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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 11:47

Je viens de découvrir ce moteur de recherche et j’ignore depuis quand il existe…

 

« Cet outil de recherche est conçu pour permettre d'effectuer des recherches ciblées sur des sites, blogues, forums, organisations et revues à caractères sceptiques, scientifiques et rationalistes. Cet outil répertorie plus de 250 de ces sites,  en français et anglais. La liste des mots-clés apparaissant au haut des résultats de votre recherche vous permettra d'affiner votre recherche. »

 

http://www.googolplex.net/informati.ca/sceptique/

 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 18:30



En Novembre 2009, Pour la Science publiait un numéro spécial : Hasard et Incertitude, les questions qu’ils posent. Le magazine aborde ces questions sous de nombreux aspects : philosophique, épistémologique,  le hasard en physique, en biologie, en économie … 

 

Un numéro particulièrement riche . Un article signé Christian Gollier, professeur d’économie , pourrait intéresser particulièrement nos lecteurs : Comment prévoir l’imprévisible ? Cet article permet de réfléchir sur une approche rationnelle de la notion de risques et du principe de précaution que nous avons souvent critiqué. Notre commentaire exclut certaines questions traitées dans l’article pour nous focaliser sur ces problèmes.

 

L’auteur  traite de la façon dont on peut ou non prendre en compte dans des modèles et dans les actions publiques les évènements très rares qui peuvent avoir des conséquences dramatiques (par exemple les conséquences de modifications climatiques, les krachs financiers…), en tenant compte de la psychologie des individus.

 

Ce sont ces événements très rares qu’on appelle cygnes noirs.

 

Dans les domaines classiques, on évalue le risque en estimant l’ensemble des états possibles d’un système et les probabilités respectives de ces états. Mais quand on étudie les cygnes noirs, on ne dispose pas de données (suffisantes) qui permettraient de tels calculs. On parle alors d’ « incertitude ». 

 

Or, les études de psychologie démontrent non seulement une aversion des individus au risque, mais une aversion spécifique à l’incertitude.

 

Le paradoxe de Saint-Pétersbourg, ou risquer peu pour gagner peu :

 

Ce paradoxe a été mis en évidence par Bernouilli au XVIII ème siècle.

 

Soit une pièce équilibrée qu’on lance autant de fois que nécessaire pour obtenir pile pour la première fois. La banque paie deux euros au joueur s’il obtient pile au premier lancer, 4 euros s’il l’obtient au 2ème  lancer, 8 euros au 3ème lancer etc… 

L’espérance de gain est donc égale à (1/2x2)+(1/4x4)+(1/8x8)+ ….+(1/NxN) , c’est à dire qu’elle est infinie.

 

Or l’expérience montre que les joueurs sont rarement prêts à miser plus de 8 euros pour participer à ce jeu. Bien qu’ils aient une espérance de devenir infiniment riches, le fait qu’ils aient malgré tout 3 chances sur 4 de perdre un peu d’argent l’emporte : c’est l’aversion au risque.

 

Parmi les causes avancées pour expliquer cette aversion, la thèse de l’utilité marginale de la richesse. Un individu qui a une chance sur deux de gagner une certaine somme et une chance sur deux de la perdre n’est pas neutre à l’égard du risque. La théorie de l’utilité marginale de la richesse repose sur l’idée que l’utilité (ou la satisfaction) retirée de 100 euros supplémentaires décroit avec le niveau de richesse atteint par un individu. Il en découle que perdre 100 euros coûte davantage que le supplément d’utilité retiré par le gain de 100 euros. De là, découlerait l’aversion au risque, certes variable d’un individu à l’autre, mais commune à tous.

 

Christian Gollier remarque que de cette utilité marginale découle également l’aversion aux inégalités sociales et le fait que la majorité des individus apprécient une réduction de ces inégalités : 100 euros de moins ne changent que peu le bien-être d’un « riche » alors que ces 100 euros ont une utilité marginale importante pour un « pauvre ». Dès lors le transfert de 100 euros d’un riche vers un pauvre est logiquement perçu comme un accroissement de l’utilité de la société dans son ensemble.

 

De l’aversion au risque à l’aversion à l’incertitude :

 

Nous employons le terme d’incertitude ainsi que défini par l’auteur de cet article, et non dans son acception courante. Des expériences ont permis de mettre en évidence cette aversion particulière à l’incertitude.

 

Soient deux urnes : le joueur est invité à parier sur la couleur de la boule qu’il va tirer. Il sait que la première urne contient exactement autant de boules rouges que de boules noires , mais ignore leurs proportions respectives dans la seconde urne.

 

On a montré qu’en général le joueur attribue la même probabilité de 1/2 de tirer une boule rouge dans les deux cas , mais qu’il considère cette probabilité moins « fiable » pour la seconde urne. Quand on leur donne le choix, les joueurs préfèrent jouer avec la première urne , et ils sont prêts à parier davantage avec la première qu’avec la seconde, alors que la logique classique suggérerait une indifférence au choix de l’urne.

 

Ainsi, l’aversion à l’incertitude s’ajoute à l’aversion au risque. Les psychologues considèrent que « les individus ont tendance à surévaluer les représentations de l’aléa qui leur sont le moins favorables quand ils sont confrontés à des situations incertaines ».

 

Il s’agit là d’une réalité que ne prenait pas en compte les modèles classiques d’espérance d’utilité fondés sur la théorie de Bernouilli.

 

En effet , l’aversion à l’incertitude est en même temps une aversion au regret , qu’exclut la théorie de Bernouilli.

 

L’aversion à l’incertitude et le principe de précaution

 

Comme nous l’avons dit, dans le cas des « cygnes noirs », on ne dispose pas de données permettant de calculer un risque. Or « les individus ont tendance à évaluer une décision non pas en se basant sur les informations disponibles au moment de la décision, mais à l’aune des informations obtenues ultérieurement ».  

 

Comment regretter une décision , même lorsqu’elle représentait objectivement le meilleur choix possible dans la limite de l’information disponible ? Cette prédisposition de l’esprit humain est foncièrement irrationnelle, mais elle existe.

 

Pour Christian Gollier, le principe de précaution , devenu constitutionnel en France et institutionnalisé dans la pratique des choix publics, se fonde précisément sur ce principe psychologique irrationnel.

 

« Dès lors, l’objectif du décideur ne sera pas de rechercher la solution qui optimise l’espérance d’utilité du résultat, mais plutôt celle qui minimise le risque de regret . Le décideur cherche à se couvrir contre le regret que ses décisions pourraient engendrer ultérieurement» .

 

 

Ce faisant, il répond certes à une demande et à certaines pressions sociales, mais au détriment d’une gestion rationnelle des risques. L’aversion pour les regrets traduite politiquement en principe de précaution « impose de parier que des cygnes surgiront, c’est-à-dire que des évènements improbables se produiront ».  Elle qui conduit les individus à sous estimer la fréquence des évènements fréquents et à sur estimer au contraire la fréquence des évènements rares, peut également conduire à de graves distorsions dans l’emploi des ressources publiques.

 

L’auteur donne quelques exemples , notamment dans le domaine de la santé. Notons que pour lui, l’action du gouvernement contre la grippe A H1N1 constituait un excès de précaution, affirmation qui mérite selon nous d’être nuancée en rappelant que l’intêret de la vaccination reste pour nous établie, même si sa gestion et la communication gouvernementale ont été marquées par des excès vivement critiquables.

 

Un exemple chiffré fourni par Christian Gollier :

 

« [le gouvernement], a choisi de mettre en œuvre un nouveau test de dépistage pour la transfusion sanguine. Probablement tétanisé par le scandale du sang contaminé, il a choisi la précaution extrême. Selon les experts, le coût par année de vie de cet effort est de 60 millions d’euros. En revanche, l’amélioration du dépistage du cancer du sein chez la femme couterait environ 10 000 euros par année de vie gagnée. En conséquence, le transfert de 60 millions d’euros d’un poste du ministère de la santé vers l’autre permettrait de gagner 5 999 années de vie : un scandale du sang contaminé à l’envers. L’abus de précaution  peut nuire à notre santé. (souligné par moi)»

 

Des chiffres avancés qui mériteraient confrontation avec des avis publiés d’experts , mais un raisonnement à méditer.

 

Terminons ce petit exposé par une formule de l’auteur qui résume parfaitement notre avis sur l’exigence irrationnelle du risque zéro dans l’opinion publique qui sous-tend le principe de précaution :

 

« Le risque zéro, forme extrême du principe de précaution, c’est la mort. »

Anton Suwalki

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 16:22

Une équipe japonaise du musée des sciences de la mer de la préfecture de Fukushima est parvenue à filmer un alevin de cœlacanthe vivant (1) au nord de l'île de Sulawesi en Indonésie. On comprend que cette découverte présente un intérêt pour les biologistes marins : « Ce résultat est un pas de plus vers l'élucidation du cycle de vie de ces poissons, qui reste encore aujourd'hui très mystérieux » , ainsi que le précise Bulletins électroniques. Mais que vient faire cette nouvelle dans le Journal chrétien, surtout à la rubrique actualité chrétienne ?

 

Réponse : A ressortir du placard sentant la naphtaline un argument éculé contre la théorie de l’évolution.

 

« Des chercheurs japonais ont découvert et filmé un coelacanthe, un poisson dont l’origine remonte à plus de 360 millions d’années et qui passionne les scientifiques du monde entier. Il n’a quasiment pas changé depuis son apparition, ce qui est inexplicable pour les adeptes de la théorie de Sarwin (sic). Les chercheurs se demandent pourquoi l’évolution de ce poisson semble s’être figée. »  (2)

 

D’une grande audace, l’auteur de cette brève n’hésite pas à conclure :

« Les chrétiens et les créationnistes saluent cette découverte scientifique qui donne raison à la Parole de Dieu ».

 

Les déistes qui ignorent comme toujours leurs propres processus biaisés de raisonnement , sont sûrs de retomber sur leurs pattes : Admettant par avance que la Bible contient la parole de Dieu (qui au passage ne doit pas aimer les hindouistes , les bouddhistes, les animistes, etc. à qui il a raconté des carabistouilles) , celle-ci devient le critère de validation et de tri entre les bonnes découvertes scientifiques qu’ils imaginent confirmer la parole biblique, et les mauvaises qui « donnent tort à la parole de Dieu ».

 

Il existe des variantes plus « subtiles » du créationnisme (tel l’Intelligent design) que celle apparemment défendue par ce journal qui consiste à croire littéralement aux légendes de la Bible. Mais quelle  que soit la variante à laquelle nous avons affaire, l’ « homme à abattre » est et restera Darwin. Bien que l’évolution des espèces  soit bien plus qu’une « simple théorie » , une réalité observable et observée régulièrement et sur des courtes durées par exemple sur des insectes , des micro-organismes…, les créationnistes sont toujours  à la recherche d’une preuve « anti-darwinienne ». 

 

C’est bien à défaut de comprendre réellement la théorie de l’évolution qu’ils croient détenir avec le cœlacanthe une preuve qui ferait trembler Darwin. Ainsi, ils nous resservent régulièrement une citation de Jean-Staune, de l’  Unité Interdisciplinaire de Paris  (créationniste)   parue dans le Figaro Magazine en …1991 :

 

« L’évolution condamne Darwin », on peut lire : « Le cœlacanthe : en 1938, la première mauvaise nouvelle pour les darwiniens. C’était l’ancêtre de tous les vertébrés. On le croyait disparu depuis des millions d’années. On l’a retrouvé voici cinquante ans, bien vivant, au large des Comores. Il n’avait donc pas évolué depuis ses très lointains ancêtres : contrairement à ce qu’aurait voulu la théorie ».

 

Nous reproduisons ici une brève réponse à ces propos de Guillaume Lecointre , professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle. Il est peu probable que le bébé cœlacanthe ait fait trembler ou se retourner Darwin dans sa tombe.

Anton Suwalki

 

 

 

 

 

Le Coelacanthe contre Darwin ? (3)

 

 

Plusieurs stupidités se superposent ici :

1. Le cœlacanthe n’est pas l’ancêtre de quelque chose puisque c’est une espèce actuelle. Il ne peut être que groupe-frère de quelque chose. Les évolutionnistes ont cessé depuis longtemps d’utiliser le mot « ancêtre » à propos d’un animal identifié, ils utilisent le mot « groupe-frère de… » pour situer un animal dans l’arbre des êtres vivants. Le terme d’« ancêtre » est réservé à un animal abstrait.

2. Le cœlacanthe n’est pas l’ancêtre des vertébrés, mais le groupe-frère d’un groupe comprenant les animaux à quatre pattes (les tétrapodes) et les poissons pulmonés appelés dipneustes. Les vertébrés sont apparus bien avant la lignée du cœlacanthe.

3. La morphologie du cœlacanthe actuel est presque identique à celle de fossiles du Crétacé. Si les cinq pour cent des gènes du génome qui contrôlent la morphologie restent stables sur de grandes périodes de temps, le reste peut très bien continuer à évoluer car le génome comprend une multitude de gènes aux fonctions très diverses dont les vitesses d’évolution sont très inégales. Le cœlacanthe n’a donc pas cessé d’évoluer. Et même si l’on ne s’intéresse qu’à la stabilité morphologique, le néodarwinisme a incorporé les stases, périodes de relative stabilité évolutive.

4. La « théorie » n’a jamais « voulu » qu’un animal évolue à tout prix, ou même cesse d’évoluer. La théorie n’impose rien là dessus. Une partie des gènes peut rester stable un certain temps, tandis qu’une autre partie peut accélérer sa vitesse d’évolution. Ceci est connu sous le nom d’hétérobathmie des caractères.

Une foule de naïvetés et de données mal digérées, de critiques vaines ont été également véhiculées dans le livre de Michael Denton (L’évolution, une théorie en crise, Flammarion) que nous n’avons pas la place de reprendre ici. Pour une mise au point de ce que comprend Denton en évolution biologique, on se reportera à la section III du livre intitulé Pour Darwin (Sous la direction de Patrick Tort, PUF, 1997).

Guillaume Lecointre

 

 

 


(1)
    
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61297.htm

(2)     http://journalchretien.net/+Un-petit-coelacanthe-qui-fait,17141+

(3)     http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?page=imprimer&id_article=1277

 

 


 

 

 


 

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 21:47
 

Tout simplement déprimant !…A.S

 


Science & Vie Junior accrédite les pouvoirs des sorciers !

par Jean-Paul Krivine


Les publications du Groupe Science & Vie occupent une place particulière dans la presse scientifique. Il s’agit en effet de revues à très large diffusion proposant des articles sur les sciences et les techniques dans des termes accessibles à un public très large. Si, en général, la qualité et le sérieux sont présents, nous avons déjà eu l’occasion de souligner ici des dérapages et des errements plus que surprenants [

 

1] Et c’est dommage, car la presse de vulgarisation accessible à tous est rare et précieuse.

 

C’est cette fois Science & Vie Junior, le titre qui s’adresse aux adolescents, qui nous livre un bien curieux dossier intitulé « Les vrais pouvoirs des sorciers » (Science & Vie Junior n°240, septembre 2009). Le titre éveille déjà le doute. Science & Vie Junior va-t-il nous expliquer par le menu ces « pouvoirs extraordinaires et paranormaux que la science peine à expliquer » ? Ou s’agit-il juste d’une « accroche », d’un titre racoleur, pour une démystification sérieuse ?

Le dossier s’ouvre sur deux pages décrivant les pouvoirs de chacune des catégories : sourciers, devins, guérisseurs et sorciers. Intitulé « À chacun ses pouvoirs », l’article du journaliste Emmanuel Deslouis met les descriptions au conditionnel, ou attribue les propos à ceux qui revendiquent les pouvoirs. Le doute reste donc de mise, les sourciers « seraient capables » de capter les ondes émises par les sources d’eau, les médiums « affirment recueillir des informations auprès des morts ». Mais cette distanciation disparaît parfois : « les sorciers possèdent parfois plusieurs dons », de guérisseur à voyant.

 

La présentation du dossier dans le sommaire ajoute à la perplexité : « Au cinéma, ils déclenchent des tempêtes, lèvent des armées de squelettes ou terrassent des monstres. Dans la réalité, leurs pouvoirs sont plus modestes, mais bien réels. Enquête ». (…)


Lire la suite de l’article sur le site de l’AFIS

 

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1218

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 18:33

Etymologiquement, paradoxe (para-doxa) signifie contraire à l’opinion commune. D’un point de vue rationaliste, il convient de faire la distinction entre les vrais paradoxes qui vont à l’encontre de nos idées reçues, de ce que notre intuition nous incline à considérer comme vrai, et les sophismes, c’est-à-dire des propositions fausses qui reposent sur des raisonnements en apparence valides.


Les premiers sont des descriptions de lois ou de phénomènes réels qui gouvernent le monde naturel et auxquels la pensée logique, analytique ne peut, au moins momentanément fournir d’explication. Les seconds sont tout simplement des fils de raisonnements biaisés qu’il convient de trancher.

 Dans le cas des premiers, la contradiction est dans les choses décrites, dans les seconds, c’est le raisonnement lui-même qui est contradictoire, bancal, tout simplement. Ici le rationalisme scientifique décrit des vrais paradoxes comme autant de défis lancés à la connaissance, là, le sophiste se gargarise en introduisant des contradictions là où il n’en existe généralement pas. Pour résumer, c’est la différence entre la pensée dialectique et la théorie du Yin et du Yang, qui comporte malheureusement beaucoup plus d‘adeptes.


Au rang des sophismes, donc des impasses de la pensée et des errements de l‘intelligence, nous pouvons , me semble-t-il , ranger par exemple le paradoxe dit de Zénon. Tirez une flèche en direction d’une cible, et vous pouvez parfaitement « démontrer » à la manière de Zénon que la flèche n’atteindra jamais celle-ci. Arrivée à mi-chemin, il lui reste encore la moitié du chemin à parcourir. celle-ci parcoure ensuite la moitié de la moitié du chemin , puis la moitié de la moitié, etc..
Posons que la distance est égale à 1, l’unité n’ayant aucune importance.
Mathématiquement, le « paradoxe » se présente ainsi :
La somme des distances parcourues « par moitiés restantes» tend asymptotiquement vers 1, sans jamais être égale à 1. Il est donc impossible d’atteindre la cible.

Ce raisonnement en apparence impeccable est en fait absurde. Car posons cette fois la cible à mi-distance, on peut exactement de la même façon démontrer que la flèche n’atteindra jamais non plus sa cible , ce que Zénon n’a pas pourtant pas envisagé dans sa démonstration! Son erreur consiste à nier le mouvement, en le pensant comme une succession de positions fixes .

Ce sophisme à toutefois le mérite à de nous forcer à reconnaître la difficulté à appréhender la notion de mouvement avec les limites du langage. Au-delà, la valeur du paradoxe est nulle. Tout le monde sait en effet, et peut vérifier expérimentalement que pourvu que l’impulsion donnée à la flèche soit suffisamment forte, elle atteindra sa cible. Le paradoxe de Zénon consiste donc à créer un problème là où il n’y en a pas.

Certains paradoxes  dits « pragmatiques » sont particulièrement amusants à manier et ont fait le bonheur des logiciens. Jouer avec l’absurde est un excellent exercice pour se forger une bonne logique, voilà un réel paradoxe que nous venons de découvrir et qui nous laisse pantois ! Parmi les paradoxes pragmatiques, le célèbre slogan de Mai  68 : Il est interdit d’interdire. Il n’est pas sûr que tous les adeptes du slogan en aient vraiment mesuré l’absurdité.

Est un paradoxe pragmatique tout énoncé qui est contredit par l’acte même de son énonciation . Dans ces cas, alors que la logique suggère qu’une proposition peut être soit vraie soit fausse, on ne peut concevoir de situations qui la rendrait vraie dans le cas des paradoxes pragmatiques.
 
Exemple : Je mens toujours ne peut pas être vrai, car supposer que c’est vrai contredit l’énoncé, puisqu’il  suffit d’une fois pour rendre faux le toujours.


Alors si nous en venions aux vrais paradoxes ? Il me semble que tous les vrais paradoxes, fidèles à l’origine étymologique du terme, ont en commun de démentir l’inclination que nous avons tous à imaginer que des lois vraies à un certain niveau d’organisation de la nature le sont à d’autres niveaux.

Les paradoxes de la physique en sont sans doute la meilleure illustration : les lois de la physique des particules contredisent celles observées au niveau macroscopique. Ces paradoxes, que la physique constate, sans être jusqu’à présent capable de proposer une théorie du tout, ne constituent un attentat pour la pensée rationaliste. Ils sont par contre une source inépuisable d’inspiration pour les mystiques et les adeptes de la pensée magique qui n’admettent pas l’impossibilité de transposer des lois d’un niveau à un autre. C’est donc tout naturellement qu’ils prennent au pied de la lettre des métaphores pédagogiques (les « expériences de pensées ») tels que le chat à moitié vivant à moitié mort de Schrödinger. Cette expérience de pensée utilisée pour illustrer le fait que nous n’ayons qu’une connaissance probabiliste des états quantiques, suppose un chat enfermé dans un dispositif contenant une substance radioactive qui en se désintégrant, actionne un mécanisme qui empoisonne le chat. Au bout d‘un certain temps, il se peut que des désintégrations aient eu lieu, tuant le chat, mais il se peut tout aussi bien qu’aucune désintégration n’ait eu lieu. D’un point de vue probabiliste, le chat est à 50% mort, à 50% vivant ,explique en gros Schrödinger :« la fonction psi du système (l’objet mathématique qui caractérise l’état quantique du système) exprimerait cela de la façon suivante :  en elle, le chat mort et le chat vivant sont (si j’ose dire) mélangés ou brouillés en proportions égales »

Avec du recul, il n’est pas certain que ces expériences de pensées qui ont accompagné la vulgarisation des concepts de la physique depuis la fin du 19ème siècle aient atteint leur objectif, peut-être même ont-elles eu l’effet inverse de celui recherché. Les mystiques se sont empressés de comprendre l’expérience au pied de la lettre pour en déduire qu’un être pouvait à la fois être mort et vivant. Des lois quantiques, (ou celles formulées par la théorie de la relativité) dont le sens n’est pas réellement compris sont détournées pour justifier des théories elles parfaitement farfelues.

Dans d’autres domaines que la physique, ont été démontrés des paradoxes intéressants , et qui tiennent aussi de l’impossibilité de transposer des choses vraies à un certain niveau d’organisation qui ne le sont plus à un autre. Un paradoxe sociopolitique exemplaire de ce point de vue est celui de Condorcet : Des relations de préférence qui son transitives au niveau individuel ne le sont plus au niveau collectif , c’est-à-dire quand on agrège les préférences des individus:
Soit 3 projets A,B et C soumis au vote. Individuellement, si je préfère A à B et B à C, alors je préfère A à C.

Dans un certain nombre de situations, cette relation transitive ne se retrouvera pas au niveau des votes : Prenons 3 individus (le symbole > exprimant la relation de préférence):
Individu 1 : A > B > C
Individu 2 : C > A > B
Individu 3 : B > C > A

Nous voyons que collectivement A est préféré à B (2 votes contre 1) , B à C (2 votes contre 1), et pourtant C est préféré à A.

Ce paradoxe dont l’enseignement est qu’il est impossible dans certaines situations de déterminer des préférences collectives par un vote, n’est sans doute pas ignoré des vieux routards de la politique, en particulier dans les partis politiques friands de motions politiques , de résolutions ou de candidats concurrents. Vox populi ne résout pas tout, loin de là.

Je terminerai par le paradoxe si à la mode de la « science citoyenne ». S’il s’agissait d’apporter plus de culture scientifique au citoyen, de lui présenter dans un langage accessible les principaux acquis de la connaissance scientifique afin de l’aider dans ses choix, on ne pourrait qu’y souscrire. Mais ce n’est pas cela, la science citoyenne.  La science citoyenne , est une contradiction dans les termes maniée par des sophistes . La connaissance (Logos) ne peut s’édifier qu’indépendamment de l’opinion (Doxa) , et doit parfois s’édifier contre elle. Il n’y a pas un seul acquis de la science qui soit un produit de l’opinion, de ce qu‘a pensé à moment donné une majorité de citoyens. Nous constatons aujourd’hui à quel point le fait de revendiquer que la vérité scientifique soit tranchée par les citoyens est un terrain de manipulation majeure pour les ratés de la science ou pour les charlatans avérés.


Je n’avais pas ici la prétention de faire le tour de tous les paradoxes, « vrais » ou « faux », d’autant plus que la signification exacte de certains paradoxes surtout physiques m ’ échappent probablement.  Mais réfléchir sur les paradoxes me parait être un  exercice  à la fois divertissant et enrichissant. Apprendre à faire le tri entre les vrais paradoxes et les sophismes et autres errements intellectuels est d’autre part  un bon entrainement à l’esprit critique.

Anton Suwalki



PS : Je remercie chaleureusement Monsanto et la CIA de m’avoir accordé quelques heures de loisir afin d’élaborer cet article sans rapport avec mes tâches grassement rémunérées de persécuteur de MMR et de marketeur viral

 

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 15:12

Alors que  pas mal de nos lecteurs sont peut-être déjà en congé,  je m’en voudrais d’exiger d’eux trop d’efforts, et qu’ils se mettent à plancher sur des sujets du BAC. Alors juste par curiosité, je leur demanderai quel(s) sujet(s)  parmi ceux proposés à l’épreuve de philo cette année  (voir ci-dessous) les auraient inspirés. Que ceux qui veulent rendre un copie ne se privent pas, de toute façon, je n’aurai pas la prétention déplacée de les noter…

 

Personnellement, c’est l’interview d’Isabelle Stengers, championne du relativisme cognitif, dans Siné Hebdo (voir ci-dessous), qui  m’inspire deux sujets malheureusement absents des épreuves cette année :

1/ Peut-on dire que les drogues, qu’elles se présentent sous la forme de morphine, de cocaïne ou d’opium du peuple (farouchement défendu par Isabelle Stengers) sont des instruments de libération individuelle et/ou sociale ?

2/ La vieillesse est-elle nécessairement un naufrage ?

 

Pour le deuxième sujet, il n’est guère possible de répondre sur la base du seul cas clinique de Stengers qui a été vieille très jeune. Mais voir une philosophe des sciences (mieux vaudrait dire antiscience) et un provocateur quasi-gâteux se rejoindre pour faire naufrage commun inspire des sentiments quelque part entre l’affliction et l’attendrissement. Encore que pour l’attendrissement… Siné Hebdo évoque bien le Titanic, mais Stengers est beaucoup moins convaincante que Kate Winslet….

Anton Suwalki



Les sujets 2009 en philo:

Série L (littéraire)

- L'objectivité de l'histoire suppose-t-elle l'impartialité de l'historien?

- Le langage trahit-il la pensée?

- Expliquer un extrait de "Le monde comme volonté et comme représentation" de Schopenhauer.

Série S (scientifique)

- Est-il absurde de désirer l'impossible?

- Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond?

- Expliquer un extrait de la "De la démocratie en Amérique" d'Alexis de Tocqueville.



Série ES (économique et social)

- Que gagne-t-on à échanger?

- Le développement technique transforme-t-il les hommes?

- Expliquer un extrait de "Essai sur l'entendement humain" de John Locke.
 


 

Isabelle Stengers réfugiée politique chez Siné -17 juin 2009


Après des études de chimie, Isabelle Stengers fait le choix de la philosophie. Au risque d'être déconsidérée, elle n'a de cesse de remettre en question l'autorité de la science et s'intéresse à des sujets controversés comme l'hypnose ou les sorcières. Professeur à la faculté de philosophie de l'Université libre de Bruxelles, elle nous parie, entre autres, de son dernier livre, Au temps des catastrophes, résister à la barbarie qui vient.
S.H. : Pour quelles raisons avez vous bifurqué de la science vers la philosophie ?
Isabelle Stengers : Au cours de ma troisième année de chimie, en 1969, j'ai réalisé que j'avais appris la physique quantique comme un savoir constitué, sans en percevoir les problèmes. Lorsqu'ils se sont posés à moi, j'ai conclu que j'étais perdue pour la science. Depuis, j'ai compris que c'est une réaction typique grâce à laquelle l'ordre règne chez les scientifiques. Un vrai chercheur doit ignorer les « grandes questions » qui peuvent faire douter. Le doute y est à peu près aussi mal vu que chez les staliniens. Ceux qui vont en philosophie sont un peu des réfugiés politiques.
S.H. : Vous avez ensuite entamé une collaboration avec Ilya Prigogine comme philosophe des sciences.
I.S. : Oui, c'était au moment où il tenait les résultats qui lui ont valu son prix Nobel. Il voulait tendre la main à l'ensemble des sciences, y compris aux sciences humaines. Mais Prigogine était avant tout un physicien. C'était mon boulot que de penser les conséquences de ses travaux. J'ai beaucoup appris, parce que ces conséquences ont été accueillies comme « le nouveau message de la physique ». Or, moi, ce que je voulais faire passer, c'est la physique en tant qu'aventure humaine, pas en tant que sommet de la pensée ou source de vérité prophétique sur le monde.
S.H. : Ce choix a provoqué l'irritation chez nombre d'intellos... De qui recherchez-vous l'approbation ?
I.S. : Je suis très fière et heureuse lorsque mon travail donne des outils aux organisations minoritaires qui fabriquent un savoir récalcitrant : les collectifs d'autosupport des drogues, les collectifs citoyens, les groupes de néo-sorcières, bref ceux qui participent à ce que les Américains appellent reclaiming : devenir capable de se réapproprier ses problèmes. Et, par ailleurs, je m'emploie à me rendre incomestible, c'est-à-dire à ne pas être appréciée par les gens dont je ne veux pas l'être.
S.H. : L'hypnose, les sorcières, la drogue... voilà des sujets qui fâchent. Admettez-vous un certain goût pour la provocation ?
I.S. : C'est plutôt une manière d'apprendre. Apprendre de sujets qui fâchent, c'est apprendre aussi pourquoi ils fâchent et qui ils fâchent. Ma collaboration avec le psychiatre Léon Chertok en est un parfait exemple : travailler sur l'hypnose a été l'occasion de m'interroger sur comment les sciences humaines décident de ce qui constitue un bon ou un mauvais objet. Passer pour une provocatrice est une conséquence de mon fonctionnement, mais je me décrirais plutôt comme une récalcitrante. Si j'entrevois la direction pour éviter de penser en rond , ça fait partie de mon métier que d'aller voir par-là.
S.H. : Qu'avez-vous retiré de votre expérience avec les collectifs de drogués non-repentis ?
I.S. : Elle a été mon point d'entrée dans l'analyse du rôle des experts. Aux Pays-Bas, les associations de junkies, les Junkie Bonden, négociaient avec la mairie d'Amsterdam les conditions de consommation de drogues afin de réduire les risques. La question de savoir vivre avec les drogues a plus avancé avec ces gens dont c'est la préoccupation qu'avec toutes les expertises psychologiques, sociologiques qui la noyaient bêtement dans un problème de mal-être.
S.H. : Mal-être ?
I.S. : Bien sûr que le mal-être existe, mais les drogués n'en ont pas le monopole ! Et, surtout, ça ne regarde pas l'État ! Si je passe huit heures devant ma télévision, c'est du mal-être, est-ce que ça regarde l'État ? Et l'obsession de maigrir à tout prix ? Ces collectifs rejettent le rôle paternel répressif de l'État. Vivre, c'est risqué, mais il y a des pompiers pour ça, qui sont respectueux et donnent des conseils. En plus, ces groupes ont un savoir précieux à transmettre, considéré comme illégal car assimilé à de la propagande pour la consommation.
S.H. :  Vous revendiquez aussi ce droit à la parole dans le combat contre les OGM.
I.S. : La grande nouveauté de ce que j'ai appelé « l'événement OGM » réside dans le fait que les opposants ont fait bafouiller les scientifiques experts. Des citoyens ont compris puis montré qu'ils parlaient de ce qu'ils ne connaissaient pas, et même de ce qu'ils voulaient ignorer. Et des scientifiques de terrain, ignorés jusque-là, ont pu s'exprimer. Pour cette raison sont alors apparues des fissures dans cet édifice qui habituellement fait bloc face à la contestation.
S.H. : Qu'est-ce qui attire autant votre attention dans l'opposition entre les voix minoritaires et la doxa des experts ?
I.S. : Le problème des experts, c'est qu'ils savent très bien qui les engage et ce qui sera considéré comme plausible ou irresponsable de ce point de vue. Ils vont d'autant moins ruiner leur réputation qu'il n'y a pas en général de contre-expertise. La question des OGM à Bruxelles relève du fonctionnement du marché, pas de la politique environnementale. Ceux qui sont nommés savent qu'il s'agit de minimiser tout obstacle à la libre circulation. Ils jouent donc avec les incertitudes pour rester plausibles.
S.H. : Qu'est-ce qui motive votre farouche condamnation du capitalisme dans votre dernier ouvrage ?
I.S. : La crise que nous connaissons actuellement n'est rien comparée aux événements irréversibles qui arriveront d'ici peu : réchauffement climatique, pollutions multiples et grandissantes, épuisement des nappes phréatiques, etc. Le capitalisme est incapable d'apporter des solutions, seulement de transformer les problèmes en instruments de profit. Et les organisations étatiques ont renoncé à tous les moyens de l'en empêcher. Si nous continuons l'Histoire telle que ses protagonistes dominants la définissent aujourd'hui, nous allons droit à la barbarie. Toute l'histoire des luttes, d'espoir, de résistance, l'idée même qu'un autre monde est possible, risque de faire ricaner les fameuses générations à venir dont on parle tant. Ce sera le malheur aux pauvres, sans plus d'hypocrisie ou de mensonge. Le jour où cette barbarie sera vraiment installée, on ne s'en rendra même pas compte.
Quand Pasqua, il y a une quinzaine d'années, avait annoncé le renvoi des immigrés par charters, ça avait fait hurler. Aujourd'hui, on n'entend plus personne sur le sujet. La barbarie, c'est lorsque ce qui était intolérable devient toléré puis normal.
S.H. : Les concepts de « croissance verte » et de « décroissance » sont très en vogue en ce moment. Paraissent-ils pertinents ?
I.S. : II est dans la nature du capitalisme d'exploiter toutes les opportunités, et la croissance verte en est une ! Il y a fort à parier que ses conséquences seront nettement moins vertes... J'aime bien les objecteurs de croissance, mais la décroissance est une théorie triste. L'impératif de décroissance est mal défendu contre une barbarie moralisatrice techno-policière. Entre cela et la barbarie capitaliste, je demande à ne pas choisir. Comme l'a dit Deleuze : « La gauche, si elle doit être différente de nature de la droite, c'est parce qu'elle a besoin que les gens pensent. » Et cela veut dire savoir que la pensée n'est pas réservée à une élite, qu'a y a pensée, et joie, lorsqu'un collectif réussit à poser ses propres problèmes et à se connecter à d'autres. Il nous faut une culture de ces réussites, des transmissions de recettes, une construction d'expériences. Faire perdre prise aux « responsables » qui nous demandent de faire confiance.
S.H. : Malgré l'urgence, les intellectuels comme les politiques semblent éprouver des difficultés à sortir de leur inertie...
I.S. : Beaucoup d'anticapitalistes, moi la première, ont une petite voix qui leur dit que ça finira bien par s'arranger. La volonté de changer les choses est réelle, mais on trouve toujours plus urgent : les emplois, les patrons gangsters... Comment lutter pour l'emploi et refuser l'impératif « relancer la croissance » ? Il ne faut pas avoir peur d'être accusé d'incohérence, d'irresponsabilité. Il faut refuser de hiérarchiser les problèmes. Ce n'est pas facile et cela demande de faire confiance aux gens, à leur capacité de penser, d'échapper aux alternatives qui réduisent à l'impuissance. Malheureusement, il y a des « responsables » un peu partout qui pensent qu'ils « savent » mais que ceux dont ils sont responsables ont besoin de croire à des solutions simples. S'ils ont raison, on est foutus. Moi, je mise sur le fait que nous ne savons pas de quoi les gens sont capables, parce que ce que nous connaissons est le résultat d'une « gouvernance » qui les a systématiquement dépouillés des moyens de penser ensemble et de faire une différence collective qui compte. Notre démo cratie est un art de gouverner un troupeau, et les bergers ont pour impératif d'éviter la panique.
S.H. : Que faut-il faire ?
I.S. : Reconnaître qu'il faut inventer, c'est déjà fabriquer une nouvelle esthétique. J'ai relu récemment L'An 01, de Gébé, et, nom d'une pipe, ça n'a pas vieilli d'un poil ! Nous avons besoin d'interventions de ce type, qui donnent le sens du possible. Cela vient de mots, de chants, de manières de rire, pas de la tristesse ni de la lamentation. Cette culture de l'insoumission méchante et joyeuse fait défaut. Aujourd'hui, pendant les manifestations, on n'occupe pas les rues sur un mode qui donne l'appétit d'un monde différent. Je n'ai rien contre lancer des pavés, mais c'est une action individualiste. Nos mœurs politiques sont tristes : si l'expérience militante relève du sacrificiel, si la politique n'est pas source de vie, il y a une limite à laquelle on se heurtera et on le paiera chèrement.
S.H. : Cela passe peut-être d'abord par une réforme de l'éducation ?
I.S. : Qu'est-ce qu'on entend par éducation ? La sociologue Anne Querrien a travaillé sur l'école mutuelle , une école de pauvres sous la Restauration qui rassemblait 80 élèves de tous les âges pour un seul instituteur. L'idée de base était que lorsqu'on a appris quelque chose, on l'apprend à d'autres. Cette école à été fermée pour deux raisons : d'abord, les enfants apprenaient trop vite, ce qui n'allait pas puisqu'il n'était pas question de les introduire à des savoirs réservés à l'élite, ensuite, ils n'apprenaient pas le respect du savoir, mais plu tôt à se faire confiance. Ils ne se définissaient pas comme ignorants en demande de savoirs, mais comme capables d'apprendre et de coopérer dans ce but ; chose insupportable du point de vue de l'ordre public. L'école obligatoire a pu réjouir les cœurs mais n'a pas été une grande conquête révolutionnaire. Ça a été une étape décisive pour discipliner le peuple. Et ça l'est toujours, même si aujourd'hui cela ne prend plus.
S.H. : Qu'est-ce qui différencie Belges et Français ?
I.S. : Français, je ne sais pas. Mais je connais les milieux parisiens. J'ai travaillé en France entre 1982 et 1989 et j'y ai découvert que j'étais belge. J'ai découvert les effets de terreur et de conformisme des milieux intellos, l'absence d'humour. La patrie des Lumières vue de Bruxelles est horriblement triste et frileuse, avec des maîtres à penser qui se prennent pour la tête pensante de l'humanité. En Belgique, ceux qui se prennent trop au sérieux, qui veulent être reconnus, on leur conseille d'aller à Paris. Ça ne va pas du tout chez nous, mais au moins, on peut encore rire...
S.H. Qu'est-ce qui vous préoccupe dans la situation de votre pays ?
I.S. : Quitte à tomber dans un cliché dont on accuse les francophones, je trouve la culture politique de la partie néerlandophone très inquiétante ! Elle est pleine de ressentiment, de xénophobie. Je me demande combien de temps on va pouvoir vivre avec ça... Et pourtant, il y a eu une Flandre des Lumières, mais la répression espagnole l'a détruite. Ceux qui résistaient ont été tués ou ont fui vers les Pays-Bas. N'est restée que la campagne, profondément catholique et anti-urbaine. C'est une catastrophe qui, je crois, n'appartient pas au passé. Jusqu'au début du XXe siècle, les bourgeois citadins parlaient français. Le ressentiment flamand contre la domination du français, c'est d'abord la haine contre la culture urbaine cosmopolite - c'est sale et cela fait désordre. C'est pourquoi ils détestent Bruxelles, tout en l'ayant choisi comme leur capitale...
Propos recueillis par Mélissa Gruenzig.
Les meilleurs moments de cette rencontre sont à voir sur le site du journal : www. sinehebdo.eu
Bibliographie d'Isabelle Stengers
- Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, éd. La Découverte, 2009.
- La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, coécrit avec Philippe Pignarre, éd. La Découverte, 2005.
- Sciences et pouvoirs. La démocratie face à la technoscience, éd. La Découverte, 2002.
- L'hypnose, blessure narcissique, coécrit avec Léon Chertok, éd. des Laboratoires Delagrange, 1990.
- Drogues. Le défi hollandais, co-écrit avec Olivier Ralet, éd. des Laboratoires Delagrange, 1991.



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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 13:57

Un texte de Jean Bricmont
publié dans le quotidien Le Soir, Bruxelles 22 décembre 2007

 

Discuter de l’utilité des religions permet d’éviter de poser une autre question, première et fondamentale, celle de la vérité des doctrines religieuses. Dans le temps, les chrétiens ne nous disaient pas que la religion soulage, fonde nos valeurs ou donne un sens à la vie, mais qu’il est vrai que Dieu existe, qu’il y a une vie après la mort, un ciel et un enfer, que Jésus est mort pour nos péchés etc. Et c’était parce que ces doctrines étaient vraies que la religion avait une dimension morale.

La vérité des doctrines religieuses s’appuyait soit sur des arguments a priori – les "preuves" métaphysiques de l’existence de Dieu – soit sur des arguments a posteriori, principalement sur l’idée que le monde, dans toute sa complexité, ne peut pas surgir de "rien" ni être "dû au hasard".

C’est une erreur fréquente de croire que la science a réfuté ces idées, en apportant une réponse non religieuse à ces questions (par exemple, le darwinisme comme explication de l’origine de la complexité). En effet, les croyants peuvent, et pourront toujours, déplacer les questions et en trouver d’autres auxquelles la science ne répond pas. Mais la science, ou plutôt les philosophies qui se sont appuyées sur elle (matérialisme, empirisme, positivisme logique) ont changé l’idée que nous avons de ce qu’est une réponse valide à une question donnée.

D’un point de vue scientifique, invoquer comme explication d’un phénomène quelconque, l’univers par exemple, un être tel que Dieu dont on n’a aucune connaissance, même indirecte, et qu’on ne peut caractériser d’aucune façon précise, revient à dire "on ne sait pas" ou "c’est dû au hasard".

Les atomes, par exemple, ne sont pas directement observables, exactement comme Dieu – mais la théorie atomique, contrairement à toutes les doctrines théologiques, a des conséquences spécifiques, précises et observables. La science moderne a permis d’élever les normes de ce qui peut être considéré un savoir véritable et, par là même, nous a permis de comprendre que le discours religieux est une pure illusion.

Pour ce qui est des arguments a priori, la critique empiriste, au moins depuis le 18e siècle, a montré que ceux-ci étaient pertinents en logique et en mathématique mais ne nous apprenaient rien sur le monde réel (y compris sur des sujets tels que Dieu).

Comme argument en faveur de la religion, il y avait aussi évidemment la Révélation – qui était sans doute l’argument le plus populaire – mais, lorsque l’on s’est rendu compte de la multiplicité de ces "révélations", pratiquement chaque tribu au monde ayant sa propre "parole sacrée", on a compris qu’il est impossible, sans faire de raisonnement circulaire, de déterminer quelle est la vraie révélation, ni d’ailleurs, à l’intérieur d’une révélation donnée, de déterminer quelle est la "bonne" interprétation des textes "sacrés".

La contribution directe des sciences – géologie, cosmologie, archéologie – à la réfutation de la religion, est d’avoir montré que les textes religieux sont presque entièrement faux là où ce qu’ils disent est vérifiable. Il faut alors beaucoup de bonne volonté pour imaginer une divinité toute-puissante et omnisciente qui nous révèle de grandes vérités métaphysiques et morales dans des textes où elle nous trompe systématiquement (et forcément de façon délibérée, vu qu’elle est omnisciente) sur tous les faits vérifiables. Et si la faute en incombe aux pauvres humains qui ont transcrit maladroitement ces "vérités", alors pourquoi ne pas se méfier d’eux également lorsqu’ils nous parlent de valeurs et de morale ?

C’est après avoir été vaincus sur le plan scientifico-philosophique que les croyants ont adopté la position de repli, si courante aujourd’hui (et acceptée, malheureusement, par bon nombre de laïques), qui consiste à justifier la religion par son "utilité". Celle-ci est souvent présentée sous une double forme, soit comme fondement de la morale, soit de façon plus vague, comme nous fournissant "du sens".

Pour la première idée, imaginons un texte sacré qui prescrit que, lorsqu’on met ses chaussures, on doit mettre la chaussure droite avant la gauche
[1]. Il est évident que cela ne rendrait pas cette action bonne et l’action contraire mauvaise. Par conséquent, il doit bien exister en nous une notion de bien et de mal, peut-être vague, mais indépendante de toute doctrine religieuse. En réalité, dans la mesure où les prescriptions religieuses nous paraissent morales, c’est uniquement parce qu’elles coïncident avec notre sentiment non religieux de bien et de mal. Mais alors, à quoi servent ces doctrines ?

Bien sûr, on peut donner un sens banal à l’idée que la religion fonde nos valeurs, sens qui a été historiquement celui qui a permis à la religion d’être le "fondement" de la morale (et que les chrétiens libéraux modernes essayent d’oublier) : la peur de l’enfer. Mais cela suppose évidemment que l’on arrive à se convaincre de l’existence de celui-ci et, de plus, cela nous ramène à la question, première, de la vérité des doctrines religieuses.

Finalement, il y a la question, très vague, du "sens". Mais si l’on admet que les doctrines religieuses sont fausses, en particulier l’idée de vie après la mort, et que la religion n’apporte aucun éclaircissement sur le bien et le mal, il est difficile de comprendre ce que peut bien vouloir dire l’idée que la religion donne un "sens à la vie".

Il me semble que rien ne peut mieux illustrer la déroute intellectuelle du christianisme au 20e siècle que le fait qu’aujourd’hui, ce sont les croyants qui insistent sur l’aspect "consolation" ou "morale" de la religion, plutôt que sur sa vérité. Ce sont eux qui soulignent que la religion est l’opium du peuple, même s’ils utilisent d’autres mots, comme "valeur" ou "sens de la vie", et considèrent que nous avons besoin de ce genre d’opium. Si ces positions de repli sont adoptées, c’est parce que les croyants eux-mêmes ont compris qu’il est difficile de trouver des arguments valides en faveur de l’existence de Dieu ou de l’immortalité de l’âme, mais refusent de l’admettre ouvertement, et surtout d’accepter les conclusions radicales que cela implique pour les aspects "moraux" de la religion qu’ils espèrent sauvegarder.

Finalement, si l’on pense, comme Bertrand Russell, aux "millions de victimes innocentes qui sont mortes dans de grandes souffrances parce que, dans le temps, les gens ont réellement pris la Bible comme guide de leur conduite"
[2], on ne peut que se réjouir du recul progressif de la religion depuis le 18e siècle en Europe, et voir cela comme une étape importante dans l’histoire de l’émancipation humaine.



Jean Bricmont


Notes :

[1] Bien sûr, cet exemple, emprunté au philosophe Thomas Nagel, est imaginaire, mais il existe d’autres prescriptions, alimentaires par exemple, qui sont bien réelles et tout aussi absurdes.

[2] Bertrand Russell, Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961.

 

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 13:58

Un texte de notre ami Yann Kindo sur le site de Contre-temps…

« Comment peut-on parler de science sans citer une seule fois le nom du plus grand savant de notre temps, du premier savant d’un type nouveau, le nom du grand Staline ? ». Victor Joannès, responsable communiste, en 1948[1]

 « On pourra nous mener au bûcher, on pourra nous brûler vifs, mais on ne pourra pas nous  faire renoncer à nos convictions. (…) renoncer à un fait simplement parce que quelqu’un de haut placé le désire, non, c’est impossible. ». N. I. Vavilov, éminent généticien soviétique, mars 1939[2].

  

L’affaire Lyssenko appelle inévitablement sous la plume de ceux qui se penchent sur elle les qualificatifs les plus définitifs et les superlatifs les plus réprobateurs : « l’épisode le plus étrange et le plus navrant de toute l’histoire de la Science », selon le prix Nobel de biologie Jacques Monod[3] ; « un délire à base d’intoxication doctrinale et idéologique » d’après le biologiste et vulgarisateur Jean Rostand[4] ; « une régression, unique dans les annales de la science contemporaine », pour les journalistes Joël et Dan Kotek[5] ; et rien moins que la « plus grande aberration rencontrée dans l’histoire des sciences de tous les temps »[6] ou encore « une histoire hallucinante (…), digne des plus sombres périodes du Moyen Age. Les surpassant même. », si l’on veut bien suivre le biologiste et historien des sciences Denis Buican.[7]

lire la suite sur le site Contre-temps

 

 


 

 

 

 

 

lire les contributions de Yann sur Imposteurs :

 

"Savants fous" et "génocide mondialisé"

 

 

Les OGM la gauche radicale et l'expertise

 

Merde à la décroissance !

 

Une illustration dramatique du dnager des idéologies "naturalistes" ("naturellistes")"
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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 10:11

Dans cette 3ème partie, nous revenons sur l’étude de Séralini déjà citée : New Analysis of a Rat Feeding Study with a Genetically Modified Maize Reveals Signs of Hepatorenal Toxicity, parce qu’en plus de tous les travers énoncés dans le texte de Christopher Preston (1) que nous avons traduit, elle contient un moins un cas d’école en matière d’entourloupe statistique caractérisée :

 L’équipe de Séralini a donc recalculé elle-même à partir des données brutes de Hammond la valeur de certains paramètres biologiques et physiologiques, en particulier le rapport entre le poids des reins des animaux et leur poids total.

Voyons tout d’abord les résultats de Hammond :

 

A

B

C

D

E

REINS/CORPS

0,69

0,71

0,68

0,67

0,68

dev. stand.

0,05

0,07

0,05

0,04

0,13

maïs

parent

parent

MON863

MON863

divers

consommé

11%

33%

11%

33%

33%

Hammond et coll. 2006

 

 

 

 

 

Lecture : les moyennes (1ère ligne) correspondent pour les colonnes C et D au rats nourris à 11% et 33% au maîs trangénique MON 863, pour les colonnes A et B aux rats nourris au maîs « parent » (ou isogénique, cad que le maïs MON863 ne diffère génétiquement de lui que par le gène BT introduit), et pour la colonne E, aux rats nourris à 33% avec un mélange de 6 variétés de maïs conventionnel. Ces valeurs ne vous disent rien, à part qu’elles ont l’air assez proches ? Rien de plus normal.

La deuxième ligne correspond à la « déviation standard », ou encore à l’ « écart-type ». C’est ce qu’on appelle un indicateur de dispersion des résultats, arithmétiquement, c’est la moyenne des écarts à la moyenne. Si les formules vous font mal à la tête, contentez vous de votre intuition pour comprendre que plus l’écart-type est élevé, plus les résultats des mesures d’un groupe donné sont dans une fourchette large.

Ainsi par exemple, pour le groupe E, les résultats les plus bas (2) sont beaucoup bas que la valeur moyenne du groupe D (respectivement 0,68-0,13 = 0,55 (groupe E) contre 0,67 (groupe D)) et inversement les résultats les plus hauts sont beaucoup plus hauts que la moyenne du groupe D (respectivement 0,68+0,13=0,81 (groupe E) contre 0,67 (groupe D)).


Qu’en déduisez-vous ? Comme moi sans doute, qu’étant donné les variations très importantes au sein d’un même groupe, l’effet spécifique du produit consommé ne doit pas être important ,voire qu’il est inexistant même si les moyennes diffèrent légèrement d’un groupe à l’autre… Jusqu’à présent, nous aboutissons aux mêmes conclusions, sans même avoir eu besoin de procéder à des tests statistiques compliqués.


Mais voilà que dans l’étude de Séralini, est mise en évidence une différence qu’on peut qualifier de « significative » et qui nous aurait échappé, ainsi qu’aux auteurs de la première étude (à moins qu’ils l’aient volontairement occulté, ce que pense probablement Séralini, vu le peu d‘estime qu‘il porte à ses collègues, même s‘il ne peut l‘écrire dans ce genre de publication).

 

A

B

C

D

E

REINS/CORPS

 

0,705

 

0,667

 

dev. stand.

 

0,015

 

0,009

 

maïs

 

parent

 

MON863

 

consommé

 

33%

 

33%

 

Seralini et coll. 2007

 

 

 

 

 

 

 

Différence significative !

 

Il apparaît que la différence entre le rapport de poids entre les rats nourris au MON863 (à 33%) et les rats nourris avec le maîs parent (à 33%) est cette fois-ci significative : sans forcément tirer des conclusions sur la nature pathologique de ces différences, vous vous dites que vous aviez loupé quelque chose en lisant les premiers résultats ? C’est faux. La manipulation est dans le deuxième tableau. Vous n’y avez vu que du feu ? Rassurez-vous, moi aussi ! Seul un œil très entrainé peut repérer d’emblée ce genre d’entourloupe si personne n‘attire son attention là où précisemment on ne veut pas qu’il regarde. C’est précisément tout l’art des illusionnistes .

On remarque que Séralini s’est abstenu de fournir les moyennes des groupes A,C et E : pourquoi ? Pour faire disparaître les résultats qui ramènent ces différences « statistiquement significatives » à des différences qui n’ont aucune signification biologique : il suffit de se rapporter aux comparaisons ci-dessus sur les groupes D et E. Ou , comme le rappelait Christopher Preston (1), à l’absence de relation de dose à effet, voire un résultat exotique pour quiconque voudrait se lancer dans une interpétation biologique : le rapport des poids reins/corps diminue pour le groupe nourri au MON 863 lorsque la consommation de maîs augmente (colonnes C et D), et inversement pour le groupe nourri au maîs isogénique ! Allez donc y comprendre quelque chose.

Maintenant que vous êtes avertis, vous aurez peut-être remarqué autre chose : les moyennes pour les groupes A,C,D,E sont presque identiques : elles vont de 0,67 à 0,69. La seule qui, à l’extrême limite , devrait poser question, est justement la valeur un peu plus élevée (0,71) du groupe de contrôle des rats nourris à 33% avec le maïs non transgénique. La sélection des résultats par Séralini permet au contraire de détourner l’attention vers les rats nourris au MON 863 et de disserter sur des « signes de toxicité hépatorénale! ». Avouons-le, c’est du grand art !

Une dernière chose que vous aurez peut-être remarquée . Les valeurs moyennes recalculées par Séralini sont identiques ou du moins très proches de celles de Hammond: ces dernières sont en effet exactement les arrondis à la décimale supérieure des calculs de Séralini (0,71 est l’arrondi de 0,705 , 0,67 l’arrondi de 0,667). Par contre , les écarts-type calculés par Séralini sont sensiblement différents de ceux calculés par Hammond. Ceux de Séralini sont environ 5 fois inférieurs, et il n’explique nulle part cette bizarrerie (3). Or il n’y a pas 50 façons de calculer un écart-type ; en tout cas, je n’en connais qu’une seule. Séralini aurait-il écarté des rats hautement « déviants » par rapport à la valeur moyenne de ce paramètre pour réduire la variance des résultats, ce qui du coup rend les différences de moyenne significatives ?

Reste à comprendre les motivations qui poussent Séralini à procéder de la sorte. Si à l’inverse, l’équipe de Hammond avait procédé à de tels tours de passe-passe, on aurait hurlé au scandale, à la forfaiture. Ici au contraire, la bonne cause qu’est sans doute certain de défendre Séralini vaut bien quelques petits arrangements avec la vérité et la rigueur scientifiques. Il est vrai que lui qui n’est pas tout toxicologue mais prétend refonder à lui tout seul la discipline (4), a peu de temps à consacrer à ces « détails méthodologiques » qui font qu’une étude peut être considérée comme sérieuse par ses pairs .

Le paragraphe consacré aux « acknoledgments » (remerciements) dans l’étude de Séralini & al. , très étrange dans une publication scientifique, éclaire sa conception de la vérité : nul doute qu’elle est ailleurs que dans les faits statistiques.

« Nous remercions Anne-Laure Afchain pour son aide dans les analyses statistiques, et les conseils administratifs et scientifiques pour leur expertise et leur action judiciaire auprès du ministre de l’environnement, Corinne Lepage, afin d’obtenir les données [brutes]. (…) Cette étude a été subventionnée par Greenpeace Allemagne, qui a gagné en Juin 2005 en appel contre Monsanto, qui voulait maintenir ces données confidentielles. Nous exprimons notre reconnaissance envers le ministre français de la recherche et le député François Grosdidier pour leur engagement à étudier les effets des OGM sur la santé (sic!!! « Les OGM«  ….en général, et non au cas par cas, ce qui révèle l’ampleur des préjugés. Et bien entendu, personne avant Grosdidier n‘avait songé à étudier leurs effets sur la santé! Ubuesque !), ainsi que le groupe Carrefour pour son financement. ».

Carrefour qui surfe sur la vague anti-OGM , peut en retour remercier Mr Séarlini et le CRIIGEN pour lui avoir permis de figurer parmi les multinationales « génétiquement correctes ».

Anton Suwalki



 Notes :

 

(1)   lien article Christopher Preston

http://imposteurs.over-blog.com/article-29829309.html

http://gmopundit.blogspot.com/2007/03/lies-damn-lies-and-statistics.html

(2)   il conviendrait peut-être de dire « en moyenne les plus bas », certains résultats isolés pouvant être beaucoup plus bas que la fourchette basse de l’écart-type.

 

(3)    ce qui serait tout de même la moindre des choses. En soi, il n’est pas choquant pour un statisticien d’écarter des valeurs qu’ils jugent aberrantes à partir du moment où il se justifie : imaginez dans un autre domaine un statisticen travaillant sur les salaires dans l’industrie et confronté à un individu ouvrier spécialisé, salaire 3.250.000 euros annuels. Les parachutes dorés étant rarissimes dans cette catégorie socioprofessionnelle, on va raisonnablement écarter cette valeur , la mettant sur le compte d’une erreur de saisie, par exemple. On écartera de même le salaire d’un ingénieur à temps plein dont le salaire annuel serait de 850 euros. Dans tous les cas, on doit justifier la mise à l’écart des valeurs aberrantes. Mais si jamais on retombait après ça, au centime d’euro près au même salaire moyen, on se poserait de sérieuses questions.

(4) http://alerte-environnement.fr/?page_id=1755

 



 

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 16:36

Je cherchais des exemples pour cette deuxième partie lorsque je me suis rappelé de cet article court, assez simple et qui illustre très bien un certain nombre de problèmes de l’illusion statistique .

Il se trouve que ça parle des OGM (par hasard!) et du réexamen par Séralini (aussi par hasard) de l’étude sur les rats nourris au Maïs MON 863, mais que sa portée est assez générale.

Il est difficile de parler d’illusion (statistique ou autre) sans parler des illusionnistes qui s‘en servent. En s’attaquant à une base de données comportant près de 500 paramètres mesurés, GES et ses collègues du CRIIGEN étaient presque sûrs de trouver quelques différences qu’on qualifie en statistique de « significatives » , c’est-à-dire de quoi alimenter la polémique. Ou plus exactement, de quoi alimenter la propagande anti-OGM qui est la raison d’être du CRIIGEN.

 Il aurait été extrêmement étonnant qu’ils ne trouvent aucune différence « significative ». Sauf que ce terme a un sens bien précis en statistique, et que son maniement nécessite prudence et recul, des qualités évidemment méprisées par les idéologues pour qui seules comptent les données au service d’une thèse qu’on a préalablement et définitivement admise comme vraie.

Y aurait-il des faits contredisant cette thèse ? Alors les faits mentent , ou les calculs sont mal faits…«  Les statistiques , ou on sait déjà ce qu’il y a dedans, ou c’est faux » . Tel pourrait être la devise de GES.

Traduction (maison, donc imparfaite) de l’anglais, allégée de quelques courts passages.

Anton



Lies, Damned lies and statistics

par Christopher Preston

« Il y a 3 sortes de mensonges : les mensonges, les foutus mensonges, et les statistiques ». Cette formule attribuée à Benjamin Disraeli, se réfère à la manière dont les statistiques peuvent être dévoyées au service d’arguments fallacieux. Nous savons tous à quel point l’utilisation abusive des statistiques est courante en politique. Il est moins connu que les mauvais usages des statistiques en recherche scientifique peuvent aboutir à des choix de politique publique erronés. A coup sûr , les scientifiques ne (s’) autoriseraient pas des mensonges statistiques destinés à tromper le public ? Comment ??? Le feraient-ils ?

(Il y a déjà quelques temps de cela) , il y a eu un écho considérable dans la presse à propos d’un article dans la Revue Archives of Environnemental Contamination and Toxicology. Cet article , « Une nouvelle analyse du nourrisage de rats avec un maïs génétiquement modifé révèle des de toxicité hépatomégalie », de Gilles-Éric Séralini, Dominique Cellier et Joël Spirou de Vendomois, vise à démontrer qu’un maïs génétiquement modifié occasionne des dommage aux foies et aux reins de rats et, dès lors, est probablement dangereux pour les humains. (..)

L’article ne contient aucune donnée nouvelle. Il s’est basé sur des données déjà publiées en 2006 dans la revue Food and Chemical Toxicology et les a ré analysées. Ce faisant, les auteurs de ce nouvel article ont suggéré avoir découvert des différences importantes omises dans la première étude.

C’est ainsi qu’arrivent les mensonges statistiques. Quand les scientifiques veulent comparer les effets de deux traitements, ils utilisent les statistiques parce qu’ils ne peuvent tester le traitement sur toute la population. Lorsque l’effet du traitement diffère suffisamment de celui constaté sur le groupe de contrôle, ils le décrivent comme « significativement différent. Souvent, une valeur de 5% de probabilité est retenue ; autrement dit, il y seulement 5% de chances que la différence ne soit pas vraie (due au hasard du tirage des échantillons de population testés ). On les appelle « erreurs de type 1 ».

Il est par conséquent évident que des comparaisons sont faites pour un grand nombre de paramètres, la probabilité d’apparition d’erreurs de type 1 est accrue. Avec 100 comparaisons différentes, vous êtes presque sûr de trouver au moins une différence à p  0.05 même si elle est fortuite. C’est pour cela que les bons scientifiques évitent de tomber dans ce piège, soit en utilisant d’autres tests statistiques soit en réduisant la valeur de probabilité à partir de laquelle la différence est considérée comme significative.

Séralini et ses collaborateurs ont procédé à 494 comparaisons entre les rats nourris au mais GM et les rats nourris avec du maïs conventionnel. A ce niveau, on s’attend à obtenir en moyenne 25 différences significatives à seuils 0.05 et à 5 différences à une probabilité de 1 % (seuils 0.01). Séralini a rapporté 33 différences à seuil 0.05 et 4 différences à seuil  0.01. Presque le même nombre de différences que celles prévues par les lois du hasard. C’est un problème élémentaire en statistique dont tiennent compte les bons scientifiques dans leur pratique. Cela mine aussi toute conclusion à partir de ce genre d’analyse.

Intuitivement, nous comprenons que si quelque chose que nous mangeons est dangereux, c’est d’autant plus dangereux qu’on en mange davantage, ou au minimum pas moins dangereux. En science, on établit une relation de dose à effet. L’effet d’une toxine sera plus prononcé avec davantage de toxine. Il est également intuitif que consommer la toxine plus longtemps sera également plus dangereux. C’est la base de toute la toxicologie.

Dans l’étude en question (de Séralini), les rats étaient nourris soit à 11% soit à 33% de mais GM ,et soit pendant 5 semaines soit pendant 14 semaines. Aucune des différences relevées par Séralini ne suivait une relation de dose à effet. Les différences étaient soit erratiques soit plus favorables pour des doses plus élevées. Sans relation de dose à effet, il est impossible de relier ces différences à la consommation du produit .

Comme il n’y a pas cette relation de dose à effet et que les différences relevées par Séralini sont probablement dues au hasard, cette étude ne peut soutenir la thèse selon laquelle ce maïs GM serait risqué pour la santé des rats . Rien de neuf par rapport à la conclusion à laquelle l’étude de 2006 (basée sur les mêmes données) arrivait. Comment donc Séralini a-t-il pu se tromper autant ? Cela pourrait être balayé comme relevant d’une querelle entre statisticiens. Cependant, les problèmes sont si basiques et si triviaux qu’ils montrent, au mieux, une incompétence scientifique. Le fait qu’une telle étude ait pu faire l’objet d’une publication de premier rang soulève également des questions.

Le pire est que cette mauvaise science est utilisée pour influencer le monde des médias et les décisionnaires politiques. Greenpeace s’est saisi de cet article pour colporter ces mensonges statistiques. Ils ont clairement démontré leur influence (lorsque) le ministre de l’agriculture de l’Australie de l’Ouest s’est appuyé sur cette étude pour un moratoire sur les OGM.

Dr Christopher Preston

Discipline of Plante & Food Science

University of Adélaïde

 


 

L’article en version originale :

http://gmopundit.blogspot.com/2007/03/lies-damn-lies-and-statistics.html

 

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 18:43

L’incompréhension des statistiques, la méconnaissance des lois du hasard, la confusion fréquente entre corrélation et causalité sont sources d’innombrables biais de raisonnement. L’exemple ci-dessous m’a été inspiré par une récente discussion, les termes du problème ont été à peine simplifiés, pour la commodité de l’exposé.

 

Prenons une affection quelconque qui frappe en moyenne une personne sur 100.

Les habitants d’un immeuble qui abritent 100 personnes se sont aperçus que 5 d’entre eux, voire plus en étaient atteints.

Quelle malédiction nous accable ? Quelle est la mystérieuse source du mal qui nous frappe ? Que ne cache-t-on ? A qui le tour ?

Telles sont les inévitables questions qui vont alimenter les conversations . N’allez surtout pas dire qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat : vous serez probablement catalogué du côté des forces du mal.

5 fois plus de malades que la moyenne, c’est bien sûr beaucoup. Ca ne prouve pas pour autant que l’immeuble soit particulièrement pathogène. Et si c’était tout simplement …le hasard ?

Démonstration pour les incrédules :

Trouver par hasard (c’est-à-dire par le simple jeu de la répartition aléatoire d’une population) 5 personnes ou plus atteintes d’un mal particulier là ou on ne devrait en trouver qu’une seule obéit à une loi dite « normale » (« loi de Laplace-Gauss » ). La probabilité d’un tel événement peut se calculer par approximation à l’aide d’une loi dite de « Poisson » de paramètre 1 .

1, c’est le nombre moyen de malades qu’on obtiendra en tirant  au hasard une échantillon de 100 personnes dans une population.

Plus on s’écarte de cette valeur moyenne, plus la probabilité est faible. Il est ainsi plus improbable de trouver parmi 100 personnes 2 malades qu’un seul, 3 malades que 2, et a fortiori 5 qu’un seul .

Un extrait des tables de la loi de Poisson nous indique que la probabilité d’obtenir exactement 5 pour une valeur moyenne de 1 est (environ) de 0,0031 soit 3,1 pour mille ou 0,31%. La probabilité d’obtenir au moins 5 malades est un peu supérieure : (environ) 0,004 soit 4 pour mille ou 0,4%. C’est peu.

C’est pourtant loin d’être une probabilité négligeable. Et bien des gens confondent faible probabilité et impossibilité. Mais un tel raisonnement probabiliste sur un seul immeuble n’a en fait pas grand sens.

Nous avons en effet tiré un échantillon de 100 personnes dans une population, et nous n’avions que 4 chances sur 1000 de trouver 5 malades ou plus. Considérons maintenant toute la population (exemple, les 100.000 habitants d‘une ville moyenne) répartis par « ilots » géographiques de 100 habitants. Nous avons toujours 4 chances sur 1000 de tirer au hasard un ilot comportant 5 malades. Mais en considérant l’ensemble des ilots, on trouvera presque à coup sûr un ou plusieurs ilots concentrant 5 malades ,6 malades ou même plus!. Le raisonnement probabiliste peut même être inversé : il serait extrêmement étonnant de ne trouver aucun immeuble dans ce cas de figure.

L’illusion qui amène à penser que le hasard est exclu dans ces phénomènes de sur-représentation statistique tient souvent à une incompréhension des mécanismes du hasard, à qui on prête paradoxalement une forme d’intelligence et un sens de l’équité :

Cette illusion frappe par exemple les joueurs invétérés qui ont perdu 9 fois de suite à la roulette et s’imaginent que la 10ème fois sera la bonne, que la chance va tourner, que le hasard va réparer ses injustices. C’est l’incapacité à concevoir que les évènements sont indépendants, que chaque tirage est indépendant du précédent, et qu’au dixième tirage comme au premier ou au centième, la probabilité de tomber sur « pair » ou « impair » est identique ( 0,5 pour une roulette équilibrée-une chance sur deux).

Dans notre exemple, nous avons tendance à considérer comme une anomalie statistique une concentration de malades qui peut être parfaitement fortuite : la répartition aléatoire des 1% d’individus malades dans une population n’a aucune raison d’être homogène, dans l’immense majorité des cas, elle n’a pas plus de raison d’être régulière que les résultats de lancers de pièces successifs . On convient assez facilement qu’obtenir pour 20 lancers de pièces un tirage strictement régulier , avec alternance systématique des piles et des faces

      P(ile) F(ace) P F P F P F P F P F P F P F P F P F

Ou

      F P F P F P F P F P F P F P F P F P F P

a peu de chances de se produire. A vrai dire , très peu: il s’agit de 2 tirages particuliers sur les 220 (soit 1 048 576 ) combinaisons possibles = 1 chance sur 524 288 !

Or le hasard ne « procède » pas comme ça qu’avec les pièces ou les dés.

 Quand il s’agit d’une maladie, qui a une cause matérielle, la répartition spatiale de ses cas peut bien sûr être directement en relation avec l’environnement dans les endroits où elle se manifeste davantage, ou avec les caractéristiques de la population. On peut songer par exemple au saturnisme affectant les jeunes enfants vivant dans des immeubles délabrés, avec des vieilles peintures au plomb non refaites qui se décollent des murs.

Mais il est très difficile de faire entendre à beaucoup de gens que la concentration de ces cas peut être totalement due au hasard, comme le mettent en évidence les lois de probabilités. Répétons-le, il est très probable de trouver par hasard pour une pathologie donnée, une proportion de cas qui s’éloigne à certains endroits notablement de la moyenne. En l’absence de source du mal identifiable et de liens pouvant être établis entre une cause quelconque et un effet biologique, l’ « anomalie statistique » est vraisemblablement dûe au hasard.

Lorsqu’ils ne veulent pas l’admettre, il faut absolument aux gens un coupable, et là place à l’imagination… Encore que question imagination, dans cette période de technophobie relayée ,  on connaît à peu près les bons candidats au rôle de coupable : ne disons pas qu’ils ont « la tête de l’emploi », car la plupart du temps , ils sont invisibles. La radioactivité d’origine anthropique, les ondes électromagnétiques, la chimie, bientôt les nanotechnologies etc… 

En cherchant bien , on pourra toujours désigner une source de pollution responsable du nombre élevé à un endroit donné de gens souffrant de maux de tête, dépression , et autres symptômes des « électrosensibles ». Il en va de même pour bien d’autres problèmes.

Que cent études convergent dans leurs résultats  , rien ne changera dans l’opinion des gens, et il y aura toujours un média pour remettre une 101ème fois la question sur le tapis et pour convaincre une partie de l’opinion qu’on n’a pas bien cherché ou qu’on lui a caché des choses.

L’idée que les études expérimentales ou épidémiologiques pourraient servir à rassurer le public est vaine dans le climat actuel de défiance entretenue vis-à-vis de la science et des scientifiques.  Elles ne servent qu’à mettre (éventuellement) en évidence des risques, des sources de problèmes pour la santé publique, et à préconiser des mesures que les pouvoirs publics décideront ou non d’appliquer. 

En attendant, essayons malgré tout de propager à la mesure de nos moyens un climat plus sain, et de lutter contre les biais de raisonnement les plus répandus, dont fait partie l’illusion statistique.

Anton

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 18:45

Après un dossier spécial particulièrement réussi sur l’alimentation dans son numéro précédent, Science et pseudo-sciences consacre son dossier spécial dans le numéro de Janvier aux mécanismes des croyances au paranormal. Le démontage des pseudo-sciences et des affirmations paranormales fait logiquement partie des thèmes souvent abordés par SPS, dédié à la diffusion de la science et du rationalisme. Mais au-delà, porter un regard scientifique sur le fonctionnement de la fabrique de croyances qu’est notre cerveau humain est tout à fait nécessaire pour ceux qui tentent de combattre celles-ci ou au moins d’en limiter des dégats. Elle permet de mieux mesurer les limites (au moins à moment donné) de l’action rationaliste et peut-être d’en affiner les outils.

 

Les croyances paranormales sont donc éclairées sous plusieurs angles complémentaires, car ce produit de l’activité de l’esprit est comme tous les autres, le produit complexe de la biologie, de l’environnement et de la biographie individuelle.

 

9 contributeurs différents font entre autres appel à la psychologie du développement (cf Marjaana Lindeman et Kia Aarnio ), à la coexistence de la pensée émotionnelle et et de la pensée analytique, ou au rôle des facteurs émotionnels dans la fixation des croyances et dans la difficulté d’y renoncer même en situation de « dissonances cognitives » (cf Jacques Van Rillaer), lorsque des faits observés viennent contredire nos représentations mentales .

 

Les facteurs sociologiques (cf Jacques Van Rillaer) sont également très influents sur la nature et la force des croyances . Nous héritons une bonne partie de nos croyances . D’autre part, la nature des croyances paranormales varie selon les milieux sociaux et le niveau culturel des individus, et selon le niveau d’intégration religieuse (cf Jean-Bruno Renard), tous ces éléments pouvant bien sûr se recouper.

 

Et le cerveau dans tout ça ? Serge Larrivée nous rappelle que notre cerveau est programmé pour trouver du sens… même là où il n’y en a pas (1). Notre propension à faire des inférences tous azimuts fabrique des croyances paranormales. Les mécanismes de la mémoire, et nos illusions statistiques ( « probabilités subjectives », selon les termes de Nicolas Gauvrit) les renforce. Peter Brugger nous invite à l’exploration du cerveau ésotérique : il a été mesuré que le temps de réaction de celui des « croyants » était plus rapide et que leur propension au « priming indirect » , c’est-à-dire à faire des associations de mots très éloignés sémantiquement était significativement supérieure à celle des non- croyants. 

 

Il est dommage que la réflexion sur le rôle que les prédispositions à la superstition pourrait avoir joué comme avantage sélectif dans l’évolution soit réduite à un simple encadré de qelques lignes. Néanmoins, des références sont fournies. 

 

Voici quelques pistes examinées dans ce dossier passionnant que je vous invite à découvrir. Reste la question fondamentale ? Pourquoi se donner tant de mal à démonter toutes ces croyances ? Ma réponse personnelle est que si ce combat est loin d’être gagné d’avance (2) , mieux vaut ramer à contre-courant que dans le sens du courant, mieux vaut que ceux qui sont perméables entendent au moins d’autres voix que celles qui les renforcent dans la conviction de forces occultes et de phénomènes paranormaux, que l’irrationnel ne se sente pas en terrain conquis partout, y compris à l’école , etc… Et puis, comme le souligne Henri Broch, il s’agit de défendre une certaine conception de la liberté humaine.

Anton Suwalki

 


 

     

Le sommaire de SPS n° 284

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1052

 

 


 

(1) une formulation à ne pas interpréter comme négation du causalisme ! 

(2) Ainsi, plus d’un américain sur deux affirme croire au pouvoir de la guérison par la pensée, par l’esprit. 42% croient que les êtres humains peuvent être possédés par le diable. 13% seulement affiche une conception clairement évolutionniste de l’origine de l’homme ( !) , 38% une conception de type intelligent design ou inspirée de l’intelligent design, et 40% des opinions relèvent d’une interprétation littérale de la Bible. 54% des frnaçais croient à la guérison par imposition des mains, 40% à la télépathie, 35% aux rêves prémonitoires, 33% à l’astrologie . On voit qu’il y a du boulot ! 

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 17:42




Science et pseudosciences :

Comment et pourquoi faire la différence ?

Mercredi 4 Février 2009 à 18 heures

Réunion débat avec Jean-Paul Krivine

 

Université de Bourgogne

Faculté des Sciences Gabriel – Amphi Pasteur

6 Bvd Gabriel 21000 Dijon




Astrologie ou astronomie ? Homéopathie ou médecine ? Les controverses sont nombreuses et anciennes. A une époque où la connaissance scientifique et ses applications technologiques occupent une place toujours plus importante dans notre société, il peut sembler paradoxal que de telles controverses ne soient pas définitivement réglées pour une partie de nos concitoyens.

Alors que des campagnes récurrentes accusent la science de nombreux maux, jouant sur l’ignorance du public pour diaboliser ses applications (OGM,nucléaire, ondes électromagnétiques, etc.), les pseudosciences et le paranormal envahissent dans le même temps les programmes de télévision, et des pseudo-médecines dont l’efficacité n’a jamais été démontrée bénéficient d’une large publicité voire d’une promotion complaisante des pouvoirs publics.

Dans ce contexte, il nous semble fondamental de rappeler ce qui différencie science et pseudo-sciences, de promouvoir l’information scientifique, afin que les décideurs politiques, mais aussi l’ensemble de nos concitoyens, puissent élaborer une opinion et décider des orientations les plus rationnelles et les plus adaptées.

En introduction, Jean-Paul Krivine, rédacteur en chef de la revue Sciences et pseudo-sciences, présentera cette problématique autour de quelques exemples tels que l’astrologie ou l’homéopathie. Suivra un débat sur le thème , puis la discussion sera élargie sur les moyens concrets d’agir à l’échelle locale pour promouvoir la science et ses valeurs et sur la possibilité de relayer l’action de l’Association française pour l’information scientifique à travers un comité local.

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 15:27

Après avoir consacré les deux premières parties de Lire Sokal et Bricmont (1) à « Maître » Lacan (2) et Bruno Latour, je ne comptais pas faire le tour de tous les « beaux parleurs » (dont Paul Virilio) rois de l’esbrouffe épinglés par Sokal et Bricmont, mais embrayer sur le relativisme cognitif et culturel vertement critiqué par ces derniers, et sur les principes de philosophie et d’épistémologie des sciences qu’ils y opposent.

 

Quelques pages sont consacrées à Paul Virilio dans Impostures intellectuelles :  Sokal et Bricmont pointent dans les considérations philosophico-politiques de celui-ci des références à la physique « mélange de confusions monumentales et de fantaisies délirantes ». Il faut dire pour ne prendre qu’un seul exemple que Virilio, dont l’ « étonnante érudition » fut vantée par Le Monde (3), et qui prétend interpréter la société moderne à travers les concepts de la physique et en particulier de la vitesse, se plante sur un concept absolument élémentaire de la cinématique , de niveau lycée : Accélération et décélération signifient pour lui … « vitesses positive et négative » (« selon les physiciens » -SIC !-).

 

Ceci devrait prêter à rire, mais l’homme est néanmoins pris très au sérieux. La chaine Arte , dont les choix de programmation penchent de plus en plus fréquemment vers un obscurantisme à vernis culturel (créationnisme, films de Marie-Monique Robin etc…), a diffusé le 20 Janvier « Le monde vu par Paul Virilio : penser la vitesse » .  Peu importe ici les idées philosophiques et politiques défendues par Virilio, nous avons vu en tout cas qu’il ne pensait pas la vitesse en physicien, contrairement à ce qui est prétendu.

 

Sur le blog de Libération, Sylvestre Huet nous apprend que Stéphane Paoli, l’auteur du documentaire, n’a pas hésité à caviarder une interview du physicien Etienne Klein pour faire dire à celui-ci le contraire de ce qu’il voulait dire et pour faire coller ses dires à ceux de Paul Virilio.  Voici un large extrait du papier de Sylvestre Huet :

 

« Brusquement, le journaliste demande (à Etienne Klein) son avis sur le risque de destruction de la Terre par des mini-trous noirs qui se formeraient au Large Hadron Collider. Cet accélérateur de protons, le plus puissant du monde, a connu une gloire fugace lors de son démarrage, à l'automne dernier. Puis un certain désenchantement, lorsqu'un accident et les réparations nécessaires ont repoussé dans un premiet temps à la fin du printemps prochain sa mise en service réelle puis au début de l'été 2009.

Cet automne, parmi les flons-flons de son inauguration, il a fallu traiter d'une rumeur déjà ancienne, abondamment développée sur le Net et supportée par quelques activistes : ces expériences comportent le risque de détruire la Terre en produisant des mini-trous noirs qui finiraient par l'engloutir.

J'avais pour ma part publié un article dans Libération à ce sujet. Non seulement en rapportant les explications des physiciens quant à l'absence de risque, ce qui est nécessaire. Mais aussi en pointant les difficultés apportées par l'existence du principe de précaution dans l'arsenal juridique et constitutionnel : sa formulation pourrait faire suspendre la mise en service d'une telle machine puisque les milieux à convaincre pourraient être des juges, des décideurs politiques, voire une population... autant dire que le vrai et le faux de la physique ne sont pas nécessairement les arguments principaux d'un tel débat. Lors de son interview, Etienne Klein disait ceci :

"Il existe en effet des théories, pas encore testées expérimentalement, qui permettent d’imaginer que des mini-trous noirs pourraient être produits au LHC. On ne peut donc pas exclure, à partir d’arguments purement théoriques, qu’une telle possibilité existe, mais on peut être certain que les éventuels mini-trous noirs que le LHC pourrait produire seront sans danger. En effet, nous savons que la lune, qui n’a pas d’atmosphère, subit depuis cinq milliards d’années l’impact du rayonnement cosmique, ce qui veut dire qu’elle est le siège de collisions beaucoup plus énergétiques et beaucoup plus nombreuses que celles qui se produiront au LHC, et cela sans dommage apparent. L’existence même de la lune est donc la preuve que tout scénario catastrophe est exclu."

Juste après avoir fermé le micro,Etienne Klein précise au journaliste qu'il est décisif de ne pas couper cette argumentation. Il faut ou garder tout ou ne garder rien, lui précise t-il. Surprise : le 12 janvier, il visionne l'émission. Son propos sur le sujet est coupé et limité à :

Il existe en effet des théories, pas encore testées expérimentalement, qui permettent d’imaginer que des mini-trous noirs pourraient être produits au LHC. On ne peut donc pas exclure, à partir d’arguments purement théoriques, qu’une telle possibilité existe,... "

La manipulation est d'autant plus insupportable que ce morceau de phrase d'Etienne Klein est ensuite utilisé par Paul Virilio pour dénoncer ces inconscients de physiciens qui mènent le monde au désastre. »
(4)
 

L’intéressé ayant découvert la manipulation lors d’une projection en avant-première du documentaire s’est fendu d’une lettre à la direction d’Arte que je vous invite à lire sur le blog (4). Cette lettre se conclut ainsi :

« Je vous saurais gré de mettre tout en oeuvre pour rétablir les termes réels de mon échange avec Stéphane Paoli ou de les faire supprimer du film. Je vous remercie par avance de votre compréhension et de votre diligence. »
 

N’ayant pas vu le documentaire mardi soir, j’ignore si la direction d’Arte a accédé  à la demande d’Etienne Klein ou si elle a couvert le bidonnage de Paoli, nous lecteurs nous l’apprendrons peut-être. On ignore d’autre part si Virilio était lui-même au courant de cette tentative de bidonnage .

 

Voilà qui éclaire en tout cas sur certaines impostures intellectuelles dénoncées par Sokal et Bricmont : On se demande parfois dans quelles mesures ces théories fumeuses sont destinées dès le départ à tromper le public ou bien s’il y a « auto-manipulation » de leurs propres auteurs : certains ne se dupent-ils eux-mêmes , ne se laissent-ils pas éblouir par leurs propres discours aussi profonds en apparence que creux en réalité, quand ils ne sont pas tout simplement absurdes ?

On l’ignore pour Paul Virilio, mais le doute n’est pas permis pour Stéphane Paoli . La tromperie est délibérée.

 

La « fin du monde » englouti dans un trou noir produit dans un accélérateur de particule par des « savants fous » n’est sans doute pas pour demain, en attendant, certains n’en finissent pas de profiter des derniers jours.

 

Anton Suwalki


Notes :

 

(1)  http://imposteurs.over-blog.com/article-24712809.html

             http://imposteurs.over-blog.com/article-25440531.html

       (2) ainsi l’appellaient les psychnalystes de son obédience, subjugués par son discours abscons

 (3)cité par Sokal et Bricmont

       (4) http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/01/etienne-klein-a.html

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 13:21

Sur son blog , Jean Daniel Flaysakier, docteur en médecine, journaliste  à France 2, spécialiste des questions de médecine et de santé et rédacteur en chef adjoint de cette chaîne, critique très fermement la « mauvaise science des marchands de peur » . Nos lecteurs reconnaîtront sans doute au-delà des différences de style les positions que nous défendons depuis la création d’Imposteurs.

 

Mais il est si rare que cette position soit publiquement défendue et a fortiori mise en application par un journaliste d’un grande chaïne de télé qu’il fallait la saluer ici.

Anton

 


 

 

 La mauvaise science des marchands de peur.


Vendre de la peur est plus facile que de produire de la science. Certains « experts médiatiques » l’ont parfaitement compris.

 

J’ai l’air de me répéter et d’entonner en permanence les mêmes antiennes, mais je reste persuadé que jouer sur la peur n’est pas la meilleure façon d’informer les citoyens que nous sommes.

 

Depuis quelques années, pourtant, sur un certain nombre de questions relevant de la santé publique, on a vu, entendu et lu beaucoup de choses, mais rarement des informations documentées scientifiquement (...).

 


 

 

Ce billet de JD Flaysakier sur son blog :

 

http://blog.france2.fr/mon-blog-medical/index.php/2009/01/07/95776-la-mauvaise-science-des-marchands-de-peur


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