Electrosensibles et électoraux-sensibles
On croit rêver en découvrant cette nouvelle surréaliste dans le Dauphiné :
SAOU : des électrosensibles investissent la forêt pour une reconnaissance de leurs souffrances (1)
Mise en scène , dramatisation outrancière.
« Les politiques doivent se rendre compte que si on nous chasse, on meurt ». Ils en sont là, ces hommes et ces femmes qu'on désigne par le sigle EHS, pour électro-hypersensibles. Forcés d'occuper la forêt de Saoû, autrefois refuge pour les Huguenots ou les Maquisards et désormais asile pour ceux qui fuient les ondes électromagnétiques. »
Alors, les « électro-hypersensibles », persécutés, ou résistants ?
Il ne s’agit pas de nier la souffrance que peuvent ressentir ces personnes se déclarant électrosensibles. Mais de quoi souffrent-elles exactement ?
« Car leur quotidien d'EHS se décline - selon les cas - en arythmie cardiaque, douleurs dans tout le corps, insomnies. Avec au bout, pour certains, « la mort », avance Rodger Crot, à l'origine du rassemblement. Impossible pour les EHS de vivre au contact des ondes, en ville comme à la campagne. Ordinairement, ils « survivent » reclus, dans des grottes ou des caves, « terrés comme des bêtes », selon Philippe Tribaudeau, co-organisateur venu de Bourgogne.
« Le problème est que ce mal dont nous souffrons n'est pas reconnu comme une pathologie par la sécurité sociale. » Alors qu'en Suède, cette hypersensibilité est officiellement un handicap, la France tarde à légiférer. Pendant ce temps, les EHS perdent leur travail, s'isolent de leur famille, sont privés de toute aide et parfois pris pour des fous par des médecins dépassés. Se rendre à l'hôpital leur est même impossible, à cause des réseaux Wifi présents. Se déplacer devient un calvaire, un portable les effraie, bref, « l'extérieur est une torture », assène Philippe Tribaudeau. »
Faut-il croire que le « calvaire » décrit est d’une autre nature que celui des centaines de milliers de gens qui souffrent de symptômes analogues sans les attribuer aux ondes ? Ces maux n’ont évidemment pas attendu les antennes relais et la Wifi pour exister .
Serait-il rationnel que la sécurité sociale reconnaisse une pathologie qui ne relève pas, selon toute vraisemblance, de la sensibilité aux ondes électromagnétiques ? Le fait que cette hypersensibilité soit officiellement un handicap en Suède n’est aucunement un argument en faveur de cette reconnaissance et d’une loi. La vérité officielle ne fait pas forcément bon ménage avec la vérité scientifique .De fait, de nombreuses études menées en double aveugle, y compris par des chercheurs suédois (2) donnent des résultats convergents :
« On a réalisé un certain nombre d'études dans lesquelles on exposait des individus présentant une HSEM à des CEM similaires à ceux auxquels ils attribuaient leurs symptômes. L'objectif de ces études était de provoquer l'apparition de ces symptômes en conditions de laboratoire contrôlées.
La majorité de ces études indique que les individus se plaignant de HSEM sont incapables de détecter plus précisément une exposition à des CEM que des individus ordinaires.
Des études bien contrôlées et menées en double aveugle ont montré que ces symptômes n'étaient pas corrélés avec l'exposition aux CEM. Il a été suggéré que les symptômes présentés par certains individus se plaignant d'une HSEM pouvaient résulter de facteurs environnementaux non liés aux CEM, par exemple des papillotements provenant de lampes à fluorescence, des reflets et autres problèmes visuels associés aux écrans de visualisation, ainsi qu'une mauvaise conception ergonomique des stations de travail informatisées. D'autres facteurs, comme la mauvaise qualité de l'air des locaux ou le stress dans l'environnement de travail ou de vie, peuvent jouer un rôle.
Il existe aussi certains éléments indiquant que ces symptômes peuvent être dus à des maladies psychiatriques préexistantes, ainsi qu'à des réactions de stress résultant de la crainte inspirée par les éventuels effets sur la santé des CEM, plutôt que de l'exposition aux CEM elle-même. » (OMS (3))
Cet effet nocebo est confirmé par un épisode récent de la guerre des antennes qui s’est passé à Saint-Cloud (4) : des habitants se plaignaient de troubles du sommeil et de saignements de nez -des symptômes décidemment très variés- occasionnés par des antenne-relais…qui n’étaient pas branchées et n’avaient donc jamais émis la moindre onde !
La campagne anxiogène sur les dangers supposés des antennes relais menées par certaines associations « indépendantes » et qui a fait régulièrement la Une des médias, aura conduit des personnes à ressentir réellement les effets néfastes prêtées aux antennes relais, ou à attribuer les maux dont elles souffraient déjà à celles-ci. Ce qui est tout bénéfice pour les CRIIREM, Robin des toits etc.. qui créent ainsi les malades nécessaires à l’alimentation de leur fond de commerce.
On ne sait pas si les organisateurs de la manifestation new-age de Saou sont des militants ou bien s’ils sont simplement instrumentalisés. Toujours est-il qu’ils ont reçu le soutien bienveillant de l’incontournable Michèle Rivasi, militante écologiste et présidente du CRIIREM, ainsi que d’un député UMP et d’un sénateur socialiste. Les électrosensibles intéressent les électoraux-sensibles de toutes tendances, bien plus que les vrais problèmes.
Il n’y a aucun doute que la plupart des gens qui se disent EHS souffrent réellement. Mais n’iraient-ils pas mieux en comprenant que les principaux responsables de leur pathologie sont les marchands de peur, beaucoup plus sûrement que les ondes électromagnétiques ?
Anton Suwalki
Références :
(2) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/sites/entrez?cmd=Retrieve&db=pubmed&dopt=Abstract&list_uids=16304699
(3) http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs296/fr/index.html