Michèle Rivasi : comment faut-il entendre « mise à jour » ? par Wackes Seppi
Michèle Rivasi s’est sentie obligée de se justifier après la publication du dernier article de Wackes Seppi. Au-delà des clauses de styles, on peut se demander si elle n’aggrave pas son cas…
Anton Suwałki
« Michèle Rivasi, sur Angelina Jolie : ignoble, indécent, révoltant ! » [1] a fait réagir Mme Rivasi sur le Huff [2].
Elle y a publié une « mise à jour », preuve que notre coup de gueule a porté. La voici, publiée en intégralité, à notre initiative, comme un droit de réponse :
« Mise à jour du 06/06/2013 - C’est avec beaucoup de tristesse que je constate à quel point le message que j’ai voulu faire passer dans ce billet a mal été interprété. C’est pourquoi il m’a semblé nécessaire d’apporter ici quelques clarifications sur un sujet grave, auquel peu osent s’attaquer sous cet angle.
Mon opinion n’est pas une "infamie", et la comparaison avec les propos de Christine Boutin très peu flatteuse et hors de propos, ce n’est pas du tout le même message qui est délivré.
Je n’ai jamais écrit qu’Angelina Jolie avait programmé de communiquer à dessein lors du procès en cours à Marseille: c’est la conséquence de cette sortie médiatique qui a malheureusement dévié l’attention du public sur un sujet loin d’être moins grave: des milliers de femmes souffrent aujourd’hui le martyr à cause de Jean-Claude Mas, fondateur des prothèses mammaires PIP, qui a sciemment employé du silicone non médical dans ses prothèses. Bien consciente que le jugement sera rendu ultérieurement, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une première issue, cruciale pour l’avenir de ce procès. C’est en rencontrant ces victimes de PIP, au cours d’une conférence de presse que j’ai tenu à organiser à Marseille le 16 mai dernier qu’il m’est apparu nécessaire de rappeler les dégâts que peuvent occasionner la course au profit effrénée de certains.
En tant que femme, très concernée par les sujets de santé (voir mes travaux aux Parlement européen au quotidien), je n’ai jamais critiqué la décision d’Angelina Jolie, femme courageuse et respectable, qui n’a pas hésité à recourir aux grands moyens pour éviter un cancer du sein. De même, je mesure à quel point ce choix auquel sont confrontées de nombreuses femmes concernées par un cancer d’origine génétique est plus que douloureux. Je leur adresse mon plus profond soutien.
Ce qui est "ignoble", ce ne sont pas mes mots, mais bien les actions de certaines personnes et industries peu scrupuleuses comme Jean-Claude Mas et d’autres qui feront la Une des journaux lors de prochains scandales sanitaires à venir.
Ma position a toujours été de défendre ces victimes, les patients et les consommateurs en général, trop souvent manipulés par un lobby industriel qui ne pense qu’au profit, qu’au "business". Mme Jolie fait partie de ces personnes que je souhaite ardemment soutenir, qu’il n’y ait pas de méprise sur ce point.
Ce souci d’être du côté des victimes ne m’a pas quittée depuis que j’ai décidé de créer la Criirad en 1986, pour venir en aide aux victimes de Tchernobyl. Révoltée par l’attitude qui consiste à laisser les gens souffrir inutilement car il y a plus fort qu’eux au-dessus, je ne lâche aucun combat lorsque je l’estime juste.
Dans le cas des dispositifs médicaux -dont les prothèses mammaires font partie-, dois-je rappeler à quel point ces objets que nous introduisons dans notre corps ne sont pas anodins? Nous en avons bien évidemment besoin car ils sauvent des vies, mais il est crucial que les sociétés qui les fabriquent apportent un soin extrême à leur sécurité, afin qu’aucun effet secondaire ne puisse nuire à la santé de leurs porteurs et menacer leur vie. D'autre part, il est important de rappeler que le risque de banaliser le port de prothèses mammaires, notamment à des fins esthétiques, est réel. Il ne faut pas que ces dernières deviennent un objet de consommation banal, car il s'agit d'un implant nécessitant de la chirurgie parfois lourde. Au moindre problème, la ré-opération est de mise, avec les risques que cela comporte (anesthésie etc).
Le développement d'un cancer est un phénomène multifactoriel et la recherche sur la génétique ne doit pas occulter la recherche sur les déterminants plus collectifs, liés à l'environnement et aux conditions de vie. Il faut pouvoir agir en amont des maladies afin de ne recourir qu'en dernier recours à ces pratiques douloureuses, tant physiquement que psychologiquement, que représente l'ablation d'une partie du corps.
Aujourd’hui le dépistage précoce de la maladie est effectivement primordial pour amorcer un traitement au plus tôt, mais il ne doit pas être le seul moyen de réduction des risques. Prédire n'est pas forcément prévenir. »
Pas un mot d'excuse, ni de regret ; pas même pour avoir écrit un billet susceptible d'être mal compris. C'est son égo qui est mis au centre : Mme Rivasi se dit triste de voir combien le message qu'elle a voulu faire passer dans ce billet a mal été interprété.
Nous ne nous étendrons pas sur ses protestations de bonne foi. Mme Rivasi a écrit ; nous avons traduit ; elle répond qu'elle n'a pas écrit ce que nous avons écrit, ce qui est vrai ; mais nous maintenons notre explication de texte. Pas seulement parce que nous l'avons écrite, mais parce qu'elle est indiscutable et qu'il y a des éléments de confirmation encore plus indiscutables.
Ces protestations ne tromperont pas grand monde. Ainsi, Mme Rivasi revient sur les conséquences du timing de l'article de Mme Jolie dans le New York Times et de sa reprise en France : « [..] c’est la conséquence de cette sortie médiatique qui a malheureusement dévié l’attention du public sur un sujet loin d’être moins grave ». Cela ne corrige pas l'assertion initiale : « C'est donc ainsi que le message "attention aux prothèses mammaires, danger!" a été subrepticement remplacé et précédé par son contraire: "vive la mastectomie préventive qui sauve des vies et des familles!" » (c'est nous qui graissons).
Ce qui a été présenté comme une action à caractère frauduleux deviendrait donc un fâcheux contretemps ? L'attention du public n'a pas été attirée, mais « dévié[e] » sur un sujet dont la gravité est exprimée par une litote qui ne peut être que de façade, associée qu'elle est à l'adverbe « malheureusement ». Admettons pour les besoins de la démonstration que c'en soit une et reprenons, car il faut bien que Mme Rivasi comprenne ce qu'elle a signé : la sortie médiatique (une expression qui prête aussi à discussion) a malheureusement dévié l'attention du public sur un sujet grave...
Quant au fond, on ne peut que conclure que la « mise à jour » constitue une tentative ratée de produire nouveau message.
Un nouveau message qui se veut certes plus convivial et s'épanche sur des choses connues, mais qui n'est toujours pas débarrassé du déni de réalité, ni des scories idéologiques.
Déni de réalité ? Ce « sujet loin d’être moins grave », vu le contexte, c'est au mieux « tout juste aussi grave », et ce, pour les besoins de la tentative de décabossage. Mais quand le dossier de la fraude des prothèses PIP sera clos, quand toutes les prothèses défectueuses auront été remplacées, quand la justice se sera prononcée, le problème du cancer du sein, le problème lancinant des femmes porteuses de gènes défectueux demeureront. On est sur des registres complètement différents. Du reste, là où le littéraire voit une figure de style, le scientifique constate que l'étalon de la gravité est une malversation.
Scories idéologiques ? En témoigne : « [...] les actions de certaines personnes et industries peu scrupuleuses comme Jean-Claude Mas et d’autres qui feront la Une des journaux lors de prochains scandales sanitaires à venir ». L'art de la politique, selon Mme Rivasi, c'est de faire l'amalgame entre une personne et une industrie. Le fond de commerce, c'est le scandale sanitaire.
Encore un lapsus calami ? Pas du tout. Regardez la « profession de foi » : « Ma position a toujours été de défendre ces victimes, les patients et les consommateurs en général, trop souvent manipulés par un lobby industriel qui ne pense qu’au profit, qu’au "business". » On espérait un recentrage sur la santé, en tant que telle, de l'intérêt et de la compassion pour les victimes de la maladie ; on reste englué dans le discours anticapitaliste.
Et que vient faire Mme Jolie ici : « Mme Jolie fait partie de ces personnes que je souhaite ardemment soutenir, qu’il n’y ait pas de méprise sur ce point » ? La déclaration est certes belle, mais l'enchaînement des deux phrases, dans un même paragraphe, trahit la clause de style, sinon le manque de sincérité.
Ce nouveau message, enfin, n'effacera pas ce qui a été écrit dans le Huff, ni surtout ce qui a été dit lors de la conférence de presse que Mme Rivasi a tenue à Marseille le 16 mai 2013, en marge du procès PIP, manifestement en vue d'une exploitation politique de l'affaire. En voici l'odieux morceau de bravoure [3] :
« Alors qu’Angelina Jolie révèle avoir subi une double mastectomie pour prévenir un risque très élevé de cancer du sein et des ovaires, on peut s’attendre à une forte augmentation d’opérations, mais au profit surtout des industries qui fabriquent les prothèses mammaires. Un autre secteur se voit également ravi : la société américaine Myriad Genetics qui fabrique des tests de dépistage du cancer du sein. Quand on sait que ces tests sont vendus plus de 3 000 dollars pièce, on peut se poser la question : à qui profite le crime? »
Mais peut-être est-ce là encore un message que nous interprétons mal...
Wackes Seppi
Notes :
[2] http://www.huffingtonpost.fr/michele-rivasi/abblation-agelina-jolie-fausse-solution_b_3342277.html
[3] http://www.michele-rivasi.eu/medias/conference-de-presse-a-marseille-proces-pip-plus-jamais-ca/