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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 13:52

Troisième partie : Les atteintes alléguées à l'honneur et à la considération à l'épreuve des faits

 

 

 « Marchand de peurs »

 

Le Tribunal décidera sur un qualificatif qui tend à s'imposer dans la langue française comme la traduction de « scaremonger» et qui désigne de façon simple et imagée une personne ou une institution qui tient un discours anxiogène.

 

S'agissant des faits, les déclarations faites par M. Séralini dans l'émission Le Magazine de la santé ne sont pas les seules à porter le même message.  L'Internet est bourré de séquences vidéos de M. Séralini sur Youtube, Dailymotion, etc.  Certaines sont accessibles depuis le site du CRIIGEN [1].

 

S'agissant du droit, quelques membres du public qui ont assisté à l'audience du 23 novembre 2010 ont relevé que le Procureur de la République avait souligné que, s’agissant d’un sujet important et d'intérêt général, la plainte en diffamation ne saurait être un moyen de faire obstacle à l’expression indispensable de toutes les opinions [2].  On peut ajouter qu'un militant fortement médiatisé, chercheur ou autre, doit s'attendre à être vertement tancé par ceux qui ne partagent pas son avis, surtout lorsque l'objet du différend, d'ordre scientifique, est susceptible de s'analyser sur un mode binaire, en termes de vérité ou d'erreur scientifiques, ou encore en termes de contribution à la connaissance scientifique ou de manipulation de l'opinion.

 

 

Les travaux, les déclarations et la communauté scientifique

 

Or, le propre des travaux scientifiques de M. Séralini et de ses collègues est qu'ils sont très largement médiatisés, et ce, avec des exagérations à la clé.  Et c'est souvent à sa propre initiative, comme le lui ont reproché, par exemple, M. Jean-Baptiste Bergé et M. Marcel Kuntz [3], et avec un art consommé de l'opportunisme pour, selon les termes de M. Bergé « impressionner le monde politique qui doit statuer sur l’autorisation d’utilisation des OGM ».

 

Mais, paradoxalement, un adepte de l'intégrisme sémantique n'a aucun mal à réfuter les opinions de l'AFBV et de très nombreux observateurs sur la qualité des prestations scientifiques et médiatiques de M. Séralini.  Et l'intégrisme sémantique, quand il sert l'objectif, est la marque distinctive du militant pour une cause contestable et, en justice, du chicaneur...

 

L'honnête chercheur – au sens de l'honnête homme – n'a pas de temps ni de fonds à perdre à fouiller les poubelles de la science et à réfuter avec fracas, pour prendre une terminologie anglaise, la >junk science ou la science with an agenda.  M. Séralini et ses collègues ont donc beau jeu de se défendre en arguant du fait que ses contradicteurs (détracteurs selon leur terminologie) n'ont pas publié, comme eux, dans des revues à comité de lecture (en jetant toutefois un voile pudique sur les insuffisances du contrôle par les pairs et le faible impact de ces revues [4]).

 

Il y a cependant quelques réfutations cinglantes [5], en plus de ce qu'on peut trouver sur des blogs.  Et surtout, les rapports des agences de sécurité sanitaire qui ont été appelées à se prononcer sur les publications de M. Séralini et de ses collègues, ces rapports étant essentiellement des œuvres  collectives d'experts de haut niveau des différentes disciplines en jeu.

 

On pourrait donc arguer que M. Fellous et l'AFBV ne pouvaient pas faire état d'une opinion (unanime) de la communauté scientifique, M. Séralini et ses collègues y comptant des amis témoignant de la qualité de leurs travaux [6].  Mais l'intégrisme sémantique ne peut l'emporter sur le processus normal de développement de la connaissance scientifique ; il en est de même du comptage des forces en présence (y compris les forces non scientifiques), inhérent à une conception « démocratique » ou « citoyenne » de la science, qui tend à se répandre dans les milieux dits alternatifs dès lors que cela les arrange (dans d'autres situations, c'est le « seul contre tous », le lanceur d'alertes, qui doit prévaloir sur une science alors nécessairement « officielle », dans le sens péjoratif du terme, et dévoyée, sinon corrompue).  Priorité donc à la crédibilité matérielle des arguments en présence.  Ainsi qu'on l'a montré ci-dessus, le dossier est accablant.

 

Il en est de même pour les déclarations de M. Séralini et de ses collègues dans la presse ou dans des réunions, déclarations qui de toute manière souffrent d'exagération anxiogène, ce qui suffit à les discréditer.  Les honnêtes chercheurs n'ont pas vocation à descendre dans l'arène médiatique.  En outre, face à un discours alarmiste, ils sont doublement pénalisés (quand ils ne tombent pas dans un guet-apens [7]).  D'une part, toute réponse honnête est inaudible, ou inefficace, voire contre-productive dans la mesure où on ne peut pas rapporter la preuve absolue d'une innocuité.  D'autre part, les médias ne sont pas vraiment preneurs, en particulier lorsqu'une réponse à une déclaration d'un marchand de peurs implique qu'ils fassent un <i>mea culpa</i> à propos de l'article auquel il est répondu.  Le silence qui a accueilli le communiqué de presse de l'AFBV (tout comme le rapport subséquent du HCB) en est une preuve éclatante [8].

 

Au total, l'assertion que les déclarations médiatiques de M. Séralini sont systématiquement contestées par la communauté scientifique se vérifie essentiellement par les communiqués de presse des autorités de sécurité sanitaire, qui reposent eux-mêmes sur les analyses de scientifiques compétents ; par quelques articles et commentaires publiés dans des revues scientifiques ; et par des commentaires sur des blogs.  À notre sens cependant, cela suffit amplement à conforter l'AFBV dans son assertion.

 

 

Diffamation avérée c. diffamation alléguée

 

Si le juge est appelé à dire si M. Fellous et l'AFBV ont diffamé M. Séralini, il est un fait avéré que les militants anti-OGM ont franchi la ligne blanche en de nombreuses occasions.  M. Séralini n'échappe pas à cette constatation.

 

Exemples avec une interview de M. Séralini, Les OGM : « un scandale scientifique historique «  publiée le 19 mai 2010 [9], donc après le dépôt de la plainte :

 

« Le premier résultat de ces recherches est que les OGM sont évalués d’une manière incompétente et malhonnête. »

 

ou :

 

« Cette dernière [l'AFBV] diffame sans raison parce que certaines personnes qui la composent, comme Marc Fellous ou Axel Khan (sic) ont autorisé les premiers OGM commercialisés sur des bases qui ne sont pas sérieuses du tout. »

 

ou :

 

« Le seul fait de dire que les tests européens sont laxistes représentent (sic) un tabou scientifique organisé par ces gens là. »

 

Les amis de M. Séralini ne sont pas en reste.  De fait, c'est le présumé diffamateur qui est diffamé !

 

On en prendra pour exemple Mme Corinne Lepage, figure emblématique du CRIIGEN puisqu'elle en est une co-fondatrice et qu'elle en accueille le siège dans son cabinet d'avocate (et siège de parti).  Elle écrit en particulier dans La riposte des lanceurs d'alerte sur Mediapart [10] :

 

« L’association qui dénigre le professeur Gilles-Eric Séralini est composée de personnes qui ont des liens avec l’agrosemence. Le conseil de Gilles-Eric Séralini a établi, preuves à l’appui, que 14 membres de cette association avaient déposé des brevets auprès des agrosemenciers~ et que 12 d’entre eux administraient ou étaient employés par une firme agrosemencière. Quant à Marc Fellous, il omet dans son CV de préciser qu’il a déposé 2 brevets pour la société YEDA qui est la partie commerciale de l’institut Weismann (sic).

 

« Il n’y a rien de déshonorant à travailler pour les organismes fabricant des OGM et à déposer des brevets. En revanche, il est tout à fait anormal de se prétendre expert défenseur d’une science qui serait désincarnée, désintéressée et détachée de toutes considérations mercantiles en omettant soigneusement de préciser son activité réelle. Il est encore plus anormal de bâtir une stratégie de défense des groupes ou intérêts pour lesquels on travaille en dénigrant des chercheurs dont le seul tort est de gêner ces groupes. Il est enfin purement scandaleux d’avoir ce type de comportement pour éviter qu’un sujet de santé publique ne vienne sur la table et pour tenter de dissimuler une vérité qui dérange. Or, c’est précisément le sujet. »

 

Ce texte mériterait une analyse détaillée, mais on se contentera ici de deux observations :  d'une part, il est faux – et par conséquent diffamatoire compte tenu du contexte – de prétendre que l'AFBV « est composée de personnes qui ont des liens avec l’agrosemence » (du reste, un fort curieux néologisme que cette « agrosemence ») ; d'autre part, il est manifestement diffamatoire d'insinuer que M. Fellous a « omis » de mentionner le dépôt de deux brevets (Mme Lepage ignore aussi, ou feint d'ignorer, les règles du droit des brevets, ainsi que la politique de propriété intellectuelle des instituts de recherche) et qu'il a omis « soigneusement de préciser son activité réelle », etc. [11].

 

Quant à Mme Marie-Monique Robin, elle n'a pas hésité à reproduire sur le blog mis à sa disposition par Arte la parties du mémoire du conseil de M. Séralini dans laquelle celui-ci a prétendu démontrer les liens – pour ainsi dire incestueux – de deux douzaines de personnalités avec le monde de l'entreprise [12].

 

En dernière analyse, la tentative de discréditer l'AFBV tant dans la presse que dans un tribunal – qui plus est dans en procès en diffamation – par l'étalage des brevets et demandes de brevets auxquels les travaux des chercheurs membres de l'AFBV ont donné lieu est un véritable hommage du vice à la vertu.  L'AFBV : un repaire de chercheurs qui non seulement cherchent, mais également trouvent...  voilà ce qui lui est reproché.

 

Mais on ne s'étonnera pas que l'AFBV soit aussi dénigrée avec l'argument inverse de l'incompétence.  Ainsi, dans leur argumentaire en réponse aux critiques auxquelles leur article de décembre 2009 a donné lieu, dans le dossier à l'appui de la pétition de soutien à Gilles-Éric Séralini et ses collègues, ceux-ci écrivent :

 

 « …le président et les parrains de l’[...] (AFBV), Marc Fellous, Axel Kahn, Jean-Marie Lehn, Claude Allègre… n’ont pas publié de recherche dans des revues scientifiques internationales sur la génétique végétale, la biotechnologie végétale ou la sécurité sanitaire des OGM agricoles. » (Notre traduction) [13.]

 

Jacques Testart, témoin en faveur de M. Séralini, a aussi succombé au piège des petites phrases assassines tant dans son témoignage, en suggérant par exemple que M. Fellous n'aurait peut-être pas mené d'études expérimentales [14], que dans la presse, en mentionnant« le sieur Claude Allègre, compagnon de route scientiste de Marc Fellous et membre de l'AFBV... (c'est fou l'étendue des compétences d'un géologue...) » [15].

Wackes Seppi

 

Dernière partie à suivre

______________

 

[1]   http://www.criigen.org/SiteFr//index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=64&Itemid=83

Une recherche sur Séralini et Youtube produit 44.400 résultats.

 

[2]  Voir notamment Bien utiliser les medias : par E. Seralinicommentaire de campremi :

http://alerte-environnement.fr/?p=3384

À notre connaissance, aucun des médias qui a commenté l'audience n'a fait référence à cet aspect.

 

[3]  Voir deuxième partie, notes [6] et [12].

 

[4]  Voir notamment les critiques de M. Jean-Baptiste Bergé, note [6] de la deuxième partie, et de M. Sylvain Charlebois, note [1] de la deuxième partie.

 

[5]  Notamment Doull J, Gaylor D, Greim HA, Lovell DP, Lynch B, Munro IC, Report of an Expert Panel on the reanalysis of a 90-day study conducted by Monsanto in support of the safety of a genetically modified corn variety (MON 863), Food Chem Toxicol. 2007 Nov;45(11):2073-85. Epub 2007 Aug 30 :

http://ucbiotech.org/issues_pgl/ARTICLES/11Doull_2007_EFSA_Seralini.pdf

Les anti-OGM récuseront ce travail car il a bénéficié du soutien technique et financier de Monsanto...

 

[6]  Par exemple M. Jacques Testart, témoin au procès, et dont l'intervention figure à :

http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1898

 

[7]  Un match vraiment inégal avec un arbitre-joueur (Canal+, 2006, Magazine 90 minutessur le thème OGM : l'étude qui accuse) :

http://video.aol.ca/video-detail/le-point-de-vue-de-marc-fellous-sur-les-ogm/2004713756

 

M. Fellous a écrit par la suite que « avec des coupures bien choisies, l’on me fait tenir des propos, qui sortis de leur contexte, donnent lieu à interprétations erronées. D’ailleurs, M. Le Député Jean-Yves Le Déaut, alors président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), a écrit dans ce sens au rédacteur en chef de l'émission, une lettre de violentes protestations. »  Voir par exemple :

http://agribiotech.free.fr/phpBB2/viewtopic.php?p=86&sid=6121d7bdec3aaec34191dc3ac3d13c97

 

On y lira aussi avec profit la lettre de M. Louis-Marie Houdebine qui apporte des précisions sur le modus operandides tests toxicologiques.  Voir aussi la réaction de M. Gérard Pascal à :

http://www.zetetique.info/archives/00000057.html

 

Pour un démontage de l'émission voir OGM : Décryptage d’une manipulation médiatique à :

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article183

 

[8]  Une dépêche de l'AFP du 15 décembre 2009 en fait état, mais seulement dans le contexte de la saisine du Haut conseil des biotechnologies par le député UMP de la Moselle François Grosdidier :

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iSLtEvBCYJFi6XWTsgu3AoYKG2dg

Il semble que, parmi les grands journaux d'information, seul <i>Le Figaro</i> y ait consacré un article :

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/12/15/01011-20091215FILWWW00640-mais-ogm-des-scientifiques-contestent.php

 

[9]  http://www.enviro2b.com/2010/05/19/les-ogm-%C2%AB-un-scandale-scientifique-historique-%C2%BB/

 

[10]  http://www.mediapart.fr/club/blog/corinne-lepage/231110/la-riposte-des-lanceurs-dalerte

 

[11]  Pour en savoir plus sur la question des brevets, voir à :

http://imposteurs.over-blog.com/article-gilles-eric-seralini-et-la-recherche-scienti-fric-par-wackes-seppi-63060037.html

 

[12]  http://robin.blog.arte.tv/2010/12/06/le-proces-seralini-fellous-et-les-conflits-dinteret-de-lafbv/

L'origine de son texte se déduit facilement du fait qu'elle a oublié de supprimer la référence à une pièce du dossier du conseil.

Le CRIIGEN a 'semble-t-il ultérieurement publié l'intégralité des conclusions de Me Dartevelle à :

http://www.criigen.org/SiteFr/images/stories/conclusions-geseralini_2010.pdf

On ne peut que s'étonner de cette démarche très inhabituelle.

 

[13]  http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/Annexe-support-Seralini_etal_2010.pdf ; le texte cité est à la page 53.

 

[14]  La phrase exacte est :

 

« Mais, comme tous mes collègues, et certainement les membres du HCB et M Fellous lui-même (s'il s'avère qu'il a mené des études expérimentales), j'ai continué à produire et publier des dizaines d'articles ainsi construits car c'est la règle acceptée dans la communauté scientifique. »

 

http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1898

 

[15]  http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/261110/en-defense-de-gilles-eric-seralini

M. Testart répondait à un billet de Yann Kindo :

http://www.mediapart.fr/club/blog/yann-kindo/201110/seralini-contre-lafbv-un-proces-inquietant

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commentaires

sokal-bricmont 29/01/2011 18:48



C'est bon je viens de passer la serpillère, l'odeur est tout de suite meilleure non ?



Nabla 29/01/2011 11:33



Vous avez oublié "nazi, antisémite et pédophile" dans vos qualificatifs.



nicolas 29/01/2011 07:28


Vous êtes pareil à ce que vous décrivez. Je n'ai aucune envie de faire de l'épilogue où le procès de ce que vous pensez, sarkosyste, sachez que si le monde va si mal ce jour c'est à cause de gens
comme vous. Capitalistes, sarkosystes, ... Je préfère de loin "Marchand de peur" qui posent des questions certes effrayantes à "Marchand de mort" qui nous laisse le soin de savoir duquel de vos
poison(s) nous allons nous nourrir, ... sans avoir la choix. Je vous souhaite d'ouvrir les yeux, pauvre que vous êtes.