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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 11:52

M. Stéphane Foucart s'en est pris dans Le Monde du 12 octobre 2013 [1] à un document guide, « Système pour l'évaluation du risque des produits phytosanitaires pour l'environnement » [2], de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (EPPO) [3], dont le siège est à Paris et qui compte 50 États membres (parmi eux, Jersey et Guernesey...) en débordant vers l'Asie centrale.  Sur un mode hautain et, disons-le, hautement déplaisant.

 

Introduction :

« C'est de manière grotesque que sont évalués les risques des nouvelles générations d'insecticides pour les butineuses. On comprend mieux le mystère du déclin rapide des abeilles, un peu partout sur Terre. »

Traduction : le déclin rapide des abeilles est dû à la manière grotesque...  Un peu partout sur le Terre car, c'est bien connu, les « nouvelles générations d'insecticides » sont ubiquitaires...

M. Foucart s'est bien gardé de donner le lien vers le texte mis en cause ; et de décrire, ne serait-ce que brièvement, cette « manière grotesque ».

Son argument est le suivant :

« Pour comprendre, il peut être utile de faire une petite expérience de pensée. Prenez un groupe d'hommes jeunes, en bonne santé. Assurez-vous qu'ils pèsent tous environ 70 kg. Puis enfermez-les pendant deux jours et contraignez-les à fumer suffisamment de cigarettes pour obtenir la mort de la moitié d'entre eux. Relevez la quantité de cigarettes inhalées pour parvenir à ce résultat : vous venez d'obtenir ce que les toxicologues nomment la "dose létale 50" sur quarante-huit heures (ou DL50-48 heures). C'est la quantité d'un toxique qui, administrée sur une période de deux jours, a une chance sur deux de tuer un individu. En se fondant sur la seule toxicité de la nicotine, il est vraisemblable que la DL50-48 heures de la cigarette blonde soit de l'ordre de cent cinquante paquets par individu. Divisez ensuite cette quantité par dix. A ce stade, vous ignorez encore à quoi correspond le résultat obtenu (c'est-à-dire quinze paquets). »

 

« A rien ? Détrompez-vous : l'expérience et le calcul que vous venez de conduire vous apportent la "preuve scientifique" que la cigarette est un produit à "faible risque" pour les humains, pour peu que sa consommation demeure sous le seuil de quinze paquets quotidiens. A cinq paquets de blondes par jour, vous êtes donc très largement en deçà du seuil de risque. »

Le choix de la comparaison avec la cigarette n'est pas anodin.  Tout comme l'invraisemblable DL50 de 150 paquets de cigarettes.  Soit 3.000 cigarettes en deux jours ! C'est à croire que M. Foucart est stipendié par l'industrie du tabac...

L'objectif était donc manifestement de ridiculiser, auprès d'un public béotien et crédule (en témoignent les commentaires), une règle établie dans le cadre de l'EPPO – avec forcément le concours d'experts.

La réalité est plus complexe.  Le document-guide est essentiellement un arbre de décision.  M. Foucart n'en a extrait qu'une étape, relative à l'exposition des abeilles à la substance active dans le cas du traitement des semences ou du sol.  Et il l'a décrite avec une parfaite mauvaise foi..  Car le rapport entre la DL50 et l'exposition sur un jour, s'il est supérieur à 10, n'est pas une « "preuve scientifique" » (les guillemets intérieurs sont de M. Foucart), mais un seuil de décision.

Dans le cas des pulvérisations, donc d'une toxicité possible par contact ou orale, on calcule le rapport entre la dose d'application (en grammes par hectare) et la DL50 (en microgrammes/abeille) et on s'arrête – on conclut à un faible risque pour les abeilles – si ce rapport est inférieur à 50.

Pourquoi des valeurs différentes ? Parce que, comme cela est expliqué avec quelques détails et des références bibliographiques dans le document guide, elles dérivent de l'expérience.  Et elles comportent une bonne marge de sécurité.

M. Foucart pérore :

« Grotesque ? C'est très précisément de cette manière que sont évalués les risques présentés par les nouvelles générations d'insecticides (dits néonicotinoïdes) pour l'abeille. Si l'on estime qu'une butineuse est quotidiennement exposée à une dose d'insecticide de l'ordre d'un dixième de celle qui lui est fatale, alors le produit est jugé, de manière tout à fait arbitraire, à "faible risque"... »

Non, ce n'est pas – encore moins précisément – de cette manière...  Quand un risque ne peut être exclu, des essais en plein champ sont entrepris dans des conditions représentatives de l'usage qui sera fait de la matière active (du pesticide).

Et il n'y a aucun arbitraire dans l'étape que M. Foucart a cru bon de vilipender, mais un retour d'expérience.  Et, ce qui est grotesque, c'est son accusation tout à fait gratuite de « laxisme réglementaire [...] invraisemblable ».

Et un document guide n'est pas un règlement...

Wackes Seppi

________________

[1]  http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/10/12/le-tabac-et-les-abeilles_3494773_3232.html

[2]  http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1365-2338.2010.02419.x/full

[3]  http://www.eppo.int

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 16:00

De quoi ont besoin les malgaches ? Ceux-ci sont sans doute les mieux placés pour répondre à cette question. L’examen des de quelques données socio-économiques permet toutefois de se faire une idée de leurs problèmes.

 



Comparons ces chiffres à ceux d’un pays développé dont la population est de taille à peu près identique : l’Australie (chiffres entre parenthèses) (1) 

 

Population : 22,6 millions ( 22,2 millions)

PIB par habitant : 1000 $ en PPA (2) (43 300 $)

Dépenses de santé par habitant : 19 $ ( 5 939 $)

Pourcentage de la population raccordée à l’électricité : 19% ( ~ 100%)

Consommation annuelle d’électricité par habitant : 44 kWh ( 10 177  kWh)

Émissions de CO2 en tonnes par habitant : 0,1 (16)

Indice de perception de la corruption (3) : 32 (85)

Indice de développement humain (4) : 0,480 (0,938)

Indice de Gini : 0,47 (0,35) (5)

 


 

Devant ces comparaisons qui donnent le vertige, il n’est pas difficile d’imaginer que tous les problèmes de Madagascar tournent autour de la pauvreté et du sous-développement. Sortir du sous-développement, éradiquer la corruption qui en est sans doute à la fois une des causes et une des conséquences, permettre aux gens de se soigner, d’accéder à l’eau potable (6) ou à l’électricité, à l’éducation. Quelle ONG , quelle instance internationale, nierait que là sont les priorités ?   Quels que soient les doutes sur l’efficacité des ONG ou de l’aide internationale, quelle personne sensée établirait un diagnostic différent ?

 

Pour une célèbre multinationale verte, l’urgence est visiblement ailleurs. La WWF annonce fièrement sur son site (7) la livraison de 540.000 ampoules fluo compactes qui seront distribuées  à quelques  150.000 ménages d’ Antananarivo. Non, ça n’est pas une plaisanterie de mauvais goût ! Peut-on qualifier cette action de caritative ? Dans un pays où quatre personnes sur cinq n’ont pas accès à l’électricité, où la consommation électrique moyenne est ridiculement basse (44kwh par an et par habitant), l’ONG écolo ne voit rien d’indécent, dans son malthusianisme pathologique, à œuvrer pour une réduction de la consommation des 19% de « privilégiés » qui ne s’éclairent pas à la bougie, au moyen d’ampoules basse consommation qui produisent de surcroit une lumière affreuse. 

 

Un quelconque avantage pour ces « privilégiés » ? « Cette distribution fait suite à un premier test, au cours d’une opération pilote menée à Ambositra en 2011, portant la diffusion de 6 000 lampes fluo compactes auprès de 1 400 familles. Ce test a permis de constater une diminution moyenne de 7% de la facture mensuelle de ces ménages. » . Dérisoire, lorsque l’on sait que la dévaluation de l’ariary, la devise malgache, a provoqué à elle seule une hausse de 23% de la facture énergétique malgache (8) entre 2008 et 2012 ! Que réduire la facture d’électricité exorbitante (9 $ le kWh) ne peut se faire qu’ en remplaçant les installations vétustes du pays, où les coupures de courant sont récurrentes.

1-elec

 

Face à cette situation, la WWF déplore… l’absence de normes concernant les lampes ! « Ainsi, en coopération étroite avec le Ministère de l’Énergie, le Ministère du Commerce et le Bureau des Normes, WWF œuvre pour la mise en place et en vigueur de dispositifs réglementaires favorisant l’accès de tous les ménages à des lampes à basse consommation de bonne qualité. « Les normes concernant les lampes n’existent pas encore à Madagascar, raison pour laquelle la réglementation du marché de lampes est importante. La JIRAMA ( la compagnie d’électricité, au bord de la ruine (9) ) a soumis les lampes Lumitsits à des tests par rapport aux normes internationales requises pour les lampes à basse consommation », explique Thierry Randriamanalina. ». Sans la moindre pudeur, les cuistres entendent imposer une réglementation coûteuse  à un pays déjà incapable de fournir de l’électricité  à tous ses habitants. Comment expliquer, d’ailleurs, cette « coopération étroite » dont se vante la WWF avec les instances politiques du pays ? Qu’est-ce qui pousse celles-ci à afficher une vertu écologique aussi dérisoire que déplacée ? Quels intérêts ont-elles à s’acoquiner avec ces green-washers ?

 

Comment peut-on sans rougir de honte demander à des miséreux d’adopter « un comportement de consommation énergétique responsable et citoyen » ? 

 

« L’utilisation de ces 540 000 lampes à Antananarivo par les ménages permettra une réduction d’émissions de CO2 de l’ordre de 52 000 tonnes sur sept ans ». Quand on sait qu’un malgache émet 160 fois moins de CO2 qu’un australien, prôner la réduction de son empreinte carbone relève de la débilité la plus profonde. C’est bien malgré eux que les malgaches n’émettent que 100 kilos de CO2 par personne et par an : ils n’ont pas la possibilité d’en émettre davantage. S’ils pouvaient en émettre ne serait-ce que 10 fois plus, cela serait une bénédiction, car cette « explosion » toute relative, accompagnerait un décollage économique sans lequel Madagascar ne pourra sortir de son sous-développement.

 

 On peut parfois douter de l’efficacité des ONG et de l’aide internationale, disions-nous. Concernant la WWF, le doute n’est pas permis. Son efficacité est redoutable. Redoutablement nuisible !

 

Anton Suwalki

 


 Notes :

 

        (1)http://donnees.banquemondiale.org/

           http://www.statistiques-mondiales.com/index.html

millésime 2010,2011, ou 2012 selon les indicateurs.

(2) PPA =parité de pouvoir d’achat

(3) Indice composite établi par Transparency International : il va de 0 (pays totalement corrompu) à 100 (pas du tout corrompu) . Les 3 pays les moins corrompus en 2012 sont le Danemark, la Finlande, et la Nouvelle-Zélande, avec un score de 90. L’Australie obtient le 7ème score avec 85, Madagascar un score très médiocre de 32 (118ème place), loin toutefois des « champions » de la corruption (Afghanistan, Corée du Nord, Somalie, indice =8).

  (4) Indice composite défini par le PNUD, tenant compte du niveau de vie, de l’éducation et de l’espérance de vie à la naissance : l’Australie est au deuxième rang mondial de ce point de vue, Madagascar au 151ème rang.

(5)  Indice de concentration des revenus variant théoriquement de 0 (si tous les revenus étaient identiques) à 1 (si un seul individu percevait l’intégralité du revenu national). Ainsi, non seulement le niveau de vie moyen des Malgaches est extrêmement faible par rapport à celui des Australiens, mais la répartition des revenus est plus inégalitaire : 67,8% des malgaches disposaient ainsi de moins de 1,25 $ par jour en 2005.

  (6) http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/EXTABTUSFRENCH/EXTIDAFRENCH/0,,contentMDK:22323876~menuPK:4753552~pagePK:51236175~piPK:437394~theSitePK:1264512,00.html

(7) http://wwf.panda.org/fr/?210750/540-000-lampes-fluocompactes-pour-une-conomie-annuelle-de-6-millions-de-dollars

(8) http://www.banque-centrale.mg/index.php

Cf. cours des devises en ariary.

(9) http://www.lexpressmada.com/jirama-madagascar/45192-des-milliards-d-ariary-de-deficit.html

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 16:30

Michèle Rivasi s’est sentie obligée de se justifier après la publication du dernier article de Wackes Seppi. Au-delà des clauses de styles, on peut se demander si elle n’aggrave pas son cas…

Anton Suwałki

 


 

« Michèle Rivasi, sur Angelina Jolie : ignoble, indécent, révoltant ! » [1] a fait réagir Mme Rivasi sur le Huff [2].

 

Elle y a publié une « mise à jour », preuve que notre coup de gueule a porté. La voici, publiée en intégralité, à notre initiative, comme un droit de réponse :

 

« Mise à jour du 06/06/2013 - C’est avec beaucoup de tristesse que je constate à quel point le message que j’ai voulu faire passer dans ce billet a mal été interprété. C’est pourquoi il m’a semblé nécessaire d’apporter ici quelques clarifications sur un sujet grave, auquel peu osent s’attaquer sous cet angle.

 

Mon opinion n’est pas une "infamie", et la comparaison avec les propos de Christine Boutin très peu flatteuse et hors de propos, ce n’est pas du tout le même message qui est délivré.

 

Je n’ai jamais écrit qu’Angelina Jolie avait programmé de communiquer à dessein lors du procès en cours à Marseille: c’est la conséquence de cette sortie médiatique qui a malheureusement dévié l’attention du public sur un sujet loin d’être moins grave: des milliers de femmes souffrent aujourd’hui le martyr à cause de Jean-Claude Mas, fondateur des prothèses mammaires PIP, qui a sciemment employé du silicone non médical dans ses prothèses. Bien consciente que le jugement sera rendu ultérieurement, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une première issue, cruciale pour l’avenir de ce procès. C’est en rencontrant ces victimes de PIP, au cours d’une conférence de presse que j’ai tenu à organiser à Marseille le 16 mai dernier qu’il m’est apparu nécessaire de rappeler les dégâts que peuvent occasionner la course au profit effrénée de certains.

 

En tant que femme, très concernée par les sujets de santé (voir mes travaux aux Parlement européen au quotidien), je n’ai jamais critiqué la décision d’Angelina Jolie, femme courageuse et respectable, qui n’a pas hésité à recourir aux grands moyens pour éviter un cancer du sein. De même, je mesure à quel point ce choix auquel sont confrontées de nombreuses femmes concernées par un cancer d’origine génétique est plus que douloureux. Je leur adresse mon plus profond soutien.

 

Ce qui est "ignoble", ce ne sont pas mes mots, mais bien les actions de certaines personnes et industries peu scrupuleuses comme Jean-Claude Mas et d’autres qui feront la Une des journaux lors de prochains scandales sanitaires à venir.

 

Ma position a toujours été de défendre ces victimes, les patients et les consommateurs en général, trop souvent manipulés par un lobby industriel qui ne pense qu’au profit, qu’au "business". Mme Jolie fait partie de ces personnes que je souhaite ardemment soutenir, qu’il n’y ait pas de méprise sur ce point.

 

Ce souci d’être du côté des victimes ne m’a pas quittée depuis que j’ai décidé de créer la Criirad en 1986, pour venir en aide aux victimes de Tchernobyl. Révoltée par l’attitude qui consiste à laisser les gens souffrir inutilement car il y a plus fort qu’eux au-dessus, je ne lâche aucun combat lorsque je l’estime juste.

 

Dans le cas des dispositifs médicaux -dont les prothèses mammaires font partie-, dois-je rappeler à quel point ces objets que nous introduisons dans notre corps ne sont pas anodins? Nous en avons bien évidemment besoin car ils sauvent des vies, mais il est crucial que les sociétés qui les fabriquent apportent un soin extrême à leur sécurité, afin qu’aucun effet secondaire ne puisse nuire à la santé de leurs porteurs et menacer leur vie. D'autre part, il est important de rappeler que le risque de banaliser le port de prothèses mammaires, notamment à des fins esthétiques, est réel. Il ne faut pas que ces dernières deviennent un objet de consommation banal, car il s'agit d'un implant nécessitant de la chirurgie parfois lourde. Au moindre problème, la ré-opération est de mise, avec les risques que cela comporte (anesthésie etc).

 

Le développement d'un cancer est un phénomène multifactoriel et la recherche sur la génétique ne doit pas occulter la recherche sur les déterminants plus collectifs, liés à l'environnement et aux conditions de vie. Il faut pouvoir agir en amont des maladies afin de ne recourir qu'en dernier recours à ces pratiques douloureuses, tant physiquement que psychologiquement, que représente l'ablation d'une partie du corps.

 

Aujourd’hui le dépistage précoce de la maladie est effectivement primordial pour amorcer un traitement au plus tôt, mais il ne doit pas être le seul moyen de réduction des risques. Prédire n'est pas forcément prévenir. »

 

Pas un mot d'excuse, ni de regret ; pas même pour avoir écrit un billet susceptible d'être mal compris.  C'est son égo qui est mis au centre : Mme Rivasi se dit triste de voir combien le message qu'elle a voulu faire passer dans ce billet a mal été interprété.

 

Nous ne nous étendrons pas sur ses protestations de bonne foi.  Mme Rivasi a écrit ; nous avons traduit ; elle répond qu'elle n'a pas écrit ce que nous avons écrit, ce qui est vrai ; mais nous maintenons notre explication de texte.  Pas seulement parce que nous l'avons écrite, mais parce qu'elle est indiscutable et qu'il y a des éléments de confirmation encore plus indiscutables.

 

Ces protestations ne tromperont pas grand monde.  Ainsi, Mme Rivasi revient sur les conséquences du timing de l'article de Mme Jolie dans le New York Times et de sa reprise en France : « [..] c’est la conséquence de cette sortie médiatique qui a malheureusement dévié l’attention du public sur un sujet loin d’être moins grave ». Cela ne corrige pas l'assertion initiale : « C'est donc ainsi que le message "attention aux prothèses mammaires, danger!" a été subrepticement remplacé et précédé par son contraire: "vive la mastectomie préventive qui sauve des vies et des familles!" » (c'est nous qui graissons).

 

Ce qui a été présenté comme une action à caractère frauduleux deviendrait donc un fâcheux contretemps ?  L'attention du public n'a pas été attirée, mais « dévié[e] » sur un sujet dont la gravité est exprimée par une litote qui ne peut être que de façade, associée qu'elle est à l'adverbe « malheureusement ».  Admettons pour les besoins de la démonstration que c'en soit une et reprenons, car il faut bien que Mme Rivasi comprenne ce qu'elle a signé : la sortie médiatique (une expression qui prête aussi à discussion) a malheureusement dévié l'attention du public sur un sujet grave...

 

Quant au fond, on ne peut que conclure que la « mise à jour » constitue une tentative ratée de produire nouveau message.

 

Un nouveau message qui se veut certes plus convivial et s'épanche sur des choses connues, mais qui n'est toujours pas débarrassé du déni de réalité, ni des scories idéologiques.

 

Déni de réalité ? Ce « sujet loin d’être moins grave », vu le contexte, c'est au mieux « tout juste aussi grave », et ce, pour les besoins de la tentative de décabossage.  Mais quand le dossier de la fraude des prothèses PIP sera clos, quand toutes les prothèses défectueuses auront été remplacées, quand la justice se sera prononcée, le problème du cancer du sein, le problème lancinant des femmes porteuses de gènes défectueux demeureront.  On est sur des registres complètement différents.  Du reste, là où le littéraire voit une figure de style, le scientifique constate que l'étalon de la gravité est une malversation.

 

Scories idéologiques ? En témoigne : « [...] les actions de certaines personnes et industries peu scrupuleuses comme Jean-Claude Mas et d’autres qui feront la Une des journaux lors de prochains scandales sanitaires à venir ».  L'art de la politique, selon Mme Rivasi, c'est de faire l'amalgame entre une personne et une industrie.  Le fond de commerce, c'est le scandale sanitaire.

 

Encore un lapsus calami ? Pas du tout.  Regardez la « profession de foi » : « Ma position a toujours été de défendre ces victimes, les patients et les consommateurs en général, trop souvent manipulés par un lobby industriel qui ne pense qu’au profit, qu’au "business". » On espérait un recentrage sur la santé, en tant que telle, de l'intérêt et de la compassion pour les victimes de la maladie ; on reste englué dans le discours anticapitaliste.

 

Et que vient faire Mme Jolie ici : « Mme Jolie fait partie de ces personnes que je souhaite ardemment soutenir, qu’il n’y ait pas de méprise sur ce point » ? La déclaration est certes belle, mais l'enchaînement des deux phrases, dans un même paragraphe, trahit la clause de style, sinon le manque de sincérité.

 

Ce nouveau message, enfin, n'effacera pas ce qui a été écrit dans le Huff, ni surtout ce qui a été dit lors de la conférence de presse que Mme Rivasi a tenue à Marseille le 16 mai 2013, en marge du procès PIP, manifestement en vue d'une exploitation politique de l'affaire.  En voici l'odieux morceau de bravoure [3] :

 

« Alors qu’Angelina Jolie révèle avoir subi une double mastectomie pour prévenir un risque très élevé de cancer du sein et des ovaires, on peut s’attendre à une forte augmentation d’opérations, mais au profit surtout des industries qui fabriquent les prothèses mammaires. Un autre secteur se voit également ravi : la société américaine Myriad Genetics qui fabrique des tests de dépistage du cancer du sein. Quand on sait que ces tests sont vendus plus de 3 000 dollars pièce, on peut se poser la question : à qui profite le crime? »

 

Mais peut-être est-ce là encore un message que nous interprétons mal...

 

Wackes Seppi

 


Notes :

[1]  http://www.imposteurs.org/article-michele-rivasi-sur-angelina-jolie-ignoble-indecent-revoltant-par-wackes-seppi-118230625.html

 

[2]  http://www.huffingtonpost.fr/michele-rivasi/abblation-agelina-jolie-fausse-solution_b_3342277.html

 

[3]  http://www.michele-rivasi.eu/medias/conference-de-presse-a-marseille-proces-pip-plus-jamais-ca/

 

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 18:11

Mme Michèle Rivasi, membre du Parlement européen pour Europe Écologie - Les Verts et siégeant dans le Groupe des Verts/Alliance libre européenne, a commis – c'est le mot qui convient – le 28 mai 2013 un article sur le Huffington Post version française, « L'ablation des seins d'Angelina Jolie: la vraie-fausse solution? » [1]

 

Comme c'est souvent le cas pour les points d'interrogation dans les titres, le sien est purement cosmétique.  La cause est entendue ; son opinion est faite.

 

Son opinion ? Une infamie ! Et accessoirement une insulte au bon sens et à la raison.

 

Mme Christine Boutin nous avait déjà gratifiés d'un dérapage d'une rare inélégance [2].  Mme Rivasi, elle, fait exploser les limites.

 

Selon elle, à l'évidence, l'annonce du choix thérapeutique de Mme Jolie a été programmée pour éclipser les informations sur le procès des prothèses PIP, alors en cours au tribunal correctionnel de Marseille.  Cela ressort d'une affirmation – « Conséquence du scoop planétaire sorti la veille de l'ouverture du festival de Cannes, l'issue du procès PIP est restée inaudible, pour ne pas dire étouffée » – et d'un sous-titre – « Un service rendu à l'industrie de la prothèse mammaire? »

 

Quelle dérisoire théorie du complot !

 

L'« issue du procès », en l'occurrence, c'est la réquisition de quatre ans de prison ferme à l'encontre de M. Jean-Claude Mas, le fondateur de l'entreprise Poly Implants Prothèses (PIP)... On est donc loin de l'issue ; en fait, le jugement sera rendu le 10 décembre 2013.

 

Ce n'est du reste pas la première fois que Mme Rivasi dérape sur les notions juridiques de base.  Dans un article précédent sur les prothèses PIP, elle avait écrit, au mépris de la présomption d'innocence, que l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait été sanctionnée du fait de la – prétendue – mise en examen de son directeur, M. Dominique Maraninchi, pour homicides involontaires et blessures involontaires dans le cadre de l'affaire Mediator [3] ; « prétendue » car c'est l'ANSM en tant que personne morale – évidemment représentée par son directeur – qui avait été mise en examen.

 

« Un service rendu à l'industrie de la prothèse mammaire? » Encore un point d'interrogation purement cosmétique : « De là à supposer que l'industrie de la prothèse mammaire s'inquiétait des effets collatéraux du procès PIP et avait besoin de se refaire une santé, il n'y a qu'un pas » ! Ce point d'exclamation – le nôtre – n'est pas cosmétique.  Car de là à supposer que, selon Mme Rivasi, l'automutilation consentie par Mme Jolie n'avait pas pour motif sa propre santé (celle de Mme Jolie), mais celle de l'industrie, il n'y a qu'un pas.  Que nous franchissons allégrement.  Par obligation logique.

 

La suite est tout aussi nauséabonde : « Car les cancers réservés (sic) surtout aux femmes sont un marché plus que porteur et pas seulement pour les prothésistes: n'est-ce pas la multinationale pharmaceutique AstraZeneca [...] qui a créé le mois de la sensibilisation au cancer du sein en 1985? »  Aborder le cancer et le dépistage sous l'angle exclusif d'un marché, il fallait oser !

 

Il fallait aussi oser recopier sans examen critique un Wikipedia en langue française [4] qui s'est permis des raccourcis qui, oh miracle, collent à l'agenda altermondialiste.  Car AstraZeneca est né 14 ans après, en 1999...  Et l'événement a été fondé sous la forme d'un partenariat entre la American Cancer Society et la division pharmaceutique de Imperial Chemical Industries (ICI) [5].

 

Aujourd'hui, le mois est un événement planétaire auquel contribuent de nombreuses organisations, y compris l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) [6].  Mais Mme Rivasi n'en a cure.  Le (prétendu) péché originel est indélébile...

 

Son idéologie lui interdit aussi de voir, au moins dans l'article commenté ici, que le dépistage précoce de la maladie reste le principal moyen de lutter contre la maladie et de sauver des vies.

 

Nous nous sommes déjà insurgés sur ce site du cynisme absolu d'organisations – y compris le parti « vert » du Parlement européen – qui avaient, ouvertement en 2002 ou en catimini en 2011, préconisé à des gouvernements africains de refuser une aide alimentaire d'urgence susceptible de contenir du maïs GM ; et donc préféré la mort, certes d'autrui, à la vie [7].  Mme Rivasi nous fait également vomir.  Mélangeant allégrement chirurgie reconstructive et esthétique, Mme Rivasi interprète le problème courageusement porté sur la place publique par Mme Jolie comme « un marché de 210 millions d'euros par an, rien qu'en France ».

 

La prévention, c'est « oui, mais au profit des patients » selon un autre sous-titre qui annonce de nouveaux débordements.  Obsédée par les coûts et les profits, Mme Rivasi nous interpelle sur le dépistage des gènes défectueux BRCA1 et BRCA2 : « Pourquoi créer un tel sentiment d'anxiété si ce n'est pour servir les intérêts des industriels spécialistes du dépistage génétique précoce? ».

 

Mme Rivasi n'a manifestement pas compris que Mme Jolie avait été diagnostiquée porteuse du BRCA1 et qu'elle avait un risque de cancer évalué à 87 % pour le sein et 50 % pour les ovaires ; que sa mère est morte à 56 ans d'un cancer [8].  Elle ignore qu'un test, lorsqu'il s'avère négatif, permet de dissiper une anxiété chez des femmes issues de familles douloureusement atteintes.  Ignorance qui ne peut qu'être feinte – et donc bassement politicienne, et donc abjecte – puisque Mme Rivasi est sortie d'une prestigieuse grande école avec une formation scientifique.

 

La rigueur scientifique est également aux abonnés absents quand elle écrit : « Pour rappel, seul 1% des femmes présentent la mutation du gène BRCA1 ou BRCA2. C'est donc que l'épidémie de cancers a d'autres causes. » Mme Rivasi nous livre ainsi un exemple révoltant de propagande avec des statistiques inversées, une problématique que vient d'analyser avec brio notre collègue Nima Yeganefar [9].

 

La réalité est que sur 55 000 nouveaux cas de cancer du sein chaque année en France, des prédispositions génétiques interviennent dans 1000 à 2500 cas selon le Pr Henri Roché [10].  Ou 5 % des tumeurs mammaires qui sont liées au mauvais fonctionnement du BRCA1, plus rarement du BRCA2, selon le Dr Jean-Daniel Flaysakier, pour qui l'acte de Mme Jolie a été doublement courageux [11].  Ce n'est pas rien.  Mais surtout, le risque de cancer du sein des femmes porteuses d'un gène BCRA défectueux, au cours de l’existence, varie de 60 à 87 % selon les études.

 

Ce quasi-déni des cancers d'origine génétique était nécessaire pour passer au véritable sujet que Mme Rivasi voulait traiter.  Après avoir posé au passage la question du vieillissement de la population et de la généralisation et de l'amélioration du dépistage sans y répondre, donc en suscitant le doute sinon l'incrédulité.  Les facteurs liés au mode de vie (sédentarisme, obésité, abus d’alcool, tabagisme, grossesses plus tardives) sont quant à eux passés à la trappe.

 

Ce sujet, c'est évidemment une des cibles des obsessions de l'écologie politique : la chimie et ses vedettes de l'année, les perturbateurs endocriniens.  « Tous les jours un nombre important de produits chimiques que nous avons introduits dans l'environnement perturbent le fonctionnement normal de notre système hormonal. »

 

Et de conclure à l'adresse de Mme Angelina Jolie et, peut-être, des lectrices : « Alors cette "ablation préventive", toujours aussi sexy? »

 

Le vocabulaire manque pour qualifier ce niveau de bêtise, d'arrogance, de mépris, de cynisme et d'impudence.  Nous laisserons donc le mot de la fin à une femme qui a posté un témoignage sur le Huff :

 

« Je suis révoltée par vos propos !

 

Mme Rivasi, je fais partie de ces 1% de femmes porteuses du gêne muté BRCA1. Je suis issue d'une famille lourdement touchée par le cancer du sein et ovaires. J'aurais aimé avoir le choix d'une ablation prophylactique. Mais à 39 ans, c'est un cancer bilatéral du sein qui a fait que j'ai du subir cette mastectomie bilatérale! Je n'ai pas pu éviter la maladie et les lourds traitements qui ont suivi derrière. Ils m'ont certes sauvé la vie mais ils ont laissé de lourdes séquelles physiques et psychologiques. [...] J'aurais aimé avoir le choix de faire des interventions préventives des seins.  [...

 

J'ai aussi fait le test génétique pour que le mot fatalité soit rayé de notre vocabulaire familial et que mes soeurs, mes cousines, mes nièces aient le choix de ne pas tomber malade. Vous croyez vraiment que c'est par plaisir que l'on prend la décision d'une mastectomie ou annexectomie prophylactique ? Non ! On le fait pour vivre simplement, sereinement et vieillir avec les êtres qu'on aime et qui nous aime !

 

Sachez qu'une reconstruction ce n'est pas que par prothèses, renseignez-vous, il y a d'autres méthodes !

 

Et MYRIAD n'a pas le monopole du test génétique en France ! Encore une erreur ! Revoyez votre copie Mme Rivasi, vous êtes apparemment très mal informée et c'est lamentable à votre niveau !

 

Sachez que faire le test génétique contribue à la recherche contre le cancer et pas seulement pour les BRCA1 ou 2 ! Il fait avancer tout court la recherche contre cette maladie !

 

[...]

 

Vos propos sont blessants pour les femmes porteuses de ce gêne BRCA et qui veulent mettre toutes les chances de leur côté pour vivre, mais aussi pour tous les chercheurs et médecins onco-généticiens qui se battent pour ce 1% de femmes, mais pas que ; et aussi pour ceux qui font un énorme travail de prévention. Tout le monde n'est pas corrompu et à la botte des laboratoires ! »

Wackes Seppi

________________

Notes :

[1]  http://www.huffingtonpost.fr/michele-rivasi/abblation-agelina-jolie-fausse-solution_b_3342277.html

 

[2]  Par un gazouillis du 14 mai 2013 : « pour ressembler aux hommes ? Rire ! si ce n'était triste à pleurer ! »

 

[3]  http://www.huffingtonpost.fr/michele-rivasi/scandale-mediator-mise-en-examen_b_2931117.html

 

[4]  http://fr.wikipedia.org/wiki/Ruban_rose#Histoire_du_Ruban_Rose

 

[5]  http://en.wikipedia.org/wiki/National_Breast_Cancer_Awareness_Month

 

[6]  http://www.who.int/cancer/events/breast_cancer_month/fr/index.html

 

[7]  http://www.imposteurs.org/article-13712670.html

http://www.imposteurs.org/article-better-dead-than-gm-fed-on-remet-le-couvert-86536262.html

 

[8]  http://www.nytimes.com/2013/05/14/opinion/my-medical-choice.html?hp&_r=1&

 

[9]  http://blogs.univ-poitiers.fr/n-yeganefar/2013/05/28/probabilites-inversees-et-propagande/

 

[10]  http://www.ladepeche.fr/article/2013/05/16/1626965-cancer-du-sein-le-depistage-genetique-ca-marche.html

 

[11]  http://www.docteurjd.com/2013/05/15/cancer-du-sein-lacte-doublement-couageux-dangelina-jolie/

 

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 16:29

Le 22 mars, c'est la Journée mondiale de l'eau.  L'occasion pour des instances sérieuses et surtout des désinformateurs patentés de sortir, qui des rapports qu'en général personne ne lit, qui de la camelote que les médias répercutent à l'envi [1].  Dans un France qui se vautre dans la déprime, les mauvaises nouvelles ne peuvent être, pour les médias, que de bonnes nouvelles.

 

60 millions de consommateurs, en association avec la Fondation Danielle Mitterrand France Libertés, vient de faire un (relativement) gros coup.

 

 

60 millions nage en eau trouble !

 

La couverture de 60 millions de consommateurs d'avril 2013 est un patchwork.  Mais y figure en très gros : « Qualité de l'eau, à qui faire confiance ? », sous un bandeau « Nos analyses ».

 

À l'intérieur, deux articles : « Difficile d'échapper aux polluants » et « Il y a urgence, il faut sauver l'eau ».

 

Il serait laborieux d'analyser ces deux articles dans leur intégralité.  Comme d'habitude, on y recourt aux ficelles éprouvées du mélange entre le factuel et les suggestions et insinuations anxiogènes – par exemple : « sur un an, 96,8 % de la population a été alimentée avec une eau conforme en permanence aux normes de qualité » (c'est nous qui graissons), suivi peu après de : « [m]ais on peut s'interroger sur la validité des normes actuelles et ce qu'elles reflètent – ou pas – de l'état véritable de l'eau... » (les points de suspension de doute sont les leurs).

 

Donc, droit au but.

 

En partenariat avec la Fondation France Libertés – qui a trouvé dans l'eau (en France) un fond de commerce – 60 millions a fait réaliser des analyses ultrafines sur, notamment, 47 eaux en bouteille.  Côté positif, décrit sous le titre : « Des résultats satisfaisants du côté des perturbateurs endocriniens », pas de traces de bisphénol A, de phtalates (sept recherchés), ni (sauf pour une bonbonne) de retardateurs de flamme.  Côté négatif, il y aurait (c'est nous qui mettons le conditionnel) des traces de médicaments [2] et de pesticides [3] dans sept eaux en bouteille.

 

Premier problème.–  Nous avons droit au coup classique de la présentation fallacieuse des résultats : « Mais la grande surprise vient de nos eaux en bouteille : 10 % d'entre elles présentent, elles aussi, des résidus de tamoxifène. »  La partie précédente décrivait les tests en termes assez généraux et précisait que « deux résidus de médicament ont été retrouvés parmi nos dix prélèvements d'eau du robinet ».  D'où le « elles aussi ».

 

Notre problème, ici, est qu'il est peu honnête d'exprimer des résultats en pourcentages pour des effectifs aussi réduits [4].  C'est fait dans le texte, pas dans le résumé final ; mais il n'empêche.

 

Deuxième problème.–  Il est exposé en partie ci-dessus : est-il raisonnable de faire un article sur dix prélèvements d'eau du robinet ?  Est-il raisonnable de le faire aussi sur un échantillon (une bouteille) par marque d'eau en bouteille, avec une deuxième analyse de confirmation – sur la même bouteille – en cas de premier résultat positif ? Non.

 

Troisième problème.–  La liste des molécules recherchées a été donnée sur le site de 60 millions [5] ; c'est un bon point.  Dans la revue, il est dit qu'elle a été établie d'après un document de l'ANSES et une étude de référence (Birkett, 2003) ; les spécialistes reconnaîtront sans nul doute les sources, les autres non.  C'est gênant pour ceux qui veulent en savoir plus.

 

Les résidus de médicaments ne sont pas un problème anodin, s'agissant des eaux de rivière.  C'est un problème dont on parle peu dans une France surconsommatrice de médicaments, contrairement au Canada, par exemple [6].  Or on sait que la potabilisation de l'eau a quelques difficultés avec certains d'entre eux.  Selon une étude réalisée par l'ANSES sur l'équivalent des ressources en eau d'un quart de la population française, 25% des échantillons d'eau traitée étaient positifs, une à quatre molécules pouvant être présentes simultanément [7].

 

Il se trouve que la liste de 60 millions n'inclut pas la caféine, une assez bonne molécule sentinelle de l’activité humaine domestique.  Une absence de caféine et une présence de médicament ne prouve rien, mais suggère un faux positif.  Cette non-inclusion paraît donc tout à fait étonnante...

 

Quatrième problème.–  On a trouvé des médicaments, mais à quelle dose ?  60 millions reste très évasif dans la revue papier mais admet que « ces doses sont extrêmement faibles ».  Il ajoute tout de même : « au maximum 0,001 % de la dose habituelle pour un traitement en buvant 1,5 litre ».  C'est bien vague, et suggère que l'on est du côté de la limite de quantification, voire de détection.  Mais admettons qu'il s'agit d'une dose journalière, soit une ou deux pilules de 10 mg diluées dans... 150.000 litres d'eau.  Soit 150 mètres cubes.  Soit la consommation annuelle, bains et chasses d'eau compris, d'une famille de... quatre personnes.

 

Probablement gêné aux entournures, 60 millions a publié une foire aux questions sur son site le 27 mars 2013 [8].  La réponse est tout aussi gênée : « Les quantités sont de l’ordre du nanogramme par litre d’eau, c’est-à-dire du milliardième de gramme par litre. Il s’agit d’un ordre de grandeur. Donner des chiffres plus précis n’aurait pas de sens, étant donné la précision des instruments de mesure à ce niveau de détection. »  Déclaration étonnante et suspecte à la lumière de ce que nous a révélé Mont Roucous (voir ci-dessous)...

 

60 millionsprend certes la précaution de rappeler ici et là qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer, mais il tire néanmoins la conclusion suivante de son constat : « C'est infime, mais suffisant pour que l'on s'interroge sur la "pureté originelle" imposée par la réglementation des eaux minérales. »

 

Cinquième problème.–  S'interroger sur la pureté originelle, c'est une bonne question, mais il y en a une autre, préalable : ne serait-on pas en présence de faux positifs ?

 

60 millionsse serait interrogé, aurait refait les analyses (sur les mêmes bouteilles...) et poussé les recherches.  « La seconde analyse a confirmé cette présence, sans que nous soyons en mesure d'en expliquer l'origine » lit-on dans la revue papier.

 

Cela donne : on a des questions sur ses propres résultats, mais basta ! On communique quand même... et sur quel mode !

 

Sixième problème.–  Le quasi-aveu est complété par ceci : « Malgré toutes les précautions prises, nous ne pouvons pas non plus exclure totalement l'hypothèse d'une contamination extérieure aux échantillons étudiés. »

 

Il se trouve que, par exemple, Mont Roucous a répondu sans tarder [9] : « Mont Roucous jaillit à 1 000 mètres d’altitude, sur sa propriété privée de 60 hectares de forêt originelle. Elle est située au coeur d’un territoire naturel et sauvage, dans le Parc Naturel du Haut Languedoc, à plus de 40 kms de toute concentration urbaine (Castres = 44 000 habitants, Albi = 46 000 habitants). »  Bien évidemment, Castres et Albi ne se situent pas à 1000 mètres d'altitude et, jusqu'à preuve du contraire, l'eau ne monte pas bien haut par capillarité...

 

Son eau a aussi été confiée au laboratoire du CNRS spécialisé dans la recherche de traces de ce type de molécules au sein de l’Université de Bordeaux, dirigé par le Dr Hélène Budzinski [10].  Verdict :  « aucune trace de cette molécule, avec un seuil de détection à 0.01 nanogramme par litre d’eau » alors que, selon Mont Roucous, 60 millions en aurait trouvé 138 ng/l.

 

On peut continuer ainsi.  Les sources des eaux (prétendument) polluées par le tamoxifène présentent des profils très variés.  Ainsi, l'eau de Saint Amand provient d'une source artésienne captée à plus de 90 mètres de profondeur [11].  La présence de la même (et seule dans quatre cas) molécule dans ces eaux apparaît plutôt improbable.

 

L'eau de Volvic présenterait des traces d'atrazine...  Volvic n'est pourtant pas connu comme centre de production intensive de maïs ! Là aussi, le résultat pose question.

 

On observera aussi que, si on prend à la lettre la réponse donnée par 60 millions dans sa foire aux questions [8], le laboratoire de Bordeaux doit être cent fois plus précis que le laboratoire anonyme.

 

Septième problème.–  Non seulement 60 millions n'a pas été en mesure d'expliquer l'origine de ses trouvailles, et s'est interrogé sur elle (ce qui serait à son honneur), mais encore n'a-t-il tenu aucun compte des avertissements de la Chambre Syndicale des Eaux Minérales, qui s'est également prévalu des analyses du laboratoire de Bordeaux : pas de traces de médicaments [12].

 

Huitième problème.–  Le laboratoire d'analyse n'a pas été indiqué.  C'est pourtant important pour connaître le degré d'expertise et de fiabilité.

 

Il se trouve que des lecteurs ont posé la question sur le site de 60 millions [5], et qu'ils n'ont pas eu de réponse.  Enfin jusqu'au 29 mars 2013, date à laquelle ils ont été douchés : « ...nous n'avons pas pour habitude d'indiquer le nom des laboratoires avec qui nous travaillons. Nous ne le faisons jamais, pour aucun de nos essais comparatifs. Cela permet, notamment, au laboratoire de travailler en toute indépendance, à l'abri des pressions ».  Les pressions ont bon dos.

 

D'autres, qui tenaient à connaître les marques incriminées, ont en revanche été orientés vers la version papier ou électronique de la revue...

 

Dans la foire aux questions [8], on a la chance, en quelque sorte, d'apprendre que « [n]os mesures ont été réalisées par un laboratoire indépendant. »  Ah ! L'indépendance...

 

Et donc, neuvième problème.–  En résumé, 60 millions a communiqué sur le mode anxiogène sur la base d'une « enquête » minimaliste et de résultats d'analyse qui ont été contestés, contre-expertise à l'appui, et dont il n'est pas lui-même sûr de la force probante [13].

 

La simple logique condamne cette communication : il est tout de même extraordinaire de trouver du tamoxifène – et rien d'autre –  dans cinq bouteilles d'eaux minérales ou de source (donc non traitées) d'origines très différentes.  Alors que le tamoxifène n'est prescrit qu'aux femmes atteintes d'un cancer du sein, et encore pas à toutes. 

 

C'est d'autant plus grave que les marques sont citées, avec illustrations en page intérieure et, pour cinq d'entre elles, en couverture.

 

Pour nous, c'est de la malhonnêteté.

 

Et donc, dixième problème.–  60 millions s'en tire par une pirouette : « Pour lever toute incertitude, il faudrait que les professionnels et les pouvoirs publics mènent d'autres analyses, aussi fines que les nôtres. »

 

C'est se moquer du monde.  Les sources sont contrôlées tous les deux mois par les Agences Régionales de Santé et les producteurs procèdent – dans leur intérêt et dans celui de leurs clients – à des contrôles quotidiens.  Des contre-expertises ont aussi été produites...

 

On retrouve là un comportement que l'on a déjà dénoncé à propos d'une fameuse « étude » sur un OGM, le NK 603 : l'auteur, confronté à des critiques incontestables, et ses amis se sont retournés en prétendant qu'il faut faire de nouvelles études et que, même si l'étude a des défauts, elle a le mérite de soulever un problème...

 

C'est ce que fait 60 millions dans son deuxième article avec un titre qui fleure bon l'appel à la panique (« Il y a urgence, il faut sauver l'eau ») et, avec France Libertés, par un « manifeste pour l'eau potable ».

 

 

France Libertés... prend des libertés

 

France Libertés, co-producteur de l'« enquête », a choisi de communiquer sous la forme d'une tribune de son directeur, M. Emmanuel Poilâne, publiée sur le Huffington Post [14].  Avec un titre qui ne fait pas dans le détail : « Des traces de pesticides et de médicaments dans l’eau en bouteille ! »

 

Et toujours ces phrases artistiquement assemblées pour duper le lecteur : « Je vous invite à découvrir, dans le numéro d'avril de 60 millions de consommateurs, la liste des eaux en bouteille dans lesquelles 85 polluants ont été recherchés au cours de l'étude menée par 60 millions de consommateurs et France Libertés dans le cadre de l'opération transparence. »  Immanquablement, le lecteur peu attentif « flashera » sur « 85 polluants », alors qu'on n'en a (aurait) trouvé que six (cinq si on considère que l'hydroxyatrazine est un métabolite de l'atrazine).

 

Le Huffington Post a pris soin de préciser ce qui a été trouvé en fin d'article, mettant ainsi les déclarations grandiloquentes de M. Poilâne en perspective.  Mais on cherchera en vain cette liste sur le site de France Libertés [15]...

 

 

À l'AFP, c'est le professionnalisme qui est à l'état de traces !

 

L'information, c'est connu, c'est de l'instantané.

 

L'AFP a donc publié, le 25 mars 2013 au matin, une première dépêche qui reprend les thèses de 60 millions et de son rédacteur en chef, M. Thomas Laurenceau, « interrogé par l'AFP » [16].

 

Les marques sont citées – mises au pilori [17] –, avec les polluants, mais aucune n'a manifestement eu la possibilité de répondre.  C'est tout juste si on trouve une mention d'une « contestation de la part des embouteilleurs des premiers résultats et de la méthodologie employée accusée de produire de faux positifs » ; mais c'était une référence nécessaire pour expliquer la raison d'être des deuxièmes analyses.

 

L'AFP a ensuite dû publier une sorte de rectificatif [18] le même jour, en fin d'après-midi.

 

Une dépêche partielle et partiale publiée tôt le matin (donc rédigée au plus tard la veille, donc concoctée avec une seule des parties intéressées, à l'exclusion des autres), c'est de l'information.  Un complément publié en fin d'après-midi pour redresser le tir, c'est encore de l'information...  Enfin pour l'AFP (pour beaucoup de médias, il n'y a qu'une « information », car publier un démenti est une corvée).  Les affaires, mesurées à l'aune des statistiques de publication, sont donc excellentes...

 

Mais c'est un manque d'égards pour les clients et les lecteurs ; et un manquement flagrant à la déontologie journalistique.

 

 

La déontologie journalistique du Nouvel Observateur prend l'eau !

 

Le traitement journalistique de l'« information » a essentiellement varié en fonction de l'heure à laquelle les articles ont été écrits.  Parmi les médias qui ont pris leur temps, certains ont combiné les deux éléments – la version 60 millions et France Libertés et le démenti de la Chambre syndicale des eaux minérales – souvent sous un titre qui reflète la première et escamote le second.  La même situation se présente lorsque l'article mis en ligne a été révisé.  D'autres se sont contentés de reproduire le seul message anxiogène.

 

Le Mondea les deux types en ligne [19], ainsi qu'un très utile entretien avec un hydrogéologue [20].

 

Mais c'est, une fois de plus, le Nouvel Observateur qui s'est distingué [21].  Son premier article est la reprise de la première dépêche de l'AFP, sous un titre accrocheur, à la limite du mensonge, « Cristaline, Vittel... 20% des eaux en bouteille sont polluées ».  Le deuxième fait état du démenti ; mais sans l'indiquer dans le titre, toujours anxiogène (« Des micro-traces de polluants dans les eaux minérales ») ; et en noyant ce démenti dans des éléments anxiogènes.  C'est, en fait, la reprise d'une dépêche de Reuters [22], produite dans la soirée du 25 mars 2013, combinant donc les dires des uns et des autres.

 

Ce qui choque, lorsqu'on consulte la toile a posteriori, c'est la juxtaposition des deux dépêches (la première de l'AFP et celle de Reuters) sur le site du Nobs.  On est quasiment forcé d'interpréter la deuxième comme une tentative de minimisation du démenti, ce qui est tout le contraire de ce qu'a fait Reuters.

 

Il faut aussi rappeler que l'AFP [18] avait publié le démenti de la Chambre syndicale des eaux minérales, rédigé en termes bien plus directs, environ une heure avant Reuters.  Le Nobs a donc préféré ne pas le publier...  C'est de la manipulation.

 

Le Nobs gratifie aussi ses lecteurs d'un chef d'oeuvre de manipulation de M. Matthieu Sicard, « Eaux en bouteilles polluées par des pesticides et médicaments : êtes-vous inquiet ? ».  Le photomontage d'illustration en est le meilleur résumé : un grand panneau de signalisation « Danger ».

 

 

AFP, Reuters, le choc des civilisations

 

Osons le mot !

 

L'AFP nationale s'est fait le véhicule d'une opération médiatique de la joint venture entre 60 millions et France Libertés (dont les donateurs attendent certainement qu'elle déploie ses activités dans un autre domaine que l'eau en France...).  Une opération essentiellement anxiogène, négative ; aux bases factuelles douteuses, sinon inexistantes ; et susceptible d'affecter gravement l'image de marque de certaines eaux.  Pour rappel, la « crise du benzène » aurait coûté plus d'un milliard de francs à Perrier, et en tout cas des centaines d'emplois ainsi que son indépendance [23].  Et bien des médias français se sont précipités, tête baissée, dans le piège et ont créé le tapage médiatique délétère.

 

La Reuters plutôt anglo-saxonne n'a certes pas été conviée à contribuer à la machination, mais elle a pris les mesures nécessaires – ne serait-ce que la patience – pour présenter une version équilibrée des faits ; une version qui privilégie au final le démenti des industriels, et aussi les avertissements de 60 millions quant à la signification (ou plutôt l'absence de signification) de ses résultats.

 

Cette différence d'approche n'est-elle pas le reflet d'un des maux français : l'incapacité à « positiver », la tentation morbide de l'auto-destruction ?


Wackes Seppi


[1]  On peut aussi avoir les deux en même temps, le rapport donnant lieu à un communiqué de presse et des interventions dans la presse fort éloignés de la substance du rapport.  Ainsi, le contenu du rapport habituel, pas extraordinaire, sur l’état des eaux des bassins Rhône Méditerranée et Corse a été travesti dans un communiqué de presse alarmiste :

http://www.eaurmc.fr/fileadmin/actualites/documents/RapportEtatdesEaux-Situation2011-VF_01.pdf

http://www.eaurmc.fr/fileadmin/actualites/documents/CP-etat-eaux2013.pdf

 

[2]  Buflomédil dans Hepar ; naftidrofuryl dans Saint Amand ; tamoxifène dans Mont Roucous, Saint Amand, Carrefour Discount, La Salvetat et St Yorre.

 

[3]  Atrazine dans Volvic et Cora ; hydroxyatrazine dans Vittel ; oxadixyl dans Cristaline.

 

[4]  M. Séralini a fait mieux puisqu'il a exprimé des résultats en pourcentages pour des effectifs de dix...

 

[5]  http://www.60millions-mag.com/actualites/articles/qualite_de_l_eau_potable_nbsp_difficile_d_echapper_aux_polluants

 

[6]  Il y a eu un bon article dans le Huffington Post :

http://www.huffingtonpost.fr/patrice-halimi/journee-mondiale-eau_b_2923416.html

Six commentaires, alors que les articles sur les pesticides déclenchent des torrents de fiel...

Pour le Canada, par exemple :

https://www.ec.gc.ca/stl/default.asp?lang=Fr&n=27B606BD-1

 

[7]  Pour un résumé :

http://www.vedura.fr/actualite/6847-25-eau-potable-contient-residus-medicaments-anses

Document complet :

http://www.anses.fr/sites/default/files/documents/LABO-Ra-EtudeMedicamentsEaux.pdf

Résumé de l'ANSES :

http://www.anses.fr/fr/content/campagne-nationale-danalyse-des-r%C3%A9sidus-de-m%C3%A9dicaments-dans-leau-des-r%C3%A9sultats-conformes-aux

On relèvera ici – pour s'en plaindre – l'ergonomie déplorable du site de l'ANSES.

 

[8]  http://www.60millions-mag.com/actualites/articles/eau_potable_nbsp_les_questions_que_vous_vous_posez

 

[9]  http://www.mont-roucous.com/

 

[10]  http://www.mont-roucous.com/RAPPORT-D-ANALYSE%20MONT-ROUCOUS-tamoxifene.pdf

 

[11]  http://www.saint-amand.com/origine-qualite-eau/origine-parcours/fr

 

[12]  http://www.mont-roucous.com/CP-CSEM-25-mars-2013.pdf

 

[13]  Voici une explication sur la difficulté de la recherche de microtraces :

« Ces travaux ont permis de mettre en évidence un risque important de « faux positifs : si les conditions de manipulations ne sont pas suffisamment rigoureuses, il est possible de conclure à tort à la présence d’ultra-traces. L’exemple de l’analyse des traces de caféine illustre bien ce risque : une manipulation effectuée par un buveur de café révèle des traces à 250ng/L, celle réalisée par un non-buveur de café est à 30ng/L, tandis que celle réalisée par un non-buveur de café dans des conditions strictes est inférieure à 5ng/L ! D’où l’importance de prendre en compte ce risque de « faux positifs » dans les analyses d’eaux, et la nécessité de s’assurer d’une manipulation et d’une méthodologie d’analyse extrêmement précise. Par ailleurs, dans cette étude, aucune des 120 substances recherchées n’a été détectée dans les bouteilles d’eaux minérales naturelles analysées. »

http://www.volvic.fr/une_source_unique/purete_des_eaux_minerales__methodologies_danalyse/

 

[14]  http://www.huffingtonpost.fr/emmanuel-poilane/eau-pesticides-medicaments_b_2932549.html?utm_hp_ref=france

 

[15]  http://www.france-libertes.org/Des-traces-de-pesticides-et-de.html#.UVN-URdWySo

 

[16]  http://www.romandie.com/news/n/_Traces_de_medicaments_et_pesticides_dans_10_des_eaux_en_bouteille__RP_250320131157-14-337788.asp?

 

[17]  Europe1, par exemple a produit un article spécifique, littéralement infamant, même s'il écrit qu'il « n'y a toutefois pas lieu de s'inquiéter, les particules étant présentes en très faible quantité » :

http://www.europe1.fr/France/Polluants-dans-l-eau-les-marques-concernees-1459689/

 

[18]  http://www.romandie.com/news/n/_Pas_de_residu_de_medicaments_dans_les_eaux_minerales_13250320131740.asp?

 

[19]  Un article non révisé pour inclure le démenti :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/25/l-eau-minerale-n-est-plus-epargnee-par-la-pollution_1853686_3244.html

Un article révisé :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/25/des-traces-de-pesticides-et-de-medicaments-retrouvees-dans-des-eaux-en-bouteille_1853519_3244.html

 

[20]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/25/la-forte-demande-d-eau-en-bouteille-peut-entrainer-sa-contamination_1853763_3244.html

 

[21]  http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20130325.OBS2901/cristaline-vittel-10-des-eaux-en-bouteille-sont-polluees.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20130325.REU0464/des-micro-traces-de-polluants-dans-les-eaux-minerales.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/805357-eaux-en-bouteilles-polluees-de-pesticides-et-medicaments-etes-vous-inquiet.html

 

[22]  http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE92O05G20130325

 

[23]  http://fr.wikipedia.org/wiki/Perrier_(eau_min%C3%A9rale)

http://www.lactualitechimique.org/larevue_article.php?cle=2347

 

 


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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 15:51

   

Dans un précédent article, j’avais mis en évidence les failles importantes du scénario Négawatt. Ces failles concernent tous les aspects du scénario : agronomie, sylviculture, technologie et économie. Bien entendu, l’acceptabilité sociale du projet est aussi totalement illusoire, car il repose sur une gestion extrêmement stricte des massifs forestiers et de l’espace agricole, ne laissant aucune possibilité de choix aux stakeholders.

Pour autant, le développement de l’énergie biomasse bois est possible en France sans changer le mode d’exploitation des forêts et sans dérapage des prix du bois, et donc a priori sans provoquer de crispation sociale. La Finlande est un bon exemple de développement harmonieux de la filière bois énergie, le bois est à l’origine de 23% de leur production d’énergie primaire. La filière s’appuie sur le recyclage du bois en fin de vie et la combustion des déchets de scierie ou de fabrication de cellulose. La quasi-totalité des installations sont des cogénérations produisant de la chaleur pour un usage domestique et/ou industriel.

On pourrait dont s’attendre à ce que les militants pro-transition énergétique soutiennent activement les projets de centrales biomasse associées à une valorisation du bois, par exemple pour la construction, un traitement des déchets bois et une implantation géographique au cœur de massif forestier pour limiter le transport du bois. Pourtant il n’en a rien : en France le projet Erscia fait face à l’opposition d’activistes soutenus par France Nature Environnement et EELV.

Un projet modèle récolte une opposition hystérique …

Le projet Erscia est pourtant sur le papier le projet typique d’une transition vers une économie sans énergie fossile : aux cœurs d’un massif forestier sous-exploité à hauteur de 2.6M de m3 rien que pour le bois énergie, un vaste projet de sciage de résineux (le bois le plus utilisé pour la construction bois), de cogénération bois (avec un rendement de 65% minimum d’après l’arrêté préfectoral) et une production de granulés bois à destination du marché français et belge. Pour rappel, l’UE importe chaque année plus deux millions de tonne de granulés de bois. La centrale de cogénération sera alimentée par du bois recyclé et les déchets de scierie (écorces) qui ne peuvent être valorisés en granulés. Un système cohérent, intégré dans son environnement forestier et industriel, il est difficile de critiquer ce projet sans mauvaise foi.

Les opposants ont rapidement acquis à leur cause l’habituel contingent d’écologistes des salons parisiens, ainsi que des locaux issus de la filière bois, toujours prompts à défendre plus ou moins clairement l’immobilisme. Bien évidemment, les arguments des opposants sont constitués du ramassis standard d’âneries et de mensonges écolos-bobos. Face à ce déchainement, l’entrepreneur a carrément décider de porter plainte en diffamation et de refuser catégoriquement de participer à une table ronde qui, à n’en pas douter, aurait tourné au pugilat.

… pendant qu’un projet absurde reçoit soutient actif des écologistes

En étudiant les résultats du dernier appel d’offre CRE un autre projet interpelle : la centrale biomasse de Provence. Ce projet est l’exemple typique de ce qu’il ne faut t pas faire. La puissance du projet est énorme, 150MW d’électricité, c’est plus du double de la plus grande unité en service en France. Installée en Gironde, la centrale de Dalkia à Facture s’appuie sur le vaste et dynamique massif forestier des Landes et fournit de la chaleur à une usine de pâtes à papier, qui l’alimente à son tour en liqueur noir et déchet d’écorçage. La situation est très différence en PACA : le massif forestier local est déjà surexploité, on se demande bien sur quelle filière le député EELV François-Michel Lambert compte s’appuyer pour nous assurer qu’Eon achètera localement le bon million de tonne de bois prévu pour alimenter son monstre. J’ai des idées, mais je doute que l’installation de quelques centaines de milliers d’hectares de plantation de clones d’eucalyptus ou de peupliers irrigués à la place des forêts classées Natura 2000 soit compatible avec le programme d’EELV.  

Ce projet est aussi une calamité énergétique. Aucune valorisation de la chaleur n’est prévue, aucun procès industriel n’est rattaché, ni réseau de chaleur domestique. C’est donc 450MWh de chaleur qui partiront en fumée (en vapeur), soit assez de chaleur pour chauffer 180 000 foyers  de 100m3 aux normes de 2005 et 720 000 aux normes de 2013. Ce projet est 100% politique : il vise à redonner du travail aux employés d’une tranche de la centrale au charbon de Gardanne qui doit fermer sous peu. Eon profite des tarifs élevés de l’électricité bois dans le cadre des appels d’offre CRE et de la fébrilité des politiciens face à tout plan social. Les conséquences de ce projet sont faciles à prévoir :

Un assèchement de la ressource locale en bois, donc une monté rapide des prix et des dérives dans l’exploitation forestière.

Une production d’électricité très couteuse car reposant sur un rayon d’approvisionnement énorme (les promoteurs admettent déjà qu’ils auront recours à l’importation de granulés) et sans valorisation de la chaleur. Le tarif accordé sera forcément très élevé.

Le maintien d’une centrale au charbon très polluante, qui profitera de la situation pour se faire oublier.

Un bon cas concret pour les opposants aux développements du bois énergie qui se feront un plaisir de l’exhiber au besoin.

Pourtant l’opposition au projet est bien mince. Si Erscia fait face à une mobilisation active de militants extrémistes relayés dans la média sphère écolo-bobo,,, ce n’est pas le cas d’Eon. Ce constat paradoxal nécessite des explications.

L’écologie, c’est surtout une attitude.

Le premier élément qui explique cette situation est la pauvreté de l’expertise technique des leaders écologistes. On ne rappeler jamais assez que l’écologie politique, c’est surtout de la politique. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter notre ministre de l’environnement qui nous a expliqué il y a peu que les poissons élevés en France, essentiellement des espèces carnivores, ne consomment pas de viande. Si la tête ne pense pas, le reste du corps écologiste ne pense pas non plus. Les militant et sympathisants ne font en général que relayer les poncifs de la propagande écologiste : couper les arbres, c’est mal, la viande c’est mal, les OGM ça donne le cancer au rat, on pourrait tous manger bio etc. L’écologie politique produit très peu de pensée intéressante en France. Ce qui va motiver leurs réactions face à un projet n’est pas la pertinence écologique du projet, mais bien leur névrose anti-humain,  leur « haine de soi » ainsi que le ressentiment contre tel ou tel agent économique.

L’écologiste ne se (re)produit pas hors sol.

La pensée écologiste s’appuie toujours sur les caractères culturels locaux. Ces caractères profonds des peuples ont été mis en évidence par Gustave le Bon ou encore Serge Tchakhotine. En France, la pensée écologiste est gauchisante et s’appuie essentiellement sur la lutte contre l’industrie et les projets de grande taille. L’origine de cette attitude est difficile à cerner, mais Thomas Philippon avance une thèse intéressante dans son essai « Le capitalisme d’héritier » : le capitalisme français privilégie l’héritage et la reproduction des inégalités sociales, provoquant une exacerbation des tensions sociales et un sentiment d’injustice qui ne faiblissent pas depuis le début de la révolution industrielle. Cette haine de l’industrie et des « grandes entreprises » est contrebalancée par un a priori sympathique envers toute activité syndicale. On voit donc les mêmes militants ou politiciens trainer dans la boue les « forces du capitalisme », mais défendre avec férocité les employés de ces même entreprises au premier plan social venu. C’est  exactement ce qu’il se passe dans le projet Eon : pour protéger l’emploi d’une polluante centrale au charbon, les syndicats et les politiciens, y compris écologistes, sont prêts à remballer leurs principes ou à fermer les yeux sur l’évidence.

Tout changer, mais surtout ne rien changer

Le conservatisme explique aussi la différence de réaction face aux deux projets. L’attitude des écologistes ressemble bien plus à un délire ultralibéral bien connu qu’un choix écologique: ce que les anglo-saxons appellent « not in my backyard ». Cela consiste à exiger l’absence totale de perturbation directe ou indirecte de son petit espace personnel (que ce soit sa propriété ou un lieu de week-end champêtre possible) au nom de la propriété tout en exigeant d’avoir accès à tous les avantages de la vie moderne écologique. C’est bien cette attitude qui est à l’œuvre chez nos opposants au projet Erscia. Etant une nouvelle activité industrielle, il ne peut se prévaloir du parapluie syndical et va perturber le tissus social et économique local. A l’inverse le projet de Gardanne, aussi absurde qu’il puisse être au plan écologique et technologique, permettra le maintien d’une activité industrielle déjà en place. Il n’est donc nullement étonnant de voir mêmes les militants qui applaudissent et brandissent le scénario Négawatt être les premiers à lutter contre un projet qui s’inscrit typiquement dans le cadre du scénario parce qu’il est porté par un industriel, tout en acceptant sans broncher un projet absurde mais soutenus par des syndicats et qui maintient l’ordre établi.

Ce conservatisme pose un problème de fond : il empêche la transition écologique qu’ils soutiennent et la transforme en source de pensée réactionnaire. Quand on constate les dérapages agressifs des opposants à l’aéroport de Nantes, excusés par certains leaders de l’opinion écologiste médiatique, on peut légitimement se demander où est la limite entre protection de l’environnement et dérives fanatiques violentes que l’on observe déjà chez les mouvements animalistes.  

L’URSS fut un projet politique et échoua, l’Euro est un projet politique qui détruit l’économie de la zone Euro, l’écologie sera un projet politique et à n’en pas douter autre fiasco

Au final la pensée écologiste française, qui prétend d’appuyer sur les limites de la biosphère et de la physique, s’articule en fait sur un schéma très différent :

-Repérer les idées qui permettent de produire de l’énergie sans nucléaire et éventuellement sans énergie fossile.

-Ignorer royalement les limites de ces technologies et exiger leur mise en place massive et immédiate, à grand coup de subventions et de scénarios bidon.

-Refuser toute implantation de ces technologies dans la mesure où l’échelle n’est pas nanométrique et/ou que la zone d’implantation n’est pas industrialisé ou qu’elle risque de provoquer des changements sociaux locaux, y compris positifs.

-Favoriser la délocalisation de la pollution dès que c’est possible en respectant un silence religieux sur l’impact écologique des produits énergétiques ou manufacturés importés.

C’est en gros l’historique de la filière solaire photovoltaïque: on subventionne à fond jusqu’à provoquer une bulle spéculative, on délocalise la production polluante en combinant normes strictes pour la fabrication locale et porosité des frontières aux importations chinoises subventionnées. Après quelques factures salées, l’état ferme le robinet des subventions, les entreprises font faillite, y compris les chinois puisque Suntech est aussi sur la paille, laissant la filière PV mondiale en ruine.  

L’impact mental, social et économique de l’écologie politique est déjà cataclysmique

Ne discutez jamais de l’impact comparé de l’exploitation du gaz russe et du gaz de schiste avec un citoyen englué dans la propagande écologiste, il ne comprendra pas l’objet de la discussion. Le sympathisant écologiste français n’est pas un penseur, ni un calculateur : il réagit et agit en fonction de signaux idéologiques simples et de quelques mots clés. Il est paresseux et suffisant: l’immense majorité d’entre eux ignore que la forêt française est sous exploitée, mais dès qu’on lui agite une sucrerie, comme la sortie du nucléaire, il oublie et accepte un scénario qui prétend mobiliser des ressources forestières qui dépassent les limites biologiques. Essayez d’en convaincre un que la forêt est sous exploitée, il criera au scandale, même si Solagro, un des contributeurs au scénario Négawatt, cosigne l’étude IFN/Ademe sur lequel vous appuyez vos discours.

L’impact négatif de la pensée écologiste est déjà bien visible sur notre économie, mais elle l’est aussi sur l’environnement : nous exportons notre pollution. Elle provoque aussi des délires comme cet hallucinant projet d’éradication de la truite créole de l’Ile de Réunion. La France souffre d’autant plus que les écologistes locaux sont de piètre qualité et ressemble plus à des syndicalistes qu’a des militants visant à protéger l’environnement ou réduire notre dépendance malsaine à l’énergie fossile.

Dans ces conditions les exigences de transition écologique ne nous fait pas courir un risque d’effondrement de civilisation, quelques années de récession auront rapidement raison des pressions politiques, certains signes encourageant apparaissent déjà, c’est plutôt une farce permanente où l’absurdité de l’écologie politique s’exprimera au quotidien à travers les actions illogiques et tragico-comiques de ses militants. Espérons qu’il n’y ait pas trop de dégâts, et je souhaite bon courage aux élus et à l’entrepreneur qui soutiennent ce projet : l’issue de ce conflit dépasse bien évidemment le projet lui-même. Aucun pays moderne ne peut accepter de voir bloqués des projets d’avenir par quelques dizaines militants fanatiques et des ONG et un parti politique qui se trompe de combat.

Ailanthus Invictus


 

 

http://www.forest.fi/smyforest/foresteng.nsf/0/344E4D62AF7F274AC22572CA001CF02E?Opendocument

http://www.dispo-boisenergie.fr/general/resultat/1/1#5

http://adretmorvan.org/pdf/Arr%C3%AAt%C3%A9%20Prefet_ERSCIA_19-04-12.pdf

http://www.bioenergie-promotion.fr/25465/les-importations-europeennes-de-granules-de-bois-passent-les-2-millions-de-tonnes-en-2011/

http://www.lejdc.fr/nievre/actualite/pays/morvan/2013/03/30/erscia-la-ligne-floue-du-parti-socialiste-1496496.html

http://bourgogne.france3.fr/2013/02/21/sardy-les-epiry-nievre-le-directeur-d-erscia-france-porte-plainte-contre-les-opposants-au-projet-de-scierie-industrielle-203853.html

http://www.lejdc.fr/nievre/actualite/pays/morvan/2013/03/07/la-societe-erscia-ne-participera-pas-a-la-table-ronde-1467880.html

http://www.usinenouvelle.com/article/eon-confirme-son-projet-biomasse-a-gardanne-mais-lache-hornaing.N182984

http://www.dalkia.com/fr/actualites/communiques/2012-10-03,smurfit-kappa-centrale-cogeneration-biomasse.htm

http://www.laprovence.com/article/economie/1160146/centrale-de-gardanne-lavenir-sassombrit-au-pays-du-charbon.html

http://www.laprovence.com/article/economie/927621/gardanne-une-centrale-qui-fait-feu-de-tout-bois.html

http://www.rue89.com/rue89-planete/2013/03/27/foret-morvan-nouvelle-zone-a-defendre-240863

http://www.bastamag.net/article2928.html

http://www.lepartidegauche.fr/vudailleurs/articleweb/bastamag-les-forets-francaises-nouvel-eldorado-industriel-20960

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=1419

http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/sauvons-truites-ile-reunion/9845

http://www.actu-environnement.com/ae/news/normes-simplificatoin-Lambert-Boulard-Dreal-Grenelle-air-legionelles-nitrates-ZNIEFF-TVB-18153.php4

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 19:19

Des insecticides très performants...

 

Les néonicotinoïdes sont une classe d'insecticides de synthèse agissant sur le système nerveux central des insectes.  Ils sont chimiquement voisins de la nicotine [1].  Ils sont très efficaces contre certaines classes d'insectes (les doses sont de quelques grammes par hectare) et généralement peu toxiques pour les mammifères.

 

Ils sont systémiques (absorbés par les plantes), et plutôt persistants.  Une application particulière est par conséquent l'enrobage des semences : l'insecticide protège la semence contre les insectes du sol et, ultérieurement, contre certains suceurs et piqueurs.

 

Les trois représentants de la classe qui sont en cause ici sont la clothianidine, l'imidaclopride et le thiamethoxam.

 

 

...mais... les abeilles...

 

Les néonicotinoïdes sont toxiques pour les abeilles.  Comme d'autres insecticides...  Mais c'est un problème qui se gère, notamment par l'établissement de doses maximales en-dessous de la dose posant problème et l'interdiction de traiter pendant la période où la culture est attractive pour les abeilles (floraison le plus généralement).

 

Le problème des néonicotinoïdes utilisés en traitement des semences est cependant qu'ils subsistent dans la plante au moment de la floraison.  Cela a bien évidemment été pris en compte lorsque les molécules, les produits et les usages ont été autorisés.

 

C'est donc avec beaucoup d'impudence, sinon de mauvaise foi, que Le Monde a titré le 16 janvier 2013 : « Pesticides : un risque enfin admis pour les abeilles » [2].  Rien qu'écrire : « pesticides... ».  Mais il est vrai que c'est du Stéphane Foucart...

 

Toutefois, les agriculteurs, les pouvoirs politiques et, en fait, la société toute entière, ont été rapidement confrontés à des allégations graves de la part d'apiculteurs : les néonicotinoïdes utilisés en traitement des semences provoqueraient l'effondrement des colonies d'abeilles, les butineuses contaminées étant désorientées et incapables de retourner à la ruche.

 

En France, c'est l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF) qui a été le plus en pointe sur ce dossier, déployant un remarquable pilonnage médiatique et un important harcèlement des autorités gouvernementales, de concert avec les organisations amies de la galaxie antipesticides et alteragricole [3].

 

Les allégations sont-elles fondées ? C'est, comme souvent, difficile à dire dès lors qu'il s'agit de faire un lien sans ambiguïté entre un effet et une cause dans un environnement complexe.  Mais on peut avancer sans manquer à la prudence que ce lien n'a pas été établi.  Des analyses ont été faites sur des ruches qui se sont effondrées, sans que l'insecticide, accusé, ait pu être mis en cause ; les recherches ne permettent pas de dégager une cause unique, la piste multifactorielle étant privilégiée (sauf par certains milieux antipesticides) [4].  Une expérience originale et innovante a été réalisée et publiée en mars 2012 ; elle a été interprétée comme démontrant le lien [5].  Malheureusement – et on peut ajouter : comme souvent quand il s'agit d'une question sur laquelle les opinions sont tranchées – le protocole est très éloigné de la réalité et semble avoir été conçu pour démontrer une opinion préconçue [6].

 

 

L'EFSA consultée...

 

Les néonicotinoïdes ont eu une histoire compliquée d'autorisations, de suspensions, d'autorisations provisoires renouvelées, et d'interdictions, du fait des allégations de nocivité pour les abeilles, des pressions médiatiques et politiques (retirer une autorisation de pesticides est toujours une opération plus favorable que le maintien sur le plan médiatique et électoral).  Le dernier épisode d'importance en France a été l'interdiction du thiaméthoxam sur colza, par un arrêté pris par le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll (sur la base d'une interprétation abusive d'un avis de l'ANSES...) [7].  L'interdiction est contestée par Syngenta... et la saga continue.

 

La situation est aussi extrêmement compliquée au niveau européen, une même combinaison produit-culture-usage pouvant être interdite dans un pays et autorisée dans un autre.

 

L'étude susmentionnée, ainsi qu'une autre, sur les hyménoptères sauvages, a incité la Commission européenne à demander l'avis de l'EFSA [8].  Le 30 juillet 2012, la Commission priait l'EFSA d'examiner en priorité la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxam.

 

Et l'EFSA vient de produire, le 16 janvier 2013, ses avis ; des conclusions sur le réexamen par les pairs de l'évaluation des risques pesticidaux pour les abeilles de la substance active [nom] [9].

 

 

...produit des rapports nuancés, mais sources d'erreurs d'interprétation

 

Les avis sont, comme de coutume, très détaillés.  Avec trois bémols importants.  D'une part, les experts ne se sont intéressés qu'aux risques – largement théoriques, potentiels.  D'autre part, leurs considérations plutôt théoriques sont fondées en grande partie sur des études scientifiques ou des rapports officiels, de plus récents, et non l'expérience pratique.  Enfin, les experts se sont heurtés à un gros problème – pour eux – d'insuffisances de données.  Dans certains cas, ils ont manifestement fait de l'acrobatie pour tirer des conclusions ou des orientations à partir des maigres données disponibles.

 

L'évaluation produit donc une image partielle qu'il faut elle-même évaluer, notamment à la lumière de facteurs tels que l'incidence réelle ou les stratégies d'évitement ou de mitigation, ainsi que l'expérience de terrain.  S'agissant des données, il en est qui n'étaient pas exigées au moment de la délivrance des autorisations, ou qui ne se sont révélées intéressantes qu'à partir du moment où les accusations de dégâts sur les ruches ont été formulées.

 

À la fin des documents on trouve cependant des tableaux résumant les résultats des activités de monitoring, soit le retour d'expérience de l'utilisation des insecticides en cause en conditions réelles.  Les États membres ont rapporté l'existence de problèmes – mais la gravité n'est pas précisée dans les avis – avec les poussières d'insecticides libérées lors du semis ; des risques aigus dans le cas de la clothianidine par le biais du pollen et du nectar chez le colza ; et des risques aigus dans le cas du maïs par la guttation (la libération de gouttelettes d'eau par les feuilles, les abeilles pouvant venir s'en abreuver).

 

Pour les autres situations à risque, telle la présence de résidus d'insecticides dans le pollen ou le nectar (dans d'autres cas que la clothianidine chez le colza), les rapports des États membres ont été consignés comme une évaluation non finalisée du fait de l'absence ou de l'insuffisance de données, ou de l'absence de protocoles d'évaluation communément acceptés.

 

Est-ce bien raisonnable ? « Évaluation non finalisée », symbolisé par un « X » semble être la valeur par défaut par rapport à « risques identifiés ».  Par exemple, le Cruiser OSR (thiaméthoxam) est largement utilisé dans de nombreux pays, notamment en Allemagne, en Pologne et au Royaume-Uni, grands pays producteurs de colza.  Il n'y a pas eu de bouffée médiatique au sujet de la disparition des abeilles.  Et pourtant, il n'y a que des « X » pour dix pays, dont l'Allemagne.

 

En France, il a été utilisé sur 650 000 hectares (un hectare sur deux) en 2011/2012, avant son interdiction.  Aucune récrimination d'apiculteur médiatisée – en clair : pas d'incident... pas de retour d'expérience consigné par les experts de l'EFSA.  À l'évidence, la France ne pouvait annoncer un tel résultat car cela aurait sapé les fondements de la décision d'interdiction du ministre Le Foll ainsi que son activisme.

 

Ce marquage peut donc s'interpréter comme une première indication d'une absence de risque sérieux.  Les risques associés aux poussières sont gérables ; et le maïs n'est pas une plante attractive pour les abeilles (et la France, si frileuse et si perméable au discours antipesticides, a maintenu l'autorisation du Cruiser sur le maïs).

 

En d'autres termes, l'évaluation est plutôt positive pour les matières actives en cause.

 

Toutefois, les lecteurs novices seront induits en erreur.  « Plus on apprend plus on ne sait rien » (Jacques Dutronc).  La connaissance dévoile les pans de notre ignorance ; et l'ignorant, surtout formaté à l'idéologie antipesticides, ne verra que celle-ci.

 

Mais, quoi qu'il en soit, « le document d’orientation final sur l’évaluation des risques associés aux produits phytopharmaceutiques pour les abeilles étant toujours en cours d’élaboration, un haut niveau d’incertitude subsiste pour ce qui concerne les dernières évaluations » [10].

 

 

L'EFSA est-elle encore experte ?

 

Cet état de fait impose aussi une réflexion sur la qualité et la neutralité de l'expertise conduite au sein de l'EFSA.  Le bombardement médiatique et politique qu'elle subit ne se traduit-il pas par une expertise – devenue pseudo-expertise – politiquement correcte ?

 

On peut commencer à s'interroger pour l'expertise elle-même.  Pour la communication, le doute ne semble plus permis.

 

 

Le scandale médiatique commence à l'EFSA...

 

L'EFSA annonce donc la publication des avis par un communiqué de presse [9].

 

Elle écrit, dans la version française :

 

« Lorsque les évaluations des risques ont pu être finalisées, l’EFSA, en coopération avec des experts scientifiques des États membres de l’UE, a rendu les conclusions suivantes pour les trois substances:

 

Exposition au pollen et au nectar: seule l’utilisation sur des cultures n’attirant pas les abeilles a été considérée comme présentant un faible risque. Des risques aigus ont été identifiés pour l’utilisation de la clothianidine et de l’imidaclopride sur certaines cultures qui attirent les abeilles. L’évaluation des risques pour le thiaméthoxame n’a pas pu être finalisée en raison de données insuffisantes.

Exposition à la poussière: un risque pour les abeilles a été signalé ou n’a pas pu être exclu, avec certaines exceptions telles que l’utilisation sur les betteraves sucrières et les cultures sous serre, ainsi que l’utilisation de certains granules;

Exposition à la guttation: la seule évaluation des risques ayant pu être finalisée concerne le maïs traité avec du thiaméthoxame. Dans ce cas, les études sur le terrain démontrent un effet aigu sur les abeilles exposées à la substance par la voie de la guttation. »

 

Mais – stupeur – dans les autres versions (allemande, anglaise et italienne), cela devient pour le début :

 

« Exposition au pollen et au nectar: seule l’utilisation sur des cultures n’attirant pas les abeilles a été considérée comme acceptable » [11].

 

Les antipesticides s'insurgeront certes de la version française.  Le fait est, cependant, qu'elle reflète bien mieux la réalité que les autres versions.

 

Et donc : à quoi jouent les gourous de la communication de l'EFSA ?

 

On voudrait créer (ou plutôt, dans le cas d'espèce, attiser) un élan médiatique antipesticide qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

 

 

...et se poursuit à la Commission européenne

 

Ce n'est pas la première fois que nous constatons que la communication des instances d'évaluation est infligée d'un biais.  Mais poursuivons.

 

« L'EFSA a rendu mercredi des conclusions inquiétantes sur l'impact de trois types de produits sur le nectar et le pollen. »  C'est, selon certains journaux, tels Le Parisien [12] ou Sciences &Avenir [13], la déclaration de M. Frédéric Vincent, porte-parole de M. Tonio Borg, commissaire européen en charge de la santé et des consommateurs.

 

Il n'y a pas de source officielle, semble-t-il, mais il n'y a pas de raison de douter de la véracité des propos rapportés.  Or, s'il y a une constatation qui est incontournable, c'est bien que les avis de l'EFSA ne contiennent aucune conclusion inquiétante.

 

Se pose donc la même question : à quoi joue le porte-parole ? Et, peut-être, la DG SANCO ?

 

 

En France, Le Monde...

 

Que les médias français aient été abusés paraît donc normal.  Mais il est des journaux qui ont, eux, abusé.  Au premier chef Le Monde et son désinformateur dans le domaine de l'« écologisme », Stéphane Foucart [2].

 

Il a certes fait un louable effort pour aller au-delà des communiqués de presse et autres dépêches.  Mais il écrit :

 

« Dans les trois avis rendus, les experts de l'EFSA reconnaissent que la science est encore loin du compte. En fonction du produit et de son mode d'utilisation, les données ne permettent bien souvent pas de conclure à l'existence ou à l'absence de risques. Par exemple, il est actuellement impossible d'évaluer le risque posé par l'imidaclopride sur les abeilles lorsque le produit est utilisé sur l'endive, la laitue, la scarole, le radis, etc. »

 

Perversion du langage, les experts – non responsables et non coupables – n'ont rien « reconnu », mais « constaté ».  Quant aux espèces citées, elles ne fleurissent pas en production maraîchère, ne sont donc pas attractives pour les abeilles, et présentent donc des risques faibles sinon nuls.

 

Dans un complément, M. Foucart titre : « Les contre-feux de l'industrie agrochimique » à propos d'un rapport du Humboldt Forum for Food and Agriculture rendu public deux jours avant les avis de l'EFSA [14].  Ce document n'a pas été évoqué par tous les journaux.  M. Foucart serait donc à complimenter, mais il y a les petits dérapages.

 

Il note ainsi que la document a été financé par Bayer et Syngenta, mais oublie de préciser qu'il a été soutenu (« supported ») par le COPA-COGECA, l'ESA et l'ECPA, les organisations faitières européennes de l'agriculture et des coopératives, des semences et de la protection des plantes.

 

Selon ce rapport, les néonicotinoïdes rapporteraient 4,5 milliards d'euros par an à l'économie européenne [15].  Et M. Foucart ajoute : « Le rapport ne dit pas qu'au niveau mondial, les services rendus par les insectes pollinisateurs sont estimés à 115 milliards d'euros par an. »  C'est là comparer abusivement deux chiffres qui portent sur des bases complètement différentes...  Et les abeilles ne sont pas menacées par des néonicotinoïdes correctement utilisés.

 

 

Un scandale politique en gestation ?

 

Chemistry World rapporte que M. Vincent a dit que « la Commission [avait] des inquiétudes quant aux conclusions du rapport de l'EFSA »[16].  Cette déclaration est intervenue, au plus tard, deux jours après la mise en ligne des avis de l'EFSA.  Il paraît peu vraisemblable que la Commission in corpore ait pu s'exprimer en si peu de temps.

 

M. Vincent a ajouté : « En ce qui nous concerne » – « nous » signifiant vraisemblablement la Direction générale de la santé et des consommateurs (SANCO) – « c'est très clair: si le rapport et les études suivantes montrent qu'il y a un problème avec ces produits, alors la Commission, avec les États membres, prendra les mesures nécessaires. »  D'une prudence de Sioux...

 

Une prudence qui n'a pas été retenue par le correspondant de l'AFP – et divers médias français à sa suite – car il a tout simplement zappé le début, la conditionnelle, ce qui lui a permis d'anticiper une décision, avec le conditionnel de circonstance [17] :

 

« La Commission européenne pourrait proposer d'interdire l'utilisation de certains pesticides après les conclusions "inquiétantes" rendues mercredi par l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur leur impact létal pour les abeilles. »

 

À ce moment-là, les seules décisions prises avaient été de donner à Bayer et Syngenta la possibilité de s'exprimer sur les avis avant le 25 janvier 2013 – un délai ultra-court et cavalier – et d'inscrire le sujet à l’ordre du jour de la réunion du Comité permanent de la chaine alimentaire et de la santé animale (CP CASA) devant se tenir le 31 janvier 2013 – ce qui a donné aux délégués un temps ultra-court et cavalier, pour eux et pour Bayer et Syngenta, pour étudier les réponses de ces derniers.

 

 

En France, le ministre « communique »

 

Cela n'a pas fait les titres, ni même les articulets : « Stephane LE FOLL est satisfait de la réactivité de la Commission et demandera que des mesures appropriées soient prises rapidement et mises en œuvre dans les meilleurs délais » [18].  C'est la conclusion d'un communiqué de presse du 16 janvier 2012, donc du jour de la mise en ligne des avis de l'EFSA et des décisions susmentionnées de la DG SANCO.

 

Mais, outre la vélocité de la réaction, c'est le titre du communiqué qui est sidérant : « Avis de l’EFSA : "néonicotinoides" (sic), Stephane (resic) LE FOLL demande à la Commission de prendre rapidement des mesures appropriées. »  Dans leur folle précipitation, ils ont oublié un tréma et un accent ; notez aussi l'emploi du présent !  Mais c'est surtout le fond qui interpelle.

 

En effet, sans connaître la teneur réelle des avis de l'EFSA (sauf à avoir une prodigieuse capacité d'absorption), tenant pour quantité nulle les réponses à venir des fabricants, sans consulter les parties prenantes au niveau national, sans égard pour les procédures au niveau communautaire, sans égard même pour son propre pouvoir et, en fait, sa propre responsabilité pour la prise de décision, M. Stéphane Le Foll demande...

 

 

Une belle proportionalité

 

À la Commission, le Commissaire Borg, fraichement désigné et manifestement avide de se faire connaître, a décidé de traiter le dossier au pas de charge.

 

À la réunion du Conseil de l'agriculture et de la pêche du 28 janvier 2013, la Commission a annoncé qu'elle comptait « présenter prochainement des propositions visant à appliquer les principes de précaution et de proportionnalité à cette question » [19].  Déclaration fort diplomatique sur le fond des mesures.

 

La délégation des Pays-Bas avait certes demandé que la question soit traitée sous le point « divers » et suggéré de « lancer une action au niveau communautaire là où des risques élevés ont été identifiés ou n'ont pu être exclus en raison de certains aspects de l'analyse de risques pour les abeilles » [19] [20].  Elle a reçu le soutien de « nombreux États membres » mais certains « ont toutefois estimé qu'il faudrait disposer de nouveaux avis scientifiques avant de prendre toute mesure » [19].

 

Ce « prochainement » de la Commission, c'était la réunion du Comité permanent de la chaine alimentaire et de la santé animale (CP CASA) du 31 janvier 2013.  La Commission y a lancé la proposition de suspendre pendant deux ans l'utilisation de la clothianidine, de l'imidaclopride et du thiamethoxam sur les semences, en granulés et en pulvérisation, pour les cultures qui attirent les abeilles (colza, cotonnier, maïs et tournesol) [21].

 

Selon la France agricole [21], « [c]ette mesure a suscité de sérieuses réserves de la part de plusieurs Etats, notamment l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Espagne, a appris l'AFP de sources communautaires »...  Toujours l'AFP et toujours cette impression de liens privilégiés...

 

Et toujours cette frénésie : « Elle pourrait être soumise lors de la réunion des experts prévue le 25 février 2013 et si elle est adoptée, l'interdiction pourrait entrer en application le 1er juillet 2013, a expliqué Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire en charge de la Santé et des Consommateurs Tonio Borg. »

 

En tout cas, une interdiction – même camouflée au départ en suspension – pour le colza, le maïs et le tournesol, ce n'est pas précisément ce que l'on appelle proportionnalité.

 

 

Et nos ministres plastronnent !

 

La simple prudence exigerait que l'on fasse preuve de... prudence.  La mesure n'est pas encore adoptée.  Les industriels (Bayer et Syngenta) font bloc et les États membres encore doués de rationalité devant les assauts des anti-pesticides n'ont pas encore dit leur dernier mot.

 

« Il est important que nous prenions des décisions fondées sur des preuves scientifiques, et non des décisions impulsives qui auraient d'importantes répercussions » a ainsi dit M. Owen Paterson, le ministre qui a l'agriculture dans son portefeuille au Royaume-Uni [22].

 

Mais M. Le Foll a déclaré : « Je me réjouis de cette décision de la Commission qui s’inscrit dans la droite ligne du retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR dont j’avais pris la décision dès juin 2012 » [23].

 

Même sentiment de satisfaction au Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l’Énergie [24].

 

 

Le Monde, toujours aussi immonde

 

L'article est du 31 janvier 2013, donc du jour même de l'événement [25].  Sous un titre neutre, pour changer, « Comment Bruxelles veut protéger les abeilles sans bannir les pesticides », nous avons droit à l'information bruxelloise et aux commentaires : de la très alter et anti Confédération paysanne, de la très anti-pesticides et populiste Union nationale de l'apiculture française (UNAF) [26] et de M. Dave Goulson, professeur à l'université de Stirling, au Royaume-Uni, qui « estime que la durée de l'interdiction proposée par la Commission sera trop limitée pour percevoir une amélioration de la santé des abeilles ».

 

Intéressant, ce M. Goulson : il est l'auteur de la deuxième étude [27], à côté de celle d'Henry et al. [28], qui avait fait grand bruit l'année dernière et qui est aussi à l'origine des manoeuvres actuelles.  Il avait aussi été cité dans un article précédent du Monde [2].  Il avait notamment déclaré : « Beaucoup d'entre nous voudraient désormais voir un moratoire être décidé sur l'utilisation de ces pesticides, jusqu'à ce que nous comprenions réellement à quel point ils dégradent l'environnement. »  Ce genre de déclaration est une signature : celle d'un chercheur militant.

 

Mais c'est le traitement réservé aux industriels qui est intéressant dans cet article du Monde : une phrase – consacrée aux seuls aspects économiques qui ne jouent en l'occurrence qu'un rôle incident – immédiatement suivie d'un commentaire du président de l'UNAF.

 

 

Allo ! L'Élysée...

 

Mais cela n'a pas empêché le Monde de publier une publicité de Syngenta qui a pris la forme d'une lettre ouverte de M. Martin Taylor, Président du Conseil d’Administration de Syngenta AG, au Ministre de l'agriculture [29].  Il y a l'idéologie et les pépètes...

 

« Il est pour le moins tragique que le gouvernement du pays qui a vu émerger des scientifiques de grand renom tels que Marie Curie et Louis Pasteur tourne sciemment le dos à la science et à ses applications pratiques. Une interdiction politiquement motivée serait dramatique pour les agriculteurs français et constituerait un gigantesque pas en arrière pour l’agriculture durable, et ne sauverait par ailleurs aucune colonie d’abeille » écrit M. Taylor.

 

C'est une lettre qu'il aurait fallu adresser au Président de la République François Hollande, lui qui a choisi d'honorer des savants, et notamment Marie Curie, au moment de sa prise de fonctions.

 

C'est aussi un message pour la France entière.

Wackes Seppi

 

*  Cet article est à jour au 3 février 2013.

 


[1]  On rappellera que la nicotine a été utilisée comme insecticide dans les temps maintenant idéalisés par la génération bobo, y compris en agriculture « biologique » (n'est-elle pas « naturelle »...).  Elle « flinguait tout » ou presque et était très toxique pour l'homme (10 centigrammes suffisent pour entraîner la mort d'un adulte selon J. Vochelle et J. Faure, Les ennemis des cultures – L'emploi efficace des pesticide, éd. 1969).  Elle a fini par être interdite en France à la fin des années 1980 et dans les années 1990.

 

[2]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/16/pesticides-un-risque-enfin-admis-pour-les-abeilles_1817630_3244.html

Il est – disons – amusant de constater que M. Foucart se félicite de la publication d'« un avis scientifique sévère sur trois pesticides » par l'EFSA (en fait, il s'agit de trois avis séparés...), alors que, six mois plus tôt, il écrivait : « La faillite de l'évaluation des pesticides sur les abeilles » :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/09/abeilles-la-faillite-de-l-evaluation-des-pesticides_1731092_3244.html

 

[3]  Voir par exemple :

« Les insecticides néonicotinoïdes autorisés sur les cultures en France, en 2011 : Dangereux pour l'abeille, les insecticides néonicotinoïdes nuisent gravement à l'apiculture » :

http://www.unaf-apiculture.info/presse/2011_Les_insecticides_neonicotinoides_en_France.pdf

« Abeilles, Cruiser et Néonicotinoïdes : arrêtons enfin le massacre ! Le retrait des autorisations de mise sur le marché s’impose » :

http://www.unaf-apiculture.info/presse/2012_03_CP_Declaration_UNAF_demande_retrait_pesticides_%20Cruiser30_03_2012.pdf

 

[4]  Le document date, mais c'est une bonne lecture :

« Le Gaucho ® est-il l'ennemi des abeilles ? »

http://www.sciencemag.org/content/337/6101/1453.2.full

 

[5]  A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees. Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin, Jean‐François Odoux, Pierrick Aupinel, Jean Aptel, Sylvie Tchamitchian, Axel Decourtye. Science, 29 mars 2012. DOI: 10.1126/science.1215039

http://www.debijenwij.nl/pdf/bijen/Science2012-03-29_EffectNeonicotinoidenInHetVeld_Henry-et-al.pdf

Nous comptons en produire une analyse détaillée ultérieurement.

 

[6]  Dans la Gazette de l'AFIA, Guy Waksman produisait une expression qui mérite de passer dans le langage courant : « Sur la dose de produits absorbée par les abeilles, je crains un effet "Séralini" » :

http://www.informatique-agricole.org/gazette-afia-15/

 

[7]  http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000026223233&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id

 

[8]  http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/120601.htm?utm_medium=infocus&utm_source=homepage&utm_campaign=beehealth

 

[9]  Voir le communiqué de presse et, à partir de celui-ci, les documents :

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/130116.htm?utm_medium=infocus&utm_source=homepage&utm_campaign=beehealth

(Consulté le 20 janvier 2013.)

 

[10]  Voir note précédente pour la source.  Un projet d’avis constituant le document d'orientation a été publié le 20 septembre 2012 à des fins de consultation publique.

 

[11]  « Exposure from pollen and nectar. Only uses on crops not attractive to honey bees were considered acceptable.

 

[12]  http://www.leparisien.fr/environnement/l-europe-envisage-d-interdire-des-pesticides-dangereux-pour-les-abeilles-16-01-2013-2486277.php

 

[13]  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/nature-environnement/20130117.OBS5751/abeilles-conclusions-inquietantes-de-l-efsa-sur-l-impact-des-pesticides.html

 

[14]  http://www.neonicreport.com/wp-content/uploads/2013/01/HFFA%20Report.pdf

Résumé, en anglais, à :

http://www.farmersguardian.com/home/arable/banning-neonicotinoids-could-cost-eu-economy-%E2%82%AC45bn-report/52585.article

En français :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/traitements-de-semences-neonicotinoides-un-avantage-economique-majeur-pour-les-agriculteurs-etude-66959.html

 

[15]  Syngenta avait estimé à plus de 200 millions d'euros les pertes pour l'agriculture française issues de l'interdiction du seul Cruiser OSR sur colza :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/traitement-de-semences-retrait-de-l-autorisation-du-cruiser-osr-sur-colza-ministere-de-l-agriculture-video-59329.html

 

[16]  http://www.rsc.org/chemistryworld/2013/01/efsa-europe-honey-bee-decline-neonicotinoid-pesticides

 

[17]  http://www.romandie.com/news/n/Abeilles_conclusions_inquietantes_de_l_EFSA_sur_l_impact_des_pesticides31160120131719.asp?

 

[18]  http://agriculture.gouv.fr/Avis-de-l-EFSA-neonicotinoides

 

[19]  http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/agricult/135133.pdf

 

[20]  http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/13/st05/st05667.en13.pdf

 

[21]  Voir par exemple :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/insecticides-neonicotinoides-bruxelles-interdiction-mais-colza-tournesol-67725.html

 

[22]  http://www.guardian.co.uk/environment/2013/jan/31/eu-proposes-ban-insecticides-bee

Contrairement à ce qu'a rapporté l'AFP, citée par la France agricole [21], l'Allemagne soutiendrait la proposition de la Commission :

http://www.bmelv.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/2013/040-AI-Bienen.html

 

[23]  http://agriculture.gouv.fr/Neonicotinoides-Stephane-LE-FOLL

 

[24]  http://www.developpement-durable.gouv.fr/Neonicotinoides-la-Commission.html

 

[25]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/31/comment-bruxelles-veut-proteger-les-abeilles-sans-bannir-les-pesticides_1825132_3244.html

 

[26]  Le discours du Syndicat des Producteurs de Miel de France (SPMF) et de son président Joël Schiro est bien trop raisonnable et factuel pour intéresser les marchands de salades médiatiques :

http://www.ladepeche.fr/article/2013/01/31/1549440-disparition-des-abeilles-l-heure-des-decisions.html

http://www.beekeeping.com/spmf/2013_01_24_communique_presse.pdf

 

[27]  Neonicotinoid Pesticide Reduces Bumble Bee Colony Growth and Queen Production, Penelope R. Whitehorn, Stephanie O’Connor, Felix L. Wackers, and Dave Goulson, Science 20 April 2012: 351-352.Published online 29 March 2012

http://www.sciencemag.org/content/335/6076/1555.summary

 

[28]  A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees. Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin, Jean‐François Odoux, Pierrick Aupinel, Jean Aptel, Sylvie Tchamitchian, Axel Decourtye. Science, 29 mars 2012. DOI: 10.1126/science.1215039

http://www.debijenwij.nl/pdf/bijen/Science2012-03-29_EffectNeonicotinoidenInHetVeld_Henry-et-al.pdf

 

[29]  http://www3.syngenta.com/country/fr/fr/Syngenta/espace-presse/Pages/Lettre-ouverte-au-ministre-de-l-agriculture.aspx

 

 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 16:27

aspirine.jpgDu fait de la propagande qui nous assaille au quotidien, il est devenu presque banal de considérer les industries chimiques et pharmaceutiques comme des entreprises par nature criminelles. Marie-Monique Robin, avec son sens de la nuance hors du commun, parle de « marchands de mort » : « les pesticides, je le rappelle, sont fabriqués pour tuer , au minimum, des végétaux ou des insectes », précise-t-elle. Comme si notre propre survie ne dépendait pas de notre capacité à tuer des agents pathogènes, pour nous ou pour nos cultures ! Comme si, les produits utilisés en agriculture biologique n’avaient pas également une action biocide, n’étaient pas des pesticides, certes généralement moins efficaces, mais destinés eux aussi à tuer. La propagande écologiste détourne le sens des mots, pour conférer à la chimie de synthèse une connotation exclusivement négative, et l’associer à la mort, tandis que les produits naturels, même lorsqu’ils tuent, sont associés au bien et à la vie. L’utilité de la chimie de synthèse, produire des substances et des molécules d’intérêt, est totalement niée.

 

Pour les croyants qui célèbrent la prodigalité de Gaia, l’ultime aberration serait de produire par synthèse des substances qui existent déjà dans la nature. D’où le commerce folklorique de vitamine C « 100% naturelle » extraite de l’Acérola (Acérola bio de préférence, bien sûr), ou même d’écorce de quinquina (dont on extrait la quinine, un antipaludéen), ou de saule pilée ou en infusion pour remplacer l’aspirine dont celle-ci est issue. Pourquoi enrichir des laboratoires pharmaceutiques qui se contentent de copier un produit disponible dans la nature ?

 

L’exemple de l’aspirine suffit à réfuter le faux bon sens et la vraie mauvaise foi qui se dissimulent derrière cet argument.

 

Le principe actif de l’aspirine a été découvert en 1825 dans l’écorce de saule blanc par un pharmacien italien, Francesco Fontana, qui l’a baptisé salicine. Puis, la salicine donnera naissance à l’acide salicylique, et enfin à l’acide acétylsalicylique, l’aspirine produite par un procédé de synthèse. Cette dernière est plus efficace , et plus facilement assimilable par l’organisme. L’apport de la chimie de synthèse, c’est aussi de proposer une version gastro-résistante de l’aspirine (la « PH8 »), dont les comprimés ne sont pas dissouts au niveau de l’estomac , mais dans l’intestin. Avis aux amateurs d’écorce pilée de saule, souffrant d’ulcères ou de maux d’estomac.

 

Laissons un  instant de côté la question de l’efficacité respective des produits, et considérons qu’avec 40.000 tonnes vendues chaque année , l’aspirine est le médicament le plus consommé dans le monde. Il est donc intéressant de savoir s’il serait concevable de satisfaire les besoins en utilisant comme matière première la substance naturelle.

 

On peut extraire de l’écorce d’un saule qui a atteint sa taille maximale de quoi produire 2,6 kg (1) d’aspirine. Il faudrait donc plus de 15.000.000 d’arbres pour produire les 40.000 tonnes nécessaires annuellement.  Un saule occupe une surface au sol de l’ordre de 20 m2. On devrait donc abattre environ 300.000.000 de m2 de saulaies, soit 30.000 hectares, ce qui signifie en fait disposer de 600.000 ha pour avoir chaque année une quantité d’arbres ayant atteint un développement suffisant. 600.000 ha, c’est quand même beaucoup pour une seule molécule qu’on peut produire facilement et à très bas coût autrement. Et songeons que les plantations de saule dans le monde ne couvrent que 175.000 ha !


 

La chimie de synthèse est non seulement utile pour élaborer de nouvelles molécules, mais elle se justifie aussi pour reproduire des substances qui existent dans la nature, en particulier lorsque leur extraction est compliquée et coûteuse, ou lorsque leur disponibilité est insuffisante pour couvrir nos besoins. Voilà pourquoi ceux qui vantent leur médicaments d’origine 100% naturelle, même lorsqu’il ne s’agit pas de poudre de perlimpinpin, resteront dans un commerce de niche.


Anton Suwalki

 

Note

(1) Donnée fournie dans de vieilles annales de Chimie du bac S. 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 22:13

Parti à la recherche d'Arrêtons d'avoir peur! de Maurice Tubiana dans une librairie qui n'a pas encore entièrement sacrifié son rayon sciences aux charlataneries des « médecines alternatives », de l'ésotérisme et autre « bien être » ; revenu avec Famine au Sud Malbouffe au Nord de Marc Dufumier (éditions NiL).

Ce n'est qu'une impression, a priori suspecte pour l'esprit scientifique, mais même le rayon sciences semble de plus en plus squatté par l'antiscience, les pseudo-sciences, la science dévoyée et militante, etc.  Arrêtons... avait certes eu l'honneur d'un présentoir, mais avec Famine... en vis-à-vis.

Arrêtons... donna lieu à un moment de joie intense ; c'est un pamphlet d'un nonagénaire qui nous parle avec optimisme du chemin parcouru ces dernières décennies, et surtout de notre avenir (si nous voulons bien arrêter d'avoir peur et d'écouter les marchands d'apocalypse).  Et Famine... à un moment d'intense frustration ; c'est un salmigondis d'un digne représentant de la génération des soixante-huitards pour qui le progrès futur se cherche de préférence dans le rétroviseur.

L'ouvrage (194 pages, plutôt gros caractères, facile à lire car pour grand public) est sous-titré : Comment le bio peut nous sauver.  La quatrième de couverture est plus explicite encore : En 2050, les neuf milliards d'être humains pourront se nourrir... grâce à l'agriculture biologique.  Il faut le croire car celui qui l'affirme n'est pas un doux rêveur, mais professeur émérite en agriculture comparée et développement agricole à l'AgroParistech.

Or, c'est bien ça le problème : le discours n'est pas neuf, mais son auteur peut se prévaloir d'une certaine autorité et influence.

Comment le bio peut nous sauver ? On ne le saura pas ! C'est là l'imposture la plus flagrante.

La première moitié de l'ouvrage (six chapitres sur 10 plus une conclusion) se cantonne à la dénonciation d'un système devenu fou ainsi que des désordres agricoles.  Suivent quatorze pages de technique sous le titre : Cap sur l'agroécologie, une agroécologie définie dans le glossaire comme une... discipline scientifique.  Mais, en guise de technique, il s'agit essentiellement de descriptions pour citadins de l'agroforesterie, de la culture de légumineuses en association ou dans la rotation, et de l'association agriculture-élevage, avec une péroraison sur la nécessité de réorienter la recherche agronomique.  C'est donc une agroécologie qui recycle sous un néologisme ronflant des techniques qui ne datent pas d'hier, et pour lesquelles le mot « agronomie » suffisait largement.

        

Ce chapitre est suivi de belles envolées sur Remettre le paysan au coeur du développement – avec l'inévitable couplet sur le dernier sujet dont on cause, le land grabbing (l'accaparement de terres par des investisseurs étrangers, étatiques ou privés) – et Le libre-échange agricole, c'est le vol.  Un dernier chapitre sur Quel avenir pour nos campagnes et nos agriculteurs préconise l'arrêt de la course au productivisme, un rééquilibrage de l'agriculture française avec des porcs en Beauce et des céréales en Bretagne, plus de luzerne et moins d'algues vertes, le développement des labels et, bien sûr, de la filière bio, etc.

On l'aura compris : tous les poncifs de l'écologisme politique et de l'altermondialisme y passent.

Tout cela mène à une conclusion : En 2050, l'agriculture bio peut (sic) nourrir la planète.  Mais « conclusion » s'entend ici comme l'intitulé du chapitre final choisi par l'auteur, et non comme le dernier terme d'une démonstration.  C'est aussi un chapitre bien franco-français de propagande en faveur de l'agriculture biologique, et de l'AB française bien sûr.

On y apprend tout de même que deux rapports de l'INRA et du CIRAD [1] et de l'IAASTD [2] prouvent que l'agroécologie n'est plus considérée comme une utopie.  Nous voilà bien avancés !  Et encore... le mot agroecology n'apparaît que très marginalement dans le second (aucune analyse particulière de la chose, les 21 occurrences du mot figurant essentiellement dans les références bibliographiques ; nous n'avons pas vérifié pour le premier rapport).  On peut donc raisonnablement s'interroger si l'honnêteté intellectuelle a bien présidé à la rédaction de cette phrase ; ou si l'auteur a bien lu les quelque 600 pages du rapport de l'IAASTD.

Il faut arriver quasiment à la conclusion de la conclusion pour lire que [d]'après un récent rapport des Nations Unies, les formes d'agriculture durable inspirées de l'agroécologie pourraientdoubler la production alimentaire des pays du Sud en dix ans.  C'est dire que les formes d'agriculture qui répondent le mieux au cahier des charges de notre agriculture bio seraient parfaitement capables de nourrir l'humanité toute entière (c'est nous qui graissons).  C'est évidemment du fameux rapport d'Olivier De Schutter de 2010 [3] dont il s'agit (rapport qui n'est pas des Nations Unies, les rapporteurs spéciaux étant des personnalités indépendantes n'engageant pas ladite organisation !).  Nous l'avons déjà commenté sur ce site [4].  Manifestement, ces deux phrases – mises au conditionnel de prudence alors que la quatrième de couverture utilise un futur péremptoire (et le titre du chapitre un présent grammaticalement singulier) – s'inspirent davantage du communiqué de presse qui a accompagné le rapport, que du rapport lui-même, bien plus nuancé.  Mais ici aussi, il y a lieu de s'interroger sur l'honnêteté intellectuelle car l'argument est circulaire : M. De Schutter n'a fait que reprendre les thèses des tenants de l'agroécologie ; M Dufumier se prévaut donc de M. De Schutter qui s'est fondé sur M. Dufumier et consorts...

M. Dufumier admet dans cette conclusion que l'agriculture biologique se manifeste chez nous par une baisse relative des rendements à l'hectare.  Cela l'honore car bien des thuriféraires de l'agriculture biologique font dans le déni de réalité.  Mais, selon lui, dans les pays du Sud, les rendements peuvent être accrus sans dommage pour les écosystèmes, pour peu qu'on fournisse à ces paysans quelques moyens rudimentaires : traction animale, charrettes, fumier, plantules, etc.  Étonnante liste, avec du fumier assimilé à des moyens rudimentaires que l'on pourrait fournir, et aussi des « plantules » (ce n'est pas le seul élément de vocabulaire qui fait tiquer) !  Voilà en tout cas la vision à laquelle on est réduit quand on refuse celle d'un développement qui a permis au « Nord » de sortir du spectre de la famine et de la disette.

On l'aura compris : cet ouvrage n'a pas trouvé grâce.

C'est que la thèse doit être rejetée catégoriquement .  Ce n'est pas que l'agroécologie (pour autant que l'on puisse bien définir ce terme sur le plan technique) n'apporte pas d'améliorations, au contraire ; mais il est tout simplement criminel de vouloir détourner les pays en développement et leurs agriculteurs des bienfaits de la mécanisation, des engrais, des produits phytosanitaires, des variétés améliorées, etc.  Les excès auxquels on a pu se livrer dans le Nord (et dans le Sud en relation avec la Révolution Verte) ne justifient pas l'abstinence du Sud.  Et cette agroécologie, et l'idéologie sous-jacente, promue par cet expert auprès de la FAO et de la Banque mondiale, ne saurait remplir les promesses.  Parole, notamment de FAO [5].

Il n'y a pas que la thèse.  La litanie de lieux communs de l'écologisme politique et de l'altermondialisme est lassante.

Par exemple, si l'agroécologie que je défends dans ce livre – l'«agriculture bio » pour dire les choses rapidement – n'a pas plus de succès, c'est la faute des lobbies ; des lobbies du reste omniprésents dans cet ouvrage comme fauteurs d'insuffisances et de difficultés.  Toujours selon la profession de foi donnée en préambule, les politiques agricoles seraient confisquées par des experts – dont il ne serait bien sûr pas – et des lobbies.  La FNSEA n'est pas oubliée ; évidemment puisqu'elle est forcément coresponsable d'une situation que l'auteur déplore.  Du reste, elle est aussi un lobby... ce qui n'est sans nul doute pas le cas de telle autre confédération qui n'est pas évoquée dans l'ouvrage mais vers laquelle va la préférence de l'auteur.

Il faudrait aussi faire fructifier les savoir-faire paysans au lieu de les éradiquer.  Grand dieu ! Éradiquer ! L'agriculture biologique n'est pas un rêve, c'est une pratique où la science et les savoirs ancestraux des paysans se répondent.  En regard, nous avons l'agriculture productiviste, pour laquelle nous avons aussi des savoirs, mais sur les supposées « améliorations ».  Difficile de trouver meilleure preuve de l'aveuglement idéologique.

Un aveuglement confirmé par les raisonnements spécieux, les erreurs et les contrevérités.

Les considérations de l'auteur sur l'« amélioration génétique » – les guillemets de mépris sont les siens – sont un morceau d'anthologie.  Le pendant de ladite « amélioration » est la perte de la biodiversité, avec un article défini qui laisse entendre que tout a été perdu.

L'auteur écrit que [h]ier, nous cultivions deux cents variétés de pommes de terre ; aujourd'hui, nous n'en cultivons plus que cinq.  Mais il ne se rend pas compte que n'importe quel consommateur, ou jardinier amateur, peut vérifier dans un supermarché, ou une jardinerie (à la bonne saison tout de même), que sa deuxième proposition est une ânerie.  En fait, 191 variétés de consommation et 18 variétés féculières sont inscrites au catalogue officiel français (sans compter les autres variétés inscrites au catalogue européen, qui peuvent aussi être commercialisées et cultivées en France).

Pire encore, selon lui, l'amélioration génétique, c'est la sélection dans des stations expérimentales de quelques variétés passe-partout qui vont être inscrites au catalogue officiel du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS) et mises sur le marché.  Mais l'un des premiers scandales de l'agriculture « moderne » est là : avoir confisqué la sélection des semences et par la même avoir réduit le nombre de variétés mises en culture.  Allons au plus simple : le catalogue est tenu par le Ministère de l'agriculture, les variétés étant inscrites sur avis du CTPS émis sur la base d'études du GEVES, le GNIS n'intervenant pas.  En blé tendre d'hiver, 45 variétés ont été inscrites en 2011... c'est ce qu'on doit entendre par « quelques » ; elles ont porté le nombre total de variétés inscrites à 342... c'est ce qu'on doit entendre par « réduire ».  Quant à la confiscation...

Toujours selon lui, tout était rose jusqu'à la fin du XIXe siècle : les agriculteurs sélectionnaient leurs semences et pratiquaient la sélection massale, en prélevant les semences sur les plus beaux plants et les plus beaux épis.  Il va de soi qu'ils sélectionnaient ainsi les variétés de plantes qui présentaient les caractéristiques les plus favorables à leurs intérêts...  Difficile de sélectionner des variétés par cette méthode, à moins de donner au mot variété un sens qu'il n'a pas ou n'a plus.  Difficile de sélectionner au champ, peu avant la récolte, pour des caractères qui ne s'expriment pas ou ne se sont pas exprimés à ce moment là.  Et quand les rendements en blé atteignaient péniblement 13 quintaux à l'hectare en moyenne (avant 1914) et qu'il fallait en prélever deux pour la semence, la sélection était rudement sévère (c'est de l'ironie) ! Et ce n'est pas avec cette méthode que l'on aurait obtenu les blés modernes à paille courte capables de dépasser les 100 quintaux à l'hectare, ni les formes modernes de variétés telles que les hybrides, ni les colzas sans acide érucique, etc.

La mythologie écologiste et altermondialiste est donc déroulée sans esprit critique ; les connaissances de base de l'agronomie, ici de l'amélioration des plantes, sont ignorées.  On pourrait en sourire quand cela est le fait d'un béotien ; avec une pincée d'amertume tout de même car elle séduit une population – et des décideurs politiques – de plus en plus éloignée des réalités de l'agriculture.  Mais ici, il s'agit d'un agronome qui est sorti de la plus prestigieuse école française et qui y a officié.

Même si elle sert à introduire un petit couplet négatif sur la législation sur les semences, la question suivante résume bien la situation : Pourquoi [...] ne pas revenir à la sélection des semences par les agriculteurs eux-mêmes ?

La réponse est donnée plus loin, dans le chapitre sur le mirage des OGM, après un éreintement de la Révolution Verte (la ruine verte...) et, bien sûr, des OGM : ...les paysans du Sud n'ont pas intérêt à entrer dans cette course à l'amélioration variétale – les guillemets ont dû être oubliés ici – qui conduit à terme à ne cultiver qu'un très faible nombre de variétés...  Donc, pour éviter que des variétés supérieures ne supplantent les existantes (et améliorent le sort des paysans)... ne les créons pas !  Au Sud comme au Nord, il faudrait d'ailleurs s'interdire de parler d'« amélioration variétale » dans l'absolu, indépendamment du contexte, à savoir la diversité des conditions agroécologiques et socioéconomiques.  Bel homme de paille ! Qui parle d'amélioration dans l'absolu ? Au nom de quoi les généticiens et les agronomes seraient-ils autorisés à dicter ce qui doit être le meilleur ? Encore un homme de paille ! Que dictent-ils ? Quand les obtenteurs mettent chaque année plusieurs dizaines de variétés à la disposition des agriculteurs (et des autres acteurs de la filière agro-alimentaire que l'auteur a oubliés dans son raisonnement), n'est-ce pas pour que ceux-ci puissent choisir – librement – ce qui leur convient ?

Et pourquoi exclure aujourd'hui les agriculteurs de la sélection variétale, apanage dont ils jouissaient depuis naissance de l'agriculture au Néolithique ? En matière agricole, les scientifiques se font trop facilement scientocrates.  Il est temps de redonner du pouvoir aux paysans.  Autres hommes de paille ! Mais qui donc exclut ? Mais qui donc a privé les paysans de pouvoir ?

Manifestement, M. Dufumier rejette la notion de progrès – et le progrès lui-même – induit par la création d'une filière spécialisée des variétés et des semences (en fait par les agriculteurs eux-mêmes : les premiers sélectionneurs étaient des agriculteurs avisés et performants).  De l'obscurantisme à l'état pur.

Dans son chapitre 2, l'auteur se demande : nos agriculteurs sont-ils devenus fous?  Il laisse entendre qu'ils sont devenus irresponsables, au moins en partie, pour attenter comme ils l'ont fait à l'équilibre écologique.

Il y a d'autres formes de folie et d'irresponsabilité.  Et il est urgent de les dénoncer.

Wackes Seppi

____________________

[1]  Agrimonde – Scénarios et défis pour nourrir le monde en 2050, S. Paillard, S. Treyer, B. Dorin, coord., 2010, Éditions Quæ

[2]  Agriculture at a Crossroads, International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development,

http://agassessment.org/reports/IAASTD/EN/Agriculture%20at%20a%20Crossroads_Global%20Report%20(English).pdf

[3]  A/HRC/16/49 (20 décembre 2010), Rapport du Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter :

http://www2.ohchr.org/english/issues/food/docs/A.HRC.16.49_fr.pdf

[4]  De Schutter, l'agroécologie et l'imposture politique et médiatique, par Wackes Seppi :

http://imposteurs.over-blog.com/article-de-schutter-l-agroecologie-et-l-imposture-politique-et-mediatique-par-wackes-seppi-80320617.html

[5]  M.Dufumier nous aura au moins épargné la ritournelle de la FAO qui a reconnu que l'agriculture biologique peut nourrir le monde.  Une ritournelle fondée sur un communiqué de presse peu heureux publié à la suite d'une conférence sur l'agriculture biologique tenue à la FAO et dont l'organisateur principal était l'IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements).  La FAO y a opposé un démenti par la voix de son directeur général, M. Jacques Diouf.  Le constat est sans appel : « ...selon la FAO, compte tenu des données et des modèles concernant la productivité de l’agriculture biologique par comparaison à l’agriculture traditionnelle, le potentiel de l’agriculture biologique n’est pas suffisant, loin s’en faut, pour nourrir le monde. »

http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000726/index.html

Le communiqué de presse précédent :

http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000550/index.html

Le document de base (voir le paragraphe 17) :

ftp://ftp.fao.org/paia/organicag/ofs/OFS-2007-5.pdf

Le rapport sur la conférence (voir le paragraphe 8) :

ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/meeting/012/J9918F.pdf

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 19:00

 

En 2010 : « Menus toxiques »


L'année dernière, Générations futures, anciennement Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), nous avait gratifiés d'une « étude » nauséabonde sue les « substances chimiques » présentes dans les « repas types d’une journée d’un enfant d’une dizaine d’années » [1].  En composant les quatre repas et l'en-cas supposés être représentatifs, la pseudo-organisation – un faux-nez pour un certain François Veillerette qui en a longtemps été le président et en est maintenant le porte-parole [2] – avait fait preuve de « sagacité » pour s'assurer un résultat anxiogène à souhait ; l'enfant ingurgitait par exemple du thé le matin, ainsi que deux poissons du sommet de la chaîne alimentaire, du thon en entrée à midi et du saumon le soir.  Alors que les produits avaient été prétendument achetés entre juillet et septembre 2010, soit en pleine saison de production française, la pomme était originaire du Brésil et les haricots du Kenya...  Un menu de fils ou fille de Français pas vraiment moyen et certainement pas smicard !

Et donc,

« Les résultats de cette 1ère enquête, publiée en décembre 2010, montraient qu’en 24h, un enfant était susceptible d’être exposé, uniquement par son alimentation, [à] pas moins de 128 résidus chimiques, la palme ayant été attribuée aux pesticides avec 36 molécules différentes ingérées en une seule journée dont 17 cancérigènes et perturbateurs endocriniens ! » [3]

Tout cela était étalé sur un site intitulé Menus toxiques et s'inscrivait, était-il dit, dans le cadre d'une campagne « Environnement et Cancer » menée avec HEAL [4] en partenariat avec le RES[5] et le WWF-France.


En 2011 : une comparaison entre « conventionnel » et « bio » sur fond de polissonnerie médiatique


Une « organisation » qui fait dans la « comm » ne peut évidemment pas survivre sans « comm ».  Pour rester sous les feux de la rampe, Générations Futures a donc produit une nouvelle « étude » comparant les versions « conventionnelles » et « bio » des produits végétaux du menu de 2010.  Avec un ajustement signalé : la pêche, qui n'était plus de saison, a été remplacée par une clémentine... espagnole dans le premier cas et française dans le deuxième [6].

Mais l'objectif déclaré n'était évidemment pas un vulgaire besoin d'assurer l'existence et  le train de vie de l'organisation (et de quelque personne ?)et la (leur) notoriété :

« Suite à la parution de cette enquête et aux résultats obtenus, de nombreuses personnes ont souhaité savoir si il (sic) y avait une réelle différence entre les menus non bio étudiés et des repas composés avec les mêmes aliments issus de l’agriculture biologique. Nous sommes donc partis en quête de la réponse entre septembre et décembre 2011, en nous concentrant sur les résidus de pesticides. »

Les déclarations grandiloquentes n'engagent que ceux qui les écoutent...


Pour le buzz, rien ne vaut une manipulation médiatique


Pour s'assurer un fort impact médiatique rien ne vaut une petite manipulation.  Surtout pour un « rapport » qui énonce, tout compte fait, une évidence, à savoir qu'on trouve des traces de résidus de pesticides dans les produits « conventionnels » et aucune – c'est la moindre des choses pour des produits loyaux – dans le cas du « bio ».

L'« information » a donc été confiée au Parisien [7] qui, sous le titre Le bio, c’est vraiment plus sain, a fait référence, le plus sérieusement du monde, à une « étude, que nous nous sommes procurée en exclusivité ».  Rien ne vaut, en effet, une petite dose de conspiration... même sur une « étude » que l'on trouve sans effort sur la toile [6].


Et, sur le fond, du pipeau


         Une présentation biaisée des « résultats »

L'« étude » de Générations Futures » – tel est le libellé sous lequel on en parle désormais sur la toile – reprend les données de 2010 pour les produits conventionnels (y compris les fautes d'orthographe !), et ce, malgré les critiques qui ont pu être formulées à l'époque.  On peut penser que c'était une mesure d'économie ; ou aussi une tricherie à bon compte pour amplifier le message en faveur du « bio » ; ou les deux.  Les produits et les origines avaient en effet été « soigneusement » choisis pour trouver au final le maximum de résidus : jus de raisin (et thé, pour pouvoir montrer du doigt le bisphénol A de la bouilloire) au petit déjeuner, pomme du Brésil en pleine saison de production en Europe, haricots du Kenya, citrons d'Argentine, etc.  Même le pain du soir et le pain de mie du matin étaient complets pour être sûr de récupérer les résidus de pesticides de contact.

Générations Futures annonce donc dans son « étude » la détection de

« 0 résidu de pesticides dans les fruits et légumes bios contre 37 dans le conventionnel (ce qui représente 27 molécules différentes) ».

On notera la formulation : par exemple les résidus de pypéronyl butoxyde dans le pain de mie du matin, la baguette de midi et le pain complet du soir sont d'abord comptabilisés pour trois... tout ça pour gonfler les chiffres et l'anxiogénèse.

         Motus sur les polluants ubiquistes

Bien entendu, la communication a été axée sur le chiffre de 37 résidus... mais avec un rappel des résultats encore plus alarmants de 2010 puisque ceux-ci incluaient aussi les polluants quasi ubiquistes comme les PCB.  « ...128 résidus chimiques, dont 47 substances suspectées d'être cancérigènes et 36 pesticides différents », c'est toujours mieux que 37 résidus [8].

Et donc se pose la question de savoir pourquoi l'« étude » a été limitée aux pesticides ? Les manipulateurs d'opinion expliquent [3] :

« ...La grande différence entre les pratiques culturales et de stockage des aliments bio et non bio réside dans l’usage, ou non, de pesticides de synthèse. En outre, certains sceptiques disent parfois que les cultures ne se font pas sous cloche et que donc les champs bios pourraient être contaminés par des pesticides pulvérisés sur les champs conventionnels. Nous avons donc souhaité vérifier, par cette enquête, si la différence entre les produits bios et non bios était bien réelle. »

Les gens honnêtes et informés savent que « les cultures ne se font pas sous cloche » et que les champs « bios » sont aussi contaminés par des polluants, certains naturels, d'autres répandus dans l'environnement, et d'autres encore apportés par les agriculteurs, fussent-ils « bio ».  Si on les avait inclus, le message pro-bio aurait été beaucoup moins lisible.

Ce qu'on appellera ici biais, d'autres l'appelleront malhonnêteté.  Il en est de même pour l'exclusion des produits carnés.  Nous ne saurons donc pas pour sûr si le saumon « bio » contient aussi 34 résidus ( mais on peut s'en douter puisqu'il nage dans la même eau que son homologue « conventionnel »). 

         Des « résultats » bidons pour les produits « conventionnels »

Selon des sources officielles concordantes (EFSA, ANSES et précédemment AFSSA, Observatoire des résidus de pesticides, etc.), les deux tiers environ des produits agricoles « conventionnels » sont exempts de résidus de pesticides [9].  Générations Futures en a trouvé sur chacun des 14 produits analysés.  Même si un tel tir groupé n'est pas inconcevable, statistiquement parlant (sachant aussi que les concepteurs de l'« étude » ont mis toutes les chances de leur côté), cela n'en reste pas moins étonnant.

Dans le détail, on trouve cinq résultats sous la forme « <0,01 » (aucune unité n'est indiquée dans les tableaux, mais il s'agit de mg/kg) ; ils correspondent sans nul doute à des signaux en-dessous de la limite de quantification ; des signaux qui risquent fort d'être sans signification.  Pourquoi les avoir mentionnés ? Certainement par volonté de noircir le tableau.

Aucune limite maximale de résidus (LMR) n'est indiquée.  Là encore, il y a une raison « médiatique » : sauf exception, les quantités trouvées dans les produits sont peanuts par rapport aux LMR.  Par exemple, pour le premier produit de la liste, le pain de mie complet : 0,32 mg/kg de pipéronyl butoxyde (LMR : 10 mg/kg, soit 31 fois plus) et 0,11 mg/kg de pyrimiphos méthyl (LMR : 5 mg/kg, soit 45 fois plus).

Et, pour faire plus noir que noir, le tableau des résultats comporte aussi une colonne « usage interdit ».  Là également, le lecteur est – sciemment – induit en erreur.  Un produit non autorisé peut avoir une LMR en France.  C'est le cas par exemple de la carbendazime trouvée sur les pommes brésiliennes à un niveau inférieur à la limite de quantification : la LMR étant de 0,2 mg/kg sur pommes, cette pomme brésilienne est donc doublement stigmatisée, d'une part, parce qu'on a eu un signal à un niveau au moins 20 (vingt) fois inférieur à la LMR et, d'autre part, parce qu'il s'agit d'un produit « interdit » en France.  Et là encore, Générations Futures joue sur les mots.  Une substance peut être « non autorisée en France », selon la terminologie utilisée sur http://e-phy.agriculture.gouv.fr/ , soit parce qu'elle est positivement interdite, soit parce que personne n'a demandé d'autorisation de mise sur le marché.

Enfin, la dystopie ne saurait être complète sans quelques avertissements sur les dangers des pesticides en tant que cancérogènes ou perturbateurs endocriniens.  Mais, pour effrayer, il importe de ne pas être précis.  Que peut bien signifier, par exemple, « suggestive evidence » ? L'ombre d'un soupçon de début d'une hypothèse quant à l'existence possible d'un problème ?


« Bio » : qui ne cherche pas ne trouve pas !

En regard, les colonnes consacrées au « bio » affichent plein de zéros, sauf pour le pain : on a trouvé, en effet [3],

« 1 molécule en résidu de synergisant dans 2 échantillons de pain à des doses très faibles en bio ».

« Très faible », c'est 0,016 mg/kg dans le pain de mie (0,32 dans le « conventionnel » pour une LMR de 10 mg/kg), 0,011 pour la baguette (0,07 dans le « conventionnel ») et 0 dans le pain bio entier du soir (0,03 en « conventionnel »).

Les idéologues expliquent [6] :

« Le piperonyl butoxyde ou PBO est un synergisant (utilisé avec d’autres molécules) autorisé en agriculture biologique pour les céréales, uniquement pour le nettoyage des lieux de stockage vide de ces céréales. Cela signifie que logiquement le produit ne doit jamais être en contact direct avec les céréales. Générations Futures souhaiterait que cette molécule, au vue de ses propriétés, ne soit cependant plus autorisée en bio. »

Ah ! Enfer et damnation ! La logique n'a pas été respectée.  Le produit « bio » est CON-TA-MINÉ !

Il importe donc de minimiser.  Ainsi, pour que la conclusion puisse rester percutante, on affirme dans la « comm » [3] :

« 0 résidu de pesticides dans les fruits et légumes bios analysés contre 37 dans les conventionnels (ce qui représente 27 molécules différentes) » (le gras est de nous)

et on ajoute :

« 1 molécule en résidu de synergisant dans 2 échantillons de pain à des doses très faibles en bio. »

Remarquez que la parenthèse de la première citation est fausse, en ce qu'elle inclut également les résidus dans le pain « conventionnel »).  Mais, ce que l'on aurait aimé savoir, c'est à quoi le « synergisant » avait été associé.  Nous resterons bredouilles.  Visiblement, les auteurs de l'« étude » n'ont pas cherché à savoir et n'ont analysé les produits « bio » que pour les molécules recherchées dans les produits conventionnels.

On peut aussi s'étonner du fait que l'origine de certains produits « bio » (haricots verts, smoothie et pain entier) n'ait pas été identifiée, et ce, malgré les règles strictes en matière d'étiquetage.


Une conclusion en-deçà des vœux

Si, comme ils l'ont prétendu, il s'agissait de tester l'avis de « certains sceptiques » qui disent que « les champs bios pourraient être contaminés par des pesticides pulvérisés sur les champs conventionnels » (voir ci-dessus pour la citation complète), les auteurs de l'« étude » n'en ont pas moins formulé une conclusion extraordinaire :

« Il ya (sic) 223 fois moins de résidus de pesticides en moyenne dans les aliments bios que dans les aliments conventionnels. »

Admirez la précision du chiffre et la généralité de la conclusion !  Comment ont-ils fait pour le chiffre ? En additionnant les quantités de résidus – style un kilo de métal (fer) plus une once de métal (or) égalent 1,031 kg de métal – et en faisant le rapport.  Moyennant quoi, selon le « rapport » :

« Cette enquête est basée sur l’analyse d’aliments susceptibles d’être ingérés lors d’une seule journée. Elle ne prétend pas être parfaitement représentative de la consommation alimentaire française moyenne et ne prétend pas refléter exactement l’état moyen de la contamination  et non contamination par des résidus de pesticides des aliments vendus en France. Enfin, les résultats contenus dans ce dossier n’ont pas de valeur statistique significative au regard du faible nombre d’échantillons analysés, mais sont illustratifs de la problématique traitée. »

Un caveat miraculeusement oublié dans la communication [3] et, bien sûr, la presse.

Mais gageons que le grand pourfendeur de pesticides François Veillerette ainsi que la présidente en titre de Générations Futures Maria Pelletier – également représentante multicartes du « bio » [10] – auraient préféré une meilleur conclusion.  À zéro résidu dans le « bio », celui-ci aurait été infiniment plus sain que le « conventionnel ».

Satané piperonyl butoxide !

Idéologie über alles (euh...pas vraiment !)

Et donc,

« Générations Futures souhaiterait que cette molécule, au vue de ses propriétés, ne soit cependant plus autorisée en bio. »

Joli voeu pieux comme l'indique le choix du verbe et, plus encore, le mode.  Comme le piperonyl butoxyde est une molécule de synthèse – de ce fait honnie, en principe, par les idéologies anti-pesticides et « bio » – on aurait pu s'attendre à une revendication formulée en termes comminatoires.  Et bien non ! C'est qu'il faut, d'un côté, rester fidèle à la ligne du parti pris anti-pesticides (de synthèse) et, de l'autre, ne pas froisser ses alliés.

Des alliés – agriculteurs, les marchands de poudres de perlimpinpin se portent bien, merci – déjà pris à la gorge du fait des impasses phytosanitaires qu'impose l'idéologie du « bio » et son rejet des molécules de synthèse [11].

Wackes Seppi

_________________

[1]  http://www.menustoxiques.fr/pdf/Rapport_assiette_toxique_281110.pdf

[2]  Générations Futures fait partie des organisations les plus opaques selon le Baromètre 2010 de transparence des ONG de Prometheus, avec une note de 3 sur 10 :

http://www.lafranceagricole.fr/var/gfa/storage/fichiers-pdf/Docs/2011-2/Barometre_ONG_2010.pdf

Le site de l'entité est totalement opaque.  Pour le « qui sommes-nous », il faut se contenter d'une phrase en très petit caractères sur la page d'accueil.  Alors que la présidence a été confiée à Maria Pelletier, le site continue de présenter François Veillerette comme son président (voir par exemple à http://www.mdrgf.org/1action.html ou http://www.mdrgf.org/1cvFV.html).

[3]  News de Générations futures annonçant l'« étude » de 2011

http://www.mdrgf.org/news/news201211_menus_bio.html

[4]  Health and Environment Alliance, selon son site, une « coalition » de plus de 70 organisations à but non lucratif internationales et nationales, de groupes environnementaux et d'instituts de santé publique.  Pour la liste :

http://www.env-health.org/spip.php?rubrique5

Selon le Registre de transparence (des lobbyistes) de la Commission européenne, HEAL disposait en 2010/2011 d'un budget global de 537.603 €, dont 433.519 € de financements publics (80 %).  Sous « structure », l'entité déclare 0 (zéro) adhérents « personnes physiques » et 0 (zéro) organisations membres.  Moyennant quoi elle se déclare «strongly committed to transparency ».

[5]  Réseau Environnement Santé.  Pour les membres :

http://reseau-environnement-sante.fr/category/la-vie-du-reseau/membres/

On y notera, en particulier : Générations Futures, dont la présidente est Maria Pelletier, et Objectif Bio, dont la représentante est Maria Pelletier, ainsi que le WWF - France.  Le monde est petit...

[6]  http://www.menustoxiques.fr/pdf/doc_menubio_151211.pdf

[7]  http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/le-bio-c-est-vraiment-plus-sain-20-12-2011-1776126.php (payant)

[8]  Voir par exemple La Dépêche, 223 fois moins de pesticides dans les aliments bio

http://www.ladepeche.fr/article/2011/12/20/1244305-223-fois-moins-de-pesticides-dans-les-aliments-bio.html

[9]  Voir notamment, sur le site de l'ANSES, Etudes de l'Alimentation Totale (EAT)

http://www.anses.fr/index.htm

[10]  C'est tout à fait à son honneur, mais l'activisme anti-pesticides a pour effet de favoriser ses propres affaires... bel exemple de conflit d'intérêts dans un milieu qui, se drapant dans le manteau de l'intégrité et du désintéressement, en voit tout plein, tout plein... en face.

[11]  Impasses phytosanitaires qui obligent certains agriculteurs « bio » à recourir à des produits non autorisés, lesquels sont vendus grâce à des artifices (par exemple comme « phyto-stimulant », mais avec des préconisations pour les traitements insecticides et nématicides).  Voir notamment :

http://www.youtube.com/watch?v=VVeowXl1HVo&context=C26915ADOEgsToPDskLEwnqGX5k0SOY5gqhuRY41

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 18:04

Chers lecteurs,

 

Wackes Seppi se charge d’inaugurer la nouvelle année avec cette analyse des assertions du FiBL (Institut de recherche  de l'agriculture biologique, Suisse) sur les vertus supposées de l’agriculture biologique.

Cette année s’ouvre sur le meilleur classement jamais obtenu par Imposteurs, au 1008ème rang des blogs d’over-blog, ce qui semble une assez bonne performance si on considère que cette plate-forme en héberge probablement plus de 2 millions (1 500 000 en 2009 selon Wikipédia). Au cours de l’année 2011, le nombre de pages lues a oscillé entre 15000 et 25000 par mois . Pour être précis, le record a été atteint en mars avec 24943 pages vues . Le nombre de visiteurs (250 en moyenne) a cru plus vite que le nombre de pages lues, et dépasse régulièrement les 400 visiteurs quotidiens (avec des creux à  moins de 150 pendant les vacances).  26% des visites proviennent de moteurs de recherche, et 16% de liens proposés sur la toile vers nos articles. Nous récoltons en grande partie ainsi les fruits du travail de nos lecteurs .

Un bilan positif, donc, mais ça n’est pas une raison pour se reposer sur ses lauriers.

A tous, je souhaite donc une excellente année 2012.

Anton Suwalki

 

Agriculture biologique : un FiBL bien faible, par Wackes Seppi

Un visiteur occasionnel de ce site, qui a manifestement un faible pour le FiBL (Institut de recherche  de l'agriculture biologique, Suisse) et l'agriculture biodynamique, en a interpelé les contributeurs [1] : « Lequel d'entre vous a déjà constaté les effets ou l'absence d'effet d'un itinéraire cultural biodynamique ? Personne ? Qui d'entre vous a déjà visité l'essai DOC (Dynamic, Organic, Conventionnel) du FIBL [...] [2] ? Personne ? »

Pour notre part, nous confesserons volontiers notre ignorance.  Ce n'est pas faute d'avoir exercé notre curiosité : s'agissant de l'agriculture biodynamique, il n'y a rien de scientifiquement convaincant sur la Toile, à notre connaissance, sur les mérites de la préparation bouse de corne, dite « 500 » [3], ou encore sur l'efficacité de la peau de mulot brûlée au moment où Vénus est devant la constellation du Scorpion [4].  Quant au document du FiBL, il est quasiment introuvable pour un non-initié, et nous sommes redevables à notre interpellateur pour nous avoir fourni le lien et permis une recherche plus détaillée grâce à des mots clés tirés de ce document.

Cette discrétion du FiBL est d'autant plus étonnante qu'il s'agit d'une plaquette vantant les bienfaits de l'agriculture que nous appellerons ci-après « organique » (biodynamique et biologique), le cas échéant ; elle est fondée sur les résultats de 21 années d'essais comparatifs (entre 1978 et 1998) de trois types d'agriculture (biodynamique, biologique et conventionnelle, cette dernière en deux variantes, avec ou sans fumure organique) ; et elle est sobrement (c'est de l'ironie) intitulée Le bio améliore la fertilité du sol et la biodiversité.

Il y a lieu de souligner que la plaquette n'est pas outrancière et qu'elle fait état de bon nombre de résultats qui ne plaident pas en faveur des modes de culture organique.  Mais les artifices du marketing ont été déployés, et l'agriculture organique a été présentée sous ses plus beaux atours.  Le résumé en témoigne d'entrée de jeu : « Les résultats à long terme de l'essai DOC montrent que les systèmes d'agriculture biologique permettent une production agricole qui, malgré ses rendements plus bas, économise les ressources parce qu'elle utilise beaucoup moins d'intrants.  Mais ce n'est pas tout : l'agriculture biologique favorise aussi la vie du sol et améliore la biodiversité de la flore adventice et de la faune. »

Il est aussi extrêmement difficile de relier cette plaquette à des articles scientifiques de portée internationale.  Il semble qu'il n'y en ait qu'un, de quatre pages ou moins, derrière un péage [5].  Et c'est encore plus étonnant quand on sait qu'il s'agit des fondements de deux affirmations souvent répétées : que les rendements des systèmes organiques sont inférieurs – ou ne sont inférieurs que – de 20 pour cent à ceux du système conventionnel ; que ces systèmes sont économiquement viables et permettent une utilisation durable des ressources [6].

Plaquette publicitaire ? Autant dire que le scientifique et le praticien resteront sur leur faim.  On trouve cependant quelques explications sur l'essai DOC dans Science [7], ainsi que deux présentations que l'on appellera ci-après, par référence à leur URL, « présentation pro-bio » [8] et « présentation congresviti » [9].  Mais le scientifique et le praticien resteront encore sur leur faim.

Nous n'insisterons pas sur un argument qui fait les choux gras des chercheurs militants – ou plutôt des militants chercheurs – souvent épinglés par Imposteurs : le FiBL est manifestement affligé d'un conflit d'intérêts, l'institut de recherche qu'il est censé être étant une officine de promotion de l'agriculture organique [10].  Cette constatation n'autorise pas un rejet catégorique de ses productions intellectuelles, tel que le pratiquent lesdits militants et leurs coreligionnaires, mais commande de les examiner avec une prudence redoublée.

Une prudence qu'appellent de toute façon les différences entre les versions allemande, anglaise et française de la plaquette.  Ainsi, les introductions sont différentes et, pour prendre un exemple simple, dans le tableau de la page 4, la ligne UGBF/ha engrais de ferme est fausse.  Ça fait chenit !

On peut aussi s'interroger sur le délai relativement important entre la fin de la période d'essais (la campagne 1998) et la publication de la plaquette (août 2000 pour les versions allemande et anglaise, mai 2001 pour la version française) ; l'article scientifique a été encore plus tardif (manuscrit soumis en février 2002).  Et sur l'absence de suite, alors même que la plaquette annonçait le plan de culture pour 1999-2005.

Comparer des modes de culture très différents n'est pas chose aisée sur le plan méthodologique.  Le FiBL a choisi de le faire sur la base d'une même rotation culturale sur sept ans, censée représenter un compromis entre les trois modes étudiés.  On trouve donc (plaquette, tableau de la page 5), pour 1978-1984 : pomme de terre et engrais vert en dérobé ; blé d'hiver et dérobée fourragère ; chou cabus ; blé d'hiver ; orge d'hiver ; prairie temporaire (graminées-trèfle) ; prairie temporaire.  Dans la rotation suivante (1985-1991), le chou a été remplacé par de la betterave rouge.  La période 1992-1998 a vu l'engrais vert disparaître et une année supplémentaire de prairie temporaire remplacer l'orge d'hiver. Enfin, le cycle 1999-2005 se composait comme suit : pomme de terre ; blé d'hiver suivi d'un engrais vert (dérobée fourragère dans les cycles précédents) ; soja suivi d'un engrais vert ; maïs ensilage ; blé d'hiver ; prairie temporaire ; prairie temporaire.  Trois espèces étaient cultivées chaque année (en 1998, par exemple : blé d'hiver, prairie temporaire et betterave rouge) [7].

Nous ne discuterons pas ces choix, puisqu'ils représentent un compromis.  Mais il nous faut souligner que les rotations – ainsi que la fumure organique – présupposent un régime de polyculture-élevage.  Les conclusions qu'en tire le FiBL (et bien d'autres, bien plus imprudents, à sa suite) doivent par conséquent être limitées à un mode de production particulier (ce qui vient d'être écrit ne préjuge pas de la pertinence desdites conclusions).

Aucune explication sérieuse n'a été fournie sur l'évolution des rotations d'un cycle à l'autre.  Selon la plaquette (page 5), « [a]u début de chaque nouvelle période d'assolement, la rotation culturale est légèrement réadaptée aux besoins de la pratique et de la recherche en consultant toutes les personnes concernées ».  Ce n'est pas une adaptation légère que d'introduire en 1999 du soja (qui semble incongru dans la région de Bâle... mais c'est une légumineuse fixatrice d'azote) et du maïs ensilage (hérétique en biodynamie).

Mais il y a pire.  Le FiBL n'a communiqué, dans la plaquette et les présentations subséquentes, que sur les rendements du blé, de la pomme de terre et de la prairie temporaire, faisant donc l'impasse sur le chou cabus (pourquoi a-t-il été abandonné au profit de la betterave rouge, qui est encore moins une plante de grande culture ?), l'orge, le soja et le maïs.  Aucune indication sur les rendements dans les informations complémentaires publiées dans Science [7].

Son silence crée le doute, et le doute engendre la suspicion.

Et la suspicion est justifiée.  On ne dispose que de graphiques présentant des moyennes, de peu de valeurs réelles, et de résultats surprenants.

La plaquette ne fournit pas de repères chiffrés pour les rendements réels. En revanche, la présentation congresviti [9], qui a l'avantage de porter sur quatre cycles (mais en partie seulement, pourquoi ?) nous apprend par exemple (page 5) que le rendement moyen du blé conventionnel a été de 45 quintaux à l'hectare (selon le graphique suivant, ce sont des quintaux de matière sèche, mode d'expression de résultats peu conventionnel...) sur quatre cycles, de 1978 à 2005 ; les rendements en biologique et biodynamique s'établissent, à vue de nez, à 80-85 % du précédent.  Dans le détail (page 6), les rendements étaient – étonnamment – très similaires dans le premier cycle (1978-1984) à – étonnamment encore – environ 35 quintaux ; ils ont augmenté et divergé dans le cycle suivant (en gros 50 et 40 quintaux, respectivement) pour se rapprocher un peu par la suite, et s'écarter à nouveau.  Mais le graphique ne comporte aucune indication pour la biodynamie dans le cycle de 1999-2005.  Étonnant !

La page 12 de cette même présentation nous livre deux chiffres pour la période 1978-1998 (trois cycles – pourquoi le cycle suivant n'a-t-il pas été inclus ?) : le rendement moyen aurait été de 56 quintaux à l'hectare en conventionnel et 47 en « bio » (nous mettons des guillemets pour signifier notre perplexité face à la signification de cette abréviation).  À l'évidence, ces rendements ne sont pas exprimés en matière sèche.  Mais il est aussi difficile de les réconcilier avec les 44 quintaux en conventionnel annoncés dans la présentation pro-bio [8, diapo 7] pour la même période.

En bref, il y a des incohérences ; au mieux des points à éclaircir.

Quoi qu'il en soit, ces 56 et 47 quintaux à l'hectare donnent un écart de 16 % (le « bio » a produit 16 % de moins que le conventionnel) ou 19 % (le conventionnel a produit 19 % de plus que le « bio »).  Que devient cet écart dans la communication ? Selon la plaquette (page 6) : « Pendant la première période d'assolement, les rendements du blé d'automne des différents systèmes d'agriculture sont restés comparables.  Ensuite, les différences de rendement entre les procédés habituellement pratiqués ont atteint entre 11 et 14 %. »  Dans New Scientist : « le blé d'hiver biologique a atteint 90 % » [11].  Dans Nature, l'écart devient « 10 % ou moins » pour le blé et la prairie temporaire [12].

À l'évidence, aucune de ces affirmations ne reflète la réalité des 16 % ou 19 %.

Pour la pomme de terre, le rendement moyen en conventionnel a été de 53 tonnes à l'hectare sur trois cycles [8, diapo 7] et 49 tonnes à l'hectare sur quatre cycles [9, page 5], les rendements en biologique et biodynamique s'établissant à environ 60 % de ces chiffres.  Les auteurs du FiBL annoncent de 35 à 40 % d'écart [9, page 7](nombre de cycles non précisé) et, dans la plaquette, de 34 à 42 % sur trois cycles (page 6).  Cela paraît cohérent.

Mais la pomme de terre illustre un autre problème.  Les graphiques font état d'un traitement (« procédé » selon leur terminologie) appelé « minéral » et censé faire apparaître les performance d'un régime de fertilisation exclusivement minérale.  Toutefois, selon les explications fournies dans la plaquette (page 4), ce traitement était sans fertilisation durant le premier cycle (1978-1983) ; ses rendements avaient été catastrophiques (environ la moitié du conventionnel).  La plaquette en tenait compte d'une certaine manière dans ses graphiques sur l'évolution des rendements (page 6), en reliant ceux du premier et du deuxième cycles par un traitillé.  Cette subtilité a disparu de la présentation congresviti [9, page 6].  Et la tromperie – car il s'agit bien de cela – y est consommée par le fait que le rendement moyen du minéral (page 5) inclut, à l'évidence, les rendements du premier cycle sans fertilisation (l'écart de près de 15 % entre conventionnel et minéral ne peut que s'expliquer ainsi, les deux régimes ayant produit des rendements équivalents lors des trois cycles suivants) ; du reste, la présentation pro-bio [8, diapo 7] n'affiche pas cette différence.

Mais venons-en à l'essentiel : Le FiBL écrit dans la plaquette, en chapeau de la partie Le bio atteint-il des rendements corrects ?(page 6) : « L'agriculture biologique doit tabler sur des rendements plus faibles de 20 % en moyenne. » Il est impossible de savoir comment cette « moyenne » a été calculée ; ce pourrait être une moyenne arithmétique des rendements moyens du blé (A), de la pomme de terre (B) et de la prairie temporaire (C), peut-être pondérée par les occurrences dans la rotation (soit 2A + B + 2C).  En soi, elle n'a guère de sens.  Elle en a encore moins lorsqu'on constate que, par exemple, les rendements du blé conventionnel du premier cycle sont très faibles (dans les 35 quintaux en matière sèche) et étonnamment semblables, même pour le témoin non fertilisé.  Le FiBL n'offre aucune explication pour ce résultat, pourtant incroyable.

S'agissant de la pomme de terre, le FiBL précise dans la plaquette (toujours page 6) qu' « [e]n plus d'un rendement global plus faible, la proportion de marchandise commercialisable s'est révélée plus faible dans les procédés biologiques à cause de la diminution du rendement au triage et de l'augmentation des dégâts du ver fil de fer (taupin) ».

La plaquette ne chiffre pas cette différence, pourtant essentielle, et aucune des présentations examinées ici n'en fait état.

Nous avons trouvé un graphique sur les rendements nets dans une présentation faite à la deuxième conférence européenne sur la transformation de la pomme de terre [13, page 26].  Une comparaison de deux graphiques permet d'évaluer la différence très grossièrement.  Elle était nulle lors du premier cycle, et s'établissait à un tiers lors des deux suivants (les trois quarts de la récolte étaient commercialisables en conventionnel, la moitié seulement en organique).

En bref, l'affirmation selon laquelle « [l]'agriculture biologique doit tabler sur des rendements plus faibles de 20 % en moyenne » est selon notre analyse, au bas mot, outrancière.

La démarche scientifique – et par conséquent la communication – n'est pas meilleure s'agissant du poste de variation le plus important entre les systèmes de culture, la fertilisation.

Les trois traitements principaux (biodynamique, biologique, conventionnel) ont été déclinés en deux variantes : demi-dose de fertilisation organique et dose pleine.  Le FiBL a choisi de ne communiquer que sur la dose pleine...  Voilà donc un institut de recherche qui décide in fine de garder pour lui seul – taire, cacher, dissimuler, etc. – les résultats de la moitié de l'investissement dans son projet de recherche (en fait, beaucoup plus si l'on considère les extraordinaires limitations décrites ci-dessus) !

Un tel institut ne peut, tout simplement, pas être crédible en dehors du cercle des adeptes.

La dose a aussi été exprimée en une unité assez vague, l'UGBF.  Selon des textes officiels suisses, l'unité de gros bétail-fumure correspond à la production annuelle moyenne d'engrais de ferme d'une vache de 600 kg [14].  Mais reste à savoir dans quel mode de conduite du troupeau et mode de gestion de l'engrais.  Or les trois traitements n'ont pas reçu la même fumure ! En effet, c'était respectivement du fumier composté et du purin (biodynamie), du fumier mûr et du purin aéré (biologique), et du fumier en tas et du purin (conventionnel).  En d'autres termes, les comparaisons sont devenues difficiles, ces matières n'ayant pas la même valeur fertilisante [15], ni le même devenir une fois épandues.

La présentation congresviti [9] contient un graphique éloquent sur l'évolution de la matière organique du sol (page 8).  Il n'est pas vraiment à l'avantage du mode biologique qui ne fait pas mieux que le conventionnel avec fumure organique.  Dans leurs commentaires (page 9), les auteurs font mine de s'extasier devant le fait que seule la biodynamie a préservé la teneur en matière organique du sol.  « C’est impressionnant – écrivent-ils – étant donné que ce procédé reçoit 15 % de moins de matière organique que les procédés O [biologique] et C [conventionnel] (car pertes plus élevées lors du compostage des engrais de ferme) ! » Et ils livrent en même temps l'explication : « lors du compostage, des humines sont formées. Elles sont très stables et contribuent à l’augmentation du taux de matière organique dans le sol. » Le résultat doit donc être attribué au mode de gestion du fumier, pas au mode de culture.  On soulignera par ailleurs la dérive sémantique, du reste assez systématique : le mot juste n'est pas « augmentation », mais « maintien ».

La vérité qui dérange a été énoncée honnêtement dans la plaquette (page 8) : « On constate depuis le début de l'essai DOC une diminution de la teneur en matière organique dans tous les procédés ».  Mais la communication se devait de minimiser ce fait.  Le chapitre de la plaquette Le bio fait-il du bien au sol ? ne présente donc pas de graphique sur l'évolution du taux de matière organique dans le temps, mais sur la répartition du carbone entre les diverses sortes d'humines (logiquement à la fin de la période d'essais).  Il faut donc un effort d'interprétation pour déduire de ce graphique que le biologique n'est pas meilleur que le conventionnel avec fumure organique.  Par ailleurs, le chapeau – ce que l'on retient d'une lecture cursive – est une lapalissade pour la première partie : « La fumure organique influence positivement la teneur du sol en matière organique et empêche l'acidification du sol. »

Dans les commentaires de la présentation congresviti [9, page 10] on trouve aussi, sans support graphique ou autre preuve : « Les sols bio ne se sont pas acidifiés ».  Ce graphique, on le trouve en revanche dans la plaquette (page 8) avec ce commentaire : « Par rapport à la situation de départ [à vue de nez 6,3], le pH a fortement augmenté dans le procédé bio-dynamique [6,7], légèrement augmenté dans le procédé organo-biologique [6,45] et légèrement diminué dans les deux procédés conventionnels [6,2 et 6,1].  Cette diminution est certainement due à l'effet acidifiant des engrais minéraux utilisés » (les valeurs de pH entre crochets et les italiques sont de nous).

En bref, une communication à géométrie variable, même sur un sujet trivial : l'acidité du sol se corrige par un chaulage (et, sans surprise, c'est la sole biodynamique qui a reçu le plus de calcium...).  Pour faire bonne mesure, la présentation pro-bio [8, diapo 9] propose un graphique invraisemblable pour la teneur du sol en matière organique ;  invraisemblable sur le plan didactique (l'ordonnée va de 0 à 18 g C/kg de sol, alors que les valeurs rapportées vont en gros de 12 à 16) et factuel (les valeurs de départ, en principe identiques, s'échelonnent de 14 à 16).

Mais revenons à la fumure organique.  La dose correspondait à 1,2 (cycles 1978-1984 et 1985-1991), puis 1,4 UGBF/hectare (1992-1998).  La réglementation européenne de l'agriculture biologique limite le chargement à 2 UGB par hectare [16].  L'essai du FiBL, avec trois années de cultures fourragères sur sept lors du dernier cycle, ne peut dès lors qu'être représentatif d'une exploitation de polyculture-élevage disposant d'une importante surface de prairies permanentes ; et d'une exploitation dans laquelle les éléments fertilisants sont transférés de ces prairies vers les surfaces labourées ; et donc d'une exploitation dans laquelle une partie est appauvrie tandis que l'autre n'est même pas maintenue à niveau [17].

Enfonçons le clou : « L'agriculture biologique doit tabler sur des rendements plus faibles de 20 % en moyenne », selon les termes de la plaquette, est une généralisation abusive, et ce, à partir d'une expérimentation qui, selon notre analyse, ne permet même pas une telle conclusion pour une exploitation correspondant aux critères de l'expérimentation.

Quant à la fertilisation totale, la communication primaire n'est pas non plus exempte de critique.  Si des chiffres moyens sont donnés dans Science [5], il faut se contenter dans la plaquette d'un graphique sur les apports – toujours moyens – par année (page 5) et d'un commentaire général selon lequel « [l]a fertilisation des procédés conventionnels respecte les "Données de base pour la fumure des grandes cultures et des herbages" des stations fédérales de recherches » (page 4).

Le graphique précité est commenté comme suit : « Au chapitre des apports d'éléments nutritifs, la différence la plus nette concerne l'azote minéral, dont les procédés biologiques ont reçu 65 % de moins.  Les fumures phosphatées et potassiques ont été quant à elles respectivement 40 et 45 % plus faibles dans les procédés biologiques que dans le procédé conventionnel. »  Le FiBL a donc choisi de ne pas communiquer sur l'azote total, pour lequel la différence est moins nette (quelque 35 % en moyenne sur trois et quatre cycles).  Il n'explique pas non plus l'origine de l'azote minéral pour les modes biodynamique (censé ne pas recevoir d'engrais minéraux) et biologique (censé ne recevoir que des poudres de roche et du patentkali) ; il ne commente pas non plus la répartition des apports dans le temps.

La communication secondaire est quant à elle contestable, sinon détestable.  Ainsi, dans New Scientist, Paul Mäder est cité comme ayant déclaré que l'apport de fertilisants tels que l'azote a été réduit jusqu'à 50 % pour les systèmes organiques [18].  C'est là une exagération.  Dans la présentation congresviti [9, page 7] il est écrit que « le bio a reçu environ 50 % de moins de fumure ».  C'est une exagération et une ineptie : une moyenne ou toute autre valeur agrégeant N, P et K n'a aucune valeur.  Pour le profane et en termes simples : l'azote se lessive et se perd (la fameuse pollution par les nitrates), le phosphore et la potasse peuvent se stocker dans le sol.  Une carence en azote se paie comptant ; pour P et K, on peut faire une impasse de fertilisation si le sol est bien pourvu.

Le FiBL conclut donc, par exemple dans la présentation congresviti [9, page 7], que « [l]e bio est plus efficace que le conventionnel, car les différences de rendements sont bien plus faibles que les différences dans les apports de fumure et de phytosanitaires ».  Dans la diapo suivante, les auteurs admettent, certes, que dans les systèmes organiques « [l]a teneur du sol en P et K facilement assimilable a diminué », mais prétendent que « [l]a teneur du sol en réserves de P et K est restée stable ».  Selon la plaquette, elle a diminué, et même considérablement (voir le résumé de la page 2).

En résumé : la méthodologie est discutable, mais c'est inévitable ; la communication primaire est insuffisante (la plaquette est lacunaire et trompeuse, tandis que la communication scientifique ne porte qu'incidemment sur la question essentielle, l'intérêt agronomique et économique des itinéraires organiques) ; la communication secondaire (les présentations et les déclarations et échos dans la presse) est pour le moins indigente.

Il faut aborder à ce stade la relation entre fertilisation et rendement et, par voie de conséquence, la conception même de l'essai.  À l'évidence, celui-ci souffre d'une sous-fertilisation.  La plaquette en fait état, notamment dans le chapitre Les exportations et les apports d'éléments nutritifs sont-ils en équilibre ? (page 7) et le chapitre Le bio épuise-t-il les sols ? (page 9).  Le FiBL répond à cette question par : « Conséquence des bilans de fumure négatifs, les teneurs en phosphore et en potasse très solubles diminuent nettement, alors que les réserves de ces éléments diminuent moins vite. »

Les rendements du blé, après un premier cycle inexplicablement bas, ont atteint un (modeste) pic lors du deuxième puis ont décliné.  Pour la pomme de terre, la chute a été continue et très importante (sur quatre cycles de l'ordre de 20 % en conventionnel, 35 % en biologique, et 45 % en biodynamique).  La prairie temporaire est plus stable, voire en légère augmentation.  Il faudrait toutefois moduler ces observations par une analyse à la lumière, notamment, des variétés utilisées.  Ainsi, pour le blé lors du premier cycle (1978-1984), c'était Probus, une variété inscrite en Suisse en 1948, en bout de course, et sensible aux rouilles jaune et brune ; les suivantes (Sardona, Ramosa et Tamaro) n'ont pas fait de grandes carrières en Suisse [19].  Pour la prairie temporaire, on a utilisé le mélange 330 lors des premier, deuxième et quatrième cycles, et le mélange 430 lors du troisième.  Pourquoi est-on revenu au 330 lors du quatrième cycle ? On ne peut s'empêcher de penser que c'est parce que le mélange 430 a été catastrophique en biologique...

Quoi qu'il en soit, ce que le FiBL appelle « conventionnel » est en fait la « production intégrée » des Suisses, un mode à intrants réduits bénéficiant de primes.  Ce mode sous-évalue la performance potentielle ; les modes organiques reflètent raisonnablement ce que peut faire un agriculteur-éleveur compte tenu des limitations et contraintes imposées par ces modes (et la réglementation).  En conséquence, le FiBL sous-évalue l'écart, et il en a conscience ainsi que le montre l'article dans Nature [12].  Et il y a de quoi s'inquiéter de l'épuisement progressif du sol (profond et au départ bien pourvu dans le cas de l'essai du FiBL), que l'augmentation de l'activité biologique rapportée par le FiBL ne peut que compenser en partie et, surtout, temporairement.  C'est toute la problématique exposée avec brio sur le plan historique par Jean Boulaine [17].

Sommes-nous trop sévères, voire injustes ?

Paul Mäder et Andreas Fliessbach concluent leur présentation pro-bio [8] – de 2004 – en soulignant que des recherches sont nécessaires au niveau de la ferme pour confirmer les résultats des essais en laboratoire et plein champ.  Les statistiques sur le monde réel existent pourtant, même si elles sont relativement rares – la filière bio n'aime pas communiquer sur ses performances [20] – et qu'elles doivent être maniées avec précaution.  La parcimonie statistique a une cause : ce n'est pas 20 % d'écart comme le prétend le FiBl, mais plutôt, au bas mot, le double [21].

Il est donc difficile de ne pas pointer ici, à nouveau, un problème de langue de bois, sinon de double langage, de la part du FiBL.  Cette précision indispensable sur la valeur toute relative de l'essai DOC ne figure pas dans la plaquette ; et les gens du FiBL n'ont pas réagi quand d'autres prenaient leurs 20 % d'écart pour une norme générale définitivement et scientifiquement prouvée.

Les auteurs de l'article dans Science [5] ont toutefois fait état d'un écart de 30 à 40 % en Europe pour le blé.  Pourquoi n'ont-ils pas donné les chiffres réels pour la Suisse, qu'ils ne pouvaient ignorer, le FiBL étant lui-même producteur de statistiques [22] ?

Dans Nature [12], un des auteurs, Andreas Fliessbach, admet que l'écart entre conventionnel et biologique pourrait être « plus grand dans d'autres parties de l'Europe du fait que l'agriculture non-biologique suisse est moins intensive que certains autres systèmes » (cela va du reste dans le sens de ce que nous écrivions plus haut, en plus ampoulé).  Ce faisant, il laisse entendre que les 20 % du FiBL sont représentatifs de la situation réelle en Suisse.  Difficile, dans ce cas précis, d'attribuer la responsabilité de cette ambiguïté – pour rester dans le registre du correct – au journaliste.

Dans les versions allemande et française de la plaquette, Urs Niggli écrit dans l'introduction (page 3) : « Aujourd'hui, plus personne ne doute que l'agriculture biologique fonctionne ! » Pourtant, dans le chapitre Le bio atteint-il des rendements corrects ? (page 6), il doit être le co-auteur de : « L'avenir de cet essai montrera si l'intensification des processus de transformation qui se déroulent dans les sols bio permet aux systèmes agricoles bio de compenser la baisse en éléments nutritifs du sol. »  En d'autres termes, ils ont posé la question de la durabilité.

Une question qui se pose avec une grande acuité quand l'on considère leurs propres observations sur la chimie du sol, plus précisément l'épuisement des réserves de phosphore et potasse.

Une question à laquelle, sauf erreur de notre part, le FiBL n'a pas répondu par un suivi des communications sur l'essai DOC [23].  À moins que ce suivi, ce soit précisément son silence, maintenant plus que décennal [24].

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[1]  Commentaire N° 23 :

http://imposteurs.over-blog.com/article-le-velot-d-or-a-jean-pierre-frick-56596478-comments.html#anchorComment

[2]  https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/do-1190-dok.pdf

Pour la version anglaise : https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/do-1090-doc.pdf

Pour la version allemande (vraisemblablement originale, mais c'est la troisième édition qui est sur la toile – pourquoi ?) : https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/do-1089-dok.pdf

[3]  http://www.bio-dynamie.org/fondements-agriculture-biodynamique/preparations-biodynamiques/preparation-bouse-de-corne-et-preparee.htm

Êtes-vous croyant ? « Actuellement, on peut dire que la bouse de corne préparée (500P) a fait ses preuves tant dans les grandes cultures, la culture de prairies, le maraîchage, l’arboriculture et dans la viticulture. »

[4]  Pour le texte complet (en anglais) de Rudolf Steiner :

http://wn.rsarchive.org/Lectures/Dates/19240614p01.html

[5]  Mäder P., Fließbach A., Dubois D., Gunst L., Fried P., Niggli U. (2002) Soil Fertility and Biodiversity in Organic Farming. Science 296, 1694-1697

http://www.sciencemag.org/content/296/5573/1694.abstract

Résumé : « An understanding of agroecosystems is key to determining effective farming systems. Here we report results from a 21-year study of agronomic and ecological performance of biodynamic, bioorganic, and conventional farming systems in Central Europe. We found crop yields to be 20% lower in the organic systems, although input of fertilizer and energy was reduced by 34 to 53% and pesticide input by 97%. Enhanced soil fertility and higher biodiversity found in organic plots may render these systems less dependent on external inputs. »

Un texte a été publié à :

http://www.mindfully.org/Farm/Organic-Farming-Fertility-Biodiversity31may02.htm

On trouvera une traduction française à :

http://users.skynet.be/etc/AB-pdf/Sfbd296.pdf

[6]  Par exemple Organic farming 'a realistic choice'

http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/2017094.stm

Dans l'article qui fait l'objet de la note [5], on trouve en introduction : « We found crop yields to be 20% lower in the organic systems, although input of fertilizer and energy was reduced by 34 to 53% and pesticide input by 97%. » Et, en conclusion : « We conclude that organically manured, legume-based crop rotations utilizing organic fertilizers from the farm itself are a realistic alternative to conventional farming systems. »

[7]  http://www.sciencemag.org/content/suppl/2002/05/30/296.5573.1694.DC1/MaederSuppl.pdf

[8]  http://www.pro-bio.cz/bioakademie2004/materials/prezentace/a/Andreas%20Fliessbach.pdf

[9]  http://www.bio-dynamie.org/programmes-en-formatpdf/congresviti/fiblessaidoclevite.pdf

[10]  Voir par exemple une autre plaquette publicitaire – facilement accessible, elle –, 90 arguments en faveur de l'agriculture biologique

https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/1441-arguments.pdf

[11]  20-year study backs organic farming

http://www.newscientist.com/article/dn2351

[12]  Green fields are efficient – Organic farming means quality, not quantity.

http://www.nature.com/news/1998/020527/full/news020527-12.html

« Organic yields were on average around 20% less than when chemicals were used. The difference ranged from a roughly 40% decrease for potatoes, which need more nutrients and suffer from blight, to 10% or less for wheat and grass. The gap could be greater in other parts of Europe, says Fliessbach, as Swiss non-organic farming is less intensive than some systems. »

[13]  http://e-collection.library.ethz.ch/eserv/eth:24661/eth-24661-01.pdf

[14]  Par exemple :

http://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/environnement/eau/fichiers_pdf/dispositions_legales_epandage_purin_fumier.pdf

[15]  À preuve, il est précisé dans la plaquette que « le changement de fournisseur d'engrais de ferme a provoqué dans le procédé bio-dynamique un apport de potasse presque deux fois plus élevé pour la troisième période d'assolement » (italiques ajoutés par nous).

[16]  Voir par exemple :

http://www.certisys.eu/doc/RX2049fr.pdf

[17]  On lira avec intérêt Quatre siècles de fertilisation, Jean Boulaine

http://www.inra.fr/internet/Hebergement/afes/pdf/EGS_2_3_Boulaine1995.pdf

http://www.inra.fr/internet/Hebergement/afes/pdf/EGS_2_4_boulaine95.pdf

[18]  Voir note 11 pour le lien.

« "The input of nutrients like nitrogen were as much as 50 per cent lower, so overall the organic system was more efficient," he told New Scientist. »

[19]  Voir par exemple : Die Weizenzüchtung in der Schweiz, Dario Fossati et Cécile Brabant, AGRARForschung 10 (11-12): 447-458, 2003

http://www.agroscope.admin.ch/data/publikationen/ch_ame_03_pub_3890_d.pdf

Texte français (scanné) : http://www.agroscope.admin.ch/data/publikationen/ch_ame_03_pub_RSA_35_4_169-180_f.pdf

[20]  Voir par exemple Quel rendement en 2009 pour les blés bio ?

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article609

[21]  Voir par exemple Rendements des grandes cultures bio en Haute-Normandie, Alter Agri, mars-avril 2005, page 14

http://www.itab.asso.fr/downloads/AlterAgri/AA76.pdf

Plus récent, mais sans comparaisons avec le conventionnel, Variétés et rendement des céréales biologiques – Récolte 2010

http://www.franceagrimer.fr/Projet-02/08publications/08publi_pdf/08pub_pdf_cere/2011/Pubcere062011/repart_var_bio062011.pdf

[22]  Voir par exemple The hidden below ground life in biodynamic Agriculture -Results obtained in the DOK trial, page 17 :

http://www.tecpuntobio.it/Documenti/mader.pdf

Ce document n'est malheureusement pas daté, tout comme le tableau qui a été utilisé dans d'autres présentations.  Selon des publications compilées par un chercheur du FiBL, le rendement du blé organique en Suisse s'établirait à 64-75 % du conventionnel.

Voir aussi DOK VersuchLeistungsfähigkeitderBio-Systeme, Paul Mäder et Andreas Fließbach :

http://www.agroscope.admin.ch/aktuell/02720/02722/02771/02772/index.html?lang=de&download=NHzLpZeg7t,lnp6I0NTU042l2Z6ln1acy4Zn4Z2qZpnO2Yuq2Z6gpJCDfIN8e2ym162epYbg2c_JjKbNoKSn6A--

La diapo 7 présente les rendements du blé sur 100 exploitations avec une ventilation selon le nombre d'années écoulées depuis la conversion.  Le nombre d'exploitations nous paraît trop petit pour qu'on puisse se prononcer sur l'évolution des rendements dans le temps.

La diapo suivante présente les rendements en pommes de terre de 40 exploitations qui en cultivaient plus de 2 ares ; mais c'est uniquement des exploitations « bio » !

[23]  Notre quête de documents a aussi révélé : Soil organic matter and biological soil quality indicators after 21 years of organic and conventional farming, Andreas Fließbach, Hans-Rudolf Oberholzer, Lucie Gunst, Paul Mäder, Agriculture, Ecosystems and Environment 118 (2007) 273–284.

http://www.ask-force.org/web/Organic/Fliessbach-Soil-Organic-Matter-21-years-2007.pdf

Le manuscrit a été soumis en avril 2005, et il a fallu plus d'un an pour produire et faire accepter une version révisée.  L'article présente des données pédologiques diverses se rapportant à 1998, soit la fin du troisième cycle de culture.  En fait, les échantillons de sol avaient été prélevés le 15 mars 1998, avant la fin du cycle.  Alors que l'on se trouvait dans la dernière année du quatrième cycle, cet article n'est donc qu'un recyclage de données anciennes.  Et il est silencieux sur ce qui intéresse le praticien.

[24]  Il y a cependant eu un communiqué de presse, le 14 août 2006, sur la Poursuite du plus ancien essai européen de longue durée en grandes cultures biologique

http://www.fibl.org/fr/medias/archives-medias/archives-medias06/communique-medias06/article/poursuite-du-plus-ancien-essai-europeen-de-longue-duree-en-grandes-cultures-biologique.html

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 14:52

 

2de partie : La génération spontanée de biomasse, une solution d’avenir

Comme nous l’avons vu précédemment, une surestimation de 20% « suffit » pour faire rentrer les chiffres de la production ligneuse solide dans les contraintes de leur scénario négaWatt. Les promoteurs du scénario vont se montrer autrement plus inventifs en ce qui concerne la biomasse liquide, c’est-à-dire les végétaux et déchets animaux permettant de produire du méthane, le pivot de leur bouquet énergétique.

Le scénario négaWatt ne présente que le sommet de l'iceberg, pour connaître le programme de la FPH pour l'agriculture il faut consulter le scénario Afterres2050. Relier les deux documents permet de décrire le fond de la démarche et donne une meilleure idée du niveau d'irréalisme du scénario négaWatt.

Il y a-t-il un agronome pour sauver la France ?

N’y allons pas par quatre chemins, le programme d’Afterre2050 et de Négawatt pour l'agriculture est totalement inapplicable que ce soit au  niveau social, économique et agronomique. Les auteurs ont prévu de restructurer totalement l'agriculture. Le programme est aussi ambitieux qu'hallucinant :

*Diviser par deux la production de viande

*Convertir 50% des surfaces en agriculture biologique (AB) et le reste en agriculture écologiquement intensive (AEI)

*Dégager 5 à 8 millions d'hectares pour la biomasse

*Produire jusqu'à 6 « productions » en simultané sur la même parcelle

 

La conversion du conventionnel en AEI ne pose pas de problème et déjà en partie engagé dans le monde agricole. Pour rappel, l’AEI permet de maintenir voir d’améliorer les rendements en s’appuyant sur trois piliers : la rotation culturale, la réduction du travail du sol voir le semis direct et la plantation de couvert en intercultures. Au niveau mondial on compte 3 hectares en semis direct dont 2 en AEI à proprement parler pour 1 hectare d’AB. La surface de semis direct totale est d’environ 120 millions d’hectare et double tous les dix à quinze ans. En France le ratio est similaire, de l’ordre de 4ha d’AEI pour 1ha d’AB. Cette forme d’agriculture n’est pas médiatisée, les produits qui en sont issus ne font pas l’objet de valorisation commerciale particulière. Des réseaux très actifs d’agriculteurs assurent sa promotion (magasine TCS, festival du non labour et du semis direct, association BASE). Les agriculteurs l’adoptent car elle permet de réduire les coûts, de gagner du temps et d’améliorer la productivité de leur sol. Elle n’interdit ni les engrais, ni les produits phytopharmaceutiques ni les OGM.

 

La viande, la martingale des écologistes

L’idée de diviser par deux la production de viande est une preuve de l'ignorance totale des auteurs pour la réalité agricole : les zones d'élevages correspondent à des contraintes agronomiques (sols non labourables) ou socio-économiques locales (petites surfaces). Avant d'affirmer qu'on peut diviser par deux la production, il faut prouver que ces terres pourraient produire autre chose dans des conditions satisfaisantes. Les auteurs se gardent bien d'expliquer comment ils vont décider qui continue à travailler son cheptel et qui va au pôle emploi. Diviser l'élevage par deux c'est supprimer un grand nombre d'exploitations. On peut supposer que les auteurs visent les élevages de monogastriques hors sols dans des régions en excédant d'azote. Pour autant rien ne prouve qu'une meilleur répartition de ces élevages sur le territoire entraînerai la moindre réduction du cheptel, d'autant plus si les producteurs biologique ont besoin de fumier.

Les auteurs n'ont manifestement pas conscience des changements du monde agricole qui accompagne la montée en puissance de l'agriculture de conservation et biologique, alors même qu'ils se prétendent promoteurs de ces formes d'agricultures. L'élevage est plus souvent réintroduit dans les fermes qui s'engagent vers ces formes d'agriculture durable ou sans chimie: produire son propre engrais organique, valoriser des cultures fourragères intéressantes dans les rotations, recycler directement des déchets d'exploitation, vendre des produits à plus haute valeur ajoutés, les agriculteurs ont beaucoup de bonnes raisons de remettre des animaux dans leurs exploitations.

 

http://www.agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/tcs_47_champagne_moutons.pdf

 

Ils ignorent aussi un autre fait agronomique basique : les élevages font partie des agrosystèmes, aucune civilisation n’a existé avec un système sans animaux. Trois raisons essentielles expliquent cette cohabitation : ils fournissent une force mécanique, produisent des fumiers nécessaires à la fertilisation des terres et peuvent valoriser des ressources alimentaires non comestibles, que ce soit du fourrage ou des déchets agricoles. L’introduction d’élevage n’entraîne pas forcément une réduction de la disponibilité alimentaire pour les humains : la rotation de Norfolk est l’exemple historique le plus connu. Cette rotation a permis de faire repartir à la hausse la production agricole en Angleterre à la sortie du Moyen Age en réintroduisant des cultures destinés aux animaux dans de système où les troupeaux étaient cantonnés aux près communs. Les ruminants pouvaient valoriser les trèfles et la navette fourragère, ces cultures avaient une influence très positive sur le rendement des cultures de céréales qui suivaient et permettait d’éviter les jachères. Le système produisait plus d’aliments végétaux et animaux qu’une rotation classique sans productions de fourrages.

Les auteurs partent du principe qu'il faut 4 à 10 protéines végétales pour produire une protéine animale. Il serait utile de leur fournir des données mises à jour, les poulets et les porcs ont des taux de conversion protéique de 2 à 3 pour 1, certains poissons omnivores (carpe pour rester dans le local) arrive à fixer plus de 50% des protéines absorbées. Élevés en étang, ils sont même capables de produire plus de protéines que ce qu'on leur donne dans l'aliment, en consommant du zooplancton totalement indigeste pour les humains. L’étang comme pivot du recyclage des déchets d’élevages intensifs traditionnels ou moderne est un système courant en Asie et qui se développe en Amérique du sud. Le climat métropolitain français est malheureusement moins favorable à ce système, mais c’est surtout la faible habitude de consommation de poisson d’eau douce qui empêche le développement de cette filière.

Les auteurs s'appuient sans doute sur le discours dominant, relayé par les organisations végétariennes ou animalistes pour critiquer la production de viande, accusée d'arracher le pain de la bouche des somaliens, de polluer nos campagnes et le tout en fournissant des aliments nocifs aux pauvres consommateurs occidentaux. Le problème est que les alternatives alimentaires n'ont pas forcément un impact environnemental inférieur. L'étude plus fine des régimes alimentaires montrent que l'avantage en termes de bilan carbone d'un régime végétal est loin d'être évident et systématique. La raison est simple : les aliments sont moins riches en énergie et moins digeste, il faut manger plus.

http://www.inra.fr/content/download/29748/371732/version/2/file/duALIne_Chap3Etude_nov2011.pdf

Les protéines végétales n'ont pas un profil d'acides aminés qui correspond exactement à nos besoins, pour se passer de viande, même partiellement, certaines protéines végétales (le blé par exemple) ne valent qu'une demi-protéine animale. Les végétaliens consomment 20 à 35% de protéines en plus par rapport à des omnivores ( les auteurs ont ignoré ce ratio), pour remplacer la viande il faudra produire environ 25% de protéine végétale en plus que ce que prévoit une simple parité.

Réduire le cheptel c'est réduire la consommation de viande. Hors notre cerveau de singes chasseurs est conditionné pour favoriser la viande, sans méthode coercitive il sera difficile d'empêcher la consommation de viande, notamment des plus riches. Diviser par deux la consommation de viande globale, la méthode la plus simple est d'augmenter radicalement le prix. Le problème c'est que la réduction de consommation sera très mal répartie, divisée par 4 pour les pauvres et maintenue voir augmenté pour les plus riches. Il sera nécessaire d'instaurer un rationnement, aussi bien à la consommation qu'à la production. Le dernier épisode de rationnement en France, date de la seconde guerre mondiale.

 

Seuls les plus riches pourront se nourrir correctement

 

Le second point montre l'absence totale de considération que les auteurs ont pour la réalité agronomique et économique. Le bio ne fera jamais 50% des surfaces en France. Avec un prix de l'électricité et du chauffage multiplié par deux, on se demande bien quels ménages vont pouvoir se payer des aliments 30 à 50% plus cher. Avec les investissements prévus dans les logements, les ménages modestes n'auront pas grande chose à la fin du mois. C'est un des objectifs cachés du scénario : la décroissance forcée. La décroissance entraînera chômage, pauvreté et explosion des inégalités.

 

Réduire les troupeaux aura aussi un effet direct sur la productivité de l'AB : ils dépendent totalement de l'engrais organique, diviser par deux les cheptels et multiplier par 20 la surface AB va diviser par 40 la disponibilité d'engrais organiques. Un autre phénomène pourrait toucher l'AB : dispersées dans une SAU conventionnel les parcelles bio sont « couvertes » par les traitements des autres agriculteurs. Cet effet serait très fortement réduit si la moitié de la surface n'est plus sous protection. Il est possible que les rendements du bio s'effondrent et s'approchent de plus en plus des rendements de l'ère prè-industrielle, c'est à dire environ 1/8 du rendement moderne. Dans ce cas les aliments AB seront encore plus rares et plus chers, les risques de crises alimentaires ne pourront être écartés.

 

Regarder en arrière n'a jamais permis de résoudre de nouveaux problèmes

 

Il n'y a pas de miracle possible, sans chimie, ni génétique, ni engrais, l'agriculture produit beaucoup moins. Résoudre des problèmes nouveaux en regardant en arrière est le meilleur moyen de prendre le mur de la réalité en pleine face. Il n'est en aucun cas souhaitable de développer l'agriculture biologique à cette échelle. Elle n'est même pas une forme d'agriculture durable, c'est une création dogmatique qui a avant tout un intérêt commercial, elle produit des aliments beaucoup plus coûteux et qui n'apporte aucun gain environnemental ou sanitaire par rapport à l’AEI.

On pourrait notamment citer Lucien Séguy, agronome au CIRAD et qui travail sur l’AEI au Brésil depuis plus de trente ans :

« Ce n’est pas une agriculture bio. Mais c’est pourtant une agriculture plus bio que celle bio ! Dans les SCV (semis direct sous couvert végétal) on remet la biologie au cœur de la relation sols-cultures, elle en est le moteur. Dans l’agriculture bio, on laboure les sols. Avec le changement climatique, on observe des pluies de types de tropical avec des intensités extrêmement élevées. Le labour a comme conséquence que tout le sol part dans la rivière sous une pluviométrie comme celle-là. C’est quoi cette agriculture biologique qui est capable de perdre son sol en deux ou trois pluies ? »

http://www.ffem.fr/jahia/webdav/site/ffem/shared/ELEMENTS_COMMUNS/U_ADMINISTRATEUR/5-PUBLICATIONS/Biodiversite/SCV.pdf

 

L'AB est aussi incompatible avec l'agriculture de conservation, le travail sous couvert nécessite l'usage raisonné d'herbicide, ce qu'elle interdit. L'AB consomme plus de fioul que l'AEI et exige plus d'intervention mécanique pour combattre les adventices. Cette intervention consomme la matière organique du sol et rend obligatoire les jachères ou l'incorporation de composts exogènes. L'utilisation de couvert est très risquée sans béquille chimique, les techniques simplifiées sont possibles en AB, une vrai démarche de semis sous couvert est quasi impossible. L'AEI s'adapte à toute les conditions pédo-climatiques, il suffit d'inventer et de mobiliser des connaissances, en ABles dogmes écologistes réduisent de façon drastique les possibilités, la solution est donc de diluer les problèmes avec le travail du sol.

 

En plus de favoriser la dégradation des sols et la consommation d’énergie fossile de nombreuses cultures AB reposent sur l'usage du cuivre qui stérilise les sols à long terme. L'usage du cuivre ne pourra pas continuer et certaines cultures AB comme la vigne et la pomme de terre seront impossibles dans quelques décennies, aucune alternative biologique crédible n'est connue.

 

Gagner de l'espace, annexer le Benelux?

 

Les promoteurs d’Afterres2050 comptent libérer 5 à 8 millions d'hectares pour la biomasse, en profitant de la réduction de la production de viande. Cette ambition est totalement démesurée si on étudie en détail les contraintes agronomiques et alimentaires :

Situation actuelle :

ng5.JPG

 

Source :http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=NATnon10206&reg_id=0


Le nouveau visage de l'agriculture française serait le suivant :

 ng6

 

Le gain en terme de SAU serait en théorie de 3.6 millions d'hectares de terres arables et 2,9 millions d'hectares de prairies, c'est n'est pas du tout le ratio avancé par Négawatt mais ça reste un gain. Sauf que les auteurs ont oublié un énorme détail : en AB, ça produit moins, parfois beaucoup moins, surtout en céréales, oléagineux et protéagineux.

L'Inra donne des chiffres de perte de rendement dans le rapport Ecophyto R&D :

 

ng7.JPG


Ces chiffres donnent une idée du rendement réel de l’agriculture biologique. Le décrochage des rendements est bien réel : certaines cultures voient leur rendement divisé par 4. Les rendements sont relativement constants en agriculture conventionnelle ou de conservation, en AB les risques de perte de récolte ou d’accident sont plus présents et expliquent les larges échelles pour certaines productions.

 

On peut néanmoins remarquer que le maïs, plante particulièrement critiquée par les écologistes, est la seule céréale à supporter la conduite biologique avec une perte de rendement acceptable.  Des rendements de 60 quintaux en AB sont courant. Cela démontre une fois de plus la pertinence de la production de maïs en France, plante robuste, bien adaptée au changement climatique et qui dépend moins de l’apport de la chimie que les céréales à pailles traditionnelles.

Les surfaces nécessaires pour maintenir la production alimentaire tout en respectant la parité entre l’AB et l’AC sont les suivantes:

ng8.JPG

 

 

Source : http://www.inra.fr/content/download/21819/305895/version/3/file/EcophytoRD-Synthese-20janv10-web.pdf

Ces chiffres permettent de revenir à la réalité et elle n'est pas réjouissante pour les promoteurs du scénario : la réduction de l'élevage est insuffisante pour dégager des surfaces et convertir la moitié en AB. Ce n'est pas 5 à 8 millions d'hectares qui seront libérés, mais bien 0.98 millions d'hectares qu'il faudra ajouter aux terres arables. Il ne reste donc que 1.92 millions d’hectare de prairies permanentes libérées, et rien n’indique que celles-ci sont aptes à recevoir des cultures classiques.

Le dernier point, faire six « productions » par sur la même parcelle, ne convainc par les auteurs eux-mêmes, faire 8 productions en cinq ans est possible (mais avec de l'élevage), mais six productions différentes en simultanée ça devient n'importe quoi.

http://www.agriculture-de-conservation.com/8-recoltes-en-5-ans.html?id_mot=15

 

On se demande si les auteurs ont compris que les plantes avaient besoin de lumière pour produire, et que jusqu'à présent on ne peut pas contrôler le soleil. Additionner des productions qui auront besoin de lumière au même moment ne fera que réduire la part exploitable pour chacune, et donc le rendement d'aliment et biomasse.

La graine est pour l'Homme, la plante pour le sol, principe de base de l'agriculture à respecter

L’œuvre fictionnelle la plus marquante des auteurs du scénario est leur proposition de destruction de la fertilité des sols avec trois idées susceptibles de provoquer effondrement pur et simple du système agricole :

Exporter un quart des résidus de culture

Planter des cultures intermédiaires sur les 2/3 des terres (pour les convertir en biomasse méthanisable)

Récolter 20% de l'herbe des prairies pour la méthanisation

Ces propositions sont cauchemardesques au plan agronomique, on se demande si les auteurs n'ont tout simplement pas compris le concept de matière organique dans le sol. Plusieurs décennies de travail mécanique du sol intensif ont eu raison d’une partie du stock de matière organique de nos sols agricoles (il manque en moyenne 2 points de matière organiques) et de nombreux agriculteurs ont dû changer leurs pratiques pour éviter la catastrophe. Exporter les pailles est un facteur de risque supplémentaire pour la santé de nos sols agricoles, compte tenu de leur état, c’est une proposition irresponsable.

L'exportation des résidus de culture est un jeu dangereux et peu pratiqué. D'abord il ne concerne que les céréales à paille, les autres résidus de culture ne sont pas récupérables, il est donc faux d’annoncer que 25% des résidus de cultures seront récupérés. Les sols les moins sensibles peuvent exporter au maximum 10 à 20% des pailles et à condition d’accueillir au moins 50% de céréales à paille dans la rotation. Tous les sols ne sont pas aptes à une telle spoliation, les sols sableux ou battant par exemple ne supporte pas ce traitement : il faut au contraire les charger en matière organiques pour leur donner des caractéristiques agronomiques favorables. Si on prend en compte le passif des terres arables françaises, exporter les pailles est la meilleure méthode pour continuer à dégrader le potentiel agronomique de nos sols. Les auteurs ont omis de prendre en compte les exigences de leur propre scénario : la part des céréales à paille doit être réduite, notamment au profit des légumineuses et des légumes, qui ne laissent pas de résidus. L’assolement en céréales à paille sera largement inférieur à 50% et rendra de fait impossible l’exportation de résidus en dehors des besoins de litières pour les animaux.

                  

Les auteurs ne soutiennent pas l'idée que le retour au sol des boues de méthanisation supprime le risque de perte de matière organique, ce qu’affirment les promoteurs de la méthanisation. Je suis de leur avis, le processus de création de la matière organique doit avoir lieu sur la parcelle, si balancer de la lignine et des minéraux était la solution, ça se saurait. Cette ressource peut dont être complètement oubliée.

 

Le second point est une autre invention totalement délirante: il est concevable de planter des couverts sur les 1/3 des parcelles, ça parait difficile d'aller au-delà de 50%, certaines intercultures (par exemple entre un colza et un blé) sont trop courtes ou trop tardives (récolte de maïs grain durant l'hiver) pour développer un couvert. Mais le fond du problème n'est pas là, il est conceptuel.

Exporter la biomasse des couverts pour la méthanisation est un contre usage. Les couverts sont des interventions agronomiques, ils ont de multiples rôles:

Capter les restes de fertilisation

Fixer de l'azote atmosphérique

Rendre disponible certaines formes de phosphore

Lutte sanitaire (nématodes, champignons du sol)

Protection contre les adventices durant la croissance du couvert

Formation d’une couverte de matière végétale morte faisant écran aux adventices, réduisant l’évaporation et améliorant la biodégradation des molécules phytopharmaceutiques

Fissurer le sol

Nourrir les vers de terres qui entretiennent la structure du sol

Libérer des glucides qui participent à la création d'une structure favorable du sol

Tromper les limaces pour protéger la culture suivante (les limaces ont tendance à ne pas changer d'aliment)

 

Cette liste n'est pas exhaustive, des nouveaux rôles sont régulièrement mis en évidence ou recherchés, cette technique est encore jeune. Les couverts performants sont des mélanges qui permettent d'accomplir plusieurs de ces tâches. Récolter les couverts, même en restituant les déchets du méthaniseur, supprime l'essentiel des services qu'ils peuvent et doivent rendre. L'agriculture écologiquement intensive est un ensemble cohérent de techniques, dont les couverts intercultures  forment un des trois piliers avec les rotations et la suppression du travail du sol.

 

La récolte des couverts pose aussi des problèmes pratiques à ne pas prendre à la légère, d'abord parce qu'ils atteignent leur maturité à des périodes peu favorables au passage d'engins lourds (automne et début d'hiver), ensuite certains couverts sont des successions d'espèces qui n'atteignent pas leur plein développement au même moment, ce qui réduit encore plus l'intérêt d'une récolte. Dernier point de blocage, certaines espèces très utilisées dans les couverts, comme la moutarde, ne sont pas forcément compatibles avec la production de biogaz de qualité à cause de leur richesse en acides aminés soufrés et en composés toxiques.


Cette ressource n'existe donc pas, c'est une pure invention des auteurs qui n'ont pas compris le rôle des couverts dans les systèmes agronomiques d'agriculture écologiquement intensive. C’est une erreur d’autant plus impardonnable qu’ils comptent convertir la moitié des surfaces en AEI, tout en violant un des trois piliers qui soutiennent cet ensemble de techniques. Encore une fois les auteurs s’emparent d’un sujet prometteur, l’AEI, et tordent la réalité pour la faire rentrer dans le carcan de leur triple ambition : sortir du pétrole, du nucléaire et maintenir une société relativement confortable. L’AEI va sans doute permettre de créer une agriculture durable, capable de nourrir la planète sans détruire l’environnement, mais elle ne pourra pas nourrir les humains et alimenter nos besoins énergétiques gargantuesques.

 

La dernière ressource fantoche c'est l'herbe, normalement destinée aux ruminants. Les auteurs ont simplement oublié de prendre en compte les risques de sécheresse, d’autant plus que le changement climatique semble les rendre plus fréquents. Cette ressource ne sera pas disponible tous les ans, même en réduisant le cheptel. Il parait pour le moins hasardeux de construire un scénario de production d’énergie sur des ressources instables. Si l’éolien et le solaire sont intermittents, il est néanmoins possible d’avoir une bonne idée de leur production globale à l’année ou par saison. Cela ne sera pas le cas avec cette ressource dont la disponibilité sera parfois nulle. Si la forêt n’était pas exploitée à plus de 100% dans le cadre du scénario, il aurait était possible d’utiliser le bois comme variable d’ajustement... 

 

Les deux autres ressources (déjection d'animaux et déchets divers) ne posent pas de problème particulier, si on suppose que les auteurs ont bien pris en compte leurs propres contraintes de réduction de cheptel, notamment des élevages hors sols dont les déchets peuvent être totalement récupérés, ce qui n’est pas le cas avec les animaux de pâtures. Il faut aussi signaler que le biogaz produit avec les déchets est de qualité médiocre (riche en hydrogène sulfuré qui forme rapidement de l'acide sulfurique) et nécessite de  retraitements avant utilisation, notamment dans des turbines performantes mais fragile.

 

Le maïs, bête noire des écologistes, la seule solution

 

L’ambitieux programme de méthanisation de négaWatt repose forcément sur la mobilisation de vaste surface d'ensilage maïs. Les surfaces que les auteurs croient pouvoir libérer pour les cultures de biomasses permettraient effectivement d’atteindre les 153TWh : 2,75 millions d'hectares de bonnes terres en maïs biomasse suffirait.

 

 

Cette surface représente quasiment le double de la surface de maïs ensilage aujourd'hui cultivé pour les troupeaux. La réduction du cheptel pourrait plutôt dégager 0.5 à 0.7 millions d’hectare pour cette activité, soit au maximum 38TWh. Les contraintes du scénario ne permettent pas de libérer des terres aptes à recevoir cette culture : il faut des sols profonds, bien alimentés en eau ou de l’irrigation intensive. Il est difficile de dire s’il sera possible de mobiliser une telle surface en supprimant les contraintes du scénario Afterres2050 (pas de bio, consommation de viande libre pour le consommateur), la principale contrainte n’est pas notre marché national, mais les pays dont les populations dépendent de nos exportations de céréales (25M de tonne par an, dont 10M de tonne de blé panifiable pour la consommation humaine). Un bonne progression des rendements (c'est à dire la disponibilité totale des technologies modernes, y compris biotechnologique), un marché mondial bien fourni et une politique volontariste de réservoir d'eau pour l'irrigation peuvent permettre d'y parvenir. Comme avec la forêt il serait nécessaire de renoncer aux principes écolo-politiquement corrects sur lesquels s'engagent les promoteurs.

 

L'absence d'agronome parmi l'équipe « d’experts» à l'origine de ce scénario se fait cruellement sentir. Les auteurs du scénario s'en tiennent à leur ligne directrice : proposer un chiffre brut techniquement possible mais l'accompagner de contraintes écolo-politiques très sévères qui rendent utopique la réalisation de leur projet. Pour éviter de présenter clairement la seule source de biomasse crédible, le maïs ensilage, les auteurs ont inventé de toutes pièces des sources d’énergie inexistantes. Trois des cinq ressources de matière mathénisable sont respectivement largement surévaluées, inexistantes et irrégulières. Les auteurs du scénario ne détaillent par les apports respectifs des ressources qui sont censés permettre de produire les 143TWh annoncé pour la biomasse liquide. On peut supposer qu'il va manquer au moins la moitié de l'énergie annoncé soit 70TWh. Les terres qui sont censés être libérées pour des cultures biomasse sont aussi très largement surévaluées, pour maintenir la production alimentaire il faudra prendre des terres arables sur la surface de prairie et espérer que les rendements de l’AB se n’effondreront pas à cause de la trop grande densité de parcelle AB et la plus faible disponibilité d’engrais organique.

 

A ce stade le bilan du scénario Négawatt est un déficit de 90 à 142TWh, soit 2,5 à 4 EPR (en équivalent PCI thermique). Si le reste du scénario est à l’avenant (ce que semble confirmer d’autres analyses http://www.sauvonsleclimat.org/etudeshtml/analyse-du-scenario-negawatt-2011/35-fparticles/943-analyse-du-scenario-negawatt-2011.html) , Négawatt est un scénario extrêmement dangereux et irresponsable, son application plongerait le pays dans une crise sociale, économique, alimentaire, énergétique et politique sans précédent.

Ailanthus Invictus


 

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 15:28

Merci à Ailanthus Invictus, ingénieur agronome pour sa contribution en deux parties , dont voici la première.

Anton

Le cauchemar forestier : NégaWatt multiplie les ressources ligneuses

Présentée en grande pompe à la presse le 29 septembre, la nouvelle version du scénario de la Fondation pour le Progrès de l'Homme pour sortir du nucléaire et des énergies fossiles d'ici 2050 a eu un bon relais dans les médias. Ce scénario repose entre grande partie sur la biomasse solide et liquide issue des exploitations forestières et agricoles, complétée par quelques ressources marginales comme le bois et les déchets urbains. Une analyse sérieuse permet de comprendre que ce scénario repose surtout sur des illusions.

 

L'objet de cet article n'est pas d'attaquer la filière bois énergie, dont je suis partie prenante, mais de montrer les inepties du scénario NégaWatt. Poser des objectifs réalistes au plan technique, économique et social est une condition sine qua non au développement d'une filière énergétique. Ce genre de publication idéologique a un impact négatif sur cette filière qui a besoin de sérénité et de réalisme.

 

Les auteurs s'engagent, les lois de la physique et de la biologie vont disposer

 

La première source de biomasse présentée dans le scénario NégaWatt est le bois forestier. Deux chiffres clefs sont donnés :

un volume de bois exploité de 120 million de m3 de bois, bois d’œuvre, d'industrie et énergie confondu

une production d'énergie primaire de 154TWh en PCI (pouvoir calorifique inférieur)

 

http://www.négaWatt.org/les-principaux-elements-p46.html

 

 

Les auteurs s'engagent aussi à respecter certains principes :

Accroissement du stock de carbone en forêt (= pas d'exploitation à 100% de la ressource)

Pas de perte de biodiversité (= pas de changement des essences ou de la génétique)

Pas d'intensification de l'exploitation forestière

 

La foi chrétienne multiplia les pains en Judée, la foi écologiste multipliera les arbres en France

 

Étudions le premier chiffre, pour avoir une idée plus précise du bois réellement disponible. D'après les auteurs ce chiffre provient de l'IFN, l'Inventaire Forestier National de 2011. En fait l'IFN donne deux chiffres :

le bois de forte tige (en gros les grumes de 7,5cm de diamètre minimum), qui regroupe le bois d’œuvre et une partie du bois d'industrie et du bois énergie (BIBE).

le BIBE et le menus bois (branchages essentiellement), considéré comme ressource pour le bois énergie. Ce volume comprend la production de plaquettes forestière par broyage sur site des rémanents.

 

www.ifn.fr/spip/IMG/pdf/IF_prel-prod_web2.pdf

http://www.dispo-boisenergie.fr/general/accueil

 

 

Ces deux chiffres ne peuvent d'additionner tels quel, pour bien comprendre l'état de le ressource, un troisième document est nécessaire, il permet de bien séparer les ressources de bois d’œuvre, de BIBE et de menus bois :

 

 

 

http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_biomasse-2009vf.pdf

 

Un bilan général du la forêt française peut maintenant être dressé. Les volumes exploitables correspondent à ce qui peut être récolté compte tenu des contraintes de reliefs, de sol, les pertes d'exploitation et des pratiques sylvicoles (retour au sol d'une partie du bois par maintenir la fertilité, conservation des tiges d’avenir). Ce volume ne prend pas en compte les contraintes économiques, ce point sera abordé plus tard.

 

 

ng1

 


 

 

 

La synthèse des études existantes permet de dégager un volume techniquement exploitable de 106 millions de m3. Premier chiffre et premier dérapage du scénario NégaWatt : il manque donc 14 millions de m3, d'autant plus que les auteurs s'engagent à maintenir une sous exploitation.

Si on se réfère aux principes que les auteurs ont annoncé respecter, il ne faut pas s'attendre à des gains de rendement par l'introduction d'espèce plus performante (on pourrait citer l’ailante, le robinier, les saules et peupliers hybrides, voir eucalyptus OGM résistant au gel et autres espèces susceptible d’entraîner des vagues protestations) ou par changement des techniques de production (TTCR, TCR, fertilisation, irrigation). Les auteurs ne soutiennent pas nous plus un déstockage massif de la biomasse forestière qui s'accumulent depuis des décennies : l'exploitation n'est que d'environ 52 millions de m3, une partie de l'accroissement naturel est perdu (minéralisation) mais le bilan reste positif. Il est vrai qu'un tel scénario ne serait pas durable, au bout de quelques décennies il faudrait revenir à l'accroissement biologique annuel exploitable.

S'appuient-ils sur la croissance de la forêt française ? Possible, un gain de 50 000 ha par an permettrait de boucler le bilan d'ici 40 ans.  Le problème est simple : où planter ? Sur les espaces agricoles ? Urbanisés ? Dégager 2 millions d'hectares de plus d'ici 40 ans pour la forêt est peu probable. La croissance de la forêt française serait à l'arrêt depuis 2009 : il n'y a plus de place.

Un facteur important est totalement occulté par les auteurs : un probable ralentissement de la production de bois à cause du réchauffement climatique (anthropique ou pas), la réduction des précipitations ayant un effet direct sur le rendement forestier. Les auteurs ignorent ce point qui rendrait nécessaire un changement des peuplements forestiers et provoquerai une perte de rendement.

http://www.inra.fr/la_science_et_vous/dossiers_scientifiques/changement_climatique/evaluer_predire_les_impacts/rechauffement_climatique_et_foret

En tout état de cause le premier chiffre sur lequel s’appuient les auteurs du scénario NégaWatt est impossible à réaliser, sauf à revenir sur les principes de gestions écolo-politiquement corrects qu'ils se sont imposés.

Bruler ou construire, il faut choisir

Le second chiffre donne une idée précise du volume de bois énergie à mobiliser. Les auteurs annoncent 154TWh, soit 58 millions de m3 de bois énergie (à raison de 2630kw par m3, chiffre utilisé dans les documents Ademe-IFN). Ce volume de bois est possible à atteindre avec uniquement le BIBE et le menu bois... à condition de mobiliser la quasi-totalité de la ressource supplémentaire pour l'énergie :

 

ng2

 

 

Le volume de BI est compatible avec la consommation actuelle, mais les auteurs ont d'autres ambitions pour leur projet : isolation et construction vont faire appel au bois, c'est à dire à plus de bois d’œuvre (effectivement disponible) mais aussi et surtout plus de bois d'industrie, par exemple pour l'isolation ou pour remplacer le PVC. Les 14 millions de m3 qui manquent dans le bilan sont sans doute là. Soit on chauffe, soit on construit et on isole. Comme on le verra par la suite, ce bois va manquer dans le bilan du scénario.

 

Dans le secteur du bois, le partage entre le bois énergie et le bois industrie est un sujet très sensible : le bois industrie génère plus d'emplois que le bois énergie par unité de bois consommé. Les pressions sur les politiques, des ministères aux élus locaux, sont très fortes pour ralentir le développement du bois énergie. Les industriels qui utilisent du BI craignent un dérapage des prix, ce que promet justement le scénario NégaWatt. Le développement du bois énergie ne se fera qu'en respectant un partage équitable de la ressource avec l'industrie de transformation du bois. Forcer la production énergétique pour atteindre l'objectif du scénario NégaWatt serait un jeu très dangereux pour la filière bois énergie.

 

Un scénario économiquement délirant

 

Si la pratique du dérapage relativement contrôlés permet d'approcher le volume de bois nécessaire à la production d'énergie primaire, au niveau économique les auteurs du scénario sont adeptes de la roue libre. Ils ont décidés d'ignorer toute contrainte dans ce domaine. Or dans le bois, plus on en veut, plus c'est cher : le coût du bois dépend en grande partie de l'accessibilité des terrains et de la richesse des parcelles. Les terrains en pente, pauvres, en général pauvres en bois d’œuvre intéressant, font exploser les coûts d'exploitation.

 

Bois-Negawatt.JPG

 

Cette projection permet d'évaluer les quantités de BIBE et menus bois supplémentaire disponibles en fonction du prix d'achat. La moitié de la ressource supplémentaire est exploitable au prix du marché, pour le reste il faudra monter les prix. Pour mobiliser la totalité de la ressource techniquement exploitable (soit 71,9 millions de m3) il faudrait multiplier par 3 le prix d'achat du bois. Il s'agit évidemment d'une modélisation critiquable, mais elle est compatible avec la réalité du terrain : un gros tiers de la ressource présente des conditions d'exploitation qui vont de difficiles à très difficiles qui font monter les coûts. 

 

Le scénario NégaWatt entraînerait une explosion des coûts de l'énergie au-delà de ce qui est aujourd'hui consenti pour favoriser le bois énergie. La chaudière individuelle donne droit à un crédit d’impôt qui compense une partie du surcoût d'installation par rapport au fioul ou gaz. Le MWh électrique de biomasse est aujourd'hui racheté 125 euro par MWh pour les grandes unités (>5MWh électrique) par EDF, ce tarif est déjà trois plus élevé que le prix du MWh électrique nucléaire et environ le double du tarif client. Ces aides se justifient dans le cadre d’une phase de lancement et de maturation d’une filière, d’autant plus que le MWh thermique du bois est compétitif par rapport aux gaz ou au fioul. Choisir le bois pour produire de la chaleur domestique ou industriel est un choix économique pertinent quand la ressource est disponible localement.

 

En triplant le prix du bois, le cout de l’énergie bois va suivre, le MWh thermique deviendra plus couteux que celui issus des énergies fossiles et l’électrique sera quasiment trois fois plus couteux que le MWh EPR. Un tel dérapage du prix n'est que partiellement compensé par les économies d'énergie prévues dans le scénario (et qui sont possible en dehors de la sortie du nucléaire et des énergies fossiles), pour les consommateurs le coût de l'énergie va simplement doubler, que ce soit pour l'électricité qui proviendrait des cogénérations ou pour le chauffage au bois. L'État n'étant pas une source infinie de financement, il ne faudra pas compter sur lui pour assurer un tarif de rachat découplé du prix consommateur, la situation actuelle reposant sur la production électrique nucléaire et hydroélectrique (sur le charbon en Allemagne) dont la rentabilité permet de financer les énergies renouvelables sans faire déraper les tarifs. Les consommateurs auront le choix entre voir leur pouvoir d’achat s’effondrer au profit de l’énergie ou retourner sur des appareils au gaz ou au charbon minéral. Les utilisateurs du bois d’industries ne pourront pas suivre et ils ne survivront que si les importations sont interdites ou lourdement taxées. Imposer ce prix astronomique ne peut se faire que dans le cadre d’un système économique fermée, en autarcie, qui interdirait toute importation d’énergie fossile ou électrique. A 300 euros le MWh électrique amortir le cout d’un EPR prendrait à peine deux ans, les pays frontaliers pourraient très bien s’enrichir sur le dos du consommateur français.

 

Beaucoup de choses se vendent, mais pas les bons coins à champignons

 

L'argent ne fait pas tout, même dans une société capitaliste. Les promoteurs du scénario NégaWatt vivent dans un monde de rêve où il n’existe aucun frein économique ou social à leur projet. Atteindre un taux d'exploitation optimal d'une ressource renouvelable est difficile : l'État peut facilement freiner en cas de surexploitation (comme il le fit dans le passé pour sauver la forêt française), mais sa marge de manœuvre pour favoriser la production est limitée.

 

L'exploitation du bois n'est pas la seule fonction de la forêt, quand d'autres usages apportent plus de capabilité aux propriétaires (c'est à dire d'utilité effectivement réalisable pour l'individu qui la reçoit, que ce soit sous forme d'argent ou de service) ceux-ci refuseront la coupe de leur parcelle. L'intervention de la puissance publique peut certes favoriser l'exploitation mais elle ne peut dépasser les limites accordés par la loi. Dans le cadre d'une société démocratique et libérale le propriétaire d'un terrain reste maître chez lui, c'était une des revendications de la révolution de 1789, partagées par les petits paysans comme par la haute bourgeoisie. Redonner ce pouvoir arbitraire à l'État serait une rupture avec notre République.

 

Le taux d'exploitation actuelle de la forêt française n'est que de 50%, il est notamment très faible dans les forêts privées dont les ¾ ne sont pas exploités. Au-delà du prix du bois et du coût des plantations, cette sous exploitation s'explique par plusieurs facteurs:

 

Morcellement très important: 2,4 millions de propriétaires possèdent moins d'un ha

Parcelle en copropriété: de nombreux lots exploitables nécessitent l'accord de plusieurs propriétaires, ce qui complique l'organisation des chantiers

Accès routier inexistant ou inadapté

Usage récréatif et social: chasse, balade, cueillette diverses, tourisme, paysage

 

Aujourd'hui la plupart de ces propriétaires privés ont d'autres usages de leurs forêts et sont peu voir pas motivés par l'exploitation du bois. Le poids social de la forêt est important, notamment à travers les réseaux locaux d'usagers, comme les chasseurs. Une forêt adaptée à la chasse n'est pas forcément une forêt productive pour le bois. Même en augmentant de façon radicale le prix du bois il paraît difficile de débloquer la totalité de cette ressource.

 

Exploiter 100% du volume de bois techniquement exploitable est totalement utopique au regard des contraintes économiques et sociales. La seule solution serait de convertir la France en économie dirigée dans laquelle l'état aurait le droit de faire exploiter toute parcelle forestière, y compris contre l'avis des collectivités locales ou des propriétaires privés. Il est évident que ce mode de gestion est totalement incompatible avec la démocratie, ce que les auteurs du scénario se gardent bien de préciser. Les auteurs prétendent favoriser une gestion localisé de la production d'énergie, c'est un mensonge grotesque quand on connaît les réalités du terrain : seul une gestion autoritaire Top Down peut permettre un tel niveau de mobilisation.

 

Les auteurs se fourvoient totalement en ignorant les contraintes sylvicoles, sociales, légales et économiques. Cette posture est d'autant plus intolérable que le bois énergie est une ressource d'énergie commercialement viable, à condition de garder le sens des réalités. Si les promoteurs du scénario NégaWatt cherche à exacerber les tensions sur le marché du bois, ils ne s'y prendraient pas autrement.

 

Respecter la réalité, sans renoncer au potentiel du bois énergie est possible

 

En exploitant au prix actuel du marché (34 euro le m3 bord de route), il est possible de dégager quasiment 20 millions de m3 supplémentaire de bois énergie, soit 4,4 MTEP. Ce volume est suffisant pour alimenter des unités de cogénérations d'une puissance électrique cumulée de l'ordre d'un équivalent EPR et de fournir du chauffage à 25% des logements utilisant du fioul.  

 

La production d'énergie thermique issue du bois est très compétitive, même face à l’énergie fossile: le fioul revient deux fois plus chères en combustible qu'une installation à base de granulé de bois, les chaudières sont certes couteuses mais elles sont amorties en une dizaine d’années. Des installations de cogénérations adaptées à la ressource locale de bois (le transport fait rapidement déraper le coût de l'énergie bois) ont tout à fait leur place dans le mix énergétique du pays.

 

Des arbres partout, de la place nulle part

La seconde ressource de biomasse ligneuse proposée par les auteurs est un mélange de récupération et de nouvelles ressources. La production globale annoncée est de 143TWh de PCI, soit 51 millions de m3 de bois. Pour comprendre comment les promoteurs du scénario comptent boucler les comptes il faut détailler les ressources et le potentiel, ce qu'ils ne font pas. Mais la nature même de ces ressources permet de reconstruire le raisonnement et d'en comprendre les limites.

 

La première ressource est le bois forestier qui n'a pas été brûlé dans la première partie. Entre les déchets de scierie et de processus industriel, le bois d’œuvre en fin de vie, le papier trop recyclé, cette ressource correspond forcément à ce que la forêt a produit.

 

D'après les données scientifiques et les contraintes de NégaWatt il reste 48 millions de m3 de bois qui ne sont pas brûlés. Cette ressource ne suffit pas, il faut 51 millions de m3. Mais le différentiel est plus important que ces 3 millions de m3, il est impossible de récupérer la totalité de l'énergie contenu dans le bois commercialisé.

 

Tout usage provoque des pertes: une partie du bois va disparaître dans la nature, que ce soit au cours de processus de transformation, durant l'usage final et enfin dans le processus de récupération difficilement parfait. Ensuite le bois en fin de vie est souvent dégradé, il a perdu, sous l'action de facteurs chimiques (oxydation) et biologiques (insectes xylophages, champignon) une partie de son contenu énergétique.

 

Si on respecte les chiffres du scénario NégaWatt, 14 millions de m3 de bois supplémentaire auraient dû partir dans ce circuit de consommation et une partie revenir pour le recyclage final. Les auteurs ont bien pris en compte les pertes. Il ne manque non pas seulement 3 millions de m3 mais bien les 14 millions de m3.

 

La seconde ressource est constituée de bois urbains et de déchets viticoles et d'arboriculture. Ces ressources ont été évaluées dans l'étude bois énergie de l'Ademe. Le bois urbain est estimé à 2,646 million de m3 par an, le bois des cultures pérennes (vignes et verger) à 4,79 millions de m3.

 

http://www.dispo-boisenergie.fr/general/resultat/2/1

 

 

Cette ressource, prise en compte par les auteurs du scénario, sans doute avec les mêmes chiffres, ne permet pas de compenser le manque. Pour cela il faudrait faire appel à une nouvelle forme de production, l'agroforesterie.

 

L'agroforesterie consiste à produire du bois et des cultures annuelles classiques sur une même parcelle. Selon la densité d'arbre planté l'impact sur le rendement est plus ou moins fort: en fin de cycle une plantation d'une centaine de peupliers rend totalement impossible la production agricole. Planter moins de 50 arbres à haute valeur ajouté à l'hectare permet de maintenir des rendements acceptables pendant les 25 premières années, au-delà les risques de décrochage sont bien réels: la perte de rendement atteint 40% en fin de cycle sylvicole. Au final le rendement en bois est faible, de l'ordre de 1,5 m3 par an et par ha (toute biomasse comprise) et la rentabilité provient avant tout de l’utilisation d’essences précieuses comme le noyer. Compte tenu des terres arables disponibles, du fait qu’une partie seulement est capable d’accueillir des arbres (une céréale d’hiver peut s’accommoder d’un sol superficiel, pas un arbre), il est difficile d'imaginer un potentiel supérieur à 15 millions de m3 dont 10 millions de bois d’œuvre et le reste en BIBE et menus bois. Ce chiffre représente déjà  presque le 1/3 de la production de bois d’œuvre de la foret, c'est sans doute une hypothèse trop optimiste. Mais il ne faut pas s'arrêter là, si le bois issus des vergers et des vignes n'a pas forcément d'autre intérêt que la production d'énergie, le bois d'agroforesterie est forcément des essences nobles à forte valeur ajoutée. Une partie du bois sera perdu lors du cycle de vie du bois d’œuvre, on peut donc tabler sur 10 millions de m3 effectivement disponible.

 

On peut maintenant calculer le volume de bois effectivement récupéré, en supposant que les promoteurs ont fait la même hypothèse que pour l'agroforesterie: le restant serait de 33,6 millions de m3 de bois. Ce qui donnerait un taux de récupération du PCI d'environ 50%, ce qui est réaliste. Le problème c'est qu'ils ont surestimé la ressource, il faut donc rétablir la réalité des chiffres, il manque 22% du bois annoncés, le bois de récupération et les déchets sont limités à 26 millions de m3.

 

Il est temps de faire les comptes:

 

NG4.JPG

 


Emportés par leurs estimations fantaisistes sur le rendement de la forêt, les auteurs de NégaWatt ont logiquement surestimé le bois récupérable. A ce stade il manque déjà 20TWh d'énergie primaire ainsi que 14 millions de m3 de bois d’œuvre et d'industrie nécessaire à la construction et l'isolation.

 

Si on s'en tient à des hypothèses économiques réalistes, on peut ajouter 20 millions de m3 de bois  énergie hors de prix soit 52TWh de plus. Le bilan devient négatif de 72TWh.

 

 

Se donner les moyens de produire plus est possible et souhaitable

 

Il serait possible de boucler le scénario, mais cela supposerait une refonte d'une part importante de la forêt, le rendement brut de 6,6m3 de bois par ha et par an est assez faible, il est possible de le tripler en améliorant les peuplements. Les auteurs qui se sont engagés à ne pas intensifier la production, c'est un choix très discutable. Une stratégie alternative consisterait par exemple à intensifier 1/3 de surface, en doublant ou triplant le rendement (ce qui est tout à fait possible, viser 15 à 20 m3 par ha est réaliste), et de garder 1/4 des surface en réserve peu voir pas exploité. Ce programme permettrait, en se concentrant sur les parcelles les plus intéressantes (facile d'accès et productive), de gagner facilement 20% de production en plus. Les promoteurs du scénario NégaWatt semble refuser toute restructuration du monde forestier, pour des raisons purement populistes : dans le landerneau écologiste, la gestion actuelle de la forêt, très extensive, est idyllique et il n’y a aucune raison de vouloir la changer.   

 

Les promoteurs du scénario Négawatt semblent avoir pris le problème à l'envers : d'abord ils définissent un besoin, puis tente de faire rentrer la ressource renouvelable dans le moule, en gonflant les chiffres au-delà du réel. Dès les premiers chiffres proposés par le scénario l'ampleur de l'imposture saute à yeux et les auteurs sont contraints à l'improvisation mathématique. Sortir du nucléaire et des énergies fossiles sans retourner au stade près industriel ni engager des changements radicaux dans l'utilisation de notre espace national nécessite des illusions chiffrés, les auteurs n'ont pas reculé face aux incohérences et n'ont pas peur du ridicule. Ils ont aussi refusé de prendre en compte les réalités économiques et sociales, leur programme ne peut en aucun cas être appliqué dans le cadre d’une société démocratique et ouverte. Il faudra renoncer à de nombreux droits, aux commerces avec l’extérieur et instaurer un régime autoritaire pour asservir une population maintenue dans la pauvreté.

 

 

Ailanthus Invictus

 

 

Dans une seconde partie, nous verrons les promoteurs du scénario NégaWatt sont prêt à dépasser les limites physiques, biologiques, sociales et économiques du monde réel pour imposer une refonte total du monde agricole particulièrement abracadabrante.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 18:25

Depuis quelques années , à l’automne, de grosses taches noires se forment sur les murs intérieurs de mon appartement. Il s’agit en fait d’essaims d’harmonia axyridis, une coccinelle asiatique qui a été en introduite comme agent biologique aux USA dans les années 1970, et 1980 en Europe, pour lutter contre les pucerons (1). L’espèce conquérante n’a pas tardé  à s’imposer aux détriment des coccinelles indigènes et à envahir des territoires de plus en plus vastes. Elle a colonisé le Québec à partir de 1994. La prolifération en Europe semble avoir démarré en Belgique en 2004, puis s’est progressivement propagée aux sud des Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre, et dans la moitié Nord de la France.  Arrivés les temps froids, elle aime trouver refuge dans endroits chauds et abrités, et il semble qu’harmonia axyridis apprécie particulièrement mon hospitalité.

 

         Soyons honnête, ça n’est pour moi qu’un mince désagrément. Mais la lutte biologique promue par les militants anti-pesticides peut avoir  d’autres nuisances. Les auteurs de l’article cité ci-dessus évoquent notamment le mauvais goût que les coccinelles asiatiques donnent au vin.  Mais son effet le plus dévastateur est sur sa cousine européenne : car non contente de lui ravir sa nourriture (les pucerons), elle s’attaque aussi à ses œufs et à ses larves.

 

            Introduction d’espèces et biodiversité :

 

         Il est intéressant de noter que ceux qui ressassent en permanence le même discours sur la biodiversité, la prétendant par exemple mise en danger par les cultures d’OGM (2) , restent muets lorsque celle-ci est menacée par un auxiliaire introduit sans précaution et sans étude d’impact préalable par l’agriculture biologique. Ce non-questionnement à ce sujet révèle une fois de plus les préjugés sur les vertus de ce qui est naturel, et le flou qui entoure la notion de biodiversité dans la vulgate écologiste.

 

L’histoire fourmille d’exemples d’introduction d’espèces volontaires ou non, qui sont devenues invasives. Je vous conseille à ce sujet l’excellent livre de Jacques Tassin, écologue au CIRAD (3). S’appuyant sur des centaines d’exemples, l’auteur fournit dans un langage très accessible des clés pour comprendre la problématique des espèces invasives, les mécanismes des invasions biologiques, et leurs conséquences. Jacques Tassin se démarque ainsi agréablement du discours empreint de moralisme conservateur qui domine chez les écologistes, et qui n’épargne pas non plus une fraction des écologues. Il manifeste le soucis de rester dans le domaine de l’objectivité scientitifique, loin des mythes du jardin d’Éden et de l'harmonie naturelle d’une biodiversité générée par les processus de l’évolution, et seulement perturbée par l’action néfaste de l’homme.

   

         Si l’homme n’est pas la seule cause de dispersion d’espèces hors de leur milieu d’origine, il en est bien sûr un formidable accélérateur. Souvent involontairement, comme lorsqu’il propageait des rats vecteurs de la peste abrités dans les cales de ses navires, ou des insectes dans les stocks de graines transportés, mais il y a des introductions volontaires aux conséquences incontrôlées, comme lorsque des espèces végétales théoriquement confinées dans les jardins d’acclimatation du 19ème siècle se sont affranchies des murs et ont prospéré dans le milieu sauvage.

 

         Ces disséminations sont parfois inoffensives, et certains exemples permettent de pointer les contradictions de l’idéologie de la conservation de la nature. Les mêmes qui refuseraient aujourd’hui toute introduction d’espèce animale ou végétale étrangère dans un milieu donné militent en même temps à la sauvegarde de cygnes tuberculés totalement absents des lacs d’Europe de l’Ouest il y a quelques siècles. D’autres défendent l’ écureuil gris qui s’est imposé en Angleterre au détriment de l’écureuil roux local. Des arbres, ou ces spectaculaires fougères arborescentes de  la Réunion sont tellement familières aux habitants de l'Ile que la plupart en ignorent l’origine étrangère. Certains arbustes, tels le sumac vinaigrier, qui peuple notamment les berges du Doubs et contribue en atuomne à la beauté du paysage,  sont des espèces étrangères (relativement) invasives. Qui songerait à s'en plaindre?  

 

Quelquefois, les conséquences des invasions peuvent être catastrophiques, pour l’homme (Agriculture) ou les espèces endémiques. C’est le cas des lapins en Australie. Mais dans bien des cas, l’introduction en elle-même n’est pas synonyme d’invasion : ce qui transforme l’introduction en invasion peut être tout simplement la dégradation préalable de l’écosystème à laquelle une espèce étrangère plus rustique résiste mieux que les espèces autochtones. Quant aux conséquences sur la biodiversité, elles ne sont pas forcément unilatérales : si la moule zébrée a envahi de nombreux lacs au détriment des moules autochtones, elle jouerait un rôle positif dans la filtration des eaux polluées et favoriserait la survie d’autres espèces.

 

     Jusqu’où faut-il défendre la biodiversité ?

 

Personne ne songe à nier que la biodiversité à une valeur , qu’on la considère comme un agrément pour les yeux ou comme un immense réservoir de ressources. La perte, ou la prolifération d’une espèce donnée peut avoir des conséquences en chaine importantes. L’écologie , qui étudie les interactions des êtres vivants entre eux et avec le milieu physico-chimique dans lequel ils vivent, n’est pas simplement une science passionnante, c’est une science directement utile, aux applications concrètes. L’évaluation d’impact d’espèces potentiellement invasive en est une. 

 

Mais est-ce de cela qu’il s’agit dans le discours récurrent sur la biodiversité menacée par l’homme ? Nous pensons que le plus souvent, on sort de la science pour rentrer dans des considérations morales ou philosophiques qui ne sont pas les nôtres. Si l’homme est partie prenante de la nature , nous pensons qu’il est et doit rester au centre de ses propres préoccupations morales. Que dans toute mesure prise par les institutions humaines, l’intérêt des hommes doit être considérée avant l’intêret du vivant dans son ensemble.

 

Parfois traité haineusement de « pire espèce invasive », il est la seule espèce invasive que nous défendons contre les autres, ne serait-ce que parce qu’il est le seul a pouvoir se poser des questions morales . La coccinelle asiatique, ou les criquets qui détruisent les récoltes n’ont selon toute vraisemblance aucun état d’âme d'agir comme cela. Il n'ont même pas concience d'être des criquets !     

 

         . La  biodiversité en soi ne peut pas être sacralisée. Comment la maximisation du nombre  d’espèces vivantes sur terre pourrait-il constituer un idéal, voire pour certains un objectif contraignant inscrit dans la constitution ? Certains écologues, qui s’éprennent un peu trop de l’objet de leurs recherches , ont malheureusement glissé progressivement de l’écologie scientifique vers l’écologisme militant. Une dérive inquiétante. Deux exemples :    

 

N’hésitant pas à se risquer à des prophéties aussi effrayantes que fantaisistes scientifiquement, Edward O Wilson (4)  n’hésitait pas à prédire (il ya 20 ans) l’extinction de la quasi-totalité des espèces d’ici 2020. C'était bien sûr du pipo. Pour Pierre-Henri Gouyon (5), la préservation de la biodiversité relève de l’éthique. "Le maintien de la biodiversité (paraît-il), c’est comme l’abolition de la peine de mort" . Le pire est qu’il est très probablement sincère ! Si les conséquences pratiques de la mise en œuvre de cet antihumanisme sous-jacent sont rarement évoquées ou mesurées par les gens qui éprouvent de la sympathie pour ces idées, l’une des mesures proposées par Pierre-Henri Gouyon devrait leur ouvrir les yeux : « A quand un contrôle du Ministère de la Santé par celui de l’Environnement ? » . Si on comprend bien , le maintien de la santé publique devrait selon monsieur Gouyon être conditionné par l'obligation morale de "préserver" la nature. Tenter de s'émanciper un tant soi peu des lois impitoyables de la nature(6), c'est donc celà que vous trouvez immoral, monsieur Gouyon (7) ?

A méditer, non ?

 

Anton Suwalki


 

 

 

 

 

           Notes :

 

 

 

(1)  http://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=14090

(2)  http://imposteurs.over-blog.com/article-27465295.html

(3)  Plantes et Animaux venus d’ailleurs : une brève histoire des invasions biologiques, Éditions Orphie

(4)  Qui est aussi un des fondateurs de la  sociobiologie.

(5)  http://www.mnhn.fr/oseb/IMG/pdf/biodiversite_ethique_PH_Gouyon.pdf

Rappelons que PHG est aussi membre du conseil scientifique du CRIIGEN. Il a eu toutefois la prudence de ne jamais se compromettre en apposant son nom sur une des études de Séralini et al.

(6) un terme sans doute impropre, on ne s'émanciipe pas de la nature, on apprend simplement à mieux les connaître et à les utiliser à notre profit, pour tenter d'améliorer notre existence, de la rendre moins cruelle. 

    (7) Pierre Henri Gouyon qui connait depuis longtemps le site Imposteurs, a toute lattitude pour réagir, notamment s'il estime que ses propos ont été mal interprétés,Après tout, contrairement à ses amis du CRIIGEN, nous admettons bien volontiers  nos erreurs quand elles sont manifestes et si nous ne sommes pas convaincus de notre erreur, nous nous soumettons sans la moindre réticence au principe du droit de réponse. Question d'éthique, comme il dit....

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 17:04

Tous les ans, l’ONG Global Footprint Network et la WWF célèbrent ce qu’ils appellent le jour de dépassement global (1)  . En 2011, cette date a été fixée au 23 septembre. Mais qu’est-ce cela signifie ?

 

 « Le jour du dépassement global » est un nouvel indicateur dont l’objectif est de réveiller le monde à la notion d’empreinte écologique. Un calcul simple permet de rapporter cette mesure sur une échelle de temps. En divisant la capacité de production du milieu naturel par l’empreinte écologique multiplié par 365 on obtient le nombre de jours de consommation que la terre peut supporter. »

 

Derrière le bon sens apparent du « jour de dépassement »

 

Beaucoup de gens, à commencer par les auteurs d’une énorme usine à gaz statistique, les indicateurs du développement durable (2) , acceptent sans la moindre réserve cette date symbolique qui semble frappée du coin du bon sens.

 

Si je gagne 1000 euros par mois et que j’en dépense 2000, mon jour de dépassement correspond au 16 du mois. Pourquoi n’accepterais-je pas la même analogie à propos de  l’empreinte écologique ? Dans un cas, je vis au-dessus de mes moyens financiers, de ma capacité à générer de nouveaux revenus, dans l’autre, nous vivrions au-dessus des moyens physiques de la planète à régénérer les ressources que nous consommons.

 

Toutefois, quelques indices auraient dû mettre la puce à l’oreille de ceux qui tentent de répondre aux injonctions de la WWF & co de réduire notre empreinte écologique.

 

« Le 31 décembre 1986, pour la première fois de l’histoire, l’humanité avait consommé en un an la totalité de ce que la Terre avait produit dans l’année. »  

 

Voici donc maintenant 25 ans que l’humanité vivrait au-dessus des moyens de la terre . La question que tout le monde devrait se poser, c’est : dans quelles mystérieuses réserves puiserions-nous depuis 25 ans les ressources qui nous consommerions en excès ? D'où viennent et quels sont les "hectares globaux" suplémentaires qui permetttraient à l'humanité de consommer l'équivallent de 50% de plus que  ce que la Terre est capable de fournir ? 

Dans le cas du déficit financier évoqué ci-dessous, la situation ne serait tenable que si j’avais disposé d’un confortable héritage , ou d’une bonne âme qui aurait accepté que je vive à ses crochets. Sans cela, on peut imaginer que le banquier m’aurait rappelé à l’ordre au bout de 15 jours. Or, en 25 ans, la Terre ne nous a pas adressé un seul avis de découvert.

 

Quand GFN/WWF imposent au monde des concepts faux et des statistiques biaisées

 

Nous devrions au-moins nous demander si la notion même de l’empreinte écologique (au sens de GFN/WWF) a un sens, avant d’examiner les détails de sa construction qui ont longtemps été tenus secrets .  Pourtant, les données publiées sur l’empreinte écologique, par le ministère de l'écologie ou dans des études régionales de l’INSEE (3)  proviennent toutes de ces organisations : on a accepté de publier des chiffres avant même que la moindre expertise scientifique soit rendue . Ca n’est qu’en janvier 2010 que le ministère  de l'écologie a publié une « semie-expertise » de l’empreinte écologique (4), dont la portée ne pouvait être que très limitée : il s’agissait en fait de vérifier la reproductibilité des résultats de GFN à partir de leurs algorithmes de calcul (5) et les sources des données que l’organisation prétend utiliser. La critique de la pertinence de l’EE elle-même n’était pas à l’ordre du jour, même si les auteurs se permettent ça et là quelques remarques.

 

On diffuse donc à l’usage des politiques des chiffres dont dès 2006, un rapport d’Eurostat (6)  critiquait notamment la qualité des données de base, l’absence de transparence dans leur construction, et des choix scientifiquement aberrants, comme celui de comptabiliser l’énergie nucléaire au même titre que les énergies fossiles. Un choix qui conduisait à surévaluer d’un facteur 150 l’ « empreinte écologique » du nucléaire.

 

La découverte de cette falsification à partir d’un livre de Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice (7) nous avait amené à douter de la probité de l’ensemble des calculs (8), en plus des réserves que nous émettions sur cette vision comptable très étriquée. Une analyse plus poussée de l’ensemble des livres de compte de l’empreinte écologique permet de conclure, au delà de l’escroquerie sur le nucléaire, que l’ensemble est une fumisterie. 

 

La vraie-fausse rétraction de GFN/WWF sur le nucléaire

 

C’est à partir de 2008 que l’aberrante prise en compte du nucléaire a été abandonné par GFN/WWF (3).

 

« Après de longues discussions et consultations, le comité d’évaluation du GFN a recommandé d’éliminer la composante nucléaire des Comptes nationaux d’empreinte écologique afin d’accroître leur cohérence Scientifique. Ce changement a été mis en oeuvre dans l’édition 2008. Le comité a conclu que l’approche indirecte des émissions pour le calcul de l’empreinte de l’électricité nucléaire n’était pas scientifiquement valable pour les raisons suivantes :

1. Il n’y a pas de base scientifique derrière l’hypothèse de parité entre l’empreinte Carbone de l’électricité provenant de combustibles fossiles et les demandes liées à l’électricité nucléaire.

2. Les principales préoccupations liées à l’électricité nucléaire souvent citées sont les coûts et les subventions excessives, l’avenir du stockage des déchets, le risque d’accidents des centrales, la prolifération des armes et d’autres risques de sécurité »

 

Donc acte. Il n’y avait aucune base scientifique, juste l’expression de préjugés.

 

Toutefois les ONG se sont dispensées de faire une rétropolation pour corriger leur «erreur » sur le nucléaire : on peut par exemple constater que les chiffres officiels de l’empreinte écologique française de 1999 sont toujours les mêmes, alors qu’ils auraient du considérablement diminuer du fait de la prédominance du nucléaire dans la production d’électricité en France. Par contre, ont été revues à la baisse les estimations de l’empreinte écologique pour les années précédant l’introduction du nucléaire : celle-ci était estimée pour la France à 208 millions d’ha globaux pour 1961(8), désormais c’est le chiffre de 160 millions d’ha globaux qui apparaît pour cette année. Ce qui, o’ miracle, permet de gonfler davantage la prétendue augmentation de l’empreinte écologique . Là où on devrait s'attendre à une croissance moins forte de l'EE, GFN/WWF affiche au contraire une corissance supérieure!

Puisque la fraude passe comme une lettre à la poste, pourquoi se gêner ?

 

L’empreinte carbone n’a elle non plus aucune base scientifique

 

Pour arriver à un indicateur synthétique de l’EE, GFN/WWF convertissent des choses extrêmement différentes en « hectares globaux ». Rien de choquant a priori pour un statisticien de rechercher des équivalents , même approximatifs, pour additionner des choux et des carottes. Mais , au minimum, on se demandera si l’unité choisie qui rend commensurables les choux et les carottes a un sens . Et on se sentira obligé de creuser un peu lorsqu’on apprend que l’ « empreinte carbone » représenterait (en 2007) 54 % de l’EE globale au niveau mondial .

 

Or l’empreinte carbone représente « les surfaces équivalentes nécessaires pour absorber les émissions de CO2 dues à la consommation d'énergie fossile et à la consommation de produits manufacturés ».  

 

Alors que l’EE est censée faire référence à la biocapacité de la terre, et mettre en évidence la consommation excessive de ressources par rapport aux capacités de renouvellement de ces ressources, nous voici donc ramené au simple dogme de la nécessaire stabilité des émissions de CO2 ! Sans lancer un débat sur la question du réchauffement climatique d’origine anthropique, on s’aperçoit ici de la tromperie : Bien malin qui peut prédire l’effet de l’élévation d’un degré de la température moyenne de la Terre sur sa biocapacité. Rappelons de plus que le carbone est un des nutriments essentiels des végétaux, et que par conséquent une élévation de la teneur en CO2 de l’atmosphère pourrait avoir un bénéfice sur la croissance des espaces dédiés par GFN/WWF …à la capture de nos excès d’émissions de CO2. Des expériences limitées permettent en effet de le vérifier, au moins pour certaines espèces (9).

 

Il peut donc y avoir de très bonnes raisons d’éviter une élévation importante de la teneur en  CO2 de l’atmosphère, mais ces raisons n’ont strictement rien à faire dans une problématique consommation de ressources/ capacités de renouvellement des ressources, qu'on ne peut appréhender qu'à partir de ce qu'on connait réellement, pas de conjectures. Le carburant que nous brulons en roulant en voiture puisent dans nos réserves pétrolières, le CO2 émis ne consomme aucune ressource supplémentaire. 

 

Personne n’est capable de définir une température idéale qui maximiserait la biocapacité de la Terre (10), qui elle-même ne correspond pas à des données purement naturelles, mais n’z de sens que rapportée au contexte technologique d’une époque : si la Terre s’est réchauffé en un siècle de 0,74 ° C comme l’affirme le GIEC, cela serait une gageure d’essayer, en projetant notre technologie actuelle sur les conditions environnementales et climatiques des années 1900, de déterminer si la Terre nous aurait donné davantage en 1900 qu’aujourd’hui.

 

Par contre l’énorme fossé entre la production aujourd’hui et celle d’il ya un siècle prouve qu’à l’évidence, la technologie , c’est-à-dire notre capacité à exploiter les ressources naturelles, est beaucoup plus déterminante que l’éventuelle variation de la biocapacité terrestre produite par un changement climatique, à part dans le cas de changements extrêmes et brutaux (11).    

 

 

Faut-il enfoncer le clou ? L’empreinte carbone dans le calcul de l’EE est purement et simplement à jeter à la poubelle. Or, comme le montrent les graphiques publiés par GFN/WWF (12), le supposé dépassement de la biocapacité terrestre provient uniquement de cette empreinte carbone ! La part calculée des autres composantes est en effet presque stable dans le temps malgré l’élévation considérable de la production  depuis 1961 , ce qui est d’ailleurs un hommage bien involontaire au productivisme, notamment à l’agriculture intensive si décriée par les écologistes (12). La totalité du dépassement de la biocapacité annoncé par GFN/WWF est donc imputable à l’empreinte carbone dénuée de sens.

 

 

 

Quelques exemples du folklore statistique de l’Empreinte écologique :

 

         Il nous semble que les éléments ci-dessus suffisent à eux seuls à rejeter la philosophie et le calcul global de l’EE . Certains détails ou justifications avancées par GFN pour le calcul de certaines composantes  valent néanmoins le détour pour ceux qui auraient encore besoin d’être convaincus de la malhonnêteté des calculs et donc de la démarche de GFN/WWF. 

 

 

Quelques exemples :

 

1/ L’empreinte représentant l’artificialisation des espaces (développement des villes et des infrastructures humaines) est calculée comme si chaque hectare supplémentaire artificialisé se substituait à des terres arables, ce qui n’a aucune justification, à part la volonté de gonfler l’addition.

 

2/ Des sources quelquefois absentes ou fantaisistes : Par exemple, concernant l’empreinte liés à l’élevage, « pour obtenir une tonne de boeuf, il faut utiliser 800 kg de maïs, 160 kg de soja, 5,52 tonnes d'herbe (pâturage) ». L'origine de cette donnée est renseignée comme ceci dans le guidebook du GFN : « This data come from….the FAO? » . Comique, non ?

 

3/ Pour l’évaluation de l’empreinte carbone, l’utilisation de taux de séquestration du carbone inférieurs à ceux préconisés par le GIEC (3,89 tonnes de CO2/Ha) , ce qui permet d’estimer à la hausse l’empreinte carbone, déjà dénuée de sens.

 

4/ A propos de l’ « empreinte fourrage » ,  la valeur utilisée pour le rendement national français  de la production de fourrage est de 1,3 tonne de matière sèche par ha alors qu’elle est en réalité supérieure à 10 tonnes par ha (13). Encore une minuscule « erreur » ! C’est vraiment pas de chance, à chaque fois que GFN/WWF se trompe, c’est pour surévaluer l’EE !

 

  Quelques exemples parmi tant d'autres...

 

Conclusion :

 

         Le jour de dépassement global inventé par GFN/WWF pour « éveiller le monde » ne correspond à rien, il est simplement destiné à faire peur  . L’empreinte écologique telle qu’elle est conçue et calculée n’a aucun sens, et cela ne relève pas seulement d’erreurs scientifiques, mais d’une tromperie délibérée. Nous laisserons à nos lecteurs le soin d’interpréter les intentions qui se cachent derrière cette tromperie et s’interroger sur la si grande perméabilité des organismes officiels au discours, à la philosophie et aux chiffres mensongers de l’EE.

 

           L’an prochain, GFN/WWF nous assénerons sans doute que nous avons consommé bien avant le 23 Septembre ce que la Terre peut produire en un an. Nous devrions hausser les épaules et rejeter l’injonction lancinante à réduire notre empreinte écologique. Il serait plutôt temps de réduire l ‘empreinte excessive des écologistes sur nos consciences et sur les choix politiques.

Anton Suwałki

 

 

   


      

 

 

 

Notes :

 

 (1)http://www.consoglobe.com/jour-depassement-empreinte-ecologique-2687-cg

 

(2) http://www.developpement-durable.gouv.fr/Indicateurs-du-developpement,14064.html

(3) http://www.insee.fr/fr/regions/nord-pas-de-calais/default.asp?page=themes/ouvrages/dev_durable/DVA3M06_02.htm

(4) http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ED16_cle584d56_1_.pdf

(5) jusqu’à présent secrets !

(6) http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-AU-06-001/EN/KS-AU-06-001-EN.PDF

(7) Les nouveaux indicateurs de richesse, , Repères, Éditions La découverte

(8) http://structures.ac-martinique.fr/eedd/EmpreinteFrance4p[1].pdf

(9) http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/5435/254_265.pdf?sequence=1

(10) celles qui sont en relation à nos besoins extrêmement divers

(11) dans la mesure ou ils compromettraient l’adaptation d’ espèces qui nous sont utiles . On peut aussi douter de  notre propre capacité à adapter notre production, nos infrastructures etc, à un changement trop brutal. Par exemple, on est probablement peu préparé à une irruption brutale d’une nouvelle ère glaciaire.

(12) http://www.footprintnetwork.org/images/uploads/National_Footprint_Accounts_Method_Paper_2010.pdfhttp://www.footprintnetwork.org/images/uploads/National_Footprint_Accounts_Method_Paper_2010.pdf

(13) http://www.gnis-pedagogie.org/pages/fourrageres/chap2/17.htm

 

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