Les propriétés stupéfiantes des grigris homéopathiques (suite)
Les lecteurs de la première
partie de l'article auront-ils été convaincus que l'homéopathie est un attrape-nigaud ? J'ai souvent entendu que ce genre d' exercice ne servait à rien, et n'était reçu que par ceux qui étaient
déjà convaincus. Ca me paraît un peu défaitiste. Je n'ignore pas qu'il y a malheureusement des gens totalement hermétiques aux arguments rationnels. Mais entre ceux-là et ceux qui ne sont plus à
convaincre, il y a sans doute des gens tout simplement peu informés ou des futurs adultes, futurs consommateurs convoités par les marchands d'illusions en tout genre.
Cela ne vaut-il pas la peine d'essayer de les éduquer au scepticisme et à l'esprit critique ?
Autre objection classique : « de toute façon, à quoi bon s'acharner puisque les gens sont libres de se soigner comme ils l'entendent , et de toute façon ,
l'homéopathie est inoffensive ».Pas du tout d'accord avec cette façon de voir les choses ! L'homéopathie n'est inoffensive que dans la mesure où les produits qu'elle vend sont du vent
(ou du sucre), comme nous l'avons vu précédemment. Avaler du vent alors
qu'on pense avaler de vrais remèdes peut produire un effet placebo pour les petits bobos, comme le sparadrap qui soulage l'égratignure sur le genou du gamin de 4 ans. D'autres pratiques de
médecines « parallèles » sont par contre loin d'être sans danger. Mais les croyances en l'homéopathie ou autres sont dangereuses lorsque les gens souffrent des pathologies plus lourdes et qu'on
les convainc qu'il s'agit de compléments voire d'alternatives à la véritable médecine. Les gens peuvent alors être tentés et
encouragés par les charlatans à renoncer à des traitements efficaces au profit de pseudo-remèdes. L'offensive actuelle contre la médecine moderne dont l' « appel pour une médecine
écologique » évoqué sur ce blog est une des manifestations ne peut qu'aggraver le phénomène. Un sondage IFOP estimait que le nombre de français ayant recours à l'homéopathie
était passé de 22 à 36% entre 1983 et 1994 et il ne fait presqu'aucun doute que cette proportion est plus forte aujourd'hui. Et c'est vrai pour l'ensemble des médecines parallèles. On ne peut
être que frappé lorsque au cours d'une conversation, dès que quelqu'un se plaint d'une douleur ou d'un quelconque mal , mille suggestions fusent : as-tu essayé l'homéopathie ? je connais un
excellent ostéopathe qui fait des "miracles" (sic). Et l'autre connaît qui un magnétiseur, qui un rebouteux etc-etc… A la fin, un peu timidement vous dites : et pourquoi
ne commencerais tu pas par consulter un médecin ? Ca jette tout de suite un froid !
On me fera observer que la plupart des consultations en homéopathie (ou en acupuncture) sont faites dans un cadre légal, par des médecins, ce qui représenterait une sécurité. Il y a quelque chose
qui me gène énormément là-dedans : Sous prétexte de parer au danger que représentent sorciers et guérisseurs de toutes obédiences, les vrais médecins doivent-ils devenir eux-même un
peu sorciers, un peu guérisseurs , voire un peu gourous ? De toute façon, ça n'empêche pas les gens qui y croient de tester d'autres « alternatives » au-delà du cadre médical . Ensuite il
faudrait se pourquoi et comment les médecins choisissent une « orientation » en médecine parallèle . Est-ce parce que ça leur assure un créneau de marché important et croissant ? Est-ce
que c'est parce qu'ils y croient vraiment ? Dans le premier cas, il y a une évidente question d'éthique. Parce que s'ils y viennent par opportunisme et qu'ils considèrent ces techniques comme des
placébos qui ne supplantent pas la vraie prescription médicale , comment répondent-ils alors à la demande croissante des patients d'irrationnel et à leur refus croissant d'une vraie médecine ?
Affrontent-ils courageusement les croyances de leur patient ? Je connais deux personnes qui se vantaient ouvertement d'avoir obtenu de leur médecin des certificats de complaisance pour des
vaccinations obligatoires qu'elles n'avaient pas effectuées , et pas uniquement pour elles mais pour leurs enfants. J'ignore si c'était vrai, mais ça me paraît très grave de la part de ces
personnes et inqualifiable de la part des médecins. Dans le deuxième cas, s'ils y croient , c'est différent mais tout aussi problématique ! Comment peuvent coexister dans le même thérapeute le
médecin -qui dispense la médecine basée sur les preuves (« Evidence-Based Medicine »)- et le guérisseur ?
Dernière chose sur une question évoquée plus haut : la liberté du patient . On l'a déjà dit, il ne s'agit nullement d'empêcher quiconque de croire et d'avoir recours à ces pseudomédecines, ça
serait contre-productif. Mais à la liberté du patient de choisir, correspond la liberté d'être informé sur la nature réelle de ces médecines alternatives. Et il faut surtout se rendre compte que
le thème de la liberté du patient est utilisé par les promoteurs des pseudomédecines pour graver dans le marbre de la loi le fait que
leurs praticiens bénéficient des structures légales tout en étant dispensés de toute obligation de rendre des comptes. Ne soyons donc pas éblouis à l'excès par les beaux idéaux de liberté
affichés par les marchand de granules de petites aiguilles , d'émetteurs d'orgone, d'énergie cosmique etc…
Au fait, les notion d'abus ,de tromperie, d'exploitation de la crédulité d'autrui doivent-elles totalement disparaitre dans la novlangue "post-moderne"? Pas sûr que ce soit
une victoire de la liberté...