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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 16:47

Millançay, un tout petit village de 763 âmes dans le Loir et Cher. Il compte pourtant parmi ses administrés une personnalité célèbre , un certain Philippe Desbrosses, président d’Intelligence verte (sic !)  et organisateur des 19èmes entretiens de Millançay (1).

 

En fait d’intelligence, mieux vaudrait parler d’illuminisme ! Car si on ne relève dans les statuts de l’association que les standards de la bien-pensance écologique …

*Étudier et rechercher dans la nature des réponses et des finalités pour

Vivre et travailler Autrement 

*Organiser la redécouverte et l’utilisation des variétés du domaine public pour un libre accès des semences et plants,ainsi que des actions pédagogiques auprès des populations pour promouvoir une alimentation saine.

*Promouvoir toutes les formations bio etc..

…un coup d’œil sur la faune de ses fondateurs a de quoi de faire frémir :

 

 

Aux côtés des inévitables militants anti-OGM du CRIIGEN (Lepage, Séralini, Pelt) :

-          quelques adeptes de la théorie du complot vaccinal (telle que la journaliste Sylvie Simon),

-          une ex-chercheuse « isolée » du CNRS (Jaqueline Bousquet )qui nous ressert une nième interprétation mystique de la physique quantique ,pour qui « nous sommes fondamentalement englués dans la superstition du matérialisme » , ou encore « l'acte vaccinal constitue l'exemple même d'une approche aberrante et anti-scientifique de la prévention de la maladie pour les générations futures. Le vivant n'étant qu'une densification de champ, il est illusoire et dangereux de vouloir agir sur la matière. L'approche de la biologie actuelle est totalement inadéquate, les conséquences en matière de santé publique sont dramatiques. » (2)

-          un « épistémologue » aux idées très originales (Dominique Ramassamy) : « En particulier, il existe des intuitions n’ayant rien à voir avec l’intellect et le mental, contrairement aux normes de la société. En effet, le chakra du coeur engendre des intuitions spécifiques, qui n’ont également rien à voir avec les émotions. Ce sont ce que j’appelle des « intuitions de vie », car le coeur a le privilège d’être relié à l’âme et au Moi, qui détiennent les clés de notre cheminement, vers un bonheur accessible. » (..) «Tous nos outils sont bons lorsqu’ils restent à leur place. Or, la société actuelle, influencée par l’activité scientifique, donne la prééminence au mental-intellect. Mais, justement, il existe plusieurs niveaux de mental : le mental supérieur, le mental illuminé, le Surmental. Alors que la version qui domine actuellement est plutôt le mental ordinaire, qui ne voit pas très loin, et n’a guère d’inspiration. Dans mon parcours, je me suis passionné pour l’épistémologie, c’est-à-dire la critique des sciences, où l’on voit bien les limites et les erreurs troublantes d’un mental livré à lui-même. » (3)

-          La PDG de la société Marion Kaplan , qui commercialise des attrape-couillons , pardon des « des ustensiles de cuisines alternatifs » (sic !).

 

Etc, etc (4)…

 

Derrière l’alibi écologique, il y a donc tout l’irrationalisme qui inspire la Deep Ecology. Rien d’étonnant dès lors à ce que le programme de ces 19èmes entretiens soit un concentré de cette « intelligence verte ». Le titre dédié à cette grande messe en illustre parfaitement la philosophie humanophobe : « Guérir la Terre en éduquant les hommes ». C’est un véritable hygiénisme inversé qui est au cœur de cette philosophie, où l’homme ne se protège plus de la saleté, mais est lui-même la saleté dont on doit protéger Gaïa. Éduquer les hommes ? C’est pourtant une drôle d’éducation que semble prôner l’ « écologie intérieure »  (thème du 1er forum) : « aussi longtemps que l'homme craindra et voudra dominer sa nature intérieure (c'est à dire ses émotions, ses instincts, ses désirs et ses rêves), il redoutera et voudra également contrôler et soumettre les autres êtres, qu'ils soient humains, animaux ou végétaux. »   Contrôler ses instincts (y compris de meurtre ?), gérer ses émotions, voilà tout le mal de la civilisation ! Soumettre les animaux et les pauvres végétaux, on attend le mea culpa de ces monstres de producteurs et de marchands bio invités à vendre leurs produits, qui autant qu’on sache, soumettent et « exploitent » sans vergogne animaux et plantes. Les salauds !

 

« C'est pourquoi l'écologie intérieure ( l'écoute et le respect de soi) s'avère être la clé, la source et le moyen de l'écologie extérieure, sociale et environnementale. Se mettre ainsi à l'écoute de sa nature intérieure, c'est alors accepter ses émotions, retrouver son intuition et entreprendre le voyage initiatique vers son être véritable ».  où comment se gargariser de mots… Dans le cas où vous peineriez à accéder à votre « être véritable », un autre forum est d’ailleurs dédié aux « paroles qui guérissent » : « la parole, lorsqu’elle est juste et profonde, c'est-à-dire sincère, a un réel pouvoir et les mots chargés d’intention ne sont pas anodins. Nous apprendrons à l’utiliser pour le bien de tous. L’atelier s’intéressera à la magie du Verbe, à la puissance de la parole émanant du cœur et non du mental, lequel à force de duplicité l’a dépouillée de toute signification». Le « cœur », siège de la bonté et de la vérité, le « mental », siège de la sournoiserie et de la duplicité. Reste à localiser le siège d’une pareille candeur …

 

A ceux qui ne seraient pas suffisamment perméables à cet ésotérisme, il reste l’argument de la peur : on vénère plus facilement Dieu quand on a approché le diable de près.  Un convoi sera donc organisé pour Romorantin afin de visionner le nouveau film manipulateur de Jean-Paul Jaud , Sevren, la voix de nos enfants, la suite de  Nos enfants nous accuseront. Tant que le filon est rentable, pourquoi se gêner ?

 

 

Aux prêtres et mystiques qui animeront ce pèlerinage se mêleront comme  les marchands du temple bio. Et si un forum est intitulé « L’Argent monnaie de Singe ou monnaie de Sage ? », ne comptez pas régler vos 60 euros de participation , vos « élixirs originaux » et autres sandwiches bio avec de la monnaie de singe. Signalons parmi les sponsors totalement désintéressés de cette manifestation, le groupe Nature et découvertes, Les deux vaches bio (groupe Danone), etc.. Mais que viennent faire La Région Centre et le Conseil Régional du Loir et Cher dans cette galère ?

 

 

 

A peu près toutes les « sensibilités » écologistes seront représentées aux 19èmes rencontres (de Serge Orru (WWF) à la députée d’Europe Écologie Michèle Rivasi en passant par la fondation Nicolas Hulot), et côtoieront les habituels prédicateurs de l’espèce humaine en sursis : la dérive illuministe de l’écologie politique est bien un phénomène généralisé. Cyril De Méo, l’un des rares verts à dénoncer l’ «intrusion spiritualiste en écologie politique » (5), doit se sentir de plus en plus seul.

 

Anton Suwalki

 


 

(1) http://www.intelligenceverte.org/Index.asp

 

(2) http://webmaster555.free.fr/medecine/bousquet.html

 

(3) http://www.indereunion.net/actu/dr/interdr.htm

 

(4) passons sur la présence folklorique de Pierre Tchernia, ou d’un converti à l’écologisme tel le sociologue Edgar Morin. 

 

(5) lire cette note de lecture de « la face cachée de la décroissance » , de Cyril de Méo

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article479

 

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 15:07

Après avoir abandonné son blog le Monde selon Monsanto au grand désarroi de son fan-club, Marie-Monique Robin y est retournée une dernière fois pour annoncer son nouveau blog créé par Arte à l’occasion de la sortie de son nouveau film :

 

 

« Mon nouveau blog est ouvert!

Me voici donc de retour sur mon blog, après trois mois (inhabituels !) de silence. Comme je l’avais expliqué, dans l’un de mes derniers billets, j’étais en plein montage de mon prochain film, intitulé « Notre poison quotidien », qui est actuellement en fin de postproduction : conformation de l’image, mixage, sous-titrage. D’une durée exceptionnelle de 112 minutes, le film a déjà été préacheté par sept chaînes internationales, et sera diffusé sur ARTE au début de l’année 2011. Depuis trois semaines, j’ai commencé l’écriture du livre, qui sortira en même temps que le documentaire, à  La Découverte et  ARTE Edition. Cette nouvelle enquête, sur laquelle je reviendrai, régulièrement, pendant les semaines à venir, explore la manière dont sont évalués et réglementés les produits chimiques, qui entrent en contact avec notre alimentation (pesticides, additifs et plastiques alimentaires) et le lien potentiel entre l’exposition à ces substances et certaines maladies chroniques, comme les cancers, les maladies neurodégénératives, comme le syndrome parkinsonien, les troubles de la reproduction (stérilité), le diabète et l’obésité . »

 

Nous voici prévenus !  Le titre de son prochain docu-fiction - Notre poison quotidien- annonce d’emblée la couleur. On pourrait même lancer ici un grand concours de devinettes sur les images « fortes » qui vont nous être servies jusqu’à la nausée, sur les ficelles utilisées, sur le nom des « spécialistes » en toxicologie qu’elle aura interviewés, leur diagnostic épouvantable. Tiens, je parie même qu’on « apprendra » que la réglementation des produits chimiques est laxiste et que l’humanité est en péril parce que dans quelques décennies nous serons tous stériles…

 

Le grand jeu des paris est ouvert .

 

Aucune surprise, en réalité,  puisque nous subissons le même matraquage sur toutes les chaînes de télévision depuis des années. Comme pour les OGM et pour Monsanto, MMR se sera contenté de faire siens tous les poncifs et les ragots existants. La seule question qu’on peut encore se poser, c’est :

Aura-t-elle réussi à faire plus caricatural que Yann Arthus Bertrand, Jean-Paul Jaud ou Élise Lucet (*), pour n’en citer que quelques uns ?

 

Au passage, Arte confirme sa volonté de rester en bonne position dans la course au sensationnel et au titre de la chaine la plus obscurantiste.

Anton Suwalki

 

(*)http://imposteurs.over-blog.com/article-pieges-a-conviction-et-deluge-de-propagande-sur-la-television-publique-53251828.html

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 10:57

La peur du cancer fait vendre : après Séralini, Servan-Schreiber, David Khayat vient de publier un livre au titre racoleur : Le vrai régime anti cancer (1),

 

         Dominique Belpomme, lui aussi investi sur ce créneau porteur du marché littéraire se devait de rappeler son existence au monde …et Le Monde du 8 juin lui donne donc une tribune pour le remettre dans la course:

 

Existe-t-il un vrai régime anti-cancer et si oui quel est-il ? (2)

 

L’individu y fait preuve d’un talent incomparable pour tirer la couverture vers lui, quitte à réinterpréter à sa guise les données scientifiques et les dires des uns et des autres pour les faire coller à ses thèses.

 

Comment discréditer un concurrent qui dit la même chose que vous :

 

« Faisant suite au livre Anti cancer (Robert Laffont, 2007) de David Servan-Schreiber, l'ancien directeur de l'Institut national du cancer (l'Inca), David Kayat a crée un trouble dans l'opinion en intitulant son livre Le vrai régime anti-cancer (Odile Jacob, 2010), signifiant par là que seul le régime qu'il préconisait avait un effet "anti-cancer". Pourtant la publication des résultats de l'étude européenne EPIC, la plus importante étude épidémiologique connue à ce jour dans le domaine de la nutrition, dément formellement les affirmations des uns et des autres, en démontrant par les chiffres que manger des fruits et légumes ne protège d'un cancer que de façon marginale. Ainsi ces résultats s'opposent-ils aux allégations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirmant que manger chaque jour cinq fruits et légumes différents protège du cancer et, indirectement, confirment les travaux de l'Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse, l'Artac (sa chose à lui)»

 

Belpomme fait donc endosser à Khayat la célèbre recommandation de l’OMS, alors que celui-ci émet sur ce sujet comme sur bien d’autres  un avis très proche du sien :

«Le lien entre prévention et fruits et légumes est finalement bien moins impressionnant qu’on aurait pu le penser (..)Tiens donc ! Pour éviter le cancer, il faut qu’on se gave de fruits et légumes tous les jours sans d’ailleurs bien savoir lesquels, et pourtant, les plus grands experts mondiaux nous affirment qu’il est impossible de conclure de façon irréfutable que ceci sert réellement à quelque chose…»(1)  

  

Technique imparable de Belpomme : Je prête à mon concurrent une position qu’il n’a pas, « formellement infirmée » par une étude récente, qui confirme ce que je dis depuis longtemps et,  « indirectement » ,les travaux de l’ARTAC… Vous voyez bien, moi seul suis crédible.

 

 

Ce que dit l’étude EPIC, et ce que ne dit pas Belpomme :

 

Or si l’étude en question (3)  relativise très largement la contribution globale des fruits et légumes à la prévention du cancer - diminution du risque de l’ordre de 3% par portion de 200g de fruits et légumes absorbées (4) , elle ne remet absolument pas en cause l’intérêt des fruits et légumes pour l’équilibre alimentaire, la prévention d’autres maladies, notamment les maladies cardio-vasculaires. Un fait que Belpomme occulte de façon irresponsable dans ses interventions médiatiques, et qui remet en cause leurs bénéfices à cause des pesticides.

 

 

Et surtout, l’étude EPIC n’apporte ,même indirectement, aucune eau au moulin de Belpomme qui croit pouvoir conclure que ses résultats « confirment les travaux de l'Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse, l'Artac, indiquant que ce sont les substances chimiques cancérigènes (pesticides, nitrates, additifs, etc.) présentes dans notre alimentation qui sont les véritables agents responsables des cancers ». Nous avons ici un détournement sans vergogne des conclusions de l’étude. Rappelons que Belpomme (que les académies et instituts compétents ne semblent pas prendre au sérieux (5)), qui prétend à tout va que 75% des cancers dans les pays développés sont dus à la pollution,  n’a pour autre instrument de mesure que  son flair et pour argument fort le « bon sens » :

 

«  [Mais], d'ores et déjà, le bon sens devrait prévaloir. Depuis Hippocrate, tous les médecins savent que manger des aliments de mauvaise qualité est nuisible à notre santé. Or c'est tout le contraire qu'on voudrait nous faire croire : qu'on peut vivre sans maladie dans un environnement pollué. »

 

Ca, c’est de la science dure !

 

Prosélyte bio :

 

Personne ne s’en étonnera, ces pensées profondes débouchent sur un plaidoyer en faveur du bio :

 

« les substances chimiques cancérigènes (pesticides, nitrates, additifs, etc.) présentes dans notre alimentation qui sont les véritables agents responsables des cancers. D'où l'intérêt théorique du bio puisque les aliments certifiés "bio", en principe, n'en contiennent pas. (…)

 

Cependant un tel avantage du "bio" vient d'être récemment contesté par deux ex-chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) affirmant qu'étant donné la valeur nutritionnelle équivalente du "bio" et du "non-bio", le "bio" ne peut pas être considéré comme étant meilleur pour notre santé (Les Cahiers de la nutrition et de la diététique, avril 2010). Cette allégation est péremptoire et non fondée scientifiquement, puisque dans leur analyse de la littérature scientifique, ces deux ex-chercheurs de l'Inra n'ont pas tenu compte des contaminants et additifs présents dans les aliments "non-bio".»

 

En réalité, ce sont les allégations de Belpomme, qui n’ont strictement aucune valeur. Allégations qui reposent uniquement sur la superstition :

« naturel »=bon 

« chimique » (de synthèse) = mauvais

 

Contrairement à ce qu’affirme Belpomme, une douzaine d’additifs alimentaires sont autorisés pour les conserves bio, et les pesticides autorisés en agriculture bio (pyrèthres, sulfates de cuivre, huile de neem, roténone -récemment interdite-) sont très  loin d’être sans danger. Pour le bio comme pour le conventionnel, tout est bien sûr question de dose. Mais peut-être le professeur n’a-t-il jamais entendu parler de LMR (limite maximale autorisée) ?

 

L’étude citée (Léon Gueguen, Gérard Pascal) , qui tire des conclusions analogues à celles d’une récente étude britannique (6), a bel et bien étudié les résidus de pesticides dans les produits issus de l’agriculture conventionnelle :  Il faut croire que Belpomme  ne l’a pas lue.

 

La synthèse des éléments comparatifs…:

-          avantages pour le bio sur certains points (ex, davantage de vitamine C dans les légumes et fruits)

-          avantage pour le conventionnel sur d’autres points (ex, céréales plus riches en protéines, moins de mycotoxines)

…ne font pencher la balance ni dans un sens ni dans l’autre.

 

Belpomme a tout faux et, au fond,  il doit le savoir, si on se réfère à sa conclusion désopilante :

« S'il n'y a effectivement pas de preuve scientifique démontrant que manger "bio" protège contre ces affections ou maladies, il n'y a, non plus, aucun argument pour affirmer le contraire, à savoir que manger "bio" ne protège pas »  (sic !)

 

Le bonhomme a probablement pris des cours de logique auprès de José Bové.

 

Anton Suwalki

 


 

 

 

Notes :

(1)http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/098208/le-vrai-regime-anti-cancer.html

http://www.liberation.fr/societe/0101642529-cancer-couacs-en-cuisine

sur le blog doutes à gogo :

http://www.doutagogo.com/article-les-colporteurs-anti-cancer-51078008.html

(2)http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/08/existe-t-il-un-vrai-regime-anti-cancer-et-si-oui-quel-est-il-par-le-professeur-dominique-belpomme_1368880_3232.html

(3) Fruit and Vegetable Intake and Overall Cancer Risk in the European Prospective Investigation Into Cancer and Nutrition (EPIC)

http://jnci.oxfordjournals.org/cgi/content/abstract/102/8/529?maxtoshow=&hits=10&RESULTFORMAT=1&andorexacttitle=and&titleabstract=fruits+vegetables+cancer&andorexacttitleabs=or&andorexactfulltext=and&searchid=1&FIRSTINDEX=0&sortspec=relevance&resourcetype=HWCIT

(4) avec toutefois une bénéfice supérieur pour les personnes fumant ou fortes consommatrices d’alcool

 (5) Lire « les causes du cancer en France » :

http://www.academie-sciences.fr/publications/rapports/pdf/cancer_13_09_07.pdf

(6) Nutritional quality of organic foods: a systematic review

American Journal of clinical nutrition (2009)

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 11:45

Hier soir, vous avez peut-être lu la chance d’échapper à deux « documentaires » diffusés en prime time sur deux chaines de la télévision publique ! Documentaires, c’est ainsi qu’on nomme les films des bonimenteurs écologistes.

 

On se rappelle la célèbre formule de Patrick Le Lay :

 

« Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

 

Depuis quelques mois, il n’y a plus de publicité sur les chaines publiques après 20 heures. Le cerveau du contribuable est donc disponible pour des entreprises de bourrage de crâne aussi aliénantes que le pire de TF1.

 

         - Sur France 3, dans l’émission Pièces à conviction animée par Élise Lucet , vous aviez droit à un reportage intitulé « Assiette tous risques »(1).

 

« Trois journalistes de Pièces à conviction ont été les cobayes d’une expérience inédite. Chacun suivant un régime alimentaire spécifique, ils ont été soumis pendant plusieurs semaines aux analyses d’un laboratoire indépendant. Les résultats sont sans appel : manger peut nuire à la santé. »

 

Il n’y a donc pas besoin de beaucoup d’imagination pour deviner quel message subtil va être délivré.

« Au menu : saumon aux pesticides, porc et poulet aux antibiotiques, fruits et légumes toxiques. Pour trouver ces produits il suffit d’aller au supermarché le plus proche. »

 

Une fois n’est pas coutume, les mensonges et outrances du documentaire ont suscité une mise au point de la part du ministère de l’agriculture (2).

 

En quoi consistaient ces régimes spécifiques ? Une dépêche de l’AFP nous l’apprend :

 

« Que faire alors ? Des journalistes ont testé pendant 12 jours les effets de régimes alimentaires opposés. Jean-Pierre, qui n’a absorbé que de la nourriture industrielle bon marché, a grossi de 1,5 à deux kilos, avec dans les urines des rejets d’urée et d’acides gras insaturés et un taux de conservateurs et de colorants multiplié par sept. Romain, qui s’est mis à un régime totalement bio, a maigri de deux kilos et ses analyses d’urine sont parfaites. »

 

Très clairement, on prend les téléspectateurs pour des imbéciles !

 

- Sur France 5, on avait au même moment droit à « Écologie, Ces catastrophes qui changèrent le monde ». D’une colossale finesse :

 

«  En 2007, les jurés du Prix Nobel de la Paix envoient un signal fort en récompensant le professeur Pachauri, qui a démontré la réalité scientifique du réchauffement climatique, et l'ex-candidat à la présidentielle américaine Al Gore pour son film choc 'Une vérité qui dérange' : le lien entre paix et environnement est ainsi souligné. Aujourd'hui, avec la crise économique, l'idée que la croissance verte est nécessaire prend de l'ampleur. Comment en est-on arrivé là ? Le documentaire retrace, à l'aide d'images d'archives, l'émergence de la prise de conscience écologiste : depuis 1945, avec l'accélération de l'industrialisation du monde, des catastrophes écologiques majeures secouent la planète, de la pollution au charbon survenue durant l'hiver 1952 en Angleterre aux conséquences désastreuses de l'ouragan Katrina en 2005, en passant par la plus grave explosion nucléaire civile de l'Histoire, Tchernobyl en 1986. Les conséquences de ces catastrophes, les réactions et engagements qu'elles suscitent font naître un nouveau combat : l'écologie. Sont interviewés experts et témoins connus : Mihkaïl Gorbatchev, Yann Arthus-Bertrand, Noël Mamère, Nicolas Hulot... » (4).

 

La présentation insiste sur le fait que le film est sous-titré pour les sourds et les malentendants, mais rassurez-vous, les « mal-comprenants » n’ont pas été oubliés. Les amalgames les plus grossiers sont utilisés : Pesticides, Accidents industriels, Catastrophe de Tchernobyl, Pollutions au mercure au Japon, Amoco Cadiz, en passant par …Katrina. Peu importe la différence de nature entre ces problèmes, il s’agit de légitimer la « prise de conscience écologiste », mot poli pour désigner le bourrage de crane permanent.

 

Que vient faire Katrina ,  une catastrophe naturelle, dans ce gloubiboulga? Il s’agit d’induire l’idée qu’elle est la conséquence du réchauffement climatique causé par les GES, quand bien même le lien entre une tendance climatique et un événement météorologique particulier n’a strictement aucun fondement scientifique.   

 

Le mal absolu serait donc l’accélération de l’industrialisation du monde depuis 1945 ! Le réalisateur mélange sans états d’âme les choux et les carottes,car cela donne toujours de la soupe écolo. Aucune image choc n’est épargnée au spectateur, des fois que celui-ci relativise les conséquences des catastrophes écologiques majeures qui secouent la planète depuis 1945 par rapport à celles de deux guerres mondiales, des guerres coloniales qui ont suivi, ou celles de la misère dans laquelle des régions entières du globe sont encore plongées.

 

Que les pesticides soient un facteur historique majeur de progrès agricole avant d’être une source de pollution, il était  évidemment exclu de le rappeler pour ces manipulateurs  qui banissent la notion de balance avantages/coûts .  Ils ne se sont évidemment pas privés, par ailleurs, de faire appel au « nuage de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière », formule mensongère prêtée par  Noël Mamère à Pierre Pellerin ,directeur du Service de protection contre les radiations ionisantes au moment de la catastrophe.  Deux décennies d’intox auront permis à ce mensonge de passer à la postérité.

 

Qui dit « conscience écologiste » dit grandes consciences : la poignée d’individus qui se sont appropriés le monopole de la bonne parole écologiste et la petite lucarne- YAB, Hulot, Vendana Shiva,  Noël Mamère…- étaient invités à pontifier , une fois de plus.

 

Écologie, Ces catastrophes qui changèrent le monde, qui ne nous épargne pas des images insoutenables des « victimes du progrès », oublie curieusement  les victimes de l’acharnement et l’aveuglement criminel anti-pesticides. Le documentaire s’est ouvert sur la campagne anti-DDT et sur l’éloge Rachel Carson, auteur du Printemps silencieux.  L’interdiction du DDT y compris dans les programmes de lutte contre le paludisme véhiculé par les moustiques , et les millions de morts qu’elle a entrainées(5) en quelques décennies avant qu’enfin l’OMS ait le courage de préconiser sa réintroduction, continue à être impudemment célébrée .

 

La coupe est pleine, et elle déborde depuis longtemps.

Anton Suwalki

 

 


 

 

 

Notes :

(1)http://programmes.france3.fr/pieces-a-conviction/

(2) http://www.agrisalon.com/06-actu/article-24143.php

(3) http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jmeEDUejkTR1aD-iTLrFrLECC5zw

(4) http://www.france5.fr/programmes/index-fr.php?affnum=010423&prgnum=0&numcase=46&date=29-06-2010&plage=1900-2400

(5) http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2006/pr50/fr/index.html

Quelques documents sur le sujet du DDT et de la malaria qui mériterait un dossier complet :

     http://www.cdc.gov/ncidod/EID/vol3no3/roberts.htm

http://www.pathexo.fr/pages/articles/1997/1997-T90-3/MR96-098.htm

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8926025

 

Les articles de Jean Brissonnet sur le sujet :

http://www.pseudo-medecines.org/articles.php?lng=fr&pg=119

http://www.pseudo-medecines.org/articles.php?lng=fr&pg=194

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 17:33

        

Dans Télémagazine, Yann Arthus Bertrand s’offre une page de publicité pour vanter les mérites du tourisme « responsable », l’ « écotourisme ». Son slogan : « Ne laisser que des traces de pas, ne garder que des souvenirs ».

 

« 880 millions de personnes ont parcouru le monde en 2009 ». Contrairement à ce que pourrait laisser entendre la formule, il faut simplement comprendre que 880 millions de personnes sont allées dans un autre pays que le leur. Ce qui représente un léger recul notamment lié à la crise, pour la première fois depuis longtemps (1). En 1995, le tourisme mondial représentait seulement 534 millions de voyageurs. Les prévisions pour 2010 sont à la reprise.

 

          A priori, le fait qu’un nombre croissant de personnes fassent du tourisme est un progrès social. Le progrès social, Yann Arthus Bertrand qui évoque « cette inquiétante montée du tourisme de masse » n’en a à l’évidence que faire.  Encore et toujours cette phobie malthusienne de la multitude ! Cette Terre et cette nature « sacrées » qui sont son fonds de commerce, la masse ne devrait donc les toucher que des yeux grâce à ses albums et ses documentaires pour ne pas les profaner, et afin qu’elles restent immaculées et que seuls en profitent une petite minorité de privilégiés.  Si tout le monde avait « l’empreinte écologique » d’un YAB et ses amis de la jet set, combien faudrait-il de planètes , selon l’expression consacrée (2)?…

 

          

          Toutefois, la religion écologiste, comme le catholicisme en son temps, n’oublie pas de s’adonner au trafic d’indulgences. L’écotourisme n’est-il pas pour une minorité aisée le moyen de racheter partiellement ses offenses à Gaïa ?

 

          Opposé donc au tourisme de masse, l’écotourisme peut par exemple permettre au bobo en mal d’ « authenticité » de jouer les pseudo-ethnologues en vivant 13 jours auprès d’une communauté indienne d’Amazonie. Un magazine de voyages que j’ai feuilleté chiffrait le séjour à 3200 euros,  hors acheminement. Pour une personne, cela va sans dire. Encore était-il classé dans les budgets… « moyens ». Comme on peut imaginer que peu de touristes européens traverseront l’Atlantique à la rame, il faut rajouter le prix du billet d’avion. Et l’essentiel du bilan carbone d’un  tourisme classique est donc maintenu…

 

Pourtant, tout voyage « écotouristique » comporte un volet sur les engagements écologiques. Pour celui mentionné,  les engagements semblent forts modestes :  Ils concernent la gestion des déchets, dont tous ceux qui pourront être recyclés le seront (il ne manquerait plus qu’ils balancent leurs sacs plastique dans la jungle !…), et on ne consommera que de l’eau de pluie, « avec modération » (sic !).

 

          De son côté Yann Arthus Bertrand nous assure dans Télémagazine que le vrai tourisme éco-responsable comporte dans son prix une somme  destinée à financer des actions de protection de l’environnement. En voici une exemple, sur fond d’une belle photo dont on ne sait s’il en est l’auteur : pour éviter de porter atteinte au superbe récif corallien qui entoure la Nouvelle-Calédonie, des corps-morts ont été répartis près des lieux prisés des plongeurs et des pêcheurs, afin de permettre aux plaisanciers de s’amarrer près du récif sans dommage pour celui-ci.

 

Bref, YAB se moque de nous.

 

          Sur le site de sa fondation Goodplanet auquel il nous renvoie (3),  il est pourtant reconnu que derrière la langue de bois (« écotourisme », « tourisme durable », « tourisme solidaire »), les concepts sont très flous, les certifications se multiplient, et certaines d’entre elles relèvent du pur marketing : Question marketing, YAB parle en expert …

 

« Une dernière difficulté consiste à identifier des vacances qui soient vraiment responsables. Or, il est difficile de s’y repérer et il existe, comme dans de nombreux autres domaines, des escrocs ».

 

             C’est sûr, YAB, lui, n’abuse jamais de la confiance du public, et sa fondation est un modèle de transparence(4)…

 

             

          Par ailleurs, si le créneau de marché de l’écotourisme est largement réservé aux catégories aisées, son succès croissant inquiète déjà ses promoteurs. Dans un article traduit du magazine New Scientist, l’alarme est donnée :

 

« Le monde sauvage est étrangement perturbé. Les animaux ne dorment plus. Les ours polaires et les pingouins, les dauphins et les dingos, même les oiseaux tropicaux sont stressés. Ils perdent du poids et certains en meurent. Tout cela à cause d’une pratique censée avoir exactement l’effet inverse : l’écotourisme. »

 

 

          Comme bien souvent, ces effets contradictoires entraînent un débat entre écologistes (que l’article nomme « les biologistes »), mais un débat dans lequel en aucun cas les populations concernées n’ont leur mot à dire .

 

          D’un côté, l’UICN (sœur jumelle de la WWF) défend l’écotourisme car il « représente une alternative à la surexploitation des ressources naturelles » .

 

          Pour d’autres, des résultats d’études sur le comportement des animaux perturbés par l’écotourisme  « réfutent l’idée selon laquelle l’écotourisme est une activité écologiquement durable. Ses effets peuvent être désastreux, même dans les zones où le tourisme est régulé. En Australie, près de 350 000 personnes visitent chaque année l’île Fraser, au large du Queensland, dans l’espoir d’apercevoir des dingos.

 

C’est ainsi qu’en avril 2001, après que deux dingos eurent attaqué et tué un enfant de 9 ans, les autorités ont abattu 31 de ces chiens pour éviter d’autres attaques (Tourism Management, vol. 24, p. 699).

L’écotourisme peut avoir des effets encore plus pervers dans les régions sauvages d’Afrique ou d’Amérique du sud. »

 

Il ne fait ici aucun doute que l’effet pervers n’est pas dans l’esprit de l’auteur le fait qu’un gamin ait été tué par un chiens, mais qu’on ait du abattre des chiens…             

 

          Jeune créneau de l’écologie mercantile, l’écotourisme en plein essor est déjà dans le collimateur de l’écologie fondamentale et de ses réflexes malthusiens, pour laquelle un tourisme qui se démocratise, même très partiellement, par définition ne saurait être « responsable ». La publicité qu’en fait Yann Arthus Bertrand d’un côté tout en publiant des articles dénonçant sa massification est tout à fait cohérente avec le personnage.

 

          

Anton Suwalki

 

 

 


 

 

 

Notes :

(1)http://www.lefigaro.fr/societes/2010/01/19/04015-20100119ARTFIG00440-le-tourisme-mondial-devrait-repartir-en-2010-.php

(2) une expression à utiliser avec réserve :

http://imposteurs.over-blog.com/article-33549187.html

(3)http://www.goodplanet.info/goodplanet/index.php/fre/Societe/Tourisme/Tourisme-solidaire/(theme)/293

(4) http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/la-transparence-cause-perdue-pour-des-ong_173350.html

 

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 16:17

Il y a quelques années, voire quelques mois à peine, le bruit des controverses autour du réchauffement climatique et de son origine anthropique (RCA) n’atteignait pas la France, et les thèses du GIEC étaient présentées comme reflétant le consensus scientifique.

Les climato-sceptiques ?

Voici comment le brillant Jean-Marc Jancovici, les dépeignait en 2002 :

«De fait, ces manifestations de scepticisme sont souvent l’œuvre :

-        d’un individu connu pour ses convictions ultralibérales (ce qui inclut les républicains aux États-Unis), voyant d’un très mauvais œil toute entrave à la croissance

-        d’une personne proche des anti-nucléaires alors que le recours à l’atome civil offre -de fait- une marge de manœuvre pour lutter contre l’effet de serre

-                      d’un chercheur américain que l’on sait financé par les secteurs pétroliers ou charbonnier » (1)

 

Les médias s’intéressent soudain aux climato-sceptiques

Seules les déclarations climato-sceptiques de Claude Allègre , personnage « haut en couleurs » intéressant pour les médias, pouvaient trouver un relais minimum auprès d’eux. La parution du livre de Serge Galam (2) en 2008  était resté très confidentielle.

En peu de temps, le climat d’ostracisme à l’égard des climato-sceptiques a très nettement diminué, au grand dam de quelques journalistes militants comme Stéphane Foucart ou Hervé Kempf du Monde. La parution quasi simultanée de 3 livres (3), dont celui de l’inévitable de Claude Allègre, coïncidant avec la révélation du « Climategate » (4)  et quelques « bourdes » monumentales figurant dans le dernier rapport du GIEC, reconnues bien tardivement, ont sans doute contribué à modifier la donne.

Les débats publics entre défenseurs des thèses du GIEC (RCA) et  climato-sceptiques se sont multipliés. Ils sont généralement de bonne tenue et de bonne qualité. Le public découvre par exemple en Vincent Courtillot ou en Benoit Rittaud des personnages très différent des caricatures insultantes dépeintes par Jean-Marc Jancovici, qui a à son compteur des milliers de point Godwin (5). L’organisation de débats contradictoires contraint du côté des défenseurs du RCA la mise en veilleuse des discours les plus outrancièrement militants , cédant la place à de véritables scientifiques discutant avec pondération sur les faits plutôt que sur les intentions supposées de leurs contradicteurs, tels Hervé le Treut (6).

Certains, tel le décroissant Jean Gadrey, continuent à affirmer qu’il y a d’un côté les « vrais » spécialistes du climat, qui admettent les thèses du RCA, de l’autre les climato-sceptiques, qui ne sont pas des spécialistes :

« Les « négateurs » ne sont pratiquement jamais des spécialistes du climat et des sciences de l'atmosphère. Et parmi ces derniers, soit des milliers de chercheurs dans le monde, plus de 90 % admettent la forte probabilité d'un réchauffement climatique d'origine humaine comme tendance de long terme qui va se poursuivre au-delà des aléas conjoncturels.

 

En France, les « sceptiques » les plus connus et les plus médiatiques sont des scientifiques renommés dans leur domaine. Citons trois géophysiciens, géochimistes ou géologues, Claude Allègre, Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël, tous directeurs actuels ou passés de l'Institut de physique du globe, une belle institution scientifique. Mentionnons aussi l'historien Jacques Le Goff, le biologiste Henri Atlan, le statisticien Benoît Rittaud, auteur du livre Le mythe climatique, le zoologiste Guillaume Lecointre et le « sociophysicien » Serge Galam.

Les sceptiques ne publient pas dans les revues scientifiques

Aucun de ces chercheurs et intellectuels n'a publié sur le climat dans les lieux et revues où fonctionne l'exigence d'évaluation scientifique anonyme par un comité composé de spécialistes du champ.(souligné par moi) »  (6)

 

Pour commencer, Guillaume Lecointre, comme il nous l’a lui-même signalé, récuse formellement l’étiquette de climato-sceptique  que lui a attribué à tort le Monde Magazine. (voir commentaire n°44).

 

Par ailleurs, Jean Gadrey peut-il réellement ignorer la réalité ? Certes, ni Claude Allègre, ni Benoit Rittaud (7) n’ont publié sur le climat dans des revues à comité de lecture. Ca n’est pas vrai pour Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël. Mais au-delà des quelques scientifiques bénéficiant désormais d’une couverture médiatique, un recensement récent (8) fournit 700 références d’articles scientifiques sceptiques dûment publiés dans des revues « où fonctionne l'exigence d'évaluation scientifique anonyme par un comité composé de spécialistes du champ », comme il dit. Une bibliographie effectuée sur la période 2004-2007, indique à quel point le consensus autour du RCA est un mythe(9).

La confrontation des hypothèses scientifiques sur le réchauffement climatique doit-elle nous déboussoler ?

Le consensus autour du RCA , à l’heure actuelle,  est un mythe, telle est la certitude la à laquelle peut arriver un individu lambda qui s’intéresse à ce débat scientifique sans être spécialiste. Pour le reste, il ne peut prétendre trancher sur les deux questions essentielles , auxquelles seule une confrontation scientifique civilisée et débarassée des interférences politiques pourra apporter des réponses et déboucher sur un réel consensus :

-                      le caractère exceptionnel et durable du réchauffement climatique constaté au cours des dernières décennies (10).

-                      le fait que celui-ci soit essentiellement provoquée par les gaz à effet de serre émis par l’activité humaine

 

 Loin de provoquer un sentiment de déboussolement chez ceux qui conservent une démarche rationnelle, le constat que le consensus n’existe pas devrait amener à méditer sur le dangereux mélange des genres (entre science, politique et idéologie) qui dès le départ a empoisonné la question climatique, occulté les critiques du RCA ou menti en prétendant qu’elle n’émanait que d’originaux ou de suppôts du lobby pétrolier, autant de méthodes qui font courir le risque de renforcer la défiance envers la science en général.

L’essor d’un courant « climato-vertueux »

Mais il serait naïf de croire que tout le monde raisonne ainsi. Ca serait ignorer les mécanismes psychologiques de l’escalade d’engagement. Nombreux sont ceux qu’on a préparés aux effrayantes  conséquences climatiques  « si on ne fait rien pour enrayer le phénomène» et qui aujourd’hui pourraient être amener à réviser leurs certitudes.

On a ainsi vu lors d’un débat organisé avec Vincent Courtillot à Nantes (11) un intervenant admettre avec beaucoup d’honnêteté son incompétence pour trancher ces questions tout en continuant à défendre l’idée qu’il fallait continuer à agir :

L’action climatique, disait-il, allait « nous permettre en place de nouvelles solidarités »…

Dans la même veine, cet argument publié dans la revue Courrier Cadres de mai 2010 :

« Que le dérèglement climatique soit dû ou non aux activités humaines, produire et vivre de façon plus saine est une stratégie gagnante - même si, là encore, on entend tout et son contraire. L’économie verte stimule la créativité, crée des marchés des emplois  et nous promet une meilleure santé. Pourquoi s’en priver ? »

L’hypothèse que par définition « l’économie verte » offre des bénéfices en termes de créativité ou d’emplois par rapport à l’économie traditionnelle est plus que douteuse (12). Mais le plus étonnant est cette tendance à inventer des comportements vertueux en soi, indépendamment des effets qu’ils produisent. 

En somme , comme pour les petits cadeaux, c’est l’intention qui compte, plutôt que la nature du cadeau lui-même.

La morale de ces nouveaux climato-vertueux est d’une naïveté déroutante. Des centaines de milliards consacrés à la lutte contre le réchauffement climatique ne seraient que des fonds perdus s’il s’avérait qu’en définitive l’homme n’a qu’une influence négligeable sur celui-ci. Ces coûts, même s’ils étaient essentiellement assumés par les pays développés, sont autant qui n’iront pas à l’éducation, à l’amélioration de la santé et au développement économique des PED. D’autant plus que le développement économique de ceux-ci sera entravé par les contraintes imposées par les pays riches en matière de GES, alors qu’une vingtaine de pays sont responsables de 80% des émissions (13).

On n’a cessé sur la base d’une information tronquée et instrumentalisée de nous parler de l’urgence climatique. Urgence qu’il y aurait à endiguer des scénarii catastrophe que nous promettent en 2100 des modèles qui n’ont pas anticipé l’actuelle « pause climatique » ni ne savent l’expliquer a posteriori. N’y a-t-il pas plutôt urgence à refroidir les esprits ? Quel urgence y a-t-il à ce que le Pérou (0,14% des émissions mondiales de GES) ou le Sénégal (0,02% des émissions mondiales de GES) prennent en compte le réchauffement climatique dans leur « modèle de développement » ?

A la logique de la peur qui a servi à emballer les esprits sur l’ urgence climatique, pourrait se substituer à présent ce moralisme climatique, qui tend à évaluer des actions non pas en fonction du résultat qu’on devrait en attendre, mais en fonction des aspirations à la vertu de ceux qui les défendent. L’enfer est toujours pavé de bonnes intentions…

Anton Suwalki


 

 

 

Notes :

 

(1)  L'avenir climatique : quel temps ferons nous ?, Seuil, 2002

(2)  http://www.lefigaro.fr/politique/2009/05/26/01002-20090526ARTFIG00003-ouverture-les-dernieres-pistes-de-sarkozy-.php

(2) Les scientifiques ont perdu le Nord  - Réflexions sur le réchauffement climatique, Plon, 2008

(3)     Nouveau voyage au centre de la Terre, Vincent Courtillot, 2009, Odile Jacob

       Le mythe climatique, Benoit Rittaud, Seuil, 2010

              L'imposture climatique : ou La fausse écologie , Claude Allègre, Plon , 2010

(4)     dont la portée a été très largement exagérée par certains sceptiques, soit dit en passant

(5)     qui n’avait pas hésité à traiter Claude Allègre de « Faurisson du climat »

       http://www.lefigaro.fr/politique/2009/05/26/01002-20090526ARTFIG00003-ouverture-les-dernieres-pistes-de-sarkozy-.php

(6) les climato-sceptiques ne sont pas les seuls sur la toile :

http://blogs.lexpress.fr/le-climatoblog/

(6)     http://www.alternatives-economiques.fr/climato-sceptiques-contre-climatologues---ou-est-l-imposture-_fr_art_633_48796.html

(7)     Je conseille vivement le livre de ce dernier (Le mythe climatique), qui au-delà de critiques techniques comme celles sur la courbe en crosse de hockey, entame une réflexion épistémologique salutaire .

(8)     700 Peer-Reviewed Papers Supporting Skepticism of "Man-Made" Global Warming

http://www.populartechnology.net/2009/10/peer-reviewed-papers-supporting.html

(9)     Scientific consensus on climate change?

Energy & Environment. Vol. 19, no. 2, pp. 281-286. 2008

http://md1.csa.com/partners/viewrecord.php?requester=gs&collection=TRD&recid=08113359EN&q=&uid=787220359&setcookie=yes

(10) avec cependant une stagnation des températures moyennes depuis 1998

(11) http://www.dailymotion.com/video/xaoh8s_vincent-courtillot-la-conference-de_tech

(12)  lire par exemple
http://imposteurs.over-blog.com/article-36926897.html

(13) http://mdgs.un.org/unsd/mdg/SeriesDetail.aspx?srid=749&crid=

     

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 16:36

Je vous conseille ce très bon papier de Laurent Berthod sur son blog. Il semble bien que les mesures de conservation adoptées en 2007 aient amélioré la situation et que les stocks de thon soient en voie de reconstitution même si celle-ci sera longue. Rien ne justifie dès lors l’interdiction de sa pêche, et la stigmatisation des japonais par les organisations vertes et les médias, japonais qui ont joué le jeu en appliquant les mesures conservatoires.

Comme le remarque Laurent «  les Japonais ne sont pas plus idiots que n'importe  et ils savent que leur intérêt bien compris de consommateurs n'est pas d'épuiser la ressource ».

 Anton

 


 

 

 

Thon Rouge, vous avez dit thon rouge ?

 

Récemment, Greenpeace a mené une intense campagne censée sauver le thon rouge de l'Atlantique, espèce prétendument en voie de disparition.

 

La principauté de Monaco, relayée par l'Union Européenne, a proposé d’inscrire le thon rouge de l'Atlantique dans la liste des espèces dont la commercialisation est interdite.

 

Cette position a été rejetée le jeudi 18 mars 2010, à Doha, par les parties prenantes à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) parrainée par l'Onu.

 

La suite sur le blog de Laurent

 

http://laurent.berthod.over-blog.fr/article-thon-rouge-vous-avez-dit-thon-rouge-48577647.html

 

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 14:03

La réalisatrice du célèbre 3 hommes et un couffin vient de commettre un « documentaire » dont le titre sonne comme un programme politique : Solutions locales pour un  désordre global.

 

Les comédies de Coline Serreau ne donnant pas toujours dans la finesse, il ne fallait certes pas trop s’attendre à une réflexion sur la société particulièrement subtile (1). Elle qui s’étonne que du Maroc à Paris en passant par l’Inde, « nous aboutissions tous aux mêmes conclusions », ne mesure pas qu’elle ne fait qu’épouser les idées conformistes actuelles de son milieu : ça n’est pas sa faute si ce ne sont plus les lendemains qui chantent, mais plutôt les avant-hier !

 

La liste des intervenants qu’elle a sélectionnés ne laissait aucune place à la nuance et à une analyse rationnelle des désordres qui affligent ce pauvre monde . Citons entre autres : 

 

 -Vandana Shiva, militante anti-OGM pour qui « la science moderne n'est ni plus ni moins que la science occidentale, c'est-à-dire   une catégorie particulière d'ethnoscience » (citée dans Pseudosciences et post-modernisme de Sokal et Bricmont)

- Pierre Rabhi, apôtre de la « simplicité volontaire » - Serge Latouche, théoricien de la décroissance, qui dénonce l’ « ethnocentrisme du développement » et la faute de goût qui consiste à vouloir « construire des écoles, des centres de soins, des réseaux d’eau potable et retrouver une autonomie alimentaire » dans les pays en développement (Le Monde diplomatique, Novembre 2003).

-Les militants anti-pesticides Philippe Desbrosses , Lydia et Claude Bourguignon, ces derniers croyant à l’agriculture « biodynamique » !

-Dominique Guillet, gourou de l’association Kokopelli, dont nous avons décortiqué le discours hallucinogène dans un Vélot d’or (2).

 

Que d’audace et d’originalité !  Et Coline Serreau fait semblant de croire que ces idées sont des évidences partagées par le paysan indien ou marocain !

 

Dans l’interview de présentation de son film (3), Coline Serreau ne donne pas dans la dentelle. Son discours débité à la cadence d’une mitrailleuse évoque furieusement les logorrhées épuisantes de Marie-Monique Robin, et s’inspire de la méthode éprouvée de celle-ci : Une phrase = un mensonge ou une ineptie.

 

Mais de quel désordre global parle-t-elle au fait ? Des désordres financiers, de l’océan de dettes sur lesquelles tanguent les économies ? Pas ou très peu semble-t-il . Ses cibles sont la « globalisation » en soi, avec la dénonciation obsessionnelle de l’agriculture moderne et de l’industrie chimique .

 

Contre le désordre global ,« Il faut relocaliser, et en commençant par l’alimentation, aller jusqu’à l’autonomie totale (4)». Le patient souffre-t-il de troubles neurologiques qui rendent ses mouvement désordonnés ? Amputons-le de tous ses membres , prescrivent en chœur nos charlatans !

 

J’essaie d’imaginer les conséquences immédiates (pour ne parler que des moins catastrophiques) dans ma région de cette autonomie totale, synonyme selon Coline Serreau de « démocratie alimentaire » (sic): plus de bananes, d’agrumes, de poisson (ou alors une truite par mois, histoire de ne pas vider les rivières), de mouton… Heureusement, il nous resterait le vin pour oublier !

 

Et, puisqu’on voit mal pourquoi l’autonomie s’arrêterait à l’alimentation, à terme, plus de film de Coline Serreau projeté sur les écrans géants des quelques groupes qui monopolisent la diffusion cinématographique en France ? Chiche !

 

«  Il faut réparer la terre qui est morte, qui ne peut plus rien produire sans pesticides ou sans engrais chimique » .  Une terre « morte », qui dans les pays développés, produit dix fois plus qu’aux temps bénis où elle était « vivante et si généreuse !

 

Pour ce faire, revenir aux fondamentaux : « respecter la terre », « l’alimentation c’est le champ, la forêt, l’animal .. le champ, la forêt, l’animal.. le champ, la forêt, l’animal». Coline Serreau martèle trois fois ce slogan dépourvu de sens, espérant sans doute que ça suffira à le faire passer pour une idée lumineuse.

 

Tout ceci aboutira par bonheur « à la ruine des compagnies chimiques », qui produisent pesticides, engrais , semences, et même, comble du scandale pour Coline Serreau, des médicaments, dont nous dépendons quand nous tombons malades ! 

 

Celle-ci ne nous dit pas quel sort attend les millions (5) d’ouvriers, d’employés, de techniciens, d’ingénieurs , de chercheurs… qui collaborent à cette entreprise apparemment monstrueuse que l’avenir radieux promet à la ruine? Pourront-ils au moins se reconvertir en honnêtes moujiks cultivant leur 4 ou 5 ares de terre « vivante » ?

 

Nous aurions été déçus si la « dépossession des semences » n’avait pas été abordée par cette agronome hors pair :

 

Réflexe pavlovien oblige « les semences, c’est Monsanto, et deux autres compagnies » : Monsanto, le nom du diable est prononcé ! La situation de monopole est paradoxalement dénoncée dans un des rares domaines de l’économie où coexistent encore à côté d’ entreprises multinationales, des coopératives, des petites PME…

 

Selon Coline Serreau, « 95 % des semences inscrites [au catalogue des variétés végétales] sont des hybrides qui ne se reproduisent pas. » Nous l’avons maintes fois répété, ceci est totalement faux. Mais pire, selon elle, « [ces graines] donnent de la pourriture l’année d’après » . D’où ,sans doute, cette famine permanente que connaissent depuis 50 ans les grands pays industrialisés dont les agriculteurs sont totalement tributaires de ces semences maudites !

 

Le plus regrettable, c’est que cette bouffonnerie soit annoncée dans les médias comme un documentaire ! Un « documentaire », qu’au vu de la présentation qu’en fait sa réalisatrice, « on peut ne pas voir », pour reprendre l’expression du Canard Enchaîné.

 Anton Suwalki 

 


 

 

Notes :

 

(1)Coline Serreau avait déjà donné dans la bien-pensance en 1996 en produisant une fable intitulée La belle verte. Ci-dessous une critique féroce de ce film parue dans Télérama :

« La Belle Verte est une fable. L'héroïne, Mila, est l'envoyée spéciale d'une planète lointaine où tout n'est que concorde et félicité, macrobio et hymne à la nature : le genre pub pour eau minérale. Découvrant la Terre dans l'état qu'on sait en cette fin de siècle calamiteuse, elle s'efforce, la brave fille innocente (Coline Serreau s'est offert le rôle), de communiquer son message. Échantillons : c'est beau, l'innocence d'un bébé ; c'est moche, l'appât du gain. C'est beau, un arbre ; c'est dégueu, le fast-food. C'est beau, l'amitié ; c'est moche, l'agressivité. Coline Serreau en a plein, des idées de ce calibre-là, nées du fulgurant télescopage entre l'increvable bon sens populaire et la version intégriste d'un « babacoolisme » antédiluvien... Par ailleurs, La Belle Verte est une comédie. Son principal ressort est le pouvoir télépathique qu'a Mila de « déconnecter » n'importe qui de ses mauvaises habitudes, fausses valeurs et autres tares typiquement terriennes. L'effet est radical : le temps d'une convulsion, le cobaye est purgé, il arbore un sourire béat et se met, au choix, à embrasser les platanes, à jeter sa télé sur le trottoir, à offrir des fleurs à sa femme, ou, s'il est homme politique, à livrer, soudain, ses cyniques arrière-pensées en direct... Avec deux sketches et trois gags rigolos, Coline Serreau a inventé de quoi faire une bande-annonce alléchante. Le reste n'est qu'une litanie laborieuse de redites et lieux communs sur notre misérable existence. Rien que du poussivement gaguesque sur, en vrac, les crottes de chien, la carte de crédit, le rock'n'roll, la bagnole, on en passe et de tout aussi prévisibles au rayon des fléaux de la modernité. La fable aurait pu n'être que naïve. A la longue, elle apparaît pour ce qu'elle est : un brin réac. Qui a donc déconnecté Coline Serreau ?...

 Jean-Claude Loiseau »

http://www.telerama.fr/cinema/films/la-belle-verte,41691,critique.php

(2) http://imposteurs.over-blog.com/article-19611269.html

(3) http://www.dailymotion.com/video/xagd0x_entretien-avec-coline-serreau_news?start=1

(4) Les citations ne sont pas toutes textuelles , car recopiées à la hâte sur papier en écoutant la vidéo, mais je ne pense pas avoir déformé les propos. Je vérifierai très prochainement et remettrai  les citations exactes.

(5) 250 000 salariés rien qu’en France dans les industries chimiques et pharmaceutiques.

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 13:28

Lorsque Luc Ferry a publié en 1992 Le Nouvel Ordre écologique, je pensais qu’il ne faisait que relater la philosophie d’une poignée d’excentriques, et rien d’autre.  Il semble avec du recul que son essai n’était pas hors sujet : les militants de la cause animale ,voire anti-spéciste (*) , sont désormais suffisamment nombreux et puissants dans certains pays.

Mais le plus  remarquable est de voir le discours lancinant  « sauver la planète » glisser chez certains en un véritable culte de Gaïa : l’écologie politique restaure les superstitions animistes.

Parfaitement représentatif de cela, ce discours du président bolivien relayé dans la presse du NPA :

http://www.npa2009.org/content/bolivie-evo-morales-annonce-un-sommet-climatique-alternatif-pour-avril-2010-0

Morales annonce un « Sommet Mondial des Peuples sur le Changement climatique », une réunion des altermondialistes, pour parler plus clair. Il s’agira de faire de la surenchère sur le péril à venir, dont le célèbre climatologue annonce déjà la teneur :

“Une élévation de la température mondiale de deux degrés centigrades serait une menace pour la survie du monde, à tel point que les eaux des océans monterons jusqu’à provoquer la disparition d’îles où vivent des êtres humains”, a-t-il souligné.

La population de quelques atolls qui devrait s’expatrier, voila qui serait la fin du monde ? Quand on voit ce que la misère et les guerres génèrent de réfugiés, on se dit qu’il y a bien plus grave .

 


Mais le plus grave, c’est que l’idée de préserver l’environnement cède la place à une notion des droits de la Terre : « La défense de la vie, de l’humanité et des droits de la Terre-mère ». Voici maintenant la Terre devenue sujet de droit! Une logique de toute évidence anti-humaniste, qui conduit Morales à un aveu : pour lui les droits de la Terre sont plus importants que les droits de l’homme.
 
Cette vision emprunte très clairement à la mythologie amérindienne. Néanmoins, dans le pays le plus pauvre du continent américain, après Haïti, et à quelques milliers de kilomètres de la catastrophe qui a frappé cette ile, on ne peut que s’étonner d’une vénération pour la « Terre-Mère » qui ne se prive pourtant pas d’accabler les humains. Il est vrai que dans cette vision qui prête des intentions à la Terre, celle-ci ne fait que se venger…de manière pas très équitable, car elle ne punit pas tous les hommes de la même façon.

Conscient que le discours « anti-impérialiste » qui a prévalu jusque dans les années 80 a été reformulé par la mouvance écologiste et altermondialiste, Morales justifie ainsi la responsabilité  des pays riches :
 « Les causes du réchauffement global de la planète vient de l’industrialisation illimitée et déraisonnable promue par les grandes puissances qui ont contaminé l’atmosphère (sic!) et mettent en danger la vie des êtres vivants, et pas seulement des humains »
Ainsi, le mal c’est l’industrialisation « illimitée ». Un mal dont il est sûr que la Bolivie ne souffre pas ! Une responsabilité dont il exonère curieusement la Chine, qui est devenue la deuxième puissance mondiale, et surtout, le premier émetteur de CO2 devant les USA .

On pourrait rétorquer que Moralès qui a nationalisé l’industrie pétrolière devrait conformément à sa logique s’abstenir de vendre du pétrole aux grandes puissances avec lequelle elles « empoisonnent l’atmosphère » , et contre lesquelles lequel il a proposé un tribunal international climatique…  Il n’en est rien, et les USA sont toujours le deuxième partenaire commercial de la Bolivie, après le Brésil.

Alors même que les pressions autour des émissions de carbone sont pour certains pays développés le moyen de limiter le développement de certains pays et le risque de voir apparaître de nouveaux concurrents, on peut se demander à qui son agitation sert vraiment. Mais surtout que ses délires mystiques sur les droits de la Terre-Mère soient aussi bien relayés aux niveau international n’en est que plus révélateur de la dérive sans fin de cette mouvance.
Anton Suwalki
(*)
http://imposteurs.over-blog.com/article-36986694.html

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 22:01

Quel journal peut bien titrer « L'intoxication d'un agriculteur par un herbicide de Monsanto jugée maladie professionnelle » ? Une revue agricole ? Perdu , il s’agit d’une dépêche publiée sur le site du Nouvel Observateur (1).

 

Il est très rare que la presse généraliste s’intéresse aux maladies professionnelles et au sort particulier d’individus qui galèrent parfois pour faire reconnaître les maux dont ils souffrent comme maladies professionnelles. A moins qu’elle n’y flaire un parfum de scandale (comme ce fut le cas pour les victimes de l’ amiante) ou une occasion d’accrocher les lecteurs sur les thèmes à la mode. Comment se fait-il donc que le Nouvel Obs s’intéresse aux malheurs de cet homme ?

 

Si le produit incriminé avait été « naturel » ou bien fabriqué par l’entreprise Tartempion, le Nouvel Obs n’aurait probablement pas relaté l’affaire. L’intérêt qu’y porte ce journal se comprend dans les 3 mots-clés du titre : intoxication + herbicide + Monsanto. Le syllogisme enfantin et quasi subliminal dans l’air du temps qui fait la fortune de certains. Le Nouvel Obs colle ici à la campagne anti-pesticides des écologistes , et fût-ce sous forme allusive, à la campagne anti-OGM, en soulignant qu’il s’agit d’un produit de Monsanto.

 

Rien de surprenant à ce qu’un agriculteur qui considère que sa maladie est la conséquence de son activité professionnelle engage une procédure pour la faire reconnaître comme telle. Bien que les faits qu’il relate évoquent davantage les suites d’un accident du travail qu’une maladie professionnelle.

 

Le problème est que ce monsieur, Paul François, agriculteur en Charente, a déjà communiqué sur le sujet, et raconté des choses bien surprenantes et que son témoignage ressemble plus à une croisade verte qu’à une simple plaidoirie contre les lourdeurs des procédures . Il a bien sûr trouvé des oreilles complaisantes. Celles des anti-OGM , qui se jettent comme des chiens sur un os dès qu’un fait pourrait accuser la firme qui incarne les diaboliques OGM.

 

L’agriculteur avait été interviewé par Ouest France en 2009 (2), et le journaliste avait rapporté ses propos tels quels, sans procéder à aucune vérification, même élémentaire…

 

Lisons son récit :

«  Ma vie a basculé le 27 avril 2004, à 40 ans. Ce jour-là, la chaleur cogne sur les 240 ha de mon exploitation céréalière, à Bernac (Charente). Après avoir pulvérisé sur mes cultures de maïs un désherbant chimique, je veux vérifier que la cuve ayant contenu le produit a été bien rincée par le système de nettoyage automatique. Quand j'ouvre le récipient, les vapeurs du Lasso (nom commercial de l'herbicide, fabriqué par Monsanto), mises sous pression par la chaleur, surgissent et me chauffent tout le corps. »

 

 

L’accident tel qu’il est décrit est-il seulement vraisemblable ? J’ai posé la question à des agriculteurs. Voici la réponse de Pierrick , qui paraît conforme aux lois de la physique :

 

« Impossible, une cuve de pulvérisateur ne peut pas monter en pression. Une cuve à besoin d’une prise d’air pour pouvoir se vider librement, si elle était hermétique la dépression créée à l’intérieur de la cuve l’empêcherait de se vider. La pulvérisation ne pourrait pas être régulière . Rien ne doit compromettre le débit de la pompe. »

 

 

L’agriculteur n’aurait pris aucune précaution particulière , par manque d’information sur la dangerosité du produit qu’il manipulait. Il a donc porté plainte contre Monsanto.

 

« Les fabricants ne disent pas tout sur la dangerosité de leurs produits. Si j'avais su que le Lasso était à ce point volatil, si cette propriété avait été indiquée sur l'étiquette, j'aurais mis un masque avant d'ouvrir la cuve. »

Or, si le Lasso n’est plus commercialisé en France , sa fiche technique en anglais (3) comporte toutes les indications de sa toxicité, des précautions d’utilisation , en particulier le fait qu’il ne faut pas en respirer les vapeurs.

De toutes façons, toujours selon Pierrick :

« Comme tous mes collègues, je sais que des produits phyto peuvent être dangereux. Peu importe le fabricant, les premières règles de bons sens sont d’éviter tout contact avec la peau, inhalation ou ingestion. Pas un paysan ne mettrait la tête dans la cuve du pulvé pour la contrôler. Et ce quel que soit le produit et le fabricant (il me semble bien que le succès médiatique de cette affaire soit liée au nom du fabricant). »

Tout à fait d’accord avec la remarque entre parenthèses !

Selon Paul François, le malheureux agriculteur victime du Lasso :

« Mon procès a révélé au grand jour que les fabricants de produits phytosanitaires sont autorisés par la loi à garder secret tout ingrédient qui entre à moins de 7 % dans la formule. »

Un secret tellement bien gardé que je n’ai trouvé aucun texte règlementaire faisant référence à ce droit au secret, qui serait bien sûr aberrant, au moins s’il concernait le dossier d’autorisation de mise sur le marché. Car , à moins d’être totalement stupide ou corrompue, l’autorité chargée de définir les exigences documentaires d’un dossier d’AMM ne considérera pas un seuil magique de 7% : 7% de « monoxyde de dihydrogène » ou 7% d’arsenic ne pèsent évidemment pas le même poids dans la formule !

« J'apprends aussi que les tests pour homologuer les produits portent sur chaque composante, mais ne mesurent pas la toxicité du mélange. »

Faux, cette « restriction » ne vaut que pour les tests de toxicologie chronique , des tests de toxicologie aigüe et sub-chronique étant effectués sur les formulations commerciales du produit (donc du mélange). Une procédure plutôt rationnelle, finalement. Or, selon les dires propres de cet agriculteur, («Ma vie a basculé le 27 avril 2004 »- c‘est quand même très précis !-), son intoxication par le Lasso, si ce produit est bien la cause de sa maladie, relèverait d’une exposition aigüe.


Quelle «
loi du silence » (cf l’article d’Ouest France) Paul François veut-il donc briser ? Il semble avoir lui-même plutôt choisi la « loi du vacarme médiatique » , en mettant son témoignage douteux au service d’une cause douteuse.
Anton Suwalki


Notes:
(1)http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe/20100128.FAP5262/lintoxication_dun_agriculteur_par_un_herbicide_de_monsa.html
(2)http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Malade-des-pesticides-je-brise-la-loi-du-silence-_3639-874424_actu.Htm
(3)http://sinat.semarnat.gob.mx/dgiraDocs/legamb/Lazo.pdf

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 23:58

Une petite devinette pour commencer : à quel endroit pouvait-on lire en décembre 2009 les lignes suivantes ?

 

" Notre société fait de nous des individus hors-sol. Nous devenons à l'instar des tomates sous serre des humains sans racine. Il est même malvenu d'être né quelque part, d'avoir une identité. N'en déplaise à Cohn-Bendit et aux membres de la jet-set, nous sommes quelques milliards à avoir besoin de racines. Ne nous laissons pas intimider et osons dire que cette mondialisation est une "immondialisation", qu'elle est sale, qu'elle détruit les humains et la planète. Osons l'antimondialisme. "

 

Vous avez une idée ?

 

National-Hebdo ?

 

Présent ?

 

L'Action Française ?

 

Une publication quelconque des Jeunesses Identitaires ?

 

Bien essayé, mais non.

 

            En fait, le journal qui a publié cette prose vert-de-gris s'appelle La Décroissance[1], et il ne se revendique pas de l'extrême droite, mais plutôt de la gauche et de la mouvance dite "altermondialiste ". On peut d'ailleurs remarquer ici que cette mouvance a dû se battre pendant toute une décennie pour faire admettre par les journalistes qu'il fallait utiliser pour la désigner l'étiquette "altermondialiste " et non "anti-mondialisation",  façon de prendre acte de son internationalisme viscéral et de son choix d'une autre mondialisation plutôt que du refus de la mondialisation. Peine perdue, car voici qu'un journal très en vogue dans ce milieu remet au goût du jour l'"antimondialisme ", dans un encadré intitulé "La relocalisation contre le mondialisme ".

 

Précisons toutefois dès le début de cet article qu'une formule telle que : "Osons le local sans les murs ", ou d'autres passages de cet encadré, ne relèvent en rien d'une idéologie xénophobe et d'extrême-droite. La référence à l'extrême droite (ou à Proudhon par la suite)  fait allusion à un discours passéiste omniprésent, et pas à une quelconque forme de xénophobie ou d'antisémitisme, qui sont évidemment totalement absents du discours décroissant. Mais il ne faut pas s'étonner si dans une fraction de l'extrême droite, celle qui s'abreuve à la pensée d' Alain de Benoist et qui s'auto-qualifie d'"identitaire", on peut estimer que :

 

"Le concept de décroissance déploie des idées plus qu’intéressantes et nombreuses d’entres-elles convergent avec les idées et les valeurs défendues par les identitaires. (...) l’axiome central et novateur de la décroissance, que partagent pleinement les identitaires, réside sans conteste dans la remise en cause du dogme progressiste."[2]

 

            L'objet de ce texte est donc de montrer, en parcourant le numéro de décembre du journal La Décroissance, que le dérapage sur l'"antimondialisme", qui peut provoquer un appel d'air vers l'extrême-droite, ne relève pas que de la maladresse, mais qu'il prend ses racines dans un mode de pensée que l'on peut qualifier d'authentiquement "réactionnaire ". J'entends ici "réactionnaire " au sens propre du terme, à savoir une sorte de volonté de faire tourner la roue de l'histoire à l'envers, en expliquant à tout bout de champ que "c'était mieux avant "[3] et en dénonçant à longueur de colonnes les dangers du Progrès. Ces thématiques sont traditionnellement celles de la droite conservatrice de type  pétainiste, et on ne laboure pas sans risques ces terres antimondialistes et traditionnalistes, même si c'est pour y cultiver de la Décroissance bio écocitoyenne... I

 

            Voici donc, en piochant de-ci de-là, ce que l'on peut lire dans La Décroissance, en se limitant volontairement à ce numéro de décembre 2009. Je précise que j'ai naturellement choisi de mettre l'accent sur ce qui me hérisse le plus le poil. Dans le gloubiboulga qui constitue la pensée décroissante, chacun pourra éventuellement retrouver ses petits, et je peux partager par exemple un rejet du capitalisme, du gâchis et des inégalités qu'il engendre, ou encore une certaine apologie du calme et de la tranquillité. Je ne veux pas recopier ici tout le journal, il est disponible en kiosque, mais pointer tout ce qui selon moi construit une cohérence réactionnaire qui explique ce dérapage sur l'"antimondialisme".

 

 

C'était mieux avant, quand il n'y avait pas tout ce tout.

 

 

            Plusieurs articles du numéro de décembre viennent illustrer la Une de saison, sur laquelle un Père Noël hilare vide dans la poubelle son sac de cadeaux (voiture, console de jeux, téléphone portable, ordinateur, avion, mais aussi montre ou verre de vin !), sous le titre "Trop de tout". Car c'est cela le fonds de commerce de la Décroissance globale : nous souffririons de produire trop de tout. De tout, vraiment ? D'armes ou de 4X4 pour citadins, très certainement. Mais ce "de tout" pour lequel les décroissants veulent aller vers le moins englobe donc aussi la nourriture, les transports en commun, les vélos, les livres, les appareils électro-ménagers, etc. ? Ceux qui un peu partout dans le monde sont privés de "presque tout" apprécieront.

           

Mais à ceux-ci, comme aux autres, La Décroissance propose la "simplicité volontaire". Ainsi, chaque mois le journal nous présente un portrait d'un de ces héros qui se prive volontairement. Ce mois-ci, page 7, c'est Jean-Yves qui s'y colle. Et Jean-Yves est quelqu'un de bien parce qu'"Il vit sans voiture, sans télévision,sans téléphone portable, sans... Sa richesse est celle de la relation et du don, sa force, celle de la liberté". Tin tin tin ! Jean-Yves, sculpteur de son état,  nous dit gagner 350 euros par mois, mais c'est encore trop à son goût : "De toute façon, j'aimerais ne rien gagner du tout. Mon rêve serait de n'avoir aucun revenu, 0". Bon, mais comment il fait Jean-Yves ? Ben, en fait, des gens lui donnent des trucs, un copain l'emmène en camion pour récupérer son bois (car le camion, voyez-vous, ça peut quand même être utile à l'occase). En échange, Jean-Yves donne énormément. Il donne énormément de cours de sculpture (enfin, de "grattage sur bois", tient-il à préciser). Et comment s'intitule cet article à propos de Jean-Yves ? "Un précurseur" ? "Un modèle pour nous tous" ? "Un gars bien" ? Non.  "Un prophète", plutôt, pour ne pas trahir cette empreinte de religiosité qui imbibe la Décroissance.

 

            Si Jean-Yves est le praticien de la simplicité volontaire mis en avant ce mois-ci, Paul Ariès en est le théoricien systématique numéro après numéro. Paul Ariès est "politologue", c'est à dire qu'il est à la manière des chroniqueurs insupportables qui peuplent les médias un type qui n'est spécialiste de rien mais qui donne son avis sur tout, le plus souvent en brassant du vide. "Politologue", c'est en quelque sorte un genre de philosophe pompeux  dont on comprendrait toujours ce qu'il dit. Et, ce mois-ci, Paul Ariès excelle encore une fois dans l'art de la politologie, dans son long papier intitulé "Besoin de rien envie de toi (Peter et Sloane, 1984)". Car Ariès semble avoir piqué le truc de son compère sociologue-philosophe  Philippe Corcuff, qui aime citer dans la même phrase Merleau-Ponty et Alain Souchon[4].

Donc : on a "trop de tout" et de toute façon on a "besoin de rien". Car, sous le patronage de nos deux tourtereaux bêlant qui ont ensuite trahi la cause de la simplicité volontaire en chantant "C'est la vie de château avec toi", le maître à penser du journal élève le niveau et vise les cimes de la généralisation philosophique :

 

"Nous devons organiser l'éloge du vide face au constat du trop-plein. Le vide est en effet nécessaire en toute chose... L'invention du zéro a permis de penser le vide et de multiplier les constructions intellectuelles. Le silence est la mesure incontournable en musique. Toute croyance religieuse se bâtit également sur une relation à l'absence : dans le christianisme, c'est le tombeau du Christ ; dans l'Islam c'est la chaise vide qui rappelle que l'on attend le douzième Imam".

 

La démonstration mathématico-théologique est éblouissante, le lecteur en conviendra aisément. Qu'il sache que celle-ci fait partie du dernier paragraphe, intitulé "Éloge du vide", un titre-programme qui a des airs de mise en abyme, tant ce vide que revendique Paul Ariès décrit parfaitement le contenu de son argumentation. En ce sens, rarement auteur aura été aussi cohérent....

 

Évidemment, en conclusion, Paul Ariès ne rate pour rien au monde la tarte à la crème anthropologique des   "sociétés traditionnelles qui avaient tout mieux compris que nous autres Modernes aliénés"[5]. Sans que l'on ne sache généralement, et en tout cas ici, quelles sont ces "sociétés traditionnelles", qui ne sont ni nommées ni situés dans le temps ou dans l'espace, ce qui permet de les amalgamer en une catégorie fourre-tout bien pratique et à qui l'on peut faire dire en gros ce que l'on veut :

 

"Les sociétés traditionnelles acceptaient le vide avec sérénité car elles privilégiaient la cohésion sociale sur la concurrence. On ne craignait pas le vide car chacun avait la certitude d'occuper une place"

 

Effectivement, dans la société d'Ordres qui a existé "traditionnellement" en France sous l'Ancien Régime, par exemple,  chacun savait très bien quelle était sa place et qu'il ne pourrait pas en bouger. C'était bien rassurant. Surtout pour les 2% qui constituaient la noblesse et le clergé et que les 98 autres % nourrissaient par leur travail.On se demande bien pourquoi ces imbéciles de gueux ont semé la zone en 1789-1793, alors que tout était pourtant si bien réglé. Sans doute étaient-ils aveuglés par les Lumières qui vantaient le progrès et le changement. Car la Décroissance n'aime pas le progrès, et s'en prend par exemple p. 4 à François Hollande qui, le salaud, défend ce que la décroissance appelle "le catéchisme de l'idéologie progressiste". La formule est belle et La Décroissance devrait essayer de la breveter, Benoît XVI voudra peut-être l'utiliser. En attendant,  La Décroissance met tout le monde dans le même sac progressiste :

 

"Droite et gauche n'ont plus dans la tête que la perspective d'une société d'opulence même si, pour cela, il leur a fallu casser les cultures et les résistances populaires".

 

Il faudrait écrire un courrier au journal pour demander à Paul Ariès qu'il soit un peu plus explicite et qu'il n'hésite pas à révolutionner l'histoire sociale en nous citant plus précisément des exemples de ces "résistances populaires" à la perspective d'une "société d'opulence". J'ai beau être historien de formation et avoir un peu bossé sur les mouvements sociaux, je n'ai pas en tête d'images de manifs aux cris de : "Plus de liberté, moins de pain !" ou encore de grèves réclamant "moins de tout".

Mais nul doute que le politologue va nous sortir ça de sa besace....

 

 

C'était mieux avant, quand il n'y avait pas tous ces objets

 

             Venons-en maintenant à quelque chose de moins spirituel et de plus concret. Car, Paul Ariès n'a pas peur de balancer des noms et de citer précisément la cause de notre malheur, de notre oppression.

 Le grand capital ? Les religions ?

Mais, non, vous n'y êtes pas : "les objets".

 

"Ce "trop de tout" est d'abord celui des objets qui nous emprisonnent. Un chiffre : on estime qu'un logement moyen contient en moyenne 10 000 objets contre 300 au XIXe siècle."

 

 Oh putain, en voilà un chiffre qui fait peur ! 10 000 objets, ma bonne dame, mais où va-t-on ?

Oui, non, parce que c'est vrai qu'a priori, on serait tentés de répondre à Paul Ariès : "so what ?" En quoi est-ce là un truc qui "nous emprisonne" [rien que ça !] ? Là aussi, on voudrait savoir.

 

Ce qui est sûr, c'est que dans la vision décroissante du monde, les objets ne servent jamais à rien et doivent être jetés à la poubelle. Ainsi, chaque mois, dans la page "On arrête les bêtises ?" (qui n'est malheureusement jamais une autocritique à la mode maoïste, ça aurait au moins le mérite d'être drôle), on a droit à la rubrique "La saloperie que nous n'achèterons pas ce mois-ci", qui voue aux gémonies un objet du quotidien. Ce mois-ci, c'est la teinture pour cheveux qui en prend pour son grade, vu que l'"on trouve rarement mieux que notre couleur naturelle de cheveux ; les artifices ont plutôt tendance à nous enlaidir". Bref, la nature c'est bon, l'artificiel c'est caca, on connaît la chanson. Acceptons donc notre nature, et arrêtons de nous raser, de nous épiler, de nous parfumer, de nous maquiller, de nous tatouer, de nous piercinguer, de nous coiffer, de nous couper les ongles, etc., et nous serons tous et toutes beaucoup plus sexys, selon les canons décroissants. D'ailleurs, on le sait bien, dans le sociétés traditionnelles que kiffent les Décroissants, les tatouages, bijoux,  teintures de cheveux et autres parures sont notoirement absents, les musées sont souvent plein de ce vide...

Sinon, cette fixette sur la teinture pour cheveux a l'air étrange au premier abord, mais, comme le rappelle Pierre Vandrille dans son exposé présenté lors d'une conférence de Lutte Ouvrière, les décroissants se posent de graves questions existentielles à propos des cheveux et des shampoings...[6] Ceci dit, ce n'est peut-être pas là le plus ridicule : un jour j'ai lu dans cette rubrique que l'ordinateur est une saloperie qu'il ne faut pas acheter. L'article en question, comme l'avouait son auteur, était bien entendu rédigé sur un ordinateur...

 

Voilà pour la chronique "conso" mensuelle. Pour la théorie de tout ça, il faut se reporter au texte déjà évoqué de Paul Ariès, en pages 2 à 4.

 

Je glisse sur les considérations métaphysiques du type :

 

"Nos excès ont des conséquences redoutables dans tous les domaines ; ils brouillent les repères de sens ; ils sabordent notre relation au temps (...)"[7]

 

"nous ne possédons pas nos objets, ce sont eux qui nous possèdent"

 

pour en venir à l'essentiel, avant que tout le monde ne dorme à poings fermés.

Voici donc le côté un minimum pratique de la chose, à partir du rapport à l'électro-ménager de LA femme - dont on apprend que, dans les années 1950, c'était elle qui "détenait les cordons de la Bourse" (dixit Ariès) :

 

" Une foule d'objets vont donc être inventés prétendument pour lui faciliter la vie ; avec le pernicieux argument de la libération, on va lui vendre des aspirateurs, des robots, des cuisinières hyper-sophistiquées, des cuisines intégrées, des frigidaires américains, etc. "

 

Bref, que des horreurs, dont une est même américaine, c'est vraiment effrayant .

 

On peut remarquer que :

1)      Tiens, c'est marrant, il n'a pas cité le lave-linge dans sa liste, c'est bizarre.

2)      "Prétendument", dit-il. Là, on aimerait bien que Paul Ariès, visiblement spécialiste ès tâches ménagères, nous explique en quoi l'aspirateur, la cuisinière et le frigo ne facilitent pas la vie. En tout cas, moi, ça me plairait vraiment beaucoup d'avoir une démonstration sur ce thème.

3)      Elle est vraiment neuneue, la femme des années 1950 : on lui propose des objets qui ne servent à rien, et comme une conne, elle les achètent !

4)      Comme dans l'épisode biblique de la Genèse, c'est par la femme que le péché arrive et se diffuse à l'homme. Cette idiote croque d'abord la pomme du serpent et ensuite achète le robot ménager du publicitaire, c'est pas Dieu possible d'être à ce point incapable de résister à la tentation ! Et après, c'est nous les hommes qui en subissons les conséquences, alors qu'on y est pour rien (notamment dans le domaine des tâches ménagères, si vous voyez ce que je veux dire...).

 

Mais, en vrai, je me demande si tous ces objets diaboliques, en libérant du temps qui a pu être consacré à autre chose, n'ont pas quand même un peu contribué au processus d'émancipation des femmes. Pas beaucoup certes, non, mais peut-être un tout petit peu quand même. En tout cas, on ne voit pas bien comment ils auraient pu avoir l'effet inverse.

 

Cela n'empêche pas Paul Ariès de regretter ce qu'il appelle "Un art de vivre perdu" :

 

"L'enfantement de cet homme nouveau est passé par la perte de toute cette richesse, que ce soit pour cuisiner, s'occuper de la maison, coudre, bref tout ce que l'on appelait l'économie domestique".

 

"qui se souvient qu'il y a encore quarante ans, on confectionnait encore une bonne part des habits à la maison ou qu'on bricolait plutôt que d'aller chez Ikéa ?"

 

Je ne sais pas si il y a quarante ans, en 1970 donc, "on" [en général, peu importe les catégories sociales] fabriquait ses habits à la maison, j'ai même un peu de mal à y croire, mais peu importe, la question est : en quoi cela était-il mieux ? Et si c'était si mieux que ça, pourquoi a t -"on " arrêté de le faire ? Parce qu'"on " est de fieffés fainéants qui préférons la facilité ? Quant au bricolage, il faudrait vérifier, mais il me semble que, plus qu'une évolution dans le temps, il révèle une distinction entre classes sociales. "On " bricole beaucoup plus dans la classe ouvrière, aujourd'hui comme hier, non ?

 

Continuons : 

 

"Les plus de 50 ans se souviennent encore que leurs grand-parents refusaient souvent la "modernité". L'électricité était installée avec parcimonie, notamment dans les chambres à coucher, même par mon grand-père maternel, bien qu'il fut électricien ".

 

Et que faut-il conclure de cette anecdote fascinante ? L'électricité dans les maisons, et dans les chambres à coucher, a-t-elle amélioré les conditions de vie, oui ou non ? Après des décennies d'expérience et sur la base l'ensemble des connaissances accumulées, y a-t-il la moindre raison de regretter ce développement de l'électrification ? Les bénéfices constatés ont-il oui ou non excédé les "risques" possibles ? Poser la question c'est y répondre....

Sauf que visiblement, selon Ariès, il est toujours bon de souffler sur les braises technophobes, ça a l'air d'être une question de principe. Dans ce même numéro de La Décroissance, un cahier central est offert au réseau "Sortir du nucléaire". Le reste du canard, juste répartition des tâches, se charge donc d'expliquer que la bougie, c'était vachement mieux,...

 

Sauf que, cette nostalgie du temps d'avant,  ce n'est en réalité pas ce que pensent les gens qui ont connu "cet art de vivre perdu" que regrette Ariès (qui ne se mouille pas beaucoup, vu que lui dispose de l'ordinateur, de l'électricité et tutti quanti). Il se trouve que j'ai mené avec mes élèves un travail d'enquête dans leurs familles, et notamment auprès de leurs grands-parents, à propos de différents points du programme de 3e, dont celui du développement de la société de consommation dans les Trente Glorieuses. Ce qui est marrant, c'est que les vieux ne vont pas du tout, mais alors pas du tout dans le sens du regret de l'art de vivre perdu. Tous les témoignages insistent au contraire sur le fait que la vie est beaucoup plus facile aujourd'hui qu'avant, on ne voit pas poindre le moindre regret pour le temps du lavoir, des veillées au coin du feu en s'éclairant à la bougie et des déplacements limités par l'absence de transports performants. J'ai interrogé moi aussi ma grand-mère dans le cadre d'un entretien biographique, et lorsque je lui ai demandé en conclusion quel est le changement qui l'avait le plus marquée, elle m'a clairement répondu : "la machine à laver". Et je n'ai pas senti, depuis son corps affaibli par l'âge et le travail,  de pointe de regret dans la voix....

 

Un complément à tout cela est apporté pages 8 et 9 sous un titre prometteur (et sous la signature collective de la rédaction, semble-t-il) : Un programme de sortie de crise. Ah, ça tombe bien, parce qu'on a vraiment besoin d'un truc de ce genre, ces temps-ci. Sauf que, ce "programme" des décroissants, s'il est organisé en chapitres aux titres ronflants – "L'autonomie contre la dépendance" ; "Se refuser comme consommateur" ; "Se refuser comme producteur" [ qui a dit : "parasites" ?] ; "Le ralentissement contre la vitesse" ou même l'écolo-psychanalytique "Le jardin planétaire contre le refoulement de la nature" - , ne comprend en tout et pour tout me sembl-t-il qu'une seule mesure concrète : la suppression du TGV (parce que la vitesse, c'est mal, et parce que le TGV fait disparaître les TER, - y a pas moyen d'avoir les deux, ne me demandez pas pourquoi).

 

À défaut de trucs concrets et éventuellement applicables, on est bombardés de pensées profondes du type :

 

"Le forçat du travail et de la consommation est entrainé à dire oui. Il faut positiver ! Conséquence : les parents ne savent plus dire non et frustrer leurs enfants alors que la frustration est indispensable à toute culture."

 

"Perdre le contact avec la nature, c'est pourtant perdre le contact avec soi-même, puisque nous faisons aussi partie de la nature ! (...). Nous violons notre propre chronobiologie. Nous saccageons la planète. Nous vivons hors du temps et hors sol."

 

"La première des décroissances doit être celle des inégalités. Non seulement parce que le mode de vie des riches est insoutenable, mais parce qu'ils donnent le mauvais exemple aux classes inférieures" [ça doit vouloir dire : "classes populaires"]

 

"Les objecteurs de croissance campent du côté du politique contre l'économique [?] , du côté des institutions contre les machines [????]"

 

Je voudrais retenir ici un passage très significatif, dans la partie "L'autonomie contre la dépendance":

 

"La société industrielle nous prive du pouvoir sur notre vie. Nous devenons les terminaux de systèmes technoscientistes. Que savons-nous de l'eau potable que nous buvons ? Que savons-nous de l'utilisation de nos impôts ? Que savons-nous faire de nos mains ? Le citoyen, devenu un consommateur, est dépossédé au profit des experts."

 

Ce passage, que certains pourront peut-être trouver séduisant ou pertinent, est en fait, je crois,  un concentré explosif de questions mal posées. Ici, l'ennemi est manifestement la science et l'industrie, qui seraient responsables d'un recul du contrôle populaire au profit des experts.

Ce qui fascinant, c'est l'aspect totalement a-historique et a-social de la pensée Décroissante, qui se focalise sur les dangers des technosciences. Quel était le pouvoir sur sa vie du paysan métayer en 1820, avant la généralisation de la société industrielle ? Certainement moins important que celui du propriétaire terrien qui l'exploitait. Dans le monde décroissant, il n'y pas de classes sociales, il n'y a qu'un "on" citoyen, menacé de partout par la modernisation. Il existe en fait des mécanismes économiques de subordination qui rendent les travailleurs plus dépendants, et l'histoire sociale française est effectivement marquée par une résistance particulièrement forte des ouvriers à la prolétarisation, afin de maintenir une parcelle d'autonomie[8]. Mais le problème est-il les technosciences... ou le capitalisme ?

En ce qui concerne l'utilisation de nos impôts, on en sait certainement beaucoup plus aujourd'hui qu'il y a deux siècles. La  société est beaucoup plus transparente – mais aussi plus compliquée - , c'est comme ça. Le développement des moyens de communication modernes doit y être pour quelque chose...

Que veulent savoir les décroissants à propos de l'eau potable qu'ils boivent ? Si elle est potable ? La courbe de l'espérance de vie depuis le début de la société industrielle devrait nous donner une indication à ce sujet (entre autres)  : De 1900 à 2000 l'espérance de vie en France est passée de 40 à 78 ans [9]!

 

            Quant à devoir s'en remettre aux experts faute de pouvoir tout faire soi-même, c'est vieux comme... la division du travail au néolithique, non ? Et le phénomène s'accentue mécaniquement au fur et à mesure que l'humanité développe ses connaissances et son contrôle de la nature. L'idéal de l'honnête homme du XVIIIe siècle, celui qui est au courant de toutes les choses de son temps,  est aujourd'hui totalement inaccessible, le savoir étant devenu infiniment trop vaste. Un biologiste contemporain est probablement largué dans la plupart des domaines de pointe de sa discipline, sauf celui dans lequel il est lui-même expert. Et alors ? Que faut-il faire ? Mettre en place un service public de l'expertise au service de la population, des procédures de contrôle entre experts... ou alors revenir en arrière, loin en arrière,  quand il y avait beaucoup moins de choses à savoir et que chacun pouvait espérer accéder à l'ensemble des connaissances de son époque ?

Enfin, si Paul Ariès et les décroissants veulent savoir faire plus de choses de leurs mains, qu'est-ce qui les empêche d'aller faire un stage en mécanique pour apprendre à  réparer un moteur, ou même de passer un CAP de menuiserie plutôt qu'un Master en sciences politiques ? Au moins pourraient-ils alors produire quelque chose d'utile à autrui. Parce que, en l'état, je ne vois pas quel bénéfice tirer de la consultation de leurs productions théoriques indigentes et passéistes.

 

 

C'était mieux avant, dans les salles de classe

 

            Ce qui, en tant qu'en enseignant, a attiré mon attention sur ce numéro de La Décroissance, c'est l'annonce en Une d'un article consacré à "Philippe Meirieu, pas écolo et mauvais pédago". Réglons tout de suite la question de la première partie de la charge : Meirieu est candidat aux élections régionales sur une liste des Verts, et, comme tout sectaire qui se respecte, l'Objecteur de Croissance déteste avant tout celui qui lui ressemble le plus, et pérore inlassablement sur le thème : "C'est moi le vrai, lui c'est un faux". Mais bon, ça, c'est leur problème....

 

Ce qui m'intéresse ici est la manière dont, page 9, Paul Ariès - encore lui - se livre à une charge contre le pédagogue Meirieu, sous le titre : "Meirieu contre l'école". Commençons d'abord par souligner le caractère parfaitement ridicule de cet intitulé, en précisant à ceux qui ne sont pas férus de questions d'éducation que Philippe Meirieu est un des pédagogues français importants des dernières décennies, et qu'il vient en gros du courant dit de l'"éducation populaire", consistant à élaborer des méthodes de travail fondées sur la mise en activité des élèves et sur une construction collective et coopérative du savoir. Je crois qu'on peut dire ça comme ça... On peut penser ce que l'on veut de la démarche de Meirieu, de tel ou tel point de ses analyses, de sa mdéarche globale ou de son passage au ministère Allègre, mais le présenter comme un opposant à l'école est un contresens particulièrement grotesque. Et particulièrement fort de café lorsque l'on sait que parmi les Pères Spirituels d'Ariès et de la Décroissance se trouve au tout premier plan le fameux Ivan Illitch, qui était lui un authentique opposant à l'école, qu'il présentait comme une simple institution de conditionnement des masses. Parmi ses publications figurait par exemple un texte très symptomatique,"Le potentiel révolutionnaire de la déscolarisation", paru au Seuil en 1971 dans le non moins symptomatique Une société sans école[10]. Et les partisans contemporains de la décroissance en général ne sont je crois pas les derniers à développer cette détestable pratique de l'éducation à domicile ou des écoles alternatives, qui évitent de mêler ses rejetons à ceux du commun. Alors, quand Ariès, le politologue touche à tout, vient faire la leçon à Philippe Meirieu sur le terrain de l'école, ça s'annonce prometteur....

            En gros, la critique étalée ici ressemble comme deux gouttes d'eau à celles des plus conservateurs des intervenants de l'Education Nationale, comme le syndicat SNALC, les associations du type "Sauvez les Lettres " ou des bouquins boursouflés du genre La fabrique du crétin. Avec toutefois chez Ariès une petite touche de passéisme technophobe en guise de cerise sur le gâteux.  Morceaux choisis :

 

"Cette proximité entre droite et gauche en matière pédagogique est symbolisée par le personnage de Philippe Meirieu, véritable gourou français du pédagogisme, importateur en France des méthodes qui ont prouvé leur dangerosité aux Etats-Unis (..)"

 

"Le pédagogisme dont Meirieu n'est que le représentant en France est en réalité l'idéologie bien-pensante élaborée aux États-Unis pour "massifier" la culture."

 

"une véritable macdonaldisation de la pensée "

 

Bon, on l'aura compris, ce qui affleure surtout ici, c'est à la fois une forme de xénophobie anti-américaine somme toute banale (puisque dire d'une chose qu'elle vient des États-Unis semble suffire à la disqualifier) matinée d'une espèce de racisme de classe (ce rejet de la "massification de la culture "), tous les deux étant fréquents dans les colonnes d'un journal où l'on caricature régulièrement le consommateur beauf tant honni sous les traits d'un gros à casquette. C'est un point commun entre La Décroissance et Nadine Morano : ils ont tous les deux un rapport pathologique aux gens qui portent des casquettes.

 

Lorsque Paul Ariès présente ce qu'est selon lui la pédagogie de Meirieu, il le fait d'une manière totalement déformée qui rappelle, au mot près,  la prose des plus réactionnaires adversaires du dit "pédagogisme" :

 

"Ce pédagogisme sacrifie tout simplement l'idée même de transmission. Conséquence : il faut interdire aux profs de faire des cours magistraux, on va généraliser à la place une fausse participation qui transforme les cours en café du commerce avec cette incapacité actuelle à obtenir simplement le silence en classe, l'enseignant devient un animateur (comme on dit dans les textes officiels), on utilise même le travail en groupe, qui ne crée pas de coopération mais plutôt de l'hétérogénéité, au risque que les plus faibles tirent les meilleurs vers le bas "

 

Manifestement, Ariès confond la pratique actuelle de la majorité des enseignants avec celle de l'incompétent héros du film de Laurent Cantet Entre les murs. Mais qu'est ce qu'il en sait, Ariès, de ce qui se passe en vrai dans les salles de classe ? Sur quoi il se fonde pour balancer toutes ces âneries qui font, elles, effectivement penser au café du commerce - un soir où les clients auraient particulièrement abusé de la bibine ? Comment peut-on écrire un truc aussi idiot et oxymorique [ça se dit ?] que "le travail en groupe ne crée pas de la coopération " ?  Comment peut-on à ce point reprendre à son compte un argument aussi élitiste et éculé que "les plus faibles tirent les meilleurs vers le bas " ? C'était mieux avant, c'est ça, quand les plus faibles n'avaient pas accès à l'école, avant cette satanée massification de l'enseignement, qui rappelle celle "de la culture venue des États-Unis " ? Cet aplomb, pour lequel la suffisance le dispute à l'ignorance,  ne saurait étonner de la part de quelqu'un qui s'est fait une solide réputation de péroreur sur des thématiques qu'il ne maîtrise absolument pas. Le lecteur sceptique pourra se reporter par exemple à cette critique de l'ouvrage que Paul Ariès a publié aux très catholiques éditions Golias pour lancer l'alerte sur le péril sataniste en France (si, si, sans rire). La recension des erreurs factuelles est particulièrement croustillante :

 

http://www.obskure.com/fr/dossier-kulture.php?id=42

 

Bref, dans l'éducation nationale, le pédagogisme, voilà le grand Satan responsable de tous les maux :

 

"Philippe Meirieu sait bien en effet que le bilan de son idéologie pédagogique sectaire est effroyable en termes de niveau scolaire, parce qu'elle a rendu tout enseignement impossible dans nombreux établissements où ces méthodes font des dégâts."

 

Bref, tout est de la faute au pédagogisme de Meirieu. Voilà qui exonère à bon compte les suppressions de postes et les classes surchargées, les phénomènes de ghettos urbains, la misère sociale en général, etc., le tout en faisant totalement abstraction du contexte général de massification de l'enseignement. Au temps des grands - mères, qu'Ariès révère, une large partie de la population n'accédait pas à l'enseignement secondaire et notamment au lycée, et les problèmes se posaient donc bien différemment. Le hic, c'est qu'on a ouvert la porte à ces salauds de pauvres à casquette, alors après, forcément, les faibles ils tirent les meilleurs vers le bas, comme il dit, l'Ariès...

 

Un des ressorts de la massification de l'enseignement secondaire, bien plus qu'une farouche volonté de démocratisation émancipatrice de la part de couches dirigeantes prises d'une soudaine envie d'ouvrir les portes de leurs sanctuaires scolaires, est en fait la nécessité de l'élévation du niveau de formation de la main-d'oeuvre. Pourquoi donc ? À cause des mutations technologiques liées à ces satanées révolutions industrielles abhorrées par les décroissants. Et là, Ariès fait preuve d'une certaine cohérence dans sa pensée passéiste en se situant à la pointe d'un nouveau combat qui lui permet de contourner sur leur droite les plus réacs des réacs : le refus de l'informatisation de l'école :

 

"Le journal La Décroissance ne cesse depuis des années de condamner cette idéologie scolaire, dont l'informatisation de l'école est l'emblème."

 

[A propos de ce qu'il appelle "les mirages de la technoscience "] : "La prochaine étape de ce pédagogisme, c'est en effet la disparition du métier de prof, le remplacement de l'exemple humain par des machines (didacticiels, wifisation). Un "bon prof" est, selon les critères des IUFM, un accro des technologies informatiques ".

 

Putain, mais c'est "Terminator attaque l'école " ! Allo, John Connor, au secours, reviens vite, Meirieu est payé par Skynet et va donner le pouvoir aux machines, c'est effroyable !

 

La "prochaine étape " serait ainsi "la disparition du métier de prof", rien que ça ! Manifestement, ce n'est pas dans tous les domaines que les Décroissants sont adeptes de la sobriété volontaire, c'est le moins qu'on puisse dire.

 

Bon, de ce que j'en ai compris grâce à Google, la wifisation, c'est l'installation du wi-fi (Internet sans fil, quoi), et un didacticiel c'est un logiciel éducatif.... et il est où le problème ? On savait déjà que, dans la tête des technophobes, le wi-fi ça donne le cancer et plein de trucs terribles, on apprend ici qu'en plus ça fait disparaître les profs (par la faute du pédagogisme technophile, donc, pas par celle de de l'austérité budgétaire appliquée à l'Education Nationale).

Là où c'est très énervant, quand on est prof, c'est que l'on fait des efforts pour qu'à l'école on permette à tous les enfants d'accéder à un minimum de culture informatique, pour qu'ils se débrouillent au mieux dans le monde moderne. Pour qu'ils puissent plus tard, sait-on jamais,  faire un journal, comme le font les décroissants, qui aux dernières nouvelles ne diffusent pas des papyrus ou des tablettes d'argile, et ne rédigent pas leurs âneries passéistes à la main sur des stencils qu'ils ronéotypent.  Bref, à l'heure où l'enjeu est de suffisamment doter en ordinateurs les écoles délaissées pour qu'elles puissent réellement faire accéder les élèves à cette culture (problème qui ne se pose aucunement chez les bourgeois),  le discours d'Ariès est juste insupportable.

 

Sur sa lancée, et s'appuyant su un livre d'une certaine Liliane Lurçat, qui a elle aussi le sens de la mesure et de la sobriété (Vers une école totalitaire ? L'enfance massifiée à l'école et dans la société, de Guibert, 1998), Ariés étend sa haine de la science jusqu'au domaine de la pédagogie :

 

"l'école de Meirieu n'est plus celle de la République, mais celle des sciences de l'éducation "

 

C'est limite pathologique, cette phobie chez les décroissants de tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la science ! Sachez-le : ce qu'il faut mettre aux commandes de l'Education, c'est le politique, les valeurs, et certainement pas une compréhension raisonnée des champs du savoir et de leur mode de transmission. Peut-on tenir un discours plus idéologique que celui-là ? Même Chevènèment, qui avait en 1985 rétabli dans le secondaire les leçons de morale républicaine, sous le nom d'Education Civique,  ferait figure de moderniste à côté de Paul Ariès. Il y a du Finkelkraut ou du Max Gallo chez cet homme-là, à n'en pas douter.  À l'heure où, par exemple, les professeurs d'histoire-géographie s'efforcent de lutter contre les incursions du politique et les injonctions présidentielles pesant sur leur pratique (rôle "positif " de la colonisation, lettre de Guy Moquet, adoption de la mémoire d'un enfant victime de la Shoah...), il faut le dire clairement : la prose de Paul Ariès de fait un marchepied du pouvoir, et un ennemi du savoir.

 

 

Conclusion :

 

La démarche passéiste du journal La Décroissance n'est pas une nouveauté de l'histoire. Il existe des textes datant de l'Antiquité et brodant sur le thème : "tout fout le camp » et "du temps de ma jeunesse c'était mieux"[11]. On dispose d'articles du XIXe siècle expliquant que les nouvelles technologies allaient ruiner la santé des gens. Par exemple, les opposants au train à vapeur expliquaient que le corps humain ne pourrait pas supporter une telle vitesse, du type 30 km/heure, et décrivaient des symptômes évoquant ceux ressentis aujourd'hui par les électro-sensibles.

 

Et les Décroissants ne sont pas non plus le premier exemple de rebelles réactionnaires. Je pense ici avant tout à certains "socialistes utopistes" qui, en opposition radicale à l'industrialisme socialisant de leur contemporain Saint-Simon, pouvaient élaborer des théories révolutionnaires tout en étant sur bien des aspects, y compris sociaux,  d'authentiques conservateurs. Si la prose de La Décroissance peut faire souvent penser à celle de Charles Fourier, dont elle reprend le psychologisme abstrait et la volonté de vivre "autrement" à côté du monde, sa démarche évoque surtout celle de Pierre-Joseph Proudhon, qui était capable de tirades révolutionnairistes incendiaires tout autant que d'esclandres violemment réactionnaires. Précurseur de l'anarchisme, Proudhon était surtout l'auteur d'une théorie du corps social complètement rétrograde par rapport aux évolutions économiques de son temps, vantant les mérites de l'artisanat face au développement de la grande industrie. Le "small is beautiful" version relocalisation est largement une resucée des thèses de Proudhon, dont l'anticapitalisme, contrairement à celui de Marx, regardait déjà vers l'arrière plutôt que vers l'avant[12]. Jouissant encore aujourd'hui d'une popularité assez indécente, Proudhon a pourtant été le prototype du "vieux con" fort peu sympathique : plus xénophobe et mysogine que ne le réclamait son époque, Proudhon a été sur le plan "sociétal" surtout précurseur dans un domaine, celui d’antisémitisme.[13].

 

Les "briseurs de machine", tels les luddites du début du XIXe siècle dont se réclament par exemple les opposants aux OGM, rendaient les machines responsables des licenciements effectués par des "patrons" voulant gagner en rentabilité et en productivité. C'était là l'expression une vision du monde correspondant à un horizon borné par les possibilités de l'époque (fragmentation de la "classe" pas encore constituée, communications réduites, absence de mouvement structuré au moins à l'échelle nationale etc.). Depuis se sont développés la conscience de classe, le mouvement ouvrier, les journées de lutte internationales et tant d'autres phénomènes correspondant à un élargissement de l'horizon intellectuel, appuyé sur une adhésion au développement des sciences.

 

 Tout ça pour en revenir au localisme et au refus du progrès technique ?

 

Il n'y a pas que du côté du Code du travail que la mode est au retour en arrière.

 

La Décroissance est un journal qui vous fait voyager dans le temps.

 

Pile deux siècles en arrière.

 

Luc Marchauciel

 

 

 



[1]    Numéro 65, p. 8.

[2]    Voir le lien suivant, merci à  Anton Suwalki pour le tuyau)  : http://ch.novopress.info/962/propos-d%E2%80%99un-identitaire-sur-la-decroissance/

[3]    J'emprunte cette formule-leitmotiv à Fancis Cabrel, ou plutôt à la marionnettte de Cabrel dans les Guignols de l'Info. En vrai, je crois que Farncis Cabrel, même si sa musique ne m'intéresse guère, vaut beaucoup mieux que cette caricature, notamment pour avoir importé dans l'Hexagone des sonorités venues de la de country-rock états-unienne , ce qui le distingue de la xénophobie américanophobe véhiculée par la Décroissance.

[4]    Voir à ce sujet son inénarrable compte-rendu du film Avatar : http://www.rue89.com/2010/01/03/avatar-contre-cohn-bendit-lecologie-doit-etre-anticapitaliste-132082

[5]    La formule-résumé est de moi, ce n'est pas une citation.

[7]    Paul Ariès témoigne-t-il ici d'expériences éthyliques mal maitrisées ?

[8]    Voir Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société française (Seuil, 1986)

[10]  Cité dans Cyril DI MEO, La Face cachée de la Décroissance, L'Harmattan, 2006, p. 39. Un ouvrage à lire pour connaître le background intellectuel de la Décroissance.

[11]  Je suis certain d'en avoir lus, mais je sais plus où, et je n'arrive pas à retrouver. Si quelqu'un a une référence ou même une citation, qu'il ou elle n'hésite pas à poster ça dans les commentaires.

[12]  En 1846, Proudhon a publié un ouvrage intitulé Philosophie de la misère (un titre qui sonnerait très "décroissant" dans le contexte actuel). Marx lui a répliqué par un cinglant et ironique Misère de la philosophie.

[13]  Il a  élaboré une version racialiste de celui-ci qui allait au-delà des clichés judéophobes l'époque. Voir Michel DREYFUS, L'antisémitisme à gauche, histoire d'un paradoxe (La découverte, 2009).

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 14:47

C’est vendu sur les présentoirs de la poste à 4 euros 50. Il s’agit d’un cahier de la collection Les docs des incollables destinée aux 10-14 ans. Il s’intitule : le développement durable, tout comprendre d’un coup d’œil.

Quand on a lu le cahier et qu’on réalise que cette brochure est le fruit du « partenariat durable » de La Poste et de la WWF pour « un courrier responsable », on comprend tout en effet. La Poste entend se positionner sur le créneau de l’écologiquement correct et participer à la diffusion de ce discours simpliste , stéréotypé et bêtement moralisateur. Il n’est absolument pas question d’amener les enfants à réfléchir - ne parlons pas de « tout comprendre en un coup d’œil »!- mais de transformer les consommateurs « responsables » en herbe en petits perroquets savants.

Ceux-ci apprendront à parler le jargon mièvre et à ressasser les formules toutes faites censées résumer la philosophie écologiste, où « durable » est conjugué à toutes les sauces, où le tourisme est paraît-il « solidaire », où le commerce est « équitable », où les individus agissent selon une démarche « citoyenne active»… 

A l’évidence , nos chers enfants en apprendront bien davantage -espérons-le- dans leurs cours de SVT et de géographie sur les questions qui sont (mal)traitées ici.

Dans les deux premières pages, consacrées à la Terre, un milieu vivant et fragile, les « experts » auteurs du livre abordent dans des encadrés de deux ou trois lignes une dizaine de thèmes tels que l’  « effet de serre », « la biosphère », « une  petite histoire de la planète » , « la  Terre en mouvement », qui n’apprendront strictement rien aux jeunes lecteurs et qu’ils ne sauront de toute façon pas relier aux problèmes relatés ailleurs. « La Terre dispose de richesses naturelles de différentes natures (sic) :l’eau, indispensable à la vie, le pétrole source d’énergie, mais aussi le poisson, source d’alimentation ». Quelle révélation ! C’est tout ?

Même si l’objectif de ce cahier pédagogique semble être de former les futurs citoyens à consommer « responsable» dans une optique de « développement durable », comme on dit dans le jargon du capitalisme vert, la philosophie antihumaniste de la WWF qui préfère la nature immaculée à l’humanité, transparait dans de nombreux passages.

Ainsi, il s’agit de protéger la banquise non pas à cause des conséquences que cela pourrait avoir pour l’homme, mais pour protéger l’ours polaire. Le jeune lecteur apprendra également dans ce raccourci saisissant que : « L’exploitation des ressources naturelles est une activité vitale pour les êtres vivants. Dans la nature, ils n’utilisent que ce dont ils ont besoin. L’homme, à la différence de la plupart des autres êtres vivants, exploite les ressources naturelles au-delà de ses besoins, notamment en raison de l’industrie (pêche, agriculture, exploitation des énergies, etc..). » On suppose donc que les besoins de l’homme, c’est ceux que la pêche, la chasse et la cueillette lui permettaient de satisfaire de manière aléatoire, aux temps bénis où il ne savait prélever sur la nature que ce que celle-ci voulait bien lui accorder, comme les autres êtres vivants. Pour La Poste et la WWF, les besoins produits de la culture et satisfaits grâce aux progrès de la civilisation et des techniques n’en sont pas vraiment ! Question : a-t-on vraiment besoin de La Poste (même responsable) ?

Une page est consacrée à l’empreinte écologique, WWF oblige. Nous avons démontré que ce concept est outrancièrement simpliste, donc anti-scientifique, et qu’il est de plus basé sur des calculs falsifiés (*). Qu’importe, les chiffres sensationnalistes biaisés dont on bombarde déjà les adultes frapperont d’autant plus facilement les jeunes esprits : « L’homme n’est pas le seul à vivre sur Terre. Si l’on considère qu’il faut réserver un quart de la surface aux autres espèces, alors il ne reste plus que 3 terrains de foot disponibles en moyenne. Aujourd’hui, pourtant, un Européen en a besoin de 10. » . Il est donc selon les néo-écologistes de la poste indispensable de « réduire notre empreinte écologique, pour transmettre aux générations futures une Terre capable de subvenir à des besoins raisonnables ». Une fois encore, on ne nous dira pas quels critères objectifs permettraient de définir des besoins « raisonnables » ! Par contre, en bons manipulateurs des jeunes esprits, les auteurs suggèrent ce qui est déraisonnable à l’aide d’un petit dessin, où un petit garçon fait un geste de rejet devant les images d’une usine, d’un immeuble, d’une voiture (qui rejette une grosse fumée noire), d’un hamburger-frites, et d’une boite de Coca !

Comment faire passer un discours simpliste autrement qu’accompagné d’images suggestives, moralisatrices et culpabilisatrices? Sur la page suivante, on voit un mère tancer un garçon qui a laissé un robinet d’eau ouvert… Sur la même page consacrée à l’eau, on apprend que 9 pays dans le monde disposent de 60 % des réserves d’eau douce, 40% pour tous les autres pays. Sauf qu’histoire de forcer le trait, la représentation en camembert a été déformée, et les 40% n’apparaissent que comme un petit 20%…

Si le terme de « forêt, poumon de la terre » n’est pas prononcé, le jeune cerveau à conquérir n’échappera pas au fond du message trompeur : « les arbres captent de grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère et diminuent d’autant l’effet de serre. Les forêts ralentissent ainsi le réchauffement climatique ».

Les pages consacrées à l’énergie sont aussi révélatrices de la démarche. Les énergies renouvelables sont décrites de manière « neutre », sans aucune mention de leurs inconvénients et de leurs insuffisances. Concernant les énergies fossiles, est mentionné le fait qu’elles sont non renouvelables et qu’elles émettent de grandes quantités de CO2, pas les autres nuisances qu’elles occasionnent. Concernant l’énergie nucléaire , il n’est pas mentionné qu’elle n’émet qu’une quantité infime de CO2. Par contre « elle génère des déchets dangereux qu’on ne sait pas éliminer ». Voilà une belle démonstration d’objectivité !

Le comble du manichéisme est atteint dans la page consacrée à l’agriculture. Chose curieuse, l’encadré d’une phrase consacré aux OGM ne comporte aucun jugement négatif, mais il est exprimé dans un langage que des gamins n’ayant aucune connaissance en biologie ne comprendront pas : « un OGM est une plante (ah bon, il n’est d’OGM que végétaux ?) dont le patrimoine génétique a été modifié par l’homme pour lui donner de nouvelles propriétés ou caractéristiques, pour mieux résister aux insectes par exemple ».

A part ça, le petit incollable doit assimiler le préjugé basique des écologistes : chimique=mauvais, naturel=bon. « L’agriculture intensive est source de pollution en raison de l’utilisation d’engrais, de pesticides, des émissions de gaz à effet de serre . L’agriculture biologique respecte les produits (ce qui ne veut rien dire) et l’environnement (ce qui relève davantage de la légende urbaine que de la réalité)».

On apprend à la fin de ce cahier qu’il a été réalisé « avec l’aide d’une équipe d’experts ». Experts en quoi ? A part en bourrage de crane, on ne voit pas….

Anton Suwalki



(*)

http://imposteurs.over-blog.com/article-33549187.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-33549187.html

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 10:51

A la Libération, après la Deuxième Guerre Mondiale, le Parti Communiste Français a pendant quelques années porté une grande ambition, celle de produire avec ses intellectuels sympathisants une nouvelle Encyclopédie destinée à succéder à celle de Diderot, et qui devait s’intituler l’Encyclopédie de la Renaissance Française. Il s’agissait de présenter l’ensemble des connaissances de l’époque, à la manière de ce qu’avaient fait les encyclopédistes des Lumières, mais cette fois-ci en le faisant en quelque sorte « à la lumière du marxisme ». Le projet fut abandonné du fait notamment des divergences d’approche entre d’un côté  les intellectuels communistes, et notamment les scientifiques,  et de l’autre  la direction du Parti. En effet, Frédéric Joliot-Curie expliqua par exemple qu’il ne voyait pas ce que pouvait être une physique marxiste, et qu’il ne connaissait que la bonne et la mauvaise physique. Lors des réunions de travail, les plaisanteries fusèrent, Joliot demandant par exemple à pouvoir se charger de l’article sur « Marxisme et transfusion sanguine », alors qu’un spécialiste des mollusques s’interrogea sur la manière d’aborder sa discipline à travers le thème « marxisme et mallocologie ». Bref, le projet avorta logiquement…

Toutefois, il semble connaître une seconde jeunesse, puisque le site de la revue Contretemps vient de consacrer une partie de son espace au thème « marxisme et libération animale », à travers un texte intitulé « La question animale : un débat à ouvrir dans le mouvement anticapitaliste » :

 

http://contretemps.eu/interventions/question-animale-debat-ouvrir-dans-mouvement-anticapitaliste

 

 

Disons le tout net : à première vue, parce que c’est trop énorme, on pense d’abord en lisant le papier qu’il s’agit d’un canular, et que le véritable auteur en est par exemple Alan Sokal. Celui-ci, après avoir piégé en 1996 la revue post-moderne Social Text, aurait repris du service et voulu prouver que l’on peut publier n’importe quoi dans une revue marxologique, pour peu que l’on utilise le vocabulaire adéquat et les citations de quelques textes sacrés bien choisi. Et le canular aurait à nouveau fonctionné.

Sauf que, si l’on « google » le nom de l’auteure, Agnese Pignataro, il est confirmé qu’il ne s’agit pas d’un pseudonyme du rusé Alan, mais que l’auteure existe bel et bien. Elle est  « philosophe de formation », elle a fondé la revue Liberazioni et elle milite dans le mouvement « animaliste » et « antispéciste »[1]. Il est possible, voire probable,  que certains lecteurs ignorent ce qu’est l’ « antispécisme ». Celui-ci consiste en gros à décalquer l’antiracisme appliqué à l’espèce humaine, pour proposer l’idée d’une égalité en valeur des différentes espèces vivantes. Ainsi, installer un tue-mouches dans sa cuisine en été serait une attitude typiquement spéciste, tout comme le fait d’élever des moutons pour honteusement leur tondre la laine sur le dos. Les antispécistes conséquents sont bien entendus végétaliens –puisque le simple végétarisme est coupable d’exploitation des animaux en leur volant par exemple le lait, les œufs  ou le miel – et ne portent pas de laine. Bon, je dis peut être des choses approximatives et je n’aurais pas tout compris, mais il doit bien y avoir sur Wikipédia un article sur le sujet résumant tout ça objectivement pour qui le souhaite[2].

 

La nouveauté de cet article que propose l’article de Contretemps est de développer cette philosophie antispéciste « à la lumière du marxisme », en mettant au centre de la réflexion l’idée d’exploitation. Et là, accrochez vous, camarades, ça décoiffe. Voici annoncé le plan et l’ambition de l’article – qui a le grand mérite de proposer une sorte d’ « abstract » énonçant clairement ce qui va être dit, ce qui est loin d’être toujours le cas dans la littérature philosophique et l’exégèse marxienne :

 

« Dans ce texte nous esquisserons une critique de l'idée d'une différence substantielle entre les humains et les autres animaux dans la version qu'elle connaît chez Marx. Nous examinerons ensuite la base matérielle de cette idée, c'est-à-dire l'exploitation des animaux non humains, et notamment la configuration qu'elle prend dans la société capitaliste. Enfin, nous proposerons quelques remarques sur la pertinence politique de l'idée de libération animale dans le cadre d'un projet anticapitaliste. »

 

Les deux dernières phrases font penser aux genres de délire qu’on se tape entre marxistes tendance geeks, en proposant pour Matrix ou Star Wars des grilles de lecture ultra politisées voyant dans untel le prolétariat et dans untel la bourgeoisie[3]. Sauf qu’ici, et jusqu’à preuve du contraire, on est forcés d’admettre qu’il ne s’agit pas d’un gag ou d’un délire entre copains lors d’une soirée trop arrosée[4]. Non, tout cela semble dit sérieusement, ce qui est beaucoup plus inquiétant.

 

La première partie du texte est donc consacrée à explorer l’œuvre du Marx, pour en gros dire que Marx et les marxistes ont eu tort de ne pas appliquer leurs catégories d’analyse à la situation faite aux animaux par les Hommes. Sont ainsi convoqués des extraits de LIdéologie Allemande, Les manuscrits de 1844 ou du Capital.  Il est frappant de constater que les textes fondateurs auxquels il est fait référence ici sont surtout – en dehors du Capital - des textes très généraux de philosophie, anciens dans l’œuvre de Marx et d’Engels, et pas des textes relevant de l’application des concepts à l’analyse concrète d’une réalité précise. Par exemple, Engels, qui s’efforçait alors d’appliquer les idées darwiniennes à l’analyse de l’évolution des sociétés humaines,  a rédigé en 1876 un texte sur  Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme[5], puis s’est essayé en 1883 à une théorie générale de l’évolution de la nature fondée sur ses conceptions matérialistes dialectiques : La dialectique de la Nature. On s’étonne de ne pas les voir évoqués dans un article qui veut traiter en marxiste de l’exploitation des animaux par les hommes. Parions que l’explication tient au fait qu’il est plus simple de bricoler avec des concepts piochés de ci de là dans des œuvres éparses et largement « philosophiques » : à des phrases très générales, on peut faire dire beaucoup de choses, éventuellement tout et son contraire, et même, comme c’est le cas ici, absolument n’importe quoi. Cela évite aussi de faire ce que Engels avait lui fait à son époque : s’appuyer sur la science de son temps, et non sur un bricolage de textes épars et anciens,  pour élaborer sa vision du monde. Evidemment, ce type de travaux peut apparaître largement dépassé de nos jours, la science ayant considérablement progressé depuis…. alors que le texte n’a lui pas bougé. Mais c’est la démarche qui compte, et le fossé est considérable avec celle d’Agnese Pignataro dans Contretemps, qui, en 24 notes d’un texte consacré largement à effacer les distinctions entre ce qui relève de l’ « humain » et ce qui relève de l’ « animal », ne renvoie à absolument aucune publication dans des domaines tels que la zoologie ou plus encore l’éthologie (science qui a pour objet l’étude du comportement animal). Les références les plus « scientifiques » relèvent de la statistique, pour déterminer combien d’animaux sont chaque année tués pour la consommation humaine  - données venues des producteurs, du ministère de l’agriculture ou de l’INSEE. On notera avec amusement la fait que l’auteure se sent obligée de faire une note de bas de page - la 15 - pour simplement donner la source de son estimation de la population française « humaine » en 2007, ce qui permet de faire apparaître à peu de frais une référence solide comme l’INSEE dans un texte qui n’en comporte en réalité aucune si l’on se réfère à son objet  :

« Les chiffres de l'exploitation animale sont impressionnants : dans la seule année 2007, et rien qu'en France, ont été tués officiellement 1 milliard d'animaux terrestres pour la consommation humaine[12] ; ce chiffre ne comprend même pas les animaux morts de maladie dans les élevages, qui représentent pourtant un pourcentage élevé[13], ou pendant le transport vers l'abattoir. Quant aux animaux marins, ils ne sont pas décomptés en nombre d'individus, mais en tonnes : en 2006, 541 milliers de tonnes de poissons sont morts dans la production de la pêche française[14].Si nous considérons qu'en 2007 la population française comptait 63 578 000 humains[15], il en résulte que dans cette seule année a été tué un nombre d'individus non humains terrestres correspondant à 15 fois la population humaine française. Où tous ces animaux se trouvaient-ils ? Où ont-ils vécu, où sont-ils morts ? »

La question se pose : faudra–t-il ériger un mémorial à toutes ces victimes encore anonymes, en gravant sur le marbre leurs noms et prénoms à tous ? Ou alors faire débuter le journal de 20h00, comme à l’époque des otages français au Liban, par une annonce quotidienne du type « 224e jour de détention dans la clapier de Plougastel les Oies, et Jojo le lapin n’a toujours pas été libéré » ?

 

La relation à la science et ici plus particulièrement à la biologie est tout à fait typique d’un certain air du temps relativiste et des « Impostures Intellectuelles » de ceux qui dénigrent la démarche scientifique tout en cherchant à se recouvrir de son prestige, à toutes fins utiles.

 

D’un côté, grâce à la note 20, on apprend que la biologie, ça ne sert pas à grand-chose pour discuter de la question animale, pensez vous :

 

« Il est fondamental de préciser que la catégorie « animaux non humains » dont il est question ici n'est absolument pas une catégorie biologique. Voir à ce sujet mon article « L'animal est politique » (dans la brochure Réflexions sur la Veggie Pride, disponible en ligne à l'adresse http://www.veggiepride.fr/home/documents/reflexionsVP/5-animalPolitique.html) et notamment le passage suivant : « Les espèces (aussi bien que les « races » ou les « sexes ») sont des catégories fluides, et leurs conditions d'existence correspondent à des facteur biologiques et environnementaux d'un côté, sociaux et politiques de l'autre, qui changent au cours de l'histoire. Du point de vue de la biologie évolutive, une espèce est un groupe d'individus capables d'interfecondité ; dans le modèle neo-darwinien, la spéciation (c'est-à-dire, l'apparition de nouvelles espèces) se produit quand les paramètres de l'interfécondité changent, du fait d'un isolement géographique qui produit un isolement génétique. Par contre, du point de vue politique, la catégorie discriminatoire de l'« espèce » ne correspond pas du tout aux catégories biologiques : il s'agit d'un emprunt idéologique visant à identifier des groupes d'individus opprimés sans faire allusion à l'oppression elle-même ! En réalité, les « animaux non humains » dont parle la philosophie politique animaliste ne sont nullement définis par une appartenance biologique, mais par le fait d'être des individus que les humains oppriment dans des formes communes et qui sont impliqués dans un même système productif. Le même discours vaut pour les « femmes », pour les « noirs », etc., qui ne sont pas des catégories biologiques, et encore moins ontologiques, mais des catégorise entièrement politiques. » ».

 

Le pont est ici tracé de manière particulièrement éclairante avec d’autres discours extravagants portés par une certaine extrême-gauche faisant assaut d’hypercriticisme mondain, pour qui tout est politique, et rien n’est biologique. Si la distinction hommes/femmes n’est  de toutes façons qu’une question de « genre socialement construit » et doit peu  - et ici même rien du tout - à la réalité d’un « sexe biologique », pourquoi ne pas pousser le bouchon encore un peu plus loin et dire que la catégorie d’ « animal » n’est une catégorie « politique » [j’ai du mal à ne serait-ce que recopier des âneries pareilles]. Voilà où mène la mode relativiste et constructiviste qui permet d’avoir l’air « branché » dans les milieux du gauchisme culturel[6]. La démarche « politique » (si l’on ose dire) et surtout éminemment « subjectiviste » de l’auteure lui permet au passage d’englober dans le même sac « animaliste » à la fois le singe et l’huître, dont la biologie fait pourtant que l’un est capable de ressentir, je crois, du  stress ou de l’angoisse, alors que l’autre ne le peut pas, car elle n’a tout simplement pas en elle les organes, la matière vivante, qui le lui permettrait. Il me semble que ce facteur bassement  biologique devrait pourtant beaucoup peser dans la manière dont les humains se comportent vis-à-vis de l’un et de l’autre, et pour définir une éthique du rapport aux animaux. Mais il s’agirait là visiblement d’une conception par trop scientifique et anthropocentrique, alors que ce qui compte pour Agnese Pignataro, toute à sa grande ambition de fonder une sorte d’ « animalisme marxiste » est la notion politique d’exploitation :

 

« Différentes théories ont été proposées pour justifier le concept de libération animale, mais il s'agit dans la plupart des cas[22] de systèmes moraux qui prescrivent un devoir éthique individuel des oppresseurs envers les opprimés[23] mais ne s'interrogent pas sur les modalités d'une émancipation de classe des animaux. »

 

Car une « émancipation de classe des animaux» [sic] est possible. Qui affirme un truc aussi délirant et qui ne semblerait à première vue avoir pour seul but que de discréditer les catégories d’analyse marxiste ? Vous n’êtes peut être pas au courant, mais c’est la biologie la plus moderne ? On avait déjà entrevu cette grandiose perspective libératrice dans La Ferme des animaux d’Orwell ou dans La conquête de la planète des singes (film de 1972), mais on pensait jusqu’ici qu’il s’agissait de fables donnant à réfléchir sur la condition humaine et sur les classes sociales. En fait, pas du tout, ces œuvres seraient plutôt de l’analyse politique prospective et de l’anticipation authentiquement scientifique, puisque validées par la biologie la plus avancée :

 

« Il est vrai que les animaux n'ont pas de conscience de classe actuellement. Mais cela n'entraîne pas la non pertinence politique de leur exploitation. Et utiliser ce fait contingent comme preuve d'une impossibilité définitive voudrait dire céder à nouveau au confort du raccourci idéologique. En effet, une fois acceptée l'idée globale de continuité et de temporalité du vivant qui est propre à la biologie moderne, aucun argument logique n'empêche d'imaginer un virage évolutif qui développerait la conscience sociale des animaux non humains emprisonnés et exploités par les humains[20] jusqu'à la naissance d'une vraie conscience de classe. »

 

Nous sommes ici face au deuxième versant de la relation entretenue par les relativistes avec la science : tout en la dénigrant autant que faire se peut sur le plan épistémologique, ils n’hésitent pas à fréquemment se référer à ses toutes dernières avancées pour justifier leurs propres élucubrations. Beaucoup d’imposteurs de renom s’y sont grillés les ailes, comme l’ont mis en lumière Sokal et Bricmont, qui ont recensé toutes les utilisations frauduleuses de notions de physique importées à tort dans les sciences humaines, généralement sans être comprises par l’importateur[7]... Prudente, Agnese Pignataro ne se risque pas à nous dire précisément ce qui dans la biologie moderne justifierait ses fadaises, si ce n’est l’idée générale d’une continuité du vivant - qui n’est pas si moderne que ça puisque nous avons cette année célébré ce qui était au minimum son 150e anniversaire : publication en 1859 de L’Evolution des Espèces. Marx et Engels, connaisseurs et admirateurs de Darwin, auraient pu choisir en toute connaissance de cause de doter dans leur théorie les animaux d’une conscience de classe, mais, allez savoir pourquoi, ils ne l’ont pas fait. Peut être parce que chez eux les mots ont un sens, et qu’ils aspiraient à une conception objectiviste de la description du réel : quand ils élaborent les notions de « classes sociales » et de « lutte des classes », ils pensent analyser le réel tel qu’il est et produire les concepts permettant de mieux le comprendre (pour mieux le transformer par l’action politique), mais il n’estiment pas qu’ils « performent » la conscience de classe en la nommant. Dans la bouillie reposant sur un mélange de relativisme épistémologique et d’écologie profonde que nous sert Agnese Pignataro, les mots n’on plus aucun sens, que ce soit « exploitation », « classe » ou « conscience ». Les « animaux » (tous, sans distinctions d’espèces, même quand celles-ci se bouffent entre elles ?) formeraient une « classe » qui pourrait acquérir une « conscience » d’elle-même grâce à un tournant de l’évolution. Passons sur le fait que si des espèces actuelles acquéraient une telle conscience par le jeu de l’évolution, ce ne serait tout simplement plus du tout les espèces actuelles, ce qui n’aide pas vraiment à penser notre rapport présent aux animaux réellement existants. Les formulations d’Agnese Pignataro constituent une pointe avancée que tout un chacun  identifie – normalement…- comme parfaitement grotesque, mais elle repose sur un discours plus général et pernicieux, qui transpire dans des formulations qui se généralisent, telles que celle qui dit que « le capitalisme exploite la nature comme il exploite les humains ». Cette façon  de jouer sur les sens du mot « exploiter » donne l’air fonder une hypothétique cohérence « écosocialiste », mais elle revient à mettre sur le même plan le fait de couper un arbre pour se chauffer (= « exploiter » la nature) et de faire bosser un travailleur en le sous payant et en lui démolissant sa vie et sa santé pour augmenter le profit des actionnaires  (= « exploiter » son employé). Ce genre de phrase à l’air d’être très « gentille » et généreuse, alors qu’elle est en réalité indécente - si l’on adopte un point de vue humaniste, qui n’est pas celui d’une frange de l’écologie politique, celle qui est dite « profonde ».

Il en va de même pour une formule d’Agnese Pignataro, qui n’est sans doute pas insultante vis-à-vis des femmes quand elle est conçue dans l’esprit d’une antispéciste militante, mais qui l’est en fait pour le reste de la population, c’est à dire 99,9% de l’espèce humaine :

 

« le fait que les animaux ne soient pas payés, ou encore le fait qu'ils ne soient pas entièrement conscients de leur soumission, ne prouvent ni qu'ils sont de simples ressources, ni qu'ils ne constituent pas une classe, ni que leur activité ne peut être définie comme du travail. Par exemple, les femmes humaines asservies dans les sociétés patriarcales non seulement ne sont pas payées, mais ne sont pas toujours conscientes non plus de leur soumission ; cela est vrai aujourd'hui, et l'était encore plus avant l'avènement historique de la conscience révolutionnaire des femmes. »

 

Mettre sur le même plan les luttes des femmes pour leur émancipation et la défense du bien être des crustacés marins est parfaitement odieux, surtout lorsque l’on s’amuse à comparer leur niveau de conscience.

 

Qu’un site qui se revendique du marxisme et du féminisme publie de telles âneries détestables est un triste signe des temps.

 

Luc Marchauciel

 


[2] Bon, le voici alors si il faut tout faire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Antisp%C3%A9cisme

 

[3] Je peux par exemple démontrer que Terminator 2 est très inspiré de l’Introduction à la critique de l’Economie politique de Marx,  mais ce sera pour une autre fois.

[4] On pourrait également évoquer l’hypothèse d’un canular-hameçon, le but étant de forcer le critique rationaliste/humaniste/anthropocentriste/ scientiste à se ridiculiser en critiquant un texte ridicule qu’il aurait trop pris au sérieux. Mais ça sonne quand même un peut trop complotiste et paranoïaque, comme hypothèse.

[6] Sur le relativisme et le constructivisme, lire :

-          Alan Sokal, Pseudosciences et postmodernisme, Odile Jacob, 2005

-          Thomas Nagel, The Last Word, Oxford University Press, 1997

[7] Lire sur ce blog :

http://imposteurs.over-blog.com/article-24712809.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-25440531.html

 



 

 Un grand merci à Luc. Vendredi soir, il me contacte en proposant d’écrire une réponse à ce délire anti-spéciste. « D’accord, mais tu es vraiment sûr que ça n’est pas un canular ? ». Comme lui en effet, j’ai d’abord pensé à une bonne blague de ce farceur d’Alan Sokal , dont nous apprécions, outre les positions rationalistes et progressistes , l’esprit potache… 

 

« Tape simplement sous google Agnese Pignataro » me répond  Luc. Pas de doute, ça n’est pas Sokal  qui s’est travesti, Agnese Pignataro existe bel et bien, et la revue Contretemps qui a publié des articles fort intéressants tels que le lyssenkisme ou la pseudoscience au pouvoir , a laissé passé ces divagations sans y trouver à redire. Du coup, j’étais un peu déprimé, mais j’ai tellement ri en découvrant le titre du papier de Luc que mon moral est revenu.

Anton

PS : j’avais lu le nouvel ordre écologique de Ferry ou sont notamment abordées les théories antispécistes de l’écologie profonde, mais j’ignorais qu’il en existât une version « marxiste ». Tu vois que j’ai réussi à le placer, mon imparfait du subjonctif, et à bon escient en plus. Steffy, tu me dois un pot.


Libérez nos camarades!  Libérez nos camarades !

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 10:50
 

Invité le 17 Septembre d’Arlette Chabot dans l’émission A vous de juger de France 2 , Daniel Cohn-Bendit, le récent lauréat du Vélot d’or (1), a au cours d’un bref face-à-face excessivement poli avec Claude Allègre affirmé que le programme allemand de développement des énergies renouvelables mise en place par la coalition SD-Verts (1998-2005) avait créé plus de 700.000 emplois(2) .

 

Le plus surprenant est que Claude Allègre n’ait pas relevé ce chiffre extravagant, et ne lui ait pas demandé de citer ses sources. Ce chiffre astronomique (700.000) ne tombe certes pas du ciel et une petite recherche sur Internet permet d’avancer une hypothèse : Cohn-Bendit ne se serait-il pas par hasard approprié les chiffres de Greenpeace (3), selon lesquels 700.000 empois (en Europe, et non pas en Allemagne!) seront liés à la production d’électricité d’origine renouvelable d’ici à 2010 ? Moralité : A côté de Cohn-Bendit, les falsificateurs compulsifs de Greenpeace ou de la WWF (4) passeraient presque pour des honnêtes gens.

 

Les chiffres avancés par Cohn-Bendit sont évidemment un énorme mensonge et dans un certain sens, il vaut mieux : De 1998 à 2007, (1998 étant l’année d’arrivée au pouvoir de la coalition comprenant les verts allemands), la part des énergies renouvelables est passé en Allemagne de 4,8% à 15,1% (5), dépassant légèrement celle de la France (13,3% grâce à son parc hydraulique très important) .

 

Or :

 

1/ Ca n’est déjà pas le nombre d’emplois de la filière énergie renouvelable qu’il convient d’estimer, mais le nombre d’emplois éventuellement additionnels : si un emploi dans la filière énergétique classique est détruit et que s’y substitue un emploi dans la filière ER, le bilan est nul de ce point de vue, ce que Cohn-Bendit s’est bien sûr gardé de préciser.

 

2/ La filière nucléaire française qui produit environ 80% de l’électricité en moyenne annuelle dans les années 2000 occupe selon un rapport de l’Assemblée nationale (6) environ 120.000 emplois directs et indirects. Au plus haut de la phase de construction du parc nucléaire, le nombre d’emplois était estimé à 300.000. Quel loufoque peut croire que l’Allemagne a créé 700 000 emplois pour augmenter de 10,3 points de % la part des énergies renouvelables ? Même en prenant en compte que la production d’électricité allemande (640 térawatts en 2007) dépasse d’environ 10% la production française, c’est impensable, à moins que les écologistes aient réussi en plus de leur sectarisme énergétique à imposer l’irrationalité économique la plus absolue : voila qui mettrait l’électricité à un coût tellement exorbitant que bien des ménages allemands reviendraient bientôt à la bougie, ce qui ,certes, ne serait pas pour déplaire à certains arriérés de l’écologie politique !

 

Monsieur Cohn-Bendit, vous qui prétendez assumer des responsabilités politiques, apprenez donc que la création d’emplois , s’il elle est nécessaire pour permettre à chacun de participer à la production sociale et à la consommation, n’est positive que si les emplois créés correspondent à des services ou des biens additionnels pour la collectivité. Nul doute que si on remplaçait la flotte marchande actuelle par des galères, ça créerait énormément d’emplois. Mais il n’y aurait sans doute que des écolos décroissants pour considérer cela comme positif.

 

Les verts allemands ont donc réussi à hérisser le territoire de moulins à vent peu efficaces, qui produisent de l’électricité que par intermittence, et remettent déjà en cause la sécurité de l’Allemagne en matière d’approvisionnement en électricité lors des pics de consommation. Le programme ER s’est fait au détriment du nucléaire, source d’énergie de loin la plus propre (7) , la part de l’électricité produite à partir d’hydrocarbures polluants en termes de CO2 comme de particules particulièrement dangereuses pour la santé n’ayant pratiquement pas reculé. Ce qui explique pour large part pourquoi l’Allemagne émet 9,8 tonnes de CO2 par habitant et par an , alors que la France fortement nucléarisée n’en émet 6,2 tonnes.

 

Contrairement aux affirmations de Cohn-Bendit, ça n’est pas de la faute des sociaux-démocrates si la part des hydrocarbures comme source primaire d’électricité n’a pas été réduite. C’est de la faute à la nécessité : le poids des énergies renouvelables, dans les conditions technologiques actuelles, ne peut dépasser un certain seuil sans soumettre un pays à de gros risques de pannes générales. Il fallait donc choisir entre sacrifier le nucléaire ou réduire en proportion les centrales thermiques. C’est le nucléaire que l’on a choisi de sacrifier, avec la bénédiction des obscurantistes verts. Qu’ils s’assument comme tels (obscurantistes) comme les décroissants, ou qu’ils cherchent à passer pour des libéraux-libertaires pseudo-modernes comme Cohn-Bendit.

 

 

 

Anton Suwałki

Notes :

 

(1) http://imposteurs.over-blog.com/article-31051957.html

(2) http://video.google.fr/videosearch?q=cohn+bendit+all%C3%A8gre&hl=fr&emb=0&aq=f#

(3)

 

 

 

(4) cf le rapport de Greenpeace qui qualifie l’EPR de réacteur le plus dangereux du monde ou ses mensonges sur le riz doré! Ou encore les comptes bidons de la WWF sur l’empreinte écologique :

 

 

 

 

(5) Source : Eurostat

 

 

 

 

(6)

 

 

 

(7) L’inculte Daniel Cohn-Bendit nous ressort le sempiternel refrain sur les déchets nucléaires , sans savoir bien entendu de quoi il parle, ce qui est visiblement obligatoire pour adhérer à l’écologie politique: sur les déchets nucléaires, lire l’article d’Hervé Nifenecker dans SPS :

 

 

 

 

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article842http://www.assemblee-nationale.fr/11/rap-off/r1359-06.asphttp://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/sdi/introductionhttp://imposteurs.over-blog.com/article-33549187.htmlhttp://www.euractiv.fr/energie/article/greenpeace-20-energies-renouvelables-horizon-2020-00395
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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 14:06

Tout près de chez moi vient de s'ouvrir un petit restaurant.

Un soir vers 18 heures, je m'arrête devant histoire de consulter la carte et de voir à quoi ça ressemble à l'intérieur.

A l'intérieur , ça m'a l'air plutôt pas mal, mais aucune carte à consulter. Je vois alors le patron et cuisinier sortir et me souhaiter la bienvenue.

Je lui explique que je suis toujours intéressé lorsqu'un petit resto de quartier s'ouvre et lui demande s'il a une carte et quelle genre de cuisine il fait....

"Je fais de la cuisine "saine" ", m'explique-t-il, et il poursuit dans un discours que je ne connais que trop. Un peu ironique, et sachant très bien où il veut en venir, je réponds : "Sain, vous savez, quand je vais au resto, c'est pas pour faire de la diététique..."
-"Non, sain, c'est-à-dire, biologique, sans pesticides". J'en étais sûr !
- "Ah bon, les produits n'utilisent même pas de sulfate de cuivre, utilisée par l'agriculture biologique, et réputé assez dangereux pour l'environnement voire la santé humaine ?". ...Je lui rappelle l'objet de ma visite, qui n'est pas de venir subir un prêche écolo-bobo : "de toute façon, ce qui m'intéresse c'est de savoir ce que vous faites à manger, vous avez une carte ?"

L'autre cornichon croit nécessaire de continuer à me faire tourner en bourrique :
"Je fais à manger "simple". C'est pas comme à Carrefour où on a le choix entre 40 marques de yaourts".

Ce type commence à me taper réellement sur le système. Voilà que maintenant le non-choix va devenir un argument de vente !

"Moi, je préfère avoir l'embarras du choix plutôt que ne pas avoir le choix. Bon, là n'est pas la question, je vous demande si vous avez une carte, ce que  vous faites à manger"...

Croyez-moi si vous voulez, mais ce type a tenu encore une bonne dizaine de minutes ce discours aliénant avant de passer à table et d'avouer sous la torture ce qu'il avait fait à manger ce midi, en inauguration de son restaurant : Côte de veau aux petits légumes ou poisson en papillotte.
Ouf !

A peine passé aux aveux, le corniaud croit nécessaire de reprendre son sermon.

Ma patience a des limites. "Certes, j'apprécie les nourritures spirituelles, mais quand je vais au restaurant, c'est pour me sustenter, pour gouter de la bonne cuisine , boire du bon vin, pas pour

qu'on me saoule avec des discours de ce genre".

Je pense que cet amateur de tambouille idéologique a perdu un client potentiel.
Anton Suwalki















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