Pièges à conviction et déluge de propagande écologiste sur la télévision publique
Hier soir, vous avez peut-être lu la chance d’échapper à deux « documentaires » diffusés en prime time sur deux chaines de la télévision publique ! Documentaires, c’est ainsi qu’on nomme les films des bonimenteurs écologistes.
On se rappelle la célèbre formule de Patrick Le Lay :
« Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »
Depuis quelques mois, il n’y a plus de publicité sur les chaines publiques après 20 heures. Le cerveau du contribuable est donc disponible pour des entreprises de bourrage de crâne aussi aliénantes que le pire de TF1.
- Sur France 3, dans l’émission Pièces à conviction animée par Élise Lucet , vous aviez droit à un reportage intitulé « Assiette tous risques »(1).
« Trois journalistes de Pièces à conviction ont été les cobayes d’une expérience inédite. Chacun suivant un régime alimentaire spécifique, ils ont été soumis pendant plusieurs semaines aux analyses d’un laboratoire indépendant. Les résultats sont sans appel : manger peut nuire à la santé. »
Il n’y a donc pas besoin de beaucoup d’imagination pour deviner quel message subtil va être délivré.
« Au menu : saumon aux pesticides, porc et poulet aux antibiotiques, fruits et légumes toxiques. Pour trouver ces produits il suffit d’aller au supermarché le plus proche. »
Une fois n’est pas coutume, les mensonges et outrances du documentaire ont suscité une mise au point de la part du ministère de l’agriculture (2).
En quoi consistaient ces régimes spécifiques ? Une dépêche de l’AFP nous l’apprend :
« Que faire alors ? Des journalistes ont testé pendant 12 jours les effets de régimes alimentaires opposés. Jean-Pierre, qui n’a absorbé que de la nourriture industrielle bon marché, a grossi de 1,5 à deux kilos, avec dans les urines des rejets d’urée et d’acides gras insaturés et un taux de conservateurs et de colorants multiplié par sept. Romain, qui s’est mis à un régime totalement bio, a maigri de deux kilos et ses analyses d’urine sont parfaites. »
Très clairement, on prend les téléspectateurs pour des imbéciles !
- Sur France 5, on avait au même moment droit à « Écologie, Ces catastrophes qui changèrent le monde ». D’une colossale finesse :
« En 2007, les jurés du Prix Nobel de la Paix envoient un signal fort en récompensant le professeur Pachauri, qui a démontré la réalité scientifique du réchauffement climatique, et l'ex-candidat à la présidentielle américaine Al Gore pour son film choc 'Une vérité qui dérange' : le lien entre paix et environnement est ainsi souligné. Aujourd'hui, avec la crise économique, l'idée que la croissance verte est nécessaire prend de l'ampleur. Comment en est-on arrivé là ? Le documentaire retrace, à l'aide d'images d'archives, l'émergence de la prise de conscience écologiste : depuis 1945, avec l'accélération de l'industrialisation du monde, des catastrophes écologiques majeures secouent la planète, de la pollution au charbon survenue durant l'hiver 1952 en Angleterre aux conséquences désastreuses de l'ouragan Katrina en 2005, en passant par la plus grave explosion nucléaire civile de l'Histoire, Tchernobyl en 1986. Les conséquences de ces catastrophes, les réactions et engagements qu'elles suscitent font naître un nouveau combat : l'écologie. Sont interviewés experts et témoins connus : Mihkaïl Gorbatchev, Yann Arthus-Bertrand, Noël Mamère, Nicolas Hulot... » (4).
La présentation insiste sur le fait que le film est sous-titré pour les sourds et les malentendants, mais rassurez-vous, les « mal-comprenants » n’ont pas été oubliés. Les amalgames les plus grossiers sont utilisés : Pesticides, Accidents industriels, Catastrophe de Tchernobyl, Pollutions au mercure au Japon, Amoco Cadiz, en passant par …Katrina. Peu importe la différence de nature entre ces problèmes, il s’agit de légitimer la « prise de conscience écologiste », mot poli pour désigner le bourrage de crane permanent.
Que vient faire Katrina , une catastrophe naturelle, dans ce gloubiboulga? Il s’agit d’induire l’idée qu’elle est la conséquence du réchauffement climatique causé par les GES, quand bien même le lien entre une tendance climatique et un événement météorologique particulier n’a strictement aucun fondement scientifique.
Le mal absolu serait donc l’accélération de l’industrialisation du monde depuis 1945 ! Le réalisateur mélange sans états d’âme les choux et les carottes,car cela donne toujours de la soupe écolo. Aucune image choc n’est épargnée au spectateur, des fois que celui-ci relativise les conséquences des catastrophes écologiques majeures qui secouent la planète depuis 1945 par rapport à celles de deux guerres mondiales, des guerres coloniales qui ont suivi, ou celles de la misère dans laquelle des régions entières du globe sont encore plongées.
Que les pesticides soient un facteur historique majeur de progrès agricole avant d’être une source de pollution, il était évidemment exclu de le rappeler pour ces manipulateurs qui banissent la notion de balance avantages/coûts . Ils ne se sont évidemment pas privés, par ailleurs, de faire appel au « nuage de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière », formule mensongère prêtée par Noël Mamère à Pierre Pellerin ,directeur du Service de protection contre les radiations ionisantes au moment de la catastrophe. Deux décennies d’intox auront permis à ce mensonge de passer à la postérité.
Qui dit « conscience écologiste » dit grandes consciences : la poignée d’individus qui se sont appropriés le monopole de la bonne parole écologiste et la petite lucarne- YAB, Hulot, Vendana Shiva, Noël Mamère…- étaient invités à pontifier , une fois de plus.
Écologie, Ces catastrophes qui changèrent le monde, qui ne nous épargne pas des images insoutenables des « victimes du progrès », oublie curieusement les victimes de l’acharnement et l’aveuglement criminel anti-pesticides. Le documentaire s’est ouvert sur la campagne anti-DDT et sur l’éloge Rachel Carson, auteur du Printemps silencieux. L’interdiction du DDT y compris dans les programmes de lutte contre le paludisme véhiculé par les moustiques , et les millions de morts qu’elle a entrainées(5) en quelques décennies avant qu’enfin l’OMS ait le courage de préconiser sa réintroduction, continue à être impudemment célébrée .
La coupe est pleine, et elle déborde depuis longtemps.
Anton Suwalki
Notes :
(1)http://programmes.france3.fr/pieces-a-conviction/
(2) http://www.agrisalon.com/06-actu/article-24143.php
(3) http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jmeEDUejkTR1aD-iTLrFrLECC5zw
(5) http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2006/pr50/fr/index.html
Quelques documents sur le sujet du DDT et de la malaria qui mériterait un dossier complet :
http://www.cdc.gov/ncidod/EID/vol3no3/roberts.htm
http://www.pathexo.fr/pages/articles/1997/1997-T90-3/MR96-098.htm
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8926025
Les articles de Jean Brissonnet sur le sujet :