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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 16:54

A la suite de la publication de l’expérience OPERA qui remettrait en cause ce qui semblait être un acquis inébranlable des connaissances en physique (l’impossibilité de dépasser la vitesse de la lumière dans le vide) (1), on devait s’attendre à ce que des centaines de scientifiques se mettent fébrilement à rechercher la moindre petite faille dans le dispositif expérimental ou dans l’interprétation des données de l’expérience. Ca paraît tout à fait normal que pour un résultat extraordinaire, on exige un niveau de preuve très élevé. L’attitude des chercheurs de l’expérience OPERA est d’ailleurs elle-même exemplaire. Ils n’estiment que la preuve de leur découverte ne sera réellement établie que lorsqu’elle sera reproduite par d’autres expériences indépendantes.

 

         Sur son  blog Sciences2 (2), Sylvestre Huet, dont nous avons salué le travail de veille journalistique et scientifique à propos de Fukushima (3), est revenu sur deux tentatives de réfutation des résultats de l’expérience OPERA. L’une et l’autre des critiques apparaissent, même lorsqu’on a aucune compétence particulière sur le sujet, pour le moins rapides.

 

         L’auteur de la première critique , John Costella , physicien de l’Université de Melbourne, semble s’être un peu précipité en croyant déceler une erreur statistique très élémentaire (4), dont il était un peu naïf d’imaginer qu’une équipe de chercheurs éprouvés serait passée à côté. L’autre critique émane de Carlo Contaldi, chercheur en physique théorique de l’Imperial College de Londres, qui pensait avoir découvert un problème de prise en compte des incertitudes en matière de synchronisation des horloges. Or s’il est impossible pour un béotien de se faire soi-même une idée de la pertinence de la critique, on peut s’en remettre à un autre physicien interrogé par Sylvestre Huet qui estime que « les vérificateurs étaient parfaitement conscients du piège possible soulevé par Contaldi ». Il semble donc que là encore, la critique ait été un peu naïve et précipitée.

 

          Des scientifiques qui dégainent trop vite et dont la critique s’effondre aussitôt, ça n’est pas la première ni la dernière fois que cela arrive. Cela les décrédibilise-t-il complètement les travaux qu’ils ont mené et leur parole future ? Pour leurs travaux passés, une recherche sur Google Scholar permet déjà de lister leurs articles peer-reviewed, de constater qu’ils ont beaucoup publié et qu’ils ont été fréquemment cités. Seuls des spécialistes pourraient nous dire de l’importance de leur apport de chercheurs.  Pour leur crédibilité future, cela dépend en partie de leur capacité à se rétracter.

 

 

         C’est ce qu’à fait presqu’aussitôt John Costella. Lui qui avait qualifié de « gaffe embarrassante » la résultats annoncés par les chercheurs d’OPERA, admet avec une certaine humilité que « si gaffe embarrassante il y a, c’est la mienne et uniquement la mienne ».  Or ça n’est pas cette humilité et cette honnêteté que relève Sylvestre Huet, qui commente la rétraction avec une ironie assez déplacée : « rétraction pas aussi rapide que la lumière, mais presque » .  Et de s’interroger : « Était-il possible de se méfier de Costella, avant même de lire son article ? Probablement, c'est aussi un adepte de la conspiration climatique, dénonçant le scandale du Climategate) et les climatologues conspirateurs » .

 

Nous y voilà ! L’affaire des neutrinos « trop véloces » était surtout pour notre journaliste de taper sur les climatosceptiques, sa bête noire. Voilà comment les obsessions de Sylvestre Huet finissent par nuire à l’ensemble de sa production journalistique. Concernant le deuxième sceptique des neutrinos véloces, le commentaire de Sylvestre Huet  ne mentionne aucune adhésion à la « conspiration climatique ». Mais alors, était-il possible de se méfier de Contaldi , avant même de lire son papier ? Sylvestre Huet  ne répond pas là-dessus, peut-être tout simplement parce que e comme nous, la complexité du problème le dépasse, d’où le choix de critères exogènes douteux … C’est à se demander d’ailleurs s’il existe d’autres critères de crédibilité que le positionnement sur la question climatique pour lui. Même lorsqu’on parle de tout-à-fait autre chose !  

 

Notons que s’il se gausse de la rétractation pas aussi rapide que la lumière, mais presque de John Costella que nous mettrions plutôt à son crédit, Sylvestre Huet mentionne sobrement à propos de Contaldi que « le responsable de ce système, Dario Autiero de l'IPN de Lyon, Cnrs, lui a donné les éléments d'informations nécessaires à ce qu'il se rétracte désormais » . A notre connaissance, 3 semaines plus tard, Contaldi ne s’est toujours pas rétracté publiquement après avoir déposé son commentaire sur le site arXiv (5). Mais pour Sylvestre Huet, mieux vaut peut-être trainer des pieds à reconnaître une erreur que d’avoir émis des doutes sur certaines pratiques du GIEC.

 

Avant même cette anecdote, on était déjà en droit de douter de la neutralité de Sylvestre Huet lorsqu’il informe sur le climat. On ne peut pas d’une part s’acharner contre Allègre (dont il a certes contribué à révéler les petits arrangements avec la vérité), et montrer d'autre part tant de mansuétude à l’égard du GIEC (« climategate » (6), « himalayagate ») et se prétendre neutre.

 

Constatons aussi , que plus d’un mois après la publication de deux articles (dont un dans Nature, ce qui est peu plus prestigieux qu’une page science dans Libération) sur les résultats de l’expérience Cloud mené par le CERN (7) , Sylvestre Huet n’a toujours pas trouvé le temps d’y consacrer un billet, dont il aurait pu écrire en toute objectivité que la portée de ces expériences est sans doute difficile à évaluer, mais qu’elles pourraient aboutir à revoir à la hausse le rôle des facteurs non anthropiques dans le climat. On n’en demandait pas davantage à un journaliste, historien de formation,  qui prétend simplement informer sur le climat et les progrès de la science climatique. Silence radio de Sylvestre Huet sans doute débordé de travail, alors qu’il a trouvé le temps d’écrire des billets sur les neutrinos véloces pour combattre les climatosceptiques, de relayer une nouvelle charge contre Claude Allègre  , et de publier le bilan climatique du mois d’août 2011 selon James Hansen. Ce même Hansen qui s’exprimait ainsi : « Des sociétés ayant leurs intérêts dans les combustibles fossiles ont propagé le doute sur le réchauffement, de la même manière que les cigarettiers avaient cherché à discréditer le lien entre la consommation de tabac et le cancer. Les PDG de ces sociétés savent ce qu’ils font, ces dirigeants devraient être poursuivis pour crime contre l’humanité et la nature » (8). Car bien entendu, le climato scepticisme ne peut rien être d’autre que l’expression des intérêts pétroliers !

 

Que pense Sylvestre Huet de cet engouement très à la mode pour  les tribunaux d’exception (9) ? Personnellement, je suis plutôt content qu’on laisse la guillotine rouiller dans un coin, (pas aux USA, il est vrai) quand bien même s’il s’agirait de « punir » des scientifiques déviants ou malhonnêtes… Sans compétence en matière de climat, on doit de se contenter d’essayer de comprendre, de voir ce qui fait consensus ou pas, d'estimer si les partisans de théories alternatives sont de simples originaux ou des gens sérieux, qu’ils se trompent ou pas. La théorie du RCA est à l’évidence majoritaire actuellement parmi les scientifiques qui étudient le climat. Dont acte . Mais j’ai tout de même tendance à me méfier des gens qui, prétendant détenir LA vérité, disent que les autres sont tous des menteurs ou des vendus, et ne verraient aucun inconvénient à « trancher » les débats à la guillotine. Remarquons que le tous pourris sauf nous, que manie Hansen à l’intention des climatosceptiques  est un aussi un argument classique des chevaliers blancs de la « science  indépendante »  anti-OGM.     

 

 

 

Anton Suwalki 

 

 

(1)           http://imposteurs.over-blog.com/article-plus-vite-que-la-lumiere-85001805.html

           (2)http://sciences.blogs.liberation.fr/home/

            (3) http://imposteurs.over-blog.com/article-des-informations-en-continu-sur-la-centrale-japonaise-de-fukushima-daichi-69394220.html

            (4) http://sciences.blogs.liberation.fr/files/neutrino-blunder.pdf

  

 (5) http://arxiv.org/abs/1109.6160

(6) Climategate qui n’a certes pas la portée que certains sceptiques ont largement exagéré, mais qui révèle des choses pas très jolies, notamment quand on suggère de menacer des revues scientifiques qui publient des articles à teneur climatoscleptiques

(7)

http://www.nature.com/nature/journal/v476/n7361/full/nature10343.html

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0021850211000632

(8) http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/10/05/crime-ecologique-crimes-verts-ecocide/

(9) http://imposteurs.over-blog.com/article-les-technophobes-veulent-un-tribunal-russell-contre-les-crimes-du-nucleaire-civil-81705359.html

 

 

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Published by Anton Suwalki - dans Divers
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commentaires

Clovis Simard 25/08/2012 19:38


BLOG(fermaton.over-blog.com)


No-11, NEUTRINO. Une nouvelle théorie en physique ??

loup garou 08/06/2012 16:30


il s'agissait seulement d'un problème dû à des instruments de mesure..., ce qui était suspecté depuis quelques temps déjà :


 


" indicating that the original OPERA measurement can be attributed to a faulty element of the experiment’s fibre optic timing system"


 


http://press.web.cern.ch/press/PressReleases/Releases2011/PR19.11E.html


 


y aura-t-il autant de bruit dans la presse ?

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 27/10/2011 19:22



BLOG(fermaton.over-blog.com)


No-11, NEUTRINO. UNE NOUVELLE THÉORIE EN PHYSIQUE ??



Karg 21/10/2011 15:45



La position de Greenpeace est absurde sur la totalité des sujets abordés par cette secte. Demandez de la rationalité scientifique à Greenpeace, c'est comme demandé à un croyant d'admettre qu'il
n'existe vraisemblablement pas de dieu, ça ne rime à rien. 



cdc 21/10/2011 15:26



Je ne fais pas d'analogie entre le RGA et la tectonique des plaques, je dis simplement que la position de Greenpeace est absurde. En ce qui concerne le RAG lui-même, si la partie "réchauffement
plus ou moins global" n'est pas niée (sauf éventuellement par quelques illuminés ou incompétents), sa partie anthropogénique, elle, peut faire l'objet de débats scientifiques sans être
automatiquement condamnée comme étant anathème. Ainsi que Roy Spencer l'a fait remarquer, c'est le temps (weather) qui corrige le climat, ce sont les systèmes nuageux qui mettent en
oeuvre le deuxième principe de la thermodynamique. Mais il est malheureusement devenu impossible aujourd'hui de critiquer le moins du monde les modélisateurs qui font la pluie et le beau temps au
GIEC sans se faire accuser d'être au choix, un vendu, un négationniste ou même un facho. Et encore, il s'agit là des gens du WG1, qui sont des gens sérieux et compétents ; on n'oserait pas en
dire autant de ceux des WG2 et 3.



Karg 21/10/2011 10:45



Il faut bien différencier trois choses:


- le changement climatique en lui même


- l'origine naturelle ou antropologique de ce changement (ou la part relative de chacun)


- les possibilités d'intervenir pour le ralentir ou l'accélérer 


Quasiment aucun scientifiques ne nie le changement (ce qui ne veut rien dire, le climat est rarement stable sur de longue période), par contre il y a débat sur l'influence humaine et la part de
cette influence dans ce phénomène.


L'analogie avec les théories de Wegener est abusive, si il avait eu une incroyable intuition, bien argumenté, pour prouver la dérive, il n'a pas fournit d'explication valable sur le moteur du
phénomène, l'attribuant aux marées lunaires. Les scientifiques qui travaillent sur le changement climatique proposent des explications plus crédibles que celles avancés par leurs contradicteurs,
d'où le soutient d'une majorité de climatologue à la théorie anthropique. 



cdc 21/10/2011 10:26



Ce qui me rappelle la position de Greenpeace "pas de discussion avec les négationnistes [du RAG]" - et je fais à nouveau remarquer que la "dérive des continents" de Wegener était une hypothèse
complètement farfelue et discréditéee encor dans les années soixante. Ce qui ne prouve pas, bien entendu, la validité des thèses dites "climato-sceptiques" mais met à leur juste valeur les
arguments de certains de leurs adversaires, et je regrette sincèrement que Sylvestre Huet soit un de ces chiens de garde du GIEC qui perde tout sens commun dès qu'on agite le chiffon rouge du
scepticisme climatique.



karg 20/10/2011 13:55



 "Était-il possible de se méfier de Costella,
avant même de lire son article ?"


Il faut se méfier de toute les articles scientifiques, les chercheurs ne sont pas parfait, entre les
erreurs, les petits arrangements plus ou moins inconscient, il faut toujours avoir une lecture critique.


Le débat sur l'impact les rejets de CO2 n'a aucun intérêt pour deux raisons:


- Que ce soit dans 30 ans ou dans 200 ans, il n'y a aura plus assez d'énergie fossile pour notre
civilisation industriel, il faut préparer la transition vers le nucléaire à neutron rapide en produisant du combustible d'amorce (P238 et U233) dans les prochaines décennies. Une fois les
réserves d'U235 épuisés il sera trop tard.


- Tout le combustible fossible exploitable le sera tôt ou tard, quelques soient les restriction
imposé. Quand ça prennent 30 ans ou 200 ans pour arriver au bout ne changera pas fondamentalement la done. 



José Mové 20/10/2011 10:21



Pardon, Henri...



José Mové 20/10/2011 10:20



Bonjour,


 


Sur les deux sujets évoqués, à savoir le réchauffement climatique et l'expérience OPERA je ne saurais vous trop vous conseiller l'excellent blog nu non moins excellent Gilles Henry dont
j'apprécie les interventions toujours pertinentes sur les forums de Futura-Science : http://www.energieclimat.net/



Stéphanie 20/10/2011 09:08



Bon , moi j'y connais rien en sciences mais je pensais que les théories nouvelles devaient faire leurs preuves et qu'en sciences il y avait une sorte de compétition , un peu comme la "séléction"
Darwinnienne dans la nature et que c'est indispensable . Mais maintenant si cela est polué par des machins idéologiques de merde qui viennent de n'importe où , ce n'est plus de la compétition ni
de la critique , c'est de la réthorique qui parasite le langage scientifique comme une sorte de trucage linguistique pour frimer .


Mon com' est un peu zarbi ... Désolée .....



Sceptique 20/10/2011 06:11



La neutralité, la vraie, n'existe pas, chez personne. Les scientifiques s'y contraignent, mais sûrement pas sans douleur. Un journaliste scientifique, c'est un
journaliste qui aime la science. Mais l'amour est un sentiment discriminatoire! On ne peut pas attendre d'un journaliste scientifique la même rigueur que celle d'un scientifique respectueux des
règles.


Heureusement cette question des neutrinos ne sera pas le germe d'une guerre civile. Jusqu'à maintenant, les physiciens sont restés impavides face à ce fait paradoxal...de très faible amplitude.



Laurent Berthod 20/10/2011 00:22



Sylvestre Huet n'a jamais rien compris à la science qui se fait. Il ne comprend, et encore, que la science acquise. C'est pourquoi il croit à la science - je
ne sais quel est le meilleur qualificatif - instituée ou institutionnelle. Le débat scientifique est hors de portée de son schéma
neuronal ! C'est pourquoi il faut toujours se méfier de ce qu'il raconte, même quand il arrive qu'il ait raison.