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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 15:45

Voilà un titre susceptible d'être confondu avec OGM : le vrai et le faux de Louis-Marie Houdebine.  Mais, sur le fond, la confusion est impossible.

 

L'auteur – titulaire d'un DESS d'ingénierie de l'environnement–  s'est proposé de démêler le vrai du faux, évidemment dans le cadre général d'un extraordinaire matraquage anti-OGM.  Une telle entreprise est une gageure.  Trois options s'offrent : soit on procède à une démystification complète et on devient inaudible, accusé qu'on sera d'être à la solde des industriels et, notamment, de cette compagnie que beaucoup de gens aiment haïr – « une firme qualifiée par une célèbre journaliste de néfaste pour l'humanité » (page 135) ; soit on en laisse sous la plume et on démonte quelques mythes, mais en en laissant subsister d'autres et, d'une certaine manière, en les renforçant ; soit, enfin, on botte en touche.  Les deux dernières ont prévalu.

 

Le texte – 156 pages et plus de 30 chapitres, pour grand public – ne pouvait que rester superficiel.  Ce n'est pas a priori un défaut : un ouvrage vite lu peut avoir un impact bien supérieur à un pensum truffé de notes ou, pire, de digressions et autres enfumages (que celui qui ne fait pas, ici, un lien avec « une célèbre journaliste » lève le doigt...).  À condition, évidemment, de toucher le lectorat.  On regrettera à cet égard une couverture qui n'a rien d'engageant.

 

Mais le texte est plutôt trompeur.  Après une introduction qui réjouira les opposants au séralinisme pseudo-scientifique et médiatique, on tombe rapidement dans les approximations.  Une lecture attentive et critique montre que l'auteur reste largement sur la ligne de l'anti-OGMisme, mais sans sombrer dans l'exagération et l'hystérie.  La bibliographie en témoigne à notre sens.  Mais un , journaliste, conférencier, auteur et directeur d’ouvrages scientifiques souffre d'une sorte de conflit d'intérêts et doit rester « politiquement correct ».

 

En résumé, c'est donc : aujourd'hui pas vraiment, demain peut-être.  Quoique ! « Nous finirons peut-être un jour par nous convaincre que les OGM, si peu utiles soient-ils, sont un formidable objet de recherche » (page 142).  Pourquoi seulement « de recherche » ?  Le texte se poursuit certes par : « Qu'il serait hasardeux de les rejeter, sous prétexte qu'ils sont mauvais : les risques économique et scientifique, pis, philosophique d'un abandon sont plus lourds que les risques environnementaux et sanitaires, survalorisés par nos peurs et notre manichéisme. »  Le texte se poursuit encore sur le lien que l'on fait en France entre OGM et productivisme.  L'analyse, largement sociologique qui suit est intéressante, mais il manque l'essentiel : ce lien est tout à fait artificiel et n'a pas lieu d'être.

 

« Dans le domaine de l'agriculture, l'utilité des maïs, colza, soja et coton transgéniques reste à démontrer », écrit l'auteur à la page 123.  Et, à la page 124, « [i]ls ne sont pas socialement utiles ».  Ainsi donc, les quelque 170 millions d'hectares cultivés en PGM en 2012, les quelque 17,3 millions d'agriculteurs (dont 15 millions de petits agriculteurs pauvres) utilisant des PGM, les taux d'adoption supérieurs à 90 % dans les pays qui autorisent des PGM, etc. ne démontrent pas leur utilité...  Cela permet d'éluder grandement la question de la culture des PGM en France – sachant par ailleurs que l'Europe est devenue grande importatrice de produits issus de PGM et que la France ne se prive pas de soja GM pour l'alimentation animale.  « Les agriculteurs feront de l'OGM, parce que c'est une technique comme une autre qui, demain, pourrait – admirez le conditionnel – se révéler bénéfique » (page 145) est un peu court.

 

Pour minimiser la question qui fâche, il fallait donc minimiser les bénéfices tirés des événements (au sens du génie génétique) existants.  L'auteur s'est intéressé plus particulièrement au MON 810 et au NK 603.

 

Pour le premier, nous avons droit à des sophismes.  « Est-ce que la plante parvient réellement à se défendre seule contre son principal parasite ? Autrement dit, est-ce que la culture permet au cultivateur d'épandre moins de pesticides néfastes à la santé ? Il n'y a aucune certitude : tout dépend des régions où le maïs est implanté et, surtout, de son niveau d'infestation par la pyrale » (page 48).  Est-ce si compliqué de comprendre que les agriculteurs – un terme bien plus adéquat que le démodé cultivateur – ne traitent pas quand la pyrale n'est pas un problème, et qu'ils n'ont pas besoin dans ce cas (sauf s'ils jouent la sécurité) de la version GM du maïs ? Et comment peut-on passer sous silence l'importante réduction de l'utilisation d'insecticides de synthèse du fait du caractère Bt ? Un réduction même admise par le controversé OGM-sceptique Charles Benbrook dont un article (pas le plus récent...) est cité dans la bibliographie ?

 

Pour le second, l'auteur expose à juste titre les avantages du glyphosate du point de vue pratique, toxicologique et écotoxicologique.  Comment maintenir alors le doute ? « Ce qui inquiète les spécialistes – lesquels ? – n'est pas tant le glyphosate... » mais le POEA « ...tenu pour responsable principal de la toxicité très aiguë du RoundUp®, testée... par des suicidaires » (page 51).  Suit une phrase surprenante : « Ces molécules ne sont pas codées par les gènes transfectés aux plantes RoundUp Ready. »  Et, plus que le doute, le rejet ? « Un maïs tel que le NK603 ne peut que favoriser la pulvérisation d'herbicides.  En effet, puisque la plante ne craint rien, l'exploitant agricole peut y aller de bon coeur pour éradiquer les "mauvaises herbes" » (page 52)  Comme si l'exploitant agricole gaspillait son argent avec un pulvérisateur...

 

On touche là d'autres limites de l'ouvrage : les lacunes dans le domaine de la science de la transgénèse, et même de la simple génétique mendélienne (on devrait, incidemment, s'interroger sur la formation dispensée dans les écoles et universités).  Le lecteur même très moyennement averti sera par exemple surpris de lire que les sélectionneurs créent (le mot est entre guillemets chez l'auteur, ce qui n'est pas anodin...) des variétés et des races « [e]n mariant des lignées pures, qu'on appelle F1, pour obtenir des hybrides F2 » (page 58).  Ou encore que « [c]es plantes ont été modifiées de façon à résister d'elles-mêmes à leurs pesticides (15 %)... » (page 63).

 

C'est peut-être, dans ce dernier cas, une de ces bourdes qui peut échapper aux relectures.  Contrairement à la légende urbaine, peut-être reprise hâtivement, qui veut que les principales PGM sont « [d]es cultures intensives, sur de très grandes surfaces » (page 63).  C'est là, aussi, un reflet d'une méconnaissance des réalités de l'agriculture.  « [S]oja et maïs sont les ingrédients majoritaires de l'ensilage » (page 83) et « trois vaches sur quatre sont en France nourries principalement aux OGM » (page 84), peut-on lire par ailleurs !

 

Mais l'ouvrage est loin d'être négatif.  Dans le chapitre « La fin du productivisme ? », l'auteur présente le bilan des variétés tolérant un herbicide comme neutre – tout en taxant l'intérêt de discutable – du fait d'une substitution d'herbicides, et celui des variétés résistantes à des bioagresseurs d'a priori positif pour l'environnement.  On ne voit pas ce raisonnement tous les jours (il est du reste fausse si l'herbicide de substitution a un meilleur profil que les précédents) ! Le chapitre « Agriculteurs et semenciers : un mariage qui dure » démonte le mythe de la dépendance accrue des agriculteurs ensuite des PGM.  Les PGM ont un « potentiel important » (page 116) dans le chapitre « Les OGM, sésames en pays pauvres ».  Mais tout ceci est associé à des considérations, souvent confuses, dans l'autre sens.  Comme s'il fallait produire, malgré tout, de quoi nourrir toutes les chapelles, ne mécontenter personne.

 

L'auteur note à juste titre que « [t]out croyant s'arrange pour ne lire, ne voir et n'entendre que ce qui le conforte » (page 133).  Encore faut-il être bien clair.  Il termine son chapitre « Le gène des peurs collectives » par : « Donc, les OGM sont sales.  Le progrès est sale.  Il faut s'en méfier ».  C'est, il nous semble, sur le mode ironique.  Mais sera-ce compris ainsi par tous les lecteurs ?

 

Enfin, on se permettra de douter de la justesse du dernier argument – que les OGM aient été et sont une fabrique de contestation et de démocratie.  Contestation oui, démocratie certainement pas.  Ce qui est attribué aux OGM revient en fait à l'Internet, qui offre aux démagogues en tout genre une tribune quasiment planétaire.  La démocratie n'y a rien gagné, au contraire.

 

Alors ? Mérite le détour ?

 

Oui.  La mécanique intellectuelle est séduisante.  Les non-croyants avec un préjugé négatif y trouveront matière à réflexion, avec les limites exposées ci-dessus et les dangers qui en résultent.  Ceux qui sont impliqués à un titre ou un autre dans la question s'intéresseront à la manière d'aborder les questions et d'y répondre et, surtout, à ce qui est critiquable.  Car les erreurs, approximations, etc. sont aussi, en partie, le reflet des insuffisances de leur propre communication (si tant est qu'ils en aient une).  Et autant de pistes pour une meilleure vulgarisation des réalités, défis et enjeux des OGM.


Wackes Seppi

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commentaires

snoring mouthpiece 26/03/2014 12:58

Thank you for sharing the post. I agree with you that when the text jumps from the introduction on rejoice opponents pseudo-science and the media séralinisme to the approximations we will feel confused a lot. Otherwise it have managed well.

Hervé Bertrand 25/11/2013 03:36


Définition Imposteur:


Personne qui trompe les autres en se faisant passer pour ce qu'il n'est pas


Les personnes atteintes du syndrome de l'imposteur, appelé aussi syndrome de l'autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste
essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs
entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, un travail acharné, leur relations, des circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent
leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s'attendent à être démasquées d'un jour à l'autre.


C'est cette crainte d'être démasqué qui pousse l'imposteur à mettre en œuvre des stratégies pour masquer l'"escroquerie" dont il se sent coupable. La stratégie overdoing consiste, par
rapport à une tâche à accomplir, à investir une très grande énergie. Ceci permet à la personne d'attribuer à cette grande quantité de travail le succès de l'entreprise et non à ces compétences
réelles. La stratégie underdoing prépare la personne à l'échec, pour lequel elle a une explication toute faite et d'attribuer à la chance ou à un contexte particulier les raisons de la
réussite éventuelle. Dans les deux cas ces stratégies viennent renforcer le syndrome.


Celui qui cherche à abuser autrui sur sa propre personne, en feignant les apparences de la vertu, de la sagesse, de l'intégrité, du savoir. Synon. hypocrite.Mais, dès qu'on vous résiste, vous
reculez et vous avouez en riant que vous jouez un faux rôle parmi les hommes, charlatans et imposteurs que vous êtes! (Sand, Lélia,1833, p. 67).La fantaisie et la volonté étant
prises partout pour arbitres à la place du raisonnement et des faits, il a été impossible jusqu'à ce jour de discerner le charlatan du philosophe, le savant de l'imposteur (Proudhon,
Propriété,1840, p. 199) :


 


 


 


MONTRÉAL – S’il y a bien un politicien qui a fait frémir ses adversaires tant à Québec qu’à Ottawa, c’est Lucien Bouchard. L’ex-premier ministre a pourtant
lui-même été victime d’intimidation dans son enfance, et il a décidé de partager son… Cet article Lucien Bouchard dénonce l’intimidation, dont il a été victime
dans sa jeunesse est apparu en premier sur L'actualité .


Il a d’intimider bien du monde celui la spécialiste des menaces il est pas mieux c’est pas un ange, c’est un imposteur pure et simple.


Rod, j'ai envoyer dans tous les médias sociaux mon avis de ce tricheur Québécois dons les québécois comme moi même j’avait confiance en cet
homme la depuis 1993 que je luis écris le temps qui travaillait au fédéral. J’ai amasser tout les lettres comme preuves.


 


Ne prenez pas Lucien Bouchard comme image il est un imposteur .
Il joue dans tout qui bouge pour faire de l'agent sur les démunis il travaille pour les religieuses 'Gaz de Shiite,Hydro Québec il met le nez fourrez partout,il a dépouiller les démunis de notre
société dans le dossier des Enfants née Hors mariage sans le consentement de L'église du diocèse de Montréal et de Québec aussi le dossier du suroît contre le Gouvernement les religieuses ont
gagner les syndicats non pas eu gain causse et il a réussi aller a Rome pour Béatifiez Émilie Gamelin La Boone soeurs de la charité de la Providence devant le Vatican il a du poids mais il est un
Imposteur . Elle Émilie Gamelin na pas fait de miracle des millions de dollar sur notre dos ont été porter au Vatican tout les moyens sont bon pour lui il est tricheur le pire espèce que la terre
na pas porté.et la société garde comme porte parole réputable il a perdu sa réputation aujourd’hui ont le connais sur tous ses angles



Les orphelins de Duplessis il était au banc des accusés il s'est servie des ce dossier pour faire de l'agent avec les soeur de la charité de la providence . Ces soeurs ont maltraiter des enfants
ont donner et aider a faire des faux diagnostic des enfants ont perdu leur jeunesse comme la mienne Hervé Bertrand Fondateur du COOID.

Morale 30/08/2013 16:21


j'eepere  qu'on ne confondra pas ce brillant ouvrage de Frederic Denhez avec celui de Houdebine qui lui, n'est pas tres honnête et manque cruellement d'etoffe et de profondeur

anti LMH 30/08/2013 16:14


Louis marie houdebine est surtout un arrogant de mauvaise foi, méprisant qui véhicule partiellement de la " bonne " information

Listo 06/08/2013 07:44


Dans la principale librairie de Toulouse (ombres blanches) on trouvait il y a deux ou trois ans un rayon OGM assez éclectique. Maintenant c'est un rayon " problèmes sanitaires, OGM" (sic!) et je
laisse deviner les titres retenus....Le livre commenté ici est encore le plus sérieux qu'on y trouve.

Vincent 06/08/2013 00:49


En même temps, il est bien difficile au profane de trouver un livre bien écrit et en français sur les OGM/PGM : si l'on tape "OGM" sur www.amazon.fr, les premiers livres sont de ces auteurs:
Jacques Testart, Gilles-Éric Séralini, Marie-Monique Robin et Nicolas Hulot, José Bové, Frédéric Denhez, Hervé Kempf, et Corinne Lepage.


Il faut descendre plus bas pour trouver enfin un livre intelligent ("Sauvez les OGM" de Jean-Claude Jaillette et Axel Kahn), puis cliquer sur la deuxième page pour trouver le "Les OGM,
l'environnement et la santé" de Marcel Kuntz.

cdc 05/08/2013 13:53


Vous me semblez bien indulgent pour quelqu'un qui ignore totalement ce qu'est un hybride F1 alors que c'est en plein sujet.

Sceptique 05/08/2013 05:57


N'ayant aucun doute sur l'intérêt des OGM et leur légitimité scientifique, je ne prendrai pas le temps de lire ce livre. Mais je ne mettrai pas en cause l'Internet. Qui diffuse des tonnes de
bêtises...et de bonnes choses, dont l'influence sur la politique n'est pas démontrable. L'anti-OGM est une idéologie portée par des hommes et des femmes qui se mettent en vue, politiquement, pour
peser sur les décisions démocratiques. Leur prédication, qu'ils assument, qu'ils argumentent, sème le doute et la peur. Comme, en France, nous n'avons plus peur des fléaux anéantissant telle ou
telle culture, qu'il y a de toute façon un fossé entre la France rurale qui produit plus avec moins d'effectifs, et la France urbaine qui ne la voit, de loin, qu'en partant en vacances, ces
prophètes ont beau jeu d'agiter leurs chiffons rouges...pardon, verts.


Ils sont connus, ils sont élus, ils ont formé un parti politique qui sait se vendre, ils ont un objectif précis, infléchir tout pouvoir vers la satisfaction de leurs exigences. Jusqu'où
iront-ils? Nous n'en sommes, sur cette question précise*, qu'au renoncement à notre participation à cette recherche, à la dispersion de nos équipes compétentes. Pas de famine en vue.


*Il y en a pas mal d'autres.