Mécanique quantique : le principe de Heisenberg contourné
Dans le monde extraordinaire que décrit la mécanique
quantique, le monde du tout petit dans lequel les lois physiques en jeu défient l'intuition humaine, l'une d'elle est le principe de Heisenberg, du nom de son découvreur allemand en 1927. Que
dit-il ? Il dit qu'entre position et vitesse d'une particule, la précision de la mesure concernant l'une de ces deux grandeurs physiques est inversement proportionnelle à celle de la mesure de
l'autre grandeur. Dit autrement, ce principe prévoit une limite physique dans la précision des mesures.
En 2007, des physiciens de
l'université du Nouveau Mexique aux États-Unis ont montré que la limite en question pouvait cependant être contournée si les particules utilisées pour la mesure étaient en interaction. De la
théorie à la pratique, il s'est écoulé quelques années et c'est maintenant que nous arrive de l'ICFO, l'institut catalan de photonique, la première évidence expérimentale d'une telle possibilité
de dépassement de la limite imposée par le principe de Heisenberg dans la précision d'une mesure.
En l'occurrence, il s'agit de la mesure de magnétisation d'un
ensemble d'atomes de rubidium ultrafroids piégés optiquement et analysés par des impulsions laser. Dans une mesure classique, chaque photon du laser interagirait individuellement avec les atomes
et le signal résultant serait faible. Mais ce que Mario Napolitano et cinq de ses collègues de l'ICFO du groupe Quantum Optics dirigé par Morgan Mitchell, ont réussi à faire est d'envoyer des
impulsions laser telles que chaque photon, non seulement mesure l'état magnétique de l'atome sur lequel il arrive mais altère aussi la structure électronique de ce dernier de telle façon que
celui-ci influence la polarisation du photon suivant, créant ainsi une amplification du signal mesuré.
Cette expérience démontre l'existence de nouvelles voies de
métrologie, quantique en l'occurrence. Mesurer des champs magnétiques très faibles, immesurables jusqu'alors, permet d'espérer la mesure d'activités très fines du coeur ou du cerveau par exemple.
Mais manifestement on en n'est pas là : "de par les défis technologiques qu'il faut relever, des applications pratiques ne sont pas envisageables dans un futur proche" dit Barry Sanders, un
physicien de l'université de Calgary (Canada) cité par Edwin Cartlidge dans un article de présentation du travail en provenance de l'ICFO [1].
Il n'en demeure pas moins que cette expérience a été faite et a
valu à ses auteurs l'honneur d'être publiés dans la revue Nature [2].
Pour en savoir plus
- [1] "Quantum probe beats Heisenberg limit", http://physicsworld.com/cws/article/news/45535
- [2] "Interaction-based quantum metrology showing scaling beyond the Heisenberg limit" par M. Napolitano et al., Nature 471, pages 486-489 ; doi : 10.1038/nature09778
Rédacteur :
Guy Molénat, attaché scientifique, service.scientifique@sst-bcn.com
Source :
BE Espagne numéro 104 (5/05/2011) - Ambassade de France en Espagne / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/66676.htm