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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 15:56

Le Happy Planet Index (HPI), ou indice de planète heureuse, ça ne vous dit rien ? Moi non plus, jusqu’à un article peu critique récemment paru dans Pour la Science.

Les termes employés incitent déjà à la méfiance. Cela renifle fort l’hypothèse Gaïa. Une planète (catégorie astronomique) heureuse, ça ne veut a priori rien dire. Voyons quand même cela de plus près.

Le HPI a été inventé par la New Economics Fondation (1), un think thank britannique qui œuvre pour promouvoir « la justice économique, sociale, et environnementale »… Tout un programme.

Classement du HPI : comme c’est bizarre !

A l’échelle de chaque pays, le HPI mesure la capacité à prodiguer « des vies longues, heureuses et soutenables » à leur population (2) . Le scepticisme grandit d’autant plus qu’on découvre la carte mondiale du «bonheur soutenable » (voir carte ci-dessous):

En vert , les meilleurs élèves, des pays d’Amérique Latine plus le Vietnam , le champion étant le Costa Rica avec un HPI de 64.

En rouge, la classe des cancres, dans laquelle les USA côtoient la plupart des pays d’Afrique noire ou la Mongolie.

Encore n’en sommes nous pas à bout de nos surprises : Haïti (HPI=41,3) nage dans le « bonheur soutenable », comparé au Luxembourg (HPI=29). Et figurez vous que l’heureuse Palestine culmine à 51,2, faisant beaucoup mieux que la plupart des pays industrialisés…

La drôle d’équation du bonheur soutenable

On connaissait l’indice de développement humain (IDH), conçu par l’économiste indien Amartya Sen, prix « Nobel » d’économie, qui combine des indicateurs tels que le revenu par tête , l’espérance de vie, et l’accès à l’éducation. Au-delà, il y a toutes les statistiques économiques et sociales disponibles qui permettent de se faire une idée des conditions de vie d’une population donnée. Mais vouloir calculer un indice synthétique de bonheur est a priori une gageure. La New Economics Fondation aurait-elle vraiment réussi ce défi ?

Comment des pays en bas du classement du point de vue de l’IDH peuvent-ils être devant les pays les plus développés en terme de « bonheur soutenable » ? Réponse : parce que dans bonheur soutenable, il y a soutenable, le mot fourre-tout de l’idéologie écologiste.

« Les résultats de l'indice [HPI] permet classer les pays en fonction de leur efficience, combien de vies longues et heureuses chacun produit par unité d’ output environnemental [sic !] ».

Il est temps de voir ce qu’il y a derrière ce charabia :

On passera sur les petites subtilités de la cuisine mathématique (3) qui rebuteront plus d’un lecteur, et qui ont surtout le mérite de faire passer ces sornettes pour un travail d’analyse sérieux.

Le HPI est calculé à partir de 3 indicateurs.

En gros, HPI = (Bien-être vécu x Espérance de vie) / Empreinte Écologique

Le HPI comporte donc un seul indicateur à la fois objectif et incontestable dans son calcul : l’espérance de vie.

Le bien-être vécu ? « Si vous voulez vraiment savoir comment vont les gens, le mieux est de leur demander directement ». La New Economics Fondation utilise donc un sondage international de l’institut Gallup qui demande dans chaque pays aux sondés de classer leur satisfaction de vie sur une échelle de 0 à 10. Si sur le principe, demander aux gens paraît une bonne idée, les réponses d’un suédois, d’un coréen et d’un malgache sont-elles directement commensurables ? Si l’on prend en compte le niveau très proche du bien-être exprimé par les mexicains et celui des américains, comment expliquer qu’il y ait plus de 11 millions d’immigrés mexicains aux USA , dont 3 à 4 millions illégaux ? C’est un autre élément de scepticisme.

Mais c’est évidemment la dernière variable qui attire le plus notre attention : la fameuse empreinte écologique, escroquerie intellectuelle promue par le WWF et le Global Footprint Network (GFN) (4).

L’exemple éloquent d’Haïti.

Du coup, on peut comprendre ce qu’entend le think thank écolo par « efficience d’un pays », et par les vies longues et heureuses par « unité d’ output environnemental ». Et on comprend mieux l’étonnante performance de Haïti, l’un des pays les plus pauvres : certes, un haïtien vit en moyenne 18 ans de moins qu’un Luxembourgeois, n’affiche pas un bien-être particulièrement ostentatoire (3,8/10 contre 7,1/10 pour le luxembourgeois ), mais il a le bon goût de ne consommer que 0,6 « hectare global/par tête » (5), contre 10,7 hectares pour l’habitant du Grand Duché. Du coup, la planète est « heureuse » en Haïti, pensez-vous !

Le cas particulier d’Haïti , qui a perdu la quasi-totalité de sa couverture forestière au cours du siècle dernier au prix de conséquences désastreuses, illustre encore un plus l’ineptie de cette approche de la « soutenabilité » à travers la fumeuse empreinte écologique. Si la « planète», à en croire la New Economics Fondation, n’est pas loin d’exulter à Haïti, ça n’est pas parce que l’environnement et les ressources y sont gérées de manière durable, mais parce que les haïtiens sont très pauvres. Du coup, leur activité n’affole pas les compteurs truqués du WWF & GFN.

Conclusion

On voit mal, une fois cet indice HPI décortiqué, quel rapport il peut avoir avec « la justice économique, sociale, et environnementale » revendiquée par l’ONG. Mais on voit mieux quelle idéologie le sous-tend. Quant à sa valeur informative, elle est sans doute proche de celui concocté par le régime Nord-Coréen (6).

Anton Suwalki

Post Scriptum : le Bhoutan, pays du « Bonheur National Brut », n’apparaît pas dans le classement du HPI. Pays arriéré et Régime (jusqu’à présent) rétrograde célébré dans l’effroyable film de propagande de Marie-Monique Robin, et diffusé par Arte (7). Sans doute parce qu’on est si heureux dans ce pays que l’échelle qui sert à mesurer le bonheur des autres pays est trop petite. On ne mesure pas la distance de la Terre au soleil avec une rgèle d’écolier

http://www.neweconomics.org/

  1. http://www.happyplanetindex.org/data/
  2. détaillées dans le rapport complet disponible sur leur site
  3. http://imposteurs.over-blog.com/article-reduire-l-empreinte-ecologique-ou-reduire-l-empreinte-des-ecologistes-85934787.html
  4. Seul l’Afghanistan fait « mieux », si on ose dire.
  5. http://www.marianne.net/En-Coree-du-nord-le-bonheur-c-est-simple-comme-un-sondage_a206879.html
  6. http://info.arte.tv/fr/bhoutan-au-pays-du-bonheur-national-brut
L’ « indice de planète heureuse » : bien-être soutenable, ou bêtise insoutenable ?
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 13:33

On pouvait flairer le loup en cette fin juin 2014 quand se déploya une intense campagne médiatique contre les insecticides systémiques (qui pénètrent dans la plante) – plus précisément les néonicotinoïdes et le fipronil – accusés de constituer une menace mondiale pour la biodiversité et les services écosystémiques (entendez par là, notamment, la pollinisation).

Mais on était très loin de percevoir l'énormité du scandale qui vient d'éclater. Des scientifiques se sont mis au service d'une action politique. Des institutions prestigieuses sont éclaboussées par le comportement de quelques-uns.

L'UICN communique bizarrement

Le 24 juin 2014, l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) publiait un communiqué dont on retiendra ceci [1] :

« Entreprenant une analyse complète de toute la littérature disponible (800 rapports revus par des pairs), le Groupe de travail sur les pesticides systémiques (Task Force on Systemic Pesticides) – un groupe mondial de chercheurs indépendants affiliés à la Commission de l'UICN de la gestion des écosystèmes et la Commission de l'UICN de la sauvegarde des espèces – a trouvé qu'il y avait des preuves claires de dommages, suffisantes pour déclencher des mesures réglementaires. »

On admirera déjà une emphase suspecte mâtinée de bémols : les chercheurs ont analysé toute la littérature – toutefois la seule publiée dans des revues à comité de lecture... Et, surtout, ils sont indépendants – mais néanmoins « affiliés » à l'UICN.

L'UICN ? Une organisation internationale au statut hybride, revendiquant plus de 1.200 organisations membres dans 140 pays, dont 200 gouvernements ou organisations gouvernementales, et 800 organisations non gouvernementales (les maths semblent un peu approximatives...). Ce n'est certes pas une organisation au militantisme effréné, mais tout de même. Une formidable machine de communication, donc. Un réseau ; et un réseau de réseaux.

Pourtant, elle ne s'approprie pas le travail, ni la conclusion (traduction littérale) :

« Les auteurs suggèrent avec vigueur aux agences de régulation d'appliquer davantage de principes de précaution et de durcir davantage les règlements sur les néonicotinoïdes et le fipronil, et de commencer à planifier leur élimination globale ou au moins commencer à formuler des plans pour une importante réduction de l'échelle mondiale de leur utilisation. »

Étonnante, cette prise de distance ! Car le groupe, bien que décrit dans le communiqué comme étant « affilié[...] », est en fait le sien. En témoigne une autre page de son site, sous le titre : « SSC and CEM joint Task Force on Systemic Pesticides » [2] :

« En mars 2011, un groupe de travail international a été institué dans le cadre de la Commission de l'UICN de la gestion des écosystèmes et la Commission de la sauvegarde des espèces pour réunir les preuves scientifiques nécessaires à l'appui d'une action sur les pesticides néonicotinoïdes, les plus importants des pesticides systémiques actuellement utilisés pour "protéger" plus de 140 espèces cultivées dans 120 pays. »

La finalité du groupe est donc annoncée sans ambages ; ce n'est pas faire de la science, mais fournir des munitions. Admirez aussi les guillemets autour de « protéger »...

Cependant, les objectifs de ce groupe de travail avaient été ciselés, et en quelque sorte corrigés, dans la suite du texte. On trouve notamment :

« 4) lancer une campagne mondiale d'information et de publicité une fois les preuves et l'information disponibles ; et 5) encourager les politiciens à changer les politiques et les évaluations de risques inadéquates, si les preuves scientifiques montrent une nécessité de changement. »

Mais on peut – on doit – considérer que « si les preuves scientifiques... » est une clause de style.

Le lien organique est aussi énoncé on ne peut plus clairement :

« Le groupe de travail se réunit deux fois par an et est dirigé par un comité directeur incluant les présidents du SSC et du CEM [des deux commissions de l'UICN]. »

Manifestement, le communiqué du 24 juin 2014 a fait la part belle à l'« indépendance » des chercheurs.

Pour un familier des manipulations médiatiques, un message d'alerte s'allume à la simple vue de chercheurs se prétendant indépendants ou étant ainsi qualifiés par des tiers ; surtout si les tiers sont actifs dans le « plaidoyer » (« lobbying » étant le gros mot employé pour désigner cette même activité, réelle ou supposée, du « camp » d'en face).

Le Monde de Foucart gobe un joli conte de fées

Ce même 24 juin 2014 paraît notamment un article dans le Monde, sous la signature de... M. Stéphane Foucart. Le titre est sans nuance : « Le déclin massif des insectes menace l'agriculture ».

C'est l'introduction qui doit retenir notre attention. M. Maarten Bijleveld van Lexmond, le président du groupe de travail, raconte que, vers le milieu des années 2000, il s'était inquiété de la disparition des insectes et qu'il avait réuni une douzaine d'entomologistes partageant la même inquiétude en juillet 2009, dans sa maison de Notre-Dame-de-Londres (Hérault). Il est cité :

« Au terme d'une longue journée de discussions, nous avons décidé d'examiner tout ce qui avait été publié dans la littérature scientifique sur les insecticides systémiques dits “néonicotinoïdes” [...] Cette nouvelle génération de molécules, mise sur le marché dans les années 1990, nous semblait être un élément déterminant pour expliquer la situation.»

Cela a l'air d'un conte de fées... auquel M. Foucart a succombé avec délice.

Le groupe de travail crée un site web, sans mention de l'UICN

Alors ? Génération spontanée ou initiée ou drivée par l'UICN. Les deux histoires ne sont pas incompatibles au vu du décalage chronologique. Mais il est extraordinairement gênant de ne pas voir l'UICN mentionnée dans cet article du Monde (la presse anglophone a été plus sérieuse).

Il y a pire. Le groupe a créé un site web [4] : aucune mention de l'UICN dans sa page « About us »... La recherche d'« IUCN » sur le site ne donne rien...

Et comment ces bonnes gens se présentent-elles sur la page d'accueil ?

« Le groupe de travail sur les pesticides systémiques est la réponse de la communauté scientifique aux préoccupations relatives à l'impact des pesticides systémiques sur la biodiversité et les écosystèmes. Son intention est de fournir un aperçu définitif de la science pour étayer un processus de décision plus rapide et amélioré. »

Voyez-vous ça ! Ils ont l'audace de s'affirmer les représentants de la communauté scientifique dans son ensemble ! Et de produire le dernier mot, un « aperçu définitif », sur les « pesticides » (pas seulement les insecticides) systémiques !

Ce site met en lien une série d'articles publiés dans Environmental Science and Pollution Research, une revue au facteur d'impact relativement modeste (2,87), et qui n'est pas exclusivement scientifique. Ils sont introduits dans la revue par un éditorial (curieux...) signé par Maarten Bijleveld van Lexmond, Jean-Marc Bonmatin, Dave Goulson et Dominique A. Noome [5]. Le texte dit que le groupe de travail « conseille » les deux commissions de l'UICN, dissimulant donc les liens organiques. M. Bijleveld van Lexmond donne le groupe de travail comme affiliation... mais avec son adresse personnelle.

La campagne d'abord ! Les articles ensuite !

Disons le simplement : tout cela fait désordre.

Mais il y a aussi le décalage entre le lancement de la campagne de communication, le 24 juin 2014, et la publication des articles scientifiques, dans le courant de l'été.

M. Sylvestre Huet a une explication, qu'on lui a sans nul doute soufflée, sur son blog [6] :

« Ayant mis en place tout un dispositif de communication autour de la date prévue à l'origine, les chercheurs ont décidé de le maintenir, au risque d'affaiblir leur message. »

Traduisons : l'impact de la communication est passé devant la crédibilité scientifique et même médiatique (chez les rares médias sérieux).

Mais il y a une autre question : vraiment ? L'éditorial précité a été reçu par l'éditeur le 13 juin et accepté le 17 juin 2014 (et publié le 23 août). Un autre document a été soumis le 29 avril et accepté seulement le 1er juillet 2014 [7]. Le retard de publication n'est dès lors guère crédible... Ou bien la planification n'a pas été mise à jour. Ou bien...

C'est que le lancement de la campagne a eu lieu lors de la National Pollinator Week états-unienne. Le 20 juin, le Président Obama avait signé un mémorandum présidentiel demandant notamment aux agences gouvernementales concernées d'instituer un groupe de travail et d'élaborer une stratégie nationale sur la santé des pollinisateurs [8].

Il fallait donc prendre date !

Les ministres britanniques devaient aussi examiner à la même époque la possibilité d'accorder une dérogation pour les semences de colza traitées aux néonicotinoïdes [9]. Surtout que les agriculteurs avaient subi des dégâts importants lors de la campagne en cours, avec des problèmes de lutte [10].

Une autre raison de prendre date !

Peut-on faire preuve de mauvais esprit et souligner que cela a permis de déployer la campagne de communication sans que l'on ait eu la possibilité d'en vérifier la validité scientifique ? La Crop Protection Association n'a pas mâché ses mots [11] :

« Il est très préoccupant que des allégations aussi graves soient faites sans que l'on ait permis de voir les éléments de preuve à leur appui, et que l'on ait donc empêché un examen objectif et indépendant. »

Mais que veulent-ils donc ?

Des « allégations aussi graves » ? Il y a le canal A des publications scientifiques, à caractère durable, et le canal B de la communication, par essence jetable.

Canal A, les « Conclusions of the Worldwide Integrated Assessment on the risks of neonicotinoids and fipronil to biodiversity and ecosystem functioning » (traduction littérale) [12] :

« Les auteurs suggèrent aux agences de régulation d'envisager d'appliquer les principes de prévention et de précaution pour durcir davantage les règlements sur les néonicotinoïdes et le fipronil, et d'envisager de formuler des plans pour une importante réduction de l'échelle mondiale de leur utilisation. »

Canal B, leur communiqué de presse [13]. C'est aussi le texte utilisé par l'UICN. Il est rappelé ici pour permettre la comparaison :

« Les auteurs suggèrent avec vigueur aux agences de régulation d'appliquer davantage de principes de précaution et de durcir davantage les règlements sur les néonicotinoïdes et le fipronil, et de commencer à planifier leur élimination globale ou au moins commencer à formuler des plans pour une importante réduction de l'échelle mondiale de leur utilisation. »

Il y a même un canal C : quand on interroge certains auteurs des documents du groupe de travail, ils s'expriment même contre une interdiction. C'est le cas de M. David Goulson [14] :

« Personnellement, je ne suis pas en faveur d'une interdiction pure et simple, mais je pense qu'il faut les utiliser plus judicieusement – nous devrions cesser de les utiliser s'ils ne profitent pas aux rendements. »

Et même un canal D, illustré par M. Jean-Marc Bonmatin (dont on taira l'affiliation officielle) dans un entretien sur France Culture [15] :

« Nous avons souhaité faire un état des lieux, sans accuser les compagnies. Les scientifiques ont fait leur travail, aux autres de prendre le relais. Nous voulions juste éclairer le chemin. On est entendu, mais c'est le passage de l'entente à la décision qui fait défaut. »

De la science, rien que de la science...

Le Journal de l'environnement a aussi donné la parole à M Bonmatin. Le journal écrit [16] :

« Écartant tout préconçu militant derrière la méta-analyse de la Task Force, il souligne le caractère scientifique de ces travaux. »

Avec une belle innocence, le journal précise que ces travaux ont été financés (en fait en partie) par la banque néerlandaise Triodos, fondée en 1980 et qui dit se concentrer sur, notamment... des entreprises du secteur de l’agriculture biologique et biodynamique, et des projets de protection de la nature.

Ce sera sans commentaires désobligeants...

On peut aussi citer celle-là pour tenir le lecteur en haleine [17] :

« Jamais personne n'avait pris la peine d'effectuer l'étude à la fois pointue et globale de chacune des données de près de 800 publications sur le sujet. Il a fallu quatre ans de travail et trente auteurs pour éplucher toute cette littérature scientifique. Précision importante : nous sommes un rassemblement de chercheurs indépendants. Indépendants des industriels, des écolos ou des pouvoirs administratifs. On ne cherche à faire plaisir à personne, c'est de la science. »

Ce sera... bis.

« Éclairer le chemin » ? Des travaux scientifiques ? Quelle blague !

Le pot aux roses a été découvert par M. David Zaruk, professeur adjoint au Vesalius College et aux Facultés Universitaires St-Louis de Bruxelles, alias the Risk-Monger. Son « IUCN’s Anti-Neonic Pesticide Task Force: An exposé into activist science » est sans nul doute appelé à devenir une référence dans le monde de la chasse à la science douteuse, sinon dévoyée [18].

Le Risk-Monger a donc déniché sur le site de M. Henk Tennekes, membre du Groupe de travail sur les pesticides systémiques, le compte rendu – annoté par M. Tennekes – d'un atelier international sur les néonicotinoïdes tenu à l'Université d'Orsay du 28 au 30 juin 2010. En fait d'atelier international, il s'agissait à l'évidence d'une réunion du Groupe de travail ou d'un noyau de celui-ci.

On y a examiné des projets d'articles et débattu de la suite à leur donner. La lecture du compte rendu suffit à comprendre qu'en fait de travaux scientifiques, il s'agissait d'alimenter une campagne médiatique.

Le compte rendu comporte un additif de la plus haute importance. En voici le texte intégral [19] :

« Le 14 juin 2010, le Pr Goeldlin et le Dr Bijleveld ont rencontré en Suisse le Dr Simon Stuart, Président de la Commission de l'UICN de la sauvegarde des espèces et M. Piet Wit, président de la Commission de l'UICN de la gestion des écosystèmes.

Il a été convenu que, sur la base des résultats de la réunion de Paris, les quatre études (research papers) clés seront publiées dans des revues à comité de lecture. Sur la base de ces documents, une étude sera soumise à Science (premier choix) ou Nature (deuxième choix) ; elle présentera de nouvelles analyses et conclusions dans toutes les disciplines scientifiques pour démontrer de façon aussi convaincante que possible l'impact des néonicotionoides sur les insectes, les oiseaux, les autres espèces, les fonctions des écosystèmes, et les moyens de subsistance de l'Homme. Ce papier à fort impact aura un premier auteur soigneusement choisi, un noyau d'auteurs composé de sept personnes ou moins (y compris les auteurs des quatre premiers documents), et un ensemble d'auteurs plus large pour obtenir une couverture globale et interdisciplinaire. Une quantité importante de preuves à l'appui figureront en ligne dans la partie « Supporting Online Material ». Un papier parallèle, « frère » (ce serait un document plus court de forum des politiques) pourrait être soumis simultanément à Science pour attirer l'attention sur les implications politiques de l'autre papier et appeler à un moratoire sur l'utilisation et la vente de pesticides néonicotinoïdes. Nous essaieront de rassembler quelques grands noms du monde scientifique comme auteurs de ce document. Si nous réussissons à faire publier ces deux documents, il y aura un impact énorme, et une campagne menée par le WWF, etc. pourra être lancée immédiatement. Il sera beaucoup plus difficile pour les politiciens d'ignorer un document de recherche et un document de forum des politiques publiés dans Science. La chose la plus urgente est d'obtenir le changement de politique nécessaire et de faire interdire ces pesticides, pas de lancer une campagne. Une base scientifique plus solide devrait se traduire par une campagne plus courte. En tout cas, cela va prendre du temps, car l'industrie chimique va jeter des millions dans un exercice de lobbying.

Afin de préparer le document qui sera soumis à Science, il faut le planifier simultanément avec les quatre premiers documents plus détaillés (pour être sûr que les quatre premiers documents ne sapent pas involontairement le document à fort impact proposé). Une petite réunion est donc nécessaire pour faire la planification nécessaire, y compris avec les auteurs des quatre premiers documents, David Gibbons/Mark Avery, Maarten Bijleveld, Pierre Goeldlin, les présidents des commissions SSC et CEM de l'UICN (ou leurs représentants) et une ou deux personnes expérimentées dans les publications à fort impact (comme Ana Rodriguez). »

Je vous envoie mon avocat...

Nous ne ferons pas l'exégèse de ce texte. Il se suffit à lui-même. C'est Malice – au sens premier, fort – au Pays des Abeilles.

On peut se reporter à Risk Monger [18], ainsi qu'à Science 2.0 [20]. Les commentaires y sont aussi utiles. On y voit notamment M. Henk Tennekes affirmer qu'il n'y a rien de mal dans le fait que des agents de l'UICN se préoccupent du désastre que causeront les néonicotinoïdes. Comme si c'était ça, l'enjeu du billet de Risk Monger...

Un billet qui a été remanié à la suite d'une « complaint » de... M. Bonmatin. Des mots bien sentis ont été enlevés du billet, mais ce n'est pas forcément à l'avantage des protagonistes : les lecteurs savent donc qu'il y a eu des pressions...

« Complaint » a notamment deux sens : une récrimination ou une plainte judiciaire. Risk Monger écrit aussi qu'Euractiv, l'hébergeur, a reçu des « charges of criminal proceedings ». La probité scientifique de M. Bonmatin se plaidera-t-elle au prétoire comme pour qui vous savez ? Ce qui est étonnant, c'est que M. Bonmatin n'a été nullement mis en cause à titre personnel, ni son institution dont il prétend aussi, semble-t-il, défendre l'honorabilité.

De quel droit s'agissant du ... ? Incidemment, M. Bonmatin avait déclaré sur France Culture [15] que les chercheurs avaient « fait [leurs travaux], d'une façon volontaire sur [leur] temps libre, si on ose dire ».

Risk Monger a présenté des excuses. Avec élégance et habileté.

Pour notre part, nous pouvons aussi en rester là, avec trois points de suspension...

Oh ! Avec une petite précision : l'UICN tente de s'extirper de cet énorme scandale [21]. Manifestement, M. Simon Suart, président d'une commission de l'UICN et MM. Pierre Goeldlin et Maarten Bijleveld n'ont pas dû participer à la même réunion.

Wackes Seppi

___________________

[1] http://www.iucn.org/news_homepage/?16025/Systemic-Pesticides-Pose-Global-Threat-to-Biodiversity-And-Ecosystem-Services

[2] http://www.iucn.org/about/work/programmes/species/who_we_are/ssc_specialist_groups_and_red_list_authorities_directory/task_forces/

[3] http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/24/le-declin-massif-des-insectes-menace-l-agriculture_4444051_3244.html

[4] http://www.tfsp.info/

[5] http://link.springer.com/article/10.1007/s11356-014-3220-1/fulltext.html

[6] http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/06/les-insecticides-agricoles-responsable-du-massacre-/comments/page/1/#comments

[7] http://download.springer.com/static/pdf/966/art%253A10.1007%252Fs11356-014-3277-x.pdf?auth66=1417798641_51c6471f558e82523119f3527c0d34e5&ext=.pdf

[8] http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2014/06/20/presidential-memorandum-creating-federal-strategy-promote-health-honey-b

[9] http://www.farmersguardian.com/home/latest-news/government-considers-neonicotinoid-derogation-request/65497.article

[10] http://www.farmersguardian.com/arable-farming/neonicotinoid-ban-already-hampering-oilseed-rape-nfu/67414.article

[11] http://www.farmersguardian.com/home/latest-news/-pesticide-industry-hits-back-at-neonicotinoid-claims/65567.article

[12] http://www.tfsp.info/wp-content/uploads/2014/06/8_ESPR_11356_2014_3229_OnlinePDF.pdf

[13] http://www.tfsp.info/wp-content/uploads/2014/06/WIA-PR-REL.pdf

[14] http://www.bbc.com/news/science-environment-27980344

[15] http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-y-a-t-il-une-lutte-entre-scientifiques-et-industriels-2014-07-0

16] http://www.journaldelenvironnement.net/article/neonicotinoides-une-menace-majeure-pour-la-biodiversite,47433

[17] http://www.lepoint.fr/environnement/les-pesticides-ne-devraient-pas-etre-automatiques-13-07-2014-1845810_1927.php

[18] http://risk-monger.blogactiv.eu/2014/12/02/iucn%E2%80%99s-anti-neonic-pesticide-task-force-an-expose-into-activist-science/#.VIMSxtKG-Sr

[19] http://risk-monger.blogactiv.eu/files/2014/12/Resum%C3%A9-INTERNATIONAL-WORKSHOP-ON-NEONICOTINOIDS-Comments-Henk-Tennekes.pdf

[20] http://www.science20.com/science_20/when_it_comes_to_neonics_activists_understand_pr_better_than_chemical_companies_do-150299

[21] http://www.forbes.com/sites/paulrodgers/2014/12/04/leaked-memo-raises-questions-about-pesticide-ban/

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 18:42

Si le dernier article sur le locavorisme a rencontré un grand succès, il a également suscité quelques critiques, notamment sur Facebook et sur le site Contrepoints qui a repris l’article. Certaines méritent qu’on s’y arrête :

1/ Le choix du département comme échelle du locavorisme :

Certes, c’est parfaitement arbitraire, comme le sont toutes les circonscriptions administratives. Je l’ai choisi compte tenu uniquement parce que , hors Ile de France, c’est un territoire de dimension compatible avec le locavorisme. Libre à chacun d’imaginer une autre carte de France… Je tiens à signaler que la proposition qui a été faite d’un locavorisme respectant les terroirs serait encore pire, puisque cela consisterait à appauvrir encore davantage l’alimentation, l’option de réorienter les productions agricoles étant exclue.

2/ Le commerce extérieur

Certains ont remarqué (à juste titre) que dans mon exemple sur le blé tendre, je ne prenais pas en compte le fait que la France exportait plus de la moitié de ses récoltes (1). L’omission de cette dimension était volontaire, mais j’ai évidemment eu tort de ne pas le mentionner. Il n’y aucune raison de considérer autrement la spécialisation territoriale à l’échelle d’un pays et la division à l’échelle internationale, comme l’illustre assez bien la réponse à la critique 4/ ci-dessous. Certes, si la France n’exportait pas son blé, chaque « national » en disposerait d’une quantité potentiellement supérieure. Cette objection ne tient pas compte du fait que d’autres pays manquent cruellement de blé et d’autres ressources agricoles pour nourrir leur population. Faut-il dire tant pis pour eux ? Et tant pis pour nous, qui devrions nous passer en contre-partie de quelques milliards d’euros de produits agricoles (ou autres, d’ailleurs) que nous ne produisons pas nous-mêmes.

3/ Une position caricaturale ?

Accusation très sévère d’une autre personne : cet article « mélange "manger local" et "autarcie alimentaire", assimile "locavorisme" avec "tout produire à côté de chez soi". Bref, un sujet qui pourrait être intéressant mais qui est traité sans aucune rigueur ».

  1. Quand Chantal Jouanno (ce genre de déclarations est loin d’être un cas isolé) déclare avoir pour ambition « région Île de France « presque autosuffisante sur le plan alimentaire », n’est-ce pas presque de l’autarcie, presque tout produire chez soi ? On se demande dès lors de quel côté se situe la caricature…
  1. D’autre part, le but de l’exercice n’a pas été compris : J’ai bien mentionné que jusqu’à présent, l’incitation au locavorisme, bien qu’elle mobilise une grande partie de l’énergie de certaines directions du ministère de l’agriculture ou du « développement durable », n’a qu’un résultat marginal. Quelques réunions avec des personnes concernées m’ont permis de vérifiés qu’aucune étude d’impact sérieuse , ni économique ni environnementale, n’a été faite, les bienfaits environnementaux étant simplement un postulat. Certains se lamentent de ne pas avoir réussi à rééduquer les consommateurs ou les agriculteurs, rêvant de mesures plus coercitives. Dans ces conditions , il est tout-à-fait justifié de faire des projections, d’essayer d’imaginer les conséquences d’une logique, poussée jusqu’au bout.

4/ Manger de l’agneau français, plutôt que néo-zélandais ?

Franck Ramus, chercheur en sciences cognitives, , et dont j’apprécie beaucoup les textes de vulgarisation, commence par une critique analogue : « Cet article fait la rhétorique de l'épouvantail. Il ridiculise une forme extrême de locavorisme que peu de gens défendent, mais il ne dit strictement rien sur des propositions plus raisonnables » . Comme l’autre intervenant, il fait du locavorisme non pas ce qu’il est réellement, mais ce qu’il voudrait qu’il soit : quelque chose de raisonnable, ce qui n’étonnera venant de lui.

Pour lui, il s’agirait donc « Il s'agit essentiellement de taxer les transports (carburant et péages) de telle manière à rendre les produits distants relativement moins compétitifs. Actuellement l'agneau néo-zélandais vendu en France coûte moins cher que l'agneau français. Or les externalités négatives énergétiques et environnementales ne sont pas prises en compte dans ce prix, parce que le carburant aérien n'est pas taxé. Une fiscalité bien dosée permettrait simplement que les décisions économiques rationnelles des consommateurs s'orientent vers des produits qui engendrent moins de gaspillage énergétique. »

Il s’agit donc d’orienter « les décisions économiques rationnelles des consommateurs » en le frappant au portefeuille, un joli programme ! Outre que l’on a du mal à distinguer cela d’un protectionnisme déguisé, FR ne semble pas s’intéresser au fait que le faible prix des transports permet à la Nouvelle Zélande (3), qui bénéficie de conditions exceptionnellement favorables pour l’agriculture pastorale, et de coûts de production cinq fois inférieurs aux coûts français , de satisfaire des consommateurs à 20.000 kms de distance, dont certains ne pourraient pas manger d’agneau autrement. En outre, la Nouvelle-Zélande, quoiqu’ayant une économie avancée , exporte essentiellement des produits de l’agriculture et de la sylviculture. Au nom de quel principe « supérieur » la pénaliser et lui interdire par là même de se procurer en contre partie des biens qu’elle ne produit pas ou trop peu sur son territoire ? La prise en compte des « externalités négatives énergétiques et environnementales » ?

Disons tout de suite qu’il est très difficile de définir ce qu’est une externalité énergétique négative ? A la rigueur pourrait-on parler d’un gaspillage énergétique… Mais qui va décider que telle utilisation de l’énergie (ici du kérosène) est du gaspillage ? Qui est en droit de décider qu’une dépense d’énergie qui permet à des consommateurs même aux revenus modestes de disposer de viande d’agneau à bas prix est un gaspillage ?

Restent les « externalités négatives environnementales » : on devine que FR fait ici allusion au bilan carbone de l’agneau néo-zélandais. Le prix de marché n’intègre effectivement pas spontanément les coûts que l’on suppose liés au réchauffement climatique , dont l’estimation relève d’ailleurs de la pl. L’article déjà cité (2) mentionne que le transport représente …5% des émissions de CO2 pour de l’agneau néo-zélandais consommé en Grande Bretagne, et un bilan carbone possiblement inférieur à celui de l’agneau français (3)!!!!

Quelquefois, il faut donc aller au-delà du bon sens apparent : transport sur de longues distances n’est pas forcément synonyme de bilan environnemental défavorable.

A moins de l’instauration d’une taxe exorbitante sur le kérosène, l’agneau néo-zélandais (non subventionné) conservera un avantage par rapport à l’agneau français (subventionné). Renchérir le prix du transport aérien, est-ce bien raisonnable ? Certains vols Paris-New York coût aujourd’hui moins de 200 euros . Les très bas prix mettent le transport aérien à la portée d’un nombre toujours croissant de terriens. C’est plutôt une bonne chose, non ?

Conclusion

Après la réponse à ces critiques qui ont le mérite d’obliger à clairifier et à préciser certains points, je persiste et signe. Certes, il ne s’agit pas d’empêcher les gens de consommer local si cela leur chante, ou s’ils préfèrent la gariguette d’Aquitaine à la fraise espagnole, quitte à la payer plus cher. Critiquer le locavorisme qu’on voudrait nous imposer au nom de croyances et au risque de faire reculer drastiquement la production agricole ne signifie pas prôner le « loinvorisme ».

Ce qui m’étonne, c’est qu’une autre objection n’est pas été soulevée. Mais j’attends un peu de voir si elle arrive, préférant ne pas y répondre par avance.

Anton Suwalki

  1. (http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/ble-tendre-de-bonnes-perspectives-d-exportation-vers-les-pays-tiers-franceagrimer-77164.html
  2. http://www.agrireseau.qc.ca/bovinsboucherie/documents/pdf_La_filiere_viande_en_Nouvelle-Zelande-405%5B1%5D.pdf
  1. -15% pour l’agneau néo-zélandais, des chiffres à prendre certes avec réserve car ne reposant pas sur une méthode commune de calcul.
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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 14:27
Article retouché le 15/10/2014

Idiot : un décret pour combattre un mythe

Raison, as-tu encore un avenir dans ce monde ? Parfois on arrive à en douter, au détour par exemple de l’amendement déposé par Cécile Duflot, qui vise à créer un délit d’obsolescence programmée , et adoptée par l’assemblée nationale (1). Apparemment, les députés n’ont rien d’autre à faire que de légiférer contre un mythe (2) . Il y a quelques mois encore, Benoit Hamon, ministre de la consommation de l’époque, avait réussi à s’opposer à cette ineptie avec un brin de lucidité. Ce scandaleux sursaut d’intelligence se devait d’être au plutôt réprimé, voilà qui est chose faite.

On pourrait en rire, si on ne soupçonnait pas que les associations de consommateurs vont s’engouffrer dans cette brèche, et le casse-tête pour ceux qui auront en charge de faire appliquer la loi d’établir le délit.

Plus inquiétant, le locavorisme

Si l’adoption de ce décret est ridicule et témoigne du déclin de la raison chez ceux qui nous gouverne, d’autres projets, inspirés par la même idéologie sont beaucoup plus dangereux. En particulier, celui que les nostalgiques d’un bonheur situé dans un passé imaginaire nomment « relocation de l’économie» , ou « produire et consommer local ». Cela concernerait en premier lieu le domaine alimentaire. Les anglo-saxons ont nommé ce mouvement le locavorisme.

On pourrait imaginer que ce genre de programme est circonscrit aux cercles de la DeepEcology. Pourtant Chantal Jouanno, ancienne ministre UMP, affichait récemment sa sympathie pour ce genre de projet grandiose, affirmant vouloir une région Ile de France « presque autosuffisante sur le plan alimentaire » (3). Et de fait, les services de l’état et les collectivités locales se sont lancés depuis dans des plans volontaristes, mais heureusement très inefficaces jusqu’ici, de relocalisation de l’économie. Dans ces milieux tenus à un minimum de réserve, on euphémise et on requalifie cela « privilégier les circuits courts » (4).

Pourquoi très inefficaces et pourquoi heureusement ? Inefficaces parce que les promoteurs de ces idées géniales se heurtent encore au mur de la réalité, et que ces actions ne peuvent avoir qu’un résultat très marginal. Heureusement, parce que si les intégristes qui sévissent partout jugeaient que le changement ne vient pas assez vite et décidaient de passer à la vitesse supérieure, la catastrophe serait assurée.

Comment expliquer que personne ne semble vraiment réaliser le danger ? Il est pourtant assez simple de démontrer que la relocalisation de l’économie, et surtout de l’agriculture (seul domaine que nous traitons ici), ne garantit en rien une amélioration sur le plan écologique, notamment en remettant en cause les circuits d’approvisionnement qui correspondent à une certaine rationalité. Mais surtout, produire et consommer local, ça veut dire produire beaucoup moins, et en fait de consommer local, c’est un régime de disette assuré. Comme au bon vieux temps…

L’intérêt de la spécialisation agricole

Il semble à la portée de tout le monde de comprendre que la cartographie agricole d’un pays (voir première carte ci-dessous) dépend certes en partie de l’histoire, mais surtout de données physiques : abondance ou rareté des terres, topographie, qualité des sols, conditions climatiques etc..Progressivement, les régions agricoles se sont spécialisées suivant leurs avantages. Cette spécialisation obéit en grande partie à la loi des avantages comparatifs découverts par l’économiste Ricardo : quand bien même une région possèderait des rendements supérieurs dans tous les domaines agricoles par rapport aux autres, elle aurait tout de même intérêt à se spécialiser dans les domaines où elle est le plus efficace et à échanger avec les autres. De la même façon qu’un cuisinier plus efficace dans tous les compartiments de son métier qu’un commis de cuisine a tout de même intérêt à en embaucher un, à lui déléguer les tâches les plus simples pour se consacrer aux opérations les plus complexes.

Il y a certes quelques niches agricoles qui échappent à la loi générale : ainsi, quelques vignobles prestigieux peuvent se contenter de rendements 10 fois inférieurs à la moyenne parce que des consommateurs fortunés acceptent de payer plusieurs centaines d’euros la bouteille de vin. Mais pour garantir une consommation de masse abondante, la spécialisation est une nécessité.

Seule une étude très détaillée, nécessitant de collecter et d’exploiter une énorme quantité de données, permettrait d’évaluer ce qu’il en coûterait de revenir à des systèmes d’approvisionnement des consommateurs réduits à un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour d’eux. Il n’est toutefois pas difficile de comprendre que cela impliquerait une disponibilité alimentaire très réduite tant en termes de quantité que de variété, comme il y a de cela quelques générations à peine. Le phénomène serait aggravé par le fait que si dans le passé, le locavorisme était imposé par des contraintes matérielles et économiques (notamment les coûts de transport des marchandises), il devrait désormais reposer sur la contrainte politique, sur l’assignation du consommateur à une zone d’approvisionnement donnée.

Illustration : la culture du blé tendre.

Prenons une des grandes cultures de l’hexagone, le blé tendre. Supposons que nos locavores envisagent le département comme périmètre où l’on produit et on consomme local. Seule exception, nous envisagerons que les 8 départements de l’Ile de France sont réunis pour en faire un seul, d’une dimension viable (12 000 km2). Comparons la situation actuelle et ce que donnerait un plan à la Jouanno d’autosuffisance pour le blé tendre, pour l’Ile de France et pour chacun des autres départements français. Les données utilisées proviennent d’Agreste (ministère de l’agriculture-2013), de l’Insee –(2011), et de Corine Land Cover (base de données géographiques sur l’utilisation des sols- 2006).

En 2013, la France métropolitaine a produit 360 millions de quintaux de blé tendre sur une surface agricole d’environ 4,9 millions d’hectares (Mha), soit 18% de la surface agricole utilisée (SAU), surfaces dédiées à l’élevage comprises. On produit ainsi 5,7 quintaux par habitant. Le rendement moyen est de 74 q/ha, mais il varie de 35 q/ha en Haute Corse à 93 q/ha dans la Somme. Sans surprise, dans les départements où les rendements sont les plus faibles (en dessous de 50q/ha), la part des cultures de blé tendre dans la SAU est marginale voir quasi-nulle, comme l’est leur contribution à la production nationale.

Imaginons maintenant que chaque département (dont le super-département Ile de France) soit contraint à l’autosuffisance. Pour garantir partout la quantité de blé actuellement disponible par habitant (nb : 5,7 q/ha), la surface théorique totale devrait passer de 4,9 Mha à 5,6 Mha, soit une augmentation de 14%. C’est déjà beaucoup, mais ce calcul n’est que théorique.

Une relocalisation de la production en réalité impossible

En effet, du fait même de la spécialisation actuelle, certains départements qui consacrent peu ou très peu de leur SAU à la culture du blé tendre devraient reconvertir une grande partie de leur SAU, au détriment d’autres cultures. Pire, pour l’Ile de France et 4 départements représentant ensemble 17.667.000 habitants au total, les surfaces cultivées nécessaires devraient représenter plus de la totalité de la surface agricole actuellement utilisée. Non seulement on ne pourrait rien produire d’autre que du blé, au moins sur la période de culture de celui-ci, mais dans ces zones, il faudrait augmenter l’emprise agricole, au détriment des espaces naturels ou des zones bâties (voir deuxième carte ci-dessous) .

Pourtant, ces évaluations restent encore très optimistes par rapport à la réalité. Il est plus que probable que dans la majorité des cas, les terres additionnelles seraient beaucoup moins productives, voire totalement inadaptées pour ce type de culture.

Ajoutons enfin que le locavorisme, ouvertement synonyme de rejet de l’agriculture intensive, prône tout naturellement l’agriculture biologique. Or, le rendement moyen du blé tendre biologique représente moins de la moitié du rendement en agriculture conventionnelle (5). Pour l’Ile de France (41q/ha en bio contre 83q /ha en conventionnel) , il faudrait donc encore multiplier par au moins deux le surfaces allouées à la culture de blé tendre : on arrive au chiffre astronomique de 1,6 millions d’hectares (16000 km2) . Soit beaucoup plus que la superficie totale de la région…

Conclusion provisoire

On peut, sans pouvoir donner de chiffre précis (6), extrapoler l’exemple des cultures de blé tendre, car la problématique est la même pour tous les produits agricoles. Certaines zones, plus aptes à la polyvalence, s’en tireraient moins mal, mais globalement, on peut s’attendre à un effondrement sans précédent de la production agricole.

Pour l’instant, la politique qui consiste à « privilégier les circuits courts » relève surtout d’un folklore inutilement gourmand en subventions. Mais autant s’interroger dès maintenant sur ce qu’il en coûterait d’aller plus loin dans l’application de cette folle utopie qu’est le locavorisme.

Anton Suwalki

NB : je tiens à la disposition des lecteurs les données collectées sur le blé tendre et mes calculs.

Notes :

(1)http://www.imposteurs.org/article-obsolescence-programmee-les-produits-tombent-ils-en-panne-juste-apres-la-fin-de-la-garantie-108683052.html

(2) http://www.nextinpact.com/news/90140-un-amendement-contre-l-obsolescence-programmee-adopte-a-l-assemblee.htm

(3) http://imposteurs.over-blog.com/article-le-velot-d-or-a-chantal-jouanno-46806412.html

(4) http://www.haute-normandie.developpement-durable.gouv.fr/plan-d-actions-pour-la-croissance-a1816.html

http://alimentation.gouv.fr/privilegier-les-circuits-courts-a

(5) http://www.franceagrimer.fr/content/download/24612/204265/file/ENQ-GRC-Vari%C3%A9t%C3%A9sRendBio-A2012.pdf

(6) on essaiera de s’y coller ultérieurement…mais c’est une tâche longue et ardue.

Produire et consommer local , la folle utopie écolo
Produire et consommer local , la folle utopie écolo
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 14:19

À propos de la méta-analyse de Baranski (Leifert) et al.

Les zélateurs du « bio » ont eu leur jour de liesse le 11 juillet 2014. Enfin surtout dans le monde anglophone, la France ayant sombré dans la léthargie estivale. Ce jour là, M. Carlo Leifert, de l'Université de Newcastle, a annoncé la publication de « Higher antioxidant concentrations and less cadmium and pesticide residues in organically-grown crops: a systematic literature review and meta-analyses » (des concentrations plus élevées d'antioxydants et moins de cadmium et de pesticides dans les produits de l'agriculture biologique : un examen systématique de la littérature et méta-analyses) dans le British Journal of Nutrition [1].

À lui seul, le titre est un résumé de l'article sous la forme d'un slogan et un cri de victoire.

La communication est aussi péremptoire : la preuve a été faite de la supériorité nutritionnelle et de santé de la filière chère à M. Leifert, et de ses chers (aux deux sens du terme...) produits. Qu'en est-il vraiment ?

QUELQUES RAPPELS

Des allégations de supériorité du « bio » infondées, sinon mensongères

Interdites par le droit dans le cadre commercial...

Faisons un détour par le droit.

« 2. Aucune allégation ne peut être faite dans l'étiquetage ou la publicité suggérant à l'acheteur que l'indication figurant à l'annexe V constitue une garantie d'une qualité organoleptique, nutritionelle ou sanitaire supérieure. »

C'est ce que disait l'article 10 du Règlement (CEE) n° 2092/91 du Conseil, du 24 juin 1991, concernant le mode de production biologique de produits agricoles et sa présentation sur les produits agricoles et les denrées alimentaires [2].

Le législateur avait à l'époque pris une sage décision : empêcher que la promotion du « bio » ne se fasse au travers de la mise en accusation du « conventionnel ».

Cette disposition ne figure plus dans le texte actuellement applicable à l'agriculture biologique (Règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil du 28 juin 2007 relatif à la production biologique et à l'étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) n° 2092/91 [3].

Mais le Règlement (CE) n° 1924/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires s'y est substitué à toutes fins utiles [4]. Son article 3 interdit notamment les allégations nutritionnelles et de santé susceptibles de : «susciter des doutes quant à la sécurité et/ou à l'adéquation nutritionnelle d'autres denrées alimentaires ».

...elles foisonnent dans les médias...

Mais si elles sont interdites dans le cadre commercial, ces allégations sont monnaie courante dans les médias. Ce que le législateur a pu instaurer pour les acteurs économiques, il ne pouvait à l'évidence pas l'imposer à d'autres, au mépris de la liberté d'expression. D'aucuns ont exploité le filon.

Les allégations de supériorité des produits bios sont explicites ou implicites, notamment par le biais d'insinuations de dangers contre les produits de l'agriculture conventionnelle. Elles ont fortement imprégné les esprits – grâce aussi, disons-le, à l'indifférence et au manque de vigilance des milieux de l'agriculture qui nous nourrit. Si la filière « bio » se montre dans l'ensemble mesurée, en France tout au moins, les thuriféraires et zélateurs du « bio », les vendeurs de pilules miracles et de sirops de jouvence, et les charlatans de la diététique se livrent à un véritable dénigrement de l'agriculture conventionnelle sur les aspects de la santé et de l'environnement.

...et même dans la législation et la communication gouvernementale !

Ce n'est pas comparatif, mais la comparaison est implicite dans le considérant 1 du Règlement n° 834/2007 dont les allégations sont en partie reprises à l'article 3 :

« La production biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l'application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l'égard de produits obtenus grâce à des substances et à des procédés naturels. Le mode de production biologique joue ainsi un double rôle sociétal: d'une part, il approvisionne un marché spécifique répondant à la demande de produits biologiques émanant des consommateurs et, d'autre part, il fournit des biens publics contribuant à la protection de l'environnement et du bien-être animal ainsi qu'au développement rural. » [3]

Sur le site du Ministère de l'agriculture consacré au mode de production biologique :

« L’agriculture biologique (AB) est un des 5 signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine. Elle garantit une qualité attachée à un mode de production respectueux de l’environnement et du bien-être animal. » [5]

Quelles impostures. L'agriculture biologique, c'est le respect d'un cahier des charges. Point.

Le difficile rôle de la science

Les produits de l'agriculture X sont-ils meilleurs sur le plan nutritionnel et de la santé (et aussi organoleptique) que les produits de l'agriculture Y ? Inéquation difficilement soluble pour la science !

Les raisons factuelles

L'agriculture biologique a une définition juridique qui prévoit un cahier des charges essentiellement constitué d'interdictions (pas de fertilisants ni de produits phytosanitaires de synthèse, pas d'OGM, pas d'hydroponie, etc.), impose seulement une obligation de moyens, mais permet des modes de production et des itinéraires variés. L'agriculture conventionnelle est, par défaut, celle qui n'est pas biologique. Les deux modes se chevauchent. On peut ainsi pratiquer une agriculture biologique intensive, ou suivre le cahier des charges de l'agriculture biologique sans être certifié, et donc sans avoir droit à la mention « bio ». Il existe dans les deux dénominations des itinéraires techniques et des niveaux d'intensification différents, se répercutant sur les qualités organoleptiques et nutritionnelles des produits.

Les raisons politiques et idéologiques

En France, le Grenelle I de l'environnement fixait, en 2007, comme objectif national 6 % de la surface agricole utile en 2012 et 20 % en 2020 en agriculture biologique. On est devenu plus réaliste entre-temps pour les surfaces, mais au profit d'un très fumeux « projet agro-écologique » [6].

L'Europe s'est aussi mise sur le mode biologique au début des années 2000. Elle a adopté en 2004 un plan d'action en vue de le développer [7]. L'action 7 avait consisté à renforcer la recherche, avec deux conséquences, une spécifique, une générale.

La spécifique est que M. Leifert – notre auteur principal – et l'Université de Newcastle ont emporté un appel d'offres et se sont retrouvés à la tête d'un projet, Quality Low Input Food (QLIF) (aliments de qualité à bas intrants), sur lequel nous reviendrons ci-dessous [8].

La générale est que se sont développées les recherches dirigées vers un objectif, en particulier celui de démontrer l'intérêt du mode de production biologique. La pression sociétale – politique et idéologique – définit donc explicitement ou implicitement les axes de recherche, les résultats attendus et la manière de les présenter. Les financements, la notoriété, l'avancement dans la carrière, etc. dépendent du « politiquement correct ». Il faut donc donner une image favorable des formes d'agriculture se distinguant de celle qui est vilipendée, dénigrée par le qualificatif « productiviste » (alors qu'elle nous nourrit...). Et c'est sans compter le formatage intellectuel des générations montantes...

Ce biais dans la recherche se traduit aussi, par conséquent, par un biais de publication.

Cette situation a de profondes ramifications. Ainsi, dans le domaine des OGM soumis aux mêmes contraintes, cela contribue au silence pesant qui règne, en France notamment, sur les mycotoxines chez le maïs, sachant qu'en parler revient inévitablement à devoir exposer à un moment ou un autre les avantages des plantes Bt, mieux protégées des contaminations que les plantes classiques.

La vraie science, celle qui se fonde sur le rationalisme, est aussi concurrencée par la science « parallèle », celle qui, au service d'une idéologie ou d'une filière économique, pose une conclusion a priori, en fonction d'un préconçu, et s'emploie ensuite à la « démontrer ».

Les questions de valeur relative des agricultures se traitent dans des milieux variés : de l'institut de recherche prestigieux et généraliste à l'obscure officine de promotion de l'agriculture biologique, en passant par l'institut plus ou moins prestigieux abritant une équipe contaminée par l'idéologie.

Trier le bon grain de l'ivraie est donc une véritable gageure.

Les raisons pratiques

Ces questions sont aussi traitées de différentes manières. On peut notamment comparer entre eux :

  • des produits collectés sur les étals, mais on n'aura eu aucun contrôle sur les conditions de culture ;
  • des produits issus d'exploitations voisines comparables, mais il restera des différences et des incertitudes ;
  • des produits issus d'un essai contrôlé, mais l'homogénéisation des conditions de culture conduit à des écarts avec la réalité du monde agricole [9].

Les biais expérimentaux

On peut penser que les scientifiques maîtrisent suffisamment bien les biais de collecte de données (par exemple, les tomates ont-elles toutes été récoltées au même stade de maturité ?). Quoique...

Que comparent les chercheurs dans leurs essais en conditions contrôlées ? Il y a des chances que se soit l'agriculture biologique idéale et idéalisée, et l'agriculture conventionnelle au mieux banale, au pire caricaturale.

Ce problème se pose, dans le cadre de cet article, tout particulièrement pour la teneur en cadmium des produits, pour laquelle la méta-analyse trouve un impressionnant et étonnant avantage à l'agriculture biologique. Le cadmium provient dans une assez large mesure des engrais phosphatés. Or l'agriculture biologique n'autorise que les phosphates naturels, plutôt riches en cadmium ; et elle est plutôt laxiste en la matière (la limite est de 90 mg/kg de P205). Mais les expérimentations sont généralement conduites sur des cultures qui n'auront reçu que des engrais organiques...

À côté de cela il existe de nombreux pièges. Citons en trois, tirés d'un excellent article de M. Joseph D. Rosen, « A Review of the Nutrition Claims Made by Proponents of Organic Food » (une revue des allégations nutritionnelles faites par les promoteurs de l'agriculture biologique) [10] :

  • Il existe une abondante littérature sur l'influence, très importante, du climat sur le sens des différences de composition que l'on constate entre produits biologiques et conventionnels. D'une année à l'autre, les différences peuvent changer de sens. On peut donc affirmer avec une certaine mesquinerie que, pour avoir le « bon » résultat, il suffit de répéter l'essai jusqu'à tomber sur la « bonne » année. Cet effet année est bien connu des amateurs de vins.
  • Une équipe de l'Université de Californie a trouvé dans des kiwis issus de l'agriculture biologique une plus grande teneur en vitamine C et composés phénoliques. En fait, ceux-ci sont concentrés dans la peau, qui était plus épaisse sur ces kiwis. Mais la peau n'étant pas consommée, la différence n'avait donc pas de réelle signification nutritionnelle... ce qui n'empêche pas la publication de se retrouver dans des méta-analyses...
  • Une équipe japonaise a comparé cinq paires de légumes-feuilles, ceux issus de l'agriculture biologique ayant été produits par utilisation de chitosan comme stimulant des défenses naturelles. Les importantes différences constatées pour certains composés ne sont pas dues au mode de production, mais à l'effet du chitosan.

L'interprétation des résultats

L'étape de l'interprétation des résultats est aussi confrontée à des défis considérables :

  • Un résultat sur la tomate, par exemple, est-il généralisable à l'ensemble des légumes, voire des denrées alimentaires ?
  • Comment combiner des résultats obtenus pour un même facteur sur plusieurs espèces cultivées pour former une image synthétique pour une catégorie de produits (les légumes par exemple), voire l'ensemble des produits ?
  • Comment combiner des résultats obtenus pour plusieurs facteurs sur une même espèce pour former une image synthétique ?
  • Et, évidemment, comment combiner les résultats obtenus sur plusieurs facteurs pour plusieurs espèces.

En résumé, le domaine est soumis à d'importants biais d'interprétation. On trouve de tout dans la littérature, la divergence des résultats et des conclusions étant en partie inévitable et en partie (mais dans quelle proportion ?) le fruit de démarches idéologiques.

Les incertitudes sous-jacentes

Et il y a une autre difficulté encore !

Constater qu'un produit issu du mode de production X contient plus d'un composé défini, ou moins, permet-il réellement de conclure à la supériorité de ce mode ? Ceci se décompose en deux questions : sommes-nous sûrs de l'effet nutritionnel et de santé du composé ? Et l'augmentation ou la diminution constatée de la teneur a-t-elle une signification nutritionnelle et de santé ?

La méta-analyse, une solution ?

Qu'est-ce ?

Confronté à une littérature divergente, comment se former une opinion ? La méta-analyse est une démarche de combinaison des résultats d'une série d'études indépendantes – au sens premier, et non postmoderne, d'indépendantes les unes des autres – pour en tirer une image globale ; en tirer des tendances, identifier les convergences et différences et leurs causes, et tout autre élément d'appréciation qui aurait échappé dans les études individuelles. Elle fait largement appel à la statistique, contrairement à l'analyse qualitative.

La version anglaise de Wikipedia [11] fournit des explications détaillées. La version française est d'une indigence crasse... reflet du problème sérieux d'acculturation scientifique de la société française. Même la version galicienne est plus détaillée...

Les difficultés et les écueils

La méta-analyse est sans conteste un outil d'acquisition de connaissances. Il faut toutefois être conscient de ses limites :

  • Elle utilise un fond documentaire existant et, sauf à les identifier et les corriger, subit les biais de publication, dont l'« effet tiroir » (les chercheurs et les revues scientifiques publient davantage sur les expériences ayant obtenu un résultat positif, les expériences soutenant l'hypothèse nulle ou n'atteignant pas le seuil de signification restant « au fond du tiroir »).
  • Elle subit aussi le risque de « garbage in, garbage out » : les publications de mauvaise qualité peuvent difficilement mener à une analyse de qualité.
  • La première étape de la méta-analyse consiste à sélectionner des publications. Même si cela se fait sur des critères objectifs, il y a un risque de biais de sélection, d'origine humaine (subjectivité ou, pire, motivation cachée, mais aussi... langue !) ou induit par les critères eux-mêmes (dans le domaine de l'agriculture, par exemple, ne retenir que les articles publiés dans des revues à comité de lecture revient à écarter la plupart de celles issues des services de vulgarisation).
  • Elle peut agréger des résultats de travaux issus de méthodes différentes (le « problème des pommes et des poires »).
  • Elle peut aussi inclure des études qui semblent indépendantes mais reposent en réalité sur le même ensemble de données, leur conférant un poids supérieur à celui qu'elles méritent.

Un peu d'histoire : à hue et à dia !

On trouve de tout dans la littérature ! Nous n'aborderons ici que quelques études emblématiques pour planter le décor. Un décor important car la méta-analyse Leifert et al. est manifestement une sorte de réponse du berger à la bergère. Annonçons la couleur : à Dangour et al.

Shane Heaton, pour la Soil Association, 2001

La Soil Association est l'entité qui promeut l'agriculture biologique au Royaume-Uni. L'étude « Organic farming, food quality and human health : a review of the evidence » (agriculture biologique, qualité des aliments et santé humaine : le point), est clairement une œuvre de commande [12].

Sir John Krebs, président de la Food Standards Agency (FSA – agence des normes alimentaires) avait en effet déclaré en août 2000 :

« Il n'y a pas aujourd'hui suffisamment d'informations pour nous permettre de dire que les produits bio sont significativement différents en termes de sécurité et de contenu nutritionnel des produits issus de l'agriculture conventionnelle. »

Il fallait donc que le résultat de l'étude réponde aux attentes du commanditaire... Pour les besoins de cette étude, l'auteur, un nutritionniste indépendant, a exclu 70 publications sur 99, au motif notamment que l'histoire des sols n'était pas connue.

L'étude prétend donc tirer sa crédibilité de sa sélectivité, alors que Leifert et al. se sont prévalus du grand nombre d'études retenues... Autres temps, autres mœurs ; ou autres moyens pour arriver aux fins.

Cette étude est intéressante par le ton fort mesuré des résultats et des recommandations. Mais nous sommes en 2001... quoique nous fussions dans la période de la vache folle, les peurs alimentaires et la technophobie n'avaient pas encore atteint la dimension ni l'impact sur la production scientifique qu'elles ont aujourd'hui. S'agissant des nutriments secondaires, il est ainsi écrit :

« La recherche commence à confirmer l'attente que l'on a des productions biologiques, à savoir qu'elles contiennent une plus grande variété et une plus grande quantité de substances naturelles autrefois connues comme métabolites végétaux secondaires ou phytonutriments. »

Et pour la première recommandation :

« Les consommateurs souhaitant améliorer leur consommation de minéraux, de vitamine C et de phytonutriments antioxydants tout en réduisant leur exposition à des résidus de pesticides potentiellement néfastes, aux nitrates, aux OGM et aux additifs artificiels utilisés dans l'industrie agroalimentaire devraient, à chaque fois que possible, choisir des aliments issus de l'agriculture biologique. »

Mais il y avait la publication et... la communication. Le Guardian a ainsi rapporté ce propos de M. Heaton, pour lequel il n'y a aucune base dans l'étude [13] :

« Les chiffres officiels montrent un déclin alarmant des niveaux de minéraux dans les fruits et légumes au cours du demi-siècle passé. »

L'indigence journalistique, le double langage de la Soil Association et les déficiences de l'étude ont fait l'objet d'une critique cinglante qui vaut d'être lue [14].

Toujours est-il que la FSA a annoncé dès la publication de l'étude qu'elle allait commander une nouvelle étude. La guerre des études britanniques a commencé...

AFSSA, 2003

Détour par la France. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA, maintenant ANSES) a produit une analyse qualitative en avril 2003, « Évaluation des risques et bénéfices nutritionnels et sanitaires des aliments issus de l’agriculture biologique » [15]. C'est une expertise couvrant un très large éventail de questions. S'agissant des « phytomicroconstituants », elle conclut :

« Par ailleurs, même s’il existe une augmentation des teneurs, comme c’est le cas pour les composés phénoliques, il n’a pas encore été démontré que cela se traduisait par une plus grande biodisponibilité et donc un effet plus protecteur. De plus, le bénéfice santé lié à la consommation plus importante de phytomicroconstituants observé dans quelques études épidémiologiques demande à être confirmé. »

Le site charlatans.info a produit un résumé de l'étude [16]. On peut aussi consulter un article publié en 2009, dans Innovations Agronomiques, par M. Denis Lairon, de l'INSERM, qui fut le président du groupe de travail de l'AFSSA et que l'on peut classer parmi les « pro-bio » [17].

Cette analyse de l'AFSSA est aussi intéressante par un morceau d'anthologie, figurant dans l'introduction, sur les difficultés auxquelles s'est heurtée l'étude :

« 3 – La troisième difficulté tient à la crainte, exprimée à de multiples reprises par les professionnels de l’agriculture biologique, qu’un rapport de cette nature puisse susciter des inquiétudes parmi les consommateurs, dès lors qu’il était évoqué des problématiques de maîtrise sanitaire, ou de vulnérabilité sur le plan sanitaire de certaines pratiques ou bien que des constats fondés sur les seules données scientifiques sous-estiment des effets positifs de l’agriculture biologique qui ne seraient pas objectivables par les études disponibles. »

Il faut que la science confirme le dogme...

Zombie (Carlo Leifert), 2007)

Fin octobre 2007, les médias britanniques ainsi que, évidemment, les sites biophiles bruissent à la nouvelle que les produits biologiques seraient plus sains [18]. Le conditionnel est de rigueur : c'était une annonce ne reposant sur aucune publication scientifique.

Pour une raison que nous n'avons pas pu déterminer, M. Carlo Leifert, à l'époque coordonnateur du projet Quality Low Input Food (QLIF) (aliments de qualité à bas intrants) [8], a cru bon de communiquer. Rappel, peut-être nécessaire à ce stade d'une si longue introduction : M. Leifert est l'auteur principal de la méta-analyse qui fait l'objet du présent billet.

Ce programme d'une durée de cinq ans (de 2004 à 2009), s'inscrivant dans le Sixième programme-cadre pour la recherche et le développement technologique, a été financé par l'Union européenne à hauteur de 12,4 millions d'euros pour un budget total de 18 millions. Il y a un résumé des résultats daté d'avril 2009 [19]. Son sous-titre est éloquent : « Advancing organic and low-input food » (promouvoir les produits de l'agriculture biologique et de celle à bas niveau d'intrants). Pour le domaine qui nous intéresse ici, une des conclusions est :

« Les allégations de santé pour les produits de l'agriculture biologique ne sont pas encore prouvées. »

Notons que le site Organic World tenu par le FiBL (Institut de recherche de l'agriculture biologique, suisse avec des antennes en Allemagne et en Autriche – partie prenante du projet QLIF) ne fait pas état de cette conclusion [20]... Quand un fait dérange, on le passe sous silence dans ce monde...

Pourtant – revenons à octobre 2007 – M. Leifert clame que, selon les résultats préliminaires du programme QLIF, les fruits et légumes issus de l'agriculture biologique contiennent 40 % de plus d'antioxydants que les contreparties conventionnelles. S'aventurant dans le domaine nutritionnel, il déclare aussi :

« Si vous avez tout juste 20 % de plus d'antioxydants dans chaque portion de légumes, alors c'est tout simplement une question de maths – manger quatre portions de fruits et légumes biologiques équivaut à manger cinq portions de fruits et légumes traditionnels. »

Comme si les bienfaits des fruits et légumes se concentraient exclusivement dans les antioxydants !

En conséquence, la Food Standards Agency britannique devait selon lui modifier ses recommandations sur les produits de l'agriculture biologique ; il s'étonna même qu'elle ne l'eût pas encore fait...

« Je me demande s'il n'y a pas des motifs politiques. »

La Soil Association met aussi la FSA en demeure. Il lui faut :

« ...admettre et reconnaître publiquement les bénéfices nutritionnels des aliments produits selon des systèmes bien conduits d'agriculture biologique ».

Un autre site, Angrymoms, reproduit un article paru dans le Sunday of London. Les maths de M. Leifert sur les portions de fruits et légumes s'adressent à une population plus ciblée : les enfants et leurs mères [21] :

« Si vous avez juste 20 % de plus d'antioxydants et que vous ne pouvez en donner cinq par jour, alors vous pourrez être du bon côté avec quatre. »

Même les services de l'Union européenne chargés de la recherche (CORDIS) se sont excités sur cette annonce [22]. Mais personne n'a assuré le suivi et vérifié si l'annonce n'était pas de l'esbroufe.

Et, avec le passage du temps, l'annonce devient encore plus tonitruante. Les produits bio seraient même 300 % meilleurs que les conventionnels [23] !

Charles (Chuck) Benbrook et al., 2008

À l'époque conseiller scientifique de l'Organic Center états-unien, M. Charles Benbrook a publié en mars 2008, avec quatre co-auteurs, un document au titre explicite, « New Evidence Confirms the Nutritional Superiority of Plant-Based Organic Foods » (de nouvelles preuves confirment la supériorité des aliments d'origine végétale issus de l'agriculture biologique) [24].

C'est clairement un document de promotion de l'agriculture biologique, conformément à la mission implicite de l'Organic Center, mais il est remarquablement bien fait. Les institutions de recherche « traditionnelles », ainsi que l'industrie, devraient du reste s'interroger sur les moyens qu'ils mettent en œuvre pour faire leur propre effort de vulgarisation.

Les auteurs sont partis de la littérature peer-reviewed publiée après 1980 et ont retenu 97 études fournissant 236 comparaisons bio-conventionnel scientifiquement valides. Ils précisent qu'ils estiment que leur méthode de tri a rempli son rôle de sélection des données de la plus haute qualité mais reconnaissent – avec honnêteté – qu'il y a d'autres méthodes pour atteindre cet objectif de qualité.

Ils exposent aussi les difficultés des comparaisons, ainsi que les écueils, mettant leurs résultats en perspective (même si cela ne transparaît pas forcément dans le résumé et les recommandations). L'information est donnée, et ce, dans des parties opportunément intitulées, par exemple, « key caveats » (mises en garde essentielles) et « methodological issues in comparing nutrient levels in organic and conventional foods » (problèmes méthodologiques des comparaisons de niveaux de nutriments dans les aliments bios et conventionnels).

S'agissant des polyphénols et des antioxydants, ils ont trouvé que les trois quarts environ des 59 échantillons bios en contenaient davantage que les échantillons conventionnels. Ils ajoutent dans le résumé :

« Augmenter l'ingestion de ces nutriments est un objectif vital pour l'amélioration de la santé publique car les doses journalières ingérées d'antioxydants et de polyphénols sont inférieures de plus de la moitié aux doses recommandées. »

Cette conclusion est-elle recevable sur la base des résultats ? On se fera son jugement à partir des tableaux 5.3 et 5.4 du document sur l'amplitude des différences en faveur du bio ou du conventionnel, respectivement (au fait, pourquoi deux tableaux ?).

Sur les 44 résultats en faveur du bio pour le total des composés phénoliques, le pouvoir antioxydant total, la quercétine et le kaempferol – des résultats peut-être liés en partie –, la moitié se trouve sous la barre des 20 % de différence. Selon le tableau 5.6, les différences moyennes s'étagent de 1,05 (soit 5 %) à 1,24, la quercétine émargeant à un facteur 2,40 (grâce à une étude biaisée du fait de l'utilisation du chitosan – voir ci-dessus).

Ce document a bien sûr produit une avalanche d'articles encenseurs d'une presse béate et niaise, ainsi que des nombreux sites et blogs favorables à l'agriculture et l'alimentation biologiques. Les critiques sont difficiles à trouver. Est-ce parce que la vraie science n'y a pas prêté attention ? Il est vrai que le document de l'Organic Center n'a pas été publié dans une revue scientifique à comité de lecture... Ou est-ce parce que l'altermonde est expert pour faire apparaître ses productions en tête des résultats de recherche sur la toile ?

M. Rosen a produit deux critiques [25] [26]. En 2010, il écrivait :

« Et, tout comme la Soil Association [Shane Heaton], l'Organic Center a ignoré les résultats qui lui déplaisaient. » [10]

Alan Dangour et al., 2009

Une méta-analyse qui a laissé une trace durable – eh oui, elle est en anglais... – est celle de Dangour et al., « Nutritional quality of organic foods: a systematic review » (qualité nutritionnelle des aliments issus de l'agriculture biologique : une revue systématique), publiée en 2009 dans The American Journal of Clinical Nutrition [27]. C'est le résumé d'une étude plus détaillée établie par une équipe de la London School of Hygiene & Tropical Medicine pour le compte de la Food Standards Agency (FSA) [28]. Partant de 52.471 articles publiés après 1957 (en anglais ou avec un résumé en anglais...), les auteurs ont identifié 162 études, dont 55 de qualité satisfaisante, toutes postérieures à 1990. Ils ont étudié onze paramètres.

« Conclusions : Sur la base de l'examen systématique des études de qualité satisfaisante, il n'y a pas de preuves d'une différence dans la qualité nutritionnelle entre les denrées alimentaires produites par la voie biologique ou la voie conventionnelle. Les petites différences détectées sont biologiquement plausibles et se rapportent dans la plupart des cas à des différences dans les méthodes de production. »

Cette étude a évidemment suscité l'ire des promoteurs (pas tous...) et des adeptes du bio. M. Dangour a essuyé une bordée d'insultes [29].

M. Peter Melchett, directeur des politiques de la Soil Association, a dit [30] :

« Je suis en colère et déconcerté. Nous nous attendions vraiment à ce que la FSA rapporte des faits. [...] Je pense que ceci est scandaleux. »

Et prédit [29] :

« Il est dans la nature de la science que la mauvaise science ne dure pas et je suis convaincu que c'est de la mauvaise science. »

M. Charles Benbrook a accusé la FSA de « minimiser les résultats positifs en faveur des produits biologiques » en utilisant des données « de très vieilles études » et en omettant les mesures de « quelques nutriments importants » [30].

« Diet and Nutrition: Next Course in Organic Debate » (régime alimentaire et nutrition : le prochain plat du débat sur les produits biologiques) fait le lien entre cette étude et celle de Benbrook et al. [31]. Curieusement, M. David C. Holzman rapporte que Benbrook et al. avaient trouvé 80 % de plus de pouvoir antioxydant sur les produits bios (c'est 24 % dans la publication – le comité de rédaction a été attentif...).

Selon cet article, M. Benbrook reproche aussi à l'étude Dangour de ne pas avoir exigé que les variétés soient les mêmes dans les comparaisons et que les sols aient été cultivés en biologique pendant un certain nombre d'années. Sur le premier point, la réponse de M. Dangour n'est pas convaincante : « En général, je me rappelle, la plupart des études comparaient les mêmes variétés. »

M. Lairon a critiqué cette étude dans un communiqué publié sur le site du Comité interne en agriculture biologique de l'INRA [32]. Curieux procédé, qui assure la quasi-confidentialité des critiques, alors que M. Benbrook a produit, en plus de ses commentaires dans la presse, une lettre à l'éditeur [33].

M. Lairon reproche principalement à l'article dans AJCN de ne pas refléter correctement l'étude, ce qui revient essentiellement à contester les critères de sélection des sources de données :

« Avec une telle variabilité (espèces, teneurs) et un nombre aussi limité d’études, la probabilité de mettre en évidence des différences globales entre produits bio et conventionnels était extrêmement faible, et en effet l’article publié dans Am J Clin Nutr sur les seules 55 études conclu à une absence de différence à quelques détails mineurs près, pour les produits végétaux ou animaux. C’est cela, et seulement cela, dont a fait état la presse. »

Il note aussi :

« Le tableau de synthèse sur l’évaluation des données obtenues à partir des 162 études initialement sélectionnées montre pour les produits végétaux (Tableau 2, page 19), des teneurs supérieures en composés phénoliques et flavonols (anti-oxidants), en magnésium, en zinc, et en matière sèche et moins d’azote dans les produits bio. [...] Ces données sont en fait très comparables à celles de notre rapport de l’AFSSA, dans lequel, par une méthodologie d’évaluation différente, nous observions des tendances à plus de matière sèche, de magnésium et de fer dans les produits végétaux bio [...]. »

Il est difficile de juger : le document détaillé ne contient pas d'indication chiffrée sur l'ampleur des différences. Mais les différences que M. Lairon met en avant sont tirées de l'ensemble des études, et, sauf pour l'azote, le phosphore et l'acidité titrable ne se retrouvent pas dans les études de bonne qualité.

Ce commentaire de M. Lairon est aussi intéressant par le dérapage final vers un discours politique fortement chargé d'idéologie et d'émotionnel, mais on laissera le lecteur le découvrir.

On trouve une digression similaire dans une autre lettre à l'éditeur, de M. Donald L. Gibbon [34]. M. Dangour a répondu sans ambages : son étude est le fruit d'une commande, à laquelle il s'est tenu [35].

Alan Dangour et al., 2010

L'équipe Dangour a produit une nouvelle étude en 2010, également publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition [36]. « Nutrition-related health effects of organic foods: a systematic review » (effets sur la santé liés à la nutrition des aliments issus de l'agriculture biologique) est aussi un résumé d'un document plus détaillé [37].

Elle repose sur 12 études (huit portant sur des études sur l'humain, dont six essais cliniques, une étude de cohorte et une étude transversale) et quatre études sur des lignées de cellules animales et humaines. Elle aboutit à la même conclusion : pas de supériorité du bio.

Crystal Smith-Spangler et al., 2012

L'étude Dangour a montré qu'il ne faisait pas bon s'attaquer à une idéologie et, il faut le dire, à des intérêts économiques bien organisés et médiatiquement puissants. Trouver une absence de preuve de supériorité de l'agriculture biologique est déjà un blasphème. « Are Organic Foods Safer or Healthier Than Conventional Alternatives?: A Systematic Review » (les aliments issus de l'agriculture biologique sont-ils plus sûrs et nutritionnellement meilleurs que leur contrepartie conventionnelle ? Une revue systématique) a subi un meilleur sort.

Cette étude de Smith-Spangler et al. a été publiée en septembre 2012 dans les Annals of Internal Medicine [38]. Conclusion tirée de 17 études sur des humains et 223 sur les teneurs en nutriments et contaminants de denrées alimentaires :

« La littérature publiée manque de preuve forte que les aliments issus de l'agriculture biologique sont significativement plus nutritifs que les aliments conventionnels. La consommation d'aliments issus de l'agriculture biologique peut réduire l'exposition aux résidus de pesticides et aux bactéries résistantes à des antibiotiques. »

Conclusion mesurée...

Le jour même de la publication, M. Benbrook, passé entre-temps au Center for Sustaining Agriculture and Natural Ressources de l'Université de l'État de Washington, publie des « réflexions préliminaires » [39]. L'étude est évidemment biaisée à son goût. Mais peut-être faut-il extraire ceci :

« Pour la plupart des gens, se tourner simplement vers des fruits et légumes, ou des produits laitiers ou de la viande, issus de l'agriculture biologique, ne devrait pas, en l'absence d'autres changements dans les choix et le régime alimentaires, produire des améliorations cliniquement significatives de leur santé [...]. »

Ne serait-ce pas se tirer une balle dans le pied ?

En fait, de nombreux commentateurs se sont attachés à extraire de l'étude les points en faveur de l'agriculture biologique, notamment sur la question de l'exposition aux pesticides. Ainsi M. Tom Philpott de Mother Jones [40]. L'Organic Trade Association va même jusqu'à titrer : « Stanford research confirms health benefits driving consumers to organic » (la recherche de Stanford confirme les bénéfices de santé menant les consommateurs vers le bio) [41].

La différence de traitement des études Dangour et Smith-Spangler est plutôt remarquable. On peut penser que c'est parce que le monde favorable au bio aux États-Unis d'Amérique a pu trouver des arguments en sa faveur et qu'il a estimé que ses intérêts n'étaient pas le mieux servis par une controverse. L'étude Dangour s'inscrivait en revanche dans le contexte d'une controverse acerbe au Royaume-Uni.

INRA, 2013

Que penser de la situation en France ?

Il faut terminer ce panorama fort incomplet par l'étude « Vers des agricultures à hautes performances » entreprise par l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), sous la direction de M. Hervé Guyomard, pour le Commissariat général à la stratégie et à la prospective et publiée en septembre 2013 [42]. Son volume 1 analysait les performances de l’agriculture biologique.

Il est impossible de résumer cette expertise collective d'une très grande minutie. Sauf à dire... qu'elle a déplu à un bonne centaine de chercheurs qui ont trouvé que la description de l'agriculture biologique n'était pas suffisamment favorable à celle-ci et qui, par conséquent, ont réclamé par une lettre du 20 décembre 2013... le retrait du document [43].

Au lieu de renvoyer les signataires à leurs paillasses ou à leurs études, la direction de l'INRA a préféré – peut-être sous la pression politique – engager le dialogue, par une lettre du 10 janvier 2014, accompagnée tout de même d'une réponse circonstanciée en cinquante pages [44].

Cela s'est passé en toute discrétion. Puis quelqu'un a estimé utile ou nécessaire de vendre la mèche. Il n'est pas anodin que le cirque médiatique ait été orchestré – en février 2014 – par l'intermédiaire de Reporterre.

Mais le plus important est ailleurs : 128 scientifiques – dont des directeurs de recherche et des professeurs – ont estimé que si la science n'était pas à leur convenance, il fallait la supprimer !

LA MÉTA-ANALYSE

Les auteurs

Une équipe issue du programme QLIF et une étude précontrainte

Dix-huit auteurs pour une méta-analyse ? C'est que cette publication est en quelque sorte une œuvre posthume du projet Quality Low Input Food (QLIF) [8], que nous avons déjà rencontré dans la première partie. Un programme dans lequel l'Union européenne a mis 12,4 millions d'euros et qui avait conclu à ceci en avril 2009 [19] :

« Les allégations de santé pour les produits de l'agriculture biologique ne sont pas encore prouvées. »

Le rapport final résumé est bien plus positif dans la base de données du Service Communautaire d'Information sur la Recherche et le Développement (CORDIS), et ce, malgré une absence patente de littérature citée à l'appui des allégations s'agissant des productions végétales [45]. C'est du lourd :

« Les résultats ont montré que les méthodes biologiques de production alimentaire se traduisaient par :

a) des niveaux plus élevés de composés désirables sur le plan nutritionnel (par exemple vitamines/antioxydants et acides gras polyinsaturés tels que oméga-3 et acide linoléique conjugué) ;

b) des niveaux moindres de composés indésirables sur le plan nutritionnel tels que les métaux lourds, les mycotoxines, les résidus de pesticides et les glycoalcaloïdes dans une série d'espèces ou le lait ;

c) un risque moindre de rejet de salmonelles fécales chez le porc.

Ces bénéfices nutritionnels ont été liés à des pratiques agronomiques particulières qui sont prescrites par les normes de l'agriculture biologique. Des études pilotes ont montré que ces différences de composition peuvent se traduire par des bénéfices de santé mesurables dans un système modèle expérimental avec des rats. Des études futures sont nécessaires pour en savoir davantage sur les interactions complexes entre les modes de production et les bénéfices pour la santé. »

À croire qu'il existe, en matière d'information scientifique, un canal A, pour les scientifiques, et un canal B, pour les politiques et les bureaucrates bruxellois...

Le programme s'était conclu par un congrès tenu à Antalya (Turquie) du 22 au 25 avril 2009. Le site dédié se limite maintenant à une page du comité d'organisation appelant à discuter du congrès dont les documents... ont disparu de la toile [46] !

Mais il reste une évaluation en marge :

« Cette conférence restera marquée dans l'histoire comme aidant le monde à éviter des atteintes personnelles sérieuses causées par l'alimentation, les normes industrielles, la supervision gouvernementale, et la fierté du corps, de l'esprit et de l'âme » (traduction littérale car c'est du charabia).

Ce n'est certes pas là l'analyse des auteurs de la méta-analyse... mais tout de même...

La méta-analyse est donc une œuvre étonnante, puisqu'elle apporte en 2014 les preuves (alléguées) qui manquaient en 2009, malgré les efforts déployés dans le cadre du programme... Elle est aussi le fruit d'une contrainte : pas question de se déjuger !

Des auteurs très engagés...

L'altermonde et les tenants des sciences « parallèles » sont friands des « conflits d'intérêts ». Bien évidemment si – et seulement si – la publication ne leur convient pas : l'auteur – ou un seul auteur, cela suffit – a ou est supposé avoir des liens d'intérêt avec la méchante industrie... et la publication est irrémédiablement mise au pilori.

Il convient de se pencher sur les liens d'intérêt des auteurs de la méta-analyse, ne serait-ce que pour leur rendre la pareille, sans pour autant succomber au délire de l'autodafé, car la valeur d'une publication s'estime sur la base de la seule publication. Mais ce qui est motif de rejet catégorique pour eux sera pour nous une alerte rouge.

M. Carlo Leifert. – M. Leifert, l'auteur principal de la méta-analyse que nous avons déjà rencontré dans la première partie, et coordinateur du projet QLIF, annonce en fin d'article qu'il possède des terres agricoles, exploitées conventionnellement, en Allemagne et une petite ferme, exploitée en bio, en Grèce. Cette information – qui n'a pas été donnée dans d'autres articles – peut être considérée comme de la provocation.

M. Leifert est en fait professeur d'« agriculture écologique » et dirige le Nafferton Ecological Farming Group [47]. Qu'est-ce que l'agriculture écologique [48] ?

« C'est une agriculture en harmonie avec la nature, qui utilise des techniques et des programmes de sélection [breeding] qui ne reposent pas sur des engrais chimiques solubles, des pesticides ou des herbicides, ou des modifications génétiques artificielles » (on peut aussi lire, hommage aux ambiguïtés permises par la langue anglaise et à l'incurie des auteurs : « ...des engrais, pesticides ou herbicides chimiques solubles » – sachant qu'en fait, « pesticide » est au singulier dans le texte original).

Être payé pour professer selon cette ligne philosophique, n'est-ce pas constitutif d'un conflit d'intérêts ?

De 1999 à 2009 (ce qui couvre le projet QLIF...), M.Leifert a été consultant pour TESCO, le plus grand vendeur de produits bio du Royaume-Uni. Ça doit être aussi grave que le fait que M. Richard Goodman, celui par qui les malheurs de M. Séralini sont paraît-il arrivés, ait été un employé de Monsanto neuf ans avant de devenir éditeur associé de Food & Chemical Toxicology. Il a aussi présenté des exposés devant la Soil Association, l'entité britannique qui fait la promotion de l'agriculture biologique. Ça doit être aussi grave que le fait que M. Goodman en ait présenté devant l'ILSI, cette association invariablement présentée comme un lobby...

L'information est difficile à trouver, mais l'« agriculture écologique » à la mode de l'Université de Newcastle doit beaucoup à TESCO, qui y a installé M. Leifert comme professeur et créé un Tesco Centre for Organic Agriculture dont l'adresse est à... Nafferton Farm et dont le directeur est... M. Leifert [10] [49].

Cette fonction est-elle moins importante que la propriété de terres agricoles ?

M. Leifert a aussi des opinions bien arrêtées sur les OGM. Il est un des premiers signataires de la « déclaration » de l'ENSSER – signée à ce jour par rien moins que 297 scientifiques (ayant ou non des compétences dans le domaine) et « scientifiques » (comme une certaine Vandana Shiva) – selon laquelle il n'y a pas consensus sur la sécurité des OGM [50].

Il a également signé la pétition de soutien à M. Séralini « End science censorship » et la lettre ouverte de Independent Science News [51].

Il s'est aussi associé à des activistes notoires – dont M. John Fagan et Mme Claire Robinson – pour produire « Roundup and birth defects – Is the public being kept in the dark? » (Roundup et malformations congénitales – le public est-il maintenu dans le noir) pour le compte d'Earth Open Source en vue d'influencer la réévaluation du glyphosate [52].

N'y a-t-il pas là manifestation d'une opinion susceptible d'influencer les travaux menés dans le domaine qui nous intéresse ?

M. Charles Benbrook. – Nous avons déjà rencontré M. Benbrook dans la première partie en tant qu'auteur d'une étude de la littérature concluant à la supériorité des produits de l'agriculture biologique et en tant que critique de méta-analyses ne concluant pas à cette supériorité. De 2004 à 2012, il fut conseiller scientifique de l'Organic Center – une entité chargée de la promotion de l'agriculture biologique aux États-Unis d'Amérique, sous le couvert d'une mission d'information scientifique qui ne trompe guère. Depuis août 2012, il est professeur-chercheur (« research professor ») au Center for Sustaining Agriculture and Natural Ressources de l'Université de l'État de Washington.

Selon la grille de lecture de l'altermonde et des tenants des sciences « parallèles », M. Benbrook est affligé d'un biais en faveur de l'agriculture biologique de nature à le disqualifier pour une méta-analyse sur ce sujet. « Aucune autorisation de plante GM tolérant un herbicide ne devrait être accordée en Europe » a-t-il par exemple écrit en octobre 2012 dans une œuvre de commande pour Greenpeace, prédisant une augmentation de... 800 % de l'utilisation du glyphosate à l'horizon 2025 si on autorisait le maïs, la betterave sucrière et le soja HT [53].

M. Benbrook n'a pas été impliqué dans le projet QLIF d'après le rapport final [45]. Il apparaît toutefois dans un papier non publié de Leifert et al. [54]. Onze auteurs de dix institutions différentes pour une courte revue de la littérature ! Nous sommes dans un système dans lequel on chasse en meute...

M. Urs Niggli. – M. Niggli est le directeur du FiBL, l'Institut de recherche de l'agriculture biologique suisse. À ce titre, il est payé pour faire la promotion de l'agriculture biologique (et biodynamique). C'est aussi un des grands noms de l'agriculture biologique dans le monde.

M. Niggli a aussi été le coordinateur académique du projet QLIF [19].

...et d'autres qui le sont moins, ou pas du tout

Il serait fastidieux d'éplucher les CV de tous les auteurs et de cribler les sites témoignant d'intérêts particuliers, voire de partis pris. Mais voici tout de même deux exemples d'auteurs qui .

Mme Ewa Rembiałkowska. – Professeure à la Faculté de nutrition humaine et de sciences de la consommation de l'Université des sciences de la vie de Varsovie, Mme Rembiałkowska est très impliquée dans le monde de l'agriculture biologique [55].

Mais elle a (co-)signé au moins deux publications plutôt mesurées sur les bénéfices nutritionnels et de santé des produits de l'agriculture biologique [56].

Elle a signé la déclaration de l'ENSSER [50].

M. Philippe Nicot. – M.Nicot est chercheur à l'unité de pathologie végétale INRA d'Avignon, son axe de recherche portant notamment sur le développement de solutions de biocontrôle et de stratégies de protection intégrée. C'est – apparemment – à ce titre qu'il évolue dans les milieux de l'agriculture biologique, sans y être exclusivement. Il est en particulier le secrétaire du conseil d'administration du GRAB, le Groupe de Recherche en Agriculture Biologique. Il est aussi président de la section ouest paléarctique de l'Organisation Internationale de Lutte Biologique et Intégrée (OILB), laquelle n'est inféodée à aucun système de production [57].

...alors, sont-ils « indépendants » ?

Chacun se fera son opinion !

Toutefois, la liste des publications consultées et, le cas échéant, retenues pour la méta-analyse montre que les auteurs ont été plutôt sélectifs à leur propre égard (par exemple trois publications seulement de M. Leifert) [58]. Cela témoigne d'une certaine manière de leur lucidité sur les résultats du programme QLIF.

Le financement et les autres appuis

Une transparence... quelque peu opaque...

La méta-analyse est essentiellement un exercice sur la littérature. Celle de Smith-Spangler et al., de 2012, avait été réalisée sans financement, une bourse d'étude mise à part [38]. Ce n'est pas le cas de la méta-analyse examinée ici qui aurait coûté la bagatelle de 316.000 euros [59].

Leifert et al. annoncent clairement deux sources de financement, ce qui se démarque du célèbre auteur d'une étude dépubliée puis republiée sur des rats... L'Union européenne aurait donc apporté sa contribution dans le cadre du projet QLIF (rappel : il s'est terminé en avril 2009...). Le complément – ainsi qu'un soutien technique – a été apporté par le Sheepdrove Trust, selon une phrase bizarrement rédigée. En effet, le Sheepdrove Trust est aussi remercié pour les « "méta-analyses de données sur la composition d'aliments bio et conventionnels" » (les guillemets internes sont des auteurs) [1].

Le Sheepdrove Trust :

« ...appuie les initiatives qui augmentent la durabilité, la biodiversité et l'agriculture biologique, par exemple la recherche en matière de production des semences et de nutrition. Le Trust appuie également des travaux particuliers dans le domaine de la recherche en éducation et l'accompagnement spirituel des vivants et des mourants. » [60]

Une étrange association d'objectifs qui n'est pas sans susciter une comparaison avec une controverse qui a permis à un illustre chercheur français de se dépeindre en victime d'un acharnement médiatique...

Quoi qu'il en soit, les auteurs affirment que le Trust a fourni les fonds sans conditions et qu'il n'a exercé aucune influence sur la conception et la gestion du projet de recherche, ni sur la rédaction de publications à partir des résultats [1].

M. Leifert a répondu à des critiques, y compris sur le financement [61]. Une réponse qui ne peut que nous laisser sceptiques...

...une contribution de la Soil Association...

Les premiers remerciements sont toutefois allés à Lord Peter Melchett, directeur des politiques de la Soil Association, déjà rencontré dans la première partie. M. Melchett avait été invité à faire un examen critique du manuscrit pour s'assurer que les auteurs avaient couvert toutes les informations et publications à la disposition du « principal organe du secteur de l'agriculture biologique au Royaume-Uni », et pour obtenir un retour d'information sur les principaux résultats et conclusions de l'article. M. Melchett n'aurait pas proposé de modifications importantes du manuscrit.

On peut légitimement s'étonner...

...alors, les auteurs sont-ils « indépendants » ?

Mme Marion Nestle, professeur de nutrition, d'études alimentaires et de santé publique à l'Université de New York – qu'on ne peut certainement pas suspecter de connivence avec l'industrie (elle affirme manger bio) – a écrit à propos de la non-ingérence alléguée du Sheepdrove Trust :

« ...c'est exactement le cas des études financées par, disons, Coca Cola. C'est une coïncidence extraordinaire que les résultats des études sponsorisées concluent presque invariablement dans le sens des intérêts des sponsors. Et c'est vrai des résultats que j'aime comme de ceux que je n'aime pas. » [62].

Chacun se fera son opinion !

Une recherche sous le lampadaire ?

Limitation pratique ou choix ?...

Par définition, une méta-analyse ne peut qu'exploiter le fond documentaire existant ; elle est circonscrite au domaine qui a été éclairé par les recherches précédentes. Il n'est donc pas étonnant que les auteurs se soient penchés sur les antioxydants et les pesticides : ce sont des thèmes qui ont été labourés dans tous les sens par la recherche – en partie intéressée – sur l'agriculture biologique. Sur et pour : dans les deux cas, le sens commun suggérait, d'une part que l'on trouvât des différences et, d'autre part, que ces différences fussent en faveur de l'agriculture biologique.

A-t-on dès lors cherché sous le lampadaire par obligation – la partie peu éclairée n'apportant pas assez de données – ou par choix – avec l'objectif de présenter l'agriculture biologique sous un éclairage favorable ?

Chacun se fera son opinion !

...mais un titre et un résumé biaisés...

Il se trouve que la publication présente surtout les aspects favorables à l'agriculture biologique et adopte la perspective de celui qui veut démontrer sa supériorité. Le titre en témoigne.

Mais la publication contient bien plus d'informations – confortées par les informations complémentaires [58] – que ne le laissent entendre le titre et le résumé. Tel est le cas pour les minéraux autres que le cadmium, qui font l'objet d'un paragraphe à la limite du compréhensible.

...et un voile pudique jeté sur certaines différences...

Les auteurs pouvaient difficilement balayer certaines informations essentielles sous le tapis des informations complémentaires. Il en est ainsi pour les teneurs en protéines et acides aminés, et en fibres. Elles sont à l'avantage de l'agriculture conventionnelle ainsi qu'il ressort de la figure 3.

Mais ces différences sont insuffisamment mises en valeur dans le texte.

...alors, l'étude est-elle objective ?

Chacun se fera son opinion.

Mais on trouve ici un problème récurrent des études sur des sujets controversés auxquels l'opinion publique est sensible : elles n'apportent pas seulement une information scientifique (qu'il reste à évaluer), mais sont aussi rédigées de manière à servir de base pour une action médiatique. Il suffit du reste de comparer les titres des articles : laudateurs de l'agriculture biologique dans les cas Benbrook et al. et Leifert et al. (mais pas Heaton), neutres dans les autres.

Une analyse a priori fiable...

Une méthodologie bien expliquée...

Il est indéniable que les auteurs ont soigneusement expliqué leur méthodologie ainsi que les raisons de leurs choix.

L'ensemble du matériau de base est aussi décrit dans les informations complémentaires. Cela contraste du reste avec un autre chercheur bien connu qui a prétendu que ses données de base étaient trop volumineuses pour être publiées...

...et des résultats a priori honnêtement présentés

Il n'y a aucune raison a priori de douter des résultats présentés. En tout cas, aucun commentateur scientifique n'a fait état d'erreurs ou, plus grave, de fraudes sur les calculs et les chiffres.

Le tableau 1 est particulièrement intéressant. Il présente leur jugement global pour 36 paramètres (en partie liés) en termes d'importance de l'effet mesuré, d'incohérence (de dispersion) des données, de précision des données, de biais de publication et de fiabilité globale.

Pour l'activité antioxydante – que l'on peut considérer comme représentative de la première affirmation du titre – ils rapportent un effet modéré, une incohérence (donc une cohérence) moyenne des données, une précision faible, une absence de biais de publication et une fiabilité globale moyenne.

Pour le cadmium, c'est : un effet modéré, une incohérence moyenne des données, une précision moyenne, un biais de publication moyen et une fiabilité globale moyenne

La fiabilité n'est jugée bonne que pour trois paramètres, le TEAC (Trolox Equivalent Antioxidant Capacity) pour un effet faible et les flavones et flavonols, et les flavonols considérés isolément, pour un effet important.

Elle est moyenne pour 19 paramètres et faible pour 14.

Cette évaluation pose inévitablement la question du ton général de l'article et, surtout, de son exploitation médiatique a f: liabilité globale des résultats n'est pas à la hauteur des affirmations péremptoires.

...mais avec un défaut majeur : la largesse pour le matériau de base...

Les auteurs se félicitent en quelque sorte d'avoir réalisé leur méta-analyse sur la base de 343 publications peer-reviewed (alors que Dangour et al. n'avaient retenu que 55 études pour onze paramètres). Certaines publications ayant été présentées au 3e Congrès QLIF, en mars 2007 à Hohenheim (Allemagne), on se permettra d'émettre un doute sur le peer reviewed. Mais c'est somme toute un détail.

La communication à ce sujet ayant été quelque peu floue, il faut aussi préciser que les différents paramètres ont été examinés sur la base d'un sous-ensemble de ces publications. Dans le cas des pesticides, c'est ainsi dix publications selon la description de la méthodologie, onze selon le texte de l'article (nous n'en avons repéré que neuf dans les informations complémentaires).

Mais le problème le plus important est que la décision de retenir un grand nombre de publications est une tare pour la méta-analyse car, forcément, on retient aussi des publications de valeur douteuse, voire franchement mauvaise pour les besoins de la méta-analyse. Selon le mode opératoire décrit par les auteurs, ils n'ont finalement exclu que les études qui ne fournissaient pas de données comparatives sur les deux modes de production, dont les données n'étaient pas exploitables, ou dont les données doublonnaient avec celles d'autres études.

« Comparison of the Nutritive Quality of Tomato Fruits from Organic and Conventional Production in Poland », de Hallmann et Rembiałkowska [63] nous fournit un exemple simple. Il s'agissait d'une comparaison entre deux fermes. Mais elles étaient distantes de 60 km et l'une était sur un sol léger, limono-sableux, et l'autre sur un sol lourd, argileux. Qu'a-t-on dès lors comparé ? L'influence des modes de production, ou du sol ? Et la fertilisation était-elle équivalente ?

Les auteurs ont aussi donné, dans les informations complémentaires, la liste des espèces cultivées entrant dans la méta-analyse. Quelle a été la contribution aux résultats finaux de, par exemple, l'acerola, l'ail, le basilic, le houblon, la marjolaine, la noix de coco, le persil, la roquette, la sarriette, etc. ?

Le problème inverse est de savoir si toutes les publications pertinentes ont été prises en compte. Pour cela, il faudrait faire une recherche bibliographique.

...et avec un autre défaut majeur : l'étroitesse du matériau de base...

Cela peut paraître contradictoire !

Le problème est particulièrement bien illustré par le cas du cadmium. Les auteurs ont trouvé une concentration – de « cadmium toxique » selon le résumé – en moyenne inférieure de 48 % dans les aliments bio. C'est a priori très surprenant.

Le cadmium provient du sol, éventuellement de la pollution, des boues d'épuration, des effluents d'élevage et principalement des engrais phosphatés. Les boues sont interdites en agriculture biologique, et, en matière d'engrais phosphatés, celle-ci ne peut que recourir aux phosphates naturels ; lesquels sont souvent riches en cadmium, contrairement aux phosphates traités et purifiés. La dynamique du cadmium dans les sols et les plantes n'est pas entièrement connue [64]. Mais on s'attend à ce qu'il n'y ait pas de grandes différences entre les deux modes de culture. C'est ce que tend à montrer, par exemple, un document de la Direction générale de l'alimentation (DGAL) [65].

Pourquoi, alors, cette différence dans les résultats ? La méta-analyse a laissé de côté un important fond documentaire en ne retenant essentiellement que les articles publiés dans des journaux à comité de lecture. Et les quelques études retenues ne sont probablement pas représentatives de la réalité des deux modes de production. En particulier, lorsque l'on compare conventionnel et bio, va-t-on apporter des phosphates naturels au segment bio ? Improbable.

Il semble aussi que cette différence de -48 % soit le fruit d'une différence positive, défavorable au bio, pour les légumes et d'une différence négative bien plus grande pour les céréales. En d'autres termes, changez le mix de cultures et vous obtenez un résultat différent.

...et les pesticides, quel intérêt ?

Quel intérêt y avait-il à éplucher une littérature scientifique bien maigre – dix ou onze publications selon l'article, dont neuf déjà utilisées par Smith-Spangler et al. – pour conclure, en résumé, que « la fréquence de la présence de résidus de pesticides a été quatre fois supérieure dans les cultures conventionnelles » ?

Les auteurs ont donc fourni une information binaire (présence ou absence de résidus), sans aucun détail sur la nature des pesticides, ni sur les teneurs en cause. Pour ces dernières, les auteurs précisent que les publications ne permettent pas de comparaisons robustes. Pourquoi alors avoir communiqué sur les pesticides ? Par ailleurs, ils n'ont pas obtenu de données sur les céréales, les oléagineux et les légumineuses.

En outre, mais ce n'est pas dit, les recherches de pesticides se font quasi exclusivement sur ceux qui sont utilisés en agriculture conventionnelle. Il y a donc un biais qu'il est impossible d'évaluer (du reste, les données compilées par l'EFSA souffrent du même biais).

S'il fallait trouver un intérêt à ce segment de la méta-analyse, ce serait pour souligner que, mesurée à l'aune des fréquences de résidus, la performance de l'agriculture biologique est bien décevante !

Des conclusions hasardeuses sinon injustifiées

Le canal scientifique et le canal médiatique

« Beaucoup de ces composés [antioxydants] ont été liés à des risques réduits de maladies chroniques, y compris les maladies cardiovasculaires et les maladies neurodégénératives et certains cancers, dans des études sur les interventions dans la diététique et épidémiologiques. » [1]

Cette affirmation du résumé est exacte. Mais, dans son contexte, c'est une subtile suggestion de supériorité nutritionnelle et de santé des produits de l'agriculture biologique. L'énumération d'affections médiatiquement « à la mode » est très significative... Et la phrase suivante traite des pesticides et du « cadmium toxique », en s'ouvrant par « en outre » (« additionally »).

On pourra rétorquer que l'article se termine par des considérations sur la nécessité de développer des protocoles standardisés pour les études comparatives de composition des aliments ; qu'il souligne l'existence de lacunes dans une grande partie des études publiées ; que, se référant à Smith-Spangler et al. :

« ...il y a un besoin urgent d'études bien contrôlées d'interventions humaines dans les régimes alimentaires ou de cohortes pour identifier/quantifier les incidences potentielles sur la santé humaine de la consommation de produits biologiques par rapport aux conventionnels. »

Il se trouve tout simplement que le résumé, souvent le seul lu par les faiseurs d'opinion (si tant est qu'ils lisent), n'en fait pas état.

Des interprétations tendencieuses

En résumé, les auteurs ont trouvé des teneurs plus élevées en acides phénoliques (19 %), flavanones (69 %), stilbènes (28 %), flavones (26 %), flavonols (50 %) et anthocyanines (51 %). Mais c'est avec une fiabilité globale moyenne, sauf pour les flavonols.

Mais ce n'est qu'une partie du problème !

Les auteurs ont noté, entre autres, que les taux de protéines étaient moindres en agriculture biologique. Davantage d'antioxydants vaut-il la perte en protéines sur le plan nutritionnel ?

Les auteurs « expliquent », en se fondant curieusement sur d'autres études plutôt que leurs propres chiffres :

« La signification/pertinence nutritionnelle des concentrations légèrement moindres en protéines et acides aminés dans les cultures bio pour la santé humaine est vraisemblablement faible, les régimes européens et nord-américains fournissant typiquement assez ou même trop de protéines et d'acides aminés essentiels. De plus, alors que quelques études concluent que la teneur en protéines des régimes alimentaires européens et nord-américains est trop élevée et que cela contribue à l'incidence croissante du diabète et de l'obésité, d'autres études ont rapporté qu'augmenter la consommation de protéines peut être une stratégie pour prévenir l'obésité. C'est pourquoi les concentrations moins élevées en protéines et en acides aminés trouvées dans les aliments bio n'ont probablement pas d'impact significatif sur la nutrition et la santé. »

Curieusement ? Peut-être pas ! Les auteurs ont – curieusement ? – omis de chiffrer la perte en protéines

Des « concentrations légèrement moindres » ? La diminution est « forte » selon leur tableau 1 (sauf erreur de 15 %).

Leurs considérations plutôt confuses témoignent de leur gêne. Et d'un biais ! Et quand on sait que beaucoup de végétariens mangent bio, en ayant du mal à trouver les protéines nécessaires, elles posent la question de leur pertinence...

Une étude hémiopique

Par ailleurs, la méta-analyse n'aborde pas d'autres questions pertinentes, en particulier celle de la présence de métabolites de la plante (alcaloïdes...) ou de micro-organismes (mycotoxines...) connus pour leur effet négatif sur la santé. D'autres auteurs se sont penchés sur l'ensemble de la question, y compris dans des études de la littérature. Une conclusion [66] :

« ...il devient difficile de justifier des allégations générales dans le sens d'une plus-value des légumes et des pommes de terre bio par rapport au conventionnel. »

Un bénéfice pour les antioxydants ?

Y a-t-il un avantage nutritionnel et de santé dans un régime qui serait plus riche en antioxydants – statistiquement car, évidemment, personne ne peut contrôler les teneurs des produits achetés en faisant ses courses ? On peut, au minimum, se montrer sceptique.

Et retourner l'argument déployé pour les protéines : quel intérêt si les régimes sont déjà saturés ?

Le Pr Tom Sanders, chef de la division du diabète et des sciences de la nutrition, École de médecine, King's College de Londres, souligne en particulier l'insuffisance des connaissances en la matière, dans un commentaire sur la méta-analyse [67]. Si on a conclu à un lien entre consommation de fruits et légumes et diminution des risques de cancer, les données manquent pour le rôle des antioxydants et des composés phénoliques ; et les polyphénols inhibent l'absorption des métaux et sont considérés comme antinutritionnels.

De surcroît, les dernières recherchent suggèrent que les antioxydants ne préviennent pas le cancer mais peuvent au contraire l'accélérer [68].

Un bénéfice pour le cadmium ?

Les auteurs ont trouvé une concentration de cadmium – de « cadmium toxique » selon le résumé –en moyenne inférieure de 48 % dans les aliments bio. Mais ils notent dans le texte qu'il est difficile d'estimer les bénéfices exacts d'une réduction de l'absorption du cadmium via la consommation de produits bio.

En fait, l'exposition au cadmium à travers l'alimentation est généralement faible et ne pose pas de problème de santé, l'EFSA étant cependant moins catégorique que les instances états-uniennes [69].

Les auteurs ont fait l'effort louable d'avancer une série de considérations sur les différences de teneur en cadmium. Ils concluent, à juste titre, qu'il faudrait davantage d'études pour mieux comprendre les facteurs agronomiques, pédo-climatiques et génétiques sous-tendant les différences.

Mais c'est implicitement reconnaître que la différence mesurée n'est, au mieux, que partiellement due au mode de production. On peut dès lors aussi considérer que le titre de l'article – exact s'agissant des résultats bruts – manque de retenue s'agissant des résultats interprétés à l'aune des connaissances actuelles.

Un bénéfice pour les pesticides ?

La méta-analyse se réduit à une analyse binaire sur la présence ou l'absence de résidus de pesticides autorisés dans le mode de culture conventionnel, à l'exclusion donc des pesticides autorisés dans le mode biologique, et ce, sur la base d'un nombre très limité d'études publiées dans des revues scientifiques.

Autorisés en agriculture biologique ? Ou utilisés sans autorisation. Il est notoire que certains produits ne bénéficiant pas d'une autorisation de mise sur le marché en tant que produit phytosanitaire sont vendus en France à d'autres fins théoriques [70]. Que certains produits « naturels » sont connus pour être dangereux ; la roténone, par exemple, est impliquée dans la maladie de Parkinson ; le neem est un perturbateur endocrinien. La France vient d'autoriser provisoirement un produit à base d'azadirachtine (le composant principal de l'huile de neem) sur pommier avec des conditions d'emploi drastiques et un délai avant récolte (DAR) de... 42 jours [71]. Les résidus de tels produits sont rarement recherchés.

La méta-analyse n'apporte rien de neuf ; si ce n'est une démonstration de la capacité de certains chercheurs à s'enfermer dans leur tour d'ivoire en se concentrant sur les publications de leur sérail et en négligeant l'extraordinaire fond documentaire que constituent notamment les contrôles de résidus de pesticides effectués par les services officiels.

Trouver un avantage de santé à consommer bio, c'est aussi prétendre que les autorités responsables de la santé – dans le monde entier – sont au mieux négligentes, au pire complices d'une atteinte à la santé des populations. Il est temps que cette paranoïa cesse, sauf, évidemment, à documenter les atteintes.

LA COMMUNICATION

La propagande à la mode Leifert

Pourquoi s'être penché si longuement sur une méta-analyse qui, au final, n'apporte pas grand chose ? C'est que, comme beaucoup d'œuvres de la science – la vraie ou la parallèle – portant sur des thèmes qui agitent la société, elle a fait l'objet d'un tapage médiatique. Un tapage organisé par l'auteur principal lui-même [72].

Cela se passe (presque) de commentaires :

« Dans une récente étude, une équipe internationale d'experts dirigée par l'Université de Newcastle au Royaume-Uni a prouvé que les cultures et les aliments à base de plantes cultivées en Agriculture Biologique (AB) contiennent jusqu'à 60 % de plus d’antioxydants clés que ceux produits en agriculture conventionnelle.

Une analyse de 343 études sur les différences de composition entre les cultures biologiques et conventionnelles a permis aux chercheurs de constater que le passage à une consommation de fruits, légumes et céréales bio, et d'aliments à base de ces produits, pourraient fournir un complément en antioxydants équivalent à une consommation supplémentaire de 1 à 2 portions de fruits et légumes par jour. »

Les communicants institutionnels n'ont pas résisté à la tentation de citer un gros chiffre (ce n'est cependant pas le plus élevé). Ni à celle de donner une dimension nutritionnelle et de santé à l'étude.

Ils sont pourtant restés mesurés. Dans une étude précédente à laquelle M. Leifert avait participé, les auteurs avaient osé estimer l'augmentation de l'espérance de vie issue de l'adoption d'une alimentation bio ; ils avaient postulé pour ce faire qu'une augmentation de 12 % de la teneur en composés biologiquement actifs dans le bio – bien modeste par rapport aux 60 % revendiqués pour la méta-analyse, certes pour les seuls antioxydants – était équivalente à une augmentation de 12 % de la consommation de fruits et légumes. Résultat : 17 jours pour les femmes, 25 jours pour les hommes [73] !

Aujourd'hui, M. Leifert conclut prudemment sur la nécessité d'études nutritionnelles. Comme on l'a vu, il s'agit de la reprise de l'opinion de Smith-Spangler et al., formulée en 2012. Il se trouve qu'une étude de cohorte de... 623.080 femmes britanniques suivies sur 9,3 années a été publiée fin avril 2014. Résultat :

« Dans cette grande étude prospective, il y a eu peu ou pas de diminution de l'incidence des cancers associée à la consommation de produits bio, excepté peut-être pour le lymphome non hodgkinien. » [74]

Cette étude n'est pas citée. Peut-on penser qu'elle était trop récente pour être prise en compte ? Toujours est-il que toute prudence est abandonnée dans le communiqué de presse s'agissant de la comparaison entre les deux modes de production :

« Le débat sur la comparaison entre AB et agriculture conventionnelle a grondé pendant des décennies maintenant, mais les données de cette étude montrent sans équivoque que les aliments issus de l'AB sont plus riches en antioxydants et moins contaminés par des métaux toxiques et des pesticides. »

« [S]ans équivoque » ? Quel mensonge à la lumière de l'appréciation des auteurs eux-mêmes sur la fiabilité globale de leurs résultats !

La prudence était du reste déjà perdue sur la question nutritionnelle. Mangez bio ! Propos également de M. Leifert :

« [L'étude]porte aux consommateurs de nouvelles informations importantes par rapport à celles disponibles jusqu'à présent qui étaient contradictoires dans de nombreux cas et ont été souvent source de confusion. »

Les médias critiques...

L'annonce tonitruante a été suivie au Royaume-Uni et aux États-Unis d'Amérique, comme il se doit, par la collecte des avis de spécialistes. Le Science Media Center en a publié quatre le jour même [67], ainsi qu'une appréciation générale [75].

Les médias et de nombreux bloggueurs de ces deux pays ont publié des articles nuancés, présentant les avis des uns et des autres, certains s'étant fait fort critiques des conclusions de M. Leifert. Le Guardian – tendance très verte – titre : « Clear differences between organic and non-organic food, study finds » (une étude trouve des différences nettes entre les produits bio et conventionnels), mais cite un critique et fait état de certaines limitations [76]. Le Telegraph est bien plus tranché : « New study to split opinion on organic food » (une nouvelle étude divisera les opinions sur les produits bio) [77]. Quant à la BBC, « Study sparks organic foods debate » (une étude lance la polémique sur les produits bio ») plante le décor dès les premiers paragraphes [78].

Parmi les blogs, Geneticliteracyproject a été le plus direct : l'étude prétendant que les produits bio sont plus nutritifs est bourrée de défauts [79].

...et les médias paresseux

Et dans la France frappée de léthargie estivale ? L'esprit critique – la déontologie journalistique pour tout dire – a été aux abonnés absents. Même au Figaro généralement critique sur ce genre de sujets [80]...

Le Monde [81] et le Figaro ? C'était publié le 22 et le 29 juillet 2014, soit 11 et 18 jours après les communiqués initiaux. Et ils n'ont pas eu la présence d'esprit de vérifier ce qu'on pensait de la méta-analyse...

Mais on finira par une grave question : qu'y a-t-il de plus choquant, le billet de Générations futures, la petite entreprise de M. François Veillerette, qui trouve que « l’alimentation biologique [...] ne contient pas de résidus de pesticides » – alors que la méta-analyse en trouve justement, mais quatre fois moins en fréquence [82] – ou le Quotidien du médecin, dont l'effort intellectuel a été nul (voir aussi les commentaires) [83].

La meilleure nouvelle, c'est peut-être encore que, la France étant en vacances, la très modeste contribution à l'avancement des connaissances que constitue la méta-analyse de Leifert et al. n'ait reçu qu'une modeste attention.

LA SCIENCE ET LA POLITIQUE INTERPELLÉES

Ausser Spesen nichts gewesen (1) ?

Superbe formule germanique : des dépenses, sinon rien.

La méta-analyse de Leifert et al. comporte trois volets :

  • Sur le volet de la composition nutritionnelle des aliments, elle n'apporte rien au paysage scientifique que l'on ne sache déjà : la composition des aliments varie en fonction des méthodes de culture et on peut dégager certaines tendances différenciant les modes biologique et conventionnel, sans qu'il soit possible d'en déduire dans tous les cas des effets nutritionnels et de santé ; et sachant – ce que la méta-analyse omet de préciser – que les modes de production varient considérablement et se chevauchent d'une manière générale (le bio intensif n'a plus les vertus prêtées à une agriculture biologique idéalisée) ou sur un facteur de production pertinent (l'irrigation, par exemple).
  • Sur le volet des pesticides, elle enfonce une porte ouverte : ce serait péché si la fréquence de détection de résidus de produits phytosanitaires autorisés en mode conventionnel n'était pas moindre sur les produits de l'agriculture biologique. Mais elle s'abstient de conclure : la performance de l'agriculture biologique n'est pas à la hauteur des attentes.
  • Sur le volet du cadmium, elle produit une affirmation au mieux douteuse... et tend à démontrer la faiblesse méthodologique de la méta-analyse.

Tout ça, donc, pour 316.000 euros [59] dont une partie – combien ? – de fonds publics communautaires.

Much ado about nothing ?

Alors, beaucoup de bruit pour rien ? Ce serait une erreur de le croire.

La méta-analyse – et surtout la communication orchestrée par M. Leifert et l'Université de Newcastle – a fait du bruit médiatique, certes temporaire, mais ayant laissé des scories dans la médiasphère et surtout le cyberespace. Elles remonteront à la surface pendant des années.

Cette permanence de – osons le qualificatif – la désinformation est renforcée par le fait que la méta-analyse s'inscrit dans une polémique britannique périodiquement ressuscitée. Cette situation résulte en grande partie de la chronologie des événements, mais on peut se demander s'il n'y a pas eu une intention de détourner le projet QLIF pour alimenter la controverse entre la Soil Association et la Food Standards Agency.

Sur le plan scientifique, la méta-analyse est appelée à un grand succès, bien qu'on puisse la ranger aux frontières de la science parallèle, et en tout cas dans la catégorie de l'alterscience à objectif politique. Qui pourra, à l'avenir, produire une étude sur un aspect particulier de la question de la qualité nutritionnelle des aliments sans la citer ? Et sans se positionner par rapport à elle ? Cela se fera souvent au détriment d'études plus sérieuses.

Dans quelque temps se déploieront aussi les manœuvres politiques, sinon politiciennes, aux objectifs louables ou inavouables. Elles seront facilitées par le label « UE » que confère l'inscription posthume de la méta-analyse dans le projet QLIF.

Ausser Spesen nichts gewesen (2) ?

La méta-analyse pose en dernière analyse la question plus fondamentale de l'utilisation des fonds publics européens. L'Union européenne a mis 12,4 millions d'euros dans un projet dont la production scientifique a été très faible et peu originale, et aussi partiale. C'est l'avis de MM. Léon Guéguen et Gérard Pascal, auteurs de « Le point sur la valeur nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique », une mise à jour de l'étude de l'AFSSA de 2003, s'agissant de la valeur nutritionnelle des aliments [84]. En fait ce n'est guère mieux pour les autres domaines.

Cette production a aussi alimenté cinq congrès, dont trois organisés en parallèle avec des événements dédiés à l'agriculture biologique. En définitive, le projet QLIF a été une subvention déguisée à la promotion d'une filière agricole. Et plus particulièrement à un club de chercheurs et d'institutions de recherche œuvrant à l'appui de cette filière.

La méta-analyse Leifert et al. en est la dernière manifestation.

Wackes Seppi

_______________

[1] Marcin Baranski, Dominika Srednicka-Tober, Nikolaos Volakakis, Chris Seal, Roy Sanderson,

Gavin B. Stewart, Charles Benbrook, Bruno Biavati, Emilia Markellou, Charilaos Giotis, Joanna Gromadzka-Ostrowska, Ewa Rembiałkowska, Krystyna Skwarło-Sonta, Raija Tahvonen, Dagmar Janovska, Urs Niggli, Philippe Nicot, Carlo Leifert

http://csanr.wsu.edu/m2m/papers/organic_meta_analysis/bjn_2014_full_paper.pdf

[2] http://old.eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:31991R2092:FR:HTML

[3] http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/32007r0834_internet_cle8a2897.pdf

[4] http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32006R1924&from=FR

[5] http://agriculture.gouv.fr/l-agriculture-biologique

[6] http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/040214-ProgrammeBio-BD_cle0ad8d8.pdf

[7] http://ec.europa.eu/agriculture/organic/eu-policy/european-action-plan/2004/index_en.htm

Avec liens.

[8] http://www.qlif.org/

[9] Voir par exemple sur ce site :

http://www.imposteurs.org/article-agriculture-biologique-un-fibl-bien-faible-par-wackes-seppi-96151754.html

[10] http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1541-4337.2010.00108.x/full

[11] http://en.wikipedia.org/wiki/Meta-analysis

[12] http://www.soilassociation.org/LinkClick.aspx?fileticket=cY8kfP3Q%2BgA%3D&

[13] http://www.theguardian.com/uk/2001/aug/07/research.medicalscience

[14] http://www.sirc.org/articles/double_standards.shtml

[15] https://www.anses.fr/sites/default/files/documents/NUT-Ra-AgriBio.pdf

[16] http://www.charlatans.info/bio.shtml

[17] http://orgprints.org/15494/1/38-Lairon.pdf

Que penser de cette déclaration, sinon que M. Lairon évolue aux frontières de la science :

« Le développement annoncé de l’AB est une opportunité unique à saisir pour développer la recherche participative et multidisciplinaire, de l’amont à l’aval de la filière. Une exemple remarquable en est le projet intégré européen Quality Low Input food (QLIF, 2004-08), associant 30 laboratoires et destiné à développer une telle approche multidisciplinaire pour optimiser les systèmes de production alimentaire biologiques et à faible niveau d'intrants (www.qlif.org). Le fait que l’agriculture biologique puisse notablement contribuer à la sécurité alimentaire mondiale a été récemment reconnu par la FAO, qui a de ce fait proposé des recommandations pour la recherche et le développement (El-Hage Scialabba, 2007). »

Le document cité, émanant d'une fonctionnaire, ne contient en aucun cas des recommandations de la FAO.

[18] Par exemple :

http://news.bbc.co.uk/2/hi/health/7067100.stm

http://www.theguardian.com/science/2007/oct/29/organics.sciencenews

http://www.dailymail.co.uk/news/article-490255/Organic-food-really-IS-better-claims-study.html

http://www.organicpathways.co.nz/household/story/608.html

[19] http://www.qlif.org/Library/leaflets/folder_0_small.pdf

La date est donnée, verticalement, dans la marge de droite sur la dernière page.

[20] http://www.organic-world.net/news-organic-world.html?&tx_ttnews%5Btt_news%5D=43&cHash=cf9082e9b504c9fedee4124aa7b261fe

[21] http://angrymoms.org/pdf/better_organic.pdf

[22] http://cordis.europa.eu/news/rcn/28607_en.html

[23] http://returntofood.com/2007/11/20/funding-the-bloody-obvious-organic-is-superior/

[24] Charles Benbrook, Xin Zhao, Jaime Yáñez, Neal Davies, Preston Andrews

http://organic-center.org/reportfiles/Nutrient_Content_SSR_Executive_Summary_2008.pdf

http://organic-center.org/reportfiles/NutrientContentReport.pdf

Tableaux synthétiques :

http://organic-center.org/reportfiles/Nutrient%20Density_Matched_Pairs_Supplemental_Info.pdf

[25] Organic Food Study Is Flawed, Conclusions Unsupported by Science

http://news.heartland.org/newspaper-article/2008/11/01/organic-food-study-flawed-conclusions-unsupported-science

[26] Claims of Organic Food’s Nutritional Superiority: A Critical Review

https://secure.martinsolutions.com/~opca/pdfs/insight/organics/20080723_claimsoforganic.pdf

[27] Alan D Dangour, Sakhi K Dodhia, Arabella Hayter, Elizabeth Allen, Karen Lock, and Ricardo Uauy, Nutritional quality of organic foods: a systematic review,

http://ajcn.nutrition.org/content/early/2009/07/29/ajcn.2009.28041.abstract?maxtoshow=&HITS=10&hits=10&RESULTFORMAT=&fulltext=organic&searchid=1&FIRSTINDEX=0&sortspec=relevance&resourcetype=HWCIT

[28] http://multimedia.food.gov.uk/multimedia/pdfs/organicreviewappendices.pdf

[29] http://www.independent.co.uk/life-style/food-and-drink/news/organic-food-debate-boils-over-1767911.html

[30] http://www.slate.com/articles/health_and_science/green_room/2009/08/are_organic_veggies_better_for_you.html

[31] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2897221/

[32] https://www7.inra.fr/comite_agriculture_biologique/media/accueil/actualites/communique_denis_lairon_qualite_des_produits_bio

[33] Charles Benbrook, Donald R Davis, Preston K Andrews, Methodologic flaws in selecting studies and comparing nutrient concentrations led Dangour et al to miss the emerging forest amid the trees

http://ajcn.nutrition.org/content/90/6/1700.full

[34] Nutrient content not a primary issue in choosing to buy organic foods

http://ajcn.nutrition.org/content/90/6/1699.full

[35] Alan D Dangour, Elizabeth Allen, Karen Lock, and Ricardo Uauy, Reply to DL Gibbon and C Benbrook et al.

http://ajcn.nutrition.org/content/90/6/1701.full

[36] Alan D Dangour, Sakhi K Dodhia, Arabella Hayter, Elizabeth Allen, Karen Lock, Ricardo Uauy

http://ajcn.nutrition.org/content/92/1/203.long

[37] http://multimedia.food.gov.uk/multimedia/pdfs/organicreviewreport.pdf

[38] Crystal Smith-Spangler, Margaret L. Brandeau, Grace E. Hunter, J. Clay Bavinger, Maren Pearson, Paul J. Eschbach, Vandana Sundaram, Hau Liu, Patricia Schirmer, Christopher Stave, Ingram Olkin, Dena M. Bravata

http://annals.org/article.aspx?articleid=1355685

http://media.dssimon.com/taperequest/acp75_study.pdf

[39] Initial Reflections on the Annals of Internal Medicine Paper “Are Organic Foods Safer and Healthier Than Conventional Alternatives? A Systematic Review”

http://www.tfrec.wsu.edu/pdfs/P2566.pdf

[40] http://www.motherjones.com/tom-philpott/2012/09/five-ways-stanford-study-underestimates-organic-food

[41] http://www.organicnewsroom.com/2012/09/stanford_research_confirms_hea.html

[42] http://www.strategie.gouv.fr/blog/wp-content/uploads/2013/10/rapport-INRA-pour-CGSP-VOLUME-1-web07102013.pdf

[43] Tempête à l’INRA autour d’un rapport sur l’agriculture biologique

http://www.reporterre.net/spip.php?article5402

Reporterre publie en exclusivité la liste des 126 scientifiques critiquant le Rapport INRA sur l’agriculture biologique

http://www.reporterre.net/spip.php?article5467

Rapport INRA : voilà comment il a été saboté par les partisans de l’agriculture productiviste

http://www.reporterre.net/spip.php?article5466

[44] Le rapport partial de l’INRA sur l’agriculture bio : les politiques s’en mêlent

http://www.reporterre.net/spip.php?article5428

[45] http://cordis.europa.eu/result/rcn/51626_en.html

[46] http://www.tubitak-food2009.org/

Les documents issus du programme QLIF sont en principe versés à Organic Eprints. Le FiBL tient une archive des documents revus par les pairs :

http://www.fibl.org/de/themen/lebensmittelqualitaet-sicherheit/fibl-projekte/qlif/qlifpeerreviewedpapers.html#c5553

[47] http://www.ncl.ac.uk/energy/people/profile/carlo.leifert

[48] http://www.nefg-organic.org/ecological-farming/

[49] http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/1354787/Prince-Charles-helps-Tesco-in-organic-food-venture.html

[50] http://www.ensser.org/fileadmin/user_upload/French_ENSSER_Statement_no_scientific_consensus_on_GMO_safety_LV.pdf

http://www.ensser.org/media/0713/

http://www.ensser.org/fileadmin/user_upload/First_signatories_to_the_statement_no_scientific_consensus_on_GMO_safety_131022.pdf

Comme quoi on peut être, par exemple, géographe ou astronome à la retraite et se considérer comme un des « scientifiques, médecins, académiciens et experts des disciplines relevant des aspects liés à l’évaluations [sic] scientifique, légale, sociale et sanitaire des organismes génétiquement modifiés (OGM) ».

[51] http://www.endsciencecensorship.org/en/page/Statement#signed-by

http://www.independentsciencenews.org/health/seralini-and-science-nk603-rat-study-roundup/

[52] http://www.earthopensource.org/files/pdfs/Roundup-and-birth-defects/RoundupandBirthDefectsv5.pdf

[53] http://www.greenpeace.org/international/Global/international/publications/agriculture/2012/438-Benbrook-Report-Summary.pdf

[54] http://www.orgprints.org/13379/

[55] http://www.owwz.de/fileadmin/user_upload/POLEN-Seite/Events/Rembialkowska.pdf

[56] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1573521411000054

http://www.researchgate.net/publication/227732962_Quality_of_plant_products_from_organic_agriculture/file/79e41509792513f357.pdf

Voir aussi :

http://cdn.intechopen.com/pdfs-wm/40656.pdf

[57] http://leplus.nouvelobs.com/philippe-nicot

http://www.iobc-wprs.org/people/cv_nicot_philippe.html

[58] http://csanr.wsu.edu/m2m/papers/organic_meta_analysis/bjn_2014_supplemental_data.pdf

[59] http://organic-center.org/uncategorized/newcastle-study-q-a/

[60] http://opencharities.org/charities/328369

[61] https://docs.google.com/document/d/1plRQtM5d9HZGV9OWb0BKGDfUfthUHxp5KjzBmlG6i0w/edit

[62] http://www.foodpolitics.com/2014/07/are-organic-foods-more-nutritious-and-is-this-the-right-question/

[63] http://orgprints.org/9944/1/Hallmann__P_Final_tomato_Hohenheim_2007.pdf

[64]http://www.pleinchamp.com/grandes-cultures/actualites/les-engrais-phosphates-principale-source-d-accumulation-de-cadmium-dans-le-sol

[65] http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/D37-1.pdf

[66] Par exemple : A literature‐based comparison of nutrient and contaminant contents between organic and conventional vegetables and potatoes, Hoefkens, C., Vandekinderen, I., De Meulenaer, B.; Devlieghere, F., Baert, K., Sioen, I., De Henauw, S., Verbeke, W., Van Camp J., British Food Journal, 111 (10), 1078‐1097, 2009.

https://biblio.ugent.be/input/download?func=downloadFile&recordOId=822235&fileOId=906573

[67] http://www.sciencemediacentre.org/expert-reaction-to-study-comparing-the-nutritional-content-of-organic-and-conventional-foods/

[68] http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMcibr1405701

[69] http://www.epa.gov/osw/hazard/wastemin/minimize/factshts/cadmium.pdf

http://extoxnet.orst.edu/faqs/foodcon/cadmium.htm

http://www.efsa.europa.eu/de/efsajournal/doc/980.pdf

http://www.efsa.europa.eu/fr/efsajournal/doc/2551.pdf

[70] https://www.youtube.com/watch?v=VVeowXl1HVo

Il va de soi que M. Romain Juthier a reçu une volée de bois vert pour avoir osé dire et montrer la vérité...

[71] http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

Chercher Neemazal-T/S

[72] http://www.ncl.ac.uk/press.office/press.release/item/new-study-finds-significant-differences-between-organic-and-non-organic-food

Version française du FiBL :

http://www.fibl.org/fr/medias/archives-medias/archives-medias14/communique-medias14/article/une-nouvelle-etude-met-en-evidence-des-differences-significatives-en-matiere-de-sante-entre-les.html

[73] Agroecosystem Management and Nutritional Quality of Plant Foods: The Case of Organic Fruits and Vegetables, K. Brandt, C. Leifert, R. Sanderson & C. J. Seal

http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/07352689.2011.554417#.U-3IMsV_sud

[74] Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom, K E Bradbury, A Balkwill, E A Spencer, A W Roddam, G K Reeves, J Green, T J Key, V Beral, K Pirie and The Million Women Study Collaborators

http://www.nature.com/bjc/journal/v110/n9/full/bjc2014148a.html

[75] http://www.sciencemediacentre.org/nutritional-content-of-organic-and-conventional-foods/

[76] http://www.theguardian.com/environment/2014/jul/11/organic-food-more-antioxidants-study?utm_content=buffer8de23&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

[77] http://www.telegraph.co.uk/health/healthnews/10962499/New-study-to-split-opinion-on-organic-food.html

[78] http://www.bbc.com/news/science-environment-28270803

[79] http://www.geneticliteracyproject.org/2014/07/15/study-claiming-organic-food-more-nutritious-deeply-flawed-say-independent-scientists/

[80] http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/07/29/22639-antioxydants-pesticides-bio-sort-lot

[81] http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/07/22/les-fruits-et-legumes-bio-plus-riches-en-antioxydants_4461076_3244.html

[82] http://www.generations-futures.fr/bio/des-differences-significatives-entre-les-aliments-biologiques-et-non-biologiques/

[83] http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/sante-publique/le-bio-c-est-meilleur-pour-la-sante-selon-une-revue-de-343-etudes

[84] http://www.com-agri.fr/documents/NutritionDietetique.pdf

Voir aussi la présentation :

http://www.com-agri.fr/documents/LeonGueguen.pdf

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 17:39

Article mis à jour le 21/07/2014

Peu connue du grand public, Sauvons le climat est une association qui considère que « la /consommation sans frein des énergies fossiles provoque, via les gaz à effet de serre, un réchauffement climatique dont les conséquences s’annoncent redoutables. » (1). Comme son nom l’indique, faisant écho aux si nombreux sauveurs de la planète, elle a fait sienne la mission de préserver le climat et l ’ « avenir des générations futures ». Elle se distingue toutefois des organisations environnementalistes technophobes et nucléophobes , et défend fermement l’énergie nucléaire, dont le poids en France fait du celle-ci un des pays développés les moins émetteurs de CO2.

Jusqu’à présent, SLC n’avait à notre connaissance jamais exprimé la moindre divergence ni la moindre réserve sur les rapports du GIEC et son traitement du réchauffement climatique. Les « climatosceptiques » sont traités très rudement , et le site de l’association laisse passer des commentaires d’une extrême violence où l’on propose d’envoyer Courtillot et Allègre à Cayenne. Rien de très étonnant lorsqu’on sait que le prestigieux conseil scientifique de SLC comporte parmi ses membres Michel Petit, membre de l’académie des Sciences et ancien expert français du GIEC. De ce fait, les erreurs ou (supposées) manipulations des climatosceptiques sont vigoureusement dénoncées, tandis que l’affaire de la fonte des glaciers de l’Himalaya d’ici 2035 (2) sont analysées avec une candeur certaine par le même Michel Petit (3), dont les propos en public sont parfois surprenants. Ainsi, selon lui, l’optimum climatique médiéval n’aurait existé qu’en France (4)!

Le communiqué du 15 juin 2014 est d’autant plus surprenant (5). Qui a rédigé le rapport du groupe 3 du GIEC se demande l’association ? Diable ! Se pourrait-il donc qu’il s’agisse d’autres chose que d’un groupe d’experts chargés de faire le point sur l’état de la connaissance en matière de stratégies permettant de « limiter le changement climatique » ? La neutralité et l’intégrité du GIEC, jusqu’à présent, n’avait jusqu’à présent jamais été mises en doute par SLC, y compris lors du rapport spécial de 2011, où un scénario délirant (6) laissait entrevoir la possibilité de produire 77% de l’énergie primaire mondiale d’ici 2050 à partir d'énergies renouvelables(7).. Qui avait rédigé ce rapport ?, aurait également pu demander SLC à l’époque. Parmi les auteurs, Sven Teske de Greenpeace, co-inventeur de ce scénario avec Christine Lins de l’EREC, syndicat professionnel de l’énergie renouvelable(8).

Mais cette fois-ci, le GIEC est allé trop loin, et SLC s’insurge contre « la tonalité anti-nucléaire » du résumé pour les décideurs. S’exprimant dans une tonalité très chevènementiste (ou dupont-aignantiste), l’association s’est donc penchée sur la nationalité des auteurs du rapport :

« Il y a 3 co-présidents dans le GR3, un Cubain, un Allemand (Ottmar Edenhofer), un malien. Parmi les 6 vice-présidents il y a un Britannique, un Italien mais aucun Français.

Le rapport du GRIII contient évidemment la liste des auteurs. On peut alors juger du « rapport des forces ». Et la surprise est amère. Pour les 16 chapitres du rapport on compte 8 auteurs travaillant dans des institutions ou universités françaises à comparer à 73 auteurs allemands ! Si on limite le décompte aux auteurs principaux on trouve 5 français travaillant dans des institutions ou universités françaises à comparer à 27 allemands. La contribution allemande n’est dépassée que par celle des USA avec 49 auteurs. Le Royaume Uni en compte 14, les Pays Bas et l’Italie 9 chacun.

Certains chapitres sont particulièrement importants.

Le chapitre 6 traite de l’évaluation des trajectoires de transformation (Assesment of Transformation Pathways). Pour 1 français (Jean Charles Hourcade), on compte 13 allemands.

Le chapitre 7 traite des systèmes énergétiques : aucun français (où est passé EDF ?) , 8 allemands.

Le chapitre 16 traite des questions de coûts d’investissement et de finances : aucun français, 3 allemands.

L’annexe 3 traite des coûts spécifiques des technologies et des performances : pas de français, 5 allemands.

Parmi les rédacteurs du résumé pour décideurs (SPM) on compte un français travaillant pour l’OCDE et un autre travaillant à l’université de Princeton, pour 16 allemands. Aucun français travaillant dans une institution française.

Pour le Groupe I les auteurs français du résumé pour décideurs étaient au nombre de 4 pour 6 allemands. »

En somme, si on comprend bien, trop d’allemands, et pas assez de français, aux yeux de SLC ! En principe, la composition d’une équipe d’experts ne devrait être jugée qu’au regard de la compétence de ceux-ci et de leur complémentarité, et non pas en fonction de leur nationalité. Doit-on comprendre que le fait d’être allemand altère l’objectivité de l’expertise ? Que le point de vue d’un expert allemand diffère par nature de celui d’un expert français, et que ceux-ci sont là pour défendrre les options stratégiques de leurs états respectifs ? Ce serait l’aveu qu’on n’est plus dans la science ! C’est bien l’opinion de SLC, qui considère par conséquent qu’on doit passer respecter un équilibre des représentations nationales pour que des points de vue inconciliables puissent s’exprimer de façon équilibré :

« Il existe actuellement des différences de stratégies importantes entre pays, selon qu’ils envisagent ou non de sortir du nucléaire en recourant plus longtemps à l’usage de combustibles fossiles pour la production d’électricité. Les deux stratégies sont illustrées par celles de la France et de l’Allemagne. On pouvait donc espérer que les deux choix possibles seraient exprimés de façon équitable au sein du GRIII. (..) »

La « sous-représentation » française dans le GR3 est-elle le résultat d’un « complot allemand » ou de l’incurie du ministère de l’écologie française ? Le communiqué de SLC vire au chauvinisme douteux et belliqueux : «La faible représentation de la France dans le Groupe III était-elle délibérée ? Ou bien résulte-t-elle d’un dysfonctionnement du Ministère de l’Écologie (en 2008-2009) chargé de fournir une liste d’auteurs possibles au GIEC ? Quoiqu’il en soit, cette faiblesse de la contribution française est un scandale et exige que la lumière soit faite pour comprendre comment elle a pu être possible ».

Le mot est lâché : un scandale, le premier que SLC entrevoit au GIEC. Sur certains points, l’association a raison : la tonalité du résumé est bien anti-nucléaire, et on peut se demander avec elle :

« Comment peut-on dénoncer les risques des mines d’uranium et ne pas dire un mot sur ceux des mines de charbon ?

Comment parler de risques opérationnels du nucléaire sans dire un mot de ceux des industries du gaz, des barrages hydroélectriques, de l’exploitation de la biomasse etc.

Pourquoi taire que jamais un programme militaire n’a été la conséquence d’un programme civil préexistant.

Les déchets nucléaires sont contrôlés et confinés contrairement aux gaz, poussières et déchets solides produits par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. »

Mais d’autre part, si on peut concevoir que les points de vue adoptés correspondent effectivement aux choix énergétiques (catastrophiques (9)) de l’Allemagne, on devrait se contenter de pointer les faiblesses et la partialité du rapport du GR3 du GIEC, et surtout ne pas lui opposer un rééquilibrage diplomatique, plus de français pour contrebalancer l’influence germanique.

La réaction de SLC est un bel aveu , et une concession involontaire aux critiques du GIEC: contrairement à l’image que certains veulent en donner, le GIEC n’est pas un organisme neutre, qui se borne à faire le point sur l’état des connaissances en matière de climat, mais il est au carrefour de la science et de la politique qui font rarement bon ménage . Comme l’explique Michel Petit , « une première version est soumise à la revue par des experts du domaine abordé, désignés par les états-membres et par les organisations non gouvernementales (ONG) concernées par le changement climatique, qui ont un statut d’observateur. Certaines de ces ONG sont d’obédience écologiste, d’autres représentent les vues des pétroliers et des autres lobbies de producteurs d’énergie. Toutes les sensibilités sont donc présentes et, de plus, la liste des experts n’est pas fermée : toute remarque scientifique est prise en compte, quel qu’en soit l’auteur ». (10). Toutes les sensibilités, comme si la vérité scientifique était une question de « sensibilité » ! Tout cela ressemble, à s'y méprendre, à un plaidoyer en faveur de la "science citoyennne"...

SLC semble donc avoir enfin compris où peut mener la prise en compte de ces « sensibilités » : des lobbies économiques, politiques et/ou idéologiques qui se livrent à des jeux d’influence. La tonalité anti-nucléaire du rapport du GR3 en est une illustration. L’affaire des glaciers de l’Himalaya en est une autre (11).

Mais réclamer une représentation équitable (avec en toile de fond, une germanophobie à peine dissimulée), de tous les sensibilités apparaît bien naïf. Comment un consensus scientifique digne de ce nom pourrait-il émerger d’un équilibre d’influence entre ceux qui ont intérêt à exagérer les conséquences éventuelles du changement climatique, et ceux qui ont intérêt à les minimiser ? Quoi qu’il en soit, SLC s’est enfin rendu compte que cet organisme hybride qu’est le GIEC pouvait produire des rapports, et des résumés pour décideurs (12) altérés par de mauvaises influences. Il y a un début à tout…

Anton Suwalki

Notes :

(1)http://www.sauvonsleclimat.org/qui-sommes-nous/390-ce-que-nous-voulons.html

(2) Cette affirmation figurait dans le 4ème rapport du GIEC : les glaciers devraient avoir perdu 80% de leur surface d’ici à 2035. La source « scientifique » de cette grosse bourde n’était autre que le WWF.

(3) http://www.sauvonsleclimat.org/documentsslchtml/etudeshtml/groupe-intergouvernemental-sur-le-climat/35-fparticles/117-groupe-intergouvernemental-sur-le-climat.html

(4) http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-1-Midi/Sons/Europe-1-midi-Marielle-Fournier-09-08-12-1199365/

En réalité il existe plusieurs dizaines d’études peer-reviewed consacrées à l’optimum médiéval, tendant à accréditer l’idée d’un phénomène global. En tout cas, Michel Petit est à notre connaissance le seul à affirmer que cela n’a concerné que la France.

(5) http://sauvonsleclimat.typepad.fr/le_blog_de_lassociation_s/2014/06/qui-a-r%C3%A9dig%C3%A9-le-rapport-du-groupe-3-du-giec-.html

(6) parmi 164. Soulignons que tester 164 scénarios, quel que soit le domaine, ne fait pas vraiment très sérieux…

(7) http://srren.ipcc-wg3.de/report/IPCC_SRREN_Ch10.pdf.

(8) http://www.erec.org/newssingleview/browse/9/article/test-2.html?tx_ttnews[backPid]=297&cHash=d400d0f6ffd3d953906bad4776e3259f

(9) http://www.lepoint.fr/economie/allemagne-berlin-paie-tres-cher-l-abandon-du-nucleaire-21-05-2013-1670631_28.php

(10) http://www.clubdesargonautes.org/faq/giec.php

(11) On peut très bien imaginer que l’ « erreur » ait échappé à la vigilance collective des relecteurs du rapport du GIEC,révélant une simple défaillance du preocessus de relecture. Par contre, il est difficile de croire, à l’instar de Stéphane Foucart du Monde, que l’erreur, surtout quand on en connait la source, se soit glissée toute seule dans le rapport du GIEC, sans que quiconque ait eu la volonté de tromper.

En accès libre, l’article de Foucart sur ce sujet :

http://www.internationalnews.fr/article-les-experts-du-climat-epingles-sur-les-glaciers-de-l-himalaya-43309904.html

(12) Tout porte à penser que ces résumés, dont le contenu est négocié mot par mot, sont encore plus sous influence que les rapports eux-mêmes.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 19:26

Steve Savage est un de ces extraordinaires blogueurs états-uniens qui allient vastes connaissances et dons pour la communication. Formé en pathologie végétale, il compte plus de 30 années d'expérience dans les technologies agricoles. Il a travaillé pour la Colorado State University, DuPont (développement de fongicides), Mycogen (développement de méthodes de biocontrôle), et comme indépendant depuis 13 ans. Il cultive aussi une petite vigne dans son jardin près de San Diego (Californie).

 

Nous publions deux de ses textes , avec son aimable autorisation.

 

Le premier est tiré et quelque peu adapté de :

 

http://appliedmythology.blogspot.fr/2014/01/an-example-of-how-much-pesticides-have.html

 

Les graphiques ont été produits par M. Savage sur la base des données de CalPIP corrélées aux données sur les superficies des California County Ag Commissioners Reports.

La traduction est de Wackes Seppi

 

__________________________________________________________________

Les pesticides ont bien changé !

 

Les pesticides utilisés par les agriculteurs pour protéger leurs cultures ont bien changé au cours des dernières décennies. Les améliorations dans des domaines aussi divers que la pharmacie et l'électronique sont pour nous choses normales, mais qui connaît les développements positifs en matière de produits phytosanitaires ? Le changement a commencé avec l'institution de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) en 1970 et l'élimination concomitante de beaucoup de vieux pesticides problématiques. Il y a aussi eu un flux régulier de nouveaux produits avec un profil de sécurité et d'efficacité plus favorable.

 

Pour documenter cette évolution, j'ai décidé d'utiliser des informations historiques pour une de mes cultures favorites, le vignoble de qualité. La Californie a mis en place un système de déclaration d'usage de pesticides en 1990. Les données permettent donc de suivre l'évolution sur 22 ans. J'ai choisi cinq comtés qui représentent l'essentiel des vignobles de qualité de la North Coast (Napa, Sonoma, Mendocino – 49.250 hectares en 2011) et la Central Coast (Monterey, Santa Barbara – 25.200 hectares en 2011).

 

Les parasites et maladies de la vigne sont nombreux et variés : insectes, acariens, nématodes, maladies cryptogamiques, ainsi que virus dont il faut contrôler les vecteurs. Les mauvaises herbes sont aussi un problème. Les cépages traditionnels étant hautement appréciés, l'amélioration des plantes traditionnelle n'est pas une solution. Comme pour les autres cultures, le contrôle de ces parasites et maladies ne se limite pas à l'emploi de pesticides. Néanmoins, ceux-ci seront toujours un outil indispensable. Ce contrôle est important pour les rendements et pour la qualité, ainsi que, dans certains cas, pour la pérennité d'une vigne plantée à grands frais. Comme pour les autres cultures, la lutte contre les parasites et maladies contribue également à une utilisation efficace d'autres ressources comme les terroirs, l'eau et aussi des intrants coûteux comme les matières fertilisantes et le carburant, ainsi que le travail.

 

Heureusement, les agriculteurs disposent aujourd'hui de pesticides qui sont à la fois efficaces et relativement sûrs – bien plus sûrs que ceux d'il y a quelques décennies, et bien plus sûrs que la plupart des gens ne le pensent.

_____________________________________________________________

 

Évolution de l'utilisation des pesticides

 

 

Évolution de l'utilisation de pesticides sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha)

 

Comme on peut le voir du graphique ci-dessus, l'utilisation des pesticides (en livres/acre ou kg/ha de matière active) a baissé depuis 1995. Toutefois, les quantités sont plutôt grandes par rapport à d'autres cultures – 44 à 110 kg de matière active par hectare et par an (la récente polémique sur l'utilisation de pesticides sur des pépinières de sélection de maïs à Kauai (Hawaï) portait sur quelque 2 kg/ha/an). Il y a là une raison simple : le soufre.

 

 

Évolution de l'utilisation de pesticides sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha ; courbes, de haut en bas : total ; soufre ; autres produits foliaires ; produits appliqués au sol)

 

Il y a une maladie cryptogamique, l'oïdium, qui atteint la vigne même dans les conditions sèches de l'été californien. Le soufre élémentaire, appliqué sous forme de poudre sèche ou de poudre mouillable a été la solution dominante depuis des dizaines d'années. Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, le soufre représente la plus grande partie de la charge très importante en pesticides, particulièrement dans les années 1990. Le soufre est considéré comme un « produit naturel » et est par conséquent autorisé en agriculture biologique. En fait, c'est à peu près tout ce qu'un vigneron peut utiliser en biologique pour lutter contre cette maladie. Il doit être appliqué fréquemment et à des doses très importantes. Le soufre est considéré comme relativement peu dangereux, mais c'est un irritant pour la peau et l'œil, ce qui n'est pas anodin pour les travailleurs de la vigne. J'ai passé beaucoup de temps dans les vignes et le soufre rend les conditions de travail déplaisantes. La tendance du soufre à la dérive est aussi très gênante pour les riverains.

 

On notera que la quantité des « autres produits foliaires » augmente après 2000. C'est en grande partie la conséquence des solutions modernes pour la lutte contre l'oïdium, lesquelles ont permis de réduire considérablement l'utilisation du soufre.

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Évolution de l'utilisation des pesticides autres que le soufre

 

 

Évolution de l'utilisation des pesticides foliaires autres que le soufre et des pesticides appliqués au sol sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha)

 

Si l'on considère les pesticides autres que le soufre, on constate que les quantités ont plus que doublé pour les produits foliaires, et diminué d'un facteur 4 pour ceux appliqués au sol entre 2000 et 2011 (dernière année disponible). Mais, évidemment, quand il s'agit de pesticides, les « kilogrammes » ne veulent pas dire grand chose. Les pesticides diffèrent considérablement du point de vue de la toxicité aiguë.

 

L'EPA classe les pesticides en quatre catégories sur la base de leur toxicité (explication à la fin du billet). La toxicité aiguë par voie orale est une composante majeure du système :

 

Catégorie I : « hautement toxique », DL50 inférieure à 50 mg/kg de poids corporel (pc)

Catégorie II : «modérément toxique », DL50 comprise entre 50 et 500 mg/kg pc

Catégorie III : «légèrement toxique », DL50 comprise entre 500 et 5000 mg/kg pc

Catégorie IV : «pratiquement non toxique », DL50 supérieure à 5000 mg/kg pc.

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L'image courante des pesticides

 

Lorsque les gens entendent « pesticides », ils s'imaginent souvent quelque chose de hautement toxique, comme les vieux insecticides organophosphorés (OP). Le graphique ci-dessous montre le pourcentage des traitements (des pulvérisations, pas des kilogrammes) effectués avec ces sortes de produits. On observera que les OP de catégorie I n'ont jamais représenté plus de 6 % des traitements et sont sous la barre des 1 % pour les 10 dernières années pour lesquelles on dispose de données. Même la catégorie II (pesticides modérément toxiques) n'a jamais été d'un grand poids dans les traitements. Ces dernières années, il sont descendu à des niveaux historiquement bas. Ces produits représentent une fraction encore plus petite en termes de volume (moins de un pour cent pour chacune des 22 années). En conséquence, l'image que se font la plupart des gens des « pesticides » correspond en fait à un type de produit très rare en termes d'utilisation.

 

 

Évolution de l'utilisation des insecticides organophosphorés sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : pourcentage des applications totales)

 

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L'évolution du mix de produits appliqués sur la vigne par catégories de l'EPA

 

 

Évolution de l'utilisation des pesticides autres que le soufre sur les vignobles de qualité californiens, par catégorie de l'EPA (en ordonnée : pourcentage du volume total appliqué)

 

Le graphique ci-dessus montre l'évolution de la proportion de chaque catégorie EPA de pesticides autres que le soufre appliqués sur la vigne. La catégorie I, même étendue aux pesticides autres que les organophosphorés, n'a jamais représenté plus qu'une petite fraction de ce qui est épandu. Si nous avions des données remontant aux années 1960 et 1970, ce serait peut-être davantage ; mais cela fait bien longtemps que l'on n'utilise plus beaucoup ces produits hautement toxiques sur la vigne et la plupart des autres cultures.

 

Les pesticides de la catégorie II ont représenté une bonne partie du mix jusqu'à récemment. L'EPA les appelle « modérément toxiques ». Cela peut paraître effrayant. Mais beaucoup d'aliments et de boissons contiennent des substances qui tombent dans cette gamme de toxicité, telles la capsaïcine des piments (140 mg/kg) et la caféine (191 mg/kg). Plusieurs produits utilisés sur les vignes en culture biologique entrent aussi dans cette catégorie [Selon l'INERIS, en fonction de l'espèce et du sel de cuivre étudié, les valeurs de la DL50 aiguë par voie orale sont comprises entre 15 et 857 mg de cuivre/kg de poids corporel]. Quoi qu'il en soit, c'est une catégorie qui tend à s'amenuiser.

 

Les pesticides de la catégorie III de l'EPA sont « légèrement toxiques ». Des produits naturels très familiers comme l'acide citrique, l'acide acétique, la vanilline, et même le sel de table entrent dans cette catégorie. L'utilisation de cette catégorie de produits a augmenté quelque peu.

 

Les produits de la catégorie IV sont classés comme « pratiquement non toxiques » ; ce sont eux qui ont connu la croissance la plus rapide depuis le milieux des années 1990. Beaucoup de produits ayant remplacé le soufre, ou les anciens organophosphorés, tombent dans cette catégorie. La vraie face des pesticides modernes, ce sont ces matières relativement bénignes, pas ce que la plupart des gens s'imaginent.

 

Les catégories II, III et IV représentent un mix de produits synthétiques et de produits naturels qui pourraient se qualifier pour la viticulture biologique. La surface en vignes biologiques est petite ; mais pour cette culture comme pour d'autres, il y a un chevauchement important des gammes de produits utilisés dans l'un et l'autre mode de culture.

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Une autre manière de voir les données

 

 

Évolution de l'utilisation des pesticides foliaires autres que le soufre sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha ; courbe du haut : en livres réelles ; courbe du bas : en livres pondérées en fonction de la toxicité)

 

Les catégories de l'EPA sont plutôt larges ; une autre manière d'aborder la question consiste à « pondérer » les volumes en fonction de leur toxicité orale relative. Dans le graphique ci-dessus, j'ai pris les chiffres pour les pesticides foliaires autres que le soufre et je les ai multipliés par 500/DL50 orale aiguë. 500 mg/kg est la limite entre les catégories « légèrement » et « modérément toxique ». Ainsi, un produit avec une DL50 de 4000 mg/kg compte pour 1/8 de son poids. Un produit très toxique ayant une DL50 de 40 mg/kg vaut 12,5 fois son poids.

 

Cette approche permet de voir que même si on a appliqué près de trois fois plus de produits foliaires autres que le soufre sur la vigne ces dernières années, il n'y a pas vraiment eu d'augmentation de la « charge toxique » globale.

 

Les 22 années pour lesquelles on dispose de données ont vu quelques modifications considérables dans la nature des pesticides utilisés. Il s'agit ici d'une culture et d'un produit très spéciaux (et délicieux), mais la tendance n'est pas propre à la vigne. Cela correspond à beaucoup de travail accompli par divers acteurs de la filière, du domaine tant public que privé. Ce travail fera l'objet du prochain billet.

 

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La mesure de la toxicité aiguë : quelques éléments

 

La toxicité est une notion multidimensionnelle, mais il s'agit fondamentalement de savoir si quelque chose est toxique quand on la consomme. C'est une préoccupation dans le cas des résidus de pesticides. La toxicité orale aiguë est déterminée en administrant des quantités croissantes de la substance chimique à une population de rats ou de souris. La dose, rapportée au poids corporel de l'animal, qui tue 50 % des sujets est appelée DL50 (dose létale 50). Elle est exprimée en milligrammes de produit par kilogramme de poids corporel. Plus la valeur est grande, moins la substance est toxique.

 

À titre d'indication, la DL50 aiguë par voie orale du sel de table est de 3.000 mg/kg pc. Pour une personne de 60 kilos (la référence habituelle en toxicologie), cela représente 180 grammes de sel (en France, le sel est généralement vendu en conditionnements de 250 ou 500 grammes, ou 1 kilo). Pour la même personne, la dose toxique de caféine (DL50 aiguë par voie orale = 191 mg/kg pc) entraînant la mort une fois sur deux serait de 11,5 g – de l'ordre d'une centaine de tasses de café. Mais, dans les deux cas, il faudrait que le sel ou le café soient consommés très rapidement pour ingurgiter la dose. Les insecticides les plus toxiques jamais utilisés avaient une DL50 aiguë par voie orale de 5-10 mg/kg pc. La plupart des pesticides actuels se situent à plus de 5.000 mg/kg pc (catégorie IV) et sont moins toxiques que le sel, le vinaigre, l'acide citrique, la vanilline et beaucoup d'ingrédients de produits alimentaires familiers.

 

 

Steve Savage

 

 

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 12:44

 

Il a signé pour Séralini ! Mais les gestionnaires de la pétition n'ont pas voulu de son soutien !

 

 

Médiatisation précoce, publication tardive...

 

Comme nous l'avons relaté sur ce site [1], l'équipe de M. Gilles-Éric Séralini a commis une nouvelle « étude », « Major pesticides are more toxic to human cells than their declared active principles ».  Ils prétendaient démontrer que les pesticides en formulation étaient des centaines de fois plus toxiques que les matières actives.  Comme d'habitude, la publication incluait une mise en cause des procédures d'autorisation : « En conclusion, nos résultats mettent en doute la pertinence de la Dose Journalière Acceptable parce qu'elle est calculée à partir de la toxicité de la seule matière active in vivo.  Un "facteur adjuvant" de réduction d'au moins 100 peut être appliqué au calcul actuel de la DJA si cela est confirmé par d'autres études in vivo ».  Un facteur 100 ! Comme ça ! Sorti de la manche !...

 

L'« étude » devait être publiée dans Biomed Research International du groupe Hindawi.  Elle a fait l'objet d'une publication préliminaire [2], postée par Hindawi dans un recoin de son site.  Et la campagne médiatique a été lancée dans la foulée par M. Séralini, avec la complaisante assistance de l'AFP ; elle incluait l'inévitable Mayday ! Mayday ! de Générations Futures [3].

 

Las ! Deux semaines après, l'article n'est toujours pas publié.

 

Mais il y a mieux.  Apprenant la publication (qui devait être prochaine) de l'article, le Prof. Ralf Reski, de l'Université de Fribourg-en-Brisgau, a démissionné avec fracas de son poste d'éditeur de la revue Plant Evolution.  Son courriel de démission a été parfaitement clair : « Je ne veux pas être lié à un journal qui offre une tribune [à M. Séralini] pour ce genre d'agitation » [4].

 

M. Reski a dit qu'il ne peut pas juger de la valeur de l'article, mais que tout article de M. Séralini devrait être vérifié avec une attention accrue et qu'à elle seule la chronologie (six semaines seulement entre la soumission et l'acceptation de l'article...) avait suffi à le rendre suspicieux [5].

 

Message reçu par la maison d'édition.  Selon un gazouillis de M. Reski, elle l'a remercié pour sa réaction et a promis de revoir la chose de plus près (« to look closer at this one ») [6].

 

À notre humble avis, ça sent le roussi.

 

 

Harcèlement industriel...

 

La publication était difficilement accessible et la campagne médiatique n'a pas vraiment pris.  On ne sera donc pas surpris si elle n'a pas soulevé le même tollé que l'infâme article précédent.  Mais il y a quand même eu des remarques acerbes [4].

 

M. Michael Coleman, toxicologue à l’Université Aston de Birmingham, considère qu'il y a « des problèmes en termes de conception et d'exécution de l'étude, ainsi que du point de vue du ton général de l'article ».  M. Martin van den Berg, toxicologue à l’Université d’Utrecht, est plus précis : « Tout est toxique à forte concentration ; la question est de savoir si la toxicité est pertinente aux niveaux auxquels nous ingérons ces agents.  Ce papier ne traite pas du tout de cette question ».  Et aussi : « Les paramètres observés sont si généraux que nous pourrions probablement trouver la même toxicité avec du jus de citron ou de l’extrait de pamplemousse ».

 

Réponse de M. Séralini : « Je vois là les remarques de l’industrie »...

 

Certainement pas celle qui a financé ses travaux !

 

 

Et pendant ce temps là... les pétitions...

 

Et pendant ce temps là, les pétitions de soutien à l'équipe Séralini poursuivent leur chemin, cahin caha.  Des pétitions hilarantes pour des esprits correctement formatés...

 

Au moment où nous écrivons, celle lancée sur le site de l'Institute of Science in Society dès le retrait de la publication, fin novembre 2013, vient de dépasser les mille signatures de chercheurs et prétendus chercheurs et a atteint les 2.800 signatures de béotiens.  Elle prétend que le retrait de l'article sur les rats viole la science et l'éthique – rien que ça.  Et les signataires s'engagent à boycotter Elsevier...  On tremble pour la maison d'édition !

 

Parmi les signataires on notera M. Robin Mesnage, co-auteur de l'étude dépubliée ; M. Christian Vélot, dont on soulignera, sans ironie aucune, la constance (d'autres amis de M. Séralini se font bien petits !) ; et la célèbre « écoféministe » Vandana Shiva qui se présente ainsi (mot à mot) : « Ph D physique quantique lauréat du Right Livelihood Award nombreus autres prix titres honorifiques de nombreuses universités dans le monde entier, Directrice de Navdanya, New Delhi, Inde ».  N'en jetez plus[8] !

 

Dans les signataires il y a (ou avait) aussi quelques personnages célèbres, dont Bruce Banner, alias l'Incroyable Hulk [9]...

 

Une autre a été lancée sur un site ad hoc le 29 janvier 2014, endsciencecensorship, prétendument par un groupe de citoyens et de scientifiques préoccupés [10].  Ou peut-être faut-il lire « citoyens et scientifiques » en postulant qu'il peut y avoir des scientifiques qui ne sont pas citoyens ?  En tout cas, l'éditrice du site est Mme Claire Robinson, qui gère aussi  GMWatch.org et GMOSeralini.org, et contribue à EarthOpenSource.org.  La liste des 41 lanceurs de pétitions est un bel extrait du Gotha de l'anti-ogmisme (elle comprend M. Christian Vélot) et la liste des signataires suivants n'est pas mal non plus.  Elle en est à 128, au total.

 

 

Wackes Seppi

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Notes :

[1]  http://www.imposteurs.org/article-pesticides-et-vieilles-ficelles-le-seralinisme-sans-limite-par-wackes-seppi-122426720.html

 

[2]  http://www.hindawi.com/journals/bmri/aip/179691/

Cliquer sur « Provisional PDF » en haut, à droite.

 

[3]  Voir aussi :

http://www.imposteurs.org/article-dernier-seralini-deraillement-chez-sciences-avenir-enervement-chez-generations-futures-122495269.html

 

[4]  http://news.sciencemag.org/environment/2014/02/pesticide-study-sparks-backlash

 

[5]  http://www.spektrum.de/alias/gentechnik/wie-politisch-darf-wissenschaftliches-arbeiten-sein/1223878

 

[6]  http://ravingscientist.wordpress.com/2014/01/31/seralini-has-done-it-again/

 

[7]  http://www.i-sis.org.uk/Retracting_Serallini_study_violates_science_and_ethics.php

http://www.i-sis.org.uk/Open_letter_to_FCT_and_Elsevier.php

 

[8]  Il y a une formidable recension de son « Staying Alive: Women, Ecology and Development » à :

http://www.gmosf.org/critical-review-staying-alive/

 

[9]  http://proactiontranshuman.wordpress.com/2013/12/08/anti-gmoers-comic-book-characters-and-the-seralini-study/

 

[10]  http://www.endsciencecensorship.org/en/

 

Dernière séralinade : dépubliée avant d'être publiée ? Par Wackes Seppi
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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 13:24

A l’heure où nous écrivons, il fait doux en France, mais très froid au Canada : -20 à Montréal et à Toronto, un petit -7 à Vancouver, et -30 à Prince George. C’est assez banal là-bas, certes… Mais on peut concevoir que les canadiens éprouvent un certain réconfort en rentrant le soir chez eux dans une maison bien chauffée. Du confort des canadiens, le WWF n’en a cure, nous verrons bientôt pourquoi.

 

Cette organisation est décidemment la championne des initiatives et des slogans tartignoles.

Résumons-en quelques unes :

 

-                      A travers l’Alliance pour la planète (1), elle organisait ces fameuses extinctions de lumière pour « braquer les projecteurs (sic !) sur l’urgence de la situation climatique mondiale » (2).  De l’obscurité à l’obscurantisme, il n’y qu’un pas vite franchi. Pour la première fois depuis l’ère de la bougie, l’électricité , une des plus belles réalisations humaines, est officiellement assimilée à une pollution (3): elle se traduit désormais  par le décret Batho sur l’extinction des enseignes lumineuses entre 1h et 6 h du matin (4) ! L’instauration démocratique du couvre-feu, voilà qui fait froid dans le dos !

 

 On pense immanquablement à des situations tragiques dans le monde : lorsqu’on observe la carte mondiale de la « pollution lumineuse », on se rend compte que la directive Batho est scrupuleusement respectée à …Bangui, Kinshasa, Antanarivo, ou Pyongyang. Des endroits du monde à la pointe du progrès écologique, et où il fait si bon vivre, comme on le sait !

pollution lumineuse

Ches nous, qui ne voit au moins dans cette mesure une source supplémentaire d’angoisse pour une femme obligée de traverser la ville tard la nuit ? S’il est exact que le sentiment d’insécurité est parfois surdimensionné par rapport à l’insécurité réelle, il n’en est que plus stupide de contribuer à le renforcer. 

  

-                      Nous avions récemment rendu compte de l’initiative lumineuse du WWF qui a livré des ampoules « basse consommation » à Madagascar,  un pays où l’électricité est encore réservé à des « nantis » (5).

 

Cette fois-ci, ce sont donc les ménages canadiens qui font l’objet des touchables attentions du WWF (6) :

 

« WWF-Canada invite la population à baisser le chauffage de 2°C, jeudi, et à enfiler une «p’tite laine», dans le cadre de la 4e Journée nationale de la petite laine. Par ce geste, les participants peuvent «signifier leur appui à la lutte aux ( !) changements climatiques», indique l’organisation par voie de communiqué. »

 

         Rappelons donc que tout ceci se passe en plein hiver, par des -20 à -30 degrés : en somme, le WWF invite les gens à se les geler…pour lutter contre le réchauffement climatique. Qui disait « Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. », déjà ?

 

Anton Suwalki

 

(1)  http://www.ecolopedia.fr/?p=3182

(2)  http://www.imposteurs.org/article-13463311.html

(3)  Certes, elle rend plus difficile l’observation des étoiles, mais on peine à croire que le sort des astronomes amateurs soient la principale précocupation des gouvernements

http://www.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=article&id_article=2714

(4)  http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027003910

(5)  http://www.imposteurs.org/article-la-wwf-a-madagascar-ou-l-action-caritative-version-ecolo-120247649.html

(6)  http://journalmetro.com/actualites/national/442296/enfiler-une-ptite-laine-en-appui-a-la-lutte-aux-changements-climatiques/

(7)  Celle-ci ne semble pas faire partie des fausses citations d’Einstein :

http://www.drgoulu.com/2008/11/26/ce-queinstein-na-jamais-dit/

 

 

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:22

Quand les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites !

 

 

Pourquoi se gêner ?

 

Après la débâcle de l'« étude » de la toxicité d'une plante génétiquement modifiée, le maïs NK 603, et du Roundup sur le rat – étude qui a été dépubliée avec fracas [1] – M. Gilles-Éric Séralini remet le couvert avec une autre recette de l'alterscience militante : les séances de baignade pour cellules humaines.

 

La nouvelle « étude » a pour titre : « Major pesticides are more toxic to human cells than their declared active principles ».  Voilà une déclaration péremptoire qui relève davantage du journalisme style tabloïd que de la littérature scientifique.  Un titre que la revue, Biomed Research International, au facteur d'impact affiché avec trois décimales à 2,880, a accepté sans barguigner.  Il est vrai que cette revue du groupe Hindawi n'est pas très regardante sur ce qu'elle publie [2] ; bien qu'elle soit à comité de lecture.  MM. Séralini et Cie n'ont pas manqué de souligner l'existence de ce comité dans leur communication pour donner plus de lustre à leur article, comme si nous n'avions pas été douchés par le fiasco et le scandale de son article précédent...  Réflexe pavlovien peut-être...

 

L'article est donc de MM. Robin Mesnage, Nicolas Defarge, et Gilles-Éric Séralini, tous se réclamant de l'Université de Caen (et d'elle seulement...), et Joël Spiroux de Vendômois, qui, lui, se prévaut du CRIIGEN.  La présence du CRIIGEN est donc modeste, et c'est somme toute nouveau...  Mais l'auteur de référence pour la correspondance est M. Séralini que l'on peut joindre par une adresse courriel qui renvoie au... CRIIGEN à Caen tout de même) ! Les auteurs ont peut-être répondu aux critiques, notamment de ce site, mais il reste des réflexes conditionnés (ou une bonne dose de bêtise).

 

 

Vite, une opération de comm'

 

À l'heure où nous écrivons, nous ne disposons que d'une publication préliminaire [3], postée par le groupe Hindawi dans un recoin de son site et difficilement accessible si on n'en connait pas le titre.

 

Cette publication préliminaire a manifestement été le support d'une opération de communication aboutissant à des titres tels que : « Affaire Séralini : les pesticides "mille fois plus toxiques" qu'annoncé ? », sur le site de Science & Avenir [4].  Le texte est pour l'essentiel de l'AFP.  Ce n'est guère surprenant : cette agence prend sa mission d'information particulièrement à cœur dès lors qu'est alimenté le fond de commerce des prêcheurs d'apocalypse.

 

Mais on notera le début du titre, ainsi que le point d'interrogation de précaution final, et aussi le chapeau de l'article : « Le très controversé Pr Séralini persiste et signe avec une nouvelle étude montrant que les pesticides seraient plus toxiques qu'annoncés (sic) ».  D'autres n'ont pas fait preuve de beaucoup d'esprit critique.  Cependant, à l'heure où nous écrivons, les grands médias ne se sont pas bousculés pour répercuter l'information.  Seraient-ils devenus plus prudents, voire suspicieux ?

 

Le Figaro fait exception [5].  C'est du reste intéressant.  L'AFP avait conclu sa dépêche par une déclaration de M. Séralini laissant entendre qu'il y avait un lien entre la dépublication de son article précédent et « l'arrivée dans le comité éditorial de la revue d'"un biologiste qui a travaillé plusieurs années chez Monsanto" ».  Le Figaro a supprimée ce morceau de délire conspirationniste.

 

 

Vite, une autre opération de comm'

 

En revanche, Science & Avenir a ajouté un paragraphe sur Générations Futures, qui s'était précipité pour faire de l'agit-prop [6] (et qui nous a fourni le lien de l'article dans Biomed, ce qui signe la collusion).

 

La dernière séralinade est évidemment prise pour argent comptant par l'organisation de M. François Veillerette : « Pour Générations Futures cette étude montre les grandes insuffisances de l’évaluation qui ne prend en compte que les effets de la substance active – seule – pour la toxicité chronique. » Et, pour bien faire passer le message : « Les produits pesticides formulés mal évalués [...] ». Et encore : « Cette nouvelle étude [...], éclaire d’une manière éclatante les grandes insuffisances de l’évaluation des risques posés par les pesticides. »

 

En voulez-vous encore ? Il faut bien citer, l'ingrédient obligatoire des communiqués de presse de GF, une déclaration de M. Veillerette : « Cette étude montre l’ampleur du scandale de la sous-évaluation des risques réels posés par les pesticides auxquelles les agriculteurs et le reste de la société également sont exposés chaque jour ! Nous demandons que des tests sur les effets chroniques de ces formulations de pesticides soient rendus obligatoires au niveau national et européen au plus vite, c’est une exigence de santé publique ! »

 

RFI [7] – dont nous avons déjà relevé l'amateurisme ici [8] – a aussi fait dans l'escalade.  Mais avec juste ce qu'il faut de recul : « Ce constat, s’il est vérifié, devrait interpeller les pouvoirs publics et les organismes qui déterminent la dose journalière admissible pour les pesticides parce que celle-ci est calculée à partir de la toxicité des seuls principes actifs des produits en question. »

 

 

Encore une étude qui fait « pschitt »

 

« [S]'il est vérifié ... » ?  Non, ce n'est pas la peine de vérifier.  Car c'est encore un de ces travaux dont les résultats sont probablement incontestables, mais dont la signification pratique est nulle.

 

En bref, les auteurs ont testé la toxicité (alléguée...) de neuf pesticides – trois herbicides, trois insecticides et trois fongicides (glyphosate, isoproturon, fluroxypyr, pirimicarbe, imidaclopride, acétamipride, tébuconazole, époxiconazole et prochloraze) en comparant les effets de la matière active à celles de produits commerciaux correspondants, contenant les coformulants.  Pour cela, ils ont mesuré les effets, in vitro, sur trois phénomènes (activité mitochondriale, dégradation de la membrane et activité des caspases 3 et 7), et ce, sur trois lignées de cellules, baignant donc dans un liquide additionné de matière active seule ou du produit complet.

 

On peut déjà s'arrêter là, sans avoir à entrer dans les considérations que les experts de la question ne manqueront pas de développer : cet essai n'a aucune valeur prédictive de la toxicité réelle, in vivo.

 

Pour qu'il y ait toxicité in vivo, il faut que la matière active – ou la formulation complète avec tous ses ingrédients – non seulement pénètre et subsiste dans le produit agricole, puis la denrée alimentaire, mais encore parvienne au type de cellule considéré (et traverse notamment la barrière intestinale).  Et, si l'on veut mesurer le niveau de toxicité d'une manière qui n'est pas totalement déconnectée de la réalité, il faut que la concentration dans l'essai in vitro corresponde à celle que l'on mesurerait in vivo.

 

Cela n'a pas empêché les auteurs de présenter des conclusions péremptoires dans le résumé : « Les fongicides étaient les plus toxiques à partir de concentrations 300-600 fois plus faibles que les dilutions agricoles, suivis par les herbicides, puis les insecticides [...].  Le glyphosate – honni par l'équipe, comme on sait de leurs travaux précédents – en prend pour son grade (nous collons au texte) : « Malgré sa réputation relativement bénigne (sic),le Roundup a été, de loin, le plus toxique des herbicides et des insecticides testés ».  Lire, comme on le sait de la phrase précédente, qu'il est moins toxique (selon leurs critères) que les fongicides.

 

 

Quelles doses, quels effets ?

 

Vous avez bien lu : « à partir de concentrations 300-600 fois plus faibles que les dilutions agricoles » ? Qu'est-ce que cela signifie ?

 

Que les auteurs rendent compte de leurs résultats, non pas par référence à une concentration qui aurait une signification physiologique (par exemple celle que l'on trouverait dans le sang – qui, rappelons le, n'est pas nécessairement celle à laquelle les cellules sont confrontées in vivo), mais par rapport à la bouillie qui sort du pulvérisateur (et, rappelons le également, qui est très loin de se retrouver dans le produit alimentaire).

 

Dans leur texte, les auteurs écrivent également : « Chaque principe actif a été testé depuis des niveaux inférieurs à la DJA [dose journalière acceptable] jusqu'à la limite de solubilité dans notre système.  Les formulations contenant des adjuvants ont été testés aux mêmes niveaux. »  Les spécialistes vérifieront.

 

Il nous semble cependant que cela n'est pas vrai, au moins pour l'imidaclopride : la DJA a été établie à 0,05 mg/kg poids corporel/jour (soit 0,05 ppm/jour) et la première mesure est, semble-t-il, à 40 ppm (800 fois plus...).

 

Le Confidor J, à 200 g/l d'imidaclopride, était autorisé sur fruitiers à la dose de 0,035 l/hl (hectolitre), soit 70 ppm dans la bouillie.  Les auteurs sont allés jusqu'à... 5.000 ppm.  À vue de nez, ils ont trouvé une CL50 (concentration qui tue 50 % des cellules) se situant vers 400 ppm pour les cellules les plus sensibles et 1000 pour les moins sensibles .  C'est six et 14 fois plus que les « dilutions agricoles ».

 

 

Science ou propagande ?

 

Comme dans la fameuse « étude » qui a été dépubliée, nous trouvons donc des résultats que les auteurs ont omis de signaler, et ce, au profit exclusif du message apocalyptique.

 

Vous avez bien lu : « à partir de concentrations 300-600 fois plus faibles que les dilutions agricoles » ?  La communication (prétendument) scientifique est donc centrée sur le pire exemple...  Une fois de plus, la publication scientifique n'a pas pour but premier d'enrichir les connaissances, mais d'alimenter une opération politique et médiatique.  Sus aux pesticides !

 

La presse cite M. Séralini disant : « Nous avons étendu les travaux que nous avons faits avec le Roundup et montré que les produits, tels qu'ils étaient vendus aux jardiniers et aux agriculteurs, étaient de 2 à 1.000 fois plus toxiques que les principes actifs qui sont les seuls à être testés in vivo [dans le cadre des procédures d'autorisation de mise sur le marché] à moyen et long terme. »  Les experts diront si ces chiffres sont réalistes.  En tout cas, la déclaration sur les procédures d'autorisation est fausse (voir ci-après).

 

La presse s'est aussi faite l'écho d'une autre déclaration de M. Séralini : « Elle [l'étude] conclut que sur 9 de ces pesticides, "8 formulations sont clairement en moyenne des centaines de fois plus toxiques que leur principe actif" [...] »  Il y a donc la version « de 2 à 1.000 fois » ; et la version de « des centaines de fois », mais en moyenne et seulement pour huit formulations sur neuf...  Les éléments de langage ne sont pas encore stabilisés.

 

Mais, ce qui importe, c'est que toute la discussion dans l'article est dirigée contre les procédures actuelles d'autorisation de mise sur le marché.  Reprenons du résumé : « Nos résultats mettent en doute la pertinence de la Dose Journalière Acceptable des pesticides parce que cette norme est calculée à partir de la toxicité de la seule matière active.  L'étude des effets combinés de plusieurs matières actives pourrait être d'importance secondaire si la toxicité de la combinaison de chaque matière active et de ses adjuvants est négligée ou inconnue.  Les tests chroniques (sic) sur les pesticides peuvent ne pas refléter les expositions environnementales pertinentes si un seul ingrédient de ces mixtures est seulement testé. »

 

Résumé : la moitié du résume de l'« étude » (en comptant l'introduction) est consacrée au militantisme obsessionnel.

 

 

Un peu de bon sens

 

Les pesticides ont pour objet d'éliminer des cultures les mauvaises herbes (« adventices » pour faire plaisir à quelque politicien), ainsi que les insectes et les cryptogames nuisibles.  Ce n'est pas qu'une question de rendements – et de « productivisme » – mais aussi sécurité sanitaire – une réalité que nous, occidentaux bien nourris et bien protégés tendons à oublier.  Les produits sont donc par nature toxiques pour leurs cibles et, comme beaucoup de substances (y compris naturelles, présentes dans les denrées alimentaires), toxiques pour l'Homme... à partir d'une certaine dose.

 

Les pesticides doivent aussi atteindre leur cible à l'intérieur des organismes visés.  Une partie des co-formulants a précisément pour rôle de faciliter la pénétration de la matière active.  Ce sont souvent des agents tensioactifs, dont certains sont du même type que ceux que l'on utilise pour sa toilette, le lavage et le nettoyage domestique... et dont certains comportent des indications de danger.

 

Lorsque l'équipe de M. Séralini, et la petite entreprise de M. Veillerette font campagne contre les pesticides au motif qu'ils sont plus toxiques que les matières actives, ils enfoncent des portes ouvertes.  Les préparations phytopharmaceutiques ont précisément pour objectif d'être plus efficaces que les matières actives seules, de manière à réduire au minimum les matières actives en les associant à des substances dont la toxicité est moindre (et acceptée quand ils se trouvent dans des produits domestiques).

 

En claironnant que « 8 formulations sont clairement en moyenne des centaines de fois plus toxiques que leur principe actif » (le neuvième, l'isoproturon, n'ayant pas d'adjuvant), l'équipe Séralini démontre en fait la technicité et l'ingéniosité des producteurs de phytos au service de la santé publique et de l'environnement !

 

 

Quelles doses, quels effets (bis)

 

Une grande partie de la problématique se situe dans la dose.  Rappelons donc : « Chaque principe actif a été testé depuis des niveaux inférieurs à la DJA [dose journalière acceptable] jusqu'à la limite de solubilité dans notre système.  Les formulations contenant des adjuvants ont été testés aux mêmes niveaux. »

 

Pour produire leur chiffre alarmant sur la démultiplication de la toxicité entre le principe actif et la formulation, les auteurs ont, sauf erreur, fait le rapport des CL50 (sur les figures 1 à 3, les concentrations correspondant au passage de la ligne des 50 %).  Comme nous l'avons vu ci-dessus, les deux CL50 sont supérieures aux « dilutions agricoles » pour l'imidaclopride et le Confidor.  D'autres couples sont dans le même cas.

 

Conclusion : si l'on adopte les principes d'interprétation du séralinisme sans mettre les œillères du militantisme, son « étude » prouve que les pesticides sont sûrs !

 

 

Où est la cohérence ?

 

Les études séraliniennes se suivent et se succèdent... sans se ressembler.  Dans celle-ci, il semble qu'il n'y ait pas d'effet du glyphosate, selon la figure 1, en-dessous de 1000 ppm (parties par million), ni du Roundup en-dessous de 10 ppm.

 

Les auteurs écrivent cependant dans leur introduction que les adjuvants éthoxylés étaient 10.000 fois plus toxiques que le glyphosate selon une de leurs études précédentes, et que cela pourrait expliquer la toxicité à long terme in vivo à partir de 0,1 ppb (partie par milliard) de la formulation selon leur « étude »... qui a été dépubliée (étude qui, en fait, démontrait selon les principes d'interprétation du séralinisme appliqué sans les œillères du militantisme, que boire du Roundup à forte dose était bon pour la santé des mâles...).

 

On ne s'étonnera pas de cette référence à une publication qui n'est plus reconnue dans la communauté scientifique : on peut supposer (par charité ?) que le comité de lecture a œuvré avant la dépublication.  Ni même de l'absence de discussion sur ces chiffres qui diffèrent tout de même de quelques ordres de grandeur : l'objectif n'est pas d'affiner les connaissances...

 

 

Conflits d'intérêts et remerciements

 

Cette nouvelle publication présente une particularité : il n'y a pas de déclaration sur les conflits d'intérêts ! Pouvons-nous avoir l'audace de penser que nos remarques critiques ont fini par porter [9] ?

 

Il est vrai que les remerciements sont éloquents : le Conseil général de Basse-Normandie pour une bourse d'étude ; les Fondations Charles-Léopold Mayer et Denis Guichard ainsi que le CRIIGEN pour leur « appui structurel » (kesako ?) ; et aussi Malongo, Léa Nature et la Fondation JMG (le financier de l'activisme « percutant » [10]) pour une contribution non précisée (qu'est-ce que l'« aide ?).

 

 

Sous la ceinture...

 

Cela n'empêche pas, du reste, les auteurs de s'en prendre à d'autres et d'insinuer qu'ils sont « vendus ».

 

Voici ce qu'ils écrivent à propos de deux études : « On croit communément que le Roundup figure parmi les pesticides les plus sûrs.  Cette idée est répandue par les fabricants, le plus souvent dans les revues qu'ils promeuvent [40, 41], qui sont souvent citées dans les évaluations toxicologiques des herbicides à base de glyphosate. »  Cette remarque oblique se justifie sans nul doute, pour l'équipe Séralini, par le fait que les auteurs en cause ont eu des discussions avec des toxicologues et des chercheurs de Monsanto, et ont eu accès à leurs données.

 

Ajoutons la suite pour compléter ce qui précède : « Toutefois, nous avons trouvé dans cet essai que le Roundup était 125 fois plus toxique que le glyphosate. »

 

 

L'UIPP réagit sèchement

 

L'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) a réagi plutôt sèchement [11] : sa directrice générale, Mme Eugénia Pommaret a, en effet, demandé officiellement une expertise neutre de cette « étude » « par les autorités compétentes afin d'en juger la qualité et la pertinence pour la santé humaine. »  Tout en rappelant quelques incongruités, comme : « les produits mis en vente (substances plus coformulants) sont évalués au préalable dans le cadre de la réglementation européenne, contrairement à ce qui a été affirmé à l'occasion de la communication de ces travaux » et « [l]es coformulants (antimousses, mouillants...) sont encadrés, comme toute substance chimique, par la règlementation Reach. »

 

 

En conclusion : une singulière obstination dans l'erreur

 

Il se trouve qu'une « étude » antérieure de l'équipe séralinienne a déjà fait l'objet d'une expertise officielle, cinglante [12].  Bien évidemment, les auteurs n'ont pas cité l'avis de l'AFSSA du 26 mars 2009, bien qu'ils se soient abondamment référés à l'article que l'AFSSA avait descendu en flammes.  C'est qu'il contient déjà un grand nombre de critiques sur les insuffisances dudit article, dont le nouveau est essentiellement la prolongation.

 

 

La suite : bis repetita, mais quoi ?

 

Était-ce une bonne idée que de demander une expertise officielle ?

 

L'ANSES sera-t-elle capable d'écrire comme son prédécesseur AFSSA, avec les ajustements nécessaires : « Les conclusions ne reposent que sur des expérimentations in vitro portant sur des modèles cellulaires non validés, non représentatifs (en particulier des lignées tumorales ou transformées) exposés directement à des concentrations de produits extrêmement élevées dans des conditions de culture ne respectant pas les conditions physiologiques cellulaires normales » ?

 

Ou succombera-t-elle aux attentes présumées d'une opinion publique manipulée et à celles, certaines, de ministres donnant la priorité à leurs convictions personnelles (et à leur intérêt politicien) ? Au plaisir, pour ses dirigeants maintenant médiatisés, de « parler dans le poste » en ne fâchant qu'une minorité de rationalistes ?  En déclarant, comme elle l'a déjà fait, que : « Cette étude est à souligner du fait de son originalité » [13] ?

 

N'est-t-on pas dans un domaine « où l'attente sociétale en matière de recherche indépendante est particulièrement aiguë » ? Et où « [d]e façon plus générale, le vif débat public suscité par la publication d'un travail de recherche interrogeant les potentiels effets [ici : de pesticides] montre la nécessité de consolider encore les connaissances scientifiques dans ce domaine » ?

 

Churchill ou Chamberlain ?

Wackes Seppi

 

_______________

 

[1]  Voir sur ce site :

http://www.imposteurs.org/article-etude-sur-le-mais-genetiquement-modifie-nk-603-l-editeur-desavoue-finalement-seralini-121341860.html

 

[2]  http://ravingscientist.wordpress.com/2014/01/31/seralini-has-done-it-again/

 

[3]  http://www.hindawi.com/journals/bmri/aip/179691/

Cliquer sur « Provisional PDF » en haut, à droite.

 

[4]  http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20140130.OBS4526/affaire-seralini-les-pesticides-mille-fois-plus-toxiques-qu-annonce.html

 

[5]  http://www.rfi.fr/france/20140201-france-pesticides-1-000-fois-toxiques-seralini-inserm-roundup-ogm

 

[6]  http://www.generations-futures.fr/pesticides/nouvelle-etude-scientifique-les-produits-pesticides-des-centaines-de-fois-plus-toxiques-pour-des-cellules-humaines-que-leur-matiere-active-seule/

 

[7]  http://www.rfi.fr/france/20140201-france-sciences-pesticides-1-000-fois-toxiques-seralini-inserm-roundup-ogm

 

[8]  http://www.imposteurs.org/article-le-coton-ogm-burkinabe-file-t-il-un-mauvais-coton-par-wackes-seppi-109281779.html

 

[9]  Voir notamment :

http://www.imposteurs.org/article-la-probite-scientifique-a-dose-homeopathique-par-wackes-seppi-77922370.html

 

[10]  http://www.undueinfluence.com/jmg_foundation.htm

http://www.sourcewatch.org/index.php/JMG_Wealth_Management_Group_Charitable_Foundation

 

[11]  http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/phytos-l-uipp-demande-une-expertise-neutre-de-le-derniere-etude-du-professeur-seralini-83688.html

 

[12]  http://asset.rue89.com/files/DIVE2009sa0034.pdf

 

[13]  http://www.anses.fr/sites/default/files/documents/BIOT2012sa0227.pdf

 

 

 

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 19:15

Étant donné que la première partie de l’article date de novembre, nous republions l’article, complet cette fois-ci, pour faciliter la lecture

Anton

 

 

 

« Je n’achèterai plus jamais d’aliment contenant de l’huile de palme. Elle est responsable de la déforestation, de la disparition des derniers orang-outang, c’est une huile hydrogénée mauvaise pour la santé, et ça enrichit les multinationales » .

 

Ces propos tout en nuances m’ont été récemment tenus par un « consommateur citoyen ». Même pas besoin de le torturer pour qu’il avoue ses sources. Il venait de voir le documentaire de France 5 : « Palme : une huile qui fait tâche » (1). La leçon a été bien retenue, semble-t-il !

 

Lorsque les écologistes inventent un nouvel objet à détester, on peut s’attendre à un véritable matraquage médiatique. Concernant le palmier à huile, la machine infernale est lancée, et ça ne fait que commencer.

 palme

 

 


Dans la foulée de ce documentaire, citons un talk-show sur RTL-B, une émission de la Tête au carré sur France Inter, avec pour invité principal Emmanuelle Grundmann, auteur d’un livre intitulé Un fléau si rentable : vérités et mensonges sur l’huile de palme (2).  

         Cette biologiste naturaliste et documentariste est l’auteur de plus de quinze ouvrages, essentiellement consacrés aux primates et aux forêts. La voici donc qui s’intéresse à la culture du palmier à huile et à l’industrie de l’huile de palme.  Nous avions publié sur Atlantico (le seul média en ligne qui ait accepté la publication) une tribune traitant de la communication relative à la parution de ce livre (3):

  « Notons tout d’abord que l’éditeur présente ce travail sur l’huile de palme comme "la première enquête documentée, rigoureuse et impartiale sur ce nouvel or 'vert' qui fait le tri entre les vérités et les mensonges qui polluent le débat." De fait, nous ne sommes pas en mesure de discuter du contenu détaillé de cet ouvrage à paraître, mais sa supposée crédibilité et son impartialité tant vantées a priori par l’éditeur apparaissent d’ores et déjà très douteuses, et laissent craindre le pire. »

         Un pari, certes, mais  en définitive pas très risqué. A son crédit,  Emmanuelle Grundmann prend soin d’adopter un ton plus posé, loin de la grossièreté et des borborygmes d’une Marie-Monique Robin. Pour le reste, on est plus que réservé sur sa capacité à démêler la vérité des mensonges, à peser le pour et le contre.

 

Beaucoup d’informations totalement erronées

 

Tout d’abord, Emmanuelle Grundmann semble avoir essentiellement débriefée par ce qu’elle appelle pudiquement les « ONG », telles que la WWF ou Friends of the earth, dont nos lecteurs connaissent la très grande objectivité. Ensuite, il y a dans le lot des informations facilement vérifiables de telles énormités que le doute est permis concernant tout le reste. Citons quelques exemples :

 

-          Les holdings Palmia et Sifca auraient ainsi investi 154 milliards de dollars dans la construction d’une raffinerie à Abidjan, mise en service en 2010. Comme la plupart des journalistes, Emmanuelle Grundmann n’a aucun sens des ordres de grandeur réalistes : 154 milliards de dollars, c’est 6 fois le PIB ivoirien, ou l’équivalent d’une cinquantaine de plateformes pétrolières en mer très profonde ! Au cours actuel de l’huile de palme et avec une production de 418 000 tonnes par an (4) , et à supposer que le vil exploiteur ne paie même pas ses salariés,  cela fait seulement… quelques centaines d’années pour espérer amortir l’installation (ne parlons même pas de profit). On savait qur les multinationales étaient très,très méchantes, mais on ignorait qu'elles étaient aussi peu perspicaces en matière investissement ! Qui a soufflé cette ânerie  à Emmanuelle Grundmann ? On ne le saura pas.   

 

-   Les thèmes environnementaux de la déforestation, qui intéressent tant l’auteur amie des primates et à la fibre écologiste, sont aussi maltraités.  « Aujourd’hui, le palmier à huile représente un dixième des terres cultivées de la planète », affirme l’auteur. Elle s’est simplement trompée d’un facteur de 1 à 10, si on en croit les statistiques de la FAO (5) !  Ces chiffres lui ont-ils été soufflé par les ONG ? « (..) dans le cas de l’Indonésie, 56% de l’extension de ces cultures se font au détriment des forêts ». Autre information douteuse dont Emmanuelle Grundmann se garde bien de donner la source. Doit-on d’ailleurs comprendre 56% actuellement ? ou bien 56% depuis l’essor de la culture du palmier à huile ? Chacun comprendra le chiffre dont le sens qu’il voudra. Or si l’auteur admet que « l’huile de palme pourrait devenir une ressource lipidique durable si elle était par exemple cultivée sur des terres dégradées », il semble que ce soit majoritairement le cas, comme l’indique Alain Rivasi, spécialiste de l’huile de palme au CIRAD :

         « Sur les 21 millions d’hectares de forêt primaire qui ont disparu en Indonésie entre 1990 et 2005, seulement 3 millions correspondent à la création de palmeraies . Quid des 18 millions restant ? Les concessions forestières sont accordées par les pouvoirs publics d’abord pour l’exploitation du bois. Lorsqu’elles ne sont pas replantées, les surfaces déforestées sont laissées en friche jusqu’à ce qu’elles deviennent des savanes dégradées qui seront, ou non, reconverties pour des activités agricoles. (6) » 3 millions d’hectares sur 21, cela fait 15%. Et à tout prendre, ne vaut-il pas mieux des palmeraies que des savanes dégradées ?

  - Qui dit déforestation dit bilan carbone , et Emmanuelle Grundmann n’hésite pas à affirmer « [qu’] en 2010, la déforestation pour de nouvelles plantations de palmiers a résulté dans l’émission de 140M de tonnes de CO2. Des taux records (sic ! 140 M est un « taux ») qui ont placé l’Indonésie dans le peloton de tête des pays émetteurs de gaz à effet de serre, derrière les États-Unis et la Chine ». Là encore, on se gratte la tête devant une telle énormité. L’Indonésie n’est même pas dans les 10 premiers émetteurs mondiaux en  termes d’émissions totales, mais encore elle n’est même pas dans la moyenne mondiale en terme d’émissions de Co2 par habitant (respectivement 1,7 tonne et 4,4 tonnes) (7) .  Comment peut-on être journaliste en 2013, et écrire de pareilles âneries, à une époque où toutes ces informations sont aisément disponibles ? 

 

 

Un petit complot en veux-tu ? En voilà !

 

Un bon livre écologiquement correct ne va pas sans un petit couplet complotiste. En Indonésie toujours, « la majeure partie des feux de forêts de 1997-1998 est imputable à une (..) cause : le palmier à huile, de manière directe ou indirecet. Il est d’abord intéressant de noter que lors du dernier grand El Niño en 1982-1983, les feux étaient sinon inexistants, du moins rares, Le fait qu’il n’y ait eu à cette époque aucune compagnie exploitant le palmier à huile relève-t-il de la simple coïncidence ?».

Non, répondra de lui-même le lecteur, avant même de lire les très minces preuves à charge. Là où la question insidieuse devient comique, c’est lorsqu’on sait que les incendies de 1982-1983 étaient tout sauf rares : « L'Est-Kalimantan a enduré une très longue période de sécheresse de juin 1982 à avril 1983. La superficie des forêts brûlées est évaluée à environ 3,6 millions d'hectares. Aucun incendie de cette ampleur n'avait eu lieu auparavant. Des saisons sèches prolongées se sont renouvelées en 1987, 1991, 1994 et 1997, et les surfaces touchées par les feux de forêt se sont élevées respectivement à 49 323 ha en 1987, 118 881 ha en 1991, 161 798 ha en 1994 (Deddy et Brady 1997), et 263 992 ha en 1997. (8) »

         Soit selon ces estimations , en 1982-1983, plus de 13 fois l’ampleur des dévastations de 1997-1998 . A la limite , si coïncidence il fallait y voir, ça serait pour se demander si les compagnies exploitant le palmier à huile n’ont pas au contraire mis toute leur énergie à empêcher les feux de forêt !

 

Inutile de donner dans l’angélisme, et admettons tout de même la plausibilité de feux de forêts criminels dont auraient été responsables des compagnies exploitant le palmier à huile : on peine déjà à comprendre la notion de responsabilité « indirecte » évoquée par Emmanuelle Grundmann. Mais surtout, sur quoi reposent ses accusations ? L’analyse (sans la moindre référence indiquée) de cartes satellitaires et « de nombreux témoignages » (sic !), indiqueraient que de 50 à 80% des feux de Bornéo étaient imputables à l’expansion des palmiers à huile. « De nombreux témoignages » ! Voilà ce qu’on appelle la précision journalistique.  Notons que l’on a peu de raison de donner du crédit à ces chiffres, compte tenu de toutes les carabistouilles précédemment relevées.

Emmanuelle Grundmann se base par ailleurs sur l’ « étude » d’un certain Christian Gönner (9), ethnologue qui sait faire parler le bon sens indigène : « Ces feux ne tombent pas du ciel », pontifie-t-il. Faut-il le souligner ,aucune preuve solide à l'appui de ses allégations... C’est probablement dans l’œuvre de ce monsieur qu’Emmanuelle Grundmann a pêché l’info selon laquelle « Pendant [El Niño] 1982/83 il n’y avait pas de compagnies palmistes et pas de feux,et [en 1997-1998] il y avait ces compagnies et il y a eu ces feux ».

Quand on est journaliste, pourquoi se fatiguer à vérifier une information ?

 

 L’huile de palme, mauvaise pour la santé ?

 

La partie consacrée au volet sanitaire du livre comporte moins d’erreurs techniques ou factuelles que le volet environnemental (10), mais elle n’en est pas exempte. Après avoir expliqué les avantages physiques qui font de l’huile de palme un candidat idéal pour l’industrie alimentaire - solidité à température ambiante avec un point de fusion élevée, excellente conservation, etc… Emmanuelle Grundmann est même capable de reconnaître quelques unes de ses vertus. Mais c’est pour aussitôt les relativiser . Ainsi, elle souligne sa teneur élevée en β-carotène, précurseur de la vitamine A. Mais, nous dit-elle, « une absorption  trop importante de vitamine A, peut être problématique notamment pour une femme enceinte ». Or, même en faisant abstraction du facteur de conversion (11), on peut calculer que pour atteindre le seuil de toxicité chronique, il faudrait ingérer plusieurs décilitres d’huile par jour, et plus d’un litre pour atteindre le seuil de toxicité aigüe (12)! Faut-il mettre en cause le manque de sens des réalités chez Emmanuelle Grundmann, ou bien sa mauvaise foi ?  

 

La discussion sur les acides gras trans se veut sans doute équilibrée, elle est surtout confuse. Si elle est riche en acides gras saturés qui lui procurent ses qualités industrielles, l’huile de palme est en effet exempte d’acides gras trans, présents naturellement dans certains aliments, mais surtout dans les huiles insaturées que l’industrie transforme pour obtenir des qualités équivalentes. « Vaut-il mieux donc consommer des huiles végétales riches en acides gras saturés telles que l’huile de palme ou de coco, plutôt que des huiles hydrogénées et riches en acides gras trans ? » . Pour répondre à cette question, Emmanuelle Grundmann donne la parole à Irène Margaritis, de l’ANSES qui considère que c’est « remplacer un mal par un autre mal ». Un réponse sommaire et un peu surprenante, quand on lit le rapport de l’AFSSA sur le site de l’ANSES (13) : les acides gras trans ont bien une nocivité spécifique, et l’organisme recommandait d’en réduire la consommation. C’est d’ailleurs en partie en fonction de cet objectif que l’huile de palme s’est imposée en substitut des huiles hydrogénées.

 

 

Si la surconsommation d’acides gras saturés (AGS) pose problème, selon l’ANSES elle-même, ceux-ci ont la propriété d’ augmenter globalement le taux de cholestérol, accroissant le « mauvais » (LDL), comme le « bon » (HDL). Dans le cas des acides gras trans, le mauvais cholestérol augmente, mais le bon diminue ! (14). On est donc très loin de l’équivalence, de « remplacer un mal par un autre mal », comme l’affirme par Emmanuelle Grundmann. Selon les données scientifiques actuelles, à consommation égale, les AGS issus de l’huile de palme apparaissent comme moins nocifs que ceux issus des huiles hydrogénées.

 

Si la dose fait le poison, pourquoi s’en prendre à l’huile de palme ?

 

L’auteur rappelle à juste titre que « le poison n’est pas dans le produit mais dans la dose ». Concédant même que « [le fait] qu’une barre de chocolat ou un paquet de chips contienne de l’huile de palme n’est pas problématique en soi, s’il est intégré dans une alimentation variée ». En lisant cela, on se demande dès lors ce que viennent faire ces considérations dans un livre qui n’est pas consacré à la nutrition, mais qui est un réquisitoire contre l’huile de palme.  Or, perdue dans les méandres de la « pensée globale », elle se révèle incapable de démontrer une responsabilité particulière de cette huile dans « l’épidémie mondiale d’obésité » qu’elle dénonce.

 

         Dans l’émission la tête au carré à laquelle elle participait, elle n’hésitait pas à affirmer que :« quand on regarde la consommation d’acides gras, la majorité sont ceux qui sont issus de l’huile de palme ». Quand bien même cela serait vrai, cela ne suffirait pas à accuser en soi l’huile de palme, le véritable problème étant les excès de consommation de gras dans les habitudes alimentaires. Or même cela n’est pas vrai : l’huile de palme ne joue un rôle important dans qu’en termes d’apport en AGS, et encore ! Si on se fie aux propres estimations d’ Emmanuelle Grundmann(15), la consommation individuelle moyenne d’huile de palme serait de 5,5 g/jour en France, ce qui représente moins de 3 g/jour d’ AGS, compte tenu de la composition de cette huile. Soit moins de 10% de la consommation totale d’AGS chez un adulte (16)!

 

         Dans ces conditions, les  arguments sanitaires visant à justifier l’ « amendement Nutella » (17) apparaissent d’autant plus comme de simples prétextes. A quand un amendement « Justin Bridou » , ou anti-côte d’agneau (18)?

 

.        De ce dernier point de vue, la pseudo-démonstration d’ Emmanuelle Grundmann est exemplaire : ayant totalement échoué à démontrer la nocivité particulière de l’huile de palme, elle nous égare ensuite avec les poncifs sur les fast-foods , les frites de McDonald’s et ses Big Macs. Citant, une fois n’est pas coutume, une étude américaine (19) , elle interpelle ses lecteurs sur le fait que la présence à proximité des écoles augmente de 5% le risque d’obésité des jeunes (20)… Pour un peu, elle apporterait presque la preuve involontaire d’une responsabilité assez marginale des fast-foods dans le réel problème sanitaire que constitue l’obésité précoce. Mais au fait, les fast-foods utilisent-ils massivement l’huile de palme ? Dans les McDonald’s canadiens, l’huile de palme ou des dérivés sont visiblement assez peu présents, sauf dans les pâtisseries (21). Et sentant le vent tourner, McDonald's a annoncé dès 2010 y  avoir renoncé « en France et même en Europe » pour ses fritures (22) , et il en est visiblement de même pour  Quick et Burger King. Le chapitre du livre consacré à l’ « épidémie mondiale d’obésité » n’en apparait qu’un peu plus  à côté de la plaque.

 

Conclusion : les errements de la pensée globale

        

         Il ne s’agissait certes pas dans cet article de parer l’huile de palme de toutes les vertus, loin de là. Toutefois, un constat s’impose : l’acte d’accusation contre l’huile de palme est bien bancal, et le réquisitoire d’ Emmanuelle Grundmann est tellement truffé d’erreurs et d’approximations que le procès devrait, au moins provisoirement, se conclure par un non-lieu. Non, l’huile de palme n’est pas le fléau qu’elle et la mouvance écologiste dénoncent avec virulence.

 

         Pourquoi tant de haine, alors ? Avançons une hypothèse : la dénonciation de l’huile de palme s’inscrit dans une pensée globale antisystème confuse, basée sur la nostalgie d’une nature et de modes de vie perdus et idéalisés dont la mondialisation nous éloigne un peu tous les jours. A défaut d’être capable d’y opposer une alternative crédible,  on s’invente  des objets de détestation, tels que l’huile de palme, censée concentrer et résumer tous les maux du système : déforestation, perte de biodiversité, intégration économique du Sud au profit des multinationales, rapprochement des modes de vie, malbouffe au nord, etc..

 

Peu importent les approximations, les raccourcis , et les mensonges , dès lors que luit l’espoir de mettre quelques grains de sable dans le système, quitte au passage, à punir les mauvais citoyens-consommateurs , surtout aux revenus modestes, qui supporteront les taxes. Quant aux conséquences pour les petits producteurs et les travailleurs agricoles qui seraient soumis au boycott de l’huile de palme, Emmanuelle Grundmann y a-t-elle seulement pensé ? Les fameuses multinationales qui sont supposées être dans son collimateur, elles, s’en remettraient sans aucun doute, même en utilisant des substituts plus chers.

 

Certes, soucieuse de donner une image modérée d’elle-même,  Emmanuelle Grundmann ne se prononce pas pour le boycott contre « l’un des fléaux du XXIème siècle », prônant simplement de restreindre son utilisation (« une priorité de santé publique »- sic!) et « de prendre le chemin d’une durabilité effective ». Pendant ce temps, les appels au boycott fleurissent sur la toile(23)…

 

Anton Suwalki

 

 


 

 

           

           

 

    Notes :

 

 

 

(1)             http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-programmes/LE-MAG-N-23-2013/articles/p-18221-Palme-une-huile-qui-fait-tache.htm

        (2) Éditions Calmann-Levy

 

(3)     http://www.atlantico.fr/decryptage/huile-palme-fleau-tres-rentable%E2%80%A6-pour-ceux-qui-on-fait-critique-fonds-commerce-mediatique-stephane-adrover-830467.html

(4)     http://www.afrik.com/l-huile-de-palme-l-autre-poumon-economique-de-la-cote-d-ivoire,31179

(5)     http://faostat3.fao.org

(6)     http://www.cirad.fr/actualites/toutes-les-actualites/articles/2010/science/huile-de-palme-et-idees-recues

(7)     http://www.iea.org/co2highlights/co2highlights.pdf

(8)     http://www.fao.org/docrep/003/x2095f/x2095f0s.htm

(9)     http://www.fire.uni-freiburg.de/iffn/country/id/id_24.htm

(10) Pour une synthèse rapide sur le sujet : L’huile de palme est-elle vraiment si mauvaise ? Science et Pseudosciences, octobre 2013

(11) le rapport entre la quantité de β-carotène présente dans l’aliment et l’apport final de vitamine A

(12) http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/054000074/0000.pdf

(13) http://www.anses.fr/sites/default/files/documents/NUT2007sa0220.pdf

(14) http://www.anses.fr/fr/content/les-acides-gras-trans

(15) Ses références, lorsqu’elles ne sont pas absentes, sont bien douteuses. La source serait ici les statistiques du « Ministère de l’alimentation » (sic !)

(16) Consommation journalière d’AGS de l’ordre de 32g/jour

http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/synthese-rapport-groupePNNS-lipides.pdf

(17) Amendement au sujet duquel Emmanuelle Grundmann ne trouve évidemment rien à redire. Elle préfère commenter dans le chapitre qui lui consacré les réactions des lobbies.

(18) Se reporter aux teneurs en AGS pour 100 grammes des tables nutritionnelles de l’ANSES pour la cotelette d’agneau ou certaines charcuteries. Eloquent !

http://www.afssa.fr/TableCIQUAL/index.htm

(19) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2661452/

(20) En réalité, les odds ratio sont selon les auteurs sont de 1,06 (Intervalle de confiance à 95% :1,02 - 1,10) pour le surpoids et de 1,07 (IC 95% :1,02 - 1,12)

(21) http://www1.mcdonalds.ca/NutritionCalculator/IngredientFactsFR.pdf

(22) http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2010/09/03/2205284_burger-king-renonce-a-l-huile-de-palme-et-mcdo-en-france-nous-n-en-utilisons-pas.html

On notera au passage la confusion de représentant de MacDo sur les acides gras trans. Encore une victime de la propagande ?

(23) Pour ne prendre qu’un seul exemple, se reporter au slogan particulièrement inspiré des fanatiques de Terre sacrée : “Ne détruisons plus les forêts tropicales avec nos mâchoires d'occidentaux... Ne mangeons plus d'Orangs-Outans à notre insu !    Le pouvoir est entre nos dents! “

http://terresacree.org/huiledepalme.html

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 12:55

En guise d'amuse-...

 

Deux anecdotes en guise d'amuse-... (remplacez les points de suspension par le mot qui sied selon votre degré de résistance à la tartufferie linguistique).

 

Une nuit, après une mémorable beuverie, un mien coturne – ça remonte donc à loin – s'est mis à réviser ses cours de maths et de biologie, plus précisément de probabilités et de génétique, qui, par un heureux hasard, avaient été enseignées à la même époque de l'année.  Il se livrait donc mentalement à des croisements et en analysait la descendance.  Tout était juste, malgré les épaisses vapeurs alcooliques... Tout sauf la prémisse : il croisait des boules de billard rouges et blanches.

 

Il y a moins longtemps (mais on peut dire qu'il y a prescription), une organisation onusienne bien connue a dû mettre au pilon son flagship report, son rapport phare.  La directrice générale, fan des Harvard boys, en avait confié la rédaction à de brillants esprits qui, appliquant les meilleurs outils de statistiques, avaient prédit une résurgence de la... variole (vous savez donc de quelle organisation il s'agit).  L'authenticité du fait n'est pas garantie, mais nous tenons l'histoire de personnes qui étaient engagées dans l'affaire, sur le plan logistique et non intellectuel.  Donc, source sûre.  Sachant toutefois que Mme Gro Harlem Brundtland s'était attiré – comme ses Harvard boys – de solides inimitiés au sein de l'organisation, notre source comprise.  Donc, source moins sûre...

 

 

Encore une étude alarmiste...

 

Pourquoi ces anecdotes ? Pour illustrer les dangers des statistiques appliquées sans discernement.  Et introduire le plat de résistance, Agricultural Policies Exacerbate Honeybee Pollination Service Supply-Demand Mismatches Across Europe (les politiques agricoles aggravent l'inadéquation de l'offre par rapport à la demande de services de pollinisation en Europe).

 

L'étude, publiée dans Plosone [1], est d'une brochette de chercheurs européens menés par M. Simon G. Potts, Centre for Agri-Environmental Research, Université de Reading, Royaume-Uni (le premier auteur de la liste étant M. Tom D. Breeze).  Le chercheur français du consortium est M. Bernard Vaissière, de l'INRA d'Avignon.  L'étude a été financée par l'Union européenne dans le cadre du programme-cadre FP7/2007–2013 [2].

 

Le titre se suffit à lui-même : encore une étude alarmiste !

 

Le résumé se termine par un appel à la générosité publique ; c'est presque inévitable par les temps qui courent, où les chercheurs doivent courir après les financement :

 

« Sur la base de données de 41 États européens, cette étude démontre que le nombre recommandé d'abeilles requises pour assurer la pollinisation des cultures en Europe a crû 4,9 fois plus vite que les stocks d'abeilles mellifères entre 2005 et 2010.  En conséquence, les stocks d'abeilles mellifères ne suffisaient pas à couvrir >90 % de la demande dans 22 États étudiés.  Ces résultats soulèvent des préoccupations quant à la capacité de réponse de beaucoup de pays à des pertes importantes de pollinisateurs sauvages, et soulignent les nombreuses lacunes dans notre compréhension actuelle de l'offre et de la demande en services de pollinisation, ce qui pointe vers un besoin pressant d'études plus approfondies. » (C'est nous qui graissons.)

 

Rédaction très approximative.  Où est le lien de cause à conséquence entre les deux premières phrases ? Comment une étude sur les abeilles domestiques souligne-t-elle nos lacunes en matière de pollinisateurs sauvages ?

 

Ce serait chipoter si les médias n'arrêtaient pas leur lecture – pour autant qu'ils se prennent la peine de lire – au point final du résumé.

 

 

...immédiatement sur interprétée...

 

L'article a évidemment donné lieu à un communiqué de presse sur le site du projet [3].  En voici un extrait :

 

« Les résultats montrent que, bien que le nombre de colonies d'abeilles mellifères ait augmenté dans certains pays d'Europe, la demande de services de pollinisation par ces pollinisateurs a augmenté bien plus vite à cause d'une augmentation de la demande en matières premières pour les biocarburants » (C'est nous qui graissons.)

 

Pour la malfaisance des biocarburants, nous resterons sur notre faim. Ne serait-ce que parce les cultures en cause fournissent de la nourriture aux abeilles et que le manque de nourriture figure en bonne place parmi les causes du déclin des abeilles ; et que les oléagineux en cause sont aussi des protéagineux, cultivés pour l'alimentation animale et contribuant, incidemment, à alléger notre dépendance vis-à-vis du soja américain... Et d'utiles cultures de diversification et d'allongement des rotations...

 

 

La presse prêcheuse d'apocalypse se régale...

 

De sombres perspectives ont donc été décrites, les biocarburants ont été mis en cause... il n'en fallait pas plus pour que, comme à l'accoutumée, notre AFP nationale sonne le tocsin et que Le Monde relaie vers un lectorat friand de mauvaises nouvelles écologiques et adepte de la repentance (confortablement assis dans son canapé, tout de même) [4].  Sans se donner la peine d'interroger le co-auteur français de l'étude ; et en se contentant des déclarations des chercheurs britanniques, dont l'inévitable prédiction de l'apocalypse écologique, à moins que... :

 

« "Cette étude montre que la politique européenne en matière d'agrocarburants a pour conséquence imprévue de nous rendre plus dépendants des pollinisateurs sauvages", relève Tom Breeze, l'un des auteurs de l'étude. Selon son collègue Simon Potts, "nous allons vers une catastrophe à moins d'agir maintenant : les pollinisateurs sauvages doivent être mieux protégés". »

 

Nul doute que l'alarme va se répandre, avec l'inévitable pollution par les lieux communs et autres légendes urbaines sur les abeilles, plus particulièrement les attaques contre les produits phytosanitaires (voir les commentaires sur Le Monde).  Ainsi va l'information désinformatrice...

 

 

...avec une étude déconnectée de la réalité...

 

Que faut-il en penser ?

 

On ne peut que souscrire à l'avis qu'il faut mieux protéger les pollinisateurs sauvages.  Qui, du reste, assurent l'essentiel de la pollinisation selon certaines études [5]... ce qui contribue grandement à saper les fondements de l'étude en cause ici.

 

Ensuite, il faut distinguer l'étude de son exploitation médiatique (qui commence en fait dans l'étude elle-même...).

 

S'agissant de l'étude, il est extraordinairement curieux que des chercheurs dans le domaine de la biologie raisonnent, au moins dans leurs écrits, sur la base de pourcentages, par exemple fondés sur des prémisses différentes – soyons méchants : comme ces cuistres économistes pour qui mettre un pied dans un four et l'autre dans un congélateur crée, en moyenne, une agréable sensation de confort.  Les stocks d'abeilles ont augmenté entre 2005 et 2010 de 7 % sur le plan européen ; la surface des cultures pollinisées par les abeilles a crû de 17 % ; donc, selon les auteurs, la surface a augmenté 2,2 fois plus vite que les stocks... So what ? Et alors ?

 

On peut aussi reprocher aux auteurs de ne pas avoir mis suffisamment de caveat dans le texte pour éviter les interprétations abusives.  Ainsi, leurs calculs sont fondés pour partie sur des valeurs recommandées de chargement en ruches par hectare.  Ils écrivent que, pour capturer les incertitudes, ils ont utilisé les valeurs extrêmes trouvées dans la littérature ainsi que la moyenne des valeurs trouvées.  Les écarts sont tels pour une même espèce (1 à 4 pour le tournesol, 0,1 à 8 pour les cucurbitacées) que le pouvoir prédictif de l'exercice s'approche fort de celui de la technique du doigt mouillé.

 

Il y a bien une discussion très honnête dans la partie « Knowledge Gaps and Uncertainties », mais le scientifique a un schéma de lecture qui diffère de celui du chercheur de cause célèbre et d'os à ronger.  Or les auteurs ne pouvaient ignorer que leur texte allait être exploité par ces derniers.

 

Les auteurs ont eu la bonne idée de mettre leur analyse fondée sur les valeurs extrêmes dans les informations complémentaires : à l'évidence un scénario fondé systématiquement sur les valeurs de chargement les plus basses, ou les plus hautes, ne fait aucun sens.

 

Les insuffisances de la méthode se déduisent aussi du fait que l'on a utilisé des statistiques nationales, sans tenir compte de la répartition comparative des ruches et des cultures.  Le cas de la France est particulièrement significatif : la moitié des ruches se trouve dans les cinq régions méridionales [7].

 

Pour déterminer le nombre total de colonies nécessaires pour des services de pollinisation adéquats, on exclut aussi la contribution des pollinisateurs sauvages ; on fait la somme des produits hectares de culture (espèce) à polliniser x nombre de ruches nécessaires par hectare, ce qui est normal ; et on divise par deux en supposant qu'une ruche ne ferait que deux pollinisations successives.

 

L'étude est, en résumé, une construction intellectuelle.  Les données brutes sont triturées pour produire un résultat ; résultat qui, in fine, ne peut que constituer un indicateur déconnecté de la réalité.  Un indicateur faux peut toutefois servir à faire des comparaisons ; il ne peut en aucun cas décrire la réalité.

 

 

...mais présentée indument comme le reflet de la réalité

 

On peut donc se lancer dans une discussion sans fin sur les hypothèses et le réalisme des résultats.  Cette discussion ne s'impose que dans le cas où l'on veut faire dire à l'étude plus qu'elle n'a à offrir.

 

Et c'est là que l'on touche à la surinterprétation médiatique.

 

Or, il suffit de constater, face à un titre du Monde pas trop catastrophiste (« L'Europe en grave déficit d'abeilles pour polliniser ses cultures ») et au plus inquiétant « "Pénurie" inquiétante d'abeilles en Europe » du Mag [6], que les cultures sont correctement pollinisées (sauf quand les intempéries empêchent les abeilles et autres pollinisateurs de sortir)...

 

Il aurait suffi d'un peu de bon sens... mais cela ne fait pas partie de la boîte à outils journalistique...

 

L'incurie journalistique est à son comble – en attendant pire – à la RTBF, qui titre : « Europe: de moins en moins d'abeilles pour polliniser les cultures ».  En effet, l'étude dit :

 

« Les stocks totaux d'abeilles pour les 41 pays ont augmenté de 7 % entre 2005 et 2010, de 22,5 à 24,1 millions de colonies, avec des augmentations plus importantes dans les pays européens du sud où l'apiculture est plus commune. »

 

 

Contes et légendes

 

L'article vaut d'être lu attentivement.  Il se termine par des considérations générales d'un très grand intérêt, considérations qui risquent malheureusement d'être occultées par le message alarmiste du début.

 

Ainsi que nous venons de le voir – avec cependant le caveat qui s'impose sur des statistiques sur deux années seulement – la population d'abeilles a augmenté entre 2005 et 2010 en Europe.  Voilà de quoi mettre en perspective le discours ubiquitaire sur le déclin des abeilles.

 

On peut aussi lire :

 

« Par contraste, bien que les stocks d'abeilles aient subi des déclins sévères dans beaucoup de parties de l'Europe, en grande partie du fait de l'extension des parasites et du coût croissant de l'apiculture, elles restent plus résilientes aux déclins dans le domaine de l'habitat et des ressources que les pollinisateurs sauvages. »

 

Si la deuxième partie de la phrase se discute – notamment au regard de l'affirmation dans le résumé sur nos lacunes de connaissances, et de l'incongruité d'une comparaison entre espèce domestique et espèces sauvages – la première est intéressante s'agissant des causes du déclin des populations.

 

De fait, la source de données française [7] est aussi instructive.  De 2004 à 2010, la France métropolitaine a perdu 40 % de ses apiculteurs (de 69.237 à 41.836) et seulement 20 % de ses ruches (de 1.346.575 à 1.074.218).  Quant à la production totale de miel, elle n'a décliné que de 28 % (une baisse de 18,9 à 17,1 kg de miel par ruche, soit 10,5 %).  Ces chiffres doivent évidemment être maniés avec précaution.  Mais – au-delà de la question des pertes hivernales et estivales de colonies, qu'il faut remplacer – on peut constater qu'une des cause principales du déclin des populations est la disparition des... apiculteurs.

 

Ce document de FranceAgriMer donne aussi quelques indications sur l'activité de pollinisation des apiculteurs – la location de ruches pour la pollinisation :

 

« À partir de l’échantillon de l’enquête quantitative, on obtient une évaluation de l’ordre de 60 000 ruches louées annuellement en France pour un chiffre d’affaires de 2 à 3 millions d’euros selon que le mode d’évaluation est basé sur la quantité de ruches louées ou le chiffre d’affaires déclaré en pollinisation. »

 

De quoi aussi mettre en perspective les pin-pon largement médiatisés des prêcheurs d'apocalypse et médiatiques.  Et donc pas de quoi avoir le bourdon.

 

Wackes Seppi

 


Notes :

 

[1]  http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0082996

 

[2]  http://www.step-project.net/

 

[3]  http://www.step-project.net/news.php?n=480&a=EU%20policy%20is%20driving%20up%20demand%20for%20pollination%20faster%20than%20honeybee%20numbers

 

[4]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/01/09/l-europe-en-grave-deficit-d-abeilles-pour-polliniser-ses-cultures_4345742_3244.html

 

[5]  Pour une fois, nous pouvons citer M. Stéphane Foucart :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/01/le-declin-des-insectes-pollinisateurs-menace-les-rendements-agricoles_1841209_3244.html

 

[6]  http://www.lemag.ma/Penurie-inquietante-d-abeilles-en-Europe_a79495.html

 

[7]  http://www.franceagrimer.fr/content/download/17875/141072/file/Audit_de_la_filili%E8re_apicole_2012.pdf

 

 

 

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 17:12

Par la voix et la plume de Stéphane Foucart (entre autres), Le Monde s’est transformé en relais des idées (reçues) écologistes et malthusiennes (1). N’y aurait-il pour la presse écrite qui ne survit qu’à coup de généreuses subventions (2), d’autres moyens pour éviter la faillite que de relayer les  idées à la mode, les peurs millénaristes ? 

            Soyons clairs. Nous sommes persuadés que Foucart, responsable de la rubrique « Planète » (3) du célèbre quotidien vespéral, n’écrit pas ses papiers pour vendre du papier, mais en fonction de ses convictions. Ce qui est certes beaucoup plus respectable, mais cela se fait régulièrement au détriment de la qualité et de la neutralité que requiert la (bonne) tenue d’une rubrique scientifique.  En témoigne un article publié sur le site internet du journal le 21.10.2013 : Autisme aux Etats-Unis : un sur quatre-vingt-huit (4).

Des chiffres « ahurissants » ?

            Dans cet article, Stéphane Foucart commente le dernier livre d’un « lanceur d’alerte », 'André Cicolella Toxique planète (Seuil, coll. "Anthropocène"), et affiche une stupeur non feinte : « on croise quelques chiffres ahurissants » , écrit-il. « Parmi ces chiffres, qui montrent l'importance de l'environnement pour la santé publique, certains sont si incroyables qu'ils soulèvent immédiatement le scepticisme. On croit à une erreur ». Sans aller dans le détail des chiffres « incroyables » dont Foucart ne fournit qu’un seul exemple, on se demande pourquoi, et surtout pour qui, ces chiffres sont incroyables ? A l’évidence pour Foucart lui-même : dans le cas des « troubles du spectre autistique », puisque c’est sur cet exemple qu’il s’appuie, que valent les préjugés personnels, par rapport aux données épidémiologiques connues?  C’est beaucoup moins, ou beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé, voila une réaction face à un résultat qui n’a aucune valeur scientifique (5), en dehors des gens qui ont sérieusement étudié le domaine. A l’évidence, Cicolella a visé juste. 

                        Candide, le journaliste affirme « L'information n'est pas destinée à faire peur : André Cicolella n'est pas de ces marchands d'anxiété. Il plaide simplement, et avec raison, pour des politiques de santé publique tenant compte de l'environnement»       . Bien sûr, Cicolella n’est pas un marchand d’anxiété… C’est sans doute bien malgré lui que son éditeur a choisi le titre, absolument pas racoleur « Toxique planète » !   

            Comme !a plupart des lanceurs d’alerte d’obédience écologiste, Cicolella joue sciemment sur la confusion générale qui assimile les facteurs environnementaux (6)–c’est à dire non directement génétiques-  à  la pollution « chimique ».Faut-il s’étonner que Foucart, qui semble totalement ignorer  ces différences conceptuelles, tombe dans le panneau ?

Réflexion faite, pas si ahurissants que ça :

                Considérons maintenant le chiffre, butiné dans le livre de  Cicolella, qui a « halluciné » Stéphane Foucart. 

« Exemple : le toxicologue, président du Réseau environnement santé (RES), écrit qu'aux Etats-Unis les troubles du spectre autistique (autisme, syndrome de Rett ou d'Asperger, etc.) touchent "un enfant sur quatre-vingt-huit". Allons donc… Un sur quatre-vingt-huit ? Une prévalence si élevée semble impossible. Alors, on vérifie. Et ce que l'on découvre est plus perturbant encore.

D'abord, le chiffre en lui-même existe bel et bien. Ce n'est pas une coquille. Et ce n'est pas le fruit d'une étude douteuse ou controversée. Il a été publié en mars 2012 par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains. Pour l'établir, les CDC surveillent depuis 2007 quatorze sites répartis sur l'ensemble du territoire américain et comptabilisent les enfants atteints de troubles autistiques au sein d'une même classe d'âge du cours élémentaire. Il y a bien plus inquiétant que ce taux d'un sur quatre-vingt-huit : il y a l'évolution de l'indicateur. En surveillant les mêmes communautés et en utilisant les mêmes critères de diagnostic, la prévalence de ces troubles a augmenté de 78 % entre 2007 et 2012. »

Et le journaliste de conclure, superbement : « Rien ne dit que ce sursaut est une tendance lourde qui se maintiendra. Mais le fait est là. Et la rapidité actuelle du phénomène écarte raisonnablement les causes non environnementales. De fait, le pool génétique de la population américaine n'a pas évolué en si peu de temps, pas plus que l'âge moyen de procréation (l'âge de la mère est un facteur de risque). Les CDC notent d'ailleurs un indice précieux : au niveau de 2012, c'est un garçon sur 54 qui est touché, contre une fille sur 252. Cette susceptibilité variable en fonction du sexe met immanquablement sur la piste des perturbateurs endocriniens, ces molécules de synthèse omniprésentes (…) »

            Dont acte. Le journaliste a « vérifié » que ce chiffre (1 sur 88) existait bel et bien (6). Hélas, il n’est pas allé au-delà de la première page des  CDC (7) . Que le chiffres existet lui suffit.

Contrairement à ce que suggère Foucart, les 14 sites  ne sont pas vraiment représentatifs des USA.  « Le pool génétique de la population américaine n'a pas évolué en si peu de temps » , affirme d’autre part le journaliste. Certes , il n’a pas dû beaucoup évoluer en si peu de temps. Mais pour la même raison, on peut écarter la dégradation des conditions environnementales comme facteur unique. Contrairement au journaliste, les auteurs de l’étude se penchent de multiples facteurs, dont les changements intervenus dans le diagnostic de ces troubles, qui pourraient expliquer à eux seuls un tiers de l’augmentation de la prévalence. L’âge moyen des mères à la première maternité, lui aussi écarté par Foucart, augmente très rapidement : de plus d’un mois par an depuis les années 70 (8). A cet âge moyen correspond une part de plus en plus élevée de maternités tardives qui augmentent le risque de l’autisme chez l’enfant.

                Aux multiples causes (dont environnementales) en interaction avec cette augmentation « incroyable », Stéphane préfère l’explication mono causale très cicolellienne , les perturbateurs endocriniens, « ces molécules de synthèse omniprésentes ». Le journaliste semble ignorer l’existence (et l’omniprésence) de perturbateurs endocriniens naturels, notamment les phytoestrogènes...

Une grosse bourde sur l’espérance de vie

                Finalement, l’exemple tiré du livre de Cicolella  par Foucart est très loin d’être un bon exemple. Pourtant tous ces chiffres « ahurissants » , nous dit-il, « font pièce à cette épidémiologie de comptoir selon laquelle "tout va bien, car l'espérance de vie continue d'augmenter" ». On ignore au passage les comptoirs que fréquente le journaliste, en tout cas, on entend rarement ce genre de discours aux comptoirs que je fréquente… Foucart se croit obligé de rajouter : « Rappelons d'ailleurs ici que la notion d'espérance de vie repose sur un postulat dénué de tout fondement, selon lequel la santé à venir des nouveau-nés sera nécessairement identique à celle qu'ont connue les vieillards d'aujourd'hui au cours de leur vie. ».

Ainsi, on peut être journaliste scientifique et méconnaitre totalement la notion d’espérance de vie. L’espérance de vie, une espérance mathématique, ne repose absolument sur aucun postulat.

« L'espérance de vie à la naissance (ou à l'âge 0) représente la durée de vie moyenne - autrement dit l'âge moyen au décès - d'une génération fictive soumise aux conditions de mortalité de l'année. Elle caractérise la mortalité indépendamment de la structure par âge. Elle est un cas particulier de l'espérance de vie à l'âge x. Cette espérance représente, pour une année donnée, l'âge moyen au décès des individus d'une génération fictive d'âge x qui auraient, à chaque âge, la probabilité de décéder observée cette année-là au même âge. Autrement dit, elle est le nombre moyen d'années restant à vivre au-delà de cet âge x (ou durée de survie moyenne à l'âge x), dans les conditions de mortalité par âge de l'année considérée. » (9).

Observer que l’espérance de vie augmente, comme c’est le cas dans la plupart des régions du monde, ça n’est nullement dire « tout va bien », mais faire un constat objectif.  Certaines conditions sanitaires et matérielles se sont améliorées de sorte qu’à tous les âges, la probabilité de décéder dans l’année diminue. L’espérance de vie actuelle à la naissance en France (78,7 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes en 2013(10)) de 4 à 5ans supérieure à celle du début des années 1990, ne prétend absolument pas refléter la santé à venir des nouveaux-nés, comme le croit Foucart, mais mesure l’amélioration de la santé par rapport au passé :   les hommes qui atteignent en 2013 l’âge correspondant à leur espérance de vie actuelle, sont nés nés en 1935, et avaient une espérance de vie de 56 ans lors de  leur naissance…

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Conclusion : Non, tout ne va certes pas bien, mais il n’y a que les « lanceurs d’alerte » pour entendre ce discours « épidémiologique » de comptoir. Quoi qu’il en soit, on se dit que si les journalistes révisaient un peu leurs fondamentaux, ils accueilleraient peut-être les livres de ces « non-marchands d’anxiété » avec un peu plus de réserve.

Anton Suwalki

Notes :

 

‘1)  http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/07/notre-civilisation-pourrait-elle-s-effondrer-personne-ne-veut-y-croire_1828673_3246.html

Nous reviendrons ultérieurement sur cet article.

2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Monde#Finances

3) L’intitulé de la rubrique n’est lui-même pas neutre…

4) http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/10/21/autisme-aux-etats-unis-un-sur-quatre-vingt-huit_3499362_3244.html

5) nb : c’est la réaction face au résultat, pas le résultat en lui-même

6) http://alerte-environnement.fr/2013/10/09/environnement-et-sante-les-manips-du-nouvel-obs-et-dandre-cicolella/

7) http://ije.oxfordjournals.org/content/38/5/1224.full

8) http://voices.yahoo.com/the-average-age-first-time-mothers-4134891.html

9) http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/esperance-vie.htm

10) http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon02229

 

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 22:03

Dans l’article précédemment publié sur ce blog, nous avons vu comment Corinne Lepage s’en est pris à Mme Anne Glover, conseillère scientifique du Président Barroso, l’accusant à tort d’être une ancienne de chez Monsanto.

On nous rapporte dans l’oreillette que, non contente de provoquer la zizanie au sein du parlement européen, elle s’amuse à donner des leçons aux petits producteurs d’huile de palme.

Ainsi le 19 Novembre 2013, elle s’en prend au compte @palmoilfarmer

« @PalmOilFarmer votre responsabilite sur la sante, le changement climatique et l environnement humain et  naturel est immense et doit cesser »

 

 

 

 lepage.png

 

On sera attentif à l’impératif « doit cesser ». Nous n’entrerons pas dans le fond du problème. Pour ce qui concerne la problématique huile de palme et santé, nous renvoyons le lecteur au symposium qui a eu lieu à Paris sur le sujet. Pour ce qui concerne la partie environnement, nous suggérons notre critique du livre d’Emmanuelle Grundmann. Sur la forme, une fois de plus, on a l’impression que la député européenne fait tout ce qui est en son possible pour attirer l’attention sur elle et se faire remarquer. Une technique qui laisse songeur : mais que veut vraiment Corinne Lepage ? 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 18:06

« Je n’achèterai plus jamais d’aliment contenant de l’huile de palme. Elle est responsable de la déforestation, de la disparition des derniers orang-outang, c’est une huile hydrogénée mauvaise pour la santé, et ça enrichit les multinationales » .

 

Ces propos tout en nuances m’ont été récemment tenus par un « consommateur citoyen ». Même pas besoin de le torturer pour qu’il avoue ses sources. Il venait de voir le documentaire de France 5 : « Palme : une huile qui fait tâche » (1). La leçon a été bien retenue, semble-t-il !

 

Lorsque les écologistes inventent un nouvel objet à détester, on peut s’attendre à un véritable matraquage médiatique. Concernant le palmier à huile, la machine infernale est lancée, et ça ne fait que commencer.

 palme

 


1ère partie :

 

Dans la foulée de ce documentaire, citons un talk-show sur RTL-B, une émission de la Tête au carré sur France Inter, avec pour invité principal Emmanuelle Grundmann, auteur d’un livre intitulé Un fléau si rentable : vérités et mensonges sur l’huile de palme (2).  

 

Cette biologiste naturaliste et documentariste est l’auteur de plus de quinze ouvrages, essentiellement consacrés aux primates et aux forêts. La voici donc qui s’intéresse à la culture du palmier à huile et à l’industrie de l’huile de palme.  Nous avions publié sur Atlantico (le seul média en ligne qui ait accepté la publication) une tribune traitant de la communication relative à la parution de ce livre (3):

 

« Notons tout d’abord que l’éditeur présente ce travail sur l’huile de palme comme "la première enquête documentée, rigoureuse et impartiale sur ce nouvel or 'vert' qui fait le tri entre les vérités et les mensonges qui polluent le débat." De fait, nous ne sommes pas en mesure de discuter du contenu détaillé de cet ouvrage à paraître, mais sa supposée crédibilité et son impartialité tant vantées a priori par l’éditeur apparaissent d’ores et déjà très douteuses, et laissent craindre le pire. »

 

 

Un pari, certes, mais  en définitive pas très risqué. A son crédit,  Emmanuelle Grundmann prend soin d’adopter un ton plus posé, loin de la grossièreté et des borborygmes d’une Marie-Monique Robin. Pour le reste, on est plus que réservé sur sa capacité à démêler la vérité des mensonges, à peser le pour et le contre.

 

Beaucoup d’informations totalement erronées

 

Tout d’abord, Emmanuelle Grundmann semble avoir essentiellement débriefée par ce qu’elle appelle pudiquement les « ONG », telles que la WWF ou Friends of the earth, dont nos lecteurs connaissent la très grande objectivité. Ensuite, il y a dans le lot des informations facilement vérifiables de telles énormités que le doute est permis concernant tout le reste. Citons quelques exemples :

 

-          Les holdings Palmia et Sifca auraient ainsi investi 154 milliards de dollars dans la construction d’une raffinerie à Abidjan, mise en service en 2010. Comme la plupart des journalistes, Emmanuelle Grundmann n’a aucun sens des ordres de grandeur réalistes : 154 milliards de dollars, c’est 6 fois le PIB ivoirien, ou l’équivalent d’une cinquantaine de plateformes pétrolières en mer très profonde ! Au cours actuel de l’huile de palme et avec une production de 418 000 tonnes par an (4) , et à supposer que le vil exploiteur ne paie même pas ses salariés,  cela fait seulement… quelques centaines d’années pour espérer amortir l’installation (ne parlons même pas de profit). On savait qur les multinationales étaient très,très méchantes, mais on ignorait qu'elles étaient aussi peu perspicaces en matière investissement ! Qui a soufflé cette ânerie  à Emmanuelle Grundmann ? On ne le saura pas.   

 

-   Les thèmes environnementaux de la déforestation, qui intéressent tant l’auteur amie des primates et à la fibre écologiste, sont aussi maltraités.  « Aujourd’hui, le palmier à huile représente un dixième des terres cultivées de la planète », affirme l’auteur. Elle s’est simplement trompée d’un facteur de 1 à 10, si on en croit les statistiques de la FAO (5) !  Ces chiffres lui ont-ils été soufflé par les ONG ? « (..) dans le cas de l’Indonésie, 56% de l’extension de ces cultures se font au détriment des forêts ». Autre information douteuse dont Emmanuelle Grundmann se garde bien de donner la source. Doit-on d’ailleurs comprendre 56% actuellement ? ou bien 56% depuis l’essor de la culture du palmier à huile ? Chacun comprendra le chiffre dont le sens qu’il voudra. Or si l’auteur admet que « l’huile de palme pourrait devenir une ressource lipidique durable si elle était par exemple cultivée sur des terres dégradées », il semble que ce soit majoritairement le cas, comme l’indique Alain Rivasi, spécialiste de l’huile de palme au CIRAD :

 

« Sur les 21 millions d’hectares de forêt primaire qui ont disparu en Indonésie entre 1990 et 2005, seulement 3 millions correspondent à la création de palmeraies . Quid des 18 millions restant ? Les concessions forestières sont accordées par les pouvoirs publics d’abord pour l’exploitation du bois. Lorsqu’elles ne sont pas replantées, les surfaces déforestées sont laissées en friche jusqu’à ce qu’elles deviennent des savanes dégradées qui seront, ou non, reconverties pour des activités agricoles. (6) » 3 millions d’hectares sur 21, cela fait 15%. Et à tout prendre, ne vaut-il pas mieux des palmeraies que des savanes dégradées ?

 

 

- Qui dit déforestation dit bilan carbone , et Emmanuelle Grundmann n’hésite pas à affirmer « [qu’] en 2010, la déforestation pour de nouvelles plantations de palmiers a résulté dans l’émission de 140M de tonnes de CO2. Des taux records (sic ! 140 M est un « taux ») qui ont placé l’Indonésie dans le peloton de tête des pays émetteurs de gaz à effet de serre, derrière les États-Unis et la Chine ». Là encore, on se gratte la tête devant une telle énormité. L’Indonésie n’est même pas dans les 10 premiers émetteurs mondiaux en  termes d’émissions totales, mais encore elle n’est même pas dans la moyenne mondiale en terme d’émissions de Co2 par habitant (respectivement 1,7 tonne et 4,4 tonnes) (7) .  Comment peut-on être journaliste en 2013, et écrire de pareilles âneries, à une époque où toutes ces informations sont aisément disponibles ? 

 

 

Un petit complot en veux-tu ? En voilà !

 

Un bon livre écologiquement correct ne va pas sans un petit couplet complotiste. En Indonésie toujours, « la majeure partie des feux de forêts de 1997-1998 est imputable à une (..) cause : le palmier à huile, de manière directe ou indirecet. Il est d’abord intéressant de noter que lors du dernier grand El Niño en 1982-1983, les feux étaient sinon inexistants, du moins rares, Le fait qu’il n’y ait eu à cette époque aucune compagnie exploitant le palmier à huile relève-t-il de la simple coïncidence ?».

Non, répondra de lui-même le lecteur, avant même de lire les très minces preuves à charge. Là où la question insidieuse devient comique, c’est lorsqu’on sait que les incendies de 1982-1983 étaient tout sauf rares : « L'Est-Kalimantan a enduré une très longue période de sécheresse de juin 1982 à avril 1983. La superficie des forêts brûlées est évaluée à environ 3,6 millions d'hectares. Aucun incendie de cette ampleur n'avait eu lieu auparavant. Des saisons sèches prolongées se sont renouvelées en 1987, 1991, 1994 et 1997, et les surfaces touchées par les feux de forêt se sont élevées respectivement à 49 323 ha en 1987, 118 881 ha en 1991, 161 798 ha en 1994 (Deddy et Brady 1997), et 263 992 ha en 1997. (8) »

 

Soit selon ces estimations , en 1982-1983, plus de 13 fois l’ampleur des dévastations de 1997-1998 . A la limite , si coïncidence il fallait y voir, ça serait pour se demander si les compagnies exploitant le palmier à huile n’ont pas au contraire mis toute leur énergie à empêcher les feux de forêt !

 

Inutile de donner dans l’angélisme, et admettons tout de même la plausibilité de feux de forêts criminels dont auraient été responsables des compagnies exploitant le palmier à huile : on peine déjà à comprendre la notion de responsabilité « indirecte » évoquée par Emmanuelle Grundmann. Mais surtout, sur quoi reposent ses accusations ? L’analyse (sans la moindre référence indiquée) de cartes satellitaires et « de nombreux témoignages » (sic !), indiqueraient que de 50 à 80% des feux de Bornéo étaient imputables à l’expansion des palmiers à huile. « De nombreux témoignages » ! Voilà ce qu’on appelle la précision journalistique.  Notons que l’on a peu de raison de donner du crédit à ces chiffres, compte tenu de toutes les carabistouilles précédemment relevées.

Emmanuelle Grundmann se base par ailleurs sur l’ « étude » d’un certain Christian Gönner (9), ethnologue qui sait faire parler le bon sens indigène : « Ces feux ne tombent pas du ciel », pontifie-t-il. Faut-il le souligner ,aucune preuve solide à l'appui de ses allégations... C’est probablement dans l’œuvre de ce monsieur qu’Emmanuelle Grundmann a pêché l’info selon laquelle « Pendant [El Niño] 1982/83 il n’y avait pas de compagnies palmistes et pas de feux,et [en 1997-1998] il y avait ces compagnies et il y a eu ces feux ».

Quand on est journaliste, pourquoi se fatiguer à vérifier une information ?

 

 

A suivre

Anton Suwalki

 


Notes :

 

(1) http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-programmes/LE-MAG-N-23-2013/articles/p-18221-Palme-une-huile-qui-fait-tache.htm

 

(2) Éditions Calmann-Levy

 

(3) http://www.atlantico.fr/decryptage/huile-palme-fleau-tres-rentable%E2%80%A6-pour-ceux-qui-on-fait-critique-fonds-commerce-mediatique-stephane-adrover-830467.html

 

 (4) http://www.afrik.com/l-huile-de-palme-l-autre-poumon-economique-de-la-cote-d-ivoire,31179

 

(5) http://faostat3.fao.org

 

(6) http://www.cirad.fr/actualites/toutes-les-actualites/articles/2010/science/huile-de-palme-et-idees-recues

 

(7) http://www.iea.org/co2highlights/co2highlights.pdf

 

(8) http://www.fao.org/docrep/003/x2095f/x2095f0s.htm

 

(9) http://www.fire.uni-freiburg.de/iffn/country/id/id_24.htm

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