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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 16:24

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Je vous propose de découvrir le blog Sham and Science récemment ouvert par Nima Yeganefar, enseignant à l‘IUT de Poitiers et chercheur en automatique.

« Passionné depuis quelques années par les sujets tournant autour des sciences et pseudo-sciences, je me décide à ouvrir ce blog en cherchant à défendre un point de vue rationnel (sceptique). On parlera donc notamment des médecines alternatives (homéopathie, acupuncture, naturopathie, ostéopathie, etc.), des débats controversés comme les OGMs, les vaccins, le nucléaire, les ondes, etc., et de tout ce qui tourne autour du paranormal comme les ovnis, les « mentalistes », les sourciers, etc. ».

Bref, des thèmes qui recoupent largement ceux étudiés sur Imposteurs. Les premiers articles méritent le détour. On notera, outre les articles consacrés aux OGM, Mammographie et statistiques, qui constitue une introduction très pédagogique au problème des bons arbitrages en matière de politiques de prévention(*).

 

Anton Suwalki

(*) en particulier, la politique de dépistage systématique de certains cancers, dont celui du sein, fait l’objet de critiques récurrentes, mais le sujet reste tabou pour les pouvoirs publics, qui, probablement de peur d’être accusés de ne jamais en faire assez, ont toujours du mal à intégrer la balance bénéfices/risques dans leurs décisions . La dernière campagne octobre rose  a relancé la polémique.

A lire sur le même thème :

Le dépistage du cancer de la prostate en question, Marc Garnick, Pour la science, Juin 2012.

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 17:53

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On n’attendait plus que lui : Frédérick Lemarchand, sociologue , maître de conférences à l’Université de Caen, et membre du CRIIGEN a jugé utile de commenter dans une tribune publiée par Les Échos, les réaction suscitées par la dernière étude de Séralini et sa médiatisation outrancière. Que nous disent les rats du Professeur Séralini ? (1) Une inversion qui peut sembler bizarre- N’est-ce pas Séralini qui dit des choses à propos des rats nourris au maïs NK 603 ?  -   à ceux qui ne connaissent mal les procédés rhétoriques de la pensée postmoderne. La solution à la fin de l’article.

Mes commentaires sont en bleu.

Anton Suwalki

 


Membre du Conseil scientifique du CRIIGEN, et donc informé de l’existence de l’étude publiée par l’équipe de Gilles-Eric Séralini sur le maïs transgénique NK603 depuis le début, j’avais choisi de ne pas prendre parti dans une controverse scientifique qui ne relève pas de la compétence liée à mon métier de sociologue. Certes…

L’annonce une fois faite des résultats de l’expérimentation a, par contre, produit un phénomène social dont la nature et l’ampleur m’ont donné à penser.

Le phénomène en question est surtout un tempête médiatique , volontairement déclenchée par le CRIIGEN auquel Lemarchand appartient. 


 Les propos qui suivent visent donc à tenter une sortie des impasses apparentes de la controverse, pour considérer que, malgré tout et quelle que soit la pertinence de la méthode expérimentale, la publication de l’étude est une source de connaissance.

Nb : il n’y a aucune impasse ! la pertinence de l’étude est absolument nulle, la controverse est donc réglée, en tout cas sur le plan scientifique.


La récente publication d’une étude toxicologique, réalisée par une équipe de l’Université de Caen et portant sur l’évaluation de la dangerosité du maïs NK603 et du pesticide associé, le Round Up, tous deux développés par la firme Monsanto, n’a pas fini de produire une controverse sans précédent dans l’histoire des crises environnementales et technologiques.

N’importe quoi , il n’y a strictement aucune crise environnementale ou technologique , et même pas le début d’un moindre problème sanitaire démontré : il n’y a qu’un coup monté de mauvais scientifiques et des journalistes en mal de scoop pour faire le buzz médiatique. 


La spécificité de la situation est de placer au centre du débat la production de l’expertise scientifique, c’est-à-dire une évaluation censément rationnelle, d’un produit destiné à l’alimentation animale.

On notera les petites touches anodines dans le discours  pour faire passer en contrebande des idées : « censément » rationnelle pour induire que l’expertise en question ne l’est pas. Parole de sociologue qui avoue pourtant son incompétence totale sur le sujet.

En moins d’un mois, des centaines d’institutions scientifiques, politiques et financières dans le monde se sont retrouvées peu ou prou confrontées, voire impliquées dans cette affaire.

Quelles institutions financières ? Pourquoi  « impliquées » ? Cela prend-il le sens d’une quelconque culpabilité ? Qui s’est rendu coupable de quoi que ce soit dans cette affaire, sinon ceux qui ont violé l’éthique scientifique et la déontologie journalistique ?

En France, l’onde de choc n’a épargné ni les Académies, ni ANSES ou HCB, pas plus que les Ministères afférents, produisant parallèlement une mobilisation citoyenne de grande envergure, d’autant plus que la publication de « l’étude qui fait peur » a été accompagnée par la diffusion de deux films documentaires et de la publication d’un ouvrage.

Quelle mobilisation citoyenne de grande envergure ? Où sont les masses « citoyennes » là-dedans ? Qui s’est mobilisé, à part les relais habituels de Séralini and co ? On notera que MR Lemarchand ne voit a priori aucun problème à propos de l’orchestration d’une campagne d’autopromotion publicitaire qui a accompagné de la publication de cette étude.  


Cependant, les très nombreuses parties-prenantes du débat semblent être en butte à la seule question de savoir si cette étude, aux résultats spectaculaires si l’on en juge la taille des tumeurs développées par les rongeurs au bout de deux ans de nourriture génétiquement modifiées (avec ou sans pesticides), « dit la vérité » sur la question qu’elle entend poser. Se serait-on trompé dans le protocole ? Les rats choisis sont-ils de « bonne souche » pour ce type d’expérimentation ? A-t-on procédé, ensuite, aux bons calculs ? etc. 

Très amusant, le sociologue a peut-être du temps à perdre et en tant qu’universitaire l’argent public .Quelle autre question préalable digne d’intérêt y aurait-il en dehors de celle de savoir si ces résultats « spectaculaires » , ont une quelconque pertinence scientifique ? Si la réponse a cette question est négative,  il n’y a plus qu’à passer à autre chose, dans l’attente résignée de la prochaine étude bidon.  


Et une étrange dichotomie semble se dessiner entre l’image, effrayante, des rats malades – que nous pourrions nommer la substance – et l’abstraction rationaliste du calcul statistique. Nous n’attendions pas des aveux aussi spontanés ! D’un côté, en effet, des rats torturés pour obtenir des photos croustillantes, la science spectacle, de l’autre l’ « abstraction rationaliste », c’est-à-dire tout simplement, la recherche de la vérité, le refus du chantage à l’émotion.  dont la maîtrise appartient aux seuls experts, c’est-à-dire à ceux qui s’octroient ce titre. Lemarchand prétendrait-il que les experts s’autoproclament ? Qu’il jette donc un coup d’œil au CV des experts autoproclamés du CRIIGEN.


En prenant un peu de hauteur, (la suite montre en effet les hauteurs himalayennes de la pensée lemarchandienne) nous pourrions dire que s’affrontent, sous les regards inquiets des citoyens consommateurs de produits issus de l’agro-industrie,  les partisans de la « bonne science », indépendante et démocratique, et ceux de la « vraie science »  institutionnelle et académique.  On peut s’interroger sur le statut des guillemets utilisées, et sur l’absence de celles-ci entre « indépendante et démocratique » : indépendants, tel est en effet l’épithète dont s’affublent GES & co, avec un degré de crédibilité nul. La science démocratique, c’est comme la science citoyenne ou prolétarienne, c’est un non-sens démagogique. Imaginons déterminer la vitesse des neutrinos par référendum ?  Quant à ce qu’il appelle la science institutionnelle et académique, c’est tout simplement celle qui est basée sur des exigences de méthode et de rigueur, ce que les sociologues de la mouvance de Lemarchand détestent.

 

N’étant pas en mesure, par ma formation sociologique, d’apprécier les qualités intrinsèques d’un tel travail de recherche, il me semble qu’au-delà du débat qui se prolonge sur le choix de la méthode expérimentale, la publication de l’étude constitue pour les sciences humaines, et plus largement pour la société, un objet heuristique, c’est-à-dire producteur de connaissances. Traduisez : je n’y comprends rien à tout cela, mais ça n’est pas grave, c’est un excellent sujet de bavardage.  De quoi l’étude du Professeur Séralini est-elle, en d’autres termes, l’analyseur ou le révélateur ?

 

L’affabulation scientiste : ce qui suit révèle surtout les divagations pseudo-scientifiques de l’auteur que l’existence d’une « affabulation scientiste ».


Pour prendre une métaphore biologique (ce qu’il faut toutefois éviter en sociologie…) - pitoyable figure de style, il faut éviter de le faire, mais je le fais quand même !!!- nous pourrions considérer que la publication de cette étude à activé les défenses immunitaires du système industrialo-financier qui organise sa défense comme le ferait un organisme, en tentant de neutraliser l’intrus. Ce processus viral, que nous situons dans le prolongement des analyses faites par Jean Baudrillard (un incurable bavard comme Lemarchand) dans les années 80, agit comme un puissant révélateur de la nature de la structure sociale dans laquelle émerge le phénomène.Réflexion faite, Lemarchand aurait mieux fait de s’abstenir d’utiliser la métaphore, car il ne fait finalement qu’assimiler  GES à un agent infectieux. Pas sûr que celui-ci apprécie Elle dévoile l’existence d’une organisation très élaborée visant à interdire toute critique du « progrès technique » et à maintenir intacte l’idéologie qui sous-tend la production technique, source de profit pour le capitalisme financier. La crise générée nous éclaire au passage sur la nature de la « science » en question, convoquée tant par les forces « conservatrices » liées aux lobbies industriels et financiers – qui ont intérêt à ce que rien ne change -  que par les experts agissant au nom de l’intérêt général, comme Gilles-Eric Séralini. Mais bien sûr, d’un côté la science liée aux lobbies, de l’autre le chevalier blanc qui agit au nom de l’intérêt général : GES a fait don de sa personne à l’humanité. Et rien dans son attitude, ne pourrait évoquer une quelconque recherche de son intérêt personnel…  Lemarchand  nous prend vraiment pour des imbéciles.   Or, comme nous l’ont appris les philosophes, la science comme institution et comme imaginaire social telle qu'elle s'est émancipée avec les Lumières est un projet achevé. Nous sommes entrés dans l'ère de la technoscience, non plus heuristique mais opératoire, non plus théorique mais programmatique, et corolairement dans ce qu’Ulrich Beck a appelé la société du risque. Aux garanties et aux certitudes scientifiques ont succédé les menaces et les catastrophes technologiques. La curiosité et l'indépendance du savant ont cédé la place à l'aliénation au marché, au contrôle des lobbies. 

Au final, que retenir de cette longue et indigeste tirade ? Quel rapport entre la façon dont la majorité des scientifiques ont réagi à cette étude bidon et ce soliloque sur la technoscience « non plus heuristique mais opératoire » ( ???), sur  les menaces et les catastrophes technologiques (lesquelles, cher professeur ?)  , l’aliénation du savant ? En quoi démontre-t-il «  l’existence d’une organisation très élaborée visant à interdire toute critique du « progrès technique » » ? Tellement élaborée, à vrai dire, qu’il est incapable d’apporter la preuve de son existence. Bref, le crime était presque  parfait, mais c'était sans compter sur le sociologue extralucide…


On a ainsi pu constater au cours de la présente «crise» - étymologiquement moment de l’exercice du jugement ( ???) la partialité d’institutions incarnant « la Science » (les académies de Médecine, d'Agriculture, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire ont publié un avis sans avoir préalablement consulté leurs membres) - une commission a été nommée par les 6 académies, rien de plus banal dans ce genre d’affaire, encore faudrait il démontrer que le jugement rendu était partial- tout comme l’indéfectible mobilisation d’organisations telles que l’AFBV (Association française de biologie végétale, organisme de lobbying industriel présidée par M. Fellous) ou encore l’activisme de blogs tels que « Imposteurs » qui s’érige en défenseur de la « science » par des procédés diffamatoires utilisés par les sites intégristes politiques ou religieux, l’ensemble constituant un dispositif mu par une logique organisationnelle issue de l’expérience industrielle .Toute l’idiotie de la théorie du complot illustrée dans ces 3 misérables exemples : faire semblant de croire que les 6 académies , l’AFBV et Imposteurs agissent de manière concertée.  J’apprends donc que je suis au centre du complot international visant à déstabiliser GES et le CRIIGEN . Pas sûr que ma modestie y résiste. Nous apprenons que « l’ensemble [constitue] un dispositif mu par une logique organisationnelle issue de l’expérience industrielle » ,  une formule absconse qui permet de faire passer quelques idées grossières pour des réflexions savantes et profondes. 

 

Interroger la science "de l'intérieur", d'un point de vue épistémologique -tout le savoir  épistémologique de Lemarchand : d’un côté il y a les lobbies, de l’autre le bon GES uniquement soucieux de l’intérêt général… consiste à ne suffit donc plus, dans la mesure où celle-ci est déterminée de l'extérieur, depuis sa périphérie, par des appareils d’État ou des organisations financières. -Rappelons que l’état français s’est empressé de justifier le maintien du moratoire, quant aux organisations financières, j’ignorais qu’elles avaient joué un rôle dans le fait que GES perde son triple A… Il faut donc porter sur elle un regard politique et critique afin d'en saisir la véritable nature, une nature où se mêlent volonté de puissance, productivisme, fascination dogmatique pour la technique et passion de l'artifice. Nous savons désormais, comme l'avait écrit Habermas, que tout ce qui est techniquement possible sera réalisé, au risque d'y sacrifier la santé publique et ce qui reste de part habitable de notre monde sur l’autel du profit. La révolution biotechnologique nous met en demeure de réfléchir à nos valeurs, à nos attentes et à nos croyances, en nous engageant volens nolens dans un débat démocratique, à condition toutefois que des institutions puissent lui donner lieu. On reconnaît là la technique d’enfumage du bavard : « élever » le débat jusqu’à ce qu’on ne se souvienne plus de la question posée au départ.


La rupture du pacte prométhéen  rien que ça…

Elle révèle, ensuite, l’existence d’une profonde rupture, celle d’un divorce consommé entre la société – que l’on qualifie abusivement de « civile » bien malin qui pourrait expliquer ce qu’il a voulu dire par là, ce qui est certain par contre, c’est qu’assimiler les militants anti-OGM à la société est très abusif - et l’appareil technocratique et financier. Rappelons la véritable finalité des OGM, c’est-à-dire non pas la recherche d’une quelconque efficience agronomique, et encore moins la satisfaction d’objectifs humanitaires (lutter contre la faim dans le monde) car il s’agit précisément du contraire : on notera la grande maîtrise de Lemarchand dans l’art de la démonstration : « ça n’est pas ça car c’est précisément le contraire » faire main basse sur le premier marché mondial devant l’armement ou l’automobile, celui de l’alimentation.  Par le simple fait de vouloir s’approprier, par l’intermédiaire de brevets sur le vivant, les bénéfices d’un travail produit gratuitement par la naturecomme le rappelle inlassablement J.-P. Berlan, Directeur de recherche à l’INRA, le système technique et financier entend contraindre tout agriculteur – quoi que solvable de préférence – qui entend tirer les fruits de la nature à partager son bénéfice, pour ne pas dire à lui en extorquer la plus grande part . les semences ne représentent  que 2,7 milliards de chiffre d’affaires en France (2), à comparer  aux 139 milliards que représente le marché de l’alimentation (3).  Il serait au passage utile de comparer la part du gâteau  des semenciers et celle des sponsors du CRIIGEN, tels que CARREFOUR et AUCHAN.   Le philistin s’émerveille forcément devant « le travail produit gratuitement par la nature », oubliant celui de l’agriculteur et du sélectionneur. Inutile pour lui de s’interroger sur le fait que l’immense majorité des agriculteurs choisissent d’être dépendants des semenciers, plutôt que de ressemer leur propres graines. Pour le plaisir de se faire spolier, peut-être ? Jeremy Rifkin, Président de la Foundation on economic trends, rappelait récemment que 84% de la productivité mondiale provient de la photosynthèse (à laquelle nous devons les énergies fossiles, etc.) et le reste seulement au capital.  Ou comment se pâmer devant des chiffres qui ne veulent en fait rien dire. S’ils valaient dire quelque chose, il faudrait en effet en déduire que la société a à peine progressé depuis l’époque des chasseurs cueilleurs !  A quoi attribuer l’essor prodigieux des rendements céréaliers depuis les années 50 (4)? A une variation soudaine de l’activité solaire ? 


Or, les biotechnologies végétales réelles, celle qui poussent dans les champs, donnent de bien piètre résultats face aux promesses affichées : productivité et rendement stagnent, problèmes sanitaires dus à la mutation des insectes prédateurs et hybridation avec d’autres espèces naturelles, sans compter l’accélération de l’appauvrissement de la biodiversité lié à la monoculture… Incontestablement, Lemarchand est très doué en matière de copier/coller.   ce qui a causé de nombreux procès aux Etats-Unis et une situation de quasi-moratoire dans la majeure partie des pays européens. Quel culot de prétendre que les moratoires en Europe seraient liés à des promesses non tenues des OGM !  C’est de ce point de vue que cette étude est « de trop » pour le lobby biotechnologique, surgissant au moment où les promoteurs de produits transgéniques en ont le moins besoin, pris entre les contraintes techniques liées au temps incompressible que nécessite l’élaboration de nouvelles variétés à mettre sur le marché (leur durée de vie au catalogue des semences étant, comme pour tout produit de consommation,  relativement brève et chaque interdiction nécessite de nouveaux investissements), et une opposition sociale et politique tenace, du moins en Europe, laquelle constitue le deuxième marché solvable après les Etats-Unis, soit 13 milliards de dollars au niveau mondial en 2011. Tiens d’où sort ce chiffre ?


Michel Foucault avait intitulé un de ses derniers cours Il faut défendre la société, questionnant la mutation du pouvoir souverain en « biopouvoir », un pouvoir par la manipulation et la stimulation de la vie ( ???). Ce que refuse et anticipe, d’une certaine manière, la société civile dans sa diversité, c’est précisément la perspective d’une confiscation plus accrue des moyens de se nourrir comme bien commun et d’une hypothèque sur la santé comme bien commun également, à travers la question de l’évaluation sanitaire des produits actuellement commercialisés. Si défendre la société signifie à la fois se donner les moyens d’exercer un pouvoir politique susceptible d’endiguer les intérêts économiques (c’est le sens de la demande d’expertise indépendante) et être capable de se reconnaître dans cette forme du pouvoir, alors les rats du Professeur Séralini peuvent apparaître des signaux d’alerte en même temps que les porte-voix malheureux de cette parole de résistance diffuse. Nous y voilà ! Il est courant dans certains milieux des sciences humaines de recourir à ce genre de rhétorique détestable.  Les rats ont enfin parlé. Ils ont exprimé « une parole de résistance diffuse ». Les rats nourris aux OGM sont-ils vraiment malades ? Peu importe , ils « clament » notre inquiétude et ils sont même porteurs d’un message politique de résistance !  En tant que « froid rationaliste » , je pense que des rats morts sous les mauvais traitements de l’équipe de GES n’ont pas grand chose à dire, et que les voix que l’on entend sont plutôt celles des ventriloques qui les agitent sous notre nez.

On attend de l’équipe du CRIIGEN qu’elle confirme l’aveu de Lemarchand : le but n’était pas de faire une étude toxicologique, même en dilettante, mais de faire de la propagande.

Anton Suwalki

Épilogue : certains lecteurs s’amuseront avec moi d’avoir découvert que le blog Imposteurs était au centre du « complot ». Nous les laissons juges de l’appréciation de F Lemarchand : « qui s’érige en défenseur de la « science » par des procédés diffamatoires utilisés par les sites intégristes politiques ou religieux ».

Cette vindicte particulière pourrait s’expliquer par le fait qu’un article du blog relatant une précédente péroraison du sociologue figure en très bonne place sur les moteurs de recherche : 

http://imposteurs.over-blog.com/article-frederick-lemarchand-ou-la-misere-de-la-sociologie-au-service-du-criigen-45200330.html

 

 


 

Sources :

   http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/recherche-innovation/recherche/221159591/disent-rats-professeur-seralini?xtor=EPR-1500-[NL_meilleurs_articles_hebdo]-20121129-[recherche_innovation]

http://www.sutralis.com/food-&-Drink-fr

http://www.ufs-semenciers.org/quisommesnous/Lists/pages/chiffrescles.aspx

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/recherche-innovation/recherche/221159591/disent-rats-professeur-seralini?xtor=EPR-1500-[NL_meilleurs_articles_hebdo]-20121129-[recherche_innovation]

http://www.gnis.fr/index/action/page/id/794/title/Plus-de-rendement-plus-de-qualite

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 11:14

J’ai été destinataire voici quelques jours d’une un mail censé m’informer d’un énorme scandale, mail anonyme (1) , dont le corps du texte était précédé d’un commentaire familier : « Si tu n'étais pas au courant, tu vas certainement apprécier !!!!!!!! ». Je faisais en fait partie d’une liste de destinataires masqués. Voilà des manières qui m’incitent en général à la vigileance, plutôt que de plonger tête baissée. Vérification faite, il s’agit d’un d’un hoax qui innonde la toile depuis plus d’un an, recopié sans réfléchir par mon expéditeur pour alimenter une chaine de messages, et qui illustre à merveille le mésusage dramatique que beaucoup de gens font d’Internet. Esprit critique, où es-tu?

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 La diatribe commence ainsi :

« 50 000 retraités Centennaires (sic) en Algérie  !! à qui l’on verse une retraite depuis des décennies... C’est un SCANDALE !!!  Que font nos hommes politiques ? la CNAV ? et les fonctionnaires concernés ? voilà des milliards à récupérer et à ne plus verser...au lieu de les prendre aux Français qui n’ont pas beaucoup d’Euros. (souligné par moi) »      

        

L’auteur trahit d’emblée son véritable objectif, même si on peut évidemment tiquer sur le nombre faramineux de centenaires algériens annoncé. Car bien entendu, si les français « n’ont pas beaucoup d’euros », il est bien connu que les algériens roulent sur l’or. Si l’ambiguité était encore de mise, elle est levée par le jeu de mots débile qui conclut cette  introduction : «Et on va diminuer [nos retraites] pour continuer à payer les leurs ! J' Allah- ucine !!!!!!  (re-sic !)». On se dit là  que l’obsession de l’auteur porte sur toute autre chose que la bonne gestion de la sécurité sociale.  

 

Commençons à rappeler, tant pis pour ceux à qui cela donnerait de l’urticaire, que le droit à percevoir une retraite n’est pas une question de nationalité, mais dépend du fait d’avoir cotisé en France à l’assurance vieillesse. Les algériens qui ont travaillé et cotisé en France ont donc les mêmes droits que les français, centenaires ou pas. Ensuite, même s’il y avait effectivement 50 000 centenaires algériens à qui l’on versait des retraites indues, ça ne ferait pas « des milliards » à récupérer. Même pas un milliard, d'ailleurs.

 

Mais d’où viennent ces 50.000 centenaires à qui la CNAV continuerait à verser une pension ? Sachant que la France compte quelque 15.000 centenaires (2) pour 63 millions d’habitants, que l’Algérie compte  37 millions d’habitants dont l’espérance de vie est nettement plus faible (73 ans (3)) qu’en France, on serait en présence d’une fraude d’une ampleur considérable si c’était vrai . Même en imaginant la gestion infiniment laxiste de la CNAV, on peine à croire qu’elle verserait les yeux fermés une pension à 50.000 centenaires algériens. Il existe, dans tous les organismes,  de droit public ou privé, des systèmes de contrôle de fichiers pour identifier des zones géographiques ou des sources de fraudes possibles, par le biais d’anomalies statistiques.

 

C’est pourtant ce que nous affirme le hoax : « Savez-vous que l’on vit plus vieux en Algérie (150 ans) que partout ailleurs dans le monde ? C’est l’intéressante découverte faite par la Cour des comptes qui, en épluchant les comptes de la CNAV (caisse nationale d’assurances vieillesse), l’organisme qui paye les retraites a constaté que le nombre de retraités centenaires algériens (plus de 50.000) était particulièrement important. Ce nombre est même très très supérieur au total des centenaires recensés par l’état-civil en Algérie. Rolande Ruellan, présidente de la 6e chambre de la Cour des comptes qui a présenté le 9 juillet dernier (4) un rapport sur la fraude sociale devant une commission parlementaire reconnait le problème (document que chacun peut consulter pour vérifier cette info) ».

   

Comme c’est le cas dans beaucoup de rumeurs circulant sur la toile, le falsificateur, pas forcément très malin, se sent obligé pour faire sérieux de citer des sources fiables « que chacun peut vérifier », pariant peut-être sur le fait que tous ceux que cette « alah-ucination » confortent dans leurs préjugés xénophobes n’iront pas vérifier.  Pari malheureusement réussi, si on se fie au nombre de fois que ce texte a été recopié. L’auteur en toute impunité se sent obligé d’en rajouter : « [on vit plus vieux en Algérie] (150 ans) » , sous-entendant que des algériens profiteraient du système en ne déclarant pas des décès pendant 3 ou 4 générations.    

 

 

Jamais, ni dans le rapport de la cour de comptes invoqué ici, ni dans la communication à l’Assemblée nationale, il n’est question de 50.000 faux centenaires en Algérie, et encore moins de faux-retraités de 150 ans. Dans ce rapport, certes peu élogieux pour la gestion de la CNAV, la question des fraudes à l’assurance vieillesse n’occupe qu’une place restreinte, et dans l’audition de Mme Ruellan, celle-ci se contente de remarquer  que « notre rapport cite par exemple l’étonnante longévité des ressortissants algériens bénéficiant d’une retraite française en Algérie: le nombre de pensionnés centenaires, selon les chiffres de la direction de la sécurité sociale, serait supérieur au nombre de centenaires recensés par le système statistique algérien » (6) .  Notons que le faux commence par une modification presque anodine d’une citation :un conditionnel remplacé par  un présent, « supérieur » remplacé par « très très supérieur ». Puis, on ajoute des chiffres astronomiques sortis de l’imagination du faussaire. 

 

On peut concevoir que ce type de fraude (des décès non déclarés pour continuer à toucher une pension de retraite) est plus fréquente, car moins facilement contrôlable, pour des personnes à l’étranger que pour des résidents en France. Et les interrogations formulées par Mme Ruellan concernant l’Algérie ne reposent pas sur rien. La Cour des Comptes a en effet observé « que les pensionnés nés en Algérie meurent plus vieux que ceux des autres pays de l’échantillon (7) (à l’exception de la France elle-même), sans que ni l’âge de la population pensionnée  ni sa structure par âge puisse l’expliquer, au contraire ». Une table de comparaison des espérance de vie selon les données de l’OMS et celle de la CNAV confirme ces écarts importants, pour l’Algérie notamment. D’autre part des cas de fraude ont effectivment été documentés en …2007 : 8 faux actes d’état civils pour 111 domiciliés à Merouana, dans l’Est de l’Algérie. Difficile sur cette base d’extrapoler le nombre de faux centenaires pensionnés en Algérie. Mais au fait, combien de centenaires tout court ?

 

Pascale Robakowski, l’agent comptable de la Cnav, en révèle quelques mois après le rapport de la Cour des Comptes le nombre : il y avait en 2010, 539 centenaires algériens pensionnés sur un total de 440 000 pensionnés. Un chiffre confirmé un peu plus tard par le directeur de la CNAV (9), estimant qu’ « on ne peut pas dire qu'il y ait une fraude majeure aux retraites en Algérie ».

 

Autrement dit, même si les 539 correspondaient tous à de faux centenaires, cela serait tout de même près de 100 fois moins que le chiffre inventé par ceux qui ont fabriqué le hoax ! Et quoi qu’il en soit, le renforcement justifié de la prévention de ce genre de fraudes ne suffirait pas, loin s’en faut, à résoudre les problèmes des retraites.

 

Il ne s’agit pas ici d’établir une hiérarchie dans la gravité des fraudes, mais d’essayer comme pour toutes les rumeurs colportées sur la toile, d’appeler les gens à vérifier ce qu’ils lisent, à ne pas répercuter n’importe quoi dès lors que cela désigne un coupable qui a la gueule de l’emploi , surtout quand on a la prétention de « ne pas être dupe » . En l’occurrence, c’est surtout celui ou ceux qui ont concocté ce fake qui « vous prennent pour des imbéciles ». Tâchez donc de leur donner tort , pour une fois.

 

Malheureusement, quelle que soit le sujet de la rumeur, OGM, attentats du 11 Septembre, faux-centenaires algériens… l’idéologie et la passion du bouc-émissaire l’emportent trop souvent sur les faits et sur les appels à l’usage de l’esprit critique.

 

Anton Suwalki

 

 

 


 

  

 

du moins portant une signature féminine fantaisite et que je ne peux relier à aucune personne que je connais.

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1319

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=DZA&codeTheme=3&codeStat=SP.DYN.LE00.IN

Rapport qui, soit dit en passant, date de plus de 2 ans, et dont des conclusions falsifiées continuent à alimenter le « scandale » …. 

http://www.assemblee-nationale.fr/13/budget/mecss/communication_avril_2010.pdf

http://www.assemblee-nationale.fr/13/budget/mecss/communication_avril_2010.pdf

 (6) http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/cr-mecss/09-10/c0910015.pdf

(7)France, Espagne, Maroc, Portugal, Tunisie

(8) http://www.rue89.com/hoax/2011/02/10/la-cour-des-comptes-voit-un-peu-trop-dalgeriens-immortels-189367

(9) http://archives.lesechos.fr/archives/2011/LesEchos/20951-23-ECH.htm

 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 17:09

C’est une leçon amère pour moi : il est impossible de contrôler le devenir d’un canular publié sur Internet, et cela peut avoir des conséquences exactement inverses aux but recherchés.Par exemple, on peut à travers un canular inviter les lecteurs à faire preuve d’esprit critique, à réfléchir avant de rediffuser des informations non vérifiées, ou tout simplement chercher à amuser les lecteurs en pariant qu’ils sauront faire la part des choses, comme c’était le but recherché ici.  La preuve est faite que ce pari est très risqué.

 

Ce hoax (voir ci-dessous) me semblait tellement gros que je n’avais pas jugé utile de le faire précéder d’un message d’avertissement « Attention : ce qui suit est une grossière blague de ma part ! », d’autant plus que c’était publié un 1er avril, et dans la rubrique Détente et nouvelles insolites. Compte-tenu de l’invraisemblance du « scoop », ces précautions me paraissaient amplement suffisantes.

 

 Si les lecteurs assidus d’Imposteurs ne s’y sont pas trompés, contre toute attente, il y a eu des gens, qui tapant sur Google « Union rationaliste » , sont tombés rapidement sur le lien vers le hoax « Une célèbre astrologue(1) adhère à l’Union rationaliste », et  y ont crû !!!


         Moi qui comptait simplement divertir les lecteurs avec cette invraisemblable histoire d’une astrologue qui reconnaît l’imposture de sa discipline, renonce à son fond de commerce pour s’engager auprès d’une association qui combat les pseudosciences, je n’aurai jamais imaginé qu’on puisse prendre cela au pied de la lettre. C’est pourtant bien ce qui est arrivé. Avec des conséquences fâcheuses qui motivent cette mise au point.

        

        

         Pour essayer de réparer au mieux les conséquences bien involontaires de cette farce, le texte d’origine sera supprimé et le lien renverra vers cette mise au point. L’équipe de Hoaxbuster sera également prévenue.

         Avec mes excuses sincères à l’U.R.

 

Anton Suwalki

          

Nos lecteurs comprendront facilement pourquoi le nom de celle-ci a été « censuré » dans la présente mise au point, compte tenu de ce qui précède.

      (2) les autres collusions supposées sont tout aussi abracadabrantes, elles ont été « censurées » pour les mêmes raisons

 

Le canular 

Une célèbre astrologue(1) adhère à l’Union rationaliste

C'est une nouvelle sensationnelle qui fera pourtant beaucoup moins de bruit dans la presse people que la thèse de « sociologie » obtenue en 2001 par une célèbre astrologue

 

Dans  un communiqué de l’AFP du 01/04/2010 à 00h01, nous apprenons que la célèbre astrologue a définitivement relégué sa discipline au rang des « pires anachronismes et fumisteries pseudo-scientifiques » (selon ses propres termes), et tiré un trait sur sa regrettable carrière.

 

Selon cette célèbre astrologue, c’est dès la fin des années 80 qu’elle a commencé à avoir des états d’âme . Elle a peu à peu réalisé l’inanité de l’astrologie qui prétend prédire le destin d’individus par l’observation des astres. C’est en 1996, découvrant le brillant canular d’Alan Sokal, qu’elle décide de mettre fin au commerce de la crédulité auquel elle s’adonne depuis plus de 20 ans. 

 

Pourtant, et c’est là la preuve d’une grande préoccupation éthique de l’ex-astrologue, elle s’interroge dès lors sur les possibles effets psychologiques collatéraux de révéler trop abruptement à tous ceux qu’elle a embobinés que toutes ses prédictions n’étaient que sornettes : elle décide subtilement , tout en continuant à fanfaronner publiquement sur la noblesse de sa « science », de travailler secrètement à en saper la crédibilité.

 

C’est tout le sens de sa fameuse thèse de sociologie, directement inspirée du canular sokalien.  « Mon but était, au-delà de la démystification de l’astrologie, d’attirer l’attention sur l’inquiétante perméabilité d’une certaine frange des sciences sociales au n’importe quoi (..) Les vives réactions de l’AFIS, les analyses décapantes du professeur Henri Broch pour qui j'avoue ma grande admiration, et les nombreuses protestations parmi les sociologues m’ont convaincue que j’avais au moins en partie atteint mon but ».

 

Il est désormais temps pour cette célèbre astrologue de jeter publiquement le voile. Cette adhésion à l’Union rationaliste, d’une valeur hautement symbolique, est aussi pour elle le moyen d’indiquer au grand public la force de ses engagements et de ses activités futures. Elle participera notamment à une série de conférences pour dénoncer l’astrologie. Elle entend aussi défendre jusqu’au bout et de manière intransigeante une des valeurs essentielles de l’UR : la laïcité, « qui signifie, au-delà de la seule question de la religion, s’opposer à toute intrusion des pseudosciences à l’école et notamment dans les manuels scolaires ».

 

Enfin, avec un certain nombre de ses collègues « repentis », elle compte mettre en place un fonds destiné à l’indemnisation des victimes des pseudosciences.

Un beau programme en perspective !

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 13:27

 

ampouleVous avez peut-être regardé en début d’année sur Arte le documentaire « Prêt à jeter ». En voici la présentation sur le site de la chaine :

 

« Un produit usé = un produit vendu ! Dans les années 1920, des industriels américains ont trouvé la formule magique pour soutenir la consommation : l’obsolescence programmée. Fini les bas en nylon qui résistent à tout et les ampoules qui durent cent ans, un bon produit est un produit jetable. Tourné aux quatre coins du monde, Prêt à Jeter est une enquête sur les bases de notre économie moderne - consommation, gaspillage et pollution ». (1)

 

Peu de nos lecteurs s’étonneront que ce qu’on appelle paradoxalement « la critique », ait tressé des lauriers à Cosima Dannoritzer, la réalisatrice.  Ce film, bâti sur la théorie du complot, qui commence sur l’image ridicule de l’ampoule centenaire et se termine par les commentaires du décroissant Serge Latouche, ne déroge pas aux règles du politiquement correct. On nous vend donc l’histoire douteuse d’un diabolique cartel, précurseur en la matière,  qui aurait obligé à réduire la durée de vie des ampoules. Par contre, les gabegies programmées par le Grenelle de l’Environnement telles que le retrait programmé de ces ampoules à incandescence (2), ne sont pas évoquées ici  : cette prise en otage des consommateurs ,source de profits indus pour les industriels et la grande distribution, n’a-t-elle pas été négociée avec ceux-là mêmes qui dénoncent les gaspillages de la société de consommation ?

 

         Ayant trouvé une critique pertinente de ce documentaire (3), je m’abstiendrai donc d’en faire une recension détaillée. Il est assez évident que sauf cas documenté (4) qui relève alors de l’escroquerie commerciale, il n’y a pas d’obsolescence programmée, chose qui serait la plupart du temps techniquement mpossible à mettre en place. Il y a par contre pour beaucoup de produits un arbitrage entre longévité et coût de fabrication (et donc prix de vente), arbitrage auquel nous participons en tant que consommateurs.

 

         Je souhaitais ici revenir sur une déclinaison très populaire de la théorie de l’obsolescence programmée qui inonde les forums sur Internet (5): c’est l’idée que les produits fabriqués sont conçus pour durer juste un peu plus que la durée de leur garantie. Comme toujours dans ces cas là, nous sommes à la fois face à des témoignages probablement authentiques -« Mon grille-pain est tombé en panne 8 jours après la fin de sa garantie d’un an, comme par hasard… »-, et à un biais d’information : ceux dont le grille-pain continue à fonctionner 3 ans après sont moins enclins à venir témoigner.    

 

 

         Les industriels, personne ne songera à le contester, produisent pour le profit, et pas spécialement pour mettre à notre disposition des produits increvables. Toutefois, la solidité figure parmi les arguments de vente de certains produits , et cette solidité à un coût que le fabricant répercutera sur l’acheteur. D’où une gamme de produits de plus ou moins bonne qualité, mais aussi plus ou moins chers. D’autre part, le consommateur prend en compte d'autres critères que le seul rapport robustesse/prix. Il existe des chaussures « increvables » -et chères- , mais on  ne tient pas forcément à porter les mêmes chaussures toute sa vie… Dans le cas de produits hautement technologiques, c’est la vitesse du progrès qui les rend obsolètes, plus souvent que les pannes.

 

Beaucoup de produits manufacturés sont couverts par une garantie, même dans le plus bas de gamme : celle-ci est basée sur l’espérance de vie du produit, à peu près connue par le fabricant . La croyance que nous analysons suppose que cette espérance de vie est programmée par celui-ci pour juste dépasser la durée de la garantie. Nous envisagerons pour simplifier le cas d’une produit que l’on remplacerait purement et simplement en cas de défaillance, sans possibilité de changer une pièce.

 


         Dans le cas d’une obsolescence programmée, pour un produit garanti 3 ans (36 mois) , le fabricant ferait donc en sorte que la plupart des exemplaire tombent en panne les deux ou trois mois suivants. La distribution des pannes pourrait donc être représentée comme suit :

obszolesc.JPG

 

 

Très peu de produits (3%) sont défaillants jusqu’au 36ème mois, 40% tombent en panne juste après la fin de garantie (le 37ème mois), et 100% sont H.S au bout du 42ème mois. N’est-ce pas tout bénéfice pour le fabricant, qui n’honore le remplacement que pour 3% des produits, tandis que 97% des clients n’étant plus couverts par la garantie doivent racheter dans les 6 mois qui suivent, ce qui accélère bien sûr les ventes par rapport à une distribution des pannes non programmée et plus étalée dans le temps.

 

Il y a toutefois plusieurs hics à ce raisonnement séduisant. Le premier est bien sûr le coût pour la marque en termes d’image de marque, et plus directement, le risque très élevé que l’acheteur aille voir la concurrence. Mais même en faisant abstraction de cette très sérieuse objection, la plupart du temps, programmer l’obsolescence  de manière aussi précise est techniquement impossible, ne serait-ce que parce que l’usage que font les utilisateurs d’un produit n’est pas homogène : les garanties sont en général basées sur une durée unique (6). Mais par exemple, le risque de tomber en panne au bout de 3 ans pour une machine à laver n’est évidemment pas le même selon qu’on fait une lessive par semaine ou deux lessives par jour.

 


         Il parait donc raisonnable d’abandonner l’hypothèse d’une obsolescence programmée, et de considérer que le fabricant connait seulement la loi approximative de distribution des pannes , une loi dite « normale »,  comme dans l’exemple qui suit : 

proba-normale.JPG

 

 

L’espérance de vie du produit est ici de  36 mois. La plus forte fréquence mensuelle dse défaillances correspond aussi à ce 36ème mois (tuyaux d’orgue en gris), et la fréquence décroit de manière presque symétrique au fur et à mesure que l’on s’en éloigne. L’écart-type (ici, 12 mois), qui est la moyenne des écarts à la moyenne, mesure la dispersion de la distribution. Concrètement, cela aboutit dans cet exemple à ce que 70% des pannes interviennent entre le 24ème et le 48ème mois (36 + ou – 12). Cette dispersion est assez réaliste compte tenu des remarques faites précédemment.

 

Telle est donc la loi qui décrit approximativement la durée de vie d’un lot du même produit. Bien entendu, il est possible d’augmenter la durée de vie moyenne du produit  moyennant l’utilisation de composants plus solides mais à coûts plus élevés. La question est dans ce cas de savoir si le client sera prêt à payer plus cher.

 

         Mais concentrons-nous sur notre exemple, et demandons-nous quelle durée de garantie est compatible avec les exigences de rentabilité du fabricant. C’est la courbe de probabilité cumulée (en rouge) qui est déterminante ici. Elle nous indique le pourcentage de produits H.S depuis le début de leur utilisation.

 

         En supposant que marge unitaire réalisée par le fabricant est de 50% et que 1.000.000 d’exemplaires à ont été vendus. Chaque unité remplacée annule la marge d’une unité vendue.

 

Durée

Nombre de produits H.S pour 1 million d’exemplaires

1 mois

            472  

6 mois

         5 423  

12 mois

       23 520  

18 mois

       70 774  

24 mois

      167 335  

35 mois

481 835

36 mois

      515 080  

 

 

On s’aperçoit qu’il est impossible pour le fabricant de proposer une durée de garantie égale l’espérance de vie du produit (36 mois), car le nombre d’exemplaires à remplacer annulerait toute la marge réalisée sur le million d’exemplaires vendus.  Même avec une garantie de 24 mois , plus d’un tiers de la marge est perdue.

 

Moralité de l’histoire :  lorsqu’un fabricant propose une durée de garantie donnée, c’est très certainement parce que la durée de vie moyenne du produit est largement supérieure. A moins que la situation du marché lui permette des marges très élevées.

 


Le produit H. S « juste après la fin de la garantie » est un phénomène rare et non contrôlé par le fabricant, contrairement au mythe répandu.

            On pourrait par contre classer dans la catégorie des gaspillages les produits qui ne sont pas réparés mais remplacés par un neuf, même lorsqu’un seul composant est défaillant. Mais dans la plupart des cas, il s’agit de produits peu sophistiqués et de faible valeur pour lesquelles une réparation coûte plus cher que le remplacement. Que ceux qui veulent payer plus cher (au moins indirectement) un produit qu’ils peuvent avoir neuf lèvent la main…

 

Anton Suwalki

 


 

(1)http://www.arte.tv/fr/3714270.html

(2)http://www.legrenelle-environnement.fr/Convention-sur-le-retrait-de-la.html

(3) http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2011/03/07/1773-le-mythe-de-l-obsolescence-programmee

(4) ce qui pourrait être le cas dans l’exemple de l’imprimante disposant d’une puce qui bloque les impressions au bout d’un certain nombre de feuilles.

(5) Vous pouvez recenser des centaines de site qui propagent ce mythe. En voici un parmi tant d’autres :

http://vivremieux-ecologie.fr/pouvoir-dachat/

« Pour économiser un mois de salaire moyen (sic):

….4- Mettre fin à l’obsolescence programmée des produits, ces produits conçus pour tomber en panne juste après la fin de leur garantie » 

 (6) pas dans le cas des garanties automobiles, qui combinent souvent une durée avec un nombre maximum de kilomètres.

 

 

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 13:46

Le week-end dernier, des amis de passage m’ont affirmé  que Renault avait racheté le brevet d’un moteur à eau pour l’enterrer aussitôt. La première fois que j’ai été mis au parfum de ce « scandale » , c’était à la fin des années 70. A l’époque, et c’est la version qui circule encore le plus fréquemment sur le net, c’est l’industrie pétrolière qui avait enterré l’invention.

 

C’est un grand classique des légendes urbaines contemporaines, et la discussion que nous avons eu est quasiment exemplaire de la manière dont bien des gens peuvent gober à peu près n’importe quelle thèse, du moment qu’elle est séduisante. Ici, l’industrie pétrolière (et/ou automobile) protège forcément ses intérêts, et il est bien connu que ce sont des méchants. Donc cette affaire doit être vraie. Le coupable n’a laissé aucune trace sur les lieux du présumé crime, on n’a pas le cadavre, on n’a même pas d’avis de disparition de la présumée victime. Qu’importe , on a un mobile ! 

 

PV approximatif de la conversation, naturellement plus désordonnée dans la réalité. Je tiens à préciser que les personnes en question sont dotées d’une intelligence tout à fait normale.

 

1/ Je demande l’origine de leur information.

 

Il l’ont lu« quelque part ».

Sur le net ?

Affirmatif.  Néanmoins ils ne savent plus trop où.

 

2/ Suffit-il que quelque chose soit écrit sur le net pour que ça soit vrai ?

 

Réponse imparable : Parce que tu crois que les pétroliers n’ont pas intérêt à priver le monde d’une source d’énergie illimitée ?

On ne répond pas à la question, mais on inverse les rôles :

le sceptique devient le naïf, et le naïf , lui, se sent tout à coup terriblement lucide, et  ne se laisse pas impressionner par les exigences de preuves ou au minimum d’indices crédibles. Seuls comptent les intérêts tout puissants qui guident le monde. Le machiavélisme des grandes firmes suffit à rendre crédible absolument n’importe quoi.

 

3/ Tu parles de l’industrie du pétrole. Mais quel serait l’intérêt de Renault ? (NB dans d’autres versions qui circulent, c’est Ford qui aurait enterré le brevet. Mais qu’importe , si ça n’est lui, c’est donc son frère, la théorie du complot est l’ennemie de la précision).

 

La réponse est un peu confuse, mais en gros : il doit bien y avoir collusion quelque part entre industrie de l’automobile et industrie pétrolière.

 

4/ Pourquoi les constructeurs développent-ils alors des moteurs moins gourmands en carburant,  des voitures électriques etc… ?

 

A défaut de pouvoir résoudre cette contradiction, un ami m’embarque vers la fusion nucléaire, qui porterait un coup terrible aux pétroliers et aux gaziers.

 

Je rétorque que si ça n’existe pas encore, c’est parce que c’est très difficile à mettre au point, à et non pas à cause d’un quelconque sabotage. On n’en est qu’au début du stade expérimental, et très loin du stade industriel. Je lui parle des réacteurs Tokamak , d’ITER : Connais pas…Je lui mentionne que des physiciens de grande pointure ont exprimé des réserves sur la faisabilité de la fusion . Pierre-Gilles de Gennes ? Connais pas non plus. Mais pourquoi s’embarrasser d’une information minimale sur le sujet ? Là encore, des spéculations gratuites sur ceux qui ont intérêt à ce que ça ne marche pas suffisent.

 

5/ Tu as parlé d’un brevet acheté et enterré. Il devrait bien y avoir une trace quelque part de ce brevet ? Réflexe pavlovien imparable des complotistes :en substance,l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.


Cela pourrait s’expliquer par le fait que les malfaisants sont particulièrement habiles et machiavéliques et qu’ils ont réussi à rendre le crime parfait. Pour un peu, l’absence de preuve deviendrait la preuve ultime !

 

6/ Mais tout de même, on devrait bien avoir une petite idée du principe physique selon lequel fonctionnerait un tel moteur à eau ?

 

 Je ne sais pas, je ne suis pas physicien.

 

7/ Moi non plus, je ne suis pas physicien, mais je sais un minimum de choses, et le fait est que je n’ai jamais vu un début d’explication physique de votre fameux moteur à eau. Il y aurait bien des moteurs à hydrogène, dans ce cas là, la source d’énergie ne serait pas l’eau mais par exemple l’électricité utilisée pour séparer les atomes d’hydrogène et d’oxygène par électrolyse. Il y a aussi le système « Pantone », qui lui dispose bien d’un brevet, où l’eau ne se substitue pas à l’essence , mais qui a réellement été testé et qui est inefficace. A défaut de connaître une seule personne, fut-ce le professeur Shadoko, capable de fournir un début d’explication au principe d’un moteur utilisant l’eau comme source d’énergie, je considère donc qu’une telle invention n’a vraisemblablement jamais existé et que cette histoire de brevet enterré est une simple légende.

 

 

Fin  de la discussion. Je pense que mes arguments ont eu une certaine portée. Qu’ils doutent quand même, en fin de compte, de la réalité de cette histoire.

 

Au-delà de la légende du moteur à eau, cette discussion aurait porté ses fruits si elle avait abouti à un réel questionnement sur la façon d’appréhender l’information. Mais, là, je n’en suis pas tout à fait sûr.

 

Un peu plus tard, j’avais droit « aux semences stériles » de Monsanto.

 

Grosse fatigue…

 

Anton Suwalki 

 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 14:31

Samedi 2 juin 2012 - 15h

Amphithéâtre Tisserand - AgroParisTech

16 rue Claude Bernard, Paris 5ème

 

À l’occasion de son Assemblée générale qui se tiendra dans la matinée, l’AFIS propose ce 2 juin 2012 une conférence publique du Pr Jean-Marie Lehn (Prix Nobel de Chimie, Institut de Science et d’Ingénierie Supramoléculaires de l’Université de Strasbourg et membre du comité de parrainage scientifique de l’AFIS) intitulée " De la Matière à la Vie : Chimie ? Chimie ! ".

 

jmlehn

 

En guise d’introduction, le Pr André Aurengo (praticien hospitalier de biophysique et médecine nucléaire, Membre de l’Académie de Médecine et membre du comité de parrainage scientifique de l’AFIS) fera une intervention sur le thème "Les peurs aujourd’hui : de la chimie aux ondes, comment, pourquoi ?".

L’évolution de l’Univers a généré des formes de plus en plus complexes de la matière, jusqu’à la matière vivante et pensante, par autoorganisation. La matière animée tout comme la matière inanimée, les organismes vivants ainsi que les matériaux, sont formés de molécules et d’ensembles organisés résultant de l’interaction des molécules entre elles. La chimie établit le pont entre les molécules de la matière inanimée et les systèmes moléculaires hautement complexes qui constituent les organismes vivants. La chimie moléculaire a développé un ensemble de méthodes très puissantes pour la construction de molécules toujours plus sophistiquées. La chimie supramoléculaire se fixe comme but l’édification d’assemblées de molécules au moyen des interactions entre les partenaires. La formation spontanée d’architectures organisées repose sur la mise en œuvre d’information au niveau moléculaire, en une sorte de programmation moléculaire, qui établit ainsi un lien entre chimie et science de l’information. Elle constitue la base de la capacité d’auto-organisation qui a conduit de la matière à la vie. Le champ de la chimie est l’univers de toutes les espèces moléculaires et de toutes les transformations possibles de la matière. Celles effectivement réalisées dans la nature ne forment qu’un seul monde parmi tous les mondes possibles en attente d’être créés. Des considérations conceptuelles sur la chimie et la science en général seront présentées.

Conférence organisée par l’Association française pour l’information Scientifique, avec l’aimable collaboration d’AgroParisTech. Entrée libre. Rencontre filmée, y participer vaut acceptation d’être filmé.

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 16:16

Les chercheurs en sciences cognitives ont établi que certains comportements et certainement croyances irrationnelles sont fréquemment liés à une méconnaissance des lois du hasard et des probabilités. Cette méconnaissance se manifeste notamment au sujet d’évènements que l’on juge a priori très improbables, alors qu’ils sont au contraire très probables. 


 

 Illustration par les dates d’anniversaire

 

Réunissez les 15 personnes qui travaillent dans votre entreprise ou votre service et demandez à chacun sa date d’anniversaire : pour peu que 2 personnes soient nées le même jour, vous observerez certaines d’entre elles manifestez leur surprise . Quelle coïncidence !!! Bof… Spontanément, certains se disent : il y a 365 jours dans l’année, donc très peu de chances : 15/365 pour ceux qui fouillent un peu et qui s’aventureront à faire un calcul…faux. En réalité, il y a plus d’une chance sur 4 pour qu’au moins 2 personnes soient nées le même jour de l’année.

 

La démonstration (vous me passerez de faire l’impasse sur les années bissextiles) nécessite un petit détour

 

Prenons 2 personnes au hasard. Il y a 365 X 365 listes de dates possibles, c’est à dire de combinaisons de 2 dates de naissances prises parmi les 365 jours de l’année.

Le nombre de combinaisons de dates différentes est 365X364 (si une personne est né le jour j, l’autre personne peut être née tous les jours de l’année sauf j). La probabilité P que les 2 personnes soient nées à 2 dates différentes est égale à : (365X364)/ 3652 , soit environ 99,7%.

 

La probabilité que les 2 personnes soient nées le même jour (événement contraire du précédent) = 1-P , soit environ 0,3%.

 

Avec 3 personnes prises au hasard. Il y 365X365X365 () combinaisons de dates possibles. Le nombre de combinaison de dates différentes est 365X364X363. La probabilité P que les 3 personnes soient nées à des dates différentes est égale à : (365X364X363)/ 3653, soit environ 99,2%. La probabilité qu’au moins 2 personnes soient nées le même jour (événement contraire du précédent) = 1-P , soit environ 0,8%.

 

Généralisation à n personnes prises au hasard : Il y 365n combinaisons de dates possibles. Le nombre de combinaison de dates différentes est 365X364X363X….x (365-n+1) La probabilité P que les n personnes soient nées à des dates différentes est égale à : (365X364X363X…X(365-n+1))/ 365n , soit environ 99,2%, et La probabilité qu’au moins 2 personnes soient nées le même jour (évé3653nement contraire du précédent) = 1-P . Cette probabilité 1-P d’avoir au moins 2 personnes est donc fortement croissante avec n. Pour 10 personnes prises au hasard, la coïncidence n’a vraiment rien d’extraordinaire , contrairement à ce que suggère l’intuition : la probabilité d’un tel événement est de 11,7%. Elle est de 25,3% pour 15 personnes (plus d’une chance sur 4), et on dépasse une chance sur 2 ( 50,7%) dès qu’on réunit 23 personnes.

 

 Si on voulait être totalement rigoureux, il faudrait pondérer la probabilité affectée à chaque jour en tenant compte du fait que la distribution des naissances n’est pas uniforme au cours de l’année, compte tenu de la saisonnalité. On constate par exemple un pic des naissances en Septembre depuis une décennie en France. A l’inverse, on s’abstiendra d’intégrer les prétendues influences du calendrier lunaire sur les naissances , croyance encore répandue (y compris dans le milieu hospitalier) en dépit des démentis des statisticiens . une psychiatre hospitalière que je connais partage cette croyance avec des personnes travaillant en maternité. Comme je m’y attendais, cette conviction de l’influence de la lune ne se base même pas sur une consultation rapide des registres, mais sur tel ou tel souvenir sélectif qui conforte la croyance : « Tel jour, il y a eu deux fois plus de naissances et c’était la pleine lune. »


 

Les probabilités calculées ci-dessus ne sont donc pas exactes, mais assez proches de la réalité. C’est un exemple parmi mille autres possibles pour illustrer qu’avec un peu de réflexion et de méthode, on peut gagner en discernement et en rationalité, éviter de voir des coïncidences extraordinaires là il n’y en a pas. Mais tous ces biais de cognition et les superstitions qu’ils alimentent ne contribuent-ils pas au charme des individus, à mettre un peu de poésie dans ce monde , objecteront certains ? On peut au minimum rétorquer que cela peut avoir pour conséquence des comportements inappropriés , aux conséquences graves et quelquefois destructrices, pour soi ou pour autrui.

 

 Nous évoquerons l’exemple du jeu pathologique (*).

 

Depuis quelques années, des chercheurs en psychologie ont mis en évidence les « modèles cognitifs » qui maintiennent les comportements de jeu excessifs malgré leurs conséquences financières et sociales désastreuses. Les personnes présentant une addiction au jeu sont victimes de nombreuses erreurs de raisonnement et de superstitions. Cela consiste par exemple, quand on joue à la machine à sous, à avoir tant de pièces dans la main, à choisir un emplacement spécifique, à choisir telle couleur de machine, ou avoir un objet porte-bonheur dans la poche etc… De nombreux gestes témoignent de l’illusion de contrôle sur des évènements totalement aléatoires, et lorsqu’ils gagnent, les joueurs ont tendance à attribuer le gain non pas au hasard mais à un élément extérieur. Par ailleurs, l’illusion du contrôle serait fortement lié à la perception de la chance comme une caractéristique personnelle. Il a été aussi démontré que presque tous les joueurs (et pour tous les jeux de hasard) ignorent le principe d’indépendance , c’est-à-dire qu’ils pensent que le résultat d’un tirage dépend des résultats des tirages précédents.

 

Tant les casinos, que les jeux en ligne , ou la Française des jeux (et donc derrière elle l’État) misent largement (et avec succès) sur la crédulité et les superstitions des joueurs, comme en témoignent les numéros fétiches, les tickets à gratter frappés sur l’« horoscope » , les super-cagnottes les vendredis 13 etc. Le petit message « attention, jouer comporte des risques » a-t-il vraiment pour objectif d’avertir et de responsabiliser les joueurs, ou bien de déresponsabiliser ceux qui vivent de leurs faiblesses ? Par contre des thérapies brèves, fondées sur la correction de la perception du hasard et de la chance chez des patients diagnostiqués comme joueurs excessifs, ont produit des résultats très satisfaisants.

 

 Anton Suwałki

 

- (*) Pour une introduction à ce sujet, lire Jeux d’argent et psycho-logique, Loïc Lor, Science et pseudo-sciences n° 297.

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 07:00

Si «un livre qui s'ouvre sur une préface du philosophe Jacques Bouveresse ne peut pas être fondamentalement mauvais », un livre dont Yann fait l’éloge est très certainement à lire. Je vous invite à découvrir sa note de lecture : 

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/270711/la-terre-les-monotheismes-et-la-science

 

Les commentaires sont les bienvenus…

 

Anton Suwalki

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 18:00

Comme nous l’annoncions récemment, le numéro hors série de la revue SPS consacré aux attentats vient de paraître.

couv296

 

Éditorial : L’imposture est dans la rumeur p. 1

 

Introduction p. 2


« Oussama Ben Laden n’est pas responsable du 11 septembre… »

« Un missile a été envoyé́ sur le Pentagone… »

« Les tours jumelles ont été́ démolies à l’explosif… »

 

Qui n’a pas un jour entendu ces théories du complot à propos du 11 septembre ? Avec la mort d’Oussama Ben Laden et le dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui approche, les théories du complot sur ces événements repartent de plus belle. Les partisans de ces thèses alternatives assaillent le net : les forums et les commentaires sous les articles sont envahis de messages arguant de prétendues « preuves scientifiques »…

 

Or, il n’en est rien. Aucune des conclusions fournies par les enquêtes techniques (et nous ne parlerons ici que d’enquêtes techniques) n’a pu être remise en cause de manière sérieuse, rationnelle et scientifique.

 

L’AFIS s’est entourée des plus grands experts français (professeurs d’université́, responsables de centres de recherche, etc.), chacun dans leur domaine de compétence, pour proposer une vulgarisation des résultats scientifiques fournis après souvent de très longues enquêtes.


Vérité et plausibilité (Jean Bricmont) p. 6

 

Les théories conspirationnistes autour du 11 septembre (Phil Molé) p. 7

 

Comment assure-t-on la sécurité des constructions ? (Denys Breysse) p. 17

 

Les effets du feu (Pierre Carlotti), p. 26

 

L’effondrement des Twin-Towers (entretien avec Matthys Levy) p. 33

 

Vous avez dit démolition contrôlée ? (entretien avec Jean-Pierre Muzeau) p. 38

 

L’effondrement de la tour 7 (Joël Kruppa et Bin Zhao) p. 42

 

Affabulation autour des débris métalliques (entretien avec Michel Brillich) p. 50

 

Pas d’avion sur le Pentagone ? (Jérôme Quirant) p. 54

 

Quelques considérations aéronautiques… (entretiien avec Jean Belotti) p. 58

 

La chimie à la rescousse (Emeric Steng) p. 62

 

Quand la sismique se met en branle… (Jérôme Quirant) p. 71

 

Des statistiques molestées en plein Web par les truthers (entretien avec Nicolas Gauvrit) p. 76

 

« 9/11 Truth Movement » entre politique et science (Valery Rasplus) p. 81

 

Comment fonctionnent les rumeurs (Gérald Bronner) p. 87

 

Si j’étais la CIA attaquant les tours jumelles (Nicolas Gauvrit) p. 94

 


Ce numéro hors-série a été coordonné par Jérôme Quirant, assisté́ de Nicolas Gauvrit.

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 22:09

978-2-915312-20-1

« Les attentats du 11 septembre 2001 ne pouvaient occasionner les dégâts observés… les tours jumelles du World Trade Center à New York ne devaient pas s'effondrer suite aux seuls crashs des deux premiers avions et des incendies consécutifs… le troisième avion (vol 77) n'a pas pu s'écraser avec si peu de conséquences sur le Pentagone… le quatrième aéronef (vol 93) s'est volatilisé… » . Voilà ce que pronent les théories du complot à propos des attentats du 11 septembre 2001.

 

En 70 pages et avec beaucoup d’efficacité , Jérôme Quirant, maître de conférences, spécialiste en calcul de structures, expose dans un premier chapitre les conclusions des scientifiques concernant les attentats du 11 Septembre .

 

Il réfute ensuite une par une les principales hypothèses alternatives des « truthers », c’est-à-dire ceux qui, 10 ans après les attentats et en dépit du consensus scientifique, continuent à croire à une effroyable manipulation montée par les dirigeants américains en vue de justifier leurs interventions militaires anti-terroristes futures.  

 

De manière très concise, l’auteur met en évidence le caractère dérisoire des arguments des truthers qui se sont autoproclamés spécialistes contre les spécialistes qui , eux, publient dûment leurs analyses dans des revues scientifiques de haut niveau. Ironiquement, certains calculs « savants » des truthers eux-mêmes devraient aboutir à la conclusion exactement inverse de celle qu’il tirent, par exemple sur la démolition contrôlée des tours du WTC. 

 

Un petit ouvrage fort utile, non pas pour les truthers eux-mêmes, qui ne capituleront jamais devant aucune réfutation rationnelle de leurs arguments, mais pour les personnes censées peu au courant du dossier qui veulent s’en informer sans tomber dans le piège des rumeurs qui pullulent sur Internet. Ils pourront ensuite approfondir le sujet en se reportant au site de l’auteur :

http://www.bastison.net/

 

Pourquoi ces théories du complot, en dépit de leurs contradictions, de l’absurdité parfois de certaines hypothèses, ont-elles connu un tel succès ? Jérôme Quirant apporte quelques éléments de réponse à cette question.  Il y a bien sûr la crédulité humaine mais aussi, pour certains, des arrière-pensées idéologiques et/ou politiques qui rendent ces théories du complot indispensables à la construction de leur doctrine. Il y aussi l’efficacité des « effets » de la zététique (1) dont les théories du complot usent et abusent, comme c’est le cas dans toutes les pseudosciences. 

 

Autre bonne nouvelle que la sortie de ce livre : la parution en juin d’un hors-série de la revue Science et pseudo-sciences : Dix ans après les attentats du 11 septembre, la rumeur confrontée à la sciences (2).

 

Anton Suwałki

 


 

 

 

(*)  http://www.book-e-book.com/index.asp?sessionID=450817243&fx=2&p_id=149

(1)  http://www.unice.fr/zetetique/enseignement.html

(2)  http://www.bastison.net/Graphique/Images0/Couverture_296.jpg

 


 

 

 

      Articles évoquant le 11 Septembre sur Imposteurs :

 

http://imposteurs.over-blog.com/article-22687281.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-22893104.html

 

(on lira avec intérêt le déluge des commentaires des truthers  postés sur ces articles)

 

Articles déjà parus dans SPS :

 

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article786

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1327

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1379

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 17:20

Un article de  Nicolas Gauvrit

Comme souvent quand un article sur un phénomène paranormal arrive à se frayer un chemin jusqu’à une revue scientifique reconnue, l’annonce de la publication prochaine du psychologue Daryl Bem [1] a fait grand bruit dans la presse internationale. Le New-York Times en parlait par exemple dans son édition du 10 janvier 2011.

Il faut dire que l’article du chercheur de la prestigieuse Cornell University semble révolutionnaire, si l’on se réfère aux comptes rendus approximatifs ou raccourcis de la presse et de divers sites [2]. Cet imposant article expose une série de neuf expériences qui, nous dit l’auteur, prouvent chacune un aspect de la précognition, c’est-à-dire de la connaissance implicite du futur. Pour cela, Bem inverse dans le temps des expériences classiques de psychologie. Il prétend que des effets connus, comme par exemple le priming (facilitation à reconnaître un stimulus qui a été présenté de manière subliminale juste avant la phase de reconnaissance), sont également vrais à rebours, la présentation facilitant la reconnaissance étant en l’occurrence présentée après la reconnaissance.

Les raisons qui ont poussé le célèbre Journal of Personality and Social Psychology à accepter ce manuscrit resteront sans doute mystérieuses (peut-être l’effet d’une précognition de buzz ?). En privé, le seul éditeur de la revue que nous ayons contacté déplore ce choix [3], qui ne peut pas être seulement dû, comme nous allons le voir, à la rigueur scientifique du texte. D’ailleurs, si l’article de Bem ne paraîtra que dans quelques mois, la revue a déjà accepté une réponse critique de Wagenmakers et ses collègues, qui montrent l’ineptie des statistiques développées dans le papier de Bem.

La lecture attentive de l’article de Bem laisse voir un décalage formidable entre certains aspects très rigoureux et détaillés… et d’autres qui auraient jadis valu des coups de règles sur les doigts des expérimentateurs étudiants. Du côté positif, Bem détaille par exemple avec moult précautions et justifications le choix qu’il a fait concernant les générateurs aléatoires indispensables à ses expériences. Il est connu que les fonctions pseudo-aléatoires des langages de programmation classiques sont parfois insuffisantes ; eh bien, Bem fait largement mieux, en utilisant un générateur fondé sur des processus physiques [4]… mais qu’il n’utilise pas pour toutes les expériences, pour une raison non élucidée.

Comme on va le voir ci-dessous, une bonne partie de la méthodologie de Bem est pour le moins douteuse… et les traitements statistiques qu’il utilise parfaitement inadaptés. En corrigeant les erreurs de procédures statistiques, on ne trouve plus aucun résultat concluant, et l’affaire retombe comme un soufflé aux chimères.

La suite de l’article sur le site de Science et pseudo-sciences

 

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 23:56

gauvrit

C’est avec plaisir que nous avons appris que le livre de Nicolas GAUVRIT "Vous avez dit hasard ?" est présélectionné pour un "prix littéraire de culture scientifique" organisé par le rectorat de Rouen. L'auteur sera le 25 janvier 2011 à la libraire l'Armitière à Rouen.

 

Découvrez ce livre :

Vous avez dit hasard ?  Entre psychologie et mathématiques

Nicolas Gauvrit

Éditions Belin- Bibliothèque scientifique - 25 euros

 


 

Une « carte blanche »  à Nicolas Gauvrit sur Futura-sciences :

Le hasard fait partie de ces thèmes insolites qui tombent un peu à cheval entre plusieurs disciplines. La philosophie en parle, la physique quantique s’en sert, toutes les sciences sociales y sont confrontées.

On sait que les probabilités s’occupent du hasard. Il y est en de bonnes mains, pense-t-on. On ignore souvent, en revanche, que d’autres domaines mathématiques, comme l’informatique théorique (avec la théorie de la complexité), les systèmes dynamiques (avec le chaos), la théorie des graphes, et même la logique, sont très directement concernés.

Continuant ce chemin, des psychologues qui s’appuient sur la théorie mathématique pour comprendre nos erreurs, aboutirent à la conclusion que les illusions du hasard pourraient bien jouer un rôle prépondérant dans certaines croyances irrationnelles. Astrologie et psychogénéalogie, numérologie ou médecines parallèles sont autant de domaines qui utilisent des arguments ajustés aux failles de notre perception de l’aléatoire…

C’est ainsi que le hasard, dont les mathématiques dévoilent une partie du fonctionnement, et que la psychologie étudie pour comprendre nos croyances irrationnelles, se trouve perdu quelque part entre ces deux disciplines si différentes et pourtant complémentaire. (..)

Lire la suite :

 

http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/mathematiques/d/vous-avez-dit-hasard_883/c3/221/p1/

 

 


Quelques aspects du hasard traités sur Imposteurs :

 

http://imposteurs.over-blog.com/article-18593986.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-19519820.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-la-crainte-des-cygnes-noirs-43318433.html

 


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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 10:34

Voilà les vacances ! Après des pics d’affluence en mai et en Juin (jusqu’à 2 789 pages le 30 mai, ce qui est, je crois, le record absolu), la fréquentation du site Imposteurs est logiquement retombée en Juillet, et ne remontera pas avant début Septembre. L’activité du blog va baisser en intensité pendant le mois d’Aout, mais ne va pas cesser.

 

Certes, les vacances servent à « restaurer la force de travail », mais elles sont aussi l’occasion de se cultiver, de s’intéresser à autre chose. Mon livre de vacances sera Prodiges et vertiges de l'analogie du philosophe Jacques Bouveresse, un des rares intellectuels français à avoir défendu Sokal et Bricmont à la suite de la parution de leur ouvrage Impostures intellectuelles. Je remercie les lecteurs du site qui ont recommandé ce livre, dont on peut se faire une idée de la teneur à travers le texte de cette conférence de Jacques Bouveresse donnée à l’Université de Genève :

http://un2sg4.unige.ch/athena/bouveresse/bou_pens.html

 

On appréciera tout particulièrement la citation de Bernard Bolzano : « Un des traits les plus étonnants des penseurs de notre époque est qu'ils ne se sentent pas du tout liés par ou du moins ne satisfont que médiocrement aux règles jusque là en vigueur de la logique, notamment au devoir de dire toujours précisément avec clarté de quoi l'on parle, en quel sens on prend tel ou tel mot, puis d'indiquer pour quelles raisons on affirme telle ou telle chose, etc. ». Cette réflexion date du 19ème siècle, et pourtant elle n’a pas pris une ride. Et aujourd’hui encore, dans le monde des intellectuels post-modernes qui cherchent à nous éblouir de leurs belles paroles, « l'ignorance et la confusion [sont] considérées comme une forme de compréhension supérieure ».

 

Anton Suwalki

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 11:16

Du nouveau dans la blogosphère rationaliste! Nicolas Gauvrit est mathématicien, docteur en sciences cognitives et membre du comité de rédaction de Sciences et pseudosciences. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Vous avez dit hasard ? Entre mathématiques et psychologie  (Belin-Pour la science), ou Les psychanalyses, des mythologies du Xxème siècle ? (book-e-book- Une chandelle dans les ténèbres), qu’il a écrit en collaboration avec Jacques Van Rillaer.

 

Autant de thème passionnants qui inspireront ce tout jeune blog, dont le premier article a été écrit le jour de la fête du travail … Nicolas ne chôme pas.

Psychologie, mathématiques et choses connexes

 

 Longue vie à ce nouveau-né de la blogosphère !

 

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