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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 21:55

placenta.jpg

La plupart des commentaires sur le film Le mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme (1), ont porté sur la question (légitime) de savoir si les propos des psychanalystes interviewés avaient été dénaturés ou caricaturés par des effets de montage, ainsi que l’affirmaient ceux qui ont porté plainte contre la réalisatrice Sophie Robert, et ont obtenu la scandaleuse censure du film. A ce sujet et après plusieurs visionnages du film, je pense que l’ensemble des propos tenus par eux reflètent au contraire très fidèlement la vision misogyne des principaux théoriciens de la psychanalyse, Freud, Lacan, Dolto, Bettelheim.. : ceux-ci ont toujours fait de la mère la responsable de toutes les pathologies mentales de l’enfant, quoi qu’elle fasse d’ailleurs. La mère fait toujours mal. Le père ne peut avoir dans cette vision qu’une responsabilité secondaire, celle de ne pas empêcher la mère de nuire à l’enfant.


Un des aspects révélateurs du discours des psychanalystes a été peu commenté. Alors qu’ils rejettent à la fois les acquis scientifiques sur l’origine biologique de l’autisme et les thérapies comportementales qui permettent à l’enfant des progrès significatifs, ils développent leur propre théorie biologique censée soutenir la thèse de la mère destructrice. Notons que leurs élucubrations biologiques sont d’un déterminisme absolu infiniment plus désespérant que le déterminisme « scientiste » qu’ils dénoncent par ailleurs.


Ainsi, selon Bernard Golse, « dès que le bébé est conçu, l’organisme maternel va immédiatement sécréter une vague d’anticorps très forte pour expulser ce bébé qui est a demi étranger pour le corps de la mère . Finalement la première chose que biologiquement la mère ne supporte pas chez son bébé, c’est la partie qui vient du père ». Selon Aldo Naouri, « En 1984, il y a un biologiste qui fait la démonstration assez extraordinaire que le placenta est d’origine paternelle exclusive. C’est-à-dire qu’il est sous le contrôle de gènes portés par le spermatozoïde. Autrement dit, le placenta, c’est ce qui permet à une mère de ne pas détruire son enfant, et à un enfant de ne pas tuer sa mère. (.) autrement dit, c’est un élément régulateur entre eux, c’est une interposition ce placenta. C’est-à-dire que, en gros, on a le sentiment comme ça que l’attitude du père à l’intérieur des décisions qu’il prend, de ce patriarcat qu’il instaure, de cette domination masculine, a été toujours une recherche empirique de cette fonction que le placenta occupe et qui permet à chaque enfant de venir au monde sans être détruit. »


Nous avons là l’utilisation d’une technique éprouvée des pseudo-sciences qui consiste à distiller quelques bribes de vérité et à les détourner afin d’alimenter une théorie  dans laquelle elles n’ont rien à faire : car même si tout cela était vrai, que le père était l’unique protecteur biologique de l’enfant en gestation dans le corps hostile de la mère, cela n’apporterait aucune validité supplémentaire à la théorie de la mère qui désire inconsciemment détruire son enfant. Nulle part, il n’est démontré que l’inconscient n’est que le reflet de processus biologiques automatiques, tels que le déclenchement du système immunitaire. Ainsi, personne n’oserait soutenir, du moins nous l’espérons,  que dans le cas d’une fausse couche, l’inconscient maternel « destructeur » l’a emporté.  Mais ces propos énoncés sur le ton de la certitude sont susceptibles d’inoculer des idées fausses aux spectateurs du documentaire (3), pour rendre crédible la thèse de la mère destructrice et psychopathogène.  On voit par exemple le parallèle allègrement franchi par Naouri entre la supposé protection paternelle dans le placenta et le modèle social du patriarcat et de la domination masculine . Il est donc nécessaire de faire le point.

 

1/ La demie-vérité sur laquelle s’appuient les psychanalystes pour leurs extrapolations abusives tient dans le fait que l’embryon et le placenta n’ont pas la même carte d’identité génétique que la mère , portant aussi les marqueurs du père. En conséquence ils devraient être détruits par les cellules immunitaires maternelles. Celles-ci agissent en vertu d’un mécanisme de reconnaissance du non-soi : chaque individu, et donc l’être en devenir différent du père et de la mère que représente le fœtus présente en effet à la surface de la plupart de ses cellules une combinaison unique de 14 molécules dites HLA , dont 7 proviennent du père et 7 de la mère. Ainsi les lymphocytes T d’un individu tuent toutes les cellules étrangères , c’est-à-dire porteuses d’une combinaison de HLA différentes.  Or elles ne le font pas pour les cellules fœtales  car celles-ci ne sont pas porteuses de ces molécules HLA classiques. Par contre, ces dernières devraient être la cible d’un second mécanisme immunitaires impliquant les cellules tueuses « NK » (comme natural killers, « tueuses naturelles »). C’est là qu’intervient une molécule HLA particulière, la HLA-G,  qui s’exprime à la surface des  cellules cibles des NK , et inhibe l’action de celles-ci. C’est ainsi que le fœtus est protégé, quel que soit le groupe HLA du père. (4)

 

2/ En aucun cas, le placenta n’est d’origine exclusivement paternelle. Chez les mammifères, il est formé à partir de tissus de l’embryon (qui comporte les gènes paternels et maternels) et de l’endomètre maternel , c'est-à-dire de la muqueuse utérine.


3/  Loin d’avoir une fonction exclusivement protectrice contre le système immunitaire maternel, il a pour fonction essentielle de permettre à la mère de diffuser au fœtus des nutriments, de l’oxygène, mais aussi des anticorps. La réalité biologique de la reproduction est infiniment plus complexe que dans la vision d’un autre âge défendue par les psychanalystes, qui semble concevoir la mère un simple « nid » contre son gré, pour donner au père le rôle vertueux. En plus d’apporter à l’enfant la moitié de ses gènes (5), elle joue un rôle actif dans le développement de l’enfant, et la nature l’a dotée de moyens propres de tolérer le fœtus et de le nourrir.


4/  Comme le souligne Fabienne Cazalis (cf note (2)), « le phénomène évoqué, appelé « Gène soumis à empreinte », décrit comment certains tissus sont déterminés non pas par les deux allèles (maternel et paternel) des gènes impliqués, mais par un seul allèle, soit maternel, soit paternel. S’il est vrai que chez les souris, le rôle des gènes d’origine paternelle est essentiel pour la constitution du placenta, il n’en est pas de même chez tous les mammifères ! Chez les Humains, il y a effectivement une influence des gènes soumis à empreinte lors de la constitution du placenta, mais cette influence est mixte, avec action combinée de certains allèles provenant du père et d’autres provenant de la mère. »


En conclusion : La défense par les psychanalystes d’une théorie à bout de souffle et des pratiques aux conséquences funestes dans le cas de l’autisme est déjà navrante, mais la falsification des connaissances scientifiques pour légitimer cette théorie et ces pratiques est tout simplement intolérable. Une raison de plus pour continuer à défendre Sophie Robert contre la censure, et pour contribuer à sa suite à éclairer le public sur la psychanalyse.

Anton Suwalki 

(1) http://imposteurs.over-blog.com/article-soutons-le-mur-et-sa-realisatrice-menacee-par-la-censure-96967139.html

(2) On peut retenir cette mise au point de Fabienne Cazalis, docteur en sciences cognitives  http://www.soutenonslemur.org/2011/12/01/reactions-fabienne-cazalis-phd-1122011/

(3) On peut d’ailleurs regretter que la réalisatrice n’ait pas intercalé dans son documentaire de mise au point de la part de spécialiste pour réfuter les affirmations de Golse et Naouri.

(4) Pour en savoir plus sur le sujet, lire Comment la mère protège son fœtus, Edgar D Carosella et Nathalie Rouas-Freiss, dans Pour la science n° 410

(5) Et même un peu plus, puisqu’elle seule lui transmet son ADN mitochondrial. 

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commentaires

Vincent 14/03/2012


Merci pour l'article.


Quelques erreurs de frappe:


"je pense que l’ensemble des propos tenus par reflètent au contraire "

"Ainsi, personne n’oserait soutenir, du moins nous l’espérons,  dans le cas d’ que dans le cas d’une fausse couche"

"la HLA-G, qui qui s’exprime"

loup garou 14/03/2012


à mettre en parralèle avec le rapport récent de la Haute Autorité de Santé qui indique que la psychanalyse n'a pas démontré sa pertinence en matière de traitement de l'autisme... et qu'il faut
s'orienter vers d'autres techniques (particulièrement comportementales).


 


http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1224096/autisme-la-has-et-lanesm-recommandent-un-projet-personnalise-dinterventions-pour-chaque-enfant


 


http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1224097/questions-/-reponses-autisme

EMILIE 15/03/2012


bonjour,


quand je lis des inepties pareilles je suis en colère oui très en colère!!!


je suis maman d'enfant autiste et je crois en la science mais pas du tout en la psychanalyse !!!! croyez vous franchement que le placenta serait le pere nourricier de substitution et qu'un
probable decollement placentaire serait une "démission" du pere nourricier entrainant une dictature autarcique psychologique de la mère destructrice?  Balivernes Charabia d'un autre temps
!!!!! 


Certaines personnes en France peuvent encore y croire (vu le retard que nous avons sur l'autisme) moi je fais partie de celles qui n y croient plus !


 

Sceptique 16/03/2012


Je suis moi-même choqué par ces incursions de psychanalystes, médecins, en plus, dans un champ qui n'est pas le leur, la biologie. Si je l'ignore à ce point, c'est parce que j'ai rejeté ces abus,
j'ai toujours strictement séparé les domaines de la médecine et de la psychanalyse, réduisant le second au fur et à mesure des progrès de la médecine scientifique, psychiatrie comprise. Mais la
médecine scientifique, de son côté, ne peut, sans abuser, décoder les effets de la relation, de la communication verbale, de l'affectivité humaine. D'ailleurs, le médecin du corps n'écoute guère
le bavardage de ses patients, et se contente de recommandations rationnelles.Dans ce champ particulier, la théorie psychanalytique ouvre à une compréhension très approfondie. J'ai déjà écrit, à
propos de ce film, que l'autisme et les psychoses dissociatives n'auraient pas du entrer dans la compétence de la psychanalyse, même si certains patients en retirent un mieux-être, une meilleure
qualité de vie, une plus grande solidité dans leur vie quotidienne. Leur prise en charge doit être double, psychiatrique, et psychothérapique. Il y a une différence nette entre une prescription
mensuelle seule, et la même, associée à une psychothérapie la plus dense possible, dont le support théorique importe peu. C'est le contact humain qui opère, le fameux transfert. Tous les patients
y ont droit.

Oel 18/03/2012


La psychanalyse n'a tout simplement pas a s'occuper de psychoses. Freud voulait juste guérir des gens qui avait des "maladies de l'esprit" si j'ose dire.


Je pense que c'est surtout une dérive sénile de la psychanalyse, après je ne connais pas bien les fondements de la psychanalyse elle-même, is à part que Freud avait déjà en son temps des manières
assez dogmatiques...

Semmelweis 21/03/2012



Thibaut Vermot-Gaud 05/06/2012


Bonjour,


Pourquoi tant de haine envers la psychanalyse ? Par exemple, vous vous servez des propos d'Aldo Naouri pour fusiller la psychanalyse, mais il n'est pas psychanalyste.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Aldo_Naouri


Certes, l'effet de manche est efficace et si on ne se renseigne pas d'un peu plus près, ça passe tout seul...


Je trouve votre supercherie un petit peu grosse, surtout au coeur d'un article qui se veut consacrer à rétablir la science dans son bon droit. Votre manque de rigueur a de quoi suprendre...


Non seulement Aldo Naouri n'est pas psychanalyste, mais c'est un défenseur convaincu des méthodes éducatives dans le traitement de l'autisme. Voir à ce sujet son commentaire sur le site d'autisme
sans frontières (association anti-psychanalyse s'il en est une, on ne peut donc pas l'accuser d'avoir trafiqué le post d'Aldo Naouri)


http://www.autistessansfrontieres.com/lemur-site-officiel.php


En ce qui concerne Bernard Golse, je dois dire que je suis moi-même choqué par de tels propos. Travaillant depuis des années dans des institutions d'orientation analytique, fréquentant
abondamment les conférences, séminaires de recherche, etc,... de l'ecf, étant moi-même psychologue dans un IME, je n'ai jamais entendu ni dit de tels propos !


Mais, j'oubliais : c'est vrai que Sophie Robert s'est consacrée à un incroyable travail de falsification des propos des personnes qu'elle interviewe ! Toujours sur le même site d'autisme sans
frontières (là encore, source fiable en ce qui nous concerne puisque c'est l'association la plus opposée à la psychanalyse, celle qui a notamment commandité le "film" de Sophie Robert), je vous
invite à lire le compte-rendu du jugement du 26/01/12 où les rushs sont repris dans leurs intégralité, on les questions que Sophie Robert leur a réellement posées se jour-là sont opposées aux
vrais réponses que les accusés ont donnés ce jour là.


http://www.autistessansfrontieres.com/doc/LEMUR-ASF-Interdiction-ord291111.pdf


A partir de la page 7, on commence vraiment à halluciner... Quel écart entre ce que vous essayer de nous faire avaler sur les psychanalystes et leurs propos réels !!!


Donc, aucune de vos deux sources n'a la moindre fiabilité. Quand on sait l'extension que vous leur donnez ("reflètent la vision des principaux théoriciens de la psychanalyse"), ça fait peur...


Pour mémoire, sur les deux personnes que vous citez :


- un qui n'est pas psychanalyste, dont les convictions sont contraires à celles que vous lui donnez (non seulement, ce n'est pas un des principaux théoriciens de la psychanalyse, mais il a fait
le choix d'aller plutôt vers les méthodes éducatives)


- un autre propose tiré d'un "tournage" façon propagande qui me rappelle mes cours d'histoire et qui est une incroyable supercherie (je doute après ça que Sophie Robert parvienne à se faire
encore passer pour une journaliste, aucun média ne prendra plus jamais le risque d'employer quelqu'un pour qui les convictions personnelles signifient la mort de toute possibilité au travail
d'investigation de parler en son nom propre (vous avez lu le compte-rendu du jugement ? Hallucinant, non ?). Quel écart entre un Daniel Ellsberg, une Anna Politovskaïa d'un côté... et de l'autre
une sophie robert...


Mais peut-être tout ça le saviez-vous...


Thibaut Vermot-Gaud

Anton Suwalki 05/06/2012


Monsieur que je ne connais pas ….


Vous  expliquez donc que Sophie Robert s’est prêté à un véritable entreprise de falsification …le moins qu’on puisse dire c’est que dans la plupart des extraits cités, ça ne
saute pas aux yeux. Exemple pour Stevens , qui dit parfois … parfois pas. SR a coupé le parfois pas. Affolante manipulation , non ? Comme j’ai un minimum de logique, je sais que quand on dit
parfois, ça implique un parfois pas J


Quand à « c’est un type de causalité qui vaut exactement ce que valent les statistiques » également absent du film, c’est à se demander si ça n’est pas par charité qu’elle a coupé. Pour
un statisticien en tout cas, ça ne veut rien dire.


On note aussi si on comprend bien que pour Stevens la mère n’est pas coupable (j’imagine moralement coupable, « mauvais parents ») , c’est le bébé qui choisit (sic) en réaction au
sentiment d’envahissement. Dont acte, mais la mauvaise relation est donc bien selon lui la cause. Voilà quelques éléments de réponse.


A côté de cela, si vous voulez parler de toutes les perles absentes du montage, allez au moins jusqu’au bout


 http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sante/quand-une-psychanaliste-rend-les-meres-responsables-de-l-autisme_1117934.html


Aldo Naouri n’est pas psychanalyste dites-vous ? La belle affaire : dans la fiche wikipédia « Il a été influencé par la psychanalyse au point qu'après sa propre cure, il a hésité à devenir lui-même psychanalyste ce à quoi il a renoncé. La psychanalyse a cependant profondément marqué sa pratique de pédiatre. » A vrai dire on s’en serait
douté !


De toute façon je réagissais ici aux théories biologiques loufoques sur le placenta. Vous allez sûrement nous expliquer qu’il s’agit d’un exercice de ventriloque de la part de SR…A part ça,
j’ignore si vous êtes adepte de la psychanalyse. Si vous ne défendez pas vous-mêmes ces inepties, c’est très bien, mais pourquoi donc voler au secours des personnes incriminées ?


Clovis Simard 17/07/2012


Blog(fermaton.over-blog.com),No-19. - THÉORÈME SPINOZA. - Einstein et le déterminisme absolu.

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It was quite informative to know about the biological origin of autism which happens to the child before birth. There are a lot of researches and studies going on in the field of autism. Thanks for discussing the points given by psychoanalysts about this condition.