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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 18:07

Imaginons qu’on ait identifié une défaut de fabrication sur un organe vital de voitures de marque X. Un journaliste désirant en savoir plus, s’adresse au publiciste qui a pondu le slogan « Quand on a besoin d’une voiture, on a besoin d’une X ».  Et à lui seul.

-« Cette voiture présente-t-elle le défaut qu’on lui attribue, et est-ce dangereux ? lui demande-t-il ?

-Pas du tout, tempête le publiciste, tout ceci n’est qu’une odieuse campagne de déstabilisation de machin qui travaille pour la marque Y qui fait des bagnoles pourries, et quand on a besoin d’une voiture, on a besoin d’une X ».

-Parlez moins vite SVP, j’arrive pas à tout noter », demande le journaliste.

Et voilà, son enquête est bouclée !

 

 

C’est à peu près la méthode d’investigation qu’ont du adopter les journalistes de Sciences et avenir, auteurs d’un dossier sur le bio dans le numéro de Septembre suite aux affaires de contaminations récentes de la filière bio. Affligeant de trouver cette prose dans une revue dite de vulgarisation scientifique. On aimerait d’ailleurs connaître le CV de ces  journalistes qui se sont laissés aussi facilement embobiner par les prosélytes du bio. Le verdict qui apparaît dans le premier sous-titre est lapidaire : « Oui le bio est bon pour la santé. La crise de confiance qui frappe l’agriculture bio est injustifiée. ». Non seulement on est sur le mode Circulez, y’a rien à voir, mais les pieds nickelés du bio se sont chargés par l’intermédiaire de la plume des 4 naïfs de retourner la charge contre… l’agriculture conventionnelle ! 

 

            Les ficelles sont tellement grossières que l’on pourrait penser que la WWF et la marque Bio vrai, commanditaires du sondage pointant la baisse de confiance autour du bio suite à la crise sanitaire, se sont payés quelques pages de publi-reportage afin de rafraichir l’image de la filière. Après tout, quand on mesure l’invraisemblable proportion de pubs axées sur les arguments bio, combinés à la propagande continue des MMR and co diffusée sur les écrans … Mais il est infiniment plus probable que les journalistes qui ont commis ce navet soient eux-mêmes victimes de l’intoxication idéologique. Songeons que dans un article intitulé « Les secrets du vin au naturel », on peut lire à propos des pratiques de sorcellerie de l’agriculture biodynamique : « reste à expliquer « scientifiquement » (sic, les guillemets ne sont pas de moi), comment des doses infinitésimales d’extraits de prêle ou de bouse de vache très diluée dans l’eau peuvent avoir, à l’instar de l’homéopathie chez les humains (souligné par moi), un effet agronomique. » Sciences et Avenir aurait-il débauché des journalistes de la Revue « alternative » Nexus ?  On comprend mieux en tout cas qu’ils aient pu gober tout ce qu’on a bien voulu leur dire.

 

 

           

Revue de quelques affirmations ( ou plutôt slogans) de l’article central :

 

-« L’agriculture biologique n’a pas favorisé la prolifération de la bactérie E.coli 0104:H4 .Pour la plupart des acteurs du bio, les méthodes et pratiques du bio ne seraient pas impliquées dans cette épidémie (tu m’étonnes !).

 

.Les journalistes transcrivent les propos de Véronique Chable , une chercheuse de l’INRA (évidemment pas n’importe laquelle), qui affirme : « (les) graines (incriminées) ont été germées en laboratoire dans un milieu artificialisé ne bénéficiant pas d’un biotope équilibrant. ». Formule plutôt inappropriée pour (ne pas ?) dire que le milieu favorise la prolifération de ce type de bactéries. Mais beaucoup plus grave, elle ne précise pas que l’agriculture bio s’interdit les méthodes de décontamination efficaces qui permettent de traiter les graines après germination (*). Cela signifie qu’une fois de plus, les militants du bio préfèrent par idéologie ignorer un problème (rappelons qu’il est tout de même question de dizaines de morts et des milliers de victimes) plutôt que de réviser , ne serait-ce qu’à la marge, des pratiques dangereuses.

 

Si ignorer le problème est irresponsable, mentir est tout simplement scandaleux. Ce que fait Claude Aubert qui reprend à son compte les niaiseries de MMR , expliquant : «ce n’est pas n’importe quelle bactérie, mais une Escherichia coli très toxique et résistante aux antibiotiques. La médecine vétérinaire fait un emploi massif des antibiotiques. On peut très bien imaginer que la bactérie soit apparue dans ‘lintestin des ruminants et se soit propagée au fumier. » . Rappelons à nos lecteurs que les bactéries E coli colonisent les intestins de tous les animaux à sang chaud, et que des infections par des souches toxiques de ce genre de bactéries ne font pas l’objet de traitements antibiotiques qui seraient pires que le mal. Le problème n’a strictement rien à voir avec l’élevage industriel et les antibiotiques.

Ignorance d’Aubert, ou mensonge délibéré ?

 

 

« Les techniques naturelles ne sont pas plus risquées que celle de l’agriculture intensive »

 

C’est une fois encore Claude Aubert qui se charge de noyer le poisson à propos de l’article de 2 chercheurs du CNRS publié sur le blog de Sylvestre Huet, qui soulignaient les risques spécifiques du bio, et dont nous avons déjà parlé. Claude Aubert se sert d’une approximation dans les références citées pour inventer une cabale : «En réalité cette étude (citée) n’a jamais existé. Cette fausse info vient d’un article (..) écrit en 1996 par Dennis T Avery, bien connu pour être un ennemi juré du bio et pour les liens qu’il entretient avec l’industrie chimique ».  Une version des faits que Jean-Luc Porquet, journaliste zélé du Canard Enchainé, s’est d’ailleurs empressé de recopier.

 

Les deux chercheurs ont en effet cité une étude du Centers for disease control (CDC), ce qui est inexact. Mais comme l’a  écrit Wackes Seppi dans La Nef des fous du bio, DT Avery , dont Claude Aubert , décidemment peu embarrassé de scrupules, n’essaie même pas de réfuter les affirmations, s’est bien basé sur les données produites par le CDC pour écrire son article. 

           

             

            « 9 aliments bio sur 10 sont totalement exempts de produits chimiques »

 

Des journalistes prétendument scientifiques reprennent bêtement cette formule «produits chimiques » , inventée pour faire peur.  Il est bien sûr question de produits chimiques de synthèse (ce qui est précisé plus loin) , et donc par définition dangereux dans leur esprit. Certes, ils se risquent à admettre avec une touchante ingénuité : « .la frontière semble parfois floue entre la recette empirique de grand-mère et la formule chimique moderne ». En effet, Mamie Jourdain faisait de la chimie sans le savoir !

 

 « Éviter d’ingérer des pesticides de synthèse serait plus sain » .Que ceux-ci, comme ils l’affirment, soient  moins présents dans les aliments bio, c’est bien la moindre chose, leur usage est interdit ! Et de citer la dernière étude de l’ANSES, que selon toute vraisemblance ils n’ont pas lue (peut-être même pas le résumé) afin de mettre en cause l’agriculture conventionnelle.  Ils omettent soigneusement de rendre compte des conclusions de l’agence, « d’un bon niveau global de maîtrise des risques au regard des seuils réglementaires et des valeurs toxicologiques disponibles,(même si) certains points méritent une vigilance particulière ».

 

Car la question n’est pas de savoir telle ou telle substance est présente dans un aliment, mais en quelle quantité. Les journalistes ont tout naturellement négligé de consulter des toxicologues, dont ceux qui ont contribué à cette étude ,et se sont adressés à François Veillerette, "ancien enseignant" selon le site du MDGRF dont il est président… mais aussi ancien dirigeant de Greenpeace, et collectionneur de multiples casquettes vertes. On ne pouvait attendre de ce savant que des proclamations de science « alternative » : « Ces LMR ont été calculées chez des animaux », proteste-t-il à la manière de MMR, entretenant la légende selon laquelle les modèles animaux et les concepts de DJA ou de LMR ont été conçus au petit bonheur la chance !  Un mensonge en appelant un autre, l’individu proclame qu’ « il n’existe aucune évaluation proche de la réalité qui s’intéresse aux effets d’une exposition à faibles doses durant toute une vie ».

 

L’étude de l’ANSES ne s’intéresse pas qu’aux produits de synthèse, mais aussi entre autres aux minéraux, ce qui a échappé à nos brillants enquêteurs. On y note par exemple un risque d’excès d’apport en cuivre ne pouvant être écarté pour certains consommateurs… Ce qui devrait notamment nous interroger sur le sulfate de cuivre copieusement utilisé en agriculture biologique, et dont la toxicité n’est plus à prouver (comme d’autres substances extraites de végétaux utilisée en AB). A aucun moment, Sciences et Avenir n’évoque un problème possible. La bouilllie bordelaise, grand-mère l’utilisait déjà il y a un siècle. Forcément, ça ne doit pas être dangereux !

 

Sur la question des « produits chimiques », les journalistes chargent Claude Aubert de conclure : « [Même si les pesticides ne faisaient courir aucun risque au consommateur], moralement, est-ce bien de manger des aliments qui nuisent à la santé de ceux qui les produisent ? ». Ou comment passer de la peur à la fausse compassion et à la culpabilisation, si le registre de la peur n’a pas suffi à convaincre !

 

 

Vitamines et sels minéraux, les qualités nutritionnelles sont discutées

 

Sciences et avenir cite l’étude britannique et le rapport Guéguen/Pascal déjà évoquées sur Imposteurs, et rapporte leur conclusion sur l’absence de différence significative et (l’absence de répercussion sur la nutrition et la santé) entre les aliments bio et conventionnels. Fidèle à leur démarche unilatérale, ils ne consentent toutefois à ne donner que des exemples d’éléments en faveur du bio.  Et donnent la parole à. .. François Veillerette , qui se prend cette fois-ci pour un nutritionniste et conteste donc l’interprétation des vrais nutritionnistes et dresse en conséquence sa liste des avantages du bio sur le conventionnel ! C’est à croire que pour y comprendre quelque chose à la santé, tous les CV sont bons, sauf ceux des spécialistes de la santé .

 

Les journalistes se penchent enfin sur les qualités organoleptiques des produits, et là encore,  citent un exemple (et un seul) d’un panel de consommateurs américains qui a préféré des variétés de fraises bio aux fraises conventionnelles. Ce qui est fort possible, mais il faut croire que c’est le seul cas qu’on a leur a soufflé.  Il y a d’autant moins de raisons objectives que l’avantage soit en faveur du bio dans ce domaine que les exigences de qualités gustatives sont totalement absente du cahier des charges. D’autres tests comparatifs en aveugle présentent des résultats contraires : c’est l’exemple rappelé dans le dernier livre de Gil Rivière Wekstein (dont nous parlerons prochainement) d’un test sur des œufs de poules effectué par 60 Millions de consommateurs : lors de dégustation en aveugle, les œufs qui obtenaient la meilleure note provenaient de poules élevées en cage (sans doute un blasphème pour les adeptes de la religion bio), à égalité avec des œufs Label Rouge.

 

Un contre-exemple dont on ne peut tirer aucune généralisation, mais qui prouve la formidable armure de préjugés derrière laquelle les journalistes sont allés enquêter.

 

En faveur de leur bonne foi, on relèvera un seul élément l’encadré qui donne la parole à Léon Gueguen, mais sur la seule question : « Faut-il envisager une reconversion totale ? »  . (il évoque néanmoins en deux lignes son rapport mise en cause par Veillerette). L’autre interviewé n’est autre que Marc Dufumier , titulaire d’un Vélot d'or décerné par Imposteurs pour ses affirmations désopilantes en économie : « Lors de la révolution industrielle, les hommes ont commencé à investir d’énormes quantités d’argent dans la création de variétés. Pour amortir ces millions, ils ont du vendre de très gros volumes de semences. » . Sans sourciller, Marc Dufumier répond oui , il faut 100% d’agriculture bio d’ici à 2050….

 

 

En conclusion

 

Ce dossier est donc aussi consternant que n’importe quelle feuille de Marie-Monique Robin, l’hystérie et la calomnie systématique en moins. Ces gens n’ont pas fait un travail digne de journalistes scientifiques, ni même de journalistes tout court, et même en admettant leur bonne foi (le doute à ce sujet est tout de même permis), il est par contre inadmissible que la rédaction ait laissé passer de telles inepties. Va-t-on assister à une contamination par les idées New Age de ce genre de revue ?  En tout cas, les prosélytes du bio ont une fois de plus démontré qu’il contrôlaient de plus en plus l’information grand public, grâce à la bienveillance et l’incompétence de journalistes qui ne savent pas faire leur boulot. Ils contrôelent donc la possibilité de s’autoamnistier dans les crises qui pourraient s’ajouter à celles que l’on a déjà connues. 

 

Rappelons que nous ne sommes pas contre le bio en soi, mais nous sommes contre l’idéologie qui le porte, et l’aveuglement qui l’accompagne sur des risques sanitaires spécifiques qui nécessiteraient d’accepter de modifier certaines pratiques. Peut-on demander à des intégristes de faire quelques concessions sur la pureté des rituels au bénéfice de la sécurité sanitaire ? La réponse est malheureusement dans le déni des responsabilités et la recherche de boucs émissaires confirmés une fois de plus.

 

Anton Suwalki

(*) pour des raisons de temps, je ne répéterai pas ce qui a déjà été traité , se reporter aux articles consacrés à ces questions.

 

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 06:57

 

La nef des fous (du « bio »)

 

Autopsie de quelques manipulations médiatiques à la suite des toxi-infections par Escherichia coli O104 : H4

 

 

Les récentes toxi-infections à la souche O104 : H4 d'Escherichia coli, véhiculée par des graines germées « bio », ont porté un coup grave à la filière légumière, et singulièrement à la filière « conventionnelle ».  Elles ont aussi écorné l'article de foi fondamental de l'agriculture biologique en France : les produits bios, a-t-on subitement « découvert », ne sont pas forcément sains et meilleurs pour la santé que les produits dits, par défaut, conventionnels.

 

La vérité n'a été divulguée que sotto voce ; c'est en effet avec une étonnante retenue que quelques médias français ont annoncé la nature « bio » des produits suspectés, concombres d'abord, graines germées ensuite.  M. Alain Cohen-Dumouchel n'a pas hésité à utiliser « blackout » le 31 mai 2011 pour caractériser cette situation, en pointant du doigt une compromission des journalistes dans la promotion de l'agriculture biologique, au détriment de l'information : « On est en droit de se demander si ce déni d’information n’est pas la conséquence de l’implication outrancière de ces médias dans la promotion de l’agriculture prétendument “biologique”. Les fabricants d’opinion craignent probablement de se déjuger en admettant que la filière bio n’est pas si saine, après lui avoir fait une publicité démesurée. » [1]

 

Le 16 juin 2011, Marianne écrivait fort justement : « On évite de le dire, ou alors on ne le dit que du bout des lèvres : l’épidémie Escherichia coli (plus vulgairement appelé colibacille) entérohémorragique, qui a fait 35 morts en Europe, vient d’une ferme d'agriculture... biologique, mais oui, du nord de la très vertueuse et sanitaire Allemagne : il ne faut pas semer le doute chez tous ceux qui achètent "bio", c’est-à-dire beaucoup plus cher, persuadés que "c’est mieux pour leur santé" : évitons de compromettre le business du "bio" » [2].

 

Mais c'en était déjà trop pour les ayatollahs de l'écologisme.  Il y avait sacrilège.  Faute de blasphémateur clairement identifié, il leur fallut cependant renoncer à une lapidation médiatique et se contenter de contre-feux.  Et attention ! Chaud devant !

 

 

Mme Marie-Monique Robin (28 juin 2011)

 

On vit donc une journaliste, se prétendant d'investigation [3], du nom de Marie-Monique Robin produire, sur le blog aimablement mis à sa disposition (sur nos deniers) par Arte, un billet désignant l'élevage intensif comme coupable [4].

 

Pour se faire, elle pompa outrageusement, non pas un article, mais une tribune d'un certain Nicholas Kristof, un diplômé en droit – ce qui donne à celui-ci toute compétence pour écrire sur l'alimentation.  Le billet de Mme Robin était saupoudré de liens internet pour faire plus sérieux et documenté, mais, là encore, c'était exclusivement et sans discernement ceux de M. Kristof.  « Comme le rappelle cet article du New York Times, qui est, comme chacun sait, un journal activiste radical (!!), la bactérie E Coli est surtout connue pour proliférer dans les élevages intensifs où on use et abuse d'antibiotiques. »  Petit problème pour Mme Marie-Monique Robin, l'auteur de cette condamnation sans appel : ce monsieur Kristof avait écrit le 11 juin 2011 sur... Staphylococcus aureus.

 

Autre petit problème : E. coli est une bactérie de la microflore commensale intestinale des animaux à sang chaud, y compris l'Homme.  C'est donc une évidence que d'écrire qu'elle est « bien connue des élevages intensifs » et, partant, une manipulation grossière [5].

 

 

M. Noël Mamère (27 juin 2011)

 

Même technique de la diversion, en bien plus fumeux, pour le maire de Bègles et député Noël Mamère [6].  Pour rappel : Bègles a été le foyer d'une contamination par E. coli, à nouveau par l'intermédiaire de graines germées, dans le cadre d'une kermesse de fin d’année au centre de loisirs de la petite enfance de Bègles

 

Une très ennuyeuse question de responsabilité est susceptible de se poser à la mairie de Bègles en fonction de l'identité des personnes qui ont produit les graines germées, du cadre dans lequel la production a eu lieu et des conditions sanitaires de l'opération (on a évoqué des employés municipaux, en tout cas pour l'achat des graines).  Il fallait donc, préventivement, et revêtir un imperméable, et ouvrir un parapluie, et, ainsi équipé, s'abriter sous un toit.  M. Mamère évoqua dès lors, pêle-mêle, la « maladie du hamburger », Jardiland et Thompson&Morgan, « viande de boeuf (en particulier hachée), laits ou produits laitiers non pasteurisés, jus de pomme, légumes crus... » pour trouver un abri bien plus vaste : « Cela pose deux problèmes essentiels : d’abord celui de la traçabilité des aliments, ensuite – même si le cas qui nous concerne n’est pas directement lié – celui de l’agriculture industrielle. » Et de reprendre la litanie : l’ESB et de la vache folle, la contamination des sols par le mode de production agricole « comme en Argentine où la production conventionnelle de soja a été imprégnée par les OGM ». Et plus encore.  Dans le genre « C'est pas moi... », c'est fort.

 

MM. Anton Suwalki et Gil Rivière-Wekstein nous ont offert un décryptage [7].

 

 

Mme Herrade Nehlig (1er juillet 2011)

 

M. Suwalki en a fait de même pour Mme Herrade Nehlig, une illustre inconnue qui s'est taillé une belle notoriété en un temps, un mouvement [8].  Cette militante écologiste n'a pas hésité à se prévaloir « de l’Institut de Biologie Moléculaire des Plantes » (IBMP) de Strasbourg, alors qu'elle n'y occupe qu'un poste de technicienne, dans un courrier des lecteurs des Dernières Nouvelles d'Alsace [9].

 

C'était pour faire un amalgame grotesque entre E. coli et les OGM !

 

Un E. coli présenté pour l'occasion comme le vecteur du transfert de gènes, alors que tout lecteur de Science et Vie ou Ça m'intéresse sait que le véritable vecteur bactérien est Agrobacterium tumefaciens.  Sa lettre était tellement inepte [10] que l'on doit s'interroger sur ses ressorts – ignorance ou malveillance –, ainsi que sur le sens de la responsabilité et de la déontologie journalistiques des DNA [11].  Il est du reste remarquable que les DNA aient publié le courriel de Mme Nehlig sans sourciller, mais se soient ensuite illustrées par une censure du courrier des lecteurs subséquent.  On ne peut donc que souscrire à l'opinion de M. Anton Suwalki selon laquelle « il y a des idées "citoyennes" qui ne sauraient être critiquées dans ce journal » ; et dans d'autres.

 

Toujours est-il que la lettre a fait un début de propagation virale sur l'Internet, les as du copier-coller ayant, bien sûr, omis de préciser la source exacte, à savoir un courrier des lecteurs.  Début seulement, la vigilance de M. Anton Suwalki et des aficionados d'Imposteurs ainsi que la demande de rectificatif de l'IBMP ayant permis de limiter les dégâts.  Mais, rétrospectivement, on ne peut s'empêcher de penser que l'objet même de sa publication par les DNA était de fournir l'amorce de la propagation.  Il n'y a pas d'autre explication plausible, hormis la stupidité crasse ; mais celle-ci semble invalidée par la censure des réactions à l'articulet par les DNA avant que n'intervînt la demande de l'IBMP [12].

 

 

La FNAB (fin mai 2011)

 

Fin mai 2011, on en était encore à l'hypothèse des concombres « bio » du Sud de l'Espagne.  M. Dominique Marion, président de la Fédération nationale d'agriculture biologique des régions de France (FNAB), déclara à cette époque : « En agriculture biologique, il n'est pas possible d'avoir une telle infection.  D'une part, parce que le cahier des charges AB européen impose l'utilisation d'engrais certifiés par une norme européenne. Et d'autre part, en cas d'utilisation d'engrais de ferme, ceux-ci doivent être compostés ; cette étape tue les bactéries. » [13]

 

La foi dans la certification est fort étonnante.  Les milieux bio appartiennent en effet à une mouvance qui n'a aucune estime pour la certification ou l'homologation des produits phytosanitaires, des OGM, etc.  Il en est de même pour la confiance aveugle dans le compostage.  Et, au-delà, M. Marion nous affirme implicitement que le monde merveilleux de la bio ne connaît ni l'incompétence, ni la malchance, ni la fraude.  Le compostage faisant perdre de l'azote, facteur limitant en bio, aucun producteur bio n'est tenté d'utiliser un fumier frais, parole ! Puisqu'on vous dit qu'une telle crise sanitaire est impossible...

 

Le problème est en fait beaucoup plus grave : M. Marion a-t-il dit la vérité ? Selon notre lecture des textes officiels, les fumiers non compostés ne sont pas interdits [14], mais expressément autorisés  (sauf ceux provenant d'élevages industriels) [15].  Par ailleurs, si les engrais utilisables en agriculture biologique doivent être autorisés, il n'y a pas de certification obligatoire.

 

 

L'AFP, ses relais et la FNAB (16 juin et 8 juillet 2011)

 

Le 16 juin 2011, beaucoup de points restaient encore obscurs.  Mais on avait déjà fait le lien entre E. coli et les graines germées ; et le Gärtnerhof de Bienenbüttel en Basse-Saxe avait déjà – c'est-à-dire avec une remarquable célérité – été mis hors de cause [16].  Pourtant, des photos avaient été publiées [17] et des observateurs a priori avertis avaient remarqué, sur la base de ces photos, que les règles d'hygiène n'étaient pas respectées [18].

 

Ce 16 juin 2011, donc, la FNAB affirma que les cas d'intoxication par la bactérie relevaient d'une « crise sanitaire » et non « d'une crise de la production bio » [19].  Et elle ajouta : « Aucun lien formel ne peut être établi à ce jour entre les intoxications et le processus de production biologique. La réalisation de graines germées bio relève par ailleurs de du (sic) processus de transformation, dont les spécifications sont distinctes des règles de production en agriculture biologique (notamment concernant le lien au sol). L’amalgame sur l’ensemble de la filière bio ne correspond à aucune réalité objective. »

 

C'est factuel et exact, et cela mérite d'être souligné.  Mais c'est aussi un texte du même style que ceux, émanant parfois de filières industrielles honnies par les milieux de l'écologisme et l'altermondialisme, qui déclenchent l'ire et les quolibets de ces milieux.

 

L'opinion fut diffusée par l'AFP et se retrouva, par exemple, dans Le Monde [20].

 

Le 8 juillet 2011, l'AFP diffusa un étrange article que Libération reprit sous le titre La Drôme, 1er département bio, ne traverse pas de crise de confiance [21].  Il était rapporté que, selon un sondage Ifop pour WWF réalisé mi-juin, 50% des Français n'accordaient pas leur confiance à l'appellation bio des produits alimentaires, soit 20 points de plus que trois ans auparavant.  Selon l'article, la FNAB attribuait ce mauvais résultat à la crise sanitaire ; mais cette information était noyée dans le texte, l'AFP donnant la priorité à un cheval de bataille souvent enfourché dans les milieux «alter » : la théorie de la conspiration.  M. Julien Adda, délégué général de la FNAB, était en effet cité en début d'article : « Il y a une tentative de déstabilisation de la filière bio, et nous attendons des soutiens publics ».  Ceci dans un article selon lequel « la filière de l'agriculture biologique assure ne souffrir paradoxalement d'aucune baisse de ses ventes, comme l'atteste l'optimisme des producteurs de la Drôme, premier département bio de France ».

 

On ne s'étonnera donc pas que Libération ait décidé de ne pas ouvrir cet article aux commentaires.  On pourra en revanche s'étonner qu'un responsable de la FNAB ait réclamé « des soutiens publics » pour une filière qui baigne dans l'optimisme, et ce, alors que Mme Nathalie Kosciusko-Morizet et M. Bruno Le Maire visitaient, le même jour, une ferme bio dans l'Essonne et annonçaient des mesures de soutien à la filière [22].

 

M. Marcel Kuntz vient d'écrire sur un autre sujet, les OGM : « Constatons tout d’abord que les allégations du lobby écologiste sont toujours répercutées de manière zélée par l’AFP, qui, d’autre part, ignore régulièrement les communiqués de presse pro-OGM, comme ceux de l’AFBV. Qu'une poignée de journalistes, en position stratégique à l'AFP, aient droit de vie ou de mort sur des communiqués de presse, créant ainsi un obstacle insurmontable à l'expression pluraliste sur les biotechnologies vertes, n'est pas sans poser un réel problème de démocratie » [23].  Observation fort judicieuse qui s'applique ici aussi.

 

En effet, cet article de l'AFP ne relève pas vraiment de l'information, mais plutôt du publi-reportage.

 

Et encore ! On se frotte les yeux quand on lit : « L’Agence nationale de sécurité alimentaire a rappelé que la production biologique ne présente pas de risque de contamination supérieur à une production traditionnelle » [24].  Quelle agence ? Quand ? Source ? Le lecteur non averti croira à une déclaration d'une agence en relation avec la crise sanitaire alors en cours, alors que cette déclaration d'une agence mal désignée, si tant est qu'elle existât (voir ci-après), ne peut qu'être antérieure à ladite crise.

 

 

La FNAB et Générations futures

 

Le 16 juin 2011, M. Sylvestre Huet publia sur son blog un texte de MM. Francis-André Wollman et Jean-François Briat, directeurs de recherche au CNRS, dans lequel ceux-ci appelaient notamment à la sobriété et l'objectivité [25].  Leur fil conducteur : « Dans le débat public concernant les filières de production agricole, nous avons toujours plaidé pour une approche dépassionnée et raisonnée qui prennent pour première considération, le rapport risque/bénéfice de chaque modalité de production. »

 

Mais ils soulignaient aussi les risques sanitaires du bio pour E. coli : « Déjà en 1996, le centre de contrôle des maladies infectieuses d’Atlanta avait dénombré 2471 cas d’infection par une souche pathogène d’E coli causant 250 décès. Un tiers de ces décès étaient dus à la consommation de produits issus de l’agriculture biologique alors qu’ils ne représentaient que 1% des aliments consommés aux États-Unis.  Il est donc indéniable que les mérites de l’agriculture biologique s’accompagnent inévitablement de risques alimentaires spécifiques [...] » S'agissant de la première phrase, cette affirmation est, au mieux, de deuxième main et, en tout cas, en partie sujette à caution.

 

Lorsqu'elle a été lancée pour la première fois, l'assertion en cause a fait l'objet d'un superbe « homme de paille » sur la partie introductive, ce qui a permis aux tenants du bio et à d'autres, de contester la partie principale.  L'auteur réel de l'affirmation sous-jacente est M. Dennis T. Avery [26].  Et la contestation a été, disons... vive.

 

M. Avery avait affirmé que, selon des données rassemblées par le U.S. Center for Disease Control (CDC), les consommateurs de produits bio et « naturels » avaient huit fois plus de risques que le reste de la population de contracter E. coli (O157: H7).  La contestation a attribué la paternité de l'affirmation au CDC [27], ce qui leur a permis de démentir, en apparence, le tout.  Le CDC y a même contribué par un faux démenti.  Faux, parce qu'il niait avoir procédé à une étude comparative des risques spécifiques d'infection par E. coli O157 : H7 ; ce qui ne signifiait nullement qu'il n'avait pas produit de données statistiques permettant une telle étude et donc l'affirmation de M. Avery.  Or, dans une réfutation, M. Avery affirme bien que son article a été fondé sur des données trouvées dans un document du CDC [28].

 

Ceci ne nous avance pas vraiment sur la question de savoir si les affirmations de M. Avery quant au fond sont exactes, et si sa constatation pour 1996 est représentative de la situation générale.  Or il est difficile de nier que les risques sanitaires liés à des bactéries fécales augmentent avec la fertilisation organique et que, l'agriculture biologique étant interdite de fertilisants « chimiques », elle est particulièrement et davantage exposée à un risque de contamination [29].  Du reste, la plausibilité des affirmations de M. Avery est corroborée par le fait que de nombreux auteurs sérieux les ont reprises.

 

Y compris MM. Wollman et Briat, dont le texte n'attribue au CDC que le dénombrement de « 2471 cas d’infection par une souche pathogène d’E coli causant 250 décès ».  Mais la FNAB et Générations futures – MM. Dominique Marion et François Veillerette – ont décidé d'appliquer la recette éprouvée de l'homme de paille dans un communiqué conjoint [30].

 

« Les attaques récentes contre les produits biologiques reposaient sur… une étude qui n’existe pas ! » écrivent-ils en titre ? Mais si ! C'est celle de M. Dennis T. Avery.  Remarquons aussi que l'article de MM. Wollman et Briat est qualifié d'« attaques » et que « les produits bio ont été injustement montrés du doigt comme étant prétendument dangereux ».

 

Cette paranoïa est en partie motivée par des considérations bassement commerciales : il ne faut pas faire douter le consommateur hypocondriaque, ni le producteur dévot. 

 

La FNAB a aussi produit à un date indéterminée une note dans la rubrique « Actualités de la bio » de son site, sobrement intitulée Risques sanitaires en bio: l'ANSES stoppe les allégations mensongères [31] et se référant notamment à une déclaration invérifiable de Mme Marie-Christine Favrot, directrice de l’évaluation des risques nutritionnels et sanitaires [32], et au communiqué du 29 juin 2011 de l'ANSES [33].  Problème : le communiqué ne stoppe rien !

 

Mais revenons au communiqué conjoint de la FNAB et de Générations Futures.  De mâles mouvements du menton s'imposaient.  M. Marion déclara donc que la FNAB « se réserve le droit d’agir en conséquence ».  Quant à M. Veillerette, il déclara : « Alors que les consommateurs plébiscitent les produits bio, les adversaires de l’écologie et de l’agriculture biologique essayent par tous les moyens de décrédibiliser la bio depuis de longs mois.  Les accusations de chercheurs publics reposant sur des rumeurs sont inacceptables. Elles doivent être démenties immédiatement et publiquement.» MM. Wollman et Briat doivent trembler...

 

C'était dit par deux compères qui prétendaient que « [l]es conséquences [des prétendues accusations] sur l’image des produits bio ne se sont pas fait attendre comme devait le confirmer un sondage réalisé par le WWF ».  Le sondage (auprès de consommateurs qui « plébiscitent les produits bio » selon l'inénarrable Veillerette qui n'est pas à une contradiction près...) ayant été réalisé à la mi-juin 2011 et l'article de MM. Wollman et Briat publié, respectivement, le 16 juin sur le blog et le 27 juin dans Libération, il faut reconnaître à ces derniers une extraordinaire capacité de persuasion.

 

M. Fabrice Nicolino reprit le communiqué sur son site en l'assortissant du commentaire suivant : « L’agriculture et les techniques bio peuvent sans aucun doute provoquer des maladies, voire tuer. Et ALORS ? Qui est – quel serait – le crétin qui pense que la bio pourrait représenter une garantie absolue ? Il me suffit qu’elle nourrisse des hommes et respecte les sols et les eaux. Pas vous ? » [34]  Cette question posée en termes fort délicats s'applique sans nul doute aux auteurs qui se sont insurgés contre l'assertion de MM. Wollman et Briat selon laquelle « [i]l est donc indéniable que les mérites de l’agriculture biologique s’accompagnent inévitablement de risques alimentaires spécifiques ».

 

Mais elle s'applique à d'autres encore.

 

 

MM. Claude Aubert et Laurent Chevallier (19 juillet 2011)

 

Le 10 juillet 2011, le Monde sous la signature de Mmes Claire Gatinois et Laetitia Van Eeckhout présenta une vision bien moins optimiste que le texte de l'AFP du 8 juillet 2011, mais sans verser dans le catastrophisme [35].  La filière bio affronte sa première crise de confiance dut résonner comme un signal d'alerte pour MM. Claude Aubert et Laurent Chevallier.  Ils cosignèrent le 19 juillet 2011 une tribune dans le même journal, Produits bio : nouvelle cible de la sécurité alimentaire, en se présentant en introduction comme, respectivement, ingénieur agronome et docteur (ça impressionne, docteur...), et praticien attaché au CHU de Montpellier, et en conclusion comme cofondateur de Terre vivante, et président de la commission alimentation du Réseau environnement santé [36].

 

Et ils l'ont osé : « On peut comprendre que les crises sanitaires récentes liées aux intoxications par des souches particulièrement virulentes de la bactérie E. coli, et que la mise en cause du bio à leur propos, jettent un doute sur la sécurité sanitaire des produits bio. Un doute cependant totalement injustifié. »  En clair et en bref : les produits bio sont parfaitement sains.

 

Répétons : les produits bio sont parfaitement sains.  Un doute là dessus est totalement injustifié.

 

Et quelle paranoïa !

 

Rien que le titre :  Produits bio : nouvelle cible de la sécurité alimentaire.  La sécurité alimentaire est donc conçue comme une arme dirigée contre les produits bios.  Les consommateurs de bio doués de raison apprécieront.

 

MM. Aubert et Chevallier ont aussi écrit : « Pour les concombres, on sait qu'il s'agissait tout simplement d'une erreur de l'administration allemande. Certains en ont malgré tout profité pour incriminer le bio. » Or, c'est l'administration précitée, et non des inconnus malintentionnés, qui, au terme des premiers résultats de son enquête, a porté ses soupçons sur des concombres et sur des productions bio d'entreprises clairement identifiées.  Du reste, considérer ces soupçons comme une simple erreur est, tout simplement, grotesque.

 

Mais « les responsables seraient des graines de fenugrec venues d'Égypte, dont l'origine exacte n'a pas été précisée » et, partant, « le problème, ce n'est pas le bio, ce sont les graines germées ».  En fait, même les graines germées ne seraient pas un problème puisqu'il « suffit en effet d'observer des règles d'hygiène strictes ». MM. Aubert et Chevallier se sont donc superbement contredit ; cela devrait échapper à de nombreux lecteurs, les extraits cités ci-avant provenant de deux paragraphes et étant noyés dans d'autres sophismes.  Puisqu'il « suffit [...] d'observer des règles d'hygiène strictes », il faut admettre que le Gärtnerhof n'a pas observé ces règles.  Et ce, soit par négligence, soit par défaillance des procédures sanitaires selon les règles de la bio – le bannissement de la chimie concernant également les antiseptiques comme le chlore.  Dans cette dernière hypothèse, ce sont les faits, et non des inconnus malveillants, ou encore une administration, qui incriminent le bio.

 

Un des faits établis est que les graines de fenugrec étaient « bio » [37].

 

Éclabousser tous azimuts, comme M. Noël Mamère, voilà également la stratégie du duo Aubert et Chevallier.  Ils font donc mine de s'interroger sur l'origine des souches O104 : H4 (les graines germées) et O157 : H7 (les steaks hachés de Lille).  « Ces souches ne seraient-elles pas apparues à la suite de l'utilisation d'antibiotiques en médecine vétérinaire associée à la consommation d'herbage ou d'aliments traités aux pesticides dans les élevages industriels ? » Associer « antibiotiques », « pesticides » (lesquels, du reste ?) et « élevages industriels » dans une même phrase, avouez que c'est fort ! Et fort malhonnête : si l'on admet pour les besoins de la démonstration l'effet combiné des antibiotiques et des pesticides, rien n'oblige à penser qu'un accident malheureux n'ait pas pu se produire ailleurs, dans un élevage traditionnel.  Et après tout, les graines de fenugrec viennent d'Égypte, un pays qui n'est pas connu pour pratiquer l'élevage industriel.  Par ailleurs, la source (animale ou humaine) de la souche O104 : H4 n'a pas encore été identifiée [38], et O157 : H7 est assez fréquente [39].

 

Les auteurs appellent à la rescousse un certain Van Huber, de l'Université de Purdue aux Etats Unis ; il s'agit en fait de M. Don Huber, et il est à la retraite.  Pour son malheur, le lecteur ordinaire est induit en erreur car M. Don Huber – qui fut un scientifique reconnu et respecté avant qu'il ne se discréditât comme prosélyte anti-OGM – a produit une lettre confidentielle (mais bien sûr divulguée au public, prosélytisme oblige) au Secrétaire d'État à l'agriculture états-unien délirante [40].  La référence est donc inopérante.  Il est du reste « amusant » de constater que les auteurs se contentent d'une simple lettre qui contient, néanmoins, des affirmations scientifiques proprement extraordinaires ; « amusant » parce qu'ils appartiennent à une communauté de pensée qui rejette catégoriquement les publications de leurs « adversaires » qui ne sont pas passées par un comité de lecture.

 

Le déclin des abeilles est également convoqué à la barre, en application du principe de l'enfumage : « Le déclin des abeilles n'est-il pas en partie imputé à la conjonction de l'association de certains pesticides à des parasites intestinaux ? » MM. Aubert et Chevallier doivent bien savoir, d'une part, que « les parasites intestinaux » sont Nosema ceranae, un champignon unicellulaire (et non une bactérie comme E. coli), qui est capable à lui seul de produire le déclin des abeilles ; et que, d'autre part, leurs compagnons de militantisme, notamment de l'UNAF, s'accrochent à la théorie du « rôle primordial des pesticides dans l’érosion des ruches » [41].  Mais un plaidoyer pour une agriculture biologique prétendument malmenée vaut bien une entorse au catéchisme habituel.  Va donc pour la « conjonction » !

 

L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) est un autre témoin à décharge.  Elle aurait conclu en 2003 « que les risques microbiologiques ne sont pas plus élevés en bio qu'en conventionnel et n'a pas changé d'avis depuis » (nous citons ici MM. Aubert et Chevallier).  Mauvaise pioche ! La conclusion générale est la suivante (page 80 du texte, 83 du PDF) : « Il reste cependant difficile de quantifier les risques microbiologiques et parasitaires compte tenu de l’insuffisance des données. Il serait souhaitable de mettre en place une surveillance des agents pathogènes les plus sensibles en termes de risques sanitaires pour l’homme et de réaliser des études afin de mieux objectiver l’impact de l’ensemble des pratiques et des mesures mises en oeuvre dans le cadre de l’agriculture biologique. » [42]  M. Claude Aubert était membre du groupe de travail...  Mémoire courte ? Autosuggestion ? Intoxication médiatique ? Mauvaise foi ?

 

L'AFSSA a du reste été particulièrement et étonnamment elliptique sur E. coli.  MM. Aubert et Chevallier ont manifestement décidé de l'ignorer.  Tout comme ils ont ignoré le sens général de l'article de MM. Wollman et Briat.

 

Les auteurs se lancent aussi dans la supposée supériorité nutritionnelle des produits de l'agriculture biologique (un « classique » des biomaniques).  Le rapport de l'AFSSA de 2003 n'était pas suffisamment positif ? Pas grave ! « Toutefois, depuis cette date, de nombreuses études ont mis en évidence une nette supériorité des produits bio selon au moins deux critères... » Le lecteur est donc invité à penser que le rapport de 2003 est maintenant invalidé [43].  Faux.  Et que sont « deux critères » par rapport au tout ? Et par rapport aux critères pour lesquels les produits biologiques sont inférieurs (telle la teneur en protéines du blé) ? Et par rapport à la cinquantaine de morts et aux centaines d'insuffisants rénaux qu'il faut bien associer à des graines germées bio (même si le lien reste à préciser) ?

 

Ils nous offrent aussi l'inévitable couplet sur les résidus de pesticides.  Ils écrivent : « Selon l'EAT  (Etude alimentation totale) que vient de publier l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), un aliment sur deux contient au moins un résidu de pesticides. En bio moins d'un aliment sur dix en contient, en provenance dans la plupart des cas d'une contamination par des voisins ou par l'environnement. » Nous n'avons pas trouvé la source de ces affirmations [44].

 

Peut-on dès lors leur faire crédit de reconnaître que « [c]ertains objectent que les niveaux de résidus trouvés dans les aliments sont trop faibles pour avoir un impact négatif sur notre santé.» ? C'est du reste la conclusion générale de l'EAT, avec un petit bémol (le diméthoate pour les forts consommateurs de cerises). Non, car ils embrayent immédiatement sur des études – non identifiées – alarmistes, au besoin dénaturées.  Ils écrivent ainsi pour une méta-analyse sur les pesticides et les pathologies : « Il s'agissait souvent, mais pas toujours, d'expositions professionnelles, ce qui ne change rien aux conclusions qu'il faut en tirer. En effet, même si les résidus de pesticides présents dans les aliments n'avaient pas d'impact grave sur la santé du consommateur [...] avons-nous moralement le droit de consommer des aliments dont nous savons que leur production peut rendre les agriculteurs malades ? »

 

Cet appel aux bons sentiments (qui s'applique du reste à de nombreux secteurs de l'activité économique) devient très égoïste et égocentrique dans la conclusion des auteurs : pour reprendre ses termes clés, c'est : mangeons bio pour réduire fortement notre exposition aux pesticides.  Cet appel est surtout obscène à plusieurs titres.  Pour rester dans le cadre de cet article, MM. Aubert et Chevallier veulent nous induire à occulter une crise sanitaire grave (dans laquelle, il faut le préciser encore une fois, le rôle du « bio » reste à déterminer) au profit d'un sectarisme agronomique et alimentaire.

 

Et qu'importent les 50 morts (à ce jour, pour un total de 4 321 cas rapportés) et les quelque 750 à 800 personnes qui ont développé des complications entérohémorragiques ayant entrainé des problèmes rénaux et/ou neurologiques [45].

 

La foi doit prévaloir sur la raison

Wackes Seppi


 

Notes :

[1]  Intoxication aux concombres BIO : le black out des médias français

http://www.enquete-debat.fr/archives/intoxication-aux-concombres-bio-le-black-out-des-medias-francais

 

[2]   Bactérie E. Coli : le bio en question

http://www.marianne2.fr/Bacterie-E-Coli-le-bio-en-question_a207338.html?com#comments

 

[3]  Le mieux est encore de s'autoproclamer.  Voir son nouveau blog (toujours mis à disposition par Arte, sur fonds publics), en construction, à :

http://www.m2rfilms.com/

 

[4]  La bactérie E Coli bien connue des élevages intensifs

http://robin.blog.arte.tv/2011/06/28/la-bacterie-e-coli-bien-connue-des-elevages-intensifs/

 

[5]  Pour un décryptage plus approfondi, voir notamment :

http://robin.blog.arte.tv/2011/06/28/la-bacterie-e-coli-bien-connue-des-elevages-intensifs/#comment-4719

Il est tout de même remarquable que Mme Marie-Monique Robin n'ait pas repris le lien suivant, qui semble indiquer que S. aureus n'est pas un problème majeur de sécurité (sanitaire) alimentaire :

http://www.cdc.gov/ncidod/eid/vol5no5/mead.htm.

 

[6]  La mauvaise graine

http://www.noelmamere.fr/article.php3?id_article=2271

 

[7]  Mamère et MMR rament dans le même bateau bio

http://imposteurs.over-blog.com/article-mamere-et-mmr-rament-dans-le-meme-bateau-bio-78139115.html

Pourquoi Noël Mamère s’en prend-il à « l’agro-industrie » dans l’affaire de l’E. Coli ?

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article747

 

[8]  E.coli et OGM : élucubrations d’Herrade Nehlig et censure aux Dernières Nouvelles d’Alsace

http://imposteurs.over-blog.com/article-e-coli-et-ogm-elucubrations-d-herrade-nehlig-et-censure-aux-dernieres-nouvelles-d-alsace-78743821.html

 

[9]  http://www.dna.fr/fr/opinions/info/5346213-Courrier-de-lecteurs-E.-coli-et-la-resistance-aux-antibiotiques

 

[10]  Réaction de la direction de l'IBMP suite à l'article paru dans le courrier des lecteurs des DNA le 1er juillet 2011

http://ibmp.u-strasbg.fr/index.php?id=26&tx_ttnews[tt_news]=81&tx_ttnews[year]=2011&tx_ttnews[month]=07&tx_ttnews[day]=04&cHash=1bcf4f2ec6

 

[11]  Les DNA ont tout de même publié un rectificatif et précisions

http://www.dna.fr/fr/opinions/info/5367740-Courrier-des-lecteurs-E.-coli-rectificatif-et-precisions

Pour la censure des réactions, voir l'article de M. Anton Suwalki (note [8]) et les commentaires.

 

[12]  Il est en outre remarquable que les DNA aient demandé au site Imposteurs de retirer le logo des DNA en tête de son article mais n'aient offert aucun commentaire ou explication sur les faits qui leur étaient imputés.

 

[13]  Cité par M. Gilles Rivière-Wekstein dans Les premières leçons d’une crise

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article748

Et aussi dans Concombres contaminés : encore beaucoup de questions

http://www.campagnesetenvironnement.fr/concombres-contamines-encore-beaucoup-de-4383.html

 

[14]  Règlement (CE) N° 834/2007 du Conseil du 28 juin 2007 relatif à la production biologique et à l'étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) n° 2092/91, article 12.1 (italiques ajoutés par nous ci-après) :

« Outre les règles générales applicables à la production agricole énoncées à l'article 11, les règles suivantes s'appliquent à la production végétale biologique :

« [...]

« b) la fertilité et l'activité biologique du sol sont préservées et augmentées par la rotation pluriannuelle des cultures, comprenant les légumineuses et d'autres cultures d'engrais verts et par l'épandage d'effluents d'élevage ou de matières organiques, de préférence compostés, provenant de la production biologique;

« [...]

« d) en outre, les engrais et amendements du sol ne peuvent être utilisés que s'ils ont fait l'objet d'une autorisation d'utilisation dans la production biologique conformément à l'article 16; »

http://www.agencebio.org/upload/RCE_BIO_834_2007_oct08.pdf

 

[15]  Règlement (CE) n° 889/2008 de la Commission du 5 septembre 2008 portant modalités d’application du règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques en ce qui concerne la production biologique, l’étiquetage et les contrôles, Annexe 1

http://www.agencebio.org/upload/RCE_BIO_889_2008_mod_mai_2011_ANNEXES.pdf

 

[16]  La ferme bio allemande disculpée dans l'affaire de l'E. Coli

http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/la-ferme-bio-allemande-disculpee-dans-l-affaire-de-l-e-coli-11-06-2011-1341109_240.php

L'article est du 11juin 2011.   M. Gert Hahne, porte-parole des services de protection des consommateurs du Land de Basse-Saxe, est cité comme ayant déclaré (le texte suivant a pu être entrecoupé dans la déclaration originale) :

« D'après nos investigations en cours, la ferme n'a commis aucune erreur.  L'hygiène est respectée et toutes les dispositions réglementaires sont observées.  Nous n'avons rien constaté de fautif dans cette exploitation et rien qui puisse donner lieu à des poursuites judiciaires.  On ne peut sanctionner quiconque pour avoir joué de malchance. »

 

[17]  http://www.eurofruitmagazine.com/post/6250556744/photos-from-gartnerhof-bienenbuttel-the-german

Les photos seraient tirées du site du Gärtnerhof.  C'est invérifiable, ce site ayant été réduit à un seul communiqué sur la réouverture de la ferme.

 

[18]  Graines germées : les photos de l'exploitation agricole allemande (voir les commentaires)

http://www.maxisciences.com/bact%e9rie-tueuse/graines-germees-les-photos-de-l-039-exploitation-agricole-allemande_art15152.html

 

[19]  http://www.fnab.org/index.php?option=com_content&view=article&id=202:ecoli-et-graines-germees-&catid=30:actualites-de-la-bio&Itemid=43#_ftnref1

Curieusement, ce texte ne figure pas sur son site dans les communiqués de presse, mais sous « actualités de la bio ».

 

[20]  E. coli : ce n'est "pas une crise de la production bio" affirme la FNAB

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/06/16/e-coli-ce-n-est-pas-une-crise-de-la-production-bio-affirme-la-fnab_1537229_3244.html

 

[21]  http://www.liberation.fr/depeches/01012347886-la-drome-1er-departement-bio-ne-traverse-pas-de-crise-de-confiance

 

[22]  Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, renforcent les mesures de soutien à l’agriculture biologique

http://agriculture.gouv.fr/Nathalie-Kosciusko-Morizet-et,14692

 

[23]  Nouvel opus de "science" parallèle du Criigen

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-nouvel-opus-78905152.html

 

[24]  On rappellera que, par l'Ordonnance N° 2010-18 du 7 janvier 2010, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) et l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET) ont été fusionnées pour former l'Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).

 

[25]  E. Coli : la bactérie tueuse et l'Opinion publique

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2011/06/ecoli-la-bact%C3%A9rie-tueuse-et-lopinion-publique.html

Le texte a été repris le 27 juin 2011 dans Libération sous le titre La bactérie tueuse, la ferme biologique et l’opinion publique

http://www.liberation.fr/societe/01012345570-la-bacterie-tueuse-la-ferme-biologique-et-l-opinion-publique

 

[26]  The Hidden Dangers In Organic Food

http://www.artsci.wustl.edu/~anthro/articles/Hidden%20Dangers%20In%20Organic%20Food.htm

 

[27]  CDC Has Never Compared E. Coli Risks of Organic, Traditional Food

http://www.ibiblio.org/farming-connection/news/aanews/9902.htm#1

 

[28]  Wallace Institute Got It Wrong: CDC Data Does Indicate Higher Risk From Organic And Natural Foods

http://www.hudson.org/index.cfm?fuseaction=publication_details&id=270

Il y a un lien vers un tableau, mais il n'est malheureusement plus fonctionnel.

 

[29]  Voir à ce sujet :

Riz OGM et épinards bio

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article141&decoupe_recherche=%E9pinards%20californie

What Europeans should have read about pathogenic E. coli in 2007 to have helped avoid the current food safety crisis

http://www.biofortified.org/2011/05/what-europeans-should-have-read-about-pathogenic-e-coli-in-2007-to-have-helped-avoid-the-current-food-safety-crisis/

 

[30]  E Coli : Les attaques récentes contre les produits biologiques reposaient sur…une étude qui n’existe pas ! Par exemple

http://www.panier-blomet.fr/wp-content/uploads/2011/07/E-Coli-bio-26-07-11.pdf

Le communiqué est introuvable ou inaccessible sur les sites respectifs de la FNAB et de Générations futures.

 

[31]  http://www.fnab.org/index.php?option=com_content&view=article&id=210:agriculture-biologique-et-risques-sanitaires&catid=30:actualites-de-la-bio&Itemid=43

 

[32]  Voici ce qui a été retenu par une participante au colloque Oui au Bio dans ma cantine :

« Marie Christine FAVROT, directrice de l’évaluation des risques nutritionnels et sanitaires à l’Agence Nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a présenté les études réalisées autour de la problématique suivante : y a-t-il une différence sur le plan nutritionnel, des risques microbiologiques et des risques chimiques entre des produits bio et des produits non bio ? Le résultat global de ces études est qu’il n’y a pas de différence entre les produits bio et les produits non bio aux vues des risques mentionnés ci-dessus. »

Difficile d'y voir une déclaration en relation avec l'actualité à l'époque (29 juin 2011) brûlante).  Source :

http://www.synabio.com/doc/synabio-doc-472.pdf

 

[33]  Infections à Escherichia coli productrice de shigatoxines en France : point de situation et recommandations aux consommateurs

http://www.anses.fr/

 

[34]  Flagrant délit de manipulation (sur Escherichia coli)

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=1178

 

[35]  La filière bio affronte sa première crise de confiance.  Fac similé à :

http://www.agap-pro.com/info/wp-content/uploads/2011/07/crisebio_11072011_lemonde.pdf

 

[36]  http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/07/19/les-produits-bio-sont-devenus-la-nouvelle-cible-de-la-securite-alimentaire_1549250_3232.html

 

[37]  Avis de l’ANSES relatif à l’état des connaissances scientifiques et aux informations disponibles permettant de formuler des recommandations, suite à la survenue de plusieurs cas de syndromes hémolytiques et urémiques (SHU) observés en France en juin 2011, suspectés d'être liés à la consommation de graines germées.  Du 7 juillet 2011, apparemment mis en ligne le 12 juillet.

http://www.anses.fr/Documents/MIC2011sa0158.pdf

 

[38]  Voir l'avis de l'ANSES, note précédente.  En particulier :

« L’origine de la souche épidémique n’est pas connue à ce jour. Cependant, les caractéristiques de cette souche laissent supposer qu'elle résulte du transfert horizontal d'un phage véhiculant le gène stx2, codant pour la toxine Stx2, depuis une bactérie donneuse (probablement un EHEC ou un STEC) vers une bactérie receveuse appartenant au pathovar EAEC, qui est ainsi devenue plus pathogène (Brzuszkiewicz, Thurmer et al. 2011).

« L'acquisition de ce phage par cet EAEC a pu se dérouler dans différentes conditions : vraisemblablement dans un tube digestif humain ou animal, mais également dans le milieu extérieur (boue de station d'épuration, eaux usées, fumier, lisier, etc.). Il n’est pas possible à ce jour de confirmer ou infirmer ces différentes hypothèses [...] »

 

[39]  Tout sur l’E. coli O157:H7

http://www.fightecoli.com/?lang=fr&pageID=1-2

 

[340]  Pour la lettre : Researcher: Roundup or Roundup-Ready Crops May Be Causing Animal Miscarriages and Infertility

http://farmandranchfreedom.org/gmo-miscarriages

M. Huber a aussi écrit à la Commission européenne :

http://farmandranchfreedom.org/Huber-European-letter

Pour une analyse : Extraordinary claims… require extraordinary evidence

http://www.biofortified.org/2011/02/extraordinary-claims/

 

[41]  Voir sous Des experts sous influence

http://www.unaf-apiculture.info/

Voir aussi Parasites , insecticides et mortalité des abeilles

http://imposteurs.over-blog.com/article-parasites-insecticides-et-mortalite-des-abeilles-79348678.html

 

[42]  Evaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique

http://www.afssa.fr/Documents/NUT-Ra-AgriBio.pdf

 

[43]  Voir à cet égard : Valeur nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique, Léon Guéguen, Gérard Pascal et Bernard Denis, in Agriculture biologique  Regards croisés d’un groupe de travail de l’Académie d’Agriculture de France (septembre 2008 – mai 2010)

http://www.academie-agriculture.fr/mediatheque/seances/2010/20100519rapport_AB.pdf

« Il est donc possible de confirmer les conclusions du rapport de l’Afssa (2003) sur le fait que, en l’état actuel de nos connaissances sur les relations entre les nutriments, les contaminants et la santé, et en l’absence d’éventuels biomarqueurs plus sensibles, fiables et pertinents, la consommation régulière d’aliments AB n’a pas d’effet bénéfique significatif dans le cadre d’un régime alimentaire global. »

 

[44]  Exposition alimentaire aux substances chimiques : l'Anses publie les résultats de la deuxième étude de l'alimentation totale (30 juin 2011)

http://www.anses.fr/index.htm

Et, plus particulièrement, Tome 2 : Résidus de pesticides, additifs, acrylamide, hydrocarbures aromatiques polycycliques

http://www.anses.fr/Documents/PASER2006sa0361Ra2.pdf

On lit du reste à la page 7/36 de l'avis :

« L’étude reflète l’état des apports et des expositions au moment de l’enquête, qui, suivant les recommandations internationales, ont été extrapolés pour évaluer les risques à long terme. L’EAT2 n’a pas pour objet d’évaluer les apports et l’exposition de la population à court terme. La méthode de l’EAT2 ne permet pas non plus d’évaluer les apports et expositions dus à des situations particulières comme une contamination des aliments à une échelle géographique locale ou de nature accidentelle. Elle ne permet pas de distinguer les risques liés à la consommation de produits « bio » spécifiquement, ou encore de produits importés, par exemple. »

À la page 16/36, il est dit : « Dans la moitié des aliments analysés, au moins une substance a été détectée. » Selon notre lecture des résultats d'analyse (voir page 32 et seq. du rapport), il faut comprendre que, pour un aliment sur deux, on a trouvé au moins un échantillon positif ; pour bien mettre les points sur les i, cela ne signifie pas qu'un aliment sur deux est systématiquement positif.  En résumé :

« Considérant l’ensemble des 283 substances actives recherchées, 99,3 % des résultats d’analyses sont associés à des niveaux résiduels inférieurs à la LOD et 0,47 % à des teneurs quantifiées. Parmi les 1 235 échantillons composites analysés, 37 % présentent au moins un résidu détecté (Figure 1) et 30 % au moins un résidu quantifié.

« Parmi les 463 échantillons présentant des détections, 50 % contiennent une seule substance, 41 % de 2 à 5 substances, 8 % de 6 à 10 substances et 1 % plus de 10 substances. Au maximum, 16 substances ont été détectées dans un même échantillon composite. »

 

[45]  Les médias de langue française ont été particulièrement indigents sur ce sujet.  Les sources de première main sont :

EHEC/HUS O104:H4 – Der Ausbruch wird als beendet betrachtet :

http://www.rki.de/DE/Content/Service/Presse/Pressemitteilungen/2011/11__2011.html

Shiga toxin-producing E. coli (STEC): Update on outbreak in the EU (27 July 2011, 11:00) :

http://ecdc.europa.eu/en/activities/sciadvice/Lists/ECDC%20Reviews/ECDC_DispForm.aspx?List=512ff74f%2D77d4%2D4ad8%2Db6d6%2Dbf0f23083f30&ID=1166&RootFolder=%2Fen%2Factivities%2Fsciadvice%2FLists%2FECDC%20Reviews

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 15:14

 

 

 

 

     

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait maintenant plus de quatre mois que le monde « alter » et « anti » bruisse d'une excellente nouvelle : « l’agroécologie peut doubler la production alimentaire en 10 ans ». Parole d'Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation ! Et tout ce beau et gentil monde – essentiellement urbain ou rurbain, et nourri philosophiquement au mythe de la bonne agriculture familiale, préférablement biologique, économe en intrants et respectueuse de notre Bonne Mère Nature – de s'extasier. Ou, pire, de vilipender l'agriculture dite productiviste et les industries agro-alimentaires qui, pourtant, le nourrissent matériellement, ce beau monde, à (relativement) bon prix. Dans le genre hyperbolique, Mme Marie-Monique Robin écrivait le 8 mars 2011 sur son blog que M. De Schutter « a présenté un rapport sur l' "agroécologie" comme l'unique solution de nourrir le monde » [1]. Rien que ça !

Mais est-ce bien vrai ?

Un résumé de rapport très nuancé

Il y a bien un rapport, sobrement intitulé « Rapport du Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter » et soumis au Conseil des droits de l'homme [2]. Sur ce point, nous ne sommes pas escroqués.

Mais ce rapport de 23 pages n'est pas aussi affirmatif. Selon le résumé :

« S’appuyant sur un examen approfondi des publications scientifiques qui ont vu le jour au cours des cinq dernières années, le Rapporteur spécial présente l’agroécologie comme un mode de développement agricole qui n’entretient pas seulement des liens conceptuels solides avec le droit à l’alimentation mais qui a aussi produit des résultats avérés, permettant d’accomplir des progrès rapides dans la concrétisation de ce droit fondamental pour de nombreux groupes vulnérables dans différents pays et environnements. L’agroécologie offre en outre des avantages qui peuvent compléter ceux qui découlent de méthodes conventionnelles mieux connues comme la culture de variétés à haut rendement. De plus, elle contribue de manière importante au développement économique dans son ensemble.

« Le présent rapport défend l’idée que la transposition de ces expériences à une plus grande échelle est le principal défi à relever aujourd’hui. [...] » [3].

Difficile, donc, d'y trouver une affirmation péremptoire. Il en est de même pour le corps du texte, même si on y trouve des exemples de progrès – pas forcément dus à l'agroécologie – a priori extravagants. En revanche, le résumé restreint son affirmation sur les « progrès rapides » aux seuls « groupes vulnérables ».

Un communiqué de presse scandaleux

En vérité, bien peu de commentateurs auront lu le rapport. L'information minute se nourrit de communiqués de presse, de prémâchés à copier-coller. Et le communiqué de presse est un formidable véhicule pour la désinformation à l'adresse des experts du CTRL-C – CTRL-V et, en bout de ligne, du vulgum pecus. Rien de plus efficace, aussi, pour créer ou entretenir une idéologie, des convictions ou une foi. En l'occurrence, M. De Schutter et ses amis ont fait très fort dans le bidonnage, avec la complicité ahurissante du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme [4].

Cela commence par le titre du communiqué :

« Rapport ONU : L’agroécologie peut doubler la production alimentaire en 10 ans ».

Le fait est que ce n'est pas un « Rapport ONU », mais le rapport d'un « expert » [5] indépendant [6], sur lequel la Commission des droits de l'homme prend des actions limitées, lesquelles n'incluent pas l'adoption, elle seule susceptible de conférer le label « rapport de l'ONU » [7].

Ces gens ont créé un double drame. D'un côté, ils ont promu une chose, qualifiée d'agroécologie, en la revêtant indûment du sceau de la respectabilité et de la crédibilité que lui confère, pour les gogos, l'expression « rapport ONU » (les lecteurs avertis savent que l'ONU n'a aucune compétence en matière d'agriculture et que l'agence onusienne de référence est la FAO [8]). De l'autre, ils ont violé l'indépendance des experts et ainsi porté atteinte au principe fondamental qui sous-tend leur action, au risque de saboter un des rares mécanismes qui permettent à l'ONU de s'affranchir quelque peu des blocages « diplomatiques ».

Sur le fond, la première phrase du communiqué de presse vient déjà prouver combien le titre est gonflé aux sens premier et second du terme :

« En à peine 10 ans, les petits agriculteurs peuvent doubler la production alimentaire des régions vulnérables en recourant à des méthodes de production écologiques, affirme un nouveau rapport de l’ONU. » (Les italiques sont de nous.)

Et cette phrase ne s'appuie sur rien dans le rapport : pas de trace autre que très spécifique, en effet, des 10 ans, ni du doublement de la production.

Le communiqué de presse aligne une belle série de déclarations manifestement contestables, en partie attribuées à Olivier De Schutter, désigné par son nom, par « Rapporteur de l'ONU » ou encore par un « expert de l'ONU » correct en jargon onusien mais terriblement trompeur en langage courant. Celles-ci s'inscrivent dans le contexte d'un dénigrement de l'agriculture conventionnelle :

« L'agriculture conventionnelle accélère le changement climatique, repose sur des intrants coûteux et n’est pas résiliente aux chocs climatiques. Elle n’est tout simplement plus le meilleur choix pour l’avenir. »

Voici deux exemples relativement simples.

Premier exemple :

« L’agroécologie est au contraire reconnue par un nombre croissant d’experts pour son impact positif en termes de production alimentaire, de réduction de la pauvreté et d'atténuation du changement climatique. Même le Malawi, un pays qui a lancé il y a quelques années un important programme de subvention des engrais chimiques, met désormais en œuvre des programmes agroécologiques. Ceux-ci bénéficient à plus de 1,3 million de personnes qui ont vu les rendements de maïs passer de 1 tonne/ha à 2-3 tonnes/ha. » (Propos de M. De Schutter.)

N'insistons pas sur le « nombre croissant » : ça commence par le passage de un à deux...

Pour le Malawi, selon le rapport, il s'agit d'agroforesterie utilisant des arbres qui fixent l’azote, et il est fait référence à une publication unique, de Dennis Philip Garrity et al [9]. Le texte ci-dessus (le communiqué de presse) laisse entendre, par le mot « désormais », que le Malawi remplace un programme par un autre ; que le nouveau programme a déjà déployé ses effets ; que les rendements ont doublé ou triplé. Le rapport est plus respectueux de la réalité [10] : pas d'indication de désengagement du programme engrais (et semences améliorées) ; programme d'agroforesterie en cours de déploiement ; données de rendement issues de la recherche et non de la réalité au champ.

Du reste, M. De Schutter fait aussi l'impasse sur les leçons à tirer de l'extraordinaire efficacité du programme engrais [11].

Deuxième exemple :

« Le rapport souligne aussi que les projets agroécologiques menés en Indonésie, au Vietnam et au Bangladesh ont réduit de 92% l'utilisation d'insecticides pour le riz, permettant aux agriculteurs pauvres de faire d’importantes économies financières. »

Le rapport décrit quant à lui les résultats (prétendument) obtenus par des fermes-écoles... On est loin de l'agroécologie [12].

Un argumentaire de bonimenteur

Nous ne ferons pas ici une analyse détaillée du rapport car ce serait bien trop fastidieux. La partie III – Contribution de l’agroécologie à la mise en oeuvre du droit à l’alimentation – se rapproche du style des plaquettes publicitaires.

« Le présent rapport – est-il dit en introduction dans la partie précédente – suggère que le développement des pratiques agroécologiques peut simultanément accroître la productivité agricole et la sécurité alimentaire, améliorer les revenus et les moyens de subsistance ruraux et renverser la tendance vers la disparition d’espèces et l’érosion génétique. » Difficile de contester : tout est dans un « peut » correctement interprété. Du reste, l'agriculture que l'on appellera ici « conventionnelle » par défaut, le peut aussi ; et le fait.

De fait, regrettablement, le rapport « ratisse large » en attribuant à l'agroécologie ce qui ne relève pas d'elle (par exemple les fermes-écoles, comme on l'a vu plus haut) ; ne présente que les avantages perçus, sans préciser les limitations et notamment les coûts ; et ce, sur la base d'une sélection unilatérale de références bibliographiques, dont certaines sont également unilatérales, certaines manifestement dithyrambiques, et certaines peu pertinentes.

Le rapport affirme notamment que l'agroécologie «gagne par ailleurs du terrain dans des pays aussi différents que les États-Unis, le Brésil, l’Allemagne et la France » en citant A. Wezel et al. [13]. Mais ces auteurs discutent essentiellement le sens du mot « agroécologie », en soulignant qu'il n'a pas d'acception communément admise, sans faire le point sur sa mise en oeuvre en pratique. C'est très grave car cette grossière erreur (volontaire ?) se traduit par de la désinformation.

« Il est prouvé que ce type de technique à faible utilisation d’intrants externes, qui préserve les ressources, peut accroître considérablement les rendements. » Et de citer trois études – pas une de plus – sur des projets de développement avec des statistiques plus que flatteuses . Mais, surprise, toutes proviennent d'une seule équipe, celle de Jules Pretty [14].

L'étude la plus récente a porté sur 40 projets de développement dans 20 pays d'Afrique. Mais onze ont été classés par les auteurs sous « amélioration des plantes et amélioration des systèmes » ; ce qui ne relève pas vraiment de l'agroécologie, tout comme, par exemple, les trois projets d'aquaculture. De fait, l'agroforesterie et la conservation des sols, et l'agriculture de conservation sont représentées par quatre projets chacune. Surtout, ces projets sont loin de constituer un échantillon représentatif [15]. Les chiffres produits dans les études citées de Pretty et al. avaient donc une signification (certes sujette à discussion) dans leur contexte. Mais ils suscitent des espoirs a priori exagérés lorsqu'ils sont jetés en pâture à un lectorat non averti, sans caveats et hors contexte. « En moyenne, le rendement des cultures avait plus que doublé (s’étant multiplié par 2,13) sur une période allant de trois à dix ans » n'est que très faiblement prédictif pour l'adoption généralisée des techniques considérées dans l'étude la plus récente.

Le document onusien (PNUE-CNUCED) présente des études de cas, ce qui permet de préciser les sources de biais. Il apparaît clairement que seuls ont été retenus les projets pour lesquels on a pu présenter des résultats paraissant remarquables [16]. Même pour ceux-ci, le lecteur sceptique reste pourtant sur sa faim car beaucoup de rapports sont très vagues et présentent des résultats peu crédibles (et encore, le plus souvent, sous forme narrative, sans données chiffrées). Beaucoup émanent des gestionnaires des projets ou d'autres intervenants ayant intérêt à ce que leur projet soit présenté de manière favorable.

Mais il y a deux objections encore plus sérieuses car plus générales et fondamentales.

En premier lieu, l'extrapolation – en particulier « l’agroécologie peut doubler la production alimentaire en 10 ans » – est extrêmement hasardeuse. Les projets sont majoritairement implantés dans des zones qui leur sont a priori favorables, et suivis de près, ce qui gonfle les résultats. Beaucoup d'entre eux ont aussi des caractéristiques trop spécifiques ; c'est notamment le cas de ceux qui ont pour objet de développer l'horticulture.

En second lieu, les rapports font état de ce que l'on voit (ou prétend voir), et pas de ce que l'on ne voit pas (ou que l'on ne veut pas voir).

Doubler la production ? Oui, mais à quel prix en termes d'intrants (par exemple, la matière organique utilisée en agriculture biologique doit bien provenir de quelque part...) et de main-d'œuvre ? On risque de se voir objecter que « l’agroécologie accroît la productivité au niveau local » ou que « l’agroécologie réduit la pauvreté rurale ». Mais c'est condamner les habitants des régions peu favorisées à un travail harassant et à la pauvreté, peut-être réduite, mais pauvreté quand même. Et le destin de la femme, notamment africaine, n'est pas de désherber à la houe.

Et ce que l'on ne voit pas, ou veut ne pas voir, c'est le résultat qui serait obtenu si d'autres méthodes étaient déployées, alternativement ou cumulativement. Et l'on retombe sur l'exemple parlant de l'emploi d'engrais minéraux au Malawi [17].

« Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence : l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir [18]. » Propos ancien que les auteurs de cette étude, ainsi qu'Olivier De Schutter, auraient dû méditer.

Leur argumentaire n'est pas contestable dans son principe tant qu'on s'en tient à la lettre : ce que M. De Schutter appelle l'agroécologie – et l'agriculture biologique pour ce qui est du document du PNUE et de la CNUCED – peut apporter des améliorations, même importantes. Mais, sitôt la lettre dépassée, il ne résiste pas à la critique. Et il est exécrable dès qu'on fait intervenir l'objectif implicite de réorienter le développement agricole et de dissuader les investissements dans, notamment, les engrais et les produits phytosanitaires ; en bref, dans une intensification qui a fait ses preuves dans le monde.

Des recommandations en retrait par rapport au narratif

De manière étonnante, les recommandations finales sont en retrait par rapport à la description dithyrambique de l'agroécologie. Au milieu des incantations obligatoires dans tout document onusien de cette nature (le changement climatique, la recherche participative, la promotion des femmes, etc.) on trouve en effet :

« Réorienter les dépenses publiques vers l’agriculture en accordant la priorité à la fourniture de biens publics tels que les services de vulgarisation, les infrastructures rurales et la recherche agricole, en tirant parti des atouts complémentaires des méthodes de sélection génétique des semences et des variétés et des méthodes agroécologiques, en allouant des ressources aux deux types de méthodes et en explorant les synergies comme celle qui résulte du lien direct établi entre la subvention d’engrais et les investissements agroécologiques dans l’exploitation agricole ("subvention à la durabilité") ».

Ce que l'on appellera ici, faute de mieux, « agriculture conventionnelle »n'est certes pas réhabilité, mais M. De Schutter trouve des synergies... Mais la recommandation reste de réorienter les dépenses publiques consacrées à l'agriculture (c'est ce que dit l'original anglais) vers l'agroécologie.

Un impact nul au niveau onusien

Il n'est pas vraiment étonnant que M. De Schutter soit séduit par une vision quelque peu romantique d'une « agroécologie [qui] cherche à améliorer la durabilité des agroécosystèmes en imitant la nature plutôt que l’industrie ». Son domaine, ce sont les Droits de l'Homme, dans lesquels il s'est illustré en ayant occupé de 2004 à 2008 le poste de Secrétaire général de la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH). Cela en fait un homme remarquable et éminemment respectable, mais ne lui confère aucune compétence en matière d'agriculture. Son équipe de soutien de quatre personnes est coordonnée par M. Gaëtan Vanloqueren, un agroéconomiste dont les principaux centres d’intérêt sont « l’agroécologie, les systèmes alimentaires et l’économie du développement ». Et deux autres membres ont un passé dans les ONG, notamment Oxfam [19].

D'une certaine manière, donc, l'entrisme et le prosélytisme sont à l'œuvre. Mais pour quel résultat ?

Le rapport a été présenté au Conseil des droits de l'homme, et un compte rendu en a été publié [20].

Les rapports sur le droit à l'alimentation et le logement convenable ont été examinés ensemble. Les moulins à parole se sont donc dispersés sur deux sujets. Pour un certain nombre de diplomates (car le Conseil des droits de l'homme est une affaire de diplomates), c'était l'occasion de digresser vers des sujets de préoccupation plus pressants, tels les effets des embargos ou de la flambée des prix des denrées alimentaires, ou d'entonner une nouvelle fois des airs connus [21].

Au final, s'agissant de l'agroécologie en tant que telle, pas grand chose au-delà des déclarations convenues. On n'en relèvera que deux pour ce qui est des États. Les Pays-Bas ont souligné la complémentarité des différentes techniques [22] ; et le Luxembourg, pays éminemment agricole (c'est de l'ironie), s'est lancé dans un véritable panégyrique de l'agroécologie [23], alors que l'Inde, pays éminemment agricole (c'est un fait), n'a parlé que de logement.

Du côté des organisations non gouvernementales, réelles ou fictives, c'était le désert intellectuel et moral complet [24]. L'un a rendu hommage au prédécesseur de M. De Schutter, le très controversé Jean Ziegler [25] ; l'autre, citant Haïti – oui : Haïti – a quasiment reproché à l'aide alimentaire d'être responsable de l'insuffisance des productions locales.

Les critiques de l'ONU et des institutions spécialisées pourrons donc s'en donner à cœur joie à la lecture du compte rendu ; mais la critique, aussi légitime qu'elle puisse paraître, ne doit pas faire oublier que c'est le seul mécanisme qui permette de faire dialoguer près de 200 États souverains et même, quelques fois, d'avancer.

La liturgie onusienne prévoit aussi que le rapporteur spécial fasse rapport à l'Assemblée générale des Nations Unies, et que celle-ci adopte une résolution [26]. L'agroécologie sera donc à l'honneur à New York à l'automne prochain. Les débats, tout aussi ampoulés, seront peut-être un peu plus pertinents. Mais le sort de la résolution est déjà connu : elle reprendra des paragraphes entiers des résolutions précédentes, devenus rituels, y noyant les paragraphes nouveaux ; et les États membres s'empresseront d'oublier ce qu'ils ont résolu.

Pas d'agroécologie pour le G20

Tout compte fait, c'est beaucoup de bruit pour rien, si l'on excepte le buzz médiatique et l'agitation du monde « alter » et « anti ».

M. De Schutter s'est aussi manifesté avant le « G20 agricole », tenu les 22 et 23 juin derniers à Paris, par une tribune publiée dans plusieurs journaux [27]. Il a proposé « cinq priorités [pouvant] permettre à ce G20 de jouer un rôle capital dans l'amélioration à long terme de la sécurité alimentaire mondiale ». Aucune trace d'agroécologie.

Il s'est aussi déclaré déçu [28] par le Plan d’action sur la volatilité des prix alimentaires et sur l'agriculture [29] qui sera remis aux chefs d'État et de gouvernement lors du sommet de novembre 2011. Selon lui, «le plan d’action [...] n’apporte donc pas de réponse aux racines du problème : la dépendance massive des marchés alimentaires vis-à-vis des marchés de l'énergie, les décisions irresponsables visant à augmenter la production et l'utilisation d’agrocarburants, et la spéculation qui ne se ramène pas à l’action d’investisseurs manipulant les prix. » À notre sens, c'est plutôt à tort, avec des accents de dépit, et en partie au moins le fruit d'un réflexe pavlovien typique de l'esprit ONG ; en témoigne par exemple la lecture très orientée qu'il fait du paragraphe sur les biocarburants.

 

Une confession étonnante

 

Le jour de la présentation du rapport au Conseil des droits de l'homme, Mme Marie-Monique Robin a interrogé M. Olivier De Schutter ; elle a ensuite inclus un passage dans la bande annonce de son prochain ouvrage [30]. Il a été confronté à l'argument – souvent avancé par l'industrie chimique selon une Marie-Monique Robin aux obsessions bien connues – selon lequel on ne pourra pas nourrir le monde sans engrais ni pesticides. Il a répondu :

« C'est simplement le résultat d'une sorte de prophétie autoréalisatrice. Nous n'avons jamais cru en d'autres types d'agriculture, et donc nous n'avons jamais permis à ces autres types d'agriculture de démontrer qu'ils peuvent être hautement productifs [31] »

Moyennant quoi, M. De Schutter peut affirmer sans ambages que « l’agroécologie peut doubler la production alimentaire en 10 ans ». Et, pire encore, recommander au monde entier de se convertir à un truc aux contours, au contenu et aux performances mal définis, l'agroécologie.


Wackes Seppi

 

Notes

[1]

 

 

http://robin.blog.arte.tv/2011/03/08/deux-liens/

[2]

 

http://www2.ohchr.org/english/issues/food/docs/A.HRC.16.49_fr.pdf

et

http://www.srfood.org/images/stories/pdf/officialreports/20110308_a-hrc-16-49_agroecology_fr.pdf

[3] En anglais :

« The report argues that the scaling up of these experiences is the main challenge today. »

Phrase doublement ambiguë ! « [T]ransposition de ces expériences à une plus grande échelle » ne signifie pas mise en application, mais poursuite des expériences à plus grande échelle. Quant à dire que c'est un « défi à relever », cela ne nous avance guère.

[4]

 

http://www.srfood.org/images/stories/pdf/press_releases/20110308_agroecology-report-pr_fr.pdf

Les Nations Unies n'ont publié que la version anglaise à :

http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=10819&LangID=E

[5] Les guillemets signalent qu'il s'agit de la désignation officielle. Un rapporteur spécial n'est pas nécessairement un expert de la matière qui lui a été confiée (exemple caricatural : le prédécesseur de M. De Schutter, Jean Ziegler) ou des sujets qu'il aborde (M. De Schutter n'est pas un expert de l'agriculture et encore moins de l'agroécologie).

N.B. « Comme il a déjà été indiqué, la Commission attribue des titres différents aux experts, qui sont notamment les suivants: rapporteurs spéciaux, experts indépendants, représentants du Secrétaire général ou représentants de la Commission. »

Source : Dix-sept questions souvent posées au sujet des rapporteurs spéciaux de l’Organisation des Nations Unies (Fiche d’information no 27 – ce document est antérieur à la transformation de la Commission en Conseil) :

http://www.ohchr.org/Documents/Publications/FactSheet27fr.pdf

[6]« Les experts sont invités à accomplir des tâches spécifiques qui sont décrites dans les résolutions correspondantes des Nations Unies. Ils ne doivent pas excéder les limites de leur mandat et accomplir leurs fonctions en toute indépendance à l’abri de toute influence gouvernementale ou non gouvernementale. »

Fiche d'information no 27 (voir note [5] ci-dessus).

[7] « La Commission des droits de l’homme exerce un contrôle sur le travail des experts tout en sachant que les experts sont inamovibles et indépendants et qu’ils jouissent de l’immunité de juridiction. La Commission examine leurs rapports et adopte des résolutions accueillant avec satisfaction ou critiquant les travaux des experts, ou prend simplement note de leurs actions. »

Fiche d'information no 27 (voir note [5] ci-dessus).

[8] Les lecteurs avertis (ou non) ricaneront aussi ! Comme les autres institutions onusiennes, la FAO est gangrenée par les jeux diplomatiques. Elle reste néanmoins la référence.

[9] Evergreen Agriculture: a robust approach to sustainable food security in Africa :

http://agrobiodiversityplatform.org/wp-content/blogs.dir/1/files/group-documents/15/1305192199-2010_Garrity_EvergreenAgriculture.pdf

[10] Le rapport suit assez fidèlement la publication susvisée :

« L’agroécologie gagne également du terrain au Malawi, pays qui a suscité beaucoup d’attention ces dernières années. À la suite de la dramatique crise alimentaire provoquée par la sécheresse en 2004-2005, le Malawi a lancé avec succès un programme de subventions pour les engrais. Aujourd’hui, il met en place des systèmes d’agroforesterie utilisant des arbres qui fixent l’azote, ce qui lui permet d’obtenir une augmentation durable de la production de maïs afin de se préparer à ce qui l’attend à moyen terme, lorsque les subventions en question devront être réduites ou supprimées. À la mi-2009, plus de 120 000 agriculteurs malawiens avaient reçu une formation et de quoi faire pousser des arbres au titre de ce programme qui, grâce au soutien de l’Irlande, a pu être étendu à 40 % des districts du pays et bénéficier à 1,3 million de personnes parmi les plus pauvres. Les recherches montrent que les rendements augmentent de 1 t/ha à 2 à 3 t/ha, même lorsque les agriculteurs n’ont pas les moyens d’acheter des engrais azotés. En utilisant un quart de dose d’engrais minéral, les rendements du maïs peuvent dépasser les 4 t/ha. Cela montre que s’il faut accorder la priorité à l’investissement dans les techniques de fertilisation organique, il ne faut pas pour autant exclure le recours à d’autres fertilisants. Une solution optimale, qui pourrait permettre d’abandonner les programmes de subvention d’engrais, pourrait être de subordonner directement ces subventions à des investissements d’agroforesterie sur le terrain afin d’assurer la disponibilité de nutriments à long terme et de restaurer la santé des sols pour accroître les rendements et améliorer la réaction aux fertilisants. Le Malawi serait en train d’explorer cette approche 'de subventions à la durabilité' »

[11] Voir note précédente. En 2005-06, le coût du programme a été estimé à US$ 50 millions, pour une récolte de 3,44 millions de tonnes, dont 1,34 de surplus exportable. Soit quelque 14,5 dollars la tonne, ou 37,3 dollars la tonne de surplus. Il y a des cours d'économie qui se perdent !

[12] Le « prétendument » est de nous, tant le pourcentage annoncé paraît énorme (92 %, c'est dix traitements éliminés sur onze !). Le rapport fournit des fourchettes pour les insecticides et les pesticides (drôle de distinction...). Les auteurs du communiqué n'ont retenu que le chiffre extrême (procédé classique...). Voici le texte du rapport :

« Les fermes-écoles ont montré qu’elles contribuaient à une diminution significative des quantités de pesticides utilisés, les intrants étant remplacés par le savoir. Des études à grande échelle réalisées en Indonésie, au Viet Nam et au Bangladesh ont enregistré une diminution de 35 % à 92 % de l’emploi d’insecticides dans la culture du riz et de 34 % à 66 % de l’emploi de pesticides, ainsi qu’une augmentation de 4 % à 14 % des rendements dans la production de coton en Chine, en Inde et au Pakistan. Les fermes-écoles autonomisent manifestement les agriculteurs en les aidant à mieux s’organiser et en les encourageant à se former. [...] »

[13] Agroecology as a science, a movement and a practice. A review, A. Wezel, S. Bellon, T. Doré, C. Francis, D. Vallod and C. David, Agron. Sustain. Dev. 29 (2009) 503-515. Texte à :

http://www.agroeco.org/socla/pdfs/wezel-agroecology.pdf

Dans le cas de l'Allemagne, les auteurs écrivent en conclusion :

« To summarise for Germany, agroecology is almost exclusively considered within the scientific sphere with a relatively similar interpretation today as used in the past. The focus ranges from field to landscape analyses, mainly based on ecological and biological scientific approaches. »

[14] «Resource-conserving agriculture increases yields in developing countries», Jules Pretty et al.,

Environmental Science and Technology, 40:4, 2006, p. 1114 à 1119. Texte à :

http://pubs.acs.org/doi/full/10.1021/es051670d

Organic Agriculture and Food Security in Africa

, UNEP-UNCTAD Capacity-building Task Force on Trade, Environment and Development, 2008. Ce document a utilisé la base de données sur laquelle repose l'étude susmentionnée. Les auteurs en sont Rachel Hine et Jules Pretty. Texte à :

http://www.unctad.org/en/docs/ditcted200715_en.pdf

Sustainable intensification in African agriculture

, J. Pretty et al., International Journal of Agricultural Sustainability, 9:1. Texte à :

http://docserver.ingentaconnect.com/deliver/connect/earthscan/14735903/v9n1/s2.pdf?expires=1310567945&id=63552294&titleid=75005120&accname=Guest+User&checksum=F659B2202E88A4EB5A9C27068BD760DD

[15] Pretty et al. ont d'ailleurs bien précisé :

« This was not a comprehensive analysis of all that is happening across Africa, nor was it a random sample. »

[16] À l'évidence, les projets qui échouent ne font pas l'objet d'une grande publicité... Les auteurs de l'étude ont donc fait leur sélection dans ce qui était déjà une sélection. Selon l'introduction du document, l'Équipe spéciale pour le renforcement des capacités dans les domaines du commerce, de l’environnement et du développement (CBTF) exécute un projet d'agriculture biologique en Afrique de l'Est depuis 2004... Ce projet n'est pas décrit dans l'étude !

[17] Voir les notes 10 et 11 ci-dessus.

[18] Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, Frédéric Bastiat (1850). Texte à :

http://www.4shared.com/get/9tln53j7/Ce_que_lon_voit_et_ce_que_lon_.html

[19]

 

http://www.srfood.org/index.php/fr/equipe

[20]

 

http://www.unog.ch/unog/website/news_media.nsf/(httpNewsByYear_en)/38129E246AEFC013C125784D0058A239?OpenDocument

[21] Ainsi, un deuxième secrétaire de la Mission permanente de l'Argentine a déclaré que :

« les recommandations du Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation relatives au financement de l'agro-écologie doivent s'inscrire dans le cadre des obligations historiques des pays développés envers les pays moins riches. [...] Le rapport devrait indiquer expressément que l'amélioration de l'accès aux marchés doit passer par une suppression des régimes de subventions agricoles, conformément aux discussions en cours dans le cadre des négociations de Doha. »

L'Argentine (1 % seulement de la population est d'origine amérindienne) a été un des pays les plus riches du monde au début du XXe siècle.

[22] « MME IRENE KNOBEN (Pays-Bas) a souligné la nécessité de promouvoir des cultures fondées sur l'agro-écologie qui soient rentables. L'emploi efficace d'intrants «externes» doit pouvoir se faire avec l'aide d'incitations en ce sens et de crédits. Les Pays-Bas estiment nécessaire d'encourager la coopération entre les pouvoirs publics et le secteur privé. La délégation néerlandaise aimerait entendre M. de Schutter à ce sujet afin d'avoir son avis sur la manière dont les deux peuvent se compléter. »

M. De Schutter n'a pas répondu à cette question.

[23] « M. JEAN FEYDER (Luxembourg) a souligné que son pays était préoccupé par la récente flambée des prix alimentaires qui, selon la FAO, ont atteint le même niveau qu'en 2008. Cette flambée des prix est en train de provoquer des tensions sociales et a plongé dans la pauvreté quelque 44 millions de personnes, qui s'ajoutent au milliard de personnes souffrant déjà de la faim, a-t-il observé. Il a constaté que l'on était «loin de l'objectif du Millénaire numéro 1 prévoyant de réduire de moitié d'ici 2015 la proportion de ceux souffrant de la faim et de la malnutrition. Le Luxembourg est favorable à ce que les priorités aillent aux petits exploitants, à l'agriculture biologique ou organique, à la diversification de la production, à la participation des organisations paysannes, au développement des infrastructures, à la recherche agricole axée sur l'agro-écologie, à une meilleure régulation des marchés et à ce qu'une attention particulière soit accordée aux femmes rurales. «Le défi pour une agriculture durable consiste à produire plus et mieux, mais avec moins». Il a demandé en conclusion s'il ne convenait pas aussi de retenir le concept de prix abordables pour les consommateurs, stables et rémunérateurs pour les producteurs. »

[24] Une déclaration qui vaut d'être encadrée :

« M. LÁZARO PARY (Mouvement indien «Tupaj Amaru») a rendu hommage à l'ancien Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, le professeur Jean Ziegler, qui a eu le courage d'incarner ce droit dans le contexte d'une mondialisation dans un monde en crise permanente, régi par un modèle de développement de production et de consommation insupportable, par la logique destructrice des lois du marché et par la voracité des sociétés transnationales. Le représentant a souligné que l'agriculture mondiale était dominée par dix grandes entreprises agro-industrielles du Nord qui contrôlent la production, la commercialisation et la distribution des produits de première nécessité. »

[25] Et une autre :

« MME ZAHRA SHAKUR JAMAL (Human Rights Advocates) a demandé au Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation s'il envisage de s'intéresser au concept de souveraineté alimentaire, soit le droit des personnes à une alimentation saine et produite localement. La représentante a estimé qu'en méconnaissant le principe de la souveraineté alimentaire, les États donateurs compromettent le gagne-pain des populations aidées. La représentante a cité à cet égard l'exemple d'Haïti, dont la production alimentaire locale ne couvre plus que 42 % des besoins en 2008, contre 80 % dans les années 1980. »

[26] Pour les derniers (A/65/281 et A/RES/65/220), voir :

http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/482/31/PDF/N1048231.pdf?OpenElement

http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/525/75/PDF/N1052575.pdf?OpenElement

[27]

 

http://www.srfood.org/index.php/fr/component/content/article/1-latest-news/1394-g20-agriculture-5-priorities-to-end-food-crises

[28] G20 : le plan d’action oublie les causes du problème

http://www.srfood.org/index.php/fr/component/content/article/1-latest-news/1424-g20-action-plan-addresses-the-symptoms-not-the-causes-of-the-problem

[29]

 

http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/2011-06-23_-_Plan_d_action_-_VFinale.pdf

[30] J’ai créé ma maison de production pour mon prochain film (et livre) Appel à souscriptions!

http://robin.blog.arte.tv/2011/05/04/1081/

[31] Traduit par nous de l'anglais. Comme souvent, le sous-titrage est approximatif chez Mme Marie-Monique Robin (mais, dans le cas présent, le sens général y était).

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 08:05

mpp 4 pages du dernier numéro du Grand Besançon sont consacrés à nos héros locaux du moment. 19 familles ont été élevées à la dignité enviable de " ménages presque parfaits " (1) .  Leur acte de bravoure ? Elles ont participé à une expérience sur quelques semaines organisée par le syndicat mixte de l'agglomération, au terme desquelles  elles ont réduit leurs déchets ménagers de l'équivalent de 50 kilos par an et par personne (soit environ -10%). On a les héros qu'on peut ! Les fans de belles aventures humaines resteront sur leur faim...
 
 Au delà de l'écologiquement correct, quel intérêt peut bien avoir cette initiative ? Le Grand Besançon l'avoue : l'un des deux fours d'incinération des ordures de la ville doit fermer d'ici quelques années. Le remplacer coûterait 20 millions d'euros (" sans compter le fonctionnement "), " ce qui ne serait pas sans conséquence sur les finances publiques et le montant de la redevance d'enlèvement des ordures ménagères acquittées par les habitants". c'est pourquoi les élus ont retenu une autre solution " frappée du coin du bon sens ", se passer du four, grâce à la réduction du tiers des déchets à incinérer. Le " bon sens ", c'est fort pratique pour couper court à toute discussion.

 

L'alibi économique

 

Louable soucis de maîtriser les dépenses publiques et de modérer les taxes pesant sur les habitants ? Ces 20 millions sont à comparer au 228 millions d'euros que coûtera la ligne de tramway. Comptons  aussi 53 millions consacrés à une Cité des arts et de la culture, et à un " Pôle de musiques actuelles ". On peut y ajouter un vaste projet immobilier...pardon , un " éco-quartier ". La vertu économique a donc bon dos. On peut tout simplement penser qu'aux yeux des élus qui dirigent cette ville, comme dans bien d'autres villes , les investissements de prestige passent avant ceux qui facilitent la vie au quotidien (2). Par ailleurs, l'agglomération met en place une " redevance incitative " pour les déchets, qui consistera à faire payer chaque foyer en fonction du poids de ses poubelles. Que chacun paye en fonction des déchets qu'il produit n'est pas en soi choquant, mais lorsqu'il est en même temps question de réduire brutalement et délibérément l'offre en fermant un four d'incinération, on ne doit pas s'attendre à une réduction de la taxe sur les ordures ménagères , bien au contraire. Et lorsque le deuxième four devra à son tour fermer, quelle décision " frappée du coin du bon sens " prendront les élus ? Étant donné qu'on planifie la pénurie des moyens de traiter et de valoriser les déchets  , l'incitation fera donc place à la contrainte.

 

Les TOC de l'éco-responsable

 

A défaut d'une perspective clairement annoncée de décroissance, qui ne déplait sans doute pas à une partie de la majorité locale, l'opération " ménage presque parfait " donne une idée des comportements que les élus politiques de Besançon considèrent comme exemplaires et entendent ériger en norme : le citoyen modèle renoue avec le modèle de consommation de grand-mère, rongé par les remords de la " surconsommation ", il consacre l'essentiel de son temps de cerveau disponible à traquer la moindre marge de réduction de son " empreinte écologique ", pèse tous les jours avec angoisse sa poubelle, renonce aux bienfaits et au confort d'utilisation des produits industriels au profit de moyens de fortune, comme s'il se retrouvait brutalement 5 décennies en arrière dans la situation de rationnement de l'après-guerre, et sa journée de " loisirs " est ponctuée de mille gestes rituels destinée à réduire son anxiété de " nuire à la planète " : le citoyen modèle est un infirme, esclave de ses troubles obsessionnels compulsifs. 

 

Les ménages " presque parfaits ", des victimes presque consentantes

 

 Qui sont donc ces familles qui se sont volontairement prêtées au jeu du " ménage presque parfait " ? Ni l'article ni le site ne mentionnent leurs professions ou situation sociale . J'en connais une seule d'entre elles. Un couple, tous deux actifs, deux enfants, dont un bébé, propriétaires de leur maison bien équipée, d'une piscine, habitant à la campagne, utilisant chacun leur voiture pour se rendre au travail à 20 kilomètres de leur domicile... Bref, pas vraiment le profil d'exclus de la " société de consommation ", tout sauf des modèles de sobriété décroissante, et pourtant, d'étonnants prosélytes de l'idéologie écolo et dévots du bio, du " naturel ", et du " consommer local ".

Malheureusement, ils n'ont pas su renoncer au grand écran plasma énergivore qu'aucun sympathique producteur local n'est à même de leur proposer. On attendrait de tels puristes qu'ils conservent leur vieille télé à tube cathodique mais la pureté n'est pas de ce monde. Au regard de leur empreinte carbone considérable (voir plus loin), les " exploits " qu'ils ont accomplis pendant 17 semaines sont minimes, mais c'est sans doute valorisant d'avoir le sentiment de faire partie des précurseurs, voire d'une avant-garde. Et pour aliénantes que soient les pratiques qu'ils ont adoptées volontairement et qu'on imposera demain à tout le monde, cela leur rapporte la reconnaissance et quelques indulgences vertes distribuées sous forme de 250 euros de bons d'achat ... dans les magasins Biocoop, cela s'entend.

 
Moralisme infantilisant

 

 Trafic d'indulgence, car si les adeptes de l'éco-responsabilité sont toujours à guetter votre moindre manquement à la sobriété (3), ils semblent surtout être les première victimes de la propagande culpabilisante , au point d'exagérer leurs péchés passés pour mieux mettre en valeur leur rédemption : " J'étais un vrai cas social de la poubelle (..)" confesse une femme " presque parfaite " . " Mais je me suis dit qu'on pouvait changer, ne serait-ce que pour laisser une planète moins abimée à nos enfants ".  Un catéchisme aussi bien récité ne mérite-t-elle pas une image Vu(e) du ciel , père Yann Arthus ? " Une fois qu'on s'y est mis, ça va tout seul, et j'ai un peu honte de ne pas l'avoir fait plus tôt ". Faute avouée, faute à demi pardonnée... En attendant de jouir d'une planète prétendument moins abimée, les bambins, eux, ne sont pas à la fête. Les couches lavables, qui fait partie des lubies réactionnaires promues par la Deep Ecology,  ont été adoptées par ces familles : " ça s'est plutôt bien passé, même si le tissus est un peu irritant pour la peau de bébé en cas de fortes chaleurs " témoigne une maman.  Bof ! Encore un effort, dans un an,  bébé sera propre et n'aura plus à se gratter pour le bien de la planète et pour la sanctification de ses parents!

 

 Cette manipulation des esprits repose donc largement sur le schéma culpabilisation/gratification morale, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi faire croire à ces croyants qu'ils sont plus malins  que les autres, faire passer des économies de bout de chandelle pour une stratégie économique, des trucs de grand-mère comme des inventions géniales, un alourdissement des tâches domestiques comme une source d'amusement voire une libération (4). 

 

 Un petit florilège des " astuces ", parfois de très mauvais goût, proposées par ces éducateurs autoproclamés qui décidemment nous prennent pour des demeurés :

 

- Si vous décidez d'acheter le matériel, privilégiez le durable ou l'occasion qui vous permettront soit, d'assurer la durée de vie de votre matériel, soit, de faire de belles économies.
- En un seul clic j'économise 50% du papier de mon imprimante. J'utilise les deux faces de ma feuille, je gaspille moins de papier et je fais des économies.
- Dans vos toilettes faites brûler du papier d'Arménie ou une allumette. Et si vous pensiez à ouvrir vos fenêtres !
- Le BON dosage, moins de gaspillage
- Au magasin, et si on achetait 1 paquet de pâtes de 1kg plutôt que 4 sachets de 250 g cette semaine et autant la semaine prochaine ?
-   Moins de déchets pour autant de douceur, le savon accompagne ma toilette pour une longue durée. Avec un savon, je savonne juste ce qu'il me faut. (sic !)

 

Prendre soin de la planète ou prendre soin de sn hygiène, il faut choisir :
- Les mouchoirs et serviettes en tissus reviennent au fond de nos poches et dans nos tiroirs. Pour ma bouche ou pour mon nez, le tissu, c'est plus doux que le papier. Après utilisation, direction la machine à laver pour une réutilisation à souhait.

 

Avis aux débiles mentaux :
-Pour le rangement, pensez au rond de serviette, ainsi, vous retrouverez la vôtre à chaque repas.

 

L'intrusion dans la vie privée va jusqu'à dicter comment recevoir ses invités, au nom de la convivialité bien sûr :
- Pas envie de faire la vaisselle, embauchez vos invités, à plusieurs c'est vite fait et synonyme de bons moments !

 

Pour mieux infantiliser les adultes, quoi de mieux que de s'appuyer sur ces chers bambins (5) ?

 
- Je remplace mes lingettes nettoyantes par des éponges et chiffons qui ont fait leurs preuves ! Les serviettes en tissus viendront mettre de la couleur à table et autour du cou de vos enfants.
- Pour moins de vaisselle, retournez l'assiette de vos enfants pour le dessert, ça les amusera à coup sur !

 

Surtout ne pas craindre les contradictions

 

 Les artisans de cette initiative ne cachent pas vraiment leurs buts : les comportements exemplaires des " ménages presque parfaits " ont vocation à devenir la norme édictée au nom de présupposés qui n'ont pas à être discutés . Comment en effet discuter le bien-fondé écologique de décisions " frappées du coin du bon sens " ?

 

Le Grand Besançon entend bien faire la chasse à nos gaspillages, quitte à aller fouiller jusque dans nos poubelles ou dans notre frigo, des fois qu'il y trouverait un yaourt périmé. A quand un espion dans nos chambres à coucher pour vérifier qu'on éteint bien la lumière pendant l'amour ? 

 

Mais les élus ne sont pas regardants sur les gaspillages lorsqu'il s'agit de faire de la publicité pour leurs glorieuses initiatives : La propagande relevée ici est tirée d'un journal en couleurs et sur papier glacé publié à 91 000 exemplaires et distribué dans toutes les boites aux lettres. Ce qui ne l'empêche pas de préconiser d'adopter l'autocollant Stop à la pub !

 

 On aura par ailleurs remarqué que la plupart des injonctions éco-responsables sont associées à des arguments économiques : pourtant , toute somme économisée quelque part représente une consommation différée ou reportée sur d'autre produits, du moins tant que les ayatollahs de la décroissance n'ont pas encore le pouvoir de réduire de manière autoritaire l'offre de produits (6). Une question doit donc vous tarauder l'esprit : où va l'argent que les " ménages presque parfaits "  ont économisé grâce à leur comportement vertueux ? J'ai la réponse pour le seul des 19 ménages que je connais : en partie pour financer un voyage (à 4 ) aux USA, le temple honni de la consommation de masse (6) . Curieusement, ils ne partiront pas en pirogue, mais en Jet. 8 tonnes de CO2 l'aller-retour pour 4 personnes, ça doit faire pas mal de déchets ménagers à éviter avant d'arriver à la compensation carbone...
Anton Suwalki



Notes :

  
(1) http://menagepresqueparfait.sybert.fr/
(2) Certains penseront certes que le tramway va améliorer le quotidien, mais quelle amélioration sensible apportera-t-il à un réseau de transport en commun déjà très développé ? Surtout lorsqu'on songe que le coût de l'installation se montera à plus de 16 000 euros le mètre !
(3) Partez cinq minutes de votre bureau sans éteindre la lumière, et aussitôt cinq perroquets vous tombent dessus au  cri de " la planète ne te dit pas merci ! "
(4) Je conçois bien que l'on puisse s'amuser en fabriquant soi-même son pain ou son savon, ou qu'on le fasse pour faire des économies, Les réticences commencent quand on entend me dicter mes loisirs.
(5) Le pire exemple de cette entreprise de régression mentale est dans une pub entendue à la radio qui fait dire à une maman (en gros): "  Ca y est j'achète bio ! C'est mon fils qui va être fière de moi ".
          (6) Pour l'anecdote, ils se sont mariés à Las Végas. Et ils ont beaucoup aimé Los Angeles : " là-bas, les gens sont normaux, ils sont comme nous, ils aiment le bio "....Sic.

 

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 17:17

graines-germees-1

 

En l’espace de quelques semaines, 3 affaires de contamination d’aliments par des bactéries Escherichia Coli sont venus rappeler la nature des vrais problèmes alimentaires, loin des délires de MMR ou d’Isabelle Saporta : le risque bactérien (salmonelles, listéria, E coli) est de loin le plus important.

 

L’épidémie la plus grave a pour origine des graines germées produites par une ferme bio allemande. Responsable à elle seule de 3900 cas d’infection à Escherichia coli entérohémorragique (Eceh), elle a entrainé à ce jour 48 décès (1). Alors que la réalité des risques sanitaires spécifiques liés à l’agriculture biologique est soulignée , on s’attendrait à ce que ceux qui font des peurs alimentaires leur fonds de commerce fassent au minimum preuve de réserve, à défaut de réclamer des contrôles plus rigoureux des pratiques et des produits de la filière bio. Mais certains ne veulent visiblement à aucun prix ternir l’image trompeuse du bio sain et sans danger qui fait la fortune des publicitaires et de certaines grandes enseignes. Que ce soit par aveuglement idéologique, par opportunisme politique, ou par motivation mercantile (les trois n’étant pas contradictoires),  ils feront tout pour empêcher que soit tirées les leçons qui s’imposent, voire pour détourner la responsabilité vers de faux coupables, prenant ainsi la très grave responsabilité de prochaines intoxications alimentaires.

 

Parmi eux, Marie-Monique Robin et Noël Mamère. Les deux menteurs invétérés trouvent ainsi les moyens de s’en prendre… à l’agriculture industrielle.

 

 

Lisons la prose récente de la  cruche d’Arte à ce sujet (2) :

« La bactérie E Coli bien connue des élevages intensifs

Je m'étais abstenue d'intervenir dans l'affaire de la bactérie E Coli, attendant de connaître les résultats de l'enquête, mais devant la mauvaise foi des commentaires que je lis sur ce Blog, j'ai décidé de sortir de mon silence (prudent). Comme le rappelle cet article du New York Times, qui est, comme chacun sait, un journal activiste radical (!!), la bactérie E Coli est surtout connue pour proliférer dans les élevages intensifs où on use et abuse d'antibiotiques. »

 

Elle qui était bien inspirée de garder son silence prudent (sic) , ne pouvait plus attendre, se rattrape donc comme il se doit par une rafale d’âneries : la bactérie E.coli n’a effet rien de spécifique à l’élevage industriel, ni même à l’élevage tout court. C’est une des bactéries les plus courantes, spontanément présente dans la flore intestinale des humains et des animaux à sang chaud. Fort heureusement, elle est la plupart du temps inoffensive, certaines souches seulement sont pathogènes. La bactérie E.coli ne prolifère donc pas spécialement dans les élevages intensifs (classique fantasme de MMR and cie), et l’allusion aux antibiotiques est d’autant plus stupide que la souche concernée (0104:H4) comme le souligne l’OMS (3), n’avait jamais été jusque là rencontrée lors d’une épidémie, n’était donc ni recherchée ni ne faisait l’objet de traitements antibiotiques dans les élevages.

 

         Conclusion vérolée de MMR : « Ce qui est sûr en tout cas c'est que l' E coli qui a tué des Allemands s'est apparemment retrouvée sur des pousses de soja cultivé sur une ferme bio, mais que son origine remonte à des animaux. Quels animaux? Quels furent les mécanismes de transfert qui ont permis à  la bactérie  de passer des animaux aux pousses de soja? La retrouve-t-on dans les nappes phréatiques proches de la ferme incriminée? Il est curieux que personne ne se soit intéressé à ces questions... » . La bibliographie de MMR est comme toujours défaillante, car si l’origine précise de la contamination sera sans doute difficile à établir, beaucoup de monde s’est intéressée à ces questions, bien avant la gourde qui dissimule l’une des causes probables liée aux pratiques bio : l’utilisation d’engrais organiques, qui multiplie les risques de véhiculer des bactéries intestinales dangereuses. 

 

 

Il conviendrait d’autre part de s’interroger sur l’engouement très new âge pour ce genre d’aliments, lié aux superstitions alimentaires du temps, aliments dont le mode de production (germination en milieu chaud et humide propice au développement bactérien) nécessiterait d’autant plus de contrôles et d’applications de règles d’hygiène rigoureuses : comme le fait remarquer Jean-Daniel Flaysakier « ces pousses sont mises, en effet, à des températures de 37°C. Et pour des bactéries à tropisme digestif, c’est le Club Med ! 0Il suffit, en effet, que les pousses aient été légèrement souillées au départ pour que la mise en culture chaude fasse croître de façon exponentielle  la quantité de bactéries » (4).

Pourtant, malgré cette évidence et le fait connu d’une grave épidémie causée par des graines germées en Allemagne, Noël Mamère, maire de Bègles, n’a visiblement pas jugé nécessaire d’appliquer le sacro-saint principe de précaution , ainsi que le remarque Gil Rivière Wekstein , ce qui a abouti à un nouveau foyer épidémique dans sa propre commune, là encore à partir de graines germées : «   Ainsi, des aliments ont été proposés à la consommation dans un lieu public sans que des mesures d’hygiène élémentaire n’aient été prises ! Et ce n’est pas tout. Il est en effet curieux de constater que moins de 5 jours après l’alerte internationale mettant en garde contre les graines germées, un centre de la petite enfance se complaît à saupoudrer de la soupe avec des graines germées de fenugrec, de moutarde et de roquette... Monsieur Mamère aurait-il oublié de faire appliquer le principe de précaution ? Ou sa passion pour les produits bio l’aurait-elle rendu aveugle face au véritable risque sanitaire ? Ses attaques répétées contre l’agroalimentaire ne trompent personne : l’élu Vert tente de noyer... le poison. » (5)

 

Sans le moins du monde assumer ses éventuelles responsabilités dans l’affaire , l’élu vert choisit de s’en prendre à l’ « agriculture industrielle » : La germination  aurait pourtant été réalisée par ses propres employés municipaux. Mais pour mieux se dédouaner Noël Mamère incrimine, sans le moindre début de preuve, le fournisseur de ces graines…

 

Sur son propre blog (6), Mamère déverse la traditionnelle bouillie bio indigeste : « La deuxième question est celle de la production agro alimentaire. Même si ce sont des produits bio qui ont été infectés en Allemagne, la contamination des sols par le mode de production agricole est désormais un fait établi, comme en Argentine où la production conventionnelle de soja a été imprégnée par les OGM. » . A quoi sert cette prose informe et dépourvue de sens, sinon à « noyer le poison », comme le dit GRW ? Ramener les OGM dans cette affaire (qui « imprègneraient » la production conventionnelle de soja (sic)), il fallait tout le culot écolo pour oser. Imaginons d’ailleurs les beuglements du béglais si les graines en question avaient été génétiquement modifiées (7)…

 

         Et tout en s’autoamnistiant dans l’affaire, Mamère s’empresse de réclamer des sanctions et même la création d’un tribunal de droit spécial, qu’il rêve sans doute dirigé par des Wichinsky verts: « Enfin, se posera le problème des sanctions. Je l’ai dit et redit : les crimes contre l’environnement ou la santé environnementale n’ont pas de parquet spécifique dans le cadre de la justice pénale. J’estime que nous devons adapter notre système judiciaire pour être plus efficaces dans ce domaine et surtout, pour que les producteurs et les distributeurs soient prévenus des risques qu’il encourent. Je ne voudrais pas avoir à gérer une nouvelle crise comme celle que vient de connaître Bègles. »

 

       C’est précisément cette attitude de déni, et les superstitions bio partagées par Mamère et MéMèRe qui risquent d’obliger le maire de Bègles à gérer de nouvelles crises . Mais il désignera à chaque fois un faux coupable à la vindicte populaire, pour mieux détourner l’attention de ses responsabilités.  Plus que les risques de contamination qui n’épargnent bien sûr aucune filière agroalimentaire (8), c’est l’aveuglement sectaire d’individus incapables de tirer la moindre leçon d’évènements graves comme ceux que nous venons de connaître qui est dangereux.

Anton Suwalki


 

Notes :

 

 

 

 

(1)http://www.euro.who.int/fr/where-we-work/member-states/germany/sections/news/2011/06/ehec-outbreaks-update-24-france-reports-8-cases-in-new-outbreak

(2) http://robin.blog.arte.tv/2011/06/28/la-bacterie-e-coli-bien-connue-des-elevages-intensifs/#comments

 

(3)http://www.euro.who.int/fr/where-we-work/member-states/germany/sections/news/2011/06/ehec-outbreak-rare-strain-of-e.-coli-unknown-in-previous-outbreaks

 

(4)http://www.docteurjd.com/2011/06/10/le-germe-allemand-etait-dans-les-pousses-germees/

 

(5)http://www.agriculture-environnement.fr/Pourquoi-Noel-Mamere-s-en-prend-il.html

(6) http://www.noelmamere.fr/article.php3?id_article=2271

(7) Même si le caractère transgénique aurait été sans rapport avec la contamination. Peut-être se serait-il trouvé une Irina Ermokova ou autre adepte de la science parllèle pour expliquer que les OGM attirent les E coli…

 

http://imposteurs.over-blog.com/article-14213736.html

 

(8) Soulignons tout de même l’avantage d’une meilleure traçabilité des produits issus de l’industrie agro-alimentaire et commercialisés en grande surface : il n’a fallu que 4 jours pour identifier les steaks hachés comme responsable des intoxications de Lille, la marque, le lot contaminé, ses lieux de vente etc… Traçabilité beaucoup plus difficile à établir dans le cas du produire et consommer local, aux relations « basées sur la confiance » si chères à nos écolos. La confiance et la sympathie que m’inspirent tel producteur vendant sur le marché n’est en aucun cas une garantie de meilleure sécurité.

Revers de la médaille, l’excès de précaution qui fait que tous les produits de la marque ont été retirés des grandes surfaces, entrainant l’entreprise et ses 150 salariés dans une situation critique.   

 

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:15

article onu

Version corrigée.. Désolé pour les nombreuses coquilles de la première

A.S

 


 

On peut se demander si cette drôle de multinationale qu’est l’ONU, fondée après la deuxième guerre mondiale, a une seule fois rempli le rôle théorique qui lui est assigné : quand a-t-elle assuré la « paix entre les nations » ou contribué à faire respecter les « doits de l’homme » ?  L’impuissance des diplomates ne les empêche de s’autosaisir d’une nouvelle mission aussi impossible que délirante: s’occuper des « droits de la terre ». Avec la folle idéologie qui s’impose ainsi, enrobée dans des proclamations gluantes d’amour et de convivialité universelle, le lyssenkisme enterré par Khrouchtchev en 1964 connaît une seconde naissance, et s’offre même le statut de doctrine officielle des nations unies.

 

Les Lyssenko de l’agro-écologie

         

Ce prosélytisme s’exprime notamment dans le récent rapport (1) d’Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation : selon lui, « l’agro-écologie surpasse l’agriculture industrielle » (sic). Parole d’agronome ? Pas du tout, l’ « expert » est un juriste et un « spécialiste en droits de l’homme ». Le rapport s’appuie sur des expériences menées au Kenya, au Malawi,etc.. censées démontrer une forte augmentation des rendements grâce à tout un tas de pratiques dont certes toutes ne sont pas dénuées d’intérêt… Mais il est tellement facile d’obtenir ces résultats biaisés : en apportant à des paysans dépourvus de toute formation un minimum de connaissances, on leur permet bien sûr d’augmenter leur rendement, mais il s’agit surtout de les empêcher d’accéder aux intrants les plus efficaces de l’agriculture moderne. La même styratégie est adoptée partout par les pères verts occidentaux qui tentent d’évangéliser le Burkina Faso, sillonnent les campagnes pour diaboliser le coton BT, et font de la propagande pour le « bio équitable » (2) .

 

Bilan des courses :

-Coton BT : 2 tonnes à l’hectare en moyenne

-          Coton conventionnel : 1,075 tonne

-          Coton Bio : 0,466 tonne….

  

 

Avant l’ONU, les militants écologistes avaient réussi une opération de propagande presque identique en organisant un colloque dans les locaux de la FAO, et rendant frauduleusement le même diagnostic que de Schutter (3), en allant même jusqu’à usurper le sigle de l’organisation ! 

 

On notera le comble qui consiste à propager, contre toute évidence, le mythe de rendements élevés de l’agriculture biologique , alors même que sa carte de visite officielle est le refus de l’ « agriculture productiviste » . Les vertus environnementales du bio relèvent elles-mêmes largement de la légende urbaine (4). Qui peut croire que l’objectif de ces lyssenkistes est véritablement de nourrir le monde ?

 

 

Gaïa

 

         Revenons maintenant au débat lunaire de l’Assemblée générale de l’oNU le 20 avril 2011 (5). Les délégués présents y ont paraît-il découvert « le lien entre les droits de l’homme et les droits de la planète ». Nouvelle manifestation du lyssenkisme, les prétendus experts qui nourrissent cette profonde réflexion. Celui qui est capable de dire « Des experts ont démontré aujourd’hui le lien entre droits de l’homme et droits de la planète, car  lorsqu’on surexploite l’eau et les sols, c’est au droit à l’alimentation qu’on touche » est expert en quoi, sinon en connerie ? 

 

En quoi l’idée banale qu’il faut gérer correctement des ressources , dont certaines non renouvelables, peut-il déboucher sur l’idée que les ressources possèdent des droits ? Si je ménage pas mon moteur, le nourris d’un carburant de piètre qualité, ma voiture me durera moins longtemps, et mettra en cause mon droit -ou plutôt mes possibilités- de déplacements. Quel imbécile se fera l’avocat du droit bafoué de ma voiture ? De la même façon, comment la planète pourrait-elle avoir des droits ? 

 

Cette idée saugrenue provient directement de James Lovelock, le fondateur de l’hypothèse Gaïa, selon laquelle la Terre serait un être vivant. L’un des « experts » présent à l’assemblée, Cormac Cullinan, ne fait pas mystère de son adhésion à ces thèses : « In the scientific world there has been more progress. It’s been almost forty years since James Lovelock first proposed the “Gaia hypothesis”: a theory that Earth regulates itself in a manner that keeps the composition of the atmosphere and average temperatures within a range conducive to life. Derided or dismissed by most people at the time, the Gaia hypothesis is now accepted by many as scientific theory.”(6)

Cette Terre bienveillante s’autorégulerait de manière à ce que la composition de l’atmosphère et la température moyenne restent dans des valeurs compatibles avec la vie. Celui-ci connaît bien l’histoire de la Terre et du climat, pour sûr…

L' "expert" Cornac Cullinan n’hésite pas à proclamer ces absurdités théorie scientifique, voire la théorie !

 

        

Les droits de la Terre contre les droits de l’homme

 

Découlant de cette vision néo-animiste, il faut vénérer la Terre nourricière et veiller à respecter ces droits. On oublie simplement que la Terre rechigne spontanément à nous nourrir, et que sans exploiter celle-ci, par l’intervention du génie et du travail humain, la chasse et la cueillette ne permettraient pas la vie de plus de quelques millions d’hommes.

 

Tout naturellement, l’homme est vu dans cette mythologie comme le méchant perturbateur de ce système naturellement harmonieux qui attente aux droits de la Terre et de tous ses composants , animaux, végétaux, bactéries, mais aussi droits du monoxyde de dihydrogène, ou de n’importe quel minéral. Les défenseurs du nouvel ordre écologique (7) n’ont plus de limites, et entendent faire de chaque chose un sujet de droit, dont ils sont les avocats autoproclamés. Seul problème : Peut-on assigner en justice pour leurs actes, un champignon vénéneux, un serpent venimeux, une bactérie tueuse, un volcan dont l’éruption fait des milliers de victimes ? Comment gérer les droits respectifs du chat ou de la souris ? Dois-je mettre mon chat en prison pour souricide ?

 

         On peut parler gravement dans ce genre d’assemblée de développement durable (8), de justice et d’ égalité pour les hommes, certains intervenants ne font aucun mystère de leur volonté de réduire l’homme à travers la décroissance (Peter Brown), et de réduire ses droits au profit de tous les « composants » de Gaïa . Pour Cormac Cullinan déjà cité : 

« The day will come when the failure of our laws to recognize the right of a river to flow, to prohibit acts that destabilize Earth’s climate, or to impose a duty to respect the intrinsic value and right to exist of all life will be as reprehensible as allowing people to be bought and sold.

 

Refuser à un fleuve le droit de couler doit devenir aussi répréhensible que la traite des noirs ou des blanches, selon le système de valeurs défendu par cet « humaniste ». Est-il difficile d’imaginer la vision des droits de l’homme qui sous-tend ces propos ? 

 

La défense ouverte des croyances les plus obscurantistes

 

         En fait d’ « experts », si on s’en remet au compte-rendu de ces débats, beaucoup d’amis de Bové et autres idiots du village planétaire. Parmi eux, Vandana Shiva , qu’on présente comme physicienne, alors qu’elle considère que « la science moderne n'est ni plus ni moins que la science occidentale, c'est-à-dire (sic!)  une catégorie particulière d'ethno-science », (9). Tandis que la « science » védique, et de façon générale, toute croyance émanant des « peuples autochtones » sont synonymes de tellement plus de connaissances et de sagesse, bien sûr… Qui s’étonnera des propos du représentant de la Bolivie, dont le président voit dans les tremblements de Terre une punition de Gaïa en colère envers nos comportements non écologiquement corrects (10) ? Pour empêcher les sous-développés d’exploiter Gaïa, les forêts, les ressources naturelles, il faut préserver ou restaurer les croyances les plus obscurantistes :

 

« [le représentant du Bénin] a attiré l’attention sur le fait que, dans son pays, les forêts qui subsistent sont essentiellement des lieux sacrés.  « Elles sont les lieux de résidence des divinités et des ancêtres auxquels les populations assignent un rôle protecteur de leur communauté », a-t-il fait observer. »

 

En attendant, une grande messe de plus entre gens « civilisés » est annoncée : le deuxième Sommet de la Terre l’an prochain à Rio. Et l’inquisition contre les hérétiques, elle commence quand ?

Anton Suwalki

 

Notes et sources :

 

 

         (1)  http://athentransition.over-blog.org/article-olivier-de-schutter-pour-nourrir-le-monde-l-agro-ecologie-surpasse-l-agriculture-industrielle-a-grande-echelle-68039340.html

(2) http://imposteurs.over-blog.com/article-32570040.html

(3) http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article318&decoupe_recherche=FAO

(4) http://www.nature.com/nature/journal/v410/n6827/full/410409a0.html

(5) http://www.un.org/News/fr-press/docs//2011/AG11075.doc.htm

(6) http://www.orionmagazine.org/index.php/articles/article/500

(7) Le Nouvel Ordre écologique - l'arbre, l'animal et l'homme, Luc Ferry, Livre de Poche

(8) Dans le document officiel issu de ce débat, on lit la perle suivante : «le produit intérieur brut n’est pas un indicateur approprié pour mesurer la dégradation de l’environnement résultant de l’activité humaine »

http://www.un.org/french/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/65/164

Effectivement : c’est comme dire que la radio des poumons n’est pas un outil pertinent pour repérer des verrues plantaires…

(9) Cité dans Sokal et Bricmont dans Impostures Intellectuelles,  Livre de Poche

 (10) http://imposteurs.over-blog.com/article-dieu-1---gaia-1-la-balle-au-centre-49072021.html

 

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 13:59

saint martin gr

Peut-on à la fois réduire l’empreinte écologique et améliorer la situation matérielle des plus pauvres ?

 

Les exaltés qui publient La décroissance s’en moquent, n’hésitant pas à adopter des slogans tels que « vive la pauvreté » (1), affichant sans fard leur morgue envers ceux qui vivent le plus chichement ou peinent à boucler leurs fins de mois. D’autres essaient laborieusement de faire croire que la décroissance est conciliable avec une réduction des inégalités, en mettant en avant des « évidences » o’ combien trompeuses : c’est le cas d’Hervé Kempf pour qui « les riches détruisent la planète ». donc si on prenait aux riches … Jean Gadrey, le professeur d’économie qui semble avoir converti Alternatives Economiques à la vogue de la décroissance, lui emboîte le pas : il prône de prendre « un peu » aux riches pour donner aux pauvres (2) et  tente de marier cela avec son prêche décroissant, en faisant porter la responsabilité de la prétendue crise écologique sur les riches : Plus on est riche, plus on pollue !(3).

 

 

« Dans les pays dits développés, les plus riches exercent-ils plus de pression sur l’environnement que les plus pauvres ? La question importe si l’on pense – ce qu’oublient nombre de discours écolos – qu’on ne résoudra pas la crise écologique sans une forte réduction des inégalités. »

 

« Il est vrai que les riches ont plus de moyens que les pauvres de prendre des mesures écologiques et de « consommer plus vert ». Mais, vu l’ampleur des inégalités de consommation, cela ne suffit pas à contrebalancer la tendance à ce que les plus hauts revenus aient une pression écologique nettement supérieure à celle des bas et moyens revenus. »

 

et de se baser sur une étude canadienne « solide » établissant que les 10% les plus riches ont une empreinte écologique 2,5 fois supérieures à celle des 10% les plus pauvres.

 

On attendrait d’un professeur d’économie un peu plus d’esprit critique que des comptables bornés de l’ « empreinte écologique » (4). Il reprend celle-ci intégralement à son compte. Nous n’allons pas recommencer une énième  discussion sur les vices de cette approche. Contentons-nous de constater que même en acceptant de se placer sur ce terrain, Gadrey a tout faux.

 

Premièrement, remarquons que l’EE des 10% les plus pauvres (5 ha par personne) dépasse de très loin les supposées capacités de la terre (1,7 ha par personne): s’il était honnête, Gadrey ne devrait pas seulement prôner d’étêter les revenus des riches, il devrait aussi s’attaquer aux plus pauvres des pays riches. Mais bien plus, il devrait s’abstenir de prôner une redistribution des revenus, qui amènerait à coup sûr une augmentation de l’empreinte écologique.

 

Les 10% des canadiens les plus riches ont une EE 2,5 fois supérieure aux 10% les plus pauvres, nous assène-t-il. Il s’abstient de nous dire que c’est pour un revenu moyen  4,1 fois supérieur , et qu’ils « polluent » donc moins proportionnellement aux pauvres (5)! Comment cela se fait-il ? La raison essentielle n’est certainement pas dans le fait que les riches seraient plus vertueux, plus «éco-responsables », :

1/ la propension à consommer décroît avec le revenu , en conséquence tout fraction du revenu global transférée des plus riches vers les plus pauvres a pour conséquence d’augmenter la consommation globale.

2/ « Nul doute que les écarts seraient bien plus importants si l’on avait des données sur l’EE des « ultra riches », avec leurs somptueuses résidences principales et secondaires, leurs yachts et jets privés, les personnels à leur service et leur consommation ostentatoire. »

 

Gadrey peut toujours chercher à nous indigner en mettant en avant la consommation ostentatoire d’une infime minorité de la jet set, celle-ci n’est qu’une goutte d’eau dans la mer de l’empreinte écologique.

 

Non seulement les riches consomment moins en proportion de leur revenu, mais la nature de leur consommation diffère : le prix des produits qu’ils achètent n’est pas proportionnel aux ressources physiques ou énergétiques utilisées pour les produire : une voiture de luxe valant dix fois le prix d’une voiture de « pauvre » n’a pas une EE dix fois supérieure à celle-ci. Une villa sur la côte d’azur à 3000 000 euros n’a pas une EE 20 fois supérieure à celle d’un pavillon en banlieue de Limoges. L’EE d’une coupe de cheveux à 200 euros dans un salon de coiffure mondain ne vaut pas 10 fois celle d’une coupe à 20 euros chez un « petit » coiffeur.  On pourrait décliner les exemples à l’infini. La conséquence de ceci s’ajoute à celle de la propension supérieure à consommer des pauvres : la redistribution entraîne une augmentation de la consommation et de la « densité » physique et énergétique de celle-ci.

 

Ces gens qui se veulent (encore ?) progressistes n’oseront certainement pas se l’avouer : réduire l’ « empreinte écologique » impliquerait de s’attaquer, non pas aux plus riches, mais à la consommation de masse. C’est d’ailleurs ce que veulent les décroissants purs et durs qui s’assument et vouent une véritable détestation à celle-ci. Le slogan « vive la pauvreté » prend là tout son sens. Si l’EE de l’immense majorité des habitants des pays riches est considérée comme excessive, pourquoi prôner une redistribution qui ne ferait qu’aggraver le problème, à part pour faire avaler la pilule de la décroissance au lectorat d’Alternatives Economiques ?

 

Au fond, Gadrey doit bien entrevoir le problème lorsqu’il conclut : « Il reste que, si Hervé Kempf a raison d’écrire que « les riches détruisent la planète », l’EE de l’immense majorité des habitants des pays riches est aujourd’hui excessive, parce que le système de production et d’orientation des modes de vie est sous la coupe des acteurs de l’accumulation illimitée et de la surexploitation simultanée des personnes et de la nature. Ce n’est pas d’abord par leur consommation que les (très) riches nous enfoncent dans la crise écologique, c’est par leur pouvoir économique et financier exorbitant. Cela donne une idée des solutions : les « petits gestes pour la planète » ne suffiront pas. C’est le pouvoir de la ploutocratie qu’il faut réduire. »

 

 

Passons sur le fait que « ploutocratie » évoque plus la rhétorique d’extrême droite que celle de la gauche traditionnelle. L’orientation des modes de vie serait donc sous la coupe des acteurs de l’accumulation illimitée ? Prenons un seul exemple : si le téléphone portable, internet etc.. se sont imposés facilement au détriment des signaux de fumée ou du pigeon voyageur, ne serait-ce pas, tout simplement, parce que l’immense majorité les trouve plus pratiques et peut les obtenir à un prix abordable , plutôt qu’à cause d’une orientation des modes de vie programmée par quelques sordides comploteurs de l’ « accumulation illimitée » ?

Anton Suwałki

 

 

 


 

(1)  sur les outrances et provocations des décroissants , lire notamment :

-Merde à la décroissance :

http://imposteurs.over-blog.com/article-18617084-6.html

-La décroissance ou la gauche réactionnaire

http://imposteurs.over-blog.com/article-la-decroissance-ou-la-gauche-reactionnaire-par-luc-marchauciel-43606452.html

 

(2)  http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2010/01/11/si-on-prenait-un-peu-aux-riches-ca-ferait-combien-pour-les-pauvres

(3)  http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2010/09/20/plus-on-est-riche-plus-on-pollue

(4)  http://imposteurs.over-blog.com/article-33549187.html

(5)  chiffre de deuxième main trouvé sur Internet pour le Canada, et d’ailleurs étonnamment faible : les chiffres cités par Gadrey pour la France proviennent du site de l’INSEE : le rapport inter déciles (revenu moyen des 10% les plus riches/ revenu moyen des 10% les plus pauvres) serait de 6,6.

 

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 12:39

Nous poursuivons ici l'analyse de l'ouvrage d'Isabelle Saporta.  Après nous être interrogés sur ses motivations profondes, nous avons constaté que ce livre, écrit avec désinvolture par une auteure qui avoue sa propre ignorance, n'apporte rien de neuf au débat.  Il est marqué du sceau du sensationnalisme, de la désinformation et de la propagande, en ce qu'il décrit l'agriculture honnie -- « productiviste » ou « industrielle » sur la base des pires exemples.  Il est truffé d'erreurs qui sont le fruit de l'ignorance avouée, mais aussi la marque de fabrique des marchands de peurs alimentaires et de bonheur agro-biologique.  Mais il y a pire.

 

 

Sophismes, exagérations, approximations, omissions, etc. dans chaque chapitre ou presque

 

« Ah, la baguette bien croustillante...  Avec le béret, c'est l'emblème, le totem de la France dans le monde entier.  Nous aussi, on l'aime bien, notre baguette.  Ce ne sont plus les grandes amours d'il y a cinquante ans.  On peut même dire qu'on l'aime deux fois moins aujourd'hui qu'hier.  Mais tout de même, on en grignote 140 grammes par jour.  Ce n'est pas rien »  On peut même trouver que c'est nul.  Enfin, il faut bien remplir 250 pages...

 

Le chapitre « Du blé au pain, un parcours sinueux », ainsi introduit, se poursuit par un autre morceau de bravoure : « Et qui dit pain dit blé.  En France, la filière se porte bien, avec 36 233 milliers de tonnes de blé produites en 2009 sur près de 5 millions d'hectares.  Les rendements sont optimaux : 95 quintaux à l'hectare d'après les agriculteurs, 80 selon les autorités, à croire que ces dernières veulent se montrer moins productivistes qu'elles ne le sont vraiment. »  Quitte à citer les chiffres de l'AGPB, l'auteure aurait dû les citer en entier : la sole de blé se montait en 2009 à 4,733 millions d'hectares, et le rendement était de 76,6 quintaux à l'hectare.  On est loin des rendements cités par l'auteure et attribués à de mystérieux « agriculteurs » et à d'anonymes « autorités ».

 

Donc, « [e]n tout état de cause, le blé pousse deux fois mieux avec des engrais, des pesticides et de bons produits phytosanitaires qu'en bio, où les paysans peinent à atteindre les 55 quintaux à l'hectare » (les italiques sont de nous).  Quel est le distinguo entre pesticides et produits phytosanitaires ? N'en demandez pas tant à l'auteure.  Et pourquoi citer un « bon » rendement pour le blé biologique ? C'est que le rendement moyen se situe aux alentours de 27 quintaux à l'hectare [15], soit 35 % du blé dit conventionnel.

 

L'auteure n'en tire aucune conclusion.  Ni du reste des chiffres qu'elle fournit pour la pomme de terre (« comptez 65 tonnes à l'hectare en agriculture productiviste contre 25 à 35 tonnes à l'hectare en bio ») et la pomme (« 70 tonnes à l'hectare contre 20 en bio »).

 

En fait si, et ce, par  un superbe homme de paille doublé d'un ad hominem circumstantiae au début du chapitre 13, consacré aux merveilleuses potentialités de l'agriculture biologique : « Briefés durant de longues décennies par les fabricants de pesticides, les agriculteurs français sont désormais persuadés qu'ils ont pour mission de nourrir le monde, et qu'ils ne doivent en aucun cas diminuer leurs rendements au risque d'affamer la planète. »  L'auteure serait bien en peine de fournir les sources de ses affirmations à l'emporte-pièce.  En fait, si la sole actuelle de blé était convertie en biologique, et sans tenir compte des contraintes nouvelles telle la nécessité d'allonger les rotations, la France non seulement signerait l'arrêt de mort de ses exportations, mais encore deviendrait importatrice [16] !

 

 

Des propos de comptoir indigents

 

On n'écrira pas « de café du commerce », tant cela serait injurieux pour les nombreux établissements qui portent ce nom.  Réels ou prêtés, anonymes ou paraphés, ils heurtent tant les agriculteurs que l'entendement.  C'est évidemment l'auteure qui en porte la responsabilité, puisqu'elle a choisi de les reproduire (ou de les inventer ?).

 

Prenons pour filon le chapitre « Lundi, des patates, mardi, des patates... », un titre étonnant, sauf si l'on considère que l'auteure n'est pas de la classe sociale qui s'alimente aux prix les plus bas.  Évidemment, l'attaque se concentre sur les contrats avec les industriels, McCain en tête.  Après avoir rappelé à juste titre les qualités de la Bintje, elle fait dire à un jeune agriculteur converti au bio  (merveilleuse expression, au sens premier, tant elle renvoie à la religion) que « la bintje plus les phytos, c'est juste magique pour faire des frites par milliers » (les italiques sont de nous).  Suit une description apocalyptique des relations entre agriculteurs et industriels.  Pensez donc, les industriels « vont jusqu'à imposer les variétés qui leur conviennent », le libre arbitre de l'agriculteur n'existe plus et « l'agriculteur doit répondre à des cahiers des charges d'enfer pour produire des pommes de terre » – pour une fois l'auteure n'utilise pas le mot patate – « pour l'usine » !

 

Il serait fastidieux de décrire les âneries sur la culture et la distribution des pommes de terre.  Ainsi, alors qu'il a d'autres fonctions tout aussi importantes, sinon plus, le défanage est présenté quasiment comme une obligation imposée par le lavage subséquent des tubercules, lavage lui-même imposé par la grande distribution.  L'auteure et ses interlocuteurs oublient visiblement que, si les tapis roulant des caisses de supermarché restent propres avec des pommes de terre lavées, l'acheteur fait aussi son choix en fonction de la propreté de son cabas, de sa voiture et de sa cuisine.

 

Le marché des pommes de terre primeurs se réduit.  L'auteure écrit certes sur l'évolution technique qui permet maintenant de faire la soudure entre deux récoltes de pommes de terre de conservation.  Bien.  Mais elle dérape et attribue, avec force citations, le déclin des primeurs à des forces obscures.  « C'est l'histoire de consommateurs pris en otage par des circuits commerciaux... » Quel est le problème : « 'Plus de place dans les rayons' répond la grande surface.  À part, peut-être, pour quelques lots vendus hors de prix en tête de gondole »  Donc, il n'y a plus de place mais il y a encore de la place [17].

 

Il n'échapperait pas au Français moyen, et surtout aux nombreux Français qui galèrent, que le « hors de prix » ne se vend guère [18].  Manifestement cela échappe à un docteur en sciences politiques.

 

Mais abrégeons : on apprend dans le chapitre « Il faut sauver le soldat shadok » que, propos d'un inspecteur de la santé publique vétérinaire, « l'agriculture française, c'est de la merde ». 

 

 

On se paye notre pomme !

 

Difficile de passer sous silence le chapitre « Ici, on joue à pommes réelles » et les actions en justice introduites par Daniel Sauvaitre, arboriculteur en Charente et président de l'Association nationale pommes poires, et par l'ANPP elle-même, en relation avec Manger peut-il nuire à la santé ?, un « reportage » diffusé le 16 février sur France 3 et s'appuyant sur l'ouvrage commenté ici [19].

 

S'agissant de l'ouvrage, le manichéisme est à son comble.  L'arboriculture conventionnelle serait abracadabrantesque, avec par exemple un « bonne douche d'hormone d'accrochage », après quoi on « asperge le pommier d'hormones d'éclaircissage », après quoi, « il est nécessaire, du coup, de remettre un petit coup d'hormones d'accrochage ».  Les pesticides seraient « hautement toxiques », et l'auteure cite « [u]n insecticide pour lutter contre les papillons, qu'il faut manipuler avec beaucoup de précaution.  C'est un virus vivant qui va contaminer les larves ».  Ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'il est parfaitement inoffensif pour l'homme et qu'il est utilisé... en agriculture biologique.

 

Mais, « [v]ous l'aurez compris, les arboriculteurs industriels ne sont pas encore prêts à abandonner leurs techniques de production, car les techniques alternatives, si elles donnent des résultats satisfaisants, nécessitent davantage de travail et de temps dans les vergers ».  Extraordinaire mensonge : une technique alternative telle que la confusion sexuelle du carpocapse est utilisée sur quelque 40 % du verger français [20].

 

Bien sûr, pas un mot sur la Charte Nationale de Production Fruitière Intégrée, pourtant portée par Daniel Sauvaitre [21] ; cela aurait « bousillé » le scénario.  Lequel scénario exige évidemment que « le fruit [soit].truffé de pesticides ».  L'auteure appelle donc à la rescousse François Veillerette et l'« étude » du MDRGF (devenu Générations Futures) sur un menu prétendument typique d'un enfant d'une dizaine d'années, composé avec des produits achetés entre juillet et septembre 2010 [22].  Problème : les pommes retenues – en cours de saison de production française – étaient... brésiliennes.  Enfin non, pas de problème, il suffit d'une pirouette : « Gageons que, dans un verger français, on aurait retrouvé à peu près les mêmes » résidus ».  Et donc, « cet expert » – autoproclamé – déclare avec emphase que « les doses de résidus chimiques présentes dans ces pommes sont en gros 400 fois supérieures à ce que l'on tolère dans l'eau ».  Comme il n'ignore pas que les LMR sont fixées forfaitairement pour l'eau, à 0,1 μg/l pour chaque pesticide individuel (à l'exception de l'aldrine, la dieldrine, l'heptachlore et de l’heptachloroépoxyde, dont on tolère 0,03 µg/l) et 0,5 μg/l pour la somme, sa déclaration relève de l'enfumage [23].

 

Dans Manger peut-il nuire à la santé ?, diffusé le 16 février sur France 3, on nous présente une autre analyse, sur des pommes dont il est prétendu qu'elles sont de Daniel Sauvaitre [24].  Celui-ci nous apprend dans son blog que la société de production a présenté à l'audition devant la 17e Chambre correctionnelle de Paris un ticket de caisse tendant à prouver, selon elle, que l'analyse a porté sur des pommes achetées le... 10 décembre 2009, à 15h59 pour être précis [25].

 

Pourquoi les analyses sont-elles différentes entre le livre et le reportage ? Mystère.  Ce qui est certain, toutefois, c'est qu'il y a eu manipulation.

 

Dans le genre plus trivial, le reportage nous présente l'auteure se mettant en route pour Angoulême, pour le verger de M. Sauvaitre.  Or elle reconnaît dans la presse ne jamais y être allée.  « C'est la seule partie de l'émission que je n'ai pas faite.  J'ai été engagée après le début de cette enquête.  Je comprends la peine et le courroux de Daniel Sauvaître... » [26].  En outre, selon ce dernier, les images, tournées en juin 2009, devaient servir pour un reportage sur les moyens nécessaires pour nourrir neuf milliards d'habitants à l'horizon 2050.  Il y a donc eu abus de confiance.  Vous avez dit éthique professionnelle ?

 

Cela nous ramène à l'ouvrage : comment l'auteure a-t-elle pu décrire une opération de traitement dans le verger de Daniel Sauvaitre ? Et combien d'autres déclarations de sa part sont de seconde main ?

 

 

Non à l'égoïsme obscène

 

« L'agriculture française, c'est de la merde ».  Difficile de faire pire dans le dénigrement haineux.  Mais cette déclaration reflète malheureusement l'esprit général du Livre noir de l'agriculture, même si l'auteure s'en défend.  Un esprit manifestement sous-tendu par une méconnaissance grave des réalités de l'agriculture et de l'alimentation, et par un égoïsme obscène : celui des bobos écocondriaques, éconoclastes (puisque les pesticides sont selon eux l'émanation du grand capital, multinational), intolérants et totalitaires.  En effet, la satisfaction de leur caprice alimentaire ne saurait se restreindre à la mise à leur disposition, par une agriculture biologique de niche, des produits alimentaires à même de satisfaire leur caprice  elle doit impliquer l'éradication des produits qui alimentent la très grande majorité des Français, y compris de ceux, de plus en plus nombreux, qui ont du mal à joindre les deux bouts et qui sont obligés de rogner sur leurs dépenses alimentaires.

 

Posons le problème en forçant un peu – et encore, ce n'est même pas sûr – le trait : il faut nourrir, à l'échelle mondiale, 50 % de plus d'êtres humains à l'horizon 2050, et ces gens nous proposent une agriculture qui, dans les pays à agriculture développée et performante, produirait au bas mot 50 % de moins.

 

On ne peut qu'être – cyniquement – d'accord avec l'auteure sur le fait qu'un monde sans pesticides est possible... ce n'est après tout qu'une question de prix, en termes de disponibilité et de coût des denrées alimentaires, de santé publique, d'environnement, et surtout de vies humaines.  Toutefois, on ne saurait admettre que, pour étayer sa thèse, elle caricature le Rapport Écophyto R&D de l'INRA [27].

 

Le propos de ce rapport était d'apporter un éclairage sur la réduction de 50%, si possible, de l’utilisation des pesticides selon un des objectifs retenu par l'État pour Écophyto 2018 à la suite du Grenelle de l'environnement.  Et sa conclusion – assortie d'importants caveats – est qu'une réduction de cet ordre se traduirait par une baisse non négligeable des productions (12% en valeur en grandes cultures, mais attention, sur une base qui ne correspond plus du tout à la réalité actuelle).  Ce rapport n'a en aucune manière examiné les tenants et les aboutissants d'un monde sans pesticides.  D'ailleurs, l'agriculture dite biologique ne peut s'en passer, et elle en utilise qui sont préoccupants pour la santé publique et l'environnement [28].

 

Il y a donc lieu de rappeler quelques vérités occultées par les marchands de peurs et d'illusions.  Décortiquons donc brièvement le message général de l'ouvrage.

 

« Malgré son coût prohibitif – le budget de la politique agricole commune atteint 57 milliards d'euros en 2010, soit 44 % du budget de l'Union... » a donc écrit l'auteure.  Les chiffres semblent suspects ; ils incluent en tout cas les dépenses afférentes au développement rural [30].  Mais c'est surtout malhonnête ! Le budget de l'Union européenne est ridiculement faible, plafonné qu'il est à 1,23 % de la somme des revenus nationaux bruts [31].  Et ce qui est payé par le contribuable en subsides ne l'est pas par le consommateur en prix décents.

 

« ...L'agriculture actuelle ne respecte ni le pacte social qui la lie aux paysans, ni le pacte environnemental qui la lie aux générations futures, ni même le pacte de santé publique qui la lie à nous tous. »  Jolie phrase, mais creuse : quel est ce pacte social qui lie l'agriculture aux paysans ? Quel pacte environnemental ? Quel pacte de santé publique ?

 

L'agriculture française nourrit les Français et leur assure – quelle chance ! – la souveraineté alimentaire ; elle est même globalement exportatrice, et ce, à la fois en denrées et en produits élaborés à forte valeur ajoutée.  Elle forme le socle d'une industrie agro-alimentaire forte, pourvoyeuse d'emplois ; elle constitue l'assise de la société dans les zones rurales ; elle contribue massivement à notre balance commerciale [32].  S'agissant de l'hypothétique pacte environnemental, l'agriculture modèle, gère et préserve notre environnement.  Et la santé publique est préservée par des produits sains, loyaux et marchands.

 

Parmi les affirmations précédentes, certaines ne manqueront pas d'être contestées, l'agriculture étant victime – depuis longtemps, mais les choses se sont accélérées récemment – d'une telle campagne de désinformation que les contrevérités sont devenues vérités bibliques.  À cet égard, il y a lieu de préciser trois points dans le cadre de ce commentaire.

 

Premièrement, la majorité des produits de l'agriculture ne présentent pas de résidus de pesticides, et la très grande majorité sont en-dessous des limites maximales de résidus, elles-mêmes établies avec une très grande marge de sécurité [33].

 

Deuxièmement, l'agriculture ne peut pas se passer de pesticides, même pas l'agriculture biologique.  L'enjeu n'est pas « zéro », illusoire sauf à accepter des bouleversements fondamentalement inacceptables ; ni même « moins » [34] ; mais « mieux ».  Les acteurs de la filière y tendent, pas forcément de manière linéaire et continue, mais l'histoire est là pour prouver l'évolution de l'agriculture dans le sens du socialement souhaitable.  À ce propos, si l'auteure accuse l'agriculture actuelle de ne pas respecter un prétendu pacte social, une analyse sommaire suffit à montrer que les paysans sont plutôt victimes du reste de la société.  « Vous souvenez-vous des Shadoks, ces étranges oiseaux qui passaient leur vie à pomper, pomper, pomper et à inventer des machines toujours plus absurdes ? » écrit-elle ? Observation fort judicieuse, mais elle s'applique au produit des pressions de citadins et néo-ruraux à mille lieues des réalités agricoles ; au carcan administratif et réglementaire, à l'écologiquement correct, enfin à ce qui empoisonne la vie de nos agriculteurs.

 

Troisièmement, il n'y a pas de solution de continuité entre l'agriculture biologique et l'agriculture dite conventionnelle, si l'on met à part les contraintes idéologiques inhérentes à la première (notamment l'interdiction des engrais et pesticides de synthèse) et la certification ,et pour certains acteurs et surtout idéologues, le repli identitaire.  Sur le terrain, les gens raisonnables qui pratiquent l'une vivent en bonne entente avec ceux qui pratiquent l'autre.  Il n'y a en dernière analyse que des pratiques agronomiques, plus ou moins bonnes, selon les conditions particulières de l'exploitation, de la région, de la filière, du marché, etc.

 

Un des problèmes majeurs qui se posent à cet égard est que les idéologues des « agricultures alternatives » revendiquent pour celles-ci une sorte d'exclusivité pour des bonnes pratiques agronomiques qui appartiennent en fait au fond commun des connaissances scientifiques et techniques ; et aussi qu'ils occultent les inconvénients de ces systèmes de production, au premier chef, l'importante perte de rendement qui peut en résulter, que cette perte soit réelle (un système productif est par exemple converti en biologique) ou potentielle (un système peu productif, notamment dans les pays en développement, est amélioré par de bonnes pratiques agronomiques, mais est privé des bénéfices résultant notamment des engrais et pesticides de synthèse).  C'est en partie sur ces bases que les tenants de l'agriculture biologique ont pu propager l'idée que celle-ci pouvait nourrir le monde [35].  C'est aussi sur cette imposture que se termine le livre d'Isabelle Saporta.

 

Le pire des destins que risque l'agriculture – en fait l'humanité –, c'est d'être le jouet d'idéologues, que ceux-ci aient des titres à faire valoir dans les sciences liées à l'agriculture ou non.  Le livre noir de l'agriculture pourrait être sous-titré : « Comment l'auteure assassine nos paysans... »

 

Au fait, « mensonge » et « désinformation » sont deux mots utilisés par un homme courtois et mesuré, Bruno Le Maire, dans son discours de clôture du 6e Séminaire international de l'agriculture biologique [36].

 

________________

 

[14]  http://www.agpb.fr/fr/chiffre/recolte_france.asp

 

[15]  http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article606

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article609

Il est à noter que les moyennes de rendement entre « conventionnel » et « biologique » ne sont pas directement comparables.  D'autres part, les organismes dédiés à l'agriculture biologique ne publient pas de statistiques sur les rendements (!), alors qu'elles tiennent une comptabilité à l'unité près dans d'autres domaines, notamment le nombre d'agriculteurs biologiques et de conversions (voir par exemple : http://www.agencebio.org/upload/Grandescultures_ChiffresCles2010.pdf)

 

[16]  À 27 quintaux à l'hectare, il faudrait 5,5 millions d'hectares pour produire les quelque 15 millions de tonnes de consommation intérieure (rappel, la sole de blé oscille en gros de 4,5 à 5 millions d'hectares).

 

[17]  Il n'échappera à personne que les grandes chaînes ont trouvé de la place pour des produits bios qui, en fruits et légumes, coûtent deux ou trois fois plus cher que leurs homologues conventionnels.

 

[18]  Voir aussi : http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/les-tracas-de-la-pomme-de-terre-primeur_774318.html

 

[19]  Voir notamment :

le blog de Daniel Sauvaitre : http://www.daniel-sauvaitre.com/

http://www.agriavis.com/news-3962-reportage+france+3+daniel+sauvaitre+un+paysan+abuse+par+les+journalistes+isabelle+saporta+et+eric+gueret.html

http://www.fldhebdo.fr/plainte-de-l-anpp-contre-france-3-et-le-nouvel-observateur-art297662-3.html

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article725

 

[20]  Voir le rapport de l'INRA Écophyto R&D : Quelles voies pour réduire l'usage des pesticides, pourtant cité par l'auteure elle-même, page  36 de la synthèse :

http://www.inra.fr/l_institut/etudes/ecophyto_r_d/ecophyto_r_d_resultats

 

[21]  http://www.lapomme.org/production/charte.htm

 

[22]  http://www.menustoxiques.fr/

 

[23]  http://www.observatoire-pesticides.gouv.fr/index.php?pageid=348

 

[24]  http://www.dailymotion.com/video/xhcrod_manger-peut-il-nuire-a-la-sante-1-5-mer-16-fev-2011_tech

 

[25]  http://www.daniel-sauvaitre.com/article-et-la-suite-du-grand-guignol-69127910-comments.html#anchorComment

 

[26]  http://www.sudouest.fr/2011/02/22/les-pommes-de-la-discorde-324115-1050.php

 

[27]  http://www.inra.fr/l_institut/etudes/ecophyto_r_d/ecophyto_r_d_resultats

 

[28]  Voir par exemple, pour la roténone et le cuivre :

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article719

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article576

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article551

 

[29]  http://ec.europa.eu/budget/budget_glance/index_fr.htm

 

[30]  http://ec.europa.eu/budget/library/publications/budget_in_fig/dep_eu_budg_2010_fr.pdf

http://ec.europa.eu/budget/budget_detail/current_year_fr.htm

 

[31]  http://ec.europa.eu/budget/budget_glance/index_fr.htm

 

[32]  http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/commerce-exterieur-ble-vins-et-produits-laitiers-se-sont-mieux-exportes-en-2010-ministere-38766.html

 

[33]  Voir notamment http://www.efsa.europa.eu/fr/efsajournal/pub/1646.htm

Il est à noter que les contrôles sur les fruits et légumes biologiques ont mis en évidence 0,9 % de dépassements de LMR ; de tels dépassements ne sont pas accidentels.  Sachant que l'on a trouvé 3,7 % de dépassements en conventionnel, l'hystérie antipesticide porte donc sur une division par quatre des risques – déjà faibles – de manger des fruits et légumes (non lavés) dépassant la LMR.  Compte tenu des méthodes d'établissement des LMR, ces risques n'impliquent pas de risques sanitaires, sauf cas très exceptionnel.

 

[34]  Pour un éclairage, le cas du Danemark :

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article70&decoupe_recherche=danemark

 

[35]  Le site Agriculture-environnement offre un démontage bien charpenté de l'affirmation selon laquelle l'agriculture biologique peut nourrir le monde :

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article318

Pour les communiqués de presse de la FAO :

http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000550/index.html

http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000726/index.html

Extrait de ce dernier :  « “Nous devons recourir à l’agriculture biologique et l’encourager”, a déclaré M. Diouf. “Elle produit des aliments sains et nutritifs et représente une source croissante de revenus, pour les pays développés comme pour les pays en développement. Mais il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques”. »

 

[36]  Voir la vidéo à :

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/cloture-du-6e-seminaire-international-de-l-agriculture-biologique

 

 

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 11:10

saporta

Ces derniers mois, les Français ont été submergés de messages anxiogènes sur leur alimentation, particulièrement en ce qui concerne les résidus de pesticides.  Le catastrophisme a été érigé en mode de communication prioritaire, sinon exclusif, par voie d'affichage (l'ignoble campagne de France Nature Environnement), d'édition, de presse et de radiotélévision.  Le déchaînement médiatique est inouï, au point que l'on doit se demander s'il n'existe pas une Cinquième Colonne ou une conjuration moderne.  Sur quoi se fonde-t-elle ? Voici une analyse détaillée du livre d'Isabelle Saporta.

 

 

Une œuvre de commande ?

 

Nous sommes prévenus dès le sous-titre : « Comment on assassine nos paysans, notre santé et l'environnement ».  La ligne générale est implicitement précisée dans les remerciements : Christophe Labbé (co-auteur de Vive la malbouffe, mais ce n'est pas dit dans l'ouvrage) aurait « poussé »l'auteure à écrire le livre ; François Veillerette (pourfendeur compulsif de pesticides) lui a prodigué « aide et [...] soutien constants » ; « toute l'équipe du WWF France » a visiblement été mise à contribution et a fourni la matière de certains chapitres.

 

Dès lors se pose une grave question : cet ouvrage – tombée à pic pour le Salon international de l'Agriculture, forcément par une opportune coïncidence – est-il réellement, intégralement et sincèrement de l'auteure affichée en tête de couverture ? Même si l'auteure a des antécédents dans le domaine de l'alimentation, on ne peut s'empêcher de conjecturer que certaines personnes et organisations ont suscité et promu un travail, et y ont fortement contribué, dans le dessein de s'attacher une jeune plume, de s'ouvrir des portes dans les médias par un membre du sérail médiatique, et d'élargir le cercle des prosélytes et adeptes de leur idéologie en avançant masqués.

 

 

Une belle désinvolture

 

La qualité du travail est aussi illustrée d'emblée : une petite liste de personnes nommément remerciées se termine par : « Et à tous les autres. »  Parmi les autres, par exemple, M. Daniel Sauvaitre, l'un de ses interlocuteurs les plus importants pour son chapitre sur les pommes, d'ailleurs intitulé par un bon mot de celui-ci [2] ; il est vrai cependant que M. Sauvaitre n'est pas « bio » (au contraire de M. Michel Delhommeau, qui fait partie de ceux à qui le livre est dédié).  On ne saurait être plus désinvolte.

 

 

Rien de neuf

 

L'argument est donc connu.  Tout est dit, ou presque, en une phrase dans l'introduction : « Malgré son coût prohibitif – le budget de la politique agricole commune atteint 57 milliards d'euros en 2010, soit 44 % du budget de l'Union –, l'agriculture actuelle ne respecte ni le pacte social qui la lie aux paysans, ni le pacte environnemental qui la lie aux générations futures, ni même le pacte de santé publique qui la lie à nous tous. »

 

On ne peut qu'être ébaubi à la lecture de la fin de l'envolée : « L'agriculteur est injustement voué aux gémonies, lui qui n'est que le bouc émissaire d'un système qu'il subit. » En effet, tout au long de « son » livre, l'auteure n'est pas avare de propos désobligeants, fielleux, injustes, voire insultants sur les agriculteurs et l'agriculture « industrielle » ou « productiviste ».  Les coopératives et le syndicat majoritaire FNSEA sont quant à eux poursuivis d'une véritable haine.

 

Le plus choquant est sans nul doute la description de l'injection du CO2 issu du chauffage dans les serres de production de tomates pour améliorer – gratuitement – le rendement de la photosynthèse : « Le gazage des tomates sous serre, on en rêvait, les agronomes l'ont fait. »  À ce niveau, on patauge dans la fange qui a valu des condamnations à un certain homme politique.

 

Mais que l'on se rassure : tout n'est pas perdu et la situation n'est pas irréversible.  L'humanité survivra.  L'avant-dernier chapitre s'intitule : « Un monde sans pesticides, c'est possible ? », le point d'interrogation étant levé dès la première phrase : « Oui, et ce ne sont pas les militants écolos, les green extremists, qui le disent » – on se frotte les yeux, c'est bien ce qu'elle a écrit... – « mais l'INRA... ».  Et elle ajoute, nouvelle insulte, forcément gratuite : « ...autant dire le bastion de la recherche pour une agriculture productiviste. » L'ouvrage se termine évidemment en apothéose avec l'argument – faux – rabâché ad nauseam selon lequel, parole de FAO, l'agriculture biologique peut nourrir le monde.

 

 

Le pire exemple érigé en norme

 

La démonstration, si on peut utiliser ce mot, se nourrit de toutes les ficelles du sensationnalisme, de la désinformation et de la propagande.

 

Les sujets servant à illustrer la thèse ont été choisis pour leur impact sur des esprits qui se sont depuis longtemps éloignés de l'agriculture et ne connaissent par exemple du poulet que les barquettes de supermarché, ou les bêtes plumées vendues dans les boucheries de luxe.  Ainsi, pour les filières animales, rien sur l'élevage bovin, si ce n'est pour vilipender le « cocktail maïs-soja », qualifié de « pot belge [3] des animaux d'élevage hors sol », et pour l'accuser de faire péter et roter les vaches et donc contribuer au réchauffement climatique.  Rien sur les systèmes à base d'herbe fauchée ou pâturée, extensifs ou intensifs, sur les AOC et labels...  Rien sur le mouton, la chèvre, les volailles...

 

L'auteure se limite au porc – pardon – au cochon (le porcelet étant un «petit goret »).  Elle se délecte de descriptions nauséabondes de l'amélioration des races, du système d'insémination, des conditions d'élevage, surtout naisseur (c'est plus gore), de l'alimentation et de la pollution.  C'est : « Sale temps pour le cochon ».

 

Tout n'est certes pas parfait dans le monde du porc, mais ce n'est pas une raison de s'épancher, comme si c'était la règle dans le secteur, sur les pratiques frauduleuses à grand coup de « ripoux de la profession », « pharmaciens d'officine (incompétents en matière de pharmacie vétérinaire...) », « affairistes, souvent d'ailleurs soutenus contre vents et marées par l'ordre des pharmaciens malgré leurs turpitudes indéfendables », etc., tout cela sur en gros une page.  Pour l'auteure, il y en a une, de raison : le dénigrement (et au bout du compte les droits d'auteur et la notoriété personnelle).

 

Le ridicule est largement dépassé au profit de l'indigence morale lorsqu'elle relève que les élevages porcins bretons (la Bretagne – pire exemple – ayant l'« avantage » d'offrir un parc de bâtiments plutôt ancien) « consomment 1 171 kilowatts-heures par truie et par an[,] soit quasiment le double de la consommation électrique moyenne d'un Albanais ou d'un Indien, six fois et demie celle d'un Ivoirien et l'équivalent de celle d'un Cubain... »  Voilà bien une comparaison bien plus nauséabonde que «[les] kilos et [les] kilos de merde de porc, baignant dans des litres d'urine » que l'on trouverait flottant « [s]ous vos pieds » dans un élevage sur caillebottis, présenté comme étant la règle .

 

 

Un édifiant aveu d'ignorance

 

Mais l'auteure nous livre un aveu édifiant : « En août 2010, un inspecteur vétérinaire s'est fendu d'un mail pour expliquer à l'ignare que je suis toutes les dérives possibles du milieu » (les italiques sont les nôtres, « possible » étant, pour l'auteure, l'euphémisme de rigueur pour « la règle »).  Il faut en effet être particulièrement ignare pour s'exclamer : « Finis les temps heureux où les cochons avaient encore l'heur de déambuler à leur guise dans les cours de ferme. »

 

Reconnaissons toutefois que cet aveu d'ignorance confère à l'auteure une vraie fraicheur et attire la sympathie.  C'est tout le contraire de certain(e)s autres qui se proclament experts, procèdent à des enquêtes prétendument minutieuses, pour au bout du compte nous abreuver des mêmes angoisses alimentaires et nous asséner la même idéologie.  On ne peut que nommer ici Marie-Monique Robin qui nous promet un livre de 480 pages, sans doute aussi programmé pour le Salon de l'agriculture mais retardé par des problèmes de mise au point.  Mais il y a aussi danger : il est possible que 250 pages plutôt bien enlevées, en gros caractères, auront plus d'impact qu'un pensum aride, lardé de digressions et bourré d'idées fixes, d'obsessions, de manies et de névroses.  Le pamphlet risque d'échapper à la critique, alors que le pensum est déjà taillé en pièces [4].

 

 

Erreurs à chaque page (ou presque, soyons charitables)

 

On ne sera donc pas surpris que l'ouvrage soit truffé d'erreurs, certaines flagrantes.  C'est non seulement le fruit de l'ignorance avouée, mais aussi la marque de fabrique des marchands de peurs alimentaires et de bonheur agrobiologique.  Nous l'illustrerons ici avec les deux chapitres sur le maïs.

 

Il en est, d'erreurs, qui relèvent du dérapage lyrique du journalisme bateleur, de mauvais aloi.  Ainsi, « [d]ans nos campagnes aussi, le maïs fait un tabac, balayant sur son passage les prairies comme les champs de blé ».  La vérité est que le maïs représente quelque 12 % de la surface agricole utile, et est aujourd'hui plutôt en retrait par rapport à 1988, année où il atteignit presque 3,5 millions d'hectares [5].  La sole de blé a quant à elle augmenté ces quinze dernières années, passant de 4,5 millions d'hectares en 1995 à 4,9 millions d'hectares en 2010 [6].  On peut certes discuter du choix des années de référence, mais le constat de l'exagération de l'auteure s'impose comme une évidence.  Quant aux prairies, leur retournement est encadré par une réglementation contraignante d'inspiration écolo-bobo.

 

D'autres erreurs relèvent de l'ignorance, parfois crasse.  Ainsi, le maïs est pris pour une « plante tropicale [qui] n'avait pas grand-chose à faire chez nous.  En France, soit il fait chaud et il n'y a pas d'eau, soit il y a de l'eau mais il fait trop froid pour cette 'belle' plante. »  Trop froid ? À l'époque de Christophe Colomb, le maïs était déjà cultivé sur le bords du Saint-Laurent, au Canada.  Un intrus indésirable en France ? Il est attesté en Bresse aux alentours de 1600 [7]. Et l'auteure de poursuivre : « Qu'importe ! Grâce au génie génétique de l'INRA, on a mis au point un maïs hybride [...] capable de pousser dans toute la France. » C'est encore plus inepte [8].  L'emploi de l'expression « génie génétique » est une ficelle grossière destinée à suggérer un lien avec les OGM ; ce n'est pas « un maïs » qui a été créé ; ce n'est pas l'INRA qui a mis au point les hybrides ; et ce n'est pas la seule INRA qui a contribué à l'extension du maïs à la France entière et, de fait, au Nord de l'Europe jusqu'en Suède.  On pourrait réclamer un peu de charité pour ce qui n'est somme toute qu'une tentative de rappel historique introductif extrêmement sommaire.  Mais ce serait oublier que les lacunes relèvent pour partie d'une inculture générale et d'un manque de rigueur ; et surtout que le lecteur est induit en erreur sur la place et l'importance du maïs en France.

 

La tromperie est en effet aussi volontaire.  C'est que le maïs cumule trois « avantages » pour les contempteurs de l'agriculture qui nous nourrit et les bonimenteurs d'une agriculture Marie-Antoinette, avec une France transformée en hameau de la reine : il alimente la filière bovine, laitière et de boucherie, intensifiée, celle que l'on se plait à vilipender ; il consomme de l'eau en été et est par conséquent un bouc émissaire facile pour les excès de l'irrigation ; il est associé au soja, ce qui permet d'ouvrir un autre front (l'infâme « pot belge », la déforestation en Amérique du Sud, etc.).

 

S'agissant du premier point, l'auteure fait dans la précipitation.  Ainsi affirme-t-elle que « le maïs remporte un franc succès chez les éleveurs bovins puisqu'il constitue 84 % des fourrages consommés.  On comprend donc que le colza, le sorgho et autres pois et féveroles pèsent peu dans la balance. ».  Que nenni : selon l'AGPM, source quasi-certaine du chiffre, le maïs « constitue 84 % de la surface totale couverte en fourrages annuels » (les italiques sont de nous – l'AGPM ne tient pas compte des prairies permanentes) [9].  On admirera aussi la logique des arguments.  En fait – mais l'auteure n'en a cure – le « franc succès » du maïs et le rôle mineur joué par d'autres fourrages annuels sont dus à leurs avantages et inconvénients respectifs, la statistique ne faisant que constater le résultat.  Ce n'est pas pour rien que Jean-Pierre Gay a intitulé un excellent livre « Fabuleux maïs » [10].

 

S'agissant du deuxième point, l'auteure (ou WWF France ?) affirme aussi précipitamment que : « ...pour faire pousser un hectare de maïs, il faut 2 millions de litres d'eau chaque année.  L'équivalent de la consommation de 400 français. ».  Deux phrases, deux erreurs.  Le premier chiffre – le litre ayant été préféré au mètre cube comme unité pour produire un chiffre impressionnant – est plutôt le besoin moyen en eau d'irrigation dans le Sud-Ouest [11] ; le deuxième, plus parlant pour le grand public, est grossi d'un facteur dix [12] ; il faut bien noircir le tableau pour avoir un livre noir de l'agriculture !

 

L'auteure ignore sans nul doute que le maïs est non seulement une des plantes parmi les plus performantes en termes de rendement (d'où en partie son succès), mais encore une des plus efficaces pour l'eau.  Ainsi, il faut 1.500 litres d'eau pour produire 100kg de blé, mais seulement 400 litres pour 100kg de maïs [13].  Mais voilà, on est ici dans le domaine d'un préjugé du même type que celui qui veut qu'il pleut plus à Paris qu'à Montpellier.  En tout cas, accuser le maïs des excès en matière d'irrigation, c'est comme accuser les voitures en matière d'excès de vitesse.  Et écrire que « le maïs consomme une quantité d'eau astronomique » est une belle ânerie.

Wackes Seppi

 

(À suivre)

________________

 

[1]  Isabelle Saporta, Le livre noir de l'agriculture – Comment on assassine nos paysans, notre santé et l'environnement, Fayard, 2011.

 

[2]  « Ici, on joue à pommes réelles », pour souligner que les chercheurs n'ont pas les mêmes contraintes économiques dans leurs vergers expérimentaux.  Il faut être un lecteur particulièrement attentif pour constater que le droit de l'auteur d'un bon mot n'a pas été honoré.

 

[3]  Le « pot belge » désigne un mélange de produits dopants utilisé dans le cyclisme professionnel notamment entre 2003 et 2007.  Les éleveurs peuvent à juste titre s'estimer calomniés.

 

[4]  Voir notamment :

http://imposteurs.over-blog.com/article-sur-arte-le-15-mars-les-gourderies-de-robin-1ere-partie-68807657.html

http://alerte-environnement.fr/

http://afis-ardeche.blogspot.com/2011/03/du-poison-dans-nos-assiettes-ou-dans.html

 

[5]  http://www.gnis-pedagogie.org/pages/mais/chap1/4.htm

 

[6]  http://www.agpb.fr/fr/chiffre/recolte_france.asp

 

[7]  http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-117.htm

 

[8]  Que l'INRA ait joué un rôle majeur ne doit pas faire oublier les contributions du secteur privé, notamment coopératif.  Pour l'histoire du maïs hybride en France, voir notamment :

http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/BonneuilColloqueMtp.pdf (Du maïs hybride aux OGM : Un demi-siècle de génétique et d'amélioration des plantes à l'INRA)

http://www.semencespaysannes.org/bdf/docs/ma__s_hybride1930_1970-1.pdf (L’introduction et l’expansion des hybrides en France, 1930-1970)

http://www.academie-agriculture.fr/mediatheque/seances/2010/20100616communication3.pdf (Hommage à André Cauderon)

 

[9]  http://www.agpm.com/pages/mais_fourrage.php

 

[10]  Fabuleux maïs, histoire et avenir d'une plante, J.P. Gay, éd. AGPM, 1984.

 

[11]  Voir par exemple : http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/primeur194.pdf

 

[12]  La consommation moyenne est d'environ 150 litres par jour et par habitant, soit quelque 55 mètres cubes par an.  Voir par exemple :

http://www.eaufrance.fr/IMG/pdf/Eau_de_consommation.pdf

 

[13]  http://www.snv.jussieu.fr/vie/dossiers/eau/eaugestion/eauagriculture.html

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 17:43

A défaut d’avoir inventé la poudre, MMR réexplore tous les domaines de la science et affichent des certitudes que des spécialistes qui ont consacré toute une vie à la recherche n’ont pas. A quoi bon consacrer des milliards à la recherche, puisque l’épigone de Lyssenko a tout compris en 3 clics sur Internet?

 

         L’épidémiologie du cancer n’échappe pas à l‘expertise balourde de la savante d’Arte, et subit les mêmes outrages  que la toxicologie et que les notions les plus élémentaires, telles que l’espérance de vie.

 

          Comment convaincre son fan-club du sort funeste qui nous attend du fait de « l’environnement (..) massivement pollué par les quelque 100 000 molécules chimiques qui ont été mises sur le marché, au cours des cinquante dernières années » ? Réponse : les perturbateurs endocriniens et l’ « épidémie de cancers ». Nous nous contenterons dans cette partie de traiter des cancers, et de partir des données disponibles pour la France. MMR ne prétend-elle pas que la France, grande consommatrice de pesticides est le pays où l’incidence des cancers est la plus élevée ? Affirmation fausse (0), mais passons rapidement dessus. Bien d’autres sornettes nous attendent. 

 

 

 

 

 


3ème partie : l’épidémiologie à la sauce Robin

 

 

         Au cours de ses tournées de promotion du Monde selon Monsanto, MMR s’est déjà illustrée par sa grande rigueur dans la pratique de l’épidémiologie : s’adressant à ses fidèles dans la salle, elle demande que toutes les personnes présentes qui ont un parent ou un proche qui a ou a eu un cancer lèvent la main… O’ surprise, la majorité des gens lèvent la main !

 

Récemment toutefois, elle a choisit une option a priori moins grotesque, partir des chiffres disponibles du cancer pour les faire parler. Évidemment, les chiffres parlent, il suffit de les torturer un peu.

 

       «Les statistiques fournies par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), un organisme basé à Lyon, qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, confirment cette interprétation des faits : l’incidence du cancer a été multipliée par deux au cours des trente dernières années, dans les pays dits « développés ». Et, ainsi que me l’a dit très clairement Christopher Wild, le directeur du CIRC, cette évolution est due à « l’environnement et au style de vie ».

Je rappelle que l’incidence désigne le nombre de malades que l’on trouve sur une population de 100 000 habitants, or celle-ci n’a cessé d’augmenter dans les pays occidentaux, à la différence des pays dits « sous développés » qui n’ont pas encore adopté notre mode de vie industriel. » 

        

         Ici MMR rappelle surtout qu’elle est incapable de faire la différence entre une valeur absolue : l’incidence, c’est le nombre de nouveaux cas par an, et une valeur relative, le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de cas rapportés à une population de 100.000 habitants. L’incidence a presque doublé en France entre 1980 et 2005 (+89%), mais pas le taux d’incidence.

 

Et rien ne confirme l’interprétation robinienne des chiffres, le rôle prédominant de la pollution chimique : le directeur du CIRC  aurait-il oublié de lui préciser que les facteurs environnementaux du cancer (« environmental factors » )désignent tous les facteurs autres que génétiques, (ceux-ci prédisposant ou pas à la maladie) :  la pollution, mais aussi le tabac, l’alimentation, les infections, le mode de vie, l’expostition au soleil.  Aucune étude sérieuse n’a jamais établi qu’une part importante des cancers dans les pays développés seraient dus à la pollution, sans parler des épouvantails favoris de MMR : les pesticides.

 

Selon le rapport établi en 2007 par….

L’ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE,

L’ACADÉMIE DES SCIENCES – INSTITUT DE France,

LE CENTRE INTERNATIONAL DE RECHERCHE SUR LE CANCER (OMS – Lyon),

LA FÉDÉRATION NATIONALE DES CENTRES DE LUTTE CONTRE LE CANCER,

avec le concours de L’INSTITUT NATIONAL DU CANCER,

et de l’INSTITUT NATIONAL DE VEILLE SANITAIRE ,

 

… donc des organismes évidemment mille fois moins compétents pour parler du cancer que MéMèRe-Lyssenko :

 

l’exposition « privée » aux polluants, cumulée à l’exposition professionnelle est responsable dans le pire des cas de moins de 2% des cancers (1). Compte tenu de la réduction régulièrement observée de la pollution dans bien des domaines, il se pourrait même que cette cause soit en régression, contrairement aux dires de MMR. Quelques données récentes :

 

« Par rapport à 1990, les émissions de monoxyde de carbone (CO) ont baissé de 57%, les composés organiques volatils non méthanique (COVNM) de 47%, les oxydes d'azote (NOx) de 36% et les oxydes de soufre (SOx) de 72%. Les émissions de particules fines (PM2,5) ont, quant à elles, diminué de 12% par rapport à 2000, même s'il est précisé que les déclarations des Etats membres étaient moins complètes sur ce type de polluant. » (2)

 

         MMR qui invente un passé paradisiaque et les « vieux d’aujourd’hui [qui][ont grandi dans un environnement sain » n’a probablement jamais vu Le parlement de Londres au soleil couchant comme l’avait vu Monet en 1903… 

 

 

         london monnet

 

Mais laissons la poursuivre sa diatribe :

 

« L’astuce des fabricants de produits chimiques et de certains scientifiques qui roulent pour eux (j’y reviendrai longuement) est de confondre systématiquement l’incidence du cancer et le taux de mortalité de la maladie. Or, il est un fait, que grâce aux progrès médicaux, le taux de mortalité dû au cancer a chuté, mais il n’en reste pas moins que le taux d’incidence ne cesse de croître, et qu’on assiste à une augmentation permanente du nombre de nouveaux cas par an, et notamment chez les enfants et personnes jeunes. »

 

         L’astuce des fabricants de produits chimiques et de certains scientifiques qui roulent pour eux est de confondre systématiquement l’incidence du cancer et le taux de mortalité de la maladie. : la pathologie mentale de MMR est décidemment très lourde. Où a-t-elle été pioché une telle idiotie ?

 

Le taux d’incidence des cancers a globalement augmenté au cours des dernières décennies, mais avec des évolutions très variables selon le type de cancer :  elle a notablement diminué pour certains. Le taux de mortalité par cancer a globalement diminué, en partie grâce aux progrès médicaux, et donc de la « méchante chimie ».

 

         Mais surtout, si astuce il y a, elle ne vient pas des « scientifiques qui roulent pour les fabricants de produits chimiques », mais de la journaliste. En effet, l’évolution démographique (augmentation de la population, augmentation de l’espérance de vie, augmentation de la part des personnes âgées dans la population totale) augmente mécaniquement l’incidence du cancer.

 

         Vieillissement biologique et cancer sont en effet étroitement liés. Le taux d’incidence du cancer pour les hommes passe en effet de 299 pour 100.000 entre 45 et 49 ans à 561 entre 50 et 54, puis pour les tranches quinquennales suivantes : 989, 1618, 2269, 2804, et 3163, le maximum étant atteint pour la tranche d’âge des 75-79 ans (3). Le même phénomène se constate chez les femmes, avec un pic du taux d’incidence plus tardif, mais des taux d’incidence inférieurs, sauf pour les 30 à 54 ans. Correction  faite des facteurs démographiques structurels, le taux standardisé sur la population mondiale a augmenté de 39%  en France , et non doublé, comme le laisse entendre MMR.

 

         Reste à analyser cette évolution :  si personne ne conteste le rôle des facteurs environnementaux au sens large dans cette évolution, on remarque que 70% des cas supplémentaires enregistrés chez les hommes entre 1980 et 2005 concernent le cancer de la prostate, et la moitié concernent le cancer du sein chez les femmes. Comme le note l’INVS (et le fait est loin d’être spécifique à ces deux cancers) : « Pour ces deux cancers, la modification des pratiques médicales et l’augmentation de l’activité de dépistage ont joué un rôle majeur dans le diagnostic croissant de ces maladies. Notons que le bénéfice de l’extension du dosage de PSA (prostate specific antigen) en population générale, responsable de l’augmentation de l’incidence des cancers de la prostate, n’a pas été scientifiquement démontré (…).

On voit donc que la raison essentielle de la divergence entre incidence

et mortalité est le remplacement de cancers de pronostic médiocre (comme le cancer lèvre-bouche-pharynx) par des cancers de bon à très bon pronostic : la recherche systématique des tumeurs (prostate et sein) ou leur découverte fortuite grâce à une utilisation de plus en plus fréquente de systèmes d’imagerie sophistiqués (thyroïde) ont

fortement contribué à cette évolution. Si on a simplement anticipé le diagnostic de certaines tumeurs, on devrait voir l’incidence de ces cancers diminuer. Si cette découverte anticipée est utile, on devrait voir la mortalité diminuer. »

 

L’INVS qui roule sans doute pour « les fabricants de produits chimiques » aux yeux de la gourde, déplore même pour la prostate que le dépistage par PSA soit à l’origine d’un sur-diagnostic (et donc de risque de sur-traitements), compte tenu de l’évolution naturelle de la maladie.

 

         Une fois déduit l’effet de l’augmentation de la population, de son vieillissement, des pratiques et des techniques de dépistage, il reste donc une partie de l’augmentation du nombre de cancers diagnostiqués chaque année dont les causes ne sont pas déterminées avec certitude, sauf bien sûr pour MMR. Ainsi, l’âge tardif du premier enfant pourrait intervenir dans l’augmentation du taux d’incidence du cancer du sein chez les femmes. On peut également s’inquiéter de la hausse des comportements à risque chez les femmes qui augmentent les risques de cancer (tabc, exposition aux UV…). Mais il apparaît assez clairement qu’hors exposition professionnelle à des substances cancérigènes, la responsabilité de la pollution , en particulier des « poisons dans notre assiette » est probablement très faible dans la balance.

 

         Des faits que MMR est obligé d’ignorer, sans cela tout son réquisitoire anti-pesticides s’écroule pitoyablement. MMR essaie même de balayer l’argument du diagnostic : «Ainsi que le souligne Devra Davis, épidémiologiste et spécialiste du cancer, l’incidence du cancer du cerveau chez les enfants a augmenté de 1 à 3%, chaque année, depuis trente ans, alors que les méthodes de diagnostic de cette pathologie n’ont pas changé pendant la même période. » . C’est donc une « bonne » épidémiolgiste, qui ne roule pas pour l’industrie chimique. On notera la précision formidable des spécialistes enrôlés par MMR : +1% par an, cela fait +35% environ en 30 ans. +3% par an, cela fait + 143%….  Mais surtout, que de distraction ! La spécialiste du cancer semble avoir oublié de mentionner le scanner et les IRM : les premiers exemplaires d’iRM sont apparus dans les hôpitaux, il y a…30 ans.

Anton Suwalki


 

 

(à suivre)


 

Sources :

(0) http://eu-cancer.iarc.fr/cancer-27--tous-cancers-sauf-les-cancers-de-la-peau-non-melanomes.html,fr

(1) http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rapport130907gb.pdf

L’exposition professionnelle serait tout de même à l’origine de 3% des décès par cancers chez les hommes , et de 0,7% chez les femmes. Des chiffres qui ont tendance à diminuer dans les pays industrialisés. 

(2)http://www.actu-environnement.com/ae/news/inventaire_emission_polluant_atmospherique_europe_2007_8128.php4

(3) http://www.invs.sante.fr/publications/2009/estimation_cancer_1980_2005/estimation_cancer_1980_2005.pdf

 

 

 

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 18:16

Dans notre première partie, nous avions traité des affirmations de MMR sur l’espérance de vie.

 

« A chaque fois, des participants m'ont posé une question clé à propos de l'espérance de vie qui n'a cessé d'augmenter au cours des dernières décennies dans les pays dits "développés". Cet argument est régulièrement utilisé par les industriels ou les représentants des agences de réglementation pour dire que finalement tout va bien et que les effets de la pollution chimique ne sont pas si graves puisque nous vivons de plus en plus vieux.

 

Malheureusement, comme on pouvait s'y attendre, cet argument a fait long feu: ainsi que le révélait Le Monde, le 27 janvier 2011, l'espérance de vie des Américains a baissé pour la première fois de leur histoire (elle a baissé de 1,2 mois par rapport à 2007) (..). Il y a donc fort à parier que l'espérance de vie européenne va aussi chuter dans les années qui vont venir, car nous suivons toujours les États-Unis quelques années plus tard ».

 

         Nous avons vu que rien dans les données (non examinées par MMR) ne permettait d’extrapoler le devenir de l’espérance de vie aux USA à partir de cette baisse minime sur un an, qui n’était d’ailleurs pas la première . Et encore moins de « parier » que l’espérance de vie allait chuter au cours des prochaines années en Europe, bien au contraire.

 

Mais ça n’est pas tout : il faut croire que la population américaine toute entière s’est liguée contre la diva d’Arte. Comme l’a relevé Gil Rivière-Wekstein d’Agriculture et Environnement, la révision des données (1) a amené le National Center for Health Statistics a revenir sur ses conclusions précédentes concernant l’année 2008. Et selon les données provisoires de 2009, les américains auraient décidé de ne pas tenir compte des injonctions de MMR, et de gagner 2 mois d’espérance de vie en 2009.

 

Selon le dernier rapport du National Center for Health Statistics (NCHS), paru le 16 mars 2011, l’espérance de vie à la naissance aux États-Unis a encore progressé en 2009, atteignant un nouveau record. Alors qu’elle se situait en moyenne à 78 ans en 2008, elle est passée à 78,2 ans en 2009, rapportent les auteurs, qui notent une différence considérable non seulement entre l’espérance de vie des femmes (80,6 ans) et celle des hommes (75,7 ans), mais également selon les origines ethniques de la population (voir figure).

 

Par ailleurs, le rapport indique que les taux de mortalité de 10 des 15 principales causes de décès ont baissé de façon significative entre 2008 et 2009 : maladies du cœur (–3,7%), cancer (–1,1%), maladies respiratoires chroniques (–4,1%), congestion cérébrale (–4,2%), accidents (–4,1%), maladie d’Alzheimer (–4,1%), diabète (–4,1%), grippe et pneumonie (–4.7%), septicémie (–1,8%) et homicides (–6,8%). (2).

        

         « Il y a fort à parier », comme dirait MMR, que cette bonne nouvelle ne va pas à être à son goût. Va-t-elle nier si un journaliste lui pose une question sur ce sujet, ou bien inventer un nouveau complot contre sa personne ?

                       

 

Anton Suwalki

 

 

 

complot


 

Notes :          

 

(1)  Dans la plupart des domaines des statistiques nationales, il y a des données provisoires, semi-définitives, et définitives.

 

(2)  http://www.agriculture-environnement.fr/2009-nouveau-record-pour-l.html

le rapport du NCHS :

       http://www.cdc.gov/nchs/data/nvsr/nvsr59/nvsr59_04.pdf

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 15:26

            Le temps m’a manqué ces derniers jours pour boucler la totalité du sujet de cette deuxième partie avant la projection du film sur Arte.  J’ai toutefois choisi de publier, car il y a suffisamment d’éléments pour contrer MMR. Un peu de contrepoison avant ce soir.

Anton

 


 

Deuxième partie : MMR et la toxicologie de comptoir

 

La bande annonce (1) de Notre Poison Quotidien commence par une scène d’un très vieux film (2), où à l’heure du souper, un brave père de famille assène des évidences frappés du coin du bon vieux bon sens gaulois : il se plaint des colorants dans son vin. Alors que bien sûr, un bon vin bio ne saurait être dangereux pour la santé…Allez, un petit dernier « pour la route » ?  Si la toxicologie de comptoir n’est pas née avec MMR, et a même connu son heure de gloire humoristique dans des sketchs de Coluche, on soupçonne immédiatement MMR de vouloir la remettre à l’ordre du jour.

 

Vient tout de suite après la première affirmation off de MMR qui affirme que selon l’OMS, entre 1 et 3 millions de personnes dans le monde sont victimes chaque année d’intoxications aigues aux pesticides, dont plus de 200.000 en meurent.

 

Première affirmation, première manipulation

 

Commençons par remarquer que cela est totalement sans rapport avec la thèse de Robin qui porte sur la dangerosité de l’exposition chronique aux pesticides, y compris à doses infinitésimales .

Conformément aux lois qui prévalent dans les médias, cette affirmation a été assumée par Arte qui produit les gourderies de Robin et déjà largement répercutées dans la presse et la rumeur sera reproduite des milliers de fois sur le web, avec pour seule référence, non pas la publication de l’OMS, mais MMR. Les chiffres sur lesquels se base celle-ci ont en effet été publiés en 1990 (3), et sont « exacts »… Elle oublie simplement de dire que sur les 220.000 personnes qui mourraient chaque année suite  à une intoxication, 200.000 résultent de tentatives réussies de suicide (4): autant juger de la dangerosité du transport ferroviaire à partir du nombre de gens qui se jettent sous un train.

 

pesticides impact

 

 

Les 20.000 autres décès (intoxications aigues) relèvent donc d’expositions accidentelles, à comparer aux 1.200.000 morts chaque année dans le monde dans des accidents de la route (5). Bien sûr, manipuler des produits phytosanitaires n’est pas sans danger, cela nécessite des précautions d’utilisation, de stockage des produits, d’information des utilisateurs. Cuisiner aussi est dangereux, se chauffer au feu de cheminée ou au moyen d’une chaudière mal révisée… (6). Mais l’objectif de MMR n’a rien à voir avec la lutte contre les accidents domestiques ou professionnels,il est de se faire une place dans le créneau porteur de l’hystérie médiatique du moment .  De ce point de vue, 200.000 morts, même par suicide, c’est toujours bon à prendre.

 

Des imposteurs de la sociologie au secours de MMR

 

          Rappelons la thèse centrale de MMR : les pesticides présents dans notre assiette nous tuent à petit feu, ils sont notre poison quotidien.  Les 220.000 morts, dont enfonçons le couteau dans la plaie, 200000 suicidés aux pesticides, ne sont d’aucun secours pour étayer cette thèse et MMR ne dispose d’aucun autre qui démontrerait qu’ils soient le problème de santé majeur qui va aboutir à l’effondrement de l’espérance de vie, ce que rien ne laisse présager, comme nous l’avons vu dans la première partie.

 

         Les « produits phytosanitaires » ou « pesticides » (7), comme d’autres substances issues de l’industrie chimique,  sont soumis (en tout cas dans les pays développés) à une règlementation stricte et à une surveillance épidémiologique continue de la part des agences de veille sanitaire. Tous les risques potentiels sur la santé humaine sont pris en compte. Les dose journalières admissibles (DJA) , les limites maximales de résidus (LMR) dans les aliments sont révisées régulièrement, car bien sûr, aucun système n’est infaillible.  Un coup d’œil sur la très longue liste des intrants retirés du marché en France, sur la seule année 2009 (8), suffit à se faire une idée de la valeur des accusations de la gourde à propos des toxicologues chargés de les évaluer, et qui ne serviraient selon elle que de caution à l’industrie. Soulignons que si l’avis d’une agence sanitaire est de retirer un produit, des décision politiques peuvent aboutir à des dérogations, comme ce fut le cas pour le chlordécone aux Antilles à la fin des années 80, où tout récemment, pour la roténone appliquée en agriculture biologique.

 

         A propos des DJA et des LMR, la journaliste prétend y avoir compris quelque chose, ce qui aurait déjà relevé de l’exploit intellectuel de sa part. Ca n’est bien sûr pas le cas, MMR imaginant que ces mesures reposent sur un « dogme » (sic). Elle croit pouvoir « déconstruire » ce dogme par un étalage de références érudites, dont le désopilant Bruno Latour, sociologue postmoderne : « J'ai passé beaucoup de temps à tenter de reconstituer la genèse de la DJA, qui s'est avéré une "boîte noire", pour reprendre l'expression du philosophe et sociologique Bruno Latour. Dans son passionnant ouvrage La science en action , celui-ci explique comment une découverte originale – comme la double hélice de l’ADN ou l’ordinateur Eclipse M V/8000 - , qui est le fruit d’un long processus de recherche expérimentale et théorique, devient un « objet stable froid » ou un « fait établi » , dont plus personne – y compris les scientifiques qui s’en servent comme d’un outil - n’est en mesure de  comprendre les « rouages internes » ni de « défaire les liens innombrables » qui ont présidé à sa création. De manière similaire,  le principe de la  dose journalière acceptable auquel les toxicologues et les gestionnaires du risque chimique font sans cesse référence est  devenu une « connaissance tacite  profondément encapsulée » dans la « pratique silencieuse de la science » qui « aurait pu être connue depuis des siècles ou donnée par Dieu dans les Dix commandements » tant son histoire se perd dans la nuit des temps. »

         Quelle bouillie ! Question encapsulage de mouches, Latour en connaît un rayon... Il faut croire que MMR ne comprend pas toujours ce qu’elle écrit ou recopie, car elle cite tout de suite après un certain Erik Millstone  qui lui explique que Latour a tout faux sur l’ADN : «la DJA est une boîte noire très différente de celles que Bruno Latour prend pour exemples. En effet, si la double hélice de l’ADN est une réalité scientifique établie sur laquelle se sont appuyés d’autres chercheurs pour faire progresser la connaissance, par exemple, sur le génome humain,  il est toujours possible, pour qui en a la capacité et le temps, de reconstituer les multiples étapes qui ont conduit Jim Watson et Francis Crick à faire cette découverte. Mais pour la DJA, il n’y a rien de semblable (..) » . MMR n’y a vu que du feu, obnubilée par le fait qu’il lui faut démonter la notion de DJA. Or l’individu, lui aussi docteur es blabla comme son collègue Latour, en conteste la pertinence :

« Mais pour la DJA, il n’y a rien de semblable, car elle est le résultat d’une décision arbitraire érigée en concept pseudo-scientifique pour couvrir les industriels et protéger les politiciens qui ont besoin de se cacher derrière des experts pour justifier leur action. La dose journalière acceptable est un artefact indispensable pour ceux qui ont décidé qu’on avait le droit d’utiliser des produits chimiques toxiques y compris dans le processus de la production agro-alimentaire » . Couvrir les industriels et protéger les politiciens, n’est-ce pas exactement ce que la gourde avait envie d’entendre ? Peu importe que tout le reste échappe à son entendement, ça doit être vrai, car Millstone est le gentil qui dénonce les méchants experts...

 

Malheureusement pour MMR, mais heureusement pour nous, c’est bien la dose qui fait le poison

 

Il y a certes une part d’arbitraire dans la fixation de toute norme, cela vaut autant pour la limitation de vitesse que pour la fixation d’une DJA.  Mais ça n’est absolument pas un paravent.  La plupart du temps, les normes reposent à la fois sur des données objectives et sur des critères d’acception sociale, qui eux sont très variables. On peut se demander par exemple pourquoi 50 km/h en ville, dans la mesure où cette vitesse est loin de garantir l’absence d’accident. On peut envisager de réduire cette limite de vitesse jusqu’au seuil où on ne dénombrerait plus d’accidents de la route, jusqu’à peut-être rendre à nouveau compétitif le voyage en roulotte. Reste à savoir qui serait prêt à défendre sincèrement ce type de mesures et toutes ses conséquences , car à l’évidence, le risque zéro pour les accidents de la route en supprimant l’automobile engendrerait bien d’autres risques, sans parler de ses conséquences sur l’inconfort de la vie quotidienne. Dans la même logique, la DJA qui sert à la règlementation des substances potentiellement toxiques doit être comme un compromis basé sur ce que la science permet de connaître, sur l’impossibilité scientifique de garantir un risque zéro sans interdire purement et simplement le produit  incriminé, et en tenant donc compte des services que rend ce produit et donc ce qu’il en coûte (9) de s’en passer. 

 

La DJA résulte de deux choses :

-des observations issues de la recherche scientifique sur les effets des produits sur des animaux, dans des études qui doivent respecter une rigueur méthodologique dont les docteurs es blabla  gagneraient à s’’inspirer.

-des marges de sécurité extrêmement élevées par rapport au seuil où des effets sont observés chez les animaux pour les transformer en « doses admissibles » pour l’homme 

 

Pour calculer la dose de référence aigue : « on prend la dose sans effet la plus basse démontrée dans l’espèce la plus sensible telle qu’elle a été calculée dans les études à court terme (c’est-à-dire allant de 24 heures à 28 jours : nos données sont donc largement exagérées dans le calcul de cette dose) et on la divise par un facteur de sécurité qui n’est jamais inférieur à 100. Ce facteur 100 correspond à un facteur 10 tenant compte de la variation inter espèce (extrapolation de l’animal à l’homme), multiplié par un facteur 10 pour tenir compte de la variation entre les individus humains».

Pour la dose journalière admissible (DJA) qui peut être ingérée quotidiennement sans effet observable sur la santé : « Pour cela, on prend la dose sans effet dans les études à long terme et les études de reproduction : il s’agit de la dose la plus basse dans l’espèce la plus sensible  qui est divisée par un facteur de sécurité qui n’est jamais inférieur à 100. » (10)

 

Bien entendu, en dépit de ces critères très sécuritaires, de nouvelles études , notamment basée sur l’épidémiologie (11) peuvent amener à réviser ces doses.

Voilà les critères de sécurité pourtant drastiques dont MMR ne veut pas entendre parler. Serait-ce que le facteur 100 de sécurité est insuffisant ? Elle n’a bien sûr aucune compétence pour en juger. Il lui faut donc nier purement et simplement la pertinence de dose journalière admissible.

Selon elle,  la dose ne fait pas le poison : « Nous verrons ultérieurement que le principe de la « dose fait le poison », - dogme intangible de l’évaluation toxicologique des poisons modernes -,  n’est pas valide pour de nombreuses  substances, dont celles qu'on appelle "les perturbateurs endocriniens" ».

Deux âneries en 3 lignes et demie, on est dans la moyenne robinienne... Le premier consiste à confondre consensus scientifique et dogme. « La dose fait le poison » n’a rien à voir avec un dogme, il s’agit même d’une proposition réfutable, quoi que très solide, et jusqu’à présent parfaitement reproduite par des millions d’expériences. Pour réfuter cette hypothèse, ou en tout cas son universalité, il suffirait de prouver qu’une seule substance ne respecte pas  de relation de dose à effet observable sur la santé . Que soit découverte une seule substance ayant des effets toxiques observables et quantifiables (12) dès la première molécule ingérée. Or aucune substance connue des biologistes ou des pharmacologues ne présente ces propriétés exotiques, pas plus parmi les perturbateurs endocriniens que pour n’importe quelle substance. On peut d’ailleurs supposer que l’absence de telles substances soit une condition nécessaire à la vie, ne serait-ce que parce que le cycle de l’eau mettrait forcément les êtres vivants en contact avec des traces de ces poisons. 

 

MMR serait bien sûr incapable de fournir un seul exemple documenté de l’existence de telles substances, et elle confond les très faibles doses qui suffisent parfois à engendrer des effets chroniques (13) avec absence de dose.  Ce qui aboutit  à l’établissement des DJA encore plus faibles. La seule chose qui puisse se produire, c’est une surestimation de la DJA, qui nécessite alors sa révision, mais ça ne remet absolument pas en cause la notion de DJA.

          

Tout interdire, y compris de respirer ?

 

         MMR ne peut étayer sa thèse folklorique selon laquelle la dose ne fait pas le poison, mais ça ne l’empêche pas de prôner la tolérance zéro vis-à-vis de tous les produits de l’industrie chimique, forcément malfaisante. A part sans doute quand il s’agit de diffuser sur DVD ou sur papier ses drogues dures (14).. Surfant sur tout, mais surtout sur les misères individuelles, elle évoque le cas d’un agriculteur qui a découvert que des pesticides contienne une (faible) proportion de benzène : ce qui n’est pas étonnant, vu que la règlementation les autorise à hauteur de 0,1% (15). Encore une information que MMR, qui s’excuse auprès de ses fans de son « soucis exagéré de la précision » (sic !) ignorait, à moins qu’elle ait « oublié » de le leur mentionner.

 

Il est pas possible de déterminer si l’agriculteur a réellement été victime du benzène à cause de la manipulation des pesticides. Ce qui est certain par contre, c’est que d’autres catégories professionnelles le sont bien davantage, en particulier les employés du secteur pétrolier. Qu’importe, il faut interdire le benzène selon MMR, quelle que soit le niveau d’exposition. Elle invoque pour cela l’autorité d’un scientifique (16) , qui a publié des années 30 aux années 50 et décédé en 1972.

 

« En 1948,  l’American Petroleum Institute – une organisation qui dépend des industriels du pétrole – commande une synthèse des « meilleures études disponibles  sur le développement de la leucémie résultant d’une exposition au benzène » au professeur Philip Drinker de l’école de santé publique de Havard. Après avoir énuméré tous les maux irréversibles provoqués par une intoxication aiguë ou chronique au benzène, le scientifique conclut : « Dans la mesure où l’organisme ne développe aucune tolérance au benzène et que la susceptibilité varie énormément d’un individu à l’autre,   on considère généralement  que la seule dose d’exposition absolument sûre est zéro ».   En d’autres termes : le seul moyen de se protéger contre l’hydrocarbure c’est de l’interdire. »

        

         On notera avec amusement que le crédit qu’apporte MMR à une conclusion ne dépend nullement de la valeur des arguments, mais uniquement de la conclusion elle-même. Les toxicologues qui divisent par 100 la dose en dessous de laquelle aucun effet toxique n’est observé ne peuvent être que les suppôts des empoisonneurs, quelqu’un qui prône l’interdiction du benzène est simplement un « scientifique », un « professeur ».

 

Mais admettons un instant l’idée qu’il faille purement et simplement adopter la « seule dose d’exposition absolument sûre, zéro ».  Encore faudrait-il que l’industrie puisse se passer du benzène dans tous ses produits et plus encore, surtout en extraire de la totalité dans les hydrocarbures. L’omnisciente MMR peut toujours s’y atteler : après tout, puisqu’elle est bien plus experte en toxicologie que n’importe quel toxicologue reconnu, nul doute qu’elle peut aussi révolutionner la chimie (au moins la « désencapsuler » ?) en quelques mois de "recherche"... sur Google. Mais son défi ne s’arrête pas là. Car les causes non professionnelles d’exposition sont aussi nombreuses, à plus forte raison si on est dans une logique de risque zéro. En attendant que MMR trouve, faut-il interdire de se doucher -nul ne doute, bien sûr qu’un recul en matière d’hygiène serait un grand progrès pour l’humanité -de se chauffer au bois, au risque pour MMR de s’aliéner son fan-club bobo écolo(17) ? Faut-il interdire à MMR de fumer, non pas pour elle, qui a le droit de disposer de sa santé, mais pour ceux qu’elle serait susceptible de contaminer ?

« Les principales sources non professionnelles de benzène proviennent de la fumée de cigarette (40 %), des activités personnelles tels que l’automobile (l’émission du benzène provenant de l’essence : les vapeurs peuvent contenir entre 1 et 5 % de benzène), la peinture, les colles, les produits de caoutchouc, les poêles à bois domestiques, les industries, l’eau utilisée pendant une douche.

Les fumeurs ont une quantité de benzène dans le sang 6 à 10 fois plus élevée que les non fumeurs.

La principale source de benzène est la fumée de cigarette. Les fumeurs sont exposés 10 fois plus au benzène que les non fumeurs. Les non fumeurs exposés à la fumée secondaire ont une augmentation d’exposition au benzène de 50 % par rapport aux non fumeurs non exposés à la fumée secondaire. La fumée secondaire contient plus de benzène (345 à 529 µg/cigarette) que la fumée principale (6 à 68 µg/cigarette). » (17)

 

Folie « chimique », ou phobie du « chimique » ?

 

         Lorsque MMR dénonce la folie chimique et les « 100 000 molécules chimiques qui ont envahi notre environnement depuis la fin de la seconde guerre mondiale » (18), c’est tout simplement pour surfer sur les peurs irrationnelles et sur l’ignorance collective soigneusement cultivée par les marchands de peur. Les supposées 100.000 molécules issues de la chimie de synthèse ne représentent qu’une infime partie des molécules présentes dans la nature, dont on ne sait pas souvent pas grand-chose. Qu’on songe que l’ADN d’une simple bactérie code à lui seul plusieurs milliers de protéines. La peur du « chimique », comprenez la chimie de synthèse, ne repose en fait que sur la superstition new age qui se résume à la double équation :

« Naturel »= bon

« Artificiel » (inventé par l’homme)= mauvais

Malheureusement, la nature n’a pas la bienveillance que lui prêtent les superstitieux,et force est de reconnaître que la vilaine chimie diabolisée par MMR a apporté pas mal de solutions contre ses agressions permanentes,  qui expliquent en grande partie pourquoi nous vivons mieux, et en moyenne plus vieux et de plus en plus longtemps en bonne santé, n’en déplaise à MMR (cf. première partie).

Pourtant, les produits qui nous servent à nous protéger contre les agressions de la nature ne sont pas eux-mêmes sans danger, qu’il s’agisse de produits « naturels » devant lesquels se signent les adorateurs du bio, ou de produits de la chimie de synthèse. Et fort heureusement, on n’a pas attendu les « révélations » d’une journaleuse pour s’en préoccuper.

Puisque la mode est à l’hystérie anti-pesticide, concentrons-nous un moment sur ce problème. Une revue de la littérature scientifique (19) fournit une liste très longue d’études associant,  le risque de développer certaines maladies à l’exposition à certains  pesticides.  Le premier enseignement à en tirer est qu’une production scientifique indépendante des lobbies est donc possible. Ensuite, fait beaucoup plus important lorsqu’on veut rétablir un minimum de rationalité,  est que la superstition « naturelliste » n’a pas à ce jour submergé la communauté scientifique. En l’absence de ces préjugés, des chercheurs peuvent mettre en lumière des effets toxiques aussi bien pour des produits naturels que pour des produits de synthèse. C’est le cas d’une étude récente parue dans Environnemental Health Perspectives (20) qui a mis à nouveau en évidence que deux pesticides sont associés (par des mécanismes biologiques différents) à la maladie de Parkinson chez les agriculteurs : l’un est le paraquat, herbicide de synthèse,  l’autre est la roténone, insecticide issu de plantes. Le premier a été interdit en France en 2007. L’insecticide bio, dont la neurotoxicité est connue depuis longtemps, a été interdit dans l’UE en 2008 , mais a bénéficié d’une dérogation en France jusqu’en 2011, pour… l’agriculture biologique. Imaginez-vous MMR hurler au scandale ? Lorsque j’ai mis le lien vers cette étude sur son blog, elle l’a censuré par deux fois, avant de se faire prendre par surprise. Personne, pourtant, ne serait assez idiot pour en conclure que c’est parce qu’elle est payée par les méchants capitalistes qui commercialisent ce poison …

Mais devinez qui , par contre, écrit ceci : « [Cet entretien] révèle les méthodes de désinformation, de manipulation et d'intoxication de l'opinion publique et des politiques utilisées par les fabricants de pesticides pour freiner toute réglementation de leurs produits.

C'est ce qu'on appelle "la fabrique du doute" (j'y reviendrai longuement) , un système développé par l'industrie du tabac pour cacher les méfaits de la cigarette, et repris ensuite par les industriels de la chimie. Nous sommes en présence d'un véritable système qui s'appuie sur des agences de communication, de pseudos "associations" ou "groupes indépendants" (comme, en France,  les sites "Agriculture et environnement", "Alerte environnement" ou "les imposteurs") qui sont grassement payés par l'industrie pour faire de la désinformation et fabriquer le doute, en salissant systématiquement la réputation de ceux qui osent questionner l'innocuité des produits, car, en général, ils sont incapables d'argumenter sereinement, tant il leur est impossible de défendre l'indéfendable » . Bon, la devinette n’était pas trop compliquée…

Imposteurs , MéMèRe , pas « les imposteurs » : comme le fait le remarquer Yann, cela peut être considéré comme de la diffamation. Je ne sais pas comment les autres sites « grassement payés par l’industrie » vont réagir . Vous démontrez une fois de plus que vous ne méritez pas votre carte de presse. Comment Arte peut-elle se compromettre avec vous ?

Anton Suwalki

(à suivre)


 

 

Références :

(1) vidéo visible sur : http://robin.blog.arte.tv/page/2/

(2) que je n’ai pas identifié

(3)http://whqlibdoc.who.int/publications/1990/9241561394.pdf

(4) on ne se désintéresse pas pour autant du suicide et en particulier des suicides par ingestion de pesticides, lire notamment :

-Deaths from pesticide poisoning: a global response, The British Journal of Psychiatry (2006) 189: 201-203.

-Patterns and problems of deliberate selfpoisoning in the developing world,QJM: An International Journal of Medicine Volume93, Issue11 Pp. 715-731

(5) http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2004/pr24/fr/index.html

(6) http://www.sante.gouv.fr/les-intoxications-au-monoxyde-de-carbone.html

(7) phytosanitaires et pesticides sont synonymes, car agir pour la santé des plantes cultivées, c’est évidemment les protéger de tous les nuisibles. Mais dans la terminologie propagandiste de MMR and co, le premier terme est proscrit, car ce serait admettre au moins implicitement une certaine utilité.

(8) http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

Se reporter au lien Produits phytosanitaires retirés

 (9)  coût pas seulement financier , bien sûr, mais en termes de sécurité d’approvisionnement alimentaire et de qualité des produits, comme nous l’avons déjà mentionné dans la première partie.

(10) http://www.symposcience.fr/exl-doc/colloque/ART-00000774.pdf

(11) car bien sûr, aucune expérience in vivo n’est effectuée sur l’homme

(12) car on peut toujours spéculer à l’infini sur l’inobservable , ça n’intéresse aucunement les scientifiques chargés d’évaluer des produits sur la base de preuves.

http://personal.us.es/mlopezlazaro/2008.%20Mol%20Nutr%20Food%20Res.%20Curcumin.pdf

(13) c’est le cas de certains métaux lourds, pour lesquels des DJA de quelques microgrammes par jour et par kilogramme de poids corporel ont été établies.

(14) Si ça se trouve, ses imprimeurs utilisent déjà l’amidon issu de la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora…Vile collaboratrice du complexe génético-industriel !

(15) http://www.inrs.fr/INRS-PUB/inrs01.nsf/inrs01_search_view_view/5F30BF77B0641B18C1256D55004F80C0/$FILE/print.html

(16) http://en.wikipedia.org/wiki/Philip_Drinker

(17) http://www.reptox.csst.qc.ca/Produit.asp?no_produit=2543

(18) d’où tient-elle d’ailleurs ce chiffre de 100.000 molécules chimiques, à part de Google (156.000 occurrences pour «100.000 molécules chimiques »)?

(19) utiliser de préférence Pubmed ou Google Scholar, plutôt que Google tout court, qui risque de vous diriger vers les dernières gourderies de Robin, mais il faut saisir sa requête en anglais

(20) http://ntn.org.au/wp-content/uploads/2011/02/ehp.1002839.pdf

 

 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 23:55

Une fois de plus , Arte a choisi de coller aux modes de la période en finançant et en diffusant le 15 mars prochain, après Le Monde selon Monsanto, le dernier film de propagande de Marie-Monique Robin :  Notre poison quotidien (1). Il s’agit cette fois-ci de dénoncer les conséquences de l’utilisation des pesticides en Agriculture et des additifs alimentaires dans l’industrie alimentaire .

 

Au cours des derniers mois, la liste des « documentaires » télévisés, films ou livres grossièrement manipulateurs sur le même thème (2) est impressionnante , la campagne de dénonciation de l’  « agriculture productiviste », des méfaits du progrès (2), des catastrophes sanitaires que représenteraient d’infimes quantités de résidus présentes  dans nos aliments…

 

Après avoir visionné la bande annonce du docu-fiction de MMR, lu les « bonnes pages » de son livre publiés sur son blog et dans la presse, entendu ses interviews, on est fixé. Elle reprend à son compte l’intégralité des poncifs sur le thème, et les mêmes recettes qui ont fait le triste succès du Monde selon Monsanto : mensonges, ragots, interprétations fallacieuses, omissions, raccourcis, insinuations, images fortes, abus méprisable de l’émotionnel, inepties pseudo-scientifiques. L’originalité (mineure) de son œuvre par rapport à ses concurrents est qu’elle concentre son tir sur la manière dont sont évalués et règlementés les pesticides.

 

 La poche à venin étant de loin l’organe le plus développé de la journaliste, c’est bien entendu pour cracher sur les toxicologues plutôt que d’essayer de comprendre leur méthodes et concepts. Mentionnant son très ancien BAC C qu’elle arbore plus fièrement que s’il s’agissait du Prix Nobel , MMR affirme que tout cela ne serait que de la « pseudoscience » -ce qu’en adepte du paranormal, elle est particulièrement bien placée pour juger ! - et que l’activité des scientifiques se bornerait à fournir des alibis aux empoisonneurs : « les toxicologues du 20ème siècle ont abusé de son nom [Paracelse, auteur de la formule selon laquelle c’est la dose qui fait le poison »] pour justifier la vente massive de poisons. »     Du haut du même « bon sens élémentaire » qui émaille les discussions éthylisées du comptoir du Café du Commerce, MMR enfonce le clou : « Je dis bien "poisons" et "contaminent", car si ces substances ne présentaient pas de "risques" pour la santé humaine, nous n'aurions pas besoin de réglementer leur usage. »  explique la gourde, certaine d’avoir touché une vérité profonde.

 

 

Nous nous chargeons donc de distribuer gratuitement sous la forme de ce feuilleton quelques dose de contrepoison pour résister au Poison quotidien de MMR. Nous réfuterons ses mensonges, puis nous consacrerons un dernier billet à examiner les ficelles qu’elle utilise, avec la complicité d’Arte et d’une bonne partie de sa corporation, pour manipuler le monde .   

Anton

 

1ère partie : Robin et l’espérance de vie

 

 

Loin de nier la réalité des problèmes posés par l’utilisation de certains pesticides, que ce soit en termes de santé ou d’environnement, l’individu raisonnable reconnaîtra que les agriculteurs n’en utilisent ni pour le plaisir de polluer ni dans le but de s’intoxiquer, d’autant plus que ceux-ci peuvent parfois entrer pour plus de 10% des charges d’exploitation agricole. S’ils sont utilisés, c’est bien qu’ils ont une utilité, qu’ils servent à lutter contre les ravageurs et les maladies des plantes qui outre les pertes qu’elle génèrent, peuvent avoir des conséquences sur la qualité des aliments qui en sont issus. Pensons notamment aux aflatoxines ou aux fumonisines, sources de maladies graves.

L’idée de mettre en balance des avantages et inconvénients étant incompatible avant la pensée primaire, MMR écarte donc tout avantage pour ne retenir que le poison que représenteraient les pesticides , et ce à n’importe quelle dose, dénonçant la « folie chimique » (3) qui sévirait depuis 60 ans. 

 

Une folie qui amène bien sûr certains intervenants à formuler une remarque judicieuse : « Quand est-ce qu'un vrai documentaire essayera d'éclaircir le très angoissant mystère de l'allongement de notre espérance de vie malgré l'abondance croissante des poisons dans notre alimentation et notre environnement, croissance programmée par les responsables politiques et les industriels de l'agro-alimentaire et de la chimie en vue de rétablir les comptes de l'assurance vieillesse, objectif mis à mal par ce mal mystérieux qu'aucun journaliste n'a essayé d'élucider. Que fait la presse ? Que fait MMR ? » (Laurent Berthod).

 

 

Confrontés à ce défi à la  logique, les prédicateurs de l’apocalypse ont toujours nié la contradiction où l’ont contourné en allant pêcher à la foire aux hypothèses. Le ridicule ne tuant pas, MMR affirme : « j’ai bien sûr traité [le sujet] de fond en comble avant de me lancer dans mon enquête sur les produits chimiques ».  Un sujet qu’elle a tellement fouillé qu’elle s’est abstenu de consulter les données statistiques disponibles…

 

« A chaque fois, des participants m'ont posé une question clé à propos de l'espérance de vie qui n'a cessé d'augmenter au cours des dernières décennies dans les pays dits "développés". Cet argument est régulièrement utilisé par les industriels ou les représentants des agences de réglementation pour dire que finalement tout va bien et que les effets de la pollution chimique ne sont pas si graves puisque nous vivons de plus en plus vieux.

 

Malheureusement, comme on pouvait s'y attendre, cet argument a fait long feu: ainsi que le révélait Le Monde, le 27 janvier 2011, l'espérance de vie des Américains a baissé pour la première fois de leur histoire (elle a baissé de 1,2 mois par rapport à 2007) (..).».

 

« Cet argument est régulièrement utilisé par les industriels ou les représentants des agences de réglementation »… MMR ne va pas tarder à nous expliquer que les statisticiens de l’INED sont aussi des vendus !

 

Mais revenons sur les chiffres américains que MMR n’a pas daigné consulter. Le Monde n’a bien sûr rien révélé, c’est le Département de santé américain qui a mis en évidence une baisse de 0,1 année de l’espérance de vie en 2008. Un fait que les scientifiques américains se gardent bien d’interpréter à la va-vite, à la façon dilettante de Robin, et qui n’annonce aucune tendance particulière.  Contrairement aux affirmations de celles-ci, ça n’est pas la première fois que l’espérance de vie diminue aux USA : dans un passé récent, elle a diminué en 1981 et en 1993. Mais en-dehors de ces accidents, elle a augmenté de manière continue et les américains ont gagné plus de 4 d’espérance de vie depuis 1980. Personne ne peut préjuger de l’évolution des prochaines années, à part une journaliste qui a besoin de cette hypothèse pour justifier son commerce de la peur. On notera seulement que cette légère baisse est due à une augmentation de la mortalité dans la seule catégorie des 85 ans et plus , celle-ci étant en baisse dans toutes les autres tranches d’âge. Le taux global de mortalité standardisé selon l’âge a même diminué, passant de 760,2 pour 100.000 à 758,7 pour 100.000. .Et rien dans l’évolution des causes de décès ne permet d’orienter vers les obsessions anti-pesticides de MMR.

 

Il n’est bien sûr pas question de nier les graves problèmes de santé aux USA , notamment liés à l’obésité, ni les inégalités criantes, notamment entre les blancs et les noirs.  Mais qui prend la peine d’étudier un minimum les chiffres observe un tout autre tableau que celui dépeint par MMR qui ne craint pas de se lancer dans un pari morbide : « Il y a donc fort à parier que l'espérance de vie européenne va aussi chuter dans les années qui vont venir, car nous suivons toujours les États-Unis quelques années plus tard ». N’allez surtout pas lui dire qu’en matière d’espérance de vie, ce sont les États-Unis qui sont nettement en retard…. L’espérance de vie est en effet plus élevée dans la plupart des pays européens (du moins de l’Europe des 15) et celle de la France dépasse de 3 ans celle des États-Unis. 35 ans d’espérance de vie ont été gagnés depuis 1900, et rien n’indique que le phénomène ne s’inverse ni même que l’espérance de vie se stabiliserait.

 

 

esperance-de-vie-chiffres-(INED)

 

 Sur quoi MMR fonde-t-elle alors son « pari » ?

 

«  Les personnes âgées d’aujourd’hui, celles-là mêmes sur lesquelles nous nous basons pour chanter l’augmentation de l’espérance de vie, ont toutes entre 70 et 90 ans. Elles sont nées bien avant la guerre, c’est-à-dire avant que l’environnement ne soit massivement pollué par les quelque 100 000 molécules chimiques qui ont été mises sur le marché, au cours des cinquante dernières années. Les vieux d’aujourd’hui ont grandi dans un environnement sain. Or, on sait que les produits toxiques qui contaminent notre environnement et y compris notre alimentation ont un effet d’autant plus grand que le sujet exposé est jeune. »

 

         A sa décharge, MMR n’a pas inventé cette ânerie : selon Dominique Belpomme, « Les centenaires d’aujourd’hui sont nés avant la guerre, ils n’ont pas connu la pollution. ». Selon Jean-Paul Jaud, autre fanatique de la cause anti-pesticides : « Mon papa a 87 ans ; quand il était gamin, il mangeait bio, il mangeait naturel. Aujourd’hui, ceux qui ont entre 80 et 100 ans ont mangé bio à la cantine scolaire. » (4)

 

    C’est à se demander pourquoi, l’espérance de vie ne dépassait pas 45 ans en 1900 et pourquoi le nombre de centenaires a été multiplié par 13 depuis 1970 : coriaces, ces gens exposés depuis plus de 60 ans à la « folie chimique »…

 

Il faut croire que des maux bien plus graves que la « folie chimique » sévissaient à l’époque bénie où « on mangeait bio », où la mortalité infantile était équivalente à celle de l’Afghanistan aujourd’hui (150 pour mille). Elle est de 3,6 pour mille en 2010 (5), alors qu’elle était encore de 13,4 pour mille en 1975.

 

D’autre éléments ruinent définitivement les gourderies de Robin sur l’espérance de vie. En particulier le fait que la mortalité ait diminué depuis 35 ans à tous les âges : elle a été divisée par 2 pour les personnes de 60 à 80 ans, précisément celles qui sont nées ou ont grandi dans l’enfer chimique rêvé par MMR…

Et l’espérance de vie en bonne santé, c'est -à-dire sans limitations d'activités ou sans incapacités, augmente elle aussi dans l’Union Européenne (6).

Anton Suwałki


 

 

À suivre :

MMR et les cancers

MMR réinvente la toxicologie


 

 

Notes

(1) relayés par la campagne d’ affiches-choc et hyper-agressives du FNE À l'attention de l’occasion du salon de l’agriculture. 

 

(2) qui se double bien entendu d’une nostalgie rance du « bon vieux temps », comme dans le cas d’Isabelle Saporta , auteure du Livre Noir de l’agriculture, « Loin de se contenter de brosser un tableau alarmiste, Isabelle Saporta avance des solutions simples. Pour les trouver, il suffit de savoir écouter ceux qui connaissaient le monde avant son délire productiviste. Ceux qui, aujourd’hui, travaillent d’arrache-pied à remettre les champs dans les sillons du bon sens paysan. »

 

http://www.decitre.fr/livres/Le-livre-noir-de-l-agriculture.aspx/9782213656038

          (3) bien entendu, conformément aux superstitions écologistes sur le naturel bon par essence , « chimique » ne désigne dans la bouche de MMR and co que la chimie de synthèse :

          (4) cité par Alerte Environnement :

 

(5) stable il est vrai depuis quelques années alors qu’elle continue à diminuer dans d’autres pays européens, et elle n’est que de 2 pour mille au Japon.

(6) « L’espérance de vie « en bonne santé » rend compte non seulement de l’allongement de la durée de vie mais aussi de cet allongement sans incapacité majeure, liée aux maladies chroniques ou aux séquelles des affections aiguës ou de traumatismes. En France, en 2005, l’espérance de vie « en bonne santé » à la naissance est estimée à 64,3 ans pour les femmes et à 62 ans pour les hommes, des scores comparables à ceux de pays voisins mais un peu inférieurs à ceux observés dans les pays nordiques. Pour les femmes et les hommes âgés de 65 ans, elle est respectivement de 9,4 et 8,2 années. Entre 1995 et 2003, l’espérance de vie en bonne santé à la naissance avait augmenté d’un an et demi pour les femmes et d’une demi-année pour les hommes, soit pour les femmes une amélioration plus rapide que celle de la seule espérance de vie. »

http://www.france-stats.fr/Population-esperance-de-vie-en-bonne-sante.htm 

 


 

 

Toutes les citations de MMR sont extraites de son blog :

http://robin.blog.arte.tv/


 

 

 

 

Ressources documentaires sur l’espérance de vie et la mortalité et ses causes (y compris des aspects non abordés ici):

 

 

http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/04-disparites-p1.pdf

 

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon06228

 

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=nattef02221

 

http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/31664/telechargement_fichier_fr_copie.de.sd2008_t70_fm.xls

 

http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr/inserm/html/excel/rmi2000.xls

 

http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie_deces_mortalite/mortalite_infantile_france/

 

http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie_deces_mortalite/mortalite_infantile_monde/

 

http://www.ors-idf.org/index.php/ortalite-infantile?start=1

 

http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr/inserm/html/excel/rmi2008.xls

 

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip1025.pdf

 

http://voices.washingtonpost.com/checkup/2010/12/life_expectancy_drops_in_us.html

 

http://www.cdc.gov/nchs/data/nvsr/nvsr59/nvsr59_02.pdf

 

http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/dev_durable/esperance_de_vie.jpg

 

http://www.cepidc.inserm.fr/inserm/html/pages/ICD-9FR/430_438.htm

 

http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1319/ip1319.pdf

 

 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 16:09

martine 

Personne ne peut y échapper, ou presque … Depuis le Grenelle 2 de l’environnement, Entreprises, établissements publics, administrations d’État et collectivités locales sont invitées à faire leur « bilan carbone », c’est-à-dire à évaluer les émissions de gaz à effet de serre liées à leur activité.

 

Après des tergiversations, « Le Parlement est allé plus loin que le Sénat en étendant l'obligation de réalisation du Bilan Carbone à toutes les entreprises de plus de 500 personnes quel que soit leur secteur d’activité (le texte du Sénat limitait l’obligation aux secteurs fortement émetteurs). Ce Bilan doit avoir été établi pour le 31 janvier 2012. Il est rendu public et doit être mis à jour au moins tous les trois ans (art.75). » (1)

 

Cette information  figure sur la page d’une entreprise plutôt intéressée par l’adoption d’une telle loi, puisqu’elle même propose des bilans carbone.

 

De nouveaux critères de compétitivité ?

 

Cette entreprise tente donc de convaincre ses clients qu’un bon bilan carbone tendrait à devenir un critère déterminant de leur compétitivité :

 

« Toute entreprise soucieuse de conserver et améliorer sa compétitivité devrait donc s'intéresser dès aujourd’hui à son empreinte carbone, aux moyens de la réduire et aux moyens de le faire savoir à ses clients. » .

 

L’empreinte carbone, élément de compétitivité des entreprises ? A priori, la compétitivité est affaire de maîtrise de coûts de production qui permettent à une entreprise de vendre des biens ou services de qualité à des prix attractifs. Admettons le principe que les émissions de CO2 ou autres gaz à effet de serre liés à son activité ait un coût indirect pour la collectivité, (encore faudrait-il pouvoir réellement quantifier celui-ci), on peut alors imaginer rajouter ce coût externe aux coûts de production internes supportés par l’entreprise. Feu la taxe carbone préconisée par Michel Rocard, spécialiste mondialement reconnu des poêles à frire (2), aurait pu avoir cette vocation.

 

Derrière le bilan carbone, un nouveau paradigme :

 

Pour l’instant on ne peut que remarquer le fait que la notion en vogue de « bilan carbone » n’a de bilan que le nom : il est caractéristique de la démarche écologiste qui a inventé la comptabilité à une seule colonne. Tout se passe en effet comme si l’activité humaine n’avait qu’un coût -on dit une « empreinte » quand on est bien élevé-  et pas de bénéfice. Et comme si nous n’avions d’autre finalité que de réduire cette empreinte ! Faire maigrir la colonne coûts (pour la planète) sans tenir compte de la colonne bénéfices (pour nous). Ce nouveau paradigme qui certes, n’a pas beaucoup d’applications concrètes pour le moment en dehors de la sphère idéologique et publicitaire (qui vise le consommateur « éco-responsable » (3)), nous est imposé comme une évidence sans qu’on n’ait le droit de le discuter .  Certains fondamentalistes, eux,  en tirent les conclusions jusqu’au bout :

Save-the-Planet 

 

 

Le bilan carbone de Pôle Emploi :

 

Parlons à présent des administrations. Exemplarité oblige, les administrations centrales ainsi que de nombreux établissements publics ont reçu pour consigne d’évaluer leur bilan carbone et de mettre en œuvre des usines à gaz tels les agendas 21 issus de la grande messe du sommet de Rio en 1992. Au total, que d’énergie humaine gaspillée pour finalement aboutir à des préconisations qui soient enfoncent des portes ouvertes (« éteindre votre poste de travail le soi », « n’imprimez ce mail que si nécessaire… »), soient sont inapplicables (« imprimez deux pages en une », un slogan sponsorisé par les opticiens ?). Mais finalement, en dehors d’afficher son politiquement correct, à quoi servent ces bilans ? Que demande-t-on à une administration ? De remplir sa fonction de service public ? De remplir cette mission en évitant de gaspiller l’argent public, c’est-à-dire le nôtre? Ou de minimiser son empreinte carbone ?

 

Le bilan que vient de produire le jeune Pôle Emploi (4) , issu d’une fusion visiblement assez mal digérée entre l’ANPE et les ASSEDIC, illustre parfaitement le problème : cela consiste tout simplement à aligner des chiffres dont personne ne peut prétendre saisir la portée et qui surtout, sont complètement déconnectés de l’activité de l’organisme, donc de sa fonction, de sa raison d’être .

 

On apprend donc que chaque « collaborateur » de Pôle emploi émet l’équivalent de 6,38 tonnes équivalent CO2, « ce qui correspond aux émissions d’un tour du monde en voiture. ».  Une comparaison qui ne veut strictement rien dire, mais qui a le mérite de frapper l’imagination.  Un tour du monde en voiture, c’est beaucoup , se dit-on immédiatement … Est-ce vraiment beaucoup ? On répondra d’autant plus difficilement à cette question que l’étalon change de taille en permanence, à cause d’un phénomène vertueux : la réduction régulière des émissions de CO2 par km/auto. Si les émissions de CO2 d’une voiture sont divisés par deux en dix ans tandis que celle d’un ordinateur reste inchangée, l’empreinte carbone de mon ordinateur ,ainsi mesurée, double !

 

Hors d’éléments de comparaison avec d’autres organismes comparables, ce chiffre de 6,38 tonnes de CO2 par salarié ne nous donne aucune indication sur les vertus ou les vices « carboniques » de Pôle emploi. Remarquons que le premier poste (23% des émissions) réside dans les déplacements domicile-travail des salariés, ce qui relève non pas de l’activité de Pôle emploi, mais des choix et/ou des possibilités de logement et de transport de ceux-ci : à moins qu’on envisage leur encasernement dans des logements de fonction à proximité de leur travail… Mais surtout, si on impute ces déplacements domicile/travail à l’activité de Pôle Emploi, il faut aller jusqu’au bout de la logique : Chaque chômeur en moins engendre un supplément d’activité et par là-même un accroissement de l’empreinte carbone. De ce point de vue, moins le Pôle Emploi est efficace dans sa mission, plus il est écologiquement vertueux !

 

Et le bilan retour à l’emploi ?

 

Bien sûr, ça n’est pas le Pôle Emploi qui décrète la situation économique, et ses salariés ne sont pas responsables de la pénurie d’emplois. Il se trouve que la fusion ANPE ASSEDIC est intervenue en Janvier 2009, au moment où la crise économique multipliait les demandeurs d’emploi, ce qui a certainement rendu l’adaptation des « collaborateurs » d’autant plus douloureuse (5). On notera qu’à côté de ce bilan carbone, il existe un rapport d’activité 2009 (6), qui ne nous donne aucune indicateur pertinent sur  ce qui devrait pourtant être l’essentiel , à savoir dans quelle mesure l’aide apportée  aux chômeurs afin de retrouver un travail s’est améliorée ou pas, ou si elle est en voie d’amélioration. Or, la dernière enquête sortants (7)   fait apparaître que sur 222.000 inscrits qui ont retrouvés un emploi en Juin 2010, seuls 16,7% d’entre eux (37.000) y ont accédé par le Pôle Emploi. Ca fait moins d’un emploi par salarié de Pôle Emploi, et on comprend que certains d’entre eux puissent déprimer.  N’est-ce pas là un élément de bilan qu’on aimerait voir s’améliorer, avant l’empreinte carbone ?

 

Combien ça coute, un bilan carbone ?

 

Combien a-t-il été dépensé pour ce bilan carbone ? En voilà, un autre chiffre qu’il serait intéressant de connaître, dans la rubrique « utilisation judicieuse de l’argent public ». D’autant qu’on nous apprend que ce bilan a été réalisé agence par agence (il y a en 841 ! ). Lorsqu’on sait que des consultants proposent des prestations à 9000 euros hors taxe pour évaluer le bilan carbone du seul parc informatique pour une société de 50 salariés (8), on peut imaginer sans trop de difficulté que le Pôle Emploi a déboursé pas mal d’argent.

 

Rassurons-nous, cet argent n’est pas perdu pour tout le monde, et il y au moins un secteur économique en pleine expansion dans l’hexagone : la liste des prestataires bilan carbone agréés par l’ADEME est déjà longue de 71 pages (9) . C’est sans doute ce qu’on appelle les emplois verts ?

Anton Suwalki

 

 


 

 

Sources :

 

(1) http://www.terravada.org/bilan-carbone/bilan-carbone-obligatoire.php

 

(2) http://imposteurs.over-blog.com/article-35821326.html

 

(3) très frappant à ce sujet, le thème lancinant de la voiture « propre » qui émet moins de xxx g de CO2 au km, tendant à devenir l’argument unique de la publicité, comme si l’on n’attendait pas avant tout d’une voiture qu’elle soit solide, fiable, sûre, confortable, agréable à conduire (et de préférence sobre pour notre porte-monnaie).   

http://pro.01net.com/editorial/397033/9-000-euros-(ht)-pour-un-bilan-carbone/

 

(4) http://www.pole-emploi.org/communication/pole-emploi-publie-son-premier-bilan-carbone-@/communication/cocommunique.jspz?id=13717

 

(5) http://www.lagazettedescommunes.com/27042/un-an-apres-la-fusion-anpe-assedic-pole-emploi-face-au-stress-des-agents/

 

(6) http://www.pole-emploi.org/file/mmlelement/pj/75/b4/2d/c3/rapport_activite43266.pdf

 

(7) http://www.pole-emploi.org/file/mmlelement/pj/1b/0c/62/c3/note_enquete_sortants_juin43343.pdf

 

(8) http://pro.01net.com/editorial/397033/9-000-euros-(ht)-pour-un-bilan-carbone/

 

(9) http://www2.ademe.fr/servlet/KBaseShow?sort=-1&cid=15729&m=3&catid=15734

 

 

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 16:21

Ce matin sur Europe 1, Marc-Olivier Fogiel recevait complaisamment Yann-Arthus Bertrand au sujet de l’initiative 10/10/10 (pour 10 Octobre 2010) : grande messe de la journée mondiale  contre le changement climatique relayée par sa « fondation Goodplanet » (1).  Trahissant les véritables obsessions malthusiennes qu’il partage avec la WWF, il est surtout hors de question pour lui que les pays pauvres consomment comme les riches. Global Foodprint, ONG partenaire de la WWF avec qui elle co-publie des données falsifiées sur l’  « empreinte écologique » (2) , est beaucoup plus explicite : 

« Si vous dépensez votre budget annuel en neuf mois, vous allez probablement être extrêmement inquiet: la situation n'est pas moins grave quand il s'agit de notre budget écologique ». reprend M. Wackernagel de Global Foodprint. "Le changement climatique, la perte de biodiversité, la déforestation, les pénuries d'eau et de nourriture sont autant de signes que nous ne pouvons plus continuer de consommer à crédit"(3).  Rien de nouveau, l’habituelle litanie des calamités.

 

« A ce stade, poursuit-il, les données sur la récession depuis 2008 ne sont pas encore très claires, "même si les données préliminaires montrent qu'elle a eu un impact significatif sur les consommations, comme l'énergie qui a baissé en Europe et aux États-Unis. Mais ce n'est pas le cas en Chine ». Vivement un nouvel Jeudi qui plonge le Monde dans la misère, en quelque sorte.

 

« Pour inverser la tendance, il faut "arriver à ce que la population mondiale commence à décroître", un tabou qui se lève peu à peu parmi les démographes et les défenseurs de l'environnement, y compris au sein des Nations unies. ». Nous le savons, la croissance démographique a diminué au cours des dernières décennies, mais l’humanité gagne encore environ 78 millions d’habitants chaque année, et ce essentiellement dans les pays les plus pauvres. On n’ose songer par  que moyen ces gens comptent arriver à ce que la population mondiale commence à décroître.

 

L’initiative 10/10 de YAB associe donc la WWF, ce qui n’étonnera personne, mais plus grave, l’ADEME, organisme public, se décline sous le slogan «  Réduisons nos émissions de CO2 de 10% dès 2010 ». Des collectivités et des entreprises montrent patte verte en s’engageant ainsi dans le green-business de Yann et ses amis milliardaires tel que François Pinaud, qui a financé son film de propagande « Home ».

 

Le bourrage de crâne continue donc. L’idiotie des slogans , tels que « les chaussettes pour la planète » de Kindy , est tout simplement insoutenable. Parmi les collectivités qui s’engagent, la mairie de Cannes. Quand on imagine l’ « empreinte carbone » du festival !

 

Je continue à douter que la réduction des émissions de gaz à effet de serre soit la priorité. Mais si c’est une priorité, autant s’attaquer d’abord à celle de Yann Arthus Bertrand, plutôt de s’attaquer à celle des Maliens : 3 000.000 d’exemplaires de « la Terre vue vu du ciel » vendu à travers le Monde et surement pas acheminés en pirogue, les milliers d’heures d’hélicoptère correspondantes pour faire rêver les gens à des paysages en leur expliquant qu’ils ne doivent pas venir les polluer, ça représente combien de milliers de tonnes de CO2 ?

 

Et si son pilote se mettait en grève reconductible mardi prochain, ne serait-ce pas un fier service rendu à la planète ?

 Anton Suwalki

(1).

http://imposteurs.over-blog.com/article-20739778.html

(2) cet article fera l’objet d’une toute prochaine mise à jour, il y a des rebondissements

imposteurs.over-blog.com/article-33549187.html

 

 

(3)http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jobfVVB8VDmBkqv_aC5gSbVQVR8w

 

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