Frédérick Lemarchand, ou la misère de la sociologie au service du CRIIGEN
Depuis que ce blog est ouvert, de nombreux articles ont été consacrés aux mystifications du CRIIGEN, et plus particulièrement aux théories et aux fantaisies statistiques de son gourou Gilles-Eric Séralini. Le CRIIGEN nous a jusqu’à présent ignorés, ce qui était la meilleure tactique à adopter. Seul Pierre Henri Gouyon s’est risqué sans grands résultats sur le terrain des conflits d’intérêts.
Voici donc que pour la première fois, le CRIIGEN se risque à nous citer sur son site (1), non sans écorcher le nom du blog (« A propos d’un canular publié sur le blog L’Imposteur ») . Volontairement, ou par simple dilettantisme sociologique ? Car l’auteur du papier est en effet Frédérick Lemarchand, le sociologue de service du CRIIGEN. Ce papier se veut une analyse profonde d’un commentaire posté à la suite de l’exercice de style de Luc Marchauciel, « Feu sur la pintade »(2) . Il s’agit de l’ « alerte » sur un prétendu transfert horizontal d’un gène du maïs à la dinde.
Sans grande surprise, FL s’adonne à une analyse profonde du sens et du but supposés de ce commentaire, en omettant
délibérément le contexte et le sens de ces exercices clairement énoncés dès le départ :
« Je lance donc ici, avec l'aide précieuse de l'ami Anton, un grand concours de Fakes : faites preuve d'imagination, et que chacun rédige ci dessous
un faux communiqué alertant l'Internaute sur les dangers de la consommation de viande de pintade, afin de me venir en aide dans mon courageux combat écocitoyen (anonyme et virtuel).
Note pour toute personne qui aurait eu l'idée saugrenue de vérifier les informations avant de faire suivre les mails alarmistes, et qui serait ainsi tombée sur ce site :
il n'y a évidemment aucune raison de se méfier de la viande de pintade, c'était pour de rire, une sorte de canular pédagogique, pour alerter surtout sur la profusion d'infos non
vérifiées.. »
Une démarche d’autant plus claire que l’article figurait dans la rubrique « Détente, nouvelles insolites ».
Aussi malhonnête que ses collègues du CRIIGEN, FL nous prête l’intention de propager une rumeur, alors que l’avertissement préalable précise qu’il s’agit d’un canular. Notre but, n’était pas de tromper en faisant courir une rumeur aberrante afin de tester la crédulité des internautes. Celle-ci est suffisamment établie pour ne pas avoir à en rajouter. L’expérience montre de toutes façons qu’il n’y a pas de rumeur pédagogique, et qu’une fois qu’un bobard anti-OGM est lancé, on ne le maîtrise plus. Le succès des ragots propagés par MM Robin ou Info’GM sont là pour l’attester .
Pratiquant un amalgame savant, FL cite le canular d’Alan Sokal… qui avait lui aussi un autre objectif : il ne s’agissait pas de tester la propagation de rumeurs populaires, mais la perméabilité d’un courant « post-moderne » représenté notamment par la revue social texte aux théories les plus fumeuses.
Le sociologue du CRIIGEN ment outrageusement en écrivant : « Le pari entretenu par les auteurs ne repose pas tant sur le contenu du message, qui pourrait s’apparenter à une blague de potache, que sur l’usage social qui en sera fait à travers les canaux de diffusion de la connaissance, c’est-à-dire la structure épidémique des blogs et autres réseaux informatiques. ». C’est exactement le contraire de la démarche d’Imposteurs qui a toujours consisté à démystifier les rumeurs entretenues par les anti-OGM : hécatombes des moutons néozélandais, suicides des paysans indiens, morts des vaches allemandes ayant mangé du maïs BT, maïs mexicain monstrueux, mensonges sur le riz doré.. : ça n’est certainement du côté d’Imposteurs qu’il faut chercher les responsables de ces âneries véhiculées par la propagande anti-OGM . Pourquoi le sociologue ne s’intéresse-t-il pas plutôt aux « vraies » rumeurs qui polluent la toile?
A ce titre, FL émet un aveu sur la psychologie des anti qu’il représente : « les auteurs annoncent une nouvelle dont tous les environnementalistes et les citoyens responsables pourraient se féliciter, le type d’information qu’ils aimeraient entendre » : En clair, il est regrettable que ce ne soit qu’un hoax ! Si le tranfert horizontal d’un gène du maïs à la dinde était vrai, les environnementalistes et les citoyens responsables s’en féliciteraient ! FL regrette sûrement que les anti-OGM n’aient pas eu l’imagination suffisamment fertile !
Et si l’auteur du canular a jugé utile , comme le souligne FL, d’associer ce hoax aux « pillules détoxifiantes » de Séralini et Sévène Pharma, c’est malheureusement parce que les remèdes magiques du professeur Tournesol du CRIIGEN ont tout du canular .
« Or, il se trouve que le laboratoire du Pr Séralini (thèse Céline Gasnier, septembre 2009) ne teste pas des produits homéopathiques sur la détoxification hépatique, mais des extraits de plantes préparés par la société Sevene Pharma en effet, qui elle, commercialise aussi des produits homéopathiques avec la plus grande crédibilité. ».
Ce que le sociologue omet de préciser, c’est que tous les produits de Sevene Pharma sont formulées en « basses dilutions homéopathiques » (3): une hérésie, peut-être, pour les « hahnemanniens » purs et durs, mais Sevene Pharma se couvre de l’autorité charlatanesque de l’homéopathie, que FL nomme « la plus grande crédibilité ». Voilà un vrai sociologue des sciences, sans doute !
Mais voici donc enfin indiqués les travaux à l’origine des remèdes vendus par Sévène Pharma : aucune publication peer-reviewed indexée sur Pubmed ou Google Scholar, mais une thèse de doctorat .
Le titre de la thèse est éloquent (4): Mécanismes d'intoxication de cellules de mammifères par les herbicides
à base de glyphosate et de détoxification.
Le RoundUp est un produit formidable : il a permis à l’équipe de GES de d’élaborer un remède universel contre toute les molécules de synthèse (par définition mauvaises pour les esprits
superstitieux) !
Consultons la composition du jury : Gilles Eric Séralini, bien sûr, mais aussi Manuela
Malatesta (l’une des martyrs du mouvement anti-OGM), et Joël Spirou de Vendommois, le « médecin » homéopathe et acupuncteur du CRIIGEN! Elisabeth Tessier
n’était peut-être pas disponible…
Et n'oublions pas :Cécile Decroix-Laporte, Directrice Générale de la société Sevene Pharma Monoblet ! Surréaliste!
Nul n’est donc besoin de caricaturer Séralini and co pour les discréditer, ils s’en chargent tous seuls !
Frédérick Lemarchand de conclure :
« Les quelques messages interrogatifs et dubitatifs reçus au CRIIGEN suite à la mise en ligne du hoax auront en tout cas permis de mesurer que ni les journalistes , ni les associatifs,
ne sont prêts à jouer les « dindons de la farce » et qu’une culture de l’épidémie, qu’il s’agisse de la propagation de rumeurs comme de la pollution génétique, fondée sur la prudence, la raison
et une bonne connaissance des réseaux, tend à se développer au sein de la société civile ».
Hummm…Faut croire qu’il y a encore du boulot.
Ce monsieur qui cite Edgar Morin pour bien montrer qu’il a des lettres peut-il réellement croire à ce qu’il écrit ? Voilà qui ne devrait pas trop nous rassurer sur l’état des sciences humaines en France.
Anton Suwalki
Notes :
(2) http://imposteurs.over-blog.com/article-feu-sur-la-pintade--41979612.html
(3) http://imposteurs.over-blog.com/ext/http://www.sevenepharma.com/index.php
(4) http://www.certic.unicaen.fr/ednbise/actualites/new_soutenances.html