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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 12:07

2. Quand un sociologue revisite la théorie de la relativité pour la faire coller à ses dadas


Si un regard critique sur l’activité de production de connaissances scientifiques est éminemment utile, il paraît évident que ceux qui peuvent apporter ce regard historiens, sociologues, philosophes des sciences, ne peuvent le faire qu’en ayant acquis une maîtrise minimum de leur sujet, et le soucis de ne pas détourner, réinterpréter les lois découvertes par les sciences pour leur faire dire autre chose, les réinterpréter afin qu’elles collent à leurs propres théories sociologues philosophiques ou autres…

L’examen des thèses sur la théorie de la relativité de Bruno Latour ou d’Henri Bergson, par exemple, montre que c’est loin d’être toujours le cas. Nous nous concentrerons sur Bruno Latour dans la mesure où c’est un contemporain et que certains de ses écrits fleurent bon le post-modernisme qui nous préoccupe.

Bruno Latour prétend, après une lecture soit superficielle soit tendancieuse (soit les deux) de l’ouvrage de vulgarisation d’Einstein sur la relativité voir une confirmation de sa thèse favorite selon laquelle « le contenu d’une science est social de part en part », ce qu’honnêtement, aucun lecteur qu’il soit candide ou physicien confirmé ne soupçonnera à la lecture de La relativité. Il n’y a pas une ligne de La relativité qui suggère une quelconque implication sociale de la théorie . Celle-ci s’attache notamment à décrire des faits parfaitement objectifs et vérifiés expérimentalement .

Après avoir rappelé de manière très pédagogique des notions de base, telles que les systèmes de référence munis de coordonnées spatiales et temporelles , sans recourir à des équations rebutantes pour bien des lecteurs, Sokal et Bricmont pointent les erreurs manifestes d’interprétation de Latour.

« Tout d’abord,il (Latour) semble penser que la relativité traite de position relative (plutôt que de mouvement relatif) des 2 systèmes de référence (…). Mettons que ce soit dû à un manque de précision dans le style de Latour Une deuxième erreur qui nous semble plus importante mais qui est indirectement reliée à la première, est la confusion apparente entre les concepts de systèmes de référence en physique et d’acteurs en sémiotique » :

Citation de Latour : « Comment décider si une observation faite dans un train à propos d’une pierre qui tombe peut être amenée à coïncider avec une observation faite sur la même pierre à partir du quai ? S’il n’y a qu’un ou même deux systèmes de référence aucune solution ne peut être trouvée. […] La solution d’Einstein est de considérer trois acteurs , l’un dans le train , l’autre sur le quai et un troisième, l’auteur ou l’un de ses représentants, qui essaient de superposer les observations codées qui sont envoyées par les deux autres ».

« En fait (remarquent Sokal et Bricmont ), Einstein ne considère jamais trois systèmes de référence; les transformations de Lorentz permettent d’établir une correspondance entre les coordonnées d’un événement dans les deux systèmes de référence différents, sans jamais devoir passer par un troisième (souligné par moi). Latour semble penser que ce troisième système est dune grande importance d’un point de vue physique, puisqu’il écrit dans une note :

« La plupart des difficultés liées à l’histoire ancienne du principe d’inertie sont reliées à l’existence de seulement 2 systèmes de référence. La solution est toujours d’ajouter un troisième système qui récolte les informations envoyées par les deux autres. »

Non seulement (remarquent Sokal et Bricmont ) Einstein ne mentionne jamais un troisième système de référence, mais dans la mécanique de Galilée et de Newton, à en parlant de l’  « histoire ancienne du principe d’inertie » , ce troisième système n’apparaît pas non plus ».

Non seulement, en effet la nature des difficultés de la mécanique classique résolues par la théorie de la relativité paraisse très loin de celles que lui prête Bruno Latour, le principe d’inertie n’étant pas franchement remis en cause par la théorie de la relativité, mais une relecture de  La relativité convaincra aisément le lecteur qu’à aucun moment, il n’existe pas la moindre ligne , qui suggèrerait, même de manière équivoque, la nécessité d’un troisième système de référence.

Reprenons l’exemple de Latour de la pierre qu’on fait tomber du train en mouvement. Il s’agit d’un des exemples donnés par Einstein dans son introduction de « La relativité« .

La trajectoire de celle-ci , c’est-à-dire la succession de ses coordonnées spatiales dans le temps, décrit une ligne droite pour l’observateur du référentiel train (abstraction faite de la résistance de l’air), tandis qu’elle décrit une parabole pour l’observateur situé sur le quai. Les deux trajectoires correspondent à un seul phénomène physique , mais les deux trajectoires sont aussi vraies l‘une que l‘autre.

-Non seulement point n’est besoin d’un 3ème système de référence pour soi-disant « superposer les observations codées qui sont envoyées par les deux autres » : il existe tout simplement des équations de passage d’un système à l’autre (Lorentz), pas très compliquées !…

- …Mais un 3ème système de référence ne ferait que compliquer les choses, : il ne ferait qu’enregistrer une troisième observation, et en aucun cas ne permettrait de trancher les « conflits d’observations» dans les deux premiers systèmes.

Comment peut-on expliquer que Bruno Latour se méprenne et déforme à un tel point la théorie de la relativité ?

Il semble déjà que le sociologue, pressé de confirmer sa théorie de la science « sociale de part en part » (niant donc l’entreprise de production de connaissance objective qu’elle vise, et elle y arrive parfois et même souvent) ait mal compris les fictions pédagogiques d’Einstein, et pour les prendre au pied de la lettre !

(Sokal et Bricmont) : « Dans le même esprit Latour insiste beaucoup sur le rôle d’observateurs humains, qu’il analyse en termes sociologiques. Il invoque la soi-disant obsession d’Einstein » (…)

(Latour) : «  pour le rapport d’information à travers des transformations sans déformations; sa passion pour la superposition précise sans déformation; sa panique à l’idée que des observateurs puissent trahir, puissent conserver des privilèges, et envoyer des rapports qui ne puissent pas être utilisés pour étendre nos connaissances. (..) La capacité qu’ont les observateurs délégués d’envoyer des rapports que l’on peut superposer est rendue possible par leur totale dépendance et même par leur stupidité. La seule chose qu’on leur demande est d’observer attentivement et avec obstination les aiguilles de leurs horloges pour la liberté et la crédibilité de l’énonciateur. »

Il y a de quoi rester perplexe ! Cette capacité à broder et à raconter une belle histoire où il est question de trahison, de stupidité, de liberté et de crédibilité pourrait être saluée s’il s’agissait d’exercice littéraire . Mais l’auteur ne prétend pas faire de la littérature, mais de la sociologie des sciences.

Sokal et Bricmont remarquent que les « observateurs » en question peuvent très bien être de simples horloges coordonnées (ou des particules accélérées), et on voit tout l’intérêt de cette méditation…. De plus, contrairement à ce qu’a compris Latour, aucun système de référence ne joue un rôle privilégié, « mais surtout l’auteur (Einstein) n’existe pas dans la situation qu’il décrit (S.B)».

Les interprétations de Latour deviennent franchement comiques lorsque la relativité devient pratiquement le théâtre de la lutte des classes ! Accrochez-vous !

« C’est seulement lorsque le gain de l’énonciateur est pris en compte entre relativisme et relativité révèle une signification plus profonde. C’est l’énonciateur qui a le privilège d’accumuler toutes les descriptions de toutes les scènes auxquelles il a délégué des observateurs. Le dilemme ci-dessus revient à une lutte pour le contrôle des privilèges, pour discipliner les corps dociles, comme aurait dit Foucault (..).

Ces combats contre les privilèges en économie ou en physique sont littéralement et pas métaphoriquement les mêmes».

Cette façon d’assimiler la théorie de la relativité à la structure sociale dans laquelle elle a été énoncée est bien sûre absurde. La physique décrit des lois de la nature qui s’imposeraient aussi bien à des extra-terrestres qu’aux humains, aussi bien aux hommes préhistoriques (même s’ils les ignoraient) , aux hommes de la société féodale qu’aux hommes vivant dans une société capitaliste et aucune révolution sociale ne changeraient ces lois. Et si l’humanité venait à disparaître , elles continueraient encore à s’appliquer.Non seulement Les « combats contre les privilèges en économie ou en physique » ne sont pas littéralement les mêmes, mais ils ne le sont même pas métaphoriquement : parler de privilèges en physique n’a aucun sens.

A quoi peut bien servir l’analyse totalement fantaisiste de Bruno Latour ? Dans les conceptions de celui-ci, la sociologie des sciences n’a pas pour objet de fournir un éclairage sur la science . Celle-ci semble plutôt être une matière première qu’on déforme et transforme à sa guise pour pondre une théorie sociologique.Quelle importance dans ces conditions, de comprendre réellement les lois scientifiques qu’on interprète ?

(Latour) «  Les opinions des scientifiques sur les « sciences studies » n’ont pas beaucoup d’importance . Les scientifiques sont les informateurs dans nos investigations sur la science, et pas nos juges. La vision que nous développons de la science ne doit pas ressembler à ce que les scientifiques pensent de la science »(*).

Remarque de Sokal et Bricmont :

« On peut être d’accord avec la dernière phrase. Mais que penser d’un « investigateur » qui ne comprend pas ce que lui disent ses informateurs ? »

En effet ! Mais on se demande même si les 2 auteurs ne pêchent pas là par excès d’indulgence . Certes l’ « investigateur » Latour ne comprend pas la théorie qu’il commente, mais a-t-il véritablement cherché à le faire, la réalité de la théorie a-t-elle la la moindre importance dans la démarche des « sciences studies » telles que résumées plus haut (*) ? L’imposture intellectuelle paraît encore plus grande si elle ne relève pas d’une simple incompréhension de la théorie, mais d’une démarche qui se moque d’emblée de ce que peut vouloir dire la théorie, ce que semble confirmer les réactions de Bruno Latour suite à la publication d‘Impostures intellectuelles,nous y reviendrons.

Mais au fait , à quoi et à qui peut bien servir la sociologie des sciences versus Latour ? Certes pas aux physiciens condamnés à la schizophrénie s’ils veulent « comprendre » leur théorie à la manière de Latour. Aux sociologues alors ?

Sokal et Bricmont donnent la réponse :

« Latour a-t-il appris quelque chose de la théorie de la relativité qui soit « transférable » à la société ?

D’un point de vue purement logique,la réponse est clairement non : la théorie de la relativité en physique n’a aucune implication en sociologie.Imaginons que demain une expérience du CERN que la relation entre la vitesse et l’énergie d’un électron est légèrement différente de celle prévue par Einstein. Cette découverte provoquerait une révolution en physique. Mais en quoi obligerait-elle le moins du monde les sociologues à changer leurs théories sur le comportement humain ? »

Ils soulignent que la relation entre relativité et sociologie est au mieux au niveau de l’analogie, mais que l’utiliser ainsi ne serait guère opportun, dans la mesure où les collègues sociologues de Latour en majorité ne maîtrisent vraisemblablement pas la théorie . De toutes façons, Latour a précisé que l’emploi qu’il en faisait n’était pas métaphorique !

 

Conclusion : La thèse de Latour sur la relativité ne veut rien dire pour les physiciens, et n’apprendra  rien aux sociologues. Et si, tout simplement, ça n’était que du vent derrière un discours pseudo-savant ?

Anton Suwalki

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 12:31

A tous nos lecteurs qui n’auraient pas lu les deux essais polémiques (1) d’Alan Sokal (professeur de physique à l’université de New-York) et Jean Bricmont (professeur de physique théorique à l‘Université de Louvain) nous conseillons vivement de rattraper cette lacune. Vous ne pouvez en ressortir que renforcés intellectuellement et même dirais-je moralement. Imposteurs se réclame (modestement ,bien entendu!) de l’approche matérialiste, de la défense du rationalisme scientifique et de la valeur irremplaçable de la méthode scientifique dans la compréhension du monde , si brillamment défendues par les deux auteurs.

Nous discuterons des idées défendues par Sokal et Bricmont de manière transversale, car, c’est peut-être le seul point légèrement ennuyeux pour celui qui a lu les 2 livres, il ya de nombreux recoupements voire des redites….

Impostures intellectuelles fait suite à un « canular » d’Alan Sokal. En 1995 Il adresse à la revue américaine Social Text une curieuse contribution au titre fumeux : « Transgresser les fontières: vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique ». Le titre aurait à lui seul dû mettre la puce à l’oreille de la rédaction de la revue, quand bien même ne pratique-t-elle pas comme ses sœurs des sciences « dures » avec un comité de lecture. Mais le contenu parfois assez comique des divagations sokaliennes ressemblait trop au jargon d’un courant très présent dans les sciences humaines pour choquer les rédacteurs de Social Text. Le texte d’Alan Sokal n’était-il pas émaillé de citations exactes, notamment d’intellectuels français (Dérida, Lacan, Deleuze, etc…) dont le prestige encore plus grand outre atlantique dans ce milieu qualifié de postmoderne ? Social text a donc publié sans sourciller le pastiche . Alan Sokal a immédiatement révélé la supercherie ce qui causa de vifs remous, jusque dans la presse française (2). C’est pour mieux expliquer les dérives d’une certaine mode intellectuelle qu’il visait à travers ce pastiche que lui et Jean Bricmont ont écrit Impostures intellectuelles.

1) mystifications mathématiques et pseudo-érudition pour emballer de la contrebande intellectuelle

Dans leur préface à la 2ème édition, les auteurs expliquent : « Un de nos amis s’est exclamé après avoir écouté la conférence d’un intellectuel célèbre : « X fut brillant. Naturellement , je n’ai pas compris un traitre mot de ce qu’il a dit ».

Et S&B d’envisager 3 hypothèses :

« L’une est que notre ami ne possède pas les connaissances pour suivre l’exposé ». Une autre est que le célèbre intellectuel est un mauvais pédagogue. Mai il est également possible que la conférence soit du non-sens ou des banalités habilement dissimulées derrière un jargon obscur. »

La sélection d’auteurs et de citations dans le développement de l’essai nous conduit rapidement à opter pour la 3ème hypothèse. Sokal et Bricmont ouvrent le bal avec les conférences de « Maître Lacan » comme aiment à l’appeler les psychanalystes de son obédience. Dans le cas de Lacan, il ne s‘agit pas de banalités, mais de non-sens psychanalytiques soutenus par des non-sens mathématiques auxquels ses adeptes n’y comprennent vraisemblablement pas le traître mot (2).

La topologie de Lacan constitue un cas d’école de ses mystifications. En effet :

« Un tore, une bouteille de Klein, une surface de cross-cut, sont capables de recevoir une (telle) coupure. Et cette diversité est très importante car elle explique beaucoup de choses sur la structure de la maladie mentale. Si l’on peut symboliser le sujet par cette coupure fondamentale, de la même façon on peut montrer qu’une coupure sur un tore correspond au sujet neurotique et sur une surface d cross-cut à une autre sorte de maladie mentale ».

Soulignant les approximations de Lacan en matière de terminologie mathématiques, Sokal et Bricmont remarquent à juste titre que le lecteur n’arrivera pas à comprendre en quoi ces objets topologiques ont à voir avec la structure des maladies mentales. Mais Lacan lui prétend carrément qu’on peut montrer cette correspondance, ce qu’il se garde évidemment de faire ! S’agirait-il d’une simple analogie, celle-ci n’aurait de toute façon pas grande légitimité. Une analogie est tout à fait légitime dans la mesure où elle aide le profane à comprendre des notions complexes. On voit mal sa pertinence ici, Lacan s’adressant à un public qui n’a a priori aucune érudition mathématique, à supposer qu’il ait une certaine compétence en matière de compréhension du psychisme humain et des maladies mentales, ce dont nous doutons fort (3). On ne comprend évidemment jamais un concept à l’aide d’un concept encore plus mystérieux. Mais selon Lacan, il ne s’agit pas d’une analogie, mais d’une la structure même de la maladie mentale !

«  Ce n’est pas une analogie. C’est vraiment dans une partie des réalités , ce genre de tore. Ce tore existe vraiment et il est vraiment la structure du névrosé. Ce n’est pas un analogue; ce n’est même pas une abstraction, car une abstraction est une sorte de diminution de la réalité, et je pense que c’est la réalité elle-même ».

C’est à se demander comment il se fait que les mathématiques ne soient pas la voie royale qui mènent à la psychologie et à la psychiatrie!

De nombreuses autres citations du maître permettent de se convaincre comme Sokal et Bricmont que manifestement « Lacan se moque du monde » :

« Dans cet espace de la jouissance, prendre quelque chose de borné, de fermé, c’est un lieu, et en parler, c’est une topologie ».

Non seulement Lacan ne se donne pas la peine de donner une définition « littéraire » compréhensible de l’ « espace de la jouissance », mais sa définition mathématique n’a strictement aucun sens !

Voici par ailleurs comment Lacan définit audacieusement une soi-disant relation mathématique entre « signifiant » et « signifié », des concepts clés du lacanisme :

«  S (signifiant)

--------------- = s (l’énoncé),

S (signifié)

Avec S = (-1), on a s= Ö (-1) »

En supposant que certains individus de l’auditoire de Lacan aient conservé un vague souvenir des nombres dits imaginaires (4) , on aurait pu les mettre au défi de démontrer que l’équation lacanienne a le moindre sens mathématique, et en quoi elle a la moindre pertinence pour éclairer les rapports entre « signifiant » et « signifié ».

Alan Sokal et Jean Bricmont passe en revue bien d’autres auteurs ayant usé ou abusé des concepts mathématiques ou de physique dont il ne maîtrisaient visiblement pas eux-mêmes le sens : Julia Kristeva, Jean Baudrillard, Gilles Deleuze, Paul Virillo etc… Dans quel but, sinon d’éblouir un auditoire qui ne maîtrise pas ces concepts , d’utiliser la réputation de rigueur et l’autorité des « sciences dures » au service de discours creux qui prennent ainsi l’apparence de la profondeur. Ce qu’on appelle l’imposture intellectuelle.

Car bien des défenseurs de ces intellectuels s’abritent derrière l’effet puits de ces discours, prétendant que si ceux-ci paraissent si ésotériques, c’est parce qu’ils manient des notions extrêmement complexes et donc inaccessibles au commun des mortels, donc…à de vulgaires « scientistes » rationalistes que seraient Sokal et Bricmont qui n‘auraient pas de légitimité pour juger de leur pertinence…

Certes, mais ceux-ci sont tout de même fort bien placés pour juger de la pertinence des concepts mathématiques malmenés par ces auteurs « profonds » et « complexes » ! Tout d’autre part dans les discours autopsiés par Sokal et Bricmont évoquent la technique du nuage d’encre , où un passage obscur, donc « profond« , est étayé par une explication encore plus obscure , donc encore plus « profonde », convaincant le lecteur d’avoir à faire à une intelligence forcément supérieure qu‘il ne saurait juger.

Sokal et Bricmont reconnaissent pourtant que du côté des sciences « dures », « la plupart des exposés scientifiques sont trop techniques pour être accessibles aux non-experts; la difficulté est d’habitude réelle (mais pas toujours-souligné par moi-). »

Ce pas toujours est très important. En effet, il est indiscutable par exemple que les sciences de la nature utilisent un langage compliqué, un formalisme intransigeant qui rebutera le profane et un appareil mathématique et statistique hors de sa portée. Le non-expert ne peut donc déchiffrer directement bien des exposés scientifiques et encore moins se prononcer sur leur validité ou trancher des controverses. La spécialisation en sciences est par ailleurs telle que mêmes des scientifiques d’une discipline proche sont dès lors qu’ils sortent de leur domaine des non-experts, guère plus fondés à trancher des controverses que des citoyens lambda.

Pourtant, malgré cette réalité indiscutable, il existe de grandes différences entre la complexité réelle de la science et les discours pseudo-savants évoqués plus haut :

1) Si certains exposés scientifiques sont inaccessibles au profane, les experts au moins ont la possibilité de s’accorder sur la définition de concepts utilisés parce que ceux-ci sont rigoureux . A l’évidence, deux lacaniens ne peuvent pas s’accorder sur la définition de l’ « espace de la jouissance » , et ne feront que lâcher de nouveaux nuages d’encre pour justifier ceux de leur maître à penser.

2) Le recours à l’analogie est légitime quel que soit le domaine, encore faut-il qu’elle n’entraine pas de confusion et que l’auditeur ou le lecteur comprenne qu’il ne s’agit que de cela, d’un raccourci utilisé pour aider à la compréhension, d’une métaphore d’un phénomène qu’il ne confondra pas avec le phénomène lui-même.

3) Il existe même pour des théories scientifiques complètes la possibilité de faire œuvre minimum de vulgarisation, de permettre à un public non expert relativement large de comprendre au moins approximativement ce dont il est question. A l’inverse, on ne peut vulgariser des théories pseudoscientifiques et parfois même totalement dépourvues de sens. On n’explique pas ce qui n’a pas de sens, on gagne généralement des adeptes en leur servant un discours ésotérique qui peut leur donner le sentiment d’appartenir à une élite.

Qui ne verrait pas là de différence entre la démarche scientifique et celle par exemple de Lacan ?  Est-ce vraiment un hasard si on peut lire chez lui que « parler de l’espace de la jouissance , c‘est une topologie» tandis qu’à ma connaissance, aucun mathématicien n’a cherché à décrire des objets de la topologie à partir de l’espace de la jouissance et de la structure du névrosé !

Anton Suwalki


(1)            Impostures intellectuelles paru en première édition en 1997. Pseudosciences et postmodernisme, adversaires ou compagnons de route? , paru en 2005.

http://www.amazon.fr/Pseudosciences-postmodernisme-adversaires-compagnons-route/dp/2738116159

(2) voir dans nos liens : tout sur l’affaire Sokal

(3)  précisons que Sokal et Bricmont ne se prononcent pas ici sur la valeur scientifique ou pseudoscientifique de la psychanalyse, ceci n’étant pas l’objet de leur essai. Cette appréciation n’engage ici que le rédacteur de ce papier, et pas Sokal et Bricmont .

         (4) les nombres imaginaires sont les solutions théoriques à des équations polynomiales qui n‘ont pas de solution dans R, l’ensemble des nombres réels. Des nombres imaginaires qui seraient la solution de racines carrées négatives (ici s= Ö (-1) ).

 

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 13:24


Lorsqu’Imposteurs a commencé à s’intéresser au reportage « Le Monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin, nous ignorions la biographie de celle-ci. Nous avons vite constaté que MM Robin reprenait à son compte tous les poncifs anti-OGM et que son enquête était dépourvue de toute rigueur scientifique, de tout recul par rapport au sujet, et bâtie sur la manipulation et le sensationnalisme. Nous avions mentionné deux reportages précédents de MM Robin - Voleurs d’yeux, consacré au traffic d’organes, et Le sixième sens, Science et paranormal - qui donnaient à penser qu’il y avait une certaine continuité dans les méthodes de la journaliste.



Nous avons depuis largement commenté pour le premier reportage la thèse fausse sur le vol des yeux du petit colombien Jaison, thèse que MMR continue à défendre contre vents et marées, et contre l’évidence…

http://imposteurs.over-blog.com/article-19341056.html


Jean-Paul Krivine , rédacteur en chef de la revue Science et pseudosciences,  s’est pour sa part intéressé à l’enquête « Le sixième sens, Science et paranormal » :  nos lecteurs ne s’étonneront guère d’apprendre que MMR défend avec la même vigueur la réalité des phénomènes paranormaux - thélépathie, psychokynèse, réincarnation, prémonition ..- que la réalité du vol des yeux dans le précédent reportage évoqué. De même façon qu’elle rejette les protocoles d’évaluation scientifique des OGM, elle rejette les protocoles scientifiques qui permettent de tester les prétentions de ceux qui prétendent avoir des pouvoirs paranormaux. La « science officielle », c’est-à-dire la science, ne trouve jamais grâce aux yeux de madame Robin qui affectionne par contre la science parallèle , c’est-à-dire la pseudoscience et les balivernes que les charlatans habillent d’un jargon ressemblant à la science ou qui détournent de son sens le vocabulaire scientifique pour mystifier les gogos.  

Sans surprise, Marie Monique Robin rejette la reproductibilité comme critère permettant d’établir la réalité des phénomènes, mais se base sur les pseudo-preuves que constituent les témoignages biaisés, « explique » les prétendus phénomènes paranormaux à l’aide de concepts de la mécanique quantique dont on peut parier qu’elle n’y comprend strictement rien , vu le niveau de compréhension dont elle fait preuve en biologie lorsqu’elle prétend parler des OGM.

La  rigueur est incompatible avec la recherche du sensationnel évidemment plus vendeur. Donc MM Robin ne s’embarasse pas avec la rigueur si tant est qu’elle en soit capable.

Voleurs d’yeux, Le sixième sens, Science et paranormal, « Le Monde selon Monsanto, en 13 ans MM Robin n’a rien appris ni rien changé de ses méthodes et il est vraisemblable que toute son « œuvre » souffre des mêmes travers. Comment peut-on maltraiter avec une telle constance la vérité,la rigueur et la déontologie du journalisme et continuer à bénéficier d’une telle complaisance de la part de ses pairs ? Nous Laisserons à nos lecteurs le soin d’apporter une explication…

Anton Suwalki



Le sixième sens. Science et paranormal

Recension de Jean-Paul Krivine

Transmission de pensées, rêves prémonitoires, spiritisme, réincarnation, guérison par imposition, efficacité des prières. L’ensemble des ces sujets sont abordés dans l’ouvrage écrit par Marie-Monique Robin avec l’aide de Mario Varvoglis [1]. Marie-Monique Robin est journaliste et grand reporter. C’est à « une véritable enquête d’investigation sur les phénomènes paranormaux » (4e page de couverture) que le lecteur est convié [2].

Disons-le d’entrée : en guise de résultats de cette « véritable enquête d’investigation », vous ne trouverez qu’une présentation, chapitre après chapitre, de toutes les « disciplines » du paranormal, et pour chacune d’elles, témoignages, « études » à l’appui, l’affirmation que « ça marche et c’est vérifié ». L’ouvrage, richement illustré, met bien en avant à chaque section un état de la « recherche scientifique ». Mais là où le lecteur pourrait s’attendre à trouver une des nombreuses mises au point ou études qui invalident régulièrement les allégations du paranormal, on lira au contraire une présentation complaisante des « travaux » menés dans les différents « laboratoires du paranormal » de par le monde, érigés pour l’occasion en « science ». De l’« autre science », celle qualifiée de « science officielle », il n’en est pas question. Ou sinon, pour en utiliser les termes et laisser croire que tables tournantes, télépathies et guérisons miraculeuses pourraient s’expliquer par la mécanique quantique, la relativité ou la neurologie, au prix d’« explications » le plus souvent indigestes, comme nous le montrons plus loin.(...)



Lire la suite de l’article sur le site de SPS

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article990

 

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 15:15

                 Suite aux vives réactions suscitées par le précédent article :

                      http://imposteurs.over-blog.com/article-22687281.html


Quand j’ai écris sur le rasoir d’Occam, je ne pensais susciter une pareille polémique sur une question dont je croyais la réponse acquise : il y a bien eu un attentat aux USA le 11/09/2001. Un mot qui fâche a été prononcé par un certain Azerty: négationnisme .

Ca peut paraître insultant, mais ça ne l’est pas. Ca caractérise un mode de fonctionnement. Il est arrivé dans le passé que l’ultra-gauche (1) qui vit dans un monde virtuel ou le capital est non pas une entité économique mais un être anonyme et monstrueux qui tire toutes les ficelles, en vienne à nier le génocide de la seconde guerre mondiale. Non pas par haine antisémite, mais à cause de cette vision délirante d’un monde qui ne tiendrait que par une effroyable machine idéologique destinée à tromper les gens sur l’état réel de la société. Si on en croit certains groupuscules, le capitalisme serait en décadence depuis 1914(2)… Curieux , les capitalistes sont tellement forts dans le mensonge qu’ils arrivent à se duper eux-mêmes, en doublant le niveau de leur production à peu près tous les 15 ans !

 

Cette vision du monde dépasse désormais le cercle des groupuscules gauchistes. L’apocalypse et la main du diable est derrière chaque fait même le plus insignifiant. Au passage, ça permet d’occulter tous les faits réels bien identifiables et le plus souvent révoltants (par exemple le drame humain de la gestion de Katherina) et de se donner le sentiment d’appartenir à une élite qui sait ce que les autres ne savent pas. Quand on donne dans la théorie des pouvoirs occultes, il n’y a jamais de preuves à fournir : c’est ton hypothèse comme la mienne. Par définition l’occulte ne peut être prouvé donc ça épargne à ses tenants l’effort d’une démonstration convaincante, ça dispense des exigences du Rasoir d’Occam : A affirmation extraordinaire, preuve extraordinaire.

 

A un anti-nucléaire qui avançait des chiffres saugrenus sur les effets de la radioactivité, j’ai demandait ses sources et exprimé mon doute : naturellement la source, c’était monsieur « on dit que » , l’informateur le plus actif dans le monde, et l’interlocuteur m’a simplement rétorqué : « Si tu es assez bête pour croire les mensonges officiels …».

 

Encore un qui n’avait rien compris au rasoir d’Occam tel WangTzu demandant « Quelles sont les preuves que Ben Laden est le responsable avéré des attentats du 11 septembre 2001 ? ». Non mon cher, ça ne fonctionne pas comme ça, comme Fulmar Luc et d’autres l’on bien rappelé. Quand bien même toute la VO sur le 11/09 ne serait pas entièrement juste, ça ne suffirait pas à apporter pas davantage de crédit à l’hypothèse « alternative ». L’art du doute consiste à regarder ou se positionne le curseur de vraisemblance de chaque hypothèse ou théorie.

 

Personne n’ignore qu’il y a des provocations, des mensonges d’état …: celui qui m’a donné le plus la nausée est peut-être le mensonge de la « guerre propre » pendant la première guerre du Golfe. Mais ni les USA ni la France n’ont eu besoin d’organiser des attentats pour justifier leur participation à la guerre du Golfe. En 30 ans, les USA sont intervenus militairement une bonne vingtaine de fois directement ou indirectement sans avoir le moindre besoin d’organiser des attentats terroristes pour légitimer cela. Pourquoi en aurait-il été autrement pour l’Afghanistan ? Pour justifier la deuxième invasion de l’Irak, les USA qui subissaient l’hostilité de pas mal de pays, n‘ont été à même que de trouver l’alibi grossier des « armes de destruction massive » et n’ont pas été assez habile pour « découvrir » sur place la moindre trace de celles-ci ? C’est donc ça la super-puissance  capable de tout manipuler ?

 

La puissance de feu américaine est sans doute capable de vitrifier l’Irak en quelques heures, mais lorsqu’il s’agit d’occuper le terrain au milieu d’une population hostile, c’est autre affaire. Les chars, les missiles et les marines forts comme Rambo ne confèrent pas forcément un avantage décisif sur ce terrain, les services secrets peinent à déjouer les ruses de l’adversaire. L’anarchie qu’ils ont semé les rend encore plus vulnérables. Les USA paient un lourd tribu en vies humaines en Irak et en Afghanistan : Qui pensera que c’est encore un moyen de justifier l’occupation et des moyens accrus ? La guérilla serait-elle aussi factice, le terrorisme international organisé depuis le bureau ovale ? Ben Laden une invention de Bush ? Bush est-il réel ? N’est-il pas lui-même une marionnette d’une organisation secrète ?

 

A moment donné, il faut arrêter les délires paranoïaques et se demander : pourquoi se donneraient-ils tout ce mal alors que n’a jamais existé depuis la guerre du Vietnam un mouvement de masse capable de faire plier le gouvernement des USA dans ses ambitions guerrières ? Pour quelle raison tordue celui-ci aurait-il organisé les attentats du 11 Septembre sous cette forme ? Pour quelles raisons aurait-il fait dynamiter les tours comme si l’image spectaculaire des deux Boeing s’écrasant sur les tours ne suffisaient pas à frapper les esprits !!! Comment aurait-on pu préparer ce dynamitage dans le plus grand secret, sans attirer l’attention des occupants des tours, des services de sécurité ? Eux aussi auraient été tous achetés ? Certains auraient même accepté de mourir pour une cause qui leur échappait ?

 

 

Et l’affaire du soi-disant missile ? Pour quelles raisons le gouvernement choisit il un missile pour le Pentagone et des avions pour les Tours Jumelles ? Où sont passés l’avion et les passagers  bien réels qui sont portés disparus si ce n’est pas le Boeing qui s’est écrasé contre le pentagone ? D’où a été tiré le missile ? Combien de militaires américains accepteraient de lancer un missile sur le Pentagone juste pour les beaux yeux de Georges Bush d’après vous ? Combien de milliers de militaires, de personnel des services de sécurité , de témoins, de pompiers, de secouristes etc… faudrait-il acheter et surveiller en permanence pour organiser toute cette effroyable mascarade dans le plus grand secret sans qu’il n’y ait jamais un traitre pour vendre  le morceau ?  

 

Voilà quelques bonnes raisons qui m’ont fait écrire que « la thèse du complot de la Maison Blanche implique un grand nombre d’hypothèses très peu vraisemblables qui réunies ramènent la probabilité d’une telle mascarade à un nombre voisin de zéro ». La probabilité d’un véritable attentat est infiniment plus grande. La question de savoir s’il faut l’imputer à Bend Laden dirigeant tout depuis sa grotte est très secondaire. Le fonctionnement de ce genre d’organisation terroriste est visiblement complexe, et c’est pour cela que si forts soient les services de renseignement d’un pays comme les USA, ils peinent à démanteler de telles organisations. Quelquefois on déjoue des tentatives d’attentats, d’autres fois non . 

 

Le dénommé Loukoum illustre bien le genre de préjugés dénoncés par Cockburn :

Loukoum :«  Si l'on vous suit, doit-on en déduire que les 15 pirates de l'air dirigés par Ben Laden depuis les grottes de l'Afghanistan étaient tout-puissants, eux ? Et donc qu'ils sont vachement plus balaises que les services secrets américains ? »

 Comme le dit Cockburn : nombre de conspirationnistes partent d’un même postulat raciste, qu’on retrouve dans certains de leurs écrits, en vertu duquel des Arabes n’auraient jamais pu mener à bien ce genre d’attentat.   

 

Il est temps de vous réveiller : les islamistes orientaux savent eux aussi s’organiser, fabriquer des explosifs, utiliser des téléphones portables et ….le cas échéant piloter des avions !

 

Je me permets enfin de sourire de ceux qui cherchent la faille dans les détails techniques alors qu’ils feraient mieux de commencer à étudier un peu les lois de la physique : Tel Loukoum qui croit astucieux d’ironiser ainsi :

 

« Pareil, le jour où vous trouverez des dents qui résistent à des températures qui vaporisent la carlingue d'un avion, vous m'appelerez. »

 

Encore un coup dans l’eau, Loukoum c’est vraiment pas de chance! Suffit de voir comment fonctionnent les crématoriums : On chauffe les corps aux alentours de mille degrés pendant une heure et demie… Mais même à cette température, les os et les dents ne se désintégrent pas. Il faut alors avoir recours à un broyeur pour les réduire en poussière.

 

 « Comment expliquez-vous l'exposition de la structure métallique des tours du WTC à de très hautes températures, dépassant de loin les températures possibles pour des feux de kérosène ? »

 

ou bien :

 

« Comment expliquez-vous l'exposition de la structure métallique des tours du WTC à de très hautes températures, dépassant de loin les températures possibles pour des feux de kérosène ? »

 

Loukoum s’imagine que la combustion lors d’un incendie se réduit au combustible qui a provoqué l’incendie….Antonin vous a très bien répondu :

 

« Je rajoute ma source (http://www.sceptiques.qc.ca/assets/docs/Qs61_p5.pdf) qui justifie la température de 1000°C atteinte par les flammes : Ils expliquèrent aussi chacune des objections des conspirationnistes. Par exemple, le kérosène des
réservoirs de l’avion qui ne brûla pas dans l’impact causa peu après des explosions dans le lobby de l’édifice au rez-de-chaussée en s’engouffrant dans les cages d’ascenseur. Aussi, même si l’acier ne fond pas à 600 °C, il perd 50 % de sa force à cette température
et perd 90 % de sa force à 1000 °C. On estime que les flammes ont atteint près de 1000 °C en brûlant les milliers de litres de kérosène de l’avion et les matériaux dans l’édifice, tels murs, tapis, ameublement, papier, etc. 
»

J’imagine qu’au lieu de reconnaître qu’il s’est trompé sur A puis sur B, Loukoum va nous détourner non pas sur une tour du WTC, mais sur un comment expliquez-vous C ? Et si on lui répond sur C il y aura un D, et il faudra vite recourir à l’alphabet grec.

 

Sur chaque sujet on trouve des interlocuteurs qui pratiquent ainsi . C’est une technique bien commode quand on sent son argumentaire bancal.

 

J’ai fait cette mise au point car je ne voulais pratiquer la censure mais j’estimais ne pas pouvoir laisser passer ça. Ceci est fait, et je crois que je vais adopter l’attitude de Luc :

« Je confirme si besoin que je n'ai aucune intention de perdre tu temps (temps, qui peut être utilisé à des trucs connexes comme préparer la manif pour retrait des troupes françaises d'Afghanistan, c'est à dire faire un truc sur lequel on peut réellement peser, face à notre propre impérialisme) à discuter avec des obsédés monomaniaques, que je laisse à leur "dossiers" et à leur sentiment de triomphe argumentatif. Vraiment, je connais cette spirale chronophage, et je laisse tomber sans regret. »

 

Anton Suwalki

 

 

Remarque : un des journalistes en France à défendre la thèse du complot du Onze Septembre n’est autre que l’odieux Karl Zéro, qui s’est tristement distingué  lors de l’affaire du procès de Patrice Allègre et qui a soutenu la campagne de … José Bové. Tiens donc, pourquoi dis-je ça…

 

Notes :

(1) Je ne parle pas ici de Bordiga injustement accusé d’être le père du négationnisme d’extrême gauche , notamment par Le Monde. Il est possible que les gens qui fondent ce genre d’accusation n’aient même pas lu Auwschwitz et le Grand alibi . En réalité quoiqu’on pense de la théorie de Bordiga qui exagère le déterminisme économqiue pour expliquer le massacre des juifs par les nazis, l’honnêteté commande de dire que sa démonstration repose précisemment sur l’existence de ces massacres, et non sur leur négation.
(2) Par exemple le "Courant Communiste International

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 16:29

J’aime beaucoup l’état d’esprit zététique qui marie la rigueur scientifique avec l’humour et la dérision pour démonter les pseudosciences : Voilà comment Richard Monvoisin (1) présente le rasoir d’Occam « qui ne coupe que les fils de raisonnement biaisés » : 


 

 

En gros, ce que dit ce rasoir, c’est que lorsqu’il y a plusieurs hypothèses en compétition, il vaut mieux prendre les moins « coûteuses » cognitivement. Je vous donne le meilleur exemple que je connaisse (…) : je mets un chat et une souris dans une boîte, je ferme, je secoue, et j’ouvre : il ne reste plus que le chat .

 

Hypothèse 1 : des extraterrestres de la planète Mû ont voulu désintégrer la souris, mais elle s’est transformée en chat. Le chat, de frayeur, est passé dans une autre dimension par effet Tunnel.

 

Hypothèse 2 : le chat a mangé la souris (sans dire bon appétit, ce qui est mal).

 

Vous m’accorderez que l’hypothèse 2 est beaucoup moins coûteuse intellectuellement que la N°1. Elle ne postule rien d’autre que la prédation de la souris par le chat, qui est au moins aussi connue que Johnny Hallyday, tandis que la première postule une planète

Mû, des extraterrestres qui viennent, qui savent désintégrer un chat ce qui n’est pas

donné à tout le monde, une souris qui se transforme en chat, une autre dimension, un chat qui sait y aller et un effet tunnel pour objet macroscopique. Ca fait beaucoup. Dans le doute, on choisira la 2.

(Richard Monvoisin)


 

 

 

Hilarant, non ? Certes, on n’est rarement en présence d’hypothèses aussi échevelées que H1 ne serait-ce que parce que les concepts de la physique quantique sont aussi indéchiffrables que de l’hébreu pour la plupart des gens (2).

 

Cette présentation burlesque du rasoir d’Occam a le mérite de pointer un gros paradoxe chez les tenants des pseudosciences, du paranormal ou du relativisme cognitif. En effet, je ne connais personne qui adopterait l’hypothèse 1 dans le cas du chat et de la souris. Face à des situations courantes,  qui correspondent à ses expériences, nos appliquons tous le principe du rasoir du rasoir d’Occam, et tranchons en faveur de l’hypothèse la moins couteuse, dans la mesure où le raisonnement est basé sur des expériences maintes fois confirmées qui suffisent à expliquer le phénomène étudié.

 

Seulement voilà… Dès qu’il s’agit de phénomènes qui dépasse notre expérience (phénomènes « bizarres » qu’on peine à expliquer), notre connaissance (lois scientifiques ardues à comprendre), ou d’évènements qui nous dépassent (sur lesquels nous n’avons pas de prise) , tout le monde a tendance à mettre son rasoir d’Occam dans la poche et à accepter des raisonnements saugrenus reposant sur des hypothèses encore plus farfelues. Or il n’y a aucune raison pour que l’approche critique et sceptique qu’on applique au quotidien et sans laquelle ce quotidien serait un enfer ne vaille pas pour le reste.

 

Le rasoir d’Occam, c’est un principe d’ « économie mentale », c’est le fondement même de la rationalité. Il est absurde d’abandonner une hypothèse ou une théorie éprouvée qui rend parfaitement compte du phénomène qu’on observe au profit d’une autre qui fait appel à des entités mystérieuses qu’on n’a jamais observé. Aucune accumulation de connaissances n’est concevable sans ce sain principe.

 

Est-ce conservateur ? Un peu, si on veut. Le rationalisme scientifique se doit d’être à la fois conservateur, de défendre les acquis les plus solides de la connaissance tout en restant ouvert à la « réforme » de celle-ci. Si une théorie s’avère insuffisante pour rendre compte de certains phénomènes, alors on reste ouvert à une théorie plus puissante. On acceptera d’abandonner ou de dépasser la première au profit de la seconde que si celle-ci rend mieux compte des phénomènes considérés , solides preuves matérielles à l’appui.

 

Concernant les phénomènes prétendument extraordinaires ou mystérieux, le rasoir d’Occam prend la forme de l’alternative féconde.

 

Par exemple :

-          Dans le cas d’ « OVNI », avant d’opter pour l’hypothèse de la visite d’extra-terrestres, n’y a-t-il pas d’hypothèses plus simples susceptibles d’expliquer l’objet mystérieux que le témoin affirme avoir vu : Est-il un affabulateur (ça arrive ) ? Ce qu’il a vu n’était-il pas tout simplement un satellite, ne correspondait-il pas à un phénomène météorologique  etc…(3)

-          Dans le cas de gens prétendant disposer de pouvoirs psy, paranormaux ou autres ?  Le laboratoire de zététique de l’université de Nice a testé pendant des années avec un protocole rigoureux des centaines de « candidats » prétendant avoir des dons particuliers -sourcellerie, psychokynèse,télépathie etc…- sans qu’un seul d’entre eux ne réussisse à faire preuve de ces dons (4). De son côté, l’illusionniste Gérard Majax (5) a démystifié les escroqueries des guérisseurs philippins (qui prétendaient opérer à mains nues) , ainsi que les prétendus pouvoir psy d’Uri Geller (visions , torsions de cuiller par l’esprit etc…). Alors accueillons avec une patience résignée les affirmations d’existence de pouvoirs paranormaux : lorsqu’un paranormaliste ne fait pas mieux qu’un prestidigitateur, il n’y aucune raison de penser qu’il est autre chose qu’un prestidigitateur ( apparemment moins doué que Gérard Majax, soit dit en passant).

 

Le principe de l’alternative féconde s’applique aussi aux théories du complot qui ont fleuri avec Internet.

Ainsi à l’hypothèse paranoïaque que les attentats du Onze Septembre 2001 aient été concoctés par Georges W Bush (pour justifier auprès de la population les aventures militaires ultérieures) , on préférera l’hypothèse mille fois plus raisonnables que c’était vraiment un attentat subi par l’Amérique…Tout simplement parce que les services secrets américains ne sont pas tout puissants, que leurs adversaires ne sont pas les pieds nickelés etc… La thèse du complot de la Maison Blanche implique un grand nombre d’hypothèses très peu vraisemblables qui réunies ramènent la probabilité d’une telle mascarade à un nombre voisin de zéro (6).. Le rasoir d’Occam recommande donc de trancher ces fils de raisonnement biaisés et abracadabrant.

 

Le rasoir d’Occam, c’est finalement appliquer le principe énoncé par Jean Rostand : Avoir l’esprit ouvert ne signifie avoir l’esprit béant à toutes les sottises.

 

Ce principe d’économie mentale s’énonce aussi comme suit : A affirmation extraordinaire, preuve extraordinaire !

 

Anton Suwalki


Notes :

 

(0) le rasoir d’Occam est ce principe de raisonnement rationnel formulé par Guillaume d’Occam (14ème siècle).

 

(1)http://www.unice.fr/zetetique/articles/RM_Doctorat_Zetetique_et_medias.pdf

 

(2) Encore que nombre de charlatanismes détournent sans grand génie, mais sans scrupule les concepts de la physique quantique pour donner un vernis scientifique à leurs divagations. Il n’est pas trop difficile d’impressionner des gens crédules dépourvus de culture scientifique. Que fait l’Education nationale ? !

 

 ( 3) Lire l’article de Jean Bricmont (SPS n° 281) sur le sujet des extra-terrestres:

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article834

 

(4 ) Quelques explications fournies sur le site de Gérard Majax :

 http://www.majax.com/pages/defi.html

 

(5) Laboratoire de zététique de l’Université de Nice

http://www.unice.fr/zetetique/

 

(6)voir au sujet du Onze Septembre un bon démontage de la théorie du complot sur le Monde Diplomatique:

http://www.monde-diplomatique.fr/imprimer/14270/9d702f047b

(paradoxalement, le Monde Diplo verse de plus en plus souvent dans le délire de la théorie du complot sur d’autres sujets) 


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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 10:29

Dans la rubrique littéraire du célèbre hebdomadaire satyrique paraissant le mercredi, n° 4581, André Rollin (1) se livre à une critique élogieuse d’un livre intitulé « Un divorce français : Anquetil et Poulidor » signé Jacques Augendre (2). Selon André Rollin, cet opuscule « est un merveilleux recueil de souvenirs et d’anecdotes qui montre un Tour de France à l’échelle humaine. Ca change un peu ».

 

Soit. On comprend que les passionnés du cyclisme et du Tour s’intéressent au-delà de la course à ses à-côtés et à la personnalité des coureurs.

Mais les quelques citations proposées au lecteur du Canard laissent entrevoir une psychologie de Prisunic,  des rapprochements douteux et des clichés sociaux voire ethnico-physiques les plus éculés dont raffolent les journalistes et plus particulièrement les journalistes sportifs (3) .

 

André Rollin lui-même a chaussé les gros sabots pour se choisir un titre : « Le paysan et l’aristo ». Le paysan c’est bien sûr Poulidor, et l’aristo c’est Anquetil : ben voyons . N'étaient-ils pas tous deux , avant tout, deux sportifs professionnels ?

 

Leur origine sociale alors ?   Vérification faite, Anquetil est fils d’un horticulteur, et a passé un CAP de fraiseur. Comme origine aristocratique, on fait mieux ! Son style sur la bicyclette, alors ? Mais ça ressemble à quoi au fait , un aristo sur une bicyclette ?

Bref deux hommes « du peuple », mais on fait quand même enfiler à l’un les habits de la noblesse pour faire coller les portraits aux clichés dont les gens raffolent.

 

Jacques Augendre a enfilé non pas les sabots, mais la boite à chaussures, ce qu’André Rollin trouve visiblement très bien : « Deux hommes totalement antinomiques. Le blond normand, et le brun, le viking mâtiné breton au visage émacié et le campagnard limousin à la mine épanouie, l’introverti et l’extraverti, le routier de la ville et le routier des champs, le rouleur longiligne et le grimpeur musclé, celui qui commande et celui qui subit »

 

Rien que ça ! Il ne suffit pas de donner dans les poncifs ethno-physiques lourdingues , le viking blond au visage émacié, le brun campagnard limousin à la mine épanouie (4) , il faut en plus rapprocher ces traits de leur caractère, et même du tempérament de gagneur et de commandeur de l’un et de l’autre « qui subit ». Si on conçoit bien que la musculature respective des deux coureurs peut en partie expliquer le fait que l’un soit plutôt bon rouleur et l’autre plutôt bon grimpeur, quel rapport avec le fait que l’un commanderait  et l’autre « subirait » ? Dans les côtes, n'était-ce pas Poulidor qui commandait ? Les blonds minces de type aryen seraient des gagneurs nés tandis que les bruns trapus à la mine joviale des loosers, des « éternels seconds » par essence ? Comment l’auteur aurait-il arrangé ses portraits avec un blond trapu et un brun longiligne ? 

 

Certes, on ne peut évidemment déceler aucune intention idéologique derrière ces descriptions, mais qu’est-ce que c’est bête et irritant !

 

Surtout lorsque ces portraits antinomiques débouchent sur une interprétation « morpho-politique » : « Politiquement, et sans que ça soit forcément rationnel (sic), l’un, Anquetil, incarne la droite réaliste et triomphante, l’autre, Poulidor, illustre la gauche plus populaire et moins victorieuse ».   Pas forcément rationnel, c’est le moins qu’on puisse dire ! Bête mais pas méchant, disions-nous, mais  imaginons à quelle incarnation politique douteuse aurait pensé Jacques Augendre si Anquetil avait été brun, crépu et avec un nez long et crochu …  On ne peut s’étonner que le Canard Enchaîné ne voit aucun problème à relayer ces poncifs stupides sous prétexte qu’ils sont moins marqués  du sceau de l’infâmie historique. Il n’y a pas de préjugé de ce genre qui soit totalement inoffensif.

 

Dérisoirement, on apprend après ces portraits au rouleau grande surface qu’Anquetil était un grand fastueux tandis que Poulidor passait pour un Harpagon. C’est curieux, mais on a du mal à s’imaginer un Harpagon extraverti et à la bouille réjouie ! Molière va sûrement devoir retoucher sa pièce !

 

Anton Suwalki

 


 Notes:

 

(1) Je suppose que c’est lui même si c’est signé A Rn

(2) Bernard Pasquito éditeur

(3) ainsi le très subtil David Abiker (certes pas journaliste sportif) se demande si Wilfried Tsonga est le « nouveau Noah » ? Pourquoi à votre avis ? A cause de son jeu, de ses résultats, ou de sa couleur de peau ? http://www.france-info.com/spip.php?article69508&theme=81&sous_theme=210

(4) pourquoi pas pendant qu’on y est rapprocher les deux hommes de la physionomie respectives des vaches qui peuplent leur campagne, la rustique limousine brune comme Poupou  et la blanche viking de normandie !  


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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 09:04
 

En réponse à notre interpellation sur « la science prolétarienne » :

http://imposteurs.over-blog.com/article-21082895.html

Gilles Questiaux nous a adressé ce commentaire. Comme promis , je le publie en article. Les désaccords demeurent nombreux malgré certaines clarifications apportées par Gilles, appelant à poursuivre ce débat qui consituera le feuilleton de l'été.

Anton Suwalki


 

Gilles Questiaux :

 

Sympathique interpellation, qui nécessite néanmoins plusieurs précisions.

1) Je ne suis pas membre d'un courant oppositionnel au PCF, je participe à la tentative en cours d'organiser un front d'opposition interne à la liquidation du PCF, ce qui est différent. Pour ceux que ça intéresse, voir le blog Réveil communiste", lien sous le commentaire. Ce qui rigolo mais un peu fatigant à la longue, c'est que les marxistes léninistes purs et durs que je côtoie dans cette entreprise ont aussi la manie d'anathémiser leurs adversaires en mettant en doute leurs capacités intellectuelles au moindre désaccord.

2) Sur la "science citoyenne" je ne sais pas ce que c'est, donc je ne peux rien en dire. Mais l'association des deux mots me fait dire ceci : le citoyen lambda, souvent se sent extrêmement démuni par rapport au discours des scientifiques, et ce sentiment d'être exclu peut être vécu de manière désagréable, surtout si cela réactive les frustrations de l'échec scolaire devant les maths, la physique. D'où ressentiment. Aggravé du fait que des intervenants présentés comme des scientifiques justifient sans arrêt des choix politiques réactionnaires (Claude Allègre par exemple). Avec l'accroissement de la spécialisation, des scientifiques eux-mêmes peuvent se trouver dans cette situation (qui d'ailleurs n'empêche nullement les progrès de la science "bourgeoise"). J'ai un peu le sentiment que votre blog ne cherche pas seulement à se donner du bon temps en critiquant les fumisteries, mais cherche aussi à cééer une plateforme d'échanges culturels entre scientifiques ou amateurs éclairés non spécialistes pour éviter l'éclatement définitif et le naufrage de la communauté scientifique. En ce sens la "science citoyenne", c'est vous.

3) Sur Lyssenko, je renvoie à l'excellent ouvrage de Dominique Lecourt sur la question, que je n'ai pas étudiée en détail. Je signale aussi son ouvrage : "Une crise et son enjeux". (1973), sur Matérialisme et Empiriocriticisme.

4) La "science prolétarienne" dont je parle de manière un peu provocatrice, admettons-le, est potentielle, non actuelle: il s'agit essentiellement de l'orientation des priorités de recherche dans l'intérêt des peuples (et donc des non-spécialistes), et dans la constitution réelle d'une culture scientifique vulgarisée et accessible au plus grand nombre dont les fausses sciences qui pullulent montrent la demande et la nécessité. Je pense que cette science produirait en définitive des concepts et des résultats bien différents même si ça ne changerait rien pour le VIH. Je crois que le "point de vue prolétarien" n'a guère de chance de se révéler pertinent, plus qu'un autre, en tout cas, en cosmologie ou en génétique, mais qu'il risque par contre de devenir incontournable dans toutes les sciences sociales. En fait, le point de vue prolétarien appliqué, c'est le matérialisme historique. Sur Réveil Communiste il y a plusieurs textes concernant les chercheurs en histoire marxiste, l'histoire marxiste, et Carlo Ginzburg, historien italien qui s'est attelé à la critique du relativisme en histoire, où c'est plus difficile à faire qu'en physique nucléaire.

5) Les intervenants dans le discussion sur le texte de mon camarade Gilles Mercier (chercheur de métier, ce que je ne suis pas, je suis ni plus ni moins prof d'histoire dans l'enseignement secondaire), et plus encore votre texte ci-dessus sont pénétrés de la conviction qu'il existe un idéal et une vérité scientifique au dessus de la mélée de la lutte des classes. Je suis certain que non. Je pense que vous partagez tous ce que le philosophe Pierre Raymond ("Logique et matérialisme dialectique") appelle "l'idéologie de la rigueur" et que votre sujet kantien se mire dans des objets idéaux qu'il construit lui-même. La mise en cause de notre narcissisme nous est toujours désagréable, mais il serait bien peu rationnel d'en conclure que le narcissisme n'existe pas, dans le discours scientifique, comme ailleurs.

Je suis ignare en mathématiques, mais j'ai entendu parler d'une école intuitionniste, pour laquelle les preuves obtenues par assistance de calculs informatiques ne seraient pas acceptable. Ceci non pour prendre position (moi, ça ne me gêne pas qu'on utilise des ordinateurs pour prouver des théorèmes) mais pour dire que l'établissement de la certitude de posséder cette vérité scientifique absolue qui vous sert en quelque sorte de fond de caisse intellectuel, (et à ceux qui vous ont décernés vos diplômes et vos doctorats) est loin d'être évident. Vous me faites un peu penser au loup de Tex Avery qui veut traverser un précipice en clouant une planche au bout d'une autre, voire en courant dans le vide.

Le matérialisme pour moi, ce n'est pas croire qu'il existe au fond des choses une substance matérielle, c'est le principe que le donné est antérieur à la pensée, et la règle méthodologique d'expliquer, comme dit Auguste Conte, (et Rabelais!) le supérieur par l'inférieur, c'est à dire en l'occurence l'homme non par le sujet kantien (celui qui a les mains propres parce qu'il n'a pas de mains) mais par ses besoins matériel et ses pulsions sexuelles.

6) sur Freud qui manifestement n'est pas en odeur de sainteté parmi vous, je me surprends à utiliser très souvent des concepts qui viennent de lui directement ou indirectement. Je ne sais pas si cela fait de moi un "mal-comprenant", mais je crois me souvenir que l'un des critères de validité d'une hypothèse scientifique est sa fécondité, aussi peu rigoureux qu'il paraisse (comme le rasoir d'Ockham aussi d'ailleurs)

Voilà, si vous estimez que ce message mérite quelque considération, vous pouvez faire comme moi, lorsque je trouve un commentaire intéressant sur Réveil : je le publie en copie collée en tant qu'article.

(J'aurais pu dire bien des choses aussi sur la psychiatrie du temps de Freud, mais après tout laissons les freudiens, s'il y en a, s'en occuper. C'est déjà bien ici qu'on puisse prononcer le nom de Lénine, sans se faire censurer)

Cordialement,

Gilles Questiaux

 


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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 12:39

Le chimiste Michel Eugène Chevreul (1786- 1889 ) est l’auteur du premier rapport sur les phénomènes dits paranormaux appuyé sur un regard sceptique.  


Ce rapport intitulé "De la baguette divinatoire, pendule explorateur, tables tournantes du point de vue de l'histoire, de la critique et de la méthode expérimentale" , vient d’être réédité aux Editions Edilivre . Il est disponible sous forme papier ou électronique Il s’adresse à tous les curieux qui cherchent à comprendre l’origine des mouvements inconscients lors de phénomènes dits paranormaux comme ceux de la baguette divinatoire, du pendule exploratoire, des tables tournantes ou frappantes.


Dans leur ouvrage à succès Devenez sorciers, devenez savants, G Charpak et H Broch nous ont rappelé que « Le Rapport de Chevreul » était toujours d’actualité.
Michel Eugène Chevreul a rédigé ce rapport à l’Académie des Sciences en 1854, en réponse à une montée du spiritisme avec les sœurs Fox aux USA. A cette époque en France, des séances de médiumnité eurent beaucoup de succès auprès d’hommes célèbres comme Victor Hugo, Théophile Gautier, Alexandre Dumas.


Chevreul eut pendant sa longue vie de 1786 à 1889, de nombreuses activités, il cumula pendant près de soixante ans des charges d’administrateur du Muséum National d'Histoire Naturelle, de professeur de chimie organique, de Directeur de l’atelier des couleurs de la Manufacture des Gobelins, et de membre de l’Académie des Sciences.
On connaît surtout Chevreul pour ses travaux remarquables sur la classification des corps gras et sur la physiologie des couleurs (théorie du cercle chromatique). D’esprit curieux, lors de son arrivée au Muséum National d’Histoire Naturelle en 1810, il voulut comprendre pourquoi AL Jussieu et son associé JPF Deleuze étaient partisans de la doctrine de Mesmer sur le magnétisme animal.


Après un long rappel sur l’histoire de la radiesthésie de l’antiquité jusqu’en 1848, Chevreul explique dans ce Rapport que, pour les phénomènes de tables tournantes, bâton, et pendule exploratoire, cela relève d’une auto subjectivité créée par des mouvements inconscients.
Ces constatations de Chevreul proviennent de nombreuses expériences, qu’ont confirmées les fondateurs de l’électromagnétisme, AM Ampère, M Faraday et HC Oersted.

Ce rapport  ,présenté et actualisé par Elie Volf, est accompagné d’une préface écrite par Raoul Chevreul , arrière-arrière petit fils de M. E. Chevreul.


Elie Volf est maître de conférence honoraire, Docteur ès Sciences, et vice président de l’Association Française pour l’Information Scientifique.

 


 

Le site de l’éditeur :

http://www.edilivre.com/doc

 


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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 15:11

Je n’ai pas trop eu le temps ces derniers jours de participer au débat qu’a ranimé l’intervention de Gilles Questiaux sur l’article « Où le PCF veut-il en venir avec les OGM (de Gilles Mercier) » mais je voulais répondre sur le point de la « science prolétarienne ».

 

 

Je souhaite que le débat reste amical et qu’on évite les malentendus , comme celui généré par la formule de Gilles par rapport à Freud « un auteur qu'Hitler a brûlé ne peut pas être complètement mauvais » .L’intention de Gilles n’était visiblement pas de ranger les détracteurs du Freud (dont je suis) dans le camp du nazisme, comme l’a compris un peu hativement Canardos. Cela dit , le raisonnement de Gilles est très moyen sur cette question. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, c’est une théorie qui atteint très vite ses limites. Ca n’est pas parce que Hitler considérait Freud comme un représentant de la « science juive » que ça valide une seule hypothèse de Freud sur les mécanismes du psychisme. Je trouve aussi très moyen : « La haine de Freud est comparable à la haine de Marx et à la haine de Darwin : s'y exprime la blessure narcissique du moi bourgeois-universitaire qui pousse des cris d'indignation pour se prouver à soi même sa liberté. »   C’est un truc vieux comme Freud lui-même : vous résistez à mon analyse, c’est la preuve que je dis vrai.

 

Pour revenir sur la science « bourgeoise » ou « prolétarienne » , on est soulagé d’entendre confirmer que Lyssenko était un charlatan et un faussaire. Mais rassurés Parce que lorsqu’on lit que ça n’est pas l’idée que la science de Lyssenko soit prolétarienne qui pose problème, on se dit qu’il y a des enseignements du stalinisme qui n’ont pas été entièrement tirés.

 

Je cite « Lyssenko croit aux mêmes critères que les généticiens qu'il fait envoyer au Goulag, il se borne a falsifier les résultats de ses travaux ». Déjà, envoyer des généticiens au goulag, je ne suis pas vraiment convaincu que ça soit très bon pour la science ni pour le socialisme. Je ne vois pas quel dans quel sens cet ignorant pouvait croire aux mêmes critères que les généticiens. Et si bien sûr il a été obligé de falsifier ses travaux, sa fraude diffère tout de même de la fraude classique en science. La différence réside précisémment dans l’habillage idéologique du charlatanisme : la science habillée dans les guenilles prolétariennes  (« le professeur aux pieds nus »). Cet habillage idéologique soit à l’origine d’une immense hallucination collective dont les dégats sont inestimables. Pas seulement en URSS, mais dans tous les partis qui lui étaient inféodés.

 

Les bolchévicks avant Staline, préféraient avoir recours aux « spécialistes bourgeois » , savants, ingénieurs, cadres militaires, politiquement « douteux » à des membres du parti certes « impeccables » politiquement mais incompétents. Ils avaient sans doute mille fois raison par rapport à Staline.  Et franchement je ne suis pas sûr de vouloir vivre dans une société où les médecins seraient diplomés en fonction de leur exemplarité communiste, et non de leur compétence médicale (1)!

 

 

Cette idéologie, le lyssenkisme, illustre à mon avis la fuite en avant de la couche de parvenus incompétents qui avait le pouvoir dans les années 30 en URSS. Il n’opère pas que dans la biologie et dans l’agronomie, il triomphe partout , et plus particulièrement aux procès de Moscou : les procès truqués se justifient selon Vychinsky par le fait que « l’instinct de classe vaut mieux que mille preuves matérielles » . Si ça n’est pas de l’anti-matérialisme à l’état pur, qu’est-ce ?

 

Quand Gilles Questiaux dit : « la science prolétarienne pourrait différer de la science bourgeoise (je compte bien moi qu'elle en différera!) » , désolé mais Gilles devrait nous expliquer en quoi elle pourrait différer, et comment on pourrait définir une « science prolétarienne » dont la nature diffèrerait du lyssenkisme. Qu’il me démente si je me trompe, mais la démarche de Marx et Engels se voulait scientifique en ce sens qu’ils entendaient apporter la méthode scientifique dans l’analyse sociale et dans l’étude des conditions de réalisations de l’émancipation sociale, et pas l’inverse : ils n’ont jamais entendu prolétariser la science.

 

La science a ceci de particulier qu’elle vise à transcender les approches déformées par les préjugés sociaux ,culturels, religieux pour accéder à la connaissance objective, à une réalité qui existe en dehors de notre conscience. Rappelons que ce sont ceux qui nient cela , les solipcistes, qui sont parmi les principales cibles de Lénine dans Matérialisme et Empiriocriticisme.  Ce qui ne veut pas dire que les scientifiques y parviennent toujours, étant donné tous les sujets où les préjugés peuvent interférer avec l’approche objectiviste. Ca paraît particulièrement évident lorsque l’objet de l’étude est de nature sociale. Et tout-à-fait d’accord sur le fait que « les chercheurs ne sont pas des esprits purs, dépourvus d'ambition, de projets, de liens d'allégeance, etc. ». Mais ça veut dire par contre que chaque fois qu’on s’éloigne de ce principe, on  s’éloigne de de l’activité scientifique de production de connaissances.

 

Ce qui me frappe, c’est la résurgence actuelle d’une variante du lyssenkisme du côté de mouvements que Gilles Questiaux qualifie sans doute de petits bourgeois : certes la terminologie a évolué en même temps que la langue de bois, et il n’est plus question de science prolétarienne, mais de science citoyenne. Je ne sais pas exactement comment Gilles se situe sur ce sujet, en tant que membre d’un courant oppositionnel du PCF, par contre je vois bien le suivisme de son parti à l’égard de ses mouvements. La science « citoyenne », « indépendante » etc.., c’est pour moi de la foutaise idéologique de la même veine que le lyssenkisme. Le goulag en moins, les obscurantistes « modernes » rêvant plutôt de restaurer les bûchers de l’inquisition pour y brûler les savants (2). Il est vrai que l’ignorance dispose rarement d’autres moyens que la brutalité pour trancher ce qui est vrai. Peut-on savoir quelle opinion Gilles Questiaux exacte se fait de l'idéologie de la "science citoyenne" ? De son côté, Gilles Mercier , également membre du PCF et (à ma connaissance) oppositionnel, semble avoir une opinion claire et tranchée là-dessus, comme sur le lyssenkisme et la «  science prolétarienne ».

Anton Suwalki


Il va de soi que Gilles Questiaux peut répondre aussi longuement qu'il le souhaite à cette interpellation. Je tiens à préciser que ceci n'est pas une démarche hostile .S'il le désire, il peut nous envoyer une réponse par messagerie que nous publierons en article, sous une forme plus lisible que celle des commentaires.

 

 


  

Notes :

(1) Ce qui me fait penser à une petite anecdote  désopilante à propos de la science prolétarienne version roumaine rapportée dans « Les précheurs de l’Apocalypse » de Jean Kervasdoué. Sous le régime ubuesque de Nicolas Caucescu, le Génie des Carpates, sa femme Elena, quasi analphabète, avait été promue au rang d’agrégée de philosophie et était membre de l’académie des sciences ! Un jour qu’on l’interrogeait sur la loi de la pesanteur, celle-ci aurait répondu : « La pesanteur, je ne sais pas, moi, je suis la scientifique, mais pour les lois, voyez ça avec mon mari, c’est lui le juriste ».

(2) http://imposteurs.over-blog.com/article-15991268.html

 


 

 

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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 13:15

 

Nancy Cartwright est professeure de philosophie à la London School of Economics et Political Sciences. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages consacrés à la Science, dont un au titre non équivoque « How the laws of Physics lies » . Dans un numéro spécial de Sciences et Avenir (1) (Les fictions de la Science, Hors-Série Juillet/Aout 2006) , elle s’explique. Plutôt qu’une longue introduction, il me semble préférable de discuter directement de ses assertions. Ce papier assez long devrait être divisé en 3 parties au moins.

 


 

Nancy Cartwright : Je voudrais souligner le fait qu’une théorie ou une loi n’a pas besoin d’être vraie ou même « approximativement vraie » pour être empiriquement adéquate dans une large gamme de situations expérimentales.


AS :
Effectivement on peut même émettre l’idée qu’une théorie totalement fausse soit « adéquate » (2) pour une gamme limitée de situations expérimentales. Si je considère que la terre est fixe et que le soleil tourne autour de la terre, cela peut suffire à expliquer que tous les jours, le soleil se lève à l’Est , décrit une trajectoire parabolique d’Est en Ouest, disparaît à l’Ouest et réapparaîtra le lendemain matin à l’Est ! En voilà une belle démonstration ! Sauf que si cette théorie est « confirmée » par l’observation quotidienne du soleil depuis que l’humanité existe, la gamme de situations expérimentales qu’elle est capable d’expliquer est extrêmement limitée, tandis que la gamme des situations que non seulement elle n’explique pas, mais qui la contredisent est très large. N.C récuse l’idée de lois vraies ou même approximativement vraies  au moyen d’une ruse sémantique : les lois ne sont pas vraies mais « empiriquement adéquates ». Une posture absurde qui doit logiquement aboutir à la conclusion qu’entre les deux théories antagoniques A/le soleil tourne autour de la terre et B/ la terre tourne autour du soleil, on ne peut trancher sur la vérité de ces lois, toutes étant fausses, on préfère simplement B/ à A/ parce que la gamme de situations expérimentales dans laquelle B/ est confirmée est plus large que celle de A/. Quel esprit non perturbé peut soutenir au 21ème siècle  que A/ et B/ ont la même (absence) valeur du point de vue de la vérité objective, mais ne se départagent que par leur adéquation empirique ?

La philosophie semble ici emprunter les frocs des hommes d’Église, tolérant la science lorsqu’elle se borne à produire des théories  « empiriquement adéquates », mais exigeant qu’elle laisse aux théologiens le soin de trancher de ce qui est vrai et ce qui est faux.


NC
: « Bien que je ne souscrive pas à l’idée d’une validité universelle des lois de la physique, il est généralement admis que la relativité d’Einstein et la mécanique quantique sont à la fois vraies et universelles, ou à tout le moins « plus vraies » que la physique newtonienne et que par conséquent la physique de Newton est fausse. Cependant, est-il besoin de le rappeler, la mécanique newtonienne possède une efficacité prédictive largement attestée. Nous devrions remarquer que si ces deux autres théories sont vraies et universelles, alors la mécanique de Newton est « très » fausse. Elle fournit des prédictions précises dans une large gamme de phénomènes et pourtant elle donne une image complètement fausse de ce à quoi ressemble monde; du point de vue de la relativité et de la théorie quantique, la physique de Newton n’est même pas « approximativement vraie ».

 
AS : 1) Ce qui frappe en premier lieu dans cette tirade, c’est l’utilisation très sélective des guillemets. « plus vraies », « très » fausse, complètement fausse, « approximativement vraie ». Ces guillemets indiquent que N.C ne s’est pas contentée de répondre à une interview orale, mais qu’elle en a maîtrisé la restitution, indiquant au journaliste là où il fallait mettre des guillemets pour indiquer qu’elle n’adhérait pas aux termes généralement admis de « vrai » ou de « faux » pour qualifier une théorie. Or , ce ne sont pas tant pas les guillemets qui frappent que leur absence dans une proposition particulière : « elle [la théorie newtonienne] donne une une image complètement fausse de ce à quoi ressemble monde ». On pourrait s’attendre à ce qu’un philosophe fasse preuve d’une rigueur maniaque dans le vocabulaire qu’il emploie, c’est tout le contraire. Le vrai étant défini comme la correspondance avec la réalité, le faux étant le contraire du vrai, si l' on prétend qu’il ne peut y avoir de théorie physique vraie ou approximativement vraie parce que la réalité intime des choses nous échappe, que peut bien signifier complètement fausse ? Pour pouvoir juger que la mécanique de Newton est complètement fausse en tant que représentation du monde, encore faut-il avoir une vague idée de ce qu’est celui-ci et de comment il fonctionne !

2)
La physique classique n’est pas considérée comme totalement fausse mais approximativement vraie et d’une validité suffisante pour toute une gamme d’expériences qui représentent disons … 99,9% (3) de l’ensemble de nos expériences physiques quotidiennes, en particulier pour toutes les situations où la vitesse est nulle ou très faible par rapport à la vitesse de la lumière (4). L’espace à 3 dimensions avec un écoulement du temps absolu n’est pas faux, mais un cas particulier de la théorie de la relativité  .Même en matière de mouvement des planètes, les prédictions établies à partir des lois de la relativité ne sont qu’un peu plus précises que celles qui découlent de la théorie de Newton . Tout rationaliste considèrera à juste titre que si les lois de Newton suffisent encore dans une si « large gamme d’expériences », c’est qu’il avait saisi une bonne partie de la réalité du monde. On aimerait d’ailleurs que les philosophes et autres représentants de disciplines qui prétendent discuter de la validité des théories scientifiques indiquent une seule des leurs qui pourrait être « totalement fausse » en affichant seulement 0,1% de situations expérimentales susceptibles de les falsifier. Allez soyons très laxistes,et multiplions par 333 la « marge d’errreur »: existe-t-il un seul énoncé philosophique (évidemment non vague) dont on pourrait dire qu’il est vérifié de manière incontestable dans 66,66% des cas ?
 


 
Anton Suwalki

(à suivre)




 

 Notes :

 (0) « En quoi les lois de la science mentent »

  (1) Sciences et Avenir fait partie du groupe du Nouvel Observateur. Au moins  dans ses hors-série, il est écrit dans un style pompeux, et se montre très friand de spéculations éthérées sur la valeur des concepts et des théories scientifiques. Question de milieu social, très probablement. On y trouve parfois des articles très douteux, comme celui prenant ouvertement la défense de Jacques Benvéniste, inscrit au Panthéon des « hérétiques de la Science » pour sa fameuse théorie sur la « mémoire de l’eau ». C’est un grand classique des défenseurs de théories pseudo scientifiques d’inverser les rôles et d’enfiler les habits des Galilée persécutés par les tenants du dogme.

Dans le hors-série mentionné ci-dessus, signalons que la parole est aussi donnée aux tenants d’un réalisme scientifique prudent, et que certains articles sont très intéressants et très didactiques, tel celui consacré aux expériences de pensée comme que les « ascenseurs gravitationnels » d’Einstein ou la machine de Turing. C’est le mélange des genres qui est douteux.

(2) puisque N.C joue habilement avec les guillemets (cf infra), pourquoi nous en priver ? Il se trouve que ce signe typographique peut être très utile pour orienter la lecture.

(3) 99,9 % est une façon de parler, rien d’autre. Bien sûr on peut dire que l’intrusion dans nos vies de technologies nouvelles tels que l’ordinateur ou le GPS abaisse ce pourcentage…

(4) Un simple exemple devrait suffire à expliquer pourquoi les lois décrites par la physique classique sont la plupart du temps largement suffisantes. Le facteur de dilatation du temps dans un « référentiel en mouvement » découvert par la théorie de la relativité restreinte ne vaut que pour de très grandes vitesses significatives par rapport à celles de la lumière (soit environ 300 000 000 mètres/seconde ). Prenons une fusée qui doit atteindre la vitesse de 11 000 mètres/seconde pour échapper à l’attraction terrestre. La différence de mesure du temps dans le référentiel fixe sur terre et dans celui de la fusée est de l’ordre de 10-9 (un milliardième). Dans ce cas de figure, tous les onze jours et demi environ, l’horloge de la terre et celui de la fusée se décalerait d’une seconde. Je vous laisse le soin de calculer ce que représente le décalage du temps dans un référentiel en mouvement tel que feu le Concorde (Mach 2 soit environ 600 mètres/seconde ), un TGV (à peu près 85 mètres/seconde) ou une voiture sur l’autoroute (à peu près 36 mètres/seconde si vous respectez les limitations de vitesse) . Je vous épargne le calcul de l’impact dans ce domaine de la « fausseté » des lois de la physique classique sur Ben Johnson (admettons 13 mètres/seconde dans ses meilleures accélérations quand lui et ses soigneurs étaient au top de leur forme), ou sur le piéton moyen (mettons de 1 à 2 mètres/seconde).

 

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 11:51

L’autre jour en écoutant distraitement la chronique boursière à la radio, je me suis rappelé une anecdote amusante rapportée dans un livre co-écrit par Georges Charpak et Henri Broch qui est devenu un grand classique de la littérature zététique:

 

 « (…) Nous avons appris à l’occasion de la semaine de la Science en Grande-Bretagne qu’une superbe expérience de prévision boursière avait eu lieu : une fillette de 4 ans a fait mieux qu’un spécialiste boursier et qu’une astrologue  !» (Devenez sorciers, devenez savants, éd Odile Jacob)

 

Étrange, non ? Comment expliquer cela ?

 

Même si l’Histoire est riche de talents étonnamment précoces, on écartera d’emblée l’hypothèse qu’une petite fille de 4 ans épluche quotidiennement la presse financière , les bilans et les comptes de résultat des sociétés côtés en Bourse, synthétise les perspectives des marchés réels, monétaires et financiers pour faire des choix d’investissements boursiers plus pertinents qu’un spécialiste financier dont c’est le métier.

 

On écartera également, pour des raisons bien comprises par les lecteurs réguliers d’Imposteurs, l’hypothèse que la fillette soit dotée d’un sixième sens  qui lui permette de battre les prédictions d’ astrologues qui ne font pas mieux, jusqu’à preuve du contraire, que le hasard. Le hasard aura simplement dans cette expérience avantagé la fillette, qui avait une chance sur 2 de faire mieux que l’astrologue. Le résultat n’est donc pas plus significatif que si l’astrologue avait fait mieux.     

 

Mais le Boursier ! Les maîtres du temple capitaliste ne gèreraient donc pas mieux leurs portefeuilles qu’une fille de 4 ans ? Leur compétence serait donc équivallente à celle d’un astrologue, c’est-à-dire nulle ?

 

Certes, l’économie n’est pas une science exacte. Mais en théorie, un spécialiste financier est capable d’analyser les résultats et la santé financière d’une société, les marges de progression du marché sur lequel elle évolue et son positonnement sur ce marché : en clair de cerner pour ses clients les acquisitions de titres les plus pertinentes qui devraient garantir des dividendes élevés et dont la valeur devrait augmenter, reflétant la santé économique et financière des sociétés dont ils représentent une part du capital.

 

Mais  les choses ne se passent pas toujours comme ça : Une grande partie des transactions boursières est de nature purement spéculative. Dans cette optique, les titres ne sont pas acquis pour détenir une part du capital destiné à intervenir dans la gestion de l’entreprise cotée et à recevoir en contre partie une rémunération par les dividendes versés. On achète des actions en espérant les revendre ultérieurement à un prix plus élevé. Les choix d’acquisition du spécialiste ne sont plus dictés par l’examen de la valeur objective des titres, mais fondés sur l’anticipation des comportements des autres intervenants du marché :  d’où ce comportement parfois typiquement moutonnier des intervenants de Bourse où la hausse d’un titre où des titres d’un secteur entraîne…la hausse. Lorsque gonfle la bulle spéculative, un « expert » boursier achète… parce que les autres achètent. Et il ne peut pas faire autrement parce que les investisseurs qu’il représentent lui reprocheraient de leur faire manquer une opportunité et iraient placer leur fonds ailleurs.

 

C’est ici qu’on voit que la rationalité individuelle ne se marie pas nécessairement avec la rationalité collective. Lors de l’éclatement de la « bulle technologique » en 2000, les titres des sociétés de nouvelle technologie avaient atteint des sommets qu’on peut qualifier sans exagération d’insensés . La pertinence de la valeur d’un titre s’estime normalement à partir du rapport entre le prix de l’action et le dividende par action, qui reflète la capacité de la société à faire des bénéfices (et à en reverser une part aux actionnaires) : Alors que le rapport courant est de l’ordre de 15, il avait atteint 40 en moyenne pour les entreprises du secteur !

 

Bien entendu, il y a une fin à tout épisode délirant. Les actions ne peuvent pas monter indéfiniment , parce que la spéculation ne peut pas pomper toutes les ressources monétaires et financières au détriment de l’économie réelle. Mais l’atterrissage ne se fait pas toujours en douceur.

 

Pour autant, dans la dépression qui suit souvent les périodes d’euphorie, il n’y a pas « des centaines de milliards qui sont partis en fumée », qui justifieraient qu’on vous serre la ceinture, contrairement à ce qu’on entend souvent. Il y a simplement transfert de richesse entre des actionnaires malheureux et d’autres chanceux qui ont vendu leurs titres au plus haut , au bon moment. Malgré cela, la spéculation n’est pas indolore et la Bourse peut entraîner dans sa chute la totalité de l’économie, avec son lot de catastrophes sociales. Ce fut le cas lors du Krach Boursier de 1929. Un tel séïsme ne s’est jamais reproduit depuis, mais la crise asiatique de 1997 avait conduit plusieurs millions de personnes au chômage. Si les banques centrales américaines et britanniques ont volé au secours des banques ayant accumulé les créances insolvables du fait de la bulle immobilière de 2007 et elles-mêmes au bord de la cessation de paiements, on a estimé à deux millions le nombre de ménages américians qui risquaient de perdre leur logement. La reprise « normale » des affaires occulte les drames humains.

 

Une catastrophe internationale comme celle a suivi la panique boursière de 1929 est-elle possible aujourd‘hui ? Les pays récemment frappés par des crises boursières ou financières se sont relevés assez vite. Bien des choses ont changé depuis les années 30, avec notamment l’intervention systématique des états et des banques centrales pour limiter la casse, même dans les pays où le libéralisme est la doctrine économique officielle. Les prophètes qui pronostiquent l’effondrement économique imminent du capitalisme le faisaient déjà lors des précédentes grandes crises boursières en 1987, 1997, 2000 etc… Ils finiront peut-être par avoir raison. Leur propos ont l’intêret d’une pendule arrêtée qui donne l’heure juste deux fois par jour.

 

Mais l’examen des mécanismes foncièrement irrationnels de la spéculation financière permettent de comprendre pourquoi, au moins en période agitée, une fillette peut faire des choix pas moinspertinents qu’un expert en Bourse. On pourrait donc lui confier la gestion de nos maigres économies avec autant de confiance pour boursicoter, tandis qu’il paraîtrait peu prudent de lui confier la direction d’une entreprise, d’une banque ou le ministère de l’économie. Pourtant le volume annuel de transactions du Palais Brongniart dépasse de très loin le budget de l’Etat. Tout ça est-il bien raisonnable ?

 

Anton Suwalki

 

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 11:51

Alors que le tremblement de terre du Sichuan a fait plusieurs de dizaines de milliers de morts ( 60 000 déjà annoncés par les autorités chinoises), on ne peut que déplorer l’impossibilité de prévenir de tels drames (1). On ne dispose pas de moyen de prévoir quelques jours ni même quelques heures à l’avance un séisme. La surveillance de paramètres tels que les secousses sismiques , les modifications des champs magnétique et électrique ne suffisent pas à fournir un modèle cohérent de prévision à court terme, qui permettrait d’évacuer les populations exposées.

Là où la connaissance scientifique est insuffisante , y a-t-il des alternatives , ou des pistes qu’elle aurait ignorées ?  Et si nous faisions confiance à l’instinct des animaux ?

 

Lors du tsunami de 2004, nous avions déjà entendu ce couplet.  Alors que le drame avait 200 000 victimes humaines, une rumeur reprise par l’AFP prétendait qu’on ne retrouvait aucun cadavre d’animal  , information à la base très certainement erronée. Mais cela avait suffit à certains pour prêter à cette supposée absence la capacité des animaux, sans distinction d’espèce, à anticiper le danger .

 

Sans présumer sur la rareté relative des victimes animales par rapport au désastre humain, observons que les explications les plus simples et les contradictions évidentes n’ont pas été recherchées.

-Premièrement moins d’animaux victimes peut tout simplement être lié, non pas à une anticipation du danger, mais à de meilleures aptitudes physiques que l’homme à réagir face à un ras-de marée : On voit mal  des oiseaux gênés par une vague déferlante. D’autres peuvent parfaitement s’en sortir dans l’eau, même dans de pareilles circonstances. D’autres courent plus vite que l’homme sont capable des monter sur des arbres des toits etc…

 

-Deuxièmement, en admettant que les animaux, ou au moins certains !-voir plus loin- soit capable de ressentir une situation anormale, encore faudrait-il qu’ils adoptent la réaction adaptée de fuite loin du danger. L’observation courante des animaux montre que c’est très loin d’être toujours le cas. Certains se terrent en cas de danger, d’autres font exactement ce qu’il ne faut pas faire : par exemple, traverser la route lorsqu’une voiture approche. Pourquoi pour devant le danger d’un tsunami, adopteraient-ils systématiquement une réaction adaptée alors que ça n’est pas le cas devant des dangers ordinaires ?

-Troisièmement, en admettant cette fois-ci qu’ils aient su instinctivement que faire, on aurait logiquement dû apercevoir une exode massive des animaux avant le tsunami. Dans des régions où la faune est si riche, un tel phénomène n’aurait pas pu passer inaperçu. Or aucun témoignage d’un tel phénomène n’a été  rapporté. D’autre part, les animaux domestiques où d’élevage enfermés auraient eux-mêmes du montrer des signes de frayeur devant l’impossibilité de fuir : pas de témoignage non plus de ce côté là.

 

Il est donc curieux que la dépêche de l’AFP consacrée aux prétendues réactions des animaux avant le tremblement de terre du Sichuan comble ces manquements lors du tsunami de 2004 en rapportant des témoignages sur les réactions étranges des animaux avant le séisme. Par contre, elle n’a pas mentionné cette fois-ci une absence totale ou quasi-totale de cadavres d’animaux !

 

« Le tremblement de terre survenu il y a plus de trente ans dans le Nord de la Chine avait accumulé les signes annonciateurs, racontent aujourd'hui ses rescapés.

Les chiens avaient poussé des hurlements sauvages des heures avant que le séisme ne frappe à 03H42 du matin, se souvient l'un deux, Fu Wenran, dont la femme avait été emportée avec quelque 240.000 personnes dans la catastrophe le 28 juillet 1976.

Les souris et les serpents s'étaient agités à l'air libre, comme fous. Les chevaux et les vaches s'étaient mis à frapper les murs de leurs écuries et étables.

"Les animaux essayaient de nous dire quelque chose. Si seulement nous l'avions su, il n'y aurait pas eu autant de morts", regrette Fu.

Pour lui comme pour d'autres survivants du séisme de Tangshan, il aurait aussi fallu mieux écouter les bêtes au Sichuan il y a deux semaines.

Quelques jours avant le 12 mai, des centaines de milliers de crapauds ont fui la ville de Mianyang, proche de l'épicentre. Après coup, le phénomène a d'ailleurs suscité nombre de commentaires de bloggeurs convaincus qu'il s'agissait d'un signe annonciateur.(2) »

 

La construction de la dépêche est révélatrice. Elle commence par le récit d’une personne qui a cru percevoir un vent de panique chez des animaux aussi différents que des chiens , des vaches, des souris et des serpents, chacun témoignant à sa façon du danger de la catastrophe, comme s’ils avaient voulu nous prévenir de quelque chose. Cette fois-ci, des animaux qui pourraient fuir ne le font pas, ils hurlent, s’agitent comme des fous. Fu, l’homme interviewé, a même pris la peine d’observer des souris et des serpents…

La dépêche relate ensuite sans préciser d’où elle tient cette information que des centaines de milliers de crapauds ont fui la ville plusieurs jours avant le séisme. Cette information, l’AFP la tient de médias chinois qui ont fait auparavant comme leur consœur française, et collecté un (ou des ?) témoignage(s) …après le séisme. Sur quoi ou qui repose l’estimation de l’ampleur de cette transhumance, on ne le saura peut-être jamais . Mais ça a suffit pour alimenter la rumeur qui fonctionne si bien avec Internet, et la toile s’est emparée de ce phénomène possible mais non vérifié, pour immédiatement y prêter un sens prophétique. 

 

Les témoignages de ce genre sont de toute façon biaisés. Les biais sont tellement nombreux que cela réduit quasiment la dépêche de l’AFP à un hoax. Il peut y avoir des témoignages déformés voire totalement inventés. Des interprétations a postériori de comportements totalement anodins des animaux : des chiens qui hurlent à la mort, c’est d’une consternante banalité. La recherche a postériori de signes annonciateurs de la catastrophe conduit à occulter tout ce qui était normal, et à vouloir au contraire donner à tout prix un sens relié à la catastrophe là où il n’y en a peut-être pas, et à oublier toute autre explication possible à ces comportements « étranges ».

 

Bien sûr , les capacités sensorielles des animaux sont très différentes et de nature très variée d’une espèce à l’autre et l’homme n’est certes pas le mieux placé de ce point de vue. Certains animaux entendent une gamme de sons plus large que nous, dans les infrasons ou les ultrasons. D’autres ont une acuité visuelle très supérieure à la notre, et d’autres encore ont des capacités que l’homme n’a acquises que par l’intermédiaire d’outils technologiques : les sonars qui permettent aux chauve-souris ou aux cétacés de localiser des obstacles et leur proie. Les oiseaux seraient sensibles aux variations de pression atmosphérique .Les pigeons possèdent dans la boite crânienne un tissu riche en cristaux de magnétite qui les rend sensibles aux variations de champ magnétique terrestre. Les oiseaux migrateurs possèdent bien d’autres capacités. Alors l’hypothèse que certains animaux soient sensibles à des phénomènes physico-chimiques qui interviennent à l’approche d’un séisme n’est pas à exclure. Il est peu vraisemblable compte tenu de ce qu’on sait des animaux que chaque espèce ait ses propres moyens de détection. Certains ont tendance à définir l’animalité par négation de l’homme, cette pauvre créature qui n’a que son cerveau et les outils que celui-ci lui permet de créer pour survivre dans un environnement hostile.

Or ces outils sont souvent extrêmement précis : Les magnétomètres les plus puissants permettent par exemple de mesurer des variations de champ magnétique inférieur au nano-tesla , le CM terrestre moyen étant de l’ordre de 33 000 nano-teslas. Nos capacités à détecter des phénomènes naturels anormaux ne sont pas en cause. Ce qui pêche encore à l’heure actuelle, c’est nos capacités à identifier et analyser l’ensemble des paramètres qui permettraient de prévoir des séismes.  Les variations de ces paramètres  peuvent intervenir indépendamment de toute activité sismique . Certains  animaux feraient-ils la différence ? Posséderaient-ils le modèle cohérent qui leur permettrait de distinguer des anomalies d’origine sismique des autres anomalies , possèderaient-ils l’équation exacte qui donne le séisme et sa magnitude qui justifie la fuite?  C’est pour le moins abracadabrant.

Enfin, y aurait-il un phénomène physico-chimique déterminant présent avant tout tremblement de terre, que nous n’aurions pas encore identifié et que des animaux seraient capables de ressentir, expliquant leur supposée préscience des séismes ? Il est inutile de rechercher des explications quand les faits -la capacité des animaux à ressentir les prémisses d’un tremblement de terre- ne sont pas sérieusement établis.

 

L’AFP n’hésite pourtant pas affirmer : « Une équipe avait été mise sur pied dans les années 60 en Chine pour étudier de près le possible lien entre les comportements animaliers et les tremblements de terre. En 1975, il avait prédit avec une étrange précision un séisme de magnitude 7,3 au Liaoning, une province du nord-est de la Chine. » Une affirmation une fois encore très surprenante. Si une équipe avait pu prédire avec une « étrange précision » un séisme, elle aurait acquis la notoriété internationale, entrainant de nouvelles recherches , on aurait tenté de reproduire celle-ci dans des pays où la terre tremble tous les jours, et l’AFP aurait autre chose à se mettre sous la dent que le récit d’un témoin du  drame du Sichuan.

 Anton Suwalki


  

 

 

 

  (1) nous ne parlons pas ici des moyens matériels de limiter l’ampleur des catastrophes. Nous parlons des capacités à les prévoir. 

 (2)http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/sciences/20080526.SCI3892/pour_se_proteger_des_seismes_ecoutez_les_animaux_consei.html


 

 

 

 

 

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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 11:13

Pour une approche rationaliste du hasard

(2ème partie)


lire la 1ère partie : Le coquin de hasard n’a rien à voir avec le destin (1)



 

Quoi de plus simple que les jeux de hasard tels que le lancer de pièces, le jeté de dés, tirer des cartes dans jeu de 52 cartes distinctes etc… Prenons le premier : l’épreuve  élémentaire (lancer une fois la pièce) donne deux résultats (évènements)  possibles : Pile ou face.  Dans le deuxième, six résultats possibles, l’une des 6 faces numérotées de 1 à 6 pour un dé classique. Dans le troisième, l’une des 52 cartes.

Intuitivement, on comprend que dans des conditions « normales » ( définies ci-dessous) la  probabilité d’obtenir pile plutôt que face est de 1 sur 2 (ou 0,5 ou 50%), d’obtenir 1 face du dé plutôt qu’une des cinq autres est de 1 sur 6 etc…

Même lorsque l’on passe de l’épreuve élémentaire de tels jeux de hasard à plusieurs épreuves répétées, l’ensemble des évènements possibles est fini et prédictible, et les probabilités qui leur sont assorties parfaitement calculables.


Passons de 1 à 2 lancers successifs de pièce , et nous obtenons l’ensemble des évènements possibles :

-Pile Pile

-Pile Face

-Face Pile

-Face Face

Passer de 2 à 3, puis à 4,5,10, 100 lancers successifs ne pose aucun problème. 

 

Le hasard qui nous entoure dans la vie réelle recouvre des aspects beaucoup plus complexes : impossible de cerner , même dans une vie des plus routinières, l’ensemble des évènements possibles qui peuvent arriver à un moment  donné. « Je me lève, je bois bon café, je ne te réveille pas, comme d’habitude…. ». Mais ce jour là, le réveil ne sonne pas. Ou quand je sors, la voiture ne démarre pas, alors je te réveille pour que tu m’emmènes au boulot . Où j’apprends un plan de licenciement alors je ne rentre pas ce soir. Ou alors allez savoir pourquoi, je rentre plus tôt alors que tu es encore couchée, et je trouve un homme nu dans l’armoire. Un événement certes a priori envisageable, mais dont il est en général assez difficile de calculer la probabilité exacte…

 

Alors pourquoi appréhende-t-on le hasard à travers ces modèles réductionnistes de lancer de pièce ou de lancer de dés ? Signalons  que maîtriser cette approche élémentaire du hasard sous forme d’épreuves répétitives dont les résultats possibles sont connus d’avance nécessite déjà un  bagage mathématique minimum et de manier des opérations qui dépassent très vite nos possibilités de calcul mental. Ensuite,  simplicité n’est pas synonyme de simplisme, et que l’exploration du hasard par ces voies simples est extrêmement féconde, d’une portée universelle, et permet d’éviter de nombreux biais de raisonnements très répandus.

 

 

Le hasard « choisit » une combinaison parmi toutes les combinaisons possibles

 

 Avant de se pencher sur les probabilités de réalisation d'un évènement au cours d'un "tirage", il convient de se rappeler que le hasard est la réalisation d'un évènement donné parmi tous les évènements possibles. Tout calcul de probabilité commence donc par le dénombrement des évènements ou combinaisons réalisables.

-Au jeu de pile ou face (P ou F) :

1 tirage  donne  P ou F soit 2 évènements possibles

2 tirages successifs donnent PP ou  PF ou FP ou FF soient 4 évènements possibles

3 tirages donnent PPP ou PPF ou PFP ou PFF ou FPP ou FPF ou FFP ou FFF, soit 8 évènements ou combinaisons possibles.

 

Généralisation : n tirages donnent 2n  combinaisons possibles, c’est-à-dire le nombre 2 multiplié n fois par lui-même. En généralisant, tout jeu de hasard qui offre p  combinaisons pour une épreuve élémentaire donnent pn combinaisons possibles pour n épreuves successives.

Application : 10 lancers de pièces successifs donnent 210 soit 1024 combinaisons possibles. 4 lancers de dés successifs donnent 64 soit 1296 combinaisons possibles.    

 

Le calcul des combinaisons diffère selon que l’on tient compte ou non de l’ordre des résultats obtenus.

Ainsi , pour une épreuve consistant à lancer 10 fois de suite, je peux considérer chacune des 1024 combinaisons ordonnées (ex :PPFPFPFFPP) comme un événement unique, ou bien considérer comme des succès la réalisation des évènements ne faisant intervenir l’ordre des tirages tels que : obtenir 5 fois Pile (donc 5 fois Face) . Or dans ce cas, il n’y a pas une, mais 252 combinaisons parmi les 1024 possibles qui correspondent à l’événement obtenir 5 fois pile. 

 

Le vertige du hasard dans un jeu de 52 cartes :

 

Nous venons de voir que quelques lancers de pièces ou de dés aboutissent à un nombre de combinaisons possibles dépassant 1000. Qu’en est-il des mains possibles dans un jeu de cartes qui se joue à 52 ?

Une main correspond à un groupe de 13 cartes (tirées sans remise) placée dans un ordre quelconque et choisie parmi 52.Si on veut, on peut considérer que nous avons un jeu divisé en une main de 13 cartes et une autre 52-13=39 cartes.

 

Le nombre de mains possibles est égal à  C5213  ce qui vaut = 52!

                                                                                  13 ! 39 !

Avec 52! (« factorielle ») =52x51x50x49x……..x2x1

        13! =13x12x11x…..x2x1                                                              (1)

Le nombre de mains possibles est de 635 013 559 600 , plus de 635 milliards de possibilités.

Mais ça n’est pas tout. Considérons maintenant le nombre de donnes possibles lorsque le jeu est distribué en 4 mains de 13 cartes.

Ce qui correspond à                    52 !

                                        13! 13! 13! 13!

Soit environ 54 000 000 000 000 000 000 000 000 000                 (2)

54 milliards de milliards de milliards de donnes possibles !

 

 

On comprend mieux pourquoi des passionnés continuent à s’enfermer des heures ou des nuits entières plusieurs fois par semaine pour jouer au bridge à la belote ou au tarot (3). La routine n’est pas pour demain  et des millions de joueurs peuvent continuer à jouer pendant des siècles et des millénaires avant d’avoir épuisé toutes les donnes possibles d’un jeu de cartes.

 

Des combinaisons aux probabilités :

La notion élémentaire de probabilité est très intuitive : c’est le rapport entre le nombre de cas  favorables et le nombre de cas possibles dans une épreuve. Pour un seul lancer de pièce, il y a 2 cas possible = Pile ou Face. Si j’ai misé sur Pile, il y a un cas favorable sur 2 possibles soit une probabilité de 1/5 ou 0,5 ou 50 pour 100 de chances. Lorsqu’on passe à des tirages répétitifs, la probabilité  est le rapport entre le nombre de combinaisons favorables et le nombre de combinaisons possibles. Les remarques sur l’ordre des combinaisons s’appliquent ici. Si je considère l’événement obtenir la combinaison exacte PPFPFPFFPP, la probabilité de succès est de 1/1024 =environ 0,098%. Par contre , si je considère simplement l’événement obtenir 5 fois pile en 10 lancers  ,la probabilité de succès est de 252/1024 =environ 24,6%.

 

 

 

Généralisation : - Pour un jeu  répétant n fois la même épreuve élémentaire comportant p cas possibles, la probabilité d’obtenir 1 combinaison ordonnée plutôt qu’une autre est : 1

                                      pn

                          - Pour le même jeu, la probabilité d’obtenir un événement tel que « k fois pile sur n tirages successifs » sans ordre particulier dont chacun offre p possibilités est :

Cnk (1/p)k (1-1/p)n-k  ,avec Cnk  =      n!

                                                     K!(n-k)!

Application :Ainsi , la probabilité d’obtenir la combinaison PPFPFPFFPP , une façon particulière d’avoir 5 fois Pile sur dix lancers de pièces est de 1/210 = 1/1024

La probabilité d’obtenir d’une façon ou d’une autre 5 Pile est de :

10!  X (½)5 x (½)5 = 3 628 800 x (0,5)5 x(0,5)5 = 0,246098.…

5! 5 !                         120x120

Soit environ 24,6%.

 

 Le hasard et les probabilités , au-delà de l’intuition

 

 Nous avons donné une définition intuitive de la probabilité, supposant vrai le fait d’avoir une chance sur 2 d’obtenir pile (ou face) lors de chaque lancer de pièce. Est-ce justifié ?

Oui si on amène deux précisions :

1/ Sur le caractère aléatoire de l’épreuve : c’est le caractère incontrôlé du lancer de pièce qui lui donne le statut de tirage au hasard. L’absence de contrôle du geste, de l’impulsion donnée à la pièce.

2/ la probabilité de l’épreuve élémentaire est dans ce cas lié à une propriété intrinsèque de la pièce. Si celle-ci n’est pas « truquée » , comporte bien deux côtés marqués distinctement « Pile » et « Face », est correctement usinée, de densité homogène,alors la probabilité d’obtenir doit logiquement être de ½ (0,5), le hasard n’ayant aucune raison de privilégier un côté plutôt que l’autre.

On peut très bien imaginer que la pièce soit légèrement déformée, telle que les probabilités d’obtenir Pile ou Face soient respectivement 0,6 et 0,4. Le fait que les résultats de l’épreuve ne soient pas équiprobables modifient la valeur des probabilités, mais l’approche du hasard n’est pas modifiée. Le hasard se conformera aux propriétés intrinsèques de cette pièce particulière et se « calera » sur les probabilités élémentaires qui en résultent.

Avec de telles probabilités élémentaires, la probabilité d’obtenir 5 fois Pile (et donc 5 Face) sur 10 lancers devient :                

10!  X (0,6)5 x (0,4)5 = 0,2007... Soit environ 20%.

5! 5 !    

 

                   

Petite colle : Comment se fait-il alors que la probabilité d’obtenir 1 fois pile est supérieure (0,6 au lieu de 0,5), nous obtenions seulement 20% de chances d’obtenir 5 fois pile, contre 24,6% dans le cas de l’équiprobabilité (4)?

 

 

Quelques erreurs récurrentes sur le hasard :

-1/En lançant la même pièce dix fois, quelle combinaison parmi ces 2 à la plus grande chance de sortir ?

      La combinaison 1 : PPFPFPFFPP ?

Ou

      La combinaison 2 : PPPPPPPPPP ?

La majorité des gens répondront spontanément la combinaison 1 et on comprend très facilement pourquoi ce (mauvais) réflexe. La combinaison 1 comporte dans un ordre a priori quelconque autant de Pile que de Face (ce qui semble bien coller avec la probabilité de 1 sur 2 (5)). La combinaison 2 comporte 10 Pile un résultat o’ combien improbable (1 chance sur 1024)!

Or les gens confondent la probabilité élevée d’obtenir 5 Pile sur 10 lancers, et la probabilité d’obtenir précisément l’une des 252 combinaisons qui comporte 5 Pile , qui vaut également 1 chance sur 1024 .

 Les deux combinaisons ont une probabilité strictement égale . 

 

-2/ « Je vais me refaire » : tel est le vice de raisonnement du joueur invétéré, qui jouant de malchance, pense que celle-ci va se retourner. Imaginons un parieur qui joue à Pile ou Face, a misé 10 fois Pile, et comble de malchance, a perdu dix fois de suite. Un événement certes  rare (en moyenne 1 parieur sur 1024 subit cette « poisse ») mais somme toute pas exceptionnel. La tentation est forte d’imaginer que le 11ème tirage sera effectivement Pile. Et de miser une somme encore plus élevée pour se refaire des sommes perdues au cours des dix premiers tirages. Un biais de raisonnement tragique qui conduit à miser des sommes qu’on n’aurait peut-être jamais engagées auparavant.

Car le hasard n’a pas de mémoire, il est donc totalement dépourvu de d’instinct de justice ou de sentiment de culpabilité  qui l’amènerait à corriger ses « malfaisances » passées. Qu’il vous ait fait perdre 1 fois, 2 fois, 10 fois ou 100 fois de suite , il se moque absolument des propensions du joueur à le personnifier et à lui attribuer une conscience. Au onzième lancer de pièces, sa « politique » reste élémentaire ,transparente et dépourvue de toute malice : C’est encore et toujours une chance sur 2 d’obtenir l’une des deux faces , quelques soient les résultats antérieurs.

 

3/ le hasard ne reconnaît pas nos symboles :

Peu de parieurs du Loto miseront sur la combinaison suivante : 1 2 3 4 5 6.  Vous pensez, 6 chiffres qui se suivent ! Ca a l’apparence de la rationalité, et pourtant ça ne l’est pas . Pour la même raison que 1/, cette combinaison a autant de chances de sortir que 5 11 17 29 40 45 ou que n’importe quelle autre combinaison quelconque (6) :

En laissant de côté le numéro complémentaire, le nombre de manières de tirer 6 numéros dans un ordre quelconque est C496 =   49 !                       

                                                   6 ! 43 !

soit exactement 13 983 816 combinaisons.

 

L’erreur fatale consiste à attribuer au hasard la capacité de reconnaître derrière nos symboles numériques une suite ou un quelconque assortiment qui pour nous a du sens. Ca n’est pas le cas. Le hasard du loto, ce sont des forces mécaniques produites par la rotation de la sphère contenant les 49 boules et qui provoquent l’expulsion successive de 6 boules hors de celle-ci. Du point de vue des forces à l’œuvre, les 49 boules qui ont le même poids, la même taille, la même surface, sont strictement identiques, quelque soit la valeur nominale inscrite dessus qui n’ont de signification que pour l’esprit humain.

 

A l’opposé, beaucoup de joueurs pensent forcer le hasard en jouant des nombres fétiches, des dates de naissance par exemple : dans cette optique purement superstitieuse, le hasard ne se contenterait pas d’attribuer un sens à nos symboles, mais serait capable de bienveillance sélective. Celui qui pense forcer la chance en jouant sa date de naissance 20-06-42 devrait admettre que tous ceux nés après (19)49 sont maudits ! Le hasard n’aime donc pas les « jeunes » en tout cas lorsqu’ils jouent au Loto. Ceux-ci peuvent toutefois se rattraper au Keno, à condition qu’ils soient nés avant (19)81.

Si vos numéros fétiches ne sortent pas, vous n’aurez aucun mal à trouver des charlatans qui sauront deviner pour vous les numéros porte-bonheur, en relation avec votre signe et la conjonction astrale du moment . Comble de l’absurdité, pour le même tirage offrant une et une seule combinaison gagnante, des dizaines de joueur inspirés par le même astrologue joueront des numéros différents censés leur offrir une chance personnalisée de déjouer ce coquin de hasard .

Vous vous délesterez de quelques dizaines d’euros supplémentaires en plus de vos mises, mais si ça peut vous rassurer, sans risque de mettre sur la paille la Française des Jeux .

Anton Suwalki

                                                                       (à suivre)

 

Notes :

(1) donc 1!=1 et par convention 0!=1

(2) on écrira plus volontiers 54 .1027

(3) dont je laisse à nos amis lecteurs le soin de calculer le nombre de donnes possibles pour la belote ou le tarot.

(4) laissons à nos lecteurs le soin de répondre, sinon nous fournirons la solution au prochain épisode.

(5) dans ce paragraphe, nous raisonnons uniquement dans le cadre de l’équiprobabilité (ex : une chance sur 2 d’obtenir Pile et pareil pour face). Ce qui ne change rien au message mais simplifie l’exposé

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 12:47

 



Sébastien Paumier,  maître de conférences à l’Université Paris-Est Marne La Vallée, nous informe de la naissance d’un enseignement de zététique au sein de cette université.

 

« La zététique est une discipline qui peut se voir comme l'art de développer l'esprit critique. L'objectif de cet enseignement est d'apprendre à repérer toutes les sortes de biais pouvant perturber l'accès objectif à l'information. Cette discipline a été introduite dans l'enseignement universitaire par le professeur Henri Broch, fondateur d'un laboratoire de zététique à l'Université de Nice Sophia-Antipolis. Ses matériaux d'étude privilégiés sont les phénomènes réputés paranormaux, mais cette démarche critique trouve de nombreuses applications au quotidien, en particulier quand il s'agit d'analyser les phénoménales quantités d'information auxquelles tout citoyen est confronté au quotidien»

 

Un site Internet a été créé à cette occasion présentant le cours et fournissant en accès libre les transparents du cours. Il s’enrichira sans doute de travaux futurs d’étudiants.

http://zetetique.univ-mlv.fr/

 

Souhaitons que cet enseignement, qui n’est d’ailleurs pas réservé aux étudiants de la filière scientifique, rencontre le succès et contribue à la diffusion de l’esprit critique et du rationalisme!


Contenu du cours :

Cours 1: pièges statistiques

Cours 2: probabilités

Cours 3: hasard et prédictions

Cours 4: paradoxes et rhétorique

Cours 5: mauvais raisonnements

Cours 6: illusions sensorielles, mesures et ordres de grandeurs

Cours 7: illusions provoquées et arnaques

Cours 8: techniques de manipulation

Cours 9: méthodologie scientifique

Cours 10: analyse des prétentions d'une théorie

 Cours 11: fiabilité des informations

Cours 12: pseudo-sciences et impostures scientifiques

 

 

 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 09:50
 

Un principe zététique (pratique du doute et de la méthodologie scientifique dans l’analyse de phénomènes paranormaux) énonce qu’on ne peut démontrer l’inexistence d’un phénomène extraordinaire. On peut énumérer des indices forts de non plausibilité, mais guère plus. Il en découle naturellement qu’il revient à ceux qui affirment des choses hors du commun de prouver qu’elles existent bien. Par  exemple : il ne revient pas à un sceptique de démontrer que les extraterrestres ne sont pas parmi nous, une absence ne se prouvant pas, mais il revient par contre aux défenseurs de la réalité de ce phénomène de prouver ce qu’ils avancent.  Ce principe zététique fait partie de la démarche scientifique, et elle est utilisée par bon nombre d’entre eux pour valider leurs découvertes, même si les savants ne pensent pas à le formaliser. La zététique est en cela un outil précieux, puisqu’elle permet de prendre conscience d’une démarche la plupart du temps inconsciente (« inconsciente » est ici pris dans le sens des cognitivistes, c’est-à-dire devenue un « automatisme »)  de l’esprit humain. Sauf que, devenu automatique, ce système de pensée tombe aux oubliettes. Il faut une confrontation avec l’irrationnel pour soudain se souvenir que les outils intellectuels sont bien à notre portée, et qu’il faut les utiliser et les promouvoir si on veut s’assurer un accès au réel.  Le même phénomène se produit en éducation. Quand tout fonctionne bien chez l’enfant, on perçoit mal comment il apprend, quels sont ses outils et son cheminement. Tout devient « automatique ». Ce n’est que quand un enfant est en difficulté et qu’on l’aide à décrypter les obstacles qu’il doit surmonter qu’apparaissent clairement la démarche opérée par son cerveau et les différentes étapes nécessaires. L’aide à l’enfant en difficulté aide à comprendre aussi l’enfant en réussite…

 

La zététique est donc aussi un dispositif qui aide à décrypter les difficultés  qu’éprouvent les croyants à cerner le réel. Elle aide à comprendre la personne en délicatesse avec le rationnel, et en même temps à comprendre le parcours, les jalons, les limites de tout un chacun.
Dans un prochain billet, je vous présenterai un exemple de zététique  appliquée à la démonstration de l’existence de la contamination en biologie par Pasteur en 1864, alors que la démonstration de l’inexistence de la génération spontanée avait échoué au XVIIIe siècle.

Agnès Lenoire


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Paru sur le site doutes à gogo

http://www.doutagogo.com/article-18584482.html

à suivre donc !

 

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