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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 19:19

Des insecticides très performants...

 

Les néonicotinoïdes sont une classe d'insecticides de synthèse agissant sur le système nerveux central des insectes.  Ils sont chimiquement voisins de la nicotine [1].  Ils sont très efficaces contre certaines classes d'insectes (les doses sont de quelques grammes par hectare) et généralement peu toxiques pour les mammifères.

 

Ils sont systémiques (absorbés par les plantes), et plutôt persistants.  Une application particulière est par conséquent l'enrobage des semences : l'insecticide protège la semence contre les insectes du sol et, ultérieurement, contre certains suceurs et piqueurs.

 

Les trois représentants de la classe qui sont en cause ici sont la clothianidine, l'imidaclopride et le thiamethoxam.

 

 

...mais... les abeilles...

 

Les néonicotinoïdes sont toxiques pour les abeilles.  Comme d'autres insecticides...  Mais c'est un problème qui se gère, notamment par l'établissement de doses maximales en-dessous de la dose posant problème et l'interdiction de traiter pendant la période où la culture est attractive pour les abeilles (floraison le plus généralement).

 

Le problème des néonicotinoïdes utilisés en traitement des semences est cependant qu'ils subsistent dans la plante au moment de la floraison.  Cela a bien évidemment été pris en compte lorsque les molécules, les produits et les usages ont été autorisés.

 

C'est donc avec beaucoup d'impudence, sinon de mauvaise foi, que Le Monde a titré le 16 janvier 2013 : « Pesticides : un risque enfin admis pour les abeilles » [2].  Rien qu'écrire : « pesticides... ».  Mais il est vrai que c'est du Stéphane Foucart...

 

Toutefois, les agriculteurs, les pouvoirs politiques et, en fait, la société toute entière, ont été rapidement confrontés à des allégations graves de la part d'apiculteurs : les néonicotinoïdes utilisés en traitement des semences provoqueraient l'effondrement des colonies d'abeilles, les butineuses contaminées étant désorientées et incapables de retourner à la ruche.

 

En France, c'est l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF) qui a été le plus en pointe sur ce dossier, déployant un remarquable pilonnage médiatique et un important harcèlement des autorités gouvernementales, de concert avec les organisations amies de la galaxie antipesticides et alteragricole [3].

 

Les allégations sont-elles fondées ? C'est, comme souvent, difficile à dire dès lors qu'il s'agit de faire un lien sans ambiguïté entre un effet et une cause dans un environnement complexe.  Mais on peut avancer sans manquer à la prudence que ce lien n'a pas été établi.  Des analyses ont été faites sur des ruches qui se sont effondrées, sans que l'insecticide, accusé, ait pu être mis en cause ; les recherches ne permettent pas de dégager une cause unique, la piste multifactorielle étant privilégiée (sauf par certains milieux antipesticides) [4].  Une expérience originale et innovante a été réalisée et publiée en mars 2012 ; elle a été interprétée comme démontrant le lien [5].  Malheureusement – et on peut ajouter : comme souvent quand il s'agit d'une question sur laquelle les opinions sont tranchées – le protocole est très éloigné de la réalité et semble avoir été conçu pour démontrer une opinion préconçue [6].

 

 

L'EFSA consultée...

 

Les néonicotinoïdes ont eu une histoire compliquée d'autorisations, de suspensions, d'autorisations provisoires renouvelées, et d'interdictions, du fait des allégations de nocivité pour les abeilles, des pressions médiatiques et politiques (retirer une autorisation de pesticides est toujours une opération plus favorable que le maintien sur le plan médiatique et électoral).  Le dernier épisode d'importance en France a été l'interdiction du thiaméthoxam sur colza, par un arrêté pris par le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll (sur la base d'une interprétation abusive d'un avis de l'ANSES...) [7].  L'interdiction est contestée par Syngenta... et la saga continue.

 

La situation est aussi extrêmement compliquée au niveau européen, une même combinaison produit-culture-usage pouvant être interdite dans un pays et autorisée dans un autre.

 

L'étude susmentionnée, ainsi qu'une autre, sur les hyménoptères sauvages, a incité la Commission européenne à demander l'avis de l'EFSA [8].  Le 30 juillet 2012, la Commission priait l'EFSA d'examiner en priorité la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxam.

 

Et l'EFSA vient de produire, le 16 janvier 2013, ses avis ; des conclusions sur le réexamen par les pairs de l'évaluation des risques pesticidaux pour les abeilles de la substance active [nom] [9].

 

 

...produit des rapports nuancés, mais sources d'erreurs d'interprétation

 

Les avis sont, comme de coutume, très détaillés.  Avec trois bémols importants.  D'une part, les experts ne se sont intéressés qu'aux risques – largement théoriques, potentiels.  D'autre part, leurs considérations plutôt théoriques sont fondées en grande partie sur des études scientifiques ou des rapports officiels, de plus récents, et non l'expérience pratique.  Enfin, les experts se sont heurtés à un gros problème – pour eux – d'insuffisances de données.  Dans certains cas, ils ont manifestement fait de l'acrobatie pour tirer des conclusions ou des orientations à partir des maigres données disponibles.

 

L'évaluation produit donc une image partielle qu'il faut elle-même évaluer, notamment à la lumière de facteurs tels que l'incidence réelle ou les stratégies d'évitement ou de mitigation, ainsi que l'expérience de terrain.  S'agissant des données, il en est qui n'étaient pas exigées au moment de la délivrance des autorisations, ou qui ne se sont révélées intéressantes qu'à partir du moment où les accusations de dégâts sur les ruches ont été formulées.

 

À la fin des documents on trouve cependant des tableaux résumant les résultats des activités de monitoring, soit le retour d'expérience de l'utilisation des insecticides en cause en conditions réelles.  Les États membres ont rapporté l'existence de problèmes – mais la gravité n'est pas précisée dans les avis – avec les poussières d'insecticides libérées lors du semis ; des risques aigus dans le cas de la clothianidine par le biais du pollen et du nectar chez le colza ; et des risques aigus dans le cas du maïs par la guttation (la libération de gouttelettes d'eau par les feuilles, les abeilles pouvant venir s'en abreuver).

 

Pour les autres situations à risque, telle la présence de résidus d'insecticides dans le pollen ou le nectar (dans d'autres cas que la clothianidine chez le colza), les rapports des États membres ont été consignés comme une évaluation non finalisée du fait de l'absence ou de l'insuffisance de données, ou de l'absence de protocoles d'évaluation communément acceptés.

 

Est-ce bien raisonnable ? « Évaluation non finalisée », symbolisé par un « X » semble être la valeur par défaut par rapport à « risques identifiés ».  Par exemple, le Cruiser OSR (thiaméthoxam) est largement utilisé dans de nombreux pays, notamment en Allemagne, en Pologne et au Royaume-Uni, grands pays producteurs de colza.  Il n'y a pas eu de bouffée médiatique au sujet de la disparition des abeilles.  Et pourtant, il n'y a que des « X » pour dix pays, dont l'Allemagne.

 

En France, il a été utilisé sur 650 000 hectares (un hectare sur deux) en 2011/2012, avant son interdiction.  Aucune récrimination d'apiculteur médiatisée – en clair : pas d'incident... pas de retour d'expérience consigné par les experts de l'EFSA.  À l'évidence, la France ne pouvait annoncer un tel résultat car cela aurait sapé les fondements de la décision d'interdiction du ministre Le Foll ainsi que son activisme.

 

Ce marquage peut donc s'interpréter comme une première indication d'une absence de risque sérieux.  Les risques associés aux poussières sont gérables ; et le maïs n'est pas une plante attractive pour les abeilles (et la France, si frileuse et si perméable au discours antipesticides, a maintenu l'autorisation du Cruiser sur le maïs).

 

En d'autres termes, l'évaluation est plutôt positive pour les matières actives en cause.

 

Toutefois, les lecteurs novices seront induits en erreur.  « Plus on apprend plus on ne sait rien » (Jacques Dutronc).  La connaissance dévoile les pans de notre ignorance ; et l'ignorant, surtout formaté à l'idéologie antipesticides, ne verra que celle-ci.

 

Mais, quoi qu'il en soit, « le document d’orientation final sur l’évaluation des risques associés aux produits phytopharmaceutiques pour les abeilles étant toujours en cours d’élaboration, un haut niveau d’incertitude subsiste pour ce qui concerne les dernières évaluations » [10].

 

 

L'EFSA est-elle encore experte ?

 

Cet état de fait impose aussi une réflexion sur la qualité et la neutralité de l'expertise conduite au sein de l'EFSA.  Le bombardement médiatique et politique qu'elle subit ne se traduit-il pas par une expertise – devenue pseudo-expertise – politiquement correcte ?

 

On peut commencer à s'interroger pour l'expertise elle-même.  Pour la communication, le doute ne semble plus permis.

 

 

Le scandale médiatique commence à l'EFSA...

 

L'EFSA annonce donc la publication des avis par un communiqué de presse [9].

 

Elle écrit, dans la version française :

 

« Lorsque les évaluations des risques ont pu être finalisées, l’EFSA, en coopération avec des experts scientifiques des États membres de l’UE, a rendu les conclusions suivantes pour les trois substances:

 

Exposition au pollen et au nectar: seule l’utilisation sur des cultures n’attirant pas les abeilles a été considérée comme présentant un faible risque. Des risques aigus ont été identifiés pour l’utilisation de la clothianidine et de l’imidaclopride sur certaines cultures qui attirent les abeilles. L’évaluation des risques pour le thiaméthoxame n’a pas pu être finalisée en raison de données insuffisantes.

Exposition à la poussière: un risque pour les abeilles a été signalé ou n’a pas pu être exclu, avec certaines exceptions telles que l’utilisation sur les betteraves sucrières et les cultures sous serre, ainsi que l’utilisation de certains granules;

Exposition à la guttation: la seule évaluation des risques ayant pu être finalisée concerne le maïs traité avec du thiaméthoxame. Dans ce cas, les études sur le terrain démontrent un effet aigu sur les abeilles exposées à la substance par la voie de la guttation. »

 

Mais – stupeur – dans les autres versions (allemande, anglaise et italienne), cela devient pour le début :

 

« Exposition au pollen et au nectar: seule l’utilisation sur des cultures n’attirant pas les abeilles a été considérée comme acceptable » [11].

 

Les antipesticides s'insurgeront certes de la version française.  Le fait est, cependant, qu'elle reflète bien mieux la réalité que les autres versions.

 

Et donc : à quoi jouent les gourous de la communication de l'EFSA ?

 

On voudrait créer (ou plutôt, dans le cas d'espèce, attiser) un élan médiatique antipesticide qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

 

 

...et se poursuit à la Commission européenne

 

Ce n'est pas la première fois que nous constatons que la communication des instances d'évaluation est infligée d'un biais.  Mais poursuivons.

 

« L'EFSA a rendu mercredi des conclusions inquiétantes sur l'impact de trois types de produits sur le nectar et le pollen. »  C'est, selon certains journaux, tels Le Parisien [12] ou Sciences &Avenir [13], la déclaration de M. Frédéric Vincent, porte-parole de M. Tonio Borg, commissaire européen en charge de la santé et des consommateurs.

 

Il n'y a pas de source officielle, semble-t-il, mais il n'y a pas de raison de douter de la véracité des propos rapportés.  Or, s'il y a une constatation qui est incontournable, c'est bien que les avis de l'EFSA ne contiennent aucune conclusion inquiétante.

 

Se pose donc la même question : à quoi joue le porte-parole ? Et, peut-être, la DG SANCO ?

 

 

En France, Le Monde...

 

Que les médias français aient été abusés paraît donc normal.  Mais il est des journaux qui ont, eux, abusé.  Au premier chef Le Monde et son désinformateur dans le domaine de l'« écologisme », Stéphane Foucart [2].

 

Il a certes fait un louable effort pour aller au-delà des communiqués de presse et autres dépêches.  Mais il écrit :

 

« Dans les trois avis rendus, les experts de l'EFSA reconnaissent que la science est encore loin du compte. En fonction du produit et de son mode d'utilisation, les données ne permettent bien souvent pas de conclure à l'existence ou à l'absence de risques. Par exemple, il est actuellement impossible d'évaluer le risque posé par l'imidaclopride sur les abeilles lorsque le produit est utilisé sur l'endive, la laitue, la scarole, le radis, etc. »

 

Perversion du langage, les experts – non responsables et non coupables – n'ont rien « reconnu », mais « constaté ».  Quant aux espèces citées, elles ne fleurissent pas en production maraîchère, ne sont donc pas attractives pour les abeilles, et présentent donc des risques faibles sinon nuls.

 

Dans un complément, M. Foucart titre : « Les contre-feux de l'industrie agrochimique » à propos d'un rapport du Humboldt Forum for Food and Agriculture rendu public deux jours avant les avis de l'EFSA [14].  Ce document n'a pas été évoqué par tous les journaux.  M. Foucart serait donc à complimenter, mais il y a les petits dérapages.

 

Il note ainsi que la document a été financé par Bayer et Syngenta, mais oublie de préciser qu'il a été soutenu (« supported ») par le COPA-COGECA, l'ESA et l'ECPA, les organisations faitières européennes de l'agriculture et des coopératives, des semences et de la protection des plantes.

 

Selon ce rapport, les néonicotinoïdes rapporteraient 4,5 milliards d'euros par an à l'économie européenne [15].  Et M. Foucart ajoute : « Le rapport ne dit pas qu'au niveau mondial, les services rendus par les insectes pollinisateurs sont estimés à 115 milliards d'euros par an. »  C'est là comparer abusivement deux chiffres qui portent sur des bases complètement différentes...  Et les abeilles ne sont pas menacées par des néonicotinoïdes correctement utilisés.

 

 

Un scandale politique en gestation ?

 

Chemistry World rapporte que M. Vincent a dit que « la Commission [avait] des inquiétudes quant aux conclusions du rapport de l'EFSA »[16].  Cette déclaration est intervenue, au plus tard, deux jours après la mise en ligne des avis de l'EFSA.  Il paraît peu vraisemblable que la Commission in corpore ait pu s'exprimer en si peu de temps.

 

M. Vincent a ajouté : « En ce qui nous concerne » – « nous » signifiant vraisemblablement la Direction générale de la santé et des consommateurs (SANCO) – « c'est très clair: si le rapport et les études suivantes montrent qu'il y a un problème avec ces produits, alors la Commission, avec les États membres, prendra les mesures nécessaires. »  D'une prudence de Sioux...

 

Une prudence qui n'a pas été retenue par le correspondant de l'AFP – et divers médias français à sa suite – car il a tout simplement zappé le début, la conditionnelle, ce qui lui a permis d'anticiper une décision, avec le conditionnel de circonstance [17] :

 

« La Commission européenne pourrait proposer d'interdire l'utilisation de certains pesticides après les conclusions "inquiétantes" rendues mercredi par l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur leur impact létal pour les abeilles. »

 

À ce moment-là, les seules décisions prises avaient été de donner à Bayer et Syngenta la possibilité de s'exprimer sur les avis avant le 25 janvier 2013 – un délai ultra-court et cavalier – et d'inscrire le sujet à l’ordre du jour de la réunion du Comité permanent de la chaine alimentaire et de la santé animale (CP CASA) devant se tenir le 31 janvier 2013 – ce qui a donné aux délégués un temps ultra-court et cavalier, pour eux et pour Bayer et Syngenta, pour étudier les réponses de ces derniers.

 

 

En France, le ministre « communique »

 

Cela n'a pas fait les titres, ni même les articulets : « Stephane LE FOLL est satisfait de la réactivité de la Commission et demandera que des mesures appropriées soient prises rapidement et mises en œuvre dans les meilleurs délais » [18].  C'est la conclusion d'un communiqué de presse du 16 janvier 2012, donc du jour de la mise en ligne des avis de l'EFSA et des décisions susmentionnées de la DG SANCO.

 

Mais, outre la vélocité de la réaction, c'est le titre du communiqué qui est sidérant : « Avis de l’EFSA : "néonicotinoides" (sic), Stephane (resic) LE FOLL demande à la Commission de prendre rapidement des mesures appropriées. »  Dans leur folle précipitation, ils ont oublié un tréma et un accent ; notez aussi l'emploi du présent !  Mais c'est surtout le fond qui interpelle.

 

En effet, sans connaître la teneur réelle des avis de l'EFSA (sauf à avoir une prodigieuse capacité d'absorption), tenant pour quantité nulle les réponses à venir des fabricants, sans consulter les parties prenantes au niveau national, sans égard pour les procédures au niveau communautaire, sans égard même pour son propre pouvoir et, en fait, sa propre responsabilité pour la prise de décision, M. Stéphane Le Foll demande...

 

 

Une belle proportionalité

 

À la Commission, le Commissaire Borg, fraichement désigné et manifestement avide de se faire connaître, a décidé de traiter le dossier au pas de charge.

 

À la réunion du Conseil de l'agriculture et de la pêche du 28 janvier 2013, la Commission a annoncé qu'elle comptait « présenter prochainement des propositions visant à appliquer les principes de précaution et de proportionnalité à cette question » [19].  Déclaration fort diplomatique sur le fond des mesures.

 

La délégation des Pays-Bas avait certes demandé que la question soit traitée sous le point « divers » et suggéré de « lancer une action au niveau communautaire là où des risques élevés ont été identifiés ou n'ont pu être exclus en raison de certains aspects de l'analyse de risques pour les abeilles » [19] [20].  Elle a reçu le soutien de « nombreux États membres » mais certains « ont toutefois estimé qu'il faudrait disposer de nouveaux avis scientifiques avant de prendre toute mesure » [19].

 

Ce « prochainement » de la Commission, c'était la réunion du Comité permanent de la chaine alimentaire et de la santé animale (CP CASA) du 31 janvier 2013.  La Commission y a lancé la proposition de suspendre pendant deux ans l'utilisation de la clothianidine, de l'imidaclopride et du thiamethoxam sur les semences, en granulés et en pulvérisation, pour les cultures qui attirent les abeilles (colza, cotonnier, maïs et tournesol) [21].

 

Selon la France agricole [21], « [c]ette mesure a suscité de sérieuses réserves de la part de plusieurs Etats, notamment l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Espagne, a appris l'AFP de sources communautaires »...  Toujours l'AFP et toujours cette impression de liens privilégiés...

 

Et toujours cette frénésie : « Elle pourrait être soumise lors de la réunion des experts prévue le 25 février 2013 et si elle est adoptée, l'interdiction pourrait entrer en application le 1er juillet 2013, a expliqué Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire en charge de la Santé et des Consommateurs Tonio Borg. »

 

En tout cas, une interdiction – même camouflée au départ en suspension – pour le colza, le maïs et le tournesol, ce n'est pas précisément ce que l'on appelle proportionnalité.

 

 

Et nos ministres plastronnent !

 

La simple prudence exigerait que l'on fasse preuve de... prudence.  La mesure n'est pas encore adoptée.  Les industriels (Bayer et Syngenta) font bloc et les États membres encore doués de rationalité devant les assauts des anti-pesticides n'ont pas encore dit leur dernier mot.

 

« Il est important que nous prenions des décisions fondées sur des preuves scientifiques, et non des décisions impulsives qui auraient d'importantes répercussions » a ainsi dit M. Owen Paterson, le ministre qui a l'agriculture dans son portefeuille au Royaume-Uni [22].

 

Mais M. Le Foll a déclaré : « Je me réjouis de cette décision de la Commission qui s’inscrit dans la droite ligne du retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR dont j’avais pris la décision dès juin 2012 » [23].

 

Même sentiment de satisfaction au Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l’Énergie [24].

 

 

Le Monde, toujours aussi immonde

 

L'article est du 31 janvier 2013, donc du jour même de l'événement [25].  Sous un titre neutre, pour changer, « Comment Bruxelles veut protéger les abeilles sans bannir les pesticides », nous avons droit à l'information bruxelloise et aux commentaires : de la très alter et anti Confédération paysanne, de la très anti-pesticides et populiste Union nationale de l'apiculture française (UNAF) [26] et de M. Dave Goulson, professeur à l'université de Stirling, au Royaume-Uni, qui « estime que la durée de l'interdiction proposée par la Commission sera trop limitée pour percevoir une amélioration de la santé des abeilles ».

 

Intéressant, ce M. Goulson : il est l'auteur de la deuxième étude [27], à côté de celle d'Henry et al. [28], qui avait fait grand bruit l'année dernière et qui est aussi à l'origine des manoeuvres actuelles.  Il avait aussi été cité dans un article précédent du Monde [2].  Il avait notamment déclaré : « Beaucoup d'entre nous voudraient désormais voir un moratoire être décidé sur l'utilisation de ces pesticides, jusqu'à ce que nous comprenions réellement à quel point ils dégradent l'environnement. »  Ce genre de déclaration est une signature : celle d'un chercheur militant.

 

Mais c'est le traitement réservé aux industriels qui est intéressant dans cet article du Monde : une phrase – consacrée aux seuls aspects économiques qui ne jouent en l'occurrence qu'un rôle incident – immédiatement suivie d'un commentaire du président de l'UNAF.

 

 

Allo ! L'Élysée...

 

Mais cela n'a pas empêché le Monde de publier une publicité de Syngenta qui a pris la forme d'une lettre ouverte de M. Martin Taylor, Président du Conseil d’Administration de Syngenta AG, au Ministre de l'agriculture [29].  Il y a l'idéologie et les pépètes...

 

« Il est pour le moins tragique que le gouvernement du pays qui a vu émerger des scientifiques de grand renom tels que Marie Curie et Louis Pasteur tourne sciemment le dos à la science et à ses applications pratiques. Une interdiction politiquement motivée serait dramatique pour les agriculteurs français et constituerait un gigantesque pas en arrière pour l’agriculture durable, et ne sauverait par ailleurs aucune colonie d’abeille » écrit M. Taylor.

 

C'est une lettre qu'il aurait fallu adresser au Président de la République François Hollande, lui qui a choisi d'honorer des savants, et notamment Marie Curie, au moment de sa prise de fonctions.

 

C'est aussi un message pour la France entière.

Wackes Seppi

 

*  Cet article est à jour au 3 février 2013.

 


[1]  On rappellera que la nicotine a été utilisée comme insecticide dans les temps maintenant idéalisés par la génération bobo, y compris en agriculture « biologique » (n'est-elle pas « naturelle »...).  Elle « flinguait tout » ou presque et était très toxique pour l'homme (10 centigrammes suffisent pour entraîner la mort d'un adulte selon J. Vochelle et J. Faure, Les ennemis des cultures – L'emploi efficace des pesticide, éd. 1969).  Elle a fini par être interdite en France à la fin des années 1980 et dans les années 1990.

 

[2]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/16/pesticides-un-risque-enfin-admis-pour-les-abeilles_1817630_3244.html

Il est – disons – amusant de constater que M. Foucart se félicite de la publication d'« un avis scientifique sévère sur trois pesticides » par l'EFSA (en fait, il s'agit de trois avis séparés...), alors que, six mois plus tôt, il écrivait : « La faillite de l'évaluation des pesticides sur les abeilles » :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/09/abeilles-la-faillite-de-l-evaluation-des-pesticides_1731092_3244.html

 

[3]  Voir par exemple :

« Les insecticides néonicotinoïdes autorisés sur les cultures en France, en 2011 : Dangereux pour l'abeille, les insecticides néonicotinoïdes nuisent gravement à l'apiculture » :

http://www.unaf-apiculture.info/presse/2011_Les_insecticides_neonicotinoides_en_France.pdf

« Abeilles, Cruiser et Néonicotinoïdes : arrêtons enfin le massacre ! Le retrait des autorisations de mise sur le marché s’impose » :

http://www.unaf-apiculture.info/presse/2012_03_CP_Declaration_UNAF_demande_retrait_pesticides_%20Cruiser30_03_2012.pdf

 

[4]  Le document date, mais c'est une bonne lecture :

« Le Gaucho ® est-il l'ennemi des abeilles ? »

http://www.sciencemag.org/content/337/6101/1453.2.full

 

[5]  A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees. Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin, Jean‐François Odoux, Pierrick Aupinel, Jean Aptel, Sylvie Tchamitchian, Axel Decourtye. Science, 29 mars 2012. DOI: 10.1126/science.1215039

http://www.debijenwij.nl/pdf/bijen/Science2012-03-29_EffectNeonicotinoidenInHetVeld_Henry-et-al.pdf

Nous comptons en produire une analyse détaillée ultérieurement.

 

[6]  Dans la Gazette de l'AFIA, Guy Waksman produisait une expression qui mérite de passer dans le langage courant : « Sur la dose de produits absorbée par les abeilles, je crains un effet "Séralini" » :

http://www.informatique-agricole.org/gazette-afia-15/

 

[7]  http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000026223233&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id

 

[8]  http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/120601.htm?utm_medium=infocus&utm_source=homepage&utm_campaign=beehealth

 

[9]  Voir le communiqué de presse et, à partir de celui-ci, les documents :

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/130116.htm?utm_medium=infocus&utm_source=homepage&utm_campaign=beehealth

(Consulté le 20 janvier 2013.)

 

[10]  Voir note précédente pour la source.  Un projet d’avis constituant le document d'orientation a été publié le 20 septembre 2012 à des fins de consultation publique.

 

[11]  « Exposure from pollen and nectar. Only uses on crops not attractive to honey bees were considered acceptable.

 

[12]  http://www.leparisien.fr/environnement/l-europe-envisage-d-interdire-des-pesticides-dangereux-pour-les-abeilles-16-01-2013-2486277.php

 

[13]  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/nature-environnement/20130117.OBS5751/abeilles-conclusions-inquietantes-de-l-efsa-sur-l-impact-des-pesticides.html

 

[14]  http://www.neonicreport.com/wp-content/uploads/2013/01/HFFA%20Report.pdf

Résumé, en anglais, à :

http://www.farmersguardian.com/home/arable/banning-neonicotinoids-could-cost-eu-economy-%E2%82%AC45bn-report/52585.article

En français :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/traitements-de-semences-neonicotinoides-un-avantage-economique-majeur-pour-les-agriculteurs-etude-66959.html

 

[15]  Syngenta avait estimé à plus de 200 millions d'euros les pertes pour l'agriculture française issues de l'interdiction du seul Cruiser OSR sur colza :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/traitement-de-semences-retrait-de-l-autorisation-du-cruiser-osr-sur-colza-ministere-de-l-agriculture-video-59329.html

 

[16]  http://www.rsc.org/chemistryworld/2013/01/efsa-europe-honey-bee-decline-neonicotinoid-pesticides

 

[17]  http://www.romandie.com/news/n/Abeilles_conclusions_inquietantes_de_l_EFSA_sur_l_impact_des_pesticides31160120131719.asp?

 

[18]  http://agriculture.gouv.fr/Avis-de-l-EFSA-neonicotinoides

 

[19]  http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/agricult/135133.pdf

 

[20]  http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/13/st05/st05667.en13.pdf

 

[21]  Voir par exemple :

http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/insecticides-neonicotinoides-bruxelles-interdiction-mais-colza-tournesol-67725.html

 

[22]  http://www.guardian.co.uk/environment/2013/jan/31/eu-proposes-ban-insecticides-bee

Contrairement à ce qu'a rapporté l'AFP, citée par la France agricole [21], l'Allemagne soutiendrait la proposition de la Commission :

http://www.bmelv.de/SharedDocs/Pressemitteilungen/2013/040-AI-Bienen.html

 

[23]  http://agriculture.gouv.fr/Neonicotinoides-Stephane-LE-FOLL

 

[24]  http://www.developpement-durable.gouv.fr/Neonicotinoides-la-Commission.html

 

[25]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/31/comment-bruxelles-veut-proteger-les-abeilles-sans-bannir-les-pesticides_1825132_3244.html

 

[26]  Le discours du Syndicat des Producteurs de Miel de France (SPMF) et de son président Joël Schiro est bien trop raisonnable et factuel pour intéresser les marchands de salades médiatiques :

http://www.ladepeche.fr/article/2013/01/31/1549440-disparition-des-abeilles-l-heure-des-decisions.html

http://www.beekeeping.com/spmf/2013_01_24_communique_presse.pdf

 

[27]  Neonicotinoid Pesticide Reduces Bumble Bee Colony Growth and Queen Production, Penelope R. Whitehorn, Stephanie O’Connor, Felix L. Wackers, and Dave Goulson, Science 20 April 2012: 351-352.Published online 29 March 2012

http://www.sciencemag.org/content/335/6076/1555.summary

 

[28]  A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees. Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin, Jean‐François Odoux, Pierrick Aupinel, Jean Aptel, Sylvie Tchamitchian, Axel Decourtye. Science, 29 mars 2012. DOI: 10.1126/science.1215039

http://www.debijenwij.nl/pdf/bijen/Science2012-03-29_EffectNeonicotinoidenInHetVeld_Henry-et-al.pdf

 

[29]  http://www3.syngenta.com/country/fr/fr/Syngenta/espace-presse/Pages/Lettre-ouverte-au-ministre-de-l-agriculture.aspx

 

 

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commentaires

corrector 31/01/2015 11:29

"est infligée d'un biais"

Je dirais même plus :

est afligée d'un biais

Wackes Seppi 27/08/2013 17:27


C'est de l'AFP : Syngenta et Bayer saisissent la justice contre la décision de l'UE


 


http://www.romandie.com/news/n/CHSyngenta_et_Bayer_saisissent_la_justice_contre_la_decision_de_l_UE_synthese47270820131551.asp?


 


Extrait : « Bruxelles a pris sa décision "sur la base d'un processus défectueux, d'une évaluation inadéquate et incomplète de l'Autorité européenne de sécurité des aliments", a indiqué
mardi Syngenta. La Commission n'a en outre pas eu le soutien de tous les Etats membres de l'Union européenne (UE), ajoute le géant agrochimique bâlois. »


 


On peut être en désaccord avec l'évaluation de l'évaluation de l'EFSA. Le fait est, toutefois, que le retour d'expérience du terrain rapporté par l'EFSA – qui contraste singulièrement avec
l'évaluation théorique et scientifique – n'a pas été pris en compte.


 


 

bob 16/05/2013 06:19


Des nouvelles du front du CCD: http://www.pnas.org/content/early/2013/04/26/1303884110.abstract


Pdf: https://dl.dropboxusercontent.com/u/72234047/PNAS%20HONEY.pdf


« We determined that constituents found in honey,
including p-coumaric
acid, pinocembrin, and pinobanksin 5-methyl ether, specifically induce detoxification genes. These inducers are primarily found not in nectar but in pollen in the case
of p-coumaric
acid (a monomer of sporopollenin, the principal constituent of pollen cell walls) and propolis, a resinous material gathered and processed by bees to line wax cells. RNA-seq analysis (massively
parallel RNA sequencing) revealed that p-coumaric
acid specifically up-regulates all classes of detoxification genes as well as select antimicrobial peptide genes. This up-regulation has functional significance in that that
adding p-coumaric
acid to a diet of sucrose increases midgut metabolism of coumaphos, a widely used in-hive acaricide, by ∼60%. As a major component of pollen grains, p-coumaric
acid is ubiquitous in the natural diet of honey bees and may function as a nutraceutical regulating immune and detoxification processes. The widespread apicultural use of honey
substitutes, including high-fructose corn syrup, may thus compromise the ability of honey bees to cope with pesticides and pathogens and contribute to colony losses.»

 

Wackes Seppi 15/03/2013 21:57


Dernières nouvelles de Bruxelles ici :


 



http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/neonicotinoides-abeilles-l-ue-ni-contre-ni-pour-69804.html?utm_source=FAA&utm_medium=infoquotidienne&utm_campaign=mailnumero1021&actu1


 


En Suisse, le Conseil fédéral (gouvernement) reste sourd à toute l'agitation anti-néonicotinoïdes. « Les pertes de colonies d'abeilles ne sont pas plus importantes dans les régions de
plaines, où l'on utilise les pesticides, que dans les régions de montagne » (Johann Schneider-Ammann).


 


Des gens rationnels...


 


http://www.letemps.ch/Page/Uuid/a222c702-8a67-11e2-87db-dd833dcd1068/Mort_des_abeilles_Le_Conseil_f%C3%A9d%C3%A9ral_refuse_toujours_dinterdire_certains_pesticides#.UUOC8RdWySo


 

loup garou 15/03/2013 21:10


leloup a écrit :


 


"Dites, on n'est pas obligés de prendre du THC au moins parce qu'on a peur à cause de la façon dont vous écrivez,..."


 


c'est une galéjade ou quoi ? LOL parce qu'à part le blabla, et l'"argument d'autorité" (sachant que vous n'êtes pas le seul à avoir effectué un post doc outre-atlantique...), ils sont où les
(vrais) arguments ?

leloup 15/03/2013 18:26


A M. Wackes Seppi ou André Heitz ou que sais-je encore parce des noms vous en avez en quantités inverses de vos connaissances en biologie...


On vous a proposé un test de compétences en biologie, on vous demandait une simple méta-analyse d'articles, vous étiez d'ailleurs libres d'en choisir d'autres, ... Et vous n'êtes toujours
pas allé sur PubMed, vous n'êtes pas connecté dessus tous les soirs après une dure journée au labo ??? Dites, vous allez au labo un fois de temps en temps ?


C'est toujours comme cela que moi (MCF en neurosciences (plasticité des synapses et développement cérébral)) je teste un étudiant et jusqu'à ce jour aucun étudiant n'a osé venir me servir le
charabia que vous me servez parce qu'avec mon PhD, mes deux ans de post-doc au Canada, je pige rien à ce que vous racontez !!!


Vous m'insultez avec votre salmigondis et je vais me plaindre à l'AFIS, je vais lui demander de recruter des lobbyistes un peu moins nuls en biologie et un peu moins nuls en stats (car c'est ce
que vous êtes, payé pour salir de bons articles quand cela n'est pas favorable à vos macs). Le tapinage, ça rapporte au moins ?


Parce que moi et mes potes de l'éducation nationale, question financements, on est raides, on avait envisagé la prostitution, et puis on s'est dit que faire lobbyiste, c'était mieux. Vous
voudriez pas nous présenter à vos souteneurs ? Dites, on n'est pas obligés de prendre du THC au moins parce qu'on a peur à cause de la façon dont vous écrivez,...


 


 


 

Wackes Seppi 24/02/2013 21:27


[6]  Streit S, Bock F, Pirk CWW, Tautz J (2003) Automatic life-long monitoring of individual insect behaviour now possible. Zoology 106: 169–171. doi:10.1078/0944-2006-00113.


http://132.187.28.31/fileadmin/Publikationen/109_Streit_et_al_02.pdf


 

Wackes Seppi 24/02/2013 21:23


8.  Mais venons en au fait : « Si vous reconnaissez la neurotoxicité à doses sublétales sur les Apidés (et pas que sur eux d'ailleurs), pourquoi tout ce tintamarre sur la
mise en suspension des produits ? Fin de la discussion. Ces cochonneries auraient dues être interdites depuis longtemps... » ?


 


a.  Nous y voilà ! Notre contradicteur dévoile son opinion, ou plutôt son parti pris. Le cours d'épistémologie est conditionné par la recherche du résultat souhaité.


 


b.  Mais on ne saurait être d'accord avec cette approche. Par principe.


 


c.  De plus, la connaissance de la neurotoxicité à doses sublétales ne met pas du tout fin à la discussion pour les Homo sapiens – bardés d'un doctorat ou non – qui ne se
satisfont pas d'un raisonnement binaire. Il s'agit en effet de déterminer les conséquences de cette neurotoxicité en pratique – pas seulement en laboratoire –, les manières de les éviter ou de
les pallier, s'il y en a, et, in fine, les rapports coût-bénéfice ou avantages-inconvénients des différentes solutions disponibles.


 


d.  Le « tintamarre sur la mise en suspension des produits » exprime une réalité simple : les choses ne sont pas simples. Ce n'est simple que pour ceux qui ont
un objectif politique et pour qui les abeilles ne sont pas la priorité, mais un moyen de parvenir à une fin.


 


.


 


9.  Notre interlocuteur écrit aussi : « Croyez-vous sincèrement que si un de mes étudiants de M2 me présentait une critique d'article comme ça ("oh, les syndicats, oh les
médias, oh vive Syngenta",...), je serais content ? Ben, non. Je suis pas content. »


 


a.  Ben oui, à la lumière de ce qui précède on comprends que vous ne soyez pas content.


 


b.  Cela dit, mon article, ce n'est pas : « oh, les syndicats », mais un seul syndicat, voire pseudo-syndicat. Ce n'est pas : « oh les
médias », mais certains médias. Et ce n'est pas « oh vive Syngenta », mais le respect de la présence et de l'avis d'un acteur du problème.


 


.


 


10.  Cela nous amène à l'UNAF qui demanderait que l'on utilise « les bonnes vieilles méthodes du postulat de Koch » pour « démontrer un lien de causalité
entre le CCD et les "néonic" ».


 


Heureusement que vous êtes là pour repérer ce qui ne va pas, et je vous remercie vivement d'avoir de si bons yeux, que je n'ai malheureusement pas.


 


Mais il m'a toujours semblé que l'UNAF réclamait l'interdiction pure et simple des nénonics. Et il m'a toujours semblé que les postulats de Koch s'appliquaient aux maladies causées par des
micro-organismes. Enfin, on peut toujours les appliquer mutatis mutandis aux néonics.


 


C'est en fait le Syndicat des producteurs de miel français (SPMF) de Joël Schiro qui propose une méthode susceptible de nous éclairer davantage : interdire les néonics dans deux régions
administratives adjacentes pendant trois ans et voir ce qui se passe [3].


 


Mais ce n'est pas la solution vers laquelle on se dirige. Une frange très militante de l'apiculture, épaulée par des médias complaisants et ayant davantage l'oreille de gouvernants qui préfèrent
le coup de menton à des décisions rationnelles préconise des mesures radicales et définitives.


 


En fait, il faut lire des journaux régionaux pour voir : « "Le Gaucho, ce n’est pas beau. Le Regent, c’est méchant. Et le Cruiser, c’est l’enfer… Certes, mais après ?",
s’amuse à dire Joël Schiro le président du Syndicat des producteurs de miel de France. "Moi, je parle plutôt d’une catastrophe écologique globale dont on ne connaît pas le processus. Car les
abeilles disparaissent également dans les montagnes éloignées des zones agricoles polluées" » [4].


 


.


 


11.  Merci pour les références, du reste fort sélectives.


 


En fait, il y a une autre méthode pour s'informer – plus simple, plus rapide et, pour des gens qui vivent dans le vrai monde et non dans la tour d'ivoire de la recherche, plus efficace : les
rapports des instances d'évaluation.


 


Synthèses bien faites (même si on peut trouver à redire sur un point ou un autre), bibliographie abondante et, surtout, ayant passé sous les fourches caudines non seulement de quelques
reviewers (dont certains... voir une autre affaire ultramédiatisée...) mais aussi d'une belle brochette d'experts. Et elles incluent même des références à des documents qui ne sortent
pas de tours d'ivoire scientifiques mais font le point sur l'expérience tirée de la vraie vie.


 


Il est du reste intéressant de noter qu'une seule des publications que vous avez mentionnées (Whitehorn et al.) a été mentionnée dans un des avis de l'EFSA.


 


Et que vous n'avez pas signalé celle de Schneider et al. [5], dont la publication a précédé de peu celle d'Henry et al. et qui était aussi fondée sur l'utilisation de puces
RFID. Schneider et al. ont aussi eu l'honnêteté d'attribuer la paternité de la technique RFID à Streit et al. (2003) [6]. La communication de l'INRA a quant à elle, affirmé que
Henry et al. avaient « utilisé une méthodologie innovante : des micropuces RFID ont été collées sur le thorax de plus de 650 abeilles... » Innovante... largement
sortie de l'enfance.


 


Mais il est vrai que Schneider et al. avaient conclu à l'observation d'aucun effet négatif aux doses rencontrées en champ... L'article ne pouvait donc entrer dans votre sélection.


 


_________________


 


[1]  http://presse.inra.fr/Ressources/Communiques-de-presse/abeilles-desorientees-par-faible-dose-insecticide


 


[2]  http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1999


 


[3]  http://www.apiservices.com/spmf/2012_11_26_travail_fam_interdct_neonic.pdf


 


[4]  http://www.ledauphine.com/actualite/2013/02/08/les-abeilles-battent-de-l-aile


 


[5]  Schneider CW, Tautz J, Grünewald B, Fuchs S (2012) RFID Tracking of Sublethal Effects of Two Neonicotinoid Insecticides on the Foraging Behavior of Apis mellifera. PLoS
ONE 7(1): e30023. doi:10.1371/journal.pone.0030023



Wackes Seppi 24/02/2013 21:18


1.  Quand on me tarabuste sur ma rusticité, j'excipe volontiers de mon certificat d'études primaires. La modestie du parchemin est, dans mon souvenir, à l'inverse de sa taille, bien
plus grande que celle du BEPC (pour la suite, je ne sais pas). Il incite cependant à la modestie et à la déférence dans les relations avec ceux qui avancent dans la vie, avec arrogance,
condescendance et morgue, leur patronyme précédé d'une abréviation qui marque pour eux l'appartenance à une élite et leur permet d'aligner des sottises avec aplomb.


 


.


 


2.  Le CEP fut en d'autres temps un gage de bon sens près de chez soi. En l'occurrence, ça suffit largement.


 


.


 


3.  Il n'aura échappé à aucun epsilon que l'article ci-dessus porte sur une série de scandales médiatiques et politiques. J'observe qu'il n'a pas été contredit sur
ceux-ci ; que l'on n'a pas contesté, par exemple, que les communiqués de presse de l'EFSA sont différents d'une version linguistique à l'autre (un fait), ou que nos ministres ont fait de la
comm' intempestive (une appréciation).


 


Il se trouve qu'il y a plein de gens qui ne diraient jamais : « tous les problèmes politiques alentour, je m'en tape ». Les tours d'ivoire ne sont en général pas des lieux
de villégiature prisés.


 


« Blablabla et où est passée la biologie dans tout ça ? Où sont les méta-analyses ???? Vous ne me fournissez aucune stat ! » ? Mais ce n'est pas un article
sur la biologie ! Mais ce n'est pas un article scientifique avec une belle introduction, une mat-méth, des résultats, une discussion et une conclusion !


 


.


 


4.  J'ai visiblement eu le malheur – pour situer le problème – de citer Henry et al. Et voilà qu'on me tombe dessus à bras raccourcis. J'aurais dû, avant de m'y oser, éplucher
toute la littérature scientifique, rédiger une méta-analyse, faire une analyse statistique... À cela il y a plusieurs réponses.


 


a.  Ce n'était pas – bis repetita – un article sur la biologie, sur les effets sublétaux des néonicotinoïdes, etc.


 


b.  Je me suis limité à une appréciation très synthétique : « Une expérience originale et innovante », « interprétée comme démontrant le
lien » avec l'effondrement des colonies d'abeilles, mais un « protocole [...] très éloigné de la réalité [qui] semble avoir été conçu pour démontrer une opinion
préconçue ». Soit deux faits, un fait mâtiné d'appréciation et une opinion.


 


c.  Il est indéniable que les activités actuelles sont fondées, quasiment, sur la seule étude d'Henry et al. (celle de Whitehorn et al. (Goulson) joue un rôle très
secondaire, ne portant pas sur les abeilles domestiques).


 


d.  Attention ! Il faut préciser : les activités actuelles sont fondées, non pas sur l'étude en tant que telle, mais sur l'exploitation médiatique et politique qui en a été
faite, y compris par les auteurs eux-mêmes.


 


e.  Cela pose donc une intéressante question. Un chercheur – bardé de toutes les breloques – qui s'intéresserait à un fait sociologique, fût-ce par le biais d'un commentaire, soit qu'il
s'exprime dans son domaine, soit qu'il sorte du sien pour entrer dans un domaine a priori connexe (ou même étranger), pose-t-il son analyse sur le seul contenu scientifique de l'étude en
cause, ou également sur l'exploitation qui en a été faite ?


 


f.  Ma question précédente était peut-être un peu osée. Il existe des chercheurs – bardés de diplômes inaccessibles au commun des mortels – qui estiment qu'ils (ou peut-être seulement
les autres) ne sont pas habilités à sortir de leur domaine. Les effets sublétaux... c'est pour les spécialistes des effets sublétaux (et surtout pas pour les ingénieurs, ces moins que rien).


 


.


 


5.  Il est tout de même admis que « l'article d'Henry a des défauts ».


 


J'en suis fort aise. Pas parce que l'article a des défauts, mais parce que mon analyse n'a pas été contredite par une sommité. Difficile, du reste, de contredire l'ANSES par exemple, ou encore
l'EFSA (encore que... un autre docteur, et même professeur du nom de Séralini ne s'en prive pas).


 


.


6.  Mais « cela ne [me] donnera jamais raison, car il y a tous ceux qui ont été écrits avant ».


 


a.  Raison sur quoi, précisément ?


 


b.  Et je ne suis pas d'accord. Je rappelle que l'INRA a écrit [1] :


 


« Pour la première fois, une équipe de recherche française multipartenariale a mis en évidence le rôle d’un insecticide dans le déclin des abeilles, non pas par toxicité directe mais en
perturbant leur orientation et leur capacité à retrouver la ruche. »


 


L'INRA n'a pas cocoriqué sur le fait qu'une équipe française a mis en évidence ce que d'autres avaient déjà fait, mais qu'un équipe a mis en évidence... et, qu'en plus, elle est française et en
partie de l'INRA. Cela signifie a contrario (selon un raisonnement très usité en droit...) que les articles qui ont été écrits avant n'ont pas mis le fait allégué en évidence.


 


.


 


7.  Il y a plusieurs références à l'AFIS, certaines fort osées, en tout cas fort peu conformes à l'art du raisonnement scientifique.


 


a.  Mais que vient faire l'AFIS ici ?


 


b.  Que reproche-t-on à l'article de M. Marcel Kuntz [2] ? Qu'il est de M. Kuntz ? Qu'il met le doigt sur les points qui font mal ? D'autres l'ont fait, avec
autant sinon plus d'autorité. On peut penser à l'ANSES – une formidable brochettes de docteurs, etc. – par exemple.


 


c.  En fait, il « n'est pas honnête de la part de l'AFIS de ne pas [...] avoir signalé » l'existence d'études antérieures ? Il me semble que c'est le reproche
qui est malhonnête...


 


d.  Du reste, l'étude d'Henry et al. n'est-elle pas censée refléter honnêtement l'état des travaux antérieurs ?


 


.


 


8.  Mais venons en au fait : « Si vous reconnaissez la neurotoxicité à doses sublétales sur les Apidés (

Fred 21/02/2013 18:19


Excellent post LeLoup.. j ai bien ri…
Je me permets une précision cependant… une grille de lecture… concernant le site Imposteur…Ici, le paradigme de base est le suivant: quand une revue réputée (eg. Science), l'IRSn, ou l'EFSA
produisent des arguments en faveur du nucléaire, des OGMs ou les pesticides, ils font preuve de rigueur scientifique, d'honnêtete et d'indépendance intellectuelle… Quand l'avis est plus nuance,
c'est qu'ils ont succombe aux sirènes du fachisme vert et qu'il est grand temps de s'"interroger pour l'expertise elle-même"…
Vous allez voir… ma théorie a un fort pouvoir explicatif quant a la teneur des articles publies ici et les commentaires des intervenants… Non pas qu'ils racontent toujours n'importe quoi, loin de
la… Mais sous la pseudo façade scientifique, Imposteur est avant tout un site de militants… L'AFIS est pourrie de militants aussi… mais ils sont un peu plus dilues dans la masse des auteurs et
des sujets traites.
Je partage entièrement votre avis sur le niveau scientifique des auteurs et leur honnêteté intellectuelle. J attends avec impatience leur analyse du papier dans Science et des autres références
que vous mentionnez, et surtout les brillants contre-articles qui seront sans aucun doute publies dans des revues du même niveau. Parce que s'il est facile de formuler des critiques sur un blog,
c'est une autre affaire d'en faire valider la pertinence scientifique.

leloup 19/02/2013 16:58


A Wackes Seppi


Vous aurez des références ci-jointes.


Vous commettez des erreurs de méthologie qu'un chercheur ne commettrait pas.


Selon moi vous n'avez pas de doctorat, peut-être un diplôme d'ingénieur mais guères plus. Et pas en biologie, dans une discipline parallèle...


1) Il est impossible de juger sur un seul article. Vous avez rédigé votre doctorat en ne citant qu'1 référence bibliographique ???? On lit les articles précédents pour voir les différences de
méthodes... Donc même si l'article d'Henry a des défauts, cela ne vous donnera jamais raison, car il y a tous ceux qui ont été écrits avant et il n'est pas honnête de la part de l'AFIS de ne pas
l'avoir signalé. Heureusement, je suis là pour repérer ce qui ne va pas, vous devriez me remercier et vous réjouir que j'ai de si bons yeux.


2) Si vous reconnaissez la neurotoxicité à doses sublétales sur les Apidés (et pas que sur eux d'ailleurs), pourquoi tout ce tintamarre sur la mise en suspension des produits ? Fin de la
discussion. Ces cochonneries auraient dues être interdites depuis longtemps puisqu'on est tous d'accord sur les effets. Pourtant ce n'est pas ce qu'écrit l'AFIS qui semble avoir des doutes. Alors
puisqu'AFIS et Imposteurs sont les mêmes personnes (et Alerte Environnement aussi !), qui sème le trouble et qui nous enfume ? J'aime pas la com' !


3) Pour démontrer un lien de causalité entre le CCD et les "néonic", pourquoi ne pas utiliser les bonnes vieilles méthodes du postulat de Koch ? C'est présentement ce que l'UNAF demande. Vous
devez connaître l'épidémio, non ?


4) Vous avez publié un article dans Contrepoints et vous refusez toujours de me parler physiologie. Vous refusez de parler des articles de recherche... J'y lis "scandale médiatique,"
"scandale politique", "


Le Monde, toujours aussi immonde"... Blablabla et où est passée la biologie dans tout ça ? Où sont les méta-analyses ???? Vous ne me fournissez aucune stat !


Croyez-vous sincèrement que si un de mes étudiants de M2 me présentait une critique d'article comme ça ("oh, les syndicats, oh les médias, oh vive Syngenta",...), je serais content ? Ben,
non. Je suis pas content.


Voilà votre biblio. Puisque vous êtes chercheur (?), vous pouvez y avoir accès sur PubMed sans problème.


Effects of imidacloprid and deltamethrin on associative learning in honeybees under semi-field and laboratory conditions, A. Decourtye et alii, Ecotox Env Safety, 2004, 57,
410-419


Effects of imidacloprid, a neonicoid pesticide, on reproduction in worker bumblebees (Bombus terrestris), I. Laycock et alii, Ecotoxicology, 2012, 1937-1945


Effects of sublethal doses of acetamiprid and thiamethoxam on the behavior of the honeybee, C. Armengault et alii, 2007, Arch Env Contam Tox, 54, 653 sq


Impaired olfactory associative behavior of honeybee workers due to contamination of imidacloprid in the larval stage, Y.W. Chen, 2012, Plos One, e49472.


A meta-analysis of experiments testing the effects of a neonicotinoid
insecticide (imidacloprid) on honey bees, J.E. Creswell, Ecotox, 2011, 20, 149 sq


A method to quantify and analyze the foraging activity of honeybees :
relevance to the sublethal effects induced by systemic insecticides, J.P. Vermandere, 2004, Arch Env Contam Tox, 387 sq


The neonicotinoid insecticide imidacloprid repels pollinating flies and
beetles at field-realistic concentrations, A.H. Easton, 2013, Plos One, e54819


Neonicotinoid pesticide reduces bumble bee colony growth and queen production, 2012, PR Whitehorn et alii, Science, 20 April
2012, Vol. 336 no. 6079 pp. 351-352


 


  Et lorsque vous aurez fini ceux-là, vous pourrez grâce à eux avoir tout plein d'autres références à lire... Amusez-vous bien. On
est gentil avec vous, vous voyez.

Wackes Seppi 17/02/2013 21:15


Syngenta vient de demander à la Commission européenne de retirer sa proposition :


 


http://www.pleinchamp.com/actualites-generales/actualites/syngenta-demande-a-bruxelles-de-retirer-son-projet-de-restriction-d-un-pesticide


 


http://www3.syngenta.com/country/fr/fr/Syngenta/espace-presse/Pages/Neonicotinoides-le-rapport-sur-les-abeilles-est-incorrect.aspx


 

Wackes Seppi 14/02/2013 11:37


[4]  http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/PDDA_VF_cle0f2af1.pdf


Résumé :


http://www.actu-environnement.com/ae/news/plan-apiculture-durable-2013-2015-pas-suspension-pesticides-formations-mortalite-abeilles-17781.php4


 


[5]  http://www.actu-environnement.com/ae/news/unaf-reaction-plan-apicole-durable-chiffres-2012-retrait-pesticides-17796.php4


La prise de position ne semble pas reproduite sur le site de l'UNAF (http://www.unaf-apiculture.info) particulièrement bordélique. En revanche, on y
trouve l'annonce de la diffusion de « La malédiction du gaz de schiste » sur Arte le 29 janvier 2013... Y a-t-il meilleur exemple des priorités réelles de cette entité ?


 


[6]  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/12/les-apiculteurs-francais-rejettent-le-plan-de-soutien-du-gouvernement_1831275_3244.html


http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/09/un-plan-de-soutien-contre-le-declin-de-l-apiculture_1829537_3244.html


http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/09/pesticides-pitie-pour-les-abeilles_1829570_3232.html


 


 

Wackes Seppi 14/02/2013 11:20


M. Leloup,


 


Vous vous insurgez contre des propos ou des pensées que je ne tiens pas.


 


Mon deuxième titre : « ...mais... les abeilles... »


 


Quatrième paragraphe, juste après ce titre : « Les néonicotinoïdes sont toxiques pour les abeilles. » C'est on ne peut plus clair.


 


J'ai aussi écrit dans un bref (trop bref ?) rappel historique : « Une expérience originale et innovante a été réalisée et publiée en mars 2012 ; elle a été interprétée comme
démontrant le lien [avec l'effondrement des colonies] », avec un renvoi à l'article d'Henry et al. Vous interprétez la phrase comme : « Une seule
expérience... ». C'est manifestement erroné. Il suffit du reste de constater que j'ai aussi fait référence à l'article de Whitehorn et al. (Goulson) produit à la même époque.


 


J'aurais pu vous proposer la réponse inverse et, en fait, vous renvoyer dans les choux (thiaméthoxamés de préférence). Voici ce qu'a écrit l'INRA dans son communiqué de presse cocorico [1] :


 


« Pour la première fois, une équipe de recherche française multipartenariale a mis en évidence le rôle d’un insecticide dans le déclin des abeilles, non pas par toxicité directe mais en
perturbant leur orientation et leur capacité à retrouver la ruche. »


 


« [L]e rôle dans le déclin... », c'est proche de votre « toxicité de l'imidaclopride et du thiamethoxam »...


 


Et avec une telle déclaration de l'INRA je peux m'éviter la gageure que vous me proposez d'éplucher tout PubMed.


 


Pour le papier d'Henry et al., j'en ai un mien en réserve que je vais probablement proposer à M. Suwalki pour publication à l'occasion de l'anniversaire de sa sortie. Ce qui me pose
problème, ce n'est pas l'expérience en tant que telle, mais la surinterprétation ; et l'utilisation médiatique et politique qui en a été faite, pas forcément à l'insu du plein gré de ses
auteurs. Vous voudrez bien accepter, je pense, les conclusions de l'ANSES, notamment :


 


« -  L'expérience menée par les auteurs de l'étude, basée sur un suivi individuel de retour à la ruche des abeilles grâce à la technique de puces RFID, est une approche
originale de l'étude comportementale des abeilles butineuses exposées à une substance phytopharmaceutique. Elle met en évidence un effet néfaste d'une dose sublétale de
thiamethoxam sur le retour à la ruche des abeilles butineuses.


 


-  Les données de terrain indiquent que, dans les conditions de pratiques agricoles actuelles, l'exposition des abeilles au thiamethoxam via les
résidus de nectar de colza (de 0,1 à 0,33 ng/abeille selon les résultats d'analyse obtenus) est inférieure à la dose utilisée dans l'expérience (1,34
ng/abeille). Cependant, une exposition à cette dose ne peut être totalement exclue dans des circonstances particulières. »


 


Vous concluez (avant la dernière manifestation de mauvaise humeur) :


 


« ...on ne peut écarter la toxicité neurologique des néonicotinoïdes sur les Apidés et ses conséquences sur leur comportement, notamment l'olfaction, l'orientation et le butinage, il
aurait fallu interdire ces produits bien avant. »


 


Je n'ai absolument aucun problème avec la première partie... mais je l'aurais écrite en termes bien plus affirmatifs : la toxicité neurologique est un fait. C'est d'ailleurs le mode d'action
des néonics. Je note aussi que vous contredisez allègrement votre affirmation du début selon laquelle la toxicité de l'imidaclopride et du thiamethoxam a été constatée par des dizaines de
publications depuis plus de 10 ans. Si on a constaté, on n'écrit pas qu'on ne peut pas écarter (désolé, c'est mon côté plaideur et conseil juridique qui s'exprime).


 


Quant à la deuxième partie, elle tombe précisément dans ce que veut éviter le ministre Paterson : prendre « des décisions fondées sur des preuves scientifiques, et non des décisions
impulsives... »


 


.


 


Je n'ai pas fait une place suffisante dans mon article au Syndicat des Producteurs de Miel de France (SPMF) et à son président Joël Schiro. C'est l'occasion ici de renvoyer à un de leurs
documents, qui décrit en détail leur analyse et illustre bien l'hystérie ambiante [3].


 


Ils dénoncent notamment :


 


« Une ambiance catastrophique faite de manipulations diverses, d'informations tronquées, partielles ou dissimulées, d’agressivité, de défiance, de perte du bon sens le plus élémentaire
et/ou d’un minimum d’honnêteté intellectuelle. »


 


Ça continue !


 


.


 


Le ministère de l'agriculture a publié le 8 février 2013 un plan de développement durable de l'apiculture – sous titré « agriculteurs, produisons autrement »
– pour la période 2013-2015[4].


 


Belle plaquette, joliment décorée, avec des phrases choc telles que : « Il ne doit pas y avoir en France de territoire où les abeilles n’auraient pas le droit
d’exister »... les communicants ont fait fort.


 


On peut s'étonner de l'ordre des rubriques. La question des ressources florales pointe en... septième position ! Pour ce qui est de la diminution de la mortalité, les causes chimiques sont
traitées avant les causes microbiologiques ; c'est sans surprise compte tenu de l'ambiance catastrophique dénoncée par le SPMF.


 


Le Ministère n'a, toutefois, pas annoncé de mesures fracassantes pour les phytos...


 


...Réaction de l'UNAF ? Hurlements [5]


 


Et, évidemment, la parole de l'UNAF devient la parole des apiculteurs sur le Monde [6]


 


_________________


 


[1]  http://www.inra.fr/presse/abeilles_desorientees_par_faible_dose_insecticide


 


[2]  http://www.anses.fr/index.htm


Communiqué de presse du 1er juin 2012.


 


[3]  http://www.apiservices.com/spm

bob 13/02/2013 18:55


Le papier d'Henry et al est en référence numéro 5


Commentaire sur le papier d'Henry et al : http://www.sciencemag.org/content/337/6101/1453.2.full?sid=809cc9a4-a8bf-4717-b066-e966debbe4bf


Réponse d'Henry: http://www.sciencemag.org/content/337/6101/1453.3.full?sid=809cc9a4-a8bf-4717-b066-e966debbe4bf


 


 

gattaca 13/02/2013 18:35


Pourriez-vous fournir, malgré tout, quelques références parmi les 40 (ou +) que vous auriez ?


A la différence de Wakes Seppi, vous n'en fournissez aucune... cela nous aiderait pour vous croire ?


 

leloup 13/02/2013 14:56


Pas d'accord avec vos conclusions ! Je ne me mêle pas de tous les problèmes politiques alentour, je m'en tape, en revanche vous voudriez faire croire aux gens que la toxicité de l'imidaclopride
et du thiamethoxam ne serait constatée que par 1 article alors qu'on en a des dizaines depuis plus de 10 ans ! L'originalité du travail d'Henry, c'est d'avoir franchi justement l'étape
importante, faire l'essai en field conditions, ce qu'on n'avait guères fait. Il vous suffit d'aller sur le PubMed pour avoir une pléthore de publications. Bien sûr, je n'ai pas tout lu (ce n'est
pas ma spécialité !) mais je sais reconnaître un bon papier quand j'en vois un et je sais dépister les fraudes. Ce qui me conforte dans le danger que représentent les néonicotinoïdes pour les
abeilles (et plus peut-être... car le système nerveux des Arthropodes utilisent les mêmes neurotransmetteurs que nous !), c'est que les articles utilisent des méthodes différentes (ana path, ...)
pour parvenir aux mêmes ... conclusions. Tous ces chercheurs sont-ils donc tous des cons ? Donc il vous faudra vous taper tous les articles présents sur le PubMed et m'en faire une critique, puis
me faire une méta-analyse (bonne chance !) pour me prouver que tous se sont trompés. C'est pas gagné !


Quant à l'article d'Henry, il y a déjà eu une réponse sur Science et une contre-réponse d'Henry. Si vous avez des éléments nouveaux...


Conclusion de ma part : Au vu de toutes les publications présentées par différentes équipes de recherche dans le monde depuis plusieurs années, au vu de la qualité des articles généralement
publiés (ceux que j'ai pu lire car il y en a un paquet), on ne peut écarter la toxicité neurologique des néonicotinoïdes sur les Apidés et ses conséquences sur leur comportement, notamment
l'olfaction, l'orientation et le butinage, il aurait fallu interdire ces produits bien avant.


Maintenant, à vous de vous faire une bonne vingtaine de papiers pour me prouver qu'ils sont minables.

bob 11/02/2013 04:54


Article super documenté comme à votre habitude.

Au Québec depuis les 2 ans , malgré les traitements de semences (Poncho, Cruiser) dans le maïs, la survie des abeilles à l'hiver est en hausse. 


http://www.laterre.ca/elevage/survie-exceptionnelle-des-abeilles/ 

cdc 10/02/2013 22:41


Très bel article fourmillant de bonnes références et nullement polémique. J'ai lu pas mal d'articles sur le sujet, notamment dans le New Scientist et dans le Scientific
American, mais la Presse francophone buzzait tant que je ne savais qui croire.


J'irai donc examiner vos références.


Merci !