Séralini c. Fellous : la science politisée, la justice instrumentalisée, les masques tombent ! (1)
Par Wackes Seppi
Première partie : Le positionnement du litige
Le mardi 23 novembre 2010 s'est tenue devant le Tribunal correctionnel de Paris l'audience qui a fait suite à la plainte en diffamation portée par Gilles-Éric Séralini contre Marc Fellous et l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV). En attendant le jugement et les rapports de presse – qui seront forcément centrés sur l'instantané, comme d'usage, et vraisemblablement biaisés tant la question des organismes génétiquement modifiés suscite les passions – il est utile de faire une synthèse d'un dossier susceptible d'avoir un impact profond sur la recherche et le débat scientifiques, voire sur nos choix de société.
La qualité des travaux scientifiques et des déclarations médiatiques de M. Séralini
D'après la littérature abondamment diffusée par ses amis [1], le professeur Séralini a d'abord reproché à l'AFBV d'avoir publié en décembre 2009 un communiqué dans lequel on pouvait lire (c'est la partie mise en italique par nous qui semble lui avoir posé problème) :
« L’AFBV déplore que la science soit mise au service de convictions personnelles ou idéologiques. Elle s’insurge contre les graves accusations formulées à l’encontre des instances d’évaluation qui réunissent des experts qualifiés de la Recherche publique. L’AFBV regrette enfin que les publications de M. Séralini rencontrent un aussi large écho médiatique alors que « ses travaux ont toujours été invalidés par la communauté scientifique»
Ce communiqué faisait suite à la parution, le10 décembre 2009, d'un article de Vendômois JS, Roullier F, Cellier D, Séralini GE , A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health [2].
Le communiqué a été retiré du site de l'AFBV dans ce qui est sans nul doute un geste d'apaisement. Mais il a été reproduit in extensodans le dossier à l'appui de la pétition de soutien à Gilles-Éric Séralini et ses collègues que l'on trouvera notamment sur le site de Sciences citoyennes [3]. Il n'a, semble-t-il, pas été maintenu en tant que support de la plainte, forclusion oblige. On peut le regretter : le (prétendu) diffamé ne s'est-il pas fait en cette occasion son propre diffamateur ?
Quoi qu'il en soit, le grief se retrouve dans des pièces plus récentes, recevables.
En réaction à un reportage du Magazine de la Santéconsacré aux organismes génétiquement modifiés et diffusé le 21 janvier 2010 [4], l'AFBV avait adressé les 26 et 28 janvier 2010 deux lettres, l'une à la direction de France 5, et l'autre à la Haute Autorité de l'Audiovisuel (également retirées du site de l'AFBV), pour protester contre le traitement unilatéral du sujet et demander une sorte de droit de réponse [5]. On pouvait y lire :
« Nous sommes scandalisés que votre émission s’appuie sur les seuls propos d’activistes opposés aux OGM, comme GE Séralini, chercheur avant tout militant anti-OGM qui se prétend indépendant alors que ses études sont financées par Greenpeace
« Ses déclarations médiatiques sont systématiquement contestées par la communauté scientifique comme l’a fait récemment le Comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies le 11 janvier dernier. »
Le « marchand de peurs »
La protestation de l'AFBV est ainsi exprimée :
« Nous déplorons enfin qu’une chaîne de télévision publique se fasse la porte-parole de 'marchands de peurs' d’organisations militantes et par là même participe à la campagne de dénigrement d’une technologie d’avenir répondant aux grands défis de notre siècle. » [5]
Au moins l'une des lettres comporterait également la phrase suivante :
« France 5 s'associe à la médiatisation d'un chercheur militant controversé et se fait le porte-parole d'un marchand de peur» [6]
Toujours d'après la littérature abondamment diffusée par ses amis, c'est là, en principe, le deuxième nœud du litige.
Qu'en fera le Tribunal ?
Dans la pratique, il n'échappera à personne que la saisine du Tribunal va bien au-delà d'un communiqué et de deux lettres, de deux affirmations sur la crédibilité du personnage et d'un qualificatif peu flatteur.
D'une part, s'il écarte l'option qui se présente peut-être à lui de décider sur la seule base des expressions prétendument diffamatoires, le juge devra se pencher sur la qualité scientifique des publications et des déclarations de M. Séralini. Il devra alors examiner, notamment, les conclusions des autorités de sécurité sanitaire et les jugements de valeur qui ont été exprimés par la communauté scientifique, ces éléments ayant évidemment été produits par la défense pour prouver la bonne foi de M. Fellous et de l'AFBV.
D'autre part, le juge est appelé à dire – s'il succombe à la grandiloquence du plaignant et de ses amis – si la science de M. Séralini et de ses amis prévaut sur une autre ; si M. Séralini est victime d'agissements condamnables ou, à tout le moins contestables, par des entités autres que l'AFBV (notamment par un prétendu et tentaculaire « lobby pro-OGM ») ; et même si la société dans sa globalité est victime de dysfonctionnements graves s'agissant des procédures d'autorisation des variétés génétiquement modifiées et s'agissant des droits de ceux qui contestent lesdites procédures (les « lanceurs d'alerte »). Rien que ça !
Chapeau éloquent d'un article publié le jour même de l'audience, sous le titre « La recherche scientifique se bat pour son indépendance », lui-même éloquent :
« Gilles-Eric Séralini, chercheur spécialisé dans l'étude des effets des OGM et des pesticides sur la santé, dénonce la recherche 'scienti'fric'… » [7]
Il va sans dire que, quelle que soit l'issue du procès, celui-ci sera utilisé pour faire avancer les causes de M. Séralini et de ses amis. Il pèse donc une responsabilité extrêmement lourde sur les épaules d'un juge unique – un personnage susceptible d'avoir lui-même une opinion arrêtée sur les OGM. Comme le montrent les précédents en matière de vandalisme par des « faucheurs volontaires », par exemple, la justice et son personnel ne sont pas immunisés contre les soubresauts du débat, voire du pugilat, public.
Le jugement a été mis en délibéré au 18 janvier 2011.
Wackes Seppi
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[1] Par exemple http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1807 (milieu de page)
[2] http://www.biolsci.org/v05p0706.htm
[3] http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/Annexe-support-Seralini_etal_2010.pdf (page 50).
[4] http://www.youtube.com/watch?v=YiaVaEE8gDo
[5] À notre connaissance, le texte des lettres n'est plus sur l'Internet. Des extraits typographiquement annotés – et provenant sans nul doute de la version électronique du dossier du conseil de M. Séralini, partie civile devant le tribunal correctionnel – ont été publiés par Mme Marie-Monique Robin sur le blog mis à sa disposition par <i>Arte</i> à :
http://robin.blog.arte.tv/2010/12/06/le-proces-seralini-fellous-et-les-conflits-dinteret-de-lafbv/
[6] Cité dans Un chercheur anti-OGM traité de « marchand de peur » :
[7] http://www.20minutes.fr/article/627473/planete-la-recherche-scientifique-bat-independance