La végétation des zones arides et semi-arides pourrait bien résister au changement climatique
Que retenir de l’année 2014 en matière de traitement médiatique de la question du climat ?
- Outre la communication intense autour de la future Conférence des Parties de la Convention Climat qui fera de Paris le centre du Monde pendant quelques jours, fin 2015,
- L’annonce du record de chaleur planétaire pour 2014 (depuis que les mesures existent), battant , tenez-vous bien, de 2 à 4 centièmes de degré le précédent record de 2010. Qu’on soit dans l’épaisseur du trait n’empêche bien sûr pas un échauffement totalement disproportionné des esprits à ce sujet. D’autant qu’en l’annonçant dès octobre, puis en répétant le pronostic chaque mois , et en se basant enfin sur la confirmation définitive de chaque organisme international , vos journaux préférés ont pu consacrer au total une bonne dizaine d’articles pour marteler le même message, alors qu’on est pratiquement dans le non événement.
-Et bien sûr, la parution très médiatisée du dernier rapport GIEC , qui affirme une certitude accrue dans le rôle de l’activité humaine comme principale responsable du changement climatique, et maintient des prévisions de hausse globale des températures mondiales jusqu’à près de 5 degrés en 2100, avec des impacts «graves, étendus et irréversibles », si rien n’est fait pour l’endiguer.
Parmi ces impacts graves prédits, figurent ceux concernant les zones arides et semi-arides, souvent considérées comme les plus vulnérables. Ainsi Plan Bleu écrit-il à propos de la Méditerranée :
« Il est aujourd’hui largement reconnu que la région Méditerranéenne est un « hot spot » du changement climatique. Selon le GIEC une hausse des températures de 2 à 3°C est à prévoir en région méditerranéenne à l’horizon 2050, et de 3 à 5°C à l’horizon 2100. Les précipitations estivales pourraient diminuer de 35 % sur la rive sud et de 25 % sur la rive nord d’ici la fin du siècle (Giorgi, 2007). Les pays méditerranéens sont déjà confrontés à d’importants problèmes de stress hydrique, de désertification, de pertes de biodiversité et d’évènements climatiques extrêmes tels qu’inondations et sécheresses. Le changement climatique se traduira très probablement par une aggravation de ces problèmes, entrainant des pertes humaines et économiques considérables. » (1)
Les résultats surprenants d’une étude publiée dans Nature Communications…
Il est généralement admis que les espèces soumises à une dégradation de leur environnement abiotique migrent vers des zones plus favorables, et disparaitraient en l’absence de possibilités migratoires ou en cas de dégradation accélérée de cet environnement : elles n’auraient alors pas le temps de migrer. Beaucoup d’espèces végétales seraient ainsi menacées en Méditerranée.
Or une étude publiée dans Nature Communications, probablement une des plus complètes sur le sujet, vient partiellement contredire cette hypothèse (2). Les auteurs, israéliens, allemands et américains, ont étudié dans 4 sous-régions climatiques d’Israël (aride, semi-aride, méditerranéenne classique, méditerranéenne humide-cf. illustration) les réactions des végétaux à des variations de précipitations artificiellement causées, afin de coller au mieux aux hypothèses testées dans les modèles. L’expérience a été menée sur 9 ans, soit une période assez longue.
Les résultats sont assez surprenants : les changement observés des caractéristiques de la végétation , biodiversité, biomasse , densité, sont peu importants. Très peu sont significatifs. Selon les auteurs, « les communautés végétales méditerranéennes et semi-arides seraient peu affectées par le changement climatique, au moins à court et à moyen terme ».
Ces plantes, auraient ainsi une capacité d’adaptation à des changements climatiques importants et en particulier, à un stress hydrique prolongé tel que prévu dans les modèles climatiques. « La raison de cette résistance se trouve probablement dans le fait que les changements prévus dans les conditions climatiques [simulés dans l’expérience], se situent dans la «zone de confort climatique» à laquelle les espèces qui les composent sont adaptées ».
Ainsi, les écosystèmes affectés ont montré une certaine résistance, probablement due aux quantités habituellement très variables des pluies annuelles de leur région d'origine. Les changements climatiques expérimentaux, qui ont simulé une diminution de 30% des précipitations, étaient dans les limites de cette « zone de confort » naturelle de ces plantes sauvages.
… résultats passés inaperçus dans la presse
Comme il se doit, les auteurs de cette étude restent prudents : rien ne garantit que ces résultats se vérifieraient dans d’autres régions ou sur une période plus longue. Ils considèrent toutefois que leurs observations devraient être pris en compte dans les exercices de prospectives auxquels se livrent les climatologues, tout en plaidant pour de nouvelles expérimentations plus longues.
Publiée en Octobre 2014, cette étude ne pouvait pas être prise en compte dans le dernier rapport du GIEC. Mais ça n’est probablement pas pour cela qu’elle est restée inaperçue de vos médias préférés. La raison n’est pas non plus dans le caractère confidentiel de la revue Nature Communications : un facteur d’impact de 10,742, c’est tout de même pas mal…
Serait-ce tout simplement, parce que trop occupés à multiplier les articles sur l’année 2014 « la plus chaude », les journalistes scientifiques seraient passés à côté de cette étude ? Le sujet est pourtant d’une grande importance. Mais Sciences2, par exemple, n’est pas passé à côté d’une autre étude, qui vient d’être publiée dans Nature (3) : selon celle-ci, l’élévation du niveau des océans pourrait être plus rapide que celle pronostiquée par le GIEC. Ainsi, lorsqu’une étude va dans le sens d’un alarmisme renforcé, les « citoyens » sont sûrs d’en être informés. Mais lorsqu’elle produit au contraire des résultats plutôt rassurants, c’est beaucoup moins sûr.
Anton Suwalki
PS : je serais curieux de savoir quelle proportion de nos fidèles lecteurs ont entendu parler de cette étude…
Notes :
(2) Middle-Eastern plant communities tolerate 9 years of drought in a multi-site climate manipulation experiment, Nature Communications 5, Article number: 5102 doi:10.1038/ncomms6102,
En libre accès :
http://www.nature.com/ncomms/2014/141006/ncomms6102/full/ncomms6102.html?WT.ec_id=NCOMMS-20141008