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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 18:10

En plein sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, les rigueurs on ne peut plus banales de l'hiver se sont manifestées avec un thermomètre descendant très en dessous de normales saisonnières en France, provoquant des pics de consommation d'électricité,  au risque de provoquer des pannes sévères au moins au niveau régional. L'histoire se répète, nous avons déjà connu une telle situation l'an dernier.

 

En Octobre 2009, le Réseau de transport de l’électricité (RTE), filiale d’EDF publiait une analyse de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité pour l’hiver 2009-2010, soulignant « Une situation nettement moins favorable que les années précédentes. » (1)

 

La production électrique est essentiellement assurée en France par le parc nucléaire, dont la capacité n'a pas augmenté depuis 11 ans (les derniers réacteurs ont été mis en service en 1998 dans la Vienne), alors que dans le même temps, la consommation a augmenté de plus de 10%. 58 réacteurs nucléaires fournissent près de 80% de la production d'électricité sur l'année, mais la puissance du nucléaire doit être complétée par des sources d'électricité plus souples, facilement mobilisables, pour faire face aux fluctuations de la demande : Jouent ce rôle des centrales thermiques fortement polluantes, ou des centrales hydro-électriques (énergies des barrages) qui jouent en France un rôle majeur dans  l'ajustement de la production d'électricité à la demande et produit plus de 10% des 550 TWh annuels. Cependant le potentiel hydro-électrique du territoire métropolitain est largement utilisé, et il ne faut guère compter sur des ressources  additionnelles très importantes dans ce domaine. Malgré une croissance à marche forcée ces dernières années, le parc éolien ne dispose que d’une puissance nominale de 3 Gigawatts , qui ne fonctionne jamais à pleine capacité.

 

Mais au moment de cette vague de froid, le parc nucléaire lui-même, qui assure l’offre de base, fonctionnait nettement en dessous de ses capacités : 11 (13 ?, 18 ?) réacteurs auraient été arrêtés pour cause de maintenance (2), contre 4 ou 5 normalement en cette période de l’année. En conséquence, le Réseau de transport de l’électricité a du importer des quantités importantes pour faire face à la demande. Rien de choquant en soi, pour autant que les autres électriciens européens aient la capacité à la fournir, et que les quantités importées soient soutenables pour le réseau électrique français. Les capacités d’importation étant limitées à 9000 MW, un seuil que RTE savait atteignable en cas de grand froid.

 

Ce seuil n’a pas été atteint, et les régions fortement déficitaires -Bretagne, PACA-qui risquaient des pannes de courant ont été finalement épargnées.

 

Certains s’empressent de mettre en cause… le nucléaire. Pour la nébuleuse du réseau Sortir du nucléaire (SDN), « La France importatrice d'électricité : c'est la faillite de l'option nucléaire » ! (3)

Carrément !

 

Comme nous l’avons vu, la situation actuelle tient surtout à des retards d’investissements, et non pas à l’option nucléaire. Concernant l’arrêt de nombreux réacteurs, la direction d’EDF impute cette situation à un mouvement de grève survenu au printemps qui auraient retardé les opérations de maintenance et de rechargement en combustible, les syndicats mettant eux en avant le manque de maintenance et le recours croissant à la sous-traitance pour expliquer la multiplication des pannes dans les centrales d'EDF (2).

 

Les grèves ne se produiraient-elles que dans les centrales nucléaires, par hasard ? La sous-traitance serait-il un phénomène propre au nucléaire ? La mauvaise foi saute aux yeux. Selon SDN, « L'option imposée en France, "centrales nucléaires + chauffages électriques", se traduit par des importations d'électricité de plus en plus fortes, par la production de déchets radioactifs ET de fortes émissions de co2, et par une dépendance énergétique plus élevée que jamais. »

Vous avez bien lu : « ET de fortes émissions de co2 » . L’électricité d’origine nucléaire étant la plus faiblement émettrice de CO2, (environ 6g/KWh), on peut se demander si nos anti-nucléaires ne poussent pas le bouchon un peu loin. Préfèreraient-ils privilégier les centrales thermiques à flamme , ou les chaudières au fuel ou au gaz ?  La réponse ne fait pas de doute , pour SDN, n’importe quelle solution est préférable au nucléaire.

 

Pour preuve :

« - Depuis 5 ans, c'est l'Allemagne qui est exportatrice d'électricité vers la France

 

On entend souvent dire "L'Allemagne sort du nucléaire… mais en achetant l'électricité nucléaire française". C'est totalement faux. Depuis 2004, c'est bien l'Allemagne qui est exportatrice nette d'électricité vers la France : 8,7 TWh en 2004, puis 9,7 TWh en 2005, puis 5,6 TWh en 2006, et 8,2 TWh en 2007, et carrément 12,6 TWh en 2008 (5), c'est-à-dire environ la production annuelle de deux réacteurs nucléaires. Il est d'ores et déjà avéré que, pour 2009, les importations depuis l'Allemagne seront encore plus élevées.

C'est donc bien le pays qui sort du nucléaire qui, tous les hivers, sauve le pays du nucléaire. Mais l'augmentation insensée de la consommation électrique française fait que, à brève échéance, l'Allemagne ne pourra plus sauver la France nucléaire, qui va donc être frappée par des pénuries, et ce peut-être dès cet hiver si les températures sont basses.(…)

 

Il est de bon ton de critiquer les centrales allemandes au charbon, "fortement émettrices de co2", mais le fait est que ce sont elles qui, tous les hivers, alimentent une bonne partie des chauffages électriques français. Il serait d'ailleurs parfaitement logique d'attribuer à la France les émissions allemandes de co2 correspondant à l'alimentation des chauffages électriques français. »

 

Difficile de tenir un raisonnement aussi tordu.

1/ Si la France achète effectivement de l’électricité à l’Allemagne, elle reste globalement exportatrice nette de 48 TWh en 2008 : de ce fait, compte tenu de l’ « intensité nucléaire » de la production d’EDF, celle-ci contribue à réduire les émissions de CO2 en Europe, ce que ne fait pas l’Allemagne compte-tenu de ses choix énergétiques.

 

2/ On ne peut que se féliciter que l’Allemagne dispose conjoncturellement de capacités suffisantes pour répondre aux pics de consommation en France, mais l’insuffisance française, comme nous l’avons vu est essentiellement du à l’insuffisance des capacités et à des problèmes de gestion, auxquels il est difficile d’opposer la vertu de la politique en matière d’électricité outre-Rhin.

 

3/ L'Allemagne pourrait bien ne plus subvenir aux besoins énergétiques conjoncturels de la France dans les années à venir, mais ça n’est ni à cause de la nucléarisation de celle-ci ni à cause « l’augmentation insensée » de la consommation électrique liée au chauffage en France. C’est tout simplement parce que la sortie du nucléaire allemande menace celle-ci de manquer d’électricité dès 2012 (4). Et nul doute que les verts allemands vont s’activer pour que ce scénario devienne réalité.

 

En réalité, c’est tout le réseau électrique interconnecté à l’échelle de l’Europe qui risque de pâtir de capacités insuffisantes au regard des décisions d’investissement programmées (5).  Il n’y a que quelques nucléophobes obsessionnels pour en rendre le nucléaire responsable.

 

  

Sortir du nucléaire n’hésite pas par ailleurs à jouer la carte identitaire pour encourager à la « sécession électrique ». Ainsi réagissant à la récente « alerte rouge » en Bretagne et à l’appel de RTE aux habitants de la Bretagne pour qu’ils modèrent leur consommation, ce communiqué (6):

 

« 16/12/2009

Risque de black-out électrique : "Sortir du nucléaire" rend hommage aux Bretons et fustige l'Etat et EDF :

- Les Bretons ont été "punis" pour avoir eu le courage de refuser le nucléaire 

 

- L'Etat et EDF ont délibérément mis le Bretagne en situation de dépendance 

 

- Il est encore temps de faire de la Bretagne un modèle d'alternative énergétique » 

 

Ainsi , il s’agirait d’une politique délibérée pour punir les Bretons ! La dépendance énergétique de la Bretagne est avant tout le résultat du refus écologiste de toute centrale nucléaire, qu’EDF s’efforce de compenser en sollicitant les centrales thermiques à flamme bretonnes existantes (l’émission de CO2 n’offusque pas dans ce cas les anti-nucléaires !!), la centrale nucléaire normande ou celle de Chinon. Les associations écologistes s’opposent par ailleurs à la construction  d’une ligne à très haute tension (7). Une mobilisation du "Collectif urgence réchauffement climatique" a abouti à l'abandon d'un projet de centrale thermique au gaz à Ploufargan, pour cause d'incompatibilité avec le Grenelle de l'environnement (8). Qui donc "punit les Bretons" tout en jouant sur la fibre régionaliste/nationaliste et en dénonçant la dépendance organisée de la région ?

 

Pas un mot par contre sur les éoliennes, dont 400 MW sont pourtant installés en Bretagne, mais qui n’ont pu produire qu’à 12-14 % de leur puissance nominale au moment du grand froid (9).L’hiver dernier, elle n’avaient fourni que 10% de leur puissance nominale au moment de la vague de froid. Le vent ne se commande pas. Imaginons le vacarme médiatique si 50 réacteurs nucléaires sur les 58 avaient été arrêtés au même moment… Est ce le modèle d’alternative énergétique vanté par SDN qui est en marche ?

 

Sans craindre le ridicule, SDN fait référence à un « plan alter-breton » élaboré en 1979 par des universitaires et le défunt PSU, « qui ferait merveille actuellement s'il avait été mis en œuvre » . Puisqu’on vous le dit !

 

Mais SDN n’est pas du tout passéiste, et opte pour des solutions « avant-gardistes » :

 

« Aujourd'hui, il est encore temps de faire de la Bretagne la preuve exemplaire qu'une politique énergétique propre et durable est possible, basée sur les économies d'énergie (élimination des gaspillages), l'efficacité énergétique (consommer moins pour un même besoin), et les énergies renouvelables. 

 

Et ce d'autant que de nouvelles technologies sont apparues entre temps, comme les hydroliennes qui feraient merveille le long des côtes bretonnes, longées par de forts courants, pour une production électrique équivalente à deux réacteurs nucléaires EPR. »

 

L’élimination des gaspillages, on voit mal qui serait contre. Mais que pense SDN de l’efficacité énergétique des éoliennes ?

 

Par ailleurs, il ne s’agit pas de rejeter des sources nouvelles d’énergies renouvelables telles que les hydroliennes, qui ont l’avantage par rapport aux éoliennes de reposer sur une source primaire moins aléatoire que le vent. Pour l’instant, cette technologie n’est qu’au stade expérimental, et le coût d’installation et de maintenance de telles unités en pleine mer sans doute très élevé. EDF estime à 10 TWh annuels le potentiel de production annuel sur le littoral Bretagne-Cotentin (10), Soit une source d'électricité non négligeable, mais à mettre en rapport avec les 550 TWh actuellement produits annuellement.  Attendons donc un peu avant de nous pâmer devant les hydroliennes « qui feraient merveille », comme se pâment aujourd’hui les anti-nucléaires devant les éoliennes…

Anton Suwalki

 


 

 

 

Notes :

 

(1) http://www.rte-france.com/htm/fr/mediatheque/telecharge/analyse_H_2009.pdf

(2) http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/11/03/30-des-reacteurs-nucleaires-francais-a-l-arret_1261879_3244.html

(3) http://www.sortirdunucleaire.org/actualites/communiques/affiche.php?aff=655

(4) http://www.spectrosciences.com/spip.php?breve526

(5) http://www.senat.fr/rap/r06-357-1/r06-357-11.pdf

(6) http://www.sortirdunucleaire.org/actualites/communiques/affiche.php?aff=656

(7) http://www.brest-ouvert.net/article2161.html

http://www.bretagne-ecologie.info/article60.html

 

(8) http://www.armortv.fr/index.php?page=dossiers&id_dossier=1 (signalé par l'autre Pierre)
(9) http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-12-16/grand-froid-la-bretagne-toujours-sous-la-menace-de-coupures-d-electricite/920/0/405463


(10)
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-high-tech/edf-se-lance-dans-l-energie-hydrolienne-en-france_158440.html

 

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Published by Anton Suwalki - dans Technophobies
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commentaires

Nadine 07/02/2010 17:05


Bonjour,
Veuillez me pardonner : je ne prends connaissance de votre texte qu'aujourd'hui ! Il n'empêche je le relirai encore volontiers car je l'ai imprimé.

Il y a tant à dire que je vais me contenter de redire quelque chose qui me révolte (encore !) :Il y a environ trois mois, un article est paru sur le site du Journal de
l'Environnement concernant le prix et les économies d'énergie (l'économie la moins chère étant celle que l'on ne consomme pas). Une explication concernant le fameux compteur intelligent à
expérimenter en Bretagne. MAIS la suite est "savoureuse" : les fournisseurs d'électricité sont montés au créneau au motif que si le consommateur économise sa consommation le pauvre fournisseur
va subir UN MANQUE A GAGNER. Les autorités compétentes avaient promis d'étudier le problème et de donner une réponse fin 2009.
C'est chose faite : la question est posée (quand elle est posée, on sait bien que c'est fait) d'augmenter le tarif électrique PENDANT LES PICS DE CONSOMMATION.
Nous qui comme d'autres, sont particulièrement attentifs (pas de chauffage la nuit, pas de lumières intempestives...) sommes donc invités à rembourser à ces fournisseurs ce qu'ils ne nous ont pas
vendu. Bien joué Messieurs !


rageous 02/01/2010 11:16


Bonjour à tous et tout mes meilleurs voeux à chacun!
J'ai reçu cet appel de nos babas cools habituels
http://www.facebook.com/posted.php?id=186463349837&share_id=214966598679&comments=1#/event.php?eid=195318761441&ref=share
Et Oh, surprise en allant sur le site ERDF pour comparer la conso de ce 27 déc 2009 avec par exemple la soirée du réveillon antécédente:
A 20h le 27 + de 67 000 MW (à 19h45 la conso était de 66 457 MW donc - élevée au moment de l'appel à l'interrupteur)
A 20h30 + de 66 000... légère baisse de 923 MW entre 20h et 20h30
le 24, soir de réveillon, début des festivités, à 20h, + de 64 000 MW;
à 20h30, à peine 63 000 MW... Nettement moins que le dimanche suivant
Que s'est-il passé? Le redoux au moment de Noël sans doute, qq degrés en moins marquent plus que les tentatives désespérantes de nos rigolos de service.
Pour l'anecdote, j'ai dormis le soir de Noël et les jours suivants dans une pièce non chauffée et mal isolée en région parisienne, condition hostile qu'il m'était donné de supporter il
y'a bien longtemps au fin fond de la Lozère, ça surprend! Mon système calorifère interne a fonctionné plein pot, ma réputation de chaudière n'est pas surfaite! Vais demander à bénéficier de
crédits carbone, tiens!


anton suwalki 29/12/2009 16:57


Merci Pierre pour cette info que je me suis permis d'ajouter dans le corps de l'article (me contacter pour les droits d'auteur )


l'autre pierre 29/12/2009 16:09



Apres le refus de centrale thermique en Bretagne


http://www.armortv.fr/index.php?page=dossiers&id_dossier=1


Ma question aux politiques qui abdiquent ainsi face aux écolobobos est « la Bretagne est elle aujourd’hui en mesure de garantir
l’approvisionnement électrique d’un gros projet industriel ou préfère ‘t’elle le laisser filer ailleurs ?


Vu sous cet angle la question gène les décideurs toujours avides de création de zones industrielles  


En attendant  une solution verte se développe ‘l’invitation par mail à réduire notre
consommation électrique ». Sera t‘elle suffisante ?


Voici un mail reçu par les mairies le 15 12 09.


Madame, Monsieur le Maire,
Nous nous permettons de vous faire suivre ce message :
"La Bretagne est placée sous Alerte Rouge EcoWatt aujourd'hui, mardi 15 décembre. Le risque de coupure électrique est
réel et imminent sur tout le territoire breton. L'ensemble des partenaires EcoWatt est mobilisé.


Nous vous invitons à modérer vos consommations d’électricité particulièrement entre 17h et 20h ce soir,
afin de contribuer à limiter le risque de coupure d’électricité. Vous retrouverez l’ensemble des bons gestes énergie (éclairage, chauffage, appareils électriques) sur le site
EcoWatt.


Vous pouvez vous inscrire sur www.ouest-ecowatt.com


Pensez à relayer dès maintenant cette information auprès de votre entourage et de vos collègues (en
transférant ce mail par exemple).


Merci pour votre engagement et votre mobilisation,


EcoWatt"


Veuillez agréer, Madame, Monsieur le Maire, l'expression de nos sentiments distingués.


Pauvre France


Bonne année et bon réveillon peut être aux chandelles ????



Sceptique 29/12/2009 06:13


Un rappel: IL N'Y A QU'UNE FOI, LA MAUVAISE"(Jean-Paul Sartre)
Un autre: la Bretagne dispose de l'usine maré-motrice de la Rance. Pour quelle proportion des besoins en énergie électrique? Si les Verts avaient été en mesure de donner leur avis, en auraient-ils
toléré la construction? Ils ne se sont pas fait faute d'en critiquer les conséquences hydrographiques!
Enfin, si la recette de Laurent Berthod est somptueuse, elle a besoin d'un peu d'énergie. En cas de black-out, je conseille aux verts bretons le chant des cavaliers de Reischoffen. 


Laurent Berthod 28/12/2009 20:47



Cet article est passionnant. Merci à Anton de nous informer et de nous cultiver de façon approfondie.

En attendant l’hypothétique réchauffement climatique qui ferait plaisir au GIEC, aux anti-nucléaires et aux Provençaux qui ont subi, quoiqu'en dise Anton, deux heures de délestage pas vraiment
souhaitées, pour nous remonter le moral, nous réchauffer le corps et l'âme, je vous propose une recette pour les fêtes. Puritains s'abstenir, sybarites y courir !



Cultilandes 28/12/2009 18:40


Après la «sécession électrique » de la France, nous pourrions prôner la sécession
électrique de la Bretage, puis, pourquoi pas, la sécession économique les DOM et TOM, de toutes nos îles...

Reste à déterminer pourquoi tous ces arrêts de centrales nucléaires, comment y remédier, et comment renouveler notre parc!

Bonne année!