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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 11:10

saporta

Ces derniers mois, les Français ont été submergés de messages anxiogènes sur leur alimentation, particulièrement en ce qui concerne les résidus de pesticides.  Le catastrophisme a été érigé en mode de communication prioritaire, sinon exclusif, par voie d'affichage (l'ignoble campagne de France Nature Environnement), d'édition, de presse et de radiotélévision.  Le déchaînement médiatique est inouï, au point que l'on doit se demander s'il n'existe pas une Cinquième Colonne ou une conjuration moderne.  Sur quoi se fonde-t-elle ? Voici une analyse détaillée du livre d'Isabelle Saporta.

 

 

Une œuvre de commande ?

 

Nous sommes prévenus dès le sous-titre : « Comment on assassine nos paysans, notre santé et l'environnement ».  La ligne générale est implicitement précisée dans les remerciements : Christophe Labbé (co-auteur de Vive la malbouffe, mais ce n'est pas dit dans l'ouvrage) aurait « poussé »l'auteure à écrire le livre ; François Veillerette (pourfendeur compulsif de pesticides) lui a prodigué « aide et [...] soutien constants » ; « toute l'équipe du WWF France » a visiblement été mise à contribution et a fourni la matière de certains chapitres.

 

Dès lors se pose une grave question : cet ouvrage – tombée à pic pour le Salon international de l'Agriculture, forcément par une opportune coïncidence – est-il réellement, intégralement et sincèrement de l'auteure affichée en tête de couverture ? Même si l'auteure a des antécédents dans le domaine de l'alimentation, on ne peut s'empêcher de conjecturer que certaines personnes et organisations ont suscité et promu un travail, et y ont fortement contribué, dans le dessein de s'attacher une jeune plume, de s'ouvrir des portes dans les médias par un membre du sérail médiatique, et d'élargir le cercle des prosélytes et adeptes de leur idéologie en avançant masqués.

 

 

Une belle désinvolture

 

La qualité du travail est aussi illustrée d'emblée : une petite liste de personnes nommément remerciées se termine par : « Et à tous les autres. »  Parmi les autres, par exemple, M. Daniel Sauvaitre, l'un de ses interlocuteurs les plus importants pour son chapitre sur les pommes, d'ailleurs intitulé par un bon mot de celui-ci [2] ; il est vrai cependant que M. Sauvaitre n'est pas « bio » (au contraire de M. Michel Delhommeau, qui fait partie de ceux à qui le livre est dédié).  On ne saurait être plus désinvolte.

 

 

Rien de neuf

 

L'argument est donc connu.  Tout est dit, ou presque, en une phrase dans l'introduction : « Malgré son coût prohibitif – le budget de la politique agricole commune atteint 57 milliards d'euros en 2010, soit 44 % du budget de l'Union –, l'agriculture actuelle ne respecte ni le pacte social qui la lie aux paysans, ni le pacte environnemental qui la lie aux générations futures, ni même le pacte de santé publique qui la lie à nous tous. »

 

On ne peut qu'être ébaubi à la lecture de la fin de l'envolée : « L'agriculteur est injustement voué aux gémonies, lui qui n'est que le bouc émissaire d'un système qu'il subit. » En effet, tout au long de « son » livre, l'auteure n'est pas avare de propos désobligeants, fielleux, injustes, voire insultants sur les agriculteurs et l'agriculture « industrielle » ou « productiviste ».  Les coopératives et le syndicat majoritaire FNSEA sont quant à eux poursuivis d'une véritable haine.

 

Le plus choquant est sans nul doute la description de l'injection du CO2 issu du chauffage dans les serres de production de tomates pour améliorer – gratuitement – le rendement de la photosynthèse : « Le gazage des tomates sous serre, on en rêvait, les agronomes l'ont fait. »  À ce niveau, on patauge dans la fange qui a valu des condamnations à un certain homme politique.

 

Mais que l'on se rassure : tout n'est pas perdu et la situation n'est pas irréversible.  L'humanité survivra.  L'avant-dernier chapitre s'intitule : « Un monde sans pesticides, c'est possible ? », le point d'interrogation étant levé dès la première phrase : « Oui, et ce ne sont pas les militants écolos, les green extremists, qui le disent » – on se frotte les yeux, c'est bien ce qu'elle a écrit... – « mais l'INRA... ».  Et elle ajoute, nouvelle insulte, forcément gratuite : « ...autant dire le bastion de la recherche pour une agriculture productiviste. » L'ouvrage se termine évidemment en apothéose avec l'argument – faux – rabâché ad nauseam selon lequel, parole de FAO, l'agriculture biologique peut nourrir le monde.

 

 

Le pire exemple érigé en norme

 

La démonstration, si on peut utiliser ce mot, se nourrit de toutes les ficelles du sensationnalisme, de la désinformation et de la propagande.

 

Les sujets servant à illustrer la thèse ont été choisis pour leur impact sur des esprits qui se sont depuis longtemps éloignés de l'agriculture et ne connaissent par exemple du poulet que les barquettes de supermarché, ou les bêtes plumées vendues dans les boucheries de luxe.  Ainsi, pour les filières animales, rien sur l'élevage bovin, si ce n'est pour vilipender le « cocktail maïs-soja », qualifié de « pot belge [3] des animaux d'élevage hors sol », et pour l'accuser de faire péter et roter les vaches et donc contribuer au réchauffement climatique.  Rien sur les systèmes à base d'herbe fauchée ou pâturée, extensifs ou intensifs, sur les AOC et labels...  Rien sur le mouton, la chèvre, les volailles...

 

L'auteure se limite au porc – pardon – au cochon (le porcelet étant un «petit goret »).  Elle se délecte de descriptions nauséabondes de l'amélioration des races, du système d'insémination, des conditions d'élevage, surtout naisseur (c'est plus gore), de l'alimentation et de la pollution.  C'est : « Sale temps pour le cochon ».

 

Tout n'est certes pas parfait dans le monde du porc, mais ce n'est pas une raison de s'épancher, comme si c'était la règle dans le secteur, sur les pratiques frauduleuses à grand coup de « ripoux de la profession », « pharmaciens d'officine (incompétents en matière de pharmacie vétérinaire...) », « affairistes, souvent d'ailleurs soutenus contre vents et marées par l'ordre des pharmaciens malgré leurs turpitudes indéfendables », etc., tout cela sur en gros une page.  Pour l'auteure, il y en a une, de raison : le dénigrement (et au bout du compte les droits d'auteur et la notoriété personnelle).

 

Le ridicule est largement dépassé au profit de l'indigence morale lorsqu'elle relève que les élevages porcins bretons (la Bretagne – pire exemple – ayant l'« avantage » d'offrir un parc de bâtiments plutôt ancien) « consomment 1 171 kilowatts-heures par truie et par an[,] soit quasiment le double de la consommation électrique moyenne d'un Albanais ou d'un Indien, six fois et demie celle d'un Ivoirien et l'équivalent de celle d'un Cubain... »  Voilà bien une comparaison bien plus nauséabonde que «[les] kilos et [les] kilos de merde de porc, baignant dans des litres d'urine » que l'on trouverait flottant « [s]ous vos pieds » dans un élevage sur caillebottis, présenté comme étant la règle .

 

 

Un édifiant aveu d'ignorance

 

Mais l'auteure nous livre un aveu édifiant : « En août 2010, un inspecteur vétérinaire s'est fendu d'un mail pour expliquer à l'ignare que je suis toutes les dérives possibles du milieu » (les italiques sont les nôtres, « possible » étant, pour l'auteure, l'euphémisme de rigueur pour « la règle »).  Il faut en effet être particulièrement ignare pour s'exclamer : « Finis les temps heureux où les cochons avaient encore l'heur de déambuler à leur guise dans les cours de ferme. »

 

Reconnaissons toutefois que cet aveu d'ignorance confère à l'auteure une vraie fraicheur et attire la sympathie.  C'est tout le contraire de certain(e)s autres qui se proclament experts, procèdent à des enquêtes prétendument minutieuses, pour au bout du compte nous abreuver des mêmes angoisses alimentaires et nous asséner la même idéologie.  On ne peut que nommer ici Marie-Monique Robin qui nous promet un livre de 480 pages, sans doute aussi programmé pour le Salon de l'agriculture mais retardé par des problèmes de mise au point.  Mais il y a aussi danger : il est possible que 250 pages plutôt bien enlevées, en gros caractères, auront plus d'impact qu'un pensum aride, lardé de digressions et bourré d'idées fixes, d'obsessions, de manies et de névroses.  Le pamphlet risque d'échapper à la critique, alors que le pensum est déjà taillé en pièces [4].

 

 

Erreurs à chaque page (ou presque, soyons charitables)

 

On ne sera donc pas surpris que l'ouvrage soit truffé d'erreurs, certaines flagrantes.  C'est non seulement le fruit de l'ignorance avouée, mais aussi la marque de fabrique des marchands de peurs alimentaires et de bonheur agrobiologique.  Nous l'illustrerons ici avec les deux chapitres sur le maïs.

 

Il en est, d'erreurs, qui relèvent du dérapage lyrique du journalisme bateleur, de mauvais aloi.  Ainsi, « [d]ans nos campagnes aussi, le maïs fait un tabac, balayant sur son passage les prairies comme les champs de blé ».  La vérité est que le maïs représente quelque 12 % de la surface agricole utile, et est aujourd'hui plutôt en retrait par rapport à 1988, année où il atteignit presque 3,5 millions d'hectares [5].  La sole de blé a quant à elle augmenté ces quinze dernières années, passant de 4,5 millions d'hectares en 1995 à 4,9 millions d'hectares en 2010 [6].  On peut certes discuter du choix des années de référence, mais le constat de l'exagération de l'auteure s'impose comme une évidence.  Quant aux prairies, leur retournement est encadré par une réglementation contraignante d'inspiration écolo-bobo.

 

D'autres erreurs relèvent de l'ignorance, parfois crasse.  Ainsi, le maïs est pris pour une « plante tropicale [qui] n'avait pas grand-chose à faire chez nous.  En France, soit il fait chaud et il n'y a pas d'eau, soit il y a de l'eau mais il fait trop froid pour cette 'belle' plante. »  Trop froid ? À l'époque de Christophe Colomb, le maïs était déjà cultivé sur le bords du Saint-Laurent, au Canada.  Un intrus indésirable en France ? Il est attesté en Bresse aux alentours de 1600 [7]. Et l'auteure de poursuivre : « Qu'importe ! Grâce au génie génétique de l'INRA, on a mis au point un maïs hybride [...] capable de pousser dans toute la France. » C'est encore plus inepte [8].  L'emploi de l'expression « génie génétique » est une ficelle grossière destinée à suggérer un lien avec les OGM ; ce n'est pas « un maïs » qui a été créé ; ce n'est pas l'INRA qui a mis au point les hybrides ; et ce n'est pas la seule INRA qui a contribué à l'extension du maïs à la France entière et, de fait, au Nord de l'Europe jusqu'en Suède.  On pourrait réclamer un peu de charité pour ce qui n'est somme toute qu'une tentative de rappel historique introductif extrêmement sommaire.  Mais ce serait oublier que les lacunes relèvent pour partie d'une inculture générale et d'un manque de rigueur ; et surtout que le lecteur est induit en erreur sur la place et l'importance du maïs en France.

 

La tromperie est en effet aussi volontaire.  C'est que le maïs cumule trois « avantages » pour les contempteurs de l'agriculture qui nous nourrit et les bonimenteurs d'une agriculture Marie-Antoinette, avec une France transformée en hameau de la reine : il alimente la filière bovine, laitière et de boucherie, intensifiée, celle que l'on se plait à vilipender ; il consomme de l'eau en été et est par conséquent un bouc émissaire facile pour les excès de l'irrigation ; il est associé au soja, ce qui permet d'ouvrir un autre front (l'infâme « pot belge », la déforestation en Amérique du Sud, etc.).

 

S'agissant du premier point, l'auteure fait dans la précipitation.  Ainsi affirme-t-elle que « le maïs remporte un franc succès chez les éleveurs bovins puisqu'il constitue 84 % des fourrages consommés.  On comprend donc que le colza, le sorgho et autres pois et féveroles pèsent peu dans la balance. ».  Que nenni : selon l'AGPM, source quasi-certaine du chiffre, le maïs « constitue 84 % de la surface totale couverte en fourrages annuels » (les italiques sont de nous – l'AGPM ne tient pas compte des prairies permanentes) [9].  On admirera aussi la logique des arguments.  En fait – mais l'auteure n'en a cure – le « franc succès » du maïs et le rôle mineur joué par d'autres fourrages annuels sont dus à leurs avantages et inconvénients respectifs, la statistique ne faisant que constater le résultat.  Ce n'est pas pour rien que Jean-Pierre Gay a intitulé un excellent livre « Fabuleux maïs » [10].

 

S'agissant du deuxième point, l'auteure (ou WWF France ?) affirme aussi précipitamment que : « ...pour faire pousser un hectare de maïs, il faut 2 millions de litres d'eau chaque année.  L'équivalent de la consommation de 400 français. ».  Deux phrases, deux erreurs.  Le premier chiffre – le litre ayant été préféré au mètre cube comme unité pour produire un chiffre impressionnant – est plutôt le besoin moyen en eau d'irrigation dans le Sud-Ouest [11] ; le deuxième, plus parlant pour le grand public, est grossi d'un facteur dix [12] ; il faut bien noircir le tableau pour avoir un livre noir de l'agriculture !

 

L'auteure ignore sans nul doute que le maïs est non seulement une des plantes parmi les plus performantes en termes de rendement (d'où en partie son succès), mais encore une des plus efficaces pour l'eau.  Ainsi, il faut 1.500 litres d'eau pour produire 100kg de blé, mais seulement 400 litres pour 100kg de maïs [13].  Mais voilà, on est ici dans le domaine d'un préjugé du même type que celui qui veut qu'il pleut plus à Paris qu'à Montpellier.  En tout cas, accuser le maïs des excès en matière d'irrigation, c'est comme accuser les voitures en matière d'excès de vitesse.  Et écrire que « le maïs consomme une quantité d'eau astronomique » est une belle ânerie.

Wackes Seppi

 

(À suivre)

________________

 

[1]  Isabelle Saporta, Le livre noir de l'agriculture – Comment on assassine nos paysans, notre santé et l'environnement, Fayard, 2011.

 

[2]  « Ici, on joue à pommes réelles », pour souligner que les chercheurs n'ont pas les mêmes contraintes économiques dans leurs vergers expérimentaux.  Il faut être un lecteur particulièrement attentif pour constater que le droit de l'auteur d'un bon mot n'a pas été honoré.

 

[3]  Le « pot belge » désigne un mélange de produits dopants utilisé dans le cyclisme professionnel notamment entre 2003 et 2007.  Les éleveurs peuvent à juste titre s'estimer calomniés.

 

[4]  Voir notamment :

http://imposteurs.over-blog.com/article-sur-arte-le-15-mars-les-gourderies-de-robin-1ere-partie-68807657.html

http://alerte-environnement.fr/

http://afis-ardeche.blogspot.com/2011/03/du-poison-dans-nos-assiettes-ou-dans.html

 

[5]  http://www.gnis-pedagogie.org/pages/mais/chap1/4.htm

 

[6]  http://www.agpb.fr/fr/chiffre/recolte_france.asp

 

[7]  http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-117.htm

 

[8]  Que l'INRA ait joué un rôle majeur ne doit pas faire oublier les contributions du secteur privé, notamment coopératif.  Pour l'histoire du maïs hybride en France, voir notamment :

http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/BonneuilColloqueMtp.pdf (Du maïs hybride aux OGM : Un demi-siècle de génétique et d'amélioration des plantes à l'INRA)

http://www.semencespaysannes.org/bdf/docs/ma__s_hybride1930_1970-1.pdf (L’introduction et l’expansion des hybrides en France, 1930-1970)

http://www.academie-agriculture.fr/mediatheque/seances/2010/20100616communication3.pdf (Hommage à André Cauderon)

 

[9]  http://www.agpm.com/pages/mais_fourrage.php

 

[10]  Fabuleux maïs, histoire et avenir d'une plante, J.P. Gay, éd. AGPM, 1984.

 

[11]  Voir par exemple : http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/primeur194.pdf

 

[12]  La consommation moyenne est d'environ 150 litres par jour et par habitant, soit quelque 55 mètres cubes par an.  Voir par exemple :

http://www.eaufrance.fr/IMG/pdf/Eau_de_consommation.pdf

 

[13]  http://www.snv.jussieu.fr/vie/dossiers/eau/eaugestion/eauagriculture.html

 

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commentaires

ptoufle 01/06/2011 19:11



Bonjour,


juste pour préciser que la référence 13, sur les besoins en eau du blé, est vérolée. C'est d'autant plus embêtant que d'autres intervenants se servent maintenant de cette référence sans l'avoir
vérifiée.


D'accord pour dire qu'il faut 1500l pour produire 1kg de ... riz.


Si on regarde, par exemple, cette source ,on trouvera 590l pour 1 kg de blé, contre 454l pour 1kg de maïs. D'autres sources concordent, les besoin en eau du blé sont plus proche de ceux du maïs que ce qui est
annoncé ici.


Bien sûr, cela ne change rien à l'argumentaire, puisque le quintal de blé demande toujours plus d'eau que le maïs, mais il est important d'avoir le bon ordre de grandeur.


 



Olivier 23/05/2011 00:36



J'ai assité cette semaine à un débat avec Marie Monique Robin, elle est faite de la même fange
qu'Isabelle Saporta.



wackes seppi 22/04/2011 00:38



 


Je ne pense pas qu'on puisse mettre au crédit du livre le fait de poser une bonne question mais en apportant de
mauvaises réponses. La question est posée depuis quelque temps déjà, et on n'a pas attendu les lumières de Mme Saporta. Par ailleurs, je n'ai produit qu'un commentaire sur le livre, et je me suis
borné à dénoncer le florilège de sornettes et de lieux communs et cette sorte de populisme qui consiste à flatter le lectorat plutôt qu'à l'informer.


 


Pour ce qui est de l'irrigation, loin de moi la tentation de poser des jalons pour une politique nationale, ni
même locale. Le drame français est que trop d'acteurs politiques, économiques et sociaux pensent qu'ils ont la capacité de prescrire des solutions générales depuis un bureau ou une salle de
réunion. Cela s'est particulièrement aggravé avec le Grenelle de l'environnement, dont il faut rappeler qu'il s'agissait d'une manoeuvre de la présidence et du gouvernement pour, d'une part, se
donner les coudées franches sur le nucléaire en sacrifiant l'agriculture et, d'autre part, de se rallier le mouvement-bobo-écolo.


 


Sauf réforme que j'espère ne jamais voir, ce sont les agriculteurs qui prennent leurs décisions sur leurs choix
de culture et les risques qu'ils entendent prendre, et ce, dans le cadre de contraintes agro-écologiques, économiques, administratives et, de plus en plus, politiques.


 


S'agissant de l'irrigation, nous avons tous les outils pour, comme vous écrivez, objectiver les choix agricoles,
sauf un, de taille : nos capacités en matière de prévisions météorologiques sont limitées grosso modo à une semaine.


 



Je ne suis pas sûr que l'on puisse expliquer à un écolo-bobo, version bornée ou extrémiste, que l'agriculteur qui
a prévu 10 hectares de maïs, en principe irrigué, dans son plan de culture ne peut plus faire de blé d'hiver à la place.  Ni qu'une agriculture performante veut que l'on intercale des cultures de printemps dans les cultures d'hiver.


 


 



Bill 18/04/2011 11:53



Merci Wackes, mais au delà du succès du soleil chez les citadins, des limites physiques aux prélevements ou de l'évaporation qui fait la pluie, je tentais de traiter le sujet que vous soulevez au
travers de ce livre, qui s'appuie apparemment sur de mauvaises réponses face à une question qu'il a le mérite de soulever : La pertinence d'un choix de culture et les facteurs de révision des
choix. Dans ce cas précis, sur le critère des besoins en eau que vous balayez avec des chiffres moyens qui me semblent peu significatifs puisqu'ils éludent la saisonnalité du besoin.
(1.500 litres d'eau pour produire 100kg de blé, mais seulement 400 litres pour 100kg de maïs)


Si je vous ai bien compris, vous considérez que les agriculteurs sont les mieux placés pour apprécier ces choix, à la fois pour des raisons d'expertise et de lucidité économique, qui seraient
finalement les meilleurs garants des équilibres écologiques.


Je suis modérément convaincu, car ce sont par définition des ajustements tardifs en réaction à des crises, également parce que lorsqu'on est en tension sur ses propres cultures, je suppose que le
recul est difficile.


Effectivement, dans ces situations de déficit les esprits s'échauffent, selon moi en grande partie parce que nous avons des difficultés à nous doter d'indicateurs qui synthétisent l'ensemble des
données tout en assurant une vision territoriale détaillée.


N'existe t'il pas de ratio significatif genre Besoin sur versant / capacité versant , rapporté à un horizon "normal" ? ça permettrait d'objectiver les choix agricoles, peut être
d'anticiper les crises et accessoirement de proposer aux écolos-bobos honnis une lecture commune des situations. Enfinptetkecépapossiblejesépa.



Sceptique 17/04/2011 12:06



Toutes les "oeuvres" grand public, livres, ou films, sont "suivistes", à la mode, préparées par un "marketing". Elles sont faites, non pour transmettre une information, mais pour se
vendre. 


Elles ne sont pas si différentes de la publicité, ou des publi-reportages, payés par ceux qui en attendent un profit. Cela veut dire, hélas, que le public français d'aujourd'hui est friand de ce
type de livres ou de film. Il n'est pas évident qu'ils changent leurs comportements, qu'ils aient d'autre utilité que de paraître savant sur ces questions. 



wackes seppi 16/04/2011 01:06



 


Il y a pléthore d'outils de mesure et de comparaison, à commencer par les bêtes compteurs d'eau.


 


M. Bill, vous me posez une question très ambiguë, et ma réponse est probablement que je n'en sais rien.
L'irrigation a pour but dans nos régions d'apporter l'eau qui manque par rapport aux précipitations. Voir le document de la note 11*, première page, graphique : 1997 a été une année
favorable et les besoins théoriques à l'hectare ont été (en moyenne) de 62 % de la moyenne 1993-2003 ; 2003 a été une année défavorable et les besoins ont grimpé à
155 %.


 


D'un autre côté, on ne peut prélever que ce qui est disponible, physiquement et administrativement.


 


Si l'on pose que  :


 


prélèvements (m^3) = surface irriguée (ha) x volume appliqué à l'hectare (m^3/ha),


 


il faut voir comment les deux facteurs surface et volume ont évolué.


 


Cela s'applique au niveau d'une exploitation, d'un périmètre, d'un bassin et de la France entière. Et la, je n'ai
pas les réponses.


 


Un repère : plus les besoins sont importants (en année sèche), plus les volumes disponibles sont réduits
(forcément, il n'a pas plu et il ne pleut pas)... et plus les esprits s'échauffent.


 


Autre repère : l'eau est presque entièrement évaporée... c'est elle qui forme les beaux cumulo-nimbus, qui
font les beaux orages, qui font, selon les circonstances, des agriculteurs heureux ou malheureux. Les citoyens sans lien avec la terre sont toujours malheureux, il n'y a qu'à voir la météo à la
télé : une pluie est toujours une mauvaise nouvelle.


 


_________________


 


* http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/primeur194.pdf


 



Bill 15/04/2011 10:07



Cultilandes, J'espère que mon commentaire ne vous donne pas l'impression de pointer les agriculteurs, ce n'est pas le cas. Il se trouve que j'aborde le sujet eau vs. maïs, traité par wackes
seppi. Nul doute que les sujets eau vs. piscines, eau vs. industries, eau vs. traitement eaux usées, eau vs. nucléaire sont très intéressants.


Concernant les 3% des précipitations, c'est infime mais peu significatif à mon avis puisque c'est une moyenne. Existe t'il des outils de mesure ou de comparaison qui prendraient en compte la
variation des stocks, des flux et de la réserve hydrique "imbibée" en période défavorable ?


Sans indicateur adapté, aucune chance de connaitre le réel impact des prélèvements pour irrigation ou autres et donc de justifier les arbitrages évoqués par Wackes, d'ajuster les consommations ou
de décider de privilégier telle ou telle culture.


Wackes Sepppi, je comprends votre réponse en partie seulement. Ou est l'erreur si je conclus à une augmentation des prélevements pour le maïs malgré des réductions de surface ?



wackes seppi 15/04/2011 02:58



 


Les réponses aux questions de M. Bill (commentaire N° 3) se trouvent pour l'essentiel dans ses interrogations.


 


Le blé d'hiver, très majoritairement cultivé en France, fait son cycle de l'automne au printemps. Ses besoins en eau sont généralement satisfaits par les précipitations et la réserve hydrique du
sol (attention : cette phrase est du même type qu'une déclaration sur le Français moyen !). Mais on irrigue aussi le blé, particulièrement le blé dur (voir par exemple, pour des
explications techniques simples : http://www.loir-et-cher.chambagri.fr/dyn2/data/218IrrigationBD.pdf).


 


Le maïs se sème au printemps, et la période où les besoins en eau sont les plus importants se situe en été. Le maïs est très sensible au stress hydrique pendant la période encadrant la floraison.
Si le maïs est de loin la première culture irriguée en France, c'est qu'elle est la plus performante dans la valorisation de l'irrigation en grandes cultures. Si l'eau est limitée, on la met en
priorité sur le maïs.


 


L'analyse à partir de la référence 11 me paraît inexacte. Les besoins en eau du maïs sont restés les mêmes ; ce sont les besoins en irrigation par unité de surface irriguée qui ont augmenté
du fait de la réduction des précipitations. La tension résulte pour une partie du fait que l'eau d'irrigation étant limitée, il faut faire des choix pour valoriser cette eau au mieux
(« j'irrigue deux hectares, mais deux fois moins, ou seulement un hectare au volume optimal ? ») ; et pour une autre partie de la réduction des autorisations de prélèvement
dans les rivières et nappes. Dans le Sud-Ouest, et selon la référence 11, ce choix a consisté à réduire la surface en maïs irrigué. Rationnel !


 


Notez bien que la réduction des précipitations affecte aussi les autres cultures, en particulier les prairies, qui deviennent peu productives et se transforment en tapis de paille en été. Et
qu'il ne faut surtout pas interpréter les explications sur le maïs irrigué comme signifiant qu'on ne peut pas cultiver du maïs en sec dans les zones dans lesquelles on irrigue. Mais c'est vingt,
trente ou même quarante quintaux de moins, et une plus grande variabilité du rendement (la météo commande...).


 



Cultilandes 14/04/2011 22:48


Le problème de l'irrigation par rapport à la ressource ne eau doit être examiné au cas par cas, localement, ponctuellement. Comme le rappelle "La coupe est pleine", on n'utilise qu'une infime
partie des précipitations annuelles. Lorsqu'on irrigue avec une eau non potable stockée chaque hiver dans des retenues collinaires ou dans une nappe phréatique et que cette utilisation n'a aucun
inconvénient pour l'eau potable ou la vie aquacole, il n'y a aucune raison d'édicter des restrictions. Lorsqu'il y a pénurie localisée d'eau potable (dont une infime partie est bue), l'irrigation
n'est pas forcément en cause. Les villes elles aussi prélèvent de plus en plus et ont un besoin sans cesse accru de débits de rivières pour absorber les eaux usées, même traitées... Chaque
agriculteur choisit son assolement en fonction de son climat, de la qualité de ses terres, de ses ressources en eau, de ses coûts, des besoins de son élevage ou de la demande exprimée par le
marché. Pas d'idéologie.


Gaël 14/04/2011 18:22



Je trouve les questions de Bill très pertinentes, j'ai hâte d'en avoir la réponse.



Bill 14/04/2011 11:16



Effectivement, l'écart souligné entre les besoins en eau du blé et du maïs fait tomber une contre vérité. Mais alors :


Pourquoi ne vois-je pas d'aspersion sur le blé comme j'en vois sur le maïs en été ?


Ne faut il pas préciser les périodes de besoin, auquel cas on constaterait peut être que le maïs a le plus soif au moment ou l'eau est moins disponible, ce qui rendrait inadapté tout raisonnement
par moyenne, alors que le blé aurait un besoin mieux réparti ?


C'est d'ailleurs ce que laisse penser votre reférence N°11. Cette référence remarque une augmentation importante (+30%) des besoins en eau du maïs, au point que les surfaces ont été réduites
(-10%) sur une période donnée. Donc si les chiffres du livre noir sont faux, la conclusion sur une tension eau/maïs n'est elle pas juste ? Ceci semble confirmé par le fait que le maïs est la
première culture irriguée (et de très loin), toujours selon votre ref 11.


Je conclus (à tort ?) que le maïs prélève de plus en plus, aux moments les moins favorables (tant en termes de stocks que de cycle de l'eau), malgré des améliorations de rendement et de réduction
des surfaces.


Si je me laissse emporter (rattrappez moi), je comprends que l'auteure, en employant de mauvais arguments, discrédite une question justifiée sur le choix de cette culture. Se tire une balle dans
le pied, quoi.



La Coupe Est Pleine 12/04/2011 13:23



"le budget de la politique agricole commune atteint 57 milliards d'euros en 2010, soit 44 % du budget de
l'Union"


Oui 44% du budget !


Mais il ne faut surtout pas dire que c'est le SEUL et unique budget totalement commun !


le maïs consomme en effet 200 L d'eau par m². Mais il faut aussi mettre en relation la pluviométrie moyenne de la France soit 800 Litres par m².


Comme personne, plante ou animal, ne retient l'eau qu'il boit, ces 200 L vont ruisseler, s'infiltrer et se retrouver ailleurs ...


Compte tenu de la pluviométrie en France on peut dire que l'agriculture ne prélève pas plus de 3% de l'eau qui tombe sur le pays ....


Mais en disant ça on n'arrive plus à créer la peur primaire : "on va manquer d'eau !"



qqvvdb 12/04/2011 13:01



Bonjour,


Merci de me faire la lecture et le commentaire critique de livres que je ne lirai pas de peur de financer le lobby des affameurs...


Il est toujours facile de vilipender les méthodes de production agricole modernes quand on a l'estomac plein...


Au plaisir de vous lire à nouveau !