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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 13:59

saint martin gr

Peut-on à la fois réduire l’empreinte écologique et améliorer la situation matérielle des plus pauvres ?

 

Les exaltés qui publient La décroissance s’en moquent, n’hésitant pas à adopter des slogans tels que « vive la pauvreté » (1), affichant sans fard leur morgue envers ceux qui vivent le plus chichement ou peinent à boucler leurs fins de mois. D’autres essaient laborieusement de faire croire que la décroissance est conciliable avec une réduction des inégalités, en mettant en avant des « évidences » o’ combien trompeuses : c’est le cas d’Hervé Kempf pour qui « les riches détruisent la planète ». donc si on prenait aux riches … Jean Gadrey, le professeur d’économie qui semble avoir converti Alternatives Economiques à la vogue de la décroissance, lui emboîte le pas : il prône de prendre « un peu » aux riches pour donner aux pauvres (2) et  tente de marier cela avec son prêche décroissant, en faisant porter la responsabilité de la prétendue crise écologique sur les riches : Plus on est riche, plus on pollue !(3).

 

 

« Dans les pays dits développés, les plus riches exercent-ils plus de pression sur l’environnement que les plus pauvres ? La question importe si l’on pense – ce qu’oublient nombre de discours écolos – qu’on ne résoudra pas la crise écologique sans une forte réduction des inégalités. »

 

« Il est vrai que les riches ont plus de moyens que les pauvres de prendre des mesures écologiques et de « consommer plus vert ». Mais, vu l’ampleur des inégalités de consommation, cela ne suffit pas à contrebalancer la tendance à ce que les plus hauts revenus aient une pression écologique nettement supérieure à celle des bas et moyens revenus. »

 

et de se baser sur une étude canadienne « solide » établissant que les 10% les plus riches ont une empreinte écologique 2,5 fois supérieures à celle des 10% les plus pauvres.

 

On attendrait d’un professeur d’économie un peu plus d’esprit critique que des comptables bornés de l’ « empreinte écologique » (4). Il reprend celle-ci intégralement à son compte. Nous n’allons pas recommencer une énième  discussion sur les vices de cette approche. Contentons-nous de constater que même en acceptant de se placer sur ce terrain, Gadrey a tout faux.

 

Premièrement, remarquons que l’EE des 10% les plus pauvres (5 ha par personne) dépasse de très loin les supposées capacités de la terre (1,7 ha par personne): s’il était honnête, Gadrey ne devrait pas seulement prôner d’étêter les revenus des riches, il devrait aussi s’attaquer aux plus pauvres des pays riches. Mais bien plus, il devrait s’abstenir de prôner une redistribution des revenus, qui amènerait à coup sûr une augmentation de l’empreinte écologique.

 

Les 10% des canadiens les plus riches ont une EE 2,5 fois supérieure aux 10% les plus pauvres, nous assène-t-il. Il s’abstient de nous dire que c’est pour un revenu moyen  4,1 fois supérieur , et qu’ils « polluent » donc moins proportionnellement aux pauvres (5)! Comment cela se fait-il ? La raison essentielle n’est certainement pas dans le fait que les riches seraient plus vertueux, plus «éco-responsables », :

1/ la propension à consommer décroît avec le revenu , en conséquence tout fraction du revenu global transférée des plus riches vers les plus pauvres a pour conséquence d’augmenter la consommation globale.

2/ « Nul doute que les écarts seraient bien plus importants si l’on avait des données sur l’EE des « ultra riches », avec leurs somptueuses résidences principales et secondaires, leurs yachts et jets privés, les personnels à leur service et leur consommation ostentatoire. »

 

Gadrey peut toujours chercher à nous indigner en mettant en avant la consommation ostentatoire d’une infime minorité de la jet set, celle-ci n’est qu’une goutte d’eau dans la mer de l’empreinte écologique.

 

Non seulement les riches consomment moins en proportion de leur revenu, mais la nature de leur consommation diffère : le prix des produits qu’ils achètent n’est pas proportionnel aux ressources physiques ou énergétiques utilisées pour les produire : une voiture de luxe valant dix fois le prix d’une voiture de « pauvre » n’a pas une EE dix fois supérieure à celle-ci. Une villa sur la côte d’azur à 3000 000 euros n’a pas une EE 20 fois supérieure à celle d’un pavillon en banlieue de Limoges. L’EE d’une coupe de cheveux à 200 euros dans un salon de coiffure mondain ne vaut pas 10 fois celle d’une coupe à 20 euros chez un « petit » coiffeur.  On pourrait décliner les exemples à l’infini. La conséquence de ceci s’ajoute à celle de la propension supérieure à consommer des pauvres : la redistribution entraîne une augmentation de la consommation et de la « densité » physique et énergétique de celle-ci.

 

Ces gens qui se veulent (encore ?) progressistes n’oseront certainement pas se l’avouer : réduire l’ « empreinte écologique » impliquerait de s’attaquer, non pas aux plus riches, mais à la consommation de masse. C’est d’ailleurs ce que veulent les décroissants purs et durs qui s’assument et vouent une véritable détestation à celle-ci. Le slogan « vive la pauvreté » prend là tout son sens. Si l’EE de l’immense majorité des habitants des pays riches est considérée comme excessive, pourquoi prôner une redistribution qui ne ferait qu’aggraver le problème, à part pour faire avaler la pilule de la décroissance au lectorat d’Alternatives Economiques ?

 

Au fond, Gadrey doit bien entrevoir le problème lorsqu’il conclut : « Il reste que, si Hervé Kempf a raison d’écrire que « les riches détruisent la planète », l’EE de l’immense majorité des habitants des pays riches est aujourd’hui excessive, parce que le système de production et d’orientation des modes de vie est sous la coupe des acteurs de l’accumulation illimitée et de la surexploitation simultanée des personnes et de la nature. Ce n’est pas d’abord par leur consommation que les (très) riches nous enfoncent dans la crise écologique, c’est par leur pouvoir économique et financier exorbitant. Cela donne une idée des solutions : les « petits gestes pour la planète » ne suffiront pas. C’est le pouvoir de la ploutocratie qu’il faut réduire. »

 

 

Passons sur le fait que « ploutocratie » évoque plus la rhétorique d’extrême droite que celle de la gauche traditionnelle. L’orientation des modes de vie serait donc sous la coupe des acteurs de l’accumulation illimitée ? Prenons un seul exemple : si le téléphone portable, internet etc.. se sont imposés facilement au détriment des signaux de fumée ou du pigeon voyageur, ne serait-ce pas, tout simplement, parce que l’immense majorité les trouve plus pratiques et peut les obtenir à un prix abordable , plutôt qu’à cause d’une orientation des modes de vie programmée par quelques sordides comploteurs de l’ « accumulation illimitée » ?

Anton Suwałki

 

 

 


 

(1)  sur les outrances et provocations des décroissants , lire notamment :

-Merde à la décroissance :

http://imposteurs.over-blog.com/article-18617084-6.html

-La décroissance ou la gauche réactionnaire

http://imposteurs.over-blog.com/article-la-decroissance-ou-la-gauche-reactionnaire-par-luc-marchauciel-43606452.html

 

(2)  http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2010/01/11/si-on-prenait-un-peu-aux-riches-ca-ferait-combien-pour-les-pauvres

(3)  http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2010/09/20/plus-on-est-riche-plus-on-pollue

(4)  http://imposteurs.over-blog.com/article-33549187.html

(5)  chiffre de deuxième main trouvé sur Internet pour le Canada, et d’ailleurs étonnamment faible : les chiffres cités par Gadrey pour la France proviennent du site de l’INSEE : le rapport inter déciles (revenu moyen des 10% les plus riches/ revenu moyen des 10% les plus pauvres) serait de 6,6.

 

 

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commentaires

MaliceDiab 13/04/2014 13:46

Cet article a été publié il y a bien longtemps mais vu que je tombe dessus, j'en profite pour faire un commentaire. Je suis assez convaincue des idées de la décroissance pour de simples raisons écologiques (comment continuerons nous à vivre si nous consommons plus que ce que notre planète peut nous donner ?) qui sont bien entendu totalement oubliées ici. Au slogan "vivre la pauvreté" (que je n'avais jamais entendu) je préfère la "sobriété heureuse" qui représente bien mieux l'idée de la décroissance, c'est à dire s'affranchir d'une hyperconsommation qui n'a plus de sens : acheter des produits de mauvaise qualité qui ne durent pas, des emballages à foison, de la nourriture dont une bonne partie finit à la poubelle, des fruits bon marché qui viennent de l'autre bout du monde, des voitures qui ruinent notre porte-monnaie et notre santé.
Acheter ce dont on a besoin, dans la juste quantité, des produits locaux, de qualité et qui durent, cultiver nos légumes, partager nos biens en louant plutôt qu'en possédant, refuser le profit à tout prix qui marchandise tout (même le vivant, même le savoir), voilà l'idée de décroissance. Ce n'est pas mettre tout le monde dans la misère, c'est un changement de modèle de consommation qui met en avant la qualité de vie plutôt que le chiffre aveugle du PIB et de la croissance.
J'ai choisi mon modèle !

Laszlo 06/05/2011 15:03







Laszlo 06/05/2011 15:01







Laszlo 04/05/2011 10:56







Anton Suwalki 03/05/2011 18:10



"Imposteur publie t'il parfois des réflexions "positives", c'est à dire autre chose que le dénigrement de positions peu robustes mais qui ont le mérite de
tentatives prospectives sur les pistes d'amélioration de la société ? Comme d'habitude, je viens ici pour m'informer mais ne trouve que des éléments critiques sans la moindre piste de réflexion
intéressante."


Tenter de démontrer que des "pistes d'amélioration" n'en sont pas, de contribuer à l'esprit
critique face à la désinformation, n'est-ce pas là une façon d'utiliser sa matière grise ? Prenons l'article sur lequel vous postez ce commentaire ? Ne vaut-il mieux pas savoir que les idées
pronées par le professeur Gadrey (décroissance et transferts de richesse ) sont contradictoires ?  


 


"Elle semble populiste par sa critique d'une "pensée unique" - levier habituel des extrémistes, loyaliste et conservatrice par son respect de l'ordre
économique établi, ultra libérale par sa défiance vis à vis de l'interventionnisme d'état, capitaliste par sa foi dans la capacité des marchés à faire le tri entre le bon grain et
l'ivraie... Qui vous parle de respect de l'ordre économique établi, d'ultra-libéralisme, de défiance envers l'interventionnisme d'état etc ?  Vos
affirmations sont totalement gratuites. Ensuite; quand on parle quelquefois ici d'interventions de l'état, c'est surtout quand ses interventions sont stupides que nous les
critiquons. 


 


"scientiste
par son absence de considération pour tout ce qui n'a pas été démontré - éliminant du coup tout système trop complexe pour permettre la démonstration, partisane dans sa méthode consistant à
décrédibiliser ses cibles plutôt qu'à contribuer à la résolution (ou même à la bonne formulation) des questions soulevées..." Là c'est un morceau de bravoure.
Quand un système est soit-disant "trop complexe" pour permettre la démonstration d'une thèse, nous n'acceptons effectivement pas la thèse. Nous ne cherchons pas non plus de "résoudre" des
problèmes soulevés qui n'en sont a priori pas. Nous pensons qu'il vaut mieux consacrer de l'énergie à résoudre des problèmes qui existent, tels que
l'intoxication médiatique du plus grand nombre par exemple. 


 Tout cette
attitude relève non pas du "scientisme", mais tout simplement de la rationalité.




Laszlo 03/05/2011 13:47



Imposteur publie t'il parfois des réflexions "positives", c'est à dire autre chose que le dénigrement de positions peu robustes mais qui ont le mérite de tentatives prospectives sur les pistes
d'amélioration de la société ? Comme d'habitude, je viens ici pour m'informer mais ne trouve que des éléments critiques sans la moindre piste de réflexion intéressante. Les tentatives écolos de
mesurer l'impact humain sont stupides, la pensée dominante est mensongère, la nature n'est pas plus fiable que les OGM, la technologie  est toujours justifiée par son marché, rien de ce qui
n'a été prouvé n'existe ... l'idéologie ambiante, même si elle ne dit pas son nom, est palpable.


 


Elle semble populiste par sa critique d'une "pensée unique" - levier habituel des extrémistes, loyaliste et conservatrice par son respect de l'ordre économique établi, ultra libérale par sa
défiance vis à vis de l'interventionnisme d'état, capitaliste par sa foi dans la capacité des marchés à faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, scientiste par son absence de considération
pour tout ce qui n'a pas été démontré - éliminant du coup tout système trop complexe pour permettre la démonstration, partisane dans sa méthode consistant à décrédibiliser ses cibles plutôt qu'à
contribuer à la résolution (ou même à la bonne formulation) des questions soulevées...


Pfff, toute cette matière grise qui se perd...



Laterjuju 02/05/2011 15:39



Longtemps que je n avais pas poste ici... 


Je voulais partager une video dont je suis assez sensible a l argumentaire... Au dela des problematiques OGM ou plus generalement de l agriculture intensive, ce documentaire se veut une
demonstration de pourquoi le libre-echange n est pas un systeme viable pour l agriculture...


Et pour aller plus loin, il me semble que ca relegue les OGM ou l agriculture intensive au rang de problematiques secondaires. En tout cas pour ce qui est de la faim dans le monde... reste les
aspects scientifiques, ou plutot pseudoscientifiques, des detracteurs des OGMs pour lesquels ce blog se mobilise... 


http://vimeo.com/7893617



Sceptique 28/04/2011 11:34



La misère "accessible à tous", c'était ce qu'on disait du communisme régnant sur toute la partie est de l'Europe, jusqu'à la chute du Mur de Berlin. Il en reste dans le monde un exemple, la Corée
du Nord. Ses dirigeants ont la réputation de se servir les premiers, et les humains ordinaires crèvent de faim. Le pays apparait comme une tache noire sur les photos satellites. On ne s'éclaire
pas la nuit, la bas. Donc, ces bons apôtres de la décroissance, qui veulent prendre un petit peu aux riches pour donner vraiment très peu aux pauvres (bien fait pour eux) ne sont pas dans la
fiction, mais au contraire dans l'exemplarité.


 



Laurent Berthod 26/04/2011 22:53



J'ai pris Le Monde en grippe bien avant qu'Hervé Kempf y fasse ses premiers pas de bébé débile. Il y a dix ans environs, du temps du grand chef Edwy, le petit trotskiste non-repenti.


Gadrey, que je ne connaissais pas, Yves Cochet, que tout le monde connaît, même combat !


 


La gauche est réactionnaire depuis qu'elle a passé alliance avec les verts et le restera tant qu'elle ne l'aura pas rompue. Je m'en suis rendu compte lorsque le gouvernement Jospin a fermé sans
raison super-Phénix et abandonné leprojet de canal à grand gabarit Rhin-Rhône, dont on relance l'idée aujourd'hui (quinze ans de perdu, c'est pas réactionnaire, ça ?)



cdc 26/04/2011 16:59



Les pires "riches" étant - bien entendu - les "nouveaux riches". Quand les pauvres deviennent riche, c'est la catastrophe...


Hervé Kempf m'a fait prendre Le Monde en grippe !



Romain T 26/04/2011 15:20



Bonjour,


qu'est-ce qu'un riche, qu'est-ce qu'un pauvre ?