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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 16:10

                                                     Pour une approche rationaliste du hasard
                                                (1ère partie)  





L’approche rationaliste du hasard a beaucoup de mal à être comprise, et les définitions de base qu’en donnent les dictionnaires sont assez insatisfaisantes :

Petit Larousse : « Cause imprévisible et souvent personnifiée attribuée à des évènements fortuits ou incompréhensibles. Évènement Imprévu »

Petit Robert : « Évènement fortuit , concours de circonstances inattendues et inexplicables. »

 

1/ Ce qui est fortuit étant par ailleurs défini comme « arrivant par hasard », on n’est guère plus avancé. Mais surtout, le Petit Larousse privilégie une définition peu rationnelle, celle que le prête le sens commun qui a tendance à « personnifier » la cause.

2/ Le choix du Petit Robert d’employer « inexplicables » plutôt qu’ « inexpliqués » ouvre paradoxalement la porte à des explications telles que la génération spontanée ou à l’inverse le recours aux explications métaphysiques, paranormales…. Nous défendons ici une conception strictement déterministe du hasard. Quand bien même un événement échappe momentanément à notre compréhension, il est le produit d’une cause ou d’une combinaison de causes qu’il s’agit d’élucider.

3/ La notion d’imprévisibilité doit être précisée :

-Même des « systèmes » régis par des interactions simples peuvent donner lieu à des développements extrêmement complexes et variés difficilement prévisibles: la théorie des automates, notamment, permet de formaliser ce phénomène.  Un tel mécanisme pourrait être illustré, par exemple, à travers l’étude de l’extension spatiale d’une agglomération urbaine régie par 3 ou 4 paramètres simples.

-A plus forte raison si l’on raisonne sur des systèmes mettant en jeu des causes inter agissantes extrêmement nombreuses, on peut parler d’imprédictibilité totale : Bien malin celui qui s’aventurerait à dépeindre ce que sera le monde vivant dans quelques milliers d’années. Et si on trouvait sur Titan des formes primitives de vie, nul ne pourrait davantage spéculer sur leur développement futur. Par contre, l’impossibilité de prévoir ne signifie pas l’impossibilité de fournir des explications convenables a postériori.

-Par contre l’approche rationnelle du  hasard s’intéresse également à des « épreuves » où l’ensemble des évènements possibles est parfaitement prévisible. Ce qu’on ignore dans ces cas c’est lequel parmi ces évènements apparaîtra au cours d’une épreuve donnée : C’est le cas pour le tirage de cartes dans un jeu de 52, pour des  lancers de dés ou de pièces de monnaie, pour les combinaisons d’arrivée possibles d’une course de chevaux, pour parler des petits casse-tête abordés systématiquement en initiation aux probabilités.

 

Notre définition du hasard n’est donc pas réduite à des phénomènes qui dépassent momentanément notre compréhension (qui serait donc « inexplicables » selon le Petit Robert). Nous passerons rapidement sur les explications de toute façon infalsifiables qui  voient derrière le hasard qui nous joue des tours l’intervention d’une main invisible , d’une intentionnalité, qu’il sagissa de Dieu (« qui est partout ») ou d’un substitut. Nous ferons simplement remarquer que cette croyance n’a  aucune valeur opérationnelle. Croire que c’est  la main du destin qui a glissé une peau de banane sous notre pied , nous amenant à faire une mauvaise chute, et non la conjonction fortuite d’un acte peu civique et d’un moment de distraction de notre part nous prépare plutôt mal à affronter dans le futur des situations  analogues ! Impossible de toute façon d’interpréter le message du destin (M’a-t-il fait glisser sur une peau de banane pour me punir, me mettre à l’épreuve afin de me récompenser plus tard, par simple facétie etc..?) à moins de s’en remettre à ceux qui prétendent communiquer avec les puissances occultes.

 

 En cherchant un petit exemple pour introduire la problèmatique du hasard, je me suis posé ce petit dilemme amusant. Imaginons qu’à des prisonniers devant être exécutés de manière certaine demain , on propose la liberté s’ils acceptent de se soumettre à une épreuve : ils doivent traverser quitter la cellule en traversant une pièce de  (mettons) 100 mètres carrés, minée d’engins explosifs répartis de manière aléatoire et absolument indétectables . S’il accepte l’épreuve, le prisonnier a le choix entre 2 options .

Option 1 : il traverse la pièce parsemée de 20 mines sans aucune « aide » extérieure.

Option 2 : il traverse la pièce de 40 mines guidé de l’extérieur par un voyant qui prétend lire dans sa boule de cristal les endroits où "la main du destin" a enfoui les mines , ou par un radiesthésiste réputé qui prétend déjouer les lois du hasard  en balayant de son pendule une photographie de la pièce.

On a donc en réalité  3 possibilités :

1) rester prisonnier en sachant qu’on sera mort le lendemain

2) accepter de s’en remettre au hasard en franchissant la pièce parsemée de 20 mines.

3)  s’en remettre aux « dons » du voyant ou du radiesthésiste en franchissant la pièce parsemée de 40 mines.

En tant que rationaliste :

- je choisis 2)  contre 1) , c’est à dire une chance de m’en sortir contre la certitude de mourir, dès lors que j’ai la garantie que les charges explosives sont suffisantes pour passer instantanément de vie à trépas, et que je ne risque pas d’agoniser dans d’atroces souffrances.

-je choisis 2) contre 3), parce que je sais ce qu’est le hasard, et que je ne crois pas au pouvoir des voyants , des radiesthésistes dont aucune expérience contrôlée n’a jamais mis en évidence la capacité à faire mieux que le hasard. Logiquement je choisis l’option hasard 20 mines, parce que la probabilité de franchir sain et sauf la pièce est 2 fois plus importante.

Je choisis ça, mais quelle proportion de prisonniers ferait le même choix ?

 

Le mot probabilité a été prononcé. Si ce terme barbare évoque à certains de mauvais souvenirs de zéro pointé en cours de Terminale ou plus tard, tout le monde au quotidien fait à la manière de monsieur Jourdain des probabilités sans le savoir, même sans avoir recours à un outillage mathématique. Les lois et les calculs de probabilité sont un outil précieux pour prendre des décisions dans un environnement incertain et dans des contextes où  l’information disponibles est partielle. Ils permettent, au moins dans certains domaines, non pas d’éliminer le hasard, mais de réduire ses dictats au strict minimum.

Mais les parties suivantes de cet article se veulent davantage une pédagogie de l’approche rationaliste du hasard qu’un cours de probabilités et de statistiques. On se contentera de donner quelques formules relativement simples, abordables à partir d’un bagage mathématique léger en privilégiant l’explication littéraire de leur signification et de leur portée. Quelques formules plus complexes seront simplement indiquées en note.

Anton Suwalki

 (à suivre)

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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 14:17

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Le penchant de certains hommes de pouvoir pour des formes variées de mysticisme ou de superstition est connu. GW Bush ne s'était-il pas déclaré inspiré par Dieu lorsqu'en 2003, il décida de mettre une nouvelle fois l'Irak à feu et à sang ? Sarkozy ne s'est-il pas empressé de déclarer sa flamme à Benoit XVI , de déclarer insuffisante voire périmée la morale laïque et d'aller prêcher en terre wahhabite ? Plus loin, Mitterrand aurait utlisé les bons services astrologiques d'une certaine Elisabeth Teissier : c'est elle qui l'affirme, et il est difficile de la croire sur parole. Mais nul doute qu'au terme d'une lutte acharnée et impitoyable au dénouement totalement incertain, ceux qui se hissent aux plus hauts sommets du pouvoir peuvent (pour certains) en arriver à croire que c'est le destin les a placés là, et cherchent à interroger celui-ci en recourant aux bons conseils de ceux qui « dialoguent avec Dieu » ou à des oracles de toutes obédiences.

Mais si Elisabeth Teissier se vante de ses illustres clients, ça n'a rien d'innocent ! Cela ne conférerait-il pas une certaine valeur à son charlatanisme, puisque là où des gueux rationalistes rechignent à croire à ses divagations, des puissants qui gouvernent le monde s'en inspireraient, accédant à une forme de connaissance du monde que la raison ignore ?

Si tel était le cas, il faut quand même reconnaître à l'aune du bilan affligeant des différents hommes de pouvoir cités, qu'on peut très bien se passer de bondieuseries ou d'astrologie pour commettre pareilles politiques ! Les superstitions ne sont visiblement pas un facteur de performance en la matière . Pas plus qu'en matière de navigation, où il semble préférable qu'un marin sache faire le point, consulter les données météo, plutôt que de se fier à son bon flair, ou interroger les viscères d'un poisson, ou bien encore consulter madame Tessier avant de prendre la mer. Et jusqu'à présent, dans un aucun domaine, les savoirs pseudo-scientifiques n'ont apporté la preuve de leur
supériorité sur l'approche rationnelle.

Toutefois, un domaine est souvent cité au crédit de la superstition : le sport. Les sportifs de haut niveau ne sont-ils pas nombreux à s'adonner à des rites bizarres, à des manies quasi-obsessionnelles ou à afficher ouvertement leurs superstitions ? Borg ne se rasait pas avant un grand tournoi. Tiger Woods porte un polo rouge à la dernière tournée de son tournoi. Tel footballeur se signe à chaque fois qu'il doit tirer un pénalty etc… 

Ces rites et superstitions ne contribueraient-ils pas par hasard à leurs performances, à leur "génie" ?

Il faudrait pouvoir d'abord distinguer les rites qui relèvent réellement de la superstition de ceux qui peuvent être simplement interprété comme des techniques de concentration pendant une compétition  qui confinent parfois, il est vrai aux TOC et ceux-ci peuvent s'avérer néfastes. Pour ce qui relève réellement du superstitieux, tous les grands sportifs ne le sont pas, et ne confondent pas la chance ou l' inspiration du moment avec le bon œil. Et lorsque deux sportifs s'affrontent, c'est très vraisemblablement le plus fort ou le plus en forme du moment qui l'emporte, pas le plus superstitieux. Mais le monde de la compétition est envahi par des soigneurs douteux, des charlatans des pseudo-médecines, et plus encore des « préparateurs mentaux » dont les méthodes relèvent parfois davantage du gourou que de l'entraineur psychologue, et dont l'influence est parfois funeste à terme. 

Combattre la superstition et les profiteurs de l'irrationnel dans le sport, et pas seulement au plus haut niveau, parce que le modèle a malheureusement tendance à faire école, est donc tout aussi nécessaire que dans les autres domaines.

Qui disait , au fait, je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur ?

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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 12:18

19 Février 2008 : j'ai enfin rajouté les numéros de notes de bas de page et j'ai tenté dans la mesure du possible d'améliorer la mise en page du texte par rapport à la première édition.  Signalons d'autre part que nous avons proposé à Vincent Gay, quelque peu malmené dans l'article de Yann d'exercer son droit de réponse.
 
A.S
 
 
 

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 Rouge, hebdomadaire de la LCR, est avant tout un journal appuyé sur une grille de lecture « anticapitaliste » du monde. Pourtant, entre d'un côté le soutien affiché aux grévistes de la faim qui étaient prêts à mettre leur vie en jeu pour lutter héroïquement contre… contre quoi déjà ?.... ah oui, contre… du maïs (1)! ,  et d'un autre une pleine page accordée à la promotion de ce combat central de la classe ouvrière qu'est en ce début d'année 2008 la lutte contre l'irradiation des aliments (sic) (2), l'hebdomadaire en question a pu ressembler par moments ces dernières semaines à l'organe officiel de « La Vie Claire » ou d'une autre chaîne de magasins spécialisée dans les produits bios trop  chers, les cristaux qui harmonisent les énergies et les crèmes antirides à l'huile de cacatoa des mers du Sud (déjà utilisée depuis des millénaires par les habitants indigènes des îles du Pacifique, c'est vous dire si ça marche) !
 
Au-delà de l'ironie, il vaut la peine d'analyser le cri de victoire qui a été poussé dans l'édition du 7 janvier sous la plume de Vincent Gay (3), à propos de l'activation de la clause de sauvegarde sur le maïs OGM MON 810, commercialisé par le célèbre Monsanto. La logique sous-jacente à ce texte rejoint pleinement celle qui transpire des propos du biologiste Jacques Testart (déjà évoqué à plusieurs reprises sur ce site (4)), tels qu'ils apparaissent dans une table ronde de L'Humanité du samedi 26 janvier, intitulée « Faut-il avoir peur des OGM ? (5)» . Dans les deux cas, sur la question du rapport entre les experts et le politique, sont avancées des idées qui peuvent apparaître progressistes et « démocratiques » à première vue, mais qui avancent en fait sur une piste glissante….
Plusieurs choses posent problème. A propos des motivations du pouvoir UMP qui a décidé d'activer la
clause de sauvegarde :
 
Rouge : « Après maintes tergiversations, avancées et reculs, une première victoire vient récompenser des années de lutte contre les cultures en plein champ de plantes génétiquement modifiées (…).Une forte pression s'est, dès lors, exercée sur le gouvernement, en particulier à travers la grève de la faim de militants anti-OGM, dont José Bové ».

Là, tout à coup, on ne reconnaît plus le gouvernement Fillon/Sarkozy. Il aurait donc cédé à la pression croissante et payante des militants anti-OGM, faucheurs volontaires et grévistes de la faim en tête ? On peut penser au contraire que cette décision intervient paradoxalement au moment où ce mouvement s'essoufflait (absence de relais dans les milieux scientifiques, net recul de la Confédération Paysanne aux élections professionnelles, émotion après le suicide d'un agriculteur du Lot et début de riposte des agriculteurs producteurs d'OGM, etc. ). Si l'opinion publique est majoritairement réticente par rapport aux OGM, le bide retentissant de José Bové aux présidentielles et l'élection d'un rare candidat à ne pas s'être engagé en faveur d'un moratoire avaient montré qu'elle n'en faisait pas un critère  de son vote (contrairement au pouvoir d'achat…). 

Bref, on peut penser que la pression sur Sarkozy a été minime, et on voit mal comment une grève de la faim moustachue, fut elle encensée par Rouge, aurait pu réussir ce qu'une quasi grève générale n'a pas réussi à propos des retraites en 2003….Pensons à la brutalité avec laquelle le gouvernement avait envoyé les CRS  contre l'association Don Quichotte peu de temps auparavant, pensons au traitement réservé aux sans-papiers et à leurs soutiens, et remettons un instant les pieds sur terre. On peut plus sobrement, mais de manière plus cohérente au regard du comportement de l'hôte de l'Elysée, penser qu'il y a là une opération de communication et de politique spectacle, dans un étonnant pas de deux avec un José Bové friand lui aussi de ce genre de choses….  Une décision provisoire, comme tout le monde en a conscience…
 
Ce que cette décision purement politique (cf la suite) représente surtout, c'est un démenti assez catégorique aux analyses de ceux qui sont « anti-OGM parce que antilibéraux ». Avec quelle facilité ce gouvernement cède et offre une « première victoire », si l'on compare avec son attitude sur les dossiers des retraites, des services publics ou de la constitution européenne ! C'est peut être que les OGM ne sont pas à ce point la carte maîtresse du capitalisme de l'agro-alimentaire que certains décrivent, et que les enjeux sont en fait ailleurs….
 Rouge : « Le 9 janvier, la Haute autorité d'évaluation a remis son rapport au gouvernement, dans laquelle elle émet des doutes sérieux sur l'absence de dangerosité du MON 810, en particulier concernant ses incidences sur la faune et la flore et sa dissémination sur des dizaines de kilomètres.
e rapport reprend, de fait, les analyses de la Confédération paysanne et de l'Alliance pour la planète remises au gouvernement en novembre.
»
Il faut être plus précis que ça. Dans ses déclarations publiques, le président UMP de la Haute Autorité a effectivement, si l'on veut,  repris à son compte les analyses de la Confédération Paysanne et de l'Alliance pour la Planète. Mais, par contre, le rapport de la Haute Autorité lui-même ne le fait pas. L'AFIS a entrepris le travail de décorticage de ce rapport, mais ce qui est certain à ce jour, c'est que les idées avancées de « doutes sérieux » et d' « effets négatifs » mises en avant sont le fait du sénateur UMP Jean-François Legrand et pas des scientifiques membres de la commission en question.
 
Voir à ce sujet :
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article821
Il s'agit bien d'une décision politique fondée sur une analyse d'opportunité, et non pas une décision d'ordre écologique ou sanitaire fondée sur des données scientifiques nouvelles.

 Rouge : « Concrètement, cela signifie qu'il n'y aura pas de culture d'OGM en France en 2008, ce qui
a soulevé la colère des gros céréaliers, de la FNSEA et de responsables de l'UMP.
»

Cette phrase est au coeur de ce qui est en fait une petite entourloupe. Elle vise à faire croire que les OGM, c'est uniquement le truc des gros céréaliers et de l'UMP (au moment où le pouvoir UMP impose un moratoire sur le seul OGM cultivé en France !). Le mensonge par omission qui se cache ici, c'est que les conclusions que tirent Legrand et Sarkozy n'ont pas  seulement été contestées par « les gros céréaliers, la FNSEA et des responsables de l'UMP », mais aussi et surtout par 12 des 15 membres du collège scientifique de cette pré-Haute Autorité, qui se sont sentis floués et manipulés(6) , puisqu'on leur a fait dire ce qu'ils n'avaient pas dit… Et ils sont ici en phase avec les  1 200 personnes qui ont paraphé l'appel contre le moratoire, dont la liste de signataires égrène un très impressionnant défilé de scientifiques travaillant dans le domaine concerné (7), ou avec les 40 académiciens qui appellent dans cette affaire à « respecter   la parole des scientifiques » plutôt qu'à la détourner à des fins politiques .

Aussi, on peut s'étonner des propos de Jacques Testart :
« A ma connaissance, c'est la première fois que des politiques, comme le président de l'assemblée Bernard Accoyer, s'insurgent contre une décision venant d'une commission scientifique, en la taxant de pseudo-scientifique ».
1) Il se trouve que c'est en l'occurrence exactement l'inverse qui se produit ici : ce sont des scientifiques membres de la commission qui s'insurgent contre la décision du président – politique –
de la même commission.
2) Que de révérence tout à coup pour un avis émanant d'une commission au moins partiellement composée de scientifiques ! Jusqu'ici, on avait surtout vu à d'innombrables reprises des avis plutôt favorables sur les OGM rendus par des commissions scientifiques être vilipendés par quelques autres scientifiques et surtout par beaucoup de politiques accusant les auteurs de l'avis d'être des vendus…. C'est ce qu'avoue d'ailleurs involontairement Testart dans  sa phrase précédente : « Nous sommes nombreux à mettre en avant, et depuis longtemps, les problèmes que posent les OGM sans avoir l'écoute de nos collègues scientifiques » (CQFD, et c'est moi qui souligne). Ils n'ont notamment pas eu l'écoute de leurs collègues spécialisés dans le domaine concerné (puisque, lorsqu'un scientifique sort de son domaine d'expertise, on peut penser que son avis ne « vaut » pas plus que celui de n'importe qui…).  

3) Ce que croit voir ici Testart ne se produit pas pour la 1ère fois : en février 2005, le politique Philippe Douste Blazy jetait dans sa poubelle ministérielle un rapport de l'Inserm évaluant l'efficacité des psychothérapies, parce que celui-ci était défavorable à la psychanalyse.  Peut être Jacques Testart n'en a-t-il pas connaissance, mais ce cas précis correspond bien mieux au phénomène qu'il décrit que la querelle actuelle sur les OGM.
 ROUGE : « Une deuxième phase de la lutte anti-OGM s'engage désormais à l'approche du débat parlementaire censé débuter le 5 février. Il s'agit de passer d'une décision ponctuelle, qui peut être remise en cause dès 2009, à une loi interdisant définitivement la culture d'OGM en plein champ ainsi que dans les nourritures animales. »

On voit bien ici que le MON 810 de Monsanto n'est qu'un prétexte, et que les études sur tel ou tel OGM ne servent pas pour les anti-OGM à remettre en cause l'OGM en question, mais bien à bannir la technique OGM dans son ensemble. En effet, on comprend bien que si toutes les études montraient  - en l'état des connaissances - l'inocuité complète d'un OGM donné (ce que tend d'ailleurs à montrer la pratique sur des millions d'hectares depuis une décennie) , et quelle que soit l'utilité sociale et écologique de cet OGM, cela n'aurait pas grande importance, puisque ce qu'ils veulent en réalité, c'est « une loi interdisant définitivement la culture d'OGM en plein champ ainsi que dans les nourritures animales ». 
 
Au passage on note que cela induit un rapport à la recherche et aux études pour le moins très très hypocrite :
1) A quoi sert de continuer la recherche pour mettre au point des PGM, si de toutes façons elles n'atterriront jamais dans le moindre champ ni dans la moindre assiette ? Il faudrait être franc et assumer son fondamentalisme sur cette question  en réclamant l'abandon des recherches sur les PGM….Testart se cache d'ailleurs beaucoup moins : « Ce que je vois, c'est que le gouvernement vient d'allouer 45 millions d'euros aux biotechnologies. C'est exactement l'inverse de ce que le Grenelle de l'Environnement avait décidé, c'est-à-dire soutenir les progrès de l'agriculture biologique. Pour laquelle il y a beaucoup à faire ».  Au moins, ça a le mérite d'être clair : rien à foutre des biotechnologies, ce sera l'agriculture bio qui nourrira 9 milliards d'habitants en 2050.
Bon appétit, les générations futures….
2)  On peut douter dans ce cadre de l'indépendance au moins idéologique d'un militant anti-OGM qui entreprend une étude sur une PGM particulier, étant donné que son but réel ne serait  pas de tester quelque chose mais d'aboutir à une interdiction définitive de l'ensemble des PGM. Cela ne prouve rien en soi quant à son étude, cela veut juste dire qu'il faut sans doute plus se méfier à priori d'une étude menée par des militants de ce type que par un organisme dépendant de la recherche publique…On le voit, la question qui est posée ici, c'est bien celle du rapport à l'expertise scientifique. 

L'approche développée par certains militants de la gauche radicale autour notamment des OGM est pour le moins contestable. Prenons par exemple le commentaire du même Vincent Gay dans un autre papier de Rouge daté du 20 décembre, intitulé « Nucléaire et santé » (8) et consacré à une étude allemande relative à l'augmentation  éventuelle des risques de cancer à proximité des centrales nucléaires. La méthodologie employée pour cette étude a été vertement critiquée à deux reprises sur ce site (9),  et il semble bien que les questions de méthode soient ici importantes.
 Rouge : « Bien sûr, rien ne permet d'affirmer que ces maladies sont imputables au nucléaire, mais des statistiques aussi systématiques sont troublantes »

Si rien ne permet d'imputer ces maladies au nucléaires, alors pourquoi… les imputer ici au nucléaire ? La précaution oratoire liminaire est purement formelle, les conclusions sont adoptées alors même qu'on a avoué qu'on ne pouvait pas conclure ! Mais c'est la suite qui est la plus significative du problème qui nous intéresse ici :
Rouge : « Menée en France, une telle étude conduirait sans doute aux mêmes conclusions. Encore faudrait-il qu'elle soit indépendante ; or, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire est associé aux exploitants nucléaires (EDF, Areva). Comment croire à une réelle objectivité scientifique, lorsque des enjeux financiers aussi importants sont en jeu ? Une évaluation indépendante du complexe électronucléaire, demandée par le réseau Sortir du nucléaire, permettrait de lever le voile sur les conséquences sanitaires de plus de 50 ans d'exploitation nucléaire. »
Il y a quand même de quoi être sidéré par la méthode de raisonnement : l'auteur a déjà décidé par avance des conclusions d'une étude qui n'a pas eu lieu, et il explique déjà que si d'aventure cette étude n'allait pas dans son sens, c'est qu'elle aurait manqué d' « objectivité scientifique » !!!! A nouveau, on  l'impression que les études n'ont pour seule fonction que de valider des préjugés… Et si
le réel ne s'aligne pas sur le préjugé, c'est probablement que le réel a tort… 
 
La question de la validité de l'étude (ici fictive) est abordée sous un angle très symptomatique : comme pour les OGM, on ne discute pas de l'étude en fonction de sa validité intrinsèque sur plan méthodologique, mais en fonction de qui l'a commandée. En gros : il y a trop d'argent en jeu, donc on
ne peut pas croire les scientifiques qui travaillent pour EDF ou Areva ou quiconque a du pognon…On
ourrait aussi ajouter qu'il faudrait se méfier dans la foulée de l'expertise pas franchement « neutre » du CRIIRAD, et se dire que, tant qu'à faire, autant se tourner vers un organisme public d'expertise, comme il en existe pour le nucléaire ou pour les OGM.
Il y a donc ici un problème réel qui est soulevé, celui de la fiabilité de la parole d'experts, mais la méthode utilisée pour le résoudre est quand même un peu étrange (plus il y a de sous derrière, moins la parole de l'expert est valable, point à la ligne).

Testart le dit lui aussi à sa manière : « Mais qui paye les boîtes qui font ces tests ? Monsanto ou une autre multinationale ! On ne peut pas parler de « laboratoires habilités », ils ne sont reconnus par personne ! »
Autrement dit : pour mesurer la valeur scientifique de ce que dit quelqu'un, on n'examine pas… la valeur scientifique de ce que dit cette personne (ce qui ne pourra être fait à un certain point que par quelqu'un qui a les compétences scientifiques requises), mais on juge sa position sociale. On n'est plus très loin de l'idée de « science prolétarienne », si on se laisse aller sur cette pente savonneuse…. Non pas que la question « qui paye ? » soit idiote, loin s'en faut, mais elle ne peut pas se suffire à elle-même et n'est surtout  pas en dernière analyse la plus pertinente pour juger de la qualité d'une étude scientifique. Quant à la notion d' « expertise indépendante », elle ne résout rien en elle-même, surtout lorsqu'elle est,comme souvent employée pour décrédibiliser la recherche publique et lui préférer l'expertise d'ONG scientifiques, qui sont parées abusivement de toutes les vertus d'indépendance. Ainsi, depuis que l'on sait que l'étude de Velot et Séralini a été financée par la multinationale écolo-fondamentaliste Greenpeace (qui est totalement neutre sur la question des OGM, comme chacun le sait) et par la petite coopérative ouvrière connue sous le nom de « Carrefour », on se dit que cet argument de l' « expertise indépendante » a un goût d'effet boomerang ! Les anti-OGM seraient-ils à la solde de la grande distribution ? 

Evidemment, tout cela n'a aucun sens…. La première qualité d'un expert n'est peut être pas son indépendance (notion qui ne veut pas dire grand-chose, personnellement je n'aime pas être indépendant et je préfère m'inscrire dans des structures collectives et organisées), mais sa compétence dans son domaine d'expertise…Les conflits d'intérêts peuvent ne pas être que financiers, mais aussi idéologiques, et le renforcement de la recherche publique (plutôt que son discrédit au profit de « lobbies » quels qu'ils soient)  est encore la meilleure garantie que l'on puisse avoir.

Jacques Testart ouvre un problème intéressant sur le plan politique (celui du statut de l'expertise en démocratie), mais sa réponse est une fuite  avant inquiétante : « On peut s'interroger sur la place qui sera donnée à la société civile par rapport aux scientifiques dans les futures instances d'évaluation, comme la Haute Autorité sur les OGM ? (…) Les scientifiques ne doivent pas être les seuls à décider. »
 
Ben, ça dépend de ce qu'il y a à décider, non ? Si le problème concerne la question de l'utilisation sociale d'une technologie, c'est évident. Ceci dit, en société capitaliste, le problème n'est pas franchement que les scientifiques décident trop à la place des citoyens, c'est plutôt que les actionnaires décident à la place de la population. Enfin, il me semblait…. Cette vision du monde que développent Testart et les partisans de la Décroissance est très étrange : nous vivrions dans une dictature scientiste, là où l'on pourrait pourtant penser que règne le capital. Franchement, je me dis que si les scientifiques décidaient un peu plus sur des questions comme  réchauffement climatique et les conséquences à en tirer, on ne vivrait pas plus mal, au contraire.
 
Bref, si la question est celle de savoir ce que fait la société, Testart a globalement raison, et on connaît peu de monde qui lui répondrait le contraire. Par contre, sur certaines questions d'ordre scientifique (que sous–entend son expression « évaluation »), c'est con mais c'est comme ça, ce sont les scientifiques du domaine concerné qui sont seuls à pouvoir décider. Par exemple,  si la question posée n'est plus « Faut-il cultiver des OGM ? » (question économique/politique/sociale) mais « Cet OGM présente-t-il des dangers ou des avantages particulier d'ordre écologique, agronomique ou sanitaire ? »…. Jacques Testart aimerait-il vivre dans un Etat du sud des Etats-Unis dans lequel la communauté citoyenne locale déciderait elle–même,  démocratiquement, si la théorie de l'évolution est meilleure que celle de la Création Biblique et doit être ou pas enseignée dans l'école du coin ? 

Quoique, il y a là peut-être deux questions différentes….
On le voit, le problème est bien plus épineux que ces généralités hâtives qui se parent de radicalité sociale pour tenir un propos souvent essentiellement technophobes…Cette question de l'expertise et de sa portée est délicate et n'est pas facile à résoudre. Ce qui est sûr, de mon point de vue, c'est qu'à ce sociologisme grossier plus proche de Bruno Latour que de Marx, on préférera les réflexions de Jean-Paul Krivine dans la revue de l'AFIS, dans un article intitulé « Indépendance et fiabilité de l'expertise » :
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article807

Petite (mais longue) annexe pour finir :
 Une équation s'est répandue (et s'est malheureusement imposée) dans la gauche radicale, celle qui postule que OGM = Monsanto = grand capital, et dont le corollaire logique peut être résumé sous la forme :  « Les OGMs sont un outil au service de la mondialisation capitaliste ». Cette équation politique débouche dans la tête de bien des gens de gauche sur sa réciproque connue sous le nom d' «
Equation de Testart/Séralini/Velot » : refus des OGMs = refus de la mondialisation capitaliste = combat antilibéral et altermondialiste. 
 
Pourtant les choses sont bien plus compliquées et surtout bien différentes de ça. Sans entrer ici dans le détail de l'argumentation (10),  on peut relever que les faits ne collent pas vraiment avec cette vision de choses. Tout d'abord, un petit tour sur le site de Greenpeace nous apprend que, en 2007, 23 députés de la célèbre officine moscoutaire UMP (Union Marxiste pour le Prolétariat ?) étaient des partisans déclarés d'un moratoire sur les OGM (et pas sur le seul Maïs Monsanto MON 810, si l'on en croit Greenpeace…(11)) . Parmi eux, notons la présence du fameux autant que délicieux Christian Vanneste, qui a eu son heure de gloire homophobe en expliquant que l' « homosexualité est inférieure à l'hétérosexualité ». On l'entend d'ici penser un truc du genre :  « Les OGM, c'est comme les pédés, c'est pas naturel !». 
 
Certes, le groupe UMP comptant 311 membres, ces 23 séralinistes ne représentent que 7,4% de celui-ci, mais on peut penser que, maintenant que le chef et néo-chanoine a décidé –entre deux tirades sur le sens du sacrifice des curés -qu'il existait des doutes nouveaux et sérieux, cette proportion a dû depuis monter en flèche, et surtout, on peut avancer sans risque de se tromper que la proportion de députés UMP favorables à des mesures indéniablement représentatives d'une vraie logique de classe comme  la taxation accrue des profits ou l'interdiction des licenciements est elle inférieure ou égal à 0%....  Tout ça pour dire que les frontières sociales et politiques ne sont pas si nettes que ça sur la question des OGM.

Etrangement, dans cette liste de députés UMP irréductiblement opposés aux OGMs,  ne figure pas le député de la Moselle François Grosdidier, qui affiche volontiers ses positions anti-OGMs qu'il développe à travers son association « Ecologie responsable ». Pourtant, le brave François, « un bon gars » comme on dit chez nous, est bien connu des militants anti-OGMs, étant donné que Christian Vélot, Jacques Testard et Jean-Emile Sanchez tenaient table ronde avec lui le 12 novembre 2005 au
salon de la Marjolaine (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est la grande foire des produits bios/médecines alternatives/gadgets ésotériques et pseudos-sciences en tous genres), pour un débat intitulé « Les OGMs en question » (12). Très exactement à la même période, en novembre 2005, François Grosdidier, qui s'était fait élire à Woippy en chassant très clairement sur les terres du Front National, venait de commencer sa croisade pour l'interdiction de certains titres de rap et s'apprêtait à faire sa sortie sur « les mariages blancs » qu'il ne voulait plus célébrer dans sa mairie.
Non, décidément, le croisement des gènes, c'est pas son truc, à François…

Dans le même ordre d'idée, devinerez-vous quel militant de gauche radicale  a demandé en janvier 2007  l' « interdiction immédiate et totale de toute culture et  de tout essai d'OGM en milieu ouvert » en expliquant que :
« il serait suicidaire de faire peser, en autorisant la culture d'OGM à l'air libre, des risques irréversibles sur l'agriculture, l'alimentation, la santé publique et la biodiversité. Des risques que n'hésitent pourtant pas à prendre les multinationales, dont l'intérêt et l'objectif est de disséminer les OGM, de telle sorte que leur présence devienne incontournable. Car alors, ils pourront mettre la main sur les marchés juteux de l'agroalimentaire. À Bruxelles, ces firmes exercent un intense lobbying afin d'obtenir l'ouverture des marchés européens. Elles sont, dans ce combat, relayées par la toute-puissante Commission, qui autorise les importations d'OGM et édicte des réglementations pseudo-protectrices. » ?

Tout cela sonne bien, non ? On sent presque l'odeur de la pipe sous les poils de la moustache…Mais bon, comme on se doute bien qu'il y a un piège… Peut être n'est-ce  pas  du José Bové mais plutôt du Susan George ou du Paul Ariès ? Allez, pourquoi pas : du François Hollande un soir de cuite ?
Perdu, c'est du vicomte de Villiers (13)….

Qu'est ce que tout cela prouve ?
Pas grand-chose, certes.
Mais quand même….

Il ne s'agit pas du tout d'insinuer  ici que les anti-OGMs sont tous des gens d'extrême droite, ce serait absurde et mensonger. Mais on peut quand même faire remarquer à Christian  Velot et Jacques Testart, grand donneurs de leçons de citoyenneté progressiste et très prompts à mettre en cause la probité de leurs collègues, qu'il serait judicieux d'éviter par principe de fricoter avec Grosdidier, tout en leur glissant que si ils veulent continuer à être pris pour des gens crédibles sur le plan scientifique, la fréquentation participative du salon de la Marjolaine n'est peut être pas des plus indiquées de toutes façons (pas plus que la signature de manifestes en faveur de l'homéopathie et des « médecines traditionnelles » (14))…

Conclusion (provisoire) :
 
 Sur cette question des OGM, les lignes de clivage n'épousent pas des lignes de classe, mais plutôt des approches différentes de la place de la science dans la société,  pour lesquelles justement  le gauche/droite semble un peu brouillé ces temps-ci… A l'heure de la « novlangue néolibérale », les mots tendent à perdre leur sens historique légitime (puisque « réforme » semble aujourd'hui de plus en plus à signifier « contre-réforme sociale », par exemple), mais il n'est pas sûr du tout que la gauche ait à gagner de ce brouillage généralisé et qu'elle soit sur la bonne voie en décrédibilisant avec autant d'ardeur des notions qui font pourtant partie de son patrimoine, comme celles de «progrès » ou de « progressisme ».

Yann Kindo
 
Notes :
 
http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=7296
2
http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=7422
Lors de la mascarade décroissante plus connue sous le nom de « contre-grenelle de l'environnement », cette question décisive de l' « irradiation des aliments » avait déjà occupé dans le programme de l'événement , et au même titre que « l'idéologie de la consommation » ou « la désobéissance civile », une véritable place de choix, qui n'avait pas été accordée à des questions aussi secondaires que, par exemple, « nourrir 9 milliards d'habitants en 2050 » ou « le réchauffement climatique » :
http://www.contre-grenelle.org/
3
http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=7371
4
http://imposteurs.over-blog.com/article-15042366.html
http://imposteurs.over-blog.com/article-13113414.html
5
http://www.humanite.fr/2008-01-26_Tribune-libre_Faut-il-avoir-peur-des-OGM-Table-ronde.
Toutes les citations de Jacques Testart de cet article sont tirées de ce numéro de l'Humanité.
6
http://tf1.lci.fr/infos/sciences/environnement/0,,3678767,00-ogm-scientifiques-haute-autorite-sentent-trahis-.html
7
http://nonaumoratoire.free.fr/
8
http://www.lcr-rouge.org/spip.php?article824
9
http://imposteurs.over-blog.com/article-14577780.html
http://imposteurs.over-blog.com/article-14852023.html
10 Voir une tentative à ce sujet :
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article771
11
http://www.greenpeace.org/raw/content/france/getinvolved/votre-candidat-est-il-pro-ogm/resultats/deputes-pour-moratoire-
ogm.pdf
12
http://www.ogmdangers.org/action/agenda/
Je précise que j'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé sur Internet de mention du fait que  les 3 anti-OGMs altermondialistes auraient refusé de participer au débat en y apprenant la présence de Grosdidier.
13
http://www.pourlafrance.fr/actualites_detail.php?id_com=1075
14
http://www.acecomed.org/manifeste/?petition=2

 

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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 15:51

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Le tout premier Doctorat portant explicitement sur la Zététique a été soutenu  le 25 octobre 2007 par Richard MONVOISIN à l'Université Jules Fourier de Grenoble. La thèse est accesible en ligne sur le site du laboratoire de zététique de l'Unervsité de Nice-Sophia Antipolis.
http://www.unice.fr/zetetique/articles/RM_Doctorat_Zetetique_et_medias.pdf


Elle s'intitule :

Pour une didactique de l'esprit critique
Zététique & utilisation des interstices pseudoscientifiques dans les médias
Bon courage, ça fait 444 pages !

Résumé :
Cette thèse s'appuie sur le constat déjà connu que les capacités critiques mobilisables par un individu pour distinguer entre science et pseudoscience ne sont pas corrélées à son niveau d'études. L'hypothèse défendue est que le rôle joué par les médias dans la transformation et la scénarisation des savoirs est autant un rôle de fabrication de la culture scientifique moyenne qu'un rôle de marqueur des ambiguïtés les plus courantes sur la question de la démarche scientifique. Partant de la notion d'interstice pseudoscientifique dans la transposition des savoirs,
la démarche zététique a été grandement mise à contribution pour élaborer une panoplie d'outils exploitables auprès d'étudiants sur la base des supports médiatiques les plus accessibles.
S'il a été question dans la première partie de prendre les précautions philosophiques et épistémologiques incontournables de la démarche scientifique — matérialisme, rationalisme et scepticisme notamment — et de les rendre enseignables, la deuxième partie a approfondi les spécificités des champs dits pseudoscientifiques et 'paranormaux' qui fournissent aussi bien des mises en scène fantasmatiques courantes de la connaissance que, poussées à leur extrême, de tragiques aliénations.
La troisième partie s'est essayé à donner quelques éléments de compréhension des enjeux de la vulgarisation scientifique dans un contexte médiatique marchand, avec la description de  quelques unes des contraintes médiatiques s'exerçant sur le savoir savant qui vont jusqu'à parfois dénaturer ce dernier. 
Enfin la quatrième partie, prenant pour base les supports de vulgarisation les plus communs, dresse une sémiologie d'outils spécifiques pour prévenir les interstices pseudoscientifiques, qu'ils prennent des formes lexicales, rhétoriques, argumentatives ou scénaristiques.

Ces outils ont la spécificité, outre d'être des objets conceptuels zététiques, d'avoir été enseignés et remaniés in situ, durant quatre années d'enseignements à l'esprit critique dans l'enceinte de l'Université Joseph Fourier, Grenoble 1, sur les trois cycles universitaires de plusieurs filières. Ils
fournissent une gamme de séquences didactiques exploitables facilement pour tout enseignant percevant tant la nécessité scientifique que sanitaire et « citoyenne » d'élaborer chez les étudiants des modes d'autodéfense intellectuelle vis-à-vis des sollicitations pseudoscientifiques,
pseudomédicales et spiritualistes qui ne manqueront pas de leur échoir.


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Thèse soutenue le 25 octobre 2007 devant un jury composé de Henri Broch, professeur de physique et directeur du laboratoire de zététique à l'Université de Nice-Sophia Antipolis (co-directeur de thèse) ; de Patrick Lévy,professeur de médecine, directeur de recherche à l´Institut du Sommeil et de la Vigilance et directeur du laboratoireHypoxie-Physiopathologie (HP2) de l'Université Joseph Fourier, Grenoble 1 (co-directeur de thèse) ; de Claudine Kahane, professeur d'astrophysique moléculaire à l'Observatoire de Grenoble de l'Université Joseph Fourier,Grenoble 1 ; de Jean Bricmont, professeur de physique théorique de l'Unité de physique théorique et de physique mathématique à l'Université Catholique de Louvain (rapporteur) ; de Guillaume Lecointre, professeur dudépartement "Systématique et Evolution" au Muséum national d'Histoire Naturelle, Paris (rapporteur).

 

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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 12:19

Chez le marchand de journaux, une revue a attiré mon attention sur le rayon des revues de vulgarisation scientifique, côtoyant Sciences et Vie ou Pour la Science. Ca s'appelle Nexus, " Sciences et Alternatives ". Elle se présente ainsi (1):

 "Le magazine NEXUS, est un bimestriel international vendu en kiosque et par abonnement. Son but est de publier une information scientifique alternative, habituellement proscrite, ou difficile à obtenir dans les domaines de la santé, de l'énergie, de la géopolitique, de la physique, de la biologie, de l'histoire, de l'économie, de l'exopolitique (ufologie), et des phénomènes inexpliqués.
Une information qui aborde la connaissance et les implications multiples des découvertes actuelles ou passées occultées par le courant de pensée majoritaire, qu'ils s'agissent des civilisations disparues et de leurs technologies, des origines de la vie sur Terre, de thérapies basées sur l'information, de l'énergie du point zéro, etc.
Une information qui tient compte de la mécanique quantique moderne, frange la plus avancée de la physique, qui réconcilie matière et esprit par une approche phénoménologique d'un Univers fonctionnant plus comme une gigantesque pensée que comme une simple machine inerte.
Une information pour appréhender une réalité infiniment plus large de l'identité humaine, et de sa place dans l'univers, aboutissant à une responsabilité et une liberté accrues permettant d'envisager de réelles réponses aux enjeux cruciaux de notre époque.
Nexus existe depuis 1987 en Australie. L'édition française reprend la plupart de ses articles originaux augmentés d'articles français le cas échéant depuis 1999.
Le terme "nexus" est un terme latin signifiant : lien, entrelas des causes et des effets."

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Le ton général est donné. La lecture de quelques articles confirment les terribles soupçons qui pèsent en découvrant cette présentation.

En fait de science, le lecteur non averti peut facilement se laisser avoir par le jargon scientifique et technique pour couvrir des théories totalement fumeuses. Le fil conducteur de tous les articles de la revue, c'est que la " Science officielle " ignore en fait tout et que sa seule ligne de conduite et d'opprimer et d'exclure tous les " vrais " chercheurs et de censurer toutes leurs découvertes formidables . Toutes les thèses hallucinantes défendues dans la revue découlent de cette vision paranoïaque : y sont remises en causes la biologie cellulaire, la loi de Lavoisier(2),  l'origine virale du SIDA etc...
Par contre, Nexus tient pour vrai l'existence de machines " sur unitaires ", censées produire plus d'énergie qu'elles n'en consomment pour fonctionner et les moteurs à énergie libre tels que celui mis au point par Nikola Tesla, ingénieur prolifique mais qui semble s'être perdu au fil du temps dans des recherches douteuses Ce sont naturellement celles-ci qui intéressent la revue Nexus :
"Au cours de l'été de 1931, le Dr. Nikola Tesla fit des essais sur route d'une berline Pierce Arrow haut de gamme propulsée par un moteur électrique à courant alternatif, tournant à 1.800 t/m, alimenté par un récepteur de l'énergie puisée dans l'éther partout présent."
Comme il fallait trouver une raison à ce que cette prétendue découverte Nexus n'ait jamais été jamais suivie d'effet, Nexus, conformément à sa  conception paranoïaque, suggère que la compagnie Westinghouse l'aurait débauché afin d'enterrer sa découverte qui aurait constitué une menace pour l'industrie. Une autre version du mythe du moteur à eau.

De nombreux articles du magazine reprennent à leur compte la théorie du complot du 11 Septembre-" Terreur fabriquée ",  popularisée en France par Thierry Meyssan. L'ufologie fait partie des dadas de Nexus, bien entendu les extraterrestres sont déjà venus sur terre, la preuve, c'est ...qu'on nous le cache ! Mais Nexus a à sa disposition plein de " témoignages " de leur existence, par exemple de vaisseaux spatiaux devant lesquels s'ouvrent les montagnes et qui pénètrent dans les entrailles de la terre qui se referme après leur passage. Et le vrai gouvernement américain n'est-il pas celui des conspirateurs du " MJ 12 " qui sont en contact avec les extraterrestres et sont prêts à sacrifier l'humanité entière ?

Il serait trop long de faire le tour des âneries qu'on peut lire dans cette revue. Comme vous vous en doutez, tous les charlatanismes en matière de médecine sont abondamment promus dans Nexus .Les divagations désintéressées ne sont pas incompatibles avec le sens du commerce. On lit des publicités sur papier glacé (alors que les articles sont publiés sur du papier de qualité très médiocre) ventant les mérites d'attrape-nigauds les plus inattendus, tels des patchs pour se protéger des téléphones portables.  Le kiosque est riche de dizaines de livres sur des " alternatives médicales ", telles que ....l'urinothérapie ou " Amaroli ". 
Je ne résiste pas à l'envie de citer la présentation qui en est faite :
"Un médecin sud-américain témoigne :

" Les résultats que j'obtiens avec l'urinothérapie sont extraordinaires. D'abord sur moi-même : j'ai perdu 10 kilos en excès en trois semaines en pratiquant amaroli avec un régime hypocalorique ! Mes facultés intellectuelles se sont grandement améliorées et j'ai commencé à en parler à mes patients. J'ai pu traiter chez eux des affections très diverses ". Johanne Razanamahay est originaire de Madagascar. Psychothérapeute, écrivain et conférencière internationale, elle enseigne les moyens de vivre en pleine santé physiquement, mentalement et spirituellement. Christian Tal Schaller, médecin, est l'un des pionniers de la médecine holistique européenne. Depuis près de trente ans, il enseigne que " la santé, ça s'apprend ". Il est l'auteur de nombreux ouvrages d'éducation de santé qui sont devenus des classiques

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Il est assez inquiétant d'apprendre que l'édition française est tirée à 26000 exemplaires, et serait vendue à 150 000 exemplaires dans le Monde toutes langues confondues(3).  Il est aussi assez anormal de trouver cette revue de crétinisation à côté de magazines qui ont pour vocation la vulgarisation scientifique. Ce genre d'affabulations relève de la manipulation sectaire, et on aimerait avoir quelques informations sur la composition de son lectorat.
Pour l'anecdote,le peu scrupuleux Karl Zéro en fait la promotion sur son site, en défense "des médias non alignés"...C'est vous dire si c'est du sérieux !


Notes :
 


(1) http://www.nexus.fr/accueilg.php?
(2) " rien ne se perd, rien ne crée, tout se transforme ".
(3)selon Wikipédia.
http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Nexus_%28revue%9&direction=prev&oldid=21339403.
L'article de Wikipédia indique qu'on lui aurait retiré sa commission paritaire sous prétexte d'inquiéter les esprits les plus fragiles suite à ses publications relatives à la vaccination. Toutefois, j'ai découvert son existence chez les marchands de journaux postérieurement à la date de publication du 1er article de Wikipédia.

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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 16:01

 Il est souvent reproché au rationnalisme scientifique d'être une approche du réel sèche , rigide,  intolérante (voire bornée), imbue d'autorité, incapable de saisir l'aspect invisible ou intime des choses. On entend même dire que les rationnalistes "ne croient que ce qu'ils voient". Commençons par cette dernière  critique , trompeuse et largement infondée. 


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1. Les scientifiques ne croient pas que ce qu'ils voient 
 
Pas plus qu'ils ne croient tout ce qu'ils voient ! C'est au contraire le propre de l'esprit scientifique de ne pas se laisser impressionner par les illusions d'optique , les erreurs de jugement et d'inférence produites par la perception directe à travers nos cinq sens.  La science, ne confond pas corrélation (lien apparent entre deux variables, ou deux phénomènes qui apparaissent simultanément) et la causalité (les relations réels de cause à effet). Si A apparaît en même temps que B , cela ne signifie pas nécessairement que A soit la cause de B ou l'inverse  . Un exemple flagrant de cette confusion consiste, par exemple, à croire que les antibiotiques, ça fatigue... En effet, à chaque fois que nous en absorbons, nous nous sentons fatigués. Nous soupçonnons alors les antibiotiques d'être responsables de cet épuisement. En réalité, cette fatigue est due à l'infection pour laquelle notre médecin nous a prescrit un antibiotique. Mais comme fatigue et antibiotiques sont des événements qui sont toujours présents ensembles, nous imaginons qu'ils entretiennent entre eux une relation de cause à effet (Horn, 1998).Une erreur typique de la pensée non scientifique que la pensée scientifique évite de commettre(1). 
 
Ensuite dans la plupart des domaines , les lois scientifiques sont établies non pas à l'aide du mince appareillage que constituent nos perceptions immédiates, mais à travers un outillage  sophistiqué et une solide élaboration théorique : Si Maxwell n'avait possédé que ses yeux pour « voir » la réalité des phénomènes physiques, il n'aurait pas établi les fondements de l'électromagnétisme. Aucune expérience sensible ne nous permet de vérifier directement la constance de la vitesse de la lumière dans le vide, ou la réalité de la dilatation du temps (à des vitesses proches de la lumière) découverte par Einstein. Non seulement les scientifiques ne croient pas que ce qu'ils voient mais il découvrent parfois de nombreuses lois qui dérangent beaucoup notre intuition : C'est le cas de la relativité, c'est aussi le cas de la physique quantique.
 
2. Plus que les autres, les scientifiques sont capables de remettre en cause leurs «croyances », et beaucoup moins que les autres ils acceptent sans sourciller n'importe quelle affirmation.
 
Parce que ce sont des récits, les théories pseudoscientifiques ne sont presque jamais remises en cause et n'évoluent pas une fois qu'elles ont été établies . Il n'y a aucune raison  de faire évoluer une telle théorie sans rapport avec la réalité dès lors qu'on l'a acceptée, et surtout il n'y a aucun moyen de la faire évoluer. La science n'est pas un récit. Elle a l'ambition de dire des choses vraies sur le monde réel. L'esprit critique face aux théories nouvelles et le devoir de réviser des théories invalidées (partiellement ou totalement) font partie de la « constitution de la science ». Ce sont les deux aspects d'une même exigence qui peut se résumer en paraphrasant Jean Rostand : avoir l'esprit ouvert, mais ne pas l'avoir béant à toutes les sottises. 
 
L'ampleur des révolutions scientifiques témoignent de l'ouverture d'esprit de la science et de la capacité à se remettre en cause : sans ces qualités, les révolutions scientifiques n'auraient jamais eu lieu. Mais les scientifiques n'acceptent de remettre en cause une théorie en faveur d'une nouvelle si elle a réellement un meilleur pouvoir explicatif et s'il existe des moyens probants de la vérifier qu'elle est fondée. Une hypothèse audacieuse ne sera réellement acceptée que lorsque l'expérience aura permis de la juger concluante. C'est toujours la réalité qui constitue l'ultime arbitre du débat scientifique. Une hypothèse abracabrante sera
directement rejetée à moins que celui qui l'émet fournisse en même temps des preuves extraordianaires de ce qu'il avance. C'est simplement que les scientifiques n'ont pas de temps à perdre ! 
 
3. Les scientifiques n'acceptent pas n'importe quelle autorité . 

 En général, les chercheurs d'une spécialité acceptent de se ranger derrière l'avis de leur communauté scientifique,  laquelle tente de trancher les désaccords à partir de critères les plus rigoureux possibles. Si les titres et le CV d'un chercheur donné participent sans doute de son autorité auprès de ses pairs, ceux-ci ne doivent pas en principe se laisser impressionner par cela, et doivent examiner les dires plutôt que les titres de celui qui dit. Il est arrivé assez fréquemment que des scientifiques -des êtres humains comme les autres- quittent pour des raisons diverses le terrain
scientifique et abandonnent l'approche rationnaliste (2) :  c'est le cas de personnages aussi éminents que Jacques Benvéniste (auteur de la mémoire de l'eau) ou d'Yves Rocard et sa passion tardive pour la radiesthésie et le « réflexe du sourcier » ! Ils ont été désavoués malgré leurs diplomes et leur prestige .
 
A l'inverse, les accrocs de l'irrationnel se laissent la plupart du temps berner par des titres ronflants et le contexte de l'affirmation ou de l'expérience. Il est frappant de voir que lorsqu'un magicien fait des tours de cartes incroyables, tronçonnent sa partenaire(3) en 5 morceaux  pour la faire réapparaitre entière deux minutes plus tard, tout le monde sait qu' « il y a un truc », et que ça n'est qu'un très habile tour de prestidigitation. Les magiciens ne cachent d'ailleurs
pas qu'il y ait « un truc » Pourtant les mêmes personnes peuvent croire dur comme fer aux exploits divinatoires , ou pouvoir télékinésique ou au dons de guérisseurs de
quelqu'un qui se prétend magnétiseur. Il suffit donc que quelqu'un  prétende avoir de tels pouvoirs pour qu'il soit cru et qu'on ne cherche plus « le truc » ou la mystification ! 
 
Parce que les scientifiques ne se prosternent pas devant l'autorité, il n'y a pas de gourou en science. Par contre ceux-ci pullulent très naturellement dans les eaux troubles de la pseudoscience.
 
4. L'attitude des scientifiques face à l' "aspect invisible" et à la "réalité intime" des choses .
 
Nous l'avons vu, la science ne croit pas que ce qu'elle voit et s'intéresse à bien des choses innaccessibles à la perception directe. Elle établit parfois des lois qui expliquent comment fonctionnent les choses avant de trouver pourquoi elles fonctionnent ainsi. Les principes fondamentaux de l'hérédité ont été établis par Mendel bien avant que l'on découvre les gènes et leur fonctionnement. Mais que désignent exactement les gens qui parlent de la vérité ultime, de l'aspect invisible des choses ? Notons que ce type de questions taraude également certains philosophes des Sciences comme Nancy Cartwright (4) pour qui la science produit des fictions utiles, opérationnelles mais ne décrit pas la vérité , les choses telles qu'elles seraient réellement. En fait une telle approche n'est jamais bien loin de la métaphysique antiscientifique. Sans doute la science ne peut procéder que par approximations successives de la réalité, peut-être ignorera-t-elle toujours certains aspects  de la réalité : ainsi nul ne peut dire si les particules qu'on considère aujourd'hui comme élémentaires sont vraiment les fractions les plus petites de la matière. Mais les entités que décrit la science, à tous les niveaux d'organisation de la matière qu'elle étudie, sont bien des entités réelles et ont bien pour objectif de décrire le monde réel, avec une certaine approximation. Ce n'est pas à coup de fictions que la science pourrait aboutir à des lois qui donnent des résultats d'une précision parfois stupéfiante .
 
 Le problème de ce genre de critique est de toute façon de ne rien avoir à proposer comme alternative à la science pour découvrir une prétendue nature intime et ultime des choses….à part des récits bibliques et toutes sortes d'autres légendes et de théories fumeuses sorties de l'imagination fertile mais qui n'ont  elles, aucun rapport même approximatif avec la réalité.
 
 
5. Le rationnalisme scientifique est moins intolérant que l'irrationnalisme.
 
Faut-il rappeler que c'est l'irrationnel (5) qui est à l'origine des Saint Barthélémy, des bûchers, des pogroms, des autodafés  etc… A ma connaissance, aucune instance scientifique n'a jamis prôné de torturer un religieux ou un convaincu de l'astrologie pour qu'ils abjurent leurs croyances. Les reproches de rigidité ou d'intolérence faits à la science sont en fait l'hommage du vice à la vertu. En fait d'intolérence, il s'agit de l'exigence éthique de la science en matière de vérité. Le seul but de l'activité scientifique est de décrire aussi bien que possible la réalité objective. Les divagations pseudoscientifiques dont le seul but est de produire des théories séduisantes qui flattent les crédules sont proscrites. Les affirmations fantaisistes ou délirantes sont rejetées parce qu'il s'agit de tromperie , quelquefois involontaire (il y a sans doute des charlatans qui croient en leur délire) mais très souvent délibérée (Miss Elisabeth Tessier ou Uri Geller doivent parfaitement savoir que leurs pratiques sont totalement bidons !) . Ce que certains appellent intolérence scientifique, c'est le fait que si deux théories totalement contradictoires expliquent le même phénomène, la science ne les reconnaît pas comme deux opinions qui se valent, et postule qu'une des deux (au moins) doit être erronnée . Par la confrontation des deux théories avec le réel, elle tranchera laquelle mérite d'être
retenue  et laquelle doit être rejetée. Une démarche évidemment totalement étrangère à la pseudoscience !
 
Bien sûr si on appelle intolérence le fait de ressentir du désarroi face aux victimes de l'irrationnel et de la colère envers ceux qui parfois les dupent délibérément, on peut parler d'intolérance. Mais dans ce cas, c'est une saine intolérence !   
  
  
 
 ChatSchroFinal.jpg
Notes :
 

(1) Exemple emprunté au site  Charlatans :http://www.charlatans.info/correlations.shtml
(2)sans parler des  fraudes ouvertes   
(3)reste à savoir pourquoi ce sont toujours des femes qu'on tronçonne !
(4) N Cartwright auteure notamment de How the Laws of Physics Lie [1983] (comment les lois de la 
physique mentent (!)
(5) du moins l'irrationnel des foules quelquefois manipulés par ceux qui détiennent le pouvoir

 

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