31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 12:27

 

ampouleVous avez peut-être regardé en début d’année sur Arte le documentaire « Prêt à jeter ». En voici la présentation sur le site de la chaine :

 

« Un produit usé = un produit vendu ! Dans les années 1920, des industriels américains ont trouvé la formule magique pour soutenir la consommation : l’obsolescence programmée. Fini les bas en nylon qui résistent à tout et les ampoules qui durent cent ans, un bon produit est un produit jetable. Tourné aux quatre coins du monde, Prêt à Jeter est une enquête sur les bases de notre économie moderne - consommation, gaspillage et pollution ». (1)

 

Peu de nos lecteurs s’étonneront que ce qu’on appelle paradoxalement « la critique », ait tressé des lauriers à Cosima Dannoritzer, la réalisatrice.  Ce film, bâti sur la théorie du complot, qui commence sur l’image ridicule de l’ampoule centenaire et se termine par les commentaires du décroissant Serge Latouche, ne déroge pas aux règles du politiquement correct. On nous vend donc l’histoire douteuse d’un diabolique cartel, précurseur en la matière,  qui aurait obligé à réduire la durée de vie des ampoules. Par contre, les gabegies programmées par le Grenelle de l’Environnement telles que le retrait programmé de ces ampoules à incandescence (2), ne sont pas évoquées ici  : cette prise en otage des consommateurs ,source de profits indus pour les industriels et la grande distribution, n’a-t-elle pas été négociée avec ceux-là mêmes qui dénoncent les gaspillages de la société de consommation ?

 

         Ayant trouvé une critique pertinente de ce documentaire (3), je m’abstiendrai donc d’en faire une recension détaillée. Il est assez évident que sauf cas documenté (4) qui relève alors de l’escroquerie commerciale, il n’y a pas d’obsolescence programmée, chose qui serait la plupart du temps techniquement mpossible à mettre en place. Il y a par contre pour beaucoup de produits un arbitrage entre longévité et coût de fabrication (et donc prix de vente), arbitrage auquel nous participons en tant que consommateurs.

 

         Je souhaitais ici revenir sur une déclinaison très populaire de la théorie de l’obsolescence programmée qui inonde les forums sur Internet (5): c’est l’idée que les produits fabriqués sont conçus pour durer juste un peu plus que la durée de leur garantie. Comme toujours dans ces cas là, nous sommes à la fois face à des témoignages probablement authentiques -« Mon grille-pain est tombé en panne 8 jours après la fin de sa garantie d’un an, comme par hasard… »-, et à un biais d’information : ceux dont le grille-pain continue à fonctionner 3 ans après sont moins enclins à venir témoigner.    

 

 

         Les industriels, personne ne songera à le contester, produisent pour le profit, et pas spécialement pour mettre à notre disposition des produits increvables. Toutefois, la solidité figure parmi les arguments de vente de certains produits , et cette solidité à un coût que le fabricant répercutera sur l’acheteur. D’où une gamme de produits de plus ou moins bonne qualité, mais aussi plus ou moins chers. D’autre part, le consommateur prend en compte d'autres critères que le seul rapport robustesse/prix. Il existe des chaussures « increvables » -et chères- , mais on  ne tient pas forcément à porter les mêmes chaussures toute sa vie… Dans le cas de produits hautement technologiques, c’est la vitesse du progrès qui les rend obsolètes, plus souvent que les pannes.

 

Beaucoup de produits manufacturés sont couverts par une garantie, même dans le plus bas de gamme : celle-ci est basée sur l’espérance de vie du produit, à peu près connue par le fabricant . La croyance que nous analysons suppose que cette espérance de vie est programmée par celui-ci pour juste dépasser la durée de la garantie. Nous envisagerons pour simplifier le cas d’une produit que l’on remplacerait purement et simplement en cas de défaillance, sans possibilité de changer une pièce.

 


         Dans le cas d’une obsolescence programmée, pour un produit garanti 3 ans (36 mois) , le fabricant ferait donc en sorte que la plupart des exemplaire tombent en panne les deux ou trois mois suivants. La distribution des pannes pourrait donc être représentée comme suit :

obszolesc.JPG

 

 

Très peu de produits (3%) sont défaillants jusqu’au 36ème mois, 40% tombent en panne juste après la fin de garantie (le 37ème mois), et 100% sont H.S au bout du 42ème mois. N’est-ce pas tout bénéfice pour le fabricant, qui n’honore le remplacement que pour 3% des produits, tandis que 97% des clients n’étant plus couverts par la garantie doivent racheter dans les 6 mois qui suivent, ce qui accélère bien sûr les ventes par rapport à une distribution des pannes non programmée et plus étalée dans le temps.

 

Il y a toutefois plusieurs hics à ce raisonnement séduisant. Le premier est bien sûr le coût pour la marque en termes d’image de marque, et plus directement, le risque très élevé que l’acheteur aille voir la concurrence. Mais même en faisant abstraction de cette très sérieuse objection, la plupart du temps, programmer l’obsolescence  de manière aussi précise est techniquement impossible, ne serait-ce que parce que l’usage que font les utilisateurs d’un produit n’est pas homogène : les garanties sont en général basées sur une durée unique (6). Mais par exemple, le risque de tomber en panne au bout de 3 ans pour une machine à laver n’est évidemment pas le même selon qu’on fait une lessive par semaine ou deux lessives par jour.

 


         Il parait donc raisonnable d’abandonner l’hypothèse d’une obsolescence programmée, et de considérer que le fabricant connait seulement la loi approximative de distribution des pannes , une loi dite « normale »,  comme dans l’exemple qui suit : 

proba-normale.JPG

 

 

L’espérance de vie du produit est ici de  36 mois. La plus forte fréquence mensuelle dse défaillances correspond aussi à ce 36ème mois (tuyaux d’orgue en gris), et la fréquence décroit de manière presque symétrique au fur et à mesure que l’on s’en éloigne. L’écart-type (ici, 12 mois), qui est la moyenne des écarts à la moyenne, mesure la dispersion de la distribution. Concrètement, cela aboutit dans cet exemple à ce que 70% des pannes interviennent entre le 24ème et le 48ème mois (36 + ou – 12). Cette dispersion est assez réaliste compte tenu des remarques faites précédemment.

 

Telle est donc la loi qui décrit approximativement la durée de vie d’un lot du même produit. Bien entendu, il est possible d’augmenter la durée de vie moyenne du produit  moyennant l’utilisation de composants plus solides mais à coûts plus élevés. La question est dans ce cas de savoir si le client sera prêt à payer plus cher.

 

         Mais concentrons-nous sur notre exemple, et demandons-nous quelle durée de garantie est compatible avec les exigences de rentabilité du fabricant. C’est la courbe de probabilité cumulée (en rouge) qui est déterminante ici. Elle nous indique le pourcentage de produits H.S depuis le début de leur utilisation.

 

         En supposant que marge unitaire réalisée par le fabricant est de 50% et que 1.000.000 d’exemplaires à ont été vendus. Chaque unité remplacée annule la marge d’une unité vendue.

 

Durée

Nombre de produits H.S pour 1 million d’exemplaires

1 mois

            472  

6 mois

         5 423  

12 mois

       23 520  

18 mois

       70 774  

24 mois

      167 335  

35 mois

481 835

36 mois

      515 080  

 

 

On s’aperçoit qu’il est impossible pour le fabricant de proposer une durée de garantie égale l’espérance de vie du produit (36 mois), car le nombre d’exemplaires à remplacer annulerait toute la marge réalisée sur le million d’exemplaires vendus.  Même avec une garantie de 24 mois , plus d’un tiers de la marge est perdue.

 

Moralité de l’histoire :  lorsqu’un fabricant propose une durée de garantie donnée, c’est très certainement parce que la durée de vie moyenne du produit est largement supérieure. A moins que la situation du marché lui permette des marges très élevées.

 


Le produit H. S « juste après la fin de la garantie » est un phénomène rare et non contrôlé par le fabricant, contrairement au mythe répandu.

            On pourrait par contre classer dans la catégorie des gaspillages les produits qui ne sont pas réparés mais remplacés par un neuf, même lorsqu’un seul composant est défaillant. Mais dans la plupart des cas, il s’agit de produits peu sophistiqués et de faible valeur pour lesquelles une réparation coûte plus cher que le remplacement. Que ceux qui veulent payer plus cher (au moins indirectement) un produit qu’ils peuvent avoir neuf lèvent la main…

 

Anton Suwalki

 


 

(1)http://www.arte.tv/fr/3714270.html

(2)http://www.legrenelle-environnement.fr/Convention-sur-le-retrait-de-la.html

(3) http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2011/03/07/1773-le-mythe-de-l-obsolescence-programmee

(4) ce qui pourrait être le cas dans l’exemple de l’imprimante disposant d’une puce qui bloque les impressions au bout d’un certain nombre de feuilles.

(5) Vous pouvez recenser des centaines de site qui propagent ce mythe. En voici un parmi tant d’autres :

http://vivremieux-ecologie.fr/pouvoir-dachat/

« Pour économiser un mois de salaire moyen (sic):

….4- Mettre fin à l’obsolescence programmée des produits, ces produits conçus pour tomber en panne juste après la fin de leur garantie » 

 (6) pas dans le cas des garanties automobiles, qui combinent souvent une durée avec un nombre maximum de kilomètres.

 

 

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commentaires

Listo 03/08/2012


Faire de l'obsolescence programmée pour un produit en général c'est se tirer une balle dans le pied. Pour les imprimantes en particulier cela ressemble carrément à du suicide commercial. C'est à
ceux qui prétendent que les fabricants d'imprimantes font de l'obsolescence programmée d'apporter des preuves très solides de ce qu'ils avancent et d'expliquer la logique derrière attitude a
priori stupide. 

cdc 03/08/2012


@sceptique : exactement !

Etienne Beauman 03/08/2012


La "panne" d'imprimante n'en est pas une, c'est une sécurité.

Une imprimante jet d'encre utilise de l'encre, jusqu'ici tout le monde sera d'accord.

Toute l'encre n'étant pas utilisé lors de l'impression, des tampons appelés "tampons récupérateur d'encre usagée" récupère l'encre usagée.

Quand ces tampons sont pleins, la machine déborde !   

Logique, non ?

Pour éviter que cela se produise, il est nécessaire de bloquer la machine avant que les tampons ne soient pleins.

Sur les grosses machines, ces tampons sont des consommables et l'utilisateur les changent quand la machine lui demande.

Sur les petites, ce sont des pièces d'usures changées sous garantie  par un technicien qui fera aussi la remise à zéro du compteur "tampons", hors garantie le cout d'une heure indivisible de
M.O. dépasse bien souvent le prix d'une machine neuve surclassant le modèle à réparer, s'ajoute le problème de la disponibilité des pièces d'usures qui décroit aussi vite que les coûts de
stockage augmentent.

tonton Sigmund 03/08/2012


Bravo Anton !!!

Une petite précision (certes négligeable par rapport au contenu) ; il est écrit, dans l'exemple "L’écart-type (ici, 12 mois), qui est
la moyenne des écarts à la moyenne...". Ce n'est pas tout à fait exact
mathématiquement. L’écart-type est plutôt la racine
(carrée) de la moyenne des carrés des écarts à la moyenne*, ce qui est en général assez proche, mais pas tout à fait égal, au résultat de la formule en italiques.

NB : cette moyenne des carrés des écarts à la moyenne est appelée variance.

Clx 06/08/2012


Je voudrais apporter mon témoignage récent concernant l'obsolécence programmée des imprimantes.


Mon imprimante a refusé de fonctionner après plusieurs années d'utilisation. J'ai regardé sur le web et entendu parler du "bridage" après un certain nombre de copies.


Dubitatif, j'ai appliqué la manip indiquée, et, oh, miracle ! ma machine s'est remise à fonctionner !!


J'allais m'énerver après le fabricant, lorsqu'après 10 impressions seulement, mon imprimante a refusé d'imprimer, indiquant une erreur de bourrage. J'ai tout essayé, et la mort dans l'âme, j'ai
ouvert la machine, pour constater que le système de nettoyage interne de la machine était plus que saturé.


En fait, sur les imprimantes grand public, il semble bien que, puisqu'une maintenance régulière coûterait trop cher, cette obsolécence programmée est bel et bien une limite technique à ne pas
dépasser. Le procédé est finalement assez fiable, et remplacer le système de nettoyage interne par un module escamotable, plus les pièce et la gestion des stocks, plus la mainteannce coûterait
bien plus cher que deux ou trois rachats...

Laurent Berthod 11/08/2012


Je n'ai aucune critique à formuler sur le fond concernant cet article.


 


Mais j'en ferai une sur le vocabulaire. Les escrolos, environnementeurs et bionimenteurs nous ont fait avaler un faux sens concernant l'obsolescence. L'obsolescence ce n'est pas l'usure ni la
panne. C'est le fait qu'un objet est dépassé par de nouveaux, pour cause de progrès technique ou par effet de mode.


 


On peut faire observer que compte tenu de l'innovation de plus en plus rapide et de la mode qui tourne très vite, les industriels ont raison de produire des objets qui ne durent pas trop
longtemps s'ils sont moins chers.


 


Exemples


 


Beaucoup de femmes préféreront, pour le prix d'une robe, se payer trois petites robes qui s'useront chacune trois fois plus vite que l'autre, trois fois plus chère !


 


Idem pour l'informatique : qui utilise encore un ordinateur qui a plus de cinq ou six ans ? Personne ! Donc si les ordinateurs personnels tombent en panne au bout de six ou sept ans ça n'a aucune
importance.


 


Conclusion : non seulement les escrolos environnementeurs bionimenteurs altermerdialistes nous racontent des bobards, mais en plus ils ne savent même pas le français !

Listo 12/08/2012


Oui, Laurent, le vocabulaire est important et il faut aussi préciser de quoi on parle et de quoi on ne parle pas quand on dit, a
tort ou à raison, « obsolescence programmée ».


  Si je fabrique un produit X, je peux
produire un X  qui coûte 10 et dure 10 ans ou produire un Y  à 5 et qui dure 5 ans. Là ce n’est pas
l’obsolescence programmée, c’est en effet juste un offre différente qui souvent répond  à une demande des consommateurs.


L’obsolescence programmée, que le terme soit bien choisi ou non je le garde ici, c’est quand je m’arrange pour que mon X à prix
 10, et qui pourrait durer 10 ans, ne dure en fait que 5 ans.


Ce qui est absurde car il serait tellement plus simple au lieu de s’amuser à produire deux fois  X d’augmenter sa marge dans la situation de monopole ou de grand complot que l’on doit supposer pour rendre le truc crédible. En plus le bénef serait immédiat
au lieu d’attendre 5 ans en  supposant  que dans 5 ans on soit encore un monopole ou un
cartel.


C’est quand même tordu comme idée de toute façon. On fabrique un produit de qualité, donc cher à produire, et on le transforme
exprès en camelote qu’on continue à vendre cher. Il serait plus simple de fabriquer directement de la camelote.


Là où il y a confusion et c’est à mon avis de là que vient le succès de cette forme de théorie du complot, c’est que l’on fait
souvent passer pour de l’obsolescence programmée le simple fait qu’il y a des fabricants de camelote qui ont bêtement baissé au maximum leur coût de fabrication sans se soucier de qualité. Cela,
bien sûr, cela existe et en tant que consommateur il faut chercher à les éviter si on veut du durable. Mais, comme vous le rappelez il y a plusieurs variables lors d’un achat, coût, contraintes
techniques, commodité …et la durabilité n’est pas forcément ce qu’on privilégie dans tous les cas.


Merci à Etienne et cix pour les précisions sur ces tampons d’imprimantes. Mais j’aurais une question. Les notices
précisent-elles que ce sont des pièces d’usure à changer ? Sinon, si l’acheteur n’est pas informé, autant laisser les tampons s’encrasser jusqu’au bout et bousiller
l’imprimante.


 


 


 


 

Cix 22/09/2012


Concernant le problème de mon imprimante, en fait, le tampon récupérateur ne se change pas et ne se vide pas. Le faire, reviendrait à augmenter le prix de l'imprimante, qui, je le rappelle ne
vaut presque rien, puisque quand on change 4 ou 5 cartouches, on vient de repayer le prix de l'imprimante !


Evidemment, rien n'était dit sur le manuel, ce qui est sans doute dommage. Mais cela ne change pas grand chose, puisque cela ne se change pas.


La durée de vie mécanique d'une imprimante est grande (sans choc) mais j'ai été gêné par mon utilisation erratique : plus l'imprimante doit nettoyer ses têtes et plus le tampon se remplit. Quand
on imprime à chaque fois qu'une page, cela doit être moins rentable que plusieurs pages d'affilée.

Antigua clothing 02/07/2014

I stick on to the fact that the products that claim ready to throw away are the ones without any warranty. These sites are truly misleading people and once we get it you can check with what they have claimed.

rr 28/09/2014

Jolie essayé de noues faire croire que l'obsolescence programmé n'est qu'une vue de l'esprit.
Cette article n'est basé que sur l'obsolesence fonctionnelles, il pourrait presque être défendable si il n'omettait pas de parler des autre forme d'obsolescense.
Péremption planifiée (A consommé avant le)
Péremption indirecte (j'ai un lecteur de k7 qui fonctionne à merveille mais on ne trouve plus de k7 sur le marché)
Obsolescence par notification (à x km je signale qu'il faut changer tel ou tel filtre sans m'assurer qu'il y en ait réellement besoin)
Obsolescence par incompatibilité (essayer de faire tourné un jeux PSx sur PSx+1 ou +2)
Obsolescence esthétique (la mode tout simplement)

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