisée par les militants anti-OGM», ceci juste au moment sensible (Grenelle) où les pro-OGM s'offrent de pleines pages de pub payante dans les médias. Si on entend davantage les
opposants aux plantes transgéniques (PGM), ce n'est pas qu'ils auraient des complicités en haut lieu (ni dans les ministères, ni dans les académies, ni chez les chroniqueurs économiques
polysavants), c'est seulement qu'ils sont très majoritaires et de plus en plus indignés."(JT)
Lorsque JF Bouhours remarque ce que n'importe qui a pu constater- la monopolisation de la parole par les militants anti-OGM- ça serait selon Testard de l'indécence. Le fait qu'une organisation
agricole (ORAMA) se soit payée une page de publicité par contre le scandalise et le papier de JF Bouhours l'indispose. Décidemment la « veille citoyenne » sur les OGM prend des aspects assez
anti-démocratiques : il justifie ni plus ni moins le fait qu'on entende pratiquement que les anti-OGM. Ceux-ci ne sont-ils pas « majoritaires et de plus en plus indignés » ?
Ce qui donne des boutons à Mr Testard, ce ne sont pas les mensonges et les énormités proférées sur les OGM et colportées dans les médias (voir les reportages de France 2 ou Canal +), ce ne sont
pas les accusations staliniennes de corruption des chercheurs proférées par ses amis, non, c'est le fait qu'on puisse (encore) s'exprimer en faveur de la recherche et du développement des
OGM.
Le choix d'une organisation agricole (ORAMA) d'intervenir dans le débat à travers un support publicitaire n'est sûrement pas le meilleur moyen de plaider sa cause auprès du grand public, certes.
Il est vrai que les organisations qui ont négocié directement avec Nathalie Kosciusko-Morizet la mise en œuvre de la clause de sauvegarde sur le mais MON 810 n'ont ,elles, pas eu besoin
d'engager ces dépenses pour se faire entendre. Greenpeace , avec qui J Testard entretient d'excellents rapports, s'est elle aussi payée de « pleines pages de publicité payantes » au Canada pour
soutenir sa campagne anti-OGM . Est-ce que ça choque Mr Testard ? Et pour parler de publicité ,l'Union européenne utilise l'argent des contribuables pour financer des campagnes en
faveur de l'agriculture biologique tandis qu'elle bloque au maximum la mise en culture de nouvelles plantes transgéniques : cela indigne-t-il Mr Testard ?
---------------------------------------

Un
publicité payante de
Greenpeace
---------------------------------
« Jean-François Bouhours prend la posture scientifique pour affirmer que nous sommes tous des OGM puisque nos gènes préexistent chez l'anémone de mer ou le loup. Ces analogies modernistes, en
vogue aujourd'hui (voir Yves Chupeau dans OGM : quels risques ?, éditions Prométhée, 2007), n'apprennent rien aux écolos qui savent depuis toujours que nous sommes «de la nature», elles montrent
seulement que la mystique du gène est si prégnante qu'elle peut induire cette même évidence jusque chez les scientistes ; et si ceux-là trouvent 99 % d'homologie entre les génomes du chimpanzé et
de l'homme, cela devrait suffire à prouver que l'ADN n'est pas le meilleur moyen
d'apprécier l'humanité.» (JT)
« Scientiste », « mystique du gène », « professeurs Tournesol » J Testard partage le même vocabulaire qu'une frange d'écologistes qui , eux, ont pour le
coup une véritable conception mystique de la nature (3) . JC Bouhours nous explique en fait les principes de la vie et de l'évolution des espèces et le fait que les concepteurs d'OGM
procèdent par les mêmes copier/coller que la nature (l'aléatoire en moins). Et il conclut à juste titre :
« La fabrication des organismes génétiquement modifiés n'apparaît alors que comme une modeste participation au joyeux bricolage des gènes qui a présidé à l'émergence des espèces. Il n'y a
donc pas lieu de tournebouler la France entière quand cette création humaine monstrueuse qu'est le maïs se trouve à nouveau marginalement modifiée par l'homme. » (JCB)
J Testard ne l'entend pas de cette oreille et préfère se livrer à une réflexion solitaire sur les 1% de gènes qui séparent l'humanité du chimpanzé. Remarque qui procède de la diversion et qui n'a
strictement rien à faire dans la discussion. La vraie question qui se pose est de savoir si un gène d'intérêt ajouté aux dizaines de milliers de gènes d'un végétal ou d'un animal en fait un
Frankenstein transgénique. La réponse est clairement non , un gène additionnel apporté à une fraise ne la rend pas plus éloignée d'une fraise « naturelle » que ne le sont deux fraises «
naturelles » de variétés différentes. Il reste après à vérifier que les effets de cette opération sont réellement contrôlables , mais c'est une exigence que l'on a jamais entendu formuler pour
les
croisements de plantes effectués à l'aveuglette depuis l'aube de l'agriculture, et qui ont abouti aux types de produits qui sont dans notre assiette : Pourtant n'était-ce pas là des manipulations
beaucoup plus importantes et complètement aléatoires de la nature ? Nul doute que J Testard ferait une triste mine s'il devait se contenter des ancêtres sauvages des fruits et légumes que nous
consommons.
Passons rapidement sur l'argument classique des « multinationales » , comme si les OGM étaient l'élément fondamental de leur domination : Il y a vraiment quelque chose de politiquement
stupide à assimiler une technique au mode d'organisation économique . Il n'est pas impossible qu'un jour, les grand semenciers cessent de s'intéresser aux OGM au profit de nouvelles techniques
qu'il est impossible de prévoir. Ce jour là, on peut être certain que les adversaires des OGM s'en désintéresseront pour aller cultiver de nouvelles phobies ! Et après tout, une agriculture à
l'opposé de celle qui existe actuellement, par exemple entièrement socialisée (semenciers compris), se poserait à peu près dans les mêmes termes la question des OGM (4):
Oui ou Non, sont-ils succeptibles d'apporter un bénéfice en terme de rendements, de qualité des produits, et d'environnement ? Sans doute se préoccuperait-elle mille fois plus de
la répartition sociale des bénéfices, mais si la réponse a la question est oui, elle serait stupide de ne pas adopter les OGM.
Mais sur cette question la réponse de J Testard est toute faite :
« Surtout, Jean-François Bouhours ne pose pas la question qui annule toutes les autres : en quoi les PGM sont-elles utiles aux consommateurs ? Puisque la réponse est «décidément à rien !»
malgré dix années de culture et jusqu'à plus de 100 millions d'hectares, pourquoi se référer aux grands personnages de la science (de Galilée à Darwin) pour défendre des marchands d'illusions
? « (JT)
Pour commencer, soulignons que si les agriculteurs parvenaient à produire à la fois avec des meilleurs rendements et avec moins d'intrants qui créent des
dommages à l'environnement, ou dans des conditions climatiques plus ingrates et sur des sols moins accueillants, ça serait un bénéfice au minimum indirect pour le consommateur : et ce, pas
seulement pour les consommateurs bien nourris qui constituent le gros des troupes anti-OGM, mais pour les 9 Milliards de consommateurs des décennies à venir.
La tartufferie de J Testard dépasse les bornes quand il prétend fonder son opposition sur l'intêret des consommateurs. On peut regretter en effet que l'immense majorité des cultures OGM
actuelles se limitent aux « plantes insecticides » et aux plantes résistantes aux herbicides. De très
nombreuses recherches sur des modifications génétiques ayant un intêret direct pour le consommateur restent pour l'instant sans application. Mais de celles-ci, J Testard n'en veut pas, au point
d'éprouver le besoin de mentir sur la quantité de riz doré à ingérer pour qu'il apporte la dose requise de vitamine A pour laquelle il a été mis au point(5). Ses amis cherchent même
à tout prix à faire capoter le projet :
« Le plus surprenant est peut-être qu'une des associations les plus opposées aux OGM a investi plus d'argent pour faire une contrepublicité au riz doré que ce qu'a coûté jusqu'à maintenant le
développement du projet. Ces conclusions sont le fruit d'une réflexion menée par un chercheur, Ingo Potrykus, responsable du projet suisse ainsi que d'un écologiste, Klaus Ammann, qui est
directeur du jardin botanique de l'université de Bern et dont les commentaires sur les biotechnologies sont bien connus. Selon les estimations de ces deux chercheurs, le projet de recherche
coûte, depuis une décennie, 240 000 dollars par an. A cela, il faut ajouter que le développement sur le terrain, qui est en cours, revient à 3 millions de dollars par an. La campagne
contre le riz doré, quant à elle, coûte 12 millions de dollars par an. »(6)
De même que les faucheurs OGM légitiment le fait de détruire les champs expérimentaux de plantes médicaments, ou glorifient l'attitude d'un président africain qui refuse des lots de maïs GM alors
que sa population est menacée par la famine.
Qu'on cesse donc de nous prendre pour des idiots avec de pitoyables discours sur l'intérêt du consommateur !

Notes :
(1) http://www.liberation.fr/rebonds/285608.FR.php
(2) http://www.liberation.fr/rebonds/286648.FR.php
(3) voir l'article d'imposteurs « Le mythe du Frankeinstein transgénique »
(4) se poserait au cas par cas , pour chaque OGM ,cette question. Il n'y a évidemment aucune
réponse globale
(5) consulter l'article d'imposteurs « L'étrange manque d'information d'un biologiste de renom »
(6) LM Houdebine dans SPS : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article506